Lès légumes dins l’ culture walone / Les légumes dans la culture wallonne

lès légumes en Bèljike romane / les légumes en Belgique romane (sêre / seerre : foto / photo Michel Robert)

1 Lès cotelîs (“coteliers”)

Fernand Danhaive, Les coteliers de la banlieue de Namur Nord, p.6-50, in : GW, 1, 1983

 

De plus, il s’agit ici des traditions d’un groupement agricole, dans une agglomération urbaine ! L’on dénombrait récemment en Belgique près de 550.000 travailleurs agricoles, 1.500.000 personnes attachées aux diverses industries. Ces statistiques peuvent être fallacieuses. En effet, l’exercice de plusieurs professions est de règle dans bien des localités. Nombreux étaient, jusqu’à nos jours, les habitants de Malonne (Namur-Sud), Aische-en-Refail, Saint-Denis, Bovesse, Rhisnes, Liernu, Meux, Saint-Germain, Grand-Leez (canton d’Eghezée), qui étaient ouvriers du bâtiment, plafonneurs ou maçons, et cultivateurs. Les cultivateurs de Gesves étaient renommés pour la construction de murs en moellons. Que d’anciens petits couteliers de Gembloux exerçaient leur profession en marge de celle de cultivateurs. (…)

 

Chapitre I — PROPRIETE ET POSSESSION DU SOL

 

Cette région comprend des hauteurs (tiènes) fort arides et des vallées qui étaient marécageuses.

Trois groupes de travailleurs ont, par places, remué le sol de fond en comble : les carriers, les ouvriers occupés à travers les âges à la construction de travaux de défense pour la ville de Namur, et les coteliers.

 

(p.8) A qui le sol appartenait-il en propriété ? Quels étaient les différents modes de possession du sol ? Nous devons le signaler tout d’abord.

L’histoire de lu propriété foncière pourra être écrite quelque jour; elle donnera peut-être une réponse à des questions très embarrassantes. Les formes même de propriété, la conception du droit de propriété ont-elles varié beaucoup (3)? La petite propriété a-t-elle précédé le système de la grande propriété ? Ou bien ne serait-elle ordinairement que la grande propriété morcelée ? Etait-elle un droit absolu ou relatif ? Au XIe siècle comme au XVIe siècle ? Le noyau du territoire primitif de Namur aurait appartenu généralement à l’Eglise (4), mais nous ne pouvons remonter bien haut dans le passé pour savoir quelle était l’origine de cette propriété, c’est-à-dire quels furent les premiers rapports entre l’homme et la terre. Ça et là des associations de manants libres s’étaient constituées, mais leur existence n’est révélée dans les sources que bien longtemps après leur formation (5). Le régime seigneurial laïque s’était développé également : le comté de Namur. Dans le courant du XIIe siècle et du XIIIe siècle, les domaines ecclésiastiques furent convertis, à Namur, en terrains à bâtir. Les Chapitres de Notre-Dame et de Saint-Aubain gardaient un droit sur le fonds, et les occupants reconnaissaient ce droit par le paiement d’un cens annuel. D’autre part, les constructions qui y étaient élevées devenaient la propriété des occupants (6).

Cependant il restait des terres cultivées par des cultivateurs profes­sionnels, à l’intérieur même de l’enceinte urbaine; il en subsistait encore à l’époque contemporaine.

La banlieue de Namur contenait des terres labourables, des terres en friche, des bois et des carrières. Nous croyons pouvoir affirmer, dès à présent, que la propriété dans cette région subit des variations continuelles.

Ainsi, à Heuvy, au XIIIe siècle, l’abbaye d’Aulne reconstitue une sorte de domaine; elle ne tarde pas à le céder sous forme d’un arrentement perpétuel. Morcelées en petites cultures, après bien des vicissitudes, les terres cultivées d’Heuvy et de Bomel furent presque toutes réunies par un seul propriétaire vers 1880-1890.

Au XIIIe et au XIVe siècle, les religieux Croisiers de Namur ont un grand domaine à Saint-Marc, dans la Basse-Bricniot, et au Beau-Vallon. Au XVIe siècle, ils ont dû aliéner une partie de leurs biens. Un riche bourgeois de Namur, Jacques Lys, en rassemble le plus grand nombre. De nouveau aliénés, morcelés, ils se retrouvent sous le régime de la grande propriété au milieu du XIXe siècle. La grande campagne du Beau-Vallon passe des Croisiers à plusieurs propriétaires; un brasseur de Namur,-Noël, y

 

(3) Pour l’évolution en particulier, voir les pages 11-31 de Property, its duties and righls, by various writers, London, 1915.

(4) Voir spécialement l’étude de M.C.-G. ROLAND, Le domaine liégeois de Namur et ses avoués, dans Annales de la Soc. archàol., t. XXVI, pp. 243-261. – Ce n’est qu’une hypothèse, croyons-nous.

(5) Tels les manants de la Neuve-ville, à Narnur, déclarée « tranche de mauvaises lois » … les habitants ont leurs biens propres, peuvent les vendre et s’en aller ; ils ont des droits d’usage qui rappellent ceux des bénéficiaires de la Loi de Beaumont du XII” siècle. (Cartulaire de Namur. charte de 1214).

 

(p.8) reconstitue un domaine au XVIIIe siècle; celui-ci se morcelle et à présent il s’est émietté en petites propriétés agricoles.

Par contre, le domaine d’Hastimoulin s’est fractionné dès le XVIIIe siècle. Après avoir connu durant un siècle le régime de la petite culture, il est, de nos jours, complètement couvert de bâtisses.

La petite culture a évolué, chez nous, à côté de la grande culture; nous la rencontrons à Namur-Nord dès le XIIe siècle, elle se multiplie aux siècles suivants. Berlacomines est resté un grand domaine rural, Bricniot l’était encore il y a vingt-cinq ans; ni l’un ni l’autre n’ont été réellement entamés par les petits héritages agricoles, leurs voisins.

