VIKADJE DO PASSÉ

MANIÈRES DE VIVRE DU PASSÉ

TCHAURLÎ

CHARRON

li tchaurlî / le charron

(s.r.)

(s.r.)

Raymond Fichet, in : Histoire nismoises, 1985, p.38-40

 

L’exploitation forestière et le nombreux charroi qui y était associé, ainsi que l’intensification des exploitations agricoles, nécessitait la présence d’artisans, indispensables dans l’économie rurale d’autrefois. Leur travail était aussi important que l’est aujourd’hui celui des carrossiers et garagistes des temps modernes. Construire, réparer et entre­tenir, rien n’a changé, si ce n’est les méthodes et les moyens mis en oeuvre.

 

Le tchaurlî (charron) , était un homme important. Il était le réalisateur de tout ce qui gravitait autour du mode de transport de naguère. Bien souvent avec des moyens rudimentaires, il réalisait ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui des “oeuvres d’art”. Seul le bois était à la base de ces réali­sations. Fabriquer un tchaur depuis le timon jusqu’à 1′ queuwe ce n’était pas évident. Il fallait pour cela des connaissances de symétrie, transmises la plupart du temps, de génération en génération.

 

Le tchaurlî n’était cependant qu’un maillon de la chaîne. Le parachèvement incombait au mârchau (maréchal-ferrant) . Ce métier artisanal a disparu depuis de nombreuses années, à quelques exceptions près, ou le ferrage des chevaux de course et de plaisance. C’était un métier très dur et qui demandait une constitution et une robustesse à toute épreuve de la part de celui qui le pratiquait.

 

L’ agleume (enclume) était l’élément spécifique de la forge, dont le coeur battait au rythme des martèlements répétés. Ce bruit familier, nous ne l’entendrons plus et pour­tant il a marqué mon enfance. Combien de fois je me suis attardé devant ce spectacle fascinant des étincelles jaillissant au contact du marteau sur la pièce à forger, admirant la dextéri­té du forgeron et son habileté à faire prendre forme à l’objet.

Un bon mârchau possédait douze marteaux, dont la “masse”, le “merlin”, l’ mayoche , le “mandrin” etc… un banc (établi) avec les outils, les étaux, l’ agleume bien sûr, posée sur le blo de bois (souche de chêne entourée d’un cercle). Le fournia aveu l’ batch à êwe, lè chouflèt à l’ mwin aveu l’ tiran èt l’ manote. Il y avait aussi l’ agleumia (enclumeau), qui se plaçait dans le trou de l’enclume, soit pour couper ou arrondir une pièce.

 

Un travail important et impressionnant, c’était le cerclage des roues de chariot. Il fallait pour fé tchaufer l’ bindâdje au roud.je dans un four spécial, le mète su l’ take qui servait à insérer le moyeu des roues à ferrer, placer le bandage rougi autour de la roue et le faire rétrécir en l’aspergeant d’eau froide. On procédait également au bandage des essieux par la même méthode. Le bandage, pour les chariots lourds pouvait atteindre 140 kg pour les cha­riots ordinaires 80 kg.

 

Il ne restait plus alors qu’à compléter définitivement la structuration de l’ensemble. Forger et placer de chaque côté du chamia , les ronkes , ferrer les lamias et les chaîner, ensuite les accrocher à l’ lame

Ferrer un cheval, c’était tout un art. Il fallait tenir compte de la morphologie des pieds des chevaux, qui étaient en général dissemblables.

Afin de réaliser une ferrure, on introdui­sait le cheval dans un trava formé de quatre montants, pout­res épaisses. On plaçait ensuite le poûssârd, ensemble posté­rieur se composant de poutres arrières garnies d’arc boutants. Après avoir entravé le pied à ferrer, il fallait à l’aide d’un tranchet, couper l’excédent de la partie cornée, ensuite l’égaliser avec une râpe et un tâye-pîds . Le fer, forgé en fonction du résultat obtenu, était présenté au pied à plusi­eurs reprises, jusqu’à ce qu’il s’adapte d’une façon parfaite. Il ne restait plus alors qu’à le fixer à l’aide des claus d’ mârchau qui jadis étaient fabriqués sur place par les mêmes artisans. Par temps de neige ou de glace, on taraudait le fer pour obtenir un pas de vis et on y vissait des crampons.

Nous avons vu que les fonctions de ces ar­tisans étaient complémentaires et que l’ensemble de leurs réalisations constituait un tout, devenant fonctionnel. Mais pour compléter ce tout, il fallait une dernière main. C’était là qu’intervenait le gorelî  (bourrelier) spécialisé dans le travail du cuir. L’harnachement de l’attelage, c’était son travail.  Fabriquer l’ goria, lè brîde, lè môrs dè brîde, lè croupiêre, lè quèwion, l’ dossiêre, lè sèlète, lè loye-cô, lè côrdia, èt l’ colé, c’était son affaire. Tout ce travail était réalisé parfois avec des moyens rustiques. Il se ser­vait d’un marteau pour assouplir le cuir, de paille pour le bourrage du goria (une alêne pour perforer et de l’indispen­sable t c 11 è t f j , passé au préalable dans la poix, pour coudre l’ensemble. Il confectionnait aussi lè scorîe aveu ‘ne corwè s’ lanière èt l ‘ èscaswêre, mais aussi les brîdes dè sabot, lès corwès d’ flaya et lès carnassiêres.

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