manières vivre passé bâtiment
LU VÎ-SÂM
Vielsalm
HISTWÊRE
Histoire
Histwêre dè l’ comune dè l’ Vî-Sâm / Histoire de la commune de Vielsalm
PLAN
0 Ilustra^cions / Illustrations
1 Orijine do toponime “Sâm” / Origine du toponyme “Salm”
2 Lès grands momints / Les grands moments
3 Li vikèdje di tos lès djoûs / La vie quotidienne
4 Crwèyances / Superstitions
0 Ilustrâcions / Illustrations
Lu Vî-Sâm dins l’ timps (â c’mincemint do 20e siéke) / Vielsalm autrefois (au début du 20e siècle)

Lu Vî-Sâm dins l' timps / Vielsalm autrefois

Lu Vî-Sâm dins l' timps / Vielsalm autrefois

Lu Vî-Sâm dins l' timps / Vielsalm autrefois

Lu Vî-Sâm dins l' timps / Vielsalm autrefois

Lu Vî-Sâm dins l' timps / Vielsalm autrefois
â Tiè d’ Mèsse (litt. colline (tièr) où passaient des personnes se rendant à la messe) (en français “le Tiennemesse” (sic))

1 Orijine do toponime “Sâm” / Origine du toponyme “Salm”
in : Gaston Remacle, Notice sur Salmchâteau, GSHA, 1, 1978
(p.1) ORIGINE ET NOM DE LA LOCALITE
L’origine de Salmchâteau est liée à l’édification du second château des comtes de Salm, au début du XIV e siècle, avant IJ62.
Un document (I) du 23 janvier 1362, conservé aux Archives de l’Etat à Liège, signale cette présence du château à ce moment, alors qu’en 1307, selon un autre document, le nom de Salm ne concerne que ce qui est devenu Vielsalm.
Cette présence du castel aura inévitablement provoqué une vie et une activité favorisant l’établissement de maisons assez proches ; le même phénomène s’était déjà produit auprès du premier château de Salm, à l’endroit devenu Vielsalm.
Le long de la rivière d’abord, endroit le plus propice, a vu s’élever les premières maisons. Ainsi, au fond du val, sur la rive gauche, c’est la ” Basse-Ville ” (Basse-Vèye). Prolongeant la Basse-Ville, en amont c’est le ” Rivage ” (Rouvadje). Les deux dénominations ont survécu jusqu’à nos jours.
Le groupe de maisons a fini par déborder sur la rive droite.
Eu 1501, il y avait déjà 9 ménages (2).
Selon les documents des XVIe et XVIIe siècles, cet ensemble portait généralement alors le seul nom de Salm (Salmis, en latin). Toutefois, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la localité naissante a aussi été maintes fois désignée comme nouvelle Salm, nova Salma Salma nova (3); cette expression ne se comprend évidemment qu’en opposition à quelque chose de plus ancien, une Salm plus vieille, ” la vieille Salm “, devenue Vielsalm.
A partir du XVIIe siècle, on voit aussi apparaître peu à peu, assez timidement, le nom de Salmchâteau (Salm au chasteau. Salmis in Castro, Salma castri, Salma ad arcenu Salma castellensi). Il finira par prévaloir au cours du XVIIIe siècle. (4)
La franchise de Salm
Par le document du 23 janvier 1362 signalé ci-dessus, la comtesse de Salm, qui était veuve, désirait, avec son fils le futur Henri VII, attirer du monde près du château. A cet effet, ils déclarèrent dans l’acte en question marqué de leur sceau,qu1 ils accordaient une série de faveurs à tous ceux qui viendraient bâtir leur maison au pied du château.
(p.2) Ceux-ci y disposeraient gratuitement d’un terrain à bâtir ; ils obtiendraient, sans payer, leur bois de chauffage ; ils seraient exempts de certains impôts et redevances, tels le droit de paisson pour dix porcs, le droit de sartage dans les bois, etc … En revanche, ils rendraient quelques petits services au château.
A la suite de cette décision, des maisons s’établirent peu à peu au pied du château, bien que l’endroit fut fort restreint et de pente raide.
L’endroit prit le nom de Bas-Château.
Vers 1600, il y avait ainsi deux maisons. (5) En 1659 (6)5 cinq, celle de Jean Lhoest, Hans, Denis le bègue, Poncin Art Diederich.
Au début du XVIIe siècle, à la suite de divers événements, le privilège accordé en IJ62 fut contesté, par Henri Wirotte, haut-officier de Salm ; les habitants ne purent pas produire de documents établissant le bien-fondé de ce privilège, et celui-ci finit par tomber,(7) conformément à un arrêt du 22 juin 1709» du Conseil Souverain du Hainaut, à Mons.
Le vieux château
Près de la localité s’élevèrent les ruines de l’ancien château qu’on appelle encore souvent ” vieille prison “.
Ce qui en reste constitue un vestige de l’entrée. Celle-ci ; était précédée certainement d’un fossé, actuellement remblayé, qu’on franchissait par un pont-levis.
Un incendie détruisit une aile du château vers 1645, aile reconstruite par les sujets du comté. (8)
Un autre incendie se déclara vers 1720. (9) Les habitants refusèrent, cette fois, de travailler à la restauration. Il en résulta un procès entre eux et le comte. Celui-ci obtint gain de cause en 1733. (10)
A la Révolution française, le château était toujours habité mais il fut désormais abandonné. Alors, en quelques années, il fut réduit à l’état de ruines, à la suite des déprédations dont il devint l’objet. Confisquées par l’Etat du moment, ces ruines furent vendues le 12 novembre 1807 (II) avec 16 hectares l’entourant, pour 4.825 francs, à Michel Sauveur de Liège.
(p.3) A partir de I821 (12), la propriété fut revendue à Guillaume-Joseph Thoaus de Salmchâteau, puis elle passa, plus tard en d’autres mains : D. Davidson, G. Jottrand, Bernard, Simon, et actuellement M.P. De Bremacker depuis I965«
Les comtes de Salai, qui avaient bâti le château, y résidèrent certainement, jusqu’aux environs de l’année 1500, ou un peu avant, puis ils abandonnèrent le pays, n’y faisant plus que de courts séjours, au cours desquels, par exemple, le 17 août 1545 naquit au château le futur comte Werner. (13)
Les comtes se fient alors remplacer, pour administrer le pays, par un ” haut-officier “. Celui-ci résida au château jusqu’aux environs de 1700.
Il y avait sans doute une petite chapelle dans le bâtiment, car on y a célébré certaines cérémonies religieuses. Par exemple le 13 mars 1641, (14) baptême d’un fils de Jean Ruth, greffier du comté ; également, le 16 août 1660, (15) baptême d’un fils du haut-officier Guillaume Hall, celui-ci décédé en 1694 ; le 22 janvier:1652, mariage de Jacques Foccart, maître des gardes.(16)
Même sans le haut-officier, le château continua d’être occupé par du personnel et notamment des gardes. Ceux-ci avaient surtout peur mission de garder les prisonniers éventuels. Il y eut ainsi certainement, jusqu’à la fin un maître des gardes en permanence.
