Li folklôre avou on laudje sins / Le folklore au sens large

in : MA, 1, 1981, p.10-11

Saint Médard, patron d’Anderlues

Sa légende, son folklore

 

Saint Médard que, depuis des temps immémoriaux, on vénère à Anderlues avec une ferveur particulière, est né à Salency, près de Noyon, vers l’an 465, d’un père franc et d’une mère gallo-romaine. La légende lui prête bon nombre d’actes prodigieux et de guérisons miraculeuses qui lui ont assuré une grande renommée.

En tant qu’évêaue de Noyon-Tournai – ces deux diocèses se trouvant à l’époque réunis sous la même crosse épiscopale – le thaumaturge de Salency se révéla un évangélisateur remarquable. En effet, par son don de la persuasion, sa persévérance et surtout son infinie bonté, il était parvenu à rallier au christianisme les populations de son double diocèse, celles de la Flandre notamment, encore plongées dans les ténèbres du paganisme.

Sa mort survenue à Noyon en 545 ne devait affaiblir en rien la réputa­tion qui avait fait du bienheureux Médard un des saints les plus populaires. Les populations fraichement converties lui restèrent fidèlement attachées, puisant à pleines mains dans sa légende les moyens d’étancher leur soif de et de s’affirmer dans leur nouvelle croyance.

Dans les siècles qui suivirent, le souvenir de saint Médard resta vivace tant en France qu’en Belgique où de nombreuses églises lui furent dédiées, parmi lesquelles celle d’Anderiues devenue très tôt un lieu de pèlerinage à la gloire de celui que l’on venait invoquer aussi bien comme le généreux pro­tecteur des chevaux, du bétail et des agriculteurs que comme l’incomparable guérisseur des maux de tête et des maladies mentales. Trois des événements merveilleux dont est auréolée la vie légendaire du Patron d’Anderiues sont à l’origine de ces traditions. Ecoutons la relation qu’en a laissée l’imagerie populaire.

 

Le miracle de Saîency.

 

Un jour que, tout enfant, il gardait les chevaux de son père, Médard vit s’approcher un étranger portant des harnais. Intrigué, il questionna l’in­connu qui lui apprit que son cheval venait de périr dans un accident et que sa pauvreté ne lui permettait pas de le remplacer. Aussi continuait-il sa route à pied en emportant les harnais. Pris de pitié, le jeune garçon offrit à l’infortuné voyageur un des chevaux dont il avait la garde. Mais à peine celui-ci et sa nouvelle monture étaient-ils disparus derrière la colline voisine qu’un orage se déchaînait et qu’un véritable déluge s’abattait sur la terre. Au même moment, un aigle sorti des nuages vint planer au-dessus du généreux enfant en l’abritant de ses ailes largement déployées.

Tous ceux qui de loin, avaient assisté à la scène en restaient émer­veillés et tandis qu’ils s’interrogeaient sur la nature de cet événement, un écuyer constatait qu’il manquait un cheval. Sans même attendre qu’on le questionnât sur cette disparition, Médard, spontanément, relata son geste de générosité, non sans susciter l’admiration de ses parents et de tous ceux qui l’écoutaient. On rentra les chevaux à l’écurie. Nouvelle surprise pour l’écuyer car cette fois le troupeau est au complet.

De tels faits ne pouvaient être interprétés que comme des interven­tions de la toute Puissance divine. Pour les magnifier, on édifia à Salency, à l’endroit même où apparut l’aigle de la légende, une chapelle qui accueillit chaque année le 8 juin, jour anniversaire de la mort de saint Médard, une grande foule de pèlerins venus à pied, à cheval ou en voiture.

 

Ainsi naquit la coutume de placer bétail et chevaux sous la protection du bienheureux Médard et d’organiser des pèlerinages en son honneur. Le fameux « Tour Saint-Médard » qui se déroulait chaque année le 8 juin à An-derlues et auquel participaient de nombreux cavaliers montants fringants bidets ou lourds chevaux de trait est un exemple de cette antique coutume votive.

 

L’exorcisme de Tosion.

 

Pour justifier les conversions obtenues par saint Médard, l’imagerie populaire lui a prêté de nombreux actes miraculeux, l’exorcisme de Tosion en est un exemple.

Un jeune homme du nom de Tosion passait pour être possédé du démon au point que ses accès de démence furieuse ne pouvaient plus être contenus. Ses parents avaient tout tenté, mais en vain, pour obtenir sa guéri-son. Désespérés, ils se décidèrent enfin à implorer le secours du bienheureux Médard dont la renommée venait de leur parvenir. Animé d’une pieuse con­fiance, celui-ci se fit présenter le malheureux jeune homme. A sa vue, il fut pris d’une immense pitié et adressa une vibrante prière au Tout-Puissant puis traça une croix sur le front du pauvre dément. Aussitôt, le démon en sort tout frémissant de rage tandis que Tosion recouvrait le calme et la santé.

lln’en fallait pas plus pour que, la crédulité populaire aidant, on prenne l’habitude d’invoquer saint Médard en cas de maux de tête, de fièvre violente, de frénésie et autres maladies mentales.

L’église Saint-Médard à Anderlues était jadis réputée pour son pèleri­nage par tous ceux qui étaient affligés d’un de ces maux.

