Présintâcion (Présentation)

PLAN

1 Jènèrâlités / Généralités

2 Mèseures pa catègorîyes / Mesures par catégories

2.1 Compter

2.2 Distance

2.3 Surface

2.4 Timps / Temps

2.5 Capacité

2.6 Pwèds / Poids

2.7 Manôye / Monnaie

1 Jènèrâlités / Généralités

Hin.naut / Hainaut

 

in: Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

POIDS ET MESURES

 

En ce qui concerne, les poids et mesures, c’était le chaos sous l’an­cien régime. On employait des mesures qui tantôt étaient celles en usage à Charleroi, à Liège, à Landelies ou à Jamioulx. Les mesures s’altéraient rapidement, devenant plus grandes ou plus petites. Elles variaient aussi d’un commerçant à l’autre. Une marchandise importée introduisait en soi sa mesure habituelle : le drap de Nivelles, l’aune de Nivelles; les épices d’Anvers, le poids d’Anvers; d’importants négociants étrangers, des notaires, etc., en s’établissant dans la localité y introduisaient par leurs grandes relations l’usage des mesures dont ils avaient l’habitude. Il arrivait ainsi que celles-ci étaient différentes pour les diverses mar­chandises et qu’il y en avait plusieurs pour les mêmes denrées. C’était un travail perpétuel de modifications et de changements. La plupart des nombreuses lois et ordonnances portées au sujet des poids et mesures avaient généralement pour objet d’obvier aux abus et de ramener tou­jours les premiers à des types officiels.

L’ordonnance du 28 juillet 1764 constate ce qui suit relativement au setier de Liège : « Nous avons fait reproduire les anciens prototypes et rechercher les setiers les plus vieux qui, ayant été confrontés avec les modernes, ont été trouvés si inégaux, si difformes et si différents les uns des autres, qu’il est impossible de parvenir à une égalité et une uniformité de mesures; de sorte qu’il en résulte nécessairement du pré­judice, soit au vendeur, soit à l’acheteur. A quoi voulant obvier, etc. ».

« La longueur du temps, dit une autre ordonnance de l’évêque de Liège, du 25 juillet 1651, ayant apporté au fait des poids et mesures plusieurs abus qui redondent au grand dommage du public et particu­lièrement du même peuple, qui se trouve par là lésé et défraudé en ce qu’il vend et achepte, nous avons jugé être de notre soin d’oster en tant qu’en nous est, la confusion que cause et peut causer la diversité des poids et mesures et remettre le tout en l’ordre qu’il convient ».

L’aune de Liège était tellement altérée en 1652 que le 25 avril on porta un édit commençant par ces mots : « Voulant rétablir la longueur de l’aune suivant le pied et mesure établis par Saint-Hubert, etc… ».

 

L’AUNE.

Cette mesure fut très populaire et fut employée che2 nous jusque il y a une quinzaine d’années.

(p.329) Dans les magasins d’ « aunages » et chez les couturières, on me­surait la toile ou le drap au moyen du bras tendu. (Trwès aunes pou in franc).

L’aune est la distance comprise entre l’épaule et le bout du pouce. C’est du bras gauche que l’on se sert pour cette opération. Prise entre le pouce et l’index, l’étoffe est tendue, glissant entre les mêmes doigts de la main droite, qui repèrent la distance à l’épaule gauche. La main gauche abandonne aussitôt le tissu pour le reprendre à l’endroit même où il est tenu par l’autre main et l’opération recommence (1).

Les anciens recueils de lois sont remplis d’ordonnances qui ont pour but de rectifier certains poids ou certaines mesures faussés par le temps et par l’usage. En voici des exemples :

La corde, le clichet (Liège, ordonnance du 14 octobre 1651).

Le pot de bière et la banse à drache (ibid., 7 janvier 1681).

Le muid de charbon (ibid., 11 mai 1661).

La mesure de grains (ibid., 6 janvier 1653 – 6 mars 1662 – 23 no­vembre 1671).

Le panier ou mesure de charbon (ibid., 13 décembre 1683 – 16 août 1708) (2).

 

MESURES DE LONGUEUR.

L’unité était le pied de Liège, dit de St-Lambert, qui valait : 0 m. 291779. Le pied se divisait en 10 pouces, le pouce en 10 lignes et la ligne en dix points. La toise équivalait à six pieds.

 

MESURES ITINERAIRES.

La lieue était l’unité, elle était de 4515 mètres et se divisait en 1.000 verges de St-Hubert de 16 pieds. Les chemins suivant leur déno­mination, devait avoir des dimensions constantes :

Le chemin du prince : 40 pieds ou 11 m. 7879-

Chemin de ville à autre : 36 pieds ou 16 m. 6091.

Chemin de chariots : 16 pieds ou 4 m. 7152.

Chemin à cheval : 6 pieds ou 1 m. 7680.

Piedsente : 4 pieds ou 1 m. 1788 (3).

 

MESURES D’AUNAGES.

L’unité était l’aune de Châtelet, qui valait 0 m. 68022. L’aune se divisait en quatre palmes ; la palme se divisait elle-même en deux demi-quarts, quatre tailles ou 8 demi-tailles.

(1)  Enquêtes sur la Vie Wallonne. T. II, p. 58.

(2)  Archéologie des Poids et Mesures des Communes de l’Arrondissement de Charleroi, par Dr A. Van Bastelaer.

(3) Dr A. Van Bastelaer. — Ouvrage cité, hors duquel nous avons puisé de nombreux renseignements relatifs aux poids et mesures.

 

(p.330) Généralement, une pièce d’étoffe valait 21 aunes, mais il y en avait qui en comptaient 28, 30, 35, 40 et même 48.

 

MESURES AGRAIRES.

L’une des mesures principales était le « bonnier », 8718 m2 89715 au pied de Liège qui valait 400 « verges ». Une verge carrée équivalait à 21 m2 79724.

Le bonnier, le plus souvent se divisait en trois « journels » ou douze « quarterons ». La « mesure » valait le quart d’un bonnier.

 

MESURES DE CAPACITE. Pour les liquides.

La mesure la plus employée était le « pot ». Un petit pot valait 1 1. 35881 et un grand pot 2 1. 5725. Le petit pot se divisait en quatre « grandes pintes ». La « bannière » contenait quatre pots.

L’ « aime » (1) valait 100 pots et la « pipe » trois aimes. La « tonne » (2) valait aussi 100 pots et le poinçon deux tonnes. La « pièce » (3) valait 150 pots et le « foudre » quatre pièces. Le « chaudron » était le seizième d’une tonne et le vingt-quatrième d’un poinçon.

L’eau se vendait par deux seaux qu’on appelait « ène voye d’euwe ».

Pour les matières sèches.

La houille se vendait par « rasière » ou « brouette » (300 livres) ou par « pesée » (144 livres) et le foin coupé par « charrée ».

Pour les céréales, les mesures les plus usitées étaient le « setier » (29 I. 8349) et le « muid » (238 1. 6792).

Le muid valait donc 8 setiers.

Le setier se divisait en 4 « quartiers », le quartier en 4 « picotins », le picotin en 2 « poignouls » ou en 4 « mesurettes ».

Les pommes de terre se vendaient en « sac » de 4 setiers. Le sac se divisait en quatre « mannes » ou « banses ».

 

MESURES DES BOIS.

Le bois à brûler se vendait à la « corde ». La plus usitée à Monti-gny était celle qui valait 2 m3 23604. La corde se divisait en deux « voies ».

(1)  Pour l’huile, le vinaigre, le cidre, l’hydromel, etc.

(2)  Pour la bière.

(3)  Pour le vin.

 

(p.331) MESURES DE POIDS.

L’unité de poids était la « livre ». La livre de mercerie valait 466 gr. 573; la livre de beurre six quarts de la précédente; la livre de pharma­cie 350 gr. 34 et celle d’orfèvrerie 493 gr. 152.

La livre de mercerie se divisait en 16 « onces », l’once en « 8 gros » ou « 72 grains ».

 

MESURES DE NOMBRES.

Les abricots, pêches, noix, prunes, pruneaux, œufs étaient vendus le plus souvent au « petit quarteron » (26). Les noix, les prunes, les pruneaux étaient parfois vendus au « grand quarteron » (38) de même que les pommes et les poires. Les noix étaient quelquefois vendues par quarteron de 31.

 

LES MONNAIES.

Ici, l’anarchie était plus grande encore. C’est que les occasions de multiplier les signes des valeurs d’échange étaient nombreuses. Il y avait en effet des monnaies propres aux comtés de Namur et de Hainaut, au duché de Brabant et à la principauté de Liège. Les soldats des armées envahissantes apportaient avec eux des pièces de monnaie qu’ils avaient ramassées un peu partout, de même que les militaires des armées d’occu­pation. A Montigny, cependant, l’unité de monnaie la plus courante était le florin Brabant-Liège qui valait à peu près 1 fr. 27 or (1), le florin se divisait en 20 patars ou sous et le patar en 24 deniers.

Les monnaies ne gardèrent pas la même valeur au cours des siècles ; certaines d’entr’elles étaient sujettes à fluctuation. C’est ainsi que le flo­rin roy ou d’Espagne valait 2 fr. 12 or en 1616, 2 fr. 10 de 1656 à 1687, 2 fr. 06 en 1695, 2 fr. 18 en 1700, 2 fr. 10 en 1702, 2 fr. 20 en 1724 et 1 fr. 81 de 1759 à la fin de l’ancien régime (2). La hausse ou la baisse des monnaies étaient portées à la connaissance de la popu­lation au moyen de placards. Voici, d’après M. Darras, un tableau des monnaies les plus usitées.

Cuivre.

Aidant ou liard : 1 1/2 cent. Patard ou sou : 4 liards : 6 cent. Denier : 1/24 du patard. Esterling : 16 deniers.

Argent.

Florin : 20 patards : 1 fr. 20.

Escalin : 9 sous, 1 liard ou 55 1/2 cent.

Plaquette : 4 sous, 2 liards : 27 cent.

 

(1)  Toutes ces valeurs sont renseignées en francs-or.

J. Kaisin. — Annales historiques de la commune de Farciennes.

Ârdène / Ardennes

in : Les Amis de Logbiermé, 1, 1991, p.13-14

 

Avant 1940,dans presque toutes les fermes, de la région on avait un cheval pour effectuer les travaux agricoles:labours, fenaison,charriage et bien d’autres.

A bon cheval,bonne avoine,dit-on! On donnait donc de l’a­voine aplatie en mélange avec de la paille hachée ou du sucra-paille et cette pitance,qui s’appelait une « fore » se préparait et se mesurait dans un récipient rond (réalisé souvent en pail­le tressée) qui portait le nom de « cope » ou « stî ».C’était un objet traditionnel dans une ferme.Porter la « fore » aux che­vaux fut souvent le dernier usage de cette mesure de capacité qui eut ses lettres de noblesse sous l’ancien régime.

Dans la liste des mesures de capacité on relevait: le muid, le setier, la cope, la melle, le pougnou, etc. Ces mesures variaient selon les régions mais au Pays de Stavelot,comme au Pays de Liège,on connaissait les valeurs approximatives suivantes:

 

MESURE

 

VALEUR

 

CAPACITE APPROXIMATIVE EN LITRE

cope ou « cope »

2/3 de setier

3 grandes mèles ou 6 petites méles

environ 20 L.470

 

mesure ou mèle

 

 

6,8 l pour la grande

3,4 l pour la petite

muid ou mou

 

8 setiers ou 12 copes

un peu plus de 245 litres

poignée ou pougnou

 

 

un peu plus de 1,9 l

quarte

4 pougnoux

environ 7,67 l

setier ou stî, grande 

cope

1 cope et demi

4 quartes ou 16 pougnoux

 

environ 30, 7 l

Ces mesures paraissent peu précises et pourtant elles firent leurs preuves pendant de longs siècles de l’’ancien régime. Elles disparurent progressivement avec la mise en vigueur du système métrique sous Napoléon, loi du 4 novembre 1800 complétée par la loi hollandaise du 21.8.1816 et finalement la loi belge du 18.6.1836.

