manières vivre passé bâtiment
DJEUS D’ TAUVE
Jeux de table

riboulète (à Ébli / Ebly) (Ârdène / Ardenne)
(s.r.)

èl jeu d' fièr (le jeu de fer) (Tournè / Tournai)
(Musée du folklore / Tournè – Tournai)
Françoise Lempereur, in : Du doudou au remoudou, éd. Labor, 1999
(p.72) Lorsque l’église était, pour la pluÂpart de nos concitoyens, le rendez-vous obligé du dimanche matin, le café voisin constituait le rendez-vous, presque aussi obligé, d’« après-messe » : les femmes, pressées de renÂtrer pour préparer le repas, étaient rares, mais, de l’adolescent au vieilÂlard, tout homme sociable se devait d’aller y boire « une goutte » ou un verre de bière… et d’y disputer une partie de cartes ou d’un des innomÂbrables jeux locaux ou régionaux. Parmi ceux-ci, citons le jeu de fer au tailloir à Tournai : sur une table de trois mètres de long et 50 cenÂtimètres de large, on fait glisser, à l’aide d’une queue de billard, des palets d’acier entre des braques de cuivre, jusqu’au but appelé « éta-que » ; dans le Tournaisis aussi et dans les régions minières, le « javelot », sorte de flèche empennée d’une trentaine de centimètres de long, lancée à huit mètres, sur une cible en bois, où l’on a dessiné deux cercles concentriques ; dans l’est et le sud de la Wallonie, la riboulète, ancêtre du flipper : sur une table inclinée vers l’avant, on lance, de bas en haut, une boule de bois qui, en retombant, doit abattre de petites quilles, en bois elles aussi ; etc.
Parmi les jeux de cartes, outre les habituels belote, canasta et rami, épinglons la banke russe, le couyon à 5 ou 7 lignes (dans le Namurois, le Brabant et le Hainaut) et la matche ou dame di trèfe (dans le Condroz et à Liège surtout).
1 èl jeu d’ fièr (le jeu de fer) (réjion d’ Tournè / région de Tournai)
É(lisée) L(egros), Le jeu « au fer au tailloir », in : EMVW, 1960-62, T9, p.208-209      Â
 Le jeu de fer — On pourrait l’appela un jeu spécifiquement tournaisien, tant il est en vogue à Tournai.
 (p.209) Précisons enfin qu’il ne faut pas confondre ce « jeu de fer » – pour lui donner son nom tournaisien — avec d’autre jeux de fer, où les fers sont des anneaux, connus naguère au pays de Namur, dans le Hainaut oriental et dans le Brabant wallon.

ène taule du jeu d' fièr (une table du jeu de fer)
(Musée du Folklore, Tournè – Tournai)
Christian Souris, in : Le « jeu de fer », tournaisien : billard, pétanque ou palet ?, in : Pourquoi pas ?, 18/09/1980
Imaginez une longue table de 2,5 mètres de long sur 50 centimètres de large. Le centre en est une planche de hêtre d’une seule tenue, de 2,4 mètres de long sur 37 centimètres de large. Sur les côtés deux « rigoles ». (Si le fièr y atterrit, il est hors-jeu.) Dans le fond, 7 « broches » de cuivre disposées en quinconce.
C’est a l’aide d’une queue de billard au bout aplati et biseaute que le joueur envoie son fièr (un petit palet de cuivre ou d’acier de 35 mm de diamètre, marqué d’21 ou de 5 points (in : Paul Mahieu, Lexique oicard,1994)). Â
Passer entre les broches n’est pas des plus faciles ! Sur le plateau de hêtre poli et ciré, de la poudre spéciale saupoudrée avant chaque partie. Ici, de la lucite.
– Jusqu’il n’y a guère, remarque Marcel Cheval (président des Tournaisiens sont là ), on utilisait à cet effet du marbre blanc cuit et consciencieusement pilé. Aujourd’hui, pour des raisons de facilité, on emploie de la lucite, une poudre
faite de minuscules billes de matière plastique que l’on utilise dans les verreries pour que les feuilles de verre n’adhèrent pas les unes aux autres. Ou bien du Pedagon, produit cher aux dentistes, puisque c’est au départ de cette substance que l’on fabrique les … dentiers !
Chaque partie se dispute avec 8 « fers » et deux équipes – 1 contre 1 jusqu’à 4 contre 4.
« Donner une petite baise »
– Mais les plus belles parties, souligne Marcel Cheval, se font à deux contre deux. C’est alors que l’on peut développer la plus belle des tactiques, qui consiste notamment à chercher, pour garantir ses avantages, à embarrasser le passage de l’adversaire.
A moins que l’intéressé ne préfère « donner une petite baise » au « fer » de son coéquipier. Ce qui, dans le dialecte des « joueurs de fer », signifie tout simplement le pousser légèrement afin de le faire avancer et le mettre en meilleure place.

