Lès frûts dins l’ culture walone / Les fruits dans la culture wallonne

lès frûts en Bèljike romane / les fruits en Belgique romane
PLAN
0 lès pachis / les vergers
1 reûjins / vignes – raisins / vignes
2 pomes – pommes
3 frambaujes / caclindjes – myrtilles
4 fréjes / fraises
5 gayes – noix
6 sirôpe – sirop
7 vinaîgue – vinaigre
8 varia
0 lès pachis / les vergers
Raymond Fichet, Histoire nismoises, 1985
Les vergers
(p.23) Certaines gravures ou croquis très anciens, retrouvés çà et là dans les archives laissent apercevoir autour des anciennes constructions et au bord des rivières, des plantations donnant à supposer qu’il s’agit de vergers ou tout au moins d’arbres fruitiers disposés de façon plus ou moins rectiligne.
Les fruits récoltés constituaient par conséquent une source de revenus et une base primordiale de l’alimentation de nos aïeux. Ils étaient de bonne qualité et devaient être consommés en grande quantité. Les sous-produits résultant des pressoirs rudimentaires élaborés de façon artisanale tels que le vinaigre, le cidre et parfois l’alcool étaient utilisés par les propriétaires (ancienne vinaigrerie dans le parc Licot et rue de la gare, vinaigrerie Tamboise) mais également par l’ensemble de la population.
Les figotes ou autres orèyes-dè-bèguènes (pommes séchées) étaient disposées en longs chapelets suspendus au-dessus de l’âtre et constituaient une réserve pour l’hiver.
L’importation de fruits étrangers, les moyens de distribution, les nombreux points de vente, l’attrait de la (p.24) présentation dans le contexte d’une société de consommation, ont fait que nos vergers soient de moins en moins exploités. Bon nombre de propriétaires n’envisagent même plus la cueillette Les arbres fruitiers sont abattus et il n’est pas rare de voir en automne, des tonnes de fruits pourrissant au pied des arbres.
Certes, notre mode de vie a évolué, mais il est regrettable de constater, dans une société subissant depuis de nombreuses années, les méfaits de la répression économique, le manque d’intérêt dos populations pour les produits du terroir à portée de main et qui constitue une base d’alimentation relativement bon marché.
Tout laisse supposer que pendant de nombreux siècles, l’agriculture a très peu évolué; et pourtant, la charrue existe depuis la nuit des temps. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que les méthodes changèrent rapidement <‘• t qui”- son évolution suivit la courbe ascendante des progrès techniques réalisés en 1’espace de quelques décennies .
Il est vrai que l’exploitation des terres cultivables était réservée aux uniques propriétaires et, dans notre village, on pouvait les compter sur les doigts d’une soûle main. Pour cela, les “maîtres” comme on les appelait on ce temps-là, disposaient d’une main d’oeuvre à bon marché. Elle était, recrutée dans les chaumières et le salaire, parfois très médiocre, était établi on fonction des prestations fournies.
1 reûjins / vignes – raisins / vignes

Li vignôbe di State (Le vignoble de Statte)
(s.r.)
Elisée Legros, La vigne, EMVW, TV, n°49-52, 1948, p.1-64
Résumé
(p.1) La culture de la vigne se pratiqua un peu partout chez nous. Il y a quelques siècles, elle était encore florissante dans toute la vallée mosane, depuis Namur jusqu’en aval de Liège.
Il restait 5 ou 6 vignobles dans la région hutoise vers 1935-1940.
(p.2) La viticulture hutoise
Principalement sur la rive gauche de la Meuse, sur de nombreuses pentes, HOUREYES, à l’ RIBATE dè solo, bien exposées au soleil levant. Naguère encore, à Bas-Oha et à Java, à Ampsin, à Amay; à Antheit (commune).
(p.5) Le vin de terroir hutois est appelé le briyolèt, vin d’ payis ou payis. (p.6) La vigne pousse sur le schiste (li vigne crèche su l’èdjåche) (ne jamais épierrer les vignobles) (p.17) (assure l’écoulement des eaux, aère le sol, empêche dans une certaine mesure l’herbe de pousser, absorbe la chaleur pour la céder peu à peu pendant la nuit). Avant de planter un VIGNÔBE, le sol est défoncé jusqu’ à une profondeur de 40 cm avec une cås’ (sorte de houe à deux dents). Le fumier, les terres se transportaient à la hotte (li p’tit bot) pour combler les sillons creusés (soches). On plante les ceps (lès stos) (d’ vigne) en quinconce pour en placer le plus grand nombre sur un terrain.
