1 sur le dos; 2 ponts, barques, bateaux; 3 chariots, charrettes; 4 trains, trams; 5 varia

1 Transpôrt à dos d’ djin (Transport sur le dos)

boterèsses

Que transportaient ces ‘boterèsses’ et où les trouvait-on ?

 

1 Maurice Panthir, Les porteuses de hottes, EMVW, 1953, 571-572, p. 353-372

 

De la ville à la campagne, du café, de la chicorée, du riz,  du sucre, des semences, …

De la campagne à la ville, des oeufs, du beurre, des fruits, du sirop, …

Certaines étaient « cotîrèsses » (maraîchères) et amenaient les produits du sol qu’elles travaillaient.

 

in: Elisée Legros, La hotte et ses usages, EMVW, TIV, 41-42, 1946, p.92-139

 

A Liège, anciennement, des ‘boterèsses’ travailalient dans les charbonnages et dans l’agriculture. (p.99)

Elles étaient également embauchées pour le transport de fusils. (p. 101)

Les « boterèsses à l’ hoye » (au charbon) (jusque -+ 1920) transportaient le charbon.

Elles disparurent vu la facilité des communications (vélo, train, auto).

 

A Spa, on appelait « on hotelî, one hotèlerèsse » celui, celle qui portait le bot (hotte).

 

Les ‘hotelîs’ ou ‘botîs’, ‘hotèlerèses’ ou ‘boterèsses’ travaillaient aussi pour

les marchands de volaille (p. 107), les menuisiers, cordonniers, vitriers, les fabricants d’encens (p.110), dans les vignobles de liège. Elles se chargeaient aussi du transport du fumier (p.111).

 

Les voyages (à partir de Liège) étaient de 2 ou 3 jours pour le Condroz ou la Hesbaye; 8 à 10 jours pour la Campine, la tournée de l’Ardenne (la visite des églises jusqu’à Charleville) durant 3 mois. (p.110)

 

Des témoignages relèvent l’existence de ces ininérants à Huy, Jalhay, Nadrin, Villers-la-Bonne-Eau, en Gaume, Marche (Soy), Gedinne, Ciney, Soulme, Nismes (one wote : une hotte), Soignies, Ath, Mons, Tournai.

 

On trouve ainsi les borènes (hotteuses dans les houillères) dans le Borinage (p.127) , en Gaume les hotteurs de Mussy (pour la culture du « cabus » (chou)) (p.133).

 

Enfin, à Neerheylissem, Zétrud-Lumay, pour expliquer aux enfants la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, on disait: «  C’ èst l’ boterèsse què l’ a apwârté! » (p.132)

botî ou hotelî

Jean-Francis Dechesne, “Porteurs! Histoires de Wallonie et d’ ailleurs”, VA 14/04/1997

 

Le portage à pied, sur le dos, les épaules, la tête, les bras ou encore en bandouillère, a été jadis chez nous et est encore dans le monde entier le fait d’hommes, mais le plus souvent de femmes, notamment dans des lieux où toute autre forme de transport est ou était impossible pour une série de raisons: pauvreté, configuration du terrain, exploitation par les pauvres par les nantis …

En wallon liégeois, ‘boerèsse’, francisé en botteresse, est une figure légendaire de la porteuse de hotte, le ‘bot’ qui lui donna son nom.  Ses attributs: son bot fait d’ osier et de bois, son bâton sur lequel elle pose sa hotte quand elle se repose, ses sabots, son courage et son franc-parler;  Elle apparaît à Liège et dans le reste de la Wallonie au Moyen-Age.  Elle disparaît après la première guerre mondiale.  On distingue les botteressses des villes et celles des champs.  Elles parcouraient des distances considérables avec des charges pouvant aller jusqu’à 40 kilos de houille, de craie, de volailles, d’herbe, de fagots, de bouteilles d’ eau de Spa …