 

Quelques formes d’entrée en possession du sol cultivé ont retenu l’attention des historiens.

Sous le régime de la « censive», l’occupant gardait le fond pour soi-même et pour ses héritiers. Il récolte les produits, mais il paie au seigneur un cens annuel fixe. Par exemple, à Herbatte : des manants avaient défriché des portions de terrain au-dessus des prés et des vignobles, ils détenaient ces parcelles en censives.

Ailleurs, le seigneur cédait le fond à l’occupant, en métayage. Tous deux partageaient les revenus du sol. Le comte de Namur, par exemple, fournit les futailles nécessaires aux vendanges de quelques coteaux namurois, mais les viticulteurs-métayers doivent lui remettre la moitié des vins à la sortie des pressoirs (XIII’-XIV siècles).

Les petits et les grands possesseurs de terres d’une paroisse ou d’une ville possèdent ordinairement en commun (les Comognes) des bois, des trieux (terres en friche), des prés. L’usage de ces terrains est réservé aux seuls membres de la communauté; ils peuvent les louer à un seul occupant ou en jouir (7) pour eux-mêmes, en commun, suivant un règlement spécial. A certaines époques de l’histoire, des biens de ce genre furent répartis entre les membres de la communauté; ils faisaient enclore la part qui leur était échue et en devenaient propriétaires (8).

Enfin, des cultivateurs à la fois possesseurs et propriétaires du sol, mais soumis à des charges diverses.

Parmi les formes de possession que nous retrouvons pour les coteliers, signalons surtout les possessions à titre de propriété, celles à titre de bail, et les « communes » .

 

(7) De là une « herde » ou cheptel formé des animaux de chaque ménage et que la communauté envoyait paître sous la surveillance du berger de la communauté. Ailleurs les habitants ont le droit de mener paître sur toutes les prairies qui sont des propriétés privées, après la Saint-André. (Ex. à Tourinnes-Saint-Lambert, Brabant). Ces prairies deviennent alors « banauves » (banales).

 

(p.9) Pour éviter toute équivoque au sujet des noms que portent, de nos jours encore, les diverses espèces de « possessions » agricoles, il importe de définir aussi exactement que possible les différentes appellations que nos terriens leur ont gardées, en indiquant pour chaque cas l’acceptation communément admise au XIXe siècle dans le Namurois.

Les «  terres labourables », « terres à campagne » , sont consacrées à la culture des grosses denrées (céréales, betteraves, par exemple). Ces terres sont parfois d’un seul tenant; tels les domaines de nombreuses grandes fermes hesbignonnes. Mais le plus souvent l’on en retrouvera éparses, au milieu des cultures d’un autre domaine, ou aussi sur le territoire d’une autre localité. Le morcellement est déjà accusé au XIIIe siècle (9).

L’émiettement en parcelles de terre était naguère fort sensible à Namur-Nord. Des coteliers cultivaient « en campagne » des terres qui étaient distantes de 4 à 5 kilomètres du « cotelage » . L’on sait que la question du « rassemblement » , du « remembrement » des terres est à l’ordre du jour dans les pays de l’Europe occidentale; elle a reçu une solution trop peu pratique encore en France.

Closière (clozère). Terrain cultivé ayant « un côté à route», un ou deux côtés donnant sur la campagne, enclos, d’une étendue variable. La closière n’était pas dans le voisinage immédiat de l’habitation. A Meux (canton d’Eghezée), une closière d’un demi-hectare serait déjà d’une étendue considérable. Dans notre région, par contre, la « closière Delimoy » d’Hasti-moulin (commune de Namur) avait une superficie d’environ 3 hectares; une autre closière, à l’est de Belgrade, contenait plus de 6 hectares.

Un pré n’est pas enclos, bien que l’un des côtés puisse être bordé d’une haie, spécialement le long d’un chemin fort fréquenté. Avec le pré et la closière, nous nous écartons déjà de la maison d’habitation. Le pré est tout en herbe et ne porte pas d’arbres. Quand un pré borde un cours d’eau, la rive seule de ce cours d’eau est bordée de saules, de frênes, ou de peupliers.

Une « rôuye» de terre. – Une « raie » de terre était de dimension fort variable. Nous trouvons mention de 1, 2, 3 « roies » de terre occupées à Herbatte au XIIIe et au XIVe siècles; des mentions analogues étaient fréquentes dans toute la Wallonie. Rarement la « raie » est évaluée en mesure connue (10). Le livre de raison de la famille Legrain, de Malonne, signale (11) des labours et des fumures de « royes » de terre : « 4 tombereaux de fumier pour une roie, 1 tombereau pour une autre » … « Une journée de travail payée à un ouvrier pour labourer deux royes » … » une journée de labour pour une roye » … » ailleurs 60, 35, ailleurs 47… gerbes d’avoine récoltées sur une roye de terre » …

Nous dirions aujourd’hui une « pièce d’avoine » … « une pièce de

 

(9) Les « portions » de 1 hectare a 5 hectares sont relativement nombreuses, au XIIIe siècle à Fleurus, Gelbressée. Loyse, Anhée … Cens ef Rentes du comté de Namur, éd. D.-D. BROUWERS, 1.1, pp. 90, 91,99, etc…; t. II. pp. 6, 7.

(10) 2 roies de cortil tenans environ 2 erpens, à Heuvy, au XVe siècle, Archives de l’Etat, n°325, 162 verso. Il s’agit donc d’un cortil cultivé.

 

(p.10) trèfles » … pour une terre de 30 ares, par exemple, ou, pour des superficies moindres (1, 2, 4 ares), «  on djin ».

L’expression « rôye di têre » n’est plus employée dans ce sens; une raie est à présent un sillon labouré : « one rôye » bien droite ! Mais l’on dira encore d’un petit propriétaire de terres de campagne : « il a saquants (quelques) rôyes di têre ».

