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MAS, MÂYES, TCHIKES, …

Les jeux de billes

aus mas (aux billes)

(Henri Liebrecht, 1949)

Charles Dubois, in : Vieille choses d’Ardenne, Cercle d’Histoire et d’Archéologie de la Haute Sûre, éd. Eole, (1932) rééd. 2002

 

/Biedeg, Wiisbech – Bodange, Wisembach/

 

LE JEU DE BILLES

Le Moyen-Age semble avoir ignoré le jeu de billes tel qu’il se pratique de nos jours, au moyen de petites boules de matières diverses. Par contre, du XVIIe siècle jusqu’aux temps actuels, il fut et reste un des princi­paux amusements des enfants. Il fut particulièrement en vogue au XVIIIe siècle. On l’appelait alors « le jeu de la gobille », abréviation de globile (petit globe), dont nous avons fait le mot bille. Les Hollandais et les Allemands étaient fournisseurs attitrés du marché. Au XIXe siècle, la Belgique et la France et spécialement Strasbourg, concurrencèrent la production étrangère. En Alsace, les billes portaient le nom de chiques, appel­lation qui leur est restée dans plusieurs patois wallons.

Nos billes, fabriquées en terre cuite, en grès, marbre, en verre colorié, sont de calibres extrêmement variés. Leur grosseur oscille entre celle d’un pois et (p.344) d’un Å“uf de poulette. Les plus ordinaires sont lancée en les serrant entre le pouce et l’index repliés, les autres doigts étant fermés contre la paume. Les plus grosses se manient en se servant des cinq doigts.

Il nous est impossible de décrire et même d’énumérer les multiples formes de jeux auxquels elles donnent lieu : la poursuite, la fossette, le cercle, le triangle, la dispersion, la rangée en file, la défense, le pair et impair, etc. L’esprit inventif de nos garçons en crée de neuve selon sa fantaisie.

Notons cependant que c’est un grand plaisir de heurter violemment la grosse bille d’un adversaire et de l’envoyer au loin, et surtout de briser en deux tronçons, par un coup net, la bille de pierre ou de grès du perdant condamné «à trimer».

Disons aussi que, dans certains jeux de petites billes, le vaincu est soumis à une punition assez… cuisante. Il doit présenter, dressé verticalement sur le sol, la première phalange de ses deux mains. Les vain­queurs, postés à un mètre plus loin, lui lancent, d’une forte chiquenaude du pouce, leurs billes contre la peau !… Après mûre réflexion, il nous semble que le jeu de billes présente des analogies plus ou moins marquantes avec le jeu de billard des grandes person­nes, que les enfants ont singé et accommodé à leur manière. Le terrain dur et plat représente la table à drap vert ; il y a aussi entrechoquement des boules ; il y a fosses et trous dans lesquels il s’agit d’envoyer, avec habileté, les petites sphères.

mas, mâyes, tchikes

(DFL)

Maurice VAN  HAUDENARD, in : PLAISIRS, DUCACES ET JEUX ATHOIS, in : VW, T.IX, 1928-1929, p.246-255

 

Un jeu dont nous devons parler ici, parce que jadis il n’était pas le seul apanage des enfants, c’est le jeu de billes. Les hommes eux-mêmes jouaient fréquemment aux billes ; ils y consacraient la matinée du dimanche. De nos jours, les enfants font usage de petites billes en terre cuite qu’ils appellent mâbes, mais qu’au­trefois l’on appelait knikes, et de billes plus grosses, en pierre ou en verre, les boutiaus.

On remarquera que ces noms de knikes et de boutiaus sont aussi donnés aux silex roulés que l’on trouve dans certains champs ; il est même une croyance populaire, recueillie à Moulbaix, qui veut que plus on retire de boutiaus d’un champ, plus il en vient.

L’emploi de mêmes noms pour désigner les billes et les silex roulés n’est pas accidentel : certains boutiaus peuvent servir de grosses billes et, il y a soixante à septante ans, les jeunes gens athois faisaient usage de tout petits silex roulés qu’ils allaient ramasser sur certains champs à Ostiches et auxquels ils donnaient le nom de knikes, comme aux petites billes.

Ce nom de knike avait donné lieu à une expression populaire, à peu près oubliée de nos jours. Pour signifier à quelqu’un qu’il était trop jeune et qu’il n’entendait rien à une affaire, on lui di­sait : « Al’z-ê jweu à knikes su ’l rempart ! » (aller jouer à…); elle est à comparer à l’expression tournaisienne : « Alez juer à k’nèkes! »

L’explication de celle-ci a été donnée dans Wallonia*, d’après l’auteur des Etrennes Tournaisiennes de 1886 ; elle trouve son origine dans un usage pratiqué autrefois par des cabaretiers austères et qui consistait à congédier les garçons trop jeunes pour fréquenter l’estaminet en leur mettant dans la main quelques keunikes, billes communes en terre cuite, dont une provision était toujours en évidence sur le comptoir de l’établissement. Ce genre de cabaret a complètement disparu.

 

* 4e année, numéro du 13 mars 1896, p. 36.

 

(p.249) Les keunikes sont fabriquées à Bouffioulx.

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