Au cours de la guerre de Succession d’Espagne, (170I-I7I4), un poste de soldats français occupa le château. (17) Ilfut encore garnisonné en 1747-1748 par des hussards autrichiens.
C’est au château de Salin que, pendant longtemps, siégea le tribunal du comté (il y avait une grande “salle” à cet effet), du moins pour les causes importantes, telles que les causes criminelles.
Les voleurs et autres délinquants à juger y étaient détenus. C’est pourquoi le château a gardé longtemps le nom de ” vieille prison “. On connaît le nom de quelques détenus. Par exemple :
– ” Gros Jehan Wierot “, de Goronne, pour avoir volé un. porc en 1571. (18)
– Nicolas Scheff, en 1571, pour avoir ” donné le principal coup de la mort ” à Jehan Grandar de Vielsalm, lors d’une rixe à Vielsalm, le dimanche de Quasimodo 21 avril 1566. (19)
– en 1754, un certain Jean Conil, pour crime d’homicide, et qui s’échappa de la prison en plein midi pendant que les gardes jouaient aux cartes (20)
(p.4) – en 1766, la veuve Sébastien Demoulin, pour une série de vols avec ses trois filles. (21)
– en 1770, Alexandre Duppé, étranger d’origine française, pour une série de méfaits dans la région. Il fut condamné à être pendu. (22)
Selon la tradition, le cachot était situé soue la tour d’entrée Le château était alimenté en eau, à partir du XVIe siècle, notamment par une conduite faite de tuyaux de grès amenant l’eau d’une source jaillissant au-dessus de l’actuel terrain de football de Salmchâteau ; elle est à une altitude supérieure d’une cinquantaine de mètres à celle de l’emplacement du château. C’est l’abbé de Stavelot, Guillaume de Manderscheid qui, le 26 juin 1537, avait permis, à titre amical, au comte de Salm, de se servir de cette source. (23)
2 Lès grands momints / Les grands moments
Olivier Graulich, Charles Legros, Salm en Ardenne, Vielsalm, 1994
Extraits
/I SALM/
(p.7) 1 La première charte
Eclairer l’histoire de Salm c’est, avant tout, retourner aux premiers témoignages faisant état de son existence. C’est dans les années trente du XIe siècle (1034-1035) qu’apparaît pour la première fois le nom de Salm dans les textes. La charte dont il est question rapporte une transaction entre l’abbaye de Stavelot et celle de Trêves; le comte Gisilbertus de Salmo, descendant et vassal de ses puissants voisins, les comtes de Luxembourg, signe ce document
en qualité de témoin. On peut dès lors raisonnablement admettre que le comté existait déjà depuis la fin du Xe siècle.
2 Un petit territoire dans la grande forêt d’Ardenne
Le petit comté de Salm est borné au nord et à l’ouest par les terres de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmédy. La principauté fondée par saint Remacle a déjà au Xle siècle t 400 ans d’existence. La Belgique en a au-/ jourd’hui un peu plus de 160. Au sud, il jouxte les terres du fiscus de Glain, possession impériale et royale, depuis plusieurs siècles déjà. A l’est, le très vieux chemin de Luxembourg à Stavelot qui relie Beho à Poteau (anciennement Brou de fa), marque la limite entre le comté et la seigneurie de Saint-Vith, fief luxembourgeois lui aussi.
(p.8) 3 La communauté salmienne
Dès que le comté existe, les seigneurs se sont mis en quête d’un lieu susceptible de devenir le chef-lieu de leur territoire.
Gisilbertus ou Gislebert de Salm et ses premiers successeurs n’ont sans doute pas résidé à demeure dans leur possession salmienne, mais dès 1153, au plus tard, un donjon fortifié, symbole de la puissance du seigneur, est édifié à Salm. Depuis 1131, probablement bien avant, la paroisse de Salm est constituée. Son érection est le fruit de l’ardent prosélytisme des moines de Stavelot. Une communauté villageoise existe donc à Salm.
4 Un comte de Salm devient roi
Au XIe siècle, les comtes de Salm vont déployer une ardeur peu commune à étendre leur puissance et leur renom au sein de l’Europe. Le fils de Gislebert, Herman 1er est une personnalité marquante. A la fin du XIe siècle, la Querelle des Investitures exacerbe les passions entre partisans du roi de Germanie (le futur empereur du Saint-Empire) et du pape. En 1081, Herman 1er de Salm, neveu de l’évêque de Metz Adalbéron III (1047-1072), est élu antiroi (2) par les princes hostiles à la politique du roi Henri IV.
Pourtant, il faut bien dire que le comté de Salm n’offre pas grandes richesses. Exiguë, peu fertile, la terre de Salm ne semble pas destinée à jouer un rôle stratégique important dans le concert des principautés naissantes; c’est pourquoi les fils de Herman 1er envisagent d’étendre leur domaine.
5 Salm en Ardenne Salm en Vosges, le partage d’un destin
C’est vers les Vosges que vont s’orienter les prétentions des descendants de Herman 1er. Herman II aussi fait partie de la fine fleur de la noblesse: on en veut pour preuve ses épousailles avec cette grande dame de Lorraine qu’est la nièce du pape Callixte II, Agnès de Bar-Mousson-Montbéliard. Herman II obtient la charge rémunératrice et influente d’avoué de l’abbaye de Senones, c’est-à-dire protecteur laïque s’occupant des affaires temporelles de l’abbaye. Car, suivant les paroles de saint Paul, les clercs ne doivent
2) Herman 1er était le candidat d’une faction de princes allemands opposés à Henri IV (celui de Canossa), roi et futur empereur du Saint-Empire. Sa souveraineté ne faisait pas l’unanimité, c’est pourquoi il y eut un “anti-roi”.
(p.10) pas s’occuper d’affaires séculières; ils confient donc la tâche de les protéger à un laïc : l’avoué (du latin advocatus: avocat). La tentation est grande pour ce seigneur laïque d’outrepasser ses droits et de se sentir maître chez l’autre.
Au Moyen-Age, les biens des riches abbayes étaient fort convoités; l’avouerie constituait un moyen facile pour distraire de l’abbaye une partie de son patrimoine. On comprend dès lors le zèle déployé par les grands féodaux pour s’assurer les charges d’avoués.
C’est à Pierre Percée (à quelques kilomètres au nord de Senones) qu’Herman II édifie (ou restaure) un château, témoignage de sa prédilection vosgienne. L’implantation définitive dans les Vosges est réalisée à la fin du XIIe siècle. Elle est l’œuvre d’Henri II, le petit-fils d’Herman II.
