VIKADJE DO PASSÉ
MANIÈRES DE VIVRE DU PASSÉ
triyeû / trîyerèsse
TRESSEUSE DE PAILLE

Bassindje / Bassenge - trîyerèsses / trieuses de paille
J.-M. REMOUCHAMPS, Le tressage de la paille dans la vallée du Geer, EMVW, T3, 1922-23, p.403-411
QUI? Des fillettes de 5 ans, des femmes aux grands-parents.
Où? A Glons, Boirs, Bassenge, Roclenge, Wonck, Eben-Emael; à Haccourt, Heure-le-Romain, Houtain-Saint-Siméon, Fexhe-Slins, Slins, Juprelle, Hermée.
QUOI? Les hommes partent vendre, dans nombre de villes d’Europe, les pailles tressées aux chapeliers. (trèyes: tresses d’env. 56 m; < de seigle / de froment sans épi)
QUAND? On ne sait pas depuis quand; plein essor à la fin du 18e s.
DECLIN: la guerre 14-18; concurrence de la Chine et de l’Italie.
Une TRIYEÛSE habile faisait 2 ou 3 TRÈYES par semaine.
(p.409) “Parfois le tressage de la femme rapportait une somme supérieure au salaire du mari.”

trîyerèsses / trieuses de paille
(Guide du visiteur, MVW)

(Jeannine Paye-Bourgeois, Hesbaye, terre méconnue, 1994, p.112)
Jean-Marie Remouchamps, LE TRESSAGE DE LA PAILLE DANS LA VALLÉE DU GEER (I), in : La Vie Wallonne, 1922-1923, T.3, p.403-411
(p.403) C’EST toujours avec un serrement de cœur qu’on voit périr une aimable tradition. Des rites ayant acquis au cours de longues années cette harmonie que, seul, donne le temps, sont délaissés; des gestes, devenus réflexes pour avoir été répétés par de nombreuses générations cessent de s’ébaucher et s’oublient à jamais.
Tel est le sort de la curieuse industrie du tressage de la paille qui, lentement, s’éteint sous nos yeux. Elle s’exerçait – elle s’exerce encore – dans cette vallée du Geer où la lumière est si douce et où la ligne calme des collines donne au paysage tant de sérénité.
Il n’y a pas longtemps, on ne pouvait traverser les villages semés le long de la petite rivière sans y trouver la plupart des habitants occupés à tresser des brins de paille. Les femmes assises près des portes, les jeunes filles cheminant par groupes, les enfants, les vieillards, tous, d’un mouvement incessant et rapide, remuaient du bout des doigts les fines brindilles d’une blancheur éclatante, tandis que, longue et souple, la tresse achevée s’enroulait autour du bras. Aujourd’hui, il nous est arrivé de parcourir en tous sens un de ces gros bourgs sans y rencontrer la moindre trîyerèsse.

séle (faucille)
(p.404) Les lignes émues que Camille Lemonnier consacra à ces travaux rustiques dans sa Belgique ne représentent déjà presque plus qu’un souvenir.
« C’est l’heure où les troupeaux descendent la pente herbeuse des abreuvoirs : le soleil allonge une ombre plus tiède sous les arbres; assises sur les seuils, les femmes font aller leurs mains diligentes dans le tressage des pailles.
Quelquefois, par les trous de la verdure, un rai solaire vient allumer entre leurs doigts les chaumes, qui ressemblent alors à des aiguilles d’or; et elles ont l’air de tricoter de la clarté. Nous sommes dans un pays d’industrie imprévue; la terre ici donne deux fois le pain, par le gruau qu’on pétrit et par le glui qu’on tresse; le seigle, et le froment, dépouillés de l’épi, s’entrelacent ensuite comme les bouts d’une cadenette et finissent par s’assouplir aux formes multiples du chapeau de paille. De Sluse, l’humble village renommé pour son église romane, à Glons, la petite capitale de cette Italie du Nord,
toute une population féminine s’emploie à cet art rustique, sorti de la nature crétacée du sol qui donne à la tige des céréales une finesse et un brilant incomparables. Même les enfants apportent leur part de collaboration à la grande tâche commune; nous voyons, au fond d’une petite chambre où travaille une famille entière, des fillettes de cinq ans activer leurs doigts grêles au maniement de la natte qui de moment en moment s’allonge derrière elles, sur le carreau; d’autres, plus grandes, s’appliquent (p.405) à des ingéniosités déjà compliquées; la mère, de son côté, achève un travail commencé le matin en surveillant du coin de l’œil sa couvée. D’abord on choisit les pailles les plus belles : toutes sont coupées de longueur égale,
sans nœuds; puis une machine les divise en brins qu’on aplatit au cylindre; et chaque ouvrière en prend une bottelée qu’elle tient dans sa paume et dont elle accroît à mesure la tresse passée sous son bras.
Aucune minute n’est perdue pour ces habiles tâcheronnes; elles voisinent de porte en porte, leurs mains remuées en un va-et-vient qui ne cesse pas, rythmique, égal, monotone ; même aux champs, elles font pâturer les vaches, toujours occupées, la longue traîne dentelée vibrant entre leurs sabots
comme une couleuvre irritée.
Partout la campagne en est pleine; leurs silhouettes se détachaient dans la splendeur des lointains; elles avaient l’air de tresser les cheveux de la terre, soyeux et forts, couleur de l’été qui les mûrit. »

fåcèye (sape de moissonneur)

grawetê (croc de moissonneur)

pougnè§ye di stous (poignée de tiges choisies en vue du peignage)

pène (peigne en bois)

wå di stous (gerbe de tiges peignées et dépourvues de leurs épis)

bwèrês di stous (botte de fétus choisis et coupés à longueur)


tinderèye (soufroir où l'on blanchit la paille)

lampe à soûfe (lampe à soufre)

ustèyes ou machènes po fin.ner lès stous (outils tranchants servant à découper le fétu en plusieurs brins de paille)

(Guide du visiteur, MVW)
(p.407) Le tressage de la paille est un métier essentiellement wallon. A part deux ou trois villages flamands auxquels il s’est étendu, c’est uniquement dans une douzaine de communes wallonnes qu’on le rencontre, au nord de la province de Liège et dans le Limbourg wallon. Le long du Geer, dont le cours sinueux marque à peu près la frontière linguistique (1), ce sont les villages de Glons, Boirs, Roclenge, Bassenge, Wonck, Eben-Emael; au sud de la petite rivière, c’est Haccourt, Heure-le-Romain, Fexhe-Slins, Slins,
Née du sol même, dont la nature donne à la paille d’épeautre des qualités
spéciales de résistance et de souplesse, l’industrie du tressage a, pendant longtemps, rendu prospère la région qui s’y livrait. Ce travail léger, qu’on exécutait en se jouant à ses moments perdus, faisait entrer dans chaque ménage, au bout de la semaine, un supplément d’aisance appréciable, que trahit d’ailleurs l’aspect général des habitations
(1) M. Maurice Ansiaux y a recueilli cette déclaration « que la
race flamande ne commence que sur la montagne » (sic). Chose curieuse,
nous avons entendu un propos analogue dans le coin wallon où se
trouvent, au sud de la Flandre Orientale, les communes d’Orroir,
Amougies et Russeignies, au nord desquelles s’élève une modeste colline.