La consultation du Record, de Justice de Roanne (La Gleize) de 1528 apporte quelques précisions et nous apprend que le meu­nier du ban de Roanne « doit avoir cope et mel sailliez, le grand et le petit,l’une dont les trois faisent lecope et oussy de six le cop ». « Cope et mel sailliez » signifie cope et mesure scellées c.à.d. étalonnées.Il est encore précisé dans ce record que le meunier recevait pour son salaire 1/24 ème de la farine moulue.

Les copes sont certainement devenues aujourd’hui bien rares. La dernière fois que j’ai vu celle de notre ferme, elle servait de nichoir pour une poule Leghorn vers les années 1950.

 

In : Annuaire de la SLLW, 21, 1908, p.146-167

Ine copène so lès Pwès et lès Mèseûres de vî Payis d’ Lîdje

 

Tot l’ monde sét qu’ dè timps passé, lès Pwès et lès Mèseûres, avou dès nos parèys, difèrît bècôp d’ ine contrêye, télefèye min.me d’ on viyèdje à l’ aute. Mins i sèreût fwèrt roûvî l’ ci qui pinsereût qu’ on poléve adon pèser ou mèserer à l’ visse à l’ vasse, come on-z-âreût volou. Si lon qu’ on l’ pôye riqwèri, on trouve qu’ è tot timps èt quâsî tot costé, on sâyeléve lès mèseûres èt lès pèsants tot lès markant, parmi payant, d’ ine cogne qu’ èsteût â pus sovint li cisse dè soverin dè payis.

A Lîdje, ç’ aveût stu po k’mincî deûs djudjes dè l’ coûr dès-Echevins qu’ avît oyou cisse bèsogne-là. Mins pus târd, qwand l’ comèrce tchèssa pus fwèrt, li prince-èvèke tchûsiha deûs-omes en-èsprès qu’ on louméve scelleurs ou sâyeleûs. Insi, ine ôrdonance da Dj’han-Louwis d’ Eldèren, dè 5 di djanvîr 1689, nos aprind qu’ lès deûs sâyeleûs d’ Lîdje èstît Dj’han-Batisse Mibaise èt Tchâle Natalis (1). Et l’ proûve

 

(1) Ordonn. IIe série, vol. I, p. 134.

 

qu’ on t’néve li min, min.me divins lès p’tits viyèdjes, à çou qu’ lès mèseûres èt lès pèsants fourihe sâyelés, c’ èst qu’ treûs fèyes l’ an.nêye, âs Rwès, à Pâke èt à l’ Sint-R’mèy, li bayî ou mayeûr ènn’ advèrtihéve lès mazwîrs ou payîsans âs plaîds jènèrals. Vo-‘nnè-ci ‘ne ègzimpe di l’ an 1643 :

« Ledit seigneur fait publier que si quelqu’un se déplainde que… ou que taverni n’ait mesure sayelée ou que bolengi n’aurait pas de pois preisable de loix… ledit seigneur être prêt pour le redresser ».

Dji supôse qu’ on n’ sâyeléve lès pèsants èt lès mèseûres qu’ ine fèye a te èt qu’ on n’ rik’mincîve nin tos l’s-ans come oûy ; mins on sâyeléve tot, disqu’âs tonês, disqu’âs bèrwètes à l’ hoye.

On dièrin mot : i-a passé on timps, on n’ dihéve nin pwèds, mins peûds : i nos d’meûre li spot : vinde in saqwè à peûds d’ ôr. On d’héve tot parèy : sins feû ni leû, « sans foi ni loi », come on dit co oûy a Lîdje l’ èglîse Sainte-Feû, po « Sainte-Foi ».

 

 

I Mèseûres di longueûr

 

L’unité, à Lîdje come aute pât, c’ èsteût l’ pîd. On-z-a prétindou qu’ è France, li pîd provenéve dè ci

 

(1) Ordonn., ibid., p. 135.

 

(p.148) da Charlèmagne, qu’ èst foû long — come li ci da s’ mére — èt qu’ c’ èst po çoula qu’ on l’ âreût loumé pîd di rwè. Tot l’ rapwèrtant âs mèseûres d’ asteûre — come nos l’ frans tot costé — li pîd da Charlèmagne âreût mèseré 0,234 m. Mins l’ pîd è-st-ossi vî qu’ lès-omes, qu’ avît pris so leû cwèrp totes leûs prumîrès mèseûres.

A Lîdje, on-z-aveût d’ deûs sôrs di pîds : li pîd d’ sint Houbièt èt l’ pîd d’ sint Lambièt. On l’s-aveût mèseré, dj’ ô bin, so lès pîds dès posteûres dès deûs sints qu’ èstît a l’ intrêye dè keûr di nosse vèye catèdrâle, sint Houbièt, so l’ dreûte min ou dè costé d’ l’ Epite, èt sint Lambièt so l’ hlintche ou dè costé d’ l’ Evanjile. Li pîd d’ sint Houbièt èsteût marké è meûr dè l’ catèdràle, come l’ ôrdonance de 5 di djanvîr 1689 èl dit :

« Conformément au pied que notedit chapitre cathédral garde, lequel peut se voir en la muraille proche de la porte du vieux chapitre, avec les divisions proportionnées à l’ad­venant » (p. 135).

Ine ôrdonance dè 18 di may 1702, da  Djosèf-Clémint d’ Bavîre, oblidja, po tofèr, di s’ sièrvi dè pîd d’ St Lambièt po mèserer lès tères èt dè ci d’ St Houbièt po lès-autès mèseûres, come on laveût todi fait dè timps passé. (Ibid. p. 305.)

Tos l’s-omes di mèstî èt tos lès martchands si sièrvît don dè pîd d’ St Houbièt è payis d’ Lîdje. I valéve â djusse 0,2947 m, èt i s’ trovéve ine miète pus grand qui l’ ci dè l’ Braîbant qui valéve 0,284 m.

Tot fant qui l’ pîd dès-Inglès èt l’ ci dès Francès èstît d’ doze pôces, come li ci dès vîs Romins, li pîd d’ Lîdje, ossi bin l’ ci d’ St Houbièt qui l’ ci d’ St Lambièt, n’ aveût qu’ dîs pôces. Poqwè? Dji nè l’ sâreû dire. Et çoula m’ sonle d’ ot’tant pus drole qui l’ pîd d’ St Houbièt èsteût, à on dj’vè près, parèy qui l’ pîd dès Romins, qui Letronue lî donc 295 milimètes. On pôce valéve ût lignes èt l’ ligne, doze ponts. Mins l’s-ovrîs n’ ûsdît wère di ces p’tits-afaîres-là : il èstît afaitîs di n’ diviser qui di d’mèy-pôce, di qwârt ou di d’mèy-qwârt di pôce èt is  n’ alît nin pus Ion.

On n’ kinohéve nin lès rûles di potche ou lès ployants rûles d’oûy. On s’ sièrvéve d’ on rûle di qwate pîds, qui raviséve ine régue d’ on pôce di spèheûr so onk èt d’mèy di lârdjeûr. Â rés’, li mot rûle vout dîre ine régue èt, come li francès « règle », i provint dè latin regula. So onk dès plats costés dè rûle, on markéve è bwès, â burin, avou dès rôyes di triviès, lès pîds, lès pôces, èt, po lès cink prumîs pôces, lès d’mèys, lès qwârts èt lès d’mèys-qwârts di pôce. Come c’ èsteût lès maçons qui s’ sièrvît l’ pus dè rûle di qwate pîds, on l’ louméve coran.mint rûle di maçon.

Lès houyeûs èt lès cis qu’ avalît lès pus’ à l’ bone êwe prindît â pus sovint leûs mèseûres à l’ teûse. Li teûse, qui provint dè latin tensam, aveût r’présinté po k’mincî li longueûr dès deûs brès’ d’in-ome sitindous tot â lâdje, ou, po lès cis qu’ sont faîts d’adreût, leû tèye ou leû hauteûr. Li teûse di Lîdje valéve sî pîds d’ S’ Houbiè.

Divins lès scrinîs et lès tchèp’tfs, on s’ sièrvéve de grand râle, qu’aveùt ût pîds d’ S* Houbiè. I n’èsteût nin bècôp pus spès qui 1′ rûle di maçon, mins on li d’néve disqu’a qwate pôces di lârdjeùr, po 1′ tini pus reûd et pus dreût, ça c’èst-avou F grand rûle qu’on minéve li lève. •

Li levé èsteùt fait d’ine plantche d’on hlé tchêne, on sins nouk, d’ine ûtinne di pôces lâdje so ‘ne dîhinne haute, et fwèrt djusse di sqwére so lès qwate costés. So onk dès p’tits costés, qu’aléve esse li d’zos de lève, on èvûdfve fou dôl plantche, djusse è mitan, on hârd d’on d’mèy rond. po-/-î lèyî bal’ter a si-àhe, sins rin aduser d’ nou costé, li pesant ou plonk de lève. Ci-cial, qu’aveùt on treûs qwârts di pôce di haut, raviséve on tôt p’tit pan d’ souke di plonk, trawé tôt ou te, dispôy li mitant de d’zos disqu’al bètchète. Ons î èfiléve li cwèfdê de lève après î avu fait on nouk po ratinre li pesant. So li d’zeûr de lève, a on qwârt di pôce de bwèrd et djusse è mitant dès deûs costés, on aveût foré on p’tit trô, wice qu’on passéve l’aute bètchète de cwèrdê et on l’î rat’néve avou ‘ne pitite tchivèye di doûs bwès qu’on poléve sètchî fou qwand on voléve. Djusse inte li mwètèye de trô di d’zeûr et 1′ mwètèye de hârd di d’zos, ine tote pitite héve, faite à burin, marquéve li rôye qui ]’ cwèrdê d’véve racovri tôt oute po qui 1′ lève fouhe bin d’aplomb qwaud i-èsteùt drèssî so, dizos, ou conte li grand rûle.

Corne vos ‘nnè pôle? djudji, on n’èsteùt wêre adon ustiyî corne oùy, nin pus po miner l’lève qui po fé dès dreùtès rôyes qwand c’est qu’èle èstît on pô longues. C’est coula qui d’vins lès grantès églises, qu’ont stu batèyes i-a passé treùs qwate cints ans, on veut téle-fèy dès finièsses qui sont deûs’ treùs pôces pus hautes di sou eune qui l’aute. C’est coula ossu qu’on veut 1′ keûr di ces églises la clintchî ‘ne miète so l’costé, rapôrt al rôye de mitan dèl grande alêye. I-ènn’a qui volet qu’ lès ârchi-tèques d’adon l’ârit fait èn-èsprès po r’présinter 1′ tièsse de Bon Diu sol creûs on pô clintchêye de hlintche costé. Ci sèreût vrêy si 1′ keûr di totes lès églises clintchîve todi de minme sins; nains i-a dès cisses qui n’ clintchèt nin, et, wice qu’èle èl fèt, tôt asteûre c’est vès 1′ hlintche main, tôt asteùre vès 1′ dreûte qui 1′ keûr est fou rôye avou P grande alêye : c’est corne i-atouméve.