C’est ainsi que pour s’en préserver ou pour s’en guérir, il fut de tra­dition jusqu’en 1962 de venir baiser la relique du thaumaturge de Salency et de se faire coiffer du cèkion, une couronne en métal argenté conservée parmi les objets du culte.

L’ancienne église d’Anderlues possédait un tableau qui représentait l’exorcisme de Tosion. C’était devant ce tableau, malheureusement disparu lors de la démolition de l’édifice, que se déroulait le rite du cèkion (1).

 

S’il pleut à la Saint-Médard…

 

La croyance populaire a aussi fait de saint Médard le protecteur des agriculteurs et de leurs récoltes, coutume qui, dit-on, serait née le jour même de sa mort.

On rapporte en effet qu’une fois acquise la conversion définitive des habitants des Flandres, Médard était revenu achever ses jours à Noyon où il mourut le 8 juin 545.

Au moment où il s’éteignait, une pluie douce et abondante se mit à abreuver les campagnes désolées depuis plusieurs mois par une terrible sécheresse. Cette pluie bienfaisante tomba ainsi pendant quarante jours pour le plus grand bonheur des agriculteurs. Cette ultime manifestation de l’évêque de Noyon-Tournai devait donner naissance au dicton populaire selon lequel « s’il pleut le jour de Saint-Médard, il pleut quarante jours plus tard » et à la coutume d’invoquer le légendaire Médard de Salency pour obtenir un temps favorable aux récoltes.

Mais à Anderlues, si le populaire évêque passe toujours pour être le protecteur incontesté des agriculteurs et de leurs récoltes, il a surtout la réputation d’être, à tort ou à raison, un fameux Grand Pichâr ; on dit, en parlant du temps : saint Médard èl dèsmèt, saint Barnabe l’èrmèt.

 

(à suivre)                                                                                Willy GUERLEMENT

 

cf. R. Dascotte, Le «cèkion» de l’église Saint-Médard, dans « El Mouchon d’Aunia », décembre 1976, p. 240.

 

in : MA, 12, 1976, p.240

Le « cèkion » de l’église Saint-Médard, à Anderlues

 

L’église Saint-Médard, à Anderlues, possède l’os iliaque droit de saint Médard, scié près de l’articulation sacro-iliaque ; cet os est visible derrière la vitre d’un reliquaire en partie doré, datant de 1872. La relique a été donnée par M. Desclaibes, en 1591, qui l’a rapportée de France où il était en service pendant les guerres de Charles-Quint et François 1″; la famille du donateur possédait la terre et le château d’Epinois (1).

Jusqu’en 1962, les pèlerins se rendaient à l’église Saint-Médard pour baiser la relique du saint pendant que le prêtre déposait une couronne en métal argenté sur la tête des pèlerins. Cette couronne (voir photo) est appelée cèkion en wallon (2) ; à noter que le cerceau se dit cèke à Anderlues. La pose du cèkion était censée guérir les maux de têtes, les migraines et les maladies mentales.

Ce pèlerinage avait lieu le 8 juin, jour de la fête de saint Médard, et le dimanche suivant, ainsi que le 1er dimanche de septembre, jour anniversaire de la date de la translation de la relique qui eut lieu en 1872.

L’abbé Albert Corbisier rompit cette tradition (pourquoi ?) à son arrivée dans la paroisse en 1962. Je dois ces données à l’amabilté de l’ex-sacristain M. Fernand Marillesse, né en 1894, qui pense que le cèkion date de 1872 comme le reliquaire.

Il était utile de rappeler ceci car je crois que peu d’objet du culte ont reçu une appellation wallonne.

 

Robert DASCOTTE

 

1)  F. Dusauçois, Vie de saint Médard, Mons, 1873, pp. 40-42.

2)  A. Carlier a également recueilli ce terme à Anderlues pour désigner cette couronne   (cf.   son  fichier  déposé   chez   M.   Willy   Bal).   D’après   l’Atlas Linguistique de Wallonie, t. 3, p. 48, le cèkion désigne la Grande Ourse à Soignies, et les Pléiades (constellation) à Marche-lez-Ecaussinnes.

Le terme cèke désigne aussi le cerceau et toutes espèces de cercle dans tout le Centre.

 

Robert Dascotte, Trois suppléments au dictionnaire du wallon du Centre, in :

BCILL, 28, Louvain-la-Neuve, 1985

 

Lorint ou Leûrint ou Lurint (maus Saint- —), s. m. plur., ” impétigo, eczéma du nourrisson, espèce de croûtes de lait, maux ou croûtes sur le visage, surtout chez les enfants. On va chèrvi saint Laurent aux églises de Haine-Saint-Paul (Jolimont), Haut-Ittre, Le Roeulx, Trazegnies. On va à Trazegnies, à sint Lorint-qui-goute pour les maus qui coulent (couler, goûter), et à Haut-Ittre à sint Lorint-qui-brûle pour les maus qui sont rouges. A Anderlues, pour les yeux malades, on invoque saint Laurent à la chapelle qui lui est consacrée; non loin de là, la fontène Sint-Lorint donne une eau servant à bassiner les yeux. A Haut-Ittre, on obtient auprès du curé de la grèsse Sint-Lorint dans une coquille de moule, cet onguent guérit les brûlures.

