VIKADJE DO PASSÉ

MANIÈRES DE VIVRE DU PASSÉ

MON.NÎ

MEUNIER

èl Moulin du Cat Sauvâje / le Moulin du Chat Sauvage

(Picardîye / Picardie – à L’Zîle / à Ellezelles)

Paul et Lucien Maréchal, La meunerie au pays de Namur, Vocabulaire technologique, 1909, in : BSLW, T54, 1912, p.154.197

 

PRÉFACE

 

Désireux de coopérer au grand travail du Dictionnaire wallon, nous avons entrepris de reconstituer un des vocabulaires techniques qui font encore défaut à la Société de Littérature Wallonne. La meunerie s’est présentée à nous comme une vieille industrie de terroir bien digne d’intérêt, et jusqu’ici négligée ; c’est sur elle que notre choix s’est porté.

Dès l’abord, nous avons été encouragés par la pensée que nous venions au moment propice pour recueillir un vocabulaire aussi menacé que l’industrie à laquelle il se rapporte. La meunerie de village, en effet, a été frappée cruellement, et est actuellement fort déchue. Les boulangers de la ville vont vendre leurs produits à dix kilomètres aux alentours ; les paysans, ne cuisant plus eux-mêmes, n’ont plus besoin de farine. Ils vendent leur grain et achètent leur pain tout fait. En maints endroits, des moulins à cylindres sont venus ruiner la vieille meunerie ; en d’autres, des industries diverses, installées au bord de la rivière et se servant de la « houille blanche », ont détourné à leur usage toute la force du courant. Le meunier installé sur le même cours d’eau a vu sa roue tourner languissamment, ses meules s’engourdir ; les quelques sacs moulus sur la journée ne lui assurant plus un gain suffisant, il a préféré renoncer à son métier pour en essayer un autre, d’ordinaire celui de cultivateur. Que dire enfin de cette vallée du Bocq, où l’eau une fois captée pour les besoins de la capitale, une foule de inoulins ont été réduits à l’impuissance ? Que dire de ce joli village de Cru pet, où, de sept moulins à farine et d’une ôrliye (huilerie) qui existaient jadis, il ne reste plus qu’une seule paire de meules en action ? Que dire de cette décadence, sinon que le progrès est (p.157) impitoyable, et que c’est encore là une vieille industrie wallonne qui s’en va ?

Elle est encore assez vivace, cependant, et ce n’est pas sans surprise que nous avons appris l’existence de trois moulins à eau sur le Houyoux, aux portes de la ville. Dans deux d’entre eux, notre patois avait perdu ses droits. Heureusement, dans le der­nier, nous avons trouvé un vieux meunier purement wallon qui, avec un empressement et une bonhomie intarissables, nous a initiés à son art et à sa langue. Le brave homme que nous avons mis si largement à contribution se nomme Désiré Bèro et a 65 ans ; il travaille dans les moulins depuis l’âge de 18 ans. Né à Corroy-le-Grand, il a fait son apprentissage en Brabant ; puis il s’est fixé à Saint-Servais, au Moulin Lavigne, où il a passé 30 ans, d’abord comme vaurlèt, actuellement comme maisse. Quelques mots de son dialecte, que nous n’avons pas retrouvés dans les villages namurois, doivent être considérés comme brabançons.

Une fois en possession des termes de meunerie qu’il nous avait appris, et connaissant les machines dans leurs moindres détails, nous avons commencé à parcourir les campagnes, pour faire une étude comparative et enrichir notre vocabulaire. Dans tous les moulins, nous avons été accueillis avec une franche cordialité, qui témoigne en faveur du caractère des paysans wallons. Par­tout ou s’est fait un plaisir de nous dire tout ce qu’on savait, — un plaisir où il entrait visiblement un peu de fierté. Récoltant ainsi quelques mots à droite, quelques autres à gauche, nous avons pu dresser un vocabulaire où des variantes locales se pla­cent naturellement. Dans le texte, le premier mot wallon est celui de Namur, les variantes sont entre parenthèses, avec indi­cation de la localité. Pour les mots employés partout, il n’y a pas de lieu indiqué.

Nous nous sommes associés fraternellement pour mener notre œuvre à bien, l’un notant hâtivement le vocabulaire du meunier, l’autre prenant des croquis.. Des figures exactes étaient en effet nécessaires à la bonne intelligence du texte, les machines du moulin étant relativement compliquées.