 

Li pîd d’ St Lambiè èsteùt ‘ne gote pus court qui l’ ci d’ St Houbièt : i valéve djusse 0,2917795 m. Corne nos l’avans dit, on n’ s’è sièrvéve qui po mèserer lès tères. Voci k’mint qu’on s’î prindéve.

Li mèsereû aveùt ‘ne grêye pîce di saze pîds ou on pô pus d’ 4,668 m, qu’on louméve ine vàfye. Lès vis Romains loumît pertica leu vèdje qu’èsteùt d’di pîds. È France, on ‘nnè fit 1′ « perche » ou pîce, mins pol longueur on pout dire qu’i-aveùt otetant d’ « perches » qui d’ payis.

Qwand c’est qu’on voléve mèserer ‘ne tère, on k’mincîve a eune dès cwènestot-z-apliquant 1′ vèdje so l’arôye et on plantéve deùs piquets as deûs bè-chètes dèl vèdje. Coula fait, on rapliquéve H vèdje tour à tour as deûs piquets, tôt 1′ mètant di sqwére avou l’arôye — a l’oûy po 1′ pus sovint, ou avou deûs ficelés dèl minme longueur qwand on voléve mèserer fwért djusse. On plantéve co deùs piquets à deûs novèlès bètchètes dèl vèdje, et on s’assuréve qui 1′ vèdje touméve djusse inte les deûs dièrins piquets. On aveùt ainsi on pèçot d’ tére di saze pîds so saze è qwàreûre ou d’ deûs cints cinquante sî pîds ramourenés : c’est cou qu’on louméve ine pitite vèfye. Qwand 1′ mèsereû aveùt mèseré vint s’-faits pèçots, ons aveùt ‘ne grande vèfye. Li p’tite vèdje valéve 0,2179 ares et 1’ grande vèdje 4,3589 ares.

Vint grantès vèdjes fît on bounî. C’est co on mot latin bomiarium, qui provint d’ borna, mèsbrudjî a bonna è latin d’ couhène et qui vout dire ruina.

I-a set’ ou ût cints ans d’ cial, on louméve banni ine tére qu’aveût stu inèserêye et qu’ons i aveût planté dès rinnâs. On n’ fève coula qu’ po lès tères qu’on tchèrwéve ou, d’vins lès tiers, po lès cis qu’on n’ poléve cultiver qu’ai hawe. Lès prés, lès bwès et lès marasses n’avît nin dès rinnâs et s’ènn’avit-i nin raèsâhe : c’èsteùt dès bins d’comeune ou di c’mogne qu’èstît banâves.

Pitit a p’tit on d’na 1′ valeur di vint grantès vèdjes a ‘ne tére qu’aveût des rinnâs et on ‘nnè fit 1′ mèseûre d’on boum. Di ç’ timps-la, divins lès bons tèreûs, corne èl Hèsbaye, ine cinse èsteùt d’ordi­naire di doze bounis. C’est cou qu’i faléve a on maswîr ou manant » po viker lu et s’ feume, ses èfants, ses siêrfs et ses bièsses. On louméve ine si-faite cinse è latin mansus, qui vout dire ine dimeûre d’abord .et puis ine valeur di doze bounis. Di l’aute costé dèl Moûse, wice qu’i-a dès tiers et dès croupèts, lès cinses avît pus d’ doze bounîs et c’est coula qu’on pout 1ère divins lès vis aks dès afaires corne çouci : « I li d’na on manse d’on manse et d’mèy », cou qui vout dire : i li d’na ‘ne cinse di dîh-ùt bounîs.

Li mot « manse » ni poléve aut’mint qui di s’ ki-sèmer tôt wice qu’ons a djâsé 1′ latin de vî timps.

 

On trouve co èl Loriune meix ou meis, èl Provance mas, èl Bretagne ma, èl Nôrmandèye mois (mwès’1) et è nosse payis moxhe ou mohe. C’est d’ la qu’a v’nou mohon, a Vèrvî manhon, qui tint l’ pus près à latin mansio. Et, corne on d’héve me manhon, ine mohon, lès cis d’ Lîdje ont volou fé 1′ malin tôt mètant ine e al cowe de mot et tôt d’haut ine mohone, tôt djusse corne lès Francès ont djudjî qu’ faléve dire une bure èl pièce d’où bure, corne nos autes on beûr.

On s’ sièrvéve quéquefèy ossu po mèserer lès téres de djournâ, è francès « journal ». C’est çcou qu’on pout laburer so ‘ne djournêye. È payis d’ Lîdie, on djournâ valéve cinq’ grantès vèdjes ou 1′ qwàrt d’onbounî. Mins âtoû d’ nos autes, è payîs d’Limbourg et è ci d’ Luxembourg, sûremint qu’ lès omes et lès bièsses èstît pus djintis, ça on djournâ î valéve ùt grantès vèdjes.

Mutwèt qui l’ pîd d’ S* Lambiè, sol posteûre dèl catèdrâle, irèsteût nin ossi âbôy a mèserer djusse qui l’ ci d’ St Houbiè, ou bin qu’ lès mèsereûs a vît ma tèyî leû vèdje di saze pîds. Ça i-aveùt quéques viyèdjes è payis d’ Lidje qu’avît leû vèdje a part. Tôt prindant po mosse li pîd di om2917795; qui nos ‘nn’avans djâsé disqu’asteûre, voci k’bin qu’i-aveût d’ pids et d’ pôces di cisse mèseûre-la d’vins li p’tite vèdje dès viyèdjes qui sûvèt :

 

Hacou

15 pîds  2 pôces

 

Ans èt Molin èt Fîze                    

16 pîds  1 pôces

 

Awans èt Hognoul

15 pîds  8,5 pôces

 

Bièrnawe, à payis d’ Dalem, mins

qui s’ rèclaméve dè payis d’ Lîdje   

15 pîds  5 pôces

 

Fontaine (Hosémont), Fraiteûre,

St-Sèverin, Sohèt, Tinlot èt

Vëlé-l’-Timpe…..

16 pîds  5 pôces

 

Frére, Halèbaye, Liés’, Mélin èt

Vilé-l’-Vèke

15 pîds  7,5 pôces

 

Granvèye, Heure, Olèye, Orèye,

Paifve, VorouxètWihogne   

15 pîds  6 pôces

Lèns sol Djèr, Wåroux èt

Xhènemål………

15 pîds  3 pôces

 

Otèye

15 pîds  9 pôces

 

Hèsta aveût ossu ‘ne pitite vèdje di 16 pîds 5 pôces dè timps qu’ aveût stu tère di Braîbant, mins èle fourit d’ 16 pîds qwand i divena payis d’ Lîdje.

Viersèt èt Terwangne avît ‘ne pitite vèdje di 20 pîds d’ St Lambièt.

 

* * *

 

On mèseréve a l’ aune lès draps, lès stofes, lès teûles, lès nâles, lès cowètes et tos-afaîres ainsi.

L’ aune di Lîdje valéve deûs pîds et on qwârt di St Houbièt (Ord. dè 5 di djanvîr 1689), çou qui faît 0, 6631 m ou quâsî tot djusse lès deûs tîs’ d’on mète. Ossu d’vins nos botikes compte-t-on co oûy li mète po ine aune èt d’mèye.

 

II Mèseûres po lès grins, lès favètes, lès vèces, les peûs èt  1′ sé

 

Po totes ces dinrèyes-la, l’ unité c’ èsteût li stî.

Li mot stî, è francès « setier », è vî francès « sestier », provint dè latin sextanus, ine mèseûre qu’èsteùt 1′ sîhinme pârtèye d’ine pus grande, li congius.

L’ôrdonance de 5 di djauvîr 1689 nos dit çou qu’ on stî deùt t’ni : « Le setier à mesurer le grain tiendra, comme du passé, vingt-quatre pots ou quartes au vin (p. 135) »• Nos vièrans pus bas qu’on pot valéve cinquante pôces di S’ Houbiè ramou-renés dès treûs sins.

On stî t’néve qvvate qwàtes ; li qwàte, qwate pognons ou pougnous; et 1′ pognou qwate mèseûres.

Li stî èsteût fait d’ deûr bwès, tôt rond, ossi làdje dizeûr qui d’zos et avou on fond tôt plat. I-èsteût cèclé d’ fier âtoû ; dès sqwéres di fier tiirît 1′ fond as montants po qu’ li d’vins n’ bodjasse mây. So li d’zeûr, ine reùde baguète di fier èl trivièrséve pol mwètèye d’on bwérd a l’aute et èle èsteût

at’nowe à mitant d’ine aute baguète di fier hazèye è fond. C’est por la qu’on apougnîve li stî.

On fève dès d’mèys-sitîs, dès qwâtes, dès po-gnous, dès d’mèys-pognous et dès mèseûres, tôt coula d’ bwès.

On d’vise quéquefèy d’on grand sfi. Dji n’a polou saveur à djusse cou qu’ c’èsteùt; mins voci cou qu’ dj’a trové d’vins lès vis aks qui djâsèt d’ rintes. On mèseréve di deûs manîres à stî : po lès deùrs grains — wassin ou rogon, spéte ou blé et frumint — après aveûr impli li stî, on passéve li stritche dissus po qu’i fouhe a ras1 ; po lès màr-sèdjes — wèdjes, avonne, favètes et vèces, — on hopéve li stî tant qu’ons è poléve mète, et c’èsteût l’atch’teù qu’apougllîve li fier d’à mitant tôt passant s’ main è grain et tôt ‘nue faut r’t.oumer 1′ mons possibe. On loutnéve coula on hopé stî : dji m’ mà-djène qui c’èsteût 1′ grand stî.

I faléve ût stîs po on mov; c’est co ‘ne mèseûre dès Romains : moduts, è francès « muid ». Li moy di Lîdje valéve tôt près d’ deûs hèctolites et d’mèy (245 lites 6952). D’vins l’ timps, on n’ cultivéve quasi âtoû d’ Lîdje qui 1′ wassin et 1′ blé, quéque­fèy lès deûs èssonle » : c’èsteût dèl mèsteùre. Lès grains d’ blé sont si bin sèrés deûs a deûs èl paye quels èwalpêye, qu’i n’ vinèt nin fou, minme tôt lès

 

bâtant. On stî d’ blé est bëcôp pus lèdjîr qu’on stî d’ wassin, et on dj’vâ d’ moûnî pwèrtéve âhèye-mint oh moy ou ùt stîs d’ blé : c’est po coula qu’on d’héve à pus sovint ine fchèfye di blé èl pièce de dire on moy. Po té ‘ne tchèdje, on mètéve qwate sitîs en on sètch a cavaye de dj’vâ ; puis, d’vius deùs autes sètchs ossi longs qui l’prumî, on mètéve deûs stîs d’vins tchaque, et lès deùs p’tits sètchs creûhelés èstît mètous a cavaye de grand. On lou-méve lès deûs sètchs a mitant pleins dès malkèf,.

Oùy on peûse li se : de vî tinips, on 1′ vindéve corne lès grains al mèseûre. 1 nos è d’meûre on spot : ainsi on cinsî qu’a on noû vârlèt et qui s’aparçut qu’i n’ lî convint wêre, dire d’ lu : i n’ magnerè mây on stî d’ se èl mohone.

 

 

III Mèseûres po 1′ vin, li bîre, li pèkèt, l’ ôle, etc.

 

L’unité d’ mèseûre po tot çoula èsteùt a Lîdje li pot ou qwåte.

Li pot d’ Lîdje tinéve, corne nos l’avans dit tôt-rade, cinquante pôces di St Houbièt ramourenés dès treùs sins, ou 1,279665 lite. Li pot t’néve deûs pintes; li pinte, deûs sopènes, èt l’ sopène, qwate mèseùres ou rokèyes.