Les essarts (saurts, sârts) et les paurts (parts) sont des biens communaux que l’administration locale cède pour un terme de 7 ans aux divers chefs de ménage de la commune. Au bout de 7 ans, les «  saurts » sont repris et soumis à une nouvelle répartition.

Au XIIIe siècle, mention est faite fréquemment de « sarts » , de « vieux sarts » et de « nouveaux sarts » (12).

La question des biens communaux est encore d’actualité à Namêche (canton d’Andenne), à Dhuy (canton d’Eghezée), à Vencimont (canton de Beauraing), à Rivière (canton de Dinant), etc… Ils bordent souvent le « village » et un voyageur averti distinguera bien vite le damier que forment leurs cultures variées dans les terres de campagne avoisinantes ou à proximité des bois et des carrières. Les « essarts » désignent évidemment des terrains défrichés. Les «  parts » peuvent être d’une origine différente. Parfois ces biens communaux sont de possession toute récente. A Meux (canton d’Eghezée), les habitants n’en possédaient pas jusqu’en 1829; par contre, ils jouissaient de droits d’usages en 600 hectares de bois. Le propriétaire de ces bois, H. Van den Bossche, abandonna 100 hectares de bois aux villageois de Meux, contre l’abandon de ces droits d’aisance. Telle est l’origine des parts de Meux, à l’époque contemporaine. Cà et là des parcelles sont entrées sous le régime de la propriété privée et ont été clôturées. 11 existe encore 84 hectares de « parts » . Le curé a la sienne; si un nouveau ménage se constitue après le lotissement, ce ménage reçoit 50 francs par an, en attendant une nouvelle répartition. Mais en réalité, qui est propriétaire de ces terrains : les manants descendant des habitants de la commune en 1829, ou bien la commune, personne morale, certes, mais aussi territoire où quiconque pourra venir résider et bénéficier de grands avantages ? Des procès ont provoqué la création d’une jurisprudence en la matière : la commune est propriétaire.

Le «  pachis », dans notre région, est un terrain herbeux et entouré de haies, arboré de pommiers principalement et de quelques pruniers. Les haies vives qui l’enclosent sont remplacées de plus en plus par des fils de fer. Le pachis est toujours à proximité de la ferme. L’herbage y est rarement de bonne qualité pour l’industrie laitière, car l’ombrage des arbres nuit au développement de la prairie. Dans le pachis, le bétail trouve une sorte de halte où il repose sans surveillance. Nous traduisons notre mot pachis, en français, par « verger » . Malheureusement, la traduction est inexacte, car le mot verger n’implique pas l’idée de bétail.

Même forme de pachis dans le canton d’Eghezée (Daussoulx, Liernu). Par contre, un « pachis » de Meux, dit « Pachis d’al Motte » n’est pas (p.11) arboré. C’est une exception; au reste, ce terrain était planté d’arbres fruitiers autrefois.

Dans la région de Namur-Sud, des pachis ou du moins des parties de pachis ont été cultivés (13).

 

Les ahanières. – Terres bien cultivées à proximité des habitations, encloses. (Donner de Yahan du labeur, comme dans notre mot rayenner : après le labour la terre est hersée). Ce mot n’a pas disparu de toute la banlieue namuroise; une ahénère est un enclos. Dans l’ancien wallon, un ahanier était un petit cultivateur (14). On le retrouve en Hesbaye : agnîre, désigne une bonne terre enclose. Ces terres sont fort recherchées pour les cultures des « grosses denrées » .

 

Le jardin qui voisine avec la maison et le cortil. Le travail qui s’y fait à la bêche généralement, est confié, dans les fermes, à un membre de la famille, à un fils cadet ou aux jeunes filles. Rarement le fermier condescendait à s’en occuper ! A la campagne, les produits n’en sont pas vendus : en cas de pléthore de légumes, le cultivateur en faisait don aux voisins.

Le jardin rural porte toujours des arbres fruitiers (15) : poiriers, pruniers. Il est ordinairement clôturé et est situé à côté du cortil. Tout autre sera l’exploitation du jardin chez nos maraîchers. Ici il deviendra le bien qui requiert toute l’attention vigilante du chef. Les filles y cultiveront un coin de fleurs (on bokèt d’ fleûrs) qui prendra le nom « Jardin aux fleur s » , tout en n’étant qu’une partie du grand jardin paternel. L’on dit parfois « mes jardins » pour « mon jardin » . L’étendue variait au XIXe siècle : 40 ares, 70 ares; un jardin d’un hectare est un « grand jardin » . A la fin du XIXe siècle, presque tous les arbres fruitiers furent sacrifiés dans les légumiers : la culture intensive des légumes eût été impossible sur des espaces ombragés aussi restreints. Pour la même raison, les haies de clôture entre les jardins furent supprimées. Dans les jardins maraîchers du XXe siècle le travail se fait, en grande partie, à la charrue. La disette de main-d’œuvre et la construction de charrues légères expliquent cette réforme.

 

(13) Livre de Raison, Legrain, XVIIe, XVIIIe s. : Récolte de gerbes d’avoine. Le pachis jouerait en ce cas le rôle du cortil doni nous parlerons plus loin et dont la présence n’est pas signalée dans ce Livre de Raison.

(14) Voir M. LEGRAIN, Les Wallonismes de Froissart, dans Terre Wallonne, t. VI, p. 289. Les pachis sont des lieux-dits.

(15) Au XVII” siècle, dans un jardin d’un bonnier, à Heuvy, un tiers du terrain était un verger, le reste était labouré. Cf. M. D.-D. BROUWERS, Introduction au tome 5 du Cari, de Namur, p. 10.

 

Le nom « jardin » groupe ici les deux idées de « verger » et de « jardin » .

Le sens des mots employés a évolué. Des remarques analogues s’imposent pour les langues germaniques.

