1 sur le dos; 2 ponts, barques, bateaux; 3 chariots, charrettes; 4 trains, trams; 5 varia

1 Transpôrt à dos d’ djin (Transport sur le dos)

boterèsses

Que transportaient ces ‘boterèsses’ et où les trouvait-on ?

 

1 Maurice Panthir, Les porteuses de hottes, EMVW, 1953, 571-572, p. 353-372

 

De la ville à la campagne, du café, de la chicorée, du riz,  du sucre, des semences, …

De la campagne à la ville, des oeufs, du beurre, des fruits, du sirop, …

Certaines étaient « cotîrèsses » (maraîchères) et amenaient les produits du sol qu’elles travaillaient.

 

in: Elisée Legros, La hotte et ses usages, EMVW, TIV, 41-42, 1946, p.92-139

 

A Liège, anciennement, des ‘boterèsses’ travailalient dans les charbonnages et dans l’agriculture. (p.99)

Elles étaient également embauchées pour le transport de fusils. (p. 101)

Les « boterèsses à l’ hoye » (au charbon) (jusque -+ 1920) transportaient le charbon.

Elles disparurent vu la facilité des communications (vélo, train, auto).

 

A Spa, on appelait « on hotelî, one hotèlerèsse » celui, celle qui portait le bot (hotte).

 

Les ‘hotelîs’ ou ‘botîs’, ‘hotèlerèses’ ou ‘boterèsses’ travaillaient aussi pour

les marchands de volaille (p. 107), les menuisiers, cordonniers, vitriers, les fabricants d’encens (p.110), dans les vignobles de liège. Elles se chargeaient aussi du transport du fumier (p.111).

 

Les voyages (à partir de Liège) étaient de 2 ou 3 jours pour le Condroz ou la Hesbaye; 8 à 10 jours pour la Campine, la tournée de l’Ardenne (la visite des églises jusqu’à Charleville) durant 3 mois. (p.110)

 

Des témoignages relèvent l’existence de ces ininérants à Huy, Jalhay, Nadrin, Villers-la-Bonne-Eau, en Gaume, Marche (Soy), Gedinne, Ciney, Soulme, Nismes (one wote : une hotte), Soignies, Ath, Mons, Tournai.

 

On trouve ainsi les borènes (hotteuses dans les houillères) dans le Borinage (p.127) , en Gaume les hotteurs de Mussy (pour la culture du « cabus » (chou)) (p.133).

 

Enfin, à Neerheylissem, Zétrud-Lumay, pour expliquer aux enfants la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, on disait: «  C’ èst l’ boterèsse què l’ a apwârté! » (p.132)

botî ou hotelî

Jean-Francis Dechesne, “Porteurs! Histoires de Wallonie et d’ ailleurs”, VA 14/04/1997

 

Le portage à pied, sur le dos, les épaules, la tête, les bras ou encore en bandouillère, a été jadis chez nous et est encore dans le monde entier le fait d’hommes, mais le plus souvent de femmes, notamment dans des lieux où toute autre forme de transport est ou était impossible pour une série de raisons: pauvreté, configuration du terrain, exploitation par les pauvres par les nantis …

En wallon liégeois, ‘boerèsse’, francisé en botteresse, est une figure légendaire de la porteuse de hotte, le ‘bot’ qui lui donna son nom.  Ses attributs: son bot fait d’ osier et de bois, son bâton sur lequel elle pose sa hotte quand elle se repose, ses sabots, son courage et son franc-parler;  Elle apparaît à Liège et dans le reste de la Wallonie au Moyen-Age.  Elle disparaît après la première guerre mondiale.  On distingue les botteressses des villes et celles des champs.  Elles parcouraient des distances considérables avec des charges pouvant aller jusqu’à 40 kilos de houille, de craie, de volailles, d’herbe, de fagots, de bouteilles d’ eau de Spa …

Il y a aussi les « cotîrèsses », porteuses de panier sur la tête approvisionnant les marchés en légumes, les marchandes de poires cuites, de « makéye » (fromage blanc), les porteurses de lait avec le « harkê » (porte-seaux ou cruches), les hiercheuses à la berlaine des houillères …

Vint la charrette à bras jusqu’ aux ‘caddies’ de nos grandes surfaces, sans oublier la sacoche du facteur.

boterèsse

Michel Hubert, Lès boterèsses, in : Lès Chwès, 3, 2002, p.10

 

S’ i gn-a on mèstî qu’ a stî fameûs, c’ èst bin l’ cia dès boterèsses. I gn-aveûve dèdja au XIIIème sièke.

 

Èles apwârtin.n dès frûts, dès légu­mes aus cotelîs qu’ èstin.n su l’ mârtchi dè  l’ vile. A l’ saîson dès cana­das, èles paurtin.n di leû viiladje divant l’ pikète do djoû avou one hoteléye di 50 kulos d’ canadas. On côp diskèrdjîyes, èles èralin.n avou dè l’ tchau, do cafeu, do suke, dès on.nadjes èt tot ç’ qu’ i mankeûve au viladje.

Leû causadje èsteûve rude corne li cia dès-ouyeûs. Èlle èstin.n coneûwes po leûs rèplikes. Èles copwartin.n lès novèles d’ one place à l’ ôte. Èles sièrvin.n co d’ mèssadjerèsses. On l’zeû d’neûve one lète èt èles rapwartin.n li rèsponse li samwin.ne d’ après. I faut crwêre qu’ èlle èstin.n cafeteûses pace qu’ on d’jeûve: cafeter come one boterèsse!

 

I gn-aveûve ossi lès boterèsses au tchèrbon. Èles rintrin.n lès gros­èes rukes pau  laurmî dès cauves dès bourdjwès.

Li poûssier ? On li staureûve au mitan dè l’ vôye èwoù-ce qui l’ mârtchand d’ dièle aveûve sipaurdu li moncia qu’ faleûve. Avou d’ l’ êwe, lès boterèsses fyin.n on machau qu’ èles pèstèlin.n à pîds d’tchaus po-z-è fé dè l‘ tèroule. Après ça, èles fyin.n dès bolètes à l’ mwin qu’ on fieûve sètchi su l’ pavéye.

Bin r’ssuwéyes, on lès tchôkeûve è l’ cauve.

 

Lès boterèsses ont stî ègadjîyes po dès grands travaus : li canâl d’ Oûte, li tch’min d’ fïèr di Brussèle à Lîdje.

Dès ribambèles di boterèsses èt dès rèfwarcîyès crapôdes boutin.n dins lès tchèrbonadjes da John Cockerill.

C’ è-st-insi qu’ trwès cints boterèsses di Lîdje ont stî d’ner on côp di spale po-z-achèver l’ copète do liyon di Watèrlo. On n’ a nin compté lès chipeléyes ni lès hoteléyes qu’ il a falu.

 

One hote, c’ è-st-on pani rasplati d’ on costé, qu’ on mèt à s’ dos avou dès aburtales. Po ragrandi l’en-d’dins dè l’ hote, on-z-î tchôkeûve one banse sins fond loméye « hér ».