 

Robert Dascotte, Trois suppléments au dictionnaire du wallon du Centre, in :

BCILL, 28, Louvain-la-Neuve, 1985

 

Ognîye (Marîye d” —), sainte Marie d’Oignies; la prière suivante est récitée à Anderlues quand on a une poussière dans l’oeil: Marîye d’Ognîye, // venez ké (chercher) 1′ poussière de

m’n-î  //  et__rwèz-1′  (jetez-la) su 1′ fumîn. Cf. HA, mai 1969,

p. 100; M.-D. dès-Aveûkes, N.-D. de Trèj’nîn, N.-D. de Trinité.

 

Françoise LEMPEREUR, Le corps humain dans les enfantines, p.75-91, in : Comm. R. B. de Folklore, Le folklore du corps humain, Vol. XV, 1983

 

D.  Les risettes

 

(p.89) Après cette parenthèse sur le folklore scolaire, revenons aux risettes authen­tiques, destinées aux tout-petits. Elles se jouent avec les doigts ou les orteils du bébé selon un schéma immuable : du pouce à l’auriculaire; sur la dernière phrase, on pince l’auriculaire et on l’agite fortement.

Si l’auriculaire est chaque fois qualifié de « petit » (Jean l’Petit, pôve pitit, lu p’tit, pitit crèton, p’tit crapaud, etc.), le pouce porte des noms différents : pouci, gros deût, petit Poucet, gros poûrcê ou gros pouchau et il faut remarquer dans ces deux dernières appellations, le jeu de mots pouce (pôce en wallon) — pourceau (poûrcê).

Du Hainaut, voici d’abord une version de Madame Demulder d’Anderlues :

« P’tit Poucet Djan Daridèt Djan del Saut P’tit crapaud

Cwi cwi cwi cwi cwi cwîc ! »

 

L’élection du “mayeûr, d’Ansuelle à Anderlues, in : MA, 2, 1978, p.30-31

 

On s’interroge souvent sur l’origine du blason populaire via qui dési­gne les habitants du hameau d’Ansuelle, Answèle, à Anderlues. Selon notre ami Georges Cambier, né voici 82 ans à la Ferme de Bourgogne en plein cœur d’Ansuelle (qu’il n’a d’ailleurs jamais quitté), il faut remonter fort loin sous l’Ancien Régime pour la trouver. C’est du moins ce qu’il a toujours entendu raconter par son père et son grand-père qui, eux-même, le tenaient de leurs aïeux. Ce sont là les seules sources dont nous disposons.

A défaut de documents, nous devons donc faire confiance à la seule tradition orale et aux précieux souvenirs de notre informateur pour rapporter à notre tour la curieuse élection du Mayeûr dèl ducace d’Answèle qu’un autre Anderlusien, feu le peintre naïf Fernand Joris (1885-1966) a d’ailleurs fixé à sa façon (1) sur toile.

Précisons tout de suite que cette élection — unique en son genre — était essentiellement folklorique, la nomination du mayeûr officiel étant, en vertu du droit seigneurial, une prérogative du Comte de Hainaut, « seigneur haut justicier de la terre d’Hannesuel ». Elle n’en est pas moins considérée aujourd’hui encore, bien que disparue depuis l’invasion française, comme la plus importante manifestation ayant jamais existé à Ansuelle.

Elle se déroulait le 1″ décembre. Ce jour-là, après la messe en l’hon­neur de saint Eloi, les hommes, à la « semonce » du mayeûr en titre, se retrouvaient in face dèl viêye cinse de Bourgogne pour choisir celui d’entre eux à qui incomberait la charge d’organiser les festivités de l’année à venir. Ils se disposaient tout d’abord autour de la place, de façon à former un cercle, chacun d’entre eux tenant ène tortchète de foûrâdje qui constituait, en quel­que sorte, le… bulletin de vote, l’unique ~ électeur » étant un jeune veau, in djon.ne via, né dans une étable d’Ansuelle et fraîchement sevré. Une fois le cercle bien fermé et que le mayeûr en avait terminé de rappeler les règles à respecter, on amenait le veau au milieu du cercle. Au préalable, on lui avait recouvert la tête d’un sac, ce qui augmentait encore sa réticence à jouer le rôle qu’on en exigeait. Au signal donné — en l’occurrence l’explosion d’une campe — l’animal était libéré de ses entraves : l’élection commençait alors au milieu d’une tempête de cris, de rires, de vociférations et de quolibets. On peut deviner ce que cela pouvait donner surtout si l’innocent animal, effarouché par un tel vacarme entamait une course folle ou préférait se cou­cher, parfaitement indifférent à tout ce qui se passait autour de lui. Quand, enfin, tenaillé par la faim, il se décidait à saisir une torchette de paille, il désignait du même coup le mayeûr dèl ducace d’Answèle.

La journée s’achevait par une joyeuse sortie dans le village avec de temps à autres un cornâdje (2) devant la maison de ceux qui avaient boudé l’élection ou de ceux qui n’avaient rien offert pour la ripaille du soir.