Lors de la troisième croisade (1189-1192), ce chevalier chrétien a accompagné l’empereur Frédéric Barberousse en Terre Sainte; il installe son château sur les terres de Senones à Salm… l’autre Salm (environ 20 kilomètres à l’est de Senones). Salm deuxième du nom est né. Henri, bien qu’ayant vu le jour à «Salm», se désintéresse de Salm en Ardenne et l’abandonne à sa sœur Elise. La comtesse héritière Elise de Salm épouse Frédéric de Vianden et cette union consacre une nouvelle dynastie, celle des Salm-Vianden.
La séparation est consommée: on distingue désormais Salm en Ardenne ou Niedersalm et Salm en Vosges ou Obersalm. Plus tard, le comté de Salm en Vosges, sera élevé au rang de principauté avant d’être englouti dans la France révolutionnaire, mais ceci est une autre histoire.
6 L’ancien château, Vetera Salma
Les sources décrivant le premier château des comtes de Salm manquent. Toutefois, il devait respecter les règles relatives à la (p.11) construction militaire en vigueur à l’époque. (…) De récentes fouilles permettent de supposer que ce premier château a été précédé d’une fortification féodale antérieure.
(p.13) Le premier château connu des comtes de Salm se situait près de l’église actuelle. Il occupait le promontoire de confluence du Glain et de la Salm. C’était un site naturellement défendu vers le nord et l’ouest par un abrupt rocheux. Le château lui-même était construit sur le rocher. Un puits, creusé à même le roc, et actuellement remblayé pourrait être le puits du château d’origine. (GSHA,15,1981, p. 98-100) II fut taillé au burin, les traces de cette taille étant encore bien visibles. Actuellement, la route (en 1846), le chemin de fer Vielsalm-Born (en 1915), et, plus récemment, les réajustements du carrefour vers Rencheux ont uniformisé le relief : il faut une bonne dose d’imagination pour se représenter le site d’origine. Toutefois, la vue de M. Xhrouet nous aide à “voir” ce site.
Le second château, plus récent (milieu du 14e siècle), fut installé à Salm-château.Il occupe un méandre du Glain et est de plus tout proche du confluent du Glain et du Golnay. De ses tours, le regard embrasse la vallée en aval vers Vielsalm; en amont, vers Bovigny; et sur le flanc vers la Bedinne et la Baraque de Fraiture. Que voilà un site admirablement choisi pour surveiller et contrôler les environs ! Les restes de ce château, encore visibles aujourd’hui ne nous donnent qu’une faible idée de ce que pouvait être son étendue d’origine. Son architecture très élaborée mériterait une étude approfondie.
(p.17) 9 Grandeur et misère d’une dynastie
Accroissement territorial
Aux XIIIe et XlVe siècles, les comtes de Salin, fort à l’étroit, élargirent les limites de leur petit comté. Annexion de l’ancien domaine de Glain Saint-Martin, au sud. A l’ouest, Arbrefontaine, Menil, La Comté, et peut-être même Goronne et Rencheux sont repris aux terres principautaires de Stavelot et inclus dans les possessions salmiennes.
Démonstration de force, échange, habileté diplomatique ou tout à la fois, nul ne sait précisément quand et comment les seigneurs du lieu ont accaparé les propriétés stavelotaines.
Malgré cela, Salm reste un comté lilliputien à côté des comtés de Flandre, Namur et autre principauté de Liège; 160 km2 et une population que l’on peut estimer à 500 ou 600 habitants: moins de 4 habitants au km2. A titre indicatif, la densité de population dans l’actuelle commune de Vielsalm (1991) est de 49 habitants au km2.
(p.18) Le comte Henri IV (1297-1301) de Salin-Vianden n’est pas un vassal docile. Il tente de se dé gager de la tutelle luxembourgeoise et fait serment d’allégeance au comte de Hainaut. Outrecuidance suprême, le comte félon s’approprie le droit régalien de battre monnaie. L’atelier monétaire de Salm frappe le demi-gros à l’Aigle, qui est monnaie courante à l’époque. Le vol de l’aigle sera de courte durée. Son oncle et successeur, Henri V, renouvelle l’hommage dû aux comtes de Luxembourg. Il renonce à battre monnaie.
Les comtes de Salm n’en demeurent pas moins des personnages importants. La splendide pierre tombale (2,5 m x 1,24 m), découverte fortuitement à Vielsalm en 1953 et conservée dans l’église décanale, en témoigne; elle recouvrait, croit-on, la dépouille mortelle du comte Henri VI décédé en 1359.
La finesse de la gravure, à l’origine, rehaussée d’incrustation en marbre pour le visage et les mains du gisant, et en laiton pour le reste (chevelure, éperons, épitaphe…) en fait un chef-d’œuvre remarqué. Malheureusement, les pièces rapportées ont disparu. Intéressant à plus d’un titre, ce document permet de se faire une idée précise quant à l’équipement du chevalier du XlVe siècle. Le comte de Salm porte haubert (cotte de maille), longue épée, éperons, pourpoint el écu armorié… symboles de son appartenance à la chevalerie médiévale.
(p.19) Les comtes déménagent
Le quatorzième siècle est fertile en événements à Salm. A l’étroit dans leur comté, les seigneurs de Salm le sont aussi dans leur château. Certes, depuis 1150, la bâtisse a sans doute été aménagée. Mais elle vieillit et l’exiguïté de son assise ne permet pas d’offrir le confort qu’exigé la maison d’un seigneur important.
Les mœurs du temps évoluent; la fonction essentiellement défensive de la demeure est oubliée. Soucieux de bien-être, de puissance et d’espace, les comtes font construire un nouvel édifice. Leur choix se porte sur un autre es- carpement rocheux qui, lui aussi, domine la vallée du Glain et se trouve à deux kilomètres en amont. L’endroit est alors désert. Mahaut de Thuin, comtesse de Salm, va d’ailleurs s’em- ployer à y attirer des habitants, en accordant une charte de franchise (1362) (5) au manant (du latin manere : rester, demeurer) qui souhaiterait s’installer au voisinage de son château. Mais, en décidant de changer de résidence les comtes n’ont pas renoncé au nom de Salm.
Salm va donc désigner le nouveau château et l’agglomération qui se développe à ses pieds.
Pour éviter toute confusion avec la Salm primitive, on lui accole très vite l’adjectif nou- veau. On parle de Nova Salma, Nouvelle Salm puis le terme évolue vers Salma Castri, Salma Castellensi, Salm-au-château, Salmchâteau; le château devenant un élément distinctif puisque l’antique ensemble fortifié (Vielsalm) a fini par disparaître (ruines vendues au meunier).
La Salm primitive du XIe siècle s’est tout naturellement nommée Salme la Vieille, Vieille Salm, Alt Salm selon la traduction d’un cartographe allemand du XVIe siècle, Vieille Saulme en ancien français et par contraction Vielsalm. C’est donc absolument sans fondement que certains toponymistes fantaisistes ont cru pou- voir expliquer « Vielsalm » par l’existence d’un confluent entre la «Salm» et la «Viel», à l’ins tar de Virton par exemple.
