VIKADJE DO PASSÉ

MANIÈRES DE VIVRE DU PASSÉ

TANEÛ

TANNEUR

taneû (tanneur)

(s.r.)

hårneû (écharnoir)

(DL)

in : Marylène Foguenne, Fils d’Ardenne, Souvenirs d’une vie au Pays de Bastogne, 1930-1950, éd. Eole, 2003

 

La récolte des écorces de chêne

 

Les écorces de chêne sont riches en tanin et étaient utilisées pour tanner les peaux. En ce temps-là, les Vaguet avaient une chênaie. Ces arbres étaient utilisés uniquement pour leurs écorces. Les chênes étaient coupés et seuls les rejets, poussant autour des racines nous intéressaient. Nous choisissions les plus grands ; ils pouvaient mesurer 10 à 20 mètres de haut. Chaque année, à la montée de la sève, nous commencions notre travail.

À l’aide d’une serpe, nous coupions, à hauteur d’homme et tout autour du tronc, une entaille dans l’écorce. Puis, la serpe couchée sur le tronc, nous enlevions une languette d’écorce sur toute la hauteur, jusque la base de la racine. En bas, nous prati­quions, comme en haut, une même entaille sur tout le pourtour. Nous introduisions ensuite sous l’écorce un pèleû (comme une cuillère à café plei­ne, en métal, d’où partait une tige s’enfonçant dans un manche en bois)

et nous détachions l’écorce de chaque côté de l’entaille verticale. Alors, aidée par la sève montante, l’écorce se détachait facile­ment, d’une pièce. Le rejet ainsi pelé était abattu car il allait de toute façon crever, contrairement au chêne-liège où l’écorce repousse sur le bois nu. Le travail n’était pas encore terminé. Nous coupions les grosses branches des rejets et parfois les brin­dilles pour aussi enlever leur écorce. Ainsi rien ne se perdait. Ici, nous procédions un peu différemment. Chaque branche était déposée sur le rejet que nous venions d’abattre puis, avec un bois gros comme un manche, nous tapions dessus : ainsi l’écorce éclatait et la branche se dénudait toute seule. Pour terminer, nous placions les minces écorces dans les plus grosses et formions des bottes que nous serrions à 30 cm de chaque bout, avec deux hârts (branchettes du bouleau, noisetier ou saule, très flexibles, utilisées comme liens). Nous dressions les bottes l’une contre l’autre autour d’un arbre et elles séchaient durant l’été. L’oncle Emile faisait savoir au marchand d’écorces la quantité que nous aurions à vendre. Il se mettait d’accord sur le prix. Le jour du chargement étant convenu, nous chargions notre cargaison sur des chariots et nous la conduisions à la gare du sud, à Bastogne, où plusieurs wagons attendaient de rassem­bler les récoltes d’écorces de la région pour les conduire aux tanneries. Quand les moulins à écorces ont diminué leur production de tanin, on a planté des sapins en remplacement des chênes. C’est ainsi que les sapinières ont pris de l’expansion et font aujourd’hui la renommée de notre région. Par contre, la pro­duction d’écorces a périclité et le travail expliqué ci-dessus a complètement disparu.

Raymond Fichet, Histoire nismoises, 1985

 

L’écorce des chênes, abondants dans notre forêt, mais surtout des pèlosias (chêneaux à écorce pour fabriquer le tan), devait amener l’éclosion d’une industrie qui connut également ses heures de gloire; les tanneries. Les méthodes furent d’abord primitives et ne dépassaient pas le stade artisanal. Par la suite, cette industrie prit une grande extension et c’est ainsi que se créèrent les usines Houben (Roche à l’homme) mais aussi au centre du vil­lage dans l’immeuble actuellement occupé par monsieur Guillaume: la tannerie Gouthier, disparue tout au début de ce siècle.

Je vous livre ici une anecdote qui me fut narrée par MM. Guillaume, Zoé Remy, Edouard Perlaux, ainsi qu’un appelé Materne, étaient employés dans cette tannerie, ceux-ci ré­cupéraient les lambeaux de chair qui restaient accrochés aux peaux destinées à être tannées, pour en faire…de la soupe!!! (à votre bonne santé !)