Telle est, comme elle nous est parvenue jusqu’à nous et toujours vivace à Ansuelle, la légende des vias de ce hameau et l’élection originale du mayeûr d’Answèle.

 

Willy GUERLEMENT

 

(1) Selon ce tableau, l’élection avait lieu dans une prairie clôturée et c’est un âne qui… élisait le mayeûr parmi un groupe de candidats qui avaient

attaché une torchette de paille à leur braguette. Notre témoin dit qu’il s’agit d’une variante de sa version mais il ajoute que son père ni son grand-père ne lui ont jamais rapporté cette version illustrée par le peintre.

(2) Cornâdje est la forme régionale par laquelle on désignait jadis un chari­vari. Il était une véritable justice populaire vouant à la vindicte ceux qui, par exemple, avaient enfreint aux lois du mariage. Cette coutume con­sistait donc à ridiculiser un individu par un tintamarre où se mêlaient cris, beuglement et bruits de toute espèce.  La période se  prêtant le mieux à ce genre de chahut public était celle du carnaval parce qu’elle permettait d’exercer les cornâdjes sous l’anonymat du masque et le plus souvent la nuit. Il n’empêche cependant que  l’on  organisait également des cornâdjes en d’autres occasions, à la ducace, par exemple ou lors de l’élection qui fait l’objet du présent article. Dans ces derniers cas. les cornâdjes s’exerçaient généralement au grand jour, à visage découvert. Les mobiles qui les provoquaient n’ayant pas le même caractère de gravité que les « accros à la vie conjugale », ils étaient de loin bien moins cruels que   les   véritables   expéditions   punitives   qui   sanctionnaient   ceux-ci ; leur but étant de faire monter la fièvre lors d’une festivité, ils conser­vaient cependant une certaine résurgence vidicative. Sur les cornâdjes, on   consultera   les   articles   que   Maurice   Denuit   a   publiés   dans   « El Mouchon d’Aunia », mars 1964, pp. 56-57 ; avril 1964. pp. 69-70.

 

N.d.l.R. — Nous tenons à remercier notre ami Jean-Pol Baras, secrétaire de rédaction de la revue «Rencontres» publiée par le CACEF, qui nous a autorisé a publié le document qui illustre cet article. Ce tableau de Fernand Joris, le peintre naïf d’Anderlues, est une huile sur toile de 70 x 101 cm., il est la propriété de M. R. Noël, de La Louvière. Il a été présenté à l’exposition « L’Art Naïf en Wallonie et à Bruxelles » qui a eu lieu au Palais des Beaux-Arts de Charleroi du 2 octobre au 6 novembre 1977. Il y a lieu de signaler que, sous le tableau, le peintre a écrit « La nomination du collège de Ansuelle ; le baudet plus intelligent que les bipèdes reconnait les qualités du candidat à la saveur du foin ». Nous remercions également notre ami Willy Guerlement qui nous a procuré cet article tiré de son livre « Anderlues et son passé » (en prépa­ration) .

 

In : MA, 10, 1980, p.181-182

Les sources guérisseuses dans le Centre

(3° article)

 

Les trois sources, sourdants, dont il est question ci-dessous, sont situées sur le territoire d’Anderlues. Ces données m’ont été fournies par mon ami Willy Guerlement, fin connaisseur des coutumes et de l’histoire de la Bourlète [1) ; je le remercie de tout cœur.

Ces lignes complètent mes articles sur ce sujet, parus dans cette revue, janvier 1980, pp. 10-13 ; avril 1980, p. 64.

Au hameau d’Ansuelle, Answèle, on trouve la chapelle Saint-Laurent, tchapèle Saint-Lorint, où l’on va prier le saint pour la guérison des yeux malades. Ensuite, on se rend à 300 mètres de là, dans le Bos dèl Tayète, où la fontène Saint-Lorint donne une eau servant à bassiner, bassî, les yeux.

Située dans l’enceinte de l’ancienne ferme de Bourgogne, cette cha­pelle a très probablement été construite en même temps que cette ferme, c’est-à-dire entre 1477 et 1502 par Marguerite d’York, veuve de Charles le Téméraire. Dès son origine, cet oratoire était desservi par un moine de l’Abbaye de Bonne-Espérance qui, à charge d’entretenir le bâtiment et d’en acquitter les rentes, touchait les revenus attachés à cette chapelle, revenus qui, dès 1502, étaient produits par les terres du Cartulaire de Saint-Laurent de Hanechœlles (en wallon : les Saints-Lorints). Cette précision est fournie par un « Relevé des arrière-fiefs tenus du Seigneur de Fontaine établis en 1502.

D’autre part, à l’emplacement de cet édifice, Godefroid de Winchi, che­valier et seigneur d’Hanchuelles, avait fait construire une chapelle dédiée à saint Laurent en 1288 (A.E. Mons. Cartulaire de l’abbaye de Lobbes, n° 34, folio 146-147).

La Chapelle Saint-Laurent a été rebâtie en 1821 par J. Huwart et A. Deneufbourg, son épouse, tenanciers de la ferme de Bourgogne, au hameau d’Ansuelle, à cette époque.

Il y a lieu de noter que pour la forme d’impétigo appelés maus Saint-Lorints, les habitants d’Anderlues, les Bourlètîs (2), se rendent à la collé­giale de Lobbes (j’examinerai cette question en détail dans une étude en préparation).