M.J. BAUJOT, professeur de langues germaniques, me fait observer qu’en flamand « gaard » n’est employé que dans le composé boomgaard, qui signifie verger. – Le flamand emploie par contre le mot tuin, qui, après avoir l’idée de clôture, a désigné l’endroit clôturé, le jardin. – En anglais, la même racine, dans town, pour désigner également le terrain clôturé : ville. – L’espace clôturé qui entoure la maison ou qui est, en partie, enfermé en celle-ci, est le hof : par suite de cela, le mot hof peut désigner les bâtiments existant dans la clôture, et enfin un complexe servant à une exploitation d’économie rurale (en allemand Bauernhof : ferme) y compris tout le terrain cultivé. Entre autres significations (cour, cour du prince …), hof possède celle de propriété rurale. (…)

 

(p.12) Le «  coûrti » , côrti, corti. Pour quelques auteurs, ce ne serait qu’un jardin; pour d’autres : « un petit terrain enclos de haies » . Ce ne sont pas des définitions. Nous avons signalé des terrains enclos qui n’étaient pas des cortils; de plus, un cortil peut être un grand terrain et n’être plus enclos (à Dhuy, canton d’Eghezée, par exemple). A présent, nous rencontrons des courtils dans toutes les zones agricoles de la Belgique wallonne, mais non pas dans tous les villages dé chacune de ces zones. D’une manière générale, cette dénomination tend à disparaître de plusieurs régions.

 

Etude rétrospective

 

Nos communes encore nettement rurales groupent l’ancien village et un certain nombre de domaines ruraux, d’origine très ancienne. Vedrin contient les anciens domaines du Rond-Chêne, de Frizet, de Berlacomine et l’ancien village de Vedrin, ainsi que celui de Frizet; Saint-Servais réunit l’ancien village du même nom avec les domaines d’Hastimoulin et de Bricniot. Dans la partie de notre province qui appartient à la moyenne Belgique, les fermes-châteaux se dérobent dans les sinuosités du plateau namurois-brabançon, souvent le long de quelque ruisseau : la Méhaigne, le Houyoux, l’Orneau et leurs affluents. Les noms de ces domaines attestent une origine lointaine, gallo-romaine ou germanique. Ces noms ont subsisté jusqu’à nos jours comme lieux-dits. De plus, ces grandes propriétés foncières ont souvent échappé au morcellement. Les grandes fermes dites de Tripsée, de Racourt, de Mehaignoul, du Hazoir, signalées au XIIIe siècle, sont encore de grandes fermes.

Dans ces anciens domaines, nous ne rencontrons généralement pas ou très peu de courtils. Par contre, ils sont restés nombreux là où le morcellement des terres cultivées s’est accusé très tôt (16).

Or, ce morcellement de la possession des terres était considérable dès le XIIIe siècle dans les « villages » de Liernu, Dhuy, Meux, Flavion, Bouvignes, Sclayn, Vedrin, Samson, Golzinne, Biesme, Gelbressée, Haltinne. Les courtils sont relativement nombreux à Liernu, à Samson, à Haltinne (17). Ces localités ont connu des courtils jusqu’à nos jours. Aucun courtil n’était signalé dans le village de Daussoulx, à proximité de Vedrin et de Meux, qui en possédaient. Il n’en existe pas encore aujourd’hui à Daussoulx, sauf le « cortil d’Asche» (Aische) (18).

Ces courtils constituaient des héritages. Ils indiquaient un groupe­ment de la population, et même une sorte de petite bourgeoisie rurale (19).

 

(16) Evidemment au cours des siècles, les vicissitudes du travail de la terre ont pu se répéter. Des terres qui étaient cultivées ont pu cesser de l’être ; le morcellement excessif du bien patrimonial a pu être parfois funeste. Dans notre région, par contre, la culture intensive n’eût pas été possible sans ce morcellement. Les progrès techniques réalisés depuis vingt ans peuvent transformer cette situation.

(17) Cens et Rentes du Comté de Namurau XIII” siècle, t. I, pp. 58-60, 72-73, 83, etc…; t. Il, pp. 59, 99.

(18) Un cortil peut porter le nom d’une localité sans qu’il soit situé dans cette localité. Entre autres mentions que j’ai pu relever : il existe à Vedrin, au XIV” siècle, un cortil dit de « Daussoulx » . Archives de l’Etat. n° 1027, fol. 19 – Le nom « courtil » désigne même de nos jours une agglomération ou une localité entière : cortil aux Boscailles-lez-Dhuy : aux « coûrtus » à Tourinnes-Saint-Lambert (…).

 

(p.13) Leur superficie varie : 1 journal ou arpent, 3 journaux, 1 bonnier, ce qui est un terrain déjà considérable quand la culture est intensive. Ils sont distincts des prés (20), des terres aux champs, des jardins. Nous constatons qu’un courtil pouvait être fragmenté; par contre, un seul propriétaire pouvait en détenir plusieurs, soit qu’il en eût hérité, soit qu’il les eût achetés, soit qu’il les eût créés (21). Ces propriétaires ruraux cultivent d’autres terres dans la région : terres de grands domaines louées, vendues, ou encore des portions d’essarts.

Au XIIIe siècle comme à présent, le cortil porte généralement un nom : cortil du sart, de la fontaine, du puits, de la batte, du fossé, de la motte, de la haie, du moulin, du gué …; ou encore : cortil Jehan du Puche, cortil Hamar, Pierart … Tels de nos jours : cortil Jounet, cortil dal auje, dal motte.