 

Le pèlâdje consistait donc à enlever l’écorce des jeunes chênes, sur pied, à hauteur d’homme. On se servait pour ce faire d’un pèlwè, outil rudimentaire, plat et effilé à une extrémité et muni d’une griffe, à l’autre extrémité, servant à faire une entaille dans l’écorce. Il fallait alors introduire le bout plat dans l’écorchure et dans un mouvement du poignet, détacher l’écorce de haut en bas, en évitant de la casser. Cela se pratiquait à la bonne saison “sève montante”. Nos aïeux di­saient: « Quand l’ vint è-st-à l’ bîje, l’ èscôce n ‘ è va né ».

 

C’était un dur métier, j’en ai fait moi-même l’expérience et croyez-moi, je me souviens encore des douleurs ressenties au niveau des muscles du poignet.

Les écorces étaient ensuite mises en fagots et puis, acheminées vers les tanneries. L’expression fé s’ pèlâdje signifiait avoir réalisé un travail lucratif, permettant d’envisager les jours à venir avec sérénité.

La tannerie à Stavelot à la fin du XIXe et au début du XXe siècle

Etude dialectologique

Condensé d’un mémoire de licence en philologie romane (Université de Liège, 1973)

in : PSRM, 11, 1973-74, p.31-82

 

REMERCIEMENTS

 

Nous exprimons toute notre gratitude à Monsieur le Professeur L. Remacle et aux membres de son personnel à l’Université de Liège pour les précieux conseils qu’ils nous ont prodigués tout au long de l’élaboration de ce travail, à Monsieur le Professeur W. lLegrand de Stavelot pour les lumières qu’il a jetées sur la partie historique de la recherche, à Monsieur H. Dewier qui nous a communiqué les résultats et les enseignements de son expérience personnelle, à Messieurs Th. Galle du Musée de la Tannerie à Stavelot et A. Leloup du « Pays de saint Remacle » à Malmedy qui nous ont procuré de nombreux documents.

Qu’il nous soit aussi permis de remercier chaleureusement Messieurs P. Rollin, J. Colin (f), Bavard, G. Nicolay, J. et M. Lallemand, nos dévoués témoins, et tous ceux qui nous ont aidé à recueillir notre documen­tation photographique, notamment Mesdames Close et Blockman, et Messieurs H. Marin, H. Renard, A. Ligot et G. Nicolay.

 

AVANT-PROPOS

 

L’objet de notre travail consiste essentiellement à recueillir le lexique courant des tanneurs stavelotains à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Il s’agit en fait d’une reconstitution, et elle ne prétend nullement être complète : il nous a fallu chercher nos informations auprès des derniers et rares témoins encore en vie d’une activité locale depuis plus de vingt ans éteinte. Cette étude devrait être complétée par une information documen­taire qui révélerait les formes lexicales antérieures à celles que nous avons rassemblées et qui trahissent déjà, dans de nombreux cas, une influence certaine du français.

 

(p.32) Notre méthode s’est donc basée essentiellement sur l’enregistrement systématique de tous les témoignages. Pour interroger nos témoins, nous nous sommes servi de l’ouvrage de Fré Alfonse consacré aux tanneries malmédiennes. Nous avons procédé ensuite à une comparaison des procédés et des lexiques voisins, en les rapprochant eux-mêmes des données de l’ouvrage de Stanislas Bormans consacré aux tanneries liégeoises (1).

 

(1) Stanislas Bormans, Le bon métier des tanneurs de la Cité de Liège, Bulletin de la Société de Littérature Wallonne, 5, 1862, pp. 147-482.

 

 

(p.33) CHAPITRE I

 

APERÇU DE L’HISTOIRE DE L’INDUSTRIE DU CUIR A STAVELOT (2)

 

1 Le problème des origines

 

Une tradition fort incertaine fait remonter la date de l’introduction, à Stavelot, du travail du cuir aux alentours de l’an 1500 (3). Celle date qui n’est attestée par aucun document prête à controverse (4) car l’époque proposée ne semble, aux yeux de certains historiens, guère propice à une

 

(2) LEGRAND (M.-P.), Stavelot, observations sur l’évolution démographique et les professions. Centre de formation sociale, Liège, 1951.