Li sopène, c’ è-st-ine pitite chope ou chopine, è latin cupa, è tîhon schoppen. Po l’ bîre, è l’ plèce dè dîre ine sopène po ‘ne dimèye-pinte, on d’héve on pinte.

A Hu — èt sorlon tote aparence à Lidje ossu — on-z-aveût, po l’ vin, dès mèseùres di keûve di deûs pots èt d’ on pot (Ord. dè n d’awous’ 1505).

Li posson âreût d’vou èsse li min.me afaîre qu’ on pot ou qu’ ine qwâte. Mins come lès prumîs possons èstît d’ ordinaîre di pîre ou d’ tére d’ Alemagne, on n’ lès-adjèrcihéve nin tos côps à l’ djusse mèseûre : i-ènn’ aveût bècôp qui t’nit çou qui l’ tchance lès-aveût fait. Mins pus târd, qwand on fit dès possons di stin, cès-cial èstît sàyelés èt avît todi djusse leû compte di deûs pintes.

 

On louméve ossu posson, li pinte di stin — sopène ou d’mèye-pinte — qu’on sièrvéve èt qu’on buvéve avou l’ vin de payis. C’èst d’ ci p’tit posson la qu’on a fait 1′ mot pussinèt po sièrvi 1′ vin èt l’èwe à priyèsse qui dit messe.

Dispôy lès novèlès mèseùres dèl Rèvolucion, li Iwè a d’fiudou de fé dès possons qui tinrît on nombe djusse di pintes ou miume di lites. 1 fat qu’on lès fabrique so pouf, afin qu’on u’ s’è pôye sièrvi po mèserer.

C’èst 1′ miume djeù avou lès djusses. Dè vî timps ine djusse à lèssè ou al bîre tinéve ût qwâtes ; lès djusses a l’ôle tinît quatwaze qwâtes et ‘ne sopène et lès pus grandes, qu’on louméve dès stis, tinît vint’-qwate qwâtes (Ord. de 5 di djanvir 1689, p.135).

Lès djusses èstît faites di keùve et pus tard di stinné fièr. Ele èstît a pô près l’mwètèye pus streùtes à fond ou so li d’zos qu’èl panse. Dizeù 1′ panse èle si rastreûtihît po fé ‘ne espèce di buse di cinq’ sî pôces di haut so ‘ne qwatrinne di lâdje. C’èst-è cisse bûse-la qu’on mètéve li covièke a fwèrt longs bwèrds, afin qu’i n’ sipritchasse rin fou dèl djusse tôt 1! pwèrtant, minme qwand ‘le èsteût pliute. L’orèye po 1′ pwèrter aléve dèl paiise dis-qu’al copète. Oùy on fait co dès djusses; totes lès martchandes di lèssè ènn’ont, mius on 11′ lès wèse-reùt pus fé qu’èle tinèsse otetant d’ pintes ou d’lites.

Lès pruniîs sèyês èstît d’ bwès et cédés d’ bwès : c’èsteùt lès coûvelîs qui lès fît : on sèyê d’adreût tinéve dî qwâtes. C’èst-avou dès s’-faits sèyês, bin r’hurés â-d’vins et â-d’foù qu’ons aléve moûde lès vatches, c’est coula qu’on lès louma moiïdeûs. Pus tard, on lès cècla d’ keûve, adon-puis èl pièce di sèyês d’ bwès, on eût po moùde dès cis d’ keùve a buse et dès cis di stainné fier, qu’on louma dès éit’is.

Divins lès grantès cinses qu’avît dès dîh-ùt’, dès vint’ et dès vint’-cinq1 vatches, i n’èsteût nin possibe di rapwèrter 1′ lèssê al mohone avou deûs sèyês et on hârkè : i-âreût talou trop’ di moûdrèsses et d’ordinaire i-ènn’a qu’ deùs, râremeiit treûs. Voci cou qu’on fit : on eùrit, corne vos dîrîz, ‘ne grande djusse di keùve a deùs manotes sondêyes a-d’dizeûr dèl panse. C’èsteùt 1′ coleù qu’ lî sièrvéve di covièke. Fait’ a fait’ qu’on moûdéve, on coléve li lèssê tôt l’tapantèl grande djusse. Adon lès deùs moûdrèsses èl rapwèrtît inte leûs deûs avou leû vu sèyê è Faute main. C’est cisse grande djusse la qu’on louma on moûdeû et l’ no passa minme å moûssî on pot å boûre, qui l’a wârdé.

 

Ces pots-la, qu’ont lès dints à cou, corne dit l’ad’vina, vinît et v’nèt co de costé d’ Francfôrt-so-l’Main : i sont fait d’ tére, breune â-d’foù; grise â-d’vins. I-ènn’a d’treùs grandeurs : lès p’tits ou lès cis a ‘neyfezir, qui’t’nèt trinte lîves di boûre; lès èmètrins ou a deùs fleurs, qu’ènnè t’nèt quarante, et lès grands ou a treùs fleurs qu’ènnè t’nèt cin­quante.

On mètéve li bîre divins dès tonès sâyelés. Li pus gros èsteùt l’ainme, è latin ama ou hama, è tîhon eimer. L’ainme tinéve ine tone et d’mèye et 1′ tone èsteùt d’ rionante pots ou qwâtes :

« la tonne à bière contiendra nouante quartes au vin… Toutes tonnes à bière de brasseurs et revendeurs devront être jau­gées du jaugeur, et marquées de la marque du scelleur comme d’ancienneté» (ibid. p. 135).

On fève ossu, come oùy, dès d’mèyès tones.

Pusqu’ine tone valéve 90 pots, èle tinreùt oùy 115 lites 17. C’est a fwèrt pô d1 tchwè près cou qu’ine feùliète di Bourgogne tint, ou 114 lites.

I-èst-a supôser qu’ lès mèseùres po 1′ vin èstît lès minmes a Lîdje qui pol bîre, de mons po l’s ainmes, a ‘nnè djudjî so treùs passèdjes di scriyeûs lîdjwès qui Ducange cite : « Persolvere autem debent cur-tarii quatuor amas vini (Hubert). Si pignoris loco vini poneret amam (Anselme). Commemoratio D. Notgeri, Episc. nostri pro quo habemus amam vini de Frangeis (Chapeaville).

Lès bots po coyî lès trokes èstît sâyelés ossu. Hoùtez ‘ne ôrdonance de il d’awous’ 1595 po lès cis d’ Hu : « Pareillement, tous vignerons debvront et seront tenus faire sceller et marquer tous les bots a porter vin » (IIe sér. vol. II, p. 157). On n’ nos dit iiin cou qu’on bot d’véve tini ; mins, po fé sàyeler on noû, il faléve payî ût patârs et po 1′ ri-mèserer /os /’s ans qwate patârs.

Po ]’ pèquèt on aveût a Lîdje on gros tonê qu’on louméve oksô ou oxô. C’èst-on mot qui nos a v’nou dèl Hollande wice qu’on d’héve oxhoofdt. Mi cama­rade li professeur F. Van Veerdeghem m’a bin volou rinde li sièrvice di qwèri cou qu’ c’est qu’in-oxhoofdt. I m’ done lès avis da Van Dale, da Franck, da Kuipers et da Kluge : nouk di zèls n’est fwèrt bin rac’sègnî po dire di wice qui 1′ mot vint, tot-z-èstant d’acwérd po ‘une fé on gros tonê. Li sinti-mint da Franck, H minme qui 1′ ci d’à professeur Vercoullie, di Gand, ni lêt nin qu’ d’esse curieûs.

Oxhoofdt vinreût di hogs ou hoks-hoofd. Hoofd, ci sèreût ‘ne tièsse, pwis ‘ne pîce (di vin) come caput, qwand l’ latin a k’mincî a s’ lèyî ènn’ aler ; èt hog ou hok vinreût lu-min.me d’ on vî mot francès hogue qu’on n’ ritroûve pus qui d’vins onk qu’ a djon.nelé : hoguette, ou p’tit tonê d’ vin. Et come d’ èfet, li dicsionaîre da Plantin, â sazin.me siéke, tradwih oxhoofd : tonneau de France.

L’oxo valéve divins lès Tîhons li qwârt d’ on vat (een vat wyn = un muid, une pièce, une pipe de vin, ou sîh ankers, dit Van Dale, qui fèt âtoû d’ deûs cint’ èt vint lites. Tot çou qu’ dj’ a polou trover po l’ oxo d’ Holande è payis d’ Lîdje, vès l’ timps dè prumî Napolèyon, c’ èst qu’ i t’néve 170 botèyes. On s’ sovint co qu’ on mètéve djourmây li pèkèt d’vins dès grossès botèyes d’ on pot : i n-a wère qui dj’ ènn’ aveû co treûs ou qwate. Si c’ è-st-insi, l’ oxo âreût t’nou 217 lites 54, quâsî djusse çou qu’ Van Dale dit.

Lès tonês, grands et p’tits, avît deûs faces : li cou èt l’ tièsse. C’ èsteût so li d’zos dè l’ tièsse qu’ on foréve on trau po vûdî l’ tonê èt on sèréve li trau avou ‘ne broke longue assez po l’ apougnî po â-d’foû. Ci n’ èst qu’ pus târd qui l’ crâne nos-a v’nou d’ mon lès Tîhons. Mins co oûy, po dîre : mète li crâne so on tonê, on dit abrokî on tonê. Po-z-impli l’ tonê, i-aveût d’zeûr, â mitan dès dèwes, inte tièsse èt cou, on rond trau, lâdje assez po-z-î passer on gros traîteû, po l’ vin èt po l’ pèkèt. On l’ sèréve avou on tapon d’ bwès, èwalpé d’ ine clikote èt qu’ èsteût à ras’ dè l’ dèwe. Lès traus dès tonês à l’ bîre èstît pus lâdjes, tot-z-èstant todi tot ronds, pace qu’ i faléve qu’ on-z-î polahe passer s’ brès’ po lès laver â d’vins à l’ tchaude êwe. On sèréve ci trau-là avou on gros haut boutchon d’ bwès qu’ on louméve ine tèssèle èt qu’ èsteût trawêye â mitan d’ on tot p’tit trau, po d’ner aîr à fèye, èt qu’ on cloyéve avou ‘ne pitite tchivèye ronde èt bètchowe : c’ èsteût l’ fâssèt. Oûy, on-a dès tèssèles di fièr qui s’ visselèt (ou vissetèt) èt on n’ mèt’ pus nou fâssèt : sûremint qu’ lès brèsseûs comptèt qu’ leû bîre tchèsserè todi reûd assez avou l’ mèlasse qu’ is hèrèt d’vins.

 

IV Lès Peûs, Pwès ou Pèsants

 

Quâsî d’vins tot nos payis d’Europe, li lîve èsteût l’unité d’ pwès. Ele prov’néve dès Romains-quel loumît libra ou as libralis, mins ‘le aveût ou tot plin crèhou ou bêcôp d’cwèli avâ lès vôyes, et on ‘nnè poléve dire sins s’ roûvî : otetant d’ payis, otetant d’ lîves.

Li lîve dès Romains qu’aveùt t’nou doze onces ou unciae so li d’dièrin, peûsereût oûy 321 grames 238 ou a quéques grames près, li tîs’ d’on kilo. A Lîdje, si lès papîs dès ancyins nos rac’sègnèt cou qu’i faléve po on pîd et po on pot, i n’ nos d’hèt nin cou qu’ine lîve pèséve. L’ôrdonance de 5 di djanvîr 1689 si continte de dire : « La livre com­mune devra contenir, comme de lont temps, seize onces, et la petite livre douze onces… La livre aux chandelles de suif devra peser deux livres com­munes et un demi-quarteron ». Ainsi li lîve di Lîdje valéve saze onces, et d’après lès rapwètroûles qu’on ‘nn’ a fait avou lès noûvès mèseûres dèl Rèvolucion, èle pèséve 467 grames 093. Ine once di Lîdje valéve ût gros et l’ gros, septante deùs grains. Ainsi on grain pèséve on tôt pô pus qu’on d’mèy décigrame (0 gr. 05067).

