Folklôre dins l’ comune dè l’ Vî-Sâm / Folklore dans la commune de Vielsalm

1 Lu chirâde èt grand feû / Le petit feu individuel et le grand feu

(Provèdrou / Provedroux)

in : Roger Pinon, Le folklore musical et poétique de la région salmienne, in : GSHA, 26, 1987, p.37-62

(p.57) La vie cérémonielle

A Provedroux (Vielsalm), selon « Le Jour » de Verviers (01/02/1978), on disait, probablement le jour du mardi-gras (ou du grand feu) :

(p.58) À l’ chirâde – po lès malades ; Â grand feû – po l’s-amoureûs.

Traduction : A la déchirarde (ou petit feu individuel) pour les malades ; / Au grand feu pour les amoureux.

2 Dicâces èt fôres – Tchèssî  l’ vèheû = fé l’ vèheû / Kermesse et foires – “Chasser le putois” = “Faire le putois”

in : Les Amis de Logbiermé, 22 1999

 

Le carrousel Bosmans, dont le père vivait encore à Vielsalm, était présent à chaque fête. Actionné par un cheval placé à l’intérieur, il tournait sans arrêt. Pauvre bête ! (“Pôve bièsse’}. Le carrousel comportait des chevaux, des vaches, des mannes (dès banses). Il y avait notamment quatre vaches sur lesquelles on s’asseyait.

Pour l’arrêter, M. Bosmans montait sur une planche qui faisait freiner et le cheval stoppait. Les enfants n’étaient pas contents lorsqu’il dépendait la planche, cela signifiant la fin du tour. Comme autres attractions, il y avait des tirs de pipes et des tourniquets, les uns à 1 franc, d’autres à 2 francs, suivant la valeur des lots exposés. Le tourniquet consistait en une grande roue, munie de clous tout autour. Le lot figurant en regard de la pointe était attribué au participant qui l’avait actionné. (…)

 

La fête locale donnait l’occasion d’inviter les parents partis hors du village, frères ou sœurs avec leurs enfants.

Dans les jours précédents, MM. Lekeu et Andrianne venaient prendre les commandes pour la viande, rôti ou bouilli, qui était amenée pour le vendredi, car ce jour-là, on mettait les casseroles en terre cuite sur les cendres (so lès cènes) dans le four après la cuisson des tartes. Cette façon de cuire donnait à la viande un goût bien supérieur.

Même de Petit-Thier, on se rendait très nombreux et nombreuses à la Foire de Saint-Jacques. La tante de Rosalie Fourgon y allait faire le café. Chez Pahaut (amon Zabèt’), ils allaient chaque année faire des gaufres (wafes). Ils travaillaient ensemble. Cette foire était très fréquentée, le terrain où elle se déroulait était noir de monde (neûre du monde). Mais avant d’aller à la fête, on conduisait les enfants à la messe pour les protéger de fièvre lente (fîve linte), de la peur, des rêves (lès-èfants qu’ avint pawe ou qu ‘avint des cauchemârs).

La frontière allemande interdisait tout contact avec l’est. Par contre, les gens allaient aussi à la foire de Saint-André à Lierneux, réputée surtout comme foire aux chevaux, mais aussi aux nombreux camelots. La foire de Saint-Martin se déroulait le 11 novembre à Salmchâteau, moins importante, mais son bal était très suivi.

Tchèssî l’ vèheû = fé l’ vèheû, in: Marquet L., Le vèheû, BSLW, (12), 1975/76, p.13-20

 

Le 3e jour de la fête, le mardi (ou le lundi)

à Malmedy, Stavelot, Stoumont, Wanne, Petit-Thier, Vielsalm, Bovigny, Bihain, Cherain, Houffalize, Mabompré, Remagne, Amberloup, Lavacherie, Grandmenil, Ville-du-Bois, Nadrin, etc.