Il y a aussi les « cotîrèsses », porteuses de panier sur la tête approvisionnant les marchés en légumes, les marchandes de poires cuites, de « makéye » (fromage blanc), les porteurses de lait avec le « harkê » (porte-seaux ou cruches), les hiercheuses à la berlaine des houillères …

Vint la charrette à bras jusqu’ aux ‘caddies’ de nos grandes surfaces, sans oublier la sacoche du facteur.

boterèsse

Michel Hubert, Lès boterèsses, in : Lès Chwès, 3, 2002, p.10

 

S’ i gn-a on mèstî qu’ a stî fameûs, c’ èst bin l’ cia dès boterèsses. I gn-aveûve dèdja au XIIIème sièke.

 

Èles apwârtin.n dès frûts, dès légu­mes aus cotelîs qu’ èstin.n su l’ mârtchi dè  l’ vile. A l’ saîson dès cana­das, èles paurtin.n di leû viiladje divant l’ pikète do djoû avou one hoteléye di 50 kulos d’ canadas. On côp diskèrdjîyes, èles èralin.n avou dè l’ tchau, do cafeu, do suke, dès on.nadjes èt tot ç’ qu’ i mankeûve au viladje.

Leû causadje èsteûve rude corne li cia dès-ouyeûs. Èlle èstin.n coneûwes po leûs rèplikes. Èles copwartin.n lès novèles d’ one place à l’ ôte. Èles sièrvin.n co d’ mèssadjerèsses. On l’zeû d’neûve one lète èt èles rapwartin.n li rèsponse li samwin.ne d’ après. I faut crwêre qu’ èlle èstin.n cafeteûses pace qu’ on d’jeûve: cafeter come one boterèsse!

 

I gn-aveûve ossi lès boterèsses au tchèrbon. Èles rintrin.n lès gros­èes rukes pau  laurmî dès cauves dès bourdjwès.

Li poûssier ? On li staureûve au mitan dè l’ vôye èwoù-ce qui l’ mârtchand d’ dièle aveûve sipaurdu li moncia qu’ faleûve. Avou d’ l’ êwe, lès boterèsses fyin.n on machau qu’ èles pèstèlin.n à pîds d’tchaus po-z-è fé dè l‘ tèroule. Après ça, èles fyin.n dès bolètes à l’ mwin qu’ on fieûve sètchi su l’ pavéye.

Bin r’ssuwéyes, on lès tchôkeûve è l’ cauve.

 

Lès boterèsses ont stî ègadjîyes po dès grands travaus : li canâl d’ Oûte, li tch’min d’ fïèr di Brussèle à Lîdje.

Dès ribambèles di boterèsses èt dès rèfwarcîyès crapôdes boutin.n dins lès tchèrbonadjes da John Cockerill.

C’ è-st-insi qu’ trwès cints boterèsses di Lîdje ont stî d’ner on côp di spale po-z-achèver l’ copète do liyon di Watèrlo. On n’ a nin compté lès chipeléyes ni lès hoteléyes qu’ il a falu.

 

One hote, c’ è-st-on pani rasplati d’ on costé, qu’ on mèt à s’ dos avou dès aburtales. Po ragrandi l’en-d’dins dè l’ hote, on-z-î tchôkeûve one banse sins fond loméye « hér ».

Li gros baston sièrveûve à stancener l’ kèdje dè l’ boterèsse. Citèle-ci p’leûve taurdjî one miète, rinaîri s’ linwe divant d’ ièsse coût d’ alin.ne. Èles boutin.n, sins r’lache, dispeûy l ‘aîreû do djoû jusqu’au momint qui l’ djoû distind. Adon, tot bagnant dins leû tch’mîje, èlle èstin.n drânéyes come dès vîys pôves.

boterèsses, pwârteûses di bwès èt d' hièbe (porteuses de bois et d'herbe)

Julien Gengoux, Herbeumont, son histoire, ses histoires, ses Saglés, 2007

 

(p.162) HOTTEUSE

 

Autrefois, la hotte servait le plus souvent à transporter des fougères et des genêts pour la litière, du foin, de l’herbe, de la paille, des fagots de bois, des feuilles mor­tes et même parfois les plus jeu­nes enfants.

