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TOÛRPÈNE

TOUPIE

dès toûrpènes (des toupies)

(Lîdje / Liège, fin 19e – déb. 20e s.) (Guide du visiteur, MVW, s.d.)

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

(p.106) LA TOUPIE

 

Parmi les jouets commercialisés faits en bois, on ne pourrait s’abste­nir de parler de la toupie ou tourpène. On l’appelait encore dope. Il fallait savoir choisir sa toupie car pour obtenir de bons résultats, elle devait être bien équilibrée et la pointe bien douce et justement centrée, sinon elle ragadeleut.

Une pratique assez curieuse, qui nous a été rappelée par des vieux Montagnards, c’est que le joueur démontait la pointe de la toupie. Il remplissait le trou avec du crottin de cheval puis revissait le pic. Etait-ce là un geste de magie ? Il faut le croire car l’opération ne pouvait en rien améliorer la rotation de la toupie.

  • Au centre, on disait : tourpène à s’ carte.

 

(p.107) La toupie était le mieux animée si elle était petite par une ficelle de France et si elle était grosse par une corde de store. On plaçait géné­ralement une toupie au centre d’un cercle et il fallait la faire sortir pour recommencer le jeu. Après la sortie du cercle, si la toupie du joueur était encore assez animée, il demandait du bûre et s’obligeait à faire sortir à nouveau la toupie de l’adversaire de l’endroit où il avait accepté qu’elle fût placée. Les poussées vers le dehors se faisaient à côps d’ pike et à côps d’ bos.

 

Dans les parties à plusieurs joueurs contre plusieurs joueurs, il arri­vait que le dernier joueur, qui était toujours l’as de l’équipe, ait deux ou trois toupies à sortir du cercle. Les joueurs de la partie adverse, pour l’influencer, chantaient

Deûs-ochas p’ in tchén.

I n’ lès mougnera nén !

Mais les supporters du joueur accompagnaient le chœur en disant :

Deûs-ochas p’in tchén

I lès mougnera bén !

La toupie au début de la partie était placée au centre du cercle, sou­vent enfoncée dans un trou nommé potia. Le joueur visait la toupie car celle-ci touchée au bon endroit pouvait sortir du cercle sans que le joueur ait à rascoude sa dope et à chasser la toupie de l’adversaire par à-coups. Il arrivait que la pointe de la toupie lancée pénétrât dans le bol de la toupie inerte, celle-ci recevait in tigne. Les joueurs étaient heureux de marquer des tignes; mais la joie suprême était de fendre en deux la toupie de l’adversaire. Dans ce cas, le vainqueur recevait le pic comme gage de son adresse et de sa force.

Il est intéressant de noter que parfois, quand un joueur malheu­reux n’avait pu, au cours de la partie, participer à la phase active du jeu, il subissait, ainsi que ses compagnons si la partie se jouait par équi­pe, une sorte de punition qui consistait à recevoir in tigne de chaque joueur.

Signalons, pour terminer ce chapitre, qu’il fut un temps où les Montagnards fabriquaient eux-mêmes les toupies de leurs enfants. Ils employaient du buis et se procuraient le pike chez l’ marchau Lèrmite, qui était installé avec sa petite forge, à proximité de la place Piret.

 

 

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