Actuellement, dans les régions rurales, les acceptions de ce mot varient. Généralement, le courtil désigne «  un terrain clos, assez étendu, attenant à l’habitation» (22). A Chiny (Luxembourg), c’est une cour attenant à l’habitation et où sont déposés les outils. En Wallonie prussienne (Waimes), c’est une prairie attenant à l’habitation et d’où l’on tire la provision quotidienne d’herbe fraîche, pour l’étable (23). A Racour (canton de Landen), à Moxhe (canton d’Hannut), en Hesbaye, le mot courtil est remplacé de plus en plus par les mots « pré » et « verger » . Il peut contenir de 3 à 5 journaux, l’on y pénètre par un postil. A Porcheresse, en Condroz, le courtil est un petit verger. Sa superficie pourrait n’être que de 20 ou 30 mètres carrés : herbeux et situé tout à côté de l’habitation. Même conception du courtil à Rivière (Dinant). A Lathuy (canton de Jodoigne), il n’y a qu’un seul courtil, celui « de la ferme Goffin » ; c’est un verger clôturé, distinct du « pachis » , séparé du jardin qui, lui, n’est pas enclos. Ainsi donc, nous avons, en ces divers cantons, à l’est de notre région, des cortils herbeux.

A Lustin (canton de Namur-Sud), à Oignies (canton de Couvin), à Awenne (Luxembourg), le mot courtil désigne un jardin rural.

A Seloigne.(canton de Chimay), c’est un petit terrain; il peut n’avoir que 30 mètres, ou moins, de superficie, il est distinct du jardin. De même, dans les cantons de Namur-Nord et d’Eghezée, à Tilliers, à Hambraine, à Forville, à Meux, à Saint-Germain, à Liernu; comme à Feschaux (Beauraing), à Bovigny, à Gedinne (canton de Gedinne); à Blaimont (auprès d’Hastière, rive droite de la Meuse), le courtil ne porte pas d’arbres et il est cultivé. Dans ces mêmes localités il est distinct du jardin. Les denrées qui y poussent doivent suppléer aux besoins domestiques quand les autres terres possédées par le ménage et le jardin légumier, n’y suffisent pas. Toujours une partie herbeuse, pour le cheptel, et quelques denrées de moyenne

 

(20) Par exemple l’abbé de Malonne a un tiers de cortil à Floriffoux, mention est faite qu’il le garde en pré. il ne le cultive donc pas, mais la chose est signalée. XIII* siècle. Cens et Rentes.

(21) Ibid., (. Il (1289), p. 48 : « Il y a beaucoup de pauvres bourgeois qui ont laissé aller leurs héritages à d’autres » (à Fleurus), – à Samson : cens des courtils (…).

 

(p.14) culture : carottes, navets, trèfles, betteraves, bref un syncrétisme des cultures rurales. Il donne de l’aise à la famille et au bétail. Il est le lien familial par excellence et, à ce titre, il est engraissé plus et mieux que toutes les autres terres. Ceux qui ne possèdent pas de courtil en convoitent la possession. Entouré de haies qui le séparent du jardin, il communique cependant avec ce dernier, soit par un trou dans la haie (on trau d’ aye), soit par un postil.

Le courtil est resté l’héritage. Le ménage en tire parti suivant ses besoins (24). Dans le Namurois, il est généralement cultivé, mais toujours il contient une partie herbeuse. Il est rare de le trouver à l’état de jardin.

Actuellement le mot n’existe plus à Saint-Servais, ni à Jambes, mais la chose même qu’il désignait se retrouve dans le « rèche » (25), terre située au coron (extrémité) du jardin et qui peut appartenir à un propriétaire différent. Le cotelier y cultive quelques « grosses denrées » : sarrazin, navets, trèfles, qui devaient suppléer aux besoins du bétail ou du ménage. Ce terrain labouré n’est plus enclos.

La mention de jardins dont une partie était cultivée « en campagne » ou comme « terre aux champs » , intervient souvent dans notre banlieue (26).

 

 

Chapitre II FORMATION DES « COTELADJES »

 

  1. EN GENERAL

 

Courtil et jardin étant deux espèces bien distinctes de terrains exploités par les agriculteurs, comment le courtil est-il devenu un jardin spécial, et comment le « courtilier » ou possesseur d’un courtil qu’il cultivait est-il devenu un maraîcher ? Avec le morcellement du sol, nécessité s’imposait pour les cultivateurs de notre région de cultiver de manière intensive les terrains qu’ils possédaient. Et même, la culture de la vigne exigeant des soins assidus ne leur eût pas permis de se livrer continuelle­ment aux travaux des campagnes. Ils tiraient de cette culture de la vigne, puis de celle des légumes ou du houblon, le plus clair de leurs revenus. Toutefois, et c’est une remarque importante, ils n’abandonnèrent pas complètement les labourages, ni l’élevage du bétail. Ils furent des cultiva-

 

(24) Une institution semblable existe dans les Ardennes françaises, à Vouziers, par exemple : la chanviére. Des fermiers octroient à leur personnel manouvrier une résidence avec une chanvière, terrain enclos à côté d’un jardin; l’on y cultive des carottes, des betteraves et du trèfle pour les besoins du cheptel et du ménage de l’ouvrier agricole.

(25) Ce terme se retrouve en plusieurs documents. (…).

 

(p.15) leurs modèles, pour lesquels aucun genre de culture n’était étranger (27).

Si notre dialecte n’a gardé qu’un seul mot pour désigner la profession (cotelî, féminin cotîyeresse), nos documents emploient pour désigner la même profession : cortillier (28), courtilhier, cotiere (29), courtillier, courtellier, colteilhier, cottelier (30). De même pour désigner l’exploitation agricole : courtils, courtillaiges, jardin en curtilhaige, terre en courtilhage, ou bien cotelaiges, cottilaiges, cottelages, cotteliages (31) et autres courtils.

Un « cot’ladje » namurois comprend à la fois le terrain (on djardin d’ cotelî) et l’habitation (one maujone di cotelî).

