Langue walone / Langue wallonne - grammaire contrastive français - wallon : la syntaxe (334 différences)

4 SYNTAXE

 

4.0 Introduction

 

La syntaxe du wallon se différencie de celle des langues germaniques de façon nette. Ainsi, le wallon ne fait pas d’ inversion avec un nom sujet comme le néerlandais et l’ allemand .

  1. (NL) Komt Jan vandaag ? (D) Kommt Jan heute ?

     (W)   Est-ce qui Djan vint odjoûrdu ?

 

 Il ne pratique même pas l’ inversion secondaire aussi facilement que le français. 

  1. (F) Le fermier vient-il ?

     (W) Est-ce qui l’ cinsî vint ?

 

Le wallon ne connaît pas le rejet de l’ infinitif ou de toutes les formes verbales dans la subordonnée.

  1. (NL) Ik zal morgen niet komen.

      (D)  Ich werde morgen nicht kommen.

     (W)  Dji n’ vêrè nin d’mwin .

 

Les seuls rejets qu’ il connaît sont des rejets de participes passés ou d’ infinitifs .

Dji n’ a rin vèyu.

Dji n’ a pêrson.ne rèscontré.

Po ça fé, (i) faut qu’ vosse fré fuche d’ acôrd.

Ces rejets sont d’ailleurs peu fréquents.

 

N’ayant pas de particules séparab1es ( différence morphologique ), il ne fait bien sûr pas de rejet de ces particules.

 

Il n’est besoin que de relever les différences syntaxiques entre le wallon et le français.[1] Malgré une opinion répandue et entretenue, ces différences existent. La liste présentée ci-dessous n’est pas exhaustive, mais elle est importante et certaines différences sont très grandes.

Le plus souvent possible, des références d’auteur sont reprises pour les règles ci-dessous. Cette étude sera donc complétée ultérieurement.

Chaque lecteur est invité à la compléter par des recherches personnelles et notre reconnaissance lui est acquise s’il veut se donner la peine de nous communiquer ses trouvailles pour le plus grand bien de notre langue.

L’ orthographe appliquée est l’orthographe créée par Jules Feller en 1900 qui est l’orthographe adoptée et appliquée par tous les littérateurs wallons de notre temps.

 

Pour ce qui est des différences syntaxiques entre le wallon et le français, cette étude démontre qu’ il en existe au moins 334.

 

[1] L’ assertion selon laquelle le wallon aurait la même syntaxe que le français populaire est complètement fausse.  Avons-nous en wallon des tournures comme:

 

Où tu vas?

Ewou-ce qui t’vas?

Où qu’ tu vas?

Ewou-ce qui v’s-alez ?

Comment tu vas?

Comint-ce qui t’ vas ?

J’ pense pas.

Dji n’ pinse nin. ou Pinse nin.

Où t’en vas-tu?

Ewou-ce qui t’ è vas?

J’ crois pas.

Dji n’ crwès nin. ou Crwès nin.

Pourquoi tu t’en vas?

Duvint è vas se?

Quand c’est qu’il faut venir?

Quand-ce qu’ i faut v’nu ?

J’ sais pas.

Dji n’ sé nin. ou Sé nin.

Pourquoi on serait méchantes?         

Poqwè-ce qu’on sèreûve mètchantes ?

 

 

4.1 Article

 

4.1.1 L’article défini

 

Différence 1

Le wallon emploie l’article défini dans des cas où le français ne l’ emploie pas.

  1. : (W) (F)

on molin au ( = à li) cafeu [1]*

un moulin à café

sèrer à l’ clé

fermer à clé / clef

tos lès deûs

tous ( les ) deux

è l’ infêr

en enfer

di l’ èsté = è l’ èsté

en été

lès payis d’ l’ Eûrope

les pays d’Europe

on fiêr aus galètes

un fer à galettes

s’ î conèche ((EW) kinohe) dins lès langues

s’y connaître en langues

trover l’ moyin dè l’ sawè ((EW) saveûr)

trouver moyen de le savoir

dimèrer è l’reuwe ((EW) rowe) Piconète

habiter rue Piconette

di l’iviêr = è l’ iviêr

en hiver

C’èst l’ vraî.

C’est vrai.

po dîre li vraî

à dire vrai

 

Ainsi :

(CW) « C’èst l’ vraî qu’ lès bièrdjîs èstin.n su place, zèls. » (Lès Rwès, VA 11/1/99)

(F) Il est vrai que les bergers étaient sur place, eux.

« On dîmègne après l’din.ner » (Emile Gillain, Au culot do feu, p.9)

Un dimanche après-midi.

« D’ l’ ëviêr ou quand on d’meûre à s’ maujone, on cut … »  (Gaziaux,1987,207)

En hiver ou quand on reste chez soi, on cuit…

(EW) « Li tchôd vint d’ Ârdène, è l’ osté, sint co l’ gôme di sapin. » (Seret René, Lès grands vints, CW 2/88, p.20-32)

Le vent chaud d’Ardenne, en été, a encore l’odeur de résine.

« Po bin dîre li vrêye, dji halkina ‘ne hapêye. » (Grafé, 1987, 26-27)

A vrai dire, j’hésitai quelque peu.

(OW) « Li walon s’ pièd. (…) Est-ce bin l’ vré ? » (Petrez,1962,85)

Le wallon se perd. Est-ce bien vrai ?

« Mon Dieu, c’ èst l’ vré! D’ n’ î sondjoûs pus! » (Quinet,1999,10-12)

Mon Dieu, c’est vrai ! Je n’y songeais plus !

(SW) « Pou dîre lu vraî ç’ qu’ il èst, i gn-è qu’ dins lès prîjes du courant qu’ i faut s’ dumèfier d’ èsse djondu pa Marîye à l’ Trique. » (Louline Vôye, Marîye à l’ Trique, AL)

A vrai dire, il faut craindre d’être touché par Marîye à l’ Trique au contact d’une prise de courant.

 

Différence 2

Le wallon n’ emploie pas l’article défini dans des cas où le français l’ emploie.

  1. : (W) (F)

ièsse binv’nu = ièsse wilikom’

être le bienvenu

à campagne

à la campagne

aler à mèsse

aller à la messe

dîre mèsse

dire la messe

rivenu d’mèsse

revenir de la messe

sièrvu ( (EW) sièrvi, chèrvi) mèsse

servir la messe

toûrner à plouve ((EW) plêve)

tourner à la pluie

fé prandjêre ((EW) prandjîre)

faire la sieste

à spales

sur les épaules

mwin.ner l’ vatche à twa ((EW) torê)

mener la vache au taureau

aler à vèpes

aller aux (= à les ) vêpres

fé vèpes

dire les vêpres

sièrvu ((EW) sièrvi, chèrvi) vèpes

servir les vêpres

 

  1. :

(CW) « Li cinsî faît prandjêre. » (E. Gillain, Au culot do feu, p.97)

(F) Le fermier fait la sieste.

« On-z-avèt djusse li timp divant scole d’ intrer è s’ botike … » (Gillain,1932,14)

On avait juste le temps avant l’école d’entrer dans son magasin.

(SW) « Èl samedi, après mèsse, dji m’ê dispétchè d’ alè rimpli ma botèye di bènite êwe … » (Culot C., Les Paukes du Zîré, AL)

Le samedi, après la messe, je me suis dépêché d’aller remplir ma bouteille d’eau bénite.

 

« Dju va l’ atèrè à bone parfondeûr. »

(Mouzon Raymond,8,1985)

Je vais l’enterrer à une bonne profondeur.

 

Devant un nom de cours d’eau:

  1. :

(CW) « Si vos passoz l’ grand pont d’ pîre qu’ ascauche Lèsse èt qu’ a stî r’faît à noû … »    

(Houziaux, 1964, 13)

(F) Si vous franchissez le grand pont en pierre qui enjambe la Lesse et qui été remis à neuf… 

(EW) « Moûse coûrt todi come d’ avance, … ». (Maquet,1987,170)

(F) La Meuse coule toujours comme autrefois…

(OW) « (Et,) spitant, i r’tchét su Sambe, à scapouyète. » (Gianolla François, Nwêr payis, p.91, in: W+ L)

(Et) remuant, il retombe sur la Sambre, à la gribouillette.

« Li tram aveut passè Sambe … » (Fauconnier,1993,77)

Le tram avait passé la Sambre…

 

Devant un superlatif épithète, il n’y a pas de déterminatif.  Seul celui du substantif est gardé:

ex.: (F) le jour le plus long  (W) li pus long djoû

Il n’y a pas de confusion possible comme en français.

ex.: (F) C’est son fils le plus intelligent.

      (W) 1 C’est l’ pus malin d’ sès fis. (comparé à ses frères)

             2 C’èst s’ fi qu’èst l’ pus malin. (comparé à d’autres que ses frères)

 

Devant « onk » jumelé à « l’ ôte » : (cf Synt. 4.4.2)

onk ou l’ ôte

l’ un ou l’autre

onk èt l’ ôte

l’ un et l’autre

onk dins l’ ôte

l’ un dans l’autre

onk à l’ ôte

l’ un à l’ autre

onk avou l’ ôte

l’ un avec l’autre

onk sins l’ ôte

l’ un sans l’autre

 

  1. :

(CW) « Djë n’ sé ni së lès djins d’ Glëmes n’ èstin’ ni djalous onk së l’ ôte, là. »

(Gaziaux,300,1987)

(F) Je ne sais si les gens de Glimes n’étaient pas jaloux les uns des autres .

(EW) « Et vo-me-là tot seû, ca m’ fame è-st-èvôye taper one copène avou one vwèzène ou l’ aute. »  (Wisimus,1957,151)

Et me voilà seul, car ma femme est partie bavarder avec l’une ou l’autre voisine.

« Lu grand-mére Villé nos lès-acsègne onk après l’ ôte. » (id., p.152)

La grand-mère Villé nous les enseigne l’un après l’autre.

« Quond n’s-årons bèrwèté di ç’ costé-là dè timp – onk ou pô pus tårdou, l’ ôte on pô pus matin – (…) » (Georges Victor, Quond påtes èt rècinèyes, …, p.89, in: W+ L)

Quand nous aurons traîné de ce côté-là du temps, – l’un un peu plus en retard, l’autre un peu plus matinal – (…)

(SW) « Comptez todi, sûr, treûs quate vês èt onk ou l’ ôte pourcê. » (Bily Joseph, Knocki

 èt l’ fème en nwâr, AL)

Comptez toujours, sûrement, trois à quatre veaux et l’un ou l’autre porc.

 

Différence 3

Dans une énumération, le wallon répète obligatoirement l’article défini.

  1. : (W) Lès frés èt lès soûs (F) Les frères et soeurs

 

Différence 4

Le wallon emploie parfois un singulier alors que le français emploie un pluriel.

  1. :

(F) Les lundis, mercredis et vendredis de chaque semaine. (Le Bidois,T1,1971,50)

(W) Li londi, l’mércrèdi èt l’vinrdi d’ chake samwin.ne.

 

Différence 5

Le wallon ne donne pas à l’article défini une valeur exclamative. Il emploie l’adjectif exclamatif « Qué ! », « Quéne ! », « Qué ! », « Quénès ! » 

  1. : (F) (W)

La belle statue !

Qué bèle sitatûwe ! = Quéne … !

Le beau jardin !

Qué bia djârdin !

Les gentils enfants !

Qués binamés-èfants !

 

Parfois, il n’emploie rien du tout.

ex. : Le pauvre homme

Pôvre ome !

 

Différence 6

Un nom accompagné de « min.me » ne peut être précédé que de l’article défini, alors que le français peut le faire précéder de l’article indéfini, de l’adjectif démonstratif et même de l’adjectif possessif (cf Le Bidois) ou de rien.

ex.:

(F) « De la nature entière, … émane cette même tendre mélancolie… » (Chateaubriand, M. des Lourd., 31)

(W) Li min.me doûce minéye rét d’ tote li nature.

« L’on reçut même réponse de l’archevêque. » (Michelet, Histoire de France, X, III)

On-z-a ieû l’ min.me rèsponse di l’ârchèvèke.

 

Différence 7

La construction française « plein les poches » a des analogues en wallon.

  1. :

(W) Il a dès cents plin.nes sès tahes.                 

(F) Il a de l’argent plein les poches.

Dj’ a dès pouces plin.nes mès tchâsses.         

Mes chausses sont pleines de puces.

Gn-a dès frambâhes tot couvri l’ hoûrlê.        

Le talus est recouvert de myrtilles.                                                                  

Gn-aveût dès poumes tot tchèrdji lès mèlées.

Les pommiers étaient chargés de  pommes.

 

On remarquera que dans nos deux premiers exemples, « plin » s’accorde avec le substantif. (Remacle,1937,66)

 

[1] Le wallon fait une différence entre « on molin au cafeu », « on molin au pwève », « on molin à l’ôle », c.-à-d. pour moudre le café ou le poivre, pour extraire de l’huile, et « on molin à eûwe », « on molin à vint »”, c.-à-d. mû par l’eau ou le vent.

Le français ne fait pas cette distinction.

 

4.1.2 L’ article indéfini

 

Différence 8

Le wallon emploie l’article indéfini dans certains cas où le  français ne l’emploie pas.

  1. : (W) (F) 

fé on cèke autoû

faire cercle autour

fé one ècsèpsion

faire exception

Dji so-st-on walon.

Je suis wallon.

fé on cèke autoû

faire cercle autour

Mauy one feume n’a vèyu si voltî.

Jamais femme n’a tant aimé.

fé one fin à one saqwè avou one intencion

mettre fin à qqch avec intention

dins one tchambe

en chambre : « Il travaille en chambre. » (Le Bidois, T1, 1971, 43)

 

Différence 9

Après la préposition « di », on garde l’article indéfini devant « cias/cènes, ôtes »:

  1. :

(W) I provint d’ dès cias què l’s-avin.n.  

(F) Il provient de gens riches.

I causeûve co di d’s-ôtes côps.               

Il parlait encore d’autres fois.

 

Différence 10

Le français emploie l’article défini alors que le wallon utilise l’article indéfini.

  1. : (W) (F)

awè dès blancs d’ tch’vias

avoir les cheveux blancs

awè one coûte mémwêre

avoir la mémoire courte

Po waurder one boune vûwe, il faut lîre li mwins’ possibe à l’ loupe.

pour garder la vue bonne

 

Différence 11

Le wallon n’ emploie pas l’ article indéfini, alors que le français l’ emploie.

  1. : (W) (F)

tinu botike

tenir un magasin

tinu cabarèt

tenir un café

fé prandjêre

faire une sieste

fé toubak

faire une pause

 

  1. :

(W) « Li p’tit mârchau t’neut aubêrje su l’grand-route. » (Houziaux, 1964, 63)

(F)  Le petit forgeron tenait une auberge sur la grand-route.

 

Différence 12

Devant un nom abstrait et précédé de la préposition « de », l’article indéfini que le français emploie est rendu en wallon par un adverbe suivi d’un adjectif.

  1. :

(F) « Il faut avouer que tu es d’ une innocence ! » (Goncourt, R. Mauperin VII)

(W) I faut r’conèche qui v’s-èstoz on rude înocint!

« Je me sens d’une faiblesse ! » (Bataille, Phalène, 1, 10)

Dji m’ sin fwèbe au-d’là !

 

Différence 13

L’article indéfini « dès » en wallon se traduit par « de » en français.

  1. : (W) (F)

è fé dès bèles

en faire de belles

Il è faut prinde dès-ôtes.

Il faut en prendre d’autres.

Gn-a d’s-ôtes qui mi.

Il y en a d’autres que moi.

C’èst d’trop po dès djon.nes come zèls.

C’est trop pour des jeunes comme eux.

Dj’a ratindu tant dès djoûs.

J’ai attendu tant de jours.

Djè lî a tant dit dès côps.

Je le lui ai dit tant de fois.

 

  1. :

(OW) « Après, i d-a d’s-ôtes què li qu’ ont fét bouli l’ marmite (…). » (Quinet Christian, p.15, in : MA, 1, 2002, p.15-16

(F) Ensuite, d’autres que lui ont fait bouillir la marmite.

4.1.3 Article partitif

 

Différence 14

L’ article partitif s’ emploie avec un substantif précédé d’un adjectif  alors que le français ne met que la préposition « de ».

Ainsi, en est-wallon, à La Gleize, on ne dit pas seulement « magni do pan », mais aussi « magni do bon pan » (manger de bon pain). (EW) (Remacle,1937,43) 

  1. :

(W) Il è faut prinde dès-ôtes          

Gn-a d’s-ôtes qui mi.              

(F) Il faut en prendre d’autres.

Il y en a d’autres que moi.

 

Différence 15

L’ article partitif s’ emploie dans une proposition négative alors que le français ne met que la préposition « de ».

  1. : « i n’ magne nin du l’ tchâr » (il ne mange pas de viande), « i n’ a nin dès cents » (il n’a pas d’argent); « i n’a pus dès cents », « i n’a wêre dès cents » ou « wê d’ cents ». (EW) (Remacle,1937,43)

 

Différence 16

L’ article partitif s’ emploie après un adverbe de quantité tel que « on pô », « bran.mint », « tant » et « télemint »,  alors que le français ne met que la préposition « de ».

  1. : « lèyoz-me on pô do tins » (laissez-moi un peu de temps), « il ont bêcôp do foûre » (ils ont beaucoup de foin). (EW) (Remacle,1937,43)

 

(W)                                                                   (F)

bran.mint do (= di li) brût

beaucoup de bruit

bran.mint do vint èt wêre di plouve

beaucoup de vent et peu de pluie

bran.mint dè l’ gueûye

beaucoup de gueule

bran.mint dès djins = bran.mint dè l’ djin (pris comme nom de matière )

beaucoup de gens

Il a télemint ieû dès danses.

Il a tellement eu de …

Ca lzeû a tant arivé dès côps.

Cela leur est arrivé tant de fois.

Dj’a ratindu tant dès djoûs.

J’ai attendu tant de jours.

 

  1. :

(CW) « (…) vos-èstîz là tant dès coûps /

Come one crèvaude qui l’ vint rèfeuwe. » (Guillaume,2001,15)

(F) Vous étiez là tant de fois/ Comme une crevasse (due au froid) auquel le vent provoque de nouveau une inflammation.

« Bran.mint dès côps, dj’ a bachî l’ tièsse / Dëvant l’ maleûr. » (Flabat Jules, Lès crayas sont tamejîs, p.83, in: W+ L)                             

De nombreuses fois, j’ai baissé la tête / Devant le malheur.

« Bran.mint dès djoûs d’ nwâre bîje … » (Gabrielle Bernard, Do vèt’, do nwâr, p. 6)

Beaucoup de jours avec le vent du nord-est…

« Quénze fiérès cavales, bran.mint dès

bayes: (… ) » (Bousman Valère, Lès cavales, p.32, in: Gaziaux, 1998)

Quinze juments fières, beaucoup de barres de séparation …

(EW) « Dji n’ a måy vèyou tant dès pomes di m’ vèye. » (Vandamme,1987,13)

Je n’ai jamais vu autant de pommes dans ma vie.

(OW) « (…) bran.mint dès places pou nos catchî s’ on davèt dandjî. » (Evrard,1998,8-10)

Beaucoup d’endroits pour nous cacher si on en avait besoin.

« Pou r’trouver l’ boune sorcière, i n’ faut pus tant dès pin.nes. » (Renard,1890,77)

Pour retrouver la bonne sorcière, il ne faut plus tant de peines.

(SW) « Èle n’ av’ jamês vèyou tant dès djins â momint qu’ èle passéve. » (Dedoyard,1993,12)

Elle n’avait jamais vu tant de gens au moment où elle passait.

« Djè m’sovin què dj’ astins brâmint adon, dins la grande vile … Brâmint dès-èfants, come tos lès-èfants. » (Leroy Willy, Sovenances d’au lon, sovenances d’ après, AL 25/11/99)

Je me souviens que nous étions beaucoup alors, dans la grande ville… Beaucoup d‘enfants, comme tous les enfants.

 « Lès grands avint bran.mint dès-afêres: dès plumes, dès crèyons, (…). » (Schmitz Arthur, Sovenance di gamin, AL 1999)

Les grands avaient beaucoup de choses : des plumes, des crayons, …

« Lès-oradjes deu la seumwin.ne passée ant fwét brâmint dès domadjes. » (Twisselman,1994,57)

Les orages de la semaine dernière ont fait beaucoup de dégâts.

« Mês brâmint dès-oûtes crwayant bin qu’ ç’ astét l’ min.me mendiant què sint Mârtin lî avét d’né la mîtan dè s’ manté. » (Poncelet J.-M., Lès Blancs Cayoûs, AL)

Mais beaucoup d’autres croient bien que c’était le même mendiant auquel saint Martin avait donné la moitié de son manteau.

 

Différence 17

L’ article partitif s’ emploie dans d’autres cas où le français ne met pas d’article partitif.

  1. : (W) blanc come dè l’ nîve (F) blanc comme neige

 

Différence 18

L’ article partitif s’ emploie dans d’autres cas où le français met un article défini.

  1. : (W) awè dè l’ fîve (F) avoir la fièvre

 

Ainsi, l’article partitif introduit une sorte de prédicat après « fé » (faire) :

« fé do / dè l’ » + adj. ou nom: (F) faire le + adj. ou nom

  1. : « fé do bolèdjî » (faire le boulanger) ; « fé do malin », « fè dè l’ maline » (faire le malin, la maligne) ((toujours au sg) : « Il ont v’lu fé do malin ». (ils ont voulu faire le malin)) ;. « fé do sot » (faire le sot), « du l’ bièsse» (faire la bête), « i f’zéve do malâde » (il faisait le malade) (EW) (Remacle,1937,56) ; « « sins s’fé do mau » (sans se faire de mal), « sins pont fé d’ brût » (sans faire de bruit), « è fé dès bèles » (faire des choses répréhensibles).
  2. :

(CW) « Ni faî nin dè l’ bièsse, Célèsse, Célèsse, / Ni faî nin dè l’ bièsse, Célèsse, choûte ti pa ! » (chanson pop.)

(F) Ne fais pas la bête, Céleste, (…). Obéis à ton papa !

 

 

Différence 19

L’article partitif sert également à exprimer une quantité approximative.

  1. :

(CW) « N’ èstin’ à chîj: maman (…) fiéve vint’ èt dès pwins. » (Gaziaux,1987,204)

(F) Nous étions six : maman faisait un peu plus de vingt pains.

(SW) « Timps dès-an.nêyes 1700 èt dès, c’ èst par là quu lès Lîdjeûs fijint ruv’nu du vin d’ France. » (Mahin L., Lès barakes du Transine, dins l’ timps, AL)

Au cours des années 1700, c’est par là que les Liégeois faisaient revenir du vin de France.

 

4.2 L’adjectif

 

4.2.1 Adjectif qualificatif

 

Flexion des adjectifs : cf 1.3.10

 

Différence 20

Place : généralement devant le nom.

  1. : (W)                                (F)

on-auji (ou: aujîy) ègzamin

un examen facile

à basse mèsse

à la messe basse

dè l’ bènite eûwe

de l’eau bénite

do bon mârtchi papî

du papier bon marché

lès coûts djoûs

les jours courts

on craus boû

un boeuf gras

à l’ drwète mwin

à la main droite

à l’ gauche mwin

à la main gauche

dè l’ mwate tchau

de la viande morte

one nète tchimîje

une chemise propre

do nwâr ( ou : nwêr ) cafeu

au café noir

one pèléye makète

une tête chauve

on plat twèt

un toit plat

one poûrîye pome

une pomme pourrie

on rodje-cu

sorte de reine-claude

on taurdu via

un veau tardif

do tène cû

du cuir mince ( = fin)

do tchôd cafeu

du café chaud

dès timprus canadas

des pommes de terre hâtives

lès Rèlîs Namurwès

les Namurois « sélectionnés »

lès Walons Scrîjeûs

les Ecrivains Wallons

one nin seûte lèçon

une leçon non sue

 

  1. :

(CW) « Qu’ è d’ meûre-t-i dès lûjantès djaubes …? »  (Guillaume Jean, Djusqu’au solia,

p.31)

(F) Que reste-t-il des gerbes luisantes …? 

(OW) « …in-amitieûse parole, èl mèrci d’in minâbe. » (Declercq Luc, Èyu ç’ qu’ il èst l’

boneûr!, p.54-55, in: W+ L)

Une parole affectueuse, le remerciement d’un minable.

(SW) « Il apice l’oraye do l’ jate avou s’ gautche palète … » (Pêcheur Emile, Lu p’tit vikêre, AL)

Il attrape l’oreille de la tasse de la main gauche.

« Padrî la mêjån, lu Gusse maujenét ène carée môye… » (Dupas Emile, Lu fagoteû,

in : Singuliers, 2, 1996, p.8)

Derrière la maison, Auguste aménageait une meule carrée…

« Quand dj’ é arivé â coron do tchamp, dji m’ é r’toûrné po sèmer, en riv’nant, do l’ gâtche mwin. » (Schmitz Arthur, Li prèmî côp qui dj’ é sèmé, AL)

Quand je suis arrivé au bout du champ, je me suis retourné pour semer, en revenant, de la main gauche.

« Quèl odaule èfant !» (Twisselman,1994,123)

Quel enfant difficile ! 

 

Mais « à mwin gauche » :

ex . :  (CW) « … vos-avoz, drèssîs pa-d’vant vos, deûs tchèstias, à mwin gauche, à djok su on

                 crèstia, li vî tchèstia d’Vêve … »  (Houziaux,1964,15)

 

« à mwin drwète » :

  1. :  (CW) « … à mwin drwète, c’èst l’uch dè l’ tchambe à l’ valéye … » 

                   (Houziaux,1964,22)

                 « Sint Haulin avou one grande baube, si pidjon su s’ gauche sipale èt s’ crosse o     

                 l’ drwète mwin. » (ibid.,66)

 

Remarques. Il y a toutefois des cas où l’adjectif se place derrière[1] :

1 Le participe passé employé dans certaines expressions stéréotypées.

ex.:

do djambon èfumyî    (jambon fumé)

dè l’bèsogne faîte        (de la besogne finie)

one vôte lèvéye          (une crêpe à la levure)

do papî machî             (du carton)

li samwin.ne pàsséye (la semaine dernière)

dè l’ so(u)pe passéye  (de la soupe passée)

do pwin rosti              (du pain grillé)

do bûre salé                 (du beurre salé)

do pwin tchamossé     (du pain moisi)

à pîds d’tchaus            (pieds nus)

 

  1. :

(CW) « au culot do feu douvièt » (E. Gillain, Au culot do feu, p.86)

(F) au coin du feu ouvert

(OW) « … roci, on n’ route né à pîds discôs … » (Fauconnier,1993,76-78)

Ici, on ne marche pas pieds nus.

 

participe passé

(SW) « Pôl vèyeûve, avou do bon tchôd cafè èt l’ tâve mètouye. » (Dedoyard,1998,8)

Pol veillait, avec du bon café chaud et la table mise.

(EW) « Po nos fåssès vôyes totes kibosselèyes, / Po totes nos vîyès djins rassonlèyes. » (Dodet Charly, Vîye vôye, p.65, in: W+ L)

Pour nos chemins (sans aboutissement) tout cabossés, / Pour toutes nos vieilles personnes rassemblées.

(OW) « Dins-in bén vèt’ pachi, / In baudèt, fén stindu,/ Compteut lès pichoulits. » (Bossart, 1995,17)

Dans un verger bien vert, / Un âne, étendu de tout son long, / Comptait les pissenlits.

 

2 Certains adjectifs

  1. : (W) on-ome sô (un homme ivre), do pwin sètch (du pain sec), awè sès djambes flauwes    

                (mais: il a dès flauwès djambes) (avoir les jambes flageolantes)

 

Dans « awè s’ pwin cût èt sès bougnèts sètchs »  ( = awè s’ pwin qu’ èst  cût èt sès bougnèts

                qu’ sont sètchs) (jouir de l’aisance), l’adjectif a une valeur d’attribut.

 

Les adjectifs en « -erèce », se placent après le nom : « lu fiêr côperèce » (la scie du scieur de long), « lu banse sèmerèce » (le panier-semoir); de même jadis l’expression « fagne sôyerèce » ( « la faingne soyeresse » (16e s.), la « fagne de fauche »). (Remacle,1937,50)

 

Même remarque pour parèy :

  1. : (W) As-se mây vèyou afêre parèye ! (F) As-tu jamais vu pareille chose !

 

Ajoutons deux paires oppositionnelles rencontrées hors corpus: « so l’ min.me momint » au sens du latin « idem » / « so l’ momint min.me » = « ipse » (schéma du complément déterminatif « en soi ») et « ène seûle fiye = seule de son espèce / « ène fiye (toute) seûle » = seule sans subsistance, une fille sans frère ni sœur.  (Wilmet, 1981, 476)

 

3 Dans certaines expressions qui sont des dénominations officielles venues du français.

ex.:  « one cârte postâle », « jendârmerîye nacionâle ».

N.B. On dit aussi plaisamment : « nacionâle jendârmerîye ».

 

4 Certains participes présents se placent aussi bien derrière que devant, mais le plus souvent devant.

  1. : « on bin pwârtant gamin » = « on gamin bin pwârtant » (un garçon bien portant) ; « do crèchant timps » = « do timps crèchant » (du temps propice à la croissance des plantes); « awè s’tièsse pèsante » (avoir la tête lourde).

 

Mais : « à pania volant » (en pans de chemise);  prédominance de l’antéposition dans : « one plaîjante bauchèle » (une fille plaisante), « dès vèyantès coleûrs » (des couleurs voyantes).

 

N.B. « Il a s’ man.nète tchimîje ».  (Elle était sale) est différent de: « Il a s’ tchimîje man.nète » (Elle l’est devenue).

 

5 « lès-Etats-Unis » (comme en français).

 

6 Les adjectifs de nationalité ou d’ habitants d’une région.

  1. : « on powête anglès » ; « on cûjenî chinwès » (un cuisinier chinois); « one ricète italiène ».

 

Mais : « lès Romans Scrîjeûs » (les écrivains romans), « li Roman Payis do Brabant » (le pays roman …) et « lès Walons Scrîjeûs d’ après l’ Banbwès » (les écrivains wallons de la région de Bambois).

  1. :

(EW) « Lès fameûs minisses qu’ont trové bon  du mète dès francèsès paroles à nosse tchant dès Walons (…) » (Baccus Joseph, Lu dièrin.ne bone novèle po nosse Walonerèye, in: Walo+Gazète, 5, 2000)

(F) Les fameux ministres qui ont jugé bon de mettre des paroles françaises à notre chant des Wallons.

 

Différence 21

Juxtaposition des adjectifs

Lorsqu’il y a plusieurs adjectifs, ils se juxtaposent sans conjonction devant le substantif : « on bê gros âbe » (un arbre beau et gros), « dès grandès fwètès djônès fèyes » (de grandes jeunes filles, fortes et belles).

Ils ne s’ accumulent pas au hasard, mais  dans un ordre immuable. On dit : « on bê gros âbe », et jamais « on gros bê âbe » ; « dès lêdès /-t-/ mêguès /-k-/(maigres) bièsses » (des animaux laids et maigres) et non « dès mêguès lêdès bièsses » ; « one bèle grande bleûve fleûr » (une belle fleur, grande et bleue). Comp. « one bèle grande djin » (une belle grande personne) et « one grande lêde djin » (une personne grande et laide); « one bèle grande bièsse » (un beau grand animal) et « one pitite lêde bièsse » (un animal petit et laid). Les qualificatifs qui se succèdent de la sorte, les premiers surtout, sont presque toujours les mêmes. Ils indiquent d’ordinaire la beauté, la grandeur : « bê », « lêd », « grand, « pitit », « gros». (EW) (Remacle,1937,63-64) 

 

  1. :

(CW) « Djë më r’prézinte one nozéye pëtëte djon.ne fèye alant priyi Notre Dame à l’ Arbre. » (Moureau,1943,873)

(F) Je me représente une belle petite jeune fille charmante allant prier Notre Dame à l’Arbre.

(OW) « Ène grosse tèribe nwâre pouye, av’ in

long bètch à pwinte (…) » (Renard,1890,63)

Une poule noire, grosse et terrible, avec un long bec pointu.

(SW) « Djè l’ rëtrovo, më pôve lêd vî payis ! » (Marchal Omer, Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

Je le retrouvais, mon vieux pays, pauvre et laid !

 « Dji mougnins lès wâfes dissus one pètite ronde tâve. » (Schmitz A., Grand-maman, AL)

Nous mangions les gaufres sur une petite table ronde.

 

Différence 22

En wallon, sauf les adjectifs de couleur qui s’ajoutent, on ne relie jamais deux adjectifs se rapportant au même nom par « èt » .

 

  1. : (F) une femme jeune et jolie  (W) one bèle djon.ne feume

              une femme jeune et coquette        one djon.ne fringuète feume          

              un homme petit et maigre             on p’tit mwinre ome

              un homme grand et fort                on grand fwârt ome      

 

(SW)  « … lë gros pèzant trin.nau, qu’ i falot cink fwârts tchëvaus pou hatcher. » (Marchal Omer, in: Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

(F) Le traîneau gros et lourd qui nécessitait cinq chevaux forts pour le tirer.

 

En wallon, certains adjectifs de couleur qui s’ajoutent en s’influençant se placent avant le nom.

  1. : « on gris-bleuw tricoté » ( pas « gris èt bleuw », mais « gris qui tire après l’ bleuw », gris qui ressemble au bleu).

 

(EW) « Sès bleûs gris-oûys si parfonds » (A. Xhignesse, in : BSSLW, T50, p.83)

(F) Ses yeux gris-bleu si profonds

 

Mais : (W) on mayot bleuw èt blanc (F) un maillot bleu et blanc 

Ici, les couleurs s’ajoutent sans s’influencer.

 

Différence 23

Dans certains groupements avec « bia » (EW : bê) (litt. beau), « bon », « clér » (litt. clair), « tchêr » (EW : tchîr) (litt. cher), qui signifient « fwârt » (EW : fwèrt) (très), on emploie « èt ».

 

  1. : (CW) bia-z-èt grand (fort grand) ; bon-z-èt craus (très gras) ; bon-z-èt tchêr (fort cher) ;

                  clér èt nèt’ (très net) ; tchêr èt vilin (fort cher).

         (EW) I v’néve bon-z-èt reûd (Il venait assez vite (litt. raide)) ; i fêt bê-z-èt bon

                   (litt. bel et bon, assez bon) ; c’ èst bê-z-èt lâdje (c’est assez large) ; bê-z-èt

                   grand, bê-z-èt vî.

Dans « bê-z-èt bon », « bê » est encore adjectif, mais la locution « bê-z-èt » doit être considérée comme un véritable adverbe, signifiant « assez », et modifie le sens de n’importe quel adjectif.

  1. : (EW) I f’zéve bê-z-èt mâva.               (F) Il faisait assez mauvais.

                   I f’zéve bê-z-èt lêd.                         Le temps était assez maussade.

et même     Fêt-i freûd ? – Ay, bê-z-èt.

Notons encore « bê-z-èt bin » (« bel et bien », pas mal) :

                 I gn-a bê-z-èt bin dès frûtèdjes ciste an.née. (F) Il y a pas mal de fruits cette année.

Cet adverbe est différent de « bêl èt bin » (c’est bien possible) (EW):

                 – I n’ vinrè nin, va. – Bêl èt bin.        – Il ne viendra pas. – C’est bien possible.

 

– I parèt qu’ i ‘nn’ a fêt dès bèles, èzès sôdârs (pendant son service militaire).

                 – Bêl èt bin, va.

 

Exemples d’auteurs:

(CW) « Li vîy droumezin si r’toûrneut bon-z-èt rwèd, en lèvant s’ bordon ». (A.Laloux, Lès

Soçons, p. 11)

(F) Le vieux grincheux se retournait assez rapidement, levant son bâton.

(SW) « Camile a d’morè bèl èt taurd avou l’s-ôtes après l’ confèrince élèctorâle. » (Bily Joseph, Ratoûnûres d’ avau l’ walon payis d’ersè, AL)

Camille est resté assez tard avec les autres après la conférence électorale.

« Et i lès-a vindu bê-z-èt tchîr à dès tourisses. » (Mahin L., Djâke Tatiche èt Tibî Mèyî, AL)

Et il les a vendus très chers à des touristes.

« Sinon qu’ pa momints, èle hosse si quèwe bon-z-èt rwèd. » (Houziaux,1964,15)

Sinon que, par moments, elle remue la queue très fortement.

