Lès-aubes sacrés dins l' culture walone, picarde, gaumèse / Les arbres sacrés dans la culture wallonne, picarde gaumaise

Aube sacré (arbre sacré)

à Èrbaut (/ Hèrcî – Djurbîse/ (Erbaut / Herchies – Jurbise), li kin.ne à claus (ou kin.ne Sint-Antwane) (le chêne à clous ou chêne Saint-Antoine)

André Nélissen, Tilleuls, arbres fétiches et autres arbres remarquables dans le Condroz liégeois, l’Ardenne liégeoise et le Pays de Herve, EMVW, 97-100, p.2-38

 

(p.21) (arbres fétiches) “La présence répétée de chapelles et de calvaires à proximité d’arbres a plus d’une fois cette origine.”  Les lieux voués à un culte quelconque furent souvent repris par les Chrétiens.  (< arbres guérisseurs (ex. Anthisnes: clous) pour enlever les rages et les maux de dents)

 

Dans le Hainaut, à Herchies et à Stambruges, 2 arbres qui guérissent auxquels la tradition orale accorde les vertus curatives.

A Stambruges, pour divers maux, notamment des problèmes liés à la marche des enfants; tout près, une chapelle dédiée à Notre-Dame;

à Herchies: un arbre, un vieux chêne, succède à d’autres plantés au même endroit depuis des siècles;

percé de nombreux clous portant des pièces de monnaie et de chiffons accrochés par ceux qui souhaitent obtenir de saint Antoine – dont la chapelle est voisine –  la guérison d’affections de la peau.

E. Godefroid, in : Le tilleul cloué de Gilly, La Vie wallonne, T3, 1922/23, p.70-72

 

(p.70) L’ animisme attribue aux arbres une âme douée de volonté qu’on pouvait, par certaines pratiques, se rendre favorables;

on pouvait communiquer à certains arbres les maux dont on voulait se libérer:

ainsi, plus d’un arbre de chez nous peut “lier la fièvre”, guérir les maux de dents, les ‘claus’ ‘furoncles), et les affections cutanées;

on leur abandonne, en guise d’ex-voto, les linges de pansement, ou on les crible d’épingles et de clous fichés dans l’écorce:

ex.: lu clawé faw (Djalhê), li tchin.ne di Hèrchîe’, lès tiyous d’ Djilî, lès pins d’Brin.ne l’ Alieu, li tiyou d’ Batice, li tiyou d’Hêve, etc.

(p.72) (divant) li tchin.ne di Montagu (Skèrpèneûve), di Fôy, li fau d’Habâ-la-Gneu.

 

(p.71) Les missionnaires du haut MA et le clergé des campagnes s’empressèrent d’élever une chapelle auprès de ces arbres vénérés ou d’abriter dans l’arbre une statuette de saint ou de Notre-Dame.

 

Lès-aubes à claus / Les arbres à clous

 

Il y en avait un peu partout : à Dampicourt, Flawinne, Saint-Servais, …

“Généralement, il s’agissait d’un rite médical appelé à chasser des abcès, des “cloux”, dont on souffrait.” (Albert Marinus, in : Le folklore belge, T3)

 

Robert Dascotte, Les arbres à clous dans le Centre, in : MA, 12, 1979, p.230-231

 

 

Sur le territoire du Roeulx, non loin de la Renardise, au croisement du chemin menant à Thieusies et de celui conduisant à Gottignies se trouve la chapelle Notre-Dame de Bon Secours.

On va l’invoquer pour être guéri des furoncles, claus. Pour renforcer les prières, les pèlerins enfoncent des clous, claus, dans les deux marronniers qui encadrent l’édifice religieux. C’est la raison pour laquelle cette chapelle est appelée en wallon èl capèle à claus. Les clous sont plantés en très grand nombre et certains ont été enfoncés à travers des pansements. Le culte doit encore être vivace car lorsque j’ai pris la photo ci-dessous en janvier 1977, j’y ai vu de nombreux clous qui n’étaient pas rouillés. Certains sont disposés en forme de couronne.

Photo R. Dascotte

Détail de l’arbre à clous du Rœulx ; on peut voir ici de nombreux clous enfoncés récemment.

A deux cents mètres de la chapelle N.-D. de Bon Secours, on peut voir en direction de Thieusies, la chapelle Saint-Joseph voisine d’un tilleul portant quelques clous. A la même distance, en face de la Renardise, la chapelle Saint-Roch était abritée par un marronier abattu en 1972 ; cet arbre était également «cloué». Selon mes informateurs (1), certains pèlerins confon­daient ces deux chapelles avec la vraie capèle à claus.

A Chapelle-lez-Herlaimont, en bordure de la Waute Tchausséye, on voit dans la façade d’une maison une niche appelée chapelle Notre-Dame de Verviers. Dans la revue « Calvaires et chapelles du Hainaut », juin 1949, p. 8, on lit « II y a quelques quatre-vingts ans, la chapelle N.-D. de Verviers faisait partie d’un édicule particulier entouré d’aubépines puissantes. Celles-ci étaient (p.231) littéralement couvertes de clous, signe matériel de la dévotion envers Marie Miraculeuse. Une pieuse coutume voulait, en effet, que les pèlerins venus pour une affection de la vue bassinassent leurs yeux avec l’eau de la source d’une,prairie voisine, puis qu’ils revinssent encore prier après avoir enfoncé quelques clous dans les aubépines entourant la chapelle. Peu après 1860, édicule et aubépines disparurent pour des raisons d’aménagement de la voi­rie. Mais en 1891, une coquette logette surmontée d’une croix en briques, fut aménagée à l’intention de N.-D. de Verviers, dans le pignon d’une maison bordant la Haute Chaussée, à une trentaine de mètres de l’emplacement initial ».