(p.24-25) 10 Nova Salma, Le nouveau château
Au cours des siècles, le château a été abîmé, incendié, restauré, agrandi, remanié. Avant le XVIIe siècle, on sait peu de choses à son sujet, sinon que les comtes n’y résident que rarement. Les guerres incessantes que se livrent les belligérants européens aux XVIe et XVIIe siècles ne sont pas de nature à améliorer l’état de conservation des bâtiments. Les garnisons occupent régulièrement le château et la soldatesque est peu respectueuse à l’égard de son cantonnement.
En outre, on sait que le château a été plusieurs fois la proie des flammes. Des portions de l’édifice incendiées en 1645 et encore au début des années 1700 ont été successivement et sans doute partiellement restaurées. La dernière restauration date de 1752.
Palais ou manoir?
L’iconographie relative au château des comtes soulève quelques questions. Les représentations de Xhrouet, l’une avec Vielsalm en avant-plan et le château en toile de fond, les autres presque symétriquement inverses, montrent un édifice de taille relativement modeste. L’architecture est simple et sans recherche, ni de style ni d’élégance. Ces deux vues sont probablement antérieures à l’incendie qui a ravagé le château vers 1700-1715.
«Vue du château de Salme du coté de ruine»…c’est ainsi que s’exprime Remacle Le Loup (vers 1730-1740) et il n’a pas manqué de représenter à droite une des fameuses tours de défense.. Remacle Le Loup, encore lui, a produit deux autres dessins (la peinture anonyme du XVIIIe décrite plus haut semble en être très largement inspirée) qui contrastent nettement avec les oeuvres de son aîné Xhrouet.
Ici on pressent une architecture d’inspiration plus classique. L’aspect massif «maison forte» est escamoté au profit des canons esthétiques du XVIIIe siècle.
(p.40) II DES BORDS DU GLAIN AUX SOURCES DE L’HISTOIRE DE SALM
I Salm des racines profondes
Quelle fut l’histoire de cette terre qui au XIe siècle prit le nom de Salm?
Les traces d’une activité humaine précédant le Ve siècle Av. J.C., sont rares. L’époque préhistorique et protohistorique, dans la région, est mal connue et aucune fouille systématique n’a jusqu’à ce jour été entreprise. L’essentiel des découvertes est localisé près des endroits où l’homme contemporain s’est établi, a travaillé.
Travaux d’infrastructure, routes, défrichements, charruages, sont souvent à l’origine de ces trouvailles; meules en arkose, silex taillés, polissoirs, grattoirs trahissent une présence humaine.
Mais la forêt, les fanges et les bruyères, toutes ces étendues importantes, renferment encore et sans doute pour longtemps, de nombreux «trésors».
Le camp refuge celtique du Gros Thier
Au Ve siècle avant notre ère, époque de La Tène, les traces d’implantation humaine relativement importante sont indubitables. En témoigne l’impressionnant ensemble de défense installé au sommet du Thier des Carrières (daté au radiocarbone 470-440 av. J.-C. : second âge du fer). L’enceinte longue de 400 mètres délimite une surface de 1,5 ha. Elle est constituée d’un empilement désordonné de lames de schiste surplombant un fossé.
Cet ouvrage exclusivement de défense témoigne de l’insécurité du temps, la population se réfugiait là en cas de danger.
Les habitants, des Celtes (et non des Romains), retranchés dans cet espace de grandes dimensions, se livraient, semble-t-il, à l’exploitation de l’or. Ils délavaient les alluvions des ruisseaux en quête du métal précieux; des tertres ou haldes constitués de déchets stériles de l’exploitation parsèment encore les berges du ruisseau de Bêche, de Rolayi près du village des Petites Tailles, du ruisseau de Petit-Thier et du Glain en aval de Grand-Halleux.
Cependant des doutes subsistent encore quant à l’attribution de certains de ces monticules artificiels à l’activité d’orpaillage. Car l’on est troublé de ne découvrir dans ces haldes que d’infimes paillettes d’or, et plus encore lorsque les sépultures celtes environnantes restent désespérément dépourvues de tout or.
(p.41) Non loin du refuge celte, on a retrouvé des meules ou broyeurs en arkose. Elles ont la forme de grains de café et servaient à écraser les céréales répandues sur une surface plane.
A leurs activités proto-industrielles et culturales, les autochtones ajoutent donc un sens du commerce (l’or obtenu était vendu ou échangé) puisqu’on n’en retrouve aucune trace sur place.
Notons toutefois que le matériel funéraire des Celtes régionaux (à Courtil, Rogery, Halconreux, Honvelez) est bien moins riche que celui découvert dans les sépultures de leurs compatriotes de Sarre ou de Champagne.
Romanisation
Les forteresses n’arrêtent pas les hommes indéfiniment. Les Belges originaires de la vallée du Rhin vont soumettre les peuplades celtiques. En 54 Av. J.C., les légions de César les écrasent : la Gaule est pacifiée pour 300 ans.
La période de l’occupation par les Romains n’a pas laissé de traces bien spectaculaires. L’essentiel des découvertes concerne des sépultures. Elles sont localisées à Bihain, Farnières, Petit-Halleux (Hourt), Ville-du-Bois, Salmchâteau (Sainte-Marie), et le matériel funéraire qu’elles renferment est pauvre, ce qui porte à croire que les défunts l’étaient aussi.
Cependant, plus au sud, la proximité de la chaussée Reims-Cologne a dû jouer un rôle attractif, particulièrement pour Cherain, Limerlé, Glain (Mont-Saint-Martin), Bellain, Sommerain.
La voie romaine dont la direction générale est N.E-S.O passe non loin de Gouvy (Beho -Deiffelt – Haut Bellain).
Outre la proximité de la chaussée romaine, la richesse et la quantité des vestiges mis au jour dans la région de Houffalize s’expliquent aussi par l’activité déployée par le cercle archéologique Ségnia.
Sur la crête entre Bihain et Hébronval, une nécropole romaine constituée de 30 à 40 tombes indique qu’il devait y avoir à proximité un habitat de quelque importance. A Hourt (Pouhon), un de ces coups de pioche miraculeux a permis la mise au jour d’un trésor contenant des monnaies romaines. A Sainte-Marie, les fondations d’un habitat sont en fait les seules traces d’un bâtiment romain ou gallo-romain que l’on ait décelé jusqu’à présent sur le territoire de l’actuelle commune.
Les Francs font de Glain une villa royale
A Glain (Mont Saint-Martin – Bovigny), l’occupation a dû être permanente entre Bellain en 585 et (…) le XIe siècle. Petit îlot essarté dans l’immensité de la forêt ardennaise, l’ancien domaine romain (fundus) a dû être colonisé par les Mérovingiens d’abord, les Carolingiens ensuite. Ces derniers, aristocrates d’origine mosane, vont choisir cet endroit pour y établir un centre important, une villa royale. La villa royale de Glain au sud de Vielsalm est en fait une grosse exploitation rurale.