 

Différence 24

Le nom « djin » est au féminin et, par conséquent, les adjectifs et pronoms qui s’y rapportent sont du « féminin ».

  1. : (F) Les jeunes gens sont toujours pleins de rêves.

        (W) Lès djon.nès djints sont todi plin.nes di rèves.

 

(CW) « Et totes lès djins qu’èstint vêci ènawêre, vo-lès-là couruwes ôte paut. »  (Laloux,1969,90)

(F) Et voilà toutes les personnes qui étaient ici tantôt parties ailleurs en courant.

 

Différence 25

La construction épithète + nom + épithète du français n’existe pas en wallon.

ex.: (F) de vieilles maisons sales  (W) dès vîyès man.nètès maujones.

 

Différence 26

Certains adjectifs se placent après le nom en wallon: ils sont alors précédés d’un adverbe ou d’une préposition.

  1. : (W) (F)

Gn-a d’djà on pwin d’ disforné.

Il y a déjà un pain défourné.

dès-èfants tot seûs

des enfants seuls

one djoûrnéye di iute

une journée terminée

on dint d’ rauyî

une dent arrachée

 

(EW) « Po nos fåssès vôyes totes kibosselèyes, (…). » (Dodet Charly, Vîye vôye, p.65, in: W+ L)

Pour nos chemins (sans aboutissement)  cabossés

(SW) « I djale èt la bîje sofèle pa l’ uch tot grand â lâdje èt rafrèdi tote la tchan.me. » (Matante du Djîvroûle, La vèspréye, AL)

Il gèle et la bise souffle par la porte grande ouverte et refroidit toute la pièce.

 

Différence 27

L’adjectif qualificatif suivi de « assez » se place après le nom.

  1. : (W) on tchin.ne grande assez. (F) une chaîne suffisamment grande         

               Dji n’ conès pont d’ djin maline assez.           Je ne connais pas de personne

                                                                                       suffisamment intelligente.

 

Différence 28

Le superlatif épithète se met toujours devant le nom.

ex.: (W) C’èst l’ pus fwârt casseû d’ noste èkipe.

  • C’ est le « casseû » le plus fort de notre équipe. (« casseû » : celui qui chasse au jeu de balle pelote)

 

Différence 29

« Certains » (adj.) + nom est traduit en wallon par la suite nom + « …qu’i gn-a ».

  1. :

(SW) « dès places qu’ i gn-è, /on dit/ dès hwèces. » (Mahin,1984,61)

(F) En certains endroits, /on dit/ les …. (écorces).

 

Différence 30

Le complément de mesure non introduit par une préposition précède l’adjectif dont il dépend.

  1. : « i gn-a treûs deûts (doigts) spès »; « c’è-st-on pîd long èt deûs’ lâdje »; « i fêt on paletot mèyeûr volà qu’ à Hokê »; « i n’èst rin grand »; « il èst cink ans pus vî qu’ mi », « i n’èsteût rin pus vî qu’ mi ».

A cette règle se rattache l’emploi de ‘çoula’ : « il èsteût çoula (avec un geste) grand », « il èsteût çoula (id.) pus grand »; « dj’ ènn’ arè çoula pus’ », d’autant plus; « l’ afêre îrè çoula mî », d’autant mieux.

Ce qu’il faut noter surtout, c’est la position du complément de mesure en général. Elle est rarement la même en français qu’en wallon, mais souvent en latin (sex  pedes 1atus) et dans les langues germaniques (nl. twintig voet diep). (Remacle,1937,53)

 

  1. :

(CW) « one maujon, d’ one place di laudje » (Laloux,1969,52)

(F) une maison, large d’une pièce

« dè laurd quate dwègts laudje » (Gaziaux,1999,185)

du lard, large de quatre doigts

(EW) « On coûr avou, di mèy ans vî. » (Chastelet Lisa, Roter d’zos lès steûles, SLLW 1990, p.22)

un cœur aussi, vieux de mille ans

(OW) « (…), mi, à vo-n-âdje, dju n’ vwas pus qu’ ène fosse dè chîs pîds pèrfond. »  (Fauconnier Christian, Zidôre, in : MA, 1, 2002, p.18)

Moi, à votre âge, je ne vois plus qu’une fosse de six pieds de profondeur.

 

Différence 31

Après un adjectif de dimension, on a une préposition + nom.

  1. : (W) Gn-a trop spès d’ bûre su vosse pwin, spaurgnîz-le!

         (F)  Il y a une trop grosse épaisseur de beurre sur votre tartine, épargnez-le !

 

         (W) Gn-a bin chîs mètes laudje d’ eûwe.

         (F)  Il y a une bien une largeur de six mètres d’eau.

 

Différences 32-35

Adjectif adverbial

Beaucoup d’adjectifs en wallon peuvent avoir une valeur adverbiale.

 

Beaucoup d’adjectifs peuvent devenir adverbes quand ils sont suivis d’un adjectif qualificatif.

  1. : « ièsse boté nwâr » (être vêtu de noir), « aler drole » (aller drôlement), « taper laudje » (= bran.mint dispinser) (litt. lancer large, dépenser beaucoup), « causer gaga » (parler comme un gaga), « one (vatche) fris’ vêléye » (une vache « fraîchement vêlée », qui vient de vêler), « do (lacia) tchôd moudu » (du lait trait alors qu’il était chaud), « on-ou vîy ponu » (un œuf qui a été pondu il y a quelque temps).
  2. :

(CW) « Il aveut prêtchi, … au pus clér qu’ il aveut seû … » (Laloux,1969,44)

(F) Il avait prêché, … le plus clairement qu’il avait pu…

 

En wallon, il est courant de rencontrer des adjectifs à valeur adverbiale :

 

1) dans des expressions composées d’un qualificatif et d’un participe passé (Gaziaux,1987,49)[2]

Voici une série d’expressions dans lesquelles un qualificatif-adverbe complète un participe passé qui le suit.

  1. : « flauwe atèlé » (litt. faible : faiblement attelé), syn. « trop lèdjêr atèlé » (attelé trop légèrement); « cint këlos flauwe pèsé » (cent kilos faiblement pesé, à peine atteints, syn. « c’èst skat’ pèsé, skèrp’ pèsé ») ; « gros ouchelé », « grosse ouchelêye » (qui a de gros os (saillants)), « trop long djwinté » (trop haut du paturon) ;

« lë foûre èst bon rintré (ou r’mètë) ôdjourdë » (le foin est rentré (ou remis) dans de bonnes conditions aujourd’hui) ;

« blanc mwârt » (litt. blanc (comme un) mort : pâle) se dit du teint d’une personne et, par extension, de la teinte du pain pas assez cuit ou de céréales abondamment pulvérisées ; « blanc moussi » (litt. habillé de blanc : grain enveloppé de sa balle) et « blanc fwârt » (camomille sauvage’ constituent des ensembles nominaux, comme « nwêr man.nèt » (litt. noir sale : personne très sale)).

Ajoutons « cout batë » et « long batë » qui désignent une couche pour bovidés courte ou longue.

 

Expression du temps : temps : « dès fréjes frèches coudoûwes » (des fraises fraîches, c’est-à-dire fraîchement cueillies (se dit de fruits périssables)) ; « one vatche frèche vêlêye » (une vache ui vient de vêler) (aussi : « one vatche qu’èst frisse vêlée »); « one vatche novèle vêlêye » (nouvelle, c’est-à-dire nouvellement vêlée) ; « dè lacia novia modë » (du lait nouvellement trait) ; « përdoz lès pës novias ponës » (prenez les (oeufs) plus nouvellement pondus) ; « one vatche ni vîye vêlêye » (pas vieille vêlée, c’est-à-dire pas depuis longtemps) ; « lë foûre èst vi soy » (le foin est scié depuis longtemps) ; « one têre vîye tchèrwêye » (labourée depuis longtemps, syn. « on vi tchèrwé », contr. « on novia tchèrwé »). Ajoutons « dè tchônd modë » (du chaud trait : du lait à la sortie du pis). (Gaziaux,1987,80)

 

  1. :

(OW) « Ene boune jate dè cafè tchôd passé qu’ tu li dènes, (…) » (Baudrez G., Deûs côps plêji!, in: Ofrande à m’ payis, SLLW 1987)

(F) Une bonne tasse de café fraîchement passé que tu lui donnes …

(SW) « I vaut mî lèzî aprinde à mète ène bricole, qu’ i d’jot toudi, quu du l’zî pwârtu in lîve tchôd dispindu. » (Mahin L., Djâke Tatiche èt Tibî Mèyî, AL)

Il vaut mieux leur apprendre à placer un collet, disait-il toujours, que de leur porter un lièvre que l’on vient de dépendre.

 

2) dans des expressions composées d’un participe passé et d’un qualificatif

Intensité.

  1. : « pèrcé bia » (litt. percé : très beau), « pèrcé (ou pèrcêye) bèle » (très belle), « pèrcé aujë » (très facile), « pèrcé rëtche » (très riche), « djè l’ conè pèrcé bén » (je le connais très bien) ; de même, « fé pèrcé plêjë » (faire grand plaisir) ;

« crèvé tchêr » (litt. crevé : très cher), « crèvé sôn » (ivre mort) ; « pourë craus » (litt. pourri : très gras) , « pourë » gâté (gâté à l’excès) ; « fondé rëtche » (litt. fondé : très riche ; qui tient sa fortune de famille) (cf « Il èst d’foncé ritche » (il est très riche) (Remacle,1937,51)).

 

3) dans des expressions faites de la juxtaposition de deux qualificatifs

Intensité.

L’adjectif fonctionne comme adverbe, juxtaposé à un autre adjectif.

Ainsi, les adjectifs « crèvé, fin, mwârt, pêrcé et rwèd », qui continuent à varier, prennent une valeur adverbiale = fwârt (fwèrt (EW)).

  1. : (W) Elle èst fine sote.                      (F) Elle est vraiment folle.

                Il èst mwârt sô.                                Il est ivre mort.             

                Is sont mwârts odés.                        Ils sont morts de fatigue.

                C’ è-st-on rwèd sauvadje.               C’est un vrai sauvage. 

D’autres cas existent :

  1. : (EW) èsse neûr nâhi                         (F)  très fatigué

                   neûr mêgue (ou tchin mêgue)       très maigre 

 

« Mwârt » (litt. mort), un des termes les plus usités, se place le plus souvent indifféremment en première ou en seconde position : « mwârt naujë » ou « naujë mwârt » (très fatigué). De même pour « mwârt craus » (très gras), « mwârt rindë » (très fatigué), « pourë mwârt » (tout à fait pourri), « royi mwârt » (roui à l’extrême), « taurdë mwârt » ou « mwate taurdoûwe » (très en retard, retardé(e)) , « plakêye mwate » (tout à fait salie) ; « lès fouyes dë pétrâles sont mwates cassêyes »  (les feuilles de betteraves sont tout à fait cassées), « èles vont câsser mwârt » (casser vraiment beaucoup).

Dans les trois cas suivants, « mwârt » occupe toujours la première position : « mwârt sôn » (ivre mort), « mwârt sètch » (très sec), « mwârt tchêr » (très cher) ; cela s’explique sans doute pour les deux derniers par le fait que l’adjectif conjoint se termine par une consonne. « Fén frèch » (litt. fin : tout humide), « lë têre èst fëne blanke » (toute blanche), « lë tëne èst fëne plin.ne » (la cuvelle est tout à fait pleine), « tchîr fén nwêr » (chier tout noir), « fén fôn » (complètement fou), « djë m’a stindë fén long » (je me suis étalé de tout mon long). (CW) (Gaziaux,1987,79-80)

 

Sont donc interchangeables :

« mwârt » syn. de « pourë (craus) », de « crèvé (tchêr ou sôn) », de « miêr (sètch) » (ou « mére ») (où « miêr » est une déformation de « mére »); « rwèd » syn. de « fén (fôn) », de « nèt’ (djës) » ; « oûr pèrcé » – « fwârt (bia ou bon) ».

On ajoutera c’èst l’ « për » (litt. pur) min.me (tout à fait le même) ; comp. « à l’ përe copète » (tout au-dessus), « à l’ për sëtok » (tout juste à côté, astok).

 

Aussi : « toumer rwèd mwârt » (tomber raide mort), « rwèd djës » (complètement exténué), « rwèd fou » (complètement fou), « dj’ èsto rwèd fôn po travayi avou on boû » (j’étais vraiment emballé de travailler avec un bœuf) ; « clinkant noû » (litt. clinquant : tout à fait neuf) .

Dans les cas suivants, le caractère adverbial du premier terme est nettement marqué :

« nèt’ djës » (litt. net : tout à fait exténué ou cassé), « nèt’ dè trëviès » (tout à fait de travers ; on dit aussi « câssé nèt’ »). (CW) (Gaziaux,1987,80-81)[3] 

 

  1. :

(CW) « Et à l’ nêt, dins nosse lét, (…) / Mwârts naujës dè djouwer (…). » (Daise Louis, Quand-on bateûve à l’ machëne, p.72, in: Gaziaux, 1998)

(F) Et la nuit, dans notre lit, / Nous étions très fatigués de jouer.

« Vos-èstoz mwart bënauje dë r’trover voste amia. » (Flesch Jean, Lë têre, p.102 in: Gaziaux, 1998)

Tu es très heureux de retrouver ton hameau.

(EW) « Dispôy qu’ is sont mwérts, dji so tot fî seû avou on tchin (…) » (Seret René, Lès grands vints, CW 2/88, p.20-32)

Depuis qu’ils sont morts, je suis tout seul avec mon chien.

« Marc èsteût l’ prumîr èfant dè l’ famile, parèt …  Dèdjà qu’ sès parints èstît reûd bleû sots d’ avu on valèt, fåt nin d’mander båpa èt måma! » (Thomsin Paul-Henri, Li pus vî, Vlan, 23/5/89)

Marc était le premier enfant de la famille, paraît-il. … Alors que ses parents étaient tout fous d’avoir un garçon, que dire de grand-papa et de grand-maman !

(SW) « Elle èst fine mwéje. » (Twisselman,1994,70)

Elle est vraiment fâchée.

« Et ça fwèt qu’ il èralot tout cabiançant, èt là qu’ tout d’ in côp, i s’ apîte èt s’ sutaurer fin long s’ la vôye. » (Binsfeld Franz, Come in toûr du macrâle, AL)

Ainsi, il rentrait chez lui en dodelinant. Tout à coup, il se prend les pieds sous une racine et s’étale de tout son long sur le chemin.

 

 

4) L’adjectif fonctionne comme adverbe, juxtaposé à un verbe

 

Avec des verbes réfléchis, même spécialement à cette occasion, un adjectif à valeur d’adverbe indiquant le résultat s’emploie.

  1. : (W) « s’ovrer mwârt / djus » ou « si travayî mwârt / djus » (travailler jusqu’à en mourir), « si rîre mwârt / si rîre one d’rompûre » (mourir de rire), « si disbautchî mwârt » (se décourager complètement), « si bwâre mwârt sô » (se saouler complètement), « si tûzer on mau d’tièsse » (réfléchir au point d’en avoir mal à la tête) ; « èle su dwèrma èvôye » ; « i s’ son.nerè mwèrt » (Remacle,1937,67).

 

ex.: (W) si rîre malade                                         (F) rire au point d’en être malade

              si rîre mwârt                                                mourir de rire 

              si rîre cron   (= courbe)                                se tordre de rire

              Ele l’a tèté mwârt.                                       Elle l’a ruiné.

 

(CW) Dji m’a tot cron quand dj’ l’ a vèyu ariver.

Je me suis tordu de rire quand je l’ai vu arriver

« … dji m’aî braît tot foû ». (A. Henin, in : CW 12/1974, p.232)

J’ai éclaté en sanglots.

 

Différence 36

L’adverbe « fwârt (fwèrt (EW)) » correspondant à « fort », est parfois utilisé avec des participes passés.

  1. : (W) ièsse fwârt atèlé    (F) disposer d’un fort attelage

                fwârt pèzé                   pesé généreusement

 

Différence 37

Quand le même adjectif qualificatif se rapporte à plusieurs noms, en wallon, on le répète.

  1. : (W) (F)                                                (NL)

dès noûs lîves èt dès noûs cayès

des livres et des cahiers neufs

nieuwe boeken en schriften

one noûve cote èt dès noûs solés

une robe et des souliers neufs

een nieuwe jurk en nieuwe schoenen

one noûve cravate èt on noû casake

une cravate et un veston neufs;

une nouvelle cravate et un nouveau veston

een nieuwe das en een nieuwe jas

 

Différence 38

L’ adjectif qualificatif ne commence pas une proposition sauf s’il est suivi de la conjonction « qui ».

  1. (F) « Vides, elles l’étaient aussi, les poches et les mains de qui me venaient pourtant toutes

            grâces et toutes libéralités ». (Collette)

     (NL) Leeg waren ook de zakken en de handen van wie mij nochtans alle gunsten en giften

             kwamen.

     (W) Wîdes qu’ èlle èstin.n èto, lès potches èt lès mwins do cia qu’ tos lès plaîjis èt lès

            cadaus mi v’nin.n.

 

     (F)    Furieux, le paysan partit.

     (NL) Woedend ging de boer weg.

  • Mwaîs qu’i ‘nn’ a ‘nn’ alé, l’ cinsî !

 

    (F)    J’ai eu (très) chaud !

    (W)  Sèré qu’ dj’a stî ! 

 

     (F) « Grande fut ma stupéfaction quand je le vis », devient en wallon : « Dj’ a stî tot    

            saîsi quand dj’ l’ a vèyu. »

 

(EW) « Si contin.ne qu’ èlle èst, si contin.ne di s’ novèle plèce … » (Maquet,1987,143)

Elle est si contente, si contente de son nouvel emploi…

« Disqu’ à sès treûs-ans, Marc fourit poûri gåté … Poûri gåté qui ç’ n’ èst nin possibe! » (Thomsin Paul-Henri, Li pus vî, Vlan, 23/5/89)

Jusqu’à l’âge de trois ans, Marc fut fort gâté. … Gâté à un point tel que cela devient inadmissible !

« Et probåbe qu’ il a ‘ne plate nasse … » (Maquet,1987,160)

Et il a probablement une nasse plate.

« Et nåhi qu’ dj’ èsteûs! » (Grafé,1987,43)

Et j’étais si fatigué !

 

Différence 39

Il existe une tournure dans laquelle l’adjectif épithète commence la proposition : devant l’article indéfini suivi d’ un nom.

(CW) « Mwaîs, on-ome. » (Laloux,1974,64)

(F) Un homme fâché.

« Bin binauje, on-ome, sobayî, l’ Oscar-Antwane, quand il a stî vîy assez po fé on mwârt; … » (A.Laloux, Lès Soçons, p.13)

Je me demande si cet homme, Oscar-Antoine, fut bien content quand il fut assez vieux pour faire un mort.

« …; fiér, on-ome, do fè di s’ yan’ avou s’ bèle camusole: … » (ibid., p.19)

Un homme fier pour faire le crâne avec son beau veston.

(EW) « Toûrmèté l’ ome, målureûs, vos n’ avez co måy vèyou çoula. (Maquet,1987,65)

L’homme était tellement tourmenté, vous n’aviez jamais vu cela.

 

Différence 40

Après l’ expression « awè l’aîr » (EW : aveûr l’ êr) , l’adjectif attribut s’accorde toujours avec le sujet.

  1. :

(W) Il a l’ aîr malin. 

(F) Il a l’ air intelligent.

Èlle a l’ aîr maline.

Elle a l’air intelligente / Elle a l’air intelligent.

 

Différence 41

L’adjectif « nu » ne se rencontre jamais devant un nom, comme en français « nu-bras », « nu-jambes », « nu-pieds », « nu-tête ».

On dit : « avou sès brès tot nus », « avou sès djambes totes neuwes », « à pîds d’tchaus », « à tièsse neuwe ».

 

Différence 42

Relativisation par répétition: généralement, on ne répète que la première syllabe.

  1. : (W) Il èsteûve grand? – Bin, grangrand, là!    

         (F) Il était grand ?       – Eh bien, plus ou moins grand ! (ou pas si grand que ça.)

 

         (W) Elle èst mwinre.  – Mwinmwinre, là!

         (F) Elle est maigre.     – Pas si maigre !

 

         (W) Dj’ a ieû one pitite chike. – P’tip’tite!

         (F) J’ai eu une petite cuite.    – Pas si petite !

 

cf 3.1.7  Renforcement par répétition.

 

[1] « Une partie de nos adjectifs postposés équivalent de fait à une épithète prépositionnelle (p. ex. les dénominaux français, italien, … = « de France », ou « d’Italie », …) ou correspondent à une relative: les participes « passés » (p.ex. dès cûtès peûres = « qu’on a cuites »; peut-être les adjectifs morphologiquement apparentés: èzès brantches noues = « nues ») et les participes « présents » (p.ex. ène guinguète tote frawiante di loumîres = « qui étincelle » ; mais l’attache au verbe est davantage vouée à s’obnubiler: dè bolant cafè = « du café très chaud ». (Wilmet, 1981,475)

 

[2] Note. Dans la phrase « Djë n’ sé ni s’ ël ont grand ômâyes » (Je ne sais pas s’ils ont « grand » génisses), l’adjectif « grand » présente une forme féminine figée. Il a la valeur d’un adverbe de quantité signifiant « beaucoup de ». Le mot se retrouve surtout dans des propositions négatives : « djë n’a ni grand mémwêre » (je n’ai pas une grande mémoire), « on n’avot ni grand prés » (on n’avait pas de grands prés), « on n’a ni grand bènèfëce avou ça » (on n’a pas beaucoup de bénéfices avec ça).

[3] Le pronom personnel régime direct est parfois accompagné d’un prédicat indiquant le résultat de l’action exprimée par le verbe: « i l’ a twé reûd mwèrt »; « dju t’ va souki mwèrt » (cp. all. einen tot schlagen); « dju m’ a louki lâdje ». (Remacle,1937,67)

 

 

4.2.2 L’adjectif démonstratif

 

Différence 43

Contrairement au français, l’adjectif démonstratif ne s’emploie pas devant « matin, midi, après-midi, soir » du jour même.

  1. : (F) ce matin                    – (W) odjoûrdu au matin 

                ce midi                                _ à 12 eûres / _ à non.ne     

                cet après-midi                     _ d’ l’après-non.ne = _ d’ l’ après-l’ din.ner

                cette nuit                             _ au nût / à l’ nêt.

 

 

4.2.3 L’adjectif possessif

 

Différence 44

Devant des termes désignant les parties du corps humain, le wallon emploie généralement le  possessif où le français met l’article. En français, l’usage est flottant .[1]

  1. :

(CW) « Dj’ a mau mès pîds. » (Bacq Andrée, D’ ayîr èt d’odjoûrdu, p.l7)

(F) J’ai mal aux pieds.

« One vîye tchawète, qui stitche todi s’ nez èwou-ce qu’ on tchin n’ mètreut nin s’ queuwe. » (A. Laloux, Lès Soçons, p. 12)

Une vieille bavarde impénitente, qui fourre toujours le nez où un chien ne mettrait jamais la queue.

(OW) « Is d’mèrît là, lès deûs vîs gamins, avou leûs crombès djambes èt leûs spales di pwârteûs au satch. (Fauconnier, 1993,76)

Ils restaient là, les deux vieux garçons, les jambes tortues et les épaules de portefaix.

« Nos d’véns rintrer d’zous têre èt nos michî avè nos mwins su nos-orèyes. » (Arcq Robert, Lès coqs, p.17, W+ L)

Nous devions rentrer sous terre et nous cacher les mains sur les oreilles.

(SW) « Quand dj’ é ayu fini d’ sèmer, dj’ avo mâ mès brès. » (Schmitz Arthur, Li prèmî côp qui dj’ é sèmé, AL)

Quand j’eus fini de semer, j’avais mal aux bras.

« Avu sès lunètes su s’ nez, (…) gn-avét d’ qwa à-z-èsse subarè. » (Mouzon Gabrielle, Î toûr chez l’ marchau, AL)

Avec les lunettes sur le nez, il y avait de quoi être surpris.

 

Différence 45

Le français renforce l’ adjectif possessif par « à moi », « à toi », etc.. Le wallon ne connaît pas ce renforcement.

 

Différence 46

On peut avoir un pronom personnel + un nombre comme attribut.

En centre-wallon et en est-wallon, à La Gleize notamment, devant les noms de nombre, dans les locutions traduisant  « eux deux, eux trois, … », on emploie l’adjectif « leûs », leurs :  « Il èstint leûs deûs’, leûs dîh » (ils étaient deux, dix).(EW)  (Remacle,1937,45)

  1. :

(CW) « Li prumêre nêt qu’ il a passè su l’tauve, il èstin.n bin zèls doze po wèyî. » (Laloux,1969,114)

(F) La première nuit après son opération, ils étaient bien douze pour veiller.

(EW) « Portant, il èstît leû bråmint là-d’vins, treûs ou qwate mèyes di feumes èt d’ omes qui n’ savît nin trop’ çou qu’ advinreût d’ zèls. » (Houbart-Houge Jeanne, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

Pourtant, ils étaient beaucoup là-dedans, trois ou quatre mille femmes et hommes qui ne savaient pas ce qu’il adviendrait d’eux.

« Lès cis qu’ avint magné lès pans èstint leûs cink mèyes. » (Lecomte,2001,18)

Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille.

 

cf Différence 94-95.

 

Différence 47

En wallon, on trouve parfois un adjectif possessif devant un superlatif précédé de « tos ».

  1. :

(CW) « Li Gusse (…) si bouteut à tchûlè d’ sès pus fwârt … » (Houziaux,1964,41)

(F) Auguste se mit à pleurer le plus fort qu’il ouvait.

(EW) « Guiyame si c’tape tot gueûyant d’ tos sès pus fwérts. » (Maquet,1987,92)

Guiyame se débat criant le plus fort qu’il peut.

 

 

4.2.4 L’adjectif numéral

 

4.2.4.1 L’adjectif numéral cardinal

 

Différence 48

Après l’adjectif numéral, on peut avoir la préposition « di », parfois élidée en « d’ » devant un nom.

  1. :

(EW)  « Portant, il èstît leû bråmint là-d’vins, treûs ou qwate mèyes di feumes èt d’ omes qui n’ savît nin trop’ çou qu’ advinreût d’ zèls. » (Houbart-Houge Jeanne, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

(F) Pourtant, ils étaient beaucoup là-dedans, trois ou quatre mille femmes et hommes qui ne savaient pas trop ce qu’il adviendrait d’eux.

(OW) « Èle d’ è stind yeune di mawe! » (Coppens Joseph, Dictionnaire Aclot, p.19)

Elle tire une (fameuse)gu… ! 

 

Différence 49

Le wallon emploie « one » sans que jamais le nom remplacé soit cité.

  1. : (W) On ‘nn a one (boune). (F) On a un (gros) ennui.

               Il è tchaufe one.                      Il fait chaud comme pour annoncer de l’orage.

 

Différence 50

Le français « des centaines de fois », « des milliers de fois » peut se traduire en wallon par « dès cints côps », « dès miles côps ».

  1. :

(CW) « Il avot tchaî dès miles côps dins lès fossés plins d’ ronches. » (Dewelle André, One istwêre dë sôrcîres, NB, 18, s.d.)

(F) Il était tombé des milliers de fois dans les fossés pleins de ronces.

 

cf aussi : Différence 95 : « Nos-èstin.n à quate, … ».

 

 

4.2.4.2 L’adjectif numéral ordinal

 

Différence 51

L’adjectif numéral ordinal ne peut accompagner, comme en français, le pronom « lui ».

  1. :

(F) « On le ramassa sous les balles, lui troisième, à l’assaut d’un village. » (P. Margueritte, Simple Histoire, p.297)

(W) On l’ a ramassé pa-d’zos lès bales, li ( = français « le ») trwèzyin.me, … 

 

[1] « I n’a rin so s’ tièsse »; « dj’ a mâ d’ mès pîds »; « dj’ a  mâ d’ mu stoumak » ou « â stoumak ». (Remacle,1937,45)

 

4.3 Le nom

 

Différence 52

Le complément direct nominal ne suit pas toujours le verbe en wallon.

Comme en français, on rencontre par ex. : « Il a vindou s’ manèdje » (il a vendu sa maison) (mais « i l’ a vindou » (il l’a vendu)). Lorsqu’il le précède, il est répété sous forme de pronom : « su manèdje, i l’a vindou » (sa maison, il l’a vendue). Toutefois cette répétition n’a pas toujours lieu malgré l’inversion.

Mais on entend fréquemment des phrases de ce type : « one bièsse parèye, dju n’a mây vèyou » (une pareille bête, je n‘en ai jamais vue). Dans quelques expressions figées, le complément est intercalé entre l’auxiliaire et le participe passé : « il a l’ diâle vèyou po fé insi » (il a eu beaucoup de problèmes pour agir de la sorte); « i n’ sét nin treûs’ compter » (il ne sait pas compter jusqu’à trois, c’est un ignorant) ; « il ont stou do bon Diu sègnis » (ils ont été signés, bénis du bon Dieu). (EW) (Remacle,1937,63)

 

Différence 53

L’ordre des noms dans une expression n’est pas toujours le même qu’en français.

  1. : (W) dès pîds j’ qu’ à l’ tièsse (F) de la tête aux pieds

               nût’ èt djoû                             jour et nuit

 

(CW) « I djèmicheut nêt-èt-djoû. » (Houziaux,1964,30)

Il gémissait jour et nuit.

(OW) « Vous, Margot, nut èt djoû, vos

n’ avèz qu’ à l’ dèsfinde. » (Renard,1890,45)

Vous, Margot, jour et nuit, vous n’avez qu’à le défendre.

 

Différence 54

Le complément déterminatif n’est pas toujours amené par une préposition. 

Des combinaisons comme « li fèye Piêre » avec comme déterminant un prénom s’emploient dans le Centre et la région de Nivelles (ouest-wallon), et on les retrouve dans les noms propres au wallon comme « li vôye Sint-Djâke » (la voie lactée), « l’èvanjîle Sint-Djan, Sint-Luc, … », « on-êr-Diè » (*arc-Dieu, arc-en-ciel), « clé-Diè » (*clé-Dieu, primevère).

 

4.4 Le pronom

 

4.4.1 Pronom personnel

 

Différence 55

Les pronoms personnels compléments d’ objet se placent toujours entre le sujet et la forme conjuguée du verbe.

  1. :

(F)    Je te le dis.

( sujet + COI + COD + verbe conjugué)

(W)  Dji tè l’ di.

même succession

 

 

(F)   Je vais te le dire.             

(sujet + V. conjugué + COI + COD + inf.

(W)  Dji (m’ ) tè l’ va dîre.

        I n’ mè l’ vout nin dîre.

(sujet (+ pronom de participation)+ COI + COD + verbe conjugué + infinitif)

 

Autres exemples:

(CW) « … po côpè au coût il a moussî si fond dins one concîre qu’ il a pinsè n’ si sèpe rawè foû. » (Houziaux,1964,26)

(F) Pour prendre un raccourci, il s’est enfoncé si profondément dans une congère qu’il a pensé ne pas pouvoir en sortir.

« Est-ce qui t’ conès Alfonse d’ èmon l’ tchaurlî? / – (…) Bin non. (…) / – E bin dji m’ tè l’ va dîre. » (Henin André, Li coûrs d’ istwâre, VA, 1999)

Connais-tu Alphonse (…) ? / Eh bien non. / Eh bien je vais te le dire.

« Lès faut-i mostrer … ? » (A. Bacq, D’ayîr èt d’odjoûrdu, p.5)

Faut-il les montrer ?

(EW) « … i l’ aveût d’vou rèpiter deûs fèyes … » (Sougnez,1985,9)

Il vait dû les envoyer à coups de pied deux fois ..

« Dju v’zu l’ vinrè dîre. » ; « i mu l’ vôve vini dîre. » (Remacle, 1937,64)

Je viendrai vous le dire ; il voulait venir me le dire.

« I l’ fåt rik’nohe, i balzinêye so totes lès cohes …  (…) I l’ fåreût louker plin d’èhowe.  (… ) » (Meurisse,1984)

Il faut bien l’admettre, il vagabonde sur toutes les branches. Il faudrait le regarder plein d’énergie.

(OW) « Més çoulà, djè nè l’ saureû fé qu’en walon, pace què ça vint dou fond dè m’ keûr. » (Willy Bal, in : Gaziaux,1987,7)

Mais cela, je ne l’aurais fait qu’en wallon, parce que cela vient du fond du cœur.

« (…) d’ssur lèye, o bâtit, o l’ put dîre, in

vilâdje. » (Renard,1890,56)

Sur elle, on construit, on peut le dire, un village.

(SW) « Âh ! Is m’ ont vlou fé passè po l’ rizêye dès djins ! » (Dedoyard,1993,13)

Ah, Ils ont voulu me faire ridiculiser par les gens !

« Du crère à ç’ fâs prétcheû /-là/, on l’ pout dîre, dj’ ê stî bièsse. » (Ninah l’ Ardennaise, Lu grand pârtèdje, in: Francard, 1982)

On peut le dire, j’ai été bête de croire ce faux prédicateur.

« On l’ va wâde po nos-ôtes, on va mostri à l’ Ârdène qu’ on l’ ême bin. » (Lhote J.-M., L’ Ârdène, AL)

On va la garder pour nous, on va montrer à l’Ardenne qu’on l’aime bien.

 

Différence 56

De même, « è » (en) et « î » se placent avant l’auxiliaire et le verbe principal.

  1. :

(EW) « Seûlemint, l’ baletrèye, (…), on n’ s’ î pout an’ner qu’ avou lès djins, … » (Maquet, 1987,41)

(F) Seulement, les plaisanteries, on ne peut s’y adonner qu’avec les gens…

 

Différence 57

Dans une infinitive négative introduite par « po », les pronoms personnels compléments se placent entre les deux éléments de la négation.

  1. : « po nè l’ nin dîre » (pour ne pas le dire); « po n’ lî nin rinde » (pour ne pas lui rendre)

 

(CW) « Tot qu’ èstèt meûr èt qu’ on rètère

Et qu’on rèture po nè l’ pus voûy. »  (Guillaume,2001,22)

(F) Tout qui était mûr et qu’on enterre de nouveau et qu’on enclôt pour ne plus le voir.

(EW) « Mi, qwand djè l’ veû d’ å lon, dji trèvåtche li route, po nè l’ nin creûheler. » (Lahaye Joseph, Monique, in: CW 6/99, p.97-100)

Moi, quand je le vois de loin, je traverse la route, pour ne pas le croiser.

 

Différence 58

Le pronom personnel complément direct se place devant l’adverbe de lieu « î ».

  1. : (W) Mwinrnez m’ î!: (F) Menez-y moi!

 

Différence 59

Le COD se place entre les 2 syllabes de « voci, volà, vor’ci, vor’là »:

 

(F) me voici, te voici, …

me voilà, te voilà, …

me revoici, te revoici, …

me revoilà, te revoilà, …

en voici, en voilà

en revoici, en revoilà

nous y voici, nous y voilà 

nous y revoici, nous y revoilà

vo-m’-ci

vo-m’-là

vo-m’-rici

vo-m’-rilà

vo-z-è-ci ;

vo-‘nnè-ci

vo-z-è-r’ci

vo-n’s-î-ci 

vos-n’s-î-r’ci 

vo-t’-ci

vo-t’-là

vo-t’-rici

vo-t’-rilà

vo-z-è-là ; vo-‘nnè-là

vo-z-è-r’là

vo-n’s-î-là 

vos-n’s-î-r’là 

vo-l’-ci

vo-l’-là

vo-l’-rici

vo-l’-rilà

 

 

 

 

vos-nos-ci

vo-nos-là

vo-nos-r’ci

vo-nos-r’là

 

 

 

 

vo-v’-ci

vo-v’-là

vo-v’-rici

vo-v’-rilà

 

 

 

 

vo-lès-ci

vo-lès-là

vo-lès-r’ci

vo-lès-r’là

 

 

 

 

 

Le pronom régime direct de « voci » et de « volà » ne les précède pas comme en français, mais s’intercale entre leurs composants, de même que le préfixe itératif « ri (ru-), re- »  : « vo-le-là » (le voilà), « vo-l’-rulà » (le revoilà), « vo-m’-ci » (me voici). (Remacle,1937,64)

  1. :

(CW) « Li côp d’ après, vo-l’-rilà avou on-ôte bokèt. » (A. Henin, CW 1/1980, p.4)

(F)  La fois suivante, le revoilà avec un autre morceau.

