Li vatche, li toria(/ torê), li via (/ vê) dins l’ culture walone

La vache, le taureau, le veau dans la culture wallonne

(HLN, 10/06/2016)

(Léonard Misonne)

Joël Derenne, Manhay, Histoire de nos villages, 1999

 

Pendant la guerre, tous les villageois, hormis l’instituteur, possédaient des vaches. Même le curé avait une étable pour ses deux bovins.

Joseph Samray, Le vocabulaire de l’élevage à Brisy (Cherain), in : GSHA, 7, 1977, p.5-30

 

LA VACHE

 

L’introduction de cette étude et un aperçu sur le parler de Brisy ont paru dans notre n° 4 de juin 1976, de même que la première partie consacrée à la basse-cour (p. 3-16).

La seconde partie, traitant de la chèvre, figure aux pages 58-62 du n° 6 (juin 1977).

 

Généralités

 

Le bétail en général, l’ bisteû ; les bêtes à cornes, lès bièsses, lès rotchès bièsses (ou lès bièsses à cwanes) ; la vache, li vatche ; le taureau, l’ gayèt 1 ou plus rarement l’ torê ; le bÅ“uf, li boû ; la génisse, l’ djunu ou plus rarement l’ aumaye 2 ; le veau, l’ vê.

La vache en chaleur brêt ; celle qui souffre beûrèle s ; parfois elle gémit ou murmure, èle prûne 3, èle mûsèle (ou mûsène). Èle reûpèye, elle éructe ; èle a l’ hikète, elle a le hoquet.

Dj’ ons do guignon avou nosse bisteû, nous avons de la malchance avec notre bétail. Une vache de mauvaise qualité, one brûte 4, on fisik (fusil) à deûs côps, one haridèle, one charogne. Une vache maigre et efflanquée èst d’flan.née, èst mêgreûse, a dès porte-mantaus. One chorée 5, c’è-st-one bièsse qu’est tène (mince).

 

1 DL et FEW, XVI, 8a. Pour les sigles utilisés dans cet article, tels que FEW, DL, DFL, etc., on se reportera à la p. 3 du   n° 3 de cette revue (décembre 1975).

2 DL et FEW, I, 97b. Selon le DFL (V° génisse), ce mot est généralement inconnu dans l’Ard. liégeoise.

3 Comp. le fr. beugler (FEW, I, 594a).

4 Ce verbe, ignoré du DFL, est signalé par Bruneau (II, 123-124) sous la forme de prône et par le FEW (IX, 478b). A Brisy, il signifie « murmurer » et s’emploie indifféremment   pour   les   humains   et   les   animaux.   Il   se   rattache   au   lat. prothyrum.

5 FEW, XV/1,306a et DL.

6 Comp. le malm. et le stav. horer, creuser. Part. pas. pris subs. de chorer : one chorée litt. : une creusée, d’où : une bête maigre. Pour l’évolution séman­tique, comparez on trawé, litt. : un troué : un veau rachitique. Du moyen haut all. schoren (FEW, XVII, 55a et b). A notre connaissance, ce sens est inédit.

 

(p.6) Un veau rachitique, on trawé, litt. : un troué ; celui qui est maladroit è-st-agadelé 7 ; un mauvais veau, on r’but.

Une vache gourmande, one panseloue ; une vache laitière, one vatche lêtiére, one vatche à moûde ou one vatche à lècê. Une vache forte de bassin èst lâdje di bwète.

Une vache d’excellente qualité : one rude vatche, one bone mére, one twartchîe, litt. une torchée, one vatche di curé. Il a dol culote, dit-on admirativement d’un taureau gras.

Un veau d’excellente conformation è-st-on tourné. On cou d’ polin (ou on cou di dj’vau) est un veau dont les fesses sont particulièrement bien développées, à l’image de celles d’un poulain ou d’un cheval.

I fât vinde lès bièsses qwand qu’ èles sont o leû bê paletot, c’est-à-dire quand elles présentent le mieux. Apprendre le métier de marchand de bestiaux, aprinde li comêrce.

Lès vatches si chwarnèt co bin tot s’ batant, tot s’ (kis)soukant 8,  les vaches s’écornent parfois en se battant, en se donnant des coups de tête, des coups de corne.

 

Quelques expressions

 

T’ as on boû qu’ a stou noûri à l’ fagne, litt. : tu as un bÅ“uf qui a été nourri à la fagne = ton bÅ“uf est maigre. – Qwand qu’ on-z-èst vê, c’ èst po on-an ; qwand qu’ on-z-èst bièsse, c’èst po todis, quand on est veau, c’est pour un an ; quand on est bête, c’est pour toujours, dit-on à un niais. On n’ loume jamês one vatche djolîe 9 si èle n’ a nin one tatche, litt. : on n’appelle jamais une vache tachetée si elle n’a pas une tache = il n’y a pas de fumée sans feu. – Vos dîrîz l’vê d’one ôte vatche, litt. :vous diriez le veau d’une autre vache, se dit de quelqu’un qui, après avoir changé de toilette, est méconnaissable. – Crèchi come one quawe di vatche, litt. : grandir comme une queue de vache = vieillir. – I prind boû po vatche, litt. : il prend bÅ“uf pour vache, est synonyme de l’expression Il a oyou brêre one vatche, mins i n’ sét nin o qué stâve, litt. : il a entendu braire une vache, mais il ne sait pas dans quelle étable, c’est-à-dire : il déraisonne, il est en pleine confu­sion. – Il a dès royes so lès cwanes, litt. : il a des raies sur les cornes = il est de moralité douteuse. – I sofèle come on crâs boû, il est hors d’haleine. – On dîreût

 

7 Notre forme est signalée par le DL et par le FEW (XVI, 749b, V° geiss) dans des   sens   assez   différents;   mais   notre   signification   de   «   maladroit   » «fait difficulté.

8 Mot d’origine onomatopéique (FEW, XII, 507b).

9 FEW, XVI, 285b.

 

(p.7) qu’ lu rwè wâde sès vês, litt. : on dirait que le roi garde ses veaux = il est vaniteux. – I m’ ritchâsse dès-os come on gayèt so one glèce, litt. : il me rechausse des yeux comme un taureau sur une glace = il me regarde avec stupéfaction.

 

Share This