(3) DE NOÜE (A..), Etudes historiques sur l’ancien pays de Stavelot-Malmedy, Liège, 1848, p. 476. — Bastin (Abbé J.), Les plantes dans le parler, l’histoire et les usages de la Wallonie malmédienne, Collection « Nos Dialectes », n” 8, Liège, 1939, p. 33.

(4) La même date, proposée pour l’origine du Blanc-Moussi, est sujette aux mêmes critiques. (Cf. Journal « Blanc-Moussi », décembre 1973, p. 2.)

 

(p.34) amorce de développement économique au sein de la principauté abbatiale de Stavelot. La fin du XVe et le début du XVIe siècle virent en effet un vaste territoire, comprenant la cilé de saint Remacle, soumis aux incessants brigandages des Lamarck (5). Les incursions intempestives des détenteurs de la forteresse de Logne avaient plongé le pays tout entier dans une misère si effroyable qu’on organisa à Stavelot, en 1509, une procession expiatoire à seule fin de prier Dieu de mettre un terme à cette période de suprême détresse (6). Quant au monastère stavelotain lui-même, qui abritait dans les siècles antérieurs une quarantaine de moines, il n’en comptait déjà plus qu’une demi-douzaine en 1496 (7).

En fait, les premières mentions relatives à des entreprises de tannage à Stavelot ne remontent qu’à l’an 1565, c’est-à-dire sous l’administration de Christophe de Manderscheid et après la mise au pas des Lamarck par leur cousin Erard, prince-évêque de Liège (8).

 

2 Le développement

 

Aux environs de l’an 1785, les tanneries liégeoises d’Outremeuse com­mençant à décliner, les tanneries de Stavelot et de Malmedy connurent une prospérité croissante qui allait par ailleurs de pair avec le développement du réseau routier (9). C’est à cette époque qu’apparurent les premiers cuirs stavelotains dans les foires de Frankfort, de Trêves et de Leipzig pour servir à l’approvisionnement de l’Allemagne, de la Pologne, du Danemark et de la Suède. C’est à cette époque que le chemin de Luxembourg, par où se faisait le commerce, prit en wallon le nom de vôye dès hwaces ou de vôye dès cûrs, témoignage de l’intense activité des tanneries en ce temps.

 

3 Le régime français

 

Ce n’est cependant que sous le régime français que les tanneries stave-lotaines atteignirent le sommet de leur prospérité (10). De 1800 à 1814, tout en réussissant à se maintenir sur le marché allemand, elles parvinrent à écouler une importante partie de leurs produits vers la France de l’Est et à fournir la grande armée impériale. Ce fructueux commerce avec les autorités

 

(5) HALKIN (L.-E.), Les prétentions des Lamarck sur la Principauté de Stavelot-Malmedy, in «Chronique archéologique du pays de Liège», 1928, pp. 41 à 49.

(6) DELESCLUSE (A.), Une procession à Stavelot en 1509, in « Bulletin de la Société d’Art et d’Histoire du Diocèse de Lièg e», t. VIII, 1894, pp. 367 et 370.

(7) Don A. BERLIÈRE,  Le   nombre   des   moines   dans   les   anciens   monastères,   in «Revue bénédictine», 1929, p. 235.

(8) POLAIN (L.), Recueil des ordonnances de la principauté de Stavelot, Bruxelles, 1864, p. 276, et Registre de Don Burnenville, nu 28.

(9) Construction notamment des roules reliant Stavelot à Malmedy, et Stavelot à Spa en passant par Francorchamps.

(10) THOMASSIN (L.-F. ), Mémoire statistique du Département de l’Ourthe, Liège, 1806, p. 469 : l’auteur dénombre, pour 16 tanneries stavelotaines, 2.164 fosses et 33.200 peaux annuellement tannées, et ce sans tenir compte des corroyeries.

 

(p.35) françaises valut à Stavelot, en 1805, le privilège de recevoir la visite du savant Gaspard Monge, grand ami de l’empereur et nommé par lui sénateur du département de l’Ourthe qui avait pour chef-lieu la ville de Liège.