« Et vo-le-rilà su l’ pont, wê. » (Selvais,1998)

Et le revoilà sur le pont, tiens.

« Vo-z-è-là deûs qu’ ont ieû l’coradje di mostrer leûs-idéyes (…) » (Brener,1999 (1))

En voilà deux qui ont eu le courage de montrer leurs idées.

(EW) « …, vo-me-chal tot près dè l’ couhène dès sotês. » (Warnier,1988,22)

Me voici tout près de la cuisine des lutins.

« … c’ èst grâce à twè qu’ dj’ a vèyou tot çoula èt qu’ vo-me-rulà, (…) » (Feller C.,1906,135)

C’est grâce à toi que j’ai vu tout ça et que me revoilà, …

« Nôvimbe ! Vo-r’chal lu timps dès rèclames èt dès djouwèts dès grands magasins. » (Lès Waloneûs do payis d’ Sâm, in: Echos du Pays de Salm, nov. 2001)

Novembre ! Revoici le temps des publicités et des jouets des grands magasins.

« On såyerè di v’ fé creûre qui (…), qui (…), èt vo-‘nnè-chal èt vo-‘nnè-là … » (P.-H. Thomsin, Meûrs di papî, Vlan, s.d)      

On essaiera de te faire croire que (…), que (…) et en voici, en voilà …

« Vo-m’-î-là!  Dji creû bin qu’ i bètche, sès-se, asteûre. » (Grafé,1987,23)

M’y voilà ! Je crois qu’il mord à l’hameçon, sais-tu, maintenant.

(OW) « (…) Barbara lyi rèspond èyèt vè-le-là assis su in banc, (…). » (Quinet,1999,10-12)

Barbara lui répond et le voilà assis sur un banc.

« Vè-le-là l’ nouvèle conjugaîson: (…) » (Wins Raymond, Lès vèrbes …)

 

La voilà, la nouvelle conjugaison : …

vè-le-ci, vè-le-ci (le voilà, le voici), vè-l’zès-ci (les voici), … (Carlier, 1991)

 

(SW) « Vo-l’-là voye èn-amont. » (Ries Edouard, Li lîve do Bûtè, AL)

Le voilà parti en amont.

« Vou-t’-lès-là, wê, lès deûs tiènes qui s’ radjondant pou moustrer là pa yû qu’ l’ êwe-dë-Lèsse coûrt. » (O. Marchal, Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

Les voilà, tiens, les deux côtes qui se rejoignent pour montrer l’endroit où coule la          Lesse. (litt. : « te les voilà »)

 

Différence 60

Un nom sujet mis en évidence est répété par un pronom personnel accentué, puis encore par un pronom personnel normal.

ex.: (W) Jules, li, il î va.                      (F) Jules, lui, y va.

              Mi frére, li, i n’ fouye nin.           Mon frère, lui, ne bêche pas.

 

(CW) « Bèbêrt, li, il âré v’lu awè dès dwèts quate côps pus long. » (Wartique Edmond, in : W, 12,1954, p.154)       

(F)  Bébert, lui, aurait voulu avoir des doigts quatre fois plus longs.

« L’Acadèmîye Francèse, lèye, èle li vôreûve bin lomer “Zône Eûro”. » (Brener, 1999 (2))

L’Académie Française, elle, voudrait bien l’appeler « Zone Euro ».

 

Différence 61

Le wallon répète toujours le pronom accentué par lequel une proposition commence, le français parfois.

1 Sujet:  (W) Zèls, is n’ont rin dit. (F) Eux n’ont rien dit.   (NL) Zij hebben niets gezegd.

Mais:

2 Complément:

                      Zèls, djè lès raurè!         Eux, je les rattraperai.     Hun zal ik het betaald zetten.

 

  1. (W) Mi, dj’ î va. Li, i n’î sondje nin. Zèls, is n’ont rin.

      (F)  Moi, j’y vais.    Lui n’y pense pas.         Eux n’ont rien.

 

(CW) « Et zèls, is n’ avint pus qu’à moru, fin mièrseûs. » (Houziaux,1964,15)              

(F) Et eux n’avaient plus qu’à mourir, tout esseulés.

« Et djë l’zi aveû trëcoté èt l’zi fé fé à zèles ossë totès bounès lokes. » (Gaziaux,1987,306)

Et je leur avais tricoté et fait faire à elles aussi tous bons vêtements.

 

Différence 62

Les pronoms personnels sujets appartenant à différentes personnes sont répétés obligatoirement par un pronom personnel qui les regroupe.

ex.:

(W) Li èt mi, nos-î alans.                                     (F) Toi et moi y allons.

       Twè èt t’ man, vos l’ avoz dit.                             Toi et ta mère l’avez dit.

        Nu vos, nu mi, nos n’ è p’lans rin.                     Ni vous ni moi n’y pouvons rien.

        Mi fré èt mi, nos n’s-ènn’ ocuperans.                 Mon frère et moi nous en occuperons.

        Li èt s’ feume, il ont rèné tote leû vikaîrîye.       Sa femme et lui ont travaillé dur toute

                                                                                           leur vie.

 

(SW) « Meu frére èt mi, djeu nous batans souvint. »  (Twisselman,1994,21)

Mon frère et moi, nous battons souvent.

 

NB En néerlandais, « Mijn vrouw en ik, we hebben … » (S. Carmiggelt, Kunst en waarheid)

 

Différence 63

Alors que le français n’a pas de sujet pour « soit » dans « soit que », le wallon a un sujet pour « fuche » (ou « sôye », (EW) « seûye » ).

« Soit … soit … » correspond au wallon « fuche-t-i… fuche-t-i / ou », « seûye-t-i … seûye-t-i / ou… »

  1. : (W) Fuche-t-i qu’il èsteûve fayé ou qu’ i n’aveûve nin invîye.

        (F)  Il était soit malade ou il n’avait pas envie.

 

(CW) « Si c’ è-st-insi, purdoz l’ trin dè l’ ligne di Lèsse, sôye-t-i à Houyèt, sôye-t-i à Dinant! » (Houziaux,1964,13)

(F)  Si c’est ainsi, prenez le train de la Lesse, soit à Houyet soit à Dinant !

(EW) « Enn’ a-t-i vèyou passer dès djônès qu’ alît, seûye-t-i djouwer âs ‘gendarmes-voleûrs’ ou griper so lès-âbes, … » (p.91, in : Lambion René, Li vî crucefis, CW 4/59, p.91-95)

En a-t-il vu passer des jeunes qui allaient soit jouer aux gendarmes et aux voleurs, soit grimper aux arbres …

 

Différence 64

Le wallon emploie un verbe + adj. possessif + nom, alors que le français emploie « en » + verbe + article défini + nom.

ex.: (W) Il a s’t-aparince.      (F) Il en a l’apparence.

              Il a s’t-intèlijence.        Il en a l’intelligence.    

 

Différence 65

Le wallon n’a pas le pronom explétif du français: « l’ ».

ex.:  (W) S’ on vint.                                   (F) Si (l’) on vient.

                I faut qu’ on seûche.                        Il faut que l’on sache.

                S’ on-z-a faît                                   Si (l’) on a fini

                S’ on-z-î va, c’ è-st-asteûre.            Si (l’) on y va, c’est maintenant.

 

(CW) « S’ on mariéve one fème d’on vëladje d’ à costé, (…) on-z-i aléve. »  (Gaziaux,1987,151)

(F) Si (l’)on mariait une belle femme d’un village environnant, on y allait.

(EW) « Portant, s’ on vout bin drovi sès påpîres on pô pus lådjes, (…) on-z-èst tot èwaré dè d’hovri on hopê d’ bèlès mohones. »

Pourtant, si (l’)on veut bien ouvrir les paupières un peu plus largement, on est tout ébahi de découvrir  un tas de belles maisons.

(OW) « S’ on t’ a doné in bia visâdje,

(…) Wéte quand min.me di d’mèrer bén sâdje, (…) »  (Lardinois,1995,57)

Si on t’a donné un beau visage, / Veille tout de même à rester bien sage, …

(SW) « Dji n’ sé nin s’ on pout vrêmint loumer ça do l’ tchèsse ! » (Ries Edouard, Sacré foutu singlé, va !, AL)

Je ne sais pas si (l’)on peut vraiment appeler ça de la chasse !

 

Différence 66

Le wallon peut répéter le pronom personnel sujet devant « tot seû ».

ex.:  (W) Dj’ èsteûve mi tot seû.       (F) J’étais seul.

 

(CW) « Il èsteut li tot seû po s’ mète su lès rangs. » (Laloux Auguste, Lès Soçons, p.15)

(F) Il était seul pour se présenter aux élections.

« …, l’ deûzyin.me dîmègne, dj’ a bén sti më tot seû. ». (Gaziaux, 1987,161)

Le deuxième dimanche, j’ai bien été seul.

 

Différence 67

Le wallon a des propositions dans lesquelles des pronoms personnels sont sous-entendus.  Ce ne sont pas toujours les mêmes qu’en français.

  1. : (W) Dj’ î va. Dj’ îrè. (F) J’ y vais. J’ irai.

Mais :

Parfois, le pronom « i » (il) ou « is » (ils) n’est pas exprimé.

Ainsi, avec le verbe « falu » , le sujet impersonnel n’ est pas employé.

  1. : (W) Faut qu’ vègnenuche tortos.
  • Il faut qu’ils viennent tous.

 

(CW) « Faut qu’on crève vêci; gn-a nén one crosse qui trin.ne. » (A. Rousseau, in : CW 4/1971, p.70)

(F) Il faut qu’on crève ici ; il ne traîne pas une croûte.

 « Lès faleûve lèyi. » (Gaziaux,1987,69) 

Il fallait les laisser tomber.

(EW) « Fåt qu’ djè l’ dèye ådjoûrdu: dju va causer du m’ tère. » (Vanorlé Robert, Mu tère, p.28, in: Gaziaux,1998)

Il faut que je le dise aujourd’hui: je vais parler de ma terre.

(OW) « Pou r’chandi ç’ timp-là qu’ èst woute, / Nos faut ‘ne plène tchèréye dè bos. » (J. Spinosa, Tchic-tchac pèrnèlî, p.11)

Pour réchauffer ce temps qui est passé, il nous faut une grande quantité de bois.

 

Autres cas :

(CW) « I v’neûve cwêre dè bûre à nosse maujone po rapwârter à Brëssèle. » (Gaziaux,1987,141)

Il venait chercher du beurre chez nous pour le rapporter à Bruxelles.

« … quand fiéve mauvês, (…), l’ cë quë d’véve fé lès vôyes dë Djodogne, (…) è bén!, ‘l èstot nèyi quand ‘l arëvéve. » (Gaziaux,1987,152)

Quand il faisait mauvais, celui qui devait aller à Jodoigne, eh bien, il était percé quand il arrivait.

« Mins, ba, vaut mia n’ rén dîre qui d’ mau causer. » (Ed. Wartique, in : CW, 12, 1954, p.162)

Mais, bah, il vaut mieux ne rien dire que mal parler.

(EW) « Å mwinde pitit brût qu’ ètindéve, Noyé èsteût ås-aguèts, (…).» (Franck,1910,195-202)

Au moindre bruit qu’il entendait, Noyé était aux aguets.

« Mins dju m’ sovins qu’ ènn’ aveût dès-ôtes, … » (Grosjean Rodolphe, Raspågnans-ne!, p.96-97, in: W+ L)

Mais je me souviens qu’il y en avait d’autres.

« Nu d’mandez nin s’ lès payisans èstît abèyes à l’zî d’ner tot çou qu’ avît. » (Franck,1910,198)

Ne demandez pas si les paysans étaient prompts à leur donner tout ce qu’ils avaient.

(OW) (Fine / Irma / Tèrése) (3 feumes)

« – Irma : Vos n’ sârîz m’ in bayî ‘ne miyète ; (…). / – Fine : Avèz dè l’ chance, du sûs à l’ avance. » (Ecomusée,1985,19)

 

Tu ne pourrais m’en donner un peu.

Tu as de la chance, je suis à l’avance.

(SW) « Et s’ fré, quand l’ a vèyou arivé, si d’mandéve poqwè qu’ èlle av on noû tchapê. » (Dedoyard,1993,13)

Et quand il l’a vu arriver, son frère se demanda pourquoi elle avait un chapeau neuf.

« (…) lès v’là qu’ arivant à l’ voye du R’michampagne, (…) (Mars,2002,8)

Voilà qu’ils arrivent à la route de Remichampagne.

 

Différence 68

Quand une question contient un verbe à la 2e pers. du pluriel, le sujet n’est pas exprimé.

  1. : (W) Quand vêroz ?                Î avoz stî ?               L’ avîz d’djà vèyu ? 

        (F)  Quand viendrez-vous ?   Y êtes-vous allé ?     L’aviez-vous déjà vu ? 

 

(CW) « Avoz d’djà v’nu à Cêle ? » (Houziaux,1964,3)

(F) Etes-vous déjà venu à Celles ?

(OW) « Què fèyèz là, ô, vî cous’(…)? » (Dehaibe,27,1995)

Que fais-tu là, vieille branche?

« Et dîrîz bén pouqwè ? » (Petrez,1962,85-89)

Et vous diriez bien pourquoi ?

« Astez seûr qui lauvau rén n’ candje (…)? » (Mayence Robert, Grandiveûs, in: No payis d’ Châlèrwè, s.d)

Etes-vous certain que, là-bas, rien ne change?

(SW) « Di-d-doû divnez? » (Dedoyard,1998,8)

D’où venez-vous ?

 

Différence 69

Après la conjonction « qu(i) », on n’a pas le pronom personnel sujet 3e personne du masculin singulier (ou pluriel) précédant le pronom personnel complément « l’ » suivi d’une voyelle .

  1. :

(CW) « Is dîyenut qu’ l’ ont rovyî, … » 

(A. Robe, Faut qu’ djè lzeû dîye, in : Echo 12/04/79)

(F) Ils disent qu’ils l’ont oublié.

 

Différence 70

Le wallon omet obligatoirement le pronom personnel COD « li » ou « l’ » devant le pronom personnel COI « lî » ou « lzeû ». Ce pronom est souvent omis en français. (Remacle,1937,68)

ex.: (W) Djè lî dîrè.                                (F) Je (le) lui dirai.

              Nos lzeû avans dit.                        Nous (le) leur avons dit.

        (EW) Dju li a dit. = Dju l’zi a dit.       Je (le) leur ai dit.

 

(CW) « Faut qu’ djè lzeû dîye ! » (A. Robe, Faut qu’djè lzeû dîye, in: Echo, 12/04/1979)

(F) Il faut que je (le) leur dise.

« N-a dès côps qu’ ë n-a, lès cabaretis apwârtin’ on bokèt d’ dorêye à tot l’ monde së l’ place; lë cë qui d’mandéve à bwêre, is li apwârtin. » (Gaziaux 1987,234)

Parfois, les cafetiers apportaient un morceau de tarte à tout le monde sur la place ; celui qui demandait à boire, ils (le) lui apportaient.

 

Différence 71

Le pronom personnel « le », qui reprend une proposition, est omis en wallon, alors qu’il est généralement utilisé en français.

ex.: (F) « L’étape est beaucoup plus longue que Labarbe ne nous l’avait dit. » (A. Gide, Voyage 

              au Congo, p.141)

       (W) Li tape èst bran.mint pus longue qui Labarbe nos-avéve dit.

 

       (W) I n’ èst nin ossi bièsse qu’ on pinse.

  • Il n’est pas aussi bête qu’ on ne le pense.

 

Différence 72

La suppression complète du pronom personnel sujet postposé au verbe est caractéristique du wallon.

  1. (EW) Dji n’ so nin mètchant, savez ! (F) Je ne suis pas méchant, vous savez ! 

               C’ èst d’min, savez, qu’ i vinrè.            C’est demain, vous savez, qu’il viendra.

 

N.B. « Savez » est à considérer comme une sorte d’interjection, qui renforce l’affirmation. (Francard,1980,207)

 

(EW) « Marc èsteût l’ prumîr èfant dè l’ famile, parèt … » (P.-H. Thomsin, Li pus vî, Vlan, 23/5/89)

(F) Marc était le premier enfant de la famille, paraît-il…

 

Différence 73

Le pronom « li » s’emploie avec une valeur réfléchie.

ex.:

(W) Chakin / chake por li.                                     (F) Chacun pour soi.

       On-z-a sovint dandjî d’on pus p’tit qu’ li.            On a souvent besoin de plus petit

                                                                                      que soi.

       awè s’ tièsse da li : ièsse présint à li                      avoir sa tête à soi: être présent à soi.

       I l’ faut awè vèyu li-min.me po l’ crwêre.             Il faut l’avoir vu soi-même pour le

                                                                                      croire.

 

Différence 74

Le pronom personnel suivi d’un nombre et du nom des accompagnateurs montre l’unité mieux que la suite « nom de personne + accompagnateurs ».

ex.: (W) « nos deûs m’fi » marque mieux l’unité entre les personnes que « mi èt m’ fi ».

       (F) mon fils et moi

 

(CW) « Is causenut zèls deûs l’ pa. » (A. Laloux, Lès Soçons, p.69)

(F) Ils parlent, son père et lui.

 

Différence 75

Dans des exclamations, « nos »,  « vos », « ti »  se joignent étroitement à des substantifs ou à des adjectifs tandis qu’en français, on dira  « que vous êtes ».

  1. : (W) Â, vos, fénèyants! (F) Fainéants que vous êtes.

               Ti, voleû!                                                Voleur que tu es.

               Nos bièsses quu n’ s-èstans!                   Bêtes que nous sommes !

               Ouh, vos sâvadjes !                                 Sauvages que vous êtes !

               Vos p’tits mâhonteûs quu v’s-èstoz!        Impudents que vous êtes !

               Sacri vos bièsses!                                    Bêtes que vous êtes !

               Vos trwès-inocints !                                Vous, les trois innocents !

 

NB: Cette formulation existe aussi en allemand: « ihr Hunde! », « ihr Schurken! ». (Remacle,1937,43)

 

  1. :

(OW) « Et nos planterons co / Dins nos raclos, / Â, nos vîs sots! » (Bal Willy, p.24, in : Quéque fîye!, p. 23-24, W+ L)

(F) Et nous planterons encore dans nos enclos. Nous, les vieux fous !

(SW) « Vos chnapans qui v’s-èstez ! Mês dji m’ vindjerê ! » (Dedoyard,1993,15)

Vous, les chenapans ! Mais je me vengerai !

 

Différence 76

Dans une incise dont le sujet est un nom (« dit un tel »), le wallon emploie quand même un pronom.

ex.: (W)  Dins ç’ cas-là, di-st-èle mi man, nos n’ îrans nin.

       (F)   Dans ce cas, dit ma mère, nous n’ irons pas.

       (NL) In dat geval, zei mijn moeder, zullen wij er niet heengaan.

 

  • Nèni, di-st-i m’ papa. Adon, d’ha-t-i Hinri.

 (F)  Non, dit mon père.       Alors, dit Henri.   

 

(OW) « Atindez, di-st-i m’ frére, atindez co ‘ne miyète (…). » (Dulait,1946,9)

(F) Attendez, dit mon frère, attendez encore un peu.

(SW) « Bin qu’ èst-ce quu v’s-ons don à braîre inlà, ô, m’ valèt?, di-st-i l’ Bon Diu? » (Mahin, 1983)

Eh bien qu’avez-vous à pleurer ainsi, dit le bon Dieu ?

 

Différence 77

Le wallon emploie un pronom personnel ajouté pour exprimer une participation plus intense du sujet ou de son interlocuteur plus souvent qu’en français, qui ne l’emploie d’ailleurs jamais à la 3e personne.

ex.: (W) Dji m’ î va.                                                    (F) J’y vais.

              Dji m’ tè lî va dîre.                                              Je vais te le dire.

              Dji m’ tè lî va tchaussî one bafe è s’ nez.            Je vais le gifler.

              I m’ faut rèsponde à s’ lète.                                 Il faut que je réponde à sa lettre.

 

(CW) « Et s’ faut-i co moussî o l’ tchapèle en rotant èn’ èrî. » (A. Laloux, Lès Soçons, p.25)

(F)   Et il faut encore entrer dans la chapelle en marchant à reculons.

« Dji m’ lî va fé one botèye èt vos ‘nn î dôroz trwès couyîs à sope tos lès djoûs. » (Houziaux,1964,30)

Je vais lui faire une bouteille et vous lui en donnerez trois cuillerées à soupe tous le jours.

« … èt dji n’ ti sé tot qwè. » (id., p.16)

Et que sais-je encore.

 

Même avec un verbe réfléchi :

(CW) « Dji m’ va m’ achîr po sofler one miète. » (A. Bacq, Sovenances, p.1)

(F)  Je vais m’asseoir pour soufler un peu.

« Mins i t’ èst si bin adrwèt, â, l’ dèmoné bribeû … » (Laloux,1969,10)

Mais il est si adroit, ce diable de mendiant.

 

Différence 78

L’emploi du pronom personnel sujet suivi d’un nom d’une chose ou personne antécédent d’une relative est propre au wallon.

  1. : (W) Dj’ a l’ solia qu’ m’ asbleuwit. (F) Le soleil m’éblouit.

« Dj’ a » marque une participation plus intense du sujet que « i gn-a ».

 

Différence 79

Le pronom personnel s’ emploie après une conjonction , alors que le français emploie un pronom relatif.

ex.: (W) Djè l’ vèyeûve qu’ èlle ènn aleûve.  (F) Je la voyais qui partait.

 

Différence 80

Le wallon emploie un pronom personnel au lieu d’un relatif dans l’expression correspondant au français « comme qui dirait ».

ex.: (F)  « Comme qui dirait à  titre amical. » (J. Romains, Province, XXI, p.221)

       (W) Come vos dîrîz po on soçon.

 

Différence 81

Le wallon n’ emploie pas le « nous » emphatique pour ne désigner qu’une personne.

ex.: (F)  Nous avons voulu que ce livre soit autobiographique.

       (W) Dj’ a v’lu qui ç’ lîve-ci racontiche mi vikaîrîye.

 

Différence 82

Dans une question au conditionnel 2e personne du pluriel ou pluriel de politesse, le wallon peut placer les pronoms personnels COI et COD après le verbe conjugué.

  1. : (CW) « Dîrîz mè l’ ? » (L. Somme, Vîye di djin, p.30) (F)   Me le diriez-vous ?

       Mais aussi : « Mè l’ dîrîz ? »

 

Différence 83

Après un impératif, l’ordre des pronoms personnels en wallon est COI + COD, contrairement au français.

  1. : (W) Dinez mè le (ou : l’)!     (F) Donne-le moi.

                Rindoz mè le (ou : l’)!          Rends-le moi ! 

                Dijoz nos le (ou : l’)!            Dites-le nous !        

 

(CW) « Dinoz mè le; vos, tinoz l’ vèrdjon èt bobiner. » (Louis,1998)

(F)  Donne-le moi ; toi, tiens la canne à pêche et bobine.

« Ewou-ce?  Dis mè le, dji tè l’ dîrè! » (Laloux,1969,119)

Où ? Dis-le moi, je te le dirai !

(SW) « Bin, v’s-èstez bin catchète ! Mostrez nos le on pô ! » (Dedoyard,1993,11)

Vous êtes bien cachottière ! Montrez-le nous un peu !

 

Différence 84

Le pronom « è » du verbe « èraler » quitte sa place dans les temps composés et va se placer devant la forme de l’auxiliaire sous la forme « ènn » ou « ‘nn’ », parfois «  è » .

  1. : (W) Dj’ènn a ralé.  Is ‘nn ont ralé.   (F) Je suis retourné. Ils sont retournés.

 

(CW) « Dj’ è vou raler lâver mès-ouys … »

(A. Bacq, Sètcheû)

(F)  Je veux retourner me laver les yeux.

 

NB : « èraler » est à considérer comme un verbe composé de « è », de « r- »  (< « ri ») et de « aller ». En effet, au lieu de voir « è » devant un auxiliaire précédant le verbe principal, comme dans « il è faut co abate quate » (il faut encore en abattre quatre), on aura : « i faut co èraler on côp ci samwin.ne-ci » (il faut encore s’en retourner / repartir une fois cette semaine), à côté de « il î faut co raler on côp» (il faut encore y retourner une fois)

 

Différence 85

Le datif d’ obligation qui accompagne un pronom impersonnel sujet ne se rencontre pas en wallon; il est remplacé par une subordonnée sujet réel.

ex.: (W) I faut qu’ i l’ paye.   (F) Il lui faut la payer.

 

Différence 86

Le pronom personnel accentué accompagné de « min.me » (« mi-min.me, ti-min.me, … »), sujet, mis en évidence, doit être répété par le pronom personnel non accentué correspondant, ou encadré par « c’èst … qui … ».

  1. : (F) Lui-même y pensait.  (W) Li min.me, il î sondjeûve.

 

 

Différence 87

Le pronom personnel accentué accompagné de « tot(e) seû(le) » ne peut être seul, comme son correspondant français avec « seul », à moins qu’encadré de « c’èst … qui ». 

Il existe aussi une combinaison « gn-a qu(i) + pronom personnel accentué +  qui ».

ex.: (F) Lui seul l’ a fait.             (W) C’ èst li tot seû què l’ a faît. = Gn-a qu’ li què l’ a faît.     

             Lui seul est Dieu.                  Gn-a qu’ li qu’ èst l’ Bon Diè.

 

Différence 88

Le pronom « è » ne peut marquer un rapport de possession, ce que fait le français « en ».

  1. : (F) « Les poches en sont pleines de billets doux. » (Hugo, Ruy Blas, I, 2)

        (W) Sès potches sont plin.nes di doûs biyèts.

 

Différence 89

Le wallon n’ a pas les expressions françaises suivantes :

« en appeler à » (dimander justice à), « croyez m’en » (crwèyoz me (quand djè l’ di)), « si le coeur vous en dit » (si l’ keûr vos l’ dit), « il en est de même » (c’ èst l’ min.me), « il n’en est rien » (ci n’ èst nin l’ vraî, ou: ci n’ èst nin come ça), « c’en est trop » (ça va trop lon).

 

Différence 90

Le wallon emploie « è », alors que le français emploie « y ».

  1. : (W) Dji n’ è pou rin.  (F) Je n’y peux rien.

Le wallon sous-entend une préposition « de » (« è » = « di çola »), ce que l’on remarque dans la tournure pléonastique: « Dji n’ è pou rin d’ ça. »

Le français sous-entend « faire à » (« y » = « à cela »)

 

Différence 91

La nuance d’appartenance, rendue en français par un pronom personnel et l’article défini, se rend en wallon par des possessifs.

ex.:  (F) Les yeux leur sortent de la tête. (Le Bidois,T1,1971,47)

       (W) Leûs-ouys rèchenut foû d‘ leû tièsse.

 

Différence 92

ènnè et la négation

Avec « ènnè » (« ènn’ » devant voyelle ou nasale) (en), la négation est insensible en wallon. On dit : « dju n’ è vou nin »[1], mais « dj’ ènnè vou nin » comme « dj’ ènnè vou » ; « dj’ ènn’ a nin » comme « dj’ ènn’ a »; « is ‘nn’ ont nin » ,  « nos ‘nnè djans nin ». Aussi l’équivoque est-elle parfois possible : « i ‘nn’ îrè djà d’min » peut signifier 1° il s’en ira déjà demain; ou 2° il ne pourra pas s’en aller demain. (EW) (Remacle,1937,68)

 

  1. : (W) Dj’ ènn’ a pont. (F) Je n’en ai point.

               Dj’ ènn’ a mauy pont.           Je n’en ai jamais (aucun).

 

 (CW) « Nom di diâle! Tot rade dj’ ènn’ aurè pupont po Poldine. » (Laloux,1974,77)

(F) Que diable ! Bientôt, je n’en aurai plus pour Léopoldine.

(EW) « Dj’ a compté qu’ nos ‘nnè vinrîs måy à coron, mi, d’ cès steûles-là! » (Maquet,1987,11)

J’ai estimé que nous ne viendrions jamais à bout de ces étoiles !

 

Différence 93

Après « un(e) de », « un(e) d’entre », le français emploie « nous » et « vous »; le wallon emploie obligatoirement le pronom accentué « nos-ôtes » ou « vos-ôtes ».

ex.: (F) Un de nous est coupable.         (W) Gn-a onk di nos-ôtes qu’ èst coupâbe.

             Une d’entre vous l’a oublié.            Gn-a one di vos-ôtes què l’ a rovyî.

 

Différences 94-95

En wallon, après le verbe, un pronom personnel objet, répétant le plus souvent le sujet, précède l’adjectif numéral cardinal, l’adjectif de quantité ou l’adverbe.

  1. : (W) Nos-èstin.n nos quate.  Il èstin.n zèls deûs.   Po ça fé, i faut ièsse li mwintes.

         (F)  Nous étions quatre.       Ils étaient deux.         Pour faire ça, il faut être nombreux .

 

(CW) « Is rotin’ dëssës lès vëladjes zèls deûs. » (Gaziaux,1987,173)

(F) Ils marchaient tous deux dans les villages.

(EW) « Portant, il èstît leû bråmint là-d’vins, (…) qui n’ savît nin trop’ çou qu’ advinreût d’

zèls. » (J. Houbart-Houge, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

Pourtant, ils étaient beaucoup là-dedans, et ils ne savaient pas trop ce qu’il adviendrait d’eux.

 

On trouve aussi :

  1. : (W) Nos-èstin.n à quate. Il èstin.n à deûs.     Po ça fé, i faut ièsse à mwintes.

 

(CW) « Lès paurts n’èstint nin grosses, nos-èstins à noûf. » (Gillain,1932,141)

(F) Les parts n’étaient pas grosses, nous étions neuf.

(OW) « … pou bén bwâre, i faut ièsse à deûs. » (Hecq Marcel, p.32, in : El Mouchon d‘Aunia, 1, 2002)

Pour bien boire, il faut être deux.

 

Différence 96

Après un adverbe ou un complément circonstanciel, on ne fait pas d’inversion, mais on emploie un pronom impersonnel sujet apparent.

  1. : (W) Vêlà, i tchèyeûve dès bombes. (F) Là-bas tombaient des bombes.

 

(CW) « Au cwardia di s’ cingue, i pindeûve on grand dèmon d’ tchapelèt. » (Houziaux,1964,40)

Au cordon de sa ceinture pendait un très grand chapelet.

 

Différence 97

Le wallon place « ènn’ » devant le COD « î » (sg) ou « eû », alors que le français place « lui / leur » devant « en ».

  1. :

(CW) « Mins, si vos v’loz, dj’ ènn î causerè quand dj’ frè m’ tournéye pâr là. » (Laloux,1969,22)            

(F)  Mais, si vous voulez, je lui en parlerai quand je ferai ma tournée par là.

« Palmîre, li vèjène, ènn’ î cûtenéye deûs caburnéyes su l’samwin.ne. » (Laloux,1969,107)

Palmyre, la voisine, lui en cuit à l’étuvée deux grandes marmites par semaine.

 

Différence 98

« Vos » ou « ti » s’emploie avec une exclamation, comme pour prendre l’interlocuteur à témoin.

  1. : (W) Tènoz, vos! Ô, vos!            Oyi, vos!            Ô, ti!

        (F)  Tiens !                   Oh !                 Oui !                   Oh !

 

Notons en wallon une extension analogique propre à la conversation : « i parèt quu s’ fèye su va marier. » Réponse : « Ay twè! » ou « Ay vos ! » (litt. « Oui, toi ! », « Oui, vous »).

  1. : (EW) – Vos n’oûhîz nin duvou fé insi. (Réponse) – Nèni vos! 

        (F)  – Vous n’auriez pas dû agir de la sorte.                      – Non !

Ce n’est qu’après « ay » et « nèni », remarquons-le, que « twè » et « vos » peuvent s’employer de la sorte. (Remacle,1937,44)

Aussi, « i n’ sauréve, vos ! » (il ne pourrait pas (le faire)), « il a rèyussi, ti / twè ! » (il a réussi, dis !).

 

Différence 99

Après l’adverbe  « si » (La Gleize (EW) « su ») (= ainsi), le régime pronominal précède le verbe.

  1. :

(CW) Mindje èt si t’ taîs.

(F) Mange et tais-toi.

(EW) Prindoz-le èt su v’s-ul mètoz .

Prenez-le et mettez-le vous. (Remacle,1937,64)

(SW) « Moussèz èt s’ vous mètèz à voste auje, di-st-i ou Diâle. » (Louline Vôye, Lès vîyès crwayances, AL 24/1/84)

Entrez et mettez-vous à l’aise, dit-il au diable.

 

(cf aussi 3.6 adverbe et 4.8.2 conjonction de coordination )

 

Différence 100

La tournure impersonnelle foisonne, et elle possède une grande souplesse.

  1. : (W) I lût l’solia. I sofèle on p’tit vint.    I sone à mèsse.                I sone doze eûres.

        (F) Le soleil luit.  Un petit vent souffle.   On sonne pour la messe. Douze heures sonnent.

Egalement, « i vûde » (il pleut à verse), « i vint dès fîes » (il arrive), « i parèt » ou « il avise » (il paraît), « i pout bin ariver  dès grous » (il est possible que des grues arrivent), « i s’apontih po toumer one saqwè » (il va tomber qch., il va pleuvoir), « i s’ monte / i s’ duhind fwêrt » (la route monte, descend fort). (Remacle,1937,67)

  1. :

(CW) « Poqwè-ce qu’ i sone li transe / Dins l’vint qui rauye lès fouyes ? » (A. Bacq, D’ayîr èt d’odjoûrdu, p.13)

(F) Pourquoi le glas sonne-t-il / Dans le vent qui arrache les feuilles ?

(EW) « I tchèssîve on såvadje vint d’ Lovaye.» (Grafé,1987,26-27)

Un vent sauvage de Louvain (vent d’ouest) soufflait.

 

Différence 101

En wallon, on ne place pas un pronom personnel COI devant un participe passé. Il se place après.

  1. : (F) un endroit à elle connu  (W) one place coneuwe di lèye

              la permission leur accordée                     li pêrmission qu’on lzeû aveûve diné

 

[1] En centre-wallon, nous avons « dj’ è vou » (j’en veux), « dji n’ è vou pont » (je n’en veux pas).

 

 

4.4.2 Le pronom réfléchi

 

Différence 102

Utilisation d’un pronom réfléchi en français, pas en wallon.

purdjî :        purger          –     fé _ : se purger            

gârgariser :  gargariser    –     fé _ : se gargariser

 

Différence 103

Le pronom personnel réfléchi se met toujours entre le sujet et le verbe.

  1. : (W) Et s’ vos v’ volez fé médecin, …

        (F)  Et si vous voulez vous faire médecin, …

 

(CW) « Ratind cor on djoû ou deûs!  Li têre si va sgoter. » (Laloux, in: CW 10/1971, p.166)

(F) Attends encore un jour ou deux ! La terre va sécher.

(EW) « Ele s’ åreût polou plinde (…). » (Thomsin Paul-Henri, Elle åreût polou, Vlan Liège 4/4/89)

Elle aurait pu se plaindre.

(SW) « Is lès-î falot toudi lèyu assez longtimps pou la scwâce su bin sêwer. » (Mahin,1984,43)

Il fallait toujours les laisser assez longtemps pour que l’écorce puisse sécher.

 

Différence 104

Dans une infinitive introduite par une préposition, le pronom réfléchi se met devant les infinitifs.

  1. :

(CW) « Ulisse, li, (…), i s’ dimandeut èwou s’ polu aler catchî. » (Avou l’ bondjoû da Fèrnandèl, VA, 01/09/01)

(F) Ulysse, lui, il se demandait où il pouvait aller se cacher.

 

Différence105

Le pronom réfléchi, même accompagné de « è », se place toujours entre les deux parties de la négation dans une subordonnée infinitive.

ex.: (W) (F)

              Il èsteûve mwinre à n’ s’ è nin fé one idéye.           Il était maigre à ne pas se figurer.

              po n’ si nin boudjî.                                                  pour ne pas se bouger.

              I s’ a coûtchî po n’ si pus jamaîs rastamper.            Il s’est couché pour ne plus jamais

se relever.

 

Différence 106

Dans une infinitive introduite par une préposition et qui contient un adverbe, le pronom réfléchi se met devant celui-ci.

  1. :

(CW) « Bin dè l’ chance, zèls, di s’ co rafyi après l’ anéye qui vint ! » (Laloux,1974,121)

(F)  Ils ont bien de la chance, eux, d’encore se réjouir à l’avance de l’année prochaine !

