Lès chîjes (, sîses, scrènes) dins l' culture bèlje walone, picarde, gaumèse / Les soirées en famille et entre amis dans la culture belge wallonne, picarde et gaumaise

PLAN

 1 Lès chîjes (, sîses, scrènes) dins nos régions / Les soirées d’hiver en famille et entre amis dans nos régions

2 Scrîjadjes / Littérature

1 Lès chîjes (, sîses, scrènes) dins nos régions / Les soirées d’hiver en famille et entre amis dans nos régions

in : Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

(p.318) LÈS CHÎJES

 

Durant cette longue période où l’on ne connut que l’âtre, ce fut au cours des hivers, les « chîjes » auxquelles participaient toute la famille et les voisins. On y racontait des histoires et les cancans du vil­lage. On y jouait aux jeux des advinias. On y répétait des phrases cent fois entendues mais qui réjouissaient toujours nos parents (…) !

 

in : Maurice  VAN  HAUDENARD, PLAISIRS, DUCACES ET JEUX ATHOIS, VW, t. 9, 1928-1929, p.246-255

 

(p.254) Et, avant d’atteindre la Noël, qui est le renouveau, il leur reste les soirées, l’ èscriène.

Les soirées étaient fort suivies autrefois, beaucoup plus qu’au­jourd’hui. Il était à cela une double raison : plusieurs familles se (p.255) réunissaient un jour clans une maison, le lendemain dans l’autre et ainsi de suite tant pour trouver un amusement en commun que pour économiser le combustible et l’éclairage.

Alors régnait véritablement l’amitié, à laquelle n’a que trop malheureusement succédé de nos jours l’envie. Oh ! l’heureuse époque où, au lieu de se jalouser et de médire du prochain, les voisins se réunissaient et, à la fête patronale d’un membre d’une famille, accouraient tous. L’on faisait de multiples parties de cartes et l’un ou l’autre demandait une mastoke (cinq centimes) à chacune des personnes présentes pour l’achat du genièvre que, tard dans la soirée, l’on buvait après le café offert par la maîtresse de maison.

Et ainsi la vie tout doucement s’écoulait.

 

in : Marylène Foguenne, Fils d’Ardenne, Souvenirs d’une vie au Pays de Bastogne, 1930-1950, éd. Eole, 2003

 

Les soirées entre jeunes

 

Quand nous sommes devenus plus âgés (pendant ou après la guerre), nous recherchions d’autres distractions. Nous préfé­rions sortir à la soirée et aller voir les filles… Ce n’était possible que le dimanche, le reste de la semaine étant réservé au travail. La coutume voulait que les garçons se rendent à l’une ou l’autre maison où il y avait des filles. Celles-ci invitaient à l’occasion des cousines à venir passer le dimanche chez elles. Cela se disait dans le village et les jeunes gens pouvaient organiser une soirée. Au début, j’allais avec des plus âgés. Nous nous cotisions — chacun mettait cinq ou dix francs — pour acheter une bou­teille de goutte, car il était souhaitable de ne pas arriver les mains vides. La mère restait dans la pièce où nous nous tenions. Elle faisait semblant de dormir, la figure cachée dans une main. Nous avions intérêt à bien nous tenir, car elle nous surveillait au travers de ses doigts écartés. Parfois, le père restait aussi à la soirée, c’était pour lui l’occasion de boire quelques verres “à l’œil”. Quand il n’y avait plus rien à boire, il allait coucher. Pendant la soirée, une jeune fille se trouvait assise près d’un jeune homme et ils discutaient, faisaient connaissance. À un moment, l’un se mettait à chanter ou jouait de la musique à bouche. Puis s’installait entre les jeunes une sorte de jeu. Un garçon et une fille qui se connaissaient à peine ne pouvaient passer toute la soirée assis l’un à côté de l’autre. Il était préférable de changer de partenaire, sauf si les jeunes gens parlaient de fiançailles. Dans l’assemblée, il y avait deux ou trois verres qui circulaient. Un garçon non accompagné se versait une goutte et levant son verre, il regardait une jeune fille, la saluait en disant : « A vot’ santé ! ». La jeune fille était invitée ainsi à rejoindre celui qui venait de parler, à s’asseoir près de lui et montrait son accord en buvant ou plutôt en trempant les lèvres dans le verre du garçon. Aucun ne s’offusquait de cette manière de faire sauf peut-être un garçon jaloux. Il arrivait aussi que des jeunes gens veuillent faire marcher une fille. Ils se disaient entre eux : « On va li fé chover la tchambe…» (« On va lui faire balayer la chambre… ») Ainsi, chacun à son tour lui disait : « A vosse santé ! » La jeune fille, à peine assise près de l’un, devait partir près d’un autre et ainsi de suite. Mais quand un garçon plaisait à une jeune fille, elle pouvait refuser d’aller aussi rapidement près d’un autre. Elle disait: « Moi, je reste ici, j’ai fini de tourner. » Et les garçons la laissaient tranquille un petit temps. Par contre, si celui qui l’avait salué ne lui plaisait pas, après un moment, elle faisait un clin d’oeil à un autre pour qu’il l’appelle. Les jeunes apprenaient de cette façon à se connaître, à s’apprécier davantage et, qui sait, cela se terminait parfois par un mariage.