Vos v’ mâdjinez âhêyemint qu’i n’aveût qu’ lès ôrféves et lès apoticâres, corne nos l’ dîrans tôt asteûre, qui s’ sièrvîhe di p’tits afaires ainsi. Lès comèrçants n’alît nin pus lIon qu’ine dimèye once. Leûs p’tits pesants èstît faits d’ crou-fièr, ronds et a pan d’ souke, avou, è mwètèye, on qwàré trô qui passéve tôt oute et wice qu’ons èplonkîve li makète ou l’oné  dè pesant.  C’èsteût tot  mètant  pus ou mous d’ plonk è trô qu’ons apâyléve li pwès.

Ons aveût dès pèsants d’ crou-fièr d’ine dimèye once, d’ine once, di deûs onces — qu’on aveût loumé d’ timps passé fièrton ou firton, è tihon viertel, pace qui c’èsteût l’ qwârt d’on mâr, un marc ou ‘ne dimèye lîve ; — di deûs et d’ qwate onces, puis d’ine dimèye lîve, d’ine lîve, di deûs, di qwate et d’ si lîves. Pus haut, lès pesants èstît d’ pire, todi avou ‘n-onê èplonkî d’vins, di dîh, di vint’ et pus râremint d’ cinquante lîves.

Lès pesants d’ vint lîves avît div’nou corne ine unité po peser lès bièsses qu’on touwéve, et, nawère èco, lès pourcês èstît pesés ainsi : « Nosse pourcê a bin riv’nou ; i pèséve quatwaze vints et d’mèy », c’èst-a-dîre 290 lîves ou quâsî 135 1/2 kilos.

Dj’a dit tôt-rade qu’a Lîdje lès ôrféves et lès apo-ticâres avît leûs pwès.

 

Comne lès-ôrféves ni k’tournît wère di grosses pèces d’or ou d’ârdjint, leû pus gros pwès èsteùt l’ mâr ou li d’mèye lîve, qui pèséve a Lîdje 246,028 grames. On mâr valéve ût onces; ine once, vint èstèrlins èt m-èstèrlin, trinte-deûs as’. Lès pesants dès ôrféves vinît d’ Nuremberg, ine vèye lîbe d’Alemagne. I-èstît d’ keùve. I-ènn’ aveût ût’ qui s’èmantchît, corne dès p’titès bwètes, l’on d’vins l’aute. Li pus gros qui t’néve tos l’s autes pèséve 4 onces et otetant lu,tot seû qu’ lès set autes èssonle. Li deûsinme pèséve deûs onces ou otetant qu’ lès sî pus p’tits qu’ lu. Li treûsinme, ine once ; li qwatrinme, ine dimêye once ou qwate gros ; li cinquinme, deùs gros; li sîhinme, on gros et 1′ sè-tinme et l’ûtinme, tchaque on d’mèy gros ou dîh èstèrlins. Lès pus p’tits pwès d’èstèrlins et d’as’ èstît faits di p’titès platènes di keûve qui leù valeur èsteût marquêye divins à ponçon avou dès piquets, quâsî corne so lès dés dès djeûs d’ dominos.

Lès apoticâres avît li p’tite lîve di doze onces, qui prôv’néve aparanmint dèl lîve rominne. L’once di li p’tite lîve valéve ût drames — è françès « drachme » ; — li drame valéve treûs scrupules et li scrupule, vint grains. Lès pesants v’nît d’ Nurem­berg ossu et disqu’al drame compris, i s’ rèmantchît l’on d’vins Faute corne lès cis dès ôrféves. Lès scrupules et lès grains èstît ossu dès p’titès platènes di keûve. Li p’tite lîve dès apoticâres pèséve 375 grames, lès onces èt lès drames, etc., à l’advinant.

 

N. LEQUARRÉ

 

Paul Fecherolle, Contribution à l’histoire de Bastogne, BASTOGNE DANS LE TEMPS, s.d.

 

(p.105) Institutions économiques : Les poids et mesures.

 

On sait que le système métrique est dû à la Constituante française. Rien n’est donc plus « Nouveau Régime ». Il est devenu légal en France en 1801 et obligatoire en 1840. Plusieurs pays, dont la Belgique, se sont ralliés à ce système qui, étant décimal, a l’avan­tage d’être clair et simple, sans comp­ter qu’il est une sorte de langue com­mune entre nations étrangères. Pour comprendre les pays qui ne l’ont pas adopté, on traduit en mètres, en litres, en grammes, les mesures régionales.

Sous l’Ancien Régime, le gros in­convénient des mesures locales était que les mêmes désignations indi­quaient des quantités différentes. Pour se comprendre, il fallait préci­ser, aune, mesure de Liège, pot, me­sure de Paris.

L’unité de longueur pour le détail était l’aune, c’est-à-dire la longueur de l’avant-bras. On se servait à Bastogne, de l’aune, mesure de Brabant, 73 cm. On comptait par demie, « quarte », huitième et seizième d’aune. Notons que l’aune de Paris était de 1,118 . Ces gens-là avaient le bras long !

On subdivisait aussi l’aune en pou­ces, le pouce valant de 2,5 cm. à 3 cm.

 

Les mesures de capacité étaient différentes, selon qu’il s’agissait de liquide ou de denrées sèches. Pour celles-ci, on se servait du bicket (19 litres environ), subdivisé en demi, quart, huitième, seizième et trente-deuxième. Le muid comprenait 16 bi-chets. On utilisait aussi le setier, me­sure extrêmement variable. L’avoine et le seigle étaient « moitables », c’est-à-dire qu’on échangeait une quantité d’avoine pour la moitié de la même quantité de seigle.

Pour les liquides, on se servait des « pots » de France. Le pot, à Paris, valait 1 litre 86 ; à Bastogne, 1 litre 60. Il y avait deux pintes dans un pot, deux chopines dans la pinte, quatre quarelets dans la chopine.

Le vin, notamment, se vendait par pots et pintes. On connaît l’expression « pot-de-vin » qui désigne aujourd’hui les cadeaux secrets qu’on fait à quel­qu’un pour obtenir une faveur ou un profit par son intervention. A l’ori­gine, il s’agissait de contributions indirectes d’abord en nature, puis en espèces équivalentes. Les rétributions de caractère louche se nommaient plutôt « épices et dragées », par allu­sion aux présents qu’on faisait aux magistrats pour les corrompre. Les épices et le sucre coûtaient très cher : il fallait mettre le prix pour entrer dans les; bonnes grâces des puissants.

L’unité de poids était la livre. On utilisait à Bastogne la livre de Liège, équivalant à 465 grammes. Le seizième (p.106) de livre était nommé once des Pays-Bas.

Pour les monnaies, la gamme la plus courante était : le patagoç ou écu de Luxembourg, valant 56 sols, le sol (8 centimes) et le liard ou quart de sol. On voit combien les comptes étaient malaisés avec ce système qui n’était pas décimal. Mais il ne faut pas oublier que si, depuis les Croisa­des, on se servait des chiffres arabes, on calculait toujours en chiffres ro­mains : cette sorte d’alignement de jambages demandait beaucoup d’at­tention, mais évitait les erreurs.

 

Nous employons encore les termes : sou, livre, pinte, aune, corde, mais les anciennes mesures ont été alignées sur le système métrique : sou, 5 centi­mes ; aune, trois-quarts de mètre ; pinte, un demi-litre ; corde, un double stère, généralement.

 

  1. B. : La valeur de la corde n’était pas la même partout : à Ethe, la corde valait six stères.

Pour les grandes longueurs, on em­ployait la toise et le pied. Bastogne utilisait les mesures de Liège, dites de Saint Lambert : la toise valait 1 m. 95 et le pied, 0 m. 29.

L’unité de surface était le journal, c’est-à-dire l’étendue agraire qu’un homme pouvait labourer en un jour. On emploie encore ce terme pour désigner un are. Il y avait, dans le journal, 600 perches (ou verges). La

perche, à Bastogne, valait 8 pieds 25 de Saint-Lambert.

Le bois se mesurait à la corde, celle-ci ayant pour dimensions, en pieds de Saint-Lambert, 7 X 3,3 X 3,5, soit en mètres, 2,03 X 1,015 X 1,015, donc sensiblement deux mètres.

Lîdje / Liège

In : Annuaire de la SLLW, 21, 1908, p.146-167

Ine copène so lès Pwès et lès Mèseûres de vî Payis d’ Lîdje

 

Tot l’ monde sét qu’ dè timps passé, lès Pwès et lès Mèseûres, avou dès nos parèys, difèrît bècôp d’ ine contrêye, télefèye min.me d’ on viyèdje à l’ aute. Mins i sèreût fwèrt roûvî l’ ci qui pinsereût qu’ on poléve adon pèser ou mèserer à l’ visse à l’ vasse, come on-z-âreût volou. Si lon qu’ on l’ pôye riqwèri, on trouve qu’ è tot timps èt quâsî tot costé, on sâyeléve lès mèseûres èt lès pèsants tot lès markant, parmi payant, d’ ine cogne qu’ èsteût â pus sovint li cisse dè soverin dè payis.

A Lîdje, ç’ aveût stu po k’mincî deûs djudjes dè l’ coûr dès-Echevins qu’ avît oyou cisse bèsogne-là. Mins pus târd, qwand l’ comèrce tchèssa pus fwèrt, li prince-èvèke tchûsiha deûs-omes en-èsprès qu’ on louméve scelleurs ou sâyeleûs. Insi, ine ôrdonance da Dj’han-Louwis d’ Eldèren, dè 5 di djanvîr 1689, nos aprind qu’ lès deûs sâyeleûs d’ Lîdje èstît Dj’han-Batisse Mibaise èt Tchâle Natalis (1). Et l’ proûve

 

(1) Ordonn. IIe série, vol. I, p. 134.

 

qu’ on t’néve li min, min.me divins lès p’tits viyèdjes, à çou qu’ lès mèseûres èt lès pèsants fourihe sâyelés, c’ èst qu’ treûs fèyes l’ an.nêye, âs Rwès, à Pâke èt à l’ Sint-R’mèy, li bayî ou mayeûr ènn’ advèrtihéve lès mazwîrs ou payîsans âs plaîds jènèrals. Vo-‘nnè-ci ‘ne ègzimpe di l’ an 1643 :

« Ledit seigneur fait publier que si quelqu’un se déplainde que… ou que taverni n’ait mesure sayelée ou que bolengi n’aurait pas de pois preisable de loix… ledit seigneur être prêt pour le redresser ».

Dji supôse qu’ on n’ sâyeléve lès pèsants èt lès mèseûres qu’ ine fèye a te èt qu’ on n’ rik’mincîve nin tos l’s-ans come oûy ; mins on sâyeléve tot, disqu’âs tonês, disqu’âs bèrwètes à l’ hoye.

On dièrin mot : i-a passé on timps, on n’ dihéve nin pwèds, mins peûds : i nos d’meûre li spot : vinde in saqwè à peûds d’ ôr. On d’héve tot parèy : sins feû ni leû, « sans foi ni loi », come on dit co oûy a Lîdje l’ èglîse Sainte-Feû, po « Sainte-Foi ».