 

4 Le début du déclin

 

La dislocation de l’empire français, qui plaça Malmedy en Prusse et Stavelot en Belgique, débarrassa momentanément les Stavelotains de la concurrence de leurs tout proches voisins. Une nouvelle période de grande prospérité s’ouvrait ainsi devant les entreprises locales, mais elle ne devait durer que quelque dix ans. L’adjudication du Luxembourg au Zollverein allemand en 18-12, tout en procurant à Stavelot une certaine liberté de commerce sur le marché intérieur, plaça ses tanneries, sur le marché alle­mand, face à une concurrence avec laquelle il devenait désormais inutile de rivaliser. Dès lors, on dut employer à l’agriculture et au défrichement maints ouvriers réduits au chômage.

 

5 L’importation des cuirs exotiques

 

Jusqu’à la moitié du XVIIe siècle, l’industrie européenne du cuir travailla uniquement les peaux indigènes, en wallon cûrs do payis. Mais par la suite, les grands ports comme Liverpool, Londres, Rotterdam, Brème et Hambourg commencèrent à accueillir des cargaisons de peaux exotiques, en wallon salés cûrs, en provenance d’Argentine et d’Uruguay notam­ment (l1). Le port d’Anvers, fermé au commerce international dès 1648 à la suite du traité de Munster, ne put les accueillir à son tour qu’à sa réou­verture, sous le régime français. Dès lors, des chargements de cuirs exotiques arrivèrent également à Stavelot, provoquant une vive émotion au sein de la population qui craignait d’éventuelles épidémies (12).

 

6 Les innovations techniques

 

Si les tanneries stavelotaines acceptèrent d’emblée de travailler les peaux exotiques, elles furent par contre beaucoup plus réticentes à adopter les nouvelles techniques de tannage, et ce jusqu’au début de notre siècle, les tanneurs demeurant fidèles à la devise de leurs ancêtres rapportée par A. de Noue : «Pour faire du bon cuir, il faut du tan et du temps »(13). On ne pratiqua par exemple jamais le tannage au chrome sur les rives de l’Arnblève (14). Cela explique que, à côté de quelques corroyeries, on n’ait

 

(11) Voy. Chapitre II, 1, § 3, Variétés de cuirs.

(12) « Çoula odéve vrêmint mâva, èt i gn’ aveût totes sôres du p’titès bièsses ditvins qu’ ârint  polou aminer  totes  sôres  du  mâs  à  Stâveleû » : propos de   Madame Bréda, ancienne habitante du quartier de  la rue des Tanneries.  (Traduction : Cela avait une très mauvaise odeur et cela grouillait de toutes sortes de petites bêtes qui auraient pu amener à Stavelot toutes sortes de maladies.)

(13) DE NOUE (A.), op. cit., pp. 476 et suivantes.

(14) Voy. Chapitre II, § 2, Les progrès techniques.

 

(p.36) guère tanné à Stavelot, jusqu’au début du XXe siècle, que le cuir fort pour semelles, et ce selon les procédés les plus artisanaux, c’est-à-dire selon lu vî sistéme.

 

7 Les causes du déclin

 

Durant tout le XIX* siècle, il y avait, à Stavelot, à tout le moins une trentaine de tanneries florissantes, mais en 1904, ce chiffre était tombé à la douzaine. Cet impressionnant déclin est la conséquence logique de toute une série de raisons :

1° Le cuir fort pour semelle, qui constituait l’essentiel de la production stavelotaine, s’était vu petit à petit remplacer par des ersatz comme le crêpe et le caoutchouc, ce qui avait sensiblement réduit le marché.

2° L’armée qui, avant 1914, avait été le principal client des tanneries stavelotaines cessa ses commandes auprès de celles-ci pour acheter directe­ment les chaussures toutes faites à d’autres fournisseurs.

3° L’exportation vers les Balkans et le Proche-Orient s’était vue enrayée à son tour après l’implantation dans ces régions d’entreprises indigènes par du personnel formé en Europe et en Belgique notamment.

4° La modernisation de l’équipement et des techniques ne s’opérant que très lentement, suite tant au manque de finances qu’au manque d’initiative des maîtres, les entreprises locales se trouvèrent bientôt confrontées à la concurrence inégale d’entreprises qui avaient mieux suivi l’évolution du métier.