(p.9-10) Ce n’est que la 3e année que la fructification commence (li vigne kimince à tchèrdji). Convenablement entretenu, on STO peut atteindre 50 à 60 ans, sans trop perdre en valeur. (p.10) “Les raisins se développent uniquement sur des sèrmints ou sârimints (= vi) de l’année, provenant de bourgeons issus d’un sarment de l’année précédente, lui-même fourni par une branche de deux ans.” (p.23) Taille en février-mars, à la sortie de l’hiver, en biais (à huflèt). (p.26) Premiers labours après les saints de glace. (p.27) On ébourgeonne en juin pour éviter la production de rameaux inutiles et encore en juillet et en août. (p.28) On accole aussi la vigne pour la soutenir et assurer une bonne répartition de l’air, de la lumière et de la chaleur.
(p.30-31) Li FLORIHÅJE (dans la seconde quinzaine de juin, en gén.).
(p.31) D’août au début d’octobre, le grain (pwès d’ troke) se forme, puis, c’est la véraison et la maturation. (li ma(w)ôrihåje) Une grappe: eune troke (au pl. = (parfois) in: magnî dès _s: des raisins).
(p.34) Li vindindje peut avoir lieu de la dernière semaine de septembre à fin octobre. Bon: le brouillard de septembre, surtout quand le soleil perce vers 10 heures du matin. Jadis, on versait les trokes dans lès gronds bots, des hottes. On les déversait dans des cûves.
(p.38) Vinification en blanc
Le foulage (li folèdje) (anc.) doit se faire immédiatement après la vendange, pour séparer le moût, vin doux, non encore fermenté, li djus d’trokes, djus (d’vin), des matières colorantes contenues dans les pellicules et la rafle. Anc.: on foléve lès trokes, on exprimait le jus en les piétinant, chaussé de bottes, de gros souliers, ou de sabots nettoyés au préalable. Fort anc.: le foulage se faisait pieds nus (on n’écrasait ainsi ni les raisins non mûrs, ni les pépins). Le foleû se lavait les pieds au préalable (sic). Auj.: on se sert d’un molin, fouloir mécanique munie d’une trimouye.
(p.41) Après le sêwèdje, le décuvage, on soutire de la cuve le moût foulé ou moulu, ordinairement avec un robiniet (one crâne) et on le recueille dans des djeusses ou dès sèyas: vin de goutte; et (p.42) le prèssèdje ou li stwèrdèdje dure de nombreuses heures (p.47): vin de pressurage. (p.47) “Jadis, on passait souvent la nuit à presser.”
(p.48) L’entonnage et la fermentation du vin blanc. (p.50) (li vin fét s’ timp). A un certain moment, il n’est plus protégé par la couche d’anhydride carbonique qu’il dégageait; aussi ferme-t-on la bonde (on mèt’ li bocale); on dispose alors les tonneaux sur le chantier (djonti). (p.50) Quand, dans le cellier, on veut déguster le vin, on perce dans un fond du tonneau un trou avec une vrille ou mèche, puis on bouche le trou avec un fausset (fåssèt).
(p.50) La vinification du rouge Li rodje vin (– blanc vin) s’obtient des rasins rouges qu’on laisse fermenter en présence de la rafle, des pellicules et des pépins, matières renfermant le tanin qui colore le vin.
Anc., les cuves pouvaient contenir jusqu’à 45 hl.
(p.52) A Huy, une tentative de champagnisation a réussi (après 1900).
(p.52) ‘Raclérihadje do vin’ pour séparer le vin des rafles restant souvent sous forme de lie. (p.53) Après 2 ans de tonneau, le vin est bon à mète è botêye.
(p.58) Sint Vincint était le patron dès vigneurons èt dès cotis.
Importance économique de la viticulture hutoise
(p.59) Autrefois, la principale ressource des Hutois. Encore à la fin du siècle dernier, exportation à Liège et même en Hollande.
Déclin (p.61) Un peu partout au MA. A l’époque moderne, dans la vallée de la Meuse, autour de Liège et surtout autour de Huy, et aussi un peu dans les vallées de l’Ourthe et de l’Amblève.
Cause: La plus grande facilité des moyens de communication fait disparaître l’autarcie de cette région. Vins de France et de Rhénanie, de qualité supérieure. Attrait de l’industrie: bons salaires, régulièrement assurés. (p.62) On parle d’une destruction systématique par les troupes françaises désirant supprimer des concurrents dans la production du vin.
(p.63) Pas de réaction énergique contre les maladies de la vigne, trop peu de sélection des plants, trop peu d’engraissement.
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