 

 

I Mèseûres di longueûr

 

L’unité, à Lîdje come aute pât, c’ èsteût l’ pîd. On-z-a prétindou qu’ è France, li pîd provenéve dè ci

 

(1) Ordonn., ibid., p. 135.

 

(p.148) da Charlèmagne, qu’ èst foû long — come li ci da s’ mére — èt qu’ c’ èst po çoula qu’ on l’ âreût loumé pîd di rwè. Tot l’ rapwèrtant âs mèseûres d’ asteûre — come nos l’ frans tot costé — li pîd da Charlèmagne âreût mèseré 0,234 m. Mins l’ pîd è-st-ossi vî qu’ lès-omes, qu’ avît pris so leû cwèrp totes leûs prumîrès mèseûres.

A Lîdje, on-z-aveût d’ deûs sôrs di pîds : li pîd d’ sint Houbièt èt l’ pîd d’ sint Lambièt. On l’s-aveût mèseré, dj’ ô bin, so lès pîds dès posteûres dès deûs sints qu’ èstît a l’ intrêye dè keûr di nosse vèye catèdrâle, sint Houbièt, so l’ dreûte min ou dè costé d’ l’ Epite, èt sint Lambièt so l’ hlintche ou dè costé d’ l’ Evanjile. Li pîd d’ sint Houbièt èsteût marké è meûr dè l’ catèdràle, come l’ ôrdonance de 5 di djanvîr 1689 èl dit :

« Conformément au pied que notedit chapitre cathédral garde, lequel peut se voir en la muraille proche de la porte du vieux chapitre, avec les divisions proportionnées à l’ad­venant » (p. 135).

Ine ôrdonance dè 18 di may 1702, da  Djosèf-Clémint d’ Bavîre, oblidja, po tofèr, di s’ sièrvi dè pîd d’ St Lambièt po mèserer lès tères èt dè ci d’ St Houbièt po lès-autès mèseûres, come on laveût todi fait dè timps passé. (Ibid. p. 305.)

Tos l’s-omes di mèstî èt tos lès martchands si sièrvît don dè pîd d’ St Houbièt è payis d’ Lîdje. I valéve â djusse 0,2947 m, èt i s’ trovéve ine miète pus grand qui l’ ci dè l’ Braîbant qui valéve 0,284 m.

Tot fant qui l’ pîd dès-Inglès èt l’ ci dès Francès èstît d’ doze pôces, come li ci dès vîs Romins, li pîd d’ Lîdje, ossi bin l’ ci d’ St Houbièt qui l’ ci d’ St Lambièt, n’ aveût qu’ dîs pôces. Poqwè? Dji nè l’ sâreû dire. Et çoula m’ sonle d’ ot’tant pus drole qui l’ pîd d’ St Houbièt èsteût, à on dj’vè près, parèy qui l’ pîd dès Romins, qui Letronue lî donc 295 milimètes. On pôce valéve ût lignes èt l’ ligne, doze ponts. Mins l’s-ovrîs n’ ûsdît wère di ces p’tits-afaîres-là : il èstît afaitîs di n’ diviser qui di d’mèy-pôce, di qwârt ou di d’mèy-qwârt di pôce èt is  n’ alît nin pus Ion.

On n’ kinohéve nin lès rûles di potche ou lès ployants rûles d’oûy. On s’ sièrvéve d’ on rûle di qwate pîds, qui raviséve ine régue d’ on pôce di spèheûr so onk èt d’mèy di lârdjeûr. Â rés’, li mot rûle vout dîre ine régue èt, come li francès « règle », i provint dè latin regula. So onk dès plats costés dè rûle, on markéve è bwès, â burin, avou dès rôyes di triviès, lès pîds, lès pôces, èt, po lès cink prumîs pôces, lès d’mèys, lès qwârts èt lès d’mèys-qwârts di pôce. Come c’ èsteût lès maçons qui s’ sièrvît l’ pus dè rûle di qwate pîds, on l’ louméve coran.mint rûle di maçon.

Lès houyeûs èt lès cis qu’ avalît lès pus’ à l’ bone êwe prindît â pus sovint leûs mèseûres à l’ teûse. Li teûse, qui provint dè latin tensam, aveût r’présinté po k’mincî li longueûr dès deûs brès’ d’in-ome sitindous tot â lâdje, ou, po lès cis qu’ sont faîts d’adreût, leû tèye ou leû hauteûr. Li teûse di Lîdje valéve sî pîds d’ S’ Houbiè.

Divins lès scrinîs et lès tchèp’tfs, on s’ sièrvéve de grand râle, qu’aveùt ût pîds d’ S* Houbiè. I n’èsteût nin bècôp pus spès qui 1′ rûle di maçon, mins on li d’néve disqu’a qwate pôces di lârdjeùr, po 1′ tini pus reûd et pus dreût, ça c’èst-avou F grand rûle qu’on minéve li lève. •

Li levé èsteùt fait d’ine plantche d’on hlé tchêne, on sins nouk, d’ine ûtinne di pôces lâdje so ‘ne dîhinne haute, et fwèrt djusse di sqwére so lès qwate costés. So onk dès p’tits costés, qu’aléve esse li d’zos de lève, on èvûdfve fou dôl plantche, djusse è mitan, on hârd d’on d’mèy rond. po-/-î lèyî bal’ter a si-àhe, sins rin aduser d’ nou costé, li pesant ou plonk de lève. Ci-cial, qu’aveùt on treûs qwârts di pôce di haut, raviséve on tôt p’tit pan d’ souke di plonk, trawé tôt ou te, dispôy li mitant de d’zos disqu’al bètchète. Ons î èfiléve li cwèfdê de lève après î avu fait on nouk po ratinre li pesant. So li d’zeûr de lève, a on qwârt di pôce de bwèrd et djusse è mitant dès deûs costés, on aveût foré on p’tit trô, wice qu’on passéve l’aute bètchète de cwèrdê et on l’î rat’néve avou ‘ne pitite tchivèye di doûs bwès qu’on poléve sètchî fou qwand on voléve. Djusse inte li mwètèye de trô di d’zeûr et 1′ mwètèye de hârd di d’zos, ine tote pitite héve, faite à burin, marquéve li rôye qui ]’ cwèrdê d’véve racovri tôt oute po qui 1′ lève fouhe bin d’aplomb qwaud i-èsteùt drèssî so, dizos, ou conte li grand rûle.

Corne vos ‘nnè pôle? djudji, on n’èsteùt wêre adon ustiyî corne oùy, nin pus po miner l’lève qui po fé dès dreùtès rôyes qwand c’est qu’èle èstît on pô longues. C’est coula qui d’vins lès grantès églises, qu’ont stu batèyes i-a passé treùs qwate cints ans, on veut téle-fèy dès finièsses qui sont deûs’ treùs pôces pus hautes di sou eune qui l’aute. C’est coula ossu qu’on veut 1′ keûr di ces églises la clintchî ‘ne miète so l’costé, rapôrt al rôye de mitan dèl grande alêye. I-ènn’a qui volet qu’ lès ârchi-tèques d’adon l’ârit fait èn-èsprès po r’présinter 1′ tièsse de Bon Diu sol creûs on pô clintchêye de hlintche costé. Ci sèreût vrêy si 1′ keûr di totes lès églises clintchîve todi de minme sins; nains i-a dès cisses qui n’ clintchèt nin, et, wice qu’èle èl fèt, tôt asteûre c’est vès 1′ hlintche main, tôt asteùre vès 1′ dreûte qui 1′ keûr est fou rôye avou P grande alêye : c’est corne i-atouméve.

 

Li pîd d’ S* Lambiè èsteùt ‘ne gote pus court qui l’ ci d’ S’ Houbièt : i valéve djusse 0,2917795 m. Corne nos l’avans dit, on n’ s’è sièrvéve qui po mèserer lès tères. Voci k’mint qu’on s’î prindéve.

Li mèsereû aveùt ‘ne grêye pîce di saze pîds ou on pô pus d’ 4,668 m, qu’on louméve ine vàfye. Lès vis Romains loumît pertica leu vèdje qu’èsteùt d’di pîds. È France, on ‘nnè fit 1′ « perche » ou pîce, mins pol longueur on pout dire qu’i-aveùt otetant d’ « perches » qui d’ payis.

Qwand c’est qu’on voléve mèserer ‘ne tère, on k’mincîve a eune dès cwènestot-z-apliquant 1′ vèdje so l’arôye et on plantéve deùs piquets as deûs bè-chètes dèl vèdje. Coula fait, on rapliquéve H vèdje tour à tour as deûs piquets, tôt 1′ mètant di sqwére avou l’arôye — a l’oûy po 1′ pus sovint, ou avou deûs ficelés dèl minme longueur qwand on voléve mèserer fwért djusse. On plantéve co deùs piquets à deûs novèlès bètchètes dèl vèdje, et on s’assuréve qui 1′ vèdje touméve djusse inte les deûs dièrins piquets. On aveùt ainsi on pèçot d’ tére di saze pîds so saze è qwàreûre ou d’ deûs cints cinquante sî pîds ramourenés : c’est cou qu’on louméve ine pitite vèfye. Qwand 1′ mèsereû aveùt mèseré vint s’-faits pèçots, ons aveùt ‘ne grande vèfye. Li p’tite vèdje valéve 0,2179 ares et 1’ grande vèdje 4,3589 ares.

Vint grantès vèdjes fît on bounî. C’est co on mot latin bomiarium, qui provint d’ borna, mèsbrudjî a bonna è latin d’ couhène et qui vout dire ruina.

I-a set’ ou ût cints ans d’ cial, on louméve banni ine tére qu’aveût stu inèserêye et qu’ons i aveût planté dès rinnâs. On n’ fève coula qu’ po lès tères qu’on tchèrwéve ou, d’vins lès tiers, po lès cis qu’on n’ poléve cultiver qu’ai hawe. Lès prés, lès bwès et lès marasses n’avît nin dès rinnâs et s’ènn’avit-i nin raèsâhe : c’èsteùt dès bins d’comeune ou di c’mogne qu’èstît banâves.

Pitit a p’tit on d’na 1′ valeur di vint grantès vèdjes a ‘ne tére qu’aveût des rinnâs et on ‘nnè fit 1′ mèseûre d’on boum. Di ç’ timps-la, divins lès bons tèreûs, corne èl Hèsbaye, ine cinse èsteùt d’ordi­naire di doze bounis. C’est cou qu’i faléve a on maswîr ou manant » po viker lu et s’ feume, ses èfants, ses siêrfs et ses bièsses. On louméve ine si-faite cinse è latin mansus, qui vout dire ine dimeûre d’abord .et puis ine valeur di doze bounis. Di l’aute costé dèl Moûse, wice qu’i-a dès tiers et dès croupèts, lès cinses avît pus d’ doze bounîs et c’est coula qu’on pout 1ère divins lès vis aks dès afaires corne çouci : « I li d’na on manse d’on manse et d’mèy », cou qui vout dire : i li d’na ‘ne cinse di dîh-ùt bounîs.

Li mot « manse » ni poléve aut’mint qui di s’ ki-sèmer tôt wice qu’ons a djâsé 1′ latin de vî timps.

 

On trouve co èl Loriune meix ou meis, èl Provance mas, èl Bretagne ma, èl Nôrmandèye mois (mwès’1) et è nosse payis moxhe ou mohe. C’est d’ la qu’a v’nou mohon, a Vèrvî manhon, qui tint l’ pus près à latin mansio. Et, corne on d’héve me manhon, ine mohon, lès cis d’ Lîdje ont volou fé 1′ malin tôt mètant ine e al cowe de mot et tôt d’haut ine mohone, tôt djusse corne lès Francès ont djudjî qu’ faléve dire une bure èl pièce d’où bure, corne nos autes on beûr.

