VIKADJE DO PASSÉ
MANIÈRES DE VIVRE DU PASSÉ
CLAWETÎ
CLOUTIER

clawetîs (cloutiers)
(s.r.)

E. Yernaux, F. Fiévet, in: Folklore montagnard, s.d.
LA CLOUTERIE
Cette industrie artisanale a eu une très grande importance chez nous. Nous en avons parlé longuement dans l’« Histoire de Monti-gny » (1). Nous nous contenterons, ici, de rappeler la technique disparue de nos anciens maîtres cloutiers, ainsi que la nomenclature des espèces de clous fabriquées. Le métier était saisonnier, c’était surtout l’hiver que les cloutiers travaillaient; à la bonne saison, ils étaient agriculteurs ou allaient faire des briques, principalement au XIXe siècle, avec une préférence pour Paris ou le nord de la France.
L’OUTILLAGE DU CLOUTIER
Les outils se composaient de marteaux divers, à tête large, de tenailles, d’une enclume, du tranchet (lame à couper la tige du clou), de la cloutière ou douière, qu’il ne faut pas confondre avec la cloutère.
La cloutière consistait en un petit morceau de métal percé d’un trou par lequel l’ouvrier faisait pénétrer verticalement la tige du clou, dont la tête était à façonner. La cloutière était une enclume rectangulaire sur laquelle il battait la verge de fer pour obtenir l’amincissement de la pointe. Cette cloutère était fixée dans un cercle de fer et soutenue par une pierre. Quelquefois, on employait le bouchon ou calibre en métal, introduit dans la cloutère, par le bas, et destiné à retenir la tige à la hauteur exacte, pour que la quantité suffisante de fer émergeât de la cloutière et assurât la mesure de la tête à confectionner. Sous la cloutière ou sous le bouchon, se trouvait le gibon, petit levier en fer, sur lequel frappait le forgeron pour faire sauter, hors de la cloutière, le clou achevé.
Le guide était une pièce de fer à distance du tranchet et contre laquelle le cloutier appuyait la pointe de la tige, pour obtenir la longueur voulue. Il y avait aussi des étampes de différentes formes pour
- Yernaux et F. Fiévet. — Montigny, son histoire. 1830. Epuisé.
(p.352) faire certaines têtes pyramidales et les têtes bombées dites gouttes de suif. L’étampe du cloutier de nos environs consistait en un marteau : moule, qu’il tenait d’une main et sur lequel il frappait avec l’autre marteau. Enfin, mentionnons la petite pelle plate pour manipuler le charbon et les cendres du foyer, ainsi qu’une petite balance pour conformer le poids du clou d’essai à la commande du patron. Le cloutier s’adressait au serrurier pour la confection de ses cloutières.
LA FABRICATION DES CLOUS
Le foyer était ordinairement placé au centre de la forge. Après avoir coupé la verge de fer par le milieu et introduit l’une des baguettes dans le feu de la forge, le cloutier actionnait son soufflet. Au moment opportun, il battait vivement au marteau la pointe rougie, tout en roulant la baguette entre les doigts. Lorsque la pointe était achevée, il plaçait la baguette sur le tranchet, en se servant du guide comme point de repère, puis il sectionnait, par un ou deux coups de marteau, et autant que possible de manière à n’en pas détacher complètement ce qui allait devenir le clou, sinon le morceau tombait à terre, et comme il fallait se servir de la tenaille pour le ramasser, c’était une perte de temps.
La tige était introduite dans la cloutière et la baguette était détachée par arrachement.
Pour former la tête, le forgeron battait, au marteau, le gros bout émergeant de la cloutière, et c’est par ce dernier travail qu’il donnait la mesure de son habileté. Dès lors, il ne lui restait plus qu’à faire sauter le clou hors de la cloutière, ce qu’il obtenait au moyen de petits coups de marteau imprimés au gibon. Il arrivait parfois que le clou devait être extrait de la cloutière au moyen de la tenaille.
« Les clous d’une certaine longueur nécessitait deux chauffes, écrit M. Genard, dans « L’Industrie Cloutière au Pays Wallon », p. 40 ; la pointe étant faite, on coupe le fer à longueur et on le replie le long de la verge; on peut de cette façon remettre au feu la partie dont on fera la tête… Pour certains types, on coupe la barre à froid et par deux chauffes successives, on fait la tête et la pointe ; par contre, on rencontre aussi, mais rarement des ouvriers faisant dans les petits modèles deux clous sans remettre le fer au feu ». L’auteur ajoute que « le clou de 2 pointes devait passer deux fois dans la cloutière ».
Quand il s’agissait de petits clous, le cloutier mettait deux baguettes sur le métier, travaillait l’une pendant que l’autre s’échauffait.
Toute cette manipulation se faisait avec une rapidité surprenante.
Les bons ouvriers cloutiers ne commençaient jamais la fabrication d’un nouveau type sans s’être assurés que le premier clou forgé correspondait exactement au modèle de la commande. Ce clou d’essai, dont (p.353) l’ouvrier n’avait pas le refroidissement, était jeté dans le bac à eau froide pour être examiné aussitôt que possible, sous toutes ses faces; ce bac était toujours là pour recevoir, de temps à autre, une pièce durant le travail, tellement le cloutier craignait de s’écarter du type modèle.