La grande fête à Regné, in : Annonces de l’Ourthe, 03/10/2013

 

Nous l’avions annoncé durant l’été, Monsieur Joseph Gavroye évoque maintenant quelques souvenirs de la grande fête à Regné :

 

« La grande fête avait lieu le premier dimanche d’octobre et elle durait trois jours. Les grands travaux champêtres touchaient à leur fin. Le dimanche, c’était vraiment la guindaille. Le lundi

matin, une messe était destinée aux défunts et rassemblait, dans de larges retrouvailles, toute la parenté. Une visite était ensuite faite au cimetière par respect pour les aïeux. Le mardi, troisième jour de la fête, la journée était plus calme, mais, le soir, c’était à nouveau les réjouissances. Les jeunes villageois se réunissaient pour chasser le vècheû (le putois. Un jeune garçon était affublé d’une queue de cet animal et désigné comme animateur.  J’aurai mon tour ! Accompagné d’une musique de circonstance, on faisait le tour des portes pour réunir des fonds afin de se payer, pèkèt, bière … La plupart des villageois suivaient le mouvement afin de fêter comme il se devait la fin des festivités.

Les jours suivants, tout rentrait dans le bon ordre des choses jusquà l’année suivante …

Actuellement, les mœurs ont bien changé. La kermesse est fixée à la seule date du 15 août … Les temps ont évolué et même la fête foraine n’est plus de mise. »

 

N.D.L.R. Très intéressé pour cette évocation de la chasse au vècheû, j’ai questionné mon correspondant afin d’en savoir davantage : « Du temps de ma jeunesse, pour clôturer les festivités le mardi en fin de journée, les jeunes, filles et garçons, se rassemblaient afin de former un genre de cortège. Un garçon était affublé d’une queue de putois dans le bas du dos, c’était lui le vècheû (putois, ce petit mammifère à la fourrure brunâtre et à la longue queue pour se défendre, dégage une odeur nauséabonde et crie très fort).

C’est en criant que le gars devait animer et conduire la bande. J’ai accepté ce rôle en 1951 !

Tout ce monde regroupé allait, de maison en maison, offrir un verre de pèkèt aux habitants tout en sollicitant une dringuelle pour se payer le précieux liquide. Par la même occasion était lancée l’invitation à se rendre, le soir, à la guinguette. L’alcool aidant, une ambiance joyeuse était ainsi créée. C’était la fin des festivités et le jour où les habitants s’amusaient follement entre eux. Un orchestre musette se déchaînait et c’était la danse populaire jusqu’aux petites heures pour un grand nombre. Dès le lendemain, une vie sérieuse reprenait son cours dans l’attente de l’année suivante où le vècheû devait passer la main. La chose existerait encore de nos jours mais avec une autre façon de procéder, un tracteur tirant un chariot garni de guirlandes sur lequel est perché un accordéoniste, on n’a pas oublié le petit verre de pèkèt … »

Qui évoquera ses souvenirs de la chasse au vècheû ? Qui nous expliquera l’origine de cette tradition ? Qui nous dira où elle perdure ? Merci de partager vos précieux souvenirs.

Léon Marquet, Le vèheû, in : BSLW, 12/1975, p.13-21

 

Le vèheû de Malmedy /et d’ailleurs/

 

Plus modeste et moins prestigieux que la haguète, ce masque ancien — le vèheû — est resté un peu dans l’ombre, et on trouve peu de rensei­gnements à son sujet.