 

Georges Pècheur, Mirwart en Ardenne, XIXe-XXe s., Un village humilié, éd. Weyrich, 2002, p.437-439

 

2.   Rima di d-dins l’timps (Composition rimée de jadis)

D’après I. Denis

 

Jadis, au temps où il n’y avait ni voiture, ni cinéma, ni radio, ni télévision, pour se dis­traire, les gens allaient à la soirée (à l’ chîje), une fois chez l’un, une fois chez l’autre. Ou bien ils se rassemblaient en fin de journée, assis sur les bancs installés à l’époque devant presque toutes les maisons. Et on conversait agréablement, on écoutait, on riait de bon cœur… jusqu’à la tombée de la nuit.

Parmi les distractions dès chîjeûs, il en est une qui mettait l’imagination de tous à contri­bution et qui déclenchait, à chaque fois, des éclats de rire. Le jeu consistait à faire des rimas , c’est-à-dire des réflexions rimées sur un thème choisi à partir des noms ou des surnoms des gens du village.

Voici un rima – sur le thème d’un chat perdu – qui est resté imprimé dans les mémoires de quelques aînés et qui courut les rues de Mirwart il y a plus de cinquante ans. N’y voyons qu’un témoignage fort intéressant – car très rare – des joies toutes simples et naïves de la vie d’antan.

 

Li tchèt pièrdu  (Le chat perdu)

 

Dj’ ê pièrdu m’ tchèt, di-st-i Dèdè.

I n’ èst nin co lon, di-st-i Odon.

On l’ ratraperè, di-st-i Pîrèt.

 ! Il a passé par ci, di-st-i Petit.

Djo l’ ê vèyu par là, di-st-èle Lisa.

Djo lî ê d’nè su s’ pèpète, di-st-èle Bèbète.

Èt mi, on côp d’ pîd à l’ panse, di-st-èle Clémence.

Da mi, il a r’çî on côp d’ baguète, di-st-i Mèguète.

Èt mi, djo lî ê foutu on côp di scorîye, di-st-èle Sîye.

No lî fièz nin trop mau,

di-st-èle li fème do grand Murwau.

Dînez-lî do suke di pot, di-st-i Iubêrt Coco.

Il avot l’ quawe à l’ êr, di-st-èle li fème Leumêre.

È bin, mi, dji pinse qu’ il èst squawè, di-st-i 1′ curè.

Maria Dèyi, qué mâleûr ! dijèt-èle lès Seûrs.

C’ è-st-on bê tchèt di totes lès coleûrs, di-st-èle Marîye Pètcheûr.

Èt mi, dji sotin qu’ il èst lêd, di-st-i Julê.

 

‘J’ai perdu mon chat, dit Dèdè .(Joseph Léonard marié à Thérèse Hayon)

II n’est pas encore loin, dit Odon.(Odon Hayon marié à Marie Gaspard)

On le rattrapera, dit Piret. (Théophile Piret)

Ah ! Il est passé par ici, dit Petit. (Ferdinand Gérard)

Je l’ai vu par là, dit Lisa. (Élisa , épouse d’Adolphe Libert)

Je lui ai «donné sur son derrière», dit Bèbette.

Et moi un coup de pied au ventre, dit Clémence. (Cl. Flandre, épouse de Joseph

Danguy)

De moi, il a reçu un coup de baguette, dit Mèguète. Jules Thémans)

Et moi je lui a donné un coup de fouet, dit Sie (Félicie Saint-Hubert (17.6.1845) mariée à Louis Rosière et arrière-arrière-grand-mère de notre célèbre tennisgirl Justine Henin.

Ne lui faites pas trop mal, dit la femme du grand Mirwart.

Donnez-lui du sucre de pot (= cassonade), dit Hubert Coco. (Hubert Pierrard)

II avait la queue en l’air, dit la femme Lemaire (Marie, épouse de Th. Evrard)

Eh bien, moi, je pense qu’il n’a plus de queue, dit le curé.

Mère de Dieu, quel malheur ! disent les Sœurs.

C’est un beau chat de toutes couleurs, dit Marie Pécheur.

Et moi, je prétends qu’il est laid, dit Julê. (Jules Alexandre) )

 

Ma fwè, po-z-èsse gros, il èst gros, di-st-i Matot.

C’ èst bin sûr on mougneû d’ sons, di-st-i li ptit Louwis.

I grètot dins nos crompîres, di-st-èle Marîye Rosîre.

Djo l’ ê vèyu ossi dri nosse maujon, di-st-i Hubêrt Pidjon.

Mi, djo l’ ê avisè dins nos gusalîs, di-st-èle li grande Julîye.

Ayîr, il a gripè à l’ copète d’ on sapin, di-st-i Quètin.