Cependant, aux alentours de 1900, on vit deux établissements se prépa­rer au tannage industriel par une mécanisation progressive et par l’intro­duction dans leurs procédés d’extraite végétaux et de certains produits chimiques. Les opérations préparatoires au tannage proprement dit n’y prenaient déjà plus que 24 heures, mais cette tentative, outre qu’elle réduisit sensiblement le nombre d’emplois, tourna bientôt court à la suite des deux grandes guerres. Après la seconde ainsi, le personnel des tanneries, qui se composait encore de trois bonnes centaines d’ouvriers en 1900, était tombé au nombre de 18 en 1947.

 

8 Les deux grandes guerres.

Le coup mortel fut donc porté par les occupations allemandes succes­sives et, principalement, par les destructions de l’hiver 1944-1945. Ce qui causait la perte de l’industrie stavelotaine devenait, par contre, l’élément essentiel d’une extraordinaire prospérité pour Malmedy (15). L’Allemagne

 

(15) La tannerie Lang de Malmedy figure encore parmi les établissements les plus importants d’Europe.

 

(p.37) en guerre favorisant au maximum, dans ses territoires, la fabrication des cuirs pour son armée, contribua en effet largement à la modernisation et à l’industrialisation des entreprises occupées.

 

9 L’extinction

 

Au sortir de la deuxième guerre, déjà, défavorisées par le retard préa­lablement accumulé, les dernières entreprises stavelotaines, face à la toute forte et toute proche concurrence malmédienne, ne purent trouver les initia­tives nécessaires pour s’adapter aux exigences de l’industrialisalion. Elles finirent bientôt par s’éteindre définitivement laissant vide, dans l’économie locale, une place que nulle autre activité n’est venue combler réellement depuis lors.

 

10 La répartition des tanneries dans la ville (16)

 

  1. A) Tannerie « La Stavelotaine »; Les Etangs; actuellement occupée par les ateliers Rouxhet.
  2. B) Tanneries Courte joie, Bock, Pépin, Helman; Les Etangs; pour la plupart détruites et les autres en ruine.
  3. C) Tannerie Bock; rue des Etangs; incendiée en 1970 (17).
  4. D) Tannerie Grandprez; Les Etangs; détruite.
  5. E) Moulin aux écorces; quai des Neufs Moulins; transformé en habi­tations (maisons Thomas et Geslel).
  6. F) Tanneries Cornesse, Lamberty, Massange, Adam; quai des Neufs Moulins; détruites.
  7. G) Tannerie Dunnont; route de Wanne; détruite.
  8. H) Tannerie Mertens; route de Wanne; détruite.
  9. I) Tannerie Courtejoie; rue Gustave D-ewalque; détruite.
  10. J) Tannerie l’Serstevens ; route du Vieux-Château ; actuellement occupée par les dépôts de la brasserie Bastin. Sa façade nord a été merveil­leusement restaurée.

 

(16) Voy. le plan ci-joint et les illustrations.

(17) LANG (M.), Malmedy en cartes postales anciennes, Bibliothèque Européenne, Zaltbommel, Pays-Bas, 1973. La carte postale n° 34 représente deux « troufleûrs » au travail, ce qui prouve déjà qu’il ne s’agit nullement d’une scène photographiée à Malmedy puisque cette activité n’a jamais eu sa place sur les bords de la Warclie. Il s’agit en fait de deux ouvriers stavelotains travaillant devant la tannerie Bock à laquelle nous faisons référence. Les briquettes de tourbe utilisées à Malmedy venaient quant à elles des tourbières du la Fagne. Parfois, des mottes de tan irrégulières sortant des cuves étaient récupérées, séchées puis utilisées comme moyen de chauffage. Cf. fig. 26.

(p.39) K) Tannerie Courtejoie; route du Vieux-Château; actuellement occupée par le commerce de matériaux Crismer.

  1. L) Tannerie Cornesse; route du Vieux-Château; actuellement, occupée par la ferme Albert.

M)Tannerie Huche; rue des Iles; en ruines.