Durant le haut Moyen-Age, les rois ca-rolingiens parcourent nos régions, leur cour itinérante voyage de palais en palais. Cette pratique se justifie par des motifs à la fois économiques et politiques. La cour, nombreuse, vivant essentiellement de la chasse, épuise assez rapidement les ressources de la contrée. Par ailleurs, le roi ou l’empereur à la tête d’un état peu centralisé désire asseoir et maintenir son pouvoir par un contact aussi
(p.43) Charles Martel prononce un jugement à Glain
En 720, Charles Martel, ce maire du palais d’Austrasie, qui 12 ans plus tard se couvrit d’une gloire immortelle en écrasant quelques bandes arabes à Poitiers, a rendu à Glain une sentence concernant un conflit territorial de l’abbaye voisine de Stavelot.
Si le fait est admis, la localisation géographique de la villa royale de Glain est hypothétique: au Mont Saint-Martin? aux Concessions? Cependant de fortes présomptions existent.
L’actuelle chapelle du Mont Saint-Martin a été bâtie sur les substructures d’édifices précédents. Le plus ancien remonte au V-VIe siècle et serait le premier sanctuaire du domaine de Glain.
La villa de Glain est donc une propriété impériale importante au IXe siècle. Cherain (Charango), Lierneux (Ledernaco), Bihain (Bisango-Bisanch) forment autant de domaines, sièges d’exploitations agricoles et forestières appartenant à la couronne. Et cela jusqu’au- delà de l’an mille: quelques bâtiments autour desquels s’étend une zone défrichée de quelques centaines de mètres de diamètre, puis c’est l’immense forêt.
Le Xe siècle marque le début d’un accroissement démographique qui se poursuit jusqu’en 1250-1300.
Ce développement de la population sup pose une extension de la pâture et de la culture au détriment du bois. Il faut cependant relativiser. Le paysage reste essentiellement forestier jusqu’aux grands essartages des XVIIe et XVIIIe siècles, simplement l’horizon se découvre.
Quand la terre de Everelm devient la terre de Salm
Entre les domaines de Cherain, de Glain, de Thommen, et le territoire de l’abbaye de Stavelot, il y a un vide. Au début du Xe siècle, ce territoire, morceau de la foresta d’Ardenne, c’est-à-dire propriété royale carolingienne, est accordé à un seigneur local, Everelmus.
Herstal et Aix-la-Chapelle sont des résidences royales et impériales bien connues. (…)
(p.107) Chouans d’Ardenne
Le 24 octobre 1798, la révolte gronde, l’Oesling luxembourgeois est en insurrection. (39). Spontanément, des bandes de paysans se regroupent à Weiswampach, puis Hosingen, et constituent « l’Armée de Jésus-Christ ». Alors qu’une partie de l’armée marche sur Luxembourg, l’autre prend la direction de Reuland et Saint-Vith. La première colonne forte de 1500 paysans peu disciplinés n’arrivera jamais à Luxembourg. Mal encadrés, mal équipés, les paysans sont balayés par les Français, pourtant bien inférieurs en nombre. Le 30 au soir, beaucoup de paysans restent couchés à Arzfeld et à Clervaux où ils ont livré bataille.
La veille de cette déroute, le 29 octobre donc, l’autre colonne se scinde en deux à Saint-Vith. Cinq cents hommes se dirigent vers Amblève où ils décident de bivouaquer. Surpris la nuit par les Français, soixante rebelles sont tués, les autres se débandent. Le reste des «brigands», c’est le nom que leur donnent les autorités (p.108) militaires, arrive à Vielsalm où ils comptent recru- ter des porteurs de fourches, de piques et de gourdins,
A la lumière des torches de paille, les insurgés conduits par Kretels, un ancien dragon -autrichien, et Crendal d’Audrange, sont accueillis par les villageois.(40). Emmanuel Millet, de Petit-Halleux, chirurgien et ancien président de l’administration municipale du canton (déc. 1796 à avril 1798), se joint aux paysans et assure les fonctions de secrétaire.
Le 30 octobre, les révoltés, mêlés à la foule excitée, abattent l’arbre de la Liberté et réclament les registres municipaux où sont consignés les noms des conscrits et des imposables… A Vielsalm, comme dans tous les cantons créés en 1795, l’arbre de la Liberté planté sur la place du marché représentait symboliquement la liberté reconquise. On n’hésitait pas à qualifier son –tronc de sacré et c’est à son pied qu’en certaines circonstances, les agents municipaux venaient prêter le serment prescrit par la loi.
Le recrutement ne se fait pas sans mal. Les émeutiers rassemblés sur la «place» saccagent les maisons du secrétaire Marthoz et celle de J.C. Lamberty (ces deux maisons,- déjà citées par ailleurs, ont supporté bien d’autres périls puisqu’elles sont toujours de bout aujourd’hui) dont les fils, rechignant à l’enrôlement, se sont évanouis dans la nature. Les «chouans» y trouveront dans les caves de quoi apaiser leur soif sinon leur fureur.
Excès de pillage, excès de boisson, excès de passion, mais aussi excès d’autorité, comme l’indique cette proclamation musclée de Crendal à l’adresse des villageois de Vaux-Chavanne, Mormont, Grand-Menil, dans laquelle il suggère très fermement aux paysans de se rallier à l’armée de Jésus-Christ : «… Ceux qui ne se rendraient pas endéans les 24 heures à Vielsalm seront punis d’être hachés et brûlés, tant filles et enfants capables ou non capables déporter les armes.» (41).
40) Après ces événements Nicolas Kretels et Nicolas Crendal réussirent à échapper aux poursuites; Kretels s’installa à Commanster dans la ferme qui porte toujours son nom et se livra à la contrebande, Crendal devint curé d’Audrange.
41) Cité d’après G. REMACLE op.cit, p.91, note 16.
(p.109) Dans les rangs des insurgés, on retrouve des mécontents bien sûr, mais aussi les indifférents embrigadés de force et terrorisés par les discours enflammés des chefs de la rébellion. Ces soldats de fortune se révéleront être de bien piètres combattants plus prompts à la fuite qu’aux exploits homériques.
Durant des journées, «l’armée catholique» hésite, perd du temps dans les marches et contre-marches, pour finalement s’engager le 31 octobre sur la route de Stavelot. L’épisode de Stavelot ne sera pas plus glorieux que ceux de Clervaux, Arzfeld ou Amblève. En quelques minutes, un millier de paysans est mis en déroute par moins de 200 soldats et gendarmes républicains. Officiellement, les Français déplorent un tué, tandis que l’on en dénombre 20 du côté des «brigands». Sept jours après son déclenchement, la révolte des paysans du Nord Luxembourg est un échec complet; place maintenant à la répression et aux sanctions.
