CONSTATS NÉGATIFS
CONSTATS NÉGATIFS
Il èst grand timps po l’ langue walone …

L' ONU èt l' walon
(VA, 05/01/2019)
LANGUES (in: AV, 05/01/2019)
« Le wallon peut encore être sauvé … mais il est grand temps »
L’ONU lançait en 2019 l’Année internationale des langues autochtones. Parmi elles, le wallon. Dont la disparition n’est pas inéluctable.
. Interview : Martial DUMONT
Michel Francard, vous êtes professeur émérite de linguistique à l’UCLouvain. Il existe aujourd’hui 4 000 langues autochtones au monde. Tous les 15 jours, une d’entre elle disparaît. Pourquoi ?
Essentiellement à cause de la globalisation. Ce ne sont pas les langues autochtones qui disparaissent, ce sont les peuples qui les parlent qui décident de ne plus les pratiquer. Le wallon, par exemple, a commencé à péricliter quand on a décidé d’utiliser le français comme outil d’ascension sociale. Et même au sein de ceux qui le pratiquent encore, il y a une forme de standardisation. L’un prend le pas sur l’autre. Là où, avant chaque paroisse avait son propre wallon, les différences s’estompent : le wallon de Liège a pris le pas dans toute la région liégeoise, idem pour le wallon de Charleroi …
. Et cʼest dû à quoi ?
Au brassage des populations : aujourd’hui, des personnes de régions différentes vivent ensemble et, bien souvent, une forme de wallon prend le pas sur l’autre. Ce qui érode les spécificités locales. C’est problématique parce qu’au-delà d’une langue, c’est une culture, une manière de lire le monde qui disparaît petit à petit. On dit souvent que lors qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît. C’est pareil pour les langues. Évidemment, pour sauvegarder une langue autochtone ou endogène, comme le wallon, il faut qu’il y ait un besoin social. Si ce n’est pas le cas, ça ne sert à rien de faire de l’acharnement thérapeutique.
. Et pour le wallon, ce besoin existe encore ?
Je le crois, oui. Ne fût-ce qu’au niveau de la convivialité : dans les maisons de retraite, on sait que parler wallon aux vieilles personnes, ça les rassure, par exemple.
. Mais alors que faire pour préserver le wallon et éviter qu’il ne disparaisse à terme comme bien d’autres langues autochtones ?
Étant donné qu’il y a une rupture de transmission générationnelle qui menace les langues comme le wallon, le picard ou le gaumais, il n’y a pas 36 solutions : il faut l’enseigner. Pas forcément a l’ecole. Mais il faut l’enseigner comme une langue vivante, avec des méthodes modernes.
. En tant que linguiste, vous avez le sentiment que c’est trop tard,
que la langue wallonne est amenée à disparaître ?
Je pense en tout cas qu’il y a urgence ? Et il faut tirer profit des facteurs positifs qui existent.
. C’est-à-dire ?
Il y a aujourd’hui un renversement des mentalités. Jadis, parler wallon était considéré comme impoli. C’était populaire, de basse classe. Aujourd’hui, les jeunes ne voient plus le wallon comme négatif. Il bénéficie même d’un regain de sympathie, notamment grâce à de nombreuses initiatives qui mettent les enfants en contact avec le wallon. Et il en revient des échos très positifs. Le théâtre aussi est fondamental. Chaque année, 200 000 personnes vont voir des pièces en wallon, souvent avec des troupes de jeunes d’ailleurs.