 

La plaine jamboise a été fertilisée par les alluvions mosanes : une épaisseur de quarante à cinquante centimètres de limon meuble recouvre le cailloutis fluvial. Par contre, la banlieue de Namur-Nord semblait moins préparée à la culture. Fortement accidentée, pourvue de voies de communi­cations malaisées pour les transports, elle a réclamé une main-d’œuvre plus tenace. Cependant, dès le XIIIe siècle, la petite culture s’y est développée parce que les terrains étaient bien exposés. Cultures et prés d’Herbatte, domaine ruraux à Heuvy, qui se morcellent en plusieurs lots. La petite culture s’annonce déjà aux Trieux (32); Hastimoulin ne la connaîtra guère avant le XVIIIe siècle; Berlacomine est resté jusqu’à nos jours une ferme considérable; Frizet a ses cortls au XIIIe siècle; l’existence d’une église et d’un village témoignent du morcellement des fonds de Saint-Servais. Salzinnes-les-Moulins a ses vignobles au XIIIe siècle et au XIVe siècle; la possession du sol dans le val du ruisseau de Bricniot était plus morcelée au XVIe qu’au XIXe siècle. Le Beau Vallon n’est devenu un centre de cultures maraîchères que depuis vingt ans.

La culture de la vigne, que les besoins du culte rendaient nécessaire

 

(27) Ce syncrétisme des cultures se rencontre chez divers types de cultivateurs dans toutes les régions du globe : au Japon, en Chine, dans l’Inde. Les Marocains ont une organisation spéciale des maraîchers. Les « ménagers » au pays d’Arles forment une classe à part qui fait la transition entre bourgeois et paysans et qui, comme tout autre, a son orgueil de caste. Le ménager, de condition souvent très modeste, possède son habitation, une plantation de mûriers, une petite vigne, un légumier, un champ : dans Mémoires, de f. MISTRAL, p. 4. Voir aussi Pâquerette, par Joseph ROUMANILLE, 1847, « dans un mas qui se cache au milieu des pommiers, un beau matin, au temps des aires, je suis né d’un jardinier (jardinié) et d’une jardinière, dans les jardins de Saint-Remy » (Provence).

Partout il a été constaté que la vente des seuls produits légumiers n’eût pu satisfaire les besoins des familles maraîchères, avant l’industrialisation des cultures. Depuis cette métamorphose, nous avons des « horticulteurs » , des « fleuristes » , des « maraîchers » , des « pépiniéristes » . Les anciens coteliers de Wépion s’adonnent à la culture des fraises. Néanmoins la spécialisation est moins accentuée dans le Namurois que dans le pays flamand, à Malines par exemple, car les maraîchers flamands se spécialisent même dans la culture de deux ou trois produits légumiers, en négligeant tous les autres.

(28) Archives du Grand Hôpital, 1313, folio 173 recto; BORMANS, Cartulaire de Namur, t. Il, p. 146.

(29) HALKIN, Le bon métier des cotteliers, p. 54; au XV” siècle.

(30) En 1404. Cartulaire. II. p. 253.

(31) Nous retrouverons ces noms au cours du travail. – Voir aussi HALKIN, u.c.; et aux Archives de /’Etala Namur: Jambes, Communes, 1691.

Notons une fois pour toutes que tous les possesseurs de courtils ne sont pas devenus nécessairement des cotteliers ou courtiliers. Il s’agit ici de ceux qui se consacraient à cette profession en exploitant les courtils en vue du négoce.

(32) Ancien territoire de Namur, au nord delà ville, aux environs de la Place d’O(mal).

 

(p.16) à une époque où les relations entre peuples étaient peu fréquentes (33), a préparé ordinairement le terrain à la culture des légumes, sur les pentes de nos coteaux, au pied des « Fallises » , ou au pied de murs construits pour cet usage. La culture du houblon se répandra plus tard dans les vallées bien arrosées.

Celle des légumes a pu être favorisée par les mêmes circonstances. Les régions où l’on cultive systématiquement les légumes, en Belgique, sont peu nombreuses. Dans les provinces du Sud, le pays de Chimay, les Ardennes, la Hesbaye même ne connaissent que très peu ou point de maraîchers. Ajoutons même que la consommation des légumes y est insignifiante. Des centres importants comme ceux de Charleroi sont alimentés partiellement par les produits de la banlieue namuroise. Enfin, l’organisation légale du métier des « vignerons et cotteliers »  donna à la vie agricole, chez nous, une note plus originale encore.

La condition sociale de ces cultivateurs se détermine malaisément. Certes, un règlement de 1364 assimilait les habitants de la banlieue aux bourgeois de la ville de Namur : ils jouissaient de leurs droits et prenaient une part de leurs charges. Toutefois il existait des juridictions particulières (34). Les propriétés du couvent des Croisiers, celles de Saint-Aubain, de Notre-Dame, étaient soumises à la cour des Croisiers, ou à celle de Saint-Aubain; les habitants de la Neuville-Ville (Neuville) étaient justicia­bles d’une cour spéciale; la plus grande partie du territoire situé à l’ouest d’Heuvy dépendait de la cour de Vocain, dont l’abbé de Malonne était le seigneur. Une cour spéciale des « Fallizes » au-dessus d’Herbatte est signalée également. La cour dite du « Feix » a eu juridiction sur certaines parties de notre territoire. Enfin, la cour du magistrat de Namur possédait d’une manière générale, juridiction sur toute la banlieue, et sa compétence s’étendait aux actes de violence.

Les habitants de Namur étaient bourgeois citains (de la ville); ceux qui résidaient dans’ la banlieue « hors de l’enceinte urbaine » étaient bourgeois afforains.

 

  1. « PAR QUARTIERS »

 

1°. Outre les biens ecclésiastiques, l’on rencontrait sur le territoire de Namur-Nord des propriétés de nos comtes de Namur : tout spécialement des cultures et environ 25 bonniers de prés en Herbatte. Le fenage terminé, les bêtes des manants y étaient menées à la pâture. La plaine servait aussi de siège à la grande foire annuelle d’Herbatte. Une partie de cette plaine était morcelée en petits « héritages » appelés curtilia, de dimensions égales (35). Chaque occupant avait été astreint à l’obligation d’y édifier une maison (36). Des cortils de dimensions restreintes existaient à Heuvy, à côté

 

(33) Voir La culture de la vigne en Belgique par M. J. HALKIN.