Li gros baston sièrveûve à stancener l’ kèdje dè l’ boterèsse. Citèle-ci p’leûve taurdjî one miète, rinaîri s’ linwe divant d’ ièsse coût d’ alin.ne. Èles boutin.n, sins r’lache, dispeûy l ‘aîreû do djoû jusqu’au momint qui l’ djoû distind. Adon, tot bagnant dins leû tch’mîje, èlle èstin.n drânéyes come dès vîys pôves.

boterèsses, pwârteûses di bwès èt d' hièbe (porteuses de bois et d'herbe)

Julien Gengoux, Herbeumont, son histoire, ses histoires, ses Saglés, 2007

 

(p.162) HOTTEUSE

 

Autrefois, la hotte servait le plus souvent à transporter des fougères et des genêts pour la litière, du foin, de l’herbe, de la paille, des fagots de bois, des feuilles mor­tes et même parfois les plus jeu­nes enfants.

La hotte était faite d’osier ou de coudrier (noisetier). Au village, on trouvait de l’osier dans les haies du Vivy. Quant au cou­drier, il y en avait un peu par­tout, à l’orée de la forêt, dans les talus ou le long des che­mins.

Elle comprenait les pattes (piè­ces de bois formant l’armature et dépassant par le bas), le dos (partie plate appliquée contre le dos de celle qui la porte) et les bretelles de suspension. Dans les régions accidentées comme la nôtre, la hotte est restée très longtemps un moyen de transport fort utilisé sur les petites voies de commu­nication difficilement accessibles par les attelages.

 

(p.163) Jadis, les femmes d’Herbeumont, chaussées de sabots, la hotte au dos, portaient la laine à la filature de Sedan, en empruntant le chemin dit « des fîleuses », à travers le bois de Sainte-Cécile.

Parfois, pour faire plus court, elles traversaient la Semois au gué « des Mamelles », pour se diriger vers les bois de Muno et ensuite vers la France, ce qui représentait quand même encore un parcours à pied de quelques dizaines de kilo­mètres. Il arrivait à certaines de se perdre dans les bois. C’est pour cette raison que, jusqu’en 1914, la cloche de l’église d’Herbeumont sonnait chaque soir, à vingt et une heures, afin de guider les éventuelles égarées.

Apartir des années cinquante, la hotte ne fut plus utilisée.. .hormis à l’occasion de fêtes folkloriques.

boterèsses di Tchini (hotteuses de Chiny) (Gaume)

L.W., Inlassables, les botteresses sillonnaient villes et campagnes …, LS, 07/03/1997

 

Le portage humain

 

Dès le 16e siècle, à Liège, elles acheminaient les marchandises entre les hauteurs et la vallée.  Main-d’oeuvre bon marché, elles ofrraient le moyen de transport le plus rapide du charbon, des légumes, du linge fraîchement lavé.  De Spa à Liège, leurs hottes contenaient jusqu’à trente bouteilles d’ eau de la célèbre source.

 

Au 19e siècle, le développement urbain repoussa les cultures en lontaine périphérie et les botteresses sillonnèrent les campagnes où beaucoup de lieu-dits rappellent encore aujourd’hui leur labeur.

 

La guerre de 1914, qui bouleversa toutes les habitudes, l’essor du tabac, les progrès dans le domaine des transports et l’amélioration des conditions de vie firent disparîatre le portage dans nos régions.

 

Ce moyen de transport existe encore en Afrique, au Proche-Orient, en Amérique du Sud et en Asie.  Il reste le moyen de transport du pauvre. 

 

Partout, l’homme essaye d’étirer sa colonne vertébrale pour contrer l’effet d’écrasement que provoque la charge.

boterèsse

Les “porteurs au sac”, EMVW, 1924-1930, p.231-233

 

A Liège, ils constituaient l’un des 22 bons métiers de la Cité (pwèrteûs å sètch) (F: portefaix).

Encore vers 1850, pour être admis dans la corporation, il fallait appartenir à la famille d’un de ses membres, être âgé de 21 ans.

On ne pouvait porter avant cet âge, à moins d’avoir fait « tchîf d’oûve », c’est-à-dire d’avoir subi une épreuve: les jeunes portefaix devaient transporter du rivage du ‘Gofe’ à l’hôtel de ville, un sac pesant 104 kilos.  Ils pouvaient s’arrêter mais en conservant le sac à l’épaule.

 

Les porteuses de sac, EMVW, 1924-1930, p.233-237

 

Elles portaient le sac plié en capuchon (= tchapoûle).

Ce sac était utilisé par les femmes pour le transport de la farine, de pommes de terre, etc, du charbon provenant du tèris’.

 

La besace, EMVW, 1924-1930, p.237

 

Sac double, utilisé par les ouvriers de la campagne, qui se rendaient à la ville pour y travailler du lundi au samedi (+- 1900)

Ils y mettaient un peu plus de 2 kilos.

pwârteûse su s' tièsse (porteuse sur la tête)

Les fardeaux posés sur la tête, EMVW, 1924-1930, p.228-239

 

Encore vers 1840 à Crupet, il était d’usage de se servir d’un coussinet pour porter les paniers sur la tête. (p.228)

S’en servaient également les « cotîrèsses » (maraîchères), les marchandes de fruits, de beurre et de fromage, de fleurs, de poires cuites, les blanchisseuses;

A Liège, les femmes d’armuriers portaient de la fabrique d’armes à leur domicile et vice versa des canons de fusils.

 

Le nom du coussinet : twètche (Liège), twatche (Namur).

A Mons: tortéyon : litt. torche, coussinet fait d’un linge tordu.

ôte paut dins l' monde, o djoû d' odjoûrdu (ailleurs dans le monde, actuellement)

2 ponts, bârkes, batias (ponts, barques, bateaux)

pont su Oûte (pont sur l’Ourthe)

passeû d' êwe su Oûte (passeur d'eau sur l'Ourthe)

Les bacs pour les rivières et les fleuves

 

Il existait des services réguliers de ‘barques’, de ‘coches d’eau’ et de ‘diligences d’eau’.

Joseph Vrindts, Li passeû d’êwe

 

 

Djan-Piére èsteût r’qwèrou di totes lès djônès fèyes

Mins l’ crolé passeû d’ êwe riyéve di leûs-amoûrs

Et djamây nole di zèls n’ aveût fêt toketer d’ coûr.

 

Dè l’ wâmîre â tchèstê, ci n’ èsteût qu’ ine complinte :

On djâséve dè djône ome, tél qui ç’ fouhe on sègneûr,

Et pus d’ ine grande madame ènn’ âreût  fêt s’ mon-keûr.

 

Mâgré totes lès promèsses, li vîreûs passeû d’êwe

Riboutéve li marièdje èt lès sètchs di skèlins,

I n’ âreût nin d’né ‘ne cense po div’ni tchèsturlin.

 

Li passeû d’êwe êméve aute tchwè qu’ ine tchèsturlin.ne :

Si rapècetêye nèçale èt sès vîs navurons

Lî d’nît dès ôtès djôyes qui l’ pus bèle dès mayons.