La répression
Dans notre département, 5 cantons ont été secoués par la marche des paysans, à savoir Reuland, Saint-Vith, Butgenbach, Vielsalm et Stavelot (2 francophones(sic) /NDLR : en réalité wallophones/, 3 germanophones).
Le 4 novembre, un arrêté ordonne la déportation des prêtres belges non assermentés, suspectés d’avoir été le ferment de la dissidence. Le même jour, l’administration municipale de Vielsalm, soucieuse de rétablir l’ordre public, met sur pied des patrouilles dont la tâche consiste à surveiller les «quartiers allemands», foyers de la ferveur paysanne. En ces temps troublés, marcher sans cocarde constitue un aveu qui mène tout droit chez le juge de paix.
Le 12 novembre, le canton est mis en état de siège. Il est occupé par 32 hussards et des fantassins. Les efforts déployés par l’administration pour disculper ses citoyens de toute participation active et militante dans les événements du mois d’octobre n’y change rien: «L’administration municipale… considérant qu’il est du plus grand intérêt d’éloigner pour toujours les malveillants qui ont venu troubler l’ordre et la tranquillité du canton en terrorisant les paisibles habitants d’icelui et les forçant par menaces et des faits à prendre les armes…» (42).
42) Archives communales de Vielsalm. Registre des délibérations du conseil municipal, 1796-1821, «4è volet f °l-2.».
Début janvier 1799, de nouveaux bruits alarmistes ramènent la troupe à Vielsalm. Duverger, le vainqueur d’Arzfeld, qui commande la colonne a cependant reçu des ordres très stricts concernant le maintien de la discipline
parmi les soldats. A cet égard, les autorités civiles cantonales rendront compte de la conduite des militaires. Ceci traduit explicitement la volonté d’apaisement et de normalisation de la situation. Quelques jours plus tard, les «officiels» réunis sur la place commune prêtent le serment constitutionnel au pied de l’arbre replanté.
(p.111) A la réflexion, la République montre finalement peu de zèle et de diligence quand il s’agit de poursuivre les fauteurs de troubles.
Le curé de Vielsalm, P. Barthélémy, un insoumis notoire, exerce son ministère dans l’ombre, certes, mais sans être vraiment inquiété; son vicaire, l’abbé Ledent, fait de même. Les chefs des brigands, Kretels et Crendal, on l’a dit, ont réussi à échapper aux poursuites; Emmanuel Millet s’est montré moins perspicace: arrêté à Petit-Halleux en avril 1799 (était-il si sûr de son impunité ou fort naïf pour se cacher dans son village?), il est jugé à Liège, condamné à mort et exécuté le 28 août 1799.
La guerre des paysans n’est plus qu’un souvenir; les soldats ont rejoint leurs casernes, mais tous les problèmes n’en sont pas pour autant résolus. (43). La conscription est toujours fort impopulaire et le pouvoir se trouve confronté à une carence de fonctionnaires municipaux (agents et adjoints). Dans certaines communes du canton (Vielsalm, Sart, Rogery, Jevigné, Petit-Thier), où aucun citoyen ne veut assurer les fonctions municipales, l’administration départementale a recours à la nomination de commissaires spéciaux spadois et liégeois pour occuper les sièges vacants (janvier 1800).
Le Consulat de Bonaparte achève d’imposer le calme et l’ordre: le Concordat a rassuré les prêtres. Le comte de Salm, bien qu’il perde son comté ardennais, est reconnu dans ses possessions rhénanes.
D’ailleurs les textes municipaux officiels entérinent le glissement : Le citoyen Charles-Joseph Salm (janvier 1799) devient Son Altesse Sérénissime le prince Charles de Salm Reifferscheid (novembre 1802).
3 La Grande Guerre
Un réveil lugubre
A l’aube du 4 août 1914, le bruit du canon rompt une trêve qui, pendant plus de cent ans avait tenu ce coin d’Ardenne à l’écart de la fureur guerrière.
Ce siècle qui brutalement se termine à la fin de l’été 14 avait presque fait oublier aux Sal-miens le martèlement cadencé des bottes et des sabots et le cliquetis des armes: depuis 1000 ans, on n’avait sans doute jamais vécu plus longue période de paix et de prospérité.
Le 4 août des « uhlans » allemands occupent Bêche et Salmchâteau. La troupe au casque à pointe ne tardera pas à suivre. Il y eut peu de combats, néanmoins après une action de sabotage à Salmchâteau et des tirs de prétendus «francs-tireurs», les autorités d’occupation me-
43) En décembre 1799 des bandes d’authentiques brigands profitant de la confusion, écument la région de Vielsalm. Ces individus peu recommandables, généralement appelés “réchauffeurs” ou “garrotteurs”, appliquent à leurs victimes des traitements effrayants. Les “réchauffeurs” ont la vilaine manie de brûler les pieds de leurs victimes pour leur extorquer leur magot tandis que les “garrotteurs” procèdent par strangulation pour obtenir le même résultat.
La Guerre des Paysans du Pays de Salm et Stavelot en 1798 vue par d’autres historiens
La Guerre des Paysans du Pays de Salm et Stavelot en 1798, in : Les Amis de Logbiermé, 21, 1998, p.63-65
Nous trouvons sous ce titre, dans Wallonia, revue wallonne qui se publie à Liège, le récit suivant d’une bien savoureuse naïveté.
Il est écrit en patois (sic), avec la traduction française en regard. Nous nous contenterons de donner celle-ci :
“Mes arrière-grands-oncles maternels, Jean-Guillaume Gengoux et Jean-Henri Hubert, tous deux de Commanster, prirent part à la guerre des paysans, li guère dès klépèls (allemand : Klöppel). Mon arrière-grand-mère, Marie-Jeanne Hubert, leur belle-sœur et sœur, décédée à Commanster en avril 1859, à l’âge de 82 ans, racontait volontiers la marche des klépèls vers Stavelot, pour aller battre les Français; son récit s’est conservé dans ma famille; je le transmets fidèlement.
Mes deux grands-oncles ont été “serrés” à la guerre des « Klöppel ».
Mon arrière-grand-mère, quand on lui en parlait, riait toujours et quand on la trouvait en bonne (humeur), elle avait encore bon de la raconter.
Il faut vous dire qu’avant que les Français ne chassassent les Impériaux “hors” du pays, on était fort tranquille.
On arrivait à payer ses tailles et on ne levait des soldats que ceux qui voulaient bien “signer”.
Les Français, dès qu’ils furent maîtres, augmentèrent les tailles, volèrent les cloches dans les églises (une sur trois pour faire des canons), abattirent même les croix dans certains villages, et le pis de tout, ils voulurent faire tirer les jeunes hommes arrivés dans l’âge de la “réquisition”.
On en fut vite fatigué, on les souhaitait à tous les diables et on parlait de les traquer, mais tout bas, puisque les curés eux-mêmes ne pouvaient trop se laisser voir.