Au lieu-dit à les Rouwèles ou à les Ruwèles (officiellement : rue des Ruelles), une fontaine appelée fontène qui bâche ou fontène Djène Guîye (3) (souvent appelée fontène djeù d’guîyes) débite une eau servant aussi à bassiner les yeux malades ; ce débit baisse, bâche, en période de séche­resse, d’où son nom Fontène qui bâche.

La fontaine Saint-Médard, fontène Saint-Mèdârd, située dans le quartier Saint-Médard, a quelques pas de la chapelle du même nom, érigée en 1752, dispense une eau recueillie par les pèlerins souffrant de maux de tête.

Ajoutons que saint Médard, patron de la paroisse d’Anderlues, est invoqué pour les maux de têtes et la protection des cultures et du bétail. Une procession fameuse appelée Tour Saint-Mèdârd sortit annuellement jusqu’en 1959 ; notre revue publiera prochainement une étude de W. Guerlement sur cette procession (4).

 

Robert DASCOTTE

 

(1)   Bourlète est le nom du bulbe qui surmonte le clocher d’Anderlues ; c’est aussi  l’appellation  familière  de  la  commune ;  on  dit  :  du dmeûre  al Bourlète ou du m’in vas al Bourlète.

(2)   Bourlètî, appellation familière des habitants de la Bourlète.

(3)   Djène, Jeanne ; Guîye est-il un sobriquet ?

(4)   On consultera aussi notre article : Le « cèkion » de l’église Saint-Médard

à Anderlues, dans notre revue de décembre 1976, p. 240.

 

in : MA, 4, 1981, p.48

Les prières populaires

 

Pour retrouver un objet perdu, on récite les prières populaires ci-après  :

à Anderlues :

Saint Antoine de Padoue, mètèz mn’afêre à djoû.

à Havré :

Saint Antoine de Padoue,

d’ai pièrdu… (on cite l’objet perdu)

si vos l’vèyèz,

rindèz-me Ile.

à Obourg :

Saint Antoine de Padoue,

grand voleû, grand filou,

rindèz ç’qui n’est ni” à vous.

D’autres prières a saint Antoine de Padoue ont été publiées dans notre revue de juin 1979, p. 120.

 

Robert DASCOTTE

 

N.d.l.R. — Si des lecteurs connaissent d’autres prières semblables, ils sont priés de les envoyer à Robert Dascotte, 123, rue Ferrer, 7161 Haine-St-Paul. Un grand merci d’avance !

 

 

 

Andèrlûwe (Anderlues) - èl cèkion

cf ci-dessus (in: MA, 12, 1976)

Andèrlûwe (Anderlues) - pètit drapia d' èl Sint-Mèdârd (drapelet de la Saint-Médard)

(in: MA, 3/1981)

Andèrlûwe (Anderlues) - lès jèyants (les géants)

(Robert Dascotte, in: MA, 1987)

Andèrlûwe (Anderlues) - Sint-Nicolas d' èm djon.nèsse (Henri Delporte)

(MA, 1987)

Andèrlûwe (Anderlues) - èl Feûreû (le carnaval)

Andèrlûwe (Anderlues) - èl Feûreû (le carnaval)

soumonce 2013

Andèrlûwe (Anderlues) - èl Feûreû (le carnaval)

Andèrlûwe (Anderlues) - èl Feûreû (le carnaval) - Bourlètîs... alèz... tamboûrs! (Henri Delporte)

(MA, 1985)

in: EB, 488-489, 1996

Henri Delporte (1933)

 

Originaire d’Anderlues, c’est par la musique qu’il s’est surtout exprimé; il fut, en effet, batteur dans de nombreux orchestres de danse et de jazz.

Il est membre de Scriveûs du Cente et a publié un grand nombre de textes dans la revue de cette association, El Mouchon d’Aunia.

 

Nos derniers mineurs

Comme d’habitude, ce jour-là, / ils avaient pris le chemin de leur puits, / un chemin noir, celui du Roton’, / dernier survivant de nos charbonnages wallons. // Pourtant, tout alentour des installations de surface2, / il y avait connue des préparatifs / [qui se faisaient] sur un air de tristesse… / le soleil même cachait ses éclats, / ne s’amusant plus comme un petit gamin, / en faisant rejaillir les flambées de septembre / à travers les terrils voisins. / Dans la cour, par dizaines, les mineurs / étaient rassemblés / pour [vivre] une bien triste vérité / et pour eux, rien ne serait plus jamais pareil / parce qu’ils savaient que pour le Roton / éclosait la dernière journée, / la dernière journée de leur puits / où ils avaient trimé, / pariant sans cesse leur vie, / dix, vingt, parfois trente ans / pour gagner le pain de leur famille. // C’est avec la plus grande peine / qu’au Roton, ils regardaient le chevalement’ / qui allait les embarquer pour un dernier voi/age / dans les noires profondeurs. / Faisant route en bavardant, / ils se sentaient tristes, décontenancés, / cachant difficilement leur peine, / parce que cette fois, I ils savaient que c’était pour de bon. Il Et c’est ainsi que le cceur pesant, bar­bouillé de gris, / ils ont refait les gestes de tous les jours: / prendre leur médaille4 dans la cahute du garde, / prendre leur casaque dans le vestiaire’ / enfiler leurs vêtements de mineur pour la dernière fois… I D’habitude, ou entendait rire, chanter, / non seulement eu wallon mais aussi dans une charretée de langues… /Aujourd’hui, ou entendrait souffler une mouche. / Sur la dernière équipe enfermée dans la cage, / s’enfonçant dans les tripes du gouffre, / jusqu’à peut-être plus de huit cent mètres des poulies”, / vous n’entendriez plus parler une cancanière; / on se croirait à un enterrement inhabituel. / À vrai dire, c’en est un.