Li nèçale da Djan-Piére è-st-èvôye dji n’ sé wice !

 

Dè crolé passeû d’ êwe, asteûre li fâve èst foû,

Avou ses vîlès cantes i s’ ripwèse âs Tchâtroûs.

 

Georges Simonis (Tchaufontin.ne/ Chaufontaine), in : La Wallonne, sèt. 1982

 

Li Passeû d’ êwe

 

(histwère d’amon nos-autes qu’ on s’ dimande co todi po l’ djoû d’oûy s’ èle n’a nin stu vrêye…)

 

Tchaufontinne, è meûs d’ sètimbe di l’ an mèy sèt’ cint cinkante. Å bwérd dè l’ Vèsse, li p’tite mohone da Martin, li passeû d’êwe.

 

L’ome : franc come l’ôr, bon come li pan, mins pôve, là qui s’ mèstî n’ rapwète nin assez po d’ner l’ bètchèye à tote si famile…; po v’fé ‘ne îdèye : sîh èfants èt l’ sètin.me so bone vôye po wigneter 8 prétimps qui vint…

 

C’ è-st-ine sîze à fé sogne…  Li vint hûze qu’ arèdje èmé lès sås tot k’twèrtchant leû tchiveleûre.  Cåse dès plêves qu’ ont toumé dispôy saqwants djoûs, li Vèsse ni låkêye nin dè hoûzer èt sès-êwes tchèriyèt totes sôres di bokèts d’ bwès qu’ èles ont råyî åsès rîves…

Vès noûv eûres, Mårtin va fé on toûr… qwand c’ èst qu’ i rinteûre, i dit à s’ feume :

 

– Maria, alez’ dwèrmi…

– Et vos, Mårtin ?

– Mi, dji deû veûyî ca lès-êwes montèt co todi èvôye…

 

Il a vûdî s’ cåve, atèlé s’ nèçale avou l’ pus grosse cwède qu’ a polou trover…  I s’ va assîr po s’ rihaper ‘ne miyète, qwand tot d’ on côp, on bouhe…  Mårtin s’ èware : kimint s’ fêt-i qu’ ine saquî seûy co foû à ine eûre parèye, divins on timps parèy ?… I brêt :

– Quî èst-ce ? Ine vwès rèspond :

– Dji m’ a pièrdou…  Dji v’s-è prèye, camaråde, drovez-me vosse pwète…

 

Tot-èhåsté, li passeû sètche li fèrou… apreume a-t-i  intedrovou l’ ouh qu’ in-ome amousse come vint èt bîhe !  A l’ clårté dè l’ tchandèle, i n’ a nin bèle maye : grand, mêgue, nin rasé, on grand neûr paletot qui d’hind cåzî disqu’à sès pîds, èt, po-d’zos  s’ tchapê, deûs mètchants-oûys qui r’lûhèt come dès brusis…

 

– Qui volez-ve ? dimande li passeû.

– Dji vou passer l’ êwe !… asteûre !!!

– Vos-avez pièrdou l’ tièsse ! vos n’avez nin vèyou lès-êwes ?

– Djè l’s-a vèyou, camaråde, djè l’s-‘a vèyou…  Dji sé qu’ l’ avinteûre èst dandjereûse mins… çouci t’ donrè mutwè dè corèdje…

 

Tot djåsant, l’ ome mosteûre ine boûse prète à hiyî, èt l’ vûde so l’ tåve… dès patacons d’ ôr !  dès patacons d’ ôr qui rôlèt chal èt là tot tapant dès blawètes ! 

 

Mårtin ènnè veût bablou, si couû bate come li cou d’ on måvi, i n’ sét pus wice dårer…  Lès pèces toumèt tot-åtoû d’ lu, po-d’zos l’ houtche, po-d’zos l’ mê, tot fant on si djoyeûs brut qui l’ rêson dè pôvre ome s’ aban.n’nêye ås pus forfants sondjes…

 

– C’ èst l’ prumî côp qu’ dj’ ènnè veû, di-st-i.

– Tûsez à vosse feume, à vos-èfants . . .                                            

– D’ acwèrd, dji va sayî, mins tot seû…                                       

– Tot seû ?  èt mi, dji n’ compte nin ?…  dj’ a pus’ di fwèce divins mès pougnèts qu’ vos nè l’ pinsez…                          

– Nos veûrans bin…

 

Mårtin riprind s’ loumerote, is sôrtèt…, vo-l’s-è-r’là è l’ bourasse ! Li plêve èlzè plake disconte li mohone, èt c’ èst tot s’ tinant ås meurs qu’ il avenèt disqu’à l’ nèçale…  Mins å moumint dè l’ mète èn-alèdje, pace qu’ on n’ veût nin deûs mètes lon, pace qu’ on n’ ôt qui l’ roudinèdje dès-êwes èt l’ hoûlèdje dè vint, Mårtin atrape ine hisse foû mèseûre :

 

– Nèni, djans, ine parèye keûre, c’ èst po s’ wèster l’ vèye !… nos-alans èsse èpwèrtés !

– C’ èst bon, dji r’prind mès censes…

 

L’ ètrindjîr fêt mène d’ èraler vès l’mohone…  Adon, come on trêt d’ aloumîre, Mårtin s’ rapinse di lès pèces d’ ôr, di leû r’glatihèdje…, i s’ rècrèstêye, i r’houke l’ ôte èt lî d’mande on côp di spale po-z-assètchî l’ nèçale so l’ êwe…  Ine gote après côp, is råmèt d’ totes leûs fwèces.  Råmer, c’ èst bêcôp dîre !  çou qu’ is  qwèrèt d’vant tot, c’ èst dè n’ nin fé l’ plonkèt !… Tot côp bon qui l’ nèçale manecèye di s’ ritoûrner, l’ ètrindjîr èl rimète d’ adrame, i n’ aveût nin minti : il a d’vins ses brès’ ine sifête poûhance qu’ il èst capåbe dè tinre à gogne l’ êwe qui s’ måvèle èt s’ rimåvèle tot-åtoû d’ zèls…  Mårtin ènn’ èst baba, cist-ome deût aveûr on pouvwér… Pitchote à midjote, il avancihèt, i sont-st-à mitan vôye, is  vont mutwè gangnî l’ pårt…  Nèni…  In-åbe crake, djèmih’, si lêt aler…  Leû mâleûr !  Mårtin louke, louke tot-avå…, mins tot-avå s’ n’ a-t-i qui l’ neûre pareûse dè l’ nut’ !

 

– Wice è-st-i, bon Diu ?

– Là !

– Kimint l’ vèyez-ve ?

– Djè l’ veû !  Il èst dreût po nos-ôtes !

– Po ç’ côp-chal, c’ èst fini !…

 

Mårtin fêt l’ sène dè l’ creûs, si racrapotêye, rawåde li gougne… So rin dè monde di timps, si k’pagnon wèstèye tchapê, paletot èt l’s-èhine è l’ êwe…, i s’ drèsse è l’ nèçale èt, tot raspoyant sès pogns so sès hantches, volà-t-i nin qu’ i s’ tape à rîre, mins d’ on riya à fé frusi, on riya qui fêt surdi è l’ tièsse da Mårtin li pus èwarante dès-acèrtinances :

 

– T’ ès l’ Diåle !  T’ ès l’ Diåle !