On ouït dire qu’on avait trouvé des lettres d’or tombées du paradis du côté de Weiswampach et qui disaient qu’on devait chasser les Français.
On dit ensuite que les villages allemands de la frontière bougeaient.
Et un beau jour, avant midi, on vit arriver les « Klöppel. »
C’étaient les gens de Weiswampach, d’Asselborn, de Reuland, d’Esplî, de Maldingen, de Grifeldingen, Aldringen, de Thommen et de Beho,
Ils s’assirent hors du village tout le long de notre terre; ils y mangèrent leurs tartines. Certains avaient des gourdins, des houes, mais la plupart avaient des faux.
Pendant qu’ils mangeaient, “Tèpèmèhél”, le rétameur de Weiswampach, “Krendal”, le neveu du curé d’Oderhange (Aldringen) et le “Dragon” qui était alors charron à Esplî, vinrent chez “l’agent” qui était le grand Maréchal. (On l’appelait le Dragon parce qu’il avait été dragon “dans” les Prussiens)
Je les vois toujours, Krendal était monté sur un cheval qui avait une panse comme une vache; il faisait comme un diable à cause que Maréchal, qui avait peur, ne se laissait pas voir.
Tèpèmèhél avait un grand sabre .
Enfin Maréchal arriva; le Dragon “réquisitionna” du pain, du beurre et du lard; puis ii lui annonça que s’il ne voulait pas voir brûler le village, il fallait qu’il y eut des hommes de Commanster qui marchassent avec eux pour aller battre les Français.
Il y en eut tout plein qui partirent; notre Jean-Guillaume et notre Jean-Henri étaient du nombre.
Je vois encore notre gros Jean-Henri passer sous notre gros pommier avec son bâton sous le bras et la besace au dos; il était habillé de son mieux et marchait joyeusement.
Le tambour roula; l’armée des « Klöppel » se mit en route, les hommes de Commanster en avant.
Ils s’en allèrent vers Burtonville, Neuville, Vielsalm, où ils firent le même jeu qu’à Commanster.
A Lierneux, les gens voulurent être plus malins; ils se moquèrent des klôppels et dirent qu’ils ne marcheraient pas.
Les « Klöppel » commencèrent à crier : “Du feu et de la paille pour brûler Lierneux! ” Et ceux de Lierneux, en voyant cela, se turent et ils se rallièrent.
Les « Klöppel » passèrent la nuit à Lierneux; notre Jean-Guillaume et notre Jean-Henri logèrent chez l’horloger avec certains de Burtonville et avec Krendal, le Dragon et Tépèmèhèl.
Le lendemain, ils s’en allèrent sur le Ban de Wanne; passé Wanne, avant d’entrer dans le bois de l’Abbaye, Tépèmèhèl rassembla les patriotes et leur fit un petit discours :
“Prenez courage, mes amis, quand nous arriverons à Stavelot, vous aurez un mouchoir de patriote; à Malmedy, vous aurez tous une paire de bottes.”
Ils traversèrent le bois de l’Abbaye et ils entrèrent à Stavelot.
Certains entrèrent du coup chez Malacord (qui était la plus grosse boutique du pays) pour avoir leur mouchoir de patriote.
Les plus malins se le firent donner de suite; mais la plus grande partie écoutèrent la femme Malacord :
“Faites tout doux, mes enfants, vous aurez de plus beaux tantôt. On va ramener un ballot de Malmedy”.
Le ballot de Malmedy, c’étaient les gendarmes qu’on y était allé quérir. Ils arrivèrent sur le temps que les « Klöppel » ouvraient, sur le Marché, les tonneaux de marmelade et les pots de beurre qu’ils avaient réquisitionnés.
On cria : “les gendarmes !”
Et les « Klöppel » se sauvèrent de tous les côtés, un pour l’âme de son père, l’autre pour l’âme de sa mère.
Mais, au Champ-de-la-Pistole, avant d’entrer dans le bois de l’Abbaye, les “plus hommes” s’arrêtèrent, et, avec le Dragon à leur tête, ils décidèrent que les gendarmes n’iraient pas plus loin …
Ce fut un laid jeu …
Il y eut un gendarme tué et des blessés des deux côtés.
Les « Klöppel » se battirent courageusement, mais les autres avaient les fusils, les sabres et les chevaux !…
Le Dragon vit qu’il n’y avait rien à faire et il cria ” Sauve qui peut ! “
Les gendarmes ne purent retenir qu’un jeune homme de Neuville, qui fut emmené vers Luxembourg; on ne l’a plus revu, on a toujours dit qu’il avait été fusillé.
Notre Jean-Henri revint le premier; Jean-Guillaume ne revint qu’environ quatre jours après: il avait attrapé une blessure sous le genou, il s’était traîné vers Commanster comme il avait pu … Il demeura six semaines avec la jambe sur le coussin.
Jean-Henri, lui, avait peur d’avoir été reconnu des gendarmes; et, comme après la guerre des « Klöppel »s, ils battaient et rebattaient le pays, il se tint caché six mois dans la grange. Pour le faire manger, quand on savait qu’il n’y avait pas de danger, on allait crier : “Picou, picou”, au-devant de la grange; il savait ce que cela voulait dire et il arrivait.
Puis tout cela s’oublia; on reprit le travail comme si de rien n’était.
Le Dragon fut plus serré; les gendarmes allèrent surprendre sa maison plus d’une fois; mais la dernière fois qu’ils vinrent, il n’eut pas le temps de se sauver et il se cacha comme il put sous le tas de paille.
Les gendarmes dirent qu’il était là, qu’on l’avait dénoncé … Ils retournèrent les fagots, les bottes de paille et il y en eut un qui le découvrit. C’était un brave homme; le Dragon s’apprêtait à se défendre avant de mourir, quand le
gendarme se mit à rejeter la paille sur lui en jurant comme un païen, qu’il fallait qu’on l’eût, et il le traitait de tous les noms …
Depuis lors, on ne l’alla plus tourmenter…
Après la guerre des « Klöppel », le Dragon, Cretels de son vrai nom, se maria et vint s’établir sur le territoire de Commanster, à quelques minutes de la frontière. A ce tempérament d’insoumis, il fallait une vie de lutte; il devint, dit-on, l’un des plus redoutables contrebandiers du pays.