(34) L’étude de ces juridictions exige un travail spécial. Les jalons en ont été posés par MM. BORGNET et BORMANS, Cartulaire de la commune de Namur, Introduction, (…).

 

(p.17) de jardins, de prés et de terres labourables (37). D’autre part, les coteaux bien exposés de la citadelle, de Herbatte, de Salzinnes (lès-Moulins) étaient garnis de vignobles (38) et des vignes se trouvent dans des courtils (39).

Sur les hauteurs de Bouge ou au pied même des « falises » ou entre les « falises » , des courtils sont signalés à la fin du XIIIe siècle. Des manants obtiennent de pouvoir défricher les terrains boisés et ces nouvelles enclaves sont généralement de 1 journal à 3 journaux (40). La ville s’étend, ses fortifications empiètent sur les cultures; les étaux des marchands de la foire d’Herbatte se déplacent vers les falises et les Grands Malades. Des courtils disparaissent; quelques-uns subsistent dans la « Neuve-Ville » (41).

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’on en trouvera dans le quartier des Dames Blanches, ou auprès de l’emplacement actuel du théâtre.

De nombreuses terres en friche sont mises en culture au fur et à mesure que la ville s’étend (42).

Les Comtes invitent les administrateurs de la ville à faire mettre tous les terrains en valeur, à ne pas laisser de terres vagues et inutilisées (43) (1385). Le mot « jardin» ou « cartilage» va remplacer de plus en plus les mots « pré» ou « courtil» (44). Ce dernier avait marqué le morcellement du sol ou sa mise en culture. Les terrains de la petite Herbatte sont pour une partie tout au moins des jardinages. Le jardinage professionnel n’est guère possible que sur une terre qui y a été préparée par un travail persistant, fait à la bêche, et par des sarclages minutieux (donner du labeur à une terre). Les coteliers occupent ces terrains en qualité de locataires ou de propriétai­res (45) ou de métayers. En ce dernier cas, ils partagent avec le propriétaire les revenus du sol.

 

(37) M. F. ROUSSEAU, Les propriétés de l’abbaye d’Aulne au XIII’ siècle.

(38) BORGNET, u.c.. pp. 23, 129 – BORMANS, ibid.. t. Il, pp. 9, 240. – D.-D. BROUWERS, Cens et Fiantes, I. 25, 214; t. II. pp. 252, 254. – Les Bertran el les Lambillion sont cités.

(39) « Vins des Courtils » . BORMANS, Cartu/aire, t. Il, p. 204.

(40)  Table des pauvres. 1313, folios 48, 49, 55. -D.-D. BROUWERS, u.c.. I, pp. 25, 212, 214; t. Il, pp. 271. 281 : « Cens de sartiaus de soure les vingnes ke li gent ki les tiennent, tiennent en iretaige » .

(41) Table des Pauvres,   u.c.; Hôpital Saint-Jacques (Archives,  n” 694), folios 48,  100, 116; BORMANS, Cartulaire, t. Il, pp. 184 et suiv.; Hôpital Saint-Jacques, (n°695), folios 93, 94, 96, 97. – Le fait d’essarter un terrain constituait et constitua encore au début du XIXe siècle un moyen de prise de possession. Sur la rive droite de la Sambre, auprès de la porte de leur abbaye, les religieuses de Salzinnes avaient fait essarter un petit bois, elles le firent nettoyer et firent enclore le terrain « il y a 60 ans et plus » , disent-elles, en 1463. Cette terre, en partie du moins, est emblavée (BORMANS, II, pp. 88, 89). – Voilà comment naît un cortil.

(42) Ce pouvait être une manière d’indemnisation partielle pour les propriétaires auxquels on enlevait des terrains, en vue surtout de la 4e enceinte ou « fermeté » de la ville. BORMANS, Cartulaire,

II, pp. 40, 41 et notes (1357) et Comptes de la ville, Arcn. n° 21.

(43) GRANDGAGNAGE, Coutumes de Namur. 1.1, p. 285.

(44) Cortils et jardinages de la petite Herbatte, BORMANS. o.c., t. III, p. 142 (1467); pièce de terre réduite en jardin, à la petite Herbatte, Saint-Seivais, transports, 1761; jardin Andrieu joignant la veuve Plomcoque; f Jardin en la keulture nommée fie preit à la Roche»,  1611; Hôpital Saint-Jacques, n° 694 des Archives, folio 167 verso. – Le « Cortil de la Motte » cité en 1313 (Table des Pauvres); Jardin del Motte» au XVIe siècle, d’un gjornel et demy, Cartulaire de Namur, t. I, p. 90 et t.

III, p. 75.

(45) Les coteliers cultivent les icortils et jardins » en héritage, ou en prennent soit à bail, soit à métayage (BORMANS, Cartulaire. t. Il, pp. 396, 253; t. III, p. 30); mention des cortils et jardins aussi dans Archives, n° 325 (Grand Hôpital), folios 225. (…)

 

(p.18) Si la culture de la vigne et la culture intensive des légumes avaient réclamé des portions de terre assez réduites, d’autre part le cultivateur attachait une grande importance à la bonne exposition du terrain. Cette exposition favorable n’existait pas partout, mais il était possible de la réaliser par la construction de murailles d’abri, ou de murs d’appui pour les vignes (46). Une petite terre bien abritée, longue et peu large, et bien exposée au soleil est en wallon « one ribate».