Voici ce qu’en dit le folkloriste malmédien Henri Bragard dans un important article sur le carnaval de Malmedy (« Le Folklore de la Wal­lonie Prussienne », Wallonia, 1899, 7″ année, n° 2, p. 32) :

« Non moins redoutable que la Haguette est un autre masque local, le vèhuû. Ce masque est armé d’une vessie attachée à un fouet. Son cos­tume, généralement de velours, diffère complètement de celui de la Haguette. Le vèheû est coiffé d’un bonnet polonais de même couleur que son cos­tume, son visage est caché par un masque de fil d’archal, sa jaquette est courte et ouverte, laissant voir une chemise blanche et une large ceinture qui soutient une culotte bouffante. Il porte en outre une bandoulière garnie de gros grelots. Le nom et le rôle de ce masque rappellent un ancien usage pratiqué dans nos villages et auquel pourrait se rattacher son origine. C’est un amusement populaire qu’on appelle tchèssî l’ vèheû, chasser le putois. Le jeu a lieu le troisième jour de la fête paroissiale du village. Lm bon drôle, ou s’il ne s en trouve pas, un jeune homme désigné par le sort, remplit la tâche du vèheû (putois). Poursuivi par les jeunes gens (lu djônèsse) du village, qui le chassent en le frappant avec des torches de paille, il se réfugie dans les maisons qu’il trouve ouvertes. Afin qu’il en sorte le plus tôt possible et pour ne pas avoir toute la bande bruyante dans la maison, on lui coupe un bon morceau de gâteau; sinon, ressem­blant: en cela à notre djoupsène, il subtilise et considère comme bonne prise toute victuaille qu’il trouve. Nous sommes tenté de croire que le nom de vèheû donné à notre masque est métaphorique (le traqueur aurait pris le nom du traqué) et que c’est bien au vieil us que nous venons de rap­peler qu’il doit son origine. »

 

(9bis) Léon maRquet, Haguète et hape-tchâr, Le  Pays de saint Remacle, n°  7, 1968.

 

(p.16) La chasse du putois

 

Nous voyons donc que à côté du « putois » carnavalesque, il existe un autre « putois » dallure très différente qui se manifeste à la fête parois­siale. Nous en trouvons une description dans Wallonia (1893, p. 59) à propos de Stavelot :

« Tchèssî l’ vèheû :

II existe dans nos campagnes un très ancien usage qui se pratique encore chaque année pour clôturer la kermesse des hameaux. C’est ce qu’on appelle tchèssî ou fé l’ vèheû, « chasser, faire le putois ».

Le mercredi de la fête paroissiale, la jeunesse choisit un habitant, n’importe qui d’ailleurs, qui veut bien se charger du rôle de porte-faix. On le promène, porteur d’une holte, dans toute la section; le groupe, musique en tête, pénètre de droit dans les habitations et impose à tout chef de famille de déposer dans la hotte, si peu que ce soit de victuailles quelconques : beurre, lard, jambon, farine et surtout des œufs.

La tournée finie, la troupe joyeuse se rend au lieu ordinaire où se réunit lu jeunesse; et là, on prépare avec toutes ces sortes d’aliments une alla podrida pantagruélique, que Ton appelle groumotte, et qui sert à la ripaille. C’est le couronnement de la kermesse, de la « fête » comme on dit ici, et les copieuses rasades qui suivent en sont le couvre-feu. »

Jean Haust, dans son « Enquête sur les noms de la fête du village en Wallonie (Bull, de la Commission de Toponymie et Dialectologie, II, 1928, p. 278), décrit la «chasse au putois» en ces termes : «La ‘chasse au putois ‘ consistait essentiellement en ceci : le mardi de la fête, un homme figurait le vèheû (putois); la jeunesse le promenait chez tous les habi­tants en récoltant des victuailles que l’on consommait en commun. D’après mon enquête, ajoute-t-il, ce simulacre a généralement disparu, mais l’expres­sion ‘ chasser le putois ‘ désigne encore la sortie de la jeunesse qui va, le mardi de la fête, chercher les jeunes filles pour le bal, notamment dans la région de Malmedy, Stavelot, Stoumont, Wamme, Petit-Thier, Vielsalm, Bovigny, Bihain, Cherain, Houffalize, Mabompré, Remagne, Amberloup, Lavacherie, etc. L’usage ancien survit, paraît-il, à Warre (Tohogne) et à Lorcé. »

 

A propos de Bihain, Rodolphe de Warsage, dans son Calendrier Populaire Wallon (Anvers, ]920, p. 106), nous donne des précisions sur l’accoutrement du vèheû et sur sa tournée le lundi de la fête :

«Lu tchèsse â vèheû : A Bihain (Houffalize) et dans nombre d’autres communes luxembourgeoises, on tchèsse li vèheû (10). Lin individu mar­chant courbé, caché tant bien que mal sous un énorme manteau, d’où

 

(10) En réalité, la forme orale est  vècheû de même qu’à Vielsalm.