On s’ sièrvéve quéquefèy ossu po mèserer lès téres de djournâ, è francès « journal ». C’est çcou qu’on pout laburer so ‘ne djournêye. È payis d’ Lîdie, on djournâ valéve cinq’ grantès vèdjes ou 1′ qwàrt d’onbounî. Mins âtoû d’ nos autes, è payîs d’Limbourg et è ci d’ Luxembourg, sûremint qu’ lès omes et lès bièsses èstît pus djintis, ça on djournâ î valéve ùt grantès vèdjes.

Mutwèt qui l’ pîd d’ S* Lambiè, sol posteûre dèl catèdrâle, irèsteût nin ossi âbôy a mèserer djusse qui l’ ci d’ St Houbiè, ou bin qu’ lès mèsereûs a vît ma tèyî leû vèdje di saze pîds. Ça i-aveùt quéques viyèdjes è payis d’ Lidje qu’avît leû vèdje a part. Tôt prindant po mosse li pîd di om2917795; qui nos ‘nn’avans djâsé disqu’asteûre, voci k’bin qu’i-aveût d’ pids et d’ pôces di cisse mèseûre-la d’vins li p’tite vèdje dès viyèdjes qui sûvèt :

 

Hacou

15 pîds  2 pôces

 

Ans èt Molin èt Fîze                    

16 pîds  1 pôces

 

Awans èt Hognoul

15 pîds  8,5 pôces

 

Bièrnawe, à payis d’ Dalem, mins

qui s’ rèclaméve dè payis d’ Lîdje   

15 pîds  5 pôces

 

Fontaine (Hosémont), Fraiteûre,

St-Sèverin, Sohèt, Tinlot èt

Vëlé-l’-Timpe…..

16 pîds  5 pôces

 

Frére, Halèbaye, Liés’, Mélin èt

Vilé-l’-Vèke

15 pîds  7,5 pôces

 

Granvèye, Heure, Olèye, Orèye,

Paifve, VorouxètWihogne   

15 pîds  6 pôces

Lèns sol Djèr, Wåroux èt

Xhènemål………

15 pîds  3 pôces

 

Otèye

15 pîds  9 pôces

 

Hèsta aveût ossu ‘ne pitite vèdje di 16 pîds 5 pôces dè timps qu’ aveût stu tère di Braîbant, mins èle fourit d’ 16 pîds qwand i divena payis d’ Lîdje.

Viersèt èt Terwangne avît ‘ne pitite vèdje di 20 pîds d’ St Lambièt.

 

* * *

 

On mèseréve a l’ aune lès draps, lès stofes, lès teûles, lès nâles, lès cowètes et tos-afaîres ainsi.

L’ aune di Lîdje valéve deûs pîds et on qwârt di St Houbièt (Ord. dè 5 di djanvîr 1689), çou qui faît 0, 6631 m ou quâsî tot djusse lès deûs tîs’ d’on mète. Ossu d’vins nos botikes compte-t-on co oûy li mète po ine aune èt d’mèye.

 

II Mèseûres po lès grins, lès favètes, lès vèces, les peûs èt  1′ sé

 

Po totes ces dinrèyes-la, l’ unité c’ èsteût li stî.

Li mot stî, è francès « setier », è vî francès « sestier », provint dè latin sextanus, ine mèseûre qu’èsteùt 1′ sîhinme pârtèye d’ine pus grande, li congius.

L’ôrdonance de 5 di djauvîr 1689 nos dit çou qu’ on stî deùt t’ni : « Le setier à mesurer le grain tiendra, comme du passé, vingt-quatre pots ou quartes au vin (p. 135) »• Nos vièrans pus bas qu’on pot valéve cinquante pôces di S’ Houbiè ramou-renés dès treûs sins.

On stî t’néve qvvate qwàtes ; li qwàte, qwate pognons ou pougnous; et 1′ pognou qwate mèseûres.

Li stî èsteût fait d’ deûr bwès, tôt rond, ossi làdje dizeûr qui d’zos et avou on fond tôt plat. I-èsteût cèclé d’ fier âtoû ; dès sqwéres di fier tiirît 1′ fond as montants po qu’ li d’vins n’ bodjasse mây. So li d’zeûr, ine reùde baguète di fier èl trivièrséve pol mwètèye d’on bwérd a l’aute et èle èsteût

at’nowe à mitant d’ine aute baguète di fier hazèye è fond. C’est por la qu’on apougnîve li stî.

On fève dès d’mèys-sitîs, dès qwâtes, dès po-gnous, dès d’mèys-pognous et dès mèseûres, tôt coula d’ bwès.

On d’vise quéquefèy d’on grand sfi. Dji n’a polou saveur à djusse cou qu’ c’èsteùt; mins voci cou qu’ dj’a trové d’vins lès vis aks qui djâsèt d’ rintes. On mèseréve di deûs manîres à stî : po lès deùrs grains — wassin ou rogon, spéte ou blé et frumint — après aveûr impli li stî, on passéve li stritche dissus po qu’i fouhe a ras1 ; po lès màr-sèdjes — wèdjes, avonne, favètes et vèces, — on hopéve li stî tant qu’ons è poléve mète, et c’èsteût l’atch’teù qu’apougllîve li fier d’à mitant tôt passant s’ main è grain et tôt ‘nue faut r’t.oumer 1′ mons possibe. On loutnéve coula on hopé stî : dji m’ mà-djène qui c’èsteût 1′ grand stî.

I faléve ût stîs po on mov; c’est co ‘ne mèseûre dès Romains : moduts, è francès « muid ». Li moy di Lîdje valéve tôt près d’ deûs hèctolites et d’mèy (245 lites 6952). D’vins l’ timps, on n’ cultivéve quasi âtoû d’ Lîdje qui 1′ wassin et 1′ blé, quéque­fèy lès deûs èssonle » : c’èsteût dèl mèsteùre. Lès grains d’ blé sont si bin sèrés deûs a deûs èl paye quels èwalpêye, qu’i n’ vinèt nin fou, minme tôt lès

 

bâtant. On stî d’ blé est bëcôp pus lèdjîr qu’on stî d’ wassin, et on dj’vâ d’ moûnî pwèrtéve âhèye-mint oh moy ou ùt stîs d’ blé : c’est po coula qu’on d’héve à pus sovint ine fchèfye di blé èl pièce de dire on moy. Po té ‘ne tchèdje, on mètéve qwate sitîs en on sètch a cavaye de dj’vâ ; puis, d’vius deùs autes sètchs ossi longs qui l’prumî, on mètéve deûs stîs d’vins tchaque, et lès deùs p’tits sètchs creûhelés èstît mètous a cavaye de grand. On lou-méve lès deûs sètchs a mitant pleins dès malkèf,.

Oùy on peûse li se : de vî tinips, on 1′ vindéve corne lès grains al mèseûre. 1 nos è d’meûre on spot : ainsi on cinsî qu’a on noû vârlèt et qui s’aparçut qu’i n’ lî convint wêre, dire d’ lu : i n’ magnerè mây on stî d’ se èl mohone.

 

 

III Mèseûres po 1′ vin, li bîre, li pèkèt, l’ ôle, etc.

 

L’unité d’ mèseûre po tot çoula èsteùt a Lîdje li pot ou qwåte.

Li pot d’ Lîdje tinéve, corne nos l’avans dit tôt-rade, cinquante pôces di St Houbièt ramourenés dès treùs sins, ou 1,279665 lite. Li pot t’néve deûs pintes; li pinte, deûs sopènes, èt l’ sopène, qwate mèseùres ou rokèyes.

Li sopène, c’ è-st-ine pitite chope ou chopine, è latin cupa, è tîhon schoppen. Po l’ bîre, è l’ plèce dè dîre ine sopène po ‘ne dimèye-pinte, on d’héve on pinte.

A Hu — èt sorlon tote aparence à Lidje ossu — on-z-aveût, po l’ vin, dès mèseùres di keûve di deûs pots èt d’ on pot (Ord. dè n d’awous’ 1505).

Li posson âreût d’vou èsse li min.me afaîre qu’ on pot ou qu’ ine qwâte. Mins come lès prumîs possons èstît d’ ordinaîre di pîre ou d’ tére d’ Alemagne, on n’ lès-adjèrcihéve nin tos côps à l’ djusse mèseûre : i-ènn’ aveût bècôp qui t’nit çou qui l’ tchance lès-aveût fait. Mins pus târd, qwand on fit dès possons di stin, cès-cial èstît sàyelés èt avît todi djusse leû compte di deûs pintes.

 

On louméve ossu posson, li pinte di stin — sopène ou d’mèye-pinte — qu’on sièrvéve èt qu’on buvéve avou l’ vin de payis. C’èst d’ ci p’tit posson la qu’on a fait 1′ mot pussinèt po sièrvi 1′ vin èt l’èwe à priyèsse qui dit messe.

Dispôy lès novèlès mèseùres dèl Rèvolucion, li Iwè a d’fiudou de fé dès possons qui tinrît on nombe djusse di pintes ou miume di lites. 1 fat qu’on lès fabrique so pouf, afin qu’on u’ s’è pôye sièrvi po mèserer.

C’èst 1′ miume djeù avou lès djusses. Dè vî timps ine djusse à lèssè ou al bîre tinéve ût qwâtes ; lès djusses a l’ôle tinît quatwaze qwâtes et ‘ne sopène et lès pus grandes, qu’on louméve dès stis, tinît vint’-qwate qwâtes (Ord. de 5 di djanvir 1689, p.135).

Lès djusses èstît faites di keùve et pus tard di stinné fièr. Ele èstît a pô près l’mwètèye pus streùtes à fond ou so li d’zos qu’èl panse. Dizeù 1′ panse èle si rastreûtihît po fé ‘ne espèce di buse di cinq’ sî pôces di haut so ‘ne qwatrinne di lâdje. C’èst-è cisse bûse-la qu’on mètéve li covièke a fwèrt longs bwèrds, afin qu’i n’ sipritchasse rin fou dèl djusse tôt 1! pwèrtant, minme qwand ‘le èsteût pliute. L’orèye po 1′ pwèrter aléve dèl paiise dis-qu’al copète. Oùy on fait co dès djusses; totes lès martchandes di lèssè ènn’ont, mius on 11′ lès wèse-reùt pus fé qu’èle tinèsse otetant d’ pintes ou d’lites.

Lès pruniîs sèyês èstît d’ bwès et cédés d’ bwès : c’èsteùt lès coûvelîs qui lès fît : on sèyê d’adreût tinéve dî qwâtes. C’èst-avou dès s’-faits sèyês, bin r’hurés â-d’vins et â-d’foù qu’ons aléve moûde lès vatches, c’est coula qu’on lès louma moiïdeûs. Pus tard, on lès cècla d’ keûve, adon-puis èl pièce di sèyês d’ bwès, on eût po moùde dès cis d’ keùve a buse et dès cis di stainné fier, qu’on louma dès éit’is.

Divins lès grantès cinses qu’avît dès dîh-ùt’, dès vint’ et dès vint’-cinq1 vatches, i n’èsteût nin possibe di rapwèrter 1′ lèssê al mohone avou deûs sèyês et on hârkè : i-âreût talou trop’ di moûdrèsses et d’ordinaire i-ènn’a qu’ deùs, râremeiit treûs. Voci cou qu’on fit : on eùrit, corne vos dîrîz, ‘ne grande djusse di keùve a deùs manotes sondêyes a-d’dizeûr dèl panse. C’èsteùt 1′ coleù qu’ lî sièrvéve di covièke. Fait’ a fait’ qu’on moûdéve, on coléve li lèssê tôt l’tapantèl grande djusse. Adon lès deùs moûdrèsses èl rapwèrtît inte leûs deûs avou leû vu sèyê è Faute main. C’est cisse grande djusse la qu’on louma on moûdeû et l’ no passa minme å moûssî on pot å boûre, qui l’a wârdé.