 

Nos dèrnîs fostîs

 

Come d’abitûde, èç’ djoû-là,

is-avinetèt pris l’ voye dè leû fosse,

ène voye nwâre, èl ciène du Roton,

dèrnî’n scapè d’ nos tchèrbonâdjes walons.

 Pourtant, t’-alintoûr du damâdje, i vos-avoût come dès-aprèsses

su in-ér’ dè tristèsse… min.me èl solêy muchoût sès sclats,

nè djuglant pus come in p’tit kin, in f’sant r’djibler sès blakéyes dè sètimbe

t’-avau lès tèris visins. Dins 1′ cour, dès dîjènes de fostîs

astin’tè rabind’lès

pou ‘ne bîn trisse vérité

‘yèt pou ieûs’, rîn n’ sèroût pus jamés parêy

pace qu’ is savinetèt qu’ pou 1′ Roton

skèpichoût 1′ dèrnière djoûrnéye,

1′ dèrnière djoûrnéye dè leû fosse

‘yu-ce qu’ is-avinetèt trimé,

gadjant sins r’kache leû vîye,

dîj’, vint’, tékzwas trinte ans

pou gangnîn 1′ pangn dè leû famîye.

Ç’t-avût 1′ pus grande dès pênes

qu’ au Roton, is r’wétinetèt l’ bèle fleûr

qui daloût lès-imbarkî pou in dèrnîn voyâdje

invî lès nwârès pèrfondeûrs.

D’ in bèrdèlant tout v’nant,

is s’ sintinetèt d’bautchîs, dègondès,

muchant dificilemint leû pêne,

pace que dè ç’ coup ci,

is savinetèt qu’ c’ ît pou du bon.

Èyèt c’ è-st-insi què 1′ keûr pèsant, machurè d’ gris,

is-ont r’fét lès djèsses dè tous lès djoûs:

prinde leû mèdaye dins 1′ cayute du garde,

pinde leû casake dins 1′ lodjète dès pindus,

in filer leûs lokes d ‘ouyeûs pou l’ dèrnîn coup…

D’ abitûde, on-intindoût djiper, tchanter,

nîn seûlemint in walon mès dins ‘ne tchèréye dè langues…

Audjordû, on-intindroût soufler ‘ne mouche.

Par dèzeûr èl dernière èkipe èrsèréye dins 1′ gayole,

s’ infonçant dins lès tripayes du goufe,

djusqu’à p’tète pus d’ wit’ cints mètes dès molètes,

vos n’ intindrîz pus moufeter ‘ne raguète;

on s’ cwâroût à in-intèremint woûrs d’ abitûde.

À vré dîre, c’ è d-èst iun.

 

// Sur les lieux de travail, pour ne pas montrer leur peine, / avalant leur salive, / ils besognent au marteau-piqueur, / trimant avec ardeur, pire encore que des gens har­gneux, I tout en pliant le dos… / Quand ils reverront le ciel, à la fin de leur travail / ce sera pour beaucoup / peut-être la pension, peut-être le chômage / mais pour une grande partie d’entre eux / leur nouvelle vie ne ressemblera pas, I et ce sera dom­mage, I à la chaude vie, un peu magique / des noirs bouveaux de leur puits histori­que. Il Avec le Roton, c’est un livre d’histoire qui se referme, / un livre d’un Pays noir, riche de moments / de courage, de joie, de moments tragiques et misérables aussi, I ne laissant que les vieux terrils pour témoins. I Derniers mineurs, / ils conserveront précieusement comme des reliques / peut-être leur casque7 encore noir de charbon fin, / peut-être leur vieux bidon tout cabossé, / une lampe*, deux ou trois outils… I Oui, ils seront quelques uns ceux qui, / au travers d’une poignée de souve­nirs, I verront défiler leur vie passée, / quand ils pataugeaient dans les boues de charbon, souvent en sueur… / des vies toujours noires, / noires comme leur charbon, I noires comme celles de leur père / et du père de leur père. // Maintenant, la réalité fait mal, /jaillissant sans pitié. / Malgré tout, / nous ne pouvons pas penser, nous tous, I qu’avec le Roton vient de mourir, / qu’avec ses mineurs qu’on a abandonnés, / c’est un morceau de l’âme de la Wallonie / qui pour toujours va s’éparpiller dans le ciel, I un ciel sali / par la dure histoire de nos derniers mineurs.