Le faubourg d’Heuvy pouvait se délimiter au XIVe siècle entre les Herbattes, à l’est; les fossés de la ville et la porte de fer, au sud, et le plateau de Berlacomine, avec les hauteurs de Bomel, au nord. Dès le XIIIe siècle, des cortils, des jardins, des prés y voisinent avec les terres labourables (47). Au XVe siècle, nous y constatons la présence de nombreux cotelages. Les jardins gagnent les falises, les hauteurs de Bomel; les courtils deviennent aussi des jardins (48). Les jardins d’Heuvy étaient les plus renommés de la banlieue au milieu du XIXe siècle.

2°. Les Trieux entre Heuvy, la Sainte-Croix, la Sambre et l’enceinte urbaine, avaient été souvent cités comme terres en friches appartenant à la commune de Namur. Ça et là cependant des courtils s’étaient créés. Au XVe siècle, les habitants furent invités à s’y établir et à mettre les terrains en valeur (49). Ici également les cotelages essaimèrent. Ils disparurent au XIXe siècle, à cause de l’accroissement de la ville et de l’établissement du chemin de fer.

3°. Salzinnes-les-Moulins, la Sainte-Croix et Saint-Servais ont subi le même sort. Cultures labourées et vignes, puis jardins. Les jardins

 

(46) Notons, en dehors d’autres textes sur lesquels nous reviendrons, des mentions du XIIIe siècle, dans Cens et Rentes, éd. D.-D. BROUWERS, t. Il, p. 257 : « Por les aises des murs derier sa maison … » ; p. 256 : tpor les murs derier sa maison » ; p. 267 : « les enfants Wasselin ont accensé les murs entre 2 brasseries …>; p. 275 : f pour un peu de terre sur laquelle se trouve un estotde vigne derrière sa maison, au pied de la falise …; maître Waleran, chanoine, a accensé héréditairement derrière la tour et le cortil qu’il a en Bordialz, hors des murs de son dit cortil. sur l’eau de Sambre, un petit de terre pour planter vingne ou faire un asement pour li, sans encombrer le cours de la rivière . » (1289).

(47) Mentionnons dans les propriétés de l’abbaye d’Aulne, éd. F. ROUSSEAU et dans Cens et Rentes, éd. D.-D. BROUWERS; passim dans les notes du Cartulaire de Namur et Promenades de M. BORGNET. Une « roye de cortil » valant « le tierche » d’un journal, « d’après le dire des cortilliers, 1364, Archives comm., n° 21.

(48) Poillu papier, folio 40 et verso; Hôpital Saint-Jacques, XVI » s., fol. 49; Grand Hôpital, folios 202, 220, 225 verso, 226, 162 verso (XVe s ); maisons, cortils, petites pièces de terres entre Namur et Heuvy; 2 roies de cortil, folio 211; folio 169 : grand cortilh et tenure à Heuvy – Dans la Table des Pauvres, 1313. mention de cortils et terres à la Neuville et à Heuvy, folios 42. 43, 44. – Ibid., fol 41 verso la profession de cortillier; un jardin qui se trouve à la Falise. – Transports de Wokainy. Il, folios 42. 225, 233 … « terres, maisons, jardin « le chaffour » ; grand jardin en la haute Bomel, XVII » s , Hôpital Saint-Jacques. – Jardins séparés par les haies à Bomel, Saint-Servais, Transports, I, 1755. -Jardins des cotteliers Loubert, Stokart, Duchëne, Grégoire, Degrez … dans Résolutions (1793), Assiette des Aides, Echevinages de Saint-Servais.

(49) Cour foncière et échevinages, XV siècle, 1457. – Cour du Feix, transports, 1472. – Parmi les cortilhiers, nous rencontrons des Collignon, Gondivial, Renson, Huwechon de Friset, « cortil et preit de Biertran li cortilhier » ; Grand Hôpital (XV » s.), fol. 168 v., 203 v., 231. – Terres tenues à cotillaiges, dans Wokaing. Transports, II et III (XVI’-XVII »  s.); en 1629 : belle maison en trieus … et beau jardin bien à l’air… dans les Archives des Croisiers, Echevinages, II, fol. 207; Ibid., III, jardin « hors la porte de Bruxelles » , en 1635 Les Lambillon. de Wetz, de Marsy, du Honthoir. Linhet y sont connus. Les petits propriétaires siégeant à la Cour des Croisiers 

 

(p.19) entourent la chapelle Sainte-Croix au XVIe siècle (50); des cortils « sont ramenés à jardins » tels ceux de la Venne et de la Haute-Venne. Le cortil d’Argenton signalé à Saint-Servais (1561-1576) deviendra le jardin d’Argenton au XVIIIe siècle. Au XVIIIe siècle également, les terres d’Hastimou-lin (Saint-Servais) et de l’Agasse (Namur) sont morcelées en portions de 2, 3, 4 hectares. Le cotelier qui loue deux ou trois bonniers en tient ordinairement « un demi-bonnier » à jardin. L’étendue de certains cotelages sera seulement de 30 à 50 ares, un peu plus d’un journal ou deux journaux; il en existe un de cinq journaux sur le Houyoux, au XVIe siècle (51).

 

Les coteliers locataires changeaient souvent de cotelages; il a été exposé ailleurs comment les seuls profits de leur travail n’auraient pu leur permettre d’acquérir un fonds, au XIXe siècle (52) et la situation est très mauvaise encore.

Les descendants des anciens coteliers petits propriétaires ont gardé généralement le culte de leur métier. Ceux qui l’abandonnèrent eurent comme suppléants des cultivateurs venus de Jambes, de Leuze (canton d’Eghezée), de Falaën. Les Jambois se sentent souvent trop à l’étroit dans leurs jardins diminués par les surfaces bâties (53); depuis vingt ans, ils ont établi des cultures maraîchères dans la région du Beau Vallon et de Belgrade. Quant aux cultivateurs qui nous sont venus de Falaën ou de Leuze, leur exode de ces villages s’explique par la situation lamentable qui fut celle de notre agriculture il y a trente ans. Ils ont recherché des établissements qui n’exigeaient pas l’investissement d’un grand capital : tels les cotelages.

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