 

Ces pots-la, qu’ont lès dints à cou, corne dit l’ad’vina, vinît et v’nèt co de costé d’ Francfôrt-so-l’Main : i sont fait d’ tére, breune â-d’foù; grise â-d’vins. I-ènn’a d’treùs grandeurs : lès p’tits ou lès cis a ‘neyfezir, qui’t’nèt trinte lîves di boûre; lès èmètrins ou a deùs fleurs, qu’ènnè t’nèt quarante, et lès grands ou a treùs fleurs qu’ènnè t’nèt cin­quante.

On mètéve li bîre divins dès tonès sâyelés. Li pus gros èsteùt l’ainme, è latin ama ou hama, è tîhon eimer. L’ainme tinéve ine tone et d’mèye et 1′ tone èsteùt d’ rionante pots ou qwâtes :

« la tonne à bière contiendra nouante quartes au vin… Toutes tonnes à bière de brasseurs et revendeurs devront être jau­gées du jaugeur, et marquées de la marque du scelleur comme d’ancienneté» (ibid. p. 135).

On fève ossu, come oùy, dès d’mèyès tones.

Pusqu’ine tone valéve 90 pots, èle tinreùt oùy 115 lites 17. C’est a fwèrt pô d1 tchwè près cou qu’ine feùliète di Bourgogne tint, ou 114 lites.

I-èst-a supôser qu’ lès mèseùres po 1′ vin èstît lès minmes a Lîdje qui pol bîre, de mons po l’s ainmes, a ‘nnè djudjî so treùs passèdjes di scriyeûs lîdjwès qui Ducange cite : « Persolvere autem debent cur-tarii quatuor amas vini (Hubert). Si pignoris loco vini poneret amam (Anselme). Commemoratio D. Notgeri, Episc. nostri pro quo habemus amam vini de Frangeis (Chapeaville).

Lès bots po coyî lès trokes èstît sâyelés ossu. Hoùtez ‘ne ôrdonance de il d’awous’ 1595 po lès cis d’ Hu : « Pareillement, tous vignerons debvront et seront tenus faire sceller et marquer tous les bots a porter vin » (IIe sér. vol. II, p. 157). On n’ nos dit iiin cou qu’on bot d’véve tini ; mins, po fé sàyeler on noû, il faléve payî ût patârs et po 1′ ri-mèserer /os /’s ans qwate patârs.

Po ]’ pèquèt on aveût a Lîdje on gros tonê qu’on louméve oksô ou oxô. C’èst-on mot qui nos a v’nou dèl Hollande wice qu’on d’héve oxhoofdt. Mi cama­rade li professeur F. Van Veerdeghem m’a bin volou rinde li sièrvice di qwèri cou qu’ c’est qu’in-oxhoofdt. I m’ done lès avis da Van Dale, da Franck, da Kuipers et da Kluge : nouk di zèls n’est fwèrt bin rac’sègnî po dire di wice qui 1′ mot vint, tot-z-èstant d’acwérd po ‘une fé on gros tonê. Li sinti-mint da Franck, H minme qui 1′ ci d’à professeur Vercoullie, di Gand, ni lêt nin qu’ d’esse curieûs.

Oxhoofdt vinreût di hogs ou hoks-hoofd. Hoofd, ci sèreût ‘ne tièsse, pwis ‘ne pîce (di vin) come caput, qwand l’ latin a k’mincî a s’ lèyî ènn’ aler ; èt hog ou hok vinreût lu-min.me d’ on vî mot francès hogue qu’on n’ ritroûve pus qui d’vins onk qu’ a djon.nelé : hoguette, ou p’tit tonê d’ vin. Et come d’ èfet, li dicsionaîre da Plantin, â sazin.me siéke, tradwih oxhoofd : tonneau de France.

L’oxo valéve divins lès Tîhons li qwârt d’ on vat (een vat wyn = un muid, une pièce, une pipe de vin, ou sîh ankers, dit Van Dale, qui fèt âtoû d’ deûs cint’ èt vint lites. Tot çou qu’ dj’ a polou trover po l’ oxo d’ Holande è payis d’ Lîdje, vès l’ timps dè prumî Napolèyon, c’ èst qu’ i t’néve 170 botèyes. On s’ sovint co qu’ on mètéve djourmây li pèkèt d’vins dès grossès botèyes d’ on pot : i n-a wère qui dj’ ènn’ aveû co treûs ou qwate. Si c’ è-st-insi, l’ oxo âreût t’nou 217 lites 54, quâsî djusse çou qu’ Van Dale dit.

Lès tonês, grands et p’tits, avît deûs faces : li cou èt l’ tièsse. C’ èsteût so li d’zos dè l’ tièsse qu’ on foréve on trau po vûdî l’ tonê èt on sèréve li trau avou ‘ne broke longue assez po l’ apougnî po â-d’foû. Ci n’ èst qu’ pus târd qui l’ crâne nos-a v’nou d’ mon lès Tîhons. Mins co oûy, po dîre : mète li crâne so on tonê, on dit abrokî on tonê. Po-z-impli l’ tonê, i-aveût d’zeûr, â mitan dès dèwes, inte tièsse èt cou, on rond trau, lâdje assez po-z-î passer on gros traîteû, po l’ vin èt po l’ pèkèt. On l’ sèréve avou on tapon d’ bwès, èwalpé d’ ine clikote èt qu’ èsteût à ras’ dè l’ dèwe. Lès traus dès tonês à l’ bîre èstît pus lâdjes, tot-z-èstant todi tot ronds, pace qu’ i faléve qu’ on-z-î polahe passer s’ brès’ po lès laver â d’vins à l’ tchaude êwe. On sèréve ci trau-là avou on gros haut boutchon d’ bwès qu’ on louméve ine tèssèle èt qu’ èsteût trawêye â mitan d’ on tot p’tit trau, po d’ner aîr à fèye, èt qu’ on cloyéve avou ‘ne pitite tchivèye ronde èt bètchowe : c’ èsteût l’ fâssèt. Oûy, on-a dès tèssèles di fièr qui s’ visselèt (ou vissetèt) èt on n’ mèt’ pus nou fâssèt : sûremint qu’ lès brèsseûs comptèt qu’ leû bîre tchèsserè todi reûd assez avou l’ mèlasse qu’ is hèrèt d’vins.

 

IV Lès Peûs, Pwès ou Pèsants

 

Quâsî d’vins tot nos payis d’Europe, li lîve èsteût l’unité d’ pwès. Ele prov’néve dès Romains-quel loumît libra ou as libralis, mins ‘le aveût ou tot plin crèhou ou bêcôp d’cwèli avâ lès vôyes, et on ‘nnè poléve dire sins s’ roûvî : otetant d’ payis, otetant d’ lîves.

Li lîve dès Romains qu’aveùt t’nou doze onces ou unciae so li d’dièrin, peûsereût oûy 321 grames 238 ou a quéques grames près, li tîs’ d’on kilo. A Lîdje, si lès papîs dès ancyins nos rac’sègnèt cou qu’i faléve po on pîd et po on pot, i n’ nos d’hèt nin cou qu’ine lîve pèséve. L’ôrdonance de 5 di djanvîr 1689 si continte de dire : « La livre com­mune devra contenir, comme de lont temps, seize onces, et la petite livre douze onces… La livre aux chandelles de suif devra peser deux livres com­munes et un demi-quarteron ». Ainsi li lîve di Lîdje valéve saze onces, et d’après lès rapwètroûles qu’on ‘nn’ a fait avou lès noûvès mèseûres dèl Rèvolucion, èle pèséve 467 grames 093. Ine once di Lîdje valéve ût gros et l’ gros, septante deùs grains. Ainsi on grain pèséve on tôt pô pus qu’on d’mèy décigrame (0 gr. 05067).

Vos v’ mâdjinez âhêyemint qu’i n’aveût qu’ lès ôrféves et lès apoticâres, corne nos l’ dîrans tôt asteûre, qui s’ sièrvîhe di p’tits afaires ainsi. Lès comèrçants n’alît nin pus lIon qu’ine dimèye once. Leûs p’tits pesants èstît faits d’ crou-fièr, ronds et a pan d’ souke, avou, è mwètèye, on qwàré trô qui passéve tôt oute et wice qu’ons èplonkîve li makète ou l’oné  dè pesant.  C’èsteût tot  mètant  pus ou mous d’ plonk è trô qu’ons apâyléve li pwès.

Ons aveût dès pèsants d’ crou-fièr d’ine dimèye once, d’ine once, di deûs onces — qu’on aveût loumé d’ timps passé fièrton ou firton, è tihon viertel, pace qui c’èsteût l’ qwârt d’on mâr, un marc ou ‘ne dimèye lîve ; — di deûs et d’ qwate onces, puis d’ine dimèye lîve, d’ine lîve, di deûs, di qwate et d’ si lîves. Pus haut, lès pesants èstît d’ pire, todi avou ‘n-onê èplonkî d’vins, di dîh, di vint’ et pus râremint d’ cinquante lîves.

Lès pesants d’ vint lîves avît div’nou corne ine unité po peser lès bièsses qu’on touwéve, et, nawère èco, lès pourcês èstît pesés ainsi : « Nosse pourcê a bin riv’nou ; i pèséve quatwaze vints et d’mèy », c’èst-a-dîre 290 lîves ou quâsî 135 1/2 kilos.

Dj’a dit tôt-rade qu’a Lîdje lès ôrféves et lès apo-ticâres avît leûs pwès.

 

Comne lès-ôrféves ni k’tournît wère di grosses pèces d’or ou d’ârdjint, leû pus gros pwès èsteùt l’ mâr ou li d’mèye lîve, qui pèséve a Lîdje 246,028 grames. On mâr valéve ût onces; ine once, vint èstèrlins èt m-èstèrlin, trinte-deûs as’. Lès pesants dès ôrféves vinît d’ Nuremberg, ine vèye lîbe d’Alemagne. I-èstît d’ keùve. I-ènn’ aveût ût’ qui s’èmantchît, corne dès p’titès bwètes, l’on d’vins l’aute. Li pus gros qui t’néve tos l’s autes pèséve 4 onces et otetant lu,tot seû qu’ lès set autes èssonle. Li deûsinme pèséve deûs onces ou otetant qu’ lès sî pus p’tits qu’ lu. Li treûsinme, ine once ; li qwatrinme, ine dimêye once ou qwate gros ; li cinquinme, deùs gros; li sîhinme, on gros et l’ sè-tinme et l’ûtinme, tchaque on d’mèy gros ou dîh èstèrlins. Lès pus p’tits pwès d’èstèrlins et d’as’ èstît faits di p’titès platènes di keûve qui leù valeur èsteût marquêye divins à ponçon avou dès piquets, quâsî corne so lès dés dès djeûs d’ dominos.

Lès apoticâres avît li p’tite lîve di doze onces, qui prôv’néve aparanmint dèl lîve rominne. L’once di li p’tite lîve valéve ût drames — è françès « drachme » ; — li drame valéve treûs scrupules et li scrupule, vint grains. Lès pesants v’nît d’ Nurem­berg ossu et disqu’al drame compris, i s’ rèmantchît l’on d’vins Faute corne lès cis dès ôrféves. Lès scrupules et lès grains èstît ossu dès p’titès platènes di keûve. Li p’tite lîve dès apoticâres pèséve 375 grames, lès onces èt lès drames, etc., à l’advinant.

 

N. LEQUARRÉ