POQWÈ L’ WALON ?
Pourquoi le wallon ?
Poqwè disfinde li walon ? – Pourquoi défendre le wallon ?
1. Raisons linguistiques
1.1 Le wallon est une langue
Jules FELLER, docteur en philologie romane de l’ULg, p. 8, 1912
« L’ensemble des dialectes wallons forme une unité linguistique d’un ordre supérieur. On peut considérer d’appeler cette unité langue wallonne ou wallon. »
1.2 Le wallon est original
Willy BAL, docteur en philologie romane de l’UCL, VA (10.1.1974)
« Le wallon a son originalité, possède une originalité bien réelle. »
2. Raisons économiques, psychologiques et démographiques
Guy JUCQUOIS, docteur en anthropologie et en linguistique à l’U.C.L.
« Les phénomènes de déculturation, étudiés jusqu’à présent essentiellement sur des populations d’Amérique du Sud, mais observables également en Europe dans certaines régions telles que la Wallonie, sont aisément décelables lorsqu’ils se situent dans des régions bilingues, du fait qu’ils s’accompagnent alors de la perte progressive de la langue traditionnelle.
L’évolution collective d’un unilinguisme A vers un unilinguisme B, en passant par un bilinguisme AB puis un bilinguisme BA, apparaitra donc comme un signe de déculturation et sera accompagné de phénomènes économiques (récession, sous-emploi, etc.), sociologiques (perte de l’élite, modèle social importé, etc.), et même physiologiques s’il faut admettre l’explication de la diminution des taux de natalité comme étant une des conséquences du phénomène de déculturation. »
N.D.L.R. Cet article qui est l’aboutissement d’une étude pragmatique spécifique (La Wallonie) et universelle, semble décrire parfaitement les phénomènes de décadence de la partie méridionale de la Belgique et donne matière à réflexion quant à son avenir qui est entre nos mains.
3. Raisons pédagogiques
a) Diro « Les enfants retardés à l’école primaire », La Libre Belgique du 28.2.1975
« Leur nombre atteint 41,4 pour cent dans les classes francophones et 17,6 pour cent dans les classes néerlandophones ».
Cette différence se retrouve à travers les 6 années de l’école primaire et apparait avec une constance surprenante depuis de nombreuses années.
D’où vient-elle ? La langue française – grammaire, orthographe, syntaxe (sic) – est nettement plus difficile que la langue néerlandaise.
Qu’on songe aux dix graphies du son – é -, aux douze graphies du son « an », aux graphies du son « in » et à tant d’autres exemples. Qu’on songe au mot « oiseau » dont on ne prononce aucune lettre, aux homonymes et ainsi de suite.
La langue néerlandaise, par contre, est beaucoup plus phonétique et son orthographe plus accessible aux jeunes enfants ».
N.D.L.R. Contrairement à ce que l’on penserait, l’orthographe du wallon est plus simple qu’en français, c’est-à-dire plus proche du langage parlé. Cf. W. fosfôre (= F. phosphore), èlèfant (= éléphant), matėmatikes (= mathématiques) …
Et l’auteur ajoute : « Cette explication n’est point tendancieuse. J’essaye d’écarter tout chauvinisme linguistique ».
b) L’Abbé R. MOUZON, dans : Actes du 1ª colloque sur l’enseignement du wallon à l’école (Le Luxembourg dialectal, 1, 1984, p. 8) :
« Non, la connaissance du wallon ne défavorise pas l’étude du français … Ce n’est vraiment qu’en apparence que le recul des langues locales serait favorable à l’enseignement du français. On ne s’est sans doute jamais autant plaint qu’aujourd’hui des carences littéraires et tout simplement verbales de nos étudiants, c’est-à-dire – remarquons-le – de la première génération monoglotte. On a donc abouti à une double inculture : est-ce vraiment ce qu’on voulait? »
4. Raisons positives
4.1 Développement de la personnalité
Johan VIROUX, En route pour le 21e siècle, Télépro du 15.9.1984
« Ce n’est pas la langue qui prime la personnalité mais le souci de développer la personnalité de chaque individu. »
4.2 Bilinguisme infantile
Françoise MATHIEU, dans : Actes du 1er colloque sur l’enseignement du wallon à l’école – (Le Luxembourg dialectal, 1, 1984, p. 21)
N.B. Elle dirige la chorale de Wéris (enfants de 4 à 13 ans) : « Les enfants apprennent très vite le wallon, plus vite qu’une autre langue. Quand on essaye de leur faire apprendre un chant d’une autre langue, la traduction est là, mais ce n’est pas pour cela que les mots disent quelque chose. Tandis qu’en wallon, il est là, IL EST EN EUX, donc je crois qu’il FAUT L’EXPLOITER ».
4.3 La créativité
Robert LAFONT, La révolution régionaliste, pp. 226/228, 1967
« Une création en un lieu a des raisons sociales et historiques. Elle est le fruit d’une conscience d’identité. Pour cette raison, les initiatives culturelles en France ne sont que des imitations, toujours pâles, de ce qui a été fait, trouvé, épuisé à Paris. » (p. 226)
« La langue reconquise n’est pas, dans une perspective de progrès intellectuel, un rétrécissement mais un accroissement de chances de la création. Evidence qui recouvre une philosophie de la culture.
Dans l’ethnie multiculturelle – comme il est naturel et actuel de le concevoir – français et langue autochtone régénérés sont également des ouvertures de l’esprit. On peut y ajouter les langues de voisinage, à l’heure de l’Europe ». (p. 228).
4.4 Avantages du bilinguisme
Renzo TITONE, Bilinguisme précoce et éducation bilingue, p. 100, 1974
« Les possibilités qu’a le bilingue d’ouverture mentale et affective, sur le plan social, culturel, littéraire, politique, etc., devraient développer en lui une personnalité plus riche, plus libre, équilibrée et intégrée. A condition, remarquez-le bien, que l’on nourrisse des attitudes positives envers chaque langue et chaque culture, sans exclusives ni préjugés ».
4.5 Raisons esthétiques
Marie-France FICHET-DOFFINY, dans « Syllabes », 2, 9.1983
« … la beauté de la langue wallonne ».
4.6 Raisons communautaires
Dr. PIERRET, discours à l’échevinat de l’instruction publique dans : « Plaidoirie de l’Abbé Mouzon en faveur du wallon à l’école » (Avenir du Luxembourg du 11.4.1984 »)
« Il faut reconnaître que tant qu’on a parlé le wallon, il n’y a jamais eu de querelles linguistiques, les langages wallon et germanique étant plus proches que ne le sont le néerlandais et le français ».
5. Conclusions
La langue peut légitimement s’affirmer comme la troisième puissance culturelle et linguistique de la Belgique, la 3° en ce qui concerne le nombre de locuteurs ou de personnes touchées par cette question, et la production culturelle.
Paul LEFIN, Secrétaire général de l’Union Royale des Fédérations Dramatiques et Littéraires Wallonnes, discours prononcé le 24.6.1984, extrait :
« Vos polez fé dè tèyâte è walon, vos polez scrîre è walon, vos polez djâser walon, mins si vos n’ disfindez nin vos-idèyes – ca l’ walon, c’ è-st-ossu ine idèye po nosse coûr èt nosse payis -, vite vos d’vinrez vîs sins poleûr gangnî l’ bataye qu’ ont-st-ataké nos tauyes …
Lucien MAHIN, Docteur en sciences vétérinaires, alias Louline Vôye, dans « Les Cahiers wallons » du 12.1982 :
Li walon, todi nos causerans
À tortos, surtout aus-èfants.
(Prèmî comandemint do bon Walon)
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