 

(p.17) émerge par derrière une queue de clikotes (loques), figure le putois. Il est accompagné d’un sonneur de cor avec lequel il se promène, récoltant de l’argent et des denrées à consommer au cabaret. »

Dans un article publié dans les Communes Luxembourgeoises, un témoin de Fraiture précise, à propos de ce même village de Bihain, que l’accoutrement du vècheû consiste en une « façon de manteau sur le dos descendant sur les talons. Par derrière, à ce manteau, est attaché un long boyau soufflé, que notre individu traîne à sa suite en guise de queue (“).

Ce témoignage est daté de 1877.

Dans un ouvrage récent : L’Ardenne au bon vieux temps, Histoire, et Folklore, A. Jacoby, décrivant la chasse du vècheû dans la région de Grandmenil écrit que la queue du vècheû est parfois composée de lycopode (p. 28).

Une description plus détaillée encore, et qui comporte des détails très importants, figure dans un autre article de Wallonia, consacré à la Jeu­nesse, association traditionnelle au Pays de Vielsalm (Wallonia, XVIIe année, n° 9-10, 1909, p. 217).

Parlant de la fête du village, l’auteur, Joseph Hens, écrit : « Le mardi, messe de la Jeunesse; toute la Jeunesse y assiste avec le drapeau. La messe finie, commence la cérémonie burlesque du vèheû. En wallon, vèheû est le nom du putois. Le rôle du vèheû est tenu par un individu plus ou moins taré. Il a le visage noirci et il est affublé d’oripeaux carna­valesques. Il reçoit de deux à cinq francs pour la journée, et tous ses frais de nourriture et boissons sont payés par la caisse commune. Il marche, gambade eu avant du cortège, surveillé par les tchèsse-vèheû ‘ chasse-putois , jeunes gens désignés par le Maître-jeune-homme pour avoir transgressé les lois de la Jeunesse. La Jeunesse suit en chantant et dansant les crâmignons. La bande fait le tour du village, pénètre dans toutes les maisons : le vèheû furète partout, fait des grimaces, des contor­sions, cherche à voler de-ci de-là un morceau de viande ou un morceau de jlon l~ tarte ~1 dont on le bourre d’ailleurs à discrétion. Quand il a mangé et bu tout son saoul, il tâche d’échapper aux tchèsse-vèheû. : il y par­vient souvent, par ruse, et alors ses gardiens sont hèyîs ‘hués’ (12) par tous les enfants, filles et femmes qui assistent à la fête. Dans ce cas, on recommence le jeu avec un autre vèheû, car il faut que se fasse le tour du village. A deux heures de l’après-midi, filles etbgarçons, toujours eu cortège, s’en vont dans les champs danser les rondes danses. »

Dans une lettre, M. Gaston Remacle nous donne les détails suivants sur la chasse du vècheû à Ville-du-Bois (Vielsalm) : « A ma connaissance, la chasse du Vècheû est une coutume qui a cessé, dans cette région, à

 

(11) TanDEL, op. cit., tome IV, 1891, p.  158.

(12) Il y a là un contresens. Nous verrons plus loin le sens véritable de ce mot.

 

(p.18) l’après-guerre de 1914, comme d’autres usages d’ailleurs. Déjà durant cette guerre, et à cause des circonstances du moment, il n en était pas question.