 

 

Su l’ ouvrâdje, pou nîn moustrer leû pêne,

ravalant leû ratchon,

is bout’te au martia pikeû,

brètant à r’louye, pîre que d’s-argneûs,

tout-in plouyant leû coyène…

Quand is r’vîront l’ èstwalî à l’ fin d’ leû bourlote,

ç’ s’ra pou branint

p’tète èl pinsion, p’tète èl chômâdje

mès pou ‘ne bone binde d’ intrè ieûs’

èl nwêve vikérîye n ‘èrchènera nîn,

‘yèt s’ra damâdje,

àl’ ciène tchôde, ène miyète majike dès nwârs boûvias d’ leû pus’ istorike.

Avû 1′ Roton, c’ è-st-in lîve d’ istwâre qui s’ èrfrume,

in lîve d’ in Payis nwâr, ritche dès moumints

coradjeûs, jwayeûs, trajikes èt misèrâbes ètou,

n’ léchant qu’ lès vîs tèris pou tèmwins.

Nos dèrnîns fostîs,

is warderont précieûse’mint pou r’likes

p’tète leû cawote co nwâre de fines, p’tète leû vî flacon tout r’brougnîn,

in quinkèt, deûs twâs-ostis…

Wâye, is s’ront à saquants lès cîns qui,

au trèvî d’ ène pougnéye dè souvenis,

vîront s’ dèsfiler leû vîye passéye,

pataudjant dins lès flûs, souvint à l’ suwéye…

dès vîyes toudi nwâres,

nwâres come leû tchèrbon,

nwâres come èl ciène dè leû pa

èyèt du pa d’ leû pa.

Asteûre, èl rèyalitè fét mau, brotchant sans pitié.

Maugrè tout,

nos n’ povons pinsér tèrtous

qu’ avû 1′ Roton qui vînt d’ mori,

qu’ avû sès-ouyeûs qu’ on-a lachî,

c ‘è-st-in morcha d’ l’ ane dè l’ Walonîye

qui pou toudi s’in va s’ dèsparde dins l’ èstwalî,

in-èstwalî brouzè pa 1′ durte istwâre dè nos dèrnîns fostîs.

 

Roton, charbonnage dont le Puits Sainte-Catherine de Farciennes a été le dernier à être exploité
en Wallonie. Il fut fermé le 28 septembre 1984. Un roton est un rondin de bois; par métonymie, le terme désignait autrefois un chemin couvert de rondins donnant, notamment, accès à un char­bonnage.

lodjète dès pindus ‘logette des pendus’; dans certains charbonnages, les mineurs se déshabillaient dans un local équipé de cordes pendant du plafond et tournant sur une poulie. Ils accrochaient leur vêtement à cette corde, hissaient le chargement au plafond et fixaient la corde avec un cadenas
dont ils conservaient la clé. Il s’agissait d’un système simple et efficace pour éviter les vols et gagner de la place. Les pindus désignent les vêtements accrochés aux cordes qui donnaient l’impression d’avoir affaire à des pendus.

cawote, cornet de papier; par une analogie plaisante, le terme désigne le casque de mineur en cuir.

 

Henri Delporte, Vièyès  ducaces dè l’ Bourlète, in : MA, 6, 1984, p.114

 

Il-a ‘ne bèle royète, dèvins l’ temps passé,

èl ducace Sint-Mèdârd, ç’ astoût ‘ne saquè.

Ytè pou nos tayons, èle leû-z-astoût tchére,

pace que ça n’ astoût nîn d’ èl pètite bière.

Cwayèz-mè, i n ‘a rîn d’pus cèrtin,

c’ ît ‘ne ducace ayu-ce qu’ il-avoût d’ l’ intrin.

Bîn seûr, c’ ît iun dès pus bias djoûs d’ l’ anéye,

èl bon goût dè l’ tarte ès mèloût à ‘ne vènéye.

Su l’ place, lès violes dalinet’ à tout skèter,

qué djeu, on n’ savoût pus p’ ayu toûrner.

On s’ in ‘rdonoût come dès sots à l’ bèrlondje,

èyèt d’ssus lès tch’vaus d’bos, bias come dès sondjes.

‘ll avoût ètou au pîd d’ no clokî,

ène djindjole dè barake à n’ nîn s’ riskî…

ç’ astoût ‘ne gayole pou s’ pièrde, in labirinte.

Way, mès frés, in coup intrè d’dins, qué quinte..

pindant dès-eûres dins l’ soûrt, vos tournayîz,

à gauche, à dwate, pou cachî d’ in vudî…

Si vos trouvîz ‘ne crayére par atombance,

c’ èst qu’ vos-avîz ieû in fameûs coup d’ chance.

Là-d’ssus, on s’ incouroût ès… dèsvûdî

pou s’ rapwirer d’ s’ avoû lyî infrouyî…

Eyèt pou daler djusqu’à d’ssus l’ djeu d’ bale,

i faloût djwer dès cwisses èyèt dès spales.

Pou vous vîr, faloût fé d’ vos pîds, d’ vos mins,

yèt tékefwas grimpyî d’ssus l’ dos d’ vo visin.

On-avoût s ‘bèle djakète toute cafougnîye,

yèt des-artias come des prônes èspotchîyes.