– Awè, dji so l’ Diåle !  Done-mu ti-åme, camaråde, done-mu ti-åme et ti wåderès t’ vèye ! Ti feume ! tès-èfants !

– Prind mi-åme !

 

On trèyin – vinou di-d-wice ? on nè l’ sårè måy – atome è l’ min dè Diåle…, ossi rade atoumé, ossi rade planté à l’ åbe qui s’ find tot-oute èt qui spèye à co cint mèyes hinelètes… Å min.me timps, tot qui rid’vint påhûle…, pus nin on seûl hiyon…, pus nin on seul zûvion…, pus nin ‘ne seûle gote di plêve… Mårtin n’ a nole pon.ne à miner Satan d’ l’ ôte dè costé… èt là, sins dîre qwè qui ç’ seûy, li “feû d’ miråkes” disparèt’… Dismètant ‘ne tchoke, Mårtin compte aveûr fêt on bwègne sondje, mins ‘là qu’ i r’troûve si lodjis’, èt surtout lès pèces d’ ôr, è-st-i bin oblidjî d’ admète qu’ i n’ a nin sondjî dès brocales… Si prumî djèsse, c’ èst di s’ voleûr disfé dè trésôr…, mins s’ feume èl louke po on sot !  Ine samin.ne å long, c’ èst margaye è manèdje ; qwand is d’visèt èsson.ne, c’ èst todi l’ minme afêre qui r’vint…

 

– C’ èst lès censes då Diåle !

– Qui ç’ seûy da quî qui ç’ våye, dji n’ a d’ keûre ! çou qu’ dji di, c’ èst qu’ nos sèrîs bin bièsses dè n’ nin profiter d’ l’ aubin.ne !

 

… çou qu’ feume vout…, po fini, c’ èst lèy qu’ a l’ dièrin.ne… Avou l’ magzau, on-agrandih li mohone, on vike so blancs peûs…, i n-a dè l’ tchår so l’ tåve tos lès djoûs dè l’ samin.ne… Èt portant !… nosse Mårtin n’ èst nin ureûs !  Totes lès nut’s, divins sès-orèyes, rèsdondih li riya de Diåle…, totes lès nut’s, i lî sonle qu’ on l’ kipice, il èst sonk èt-n-êwe, i fåt qu’ i dispiède si feume po lî fé dîre qu’ èle n’ a rin vèyou, rin ètindou…

 

***

 

Po l’ djoû d’ oûy, mès djins, i n-a tot djusse ine an.nêye di çoula, ine an.nêye ètîre qui l’ pôve Mårtin vike come ine clikote, ‘là qu’ li r’mwérd èt l ‘dilouhe èl kimagnèt sins-ahote . . .

So pô d’ tchwès près, i fêt l’ min.me timps . . .  Lès-êwes atakèt à monter.  Mårtin a sayî dè dwèrmi, mins bèrnike !  adon, ‘l a-st-ad ‘hindou è l’ couhène po beûre ine jate di cafè ; tchôkî dè l’ tchôde marke, i va, don hâr , don hote…  Tot d’ ine pèce, vo-le-là qu’ i s’ arèstêye dè rèner…, il a ‘ne saquî d’vins sès rins, ine saquî so l’ pas d’ l’ ouh…  I tronle lès balzins, sèreût-ce . . . ?

 

– A-t-i ‘ne saquî là ?…

Ine pîtiveûse vwès rèspond, ine vwès d’ feume :

 

– Awè ! drovez s’ i v’plêt…  

– Passez vosse vôye, passez vosse vôye !

 

Li vwès suplèye :                                                                           ,

– Mårtin, c’ èst l’ mame da Rôsète chal.. Mi fèye èst malåde, i fåt qu’ dji vasse veûyî adlé lèy…

 

Rôsète ? Awè, Rôsète, il a-st-ètindou djåser di s’ maladèye å cabarèt dè viyèdje… I va drovi l’ ouh… Li pôve vîle åme èst rêwêye disqu’à l’ ohê !… Mårtin lî ac’sègne li coulêye, èle n’ î fêt nin astème…

 

– Mi fèye, Mårtin, èle pout sèrer sès-oûys d’ on moumint à l’ ôte… Dji so pôve, dji n’a rin à t’ diner mins…

Li passeû n’ halkinêye nin, i hoûte si bon coûr…, volà mutwè l’ ocåsion dè fé ‘ne bone keûre po rafacer sès-infèrnålès sovenances …

 

I råme, i råme, mutwè come i n’ l’ a co måy fêt…, i boute di s’ pus reûd à s’ fé pèter lès von.nes…  Lès-êwes ni sont djustumint nin si fwètes qui l’ an passé, mins… il èst tot seû, ç’ côp-chal… tot seû…  Divant lu, li p’tite vîle pleûre tot doûcemint, li plêve èt lès låmes si mahèt so s’ visèdje… èt lu s’ fêt må d’ lèy…, èt lèy si fêt må d ‘ lu … Coûrt d’ alêne, Mårtin sint sès brès’ qui morèt…  I fåt qu’ i våye disqu’å coron, èl fåt ! Inte di lu-minme, i compte : hay ! djus ! hay ! djus !… Il a fêt l’ mwètèye dè l’ coûsse, i n-a in-an, c’ èst chal qui….Èt vos dîrîz come on djeû, li min.me film si r’disboubinêye !… L’ åbe qui heût…, Mårtin sère sès-oûys, sûr èt certin, i va mori !…  Wice è-st-i, cist åbe-là qui deût d’ner l’ daye ?  I lî fåt on bê timps po…  Li TIMPS !  Mins c’ èst vrèy qui l’ plêve ni zinguèle pus s’ capote, c’ èst vrêy qui lès-êwes sont-st-akeûhêyes…  Mårtin r’droûve in-oûy…, pwîs lès deûs… : is div’nèt come dès sarlètes !

 

Li vîle n’ èst pus là, c’ èst l’ Diåle qu’ a pris s’ plèce, mins on Diåle tot r’huré, fris’ bårbî, sins tchapê, tchåssî d’ ine clapante mousseûre brosdêye d’ ôr èt d’ årdjint…, on Diåle qui soriyêye èt qui l’ arin.ne amitieûsemint :

 

– Ni r’crind rin, camaråde, t’ as ratcheté ti-åme…, påy sor twè disqu’å dièrin d’ tès djoûs…

– Èt… èt Rôsète ?

– Èlle èst foû dandjï !…

 

Mårtin s’ tape à gngnos…  A tote fwèce, i vout båhî l’ min da s’ såveur, trop tård !… Li Diåle – mins èst-ce co l’ Diåle ? – s’ a rènûlé è breun’ dè l’ nut’… Tot rintrant, règuèdé come nin deûs, Mårtin anonce à l’ feume :

– Dj’ a co bråmint dès censes, dji vou qu’ on fèsse on pont à l’ copète di l’ êwe… 

 

Fini l’ passeû d’êwe, à dater d’ oûy, dji sèrè rintî…

Si feume si mådjène qu’ i piède co ‘ne fèye sès nik-naks, mins ça n’ peûse rin à costé d’ çou qu’ èlle a r’trové : li bone oumeûr da s’ bouname…  Dispôy, si vite qu’ il a fini dè påtriyî, Mårtin s’ èdwème come on strouk d’ åbe… èt s’ ronfèle-t-i d’ binåhisté tote si nut’.