Gamin, j’ai vécu cette période. Ici, à Ville-du-Bois, on a encore tchèssî en 1919 et 1920, pour la dernière fois, dans l’euphorie de l’après-guerre. Cela consistait, le mardi de la fête locale qui commençait le. deuxième dimanche de juillet, à passer en farandole, jeunes hommes et jeunes filles, dans les diverses maisons, et y recueillir des portions de tartes. En tête, un pauvre homme habillé de vieux vêtements et qu’on malmenait plus ou moins; pour cette exhibition, on lui donnait une rétribution convenue à l’avance.

En 1919, le vècheû ainsi promené était Hubert X., surnommé Hubert, dès meuzikes ‘ Hubert des musiques ‘, parce que joueur d’accordéon et plus ou moins mendiant à l’aide de cet instrument. En 1920, un autre, Louis Y., avec lequel on avait convenu dune rétribution de 20 francs avant de commencer, puis encore de 20 francs, l’affaire terminée. Mais il s’enfuit avant la fin, n’emportant que 20 francs, mais aussi une bonne charge de portions de tartes. Les tartes récoltées étaient destinées à être consommées en fin d après-midi par les jeunes gens, en un goûter d’im­portance. En 1920, il eut lieu sur la place publique où l’on avait disposé des tables.

Puis la coutume n’a plus été reprise ici, et, à ma connaissance, elle est tombée également dans le même temps, dans les localités voisines. »

Nous voyons que, d’après ces témoignages, la « chasse du putois » se pratiquait le mardi (ou le hindi) suivant la fêle paroissiale.

Dans son livre Trois Essais sur la Fête (Editions Universitaires, Bru­xelles, 1974), Marianne Mesnil a choisi la «chasse au putois» comme sujet d’analyse structurelle. En suivant le schéma d’analyse de Propp, elle a tenté d’en dégager un système de signification par l’analyse de sa struc­ture sémiotique.

Voici la description qu’elle donne, en se basant, à ce qu’il semble, sur des faits relevés dans la région de Bastogne, sans autre précision, malheureusement :

« Un homme capturé, puis déguisé en ‘ putois ‘, et généralement enchaîné à un ‘ meneur ‘ prend la tête des jeunes du village et effectue le tour des maisons.

A chaque arrêt de la bande, le putois ‘ vole ‘ diverses nourritures. Il entraîne avec lu bande, les filles de la maison où il pénètre, de sorte qu’à la fin de la tournée, la Jeunesse du village se trouve réunie. Le produit de la quête est alors partagé entre les participants (la bande). La fête se termine par la consommation en commun du produit de cette quête et par un bal. » (Op. cit., p. 51.)

Plus loin, dans l’analyse des éléments fournis par le récit, on précise que le « putois » est un homme masqué, que sou costume est sale, dégue­nillé, loqueteux. Il comporte des éléments qui rappellent l’animal (queue de putois) ; l’homme est enchaîné, tenu en laisse, au moyen d’une corde.

 

(p.19) Ces traits évoquent, selon l’auteur, l’image d’un personnage mar­ginal, non social, relevant de l’ordre naturel. Animal sauvage, il devient voleur pour le compte de l’ordre social (il vole pour la bande, il vole les filles) et le jeu « consiste en la récupération (par simulacre) de la valeur positive du putois (ordre naturel) au profit de l’ordre social» (p. 55).

L’auteur nous apprend encore qu’à Nadrin, le rôle du putois est tenu par un facteur et que le port du masque est généralisé à toute la bande qui effectue des déplacements à travers le village, mais qu’il n’y a plus de chasseur ni de chassé (p. 57).

Enfin à Rencheux, seule la dénomination de la fête rappelle le lien existant avec la « chasse au putois », car le jeu n’a plus que la valeur de rassemblement de la Jeunesse pour le bal de clôture de la fête patronale (p. 58).

Nous ne nous attarderons pas sur l’analyse du jeu, car, pour nous, ainsi que nous allons le démontrer, la « chasse au putois » n’est pas un scénario de fête, mais un rite magique dont la signification s’est perdue quand il a été englobé dans les réjouissances de la fête paroissiale.