La hotte était faite d’osier ou de coudrier (noisetier). Au village, on trouvait de l’osier dans les haies du Vivy. Quant au cou­drier, il y en avait un peu par­tout, à l’orée de la forêt, dans les talus ou le long des che­mins.

Elle comprenait les pattes (piè­ces de bois formant l’armature et dépassant par le bas), le dos (partie plate appliquée contre le dos de celle qui la porte) et les bretelles de suspension. Dans les régions accidentées comme la nôtre, la hotte est restée très longtemps un moyen de transport fort utilisé sur les petites voies de commu­nication difficilement accessibles par les attelages.

 

(p.163) Jadis, les femmes d’Herbeumont, chaussées de sabots, la hotte au dos, portaient la laine à la filature de Sedan, en empruntant le chemin dit « des fîleuses », à travers le bois de Sainte-Cécile.

Parfois, pour faire plus court, elles traversaient la Semois au gué « des Mamelles », pour se diriger vers les bois de Muno et ensuite vers la France, ce qui représentait quand même encore un parcours à pied de quelques dizaines de kilo­mètres. Il arrivait à certaines de se perdre dans les bois. C’est pour cette raison que, jusqu’en 1914, la cloche de l’église d’Herbeumont sonnait chaque soir, à vingt et une heures, afin de guider les éventuelles égarées.

Apartir des années cinquante, la hotte ne fut plus utilisée.. .hormis à l’occasion de fêtes folkloriques.

boterèsses di Tchini (hotteuses de Chiny) (Gaume)

L.W., Inlassables, les botteresses sillonnaient villes et campagnes …, LS, 07/03/1997

 

Le portage humain

 

Dès le 16e siècle, à Liège, elles acheminaient les marchandises entre les hauteurs et la vallée.  Main-d’oeuvre bon marché, elles ofrraient le moyen de transport le plus rapide du charbon, des légumes, du linge fraîchement lavé.  De Spa à Liège, leurs hottes contenaient jusqu’à trente bouteilles d’ eau de la célèbre source.

 

Au 19e siècle, le développement urbain repoussa les cultures en lontaine périphérie et les botteresses sillonnèrent les campagnes où beaucoup de lieu-dits rappellent encore aujourd’hui leur labeur.

 

La guerre de 1914, qui bouleversa toutes les habitudes, l’essor du tabac, les progrès dans le domaine des transports et l’amélioration des conditions de vie firent disparîatre le portage dans nos régions.

 

Ce moyen de transport existe encore en Afrique, au Proche-Orient, en Amérique du Sud et en Asie.  Il reste le moyen de transport du pauvre. 

 

Partout, l’homme essaye d’étirer sa colonne vertébrale pour contrer l’effet d’écrasement que provoque la charge.

boterèsse

Les “porteurs au sac”, EMVW, 1924-1930, p.231-233

 

A Liège, ils constituaient l’un des 22 bons métiers de la Cité (pwèrteûs å sètch) (F: portefaix).

Encore vers 1850, pour être admis dans la corporation, il fallait appartenir à la famille d’un de ses membres, être âgé de 21 ans.

On ne pouvait porter avant cet âge, à moins d’avoir fait « tchîf d’oûve », c’est-à-dire d’avoir subi une épreuve: les jeunes portefaix devaient transporter du rivage du ‘Gofe’ à l’hôtel de ville, un sac pesant 104 kilos.  Ils pouvaient s’arrêter mais en conservant le sac à l’épaule.

 

Les porteuses de sac, EMVW, 1924-1930, p.233-237

 

Elles portaient le sac plié en capuchon (= tchapoûle).

Ce sac était utilisé par les femmes pour le transport de la farine, de pommes de terre, etc, du charbon provenant du tèris’.