 

Différence 107

Le pronom réfléchi ne correspond pas toujours nécessairement au pronom sujet. Au pronom sujet « vos » correspond souvent, le pronom réfléchi « si ».

  1. : (W) C’ èst vos qui r’clame, èt ûler èt s’ mwaîji.

        (F)  C’est vous qui réclamez, hurlez et vous fâchez.

Egalement :

(CW) « Et si c’ èst mi qui s’ brouye, dji vous co bin payî l’ toûrnéye ! » (Humeur, VA, 15/09/01)

(F) Et si c’est moi qui me trompe, je veux encore bien payer la tournée.

 

 

4.4.3 Le pronom réciproque

 

Différence 108

Le pronom réciproque s’utilise en wallon sans l’article défini devant le premier élément.

Ainsi, « onk ou l’ôte » (l’un ou l’autre), « onk èt l’ôte »  (l’un et l’autre). cf Synt. différence 2.

ex.:

(CW) « … astok onk di l’ôte, … » (Laloux,1969,60)

(F) l’un à côté de l’autre

(EW) « On féve doguer lès gotes eune asconte di l’ ôte. » (Vandamme 1987,9)

On choquait les verres de goutte les unes contre les autres.

(OW) « Mès lapins ont dès panses d’ iau, is féstèt « cwik » iun après l’ aute. » (Dict. du Centre, p.83)

Mes lapins sont atteints d’ascite, ils crèvent les uns après les autres.

(SW) « … lès gamins, toudi toûrsiveûs, su calounièt îke l’ ôte avu dès sokês d’ nèdje. » (Culot Calixte, La sorcière, AL)

Les garçons, toujours madrés, se lançaient des boules de neige.

« … ni teumans nin au ravêrs s’ i l’zî arive du chliguè un cöp u l’ ôte. » (Mouzon,1985,10)

Ne tombons pas à la renverse s’il leur arrive de glisser l’une ou l’autre fois.

 

Différence 109

En wallon central, notamment, le wallon peut aussi placer à l’avant la préposition qui amène le pronom réciproque; le français la place toujours au milieu.

  1. : (W) On n’ lès vèt mauy sins-n-on l’ôte. (F) On ne les voit jamais l’un sans l’autre.

                après-n-on l’ôte                                                 l’un après l’autre.

                Is travayenut po-n-on l’ôte.                              l’un pour l’autre

                Rotez padrî-n-on l’ôte.                                     l’un derrière l’autre

 

(CW) «  … Di sinte nos-ouys si sowaîtî / A-n-on l’ôte do keûr po l’ djoûrnéye ? » (Andrée Bacq, D’ ayîr èt d’ odjoûrdu, p.43)

De sentir nos yeux se souhaiter l’un à l’autre du cœur pour la journée ?

« Djan-Pière èt Marîye, sèrès conte-n-on l’ ôte. » (Houziaux,1964,30)

Jean-Pierre et Marie, serré l’un contre l’autre.

« On v’s-atauchéve co à l’ vîye môde

èt vos spoter rén qu’ su l’ maniére

di (…) mète vos pîds divant n-on l’ ôte. » (Gilliard Emile, Silicose Valley & Tchôk(e)mwâr, SLLW 1989, p.24)

On vous abordait à l’ancienne mode et on vous donnait nu surnom rien que sur la manière de mettre les pieds l’un devant l’autre.

 

 

4.4.4 Le pronom possessif

 

Différence 110

Chose typiquement wallonne, les formes toniques s’emploient après la préposition composée « da » (di + à) qui marque la possession : « c’ èst da mîne, da tîne », « da sîne », « da nosse », « da vosse » (mais « da zèls ») (EW). (Remacle,1937,45)[1] 

  1. :

(EW) « Qu’ èst-ce qu’ is sont co, lès mots, / mès mots da mène qui fèt d’ l’ èspwêr? » (Lisa Chastelet, Dji djowe, p. 43, in: W+ L)         

(F) Que sont-ils encore, les mots, / mes mots à moi qui donnent de l’espoir ?

(SW) « Djeu l’ sé mî qu’ ti pisqueu c’ èst da mîne. » (Twisselman,1994,98)

Je le sais mieux que toi parce que c’est à moi.

 

 

4.4.5 Le pronom démonstratif

 

Différence 111

Le wallon, du moins le centre-wallon, fait une différence entre :

1 Ca èst vêci. = Çola s’ trouve vêci.  (F) C’est ici.

2 C’ èst vêci. =  Li place èst vêci.      (F) C’est ici.

  1. : (W) Ewou-ce qui ça èst ? – Ça èst vêci .  (F) Où est-ce ? – C’est ici.

               Ewou-ce (qui ça s’a passé ?)  – C’èst vêci.          Où (cela s’est-il passé) ? – C’est ici.                   

 

               Vos cachîz après èt ça èst vêci !                          Vous le cherchez et c’est ici !

               N’alez pus lon, c’èst vêci.                                    N’allez pas plus loin,  c’est ici !

 

Différence 112

L’adjectif possessif peut déterminer un pronom démonstratif.

  1. : (W) Vos canadas sont bons, mins dj’in.meûve mia vos cias d’ l’ anéye passéye.[2]

        (F)  Vos pommes de terre sont bonnes, mais je préférais celles de l’année dernière.

 

Différence 113

L’adjectif démonstratif peut être sous-entendu dans une maxime.

  1. : (W) Faît qu’i sét, faît qu’i dwèt.

        (F)  Qui fait ce qu’il peut, fait son devoir / ce qu’il doit faire.

 

Différence 114

« Tous ceux qui … »  = (W) « tot quî qui  … »

  1. :

(CW) « On mousseut è l’ maujon, tot quî qu’ aureut v’lu … (Laloux, in: CW 10/1964, p.219)

(F)  Tous ceux qui auraient voulu entraient dans la maison.

 

Différence 115

Il faut noter l’emploi de « çoula » (CW : « çola », « ça ») (cela) dans des phrases du type :

« dj’ ènn’ arè çoula pus’ » (j’ en aurai d’ autant plus), « i frè çoula mèyeûr » (il fera d’autant meilleur). (EW) (Remacle,1937,47) Aussi : « c’ èst todi ça d’ pus ».

 

Différence 116

En wallon, le pronom « ci » (çu, çou) suivi du relatif « qui » correspond parfois au français « comme ».

  1. :

(CW) « Ci qu’ c’ èst quand on a studî : on lès trouve totes ! » (p.371, in : Pirot Jules, Li fârce d’à Rigolèt, p.367-375, in : Piron,1979)

(F) Comme c’est quand on a étudié : on les trouve toutes !

(OW) « Çu qu’ on da djà pârlè. » (Arcq Robert, Lès coqs, p.17, W+ L)

Comme on en a déjà parlé.

(SW) « Cê qu’ dj’ avo bon (…) bin adjoké së mès skis. » (Marchal Omer, Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

Comme j’avais du plaisir (…) bien calé sur mes skis.

 

Différence 117

Le wallon « ça » suivi de « faît qui » correspond à « il » en français.

  1. :

(SW) « Ça fwaît quu: on s’ è décidé d’ aler trovu la Magrite do vî marchau. » (Louline Vôye, Marîye à l’ trique, AL)

(F) Il se fait qu’on s’est décidé à aller trouver la Magrite du vieux maréchal-ferrant.

 

Différence 118

Au français « ceux-ci », « ceux-là », … peuvent correspondre les formes « cès-voci », « cès-volà » (EW).

  1. :

(EW) « Lu pére Noyé, tot lès vèyant o s’ coûr, / Su d’manda bin, sont-is fous cès volà. » (ELGE, Lu cadau do pére Noyé, in: Echos de St.-My)

(F) En les voyant dans son cœur, / Le père Noël se demanda s’ils étaient fous, ceux-là.

 

Différence 119

Le pronom démonstratif « li ci » (li cia) peut être utilisé sans déterminant.

  1. :

(CW) « On catolëke, i s’ tént mia qu’ on-ôte.  Mins n-a dès cës qu’ féyenèt l’ cë. »  (Gaziaux,1987,249)

(F) Un catholique, il se tient mieux qu’un autre. Mais certains s’affichent tels.

 

[1] Cet emploi propre au wallon résulte sans doute de la contamination de deux types de tournures . « c’ èst mîne » (c’est mien) et « c’ èst da mi » (c’est à moi), contamination favorisée par une certaine ressemblance phonétique des expressions synonymes. Cette solution paraîtra plus plausible encore si l’on songe qu’à la 3e personne du pluriel, le possessif ne remplace pas le personnel. On ne dit pas * « c’èst da leûr » mais « c’èst da zèls » (à eux). C’est que là le croisement « c’èst leûr » + « c’èst da zèls » n’était pas favorisé par l’affinité des sons. (Remacle,1937,45)

 

[2] En CW : « c’ èst da mi, da twè (ou ti), da li, da nos, da vos, da zèls ».

Notons aussi l’emploi très souple du substantif, notamment de « çou », devant les prépositions « du » ou « da » marquant la situation ou la possession : « çou da nosse » (ce qui nous appartient). (Remacle,1937,46)

 

 

4.4.6 Le pronom relatif

 

Différence 120

Le pronom relatif suit toujours immédiatement son antécédent.

ex : (F)  « Ces puissantes figures ont disparu, qui combattaient pour la Vierge de Sion. » (M.

              Barrès)

       (W) Lès fwârts qui fyin.n’ li guêre po l’ Viêrje di Siyon ont disparètu.

 

Différences 121-123

« Qui » est souvent déterminé par un mot de la relative qu’il introduit, par un pronom ou un adverbe personnels, par un possessif, un adverbe.

 

1 Différences 121-122

(F) 1) dont : a) complément d’un nom /pronom : (W) qui + adj. poss. (3e p. sg. ou pl.)

  1. b) complément d’un verbe : qui + è(nnè), qui + di li

      2) lequel                                                                  qui

      3) auquel                                                                 qui + COI

      4) duquel                                                                 qui + adj.poss.

 

1) Dont

  1. a) complément d’un nom /pronom en français

Le pronom relatif « dont », complément déterminatif, correspond au wallon « qui + un adj. poss. de la 3e p. du sing. ou du pl.» (si, s’, sès, sès- ; leû, leû-z-, leûs, leûs-).

  1. (F) le cheval dont la patte est cassée  (W) li tch’vau qui s’ pate èst câsséye

           les neveux dont je connais l’âge            lès nèveûs qui dj’ conè leû-z-âdje

           l’ ome qui s’ fi a v’nu                               l’homme, dont le fils est venu

           l’ ome qu’ il a mârié s’ fèye                     l’homme dont il a épousé la fille

 

(CW) « Mm, qui ça sint bon! Dès fêsans qu’ on l’zî a lèyî leûs ploumes dè croupion, … » (Prigneaux,1985,93)

(F) Mm, comme ça sent bon ! Des faisans auxquels on a laissé les plumes du croupion …

 (EW) « I rèsson.ne ås scriyeûs qui leûs mots vôrin wårder li sov’nance di tot çou qui passe. » (Joachim,1988,7)

Il ressemble aux écrivains dont les mots voudraient garder le souvenir de tout ce qui passe.

« … tos lès cis qu’ on l’zî a hapé leû paletot, c’ èst dès djins dè l’ hôte! »  (Maquet,1987,173)

Tous ceux dont on a volé le manteau sont des gens de la haute société !

(OW) « Ele ît come in pîd d’ vigne qui n’ done pupont d’ roûjins èt qu’ sès fouyes ont tcheû (…). » (Bal,1998,83)

Elle était comme un pied de vigne qui ne donne plus de raisins et dont les feuilles sont tombées.

(SW) « L’ ome quu sa gade avot bèroûdè dins l’ raviêr. » (L. Mahin, AL 6/9/83)

L’homme dont la chèvre avait dégringolé dans le ravin.

 

  1. b) Dont , complément d’un verbe en français

On emploie « qui » + « di li ».

  1. :

(EW)« In-ome qu’ on riyéve di lu (…)

qu’ on riyéve avou lu po n’ nin s’ fé passer po dès rèscoulés! » (P-H. Thomsin, Pène èt foyous, Vlan Liège 5/4/90)

(F) Un homme dont on riait, avec lequel on riait pour ne pas se faire passer pour des demeurés.

 

On emploie aussi dans ce cas « qui + ènn’ ». (cf 4.4.6)

  1. : (W) lès meûbes qu’on ‘nn a dandjî.      (F) les meubles dont on a besoin

 

(CW) « Ça nos-a faît sondjî à l’èconomisse qui Georges Duhamel è d’viseûve, … » (Selvais,2001)

Cela nous fait songer à l’économiste dont parlait Georges Duhamel…

(EW) « Èt volà k’mint qu’ finiha l’ vicårêye du cès treûs brigands qu’ ô ‘nn’ a tant djåsé. » (Franck,1910, 195-202)

Et voilà comment finit la vie de ces trois brigands dont on avait tellement entendu parler.

 

2) Le pronom relatif « lequel » correspond au wallon « qui ».

  1. : (F) J’ai vu ton père, lequel a fait semblant de ne pas me voir.

        (W) Dj’ a vèyu vosse pa, qu’ a faît chonance di m’ nin vôy.

 

3) Le pronom relatif « auquel » correspond au wallon « qui + COI».

  1. : (F) la fille à laquelle je l’ai donnée                     (W) li bauchèle qui dj’ a d’né

                celui auquel je me suis fié.                                   li cia qui dj’ m’a fiyî à li                  

                l’ homme à qui / auquel je dois de l’ argent          l’ ome qui dj’ dwè dès caurs  

 

(EW) « … i fêt come li caracole qu’ on vout fé dès mamêyes so sès cwènes. » (Thomsin Paul-Henri, Mondiale, in : Vlan 19/6/90)

(F) Il fait comme l’escargot que l’on veut caresser sur les cornes. (littér. : à qui)

(OW) «  …èle a fwèbli one miyète au côp come ène lampe què l’ wîle manke. » (Bal,1998,47)

Elle a faibli un peu à la fois comme une lampe à laquelle il manque de l’huile.

(SW) « Mês brâmint dès-oûtes crwayant bin qu’ ç’ astét l’ min.me mendiant què Sint Mârtin avét d’né la mîtan dè s’ manté. » (Poncelet Jean-Michel, Lès Blancs Cayoûs, AL)

Mais beaucoup d’autres croyaient bien que c’était le même mendiant à qui saint Martin avait donné la moitié de son manteau.

 

4) Le pronom relatif « duquel » (de laquelle, desquels, desquelles) ( correspond au wallon « qui + adj. poss.», voire sans adjectif possessif.

 

  1. : (F) le fermier duquel j’ai épousé la fille    (W) li cinsî qu’ dj’ a mârié s’ fèye

 

(CW) « S’ on mariéve one fème d’on vëladje d’ à costé, qu’ ë n-avot place à s’ maujone po-z-i aler, è bén! on-z-i aléve. » (Gaziaux,1987,151)

(F) Si l’on épousait une femme d’un village à côté, dans la maison de laquelle il y avait de la place, eh bien on y allait .

(EW) « Ine hôte bårîre qu’ èsteut scrît so ‘ne plantche: “Berk Werk – Wohnlager” èt so ine ôte: “Arbeit macht frei.” » (Houbart-Houge Jeanne, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

Une haute barrière avec une planche sur laquelle il était écrit « .. » et sur une autre : « … ». (littér. : sur une planche de laquelle)

 

Différence 123

2 Quand le français emploie des expressions avec lequel ou qui précédés d’une préposition, le wallon dit : « qui … avou (li), qui .. . por li, qui … sins (li), qui … dissus (ou « qui … sur li ») », etc…[1]

  1. :

(CW) « A paurti do côp qui vint, èles vont aurder, totes lès sawminnes leû papî do magasin qui c’èst scrît d’ssus ç’ qu’ èlles achetéyenut èt l’ pris qu’ èles payenut. » (Humeur, VA, 15/09/01)

(F) A partir de la prochaine fois, elles vont garder chaque semaine leur papier du magasin sur lequel il est écrit ce qu’elles achètent et le prix qu’elles paient.

« Marîye, vos bètchs sintenut bon l’foûr èt lès fètchêres qu’ on s’achîd d’dins. » (E. Gilliard, in : CW 5-6/1964, p.152)

Marie, vos baisers sentent bon le foin et les fougères dans lesquelles on s’assied.

« Si camarâde di Sint-Djurau qu’ il a stî sôdâr avou. » (Gillain,11)

Son ami de Saint-Gérard avec qui il a été soldat.

« On pwârteûve deûs dorêyes (, …) à dès cës qu’ on conëcheûve, qu’ on-n-aveût à veûy avou (des relations) èt à dès cës qu’ èstin’ dë dou (…). » (Gaziaux,1987,229)

On portait deux tartes à des personnes que l’on connaissait, avec qui on avait des relations, et à des personnes qui étaient en deuil.

« one /taute/ (…) quë l’ côrén avot courë djës » (Gaziaux,1987,229)

une tarte hors de laquelle le jus avait coulé

(EW) « (…), turtos, nos djêrans so cisse loumîre-là ((…) qui nos n’ polans viker sins. » (Maquet,1987,171)

Tous, nous désirons ardemment cette lumière sans laquelle nous ne pouvons vivre.

« (…) is (…) d’hindèt insi l’ civîre quu l’ paralisé èsteût couké sus. » (Lecomte,2001,6)

Ils descendaient ainsi la civière sur laquelle était couché le paralytique.

(OW) « /èl/ pètit cayè d’ èscolî què dj’ aveû scrît d’dins » (Bal,1998,87)

le petit cahier d’écolier dans lequel j’avais écrit

 

Différence 124

Le pronom relatif prépositionnel, dont l’antécédent est un nom de choses, est le même que quand l’antécédent est un nom de personne.

  1. : (W) l’ome qui dj’ compte dissus. (F) sur qui

               li sudjèt qui dji scrî d’ssus.            sur lequel

 

Différence 125

Nous disons « qui … î » pour le français « à quoi ».

  1. (W) Dji m’achîdeûve su one dès bones qu’ on-z-î amare lès batias (= qu’ on-z-amâre lès

             batias avou.).

      (F)  Je m’asseyais sur une de ces bornes à quoi l’on amarre les bateaux. 

 

Différence 126

En wallon, l’ ellipse de « ci » devant « qui » ne se fait pas.

  1. : (F) « Mais ce pique-nique avec la mort …, voilà qui atteint les limites de l’horreur. »

              (Constantin-Weyer, Un homme se penche, IV)

        (W) Mins ç’ pike-nike-là avou l’ mwârt,…, volà ç’ qu’ avint auzès limites di l’ oreûr.

 

Différence 127

« Qui » en tant que sujet de la subordonnée doit toujours avoir un antécédent pour commencer une proposition. Celui-ci est un pronom démonstratif ou « quî ».

ex.: (F)  Qui dort dîne.

       (W) Li cia qui dwat n’ a nin dandjî d’ mindjî.

 

(F) Pour qui … : (W) 1 po l’cia qui; 2 po quî qui ; 3 po quî:        

1 po l’cia qui :

(F)  « Pour qui ne craint point, il n’est point de prodiges. » (Malherbe, Poésies, LXXIV)

(W) Po l’ cia qu’ n’ a nin peû, gn-a rin d’ saîsichant.

 

(SW) « Lu cé qui s’ crwat par trop fèl, (…) / I n’ lî faut ni grand tchöse pou qu’ i s’ rutrouve à têre. » (Mouzon R., Lu tchin èt lès djonkês, in: Récitations wallonnes, 1, 1984

(F) Qui se croit trop adroit, peut facilement se retrouver par terre.

 

2 po quî qui : 

(CW) « Vêci, I gn-a dè l’bèsogne po tot quî qu’ è vout. » (J. Doumont, in : Novèles, 1/1982, p.19)

(F) Ici, il y a de la besogne pour qui en veut.

(OW) « (…) djè warde, (…) / Pou quî què l’ cièl m’ avoûye, ène saquè d’ toudi près’. (Renard,1890,75)

Je garde, pour qui le ciel m’envoie, quelque chose de toujours prêt.

 

Mais il existe certaines formulations du genre de: (W) Î vaye quî vout.   (F) Y va qui veut.

 

Différence 128

 « Qui » en tant que complément d’ objet doit lui aussi avoir un antécédent (le pronom démonstratif  ou « quî »).

  1. : (F) Envoyez qui vous voudrez.         (W) Evoyîz   quî qu’/ li cia qu’   vos vôroz.

 

(F)  « A qui venge son père, il n’ est rien d’ impossible. » (Corneille, Le Cid, 417)

(W) Po l’ cia qui r’vindje si pa, (i) gn-a rin d’impossibe.

 

Différence 129

« A qui mieux mieux »: (W) « au mia », « au pus »

ex.: (F)  « Ils rendaient les baisers à qui mieux mieux. » (R. Boylesve, Enfant balustr., I, ch.3 

              (Le Bidois,T1,1971,298))

       (W) Is rindin.n lès bètchs au mia.

 

Différence 130

« Qui … qui … » distributifs n’existent pas en wallon.  On dit « onk … onk … »  ou « onk … on-ôte … » au singulier, « dès cias … dès cias …. », « dès cias …. d’s-ôtes …. », au pluriel.

  1. : (F) « Ils avaient perdu qui leur couronne, qui leur sceptre, qui leur pourpre.” (H. Gautier,

              Capitaine Fracasse, XIX)

        (W) Il avin.n pièrdu, dès cias leû courone, dès cias leû sèpe, dès cias leû pourpe.

 

Différence 131

Le wallon n’emploie pas de pronom relatif directement après « comme » ; il intercale « onk (one), one saquî, on-ome, one feume, on-èfant ; one djin, one saqwè », etc.

  1. : (F) « … le corps un peu penché, comme qui va tomber. » (P. Loti, Pêcheurs d’Islande,

              p.168)

       (W) « … avou s’ cwârps one miète clincî, come onk qui / one djin qui /  one saquî qui /

               on-ome qui / one feume qui va tchaîr. »

 

(SW) « …, lu v’là vouye pou lès p‘tites trukes, come leu cé qui n’ è riè à su r’protchè.» (Culot Calixte, Les Paukes du Zîré, AL)

(F) Le voilà parti pour les petites pommes de terre, comme qui n’aurait rien à se reprocher.

 

Différence 132

Le relatif ne peut être séparé de son antécédent par une conjonction.

ex.: (F) « …depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent » (La Bruyère,

             caractères, I, 1)

       (W) « Dispûs ‘là pus d’ sèt’ mile ans qu’ i gn-a dès djins èt qu’ is pinsenut. » ou « … èt

              dès djins qui pinsenut ».

 

Différence 133

Nous employons « come si » + un pronom personnel ou « on » quand le français dit « comme qui dirait ».

ex.: (W) Si cwèfure nos l’ a faît r’waîtî; c’ èsteûve come si vos dîrîz (ou : come vos dîrîz) on

              turban.

       (F)  Sa coiffure attira nos regards, c’était comme qui dirait un turban. 

 

Différence 134

Le wallon n’a pas d’inversion après « que » attribut.

  1. : (F) les obstacles que sont les parents  (W) lès-astaudjes qui lès parints sont

 

Différence 135

Dans une exclamative, après l’ adjectif exclamatif, l’ adjectif qualificatif et le nom, le wallon emploie « qui » ; le français n’ emploie pas de forme correspondante.

  1. : (W) Qué bia gamin qu’ vos-avoz ! ou : Qué bia gamin qui v’s-avoz !

        (F)  Quel beau garçon vous avez !

 

[1] Autres exemples : « c’ èsteût on-ovrî qu’ is ‘nn’ èstint contints » (c’était un ouvrier dont ils étaient contents), « qu’ is-i t’nint bêcôp » (auquel ils tenaient beaucoup), « ci qu’ i li fât totes sès ploumes po voler » (c’est qu’il lui faut toutes les plumes pour voler), « tot çou qu’ on n’ è freût djà rin » (tout ce dont on ne saurait rien faire); « ci quu v’ djàzîz avou » (celui avec qui vous parliez), « po l’ ci qu’ c’ èst s’ gos’ » (pour celui de qui c’est le goût), « c’ è-st-one djint qu’ on s’ pout fyi sus » (c’est une personne à qui l’on peut se fier), « c’ è-st-onk quu dj’ a djà bêcôp vèyou ç’ rotèdje-là » (c’est une personne dont j’ai déjà beaucoup vu marcher), « i djâzéve du l’ rôse quu v’s-av’ avou ci mâ-là si longtins » (il parlait de l’érésypèle dont vous avez eu le mal pendant si longtemps). Dans ces deux dernières phrases, la  subordination n’ est pas seulement marquée par « quu », mais aussi par la locution démonstrative « ci… -là ». (EW) (Remacle,1937,§ 41)

 

 

4.4.7 Le pronom interrogatif

 

Différence 136

Alors que la différence d’emploi entre « qui? » et « qu’est-ce qui ? » est floue en français, le wallon n’emploie « quî ? » que 1) pour faire répéter ; 2) après une préposition, sinon, il emploie « qu’ èst-ce qui ? ».

 

« Quî » , sujet, ne s’emploie donc que seul, dans une question après une déclaration. 

  1. : (W) Gn-a one saquî qu’ a v’nu. – Quî ? (on veut savoir)

        (F) Quelqu’un est venu. – Qui ?      

 

        (W) Gn-a Jules qu’ a v’nu. – Quî ?  (on n’a pas bien entendu)

        (F)  Jules est venu.  – Qui ?    

 

        (W) Dijoz-me quî !                               (F)  Dis-moi qui ! 

               Après quî qu’ èlle ènn’ a ?                    Contre qui est-elle fâchée ?

               Qu’ èst-ce qui vêrè d’mwin ?                Qui viendra demain ?

               (pour s’informer ou faire répéter)

               Qu’ èst-ce qu’ a v’nu ? (id.)                  Qui est venu ?

 

NB : « Quî qu’ a …? » (pour faire répéter uniquement)

  1. : (W) « – Qu’ èst-ce qu’ a v’nu ? » « – Jules. » > « –  Quî qu’ a v’nu ? »

        (F)  Qui est venu?   – Jules. > – Qui (donc) est venu ?      

 

Différence 137

« Liquéke, au quéke, dau quéke » ne sont jamais relatifs mais toujours interrogatifs.

En français, « lequel, auquel, duquel » sont interrogatifs ou relatifs.

  1. :

(W)  Dj’ a lî on lîve. – Liquéke ?                            (F) J’ai un livre. Lequel ?

Dijoz-me au quéke qui v’s-avoz scrît.                          Dis-moi auquel tu as écrit.

C’ èst da onk di zèls, mins dji n’ sé nin dau quéke.      C’est l’un d’entre eux, mais je ne sais        

                                                                                       pas duquel.

 

Différence 138

Pronom relatif : duquel :          (W) « qui » + adj. poss. (cf pronom relatif)

Pronom interrogatif : duquel ? (W) « dau quéke ? » ou « do quéke » ?

 

Pour le pronom interrogatif duquel, le wallon a deux mots suivant les sens :

  • appartenant auquel : « dau quéke » (fém. : « da l’ quéne » ?, m.pl. « daus quékes » ; f.pl. « dauzès quénes » ?)
  • de quelle sorte : « do quéke »
  1. : (F) C’est la tasse de son frère. – Duquel ?

       (W) C’ èst l’ jate di s’ fré.              – Dau quéke (= dau quéke frére ?)

 

       (F) J’ai acheté du fromage blanc.   – Duquel ?

       (W) Dj’ a acheté do stofé.              – Do quéke?  (: do qué stofé?)

 

Différence 139

L’interrogatif périphrastique « qu’èst-ce qui …? » ne peut pas être suivi d’un nom alors que cela se fait en français.

ex.: (W) Qwè-ce qui c’èst, l’vèrité?       (F) Qu’est-ce que la vérité?

 

Différence 140

Le pronom interrogatif de l’interrogation indirecte est « qu’èst-ce qui » ou « quî qui ».

  1. : (W) Waîte one miète quî qu’ èst vêci! (F)  Regarde un peu qui est ici !

 

(CW) « Et i sayeut do l’ aurdè jusqu’ à l’ nêt, pace qu’on n’ dut nin awè peû do mostrè quî qu’ on-z-èst. (Houziaux,1964,98)

(F) Et il essayait de le garder jusqu’à la nuit, parce qu’on ne doit pas avoir peur de montrer                  

qui on est.

(SW) « Lès djins d’ asteûre su d’mandant bin quî-ce què ça plèt èsse (…)» (Poncelet Jean- Michel, Lès Blancs Cayoûs, AL)

Les gens de maintenant se demandent bien qui cela pouvait être (…).

 

 

4.4.8 Le pronom indéfini

 

Différence 141

Un pronom indéfini peut précéder un pronom personnel. Ainsi, « tos » (fém. « totes »)  peuvent se combiner respectivement avec « zèls (fém. zèles) » : « tos zèls » (eux tous), « totes zèles » (elles toutes).

  1. :

(CW) « … Et qu’ tot d’on côp dj’ a peû, / Min.me au mitan d’ tos zèls ? » (A. Bacq, D’ayîr èt d’odjoûrdu, p.11)

(F) Et que, tout à coup, j’ai peur, même au milieu d’eux tous ?

(EW) « Tos zèls ont stu djon.nes. » (H. Bragard, in : Piron,1979,365)

Eux tous ont été jeunes

 

Différence 142

« Tos, totes » ne peuvent s’employer avec « nos » ou « vos »; il faut les formes « nos-ôtes » et « vos-ôtes » : « tos nos-ôtes » (nous tous) (Remacle,1937,50), « nos-ôtes tèrtous » (OW), « nos-ôtes tortos » (CW), « nos-ôtes turtos » (EW).

  1. :

(OW) « … nous-autes tèrtous avaurci, nos mindjons dou blanc pwin èt co mète dou bûre dèssus. » (W. Bal, p.8, in: Gaziaux,1987)

(F) Nous tous de ce côté-ci, nous mangeons du pain blanc et nous mettons du beurre dessus

« Et d’ sû pus libe què tous vous-autes. » (Delait,1946,70)

Et je suis plus libre que vous tous.

 
Différence 143

 « Tortos, tortotes » (OW : « tèrtous, tèrtoutes », EW : « turtos, turtotes ») ne se met jamais en tête de proposition ; il répète, en tant que sujet, un pronom ou un nom.

  1. :

(W) Il ont v’nu tortos.  (F) Tous sont venus. (NL) Allen zijn gekomen.  (ENG) All have come.

 

NB Quand on veut le mettre en évidence, on le remplace par « tot l’monde », qui peut se mettre en tête.

  1. : (W) Tot l’monde a v’nu. (F) Tout le monde est venu.

 

Différence 144

« Tot » nom, précédé de l’article, ne s’emploie que devant « c’èst ».

  1. : (W) Li tot, c’èst d’ î ariver.       (F) Le tout est d’y arriver.

Mais (F)  « Et le drôle eut lappé le tout en un moment. » (La Fontaine, Fables I, 18)

         (W) Et m’n-ome a ieû tot ralètchî su on-âvé.

 

(F)  Il prit son livre d’adresses, ses lettres privées, le carnet rouge lui-même et brûla le tout .

(W) Là qu’ ‘l apice si lîve d’ adrèsses, sès lètes da li, min.me li rodje cârnèt èt tot brûler .

 

Différence 145

« Tot » s’emploie devant « quî », « qwè », « qwand », « wice », « là », introduisant une proposition subordonnée.

  1. :

« tot quî quu ç’ seûye » ((CW) tot quî qui ç’ fuche) (qui que ce soit), « tot qwè quu ç’ seûye » (quoi que ce soit), « tot qwand qu’i vint » (chaque fois qu’il vient), « tot wice », « tot là qu’i va » (partout où il va) (EW). (Remacle,1937,49)

 

(EW) « Vos polez riv’ni chal tot qwand qui ç’ seûye, savez. » (Grafé,1987,44)

(F) Vous pouvez revenir ici quand que ce soit, savez-vous.

 

Différence 146

« Tot » est figé dans « as se câzi tot fini d’ magni ? », « n’as se nin co tot fêt ? », « dj’ a tot fêt, tot fini » équivalent à « j’ai terminé, fini ». Mais « tot », seul et invariable, marquera la fin de l’action exprimée par le verbe auquel il se joint : « qwand t’ arès tot tchipoté, tu l’ dîrès » (quand tu auras fini de chipoter, tu le diras), « il a tot magni s’ sope » (« tot » dans cet exemple est nettement adverbe (= entièrement) ; de même, dans « i m’a tot spaté lès pîds »). (EW) (Remacle,1937,49-50)

 

Différence 147

« Certains » se traduit par « saquantes » ((EW) « saqwantes »), mais aussi par « dès cis (dès cias) qu’ i gn-a », voire « gn-a ».

  1. : (CW) Djè l’ a dit à dès cias qu’ i gn-a. (= à saquantes) (F) Je l’ai dit à certains.

                  Gn-a dès cis qu’ n’ î sondjint nin d’djà.                      Certains n’y songeaient pas.

                  Gn-a qu’ î ont stî.                                                        Certaines personnes y sont

                                                                                                       allées.

 

(CW) « … lès djins d’ Djodogne èstin’ come lès djins dè vëladje, dès cës qu’ ë n-a! (Gaziaux,1987,313)

Les gens de Jodoigne étaient comme les villageois, du moins, certains !

 

Différence 148

Pour traduire « quelqu’un », on utilise en wallon « one saquî », et « quelque chose », « one saqwè » (ou aussi « yauk » en SW).

  1. :

(OW) « (…) n’ asprouvèz nîn d’ indamer ‘ne dèvîse avû ‘ne sakî, (…). » (Quinet Christian, p.15, in : MA, 1, 2002)

(F) N’essayez pas d’entamer une conversation avec quelqu’un…

(SW) « One fwârt bèle comére qu’on p’lot prinde por one sicolîre ou one saquî qui r’vint di s’ preumîre ovradje. » (Leroy Willy, Li toûrsiveûs (G. Willième),2000)

Une jeune fille fort belle que l’on pouvait prendre pour une écolière ou quelqu’un qui revient de son premier travail.

« Tout d’ in côp, vou-le-là qui r’nifule yauk èt i s’ ravise. »  (Ferrauche,1982,203)

Tout à coup, le voilà en train de renifler quelque chose et il change d’avis.

 

 

4.5 Le verbe

 

La syntaxe du verbe ne permet guère autant de remarques que sa morphologie. Les principales portent, comme on le verra, sur le subjonctif et la concordance des temps. (Remacle,1937, 61)

 

4.5.1 L’ accord du verbe

 

L’ accord du verbe avec son ou ses sujets se règle en wallon comme en français. Mais il y a des différences d’usage.

 

Concordance des temps

 

Différence 149

La concordance des temps ne souffre aucune exception. Au subjonctif même, le présent se rapporte au présent ou au futur, l’imparfait au passé, et le premier ne remplace jamais le second, comme il fait couramment en français.

  1. :

(EW) I fât qu’ i vègne ;

i fâreût k’ i v’nahe; i fâvihe, il oûhe falou k’ i v’nahe (Remacle, 1937, 61-62)

(F) Il faut qu’il vienne ;

il faudrait, il aurait fallu qu’il vînt ou vienne

 

  1.  : (CW)

1) présent de l’indicatif – présent du subjonctif

I faut qu’ i vègne.                   = F

2) présent de l’ impératif – présent du subjonctif

Dijoz qu’ i vègne!                  = F

3) futur simple de l’ indicatif – présent du subjonctif

I faurè qu’ i vègne.                 = F

4) futur antérieur de l’ indicatif – présent de l’indicatif

Il aurè falu qu’ i vègne.          = F

5) imparfait de l’indicatif – imparfait du subjonctif

I faleûve qu’ i v’niche.           ↔ F

6) passé composé de l’indicatif – imparfait du subjonctif

Il a falu qu’ i v’ niche.            ↔ F

7) plus-que-parfait de l’ indicatif – imparfait du subjonctif

Il aveûve falu qu’ i v’ niche.   ↔ F

 

8) conditionnel présent – conditionnel présent

I faureûve qu’ i vêreûve.         ↔ F

9) conditionnel passé – conditionnel passé

Il aureûve falu qu’ il aureûve vinu. ↔ F

 

  1. :

1) (CW) «  Faut qu’ djè lzeû dîye. »  (A. Bacq, in: Echo 12/4/79)

(F) Il faut que je leur dise.

(2) (CW) « Fioz qu’ is seûchenuche bin qu’ c’èst Vos qu’ m’ a èvoyî su l’têre. » (A. Laloux, in : CW, 1979, p.59)

Fais en sorte qu’ils sachent bien que c’est Toi qui m’as envoyé sur terre.