  1. N) Tannerie Louveigné ; Les Bressaix ; actuellement occupée par le commerce de matériaux Pépin.
  2. O) Tannerie t Serstevens; quai des Vieux Moulins; actuellement occu­pée par les remise.3 à charbon de la firme Degbomont.
  3. P) Moulin aux écorces; quai des Vieux Moulins; détruit.

 

 

(p.43) CHAPITRE II

 

LE TRAVAIL DU CUIR

 

  1. INTRODUCTION (18)

 

1 Généralités

 

A Les variétés du travail du, cuir

 

Parallèlement au travail du cuir fort pour semelles, qui occupera l’essentiel de cette recherche, l’industrie du cuir regroupe des activités diverses ayant chacune leur objet et leur méthode :

1° La fabrication des empeignes qui servent à la confection des tiges de souliers, des ceinturons, des guêtres, des selles. …

2° La corroyerie qui fabrique les courroies.

3° La hongroierie qui fournit les cuirs de basses qualités dont les usages sont multiples.

4° La mégisserie qui travaille notamment les peaux de mouton, d’agneau, de chèvre, et d’autres qui doivent conserver leur poil, et qui livre ses produits à la ganterie et à la fabrication des fines chaussures.

5° La chamoiserie qui travaille diverses peaux dont celles de chamois, de daim, de chèvre, de chevreuil, de mouton, d’agneau et de chien, et qui trouve des débouchés dans la fabrication des culottes, des chaussures légères, des guêtres, des bretelles et des ceinturons.

 

  1. Les activités annexes

 

Les tanneries se débarrassaient des restes de leur production au profit de toute une série d’activités marginales.

Le poil enlevé des peaux était vendu aux fabricants de chapeaux et de paillassons et aux plafonneurs. Son prix, par ailleurs, variait selon la couleur, le poil blanc se vendant relativement plus cher que les autres.

Les écharnures, lès hârnores, c’est-à-dire les morceaux de chair enlevés à la peau au cours de l’écharnage, étaient vendues aux colleries qui les employaient comme produit de base dans la fabrication de la colle (19).

Quant au tan épuisé, lu hwace qui n’ chèrvéve pus, il était récupéré pour être transformé en briquettes de chauffage, lès troufes (20). ou pour servir, dans les fermes, à renouveler les litières du bétail, à stièrni lès vatches.

 

(18) Voinesson de LAVELINES, Cuirs et peaux, Paris, Baillière, 1894.

(19) II y avait une collerie à Stavelot dans un quartier qui en a gardé le nom : à l’ colerèye : cf. fig. 6.

(20) Voy. l’ancien système, § 5.

 

(p.44) En outre, l’ancien système de tannage, lu vî sistéme, reposant essen­tiellement sur les vertus tannantes de l’écorce de chêne, la préparation de ce produit de base nécessitait aussi toute une série d’activités. La récolte des écorces était l’œuvre des écorceurs, lès pèleûrs âs hwaces. Les écorces devaient ensuite être hachées par le hacheur de la tannerie, lu hatcheûr, qui en faisait dès crètons. Ceux-ci passaient à leur tour entre les mains du meu­nier qui se devait alors de les moudre finement (21).

Répondaient également aux besoins des tanneries quelques petits arti­sanats locaux comme la fabrication des balais, lès blancs ramons du l’ tènerèye, réalisés à partir de jeunes pousses de bouleau écorcées, lès rin.mes du bèyôle, et comme la fabrication des mannes, lès banses aussi appelées chièverèces.

 

2 Les progrès techniques

 

Remarques préliminaires

 

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, une série considérable d’inno­vations ont proprement révolutionné les techniques du travail du cuir à tous les stades de la production. Destinés à faciliter le travail et, surtout, à en réduire la durée (qui prenait originellement près de trois années), ces apports, commandés par les nécessités de l’industrialisation, provoquèrent nombre de faillites de petites et de moyennes entreprises. En fait, des méthodes ancestrales, les techniques actuelles n’ont à peu près rien conservé. Les outils mêmes de la production artisanale d’autrefois, remplacés au fur et à mesure par des machines de plus en plus perfectionnées, ne sont plus aujourd’hui que des pièces de musée (22).