Maîs mi, skèpi d’ ène famîye d’ musicyins,

djè m’ rapèle co bîn l’ temps qu’ dj’ astoû gamin,

què m’ pèpére Gusse èm racontoût ds-istwâres,

l’ ducace dè jwin, il l’ avoût in mémwâre…

Lès musicyins, c’ ît ‘ne binde dè gués lurons,

qui s ‘in foutinetèt du « qu’ in dîra-t-on »…

Àcoups d’pistons, d’ tamboûrs èyèt d’trombones,

is s’ in r’doninetèt, austant qu’ à l’ tarte à prônes !

Way, is avinetè d’ l’ èstofe, lès cousaus,

surtout quand leû lampa sintoût l’ flètchau…

Quand is-avinetèt r’lopè saquants véres,

dins l’ vilâdje, faloût intinde qué afêre.

À l’ porcèssion, djouwant dès pas rdoublès,

is-ont mine fé danser leû bon curé.

Èl procèssion Mèdârd, c’ ît ‘ne bone diréve

avû tous lès tch’vaus scouvetant lès pavéyes,

lèyant leûs cartes dè visite tous costès,

n’ a nîn à dîre, ç’ astoût bon l’ temps passé.

Yèt pus tard, èl concêrt woute, à l’ swaréye,

ç’ astoût l ‘bal populére, ène vréye mènéye…

d’ssus dès valses, scotichs, mazurkas, polkas,

tous lès Bourlètîs f’sinetèt leûs p’tits pas.

C’ èst là qu’ in profitinetèt nos grands-péres,

pou fé tournayî l’ tièsse à nos grands-méres.

Maîs branint pus târd, djè d-aî co couneû,

dès bèlès ducaces come au temps eûreûs…

Ç’ astoût l’ couminchemint des-anéyes cinkante,

du temps què dj’ avoû ’ne formâcion spitante.

Là t’-alintoûr. i f’soût tout nwâr dè djins,

yèt pou s’ aprochî, faloût ièsse Tintin…

‘ll avoût in plantchî yèt in kiyosse,

d’vant l’ tchambe comune, pou fé danser lès fosses.

Lès Bourlètîs s’ in r’donetèt à keûr jwa,

dè s’ clokî, l’ Bourlète n’ in rvènoût nîn d’ ça.

On dansoût lè « Spiroû », ‘l « Danse atomike »,

faloût ièsse afrouyî, n’ nîn avoû s’ chike…

Is lancinetèt l’ coumére dins l’ èstwalî,

maîs pou l ‘rascoude, bèrnike, cwayèz-mè bîn

Pacoup, vos-intindîz, scouvetant l’ musike,

du plantchî, dès crakemints come dès coups d’ trike.

D’ayeûr, djè n’ vos mins nîn in vos r’dijant,

dj’ aî couneût passé woute au plin mitan…

Tékefwas, on rascoudoût d’ssus l’ dos ‘ne nuwéye,

qu’ astoût bîn souvint ène fameûse passéye,

yèt ça, ça v’noût d’ no cama sint Mèdârd,

qui n’ a nîn volé ès’ nom d’ grand pichârd…

C’ ît là s’ djèt parwassial, ç’ ît là s’ pratike;

on-apiçoût instrumints yèt musikes,

yèt pou l’ salon comunal, on skivetoût

quate à quate avû tout l’ binde dè basoûs.

Way, maîs doûlà, èl temps d’ fé ‘ne valse au r’viérs,

yèt vo fosselète couroût come ène goutiére…

ça piche’lotoût l’ long des mûrs yèt d’ vo dos,

maugrè ça, on s’ in ‘rdonoût come dès sots,

riyant à r’loûye à grandes sclifotéyes,

èyèt tout doûcemint, s’ inspètoût l’ swaréye.

Quand ç’ ît l’ moumint d ‘djouwer l’ « Temps d’ in râler »,

lès Bourlètîs r’beûlinetèt à tout skèter…

L’ ducace s’ a insclumi avû l’s-anéyes,

nous-autes avons vièyis dins s’ èrlouméye

Way, audjèrdû, ç’ temps-là è-st-involè,

ç’ n’ èst pus qu’ in souveni dès fièsses du passé.

Yèt avû l’ âdje, nos-avons dè l’boudène,

i n’ dèmeûre qu’ à calauder d’ nos fèrdènes…

Què nos-èfants asproûvetèt d’ fé come nous,

djè cwa qu’ adon, is téront co l’ bon d’bout.

Èl flambau èst dins les mins d’nos p’tits kèt’s,

qu’ is l’ fassetèt bîn blanki pou no Bourlète,

pou qu’ on d’zisse, qu’ èl ducace dès Bourlètîs,

c’ èst co l’ pus bèle, c’ èst l’ ciène qu’ on vwat voltî.

 

Andèrlûwe (Anderlues) - Vîs tèris (Henri Delporte)

(MA, 1986)

Andèrlûwe (Anderlues) - Pou in mèyepu prèmî d' mé (Henri Delporte) (MA, 1987)

Andèrlûwe (Anderlues) - "Andèrlûye (ou: Andèrlûwe), èm bia vilâdje" (Henri Delporte)

(MA, 1992)

Andèrlûwe (Anderlues) - "Parler l' walon" (Martial Durant)

(MA, 1987)