LES ESPECES DE CLOUS
Au point de vue de la longueur, du poids et de la forme, on classait généralement les clous comme suit :
Les clous de Douces, ou grands clous, que l’on reconnaissait par le mesurage au pouce (tête du clou non comprise). C’est ainsi qu’il y avait des 10 pouces, des 9 1/2 pouces, etc., jusque des 1 pouce, mais ordinairement, cette dénomination ne s’étendait pas aux moyens clous. Il y avait des clous beaucoup plus grands que ceux de 10 pouces, se mesurant d’ailleurs au pouce aussi. Le patron stipulait que les clous devaient être de tel nombre à la livre; ainsi ceux de 10 pouces étaient de 2 1/2 pièces à la livre, ceux de 4 pouces de 20 pièces à la livre, etc… Evidemment, cette gamme variait selon l’épaisseur du fer fourni en verges.
Les clous de livres, ou clous moyens étaient ceux qui tiraient leur nom de leur poids aux mille pièces, et dans la pratique on abrégeait ; ainsi les clous dont le mille pesait 40 livres étaient appelés des 40. Cette façon de dire est très ancienne ; nous la retrouvons dans des documents du XIVe siècle.
Les petits clous. Ils formaient généralement la série commençant aux 4 ou aux 3 inclus et descendant jusqu’aux 1/4. Ces derniers étaient minuscules, puisque leur mille ne devait pas dépasser le 1/4 d’une livre.
OBSERVATIONS CONCERNANT PLUSIEURS ESPECES
Tout en restant conformes à leur espèce, les clous pouvaient être cannelés (à tige rayée) ou barbelés (à arêtes diversement dentelées).
Rabattus, ce qui signifie que les arêtes de la tige devaient être rabattues à coup de marteau, principalement vers la tête.
Renforcés. Le renforcement consistait en un court élargissement progressif de la tige vers la tête. Ceci obligeait le cloutier à se faire une cloutière spéciale.
Refrappés. Un clou était refrappé lorsque le pourtour inférieur de la tête était frappé d’un certain nombre de coups de marteau.
Martelés. Il était martelé lorsque la tête, en cône droit, était frappée de nombreux coups dont les traces formaient des rayons réguliers.
Comme on le voit, un même clou pouvait avoir été commandé barbelé, rabattu, renforcé, refrappé et martelé. Mais lorsqu’on sortait de (p.354) l’ordinaire, l’ouvrier touchait, pour toutes ces spécialités, des salaires plus élevés.
Les clous devaient être fournis sans bavures et être homogènes ; alors ils étaient qualifiés de première qualité.
Voici les clous, dits d’Espagne (ultra), d’une épaisseur déterminée: Clous de 4 à 1 pouces, de 5 à 1 1/4, de 6 à 1 1/4, de 6 à 1 1/2, de 8 à 1 3/4, de 10 à 2 pouces, de 12 à 2 1/4, de 15 à 2 1/2, de 20 à 3, de 30 à 3 1/2, de 40 à 4, de 50 à 4 1/2.
PRINCIPALES VARIETES DE CLOUS
Les clous à bateau. Tête souvent chanfreinée. Parmi ces clous, à tête spéciale, étaient à noter les croisettes dont la tête était frappée de 9 à 13 coups qui devaient être semblables.
Les clous à lattes. Parmi ceux-ci, les tourets (clous épais, ramassés, à tête frappée de nombreux coups).
Les stèks, aussi nommés trompettes, clous à tête perdue, à collet fraisé, ressemblant à un cône renversé.
Les slupes. Clous quasi étêtés, pour clouage des planchers.
Les espagnes. Très effilés. L’amincissement de la pointe partait de plus haut que pour les autres. Demandés surtout par l’Espagne et le Brésil, tels les caibaro (tête basse, frappée de 4 coups et refrappée) ; les caixares de cabua. tête en ailes de mouche (v. plus loin), etc., etc.
Les croqués, à petite tête. Il y en avait des variétés à tête haute, à tête basse, demi-croqués.
Les broquettes. Petits et très pointus, à tête large. Ils servaient à fixer les platines des verrous et les targettes.
Les rosettes. Espèce de crochets.
Les clous d’ancre. Clous épais; tige en pointe.
Les bâtissoirs. Les mêmes, mais à tige en lame.
Les clous de coulisses. Pour fixer le métal au bois.
Les chiens. Clous de rails.
Les moulons. Clous de doublage dits aussi de maugère ; pointe courte, tête énorme, un peu bombée. Ils servaient à préserver le bois des attaques des vers de mer.
Les moutiques, ou clous de baraques.
Les clous à papier. Pour fixer au bois, les papiers goudronnés.
Les clous d’ardoises. Tranche de la tête extrêmement mince.
Les patins, ou clous à collerettes. Tige sous la tête, battue en cylindre.
(p.355) Les crayas. Clous pour plafonneurs. Ils leur servaient à fixer leurs points de repère.
Les clous de moulin. Pour antennes des ailes des moulins à vent. Les clous de chambres de plomb, pour plaques de plomb. Les becquets. Pour semelles de chaussures.
Il y avait encore des clous dits à marteau, des clous de moulage, de fondeurs, de râteaux de jardinage, de tuiles faîtières, des clous de toupies, des ailes de mouche (tête en chaperon et tige pincée sous la tête), de nombreuses espèces de clous de cordonnier, des clous de charron, une collection de rivets et des variétés de clous à ferrer, dont la production était immense. Ceux-ci se reconnaissent à leur collier à forme de trapézoèdre isocèle renversé ; tels étaient les clous à ferrer français, les brésiliens qui, de plus, étaient refrappés, le clou anglais, qui était méplat d’un bout à l’autre, le clou cosaque, aussi méplat, mais à collier formant un demi-cercle; le salette, méplat, mais à tête battue en cône tronqué. Dans cette collection, on rencontrait des pipes, dont le nom indique la forme courbée, les clous à ferrer les bêtes de montagne (tige courbée, tête large et méplate), enfin les clous dits à glace, dont la tête était surmontée d’un chaperon d’acier, battu en pointe ou en lame.