En ce qui concerne révolution des méthodes elles-mêmes, on peut distin­guer trois grandes phases :

1° Le tannage végétal : cette première phase correspond à l’introduc­tion, dans le tannage proprement dit, de nouveaux végétaux tannants en remplacement ou à l’appui de l’écorce de chêne employée seule dans les méthodes ancestrales. On commença par chercher ces végétaux parmi d’autres variétés de chêne, ce qui permit de découvrir les vertus tannantes des racines du chêne kermès qui fournirent la garouille (lu garouye), et celles des glands du chêne velani d’où fut extraite la vallonée, parfois appelée gallonée (lu valonée), qui contient entre 35 et 40 pour cent de matière tan­nante. Ces substances végétales nouvelles, présentant des pourcentages en tanin supérieurs à celui du chêne courant, la durée du séjour des peaux en fosse se trouva déjà quelque peu réduite, mais on leur préféra générale-

 

(21) II y avait deux moulins à Stavelot, l’un sis au quai des Neufs Moulins (que dès nous malins), l’autre au quai des Vieux Moulins (què dès vîs malins). Mais par la suite, les entreprises assez importantes se munirent elles-mêmes de petits moulins mécaniques. Cf. fig. 9. Voy. l’ancien système, § 2.

(22) Voy. l’exposition permanente du Musée de la Tannerie, à Stavelot, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye.

 

(p.45) ment d’autres substances au nombre desquelles le quebracho (lu quèbrachô), bois d’Argentine pouvant contenir de 12 à 20 pour cent de matière tannante. le divi-divi (lu dîvi-dîvi), arbre d’Amérique centrale dont les pousses possè­dent une teneur en tanin variant entre 35 et 50 pour cent, et la garance, d’origine asiatique, dont on fit rapidement la culture dans diverses régions européennes. De même trouvait-on en usage dans nos tanneries le sapin, le mimosa (23), le mirobolant, le châtaignier, le varech, etc. …

 

2° Le tannage chimique : ce second stade de révolution des techniques est marqué par le recours à divers produits chimiques pour diminuer le long séjour des peaux dans les fosses. Le tannage au chrome réduisait la durée de ce séjour à trois ou quatre semaines. Le tannage à l’acide sulfurique, mis au point par Séguin, le collaborateur de Lavoisier, en 1794, en portail lu durée à trois semaines — un mois pour les peaux de bœufs et à 21 heures pour celles de veaux. Le tannage à l’acide phosphorique, imaginé par Ador en 1879, la portait à quatre jours. Enfin, le dernier de ces procédés fut le tannage à l’acide carbonique, inventé par Ménard en 1863.

 

3° Le tannage physique : le troisième stade de l’évolution englobe, quant à lui, plusieurs procédés basés sur des phénomènes physiques. Les plus courants furent le tannage par infiltration, procédé imaginé en 1842 par l’Anglais Kotch et basé sur la pénétration du tanin dans la peau par soumission d’un des côtés de la peau à l’action de la jusée et de. l’autre à une chaleur évaporant l’eau suintante. Le tannage par lixivation, imaginé en 1842 par Ogereau, consistait, quant à lui, en un perpétuel filtrage d’eau au travers des couches de tan. Un autre procédé est le tannage électrique, imaginé en 1892 par Worrns et Baie. D’autres procédés ont encore pu appa­raître par la suite.

 

3 Les particularités stavelotaines

 

L’industrie, stavelotaine du cuir se caractérise essentiellement par un conservatisme généralisé. Seules les deux entreprises les plus importantes ont essayé de se modernise]’ au début du siècle, mais leurs efforts furent anéantis, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, par les coups de bouloir que leur assénèrent les deux grandes guerres. Des innovations techniques dont nous venons de parler au § 2, il ne se trouve guère que les matières végétales nouvelles et certains produits chimiques à avoir été adoptés à Slavelot. La seule évolution notable réside en fait dans la mécanisation de certaines manipulations du cuir. Ainsi finit-on par disposer, dans certains établissements, pour les opérations de lissage et de finissage, de parfois cinq machines : lu lissète, lu bocseûse, lu dèrèyeûse, lu blanchisseûse, lu rifinderècc. Ces machines venaient ainsi en remplacement ou à l’appui de l’étiré (retira), outil de la manipulation manuelle. Un des établissements stavelo-tains entra même en possession d’une machine à écharner.