 

Car, si les documents cités jusqu’à présent situent « la chasse au putois» à la fête paroissiale (mardi ou parfois lundi après la fête), Un des témoignages les plus anciens, celui d’Albin Body en 1883, en fixe la date à la veille de Noël (Vocabulaire des Agriculteurs, Liège, 1883, p. 200) :

« Véheu, vècheu désigne la fouine [sic], le putois, en Ardenne. Fé l’ vèheu, coutume des Ardennes par laquelle les jeunes gens du hameau vont la veille de Noël, la hotte au dos, quémander, de maison en maison, des victuailles, du lard, du beurre et principalement des œufs et d’où leur est venu le nom par lequel on les désigne. La collecte faite, ils se rassem­blent dans une ferme où ils se régalent ainsi aux dépens de la généralité. »

D’autre part, dans Wallonia (t. VII, 1899, p. 37), le même auteur, à propos des quêtes de l’Epiphanie à Spa, dit qu’au bord de l’Amblève, à Stoumont, Desnié et Becco, on appelait cette coutume fé lvèheû ‘ faire le putois ou la fouine ‘, parce que la majeure partie des dons qu’ils recevaient consistant en œufs, ils ressemblaient à cet animal qui hume volon­tiers les œufs.

Puisque nous venons de parler de Spa, disons que, d’après le témoi­gnage de M. Henrard, originaire de cette ville, son grand-père employait l’expression : bate li vèheû.

Mais voici maintenant un témoignage plus important encore, celui de Mme Tlnsse-Derouette, dans la revue Ardenne et Famenne ((f année, n° 21, 1963).

Elle nous apprend qu’en Ardenne, à Grandmenil, non loin de Manhay, jusqu’il y a une soixantaine d’années d’ici, la « chasse du putois » se pratiquait à l’Epiphanie. Cette chasse s’accompagnait d’un repas, où l’on mangeait la groumote, pâte faite, de farine mouillée d’eau et cuite au lard, sans levain ni levure.

(p.20) La groumote, dont il a déjà été question à Stavelot, était également connue ailleurs en Ardenne, et notamment à Ster-Francorchamps, non loin de Stavelot, où elle était confectionnée et mangée au carnaval.

Dans un intéressant article de Wallonia (9e année, 1901), C. Nicolet nous décrit comment les enfants, les vêtements ornés de fleurs de papier, parcourent le village dès l’aube du lundi de carnaval.

Les maisses [lire : mêsses, maîtres | du l’ groumote sont munis d’un panier réservé au lard, et d’une bourse pour les « censés » (la menue mon­naie) . Autrefois, un troisième garçon portait un sac pour recevoir la farine, en général de la farine d’avoine. Ils chantaient une chanson de quête en wallon, disant notamment :

« Nous sommes venus quêter, tout comme l’an passé.

Avez-vous quelque chose à nous donner?

Nous sommes une grande bande, tous beaux et jolis garçons,

Nous entrons sans rien craindre, dans toutes les maisons.

Nous aurons quelque chose ici. car c’est une bonne maison.

Pour faire le carnaval, nous ferons tinter le chaudron.

Je vous souhaite le Bonjour, madame.

Donnez-nous un morceau de lard,  des sous ou de la farine,

Tout nous est bon. »

 

C’est également au carnaval, mais cette fois le mardi, qu’on allait tchèssî l’ vèheû. Chaque famille, ayant une ou plusieurs filles, recevait la visite des

jeunes gens qui formaient le cortège avec drapeau et musique. Les musiciens s’installaient dans un coin, et l’on dansait la maclote. Mais, pendant ce temps, le vèheû, était en chasse. Deux ou trois farceurs allaient sournoisement rôder par les granges et les hangars, à la recherche des nids de poules dont ils emportaient les œufs, allant même jusqu’à dérober du lard ou du jambon. « C’est le jour qui le permet », disait-on. S’ils n’avaient rien trouvé, ils allaient demander quelque chose po l’ vèheû, au maître du lieu. La récolte entrait dans une omelette au lard monstre qui régalait toute la bande.