 

Batelîs èt batias (/ batês) (bateliers et bateaux)

Lès batelîs  (bateliers)

1 su Sambe (sur la Sambre),  su Moûse (sur la Meuse): dès nêveûs (/ nêvieûs) (= bateliers)

2 su Oûte (sur l’Ourthe): dès oûteleûs : bateliers de l’Ourthe 

 

types de barques

1) li bètchète

Cette grande barque permettait le transport du fer sur l’Ourthe (exploitation à partir du 13e s.)

Sa pointe très élevée, (d’où bètchète (bètch : bec)) était indispensable pour franchir les pertuis des ‘vènes’ (vennes)*, hautes de parfois plus d’un m.

La « bètchète » avait une longueur de 18 à 20 m, une largeur de 2 m, parfois 3, traînée par des chevaux pour remonter la rivière; à fond plat.

(, in: Dalem, R., Nelissen, André, 1000 ans de navigation sur l’Ourthe et ses affluents, éd. Petitpas, 1973, Bomal, p.29-31)

 

* vène: 1 digue construite pour fermer le passage aux poissons, un déversoir ou une petite écluse de moulin; 2 déversoir d’une pêcherie; 3 pêcherie (Dalem-Nelissen, p.26)

 

 2) li hèrna: barque aux extrémités relevées (utilisée jusque +-1930) (in : /La batellerie de l’Ourthe/, EMVW, 1931-1948)

(foto / photo: one bètchète (VA, 08/07/2009))

satchî lès batias (/ batês) (haler les bateaux)

Lucien Léonard, Lexique namurois: Dictionnaire idéologique, in : Bibliothèque de Philol. et de Littér. Wallonnes, 3, Liège, 1969, p.754

 

Divant d’ awè l’s-èclûses, gn-aveut j’qu’à dès-atèléyes di 40 tchivaus po r’monter l’ courant avou lès batias d’mines (= les bateaux chargés de minerais de fer).

 

(foto / photo: Sambe (la Sambre) (1935))

satcheûs d' batias (/ batês) (haleurs)

(à Sambe / près de la Sambre)

come en Russîye (comme en Russie): li long dè l' Volga (le long de la Volga)

(Efimovich Repin (1844-1930), Lès batelîs dè l’ Volga (Les bateliers de la Volga (1870-1873))

 

3 transpôrt pau tchaur, pa l’ tchèrète en Bèljike romane (transport en chariot, en charrette en Belgique romane)

in : Diligences et malle-poste, EMVW 5-1925, p.141-148

 

Au 19e siècle, la diligence fut peu à peu remplacée par le train et le tram.

La malle-poste exista jusqu’en 1914 pour être remplacée par le chemin de fer vicinal, ensuite par l’auto.

En 1924, l’une des dernières malles-poste faisait encore le trajet de Sivry-Poste à Sivry-Station (Hainaut).’ (p.142)

 

Au 18e s., ces services étaient organisés et exploités par des “maîtres de coches”, à qui ils étaient affermés par le prince. (p.ex. à Liège: Liège-Sedan, Liège-Aix, Liège-Hasselt, Liège-Bruxelles)

Du 18e au début du 19e, on voit l’établissement à côté des maîtres de poste et sous leur direction d’ « entrepreneurs de messageries » qui mirent en service des diligences.

En 1883, c’est leur suppression définitive. Des services de malle-poste (à 3 places, à 6 places ou de 6 à 8 places) sont organisés jusqu’en 1914 pour transporter des voyageurs et des colis.

Les grandes voitures étaient presque toujours teintes en jaune, les petites en noir avec bande jaune.

Le conducteur de diligence ou portillon était toujours muni d’une trompette, d’un petit fouet et de 2 pistolets.

 

Léa Nivarlet, La vie quotidienne à Gouvy et Rettigny dans la première moitié du XXe siècle, in : GSHA, 19, 1983, p.36-42

 

Raconte Grand-mère, nous t’écoutons, on t’aime tant !

Et bien mes petits, parfois je me rends faire une visite au grenier et je revois, pendue à des clous, la toilette qui servait à mon brave cheval, qui est toute chargée de poussière, c’était le gorhê (le collier) avec (…) la sonnette, la sous-vente, la sellette, le quawî, les orèyons, les traits, la lignète (corde), alors la scortchîre (fouet) que le charretier tenait en main en criant sur son cheval (…).

 

Harnachement du cheval limonier, in : Les Amis de Logbiermé, 1, 1982, p.43-49

 

J’allais sur mes cinq ans lorsque, pour la première fois, mon père permit que je prenne un instant les rênes pour conduire le cheval et l’attelage. Etais-je heureux et fier comme un roi à ce moment là, juché sur notre vieux clitchèt (tombereau) à côté de mon père, me tenant à la flahe, ou hausse, d’une main et avec l’autre, tchèrihant et tirant à hue et à dia sur le filet. C’est ainsi qu’un enfant débutait. Encore bien que le cheval était plus malin que moi.

Notre cheval était un fort Boulonnais de trait (ou un peu croisé Ardennais, je ne sais plus trop), un hongre de pelage gris, résistant au travail mais enclin à de vicieux petits makèts comme par exemple une fâcheuse tendance à mordre. Un jour, il m’avait hapé par l’épaule et soulevé de terre comme un fétu en arrachant presque une manche de mon tablier. Au pâturage, il convenait de s’en approcher prudemment à cause de ses subites volte-face et de ses ruades en s’encourant, i hinéve lu cou tot pètant èvôye. C’était un cheval à bien connaître mais une brave bête au demeurant, et c’est donc avec ce hèteû hongre que je fis mes premières armes.

 

Assis à mes côtés, sur la planche du tombereau qui nous servait de siège rustique, souvent pour aller traire, mon père aimait me former à la conduite. Et, petit à petit, l’âge venant, je devins un p’tit tchèron capable, à même de rendre des services lors de la fenaison notamment, par exemple pour faire avancer le char à foin que les grandes personnes chargeaient ou encore pour me promener avec la piteûse ou faneuse, machine à fourches qui était sensée tourner le foin.

Je participais volontiers au harnachement, souvent regardant, parfois bouclant une sangle par ci ou acroketant une chaînette par là. J’en savais tous les comment avant d’être apte à le réaliser. Mener le cheval de l’étable à l’abreuvoir était vite devenu mon job et passe-temps. J’aimais caresser le pelage raide et tout salé de l’animal, ou encore le flatter et le frotter sous la panse pour faire sortir sa longue pétråte, car il appréciait cela le cochon. Il m’est arrivé deux ou trois fois de m’amuser à traverser sous son ventre, passer po-d’zos s’ panse, en “risque calculé”, doucement pour ne point l’effaroucher, mais, le père me vit et… Oh là là! Qu’est-ce que je ramassai comme dégelée. D’y penser me brûlent encore les fesses.