En terminant, nous nous faisons un devoir de remercier les personnes dont les noms suivent, toutes expertes dans l’art de la meunerie, et qui nods ont fourni des indications précieuses.

 

(moulins à eau)

Désiré Bèro,  meunier à Asty-Moulin (Saint-Servais).

Gilain,                »        Saint-Servais.

Gérard,               »                  »

Casimir Dubois, batteur de meules, à Jambes.

Edouard Toussaint, meunier, à Crupet. Gustave Jacquet,          »           Evrehailles-Bauche.

Louis Leroy,                »           Jausse-Faulx.

Alphonse Lambert,       »           Thon-Samson.

Orner Gauthier             »           Hambraine(Cortil-Wodon).

Charles Somal,              »           Marchovelette.

Alexandre Dartois,        »           Ham-sur-Sambre.

 

(moulins à vent)

François Guyot            »           Noville-les-Bois.

Henri Copette,             »           Gochenée (Forville).

Max. Lohisse, secrétaire communal de Noville-les-Bois.

 

 

  1. LES MOULINS A EAU

 

  • 1 Termes généraux employés par le meunier

 

Li molin à êwe è-st-au bwârd do ri ; li vî mon.nî î d’meûre avou l’ mon.nerèsse èt s’ vaurlèt. On-z-a dès pratikes, èt 1′ reuwe (dite parfois reuwe do ri pour la distinguer des roues d’engrenages) toûne tote l’anéye. Quand l’ êwe vint bin, qu’ I gn-a brâmint, on l’ mèt en route. Quand l’ êwe ni vint nin biacôp, qu iI gn-a wêre, on l’ arète.

li ri èt l' molin (le ruisseau et le moulin)

(Méréchal 1912, 159)

L’ êwe do ri si rachone dins on bî (= bief ; fig.1). Ele passe pa d’zos lès plantches dè l’ vane (pale, ou vinta) ; èle prind au mitan dès ales (aubes), ou èle tchaît dins lès pots (pots, auges), èt 1′ reuwe toûne.

I faut qui 1′ pale seûye douviète ; quand èlle est sèréye, l’ êwe ni passe pus : li reuwe taudje (ralentit) èt, à l’ fin, arète. Adon, l’ êwe monte dins 1′ bî èt, quand èlle est trop waute, èle coûrt èvôye dissus 1′ costé pa d’zeû 1′ bate (barrage). Quand l’ êwe est trop fwate, on douve one pale di dècharje (le mot vinta est parfois réservé à celle-ci : Namur-Crupet), èt l’ êwe qu’ èst d’ trop è va pa l’ faus-ri (Crupet).

Au matin, li vaurlèt è va avou 1′ tchèrète qwé lès grins dins lès cinses èt èmon lès p’titès djins ; quand l’ frumint — ou 1′ boûkète— èst molu, on 1′ rèmwinne, èt lès djins pàyenut 2 francs po cint kulos.

 

Li mon.nî ni faît qui 1′ moladje : i moûd l’ grin qu’ on lî apwate èt fé rèmwinrner l’ mon.néye (= le grain moulu). Li farènî achetéye li grin èt vint 1′ farène à tot quî è vout acheter.

Li mon.nî moûd co dès pasteures  po lès bièsses ; one mon.néye (= mélange (p.159) pour les bêtes) di blé (— swèl, seigle, wassin à Samson) et di mayis’ ou d’ awin.ne. A Novîye (Noville-les-Bois) et à Samson, on moûd co do wadje (orge) po lès brèsseûs, et do socouran (escourgeon) po lès bièsses.

Po fé moûre 100 k. di blé (= swèl), ça cosse 1,50 fr.

 »               »        di mayis’                 »       1 fr.

Dissur one eûre, on pout moûre, avou one cope di pîres (= meules), on satch di frumint ; deûs trwès di blé (= swèl), et jusqu’à iût’ di wadje, parèt-i.

Asteûre, on conte pa cints kulos, mais d’dins l’ timps, c’èsteûve par moûds (= muids); on moûd, c’ èsteûve 140 (Faulx) ou 150 (Forville) kulos.

Quand l’ satch n’ èst qu’ à mitan plin, qu’ i gn-a qui 40 ou 50 kg d’dins, li mon.nî dit qui ç’ n’ èst qu’ one maletéye (Saint-Servais).

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