 

La besace, EMVW, 1924-1930, p.237

 

Sac double, utilisé par les ouvriers de la campagne, qui se rendaient à la ville pour y travailler du lundi au samedi (+- 1900)

Ils y mettaient un peu plus de 2 kilos.

pwârteûse su s' tièsse (porteuse sur la tête)

Les fardeaux posés sur la tête, EMVW, 1924-1930, p.228-239

 

Encore vers 1840 à Crupet, il était d’usage de se servir d’un coussinet pour porter les paniers sur la tête. (p.228)

S’en servaient également les « cotîrèsses » (maraîchères), les marchandes de fruits, de beurre et de fromage, de fleurs, de poires cuites, les blanchisseuses;

A Liège, les femmes d’armuriers portaient de la fabrique d’armes à leur domicile et vice versa des canons de fusils.

 

Le nom du coussinet : twètche (Liège), twatche (Namur).

A Mons: tortéyon : litt. torche, coussinet fait d’un linge tordu.

ôte paut dins l' monde, o djoû d' odjoûrdu (ailleurs dans le monde, actuellement)

2 ponts, bârkes, batias (ponts, barques, bateaux)

pont su Oûte (pont sur l’Ourthe)

passeû d' êwe su Oûte (passeur d'eau sur l'Ourthe)

Les bacs pour les rivières et les fleuves

 

Il existait des services réguliers de ‘barques’, de ‘coches d’eau’ et de ‘diligences d’eau’.

Joseph Vrindts, Li passeû d’êwe

 

 

Djan-Piére èsteût r’qwèrou di totes lès djônès fèyes

Mins l’ crolé passeû d’ êwe riyéve di leûs-amoûrs

Et djamây nole di zèls n’ aveût fêt toketer d’ coûr.

 

Dè l’ wâmîre â tchèstê, ci n’ èsteût qu’ ine complinte :

On djâséve dè djône ome, tél qui ç’ fouhe on sègneûr,

Et pus d’ ine grande madame ènn’ âreût  fêt s’ mon-keûr.

 

Mâgré totes lès promèsses, li vîreûs passeû d’êwe

Riboutéve li marièdje èt lès sètchs di skèlins,

I n’ âreût nin d’né ‘ne cense po div’ni tchèsturlin.

 

Li passeû d’êwe êméve aute tchwè qu’ ine tchèsturlin.ne :

Si rapècetêye nèçale èt sès vîs navurons

Lî d’nît dès ôtès djôyes qui l’ pus bèle dès mayons.

Li nèçale da Djan-Piére è-st-èvôye dji n’ sé wice !

 

Dè crolé passeû d’ êwe, asteûre li fâve èst foû,

Avou ses vîlès cantes i s’ ripwèse âs Tchâtroûs.

 

Georges Simonis (Tchaufontin.ne/ Chaufontaine), in : La Wallonne, sèt. 1982

 

Li Passeû d’ êwe

 

(histwère d’amon nos-autes qu’ on s’ dimande co todi po l’ djoû d’oûy s’ èle n’a nin stu vrêye…)

 

Tchaufontinne, è meûs d’ sètimbe di l’ an mèy sèt’ cint cinkante. Å bwérd dè l’ Vèsse, li p’tite mohone da Martin, li passeû d’êwe.

 

L’ome : franc come l’ôr, bon come li pan, mins pôve, là qui s’ mèstî n’ rapwète nin assez po d’ner l’ bètchèye à tote si famile…; po v’fé ‘ne îdèye : sîh èfants èt l’ sètin.me so bone vôye po wigneter 8 prétimps qui vint…

 

C’ è-st-ine sîze à fé sogne…  Li vint hûze qu’ arèdje èmé lès sås tot k’twèrtchant leû tchiveleûre.  Cåse dès plêves qu’ ont toumé dispôy saqwants djoûs, li Vèsse ni låkêye nin dè hoûzer èt sès-êwes tchèriyèt totes sôres di bokèts d’ bwès qu’ èles ont råyî åsès rîves…

Vès noûv eûres, Mårtin va fé on toûr… qwand c’ èst qu’ i rinteûre, i dit à s’ feume :

 

– Maria, alez’ dwèrmi…

– Et vos, Mårtin ?