 

 

Puis vint le fameux mois de mai 1940, la guerre et le passage des troupes allemandes qui chipèrent notre cheval pour tracter un de leur canons. Père était filé à bicyclette jusque dans l’Aveyron au fia fond delà France où il “vacança” jusque fin septembre. Chic affaire pour moi, plus d’école et travail de fermier à temps plein. Mais nous n’avions plus d’attelage, nos n’ èstins pus atèlés et pour nous dépanner, un oncle nous prêtait de temps à autre sa vieille haridelle que les Allemands avaient abandonnée, prête à crever, chez lui. Un cheval idéalement docile pour parfaire mon apprentissage. Quelle affaire pour l‘ èhèrni, moi trop petit et à peine fort assez pour soulever l’encombrant goh’rê. Il me fallait grimper sur une passète, et même sur une chaise va, soulever, pousser …et j’y arrivais car on aurait dit que cette bonne vîhe bièsse comprenait, elle ne bougeait pas d’un pied, cheval idéal pour mon écolage.

Début 1941, on acheta un jeune cheval, un Ardennais alezan , bien musclé, hongre lui aussi, qui fut bien vite mon ami et presque mon cheval. Durant 6 ans nous formâmes une belle équipe, trimant souvent ensemble sur les chemins, les prés et les labours, ou encore au bois… Quel compagnon! Quels jours heureux!

Toutefois mon propos n’est pas de raconter ma vie mais comment harnacher un cheval et conséquemment de remémoriser les noms, aussi bien français que wallons, des pièces du  harnais.

 

******

Qu’il logea à l’étable ou au champ , notre cheval portait une têtière simple, one tièstîre du stâve, plus commode qu’un licou parce qu’on pouvait mieux le maîtriser par la tête que par le cou. A l’étable, duvant l’ batch èt l’ risselîre, notre alezan s’attachait à l’aide d’une longe garnie d’un mousqueton.

A l’heure du harnachement on amenait le cheval devant la sellerie qui n’était qu’un p’tit abatou bien aéré où pendaient tous les atèlemints. Et là, on l’attachait au licou, ce lôye-cô bien nommé, pour permettre de remplacer la petite têtière par un lûgnârd. On l’attachait donc parce que quelques fois, sur on ne sait quelle lubie chevaline, i vanéve co bin èt adon tu poléves cori après. Faisant partie de l’appareil de gouverne, li lûgnârd ou tièstîre du bride ou bride, se nomme ainsi parce qu’il est spécialement garni de deux oeillères ou wêteroûles à hauteur des yeux pour protéger ceux-ci contre les éventuels coups de fouet et surtout pour forcer le cheval à regarder vers l’avant et ne pas l’effrayer des chargements qu’il avait au cul, tous ces “monstres” qui lui courait au derrière.

 

Le lûgnârd, placé sur la tête, on le bouclait à l’aide de la courroie dite de sous-gorge. Puis on introduisait l’embou­chure du mors ou mwèrdant dans la bouche, on l’attachait avec une clintchète passée dans l’anneau de la muserolle ou anneau de têtière et on crochetait la gourmette sous la barbe (ou ganache ou mâchoire inférieure). La gourmette augmentait l’efficacité du mors mais il ne fallait serrer ni trop fort ni trop peu étant entendu qu’on pouvait pouvoir glisser un doigt entre cette gourmète bouclée et la barbe. Il convenait aussi d’être bien attentif à ce que les canons du mors tombent bien au centre du creux des barres de la mâchoire inférieure, mais en principe, la hauteur du mors était réglée une fois pour toutes, pour longtemps, et on n’y pensait même plus.

Après cette partie du bridage venait le placement de l’appareil de traction, on ègohurlèt, c’est-à-dire que l’on plaçait le collier ou goh’rê ou bricole, au cou de l’animal. Pour ce faire, après l’avoir légèrement entrouvert on le posait au-dessus de l’encolure, puis on le glissait des deux côtés du cou en l’appliqant contre les épaules et le poitrail. Sans oublier bien sûr d’ abroketer les deux attelles dans le bas en couplant les deux fèrayes du hène (la broche du fer de gauche dans le trou de celui de droite), et ensuite de sécu­riser cette fermeture avec un rabat en cuir (dont le rôle majeur était de protéger le cou le l’animal) et une petite patte ou coriète , aussi en cuir, passée dans une fente de la broche.

Et puis, i faléve sèler, c’est-à-dire mettre la sellette sur le dos. Avec un cheval hèteû on la posait doucement , mais si on possédait une bête non farouche, on lî tapéve lu sèlète so l’ cûr par un large lancé tournant qui jetait  en même temps la dossière de l’autre côté. C’était bien plus rapide. Certains pratiquaient en deux temps, d’abord lu sèlète puis l’ dossîre. Ce fut longtemps ma façon de procéder vu que je n’avais pas grandi tous les jours. La sellette était rattachée au collier par une petite courroie  dite courwè du rèfrènemint et elle restait bien stable, comme collée sur le creux du dos, grâce à sa forme et à là cingue, du l’ sèlète passée dessous le ventre et bouclée côté tchèron. Certains charroyeurs plaçaient d’abord un pané ou fåsse sèlète, sorte de coussin ou tissus épais en laine ou coton sous la sellette, protection supplé­mentaire mais tout compte fait peu utile.

Dernière pièce des atèlemints, l’appareil de recul, la culière ou coulîre. A nouveau, si on possédait un cheval point trop susceptible, on pouvait prinde lu coulîre po l’ tièsse du l’ croupîre èt l’ hiner so l’ cou do dj’vau où elle atterrissait avec un piaf bien fessier. Au début, le cheval sursautait, i s’ èwèréve on pô, mais très vite il s’habituait à ces manières brusques pour l’enculièrer. La culière s’accrochait au crochet de la selle. Egalement nommée avaloire ou rat’nîre, la culière permettait par 1’intermédiaire des chaînes de retrait ou ratena, accrochées aux brancards, de retenir les véhicules dans les pentes et de les faire reculer le moment venu. La culière empêchait aussi les autres harnais de glisser vers l’avant.

 

Ultime opération: èbrideler ou placer les brides. Notons que le lûgnârd et le mors font déjà partie intégrante des brides, mais, isi l’on se tient au sens littéral des mots, les brides sont plutôt les minces lanières de cuir utilisées pour conduire ou guider le cheval. Les systèmes de brides variaient selon les habitudes des tchèrons mais normalement les brides comprenaient:

a) la bride proprement dite qui passait par un anneau du collier entre deux èstales et reliait, des deux côtés de la tête les deux branches métalliques du mors,

b) la (les) réne(s) ou filet ou âfilèt ou guide ou cwèrdê fixée à la bride précitée par une roulette ou un anneau et que l’on déroulait jusqu’au véhicule tracté ou bien que le conducteur gardait à la main en marchant. Pour connecter dûment ces bouts de filet, on les boutonnait car le système d’attache consistait en un simple bouton passé dans une fente.