(3) (CW) « I faurè bin qu’ djè l’ dîye à vosse popa. » (Wartique Edmond., in : CW 12/54, p.189)

Il faudra bien que je le dise à ton papa .

 

 

(5) (CW) «… l’ôrlodje, come totes lès-ôrlodjes di cabâretî, aveûve sovint dandjî qu’on lî d’niche on côp d’ pôce. » (Awoust Maurice, Calbalasse)

L’horloge, comme toutes les horloges de cafetier, avait souvent besoin qu’on lui donne un coup de pouce.

(EW) « … is rawardît qui s’ fougue toumasse. » (Seret,1988,22)

Ils attendaient que sa lubie passe.

(OW) « El min.me djoû, dju voloû acater ‘ne barake dè bos pou qu’ lès pièrots s’ mètisse-t-à iute pindant l’ iviér. » (Belaert Augustin, in : MA, 1, 2002, p.5)

Le même jour, je voulus acheter une cabane en bois pour que les moineaux se mettent à l’abri pendant l’hiver.

(SW) « … is catchint li tas d’ crompîres avou do strin po qu’ èles ni div’ninche nin vètes. » (Schmitz A., Li rayâdje dès crompîres, AL)

Ils cachaient le tas de pommes de terre avec de la paille pour qu’elles ne deviennent pas vertes.

 

 

(6) (CW) « Et vos l’ savoz bin come mi, Césâr a v’lu qu’ nos l’s-aurdinche, nos lwès. » (A. Laloux, Passion, CW, 1979, p.99)

Et tu le sais bien mieux que moi, César a voulu que nous les gardions, nos lois.

(EW) « Moyise a pèrmètou qu’ on rèvoyahe su fème. » (Lecomte,1890,30)

Moïse a permis qu’on renvoie sa femme.

(SW) « Elle ont mètou lès deûs gamines dins chake cwane po k’ èles plinche dwarmou. (…). » (Dedoyard,1998,7)

Elles ont mis les deux fillettes dans chaque coin pour qu’elles puissent dormir.

 

 

(8) (CW)  « I faureut qu’ nos nè l’ saurins nin. » (A. Laloux, Passion, CW, 1979, p.109)

Il faudrait que nous ne le sachions pas.

(EW) « (…) Vos vôrîz qui dj’ creûreû à des sots contes insi ? » (Kinable,1889,17-22)

Vous voudriez que je croie à de tels sots propos ?

 

 

(9) (CW) « Po lî plaîre, il aureut falu / qu’au martchi, on-z-aureut vindu / (…) li s’mince di dwârmadje. » (Houziaux,s.d.,63)

Pour lui plaire, il aurait fallu qu’au marché, on ait vendu la semence qui permet de dormir.

 

S’il y a une nuance d’antériorité, la concordance se fait comme suit :

  1. : (CW)

1 présent de l’indicatif – passé composé du subjonctif

I faut qu’il eûche vinu. = (F)

2 présent de l’impératif – passé composé du subjonctif

Arindjîz vos po qu’ ‘l eûche vinu l’pus rade possibe !   = (F)

3 futur de l’indicatif – passé composé de l’indicatif

I faurè qu’il eûche vinu. = (F)

4 futur antérieur de l’indicatif – passé composé de l’indicatif

Il aurè falu qu’il eûche vinu. = (F)

5 imparfait de l’indicatif – plus-que-parfait du subjonctif

I faleûve qu’il eûchiche vinu. (< > F)

6 passé composé de l’indicatif – plus-que-parfait du subjonctif

Il a falu qu’il eûchiche vinu. (< > F)

7 plus-que-parfait de l’indicatif – plus-que-parfait du subjonctif

Il aveûve falu qu’il eûchiche vinu. (< > F)

8 conditionnel présent – conditionnel passé

I faureûve qu’il aureûve vinu. (< > F)

9 conditionnel passé – conditionnel passé surcomposé

Il aureûve (ieû) falu qu’il aureûve ieû v’nu. (<> F)

 

Remarques.

  1. : (W) Mi, dji sayereûve qui tot l’monde mi comprinde. 

        (F)  Moi, j’essaierais que tout le monde me comprenne.

CONDIT. + SUBJONCTIF puisque la condition est en réalité déjà celle de la principale.  Le premier est sous-entendu : « Si dj’ sèreûve è s’ place, … » (Si j’étais à sa place, …)

 

Différence150

Quand l’action de la principale a été faite au moment où on parle et que celle de subordonnée n’est pas encore faite, le verbe de la principale est au passé composé et le verbe de la subordonnée à l’imparfait du subjonctif wallon, au subjonctif présent en français.

  1. : (W) Djè l’a catchî d’vant qu’il ariviche.

         (F) Je l’ai caché avant qu’il arrive.

 

Différence 151

De même, quand l’action de la principale et celle de la subordonnée ont été faites au moment où on parle, le verbe de la principale est au plus-que-parfait et le verbe de la subordonnée à l’imparfait du subjonctif.

  1. : (W) Djè l’aveûve catchî d’vant qu’ il ariviche.

         (F)  Je l’avais caché avant qu’il arrive.

 

Le conditionnel dans les propositions conditionnelles

 

Différence 152

Dans une proposition conditionnelle, le wallon emploie:

  • l’indicatif dans une proposition réelle: (comme en français)
  1. : (W) S’ i l’ dit, c’ èst qu’ c’ èst l’ vraî. (F) S’il le dit, c’est que c’est vrai.

               S’ i  l’ a dit, c’ èst qu’ c’ èsteûve li vraî.         S’il l’a dit, c’est que c’était vrai.

 

(CW) « Si vos nè l’savîz nén, / Eles sont sovint à l’ min.me tauveléye. » (A. Rousseau, in: Lë sauvèrdia, 14, p.13)

(F) Si vous ne le saviez pas, elles sont souvent à la même table.

(OW) « On vîra bén s’èle vînt. » (J. Coppens, Dict. Aclot F-W, p.464)

On verra bien si elle vient.

 

           2) – le conditionnel : (différemment du français qui utilise l’imparfait)

 

– dans une proposition potentielle:

  1. : (W) S’ i ploûreûve, nos pudrin.n nosse parapwî.

        (F)  S’il pleuvait, nous prendrions un parapluie.

 

(CW) « Si tot l’monde f’reut come vos-ôtes. » (Laloux,1979,71)

(F) Si tout le monde faisait comme vous.

(EW) « Â! Si dj’ sèreû ritche! » (Haust, Dictionnaire liégeois)

Ah, si j’étais riche !

« I n’ åreût nin stu pus målèreûs si vos lî årîz stitchî è coûr traze bonès pontes di Paris ! » (Boussart,1976,6)

Il n’aurait pas été plus malheureux si vous lui aviez introduit dans le coeur ‘treize’ pointes de Paris !

« Oh! Dji n’ vos sowaîte rin! S’ i v’s-arivereût ‘ne saqwè, dj’ ènn âreû dè chagrin! » (A. Boccar, BSLLW, 1895, p.392)

Oh! Je ne vous souhaite rien!  S’il vous arrivait quelque chose, j’en aurais du chagrin !

« Si t’ âreûs vèyou come is s’hèrint po intrer è l’èglîje … »   (Lechanteur,1975-76,62)

Si tu avais vu comme ils se bousculaient pour entrer dans l’église.

(OW) « Il èsteut fiêr come si ç’ âreut stî li qu’ aveut r’montè toutes lès bèrlines qui barlondjît su leûs câbes, (…) » (Fauconnier,1993,77) 

Il était fier comme si cela avait été lui qui avait remonté toutes les berlines qui balançaient sur leurs câbles.

« Si vos-arîz vu vo fré t’t-à l’ eûre quand i s’ a r’ trouvè au fond pou l’ preumîn coûp! » (Ecomusée,1985,40)

Si vous aviez vu votre frère tout à l’heure, quand il s’est retrouvé au fond pour la      

première fois !

(SW) « … èt on d’djot min.me qu’ il astot on pô advineûs: si ç’ aurot yu sté l’ cas, i v’s-aurot seû dîre… » (Louline Vôye, Marîye à l’ trique, AL)

Et on disait même qu’il était un peu devin : si cela avait été le cas, il aurait pu vous le dire…

 

  • dans une proposition irréelle: (différemment du français)

(CW) « Sôdârs di p1omb, sôdârs po rîre, / C’ èst quausu come si ç’ sèreut l’ vraî … » (Somme Lucien, Vîye di djin, p.13)

Soldats de plomb, soldats pour rire / C’est quasi comme si c’était vrai.

« … ossi fiér qui si l’èglîje aureut stî da li. » (Houziaux,1964,64)

Aussi fier que si l’église lui avait appartenu.

(OW) « Si dj’ âreu co vint’ ans èt tous mès dints. » (Genard,1984,19)

Si j’avais encore vingt ans et toutes mes dents, …

« Si vos sârîz tchârlî, vos roublîyerîz bîn seûr di mète dès roûwes à lès browètes. » (Coppens, p.88)

Si vous étiez charron, vous oublieriez bien sûr de mettre des roues sur les brouettes.

« Si dj’ âreu stî ‘ne fîye, mès bias-parints ârént p’t-ète ieû in gamin. » (Faulx,1986)

Si j’avais été une fille, mes beaux-parents auraient peut-être eu un garçon.

 

Différence 153

En français, deux subordonnées conditionnelles se suivent, reliées par « et que » et la deuxième possède un verbe au subjonctif.

En wallon, le verbe de cette deuxième proposition est au conditionnel.

  1. : (F) Si le mauvais temps survenait et que nous soyons obligés d’interrompre le voyage, ….

        (W) S’ i vêreûve à fin mwaîs èt qu’ nos sèrin.n oblidjîs d’ arèter nosse voyadje …

 

Différence 154

Le conditionnel passé 2e forme du français n’existe pas en wallon. Y correspond le conditionnel passé surcomposé.

  1. : (F) S’il eût osé, il eut prié son nouveau patron de lui avancer de l’argent.

        (W) S’ il aureûve ieû wazu, il aureûve ieû d’mandé à s’ novia patron dè lî bin v’lu avancî 

               dès caurs.

 

 

Différence 155

Alors que le français, pour atténuer une affirmation, emploie le subjonctif, le wallon, puisqu’il n’ y a aucun doute, emploie l’ indicatif.

  1. : (F) Je ne sache qu’un seul peuple, qui n’ait pas eu … (J.-J. Rousseau)

        (W) Dji n’ conè qu’ on seûl peûpe, qui n’ a nin ieû .. .

 

Différence 156

Dans une concessive, le wallon emploie un indicatif et le français un subjonctif, quoique le fait soit certain.

  1. : (W) Maugré qu’il èst ritche, i n’ èst nin contint. 

        (F)  Bien qu’il soit riche, il n’est pas content.

 

Différence 157

Quand une phrase commence par une subordonnée conjonctive introduite par « que » , le wallon emploie l’ indicatif, puisqu’ il s’ agit d’ un fait certain ; le français emploie un subjonctif.

  1. : (W) Qui dj’ so mwinre, tot l’ monde li sét bin.

         (F)  Que je sois maigre, tout le monde le sait.

 

Différence 158

Après « à mwins qui », le wallon emploie le conditionnel, le français le subjonctif.

  1. : (W) A mwins qu’ i sèreûve dèdjà mwârt.

          (F) A moins qu’il ne soit déjà mort.

 

Différence 159

Après les conjonctions « de peur que », « de crainte que », le français utilise un verbe au subjonctif. Après la conjonction correspondante « (di) peû qui », le wallon utilise un conditionnel.

  1. : (W) di peû qu’ il îreûve tchaîr (F) de peur qu’il n’aille tomber

 

Différence 160

Les expressions nominales du français équivalant à un participe présent se rendent en wallon par un complément prépositionnel.

  1. : (F) Il apparut, un révolver au poing. :

        (W) Vo-l’-là qu’ ‘l arive avou on révolvêr è s’ mwin.

 

        (F) L’élève menteur sortit, les larmes aux yeux.

        (W) Li minteû d’ èlève a rèchu, avou dès lârmes plin sès-ouys.

 

Différence 161

Le subjonctif optatif ne s’emploie jamais qu’avec la conjonction « qui ».

  1. : (W) Qui l’ Bon Diè l’ vouye ! (F) Dieu le veuille.

               Qui l’Bon Diè vos codûje !        Dieu vous garde !

               Qui l’Troyin môre !                   Périsse le Troyen !

 

Différence 162

Avec les verbes exprimant une possibilité, une interrogation ou un regret, le wallon emploie un indicatif, puisqu’on admet le fait ; le français emploie un subjonctif.

  1. :

(F) « Il se peut que les difficultés de la langue italienne soient peu apparentes, elles n’en  existent pas moins. » (G. Appolinaire)

(W) Ça s’ pout bin qu’ lès malaujeminces di l’italyin n’aparètenut nin fwârt ; èlle     ègzistéyenut quand min.me.

« Croyez-vous qu’on sorte de ces pensions-là sans savoir le français ? » (Arago)

Pinsez qu’on rét d’ cès pensions-là sins sawè l’ francès ?

« J’ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd’hui. » (Jean de la Fontaine)

Dji r’grète qui ç’ mot-là èst trop vîy odjoûrdu.

 

Différence 163

Après un superlatif relatif, ou les mots premier, dernier, seul, unique, le wallon ne voit aucun doute et emploie un indicatif ; le français emploie un subjonctif.

Ex. : (F)   C’est le plus petit qu’il y ait. 

        (W)  C’èst l’ pus p’tit qu’ i gn-a.

 

(F) « C’est l’artisan le plus sec, le moins musicien, le moins médidatif que notre littérature ait produit. » (A. Gide)

(W) C’èst l’ pus sètch, li mwins’ musucyin, li mwins’ sondjeû ome di mèstî qu’ nosse litèrature a faît.

 

Différence 164

Le wallon ne met pas de préposition devant l’infinitif sujet en tête de phrase.

  1. : (F) « De l’entendre me fait mal. » (G. Duhamel, Fables de mon jardin, p.191)

(W)   L’ oyu, ça m’ faît mau.

 

Différence 165

Le wallon répète l’infinitif sujet par le pronom démonstratif « ça ».

  1. : (F) Trop manger n’est pas bon pas bon pour ta santé !

          (W) Trop mindjî, ça n’ èst nin bon po vosse santé !

 

Différence 166

Quand nous avons deux formes avec valeur d’impératif qui se succèdent, le français coordonne deux formes du mode impératif ; le wallon coordonne :

  • un impératif et un infinitif ;

2) un impératif et un autre impératif précédé de l’adverbe « si » (souvent « s’ »).

  1. : (F) Mange et tais-toi. 

         (W) 1) Mindje èt t’ taîre !;   2) Mindje èt si t’ taîs !

 

(CW) « Purdoz on chame èt s’ ployîz vosse djambe, po choûtè copinè tos cès-ovrîs-là, … ! » (Calozet Joseph, O payis dès sabotîs, p.13)

(F) Prenez un siège et pliez votre jambe, pour entendre tous ces ouvriers en train de discuter

entre eux.

 

Différences 167-168

Infinitif représentatif

On emploie l’ infinitif au lieu d’un mode personnel :

 

1) dans une proposition coordonnée, que celle-ci soit principale ou dépendante :

  1. : (W) Il a v’nu èt-z-èraler tot d’ chûte.

        (F)  Il est venu et il est retourné tout de suite.

 

        (W) Notrè-Dame d’ awous’ rimèt ou dismète li timps.

  • Notre-Dame « d’août » « remet » ou « démet » le temps.

 

Aussi : « dju pèlerè lès crompîres èt soy quékes bwès » (j’éplucherai les pommes de tere et je scierai quelques morceaux de bois); « su dj’ magnéve qwètre oûs l’ djoûr, dju potchereû è l’êr èt-z-î d’mani » (si je mangeais quatre œufs par jour, je sauterais en l’air et j’y resterais).

(EW) (Remacle,1937,71-72)

  1. :

(CW) «  … ; i payeut todi à faît o botike èt n’ jamaîs crotè nule paut. » (A. Laloux, Lès Soçons, p.17)

(F) Il payait toujours au fur et à mesure au magasin et n’a jamais acheté à crédit nulle part.

« Is bèvint leû vêre èt ièsse plêjants . » (Gaziaux, 1987, 236)

Ils buvaient leur verre et ils étaient plaisants.

« On t’ mon.nerè aus bièsses dès francs-quaurtîs, èt èles tu prairont èt t’ mwindjî. » (Lucy Gaston, Lès leus-warous, in: Contes et légendes d’Ardenne, 1978)

On te conduira jusqu’aux bêtes des « francs-quaurtîs », et elles te prendront et te mangeront.

(EW) «  Li timps passe èt r’passer sins lèyî pîre so pîre. » (Georges Victor, N’ a co mèye è mèye ons, p.88, in: W+ L)

Le temps passe tellement vite sans laisser « pierre sur pierre ».

« Li londi dè Cékwème, c’ èst lèye qui done li boukèt èt rabrèssî l’ coreû qu’ a fêt prumî ås coûsses à vélo. » (Lahaye Joseph, Mamezèle Elîse, CW, s.d.)

Le lundi de Pentecôte, c’est elle qui donne le bouquet et qui embrasse le coureur qui a gagné les courses cyclistes.

(OW) « … nous-autes tèrtous avaurci, nos mindjons dou blanc pwin èt co mète dou bûre dèssus. » (Bal Willy, p.8, in: Gaziaux,1987)

Nous tous ici, nous mangeons du pain blanc et nous mettons encore du beurre dessus.

« …èle èstièrdeut sès-îs èyèt r’drèssî s’ tièsse. » (Bal,1998,53)

Elle s’essuya les yeux et redressa la tête.

(SW) « Et ça fwèt qu’ il èralot tout cabiançant, èt là qu’ tout d’ in côp, i s’ apîte èt s’ sutaurer fin long s’ la vôye. » (Binsfeld Franz, Come in toûr du macrâle, AL)

Ainsi, il retournait chez lui en se balançant, et tout à coup, il trébuche et s’étale sur tout le chemin.

« Alèz  à pîds jusk’ à l’ bârîre, do l’ nut’, èt riv’nou! » (Dedoyard,1998,8)

Allez à pied jusqu’à la barrière, pendant la nuit, et revenez !

 

2) dans le second membre d’une comparaison; on dit : « i fêt l’ sot co pus’ quu d’ l’ èsse » (il fait le sot encore plus qu’il ne l’est), « i coûrt tot’ si âhimint qu’ on-ôte du roter » (il court aussi facilement qu’un autre marche), « dj’ ême mî qu’ i n’ vunèhe nin qu’ du v’ni » (je préfère qu’il ne vienne pas plutôt qu’il ne vienne). Dans cette construction assez insolite, le sujet n’est pas indiqué dans le second membre de la comparaison lorsqu’il est le même que dans le premier. (EW) (Remacle,1937,71-72)

 

Quand il y a simultanéité entre un événement et la seconde action, le second verbe se conjugue, comme en français.

  1. :

(CW) « … lès-omes avint tot faît l’sogne èt is rid’djunint. » (A. Laloux, Lès Soçons, p.17)

(F) Les hommes avaient fini de nourrir le bétail et ils déjeunaient de nouveau.

Notons que dans ce cas, le pronom sujet est obligatoire, non en français.

 

Différence 169

La condition peut être rendue par certaines locutions conjonctives avec l’indicatif.

  1. : (W) One miète qu’ i r’bwèt èt vo-le-là r’paurti po one noûvin.ne.

        (F) Pour peu qu’ il recommence à boire un peu, le voilà reparti pour quelque temps.

 

Différence 170

Subjonctif présent en français – Indicatif présent simple en wallon

  1. :

(F)                                                                        (W)

 « J’ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd’hui. » (La Fontaine, Job)

Dji r’grète qui … èst …

C’est le plus petit qu’il y ait. (+ dernier, premier, seul, unique, ou superlatif relatif)

C’ èst l’ pus p’tit qu’ i gn-a.

« C’est l’artisan le plus sec, le moins musicien, le moins méditatif que notre littérature ait produit » (A. Gide)

… a faît

 

Différence 171

Quand le sujet est au singulier, la forme verbale est au singulier.

En français, « plus d’un » est suivi d’un singulier ! Par contre, « moins de deux » est suivi d’un pluriel !

  1. : (W) Gn-a pus d’onk qui s’ ont brouyî.
  • Plus d’un s’est trompé.

 

         (W) Gn-a nin deûs qu’a paurti.

         (F)  Il n’y en a pas eux qui sont partis.

 

         (W) Gn-a mwins’ di deûs qu’ a compris.

  • Moins de deux l’ont

 

         (W) Dji wadje qu’i gn-a mwins’ di deûs qu’ ‘l a oyu. 

  • Je parie que moins de deux l’ont

 

Quand le sujet est au pluriel, la forme verbale est au pluriel.

  1. : (W) Gn-a sûremint d’pus d’onk què l’ ont vèyu. (F) Sûrement plus d’un l’a vu.

 

EW) « (Co) pus d’ ine kimére î lèyint dès grands bokèts d’ leûs tch’mîhes. » (Lechanteur,1975,64)

Plus d’une femme y laissait de grands morceaux de sa chemise.

 

Différence 172

« C’ èst » est invariable devant un nom ou pronom sujet suivi d’un relatif, à toutes les personnes. Il est  suivi d’ une forme verbale à la 3e personne du singulier, sauf à la 3e personne du pluriel. ( ¹ (F) )[1]

Avec la locution « ce + forme d’être + eux/elles », le français utilise soit le singulier, soit le pluriel alors qu’en wallon, seul le singulier du verbe être sera utilisé.

ex : (W) C’ èst zèls qu’ ont v’nu.             (F) Ce sont eux / c’est eux qui sont venus.

              C’ èst zèls qui dj’ a vèyu.                 Ce sont eux / c’est eux que j’ai vus.

              C’ èst mi qu’ èst là.                            C’est moi qui suis là.

 

(CW) « C’èst zèls, c’èst lès voleûrs. » (A. Laloux, in: CW 10/1964, p.221)

Ce sont eux, ce sont les voleurs.

 

 

Autres exemples :

(W) C’ èst mi qu’ a causé.

(F) C’est moi qui ai parlé.

C’ èst twè qu’ a causé.

C’est toi qui as parlé.

C’ èst li / lèye qu’ a causé.

C’est lui qui a parlé.

C’ èst nos(-ôtes) qu’ a causé.

C’ est nous qui avons parlé.

C’ èst vos(-ôtes) qu’ a causé.

C’est vous qui avez parlé.

C’ èst zèls / zèles  qu’ ONT causé.

Ce sont eux / elles qui ont parlé.

 

(CW) « Nos-ôtes qui cause li walon, nos d’djunans au matin, nos dînans (…) à doze eûres (ou avièrlà), (…). » (Èt qu’ ça vos chone bon!, in: VA 7/4/99)

(F) Nous qui parlons wallon, nous déjeunons le matin, nous dînons à midi (ou vers midi).

« Twè qu’ a crèchu èt qui n’ si sét fé quite / Di sès scafiotes. » (Guillaume,2001,22)

Toi qui as grandi et qui ne peux te débarrasser de tes coquilles.

 

Différence 173

On utilise également « c’ èst » après un vocatif au pluriel.

  1. : (W) Lès vacances, c’ èst faît po lès nawes ! (F) Les vacances, elles sont faites pour les

                                                                                      fainéants !

 

(CW) « Mimîye èt Bèbêrt, c’ èst deûs bons-èfants. » (Wartique Edmond, in : CW 12/54, p.153)

(F)  Mimie et Bébert, ce sont deux bons enfants.

 

Différence 174

Le pronom accentué, sans « c’ èst », suivi d’un relatif est suivi également d’une forme verbale à la 3e personne du singulier, sauf à la 3e personne du pluriel. ( ¹ (F))

(EW) « Mi qu’ èst si bèle, dj’ îreû sposer ‘n-ovrî ?, d’héve-t-èle. » (E. Gérard, in : Piron,1979,237)

(F) «  Moi qui suis si belle, j’irais épouser un ouvrier ? », disait-elle.

Et  (W) Zèls qui sont ritches, is n’ont qu’ à payî.

  • Eux qui sont riches, n’ont qu’à payer.
Différence 175

Après un vocatif ou un simple interpellatif, on emploie un verbe à la 3e personne du singulier.

  1. : (F) Notre Père qui êtes / es au ciel.                (W) Nosse Pa qu’è-st-au ciél.

               Vous qui êtes riches.                                          Vos(-ôtes) qu’èst ritches.

 

Différence 176

Après « (i) gn-a qui », on met la forme verbale à la 3e personne du singulier, sauf si le pronom est à la 3e p. pl.

  1. : (W) I gn-a qu’ nos(-ôtes) qu’ î va. (F) Nous sommes les seuls à y aller.

               Gn-aveûve qui vos(-ôtes) què l’saveûve.            Vous seuls le saviez.

               Gn-aurè qui zèls què l’sauront.                           Eux seuls le sauront.

 

Différence 177

Quand il y a un nom ou le pronom sujet entre l’attribut et le relatif, le verbe en wallon se met :

– à la 3e personne, si le sujet est du singulier, qu’il soit à n’importe quelle personne, et

– à la 3e p. du pluriel si le sujet est pluriel, qu’il soit à n’importe quelle personne.

En français, on accorde avec le sujet.

  1. : (W) C’èst mi l’ome, li cia qu’ dit ça. (F) C’est moi l’homme, celui qui dis ça.

               C’èst nos-ôtes, lès cias qu’ ont dit ça.            C’est nous, ceux qui avons dit ça. 

               C’èst vos-ôtes, lès seûls què l’ ont dit.           C’est vous, les seuls qui l’avez dit.            

 

(F) « Nous sommes des fous qui faisons du tapage… » (Mérimée, Lettres)

(W) Nos-èstans dès sots qui faîyenut d’ l’ arèdje.

 

Différence 178

Quand le démonstratif attribut développe un antécédent collectif ou un pluriel, le wallon met un singulier, le français un pluriel.

  1. : (W) I gn-a plusieûrs profèsseûrs, c’ èst MM. X,Y,Z.
  • Il y a plusieurs professeurs, ce sont MM. X,Y, Z.

 

 

4.5.2 Verbes transitifs et intransitifs

 

Différence 179

Un verbe intransitif français n’a pas nécessairement comme traduction en wallon un verbe intransitif.

  1. : (F) Je n’ai besoin de rien.                      (W) Dji n’ a rin dandjî.      

               ce dont j’ai besoin                                   ci qu’ dj’a dandjî.    

Mais (W) Dj’a dandjî d’one saqwè. / d’vos.   (F)  J’ai besoin de quelque chose / de toi.

 

       (F)   apprendre à quelqu’un                     (W) aprinde one saquî

               pardonner à quelqu’un                            pârdoner one saquî

               ressembler à                                            richoner (EW : rissoner) ; raviser

               faire peur à quelqu’un                             fé awè peû one saquî

 

  1. : « Il aprind s’ fi à lîre » (il apprend à son fils à lire) ; « i r’chone si pa» (il ressemble son père) ; « i ravise li pourcia: i frè do bin après s’ mwârt » (il ressemble au porc: il fera du bien après sa mort (il est avare)) ; « nos l’ avans faît awè peû » (nous lui avons fait peur).

 

(CW) « Au pus sovint, i gn-aveut dès trokes di maskès qui fyint awè ausse lès coméres avou leû grand rodje nèz. » (Houziaux,1964,99)

(F) Le plus souvent, des groupes de masques faisaient peur aux femmes avec leur grand nez rouge.        

«  Li fumèle èst sins-éles, èle richone on molin. » (Chapelle Maurice, p.18, in : Novèles dès WASAB 13)

La femelle est sans ailes, elle ressemble à un moulin.

 

Notons aussi :  (W)  suwer one tchimîje                (F) suer abondamment 

 

Différence 180

Un verbe transitif français n’a pas nécessairement comme traduction un verbe transitif en wallon . (cf diff. 168)

  1. : (F) frapper qqn (W) taper su one saquî

             chercher qqn          cachî après one saquî

 

Différence 181

Un verbe réfléchi en français n’a pas nécessairement comme traduction un verbe réfléchi en wallon : rabiazi (s’embellir), ralongui (s’allonger), èvoler (s’envoler), arèter (s’arrêter) …

  1. :

(W) Les djoûs ralonguichenut.                 (F) Les jours s’allongent.

       Li mouchon èvole.                                   L’oiseau s’envole.

       Li trin n’ arète pus au Bambwès .           Le train ne s’arrête plus à Bambois.

 

 

4.5.3 Autres cas

 

Différence 182

Le participe présent seul avec valeur verbale n’existe pas en wallon.  Y correspond une proposition (relative ou principale coordonnée).

  1. : (F) Prenant sa hache à deux mains, il frappa.

        (W) Il apice si-t-hèpe avou sès deûs mwins èt ‘flinch’ !

 

(F) « Son père, le voulant réjouir, lui fit cadeau d’une grande épée sarrazine. » (Flaubert, Lég. St Julien, I)

(W) Si pa, què lî v’leûve fé plaîji, …

 

NB : Le wallon ne l’a qu’accompagné de « tot » (ou néol. : « en »).  (cf 4.6 avec « tot » suivi d’un gérondif)

 

Différence 183

Après « ni sawè » (« ni saveûr » (EW)), on emploie nécessairement «  » avant la subordonnée restrictive qui suit.

  1. : (W) Dji so-st-on-ome qui n’ sét fé qui d’ choûter sins rin dîre.

        (F)  Je suis un homme qui ne peut qu’écouter sans rien dire.

 

Différence 184

Dans une incise, on ne peut employer un autre verbe que « dîre » ; si on veut préciser, on ajoute « tot + participe présent ».

  1. : (F) Si, si, soupira-t-elle.  (W) Siya, siya, di-st-èle, tot sospirant.

 

Différence 185

Il existe en wallon des expressions adverbiales avec le verbe « awè » (EW : « aveûr ») que le français ne connaît pas et qui peuvent, chose tout à fait inconnues en français, avoir un complément direct : « awè auji », « awè bon », « awè deur », « awè malauji » (avoir des facilités, avoir du plaisir, peiner, avoir des difficultés).

 

  1. : (W) awè auji : Dj’ a auji mès pîds dins cès solés-là.

        (F)  avoir des facilités : Mes pieds se mettent bien dans ces souliers.

 

        (W) awè bon :                Nos-avans ieû bon dè l’ choûter.

        (F)  prendre plaisir :       Nous l’avons écouté avec plaisir.

 

        (W) Dj’ a bon po m’ problème.

        (F)  J’ai reçu une bonne cote pour mon problème.

 

Différence 186

Le participe passé employé avec valeur de préposition n’existe pas en wallon.

  1. : (F) On l’excuse, attendu sa maladie.

       (W) On l’a èscusé, vèyan.mint qu’ ‘l / à cause qu’ il èsteûve fayé.

 

        (F)  Passé deux heures, on ne reçoit plus personne.

        (W) Après deûs-eûres, on n’ riçût  pus pêrson.ne.

 

       (F)  Tous sont morts, excepté deux enfants.

       (W) Is sont tortos mwârts / mwârts tortos, à l’après d’ deûs-èfants.

 

Différence 187

Le participe passé employé comme attribut et non séparé du nom qualifié est inconnu en wallon, qui emploie une relative.

  1. : (F) Je croyais ma dernière heure venue. 

        (W) Dji pinseûve qui m’dêrène eûre èsteûve arivéye.

 

Différence 188

Le participe passé se place parfois après le complément alors que le français le met devant le complément.

  1. : (W) Dji n’a pêrson.ne vèyu.          (F) Je n’ai vu personne.

               Il a abroké à tote chârje, come s’il aureûve          Il a surgi à toute vitesse, comme s’il  

                        li diâle vèyu.                                                       avait vu le diable.         

 

Différence 189

En wallon, on rencontre parfois une expression contenant un infinitif présent alors que la formulation française correspondante contient un participe passé.

  1. : « do bûre sins saler » (du beurre non salé) ; « do p’tit salé sins saler » (du lard maigre non

         salé)

 

Différence 190

On ne construit pas de voix passive avec un sujet impersonnel.

  1. : (F) Il en sera parlé. (W) On-z-è causerè.

 

Différence 191

Quand deux verbes s’accompagnent, au passif, on a le premier au participe passé et le 2e à l’infinitif.

  1. : (W) Li rèvèy a stî faît raler. (F) On a fait de nouveau marcher le réveil.

 

(W) Li grand cwârps s’aflache tot l’ long do bwès; il èst rastinu d’tchaîr pa l’cwade què l’ a

        stron.né. 

  • Le grand corps s’affaisse le long du bois ; il ne peut tomber à cause de la corde

        qui l’a étranglé.

 

 

[1] Le pronom personnel prédicat n’influe pas sur les locutions « c’ èst », « c’ èsteût », « çu fouhe », etc. : « c’ èst mi »; « c’ èsteût vos-ôtes » ; « çu sèrè zèls ».

Toutefois, à La Gleize, le verbe de la proposition relative s’accorde en nombre, mais non en personne avec l’antécédent du relatif. Il est toujours à la 3e p. su sg. ou du pluriel.

  1. : C’ èst nos-ôtes qui tchantèt (c’est nous qui chantons), c’ èst vos-ôtes qui l’ front (c’est vous qui le ferez), c’ èst nos-ôtes qui s’ ont trompé (c’est nous qui nous sommes trompés). (Remacle,1937, 63)

 

 

4.5.4 Emploi du subjonctif

 

 

Différence 192

Après une principale négative du genre de « je ne pense pas », le français utilisera un subjonctif, le wallon un indicatif. 

  1. : (F) Je ne pense pas qu’il ait froid (W) Dji n’ pinse nin qu’ il a frèd.

 

Différence 193

Après une proposition principale marquant la possibilité, avec un verbe à l’indicatif présent, on a en français un subjonctif présent, un indicatif futur simple en wallon.

  1. : (F) Il est possible qu’il vienne.

        (W)  C’èst possibe qu’ i vêrè

 

Différence 194

Le potentiel et l’irréel du passé, que l’action dépende ou non d’une condition, se traduisent en est-wallon (La Gleize) par l’imparfait ou le plus-que-parfait du subjonctif. A ce mode correspond en français un conditionnel.

Ex. : 1) « su dj’ volahe, dju l’ fihe bin » (si j’avais voulu, je l’aurais bien fait ou je l’ eusse bien

             fait) ; « su dj’ oûhe voulou, dju l’ oûhe bin fêt » (id.) ; « ci qui nu l’ fihe nin ènn’

             oyahe » (celui qui ne l’ aurait pas fait en aurait entendu);

        2) « dju n’ savahe » (je n’aurais su); « on soflahe dès peûs oute » (on aurait soufflé des

            pois ‘outre’). « dju n’ fuzahe djà avou çoula » (‘je n’aurais su faire avec cela’, cela ne

            me suffisait pas). (EW) (Remacle,1937,61) 

 

  1. L’emploi du conditionnel au lieu du subjonctif est plutôt rare. On dit : « s’i m’ oûhe hoûté, i n’ sèreût nin là qu’ il èst », ou bien « s’ i m’ aveût hoûté », mais moins souvent « s’ i m’ areût hoûté ».
  2. Emploi du subjonctif dans des cas où le français met l’indicatif : « i gn-a longtins qu’ on n’ vos-âye vèyou » ; « i fât creûre qu’ il a / âye dès cents » (de l’argent).

4.6 La préposition

 

Différence 195

Le wallon emploie parfois une préposition là où le français n’en emploie pas.

 

1 Quantité 

ièsse à deûs

être deux

Nos-èstin.n à deûs.

 

di trop, …

trop

Dj’ a d’trop d’ caurs.

2 Direction

cachî après

chercher

Dji cacheûve après vos.

 

dimander après

demander

On d’mande après mi .

 

ratinde après

attendre

Dji ratind après s’ feume.

 

waîtî après

chercher

Waîtîz après èt vos l’troveroz. 

3 Manière

fumer à l’ pupe

fumer la pipe

Mi fré fume à l’ pupe.

 

vôy à dobe

voir double

Avou cès bèrikes-là, dji vè à dobe.

 

pwârter aus satchs

porter les sacs

on pwârteû aus satchs

4 Temps

au matin

le / au matin

 

 

au nût

le / au soir

 

 

au pus sovint

le plus souvent

 

 

mais les dates :

le premier avril

Li preumî d’avri, on faît dès fârces.