 

(23) En provenance de Natal  (République, Sud-africaine).

 

(p.46) La principale option des tanneurs stavelotains, celle qui leur valut leur renommée internationale, fut toujours la fabrication du cuir fort pour semelles. S’il existait quelques corroyeries dans la ville durant le XIXe siècle, elles avaient disparu avant même la première guerre mondiale. Quant au travail des empeignes, il ne prit une réelle extension que lors des dernières années qui ont précédé ]a fermeture des établissements, extension due en grande partie au recul, sur le marché, du cuir fort face à la concurrence des ersatz comme le crêpe et le caoutchouc.

 

Première partie : LE TANNAGE AU VIEUX SYSTEME

 

1 Généralités

 

L’appellation « vieux système » (lu vî sistéme) désigne le procédé arti­sanal employé dans le tannage du cuir fort pour semelles jusqu’au début du XXe siècle. Non encore mécanisé, ou guère, il exigeait toute une série de manipulations réalisées à la main et à l’outil qui, demandant beaucoup de temps, seront peu à peu supprimées au profit du travail mécanique du nouveau système. Basé sur les propriétés tannantes de l’écorce de cbêne, il demandait au total plus de trois années de tannage et de séjour en fosse. Il se verra définitivement dépassé dans les années qui suivirent la première guerre mondiale.

 

2 L’écorçage (24)

 

L’écorçage (lu pèlèdje) (25) des chênes était, à Stavelot, l’œuvre de particuliers on d’ouvriers des tanneries qui possédaient quelque parcelle de bois aux alentours de la ville. Situées dans une région très boisée, nos tanne­ries ne manquèrent jamais de tan, produit de base du tannage. 11 arrivait cependant, lorsque la récolte était insuffisante, que de grosses commandes soient faites aux écorceurs de Paliseul, Houffalize, et même Luxembourg.

Ce travail s’opérait au début du printemps (on côpéve âs hwaces â meûs d’ may), au mois de mai, à l’ pèlâye disait-on, c’est-à-dire à l’époque où durant deux ou trois semaines, la sève montant, les feuilles poussent et les écorces, lès hwaces, s’enlèvent plus aisément. On commençait par débarrasser la parcelle de tout le bois inutile (nèti l’ pârt) (26). On choisissait les jeunes chênes (lès tchcnês) dont il fallait pouvoir enserrer, ou presque, le tronc des deux mains. On commençait par pratiquer une incision dans l’écorce

 

(24) D’après les témoignages de Messieurs Kolin, Colin (t) et Bayard. — bastin (Abbé J.), Les plantes …, pp. 33 et suivantes. — remacle (L.), Le parler de. La Gleize, pp. 154 et suivantes.

(25) La famille de hwarci, hwarceûr est synonyme de celles de pèler et côper âs hwaces.

(26) bastin (Abbé J.), op. cit., p. 34: l’auteur cite, pour Stavelot : «On n’ lêt qu l’ rasse ».

 

(p.47) (fé one héve, hévi) à une hauteur d’environ deux mètres du sol, au moyeu d’une serpette (one sârpète). Lorsque c’était possible, l’écorceur (lu. pèleûr, lu hwarceûr, lu côpeûr âs hwaces) enserrait le tronc dans ses deux mains et s efforçait de faire pivoter l’écorce autour du bois pour l’en détacher, auquel cas l’écorce s’appelait on hèyon. Si ce n’était pas possible, il intro­duisait, entre l’écorce et l’aubier, son pèla, et déchirait à l’aide de celui-ci, l’écorce sur toute la hauteur (fé pèter l’ hwace), avant de la dérouler du bois (dufûler l’ hwace). Cet instrument, dont la forme rappelle celle du couteau de menuisier, quoiqu’il soit le plus souvent métallique, pouvait être aussi en bois ou même en corne.

Stâveleû / Stavelot - tanerîyes (tanneries)

(s.r.)

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