 

Souvent mon père ne déconnectait rien du tout, il suspendait le lûgnârd au collier quand il harnachait et il inversait simplement les opérations pour harnacher le collier avant le lûgnârd. Un détail.

Certains ajoutaient une fâsse londje, une lignète supplé­mentaire qui allait de la tête du goh’rê à l’anneau de la muserolle, lorsqu’ils se proposaient de conduire le cheval par la bride, ce qui présentait l’avantage (?) pour le cheval d’être mené sans faire travailler les canons du mors. C’était cette lignète qui servait comme longe pour attacher le cheval pendant qu’il mangeait sa musète du haksèl à midi ou éventuellement lorsqu’on s’arrêtait queque part pour aiier causer ou aller boire un verre, on hèna.

 

Ce harnachement entièrement terminé, plus rapide à faire qu’à décrire, on détachait le lôye-co et notre cheval était prêt pour atteler.

 

******

Il reste sûrement beaucoup à dire concernant le harna­chement, l’attelage et la conduite du cheval. Non seulement les pièces du harnais pouvaient être de modèles divers, mais ils pouvaient aussi différer selon le genre de traction.

J’ai décrit le harnachement du cheval limonier mais l’ atèlèye do dj’vau du d’vant ou celui qui travaille au coplî est différente; on remplace alors la sellette et la culière par une quowîre qui va du goh’rê au culeron de la

queue et qui porte une dossîre du trêt avec son pané sur le dos et un pwête-trêts un peu en arrière; parfois les deux, parfois un seul porte-traits. On pourrait parler des djeûs d’ roudions si musicaux et si clinquants, des cuivres qui faisaient la fierté de quelques maîtres charriers. On pourrait parler des traits, du l’vint’lîre dès trêts et des râye-trêts. Parler des coplîs, du l’ custèle avou s’ sous-vente pour empêcher les brancards de s’élever trop haut. On pourrait dire un mot de la fausse martingale, courroie qui reliait le bas du collier à la ventrière de la sellette par dessous le poitrail. On devrait écrire tout un chapitre à propos du placement correct de tout ces harnais, des réglages subtils pour bien répartir les points de force et les points d’appui. Comment éviter les harnais qui blessent. Comment réaliser un bridage soigné,particulièrement au niveau du mors avec les canons à bonne hauteur sur les barres et la gourmette serrée convena­blement pour ne pas émousser la sensibilité du cheval. Combien de fois n’ai-je pas entendu des tchèrons se plaindre q’un cheval dur au filet alors qu’ils avaient eux-mêmes gâté leur cheval. Ou encore se plaindre d’un cheval qui n’a plus d’écoute mais …pourquoi écouterait-il encore, leur conducteur n’arrêtant pas de crier des “hare” et des “hôte” intempestifs à longueur de journée. Que voilà d’intéressants sujets à développer une autre fois.

 

Il importait de bien entretenir les harnais, toute ces pièces relativement coûteuses. Consolider au tchètê à l’ hârpèy les cuirs qui commençaient à se découdre ou à s’abîmer avant de trop grands dégâts. Et aussi maintenir tous ces cuirs bien souples en les graissant régulièrement. Ce fut souvent mon ouvrages. Je ne sais plus très bien ce que j’employais, mais je pense à un mélange de blanc de baleine, de noir animal, de suif avec sans doute un peu de cire. Lorsqu’une pièce du harnais le nécessitait on la portait chez le sellier ou chez le bourrelier-harnacheur ou sèlî ou gohurlî, à Spa, à Stavelot, ou ailleurs?

Un jour en débardant dans un taillis, suite à une erreur de guidage, je menai le cheval sous les basses branches où la tête du collier heurta , je cassai une des deux attelles en bois nommées èstales ou hènes, et je fut astreint pour ma peine à porter le gohrê à Spa, sur mon vélo, pour la réparation.

 

 

Serge Fontaine

 

Les blatiers, EMVW, 1924-1930, p.237-239

 

1 = GOSSON:

utilisation de l’âne, du cheval comme bêtes de somme car la majorité des chemins étaient quasi impraticables pour les voitures jusqu’au milieu du 19e siècle.

 

2 (p.239) les vôturons: = des « Condruzîs » (gens du Condroz) conduisant à Spa un cheval chargé de 2 à 3 sacs de blé qu’ils cherchaient à vendre de porte à porte.

Les « crahelîs » du pays de Herve ou de Liège y vendaient aux maréchaux-ferrants des « crahês » ou charbon menu (aussi à Verviers).

 

Uwâr (Yvoir) - tchèrète à tchins (charrette tirée par des chiens)

Lu Vî-Sâm (Vielsalm) - tchèrète à tchin (charrette tirée par un chien)

Lu Vâ-d'-Chavan (Vaux-Chavanne) - tchèrète satchîye pa on boû (charrette tirée par un boeuf)

Ôrèt (Oret) - tchèrète (charrette)

(Bastin, s.r.)

bolèdjî avou s' tchèrète (boulanger avec sa charrette)

Harbûmont (Herbeumont) - tchaur trèvautchant l' Sèmwès (/ lu S'mwas) (chariot traversant la Semois)

(s.r.)

ârnichemint do tch'vau (harnachement du cheval)

(in: Les Amis de Logbiermé, 1991, p.44)

comincemint do 20e siéke (début du 20e siècle) - li male-posse Cînè-Dinant (la malle-poste Ciney-Dinant)

djusqu'en 1914 (jusqu'en 1914) - li male-posse Lu Vî-Sâm -Lièrneû (la malle-poste Vielsalm - Lierneux)

male-posse Vrèsse - Graîde (malle-poste Vresse - Graide)

 

4 trins, tram’s en Bèljike romane (trains, trams en Belgique romane)

locomotive "Le Belge" (1835)

Lièrneû (Lierneux) - li tram' (le tram)

(colècsion / collection Robert Nizet)

Lièrneû (tram') - arèt à Règné / Lierneux (tram) - arrêt à Regné

(idem)

 

5 di tot / divers

Les appareils de transport, EMVW, 1924-1930, p.263-266, s.n.

 

1 li sèrfa / sorfa (not. en Condroz) èt l’ èknéye à banses (pour le transport des mannes)

‘X’ = 2 branches de coudrier (max. 1,50 m) (utile dans les endroits accidentés, dans les bois) pour transporter les fagots, …; les brindilles de bouleau et de cornouiller destinés à la confection des balais, …

3 li rèsse à panî, scliyon à panî, civîre à panî: “porte-panier”; se composant de 2 cadres rectangulaires: espèce de chaise renversée.

Spå (Spa) - èknèye ("porte-mannes")

chlite (, sglite) (traîneau)

ENCORE LES CHLITES…, in : AO 12/10/2006

 

Dans son intervention de la semaine dernière, M. Fanon for­geait une partie de son raisonnement sur les propos de l’auteur régional Marcel Launay. C’est lui qu’il nous invite à retrouver aujour­d’hui pour illustrer sa démonstration.