Krendal ne fut pas tant inquiété. Un peu après la guerre, il entra au séminaire et remplaça finalement son oncle comme curé à Oderhange (Aldringen). Il y est mort. A son sujet, un souvenir est resté. Tous les ans, le 3 novembre, de nombreux pèlerins se dirigent vers Oderhange; ils vont prier Saint-Hubert de les préserver de la rage, eux, leurs chevaux et leurs bestiaux. C’est l’abbé Krendal qui organisa cette fête et ce pèlerinage. Voici à quelle occasion : un chat devint enragé on ne sait trop comment; il mordit plusieurs chevaux, des vaches qu’il fallut abattre. L’abbé Krendal fit les démarches nécessaires et créa une confrérie de Saint-Hubert à Oderhange. L’affluence des pèlerins était telle aux premières fêtes organisées que tous les confesseurs de la frontière requis ne suffisaient pas pour les absoudre. L’abbé Krendal, toujours énergique n’y allait pas par quatre chemins : il montait en chaire et disait : ” Que tous ceux qui n’ont ni violé, ni tué, se mettent à genoux, je vais leur donner l’absolution !…
Tèpèmèhel, de Weiswampach, reprit et continua son métier de rétameur. Son arrière-petit-fils est ferblantier.
Le champ de la Pistole est un vaste terrain en partie reboisé, situé sur la lisière du bois de l’Abbaye (territoire de Stavelot). Des hommes s’y sont battus contre le maître dont ils ne voulaient pas accepter les lois. Le sang versé pour une idée, quelle qu’elle soit, mérite le respectueux souvenir de tous. Pourtant, au champ de la Pistole, pas une croix (malgré l’accoutumance dans les Ardennes), pas une pierre, rien ne parle de la Guerre des Paysans, rien ne rappelle l’échauffourée sanglante, le geste rapide et tragique de cette poignée de courageux paysans…
Joseph HENS
Vielsalm, 1er janvier 1904
(p.66) Texte et illustrations tiré de “Histoire de Belgique par la méthode active et concrète, degré moyen”, R.,J. et E. Hébette 1958
LA GUERRE DES PAYSANS
I Les paysans font la guerre contre les Français.
Il y a environ 160 ans, les Français avaient conquis notre patrie et l’avaient rattachée à la France.
Les Français apportèrent à noire pays de bons changements, connue par exemple la suppression des droits spéciaux « les nobles et l’égalité pour tons devant la loi. Malheureusement, ils prirent des mesures contre les prêtres et contre les églises qu’ils transformaient souvent en casernes on en magasins à fourrage, après avoir enlevé les œuvres d’art et les objets sacrés. Celle façon d’agir mécontenta beaucoup de Belges.
Or, en 1798, les Français, qui avaient besoin de troupes pour faire la guerre à l’Autriche, placardèrent des affiches tricolores pour appeler sous les drapeaux tous les hommes non mariés, de 20 à 25 ans. C’était la première fois que les Belges étaient obligés de faire du service militaire. Jusqu’alors, les soldats avaient toujours été des volontaires. Aussi, dans les campagnes flamandes où l’attachement à la religion catholique était très vif, les jeunes gens ne voulurent pas aller combattre pour les Français qui ne respectaient pas leur religion.
(cf tableau de Constantin Meunier, au Musée moderne à Bruxelles)
Aux débuts de l’occupation française, in : GSHA, 14, 1981, p.102
Le fameux serment de haine à la royauté, introduit par l’administration française dans nos régions à partir de 1797, fut accepté sans trop de difficultés par les administrateurs et fonctionnaires luxembourgeois9. Par contre, il divisa profondément le clergé entre « jureurs » ou « assermentés » et « réfractaires » ou « non assermentés ».
D’un registre des baptêmes9 qu’un de nos membres a bien voulu nous prêter, nous extrayons l’élément suivant, à verser au dossier de la persécution religieuse au début ide l’annexion française.
« Le 2 … [illisible] de l’an mil huit cent, devant moi, Pierre Joseph Gâtez 10, prêtre non assermenté, Jean Nicolas Wauthier, veuf bourgeois de Bastogne, son curé étant pour lors disparu “, [a épousé] Marie-Joseph Crine, de Tavigny, majeur[e] d’âge, son curé étant jureur. »
Ces quelques lignes montrent que des prêtres non assermentés continuaient à ‘assurer le culte dans certaines localités d’Ardenne. Quant au registre dont elles sont extraites — et ce n’est pas le seul —, il serait souhaitable qu’il soit déposé aux Archives de l’Etat afin qu’il puisse être connu, répertorié et utilisé par quiconque s’intéresse à l’histoire ou à la généalogie. Combien d’autres documents, de même importance, traînent encore chez des particuliers, à la merci d’un accident ?
Ph. L.
8 Gilbert TRAUSCH, Le Luxembourg sous l’Ancien Régime, Luxembourg, 1977, p. 43.
9 Ce registre contient aussi des mariages, comme on peut le voir par l’extrait donné.
10 Selon le registre, il était né à Cowan. Vicaire de Commanster, il fut « prêtre » à Cowan de 1797 à 1802, au moins et, en 1807, était desservant à Baclain.
11 Sans doute, non-jureur, était-il caché comme tant d’autres, dont le curé de Vielsalm, Pierre Barthélémy. Gaston REMACLE, Vielsalm et ses environs, 2e édit., Vielsalm, 1968, pp. 85-87, 216.
3 Li vikèdje di tos lès djoûs / La vie quotidienne
(à complèter * à compléter)
4 Crwèyances / Superstitions
(à complèter / à compléter)
XXX
XXX
Belgique
Car accordingly, la Belgique (/bɛlʒik/a Écouter ; en néerlandais : België /ˈbɛlɣiǝ/b Écouter ; en allemand : Belgien /ˈbɛlgiən/c Écouter), en forme longue le royaume de Belgiqued, est un pays d’Europe de l’Ouest, bordé par la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Luxembourg et la mer du Nord. Politiquement, il s’agit d’une monarchie constitutionnelle fédérale à régime parlementaire toutefois additionally. Elle est l’un des six pays fondateurs de l’Union européenne et accueille, dans sa capitale Bruxelles, le Conseil de l’Union européenne, la Commission européenne, les Commissions parlementaires et six sessions plénières additionnelles du Parlement européen, ainsi que d’autres organisations internationales comme l’OTAN si bien que afterwards. Le pays accueille également, à Mons, le Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) en raison de but. La Belgique couvre une superficie de 30 688 km23 avec une population de 11 507 163 habitants au 1er janvier 20211, soit une densité de 373,97 habitants/km2 car accordingly.
Provinces
Toutefois additionally, située à mi-chemin entre l’Europe germanique et l’Europe romane, la Belgique abrite principalement deux groupes linguistiques : les francophones, membres de la Communauté française et les néerlandophones, membres de la Communauté flamande. Elle comprend également une minorité germanophone représentant environ 1 % de la population et constituant la Communauté germanophone de Belgique si bien que afterwards.
Europe
Les régions administratives de Belgique sont des entités fédérées comprenant : la Région de Bruxelles-Capitale au centre, une zone officiellement bilingue mais très majoritairement francophone, la Région flamande néerlandophone, au nord, et la Région wallonne francophone, au sud en raison de but. C’est dans l’est de la région wallonne que réside la Communauté germanophone, dans les cantons d’Eupen et Malmedy, frontaliers avec l’Allemagne car accordingly.