 

 

le 15 août

Au quinze d’awous’, on mârche au Saut.

 

 

le 17 octobre

Li dîs-sèt’ d’octôbe, dj’ a mès-ans.

 

Autres exemples :

criyî après

appeler

dimander après

demander

tirer après l’ jibier

tirer sur le gibier

rauyî aus bétrâles

arracher les betteraves

coude aus fréjes         

cueillir les fraises

sèmer aus navias       

semer des navets

dins lès mouchons 

élever des oiseaux

à djoûs

certains jours

bran.mint d’ pus

beaucoup plus

di-d’-ci j’qu’à

d’ici là

Ratindoz après nos !

Attendez-nous!

tchèssî au jibier

chasser le gibier

tchèssî après on-ome (one feume)

essayer d’enjôler un homme

 

  1. :

(W) Dj’ a faît conechance avou li.                 (F) J’ai fait sa connaissance.

       Vo-le-là avou on révolvêr è s’ mwin.           Il apparut, un revolver au poing.        

 

(CW) « Lë onze d’ aous’, … » (Gaziaux,1987,275)

Le onze août, …

« N’ èstin’ à chîj: maman (…) fiéve vint’ èt dès pwins. » (Gaziaux,1987,204)

Nous étions six : maman faisait une vingtaine de pains.

(SW) « Li prèmî d’ may » (Schmitz Arthur, Li prèmî d’ may, AL)

Le premier mai

« Ç’ astot lu dîj du sètambe, ou dîmègne quu tos nos-omes sôrtint dès grègnes, … » (Matante du Djèvroûle, La Nuts City, in : Ké Novèle, 4, 1984)

C’était le dix septembre, on dimanche où tous nos hommes sortaient des granges …

« Li vint treûs d’ maus’, … » (Bily Joseph, Quand on-z-a iu mo bon, AL)

Le vingt-trois mars, …

« On râyot âs crompîres. » (A. Schmitz, Li rayâdje dès crompîres, AL)

On arrachait les pommes de terre.

 
Différence 196 (cf différence 179)

Parfois, le wallon n’emploie pas de préposition, là où le français en emploie une.

ex. : (W) I r’chone si pa

(F) Il ressemble à son père.

               ièsse boté nwâr

      être habillé de noir

               acheter bon mârtchi

      acheter à bon marché

               Quéne anéye qu’il ont moru?      En quelle année sont-ils morts ?

 

(F)  « De l’entendre, ça me fait mal. » (Duhamel, G., Fables de mon jardin, 1941)

(W) L’ oyu, ça m’ faît do mau.

 

 

(CW) « Is s’ pèrdin’ dèdjà ôte tchôse, is pinsin’ qu’ on-n-èstot pës arièré qu’ zèls. » (Gaziaux,1987,303)

Ils se prenaient déjà pour autre chose, ils pensaient qu’on était plus arriéré qu’eux.

 
Différence 197

En wallon central notamment, la préposition se place devant le pronom réciproque; en français, elle se place entre les deux parties. (cf diff. 108-109)

  1. : (W) Is travayenut po-n-on l’ ôte. (F) … l’ un pour l’autre

               Rotez padrî-n-on l’ôte!               … l’ un derrière l’autre

 

(OW) « S’ èrdaurant su yun l’ ôte come dès bièsses inradjéyes, i vos-a ieû doulà in rèmoû . » (Chaufoureau,1995,23)

(F) Comme ils se précipitaient à nouveau les uns sur les autres comme des bêtes enragées, il y eut là un fameux remue-ménage.

 

Différence 198

Pour le français « sans » + inf + « de » + nom, le wallon a « sins pont » + inf + « di » + nom.

  1. : (W) Sins pont fé d’ brût. (F) Sans faire de bruit.

                Sins pont acheter di tch’vau.        Sans acheter de cheval.

 

(CW) « Gn-a qui, sins s’ pont d’ner d’ pwin.ne, ponenut insi su l’ têre … » (E. François, in : CW 10/1949, p.150)

(F) Certains pondent ainsi sur la terre sans faire d’effort…

« Sins pont fé d’ brût, gripe à l’ copète di l’aube. » (J. Houziaux, in: CW 5/1964, p.102)

Sans faire de bruit, grimpe au sommet de l’arbre.

 

Différence 199

Nous employons la préposition « dèviè, aviè » + un nombre quand le français emploie « quelque » ou « à environ ».

ex.: (W) dèviè chîs kulomètes                      (F) quelque 6 km.

 

(CW) « Ça fêt qu’ n’ avans là d’mëré jësk’aviè quatre eûres. » (Gaziaux,1987,160)

Ainsi, nous sommes restés là jusqu’à quatre heures environ.

 

Différence 200

Certaines prépositions s’emploient avec un verbe sans complément exprimé, prenant donc la valeur d’une particule séparée. La préposition se place alors souvent en fin de proposition, sans amener de complément

ex.:

(CW) « C’ è-st-on-ome capâbe, dji n’ dîrè nin conte. » (Laloux,1969,44)

(F)  C’est une personne compétente, je ne le nierai pas.

« C’èst Mâr-Djôsèfe qu’il aveûve tchwèsi, djustumint pace qu’èle ni coureûve nin après. » (E. Gillain, Au culot do feu, p.130)

C’est Marie-Josèphe qu’il avait choisie, justement parce qu’elle ne courait pas après lui.

 

 
Différence 201

Le gérondif

« Tot » s’emploie devant un participe présent pour former un gérondif.[1]

  1. :

(EW) « I s’ èssoketa, tot rôkiyant. » (Houbart-Houge Jeanne, Nut’ di Noyé, NB 29/1973)

(F) Il s’assoupit en ronronnant.

(OW) « Tout-en sèrant sès-ouys, (…) il a chuvu l’ mésse voye viès l’ sitwèlî (…). » (Bauffe Robert, Li vî ome, p.29, W+ L)

En fermant les yeux, il a suivi la voie principale vers le firmament.

(SW) « Et ça fwèt qu’ il èralot tout cabiançant, (…). » (Binsfeld Franz, Come in toûr du macrâle, AL)

Il retournait chez lui en se balançant …

 

Différence 202

Le wallon ne possède pas de correspondant au « de » exposant d’infinitif en français.

ex.:

(F)  « Eux aussi, de pousser en pleine nature leur avait fait le plus grand bien. »

(P. Marguerite, La faiblesse humaine, I, 2)

(W) À zèls èto, crèche à plin.ne nature leû-z-aveûve faît l’ pus grand bin.

 

Différence 203

Le wallon emploie la préposition « di » là où le français emploie « que » devant « ça », « cela ».

ex.:  (W) Qwè-ce qui c’èst d’ ça?  (F) Qu’est-ce que c’est que cela?

 

Différence 204

« être + P.P. » en français se traduit parfois par « awè + di + P.P. ». (EW : aveûr …)

  1. :

(SW) « Qu’ èst-ce qu’ i gn-a di c’twardu ? » (Bily Joseph, Knocki èt l’ fème en nwâr, AL)

(F) Qu’est-ce qui est tordu ?

 

Différence 205

Précision amenée par « di ».

  1. :

(CW) « … èt lès concîres au d’zos aîr, astok aus-uréyes, è ratindint d’ l’ ôte, di nîve. » (Laloux,1969,42)      

(F) … et les congères à l’abri des intempéries, contre les talus, en attendaient d’autres, des ‘congères de neige’

« Pa l’ fènièsse, Djâke d’ èmon Jènîye ènn’ a bin compté 35 di djins; … » (id. , p.43)

Par la fenêtre, Jacques, habitant chez Eugénie, en a bien compté 35 personnes.

« N-avot plin l’ èglîjedjins, n-avot bouré d’ djins! » (Gaziaux,1987,266)

Il y avait des gens plein l’église, l’église était bourrée !

« On-n-a bén vèyë ç’ qu’ ës savin’ fé: ambëcieûs come lë diâle, mins (…) minâbes d’ abîyemint. » Gaziaux,1987,319)

On a bien vu ce qu’ils pouvaient faire : très ambitieux, mais (…) miteux.

 

Différence 206

 « L’ ôte » est suivi de  « di » (La Gleize : du) (de)  « du » dans de nombreuses expressions:

« du l’ôte dès costés » (de l’autre côté), « l’ôte dès côps » (l’autre fois), « l’ôte du nos vatches » (notre autre vache), « on-ôte du mès fréres » (mon autre frère), « tot l’ôte dès rèsses » (tout le reste). (EW) (Remacle,1937,55)

 

Différence 207

« Di » (La Gleize : « du »)  introduit un complément direct après « louki » et « hoûter » à la 2e personne de l’impératif :

« louke do tchèt » (regarde le chat), « hoûte do r’nâd » (écoute le renard), « hoûte du l’ ôte » (écoute l’autre). (EW) (Remacle,1937,56)

 

Différence 209

« Di » (La Gleize : « du ») introduit un infinitif après « èsse » et « saveûr » :

« c’ èst co d’ vèy », « c’ èst co d’ à vèy » (c’est à voir), « Adon, c’ èsteût du l’ vuni dîre » (alors, (ce qu’il y avait à faire), c’était de venir le dire), « s’ i saveût d’ mî fé tot s’î prindant ôtemint, quu nu l’ fuzéve-t-i! » (s’il pouvait mieux faire en s’y prenant autrement), « s’ on saveût d’ viker dusqu’ adon » (si on savait que l’on vivrait jusqu’alors)[2].  Citons un croisement curieux : « i n’ saveût nin qwè fé d’ fé vacsiner sès bièsses » (il ne savait s’il devait faire vacciner son bétail). (EW) (Remacle,1937,56)

 

Différence 210

Prépositions surabondantes

 

La préposition « di » (La Gleize « du ») est surabondante dans quelques cas : « comme du bin d’ djusse » (comme de [bien] juste); surtout avec « l’un… l’autre » : « aler d’ onk à d’ l’ ôte, d’ one plèce à d’ l’ ôte, èrî d’ onk du l’ ôte » (aller de l’un à l’autre, d’une pièce à l’autre, éloigné l’un de l’autre). (EW) (Remacle,1937,par.64)

En centre-wallon, on dit aussi « c’ èst d’ vôy quand qu’ dj’ aurè l’ timps » (il faut voir quand j’aurai le temps).

« D’ à » ou « à du » résultent de la contamination de deux tournures semblables :

« I n’a qu’ à du v’ni » (il n’a qu’à venir), « c’ èst co d’ vèy » ou « d’ à vèy » (il faut encore à voir), « on-z-a bèle à fé » (on a beau faire). (EW) (Remacle,1937,par.64)

  1. :

(OW) « C’ èst s’ faute, à Brussèl, qu’ il a

   bran.mint dès djins. » (Renard,1890,76)

C’est sa faute, à Bruxelles, qu’il y a beaucoup de gens.

(SW) « Ci qui dj’ pou fé, c’ èst d’ tèlèfoner à l’ clinike po one tchan.me. » (Bily Joseph, Knocki èt l’ fème en nwâr, AL)

(F) Ce que je peux faire, c’est téléphoner à la clinique pour une chambre.

 

« Di » (La Gleize : « du »)  introduit un infinitif après « qui » (La Gl. : quu) (que) :

« i n’ fuzéve quu d’ tchoûler » (il ne faisait que pleurer), « i n’ pout mâ qu’ d’ èsse pay » (il ne peut manquer d’être payé), «  s’ èle fuzéve tant qu’ du n’ pus passer d’vant nosse mâhon » (s’il lui arrivait de ne plus passer devant notre maison), « i n’ sèrè nin si bièsse quu du d’morer là, quu d’ lès lèy fé » (il ne sera pas bête au point de rester là, de les laisser faire). (EW) (Remacle,1937,56) En CW, « dji n’ sèrè mauy si ramoli qu’ dè lî d’ner m’ consintemint » (je ne serai jamais ramolli au point de lui donner mon consentement).

  1. :

(OW) « Cwâre à ça vaut austant què cwâre à leûs promèsses dès capias bûses… » (Quinet C., Godèts, p.25, in : : MA 1/ 2002, p.25-26)

(F) Croire cela vaut autant que croire à leurs vagues promesses.

(SW) « J’ in.mero mî moru qu’ d’ aler tché loû. » (Twisselman,1994,10)

J’aimerais mieux mourir qu’aller chez lui.

 

 « Ni … qui … », suivi d’un infinitif doit être relié à celui-ci par « di ».

  1. : (W) Dji n’ faî qui d’ lîre non pus. (F) Moi aussi, je ne fais que lire.

 

 

Différence 211

« Po » s’emploie plus souvent qu’en français devant un infinitif dépendant de « èsse » (être) :

– « c’ èst bin po v’ dîre » (c’est pour vous dire), « çu n’ èst nin po v’s-èwèrer » (ce n’était pas pour vous effrayer), « il èsteût po fé plêsîr » (il était serviable),

– « il èst po fé çoula, sav’, ci galiârd-là » (il est capable d’une mauvaise action pareille, ce gaillard-là), « i s’ vout toudi d’hombrer, èt qwand c’ èst po ‘nn’ aler, i n’ èst mây prèt’ » (il veut toujours se dépêcher, et au moment de partir, il n’est jamais prêt), « c’ èsteût on naw, mès qwand quu ç’ fouhe po djower one farce, i fouhe toudi l’ prumîr » (c’était un paresseux, mais pour jouer une farce, il était toujours premier). (EW) (Remacle,1937,56)

  1. :

(CW) « On-n-aleûve cwêre lë trén à Djodogne ou à Oupâye, quand c’ èsteût po-z-aler à Namêr. » (Gaziaux,1987,315)

(F) On allait chercher le train à Jodoigne ou à Huppaye, quand on voulait aller à Nameur.

(SW) « Si pa dès côps, i gn-aurot unk qui s’rot pou morë, (…). » (Marchal Omer, in : Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

Si, parfois, une personne était sur le point de mourir, …

 

Différence 212

Complément prépositionnel

 

Le wallon emploie souvent deux prépositions, alors que le français en emploie une + nom, ou trois alors que le français en emploie deux.

ex.: (W) di d’dins l’maujo                     (F) de l’intérieur de la maison

              D’ à l’ copète, on vèt lon.              Du sommet, on voit loin.

              di d’ pa-d’vant l’èglîje                   de devant l’église …

 

Le régime de la préposition peut être un nom, un verbe, une autre préposition et son régime, et même une proposition : « dusqu’ à so l’ route » (jusque sur la route),  « po d’vès l’ Tossint » (pour la Toussaint), « il acoréve du d’vant mon l’ curé » (il accourait de l’endroit devant la maison du curé), « tot ruvenant d’ aler moûde » (en revenant de l’endroit où il avait été traire), « ènn’aler vè moûde »(aller traire), « qwand dj’ avans rad’hindou d’ moûde » (quand nous sommes redescendus de l’endroit om nous avons trait), « dju v’zu l’ frè po qwand vos r’passeroz » (je vous le ferai quand nous repasserons).[3] (EW) (Remacle,1937,66)

 

  1. :

(CW) « – Waîte! (…), i r’chone Alfonse d’ à

l’ quincayerîye! » (Louis,1998,138-143)

(F) Regarde, il ressemble à Alphonse de la quincaillerie !

« … dj’ ènn’ aleûve jësk’à yëte dè l’ vële basse. » (Gaziaux,1987,161)

Je m’en allais jusqu’à la ville basse et au-delà.

« … lès têres d’ après Sint-Pîre, après

l’ pavêye d’ Oupâye, n’ èstin’ ni co là së bounes. » (Gaziaux,1987,309)

Les terres du côté de Saint-Pierre, après la route pavée d’ Hupaye, n’étaient pas tellement bonnes.

(EW) « (…), Noyé èsteût ås-aguèts, … loukant (..) èt s’ hébiant po inte lès cohes (…) » (Franck,1910, 195-202)

Noyé était aux aguets, regardant et se penchant de côté entre les branches.

« Mi, qwand djè l’ veû d’ å lon, dji trèvåtche li route, po nè l’ nin creûheler. » (Lahaye Joseph, Monique, in: CW 6/99, p.97-100)

Moi, quand je le vois de loin, je traverse la route pour ne pas le croiser.

« N’a co mèye èt mèye ons qui lès clokes èrunîyes / Ni sonèt pus lès-eûres d’ à l’ copète dè clokî. » (Georges Victor, N’ a co mèye è mèye ons, p.88, in: W+ L)

Il y a des milliers d’années que les cloches rouillées / Ne sonnent plus les heures au- dessus du clocher.

(OW) « In grand bos / Pus grand qui lès céns di-d-pâr-ci … » (Fichet-Doffiny Marie-France, Afrika, p.66, in: W+ L)

Un grand bois,/ Plus grand que ceux de cette région-ci.

« L’ ome lès-a pris pau brès… » (Fauconnier,1993,77)

L’homme les a pris par le bras.

(SW) « … dins l’ lêd toûrnant dë-d-d’ri mon

l’ Chauvau, … » (O. Marchal, in : Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)     

… dans le virage dangereux derrière la maison de Chauvau, ….

« I gn-avot èn-ome qui ruv’not du l’ gâre du Pwès, à pîds paus bwès. » (Louline Vôye, Marîye à l’ trique, AL)

Un homme revenait de la gare de Poix, à pied par les bois.

« Mês l’ ôte fis, (…,) riv’néve d’ âs tchamps. » (Dedoyard,1998,7-11)

Mais l’autre fils revenait des champs.

 

Différence 213

En wallon, le complément circonstanciel est toujours accompagné d’une préposition sauf avec des noms de périodes de temps + « passé(ye) », « qui vint », « -ci », « -là ».

ex.: (F) Le soir, je vais prendre un verre.  (W) Au nût, dji va bwâre on côp.

             Ce soir, j’ irai prendre un verre.           Odjoûrdu au nût, dj’ îrè bwâre on côp.

 

(CW) « Vos-atakeroz d’mwin au matén. »  (Rousseau Albert, Maursadjes, p.31, in: Gaziaux, 1998)

(F) Vous commencerez demain matin.

(EW) « Li lèd’dimin å matin qwand il èst bin r’pahou, Zanzan èst so l’ pavêye … » (Warnier,1988,3)

Le lendemain matin, quand il est bien repu, Zanzan est sur la chaussée.

(SW) « (…), is djouwint à l’ ligne tos lès dimagnes du l’après non.ne avou dès pîces du cink sous. » (Pecheur Emile, A l’ ligne, Chronique wallonne, AL 1999)

Il jouaient à la « ligne » tous les dimanches après-midi avec des pièces de cinq sous.

 

Mais:

(W) Li samwin.ne passéye, il a v’nu.         (F) La semaine dernière, il est venu.

       L’anéye qui vint, dj’ aurè m’ dèplome.       L’année prochaine, j’aurai mon diplôme.

       Ci nêt-là, dji n’ a seû clougnî on-ouy.        Cette nuit-là, je n’ai pu cligner l’œil.            

 

Différence 214

Après « à mwins », là où le français peut employer une seule préposition, le wallon doit employer une conjonction.

ex.: (W) à mwins qui d’ ièsse fou               (F) à moins (que) d’être fou.

 

Différence 215

Le wallon coordonne un complément prépositionnel avec un complément sans préposition.

  1. : (W) « È disfûtyî onk do viladje, c’ èst s’ grand plaîji, onk qui ça va mia qui l’s-ôtes. »

               (A. Laloux, Mi p’tit viyadje dès-ans au long, p.138)

  • En ridiculiser un du village, pour qui cela va mieux que les autres, c’est son grand

               plaisir.

 

Différence 216

« Volà » (voilà) offre un exemple intéressant de travail analogique.

Ce composé se conjugue, en effet, comme si l’ « -à » final était une forme de « aveûr », avoir.

On dit « volaveût, volarè, volareût » : « vo-l’ -rulaveût c’ one fîe » (voilà qu’il revenait encore une fois), « vo-nos-r’larè co â mine pont » (voilà que nous serons encore de nouveau au même point).

« Volà » suit la concordance des temps : « Volà qu’ i vint, qu’ i v’na, vo-l’-lareût co qui r’vinreût;  vo-l’ -larè co qu’ i r’vinrè, vo-l’-laveût co qui ruv’néve ».[4] (EW) (Remacle,1937,53)

 

 

[1] A La Gleize (EW), le participe présent servant à former le gérondif est généralement précédé de « tot », sauf après « aller », « vuni », où il est précédé de la préposition « à » : « i ‘nn’ aléve à hossant so sès djambes » (il s’ en allait en vacillant) ; « i v’néve à catchant s’ bokèt d’ tchâr » (il venait, cachant son morceau de viande), le gérondif décrit ici le mouvement exprimé par le verbe principal.

« ènn’ aler » + gérondif avec « à » marque la continuité : « i ‘nn’ aléve à d’hant qu’ i s’ ènnè foutéve » (il s’en allait en disant qu’il s’en moquait).

« è » (en) + gérondif : dans quelques locutions adverbiales : « è hîbiant » (de biais), « on côp è passant » (une fois par exception), « treûs côps è sèwant » (de suite) ; « tindant » (tendant), employé seul, est adverbe : « i va bin tindant âs bâcèles asteûre » (il va bien rechercher les jeunes filles maintenant). (Remacle,1937,71)

 

[2] Notons en centre-wallon : « S’ on saureûve di viker djusqu’à tant qu’ frè sès paukes ».

[3] La préposition et son régime forment un tout. C’est ainsi qu’ils ont constitué de nombreuses locutions adverbiales : « ovrer d’ fwèce », « à hopê », « à l’ vole » … Cependant ils peuvent être séparés par un membre de phrase : « èle vint avou d’ tins-in tins one lètcherèye » (friandise) ; « po dè mons li dîre â r’ vèy » ; « cès baguètes-là, c’èst po m’ papa fé dès banses ». (Remacle,1937,66)

 

[4] C’ est une interprétation semblable de l’ « -à » de voilà qui a amené en fr. et en w. l’expression suivante : « ne voilà-t-il pas que… », « nu v’là-t-i nin quu… » (Remacle,1937,53)

 

 

4.7 L’ adverbe

 

Différence 217

Avec « ènn’ aler » (s’en aller), aux temps composés et surcomposés, on emploie encore « ènn’ ».  « Ènnè » est surabondant.

 

  1. : (W) Dj’ ènn’ a ‘nn’ alé. (F) Je m’en suis allé.

               Nos ‘nn avans ‘nn’ alé.           Nous nous en sommes allés. (Remacle,1937,68)

 

(CW) « I gn-a min.me onk qu’ a v’nu choûter à mi-uch èt pwîs is ‘nn’ ont ‘nn’ alé do costé d’ l’ Abîye.” (Awoust,1982,152)

(F) Il y en a même un qui est venu écouter à ma porte et ensuite, ils sont partis du côté de l’abbaye.

« I n’ ariveut nin à lachî one parole; i ‘nn’ a ‘nn’ alé d’on randon. » (Louis,1998,138-143)

Il ne parvenait pas à lâcher une parole ; il est parti d’une traite.

(EW) « (…) Awè, dji r’vin … /  Tot seû, come dj’ ènn’ avû ‘nn’ alé. » (Dodet Charly, Vos p’loz co roter, p.65, in: W+ L)                                        

Oui, je reviens… / Seul, comme j’étais parti.

(SW) « C’ èst bin tchèrdji qui dj’ èn-ons n-alè â matin. » (A. Schmitz, Lès cwades di bwès, AL)

C’est bien chargés que nous sommes partis le matin.

 

Différence 218

L’expression « de son mieux » en français correspond à une formulation avec l’adverbe « mia » ((EW) mî) suivit d’une subordonnée.

  1. : (F) Il a parlé de son mieux.  (W) Il a causé do mia qu’ ‘l a seû.

 

Différence 219

« Vêci, vêlà » (roci, rolà, doûci, doûlà (OW) ; ci, chal (EW)) peuvent jouer un rôle d’adjectif démonstratif.

  1. : (W) l’ aube vêci; li feume vêlà (F) l’ arbre que voici ; la femme que voilà

 

Différence 220

La négation « nin » ne s’emploie pas avec « sawè » qui signifie « pouvoir, être capable de », ni avec « wasu » (oser).

  1. : (W) Dji n’ sé atraper l’ couche. (F) Je ne sais pas attraper la branche.        

               Djè n’ lî wasereûve dîre.            Je n’oserais pas le lui dire.

 

En revanche, elle s’emploie toujours avec « sawè » qui signifie « connaître » ou « être au courant de » :

ex : (W) Dji n’sé nin qwè lî dîre.             (F) Je ne sais que lui dire.

 

(W) Dji n’sé nin si ça èst djusse, mins djè l’ a lî su l’ gazète.

(F)  Je ne sais si c’est exact, mais je l’ai lu dans le journal.

 

Différence 221

Dans certaines propositions commençant par « que » signifiant « pourquoi » avec une nuance de défi ou de souhait, le français n’a qu’une négation simple, ce qui est impossible en wallon, qui emploie « duvint-ce ».

  1. : (F) Que ne le disait-il ? (W) Duvint-ce qu’ i nè l’dijeûve nin ?

 

Différence 222

Le wallon fait une différence entre « assez » (passablement), qui se place devant l’adjectif ou l’adverbe dont il modifie le sens, et « assez » (suffisamment), qui se place après le nom, l’adjectif, l’adverbe ou le verbe dont il modifie le sens.

  1. :

(W) Il è-st-assez vîy.

(F) Il est assez vieux.

Il aleûve assez rade.

Il allait assez vite.

Il èst vîy assez po comprinde.

Il est assez vieux pour comprendre.

I n’ èst nin malin assez.

Il n’est pas assez malin.

I n’ coûrt nin rade assez.

Il ne court pas assez vite.

Dji n’ a nin dès caurs assez.

Je n’ai pas assez d’argent.

 

(EW) «  Èle ni poléve dimoni cou so hame, ossu s’ louka-t-èle si lès boûkètes avît tchôd assez so l’ djîvå (…). » (Houbart-Houge Jeanne, Nut’ di Noyé, NB 29/1973)

(F) Elle ne pouvait rester assise, aussi regarda-t-elle si les crêpes de sarrazin avaient suffisamment chaud sur la tablette de cheminée.

« Signeûr, dj’ a magnî dè l’ djote assez! » (Maquet,1987,21)

Seigneur, ‘j’ai mangé assez de chou ‘ (= je donne ma langue au chat) !

(OW) « Il a dès moumints, du n’ daloûs nîn râde assèz, hin, pa. » (Ecomusée,1985,36)

Parfois, je n’allais pas assez vite, hein, papa.

« Dj’ aî ieû do mau âssez po monter l’ordadje ! » (Dict. Wallon du Centre)

J’ai  eu bien des difficultés pour monter l’échafaudage !

« El pleuve m’ a toudi / rinvèyi timpe assèz (..). » (Quinet,2002,17)

La pluie m’a toujours / réveillé suffisamment tôt.

(SW) « Di tote façon, on vike djà vî assez come ça, èt ç’ n’ èst nin po quékès-anéyes di pus … » (Bily Joseph, Knocki èt l’ fème en nwâr, AL)

De toute façon, on vit déjà assez vieux comme ça, et ce n’est pas pour quelques années de plus…

 

Différence 223

D’autres adverbes ont une position différente de leurs correspondants en français :

1) plus loin dans la phrase ou 2) plus avancés.

  1. : 1) (EW) I fâreût tirer çou qu’ èst d’vins foû. (F) Il faudrait enlever ce qui est dedans.

        2)          Il a oûy fêt tchôd.                                    Il a fait chaud aujourd’hui.  

                     Sé-dje s’ il ont avou îr fêt.                       Que sais-je s’ils ont terminé hier.                    

                     Frè-t-i d’min bon ?                                   Fera-t-il bon demain ?

                     I ‘nn’ aveût brâvemint on pus grand.       Il en avait un beaucoup plus grand.

                     (Remacle,1937,64-65)

 

(CW) « … c’ èstot dès ancyins combatants èto, (…) » (Gaziaux,1987,227)

(F) C’étaient aussi d’anciens combattants .

(EW) « (…) Vos vôrîz qui dj’ creûreû à des sots contes insi ? » (Kinable,1889,17-22)

Vous voudriez que je croie de tels sots propos ?

« Chèrvez-le avou dè l’ cassonåde ou dè l’ confitûre (sic), vo l’ polez fé blamer ossu. » (Ista,1982,9)

Sers-le avec de la cassonade ou de la confiture, tu peux aussi le faire flamber.

(OW) « Pourtant, l’ côp qu’ lès deûs tchots ont v’nu l’ uker ètou, ça n’ a né stî tafètemint l’ min.me.” (Fauconnier,1993,1977)

Pourtant, la fois où les deux petiots sont aussi venus l’appeler, cela n’a pas été tout à fait la même chose.

(SW) « Bin, dji n’ pou bin mâ d’ vos mète on cayèt insi ! »  (Dedoyard,1993,13)

Eh bien, je ne risque pas de vous mettre un tel attirail.

 

Différence 224

« Parfois » = « pacôp, télcôp, télefèye, … » mais aussi « dès côps qu’ i gn-a »

  1. :

(EW) « Dès côps qu’ i n-a qu’ i passe chal divant, parèt, èt pwis dj’ l’ aporçû l’ dîmègne à grand-mèsse. » (Maquet,1987,143)

(F) Parfois, il passe ici devant, voyez-vous, et puis, je l’ai aperçu le dimanche après la messe.

 

Différence 225

« Ni », négation seule, ne s’emploie pas en wallon comme le français « ne » dans les cas :

1) d’un verbe de crainte :

  1. : (W) Dj’aureûve peû qu’i vêreûve. (facultatif) (F) J’aurais peu qu’il ne vienne.

2) avec un comparatif :

  1. :  (W) I n’ èst nin ossi sûti qui dj’ pinseûve.     

             (F) Il n’est pas aussi futé que je ne le pensais.

3) avec la conjonction de subordination : divant qui

  1. : (W) Divant qu’il ariviche, dj’ a catchî l’ lète.

            (F) Avant qu’il n’arrive, j’ai caché la lettre.

 

Mais dans les autres cas où le français emploie « ne », le wallon a une double négation.

  1. :

(F) « On ne voit âme qui vive. » (A. Hella, Le langage et la vie, VA 16/10/79)

(W) On n’vèt nin one âme.

Evite qu’il ne prenne froid

Waîtîz qu’ i n’ eûche nin frèd !

Qui ne le croirait ?                      

Qu’èst-ce qui nè l’ crwêreûve nin ?

«  Gardez qu’on vous voie et qu’on ne vous entende. »  (Molière)

Waîtîz qu’on n’ vos vôye nin èt qu’on n’ vos-ôye nin !

Je n’ouvrirai pas si on ne m’en donne l’ordre. 

Dji n’douvrè nin s’ on n’ m’ è done nin l’ ôrde.

 

 

(CW) « I n’ faut nin fé l’ diâle pus nwâr qu’il èst. » (O. Collet, in: Novèles 10, p.4)

(F) Il ne faut pas exagérer les mauvais côtés d’une situation.

« Li rate zoubèle di pus qu’èle coûrt. » (M. Chapelle, Nov. 15, p.14)

Le mulot saute plus qu’il ne court.

 

Différence 226

(F) « Ne pas de … ni de … » : (W) « ni pont di … ni pont di … »

  1. :

(CW) « … on n’ a pont d’ chète didins sès mwins, ni pont d’ clokète. » (Ph. Maudoux, in : Novèles 8, p.3)

(F) On n’a pas d’écharde aux mains, ni d’ampoule.

 

Différence 227

Pour le français, « ne jamais (de) », le wallon doit avoir « ni mauy pont (di) » .

  1. :

(CW) Nosse caracole n’a mauy pont v’lu d’ vélo. (Somme,1982,5)

(F)  Notre escargot n’a jamais voulu de vélo.

 

Pour le français « ne jamais » + « en », le wallon a « è(nn’) » + « mauy / jamaîs pont ».

  1. : (W) Dj’ ènn a mauy pont oyu. (F) Je n’en ai jamais entendu.

               Dji n’ è rauye jamaîs pont.        Je n’en arrache jamais.

 

Différence 228

« Là »: 1) adverbe de lieu; 2) adverbe d’intensité avec « si ».

  1. : (W) Èle n’èst pus là si djon.ne (= si djon.ne qui ça). (F)  Elle n’est plus si jeune.                                      

               Ça n’ va nin co là si mau (=si mau qu’ ça).                 Ça ne va pas encore si mal. 

 

(CW) « … lès têres d’ après Sint-Pîre, après

l’ pavêye d’ Oupâye, n’ èstin’ ni co là së bounes. » (Gaziaux,1987,309)

Les terres du côté de Saint-Pierre, après la chaussée d’Huppaye, n’étaient pas si bonnes.

 

Différence 229

Dans une subordonnée de but, la négation se place entre « po » et « qui ».

  1. : (W) Is d’djin.n dès pâtêrs po n’ nin qu’ i moriche.

        (F)  Ils priaient pour qu’il ne meure pas.

 

Différence 230

Dans une infinitive introduite par « di », ou « po », le pronom personnel complément se place entre « ni » et « nin ».

  1. : (W) Sayîz di n’ vos nin man.ni!

        (F)  Essayez de ne pas vous salir !

 

Différence 231

Avec « aler », idée de futur immédiat, + « awè »,  rien ne correspond au français « y ».

  1. : (W) I va awè d’ l’ oradje, si l’ timps n’ candje nin.

        (F)  Il va y avoir de l’orage, si le temps ne change pas.

 

Différence 232

Au français « plus/moins » + sujet + verbe + …, plus/moins + sujet + verbe + …, correspond         

                   « pus-ce qui » / « mwins-ce qui » …, « pus-ce qui » / « mwins-ce qui » …

  1. :

(W) Mwins-ce qu’ i travaye, pus’ qu’i gangne.

(F)  Moins il travaille, plus il gagne.

Pus-ce qui dj’ bwè, pus’ qui dj’ a swè.

Plus je bois, plus j’ai soif.

Pus-ce qui li tch’vau èst grand, di d’pûs hôt èst-ce qu’on tchaît.

Plus le cheval est grand, plus on tombe de haut.

 
Différence 233

Avant « èchone » (« èsson.ne » (EW)) (ensemble), on emploie « qui » dans le sens du français « avec qui, avec lequel ».

  1. :

(CW) « Sès vîs soçons, qu’ il avint stî djon.nes èchone. » (Laloux,1974,184)

(F)  Ses vieux amis, avec lesquels ils avaient été jeunes.

 

Différence 234

« Èchone » (« èsson.ne » (EW), « èchène » (OW)) (ensemble) est parfois utilisé comme renforcement.

 

(CW) « Ele avot l’ aîr d’ one boune vîye grand-mére, tote racrapotéye èchone. » (Moureau,1943,871) 

(F) Elle avait l’air d’une bonne vieille grand-mère, bien recroquevillée.

 

Différence 235

« Tot », suivi d’un adjectif tel que « fwârt», « bia », « vîy », … en wallon, se traduit en français par « bien ».

  1. : (W) On si r’trove tot vîy. (F) On se retrouve bien vieux. 

               Nos n’s-avans r’waîtî tot bièsses.           Nous nous sommes regardés bien bêtes.

 

(CW) « Onk di sès fis, on grand gamin dèdjà tot fwârt. » (Houziaux, On d’méy …, p.31)

(F)  Un de ses fils, un grand garçon déjà bien fort.

 

Différence 236

« Tot » précède toujours + « bas », « hôt », « près », « seû », « nu », « timpe », – pas en français -, dans : 

  1. : (W) causer tot bas (F) parler bas, murmurer

               causer tot hôt                      parler distinctement 

               tot près d’ zèls                    près d‘eux

 

Aussi :

(CW) « … li tot seû, … » (Laloux,1969,31)

(F) lui seul

(OW) « C’ èst l’ bon Dieu, lu tout seû, qui done èt qui rind l’ vîye (Renard,1890,71)

C’est le bon Dieu, lui seul, qui donne et rend la vie.

(EW) « C’ èsteût ‘ne bèle grande båcèle drèssêye là, cåzî tote nowe, divant mi. » (Grafé,1987,42-44)

C’était une belle grande fille, debout là-bas, quasi nue, devant moi.

« Tot timpe å matin, lès djins l’ vont gålioter : dès gli-ng’-glans chal, dès gågåyes là, on vrêy tiyou d’ Noyé ! » (Boussart,1976,18) 

Tôt le matin, les gens vont le parer : des pendeloques par ci, des colifichets par là, un vrai tilleul de Noël !

 

Différence 237

Le wallon emploie souvent l’adverbe « tot », alors que le français emploie l’adjectif indéfini.