Je dois ajouter que J. Chalon, Les arbres fétiches de Belgique, Anvers, 1912, p. 24, est très laconique en ce qui concerne cet arbre « cloué » : « Derrière la chapelle dite N.-D. de Verviers, entre Trazegnies et Chapelle-lez-Herlaimont. dans un chemin que l’on regarde comme romain d’origine, se trouve un arbre décrépit couvert de clous enfoncés jusqu’à la tête. Ce sont les ex-voto des voyageurs pieux qui se recommandent à la madone en pas­sant (selon Van Bastelaer, dans « Documents et Rapports de la Société arch. de Charleroi », 1883, p. 210). Le secrétaire communal de Chapelle-lez-Herlaimont m’écrit (10 avril 1912) qu’on a bâti sur l’emplacement de la chapelle une maison, il y a quelques années. La chapelle a été encastrée dans le mur de la maison, mais l’arbre cloué a disparu » (2].

 

A Seneffe, au hameau de Buisseret, d’après le regretté Léopold Delattre (1887-1972) qui était un informateur remarquable et très dévoué jusque vers 1920, on faisait saigner une dent malade avec un clou de sabot, clau d’chabot, et ensuite, on enfonçait ce clou dans un arbre (quelle que soit l’essence) pour être guéri du mal de dent.

 

(1) Mathilde Pouliart, René Dekokert et le chanoine Victor Blampain que je remercie infiniment.

(2) J. Chalon ne parle pas de l’arbre « cloué » du Rœulx dans son ouvrage cité plus haut, dans le texte.

N.d.l.R. — Les lecteurs qui connaissent ou qui ont connu d’autres arbres « cloués » dans la région du Centre sont priés d’en informer R. Dascotte, 123, rue Ferrer, 7161 Haine-St-Paul qui les remercie d’avance !

 

Robert Dascotte, Le chêne a clous de Graty, in : MA, 4, 1980, p.77

 

A Graty, sur une hauteur appelée Montavigne, se trouve une chapelle consacrée à saint Job. On vient invoquer ce saint au cours d’une neuvaine pour obtenir la guérison de furoncles, claus.

Les pèlerins enfoncent (encore de nos jours) un clou, clau, pour se débarrasser de cette affection, dans le chêne jouxtant la chapelle Saint-Job ; c’est la raison pour laquelle cette arbre est appelé èl kin.ne à claus. On peut voir aussi sur le tronc des trous laissant la trace de gros clous ; ceux-ci auraient-ils été emportés ? A noter qu’il n’y a pas de date déterminée pour ce pèlerinage.

Il faut signaler qu’un petit chemin permettant de faire le tour de la chapelle est bordé de six faux acacias ou robiniers mais seul le chêne est cloué.

Il me reste à exprimer toute ma reconnaissance au Père Adrien Botte, O.S.B., témoin très compétent et très dévoué.

 

(id., à Erbaut)

Edmont Taquet (Èl Rû / Le Roeulx), L’ arbe à claus, in : EM 3, 1997

 

Pus lon què l’ Ernardise,

il-a Notre Dame dé Bon-S’coûrs !

 

Petite capèle intouréye dè deûs grands-arbes,

stampès come s’ is volinetèt,

vréyes sintinèles,

guignî tout-alintoûr

pou l’ warder,

èl protéjer.

 

Èl pia rimplîye dè cochûres

fêtes pa dès claus ayu

ç’ qu’il a co dès lokes,

dès fèrlopes tèmwins dè tant d’ miséres,

mès ètou dè tant d’ èspèrinces,

l’ arbe à claus èst là,

i vos ratind.

 

Tambrîse / Stambruges - Notreu-Dame deu l' Èrcompuch / Notre-Dame de l'Arbre-au-Puits

in : Concours sur la Wallonie de l’étrange, LB 08/05/1992

 

La chapelle fétiche située à côté de l’arbre-fétiche de Stambruges: “Notreu-Dame deu l’ Èrcompuch” ou Notre-Dame de l’Arbre-au-Puits.

L' aube à claus d' Solèymont / l'arbre à clous de Soleilmont

(in: Roger Darquenne, Images de Chapelle-lez-Herlaimont, 1994, p.294-296)

Aube sacré à Florifoû (Arbre sacré à Floriffoux)

(in: Le folklore, s.d., p.32)

Fouyîr (Djalhê) (Foyr (Jalhay)) - Li Clawé faw (le Hêtre "Cloué", couvert de clous)

Varia

François Sterchele a stî touwé en bouchant conte on-aube avou si-auto en 2008.  Volà ç’ qui s’ a passé après l’ mwârt di ç’ grand djouweû d’ football-ci… (François Sterchele s’est tué en fonçant avec sa voiture contre un arbre en 2008. Voilà ce qui s’est passé après la mort de ce grand joueur de football…) (s.r.)