« Faisons appel à Marcel Launay en « piquant » dans son Florihêye :

 

A plèces, deûs’, treûs sclèyons passèt

(En certains endroits, deux, trois traîneaux passent)

Avou ‘ne pèzante tchèdje di fahènes. (avec une lourde charge de fagots)

(…)

Li longou fi d’ årca tinkèye (Le long fil d’archal (de laiton) se tend, se raidit)

Et s’ rilût-i come on mureû  (Et reluit comme un miroir )

Djondant dès sårtés dè l’ hourèye (A côté des essarts du talus)

On d’hind lès fahènes å d’valeû.  (On descend les fagots (à deux liens) par un câble) (NB divaler : faire déva­ler les fagots, etc. sur un divaleû (fil de fer, câble), cwède di fièr, tchîf (qui va de la coupe à la route))

(…)

Su l’ êwe d’ In.ne (Sur l’Aisne)

En-èvå, su leûs p’tits sclèyons (En aval, sur leurs petits traîneaux),

Djônètes èt djônês purdint plèce (Filles et garçons prenaient place)

Et d’ là disqu’ås vîhès mohons (Et de là jusqu’aux vieille maisons)

Is f’sint ‘ne djowe avå l’plantchî d’glèce. » (Ils jouaient sur le plancher de glace)

li bèrwète (la brouette)

in : Les Amis de Logbiermé, 1, 1991, p.14-16

 

Bèrwète” ! D’où peut donc venir cette rugueuse appellation? (…)

Le mot “brouette” trouverait son origine dans le bas-latin “bi-rota” (bis = 2 roues, rota = roue) qui aurait donné beroue, berouette, berot,etc., et peut-être birouche. Au Moyen-Age encore, on appelait berot une petite charrette à bras montée sur deux petites roues. Ce véhicule aurait précédé la brouette classique à une roue et lui aurait refilé son nom. De berouette au français brouette et au wallon “bèrwète”, il n’y a guère qu’un tout petit pas de gazelle!. Un jour, on inventa le tombereau basculant et son nom semblerait s’être formé par la composition: tomber + berot, tomb-berot = tombereau. En wallon nous disons: « on bène » ou « on clitchèt ». Sans doute “clitchèt” parce que pour “bèner, taper à cou”, il faut dégager la “clitchète” qui retient “lu spèye”.

 

En gros, malgré les différences mineures inhérentes aux habitu­des régionales et sans compter bien sûr la brouette moderne en tôle repoussée et ” roue de gomme”, pâle reflet de ses vénérables ancêtres, on utilisait deux sortes de brouettes: la brouette à claire-voie ou à raies et la brouette à planches étant entendu que la première au­rait presque pu être le châssis de la seconde.

Une brouette est un appareil tout simple relevant à la fois du véhicule et du portage. En effet, la brouette comporte essentielle­ment deux brancards ou longerons reliés par des traverses ou ” ha­yons” pour former un châssis (civière), “on lètê“, dont un bout nommé “lès brès” est porté par les bras du brouetteur et dont l’au­tre bout est supporté par une roue en bois cerclée de fer ( petite roue avec un moyeu, “moyou”, une jante ou “tchame” de 4 pièces et des rayons ou “rès“, le tout enserré dans un “cèke” en fer.

Le moyeu de cette roue tourne sur un essieu métallique nommé “boûsson“.  Légèrement en avant de la roue et pour isoler celle-ci du chargement, se dresse un fronton ou dossier ou tête, fait de deux montants reliés par des traverses et dont la supérieure, puis­sante et carrée se nomme spécialement “tièsse”. Ajoutons deux pieds de support sous les brancards ou bras ou “brès”. C’est tout ce que comporte la brouette à claire-voie que l’on employait pour le trans­port de choses volumineuses, du bois, des ballots, du foin, des gerbes, des caisses, etc.. Parfois, la tête de la brouette était cintrée et s’inclinait au-dessus de la roue pour permettre un chargement plus conséquent et mieux équilibré au-dessus de cette roue.

La brouette à planches se présentait comme une petite caisse avec le fond, la tête et les côtés (“costés ou flânes”) réalisés avec des planches en bois, des bois amenuisés et souvent aussi une planche amovible, “on p’tit ouh’lè a glissîre” pour fermer le devant, brouette typique du fermier utilisée pour le transport du fumier mais aussi pour les maçons et d’autres corps de métier dans la manutention de pierres, de briques, de sable  et de toutes autres marchandises en vrac par petites quantités.

 

(bèrot ou tchèrète à mins

(Duchêsne-Legay, L’Obsolète p.135)

bèrwète à plantches

(Haust, dict.liég., fig.79)

bèrwète à rés

(Haust, dict.liég., fig.78))

 

Un conducteur de brouette est dit: brouetteur ou brouettier, “on bèrwèteûr ou mineû d’ bèrwète“. Et que pouvait donc faire un “bèrwèteûr” eh bien “i bèrwètéve qwè!”. “Lu sinci bèrwètéve sès-ansènes tos lès djoûrs foû do ståve èt il-abèrwète lu troufe po stièrni sès vatches èt lès pétråtes po lès fôrer”. Une particulari­té intéressante de la brouette était qu’on pouvait la vider d’un coup en la renversant à condition d’avoir un bon coup de main, “on bon bèrwèteûr aveût l’ côp d’ min po r’vièrser s’ bèrwète”.

 

Mais “bèrwèter” (ou abèrwèté”) a un autre sens tout à fait sa­voureux. On l’emploie lorsque quelqu’un tombe en pirouettant, en roulant, en dégringolant, il définit parfaitement la chute avec cumulet. Par exemple: “il a bèrwèté djus do cina” ou “il -abèrwètèye do teût”. “Bèrôder” a presque le même sens et sans doute la même origine:”il a bèrôdé” a presque le même sens et sans doute la mê­me origine: “il a bèrôdé à l’ valéye do tèra”, il a dégringolé du talus.

 

“Bèrwète” fait le charme de tout un lot d’expressions wallonnes. En voici quelques-unes:

“fé bèrwète” qui à le sens général d’échouer.

“fé bèrwëte avou sès colons” : ses pigeons ne sont pas rentrés à temps.

“ènnè raler bèrwète” : rentrer bredouille.

“fé bèrwète” (au jeu de quilles) : ne pas renverser de quilles.

“fé bèrwète à l’ plantche” (jeu de quilles) : manquer la planche au départ.

“qwand ploûrèt dès bèrwètes” : ce qui n’arrivera jamais.

“I ploût des bèrwètes” : il pleut à verse.

“N-a dès crompîres à bèrwètes” : à profusion.

“I m’ a c’bèrwèté tos costés” : il m’a transporté partout.

“Èsteût si sô qu’ a bèrwèté è-n-on grave” : il était si saoul qu’il est tombé dans le fossé.

“fé l’ bèrwète” : jeu d’enfant que l’on tient par les pieds tandis qu’il se promène sur les mains.

“lu coûsse à l’ bèrwète” : lors des fêtes, ancienne course-compéti­tion avec une grenouille vivante sur le plateau d’une brouette.