 

« Tot », dans le sens de « complètement », s’emploie avec un verbe conjugué et un COD qui suit ce verbe.

  1. (W) Dji n’ a nin tot bwèvu m’cafeu. (F) Je n’ai pas bu tout mon café.

              I n’a nin tot mindjî s’ soupe.                        Il n’ a pas mangé toute sa soupe.

              Nos n’avans nin tot vèyu l’ mûséye.            Nous n’avons pas vu tout le musée.

              Dj’ a tot rèmantchî l’ moto.                          J’ai réparé toute la moto.

 

(CW) « Là vraîmint pont d’ djoûs qui nn’ ans tot faît l’ awous’. » (Laloux,1969,201)

(F) Nous venons de moissonner tout récemment.

« On-z-aveut tot faît l’bagadje. » (Laloux,1969,62)

On avait fait toute la vaisselle.

(EW) « L’ âbe s’ a tot r’pondou èn-ôr. » (Chastelet,1990,16) 

L’arbre s’est repeint complètement en or.

 

Différence 238

« Tot » ne se joint pas à « come » ni à « onk ».  En wallon, on dit « tot-à faît l’min.me » .

  1. : (F) Qu’il approuve ou me blâme, c’est tout un.

        (W) Qu’ i fuche d’acôrd avou mi, ou qu’ i trouve à r’dîre, c’ èst t’t-à faît l’ min.me.

 

Différence 239

Notons aussi le placement typique de « tot » dans :

« Dju nu l’ veû d’ tot gote »  ou « gote du tout »; « i n’ a d’ tot rin » ou « rin du tout »; « c’èst tot-on-ôte ome » (c’est un tout autre homme). (EW) (Remacle,1937,50)

 

Différence 240

« Trop, pau » + verbe sont précédés de « di ».

  1. :

(CW) « Nin d’ trop djâsè. / Nin d’ trop s’ vantè. » (Houziaux,1974,69)

(F)  Ne pas trop parler.   / Ne pas se vanter outre mesure.

 

Différence 241

 « Qui » ((EW (La Gleize) quu), adverbe

« Quu » (que) est adverbe comme en français : « quu d’ tins a-t-i, voste èfant ? » (quel âge a-t-il…), « quu d’ tins fât-i po-z-aler là ? » (que faut-il de temps… ?).

Il signifie « quelque » et, en corrélation avec un autre « que », introduit des subordonnées concessives : « quu bin qu’ çoula vasse (ou ca bin qu’…) » (bien que cela marche), « quu grand, quu p’tit, quu malin qu’ i seûye, quu tot qu’ i ‘nn’ âye, i ‘nn’a nin co assez » (bien qu’il soit grand, petit, malin, bien qu’il en ait beaucoup, il n’en a pas encore assez), « quu pô qu’ i ‘nn’ âye, i ‘nn’ a co trop’ » (qu’il ait aussi peu que possible, il en a encore trop). (EW) (Remacle,1937,53)

 

Différence 242

« Î » (La Gleize (EW) « i ») (y) fonctionne souvent comme pronom personnel, surtout :

  • comme prédicat: « i n’ a nin co stou sôdâr , mès i-z-i sèrè bin vite » (il n’a pas encore été soldat, mais il y sera vite), « dj’ i so, sés-se, nâhi (j’y suis, sais-tu, mais je suis fatigué) ;
  • comme régime direct : « lu ci qu’ èst bon i pinse lès-ôtes » (celui qui est bon croit

      les autres tels), « i n’ t’ a nin fêt mâ, lu, mès mi dj’ t’ i va fé » (il ne t’a pas fait du mal,     

      lui, mais moi, je vais te le faire).

  • comme régime indirect (tout comme ici en liégeois) : à La Gleize : « dj’ ènn’ i dinrè »

      ou « dju li ènnè dinrè » (je lui en donnerai);  « il a co fêt fé çoula du s’ frére, mètans » :

      réponse : « n’ î fêt-i nin fé t’t-a-fêt ? » (ne lui fait-il pas tout faire ?) ; « dju n’ i-a nin

      d’né » ou « dju n’ li a nin d’né » (je ne lui ai pas donné). Notons que dans ce dernier

      exemple, [dju n’y a] pourrait être altéré de [dju n’ ly a]. (EW) (Remacle,1937,53-54)

 

Différence 243

Au français « ci-contre, ci-dessous, ci-après, là-dessous, là-dessus, ci-joint, ci-inclus » correspond « avou çoci ».

  1. : (F) Vous trouverez en annexe les deux lettres. (W) Vos troveroz cès 2 lètes-ci avou çoci.

              Vous recevrez ci-inclus la copie.                        Vos r’çûroz l’ copîye avou çoci.

 

Différence 244

« Su » et « èt su » (EW (La Gleize)) sont adverbes devant un impératif après une subordonnée.

Pour « su », nous n’ avons relevé qu’un exemple, et c’est un proverbe : « là quu t’ n’ as qu’ fé, su n’ t’ i boute » (où tu n’as que ( = rien à) faire, ne t’y pousse pas). Pour « èt su », les exemples abondent, et la première proposition est toujours introduite par  « su » (si, puisque) : « su t’as fin, èt s’ magne », « su t’as seû, èt s’ beû », « su vos n’ vloz nin louki , èt su n’ loukiz nin », « su t’ès nâhi, èt s’ va su t’ rupwèse », « su vos nu l’ poloz d’né, èt su l’ wârdez ». (EW) (Remacle,1937,57)

 

Différence 245

« Si » est utilisé pour renforcer l’adverbe ou l’adjectif qui suit.

  1. :

(EW) « Dju make on si tél côp à t’ bièsse quu dji l’ laî so plèce! » (Feller,1906,126

(F) Je frappe un coup si fort que je le laisse sur place !

« Li nîvaye riglatih si télemint qu’ on î veût cåzî come di djoû. » (Houbart-Houge Jeanne, Nut’ di Noyé, NB 29/1973)

La neige brille tellement qu’on y voit presque comme en plein jour.

(SW) « … qui l’ pére èstéve si télemint contint qu’ i l’ fièstichéve. » (Dedoyard,1998)

… que le père était tellement content qu’il le fêtait.

 

Différence 246

« Plus un » se traduit en wallon par « pus nin onk / one ».

  1. :

(EW) « Pus nin ‘ne blawète, pus nin ‘ne cawète, – (…) – nin l’ pus p’tit fichtou

d’ loumîre … » (Maquet,1987,13)

(F) Plus une étincelle, plus un cordon, pas le moindre petit faisceau de lumière …

 

 

4.8 La conjonction

 

4.8.1. Conjonction de subordination

 

Différence 247

Le wallon emploie le plus souvent, comme relatif exprimant un rapport de lieu, « qu’ dj’ î », « qu’ t’ î », « qu’ il î », « qu’ èlle î », « qu’ nos-î », « qu’ vos-î » .

  1. :

(CW) « Djon.ne rève qui boute dins in prîjon qu’il î faît trop p’tit. »  (L. Somme, Vîye di djin, p.4)

(F) Jeune rêve qui travaille dans une prison où  c’est trop petit.

(EW) « … dji n’ sé k’bin d’ feumes (…) qui

s’ qwèrît mizére po-z-èsse li prumîre å batch qui treûs d’ zèls s’ î d’vît lâver (…) » (Houbart-Houge Jeanne, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

Je ne sais pas combien de femmes  se cherchaient misère pour être la première au bac où trois d’entre elles devaient se laver.

(SW) « … in p’tit strèt longu tunèl qu’ il î fwèt nwâr come dins in for. » (Mahin Lucien, alias Louline Vôye, Lès tchèrieûs, in: Ene bauke su lès bwès …, AL 26/11/85)

un petit tunnel étroit et allongé où il faisait noir comme dans un four

 

Différence 248

« Qui » (que) pléonastique

Si un complément ou adverbe circonstanciel suit la conjonction de subordination « qui », on répète « qui » . [1]

  1. : (W) Is d’djin.n qui l’ lèd’mwin, qu’ il îrin.n.
  • Ils disaient que le lendemain, ils iraient.

 

(OW) « C’ èst què, dins cès djins-là, (…), /

Quand vos d’nez in djigot, qu’ i leû fourout bî ‘ne cens’. » (Delait,1946,51)

(F) C’est que, dans ce milieu-là, quand vous donnez une pièce d’un centime, il faudrait bien une pièce de deux.

(EW) « … nos-èstans è viyèdje di Noyé qui v’là l’ qwatrin.me an.nèye qu’ on l’ rimonte chal à Lîdje. » (Weerts Christophe, in : Calendrier CRIWE, déc. 1990)

Nous sommes dans le village de Noël que l’on remonte depuis quatre ans à Liège.

 

Différence 249

« Di ç’ qui » (ce dont)

  1. : (W) Là di ç’ qui v’s-auroz (= dè l’ baguète), si vos n’ vos djokez nin binrade! 

        (F) Voilà ce dont vous aurez, si vous ne vous arrêtez pas bientôt !

 

Différence 250

La conjonction « qui » qui répète une autre conjonction employée pour une proposition coordonnée qui précède est toujours nécessaire en wallon.

  1. : (W) Quand l’ maîsse nos-apiceûve pa noste orèye èt qu’ i nos satcheûve foû do banc (èt

                nos satchî foû do banc)…

        (F)  Quand le maître nous prenait par l’oreille et nous tirait hors du banc…

 

(OW) « C’ èst l’ bon Dieu, lu tout seû, qui done èt qui rind l’ vîye (Renard,1890,71)

C’est le bon Dieu, lui seul, qui donne et rend la vie.

 

Différence 251

La conjonction wallonne « quand » peut être précédée de « po » et l’ensemble va signifier  « pour le moment où ».

  1. :

(W) Lèyî tot ça là. C’èst po quand dji r’vêrè.

(F)  Laissez tout cela là. C’est pour le moment où je reviendrai.

 

(W) Po quand  on monterè l’ chaule, dji vôreûve qui l’ coleûr sèreûve prète.

(F)  Pour le moment où on montera l’échelle, je voudrais que la couileur soit prête.

 

(CW) Il ont sti à Sint-Djèrmwin, don, sins l’ gamin, èt po quand ‘l ont r’vënë, l’ gamin rotéve! » (Gaziaux,1987,275)

(F) Ils sont allés à Saint-Germain, voyez-vous, sans le fiston, et pour le moment où ils sont revenus, le fiston marchait !

 

Différence 252

« Quékefîye qui » (« mutwèt qui » (EW)) suivi d’un sujet et d’un verbe est la seule façon de traduire « peut-être » suivi d’une inversion. 

  1. : (F) Peut-être te le dira-t-il. (CW) Quékefîye qu’ i vos l’ dîrè.

 

Différence 253

Après la locution « qui que ce soit qui », le français utilise un verbe au subjonctif. Le correspondant wallon est à l’indicatif.

  1. : (F) Qui que ce soit qui l’ait vu, on l’a vu. 

        (W) Quî qui ç’ fuche què l’ a vèyu, on l’ a vèyu.

 

Différence 254

Après une principale contenant une forme au conditionnel du verbe « vouloir, aimer, désirer », suivi d’un infinitif + COD, le verbe de la relative dépendant de ce COD est, en wallon, à l’indicatif ou au conditionnel, et, en français, au subjonctif.                                               

  1. : (F) Je voudrais rencontrer quelqu’un qui sache le chinois.

        (W) Dji vôreûve rèscontrer one saquî qui conèt / conireûve li chinwès.

 

Différence 255

Si on intercale un complément après une conjonction, on répète cette conjonction après le complément.

  1. :

(CW) « Calbalasse m’a dit qu’ à ç’ momint-là, qu’ i djouweûve aus cautes avou Piêre Palète, … » (Awoust,1982,10)

(F)  Calbalasse m’a dit qu’à ce moment-là, il jouait aux cartes avec Pierre Palète, …

 

Différence 256

Dans les phrases du type « il vient quand on y songe le moins », la temporelle se traduit par un superlatif dont dépend une subordonnée introduite par « qui » (que), relatif ou conjonction.

  1. : « i vint â mons qu’ on-z-i sondje » (il vient quand on y songe le moins), « i vint â pus hâsse qu‘ on-z-a » (il vient quand on est le plus pressé), « â pus mâ qu’ on-z-èst » (quand on est le plus mal), « c’ èst dès djoûrs çou-vola, â mî l’ tins qu’ on-z-a du l’ lîre, lu gazète » (ce sont des jours où on a mieux le temps de lire le journal). (EW) (Remacle,1937,74)

 

« au pus … qui … »

  1. : (W) Au pus ridant qu’ i fieûve, i ‘nn’ aleûve co tayî o bwès.
  • Il pouvait faire ‘le plus glissant possible’, il allait encore abattre le bois.

 

« au mwins’ qui »

  1. : (W) Au mwins’ qu’ on s’ î atindeûve, vo-le-là arivé èt s’ mète conte li tauve.

        (F)  Au moment où on s’y attendait le moins, il arriva et se mit contre la table.

 

« au pus bia qui »

  1. : (W) Au pus bia qui nn’ alin.n gangnî, ‘là qu’ l’ ârbite choufèle èt arèter l’ match.

        (F)  Au moment même où nous allions gagner, l’arbitre siffla et arrêta le match.

 

Différence 257

Le wallon utilisera « qwè » tandis que le français dira « que ».

  1. : (W) Dji n’ lî sé qwè dîre . (F) Je ne sais que lui dire.

 

Différence 258

« Qui » ((EW : La Gleize) quu) (que) s’omet parfois notamment après l’impersonnel « faleûr » (falloir) :

« i fât dj’ i vasse » (que j’y aille), « c’ èst çou qu’ i fâreût (qu’) lès djins frint ». Il s’omet aussi après « duvant », « tant », « là » (où), « d’ oû vint » (pourquoi), et il est facultatif après « qwand » : « duvant (qu’) vos n’ sèyohe là»,  « il ovrint tant (quu) n’ fouhins là », « il a ovré tant (qu’ i)l a plou », « lès vatches magnèt là (qu’ è)les sont », « qu’èle vasse là (qu’ è)le vout », « qu’ i vègne qwand (qu’ i) vout »; « sav’ bin d’oû vint (qu’ i) n’a nin v’ni ? ». (EW) (Remacle,1937,69)

 

Différence 259

« Èt qui » amène une nuance d’opposition

  1. : (W) Come il a rarivé (d’ièsse prîjenî) ramwinri, èt qu’ ‘l èsteûve si craus d’vant l’guêre!
  • Comme il est revenu amaigri (de son séjour dans un camp de prisonniers), alors qu’il était si gras avant la guerre !

 

        (W) Asteûre il a on bia mwin.nadje, èt qu’ ‘l ont mankè di s’ dèvôrcer!

        (F)  Maintenant, ils forment un bon ménage, alors qu’ils ont failli divorcer !

 

Différence 260

« Qui »,  conjonction,  le deuxième élément de la comparaison, correspond à la préposition « à » en français.

  1. :

(CW) « Fin parèy qui lès compôsiteûrs, i mârkeut s’ nom pa-d’zeû … » (Houziaux,1964,50)

(F) Tout pareil aux compositeurs, il marquait son nom en dessous.

(EW) « Tot fé parèy qui lu, (…) èle tchèrèyerè co s’ vôye. » (Joachim,1988,7)

Tout pareil à lui, elle continuera son bonhomme de chemin.

 

Différence 261

« Qui » + négation peut exprimer une opposition.

La subordonnée qu’il introduit se rend souvent en français par « sans » + infinitif .

  1. : (W) On bat bin s’ tchin qu’on nè l’ toûwe nin.

         (F) On bat bien son chien sans qu’on ne le tue.

 

Différence 262

La conjonction « come » peut signifier « come si ».

  1. :

(CW) « I scayeteut à places, come il aureut ieû lès plokètes. » (Laloux,1969,33)

(F) Sa peau s’écaillait par endroits, comme s’il avait été atteint de la variole.

« Come èlle ènn’ aureut jamaîs ‘nn alè. » (Laloux,1974,96)

Comme si elle n’était jamais partie.

 

NB: « come»  = « come si »: cf le néerlandais: « als » = « alsof ».

 

Différence 263

Après « télemint », le wallon ajoute « qui », le français se contente de « tellement ».

  1. :

(W) Li ri a disbôrdé télemint qu’il a ploû.    (F) Le ruisseau a débordé tellement il a plu.

 

(OW) « Dj’ èroû bî triboulé, télemint què d’ dèvenoû flotche ! » (Dulait,1946,19)

Je serais bien tombé, tellement je faiblissais.

(SW) « I fajét peûr télemèt qu’ il astét nwâr èt niche. » (Mouzon Gabrielle, Î toûr chez l’ marchau, AL)

Il faisait peur tellement il était noir et sale.

« … lès chwapes nu chûjièt pus tèlemèt quu lès gansières êrièt hôtes. » (Culot Calixte, La sorcière, AL)

Les pelles ne suivaient plus tellement les congères étaient hautes.

 

Différence 264

Le « que » prenant la place du verbe « être » ne se traduit pas en wallon.

  1. : (F) Quel champion, que ce Merckx! (W) Qué champion, ç’ Merckx-là!

 

Différence 265

Le wallon peut sous-entendre une conjonction.

  1. :

(CW) « I n’ èsteut nin co d’ one eûre à l’ câriére, i s’ ragranceut d’ ièsse à l’ nêt. » (Laloux, 1969,39)                

(F) Alors qu’il n’était pas encore depuis une heure à la carrière, il espérait        impatiemment d’être le soir.

 

Différence 266

Après « quand », on a parfois « c’èst qui ».

  1. :

(CW) « Po qu’ on seûche, èt l’ dîre à nos p’tits,  / Quand c’ èst qu’ leûs-éles ont faît leû sâye, / Qu’ on n’ èst jamaîs si bin èchone,

(…) » (Guillaume,2001,14)

(F)   Pour qu’on sache, et qu’on le dise à nos petits, / Quand leurs ailes ont fait leur essai, / Comme on n’est jamais aussi bien ensemble, …

« Quand c’èst qu’ on nos mascaurdéye, … » (L. Léonard, in: CW 4/1969, p.95)

Quand on nous assomme, …

(EW) « Qwand c’ èst qu’ on v’néve foû dè l’ gåre, i faléve co monter so on camion (…) » (Houbart-Houge Jeanne, Ine amoûr, p.113-114, in: W+ L)

Quand on sortait de la gare, il fallait encore monter sur un camion.

 

 

4.8.2 Conjonctions de coordination

 

Différence 267

La conjonction « èt » n’a jamais de nuance d’opposition, ce qui arrive en français; en wallon, l’opposition se rend par « mins ».

ex.: (F) « Je plie et ne romps pas. » (La Fontaine, Le chêne et le roseau)

      (W) Dji pléye, mins dji n’ câsse nin.

 

Différence 268

 « Si » ((La Gleize (EW) : « su »), seul, coordonne deux impératifs dont le premier est une forme de « aler » ou de « vuni », et dont le second indique le but du mouvement. Cette tournure se traduit en français par l’impératif de « aller » ou de « venir » suivi d’un infinitif.

  1. : «  Va s’ djowe » (va jouer), « vin s’ djowe » (viens jouer), « va on pô s’ louke » (va un peu regarder), « vin on po s’ veû » (viens un peu voir), « va su t’ coûke » (va te coucher), « vin-è su t’ tchâfe » (viens te chauffer), « nu va nin co s’ passe è l’ êwe, sés-se » (ne va pas encore passer dans l’ eau, sais-tu), « alez s’ dwèrmiz » (allez dormir), « alez su v’ coûkiz » (allez vous coucher), « vunoz s’ djowez » (venez jouer), « vunoz on pô su v’ porminez » (venez vous promener un peu). (EW)[2]

 

Différence 269

Deux impératifs quelconques sont coordonnés par « èt su » et cette locution a le sens de « èt ».

  1. : « va-z-è èt su t’ duhombère » (va-t’en et dépêche-toi); « prind-le èt s’ mu l’ dène » (prends-le et donne-le moi), « rètchiz su èt s’ priyiz l’ bon Diu qu’ i djale » (crachez dessus et priez Dieu pour qu’il gèle), dit-on par plaisanterie à celui qui vient de casser quelque chose; « rote tot dreût èt s’ toûne qwand fât » (marche tout droit et tourne quand il faut).

On remarquera que le pronom régime précède le dernier des impératifs. : il en est toujours ainsi après « su ». (EW) (Remacle,1937,57-58)

Voir aussi en liégeois : « intrez èt si v’s-achiez » (entrez et asseyez-vous) (liég., aussi sv.), « bouhans l’ martchî djus èt s’ nos marians nos » (concluons le marché tout de suite et marions-nous). (Haust, 1933,591)

  1. :

(OW) « Mindjèz èt s’ vos taîjèz. »

 (Balle,1963)

Mange et tais-toi.

 

 

 

Différence 270

« Èt su » peut aussi relier deux verbes à un autre mode que l’impératif. Mais d’ordinaire, le second verbe renchérit plus ou moins sur le premier.

Il faut distinguer deux cas :

1) « èt su » lie deux verbes à la troisième personne. Il a alors le sens de « èt », et le sujet des verbes ne s’exprime que devant le premier à La: « i-z-i ala èt s’ î d’mora » (La Gleize, aussi sv.) (il y alla et y resta), « il ont djà twé leû bièsse èt s’ l’ont pèlé èt tot » (ils ont déjà tué leur bête et l’ont entièrement pelée) ; « i l’ prihe èt su l’ magnahe » (il l’ aurait prise et mangée) ;

2) « èt su » coordonne deux verbes à la 1ère ou à la 2e personne. Alors, le pronom sujet du second verbe est rejeté après lui.

  1. : « dju l’ haprè, èt su l’ raminerè-dje, vos vièroz » je le déroberai et je le ramènerai, vous verrez), « tu l’ prindrès èt s’ l’ atèlerès-se, sés-se » (tu le prendras et tu l’équiperas, sais-tu). Dans la conversation, « èt su » lie fréquemment à la phrase d’un des interlocuteurs une répartie renchérissante d’un autre : « nos l’ ècrâherans, nosse djuni. – Ây, èt su

l’ towerans-n’, èco » (nous l’engraisserons, notre génisse ; oui, nous le tuerons aussi)   

Notons que le sujet des propositions liées n’est pas toujours le même :  « i l’zi hapéve

leûs poumes èt s’ l’ a-t-on vèyou, pouman.me » (« pour ou par mon âme » = paraît-il) (il volait leurs pommes et on l’ a vu, paraît-il). (Remacle,1937,58)

 

 

[1] Autres exemples : « i d’héve quu d’zeûr quu nos f’zahins… » (il disait qu’au-dessus, nous fassions …), « tês-se qu’ adon qu’ i n’ dumeûrerè nin là » (espérons qu’alors, il ne restera pas là). (EW) (Remacle,1937,68)

 

[2] Si, au singulier, le second impératif ne peut prêter à équivoque, il n’en est pas de même au pluriel : « dwèrmiz » [dwèrmi], « coûkiz » [-i], « djowez » [-e], peuvent être pris pour des infinitifs. Aussi voit-on, dans une foule d’expressions, le second impératif remplacé par un infinitif. La conjonction su n’est plus, dans ce cas, qu’une épave.

  1. : « va s’ djower » (va jouer), « vin s’ djower » (viens jouer), « aloz s’è qwî on bokèt » [alo s’è kwi…] (allez en chercher un morceau), « djans s’ moûde » (allons traire), « va s’ tu fé pinde » (va te faire pendre), « va s’ tu fé towe » (va te faire tuer) : remarquez la forme « towe », impératif qui révèle un croisement d’expressions; « vin-è on pô su m’ vèy » (viens-t’en un peu me voir), « va s’ tu fé catch(i) » (va-t-en au diable). (EW) (Remacle,1937,56-57)

 

 

4.9 La proposition

 

4.9.1 Proposition principale

 

Différence 271

Il est impossible d’avoir  « cinq heures sonnaient » ou « cinq heures approchaient ». Nous employons dans ce cas une tournure impersonnelle :

  1. : (W) I soneûve cink eûres. Il aprotcheûve di cink eûres.

        ou : Il  aleûve soner.            Il èsteûve quausu cink eûres.

 

(EW) « I sone dîj eûres, li tchandèle èst fondou. (…). » (Léonard Marcel, Sins loumîre !, p.165, in : Francard,2002)

(F) Dix heures sonnent, la bougie est fondue.

 

 

Différence 272

Un adjectif qualificatif ne peut commencer une proposition en wallon que suivi de « qui ».

Ex. : (W) Disbautchî qu’ ‘l èsteûve, noste ome !

         (F)  Triste était l’homme en question.

 

  • (W) Is sont râres, lès momints qu’on-z-èst vraîmint eûreûs.

         (F)  Rares sont les moments de vrai bonheur.

 

NB : Un adjectif qualificatif peut commencer une proposition s’il n’ y a pas de verbe conjugué, construction inconnue en français. (cf Différence 39)

  1. : (W) Disbautchî, on-ome ! Paf, on gamin !            Mwaîs, lès djins !

        (F)  Un homme très déçu !   Un garçon stupéfait !  Les gens étaient fâchés !

 

(CW) « Binaujes, lès-èfants. C’ èst qu’ noste ome, i raconte ça come ci s’reut l’ pus bèle dès fauves » (Au catrèssime, in : Chîjes èt Paskéyes, VA 24/08/02)

Les enfants étaient contents. Il se fait que notre homme raconte ça comme si c’était la plus belle des histoires amusantes. 

 

Différence 273

Egalement, afin d’insister sur un complément, on le place en début de phrase et les autres compléments sont introduits ensuite par « qui ».

  1. :

(CW) « Lès djins ont byin travayi!  Lë moncia d’ bèsognes qu’ ël ont fêt! » (Gaziaux,1987,168)

(F) Les gens ont beaucoup travaillé ! Ils ont abattu quantité de travaux !

« Dès-eûres d’ astok quë nos nos lëmînes insë! » (Dewelle André, One istwêre dë sôrcîres, NB 18, s.d.)

Nous nous éclairions ainsi pendant des heures !

(EW) « … passé mèye-nut’, savez, qu’ il èsteût. » (Maquet,1987,140)

Il était minuit passé, voyez-vous.

« Et il atake li deûzin.me mèsse.  C’ èst là, måleûreûs qu’ il èst, qui l’ diâle èl ratindéve. » (Prigneaux,1985,93)

Et il commence la deuxième messe. C’est là, le malheureux, que le diable l’attendait.

(OW) « Mais, franc come in tigneû qu’ il ît, i s’ infonce au pus pèrfond du bos. » (Lefebvre Marc, Léjande du Bos d’ Wauhu, EM 6/82.)

Mais effronté, il s’enfonce dans la partie la plus profonde du bois.

 

 « Tês-se » (impératif pour « tais-toi » en est-wallon et en sud-wallon, est utilisé en wallon au sens de « sans doute », comme formule d’affirmation :

  1. : (EW) Tês-se quu vos r’vinroz co ! (= Vos r’vinroz co, tês-se !) Tês-se qu’ ây !
  • Vous reviendrez sans doute encore.                                     Oui, sans doute !

 

(SW) « Taîs’ qu’ ây, ca vou-le-là qu’ i s’ dit: « Là, wê, ç’ qu’ i m’ faurot pou marèder. »  (Ferrauche,1982,203) 

(F) Peut-être que oui, car voilà qu’il se dit : « Voilà ce qu’il me faudrait pour dîner. »

 

 

Différence 274

Dans une principale, on utilise en wallon l’inversion comme dans une question directe pour exprimer une exclamation en français introduite par « comme ».

  1. :

(CW) « A-t-i aviyi su deûs mwès d’ timps! » (Louis,1998,138-143)

(F) Comme il est devenu vieux en deux mois de temps !

 

Différence 275

Quand une série de verbes juxtaposés ont le même sujet, en wallon, on le répète.

  1. : (F) Le soir venu, je rentrai chez moi, fermai ma porte et me mis au lit. » (Musset,

                Confessions, III, chap. 5)

       (W) Quand l’nût / nêt a stî tcheûte, dj’a r’moussî è l’ maujone, dj’ a sèré mi uch èt dj’ m’          

                a coutchî.

Le néerlandais serait comme le français : il dirait : «Toen de nacht gevallen was, ging ik thuis binnen, deed mijn deur dicht en ging naar bed. »

 

Différence 276

En wallon, « après » + nom + part. passé correspond à « quand » + temps surcomposé.

  1. :

(W) Après l’ pré tchampyî, nos laîrans r’crèche èt pwîs fèner.

(F)   Quand on aura mis du bétail dans le pré, nous laisserons repousser les herbes et nous

fanerons.

 

(W) Après l’ foûr fèné, nos laîrans r’crèche èt mète au tchamp.

(F)  Quand le foin aura été fané, nous laisserons repousser l’herbe et nous y mettrons le bétail.

 

(W) Après lès canadas cûts, vos mètroz l’ tchau cûre.

(F)  Quand les pommes de terres auront été cuites, tu feras cuire la viande.

 

Différence 277

Au français :  « et » + sujet + « de » + infinitif, correspond le wallon : « (èt) » + infinitif + sujet ou : « (èt) » + infinitif + « qui » + sujet + verbe conjugué.

  1. : (W) (Èt) couru lès djins ! = (Èt) couru qu’ lès djins fyin.n !

        (F)   Et les gens de courir !

 

(CW) « Et raconter l’ome, qu’ avou l’ dame di scole, is l’ vont veûy à l’ clinike. » (Somme L., … On djoû solia, VA 31/08/02)

Et l’homme de raconter qu’avec la maîtresse d’école,  ils vont la voir à la cliique.

 

 

Différence 278

Le wallon fait un rejet de l’infinitif après un pronom personnel complément ou un adverbe.

  1. : (W) Lî qwè dîre? Qui s’ fi èsteûve mwârt?  (F) Que lui dire ? Que son fils était mort ?

        

(CW) « Quand m’ matante n’ a pus stî, dj’ ènn’ a pus jamaîs ralè vêlà: î qwè fé? » (Laloux,1969,84)

Quand ma tante fut morte, je n’y suis plus jamais retourné : qu’y faire ?

 

Différence 279

Une interrogative commence normalement par un mot interrogatif, suivi de « est-ce? », le plus souvent réduit à « -ce ».

  1. : (W) « Èt qwè, comint-ce qui ça va? » (in : Novèles 5, p.19)
  • Et quoi, comment ça va ?

 

Après un mot interrogatif, on ne peut avoir une inversion, comme en français.

  1. : (F) Quand est-il venu ?       (W) Quand-ce qu’il a v’nu ?,

ni une inversion seconde, comme en français :

  1. : (F) Pour quoi mon frère a-t-il fait  cela ? (W) Duvint-ce qui m’ fré a faît ça ?

 

 (OW)  (15 ans – ovrî) – « Èyu-ce qu’ on lave sès mwins ? quèstione èl galopin. »

– « Qwè-ce qui vos d’mandèz là ? » (Mathy,1958,33-38)

(F) – Où se lave-t-on les mains ?, demande le galopin.

– Que me demandes-tu là ?

« Quô ç’ què dji va dèv’ni? » (p.6, in : Robette Anthine, El marichau, EM 1/83, p.4-7)

Que vais-je devenir ?

(SW) « Avu qwa-ce quu tu vikes ? » (Culot Calixte, Les Paukes du Zîré, AL)

Avec quoi vis-tu ?

 

Différence 280

Le wallon remplace une inversion par « gn-a  … qui ».

  1. (F) « Dans le fouillis, le plus profond des roseaux se jouent des reflets. » (Firmin Van den

            Bosch)

     (W) Dins l’ pus fond ècomèladje dès djoncs, gn-a dès r’flèts qu’ djoûwenut.

 

 

4.9.2 Proposition subordonnée

 

4.9.2.1 Proposition subordonnée

Rattachée à une principale, avec le verbe conjugué.

 

Différence 281

A peine … que se traduit en wallon par ni … nin co … qui.

  1. :

(OW) « I n’ a nén co drouvi come i faut sès deûs-îs / Qu’ i lyi chène qu’ il a d’djà tout compris. » (Meurée,1995,67)

(F) A peine a-t-il ouvert les yeux comme il faut, qu’il lui semble avoir déjà tout compris.

 

Différence 282

Le wallon a des conditionnelles sans conjonction et sans inversion et la principale peut être au présent de l’indicatif.

Son verbe est au conditionnel, le verbe de la principale qui suit est aussi au conditionnel et cette principale peut être amenée par « qui ».

 

  1. : (W) Dji sèreûve di vos, dj’ îreûve. (F) Si j’étais à votre place, j’irais.

               I sèreûve à m’ place, il è profitereûve.         S’il était à ma place, il en profiterait.

               I ploûreûve, dji n’ èva nin.                           S’il pleuvait, je ne partirais pas.

 

(W) Dji sèreûve prèt’ à moru qu’ djè l’ crîyereûve co.  

(F)  Quand bien même je serais sur le point de mourir, je le crierais encore.

 

(CW) « O! Dîrè-t-i l’ nawe, dji m’ lèvereu d’vant l’ djoû, c’ èst nin po ça qu’ i vêreut pus rade. » (A. Laloux, in: CW 10/1971, p.174)

(F) Oh, dirait le paresseux, si je me lèvais avant le jour, il ne viendrait pas plus vite pour la cause.

 

Différence 283

Le wallon ne connaît ordinairement pas la tournure française: conditionnelle sans conjonction avec inversion.

  1. : (F) Voulait-il un gâteau, on le lui préparait. (W) S’ i v’leûve on wastia, on lî aprèsteûve.

              N’était cette habitude, …                                 S’ i gn-aureûve nin ç’t-abutude-là …

 

(F) « N’ eût été sa toilette verte, on l’eut pris pour un magistrat. » (A. France)

(W) S’ i gn-aureûve nin s’ vète twèlète, on l’ aureûve pris po on majustrat.

 

(F)  N’était la mère qui nous attend, … (cf Le Bidois,T2,1971,32)

(W) Si gn-aureûve nin l’ man qu’ nos ratind, …

 

Différence 284

La locution française « même si » ne se traduit pas nécessairement dans la subordonnée, mais alors, la proposition qui suit commence par « qui » (+ « quand min.me »), les verbes sont au conditionnel.

  1. : (W) On l’aureûve ieû prévenu qu’ i s’ aureûve quand min.me ieû mârié.

        (F)  Même si on l’avait prévenu, il se serait marié.

 

(W) On m’ l’ aureûve ieû dit qu’ dji n’ l’ aureûve nin ieû crwèyu.

(F) Même si on me l’avait dit, je ne l’aurais pas cru.

 

(EW) « Dji voreû min.me fé ‘ne ahote qui dji n’ såreû … » (in: BSLLW, 69, p.55)

(F)  Même si je voulais suspendre le travail, je ne le pourrais…

 

Différence 285

Cependant, la locution française « même si » peut aussi se rendre en wallon par une inversion avec une forme verbale au conditionnel.

(CW) « One djoûrnéye qu’ i n’ rovîrè jamaîs, vikereut-i pus vî qu’ lès rouwales. » (Laloux,1969,137)

(F) Une journée qu’il n’oubliera pas, même s’il vivait plus vieux que les ruelles.

 

Différence 286

La conjonction « si » peut aussi s’omettre devant le sujet « ci », mais la principale est introduite par « qui ».

  1. :

(CW) « Ç’aureut stî on singlè qu’ èlles n’aurint nin faît pés. » (Houziaux, s.d.,27)

(F) S’il s’était agi d’un sanglier, elles n’auraient pas agi plus mal.

 

Différence 287

On rencontre en wallon une combinaison préposition « dispôy » (ou « dispûs ») (depuis) + participe présent + complément pour traduire le français « depuis que + SVO ».

  1. :

(SW) « Su p’tit baston d’ mauvelète qu’ il avot dudpwîs èstant tot p’tit pour li rawier quand i pèrçot dès dints. » (Louline Vôye, Marîye à l’ trique, AL)

(F) Son petit bâton de guimauve qu’il avait depuis qu’il était petit pour mordre quand des dents perçaient.

 

 

4.9.2.2. Proposition subordonnée relative

 

Différence 288

Les propositions relatives entrelacées sont de deux espèces suivant que la seconde est une substantive ou une relative. En français, la première catégorie est fréquente; la seconde est  rare. En wallon, toutes deux sont courantes.