– Mi, dji deû veûyî ca lès-êwes montèt co todi èvôye…

 

Il a vûdî s’ cåve, atèlé s’ nèçale avou l’ pus grosse cwède qu’ a polou trover…  I s’ va assîr po s’ rihaper ‘ne miyète, qwand tot d’ on côp, on bouhe…  Mårtin s’ èware : kimint s’ fêt-i qu’ ine saquî seûy co foû à ine eûre parèye, divins on timps parèy ?… I brêt :

– Quî èst-ce ? Ine vwès rèspond :

– Dji m’ a pièrdou…  Dji v’s-è prèye, camaråde, drovez-me vosse pwète…

 

Tot-èhåsté, li passeû sètche li fèrou… apreume a-t-i  intedrovou l’ ouh qu’ in-ome amousse come vint èt bîhe !  A l’ clårté dè l’ tchandèle, i n’ a nin bèle maye : grand, mêgue, nin rasé, on grand neûr paletot qui d’hind cåzî disqu’à sès pîds, èt, po-d’zos  s’ tchapê, deûs mètchants-oûys qui r’lûhèt come dès brusis…

 

– Qui volez-ve ? dimande li passeû.

– Dji vou passer l’ êwe !… asteûre !!!

– Vos-avez pièrdou l’ tièsse ! vos n’avez nin vèyou lès-êwes ?

– Djè l’s-a vèyou, camaråde, djè l’s-‘a vèyou…  Dji sé qu’ l’ avinteûre èst dandjereûse mins… çouci t’ donrè mutwè dè corèdje…

 

Tot djåsant, l’ ome mosteûre ine boûse prète à hiyî, èt l’ vûde so l’ tåve… dès patacons d’ ôr !  dès patacons d’ ôr qui rôlèt chal èt là tot tapant dès blawètes ! 

 

Mårtin ènnè veût bablou, si couû bate come li cou d’ on måvi, i n’ sét pus wice dårer…  Lès pèces toumèt tot-åtoû d’ lu, po-d’zos l’ houtche, po-d’zos l’ mê, tot fant on si djoyeûs brut qui l’ rêson dè pôvre ome s’ aban.n’nêye ås pus forfants sondjes…

 

– C’ èst l’ prumî côp qu’ dj’ ènnè veû, di-st-i.

– Tûsez à vosse feume, à vos-èfants . . .                                            

– D’ acwèrd, dji va sayî, mins tot seû…                                       

– Tot seû ?  èt mi, dji n’ compte nin ?…  dj’ a pus’ di fwèce divins mès pougnèts qu’ vos nè l’ pinsez…                          

– Nos veûrans bin…

 

Mårtin riprind s’ loumerote, is sôrtèt…, vo-l’s-è-r’là è l’ bourasse ! Li plêve èlzè plake disconte li mohone, èt c’ èst tot s’ tinant ås meurs qu’ il avenèt disqu’à l’ nèçale…  Mins å moumint dè l’ mète èn-alèdje, pace qu’ on n’ veût nin deûs mètes lon, pace qu’ on n’ ôt qui l’ roudinèdje dès-êwes èt l’ hoûlèdje dè vint, Mårtin atrape ine hisse foû mèseûre :

 

– Nèni, djans, ine parèye keûre, c’ èst po s’ wèster l’ vèye !… nos-alans èsse èpwèrtés !

