VIKADJE DO PASSÉ
MANIÈRES DE VIVRE DU PASSÉ
TCHIN.NETÃŽ
CHAÃŽNETIER
Willy Bal, La fabrication des chaînes à Jamioulx, in : EMVW, 1954, T73-76, p.94-104
Cet artisanat, quoique très ancien à Jamioulx [Th. 24], n‘a jamais été fort répandu : il est monopolisé, peut-on dire, par la famille Antoine à laquelle appartient le témoin que j’ai interrogé. M. Oréal Antoine, âgé actuellement d’une cinquantaine d’années: son arrière-grand-père était déjà tchin.netî « chaînetier ». D’ailleurs, la famille Antoine, sans doute la plus vieille de Jamioulx, porte le sobriquet de tchin.nî qui fut le premier vocable désignant le fabricant de chaînes : par la suite, comme de nombreux tchin.nîs ont abandonné la profession traditionnelle, le besoin s’est fait sentir d’un mot nouveau qui fut tchin.netî. On a probaÂblement hésité longtemps entre tchin.netî et tchin.neteû maintenant disparu, que j’ai rencontré dans le texte de la Pasquîye locale de 1882 mis obligeamment à ma disposition par M. Jules Vandereuse.
En 1938, quatre tchin.netîs travaillaient encore à Jamioulx : mon témoin, son frère, son père âgé alors de soixante-dix ans et un artisan étranger à la famille, établi depuis peu mais qui utilisait des procédés mécaniques. Maintenant, Oréal Antoine est le dernier représentant de ce métier, si ce n’est que le nouvel artisan, qui a repris entretemps le chemin de l’usine, fabrique encore des chaînes après journée (1).
L’outillage
L’atelier du chaînetier s’appelle èl fôdje «la forge » et comprend : èl fournia « la chaufferie » ; èl tchèminéye
(1) Lu premier état de cette étude — sans les illustrations établies par le Musée — a paru diins W. BAL, Lexique du parler de Jamioulx (Mémoires de la Commission Royale de Toponymie et Dialectologie, section wallonne, 5, 1949). p. 120-126.
(p.95) « la cheminée » : èl feu « le feu » : celui-ci est appuvé à un mur en briques, enduit d’argile, èl murèt. Dans la partie antérieure du massif de maçonnerie supportant le foyer se trouvent en creux èl batch au tchèrbon « le bac au charbon » et èl batch à l’ eûwe « le bac à l’eau » ;
un souflèt « soufflet » ; les parties en sont : èl vinta « la soupape», faite d’une  planchette recouverte de peau ; l’ avant-bûse, l’extrémité du tuyau du soufflet qui s’adapte dans èl tuwêre « la tuyère ». pièce de fonte encastrée au milieu du foyer : lès coûyes, le contrepoids du soufflet; ène tchin.ne « une chaîne », attachée au soufflet, et qui enroule autour d’un bourikèt « treuil ». Ce dernier, soutenu par des pieux appelés èstatches, est mis en mouvement par des perches jumelées formant leviers, lès souflêres ; ène grosse èglème «grosse enclume», dans laquelle peuvent se fixer une clawêre à tourèts « clouière à tourets». Un (p.96) cisia « ciseau » et une èstampe « estampe » servant à arrondir les climbias (cf. ci-dessous, p. 103). L’artisan possède des clawêres et des èstampes de divers calibres, ène pètite èglème « petite enclume » ou èglème à deûs bigôgnes, « enclume à deux pointes » : cette enclume est juchée sur un billot de chêne, in sto d’ chin.netî, un banc « établi » auquel est fixé un èto « étau ».
En outre, le tchin.netî mécanisé possède une cisâye « cisaille mécanique », une prèsse, matrice mécanique servant à la fabrication des chaînons, et une pèrçwêre « perçoir ».