I m’ son.ne qu’ il èst vôye bin lon, di-st-i Fèron.

Porvu qu’ i n’ si fèye nin mougnè pa on r’naud, di-st-èle Filo Marché.

I rvêrè d’vant qu’ i n’ fèye nwâr, di-st-i Bodârd.

Ça fët qui, nosse tchèt, tot l’monde l’a vèyu, mês i n’ èst nin co todi ruvenu .

 

( Ma foi, pour être gros, il est gros, dit Matot. (Vital Matot)

C’est certainement un mangeur de souris, dit le petit Louis. (Louis Rosière)

II grattait dans nos pommes de terre, dit Marie Denis, (dite Rosière)

Je l’ai vu aussi derrière notre maison, dit Hubert Pigeon.

Moi, je l’ai aperçu dans nos groseilliers, dit la grande Julie (Julie Ligot)

Hier, il était grimpé tout en haut d’un sapin, dit Quoitin.

Il me semble qu’il est parti bien loin, dit Feron. (Ernest)

Pourvu qu’il ne se fasse pas manger par un renard, dit Philomène de chez le maré­chal, (épouse de François Closter)

II reviendra avant qu’il ne fasse noir, dit Bodârd. (Emile)

Cela fait que notre chat, tout le monde l’a vu, mais il n’est toujours pas revenu.)

 

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

 

Eté / Lu qwarâye

 

Par les beaux soirs d’été, on aimait, entre voisins aller s’asseoir sur le banc devant la maison. Ces réunions étaient dites « fâre èl qwarâye ».

 

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

 

(p.58) Hiver / Veillées

Elles commençaient après la Toussaint et cessaient au premier dimanche de carême, tantôt chez l’un tantôt chez l’autre. Les hommes fumaient leur pipe au coin du feu, les femmes filaient, les jeunes, dans un coin, faisaient la causette à mi-voix. Il était d’usage que la jeune fille de la maison reconduise, la soirée finie, les jeunes gens jusqu’à la porte où, sans témoin, on se faisait encore quelques confidences. Cela s’appelle « fâre l’ olaye » (allée, corridor).

 

 

2 Scrîjadjes / Littérature

ouwès’-walon / ouest-wallon

Bernard Sténuit (La Croyère), in : MA, 10, 1981, p. 191

Les scrènes d’ avant

Ayu-ce qu’ èles sont, les scrènes d’ avant,
qu’ on daloût s’ rassîr à l’ visène
parler dè l’ pleûve èt du bia temps
bwâre à p’tits coups dès jates dè tène ?

In gamin lîjoût pou dès vîs
dins l’ gazète in feuyeton si trisse
qu’ on viyoût s’ acruwi des-îs
in ratindant qu’ ça s’ arindjisse.

Èt quand l’ èstûve s’ insclumichoût,
què l’ eûre dès braves ît arivéye
abîye, abîye, on s’ in raloût
sans calauder su l’ pas d’ intréye.

Du r’pinse doûci à mès dîj ans,
qu’ on n’ avoût nîn co ieû deûs guêres.
on-a l’ tévé, la bèle afaîre,
m’ ayu-ce qu’ èles sont, mès scrènes d’ avant ?

Vocabulaire :
(è)scrène : veillée — s’ insclumi : s’assoupir — tène : café léger.

 

cente-walon / centre-wallon

Dèlina LIONNET-PIERLOT

 

Chîjeléye d’ ayîr

 

Vint’-y-onk di nôvimbe,

L’ iviêr prind lès d’vants !

Vint’-y-onk di décimbe,

L’ iviêr è-st-à cran !

 

Li bîje hûle è l’ bûse

Come on leup qu’ a fwin.

Sèrans nos cambûses,

Gn-a l’ nwâreû qui d’chind !

 

V’Ioz grawyî l’ crapôd

Èt mète one paletéye

Avou do machau ?

Li nût èst stwaléye !

 

I djale à pîre finde !

Nos frans chîje trawéye,

Jusqu’à l’ dêrène cinde !

Contez-nos one fauve !

 

Li cokemwâr choufèle…

Dji m ‘va mète li tauve

Èt l’ mape à dintèles.

Riyète d’ èmon l’ Nand,

 

Sès mwins plin.nes di pausse

Prustit lès bounans.

C’ è-st-one miète dicauce !

 

Li Tâve èt l’ Djousî,

Zande èt li p’tit Djan,

Gusse avou l’ boutchî :

On s’ sèrerè su l’ banc !

 

Alumans I’ crassèt,

Tortos atauvelés !

Tchantans on bokèt !

L’ an è-st-ètèré !

 

Vocabulaire

ièsse à cran = ièsse prête à s’ distchin.ner

one cambûse = one pitite maujone

on crapôd = one sitûve crapôd

fé chîje trawèye = çhîjeler jusqu’au matin

on bounan = one pitite plate galète, qu’ on faît à l’ Novèl An

on crassèt = one lampe à l’ ôle