– C’ èst bon, dji r’prind mès censes…

 

L’ ètrindjîr fêt mène d’ èraler vès l’mohone…  Adon, come on trêt d’ aloumîre, Mårtin s’ rapinse di lès pèces d’ ôr, di leû r’glatihèdje…, i s’ rècrèstêye, i r’houke l’ ôte èt lî d’mande on côp di spale po-z-assètchî l’ nèçale so l’ êwe…  Ine gote après côp, is råmèt d’ totes leûs fwèces.  Råmer, c’ èst bêcôp dîre !  çou qu’ is  qwèrèt d’vant tot, c’ èst dè n’ nin fé l’ plonkèt !… Tot côp bon qui l’ nèçale manecèye di s’ ritoûrner, l’ ètrindjîr èl rimète d’ adrame, i n’ aveût nin minti : il a d’vins ses brès’ ine sifête poûhance qu’ il èst capåbe dè tinre à gogne l’ êwe qui s’ måvèle èt s’ rimåvèle tot-åtoû d’ zèls…  Mårtin ènn’ èst baba, cist-ome deût aveûr on pouvwér… Pitchote à midjote, il avancihèt, i sont-st-à mitan vôye, is  vont mutwè gangnî l’ pårt…  Nèni…  In-åbe crake, djèmih’, si lêt aler…  Leû mâleûr !  Mårtin louke, louke tot-avå…, mins tot-avå s’ n’ a-t-i qui l’ neûre pareûse dè l’ nut’ !

 

– Wice è-st-i, bon Diu ?

– Là !

– Kimint l’ vèyez-ve ?

– Djè l’ veû !  Il èst dreût po nos-ôtes !

– Po ç’ côp-chal, c’ èst fini !…

 

Mårtin fêt l’ sène dè l’ creûs, si racrapotêye, rawåde li gougne… So rin dè monde di timps, si k’pagnon wèstèye tchapê, paletot èt l’s-èhine è l’ êwe…, i s’ drèsse è l’ nèçale èt, tot raspoyant sès pogns so sès hantches, volà-t-i nin qu’ i s’ tape à rîre, mins d’ on riya à fé frusi, on riya qui fêt surdi è l’ tièsse da Mårtin li pus èwarante dès-acèrtinances :

 

– T’ ès l’ Diåle !  T’ ès l’ Diåle !

– Awè, dji so l’ Diåle !  Done-mu ti-åme, camaråde, done-mu ti-åme et ti wåderès t’ vèye ! Ti feume ! tès-èfants !

– Prind mi-åme !

 

On trèyin – vinou di-d-wice ? on nè l’ sårè måy – atome è l’ min dè Diåle…, ossi rade atoumé, ossi rade planté à l’ åbe qui s’ find tot-oute èt qui spèye à co cint mèyes hinelètes… Å min.me timps, tot qui rid’vint påhûle…, pus nin on seûl hiyon…, pus nin on seul zûvion…, pus nin ‘ne seûle gote di plêve… Mårtin n’ a nole pon.ne à miner Satan d’ l’ ôte dè costé… èt là, sins dîre qwè qui ç’ seûy, li « feû d’ miråkes » disparèt’… Dismètant ‘ne tchoke, Mårtin compte aveûr fêt on bwègne sondje, mins ‘là qu’ i r’troûve si lodjis’, èt surtout lès pèces d’ ôr, è-st-i bin oblidjî d’ admète qu’ i n’ a nin sondjî dès brocales… Si prumî djèsse, c’ èst di s’ voleûr disfé dè trésôr…, mins s’ feume èl louke po on sot !  Ine samin.ne å long, c’ èst margaye è manèdje ; qwand is d’visèt èsson.ne, c’ èst todi l’ minme afêre qui r’vint…

 

– C’ èst lès censes då Diåle !

– Qui ç’ seûy da quî qui ç’ våye, dji n’ a d’ keûre ! çou qu’ dji di, c’ èst qu’ nos sèrîs bin bièsses dè n’ nin profiter d’ l’ aubin.ne !