èl jeu d' fièr (le de fer) (Tournè / Tournai)
(Musée du Folkore – Tournè / Tournai)


(in: P.P.?, 18/09/1980)
Le jeu de fer appartient à l’ADN des Tournaisiens. Héritier du jeu de toque, il apparaît près de Béthune dans le nord de la France où il est très vite popularisé auprès des Français, mais aussi des Belges. C’est chez les Tournaisiens que l’engouement est le plus grand, si bien qu’aujourd’hui encore le jeu est très pratiqué dans la cité des cinq clochers.
D’ailleurs, les Tournaisiens adoptent leurs propres règles. En effet, les systèmes de points et d’équipes diffèrent de ceux d’origine. Le but est d’atteindre la broche (ou l’étaque) la plus éloignée en frappant avec une quille (sorte de queue de billard au bout biseauté) un fer (palet en acier) posé sur le pas. Un tirage au sort détermine le joueur ou équipe qui débute. La partie se termine à 24 points dans le cas où il y a quatre joueurs, à 30 s’il y en a huit. Pour faciliter la glisse
du fer, on étale de la poudre de résine sur la table (autrefois, on utilisait du marbre pilé). (in: Musée du Folklore, Tournè / Tournai)

èl jeu d' fièr (le jeu de fer)
(Musée du Folklore, Tournè / Tournai)

Il existe plusieurs dérivés du jeu de fer comme le fer à la platine ou le fer au moulin. Diverses expressions sont aussi nées avec le jeu : « débuter un fer » quand on sort le fer de la planche ou qu’on l’éloigne de l’étaque qui détermine le gagnant, « doguer » quand on pousse un fer contre un autre afin de faire avancer ce dernier pour le mettre en meilleure position. (in: Musée …, op. citat.)
UN JEU QUI SE JOUE … UNE FOIS L’AN ! (in: P.P.?, op. citat.)
Le « jeu de fer » tournaisien, chaque année, se mue traditionnellement en « jeu de fer à la platine » au cours d’une seule journée : celle du « lundi des Parjurés » (1) comme on dit dans la région, c’est-à -dire le « lundi perdu » ou lundi qui suit l’Epiphanie.
Le jeu de fer est doté d’une tige transversale a laquelle sont suspendues des pendeloques portant des numéros de 1 à 5 qu’il s’agit d’aller décrocher avec
des « platines », sorte de fers munis d’un petit téton.
Il faut beaucoup d’adresse et de chance pour décrocher les pendeloques. L’enjeu de la partie, suivant une coutume qui se perd dans la nuit des temps, n’est autre que … des lapins !
(1) A l’époque de Charlemagne, les « plaids » judiciaires des seigneurs fonciers se tenaient entre autres ce fameux lundi. Les comparants devaient jurer sur
les saints de ne pas se parjurer, c’est-a-dire de ne pas cacher la vérité. Ce terme de « Lundi des Parjurés » existe toujours à Lille, Douai et Tournai.

èl jeu d' fièr à 'l platine (le jeu de fer à la platine)
(P.P.?, op. citat.)
Chaque année depuis 1973, un tournoi de jeu de fer prend place à la Halle aux draps. Pendant deux jours, plus de 200 compétiteurs – hommes et femmes – s’affrontent dans une ambiance chaleureuse.