Nous voyons donc qu’à Ster, comme à Malmedy, mais sous une autre forme, c’est au carnaval qu’apparaît « le putois ». Aujourd’hui, à Ster, on chasse encore le vèheû au carnaval; mais l’expression désigne simplement la tournée des jeunes gens qui vont inviter les filles, et il n’y a plus de personnage représentant le putois. Il semble d’ailleurs qu’il en était déjà de même vers 1900.

3 Lu Sabat dès macrales do Vâ d’ Sâm / Le sabbat des sorcières du Val de Salm

(one macrale do Vâ d’ Sâm)

Vielsalm / Le sabbat des « macrales » et la fête des myrtilles (« tchatchas »)

 

1 COORDONNEES D’IDENTIFICATION

Le sabbat des “Macralles du val de Salm” a lieu le 20 juillet.

La fête des myrtilles, spécialité régionale, a lieu le 21 juillet.

 

2 DESCRIPTION ACTUELLE DES MANIFESTATIONS

Le samedi soir, traditionnellement, les fêtes débutent à l’Hôtel de Ville, les macrales recevant des autorités la clé de la ville pour 24 heures. On prend ensuite le chemin de “Tienne-Messe”, une hauteur où le cortège accède par des chemins étroits et abrupts. Dans l’obscu­rité du bois, on aperçoit les feux des torches des macrales arrivant de partout pour célébrer le Sabbat. Au milieu de la clairière, éclairée par des feux de bengale, un grand chaudron dans lequel mettent les produits, avec lesquels on préparera les philtres. Les candidats, géné­ralement des “personnalités”,bsont alors soumis à une épreuve. Ils doivent raconter ce qu’ils ont fait depuis un an, dans l’esprit de la sorcellerie, bien entendu, les pièges qu’ils ont tendus, leurs rapports avec le malin, les sortilèges qu’ils ont’ lancés, etc.  Les nouveaux barons de frambâjes (myrtilles) sont alors intronisés. Après avoir absorbé une cuillerée de tchatcha, délicieuse crème de myrtilles, et prononcé la phrase fatidique “Saute, miraute, oûte hâye èt bouchons“, en chevauchant le fameux ramon, ces èmacralés po todi, reçoivent l’insigne de leur distinction: un cordon noir auquel est attachée une petite céramique en forme de blason qui porte en relief une figure grimaçante et une sorcière teintée en noir chevau­chant son balai. Le tout se termine par des chants et une sarabande effrénée des macrales autour du chaudron.

Le dimanche après-midi, c’est le cortège avec la participation de nom­breux groupes régionaux et étrangers. Les macrales ferment ]e cortège s’avançant dans un nuage de poudre d’or dont elles “vaporisent” le public, tandis que voltigent les balais semant le désarroi dans les rangs de spectateurs… De place en place, elles lancent leurs sorti­lèges: rats et souris… en gomme comestible.

La fête se termine par la remise de la clé au bourgmestre.

 

 

3 DIMENSION HISTORIQUE DE LA MANIFESTATION

 

Avec les nûtons, race de nains possédant des pouvoirs surhumains et habitant dans les grottes et souterrains, les macrales, les sorcières jeteuses de sorts, ont jadis peuplé nos Ardennes et particulièrement l’imagination de ses habitants.

 

De nombreux villages ont longtemps eu la réputation d’être des repaires de sorciers ou sorcières, ce qui valut aux habitants de Barvaux, de Wirsin, de Ny d’être surnommes macrê ou macrale. De nombreux lieux dits d’Ardenne rappellent l’existence d’esprits maléfiques (le trou des macrâles, etc.) quant aux légendes, elles en sont peuplées. Mais ont-elles vraiment disparu des pénombres de “l’Ardenne mystérieuse”, ces étranges femmes qu’une paskéye du début du 19ème siècle décrivait ainsi:

Cès vilin.nès bièsses

Pwartint so leû tièsse

Dès grands vîs tchapês

Avou bavolèts.