 

… çou qu’ feume vout…, po fini, c’ èst lèy qu’ a l’ dièrin.ne… Avou l’ magzau, on-agrandih li mohone, on vike so blancs peûs…, i n-a dè l’ tchår so l’ tåve tos lès djoûs dè l’ samin.ne… Èt portant !… nosse Mårtin n’ èst nin ureûs !  Totes lès nut’s, divins sès-orèyes, rèsdondih li riya de Diåle…, totes lès nut’s, i lî sonle qu’ on l’ kipice, il èst sonk èt-n-êwe, i fåt qu’ i dispiède si feume po lî fé dîre qu’ èle n’ a rin vèyou, rin ètindou…

 

***

 

Po l’ djoû d’ oûy, mès djins, i n-a tot djusse ine an.nêye di çoula, ine an.nêye ètîre qui l’ pôve Mårtin vike come ine clikote, ‘là qu’ li r’mwérd èt l ‘dilouhe èl kimagnèt sins-ahote . . .

So pô d’ tchwès près, i fêt l’ min.me timps . . .  Lès-êwes atakèt à monter.  Mårtin a sayî dè dwèrmi, mins bèrnike !  adon, ‘l a-st-ad ‘hindou è l’ couhène po beûre ine jate di cafè ; tchôkî dè l’ tchôde marke, i va, don hâr , don hote…  Tot d’ ine pèce, vo-le-là qu’ i s’ arèstêye dè rèner…, il a ‘ne saquî d’vins sès rins, ine saquî so l’ pas d’ l’ ouh…  I tronle lès balzins, sèreût-ce . . . ?

 

– A-t-i ‘ne saquî là ?…

Ine pîtiveûse vwès rèspond, ine vwès d’ feume :

 

– Awè ! drovez s’ i v’plêt…  

– Passez vosse vôye, passez vosse vôye !

 

Li vwès suplèye :                                                                           ,

– Mårtin, c’ èst l’ mame da Rôsète chal.. Mi fèye èst malåde, i fåt qu’ dji vasse veûyî adlé lèy…

 

Rôsète ? Awè, Rôsète, il a-st-ètindou djåser di s’ maladèye å cabarèt dè viyèdje… I va drovi l’ ouh… Li pôve vîle åme èst rêwêye disqu’à l’ ohê !… Mårtin lî ac’sègne li coulêye, èle n’ î fêt nin astème…

 

– Mi fèye, Mårtin, èle pout sèrer sès-oûys d’ on moumint à l’ ôte… Dji so pôve, dji n’a rin à t’ diner mins…

Li passeû n’ halkinêye nin, i hoûte si bon coûr…, volà mutwè l’ ocåsion dè fé ‘ne bone keûre po rafacer sès-infèrnålès sovenances …

 

I råme, i råme, mutwè come i n’ l’ a co måy fêt…, i boute di s’ pus reûd à s’ fé pèter lès von.nes…  Lès-êwes ni sont djustumint nin si fwètes qui l’ an passé, mins… il èst tot seû, ç’ côp-chal… tot seû…  Divant lu, li p’tite vîle pleûre tot doûcemint, li plêve èt lès låmes si mahèt so s’ visèdje… èt lu s’ fêt må d’ lèy…, èt lèy si fêt må d ‘ lu … Coûrt d’ alêne, Mårtin sint sès brès’ qui morèt…  I fåt qu’ i våye disqu’å coron, èl fåt ! Inte di lu-minme, i compte : hay ! djus ! hay ! djus !… Il a fêt l’ mwètèye dè l’ coûsse, i n-a in-an, c’ èst chal qui….Èt vos dîrîz come on djeû, li min.me film si r’disboubinêye !… L’ åbe qui heût…, Mårtin sère sès-oûys, sûr èt certin, i va mori !…  Wice è-st-i, cist åbe-là qui deût d’ner l’ daye ?  I lî fåt on bê timps po…  Li TIMPS !  Mins c’ èst vrèy qui l’ plêve ni zinguèle pus s’ capote, c’ èst vrêy qui lès-êwes sont-st-akeûhêyes…  Mårtin r’droûve in-oûy…, pwîs lès deûs… : is div’nèt come dès sarlètes !