  1. : 1 « tot çou quu dj’ saveû qu’ on v’léve fé » (tout ce que je savais de ce qu’on

           voulait faire) ; « dès poumes, qu’ i-gn-a longtins qu’ èles sont toumées » (des pommes

           qui sont tombées il y a longtemps); « çou qu’ i fât qu’ i seûye fêt » (ce qui doit être fini);

        2 « l’ ome, lu fème quu n’ vèyins qui nos loukéve » (l’homme, la femme dont nous

           voyions qu’elle nous regardait); « lu djuni qu’ on n’ pinséve nin qui vêlereût » (la

           génisse dont on ne pensait pas qu’elle vêlerait). (EW) (Remacle,1937,71)

 

Différence 289

La proposition relative est utilisée comme attribut avec « èsse » et les verbes de perception.

Cette combinaison correspond au français « en train de » + infinitif.

Le wallon emploie la conjonction « qui » + le sujet du verbe « être » répété sous la forme d’un pronom.[1] 

 

  1. : (W) On-z-èsteûve qu’ on coudeûve aus rin.nes-glaudes quand l’ oradje a v’nu.

        (F)  On était en train de cueillir les reines-claudes quand arriva l’orage.

 

(SW) « Tîbaud astot qu’ i djouwot bin paujîremint dins in racwin. » (Louline Vôye, Marîye à l’ trique, AL)

Thibaud était en train de jouer bien calmement dans un recoin.

 

Différence 290

De même, après le verbe et, cette fois, un complément de lieu.

  1. : (W) Elle èst là qu’ èle vos ratind. (F) Elle est là qui vous attend.

 

 

 

 

(CW) « Elle èst inte deûs-êwes qu’ èle ni boudje nin, … » (Houziaux,1964,15)

Elle est là entre deux eaux sans bouger.

 

« Li comére èst djustumint su l’ pavéye, qu’ èle wîde on rèstant d’ saya d’ êwe dins l’ courote. » (Somme L., … On djoû solia, VA 31/08/02)

La femme est justement sur le trottoir qui vide un reste de seau d‘eau dans la rigole.

 

(EW) « … à ciste eûre-là, (…) lès djins come i fåt son-stè leû lét qu’ is dwèrmèt. » (Maquet,1987,147)

A cette heure, les gens comme il faut sont dans leur lit qui dorment.

 

« Et dj’ èsteû là, qui dji sondjîve à totes sôrtes d’ afêres dè vî timps. » (Boussart,1976,33-34)

Et j’étais là qui songeais à toutes sortes de choses du vieux temps.

 

 
Différence 291

On n’intercale pas en wallon un attribut après le pronom relatif.

  1. : (F) C’est lui qui, le premier en Belgique, a osé le proclamer.

        (W)  C’ èst li l’preumî en Bèljike, què l’ a wasu proclamer.

 

Différence 292

Le wallon dit :

1) « gn-a » + nom sujet réel + verbe

  1. : (W) Gn-a m’ pa a v’nu èyîr. Gn-a nosse tchèt a atrapé one soris.    Gn-a Jules l’ a dit.

        (F) Mon père est venu hier.      Notre chat a attrapé une souris.           Jules l’a dit. 

 

(CW) « …, n-a l’ sale èstot vudîye së deûs mënêtes! » (Gaziaux 1987,237)

(F) La salle était vidée en deux minutes !

« Gn-a l’ Paul què l’ avise: (…) », in : Chîjes èt pasquéyes, VA 13/07/02

Paul le regarde avec attention.

(EW) « Gn-a m’ pére m’ a fêt dès botes » (Sartiaux Paul, chanson)

Mon pére m’a fait des bottes .

 
Différence 293

Notons qu’après une subordonnée conditionnelle, on peut reprendre par « gn-a » + S + V + C.

ex.:  (W) S’ i gn-a co, gn-a tot l’ monde ènn îrè qwê.

        (F)  S’il y en a encore, tout le monde ira en chercher.

 

Différence 294

2) « gn-a » + onk / one                 + « qui »  + verbe

                     one saquî

                     one saqwè

                     dès + nom

                     dès + pronom démonstratif

                     pronom possessif

 

ex. : (W) Gn-a onk què l’a vèyu.

(F) Une personne l’ a vu(e).

               Gn-a one saquî qu’î a stî.

      Quelqu’un y est allé.

               Gn-a one saqwè qui s’ passe.

      Il se passe quelque chose.

               Gn-a dès djins qui fûrléyenut.

      Certaines personnes gaspillent. 

               Gn-a dès cias qu’ ‘l ont bèle.

       Certains se trouvent en situation

       priviliégiée.

               Gn-a lès minks qui lèvenut.

       Les miens lèvent.

 

(CW) « … n-a d’djà dès cës qu’ ont r’vënë. » (Gaziaux 1987,154)

(F) Certains sont revenus.

 

Différence 295

Après le pronom relatif « que », le français peut avoir une inversion. Cette inversion est impossible en wallon.  Le relatif « qui » ne peut être suivi d’une forme verbale conjuguée que quand il est sujet.

  1. :

(F) le livre que nous a donné mon ami   (W) li lîve qui m’ soçon m’ a d’né

 

Différence 296

Parfois, en wallon, une relative n’est précédée que d’un nom. Elle correspond en français à une subordonnée principale avec un sujet, un verbe et un objet.

  1. :

(CW) « Is ‘nn’ alint à batème: Céline qui pwârteut l’ èfant. » (Laloux,1969,8)

(F) Ils allaient au baptême :  Céline portait l’enfant.

« One massète qui maye su l’ burin, li pîre sonetéye. » (id., p.11)

Un marteau frappe sur le burin, la pierre résonne.

 

Différence 297

Souvent, les interrogations indirectes sont transformées en relatives.

  1. : « dju sé bin çou qu’ il a po dès vatches » (je sais bien quel genre de vaches il a), « c’ èst tèribe lès bièsses qu’ il ont (il est terrible de voir quelles bêtes ils ont). (EW) (Remacle,1937,71)

 

Différence 298

Le pronom relatif n’est jamais éloigné de son antécédent comme cela peut être le cas en français.

  1. : (F) Celui-là est bien à plaindre, qui n’a pas le temps de rêver.

       (W)  Li cia qui n’ a nin l’ timps d’ rèver è-st-à plinde.

 

 

4.9.2.3 Proposition subordonnée infinitive

 

Différences 299-301

En wallon, la place de l’infinitif n’est pas la même qu’en français.

  1. :

(W) Dj’ô l’trin choufler.

(F) J’entends le train siffler, siffler le train.

Dj’a oyu sèrer l’uch.

J’ai entendu la porte se fermer.

mète sètchi dès draps

mettre du linge à sécher

Dj’ a tot faît fé.

J’ai fait faire tout.

 

1) L’infinitif se place parfois après le complément alors que le français se met devant le complément.

 

  1. : (W) Dj’ a tot faît fé. (F) J’ai fait faire tout.

              Dji n’a pêrson.ne oyu bouchî.                       Je n’ai entendu frapper personne.                

              Po ça fé, i nos faut nos lèver tot timpe.        Pour faire ça, il faut nous lever tôt. 

 

(CW) « Is fyint vôye èchone jusqu’au bati; nin l’timps do biacôp causè. » (Laloux,1969,162)

(F) Ils faisaient route ensemble jusqu’au terrain (plat entouré de maisons); ils n’avaient pas le temps de parler beaucoup.

« Quand on vèyeûve lès mëzëcyins ariver, tot l’ monde sôrteûve fou dè l’ bal. » (Gaziaux,1987,233)

Quand on voyait arriver les musiciens, tout le monde sortait du bal.

(SW) « (…), il èst tout sbaré deu n’ ni oyë leu choûr bayi a-z-arivant d’lé. » (Gourdin,1999)

Il est tout étonné de ne pas entendre la source donner en arrivant tout près.

 

2) Quand le wallon place l’infinitif devant un nom, c’est que le nom est complément, ce qui évite toute équivoque.

  1. : (W) Dj’ ètind bombârder l’ trin.            (F) J’entends que l’on bombarde le train.

Cette équivoque peut exister en français.

  1. : (F) Je n’aime pas d’entendre chanter les femmes.

« Les femmes » est-il sujet ou complément direct ?

 

3) Egalement, après l’impersonnel « faleûr » : « i n’ fât qu’ one mohète tu voler è l’û » (il suffit qu’une mouchette te vole dans l’œil) ; 

dans le second membre d’une comparaison : « i coûrt tot’ si âhimint qu’ on-ôte du roter »  (il court aussi facilement qu’un autre marche) ;-  

dans le cas de l’infinitif représentatif : « on n’ a nin âhi viker, lès bièsses aler come èles vont» (il n’est pas facile de vivre, quand les bêtes se vendent au prix où elles se vendent). (EW) (Remacle,1937,67)

 

Différence 302

A « po qui » + subjonctif correspond « po(r )» + pronom personnel accentué + infinitif, une construction inconnue en français .

En wallon et en français, l’infinitif est parfois accompagné d’un sujet.

  1. : (F) Je vous vois venir, vous. (W) Dju v’ veû v’ni, vos.

              Vous, nous quitter! .                   Vos, nos qwiter!

Mais le wallon connaît de cette tournure des emplois originaux après la préposition « po » (pour) :

  1. : (W) po qui dj’ î vaye = por mi î aler         (F) pour que j’y aille

               I m’a v’nu qwê por mi djouwer                  Il est venu me chercher pour que je

                    = po qui dj’ djouwiche avou li.            joue avec lui.

               I m’ a d’né dès caurs por mi                       Il m’a donné de l’argent pour que je   

               l’sawè acheter.                                           puisse l’acheter.

 

« po » : aussi avec le pronom personnel renforcé :

  1. : (CW) po nos-ôtes î sawè aller           (F) pour que nous puissions y aller

Aussi avec un nom :

  1. : (W) po lès djins î aler (F) pour que les gens y aillent   

 

  1. :      

(EW) Dj’ a stou qwî dès baguètes po m’ papa fé dès banses.

Je suis aller chercher des baguettes (de coudrier) pour que mon papa fasse des mannes.

Por zèls vuni, i pout fé qué tins qu’i vout. 

Pour qu’ils viennent, il peut faire n’importe quel temps

Lu crin.me èsteût trop novèle po nos-ôtes boureter. 

La crème était trop nouvelle pour que nous puissions la baratter.

(CW) C’ èst po nos-ôtes î aler .

C’est pour que nous y allions.

                    po lès djins î sawè aller. 

          pour que les gens puissent y aller

 

(CW) « Po nosse pitit n’ nin awè frèd en rintrant. » (Laloux,1969,18)

(F)  Pour que notre petit n’ait pas froid en rentrant.

(EW) « … i s’ achiya so ‘ne hourêye po ‘ne gote si lèyî ravu. »  (Boussart,1976,5)

Il s’assit sur un talus pour récupérer un peu.

(OW) « Dj’ vu fé mès pakèts, pour mi pârti contint, / Et racrachî mès botes pou m’in-daler m’ tchimin. » (Renard,1984)

Je veux faire mes valises pour partir content.

« Pour mi chameter au vint d’ l’ èsté,

dèdins lès steûles quand d’ va mèchener

lès pomes (…). » (Baudrez,1987) 

Pour que je déguerpisse au vent d’été, dans les éteules quand je vais ramasser les pommes …

(SW) « Il avint dit (…) quë la sorcîre avot dèdjà sté fwêre la vôye dë Bwès dë Difèrint, pou l’ docteûr Lîfranje polë gangner l’ viadje à v’nant d’ Bèrtrè, si en cas. » (Marchal Omer, Arduine, Otchamp dins la nîve, AL)

Ils avaient dit que la sorcière s’était déjà rendue au Bois (…) pour que le docteur Lîfranje puisse atteindre le village en venant de Bertrix, au cas où.

« V’lez co du sauvlon d’ ôr, pour vous poûjer sins r’lame ? » (Mahin L., Lu macrê èt la djon.ne comére, AL)

Voulez-vous encore du sable d’or, pour que vous puissiez puiser sans relâche ?

 

Différence 303

La subordonnée – parfois ayant la forme d’une infinitive -, d’une autre subordonnée, ne se met pas au même endroit en wallon qu’en français ou en néerlandais.

  1. : (W) I dit, po-z-aler è scole, qu’ i prind l’ trin d’ sèt’ eûres.

  (F)    Il dit que, pour aller à l’école, il prend le train de 7 heures.

        (NL) Hij zegt, dat hij, om naar school te gaan, met de trein van 7 uur afreist.

 

        (W)   I dit, quand il èst fayé, qu’ i d’meûre è s’ lét.

        (F)    Il dit que, quand il est malade, il reste au lit.

        (NL) Hij zegt dat hij, als hij ziek is, in bed blijft liggen.

 

Différence 304

Relative en français, infinitive en wallon introduite par « à », après « i gn-a nin … »

Ex. : (CW) « I gn-a nin one djin su on cint, à Dorène, à wazu mougnî ç’ qu’ èlle a djondu. »

                  (Laloux,1969,68)

  • Il n’y a pas une personne sur cent, à Dorinne, qui oserait manger ce qu’elle a

                  touché.

 

Différence 305

L’infinitive introduite par « à » peut exprimer la conséquence.

  1. : (W) « Mins i fieut d’ l’ èstè à cûre sicayes èt panes. » (Laloux,1969,31)

         (F)  Mais en été, il faisait si chaud que l’on pouvait cuire les ardoises et les tuiles.

 

(EW) « … c’ è-st-on … way ! … on dint qui lancèye à m’ fé toumer là. »  (p.354, in : Alexis Georges, Deûs-plêhantès-istwéres, p.352-357, in: Piron,1979)

C’est une dent, aïe, qui produit des élancements à un point tel que je peux tomber là.

 

Différence 306

L’infinitive introduite par « à » peut également exprimer la cause

  1. : (W) « A rametè do novia curè d’Awagne, on-z-a rade vinu à d’vise di sint-Elwè. »

               (Laloux,1969,35)

         (F) A force de pérorer à propos du nouveau curé d’Awagne, on a vite parlé de saint Eloi.

 

(EW) « A m’ veûy, i s’ mèta-st-à tchoûler. » (Dodet Charly, Vos p’loz co roter, p.65, in: W+ L)

(F) Me voyant, il se mit à pleurer.

(OW) « A bèrdèler èt à rabèrdèler, èl breune è-st-arivèye èyèt m’nonke dwat s’ inraler. » (p.67, in : Painblanc René, Lès nûtons dès-Aunias, EM 4/84, p.64-67)

A force de bavarder, la brune est arivée et oncle doit retourner.

 

Différence 307

« ièsse à (èsse à)» signifie « être en train de », il introduit une action en cours.

  1. :

(CW) « I r’chone Alfonse d’ à l’ quincayerîye! / – Et todi à pupeter, come nosse pârin! » (Louis,1998,138-143)

(F) Il ressemble à Alphonse de la quincaillerie ! / – Et il est toujours en train de fumer la pipe comme notre parrain !

(EW) « … dj’ èsteû toudi là à r’loukî li stoûve qui ronfléve. » (Boussart,1976,34)

J’étais toujours là en train de regarder le poêle qui ronflait.

 

Différence 308

Le wallon emploie un infinitif avec sujet après « qui » comparatif.

  1. : (W) I valeûve mia qu’ i ‘nn’ aliche qui l’ Gestapo l’ trover è nosse gurnî.
  • Il était préférable qu’il parte plutôt que la Gestapo vienne le trouver dans notre

       grenier.

 

        (W) Dji rote ossi aujîyemint cint mètes qui li è couru on mile.

         (F) Je marche aussi facilement cent mètres que lui quand il en court mille.

 

Différence 309

La subordonnée infinitive a une valeur de proposition de but en wallon.

  1. :

(CW) « Po qu’ on seûche, èt l’ dîre à nos p’tits, / Quand c’ èst qu’ leûs-éles ont faît leû sâye, / Qu’ on n’ èst jamaîs si bin èchone, (…) » (Guillaume,2001,14)

(F) Pour qu’on sache et qu’on le dise à nos petits, …

 

Différence 310

Après la préposition « sins », on peut aussi avoir un pronom personnel accentué + infinitif.

  1. : (W) I vôreûve bin gangnî bran.mint sins li rin fé.

        (F) Il voudrait bien gagner beaucoup sans rien faire.  

 

 

4.9.2.4 Proposition subordonnée interrogative

 

L’interrogation indirecte

 

Différence 311

Dans une interrogation indirecte, le wallon emploie généralement la même introduction interrogative que dans l’interrogation directe.

On ajoute donc aussi la particule « -ce » (provenant de « èst-ce ») à l’adverbe interrogatif

(c-à-d. « Qu’èst-ce qui …, qwè-ce qui … ; quand-ce qui … » …) 

 

  1. : (W) Il èst mau arindjî, a-t-i dit, mins dji n’ comprind nén comint-ce qu’ il a faît pou

               tchaîr à l’ valéye du bèdêr. 

        (F)  Il est vilainement blessé, a-t-il dit, mais je ne comprends pas comment il a fait pour

               tomber en bas du lit.

 

       (W) Qu’èst-ce qui vêrè ?   — Dji n’sé nin qu’ èst-ce qui vêrè.

        (F)  Qui viendra ? = Qui est-ce qui viendra ? – Je ne sais qui viendra.

 

        (W) Qwè-ce qu’i gn-aurè ? – Dji n’ sé nin qwè-ce qu’i gn-aurè.

        (F)  Qu’y aura-t-il ? = Qu’est-ce qu’ il y aura ?  Je ne sais ce qu’il y aura.

 

        (W) Èwou-ce qu’il èst ? – Dji n’ sé nin èwou-ce qu’il èst.

        (F)  Où est-il ? = Où est-ce qu’il est ?  – Je ne sais pas où il est.

 

 (CW) « Manouwèl èsplike si vikaîrîye, èwou èt quand-ce qu’il a v’nu au monde, …”

(E. Laurent, in : Piron,1979,348)

(F)   Manuel explique sa vie, où et quand il est né, …

(EW) « Mayon, drovez por mi l’ gros lîve

wice qu’ on lét l’ pus bê d’ tos lès scrèts … » (Joachim,1988,27) 

Ma bonne amie, ouvrez-moi le gros livre où on lit le plus beau de tous les secrets…

(OW) « … in noû payis yu ç’ qui tout l’ monde èst rwè. » (Bauffe Robert, Li vî ome, p.29, W+ L)

un nouveau pays où tout le monde est roi

« Dj’aî rademint couru pou sawè qwè-ce qu’i fèyeut. » (Poelmans Francine, El Bourdon, 364, 1984, p.9)

J’ai vite couru pour savoir ce qu’il faisait.

« Dins l’ amia ayu-ce qu’ il avoût skèpi, / I vîvoût paujéremint. » (Dascotte Robert, Ç’ astout in sint!, p.52, in: W+ L)

Dans le hameau où il était né, / Il vivait paisiblement.

(SW) « Dj’ aî apris comint ç’ qu’ on p’lot tchipoter après l’ élèctrike. » (Louline Vôye, Marîye à l’ trique, AL)

J’ai appris comment on pouvait chipoter avec l’électricité.

 

Différence 312

Conjonctions avec « qui » (que) dans une interrogation indirecte

 

Au lieu de « -ce qui », on introduit parfois en wallon un pronom relatif ou une particule conjonctive « que » après les interrogatifs.[2]

  1. : (EW) Dis-me quî qui t’ houkes. (F) Dis-moi qui tu appelles.

                 Dji n’ sé nin qwand qu’ dj’ îrè.        Je ne sais pas quand j’irai.

                 Dji sé bin qwant’ qu’ i-gn-a .            Je sais combien il y en a.

                 Sés-se bin quî qu’ l’ a fêt ?               Sais-tu bien qui l’a fait ?

                                  poqwè qu’ i ‘nnè va ?                           pourquoi il part ?

 

–  « quand min.me qui » (CW) (« qwand même queu » (EW (Faymonville)) (si même, même

  1. si)
  2. :

(CW) Quand min.me qu’ on n’ duvreûve pus dîre mèsse,  dji frè à m’ môde.

 (F) « Même si on devait plus dire la messe, je ferai à ma façon. » (= quelqu’en soit le

 prix, …)

 

–  « qwand qui » (EW) (quand):

  1. : (W) Dji n’ sé nin qwand (qu’) dj’ îrè.  (F) Je ne sais pas quand j’irai. 

 

(CW) « Et pèrson.ne n’ a vèyu

Quand qu’ lès pîres ont tchèyu. » (Guillaume,2001,21)

Et personne n’a vu / Quand les pierres sont tombées.

(SW) « Mês, twa, Zîré, dupûs quand qu’ t’ ès môrt ? » (Culot Calixte, Les Paukes du Zîré, AL)

Mais, toi, Zîré, depuis quand es-tu mort ?

 

– « à quî qui »

(CW) « …pace qu’on n’ deut nin awè peû d’ mostrer quî qu’ on-z-èst. »  (Houziaux,1964,98)

… parce qu’on ne doit pas avoir peur de montrer qui on est.

(EW) « … ci n’èst nin tofér åhèye dè vèyî à quî qu’ nos d’vans nosse bê préficse walon for-: … » (Dehousse,1998,3)

Il n’est pas toujours facile de voir à qui nous devons notre beau préfixe wallon « for- ».   

 

– « kubin qui » (EW) (« combin qui »)

(EW) « Tu n’ as qu’ à m’ dîre kubin qu’ i t’ fåt. » (Franck,1910, 195-202)

Tu n’as qu’à me dire combien il te faut.

 

Différence 313

 « qué(ne) (quéne / quénès / qués) » + « qui » = (F) « quel(le)(s) »

  1. : (W) « Vinez me dîre quéne eûre qu’il èst. » (Anon., i : Piron,1979,84)

         (F)  Viens me dire quelle heure il est.

 

(CW) « Lès trwès guèrdins guédyint po veûy quéne aîr qu’ il aveut, l’ curè. » (Laloux,1969,37)

(F)  Les trois gredins jetaient un coup d’œil furtif pour savoir quelle était l’attitude du curé.

 

Différence 314

Après « li quéke », « li quéne », « lès quékes », complément, on a « qui », sauf devant la forme verbale de la 2e p. pl. sans pronom.

  1. : (W) Li quéne v’loz? = Li quéne qui vos v’loz? (F) Laquelle voulez-vous ?

 

(F)  « Lequel vous aimez mieux, le pain frais ou le pain rassis? »

       (J. Renard, 8 jours à la campagne, in : Le Bidois,T2,1971,298)  

(W) Li quéke qui v’s-in.mez mia, l’ novia pwin ou l’ pwin rassis?

 

 

4.9.2.5 Remarques 

 

Différence 315

Inversion du sujet et du verbe

En wallon, l’inversion est moins courante qu’en français et la place normale du sujet y est généralement avant le verbe.

Toutefois, on enregistre de nombreux cas d’inversion : (les exemples sont en est-wallon)

1° dans les incises : « i vinrè d’min, m’ a-t-i conté» (il viendra demain, m’a-t-il dit), « i c’tèyéve dès bwès, a dj’ vèyou » (il débitait des bois, ai-je vu) ;

2° dans les interrogations : « cumint s’ a fêt çoula ? » (comment cela s’est-il fait ?), « poqwè n’ vout-i nin ? » (pourquoi ne veut-il pas ?) ;

8° dans les exclamations : « fou-dje âhe du l’ ruvèy! » (j’ai eu le plaisir de le revoir !) ;

4° après la conjonction èt « su » : « èt s’ a-t-i v’ni » (Remacle,1937,58)

5° dans les répétitions expressives :

Une technique de renforcement du wallon est la répétition avec inversion.

  1. : « on sèreût bin honteûs du l’ dîre, sèreût-on bin honteûs » (on serait bien honteux de le dire, (littéralement : serait-on bien honteux). (Remacle,1937,63 & 70)

Autres exemples :

(W) Il èst deûs côps bièsse, è-st-i deûx côps bièsse !

(F)  C’est un gros bêta, (littéralement 🙂 « est-il deux fois bête » !

 

(W) Dji n’ îrè pas, n’ îrè dje pas !                          

(F)  Je n’irai pas, (littéralement 🙂 « n’irai-je pas » !

 

(W) I l’ a ieû, l’ a-t-i ieû.   Is mè l’ dîront, mè l’ dîront-is.

(F)  Il l’a vraiment eu.        Ils me diront à coup sûr.

 

NB Pas de 2e p. pl.: (W) Vos mè l’ dôroz (,vo di-dje)!   (F) Vous me le direz, vous dis-je !

 

  1. :

(EW) « Alez, sûr qu’ i m’ payerè cisse-là, pus tchîr qu’ i n’ pinse, / Mè l’ payerè-ti, vormint! Li vîle bièsse! Qu’ i ratinse! » (J. Bury, in: BSLLW 1895, p.321)

(F) Allez, il est certain qu’il me âiera, celui-là, plus cher qu’on ne le croit, / Il me le paiera, je le jure ! Le vieil idiot ne perd pas pour attendre !

« Dj’ a manké d’ è dîre eune, a-dje manké! » (id., p.312)

J’ai vraiment failli faire une remarque désobligeante..

 

Différence 316

Entrée en matière :

La proposition exprimant l’entrée en matière peut être introduite en wallon par « qui » ou « qwè-ce qui … ? » :

  1. : (W) Qui dj’ sondje à ça: … ( = Dji sondje à ça)                      (F) Je songe à ça : …

               Qwè-ce qui dj’ vous dîre, mi?: … (= Dji vou dîre çoci)          Je veux dire ceci : …

 

Différence 317

La tournure « c’est le diable que » est l’objet d’une extension analogique assez bizarre.

  1. : « (c’ èst l’) diâle qu’ i s’ kutape insi » (c’est le diable qui se démène ainsi). De là, pour la 2e personne : « diâle qui t’ kutape insi » (qu’as-tu à te démener ainsi ?), et ainsi de suite : « diâle qui t’ magnes toudi après l’ s-ôtes » (qu’as-tu à toujours manger après les autres ?), « diâle qui v’ hoûte toudi là ! » (qu’avez-vous toujours à attendre là ?). (EW) (Remacle,1937,74)

 

Différence 318

Comme les interrogations indirectes, les phrases exclamatives commençant par un interrogatif sont souvent transformées en relatives .

  1. : « quéne tièsse qu’ il a! » (quelle tête il a!), « quénès bièsses quu c’ èst çoula! » (comme ils sont bêtes !). (EW)

 

(CW) « Bèrnârd, quén-ome qui v’s-èstoz ! » (p.350, in: Laurent Edouard, Manouwèl, p.345-351, in : Piron,1979)

(F) Bernard, quel homme vous êtes !

 

Différence 319

Le wallon ne fait pas d’inversion après un adverbe; il emploie une relative.

  1. : (W) Quékefîye qu’ i ‘nn aveûve.                  (F) Peut-être en avait-il.

               Vêla, gn-a bran.mint dès sôdârs qu’ont moru.       Là sont morts beaucoup de soldats.

 

Différence 320

« Fût-ce » et « ne fût-ce que, dût » sont en wallon une subordonnée introduite par « quand ça … co, min.me qui, ca bin (min.me) qui ça + conditionnel.

  1. : (F) Il refusait, fût-ce provisoirement, de le remplacer.

       (W) I rèfuseûve, quand ç’ n’ aureûve sitî qu’ provizwêremint, dè l’ remplacer.

 

        (F) Dût cela me coûter …

       (W) Min.me qui ça m’ costereûve …; quand ça m’ costereûve co …; ca bin (min.me) 

               qu(i) ça m’ costereûve … 

 

Différence 321

Si le sujet est très engagé dans ce qui se passe, il se nomme d’abord.

  1. : (W) Dj’ a l’ solia qui m’asbleuwit.              (F) Le soleil m’éblouit.

                Dj’ a m’ dos qui faît mau.                           Mon dos me fait mal.

                Il ont leû maujo qu’ a brûlé.                        Leur maison a brûlé.

                Elle a sès tch’vias qu’ tchaîyenut.               Ses cheveux tombent.

 

Différence 322

Dans une exclamative, après l’adjectif exclamatif (, l’adjectif qualificatif) et le nom, le wallon emploie « qui » ; le français n’emploie pas de forme correspondante.

  1. : (W) Qué bia gamin qui v’s-avoz ! ou : Qué bia gamin qu’ vos-avoz !
  • Quel beau garçon vous avez !

 

Différence 323

Pour le wallon : comparatif + « qui » + infinitif avec sujet, le français doit employer une circonlocution.

  1. : (W) Il a pus auji d’ l’ apwârter qu’ mi d’ l’ aler qwê.

        (F) Il lui est plus facile de l’apporter que pour moi d’aller le chercher.

 

Différence 324

Dans une comparaison entre deux propositions après la locution « in.mer mia », la première proposition a un verbe au subjonctif, alors que le verbe de la 2e proposition est à l’infinitif.

  1. : (W) Dj’ in.me mia qu’ ‘l è vaye qui di v’nu.
  • Je préfère qu’il parte plutôt qu’il ne vienne.

 

Différence 325

Si, dans le même cas de construction, le sujet du second membre est différent, on exprime le sujet ; quand c’est un pronom, il est à l’accusatif.

  1. : (W) Dj’in.me mia qu’i vègne qui mi (d’) î aler.
  • Je préfère qu’il vienne plutôt que je n’y aille.

 

(W) Il in.me mia qu’ dj’ î vaye qui li di v’nu.

(F)  Il préfère que j’y aille plutôt qu’il ne vienne.

 

Différence 326

Le wallon rend par une infinitive la tournure où le français emploie un « que » haplologique (c.-à-d. simple), alors qu’il a une valeur sémantique double.

  1. : (F) « J’aimerais mieux la mort qu’elle crût que je suis dans la moindre indigence. » (J.-              
  2. Rousseau, T. XVIII, 10)

        (W) Dj’in.mereûve mia moru qui l’ lèyî crwêre qui dj’ so min.me one miète pôve.

 

Différence 327

Des tournures impersonnelles comme « ce me semble », « cela m’est impossible », « cela m’est égal » sont inconnues en wallon. On dit : « mi chone-t-i », « c’ è-st-impossibe por mi », ça n’ mi faît rin ».

 

Différence 328

Dans les propositions subordonnées de volonté, le wallon cite le sujet, puis commence la subordonnée.

  1. : (W) Li cia qu’èst rogneûs, qu’ i s’ grète. (F) Que celui qui est galeux se gratte.

               Li cia què l’ vout, qui l’ prinde.                       Que celui qui le veut le prenne.

               Lès djins qu’ont l’gripe, qu’is                          Que les gens qui ont la grippe se

               s’ sognenuche.                                                   soignent.

 

Différence 329

« Quel / quelle que + soit »; « quels / quelles que + soient » + nom se rendent par

« qué … qu’ i » + verbe au subjonctif.

  1. :

(CW) « Nos-ôtes, ti mousses à l’ uch qué timps qu’ i faîye. » (A. Laloux, Mi p’tit voyadje dès-ans au long, p.139)

(F)   Nous, on va à la porte quel que soit le temps.

 

Différence 330

En wallon, un nom sans préposition peut être apposé à un pronom COI.

  1. :

(CW) « I n’ èsteut nin co d’ one eûre o l’ cariére cit’-là, qui s’ feume, Marîye-Djène, ça lanceut o vinte à ûlè d’ mau. » (Laloux,1969,91)

(F) Il n’était pas depuis une heure à la carrière, celui-là, que sa femme, Marie-Jeanne, eut des élancements au point d’en hurler de douleur.

 

Différence 331

Renforcement avec la conjonction « qui »

  1. :

(CW) « Ô, ayi ça! qui dj’ dîreu bin ç’ qui vosse curè vos-a contè. » (Laloux,1969,38)

(F)  Oh oui ! Je dirais bien ce que vous a conté le curé.

 

Différence 332

« Qui » introduit une proposition incise

  1. :

(CW) « … is n’ së lâvin’ qu’ aus-ocâsions, i së r’chërin’, qu’ on d’jéve. » (Gaziaux,1987,311)

(F) Ils ne se lavaient qu’aux occasions, ils se récuraient, disait-on.

« C’ èst d’djà couru lon / = au Japon /po rin, qui vos m’dîroz! » (Chake payis, chake môde, VA 19/7/99)

C’est déjà courir loin pour rien, me direz-vous!

(OW) « Ti n’ as jamés vèyu dès pîrètes ? qui Zîré rèspond. (…) » (Sohy Louis, Djouwer à pîrètes, EB 167, 1963)

Tu n’as jamais vu de noyaux, lui répond Zîré.

« C’ èst l’ vré », qu’ Aline a rèspondu. (Bal,1998,13)

C’est vrai, répondit Aline.

(SW) « Qwè pou in plaîji, qu’ i d’mande Gustin. » (Louline Vôye, Lès vîyès crwayances, AL 24/1/84)

Quel sorte de plaisir, demande Gustin.

 

Différence 333

Juxtaposition de phrases – la phrase complexe

Une succession de subordonnées elliptiques en wallon est une chose loin d’être peu courante.

  1. :

(CW) « Ca dès ritches, co pés qu’ dès canadas au rôyadje. Mins dès cias po apè èwou qu’i gn-a èt rafoûrè lès pôvès djins, … (Laloux,1969,28)

(F) Car des riches, il y en a encore plus que des pommes de terre lors de leur arrachage. Mais ceux qui volent où il y a de l’argent et garnissent les râteliers des pauvres gens …

« Qwè-z-è fé asteûre ? Rachonè tos lès bokèts bin come u faut, èt, à l’ vèspréye tote basse, lès-alè ètèrè su lès Comognes, dès sauvadjes trîs, padrî l’viyadje. Et « point  final », sins l’ Blanc Goyèt èt li P’tit Bêrt … Mau fiants, cès deûs-là ! » (id., p.34)

Que pouvait-on en faire maintenant ? Rassembler tous les morceaux, bien comme il faut, et, à la nuit tombée, aller les enterrer sur les Comognes, des terres en friche derrière le village. Et « point final », sans le Blanc Goyèt et le P’tit Bêrt… Des vilains, ces deux-là !

« … faléve aler à pid avou maman èt dès vôyes parêyes!  Et maman avou sès cabas èt dès-èfants trin.ner à sès cotes! » (Gaziaux,1987,245)

Il fallait aller à pied avec maman et (sur) de tels chemins ! Et maman avec ses paniers à provisions et des enfants qui traînaient accrochés à elle !

 

 

[1] Autres exemples : « Colas qu’ èst là qui louke èt qui n’ veût nouk » (phrase cacophonique) (Nicolas qui est là en train de regarder et qui ne voit personne), « on l’ oyéve qui bwêkléve » (on l’entendait crier); « èlle èsteût là qui mètéve su bwée à l’ sorèye » (elle mettait là son linge sur le pré), « il èst qui plouketèye dès frambâhes là drî » (il est en train de cueillir des myrtilles là derrière), « il èst qui pleûre toudi tot costé » (il est toujours et partout en train de pleurer). (EW) (Remacle,1937,70).

 

[2] En voici d’autres où l’interrogatif ne subsiste pas :

« quu dist-i ? »                  devient « sés-se bin çou qu’ i dit? »

« poqwè nu v’nèt-i nin? »               « dju m’ dumande po çou qu’ i n’ vunèt nin »

« quî as se vèyou? »                       « dis m’ cès qu’ t’ as vèyou ».

« duvins qué cas sont-i ? »             « is n’ sondjèt gote duvins l’ cas qu’ is sont ». (EW) (Remacle,1937,72-73)

Si l’on consulte la liste de conjonctions dressée par Bastin (1909,388) (EW), on verra que toutes les conjonctions de subordination sauf « su » (si), sont des locutions composées de « quu » que. A Faymonville, « qwand » et « come » se sont même augmentés de cette particule. Pour « qwand », le fait est commun à la région Stavelot-Malmedy, et il existe à La Gleize. Il est purement analogique. (Remacle,1937,68)

 

 

4.10 Le préfixe

 

Différence 334

Le préfixe « r- » du verbe « è raler » se place après la forme verbale conjuguée à l’impératif présent.

  1. : (W) Va r-z-è ! (F) Va-t-en !

 

(CW) « Ayi, alans è ! » (Laloux,1979,95)

(F) Oui, allons-nous en !

« Vos r’vêroz èn-ôte côp, alez r-z-è aîdî vosse moman! » (Wartique E., in: CW 12/54, p.183)

Tu reviendras une autre fois, va-t-en aider ta maman!

(EW) « Alez-r’-z-è » èssonle. (Grafé,1987,29)

Repartez ensemble !

(SW) « Dji su aradjêye ! Djans-r-z-è ! » (Dedoyard,1993,13)

Je suis enragée ! Retournons à la maison !

 

Différence phrase répétitives principales: avec inversion: cf 3.1.7

 

 

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