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GUÎYES ÈT DJEUS DÈ L’ MIN.ME SÔRTE
Quilles et jeux équivalents
1 Li djeu d’ guîyes / Le jeu de quilles

Djeu d' guîyes dé one cinse / Jeu de quilles près d'une ferme
(Florent-Nicolas Crabeels, Antwerpen – 19e s.)
Les jeux de quilles, in : EB 418, 1989, p. 23
Il faut distinguer deux grands types de jeux, le jeu de quille proprement dit et le jeu de bouloir. Le premier a disparu progressivement dans l’Entre-deux-guerres et il se jouait généralement dehors ; les quilles (guîyes), au nombre de neuf, étaient disposées sur un quillier (une semelle en pierre de forme carrée mise en losange); il convenait de les abattre à l’aide de grosses boules (+/- 30 cm de diamètre) munies généralement de trois trous pour y passer les doigts ; celles-ci sont lancées depuis un pas situé à une distance de 7 à 10 m de la semelle; dans la plupart des cas, cette boule ne pouvait rouler et elle devait atterrir sur un emplacement situé devant la semelle pour abattre ensuite les quilles. Le jeu de bouloir (boulwâr, -wêr) est encore pratiqué chez nous; il se joue plutôt à l’intérieur avec cinq quilles disposées en ligne par un planteur (planteû) qui se réfugie dans une cabine en planches (baraque) lors des lancers. Ces quilles portent, chacune, un nom particulier; celle du centre, c’est la dame qui est entourée de deux autres quilles, avant-cwin d’gauche, avant-cwin d’ drwète; celles qui sont situées aux extrémités s’appellent cwin d’ gauche et cwin d’ drwète ; bien sûr, on rencontre d’autres appellations qui sont notamment signalées par Willy Bal (1).
Le pas est situé à distance de 17 à 20 mètres des quilles ; les boules, de poids et de formats différents (20 à 25 cm de diamètre) étaient munies d’une fente pour y passer les quatre doigts de la main et un trou pour le pouce. Le mur du fond est constitué de madriers (bîyes) et les boules qui y sont recueillies sont placées par le planteû dans une glissière (batch) qui les ramène au pas. On connaît plusieurs manières de jouer; un contre un ou par équipe ; on peut jouer sans la dame ; on peut placer un bloc de bois devant les quilles pour corser la difficulté ou encore, comme le héros d’Henry Pétrez, en plaçant sur la quille centrale, plantée seule, une autre petite quille appelée le pompon qu’il convient d’abattre à la volée.
Il arrivait que le jeu fasse l’objet de paris et comme à la balle au tamis, les bîyeteûs engageaient de fortes sommes mais, souvent, on se contentait de jouer pour quelques tournèyes.
- (Willy Bal, Lexique du parler de Jamioulx, Vaillant-Carmanne, Liège, 1949, pg 165 et 55)