Pus d’ cinquante macrales

Fisint carnaval.

Èles djoupelint tortotes

Tot dansant l’ maclote. ) bis

Èlle avint des tch’vès

Come des pwèls di tchèts

Èt-z-avint dès dints

Come des brokes di tchin,

Dès crèlês so l’ front,

Dè l’ bâbe â minton,

Dès-ouys come on tchèt

Dès ongues à navèts.

 

 

4 LE GROUPE DES MACRALES DU VAL DE SALM

 

Ce groupe fut créé en 1956, dans le but d’évoquer la légende de la cueilleuse de myrtilles Gustine Maka, une célèbre sorcière de la région, mais surtout dans le but de promouvoir la fête des myrtilles et le folklore local. Le groupe se compose de 50 membres (jeunes gens et jeunes filles). Il est organisé en ordre de chevalerie. Le nouvel arrivant subit un stage de feu-follet, à ce moment il porte un fichu blanc, avant de devenir macrale définitivement. S’il fait partie du Grand Conseil, il deviendra successivement baron, comte, vicomte, duc, grand-duc. Le groupe participe uniquement à des cortèges de rue. Il ne compte aucun musicien et ne participe à aucune danse. La macrale est entièrement habillée de noir (fichu, robe, bas, sandales). Des mèches de cheveux sales entourent un masque grimaçant. Un loyin d’ vê (une corde à veaux) lui sert de ceinture. La macrale non encore in­tronisée, la loumerote ou feu-follet, porte le fichu blanc. Le grou­pe a participé au festival international de folklore à Leucade (Grèce, 1966); aux fêtes de Wallonie, à divers déplacements en France et en Allemagne et a remis en 1903 un costume à Manneken-Pis.

 

5 SIGNIFICATION

 

Le sabbat des macrales constitue peut-être une des manifestations les plus authentiques du folklore ardennais. Le rite de la remise de la clé, symbole de l’appartenance provisoire de la ville aux macrales, n’est pas propre à Vielsalm. On rencontre la même tradition à Malmédy, notamment durant la période de carnaval.                                                     

Le sabbat annuel, où jadis les sorcières se rassemblaient pour présenter le bilan de leurs maléfices au Grand-Maître, s’est aujourd’hui transmué en une réjouissance comique. Par souci d’authenticité, on a inventorié tout ce qui dans la région rappelle la sorcellerie: chants, dictons, reconstitution du sabbat, serments d’admission, etc. Par 1’intermédiaire d’objets (balai, chaudrons, os, etc..) ou par le fait de jeter des sortilèges, on entend marquer ses attaches avec le passé. Mais en même temps, il ne s’agit pas de faire revivre l’événement, mais de traduire la création de la fantaisie populaire actuelle. De là, probablement, vient le succès de cette manifestation.

 

Lès Macrales du l' Vî-Sâm

(AL, 24/04/2012)

(s.r.)

Vielsalm aux mains des ‘macrales”, LB 23/07/1962

 “Qui l’ diâle lès-arèdje!”* à l’adresse des personnalités à ‘èmacraler’ (enosrceler). (* Que le diable les fasse enrager!)

4 Do timps do batème / Lors du baptême

in : La Vie wallonne, 1932, 3, p.87

 

«  … si les parrain et marraine ne jetaient ou s’ ils ne se montraient pas assez généreux, les marmots leur lançaient l’invective :

(Vîsâm) Lès pèlis cous ! (litt. les culs pelés)

(Houfalîje / Goûvi) Plate boûse ! (bourse plate)

(Oisy) Pârin grèlé, mârène saléye ! (parrain avate, marraine salée)

 

(NDLR) (Bambois) Potche trawéye ! (poche trouée)

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