 

Li vîle n’ èst pus là, c’ èst l’ Diåle qu’ a pris s’ plèce, mins on Diåle tot r’huré, fris’ bårbî, sins tchapê, tchåssî d’ ine clapante mousseûre brosdêye d’ ôr èt d’ årdjint…, on Diåle qui soriyêye èt qui l’ arin.ne amitieûsemint :

 

– Ni r’crind rin, camaråde, t’ as ratcheté ti-åme…, påy sor twè disqu’å dièrin d’ tès djoûs…

– Èt… èt Rôsète ?

– Èlle èst foû dandjï !…

 

Mårtin s’ tape à gngnos…  A tote fwèce, i vout båhî l’ min da s’ såveur, trop tård !… Li Diåle – mins èst-ce co l’ Diåle ? – s’ a rènûlé è breun’ dè l’ nut’… Tot rintrant, règuèdé come nin deûs, Mårtin anonce à l’ feume :

– Dj’ a co bråmint dès censes, dji vou qu’ on fèsse on pont à l’ copète di l’ êwe… 

 

Fini l’ passeû d’êwe, à dater d’ oûy, dji sèrè rintî…

Si feume si mådjène qu’ i piède co ‘ne fèye sès nik-naks, mins ça n’ peûse rin à costé d’ çou qu’ èlle a r’trové : li bone oumeûr da s’ bouname…  Dispôy, si vite qu’ il a fini dè påtriyî, Mårtin s’ èdwème come on strouk d’ åbe… èt s’ ronfèle-t-i d’ binåhisté tote si nut’.

 

Batelîs èt batias (/ batês) (bateliers et bateaux)

Lès batelîs  (bateliers)

1 su Sambe (sur la Sambre),  su Moûse (sur la Meuse): dès nêveûs (/ nêvieûs) (= bateliers)

2 su Oûte (sur l’Ourthe): dès oûteleûs : bateliers de l’Ourthe 

 

types de barques

1) li bètchète

Cette grande barque permettait le transport du fer sur l’Ourthe (exploitation à partir du 13e s.)

Sa pointe très élevée, (d’où bètchète (bètch : bec)) était indispensable pour franchir les pertuis des ‘vènes’ (vennes)*, hautes de parfois plus d’un m.

La « bètchète » avait une longueur de 18 à 20 m, une largeur de 2 m, parfois 3, traînée par des chevaux pour remonter la rivière; à fond plat.

(, in: Dalem, R., Nelissen, André, 1000 ans de navigation sur l’Ourthe et ses affluents, éd. Petitpas, 1973, Bomal, p.29-31)

 

* vène: 1 digue construite pour fermer le passage aux poissons, un déversoir ou une petite écluse de moulin; 2 déversoir d’une pêcherie; 3 pêcherie (Dalem-Nelissen, p.26)

 

 2) li hèrna: barque aux extrémités relevées (utilisée jusque +-1930) (in : /La batellerie de l’Ourthe/, EMVW, 1931-1948)

(foto / photo: one bètchète (VA, 08/07/2009))

satchî lès batias (/ batês) (haler les bateaux)

Lucien Léonard, Lexique namurois: Dictionnaire idéologique, in : Bibliothèque de Philol. et de Littér. Wallonnes, 3, Liège, 1969, p.754

 

Divant d’ awè l’s-èclûses, gn-aveut j’qu’à dès-atèléyes di 40 tchivaus po r’monter l’ courant avou lès batias d’mines (= les bateaux chargés de minerais de fer).

 

(foto / photo: Sambe (la Sambre) (1935))

satcheûs d' batias (/ batês) (haleurs)

(à Sambe / près de la Sambre)

come en Russîye (comme en Russie): li long dè l' Volga (le long de la Volga)

(Efimovich Repin (1844-1930), Lès batelîs dè l’ Volga (Les bateliers de la Volga (1870-1873))