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DRAGONS
Cerfs-volants

on dragon
(un cerf-volant) (s.r., fonds Roger Pinon)
Joseph Coppens Le cerf-volant, in : Rif tout dju, Nivelles, 1990, p.57-59
On ne voit plus de cerf-volant, sauf de temps à autre à la mer. Encore s’agit-il de cerf-volants de formes inaccoutumées, en toile, tels qu’on les trouve dans le commerce à la Côte.
Faire monter un cerf-volant (in dragon) était pourtant un jeu passionnant. Le confectionner l’était tout autant sous la forme d’un losange ( losindje), d’une poire (pwêre) ou d’une pomme (pun).
Tout d’abord, il fallait réaliser la carcasse (èl carcasse) en employant de fines baguettes qu’on devait écorcer (dèscoûrcî) pour les rendre plus légères et pliables, à défaut de pouvoir disposer d’osier (osière). Le montant valait environ une fois et demie le travers.
Le papier de soie était découpé en débordant de 2/3 cm. la carcasse et cette bande de 2/3 cm. était repliée pour être collée avec de la bouillie de farine (pape). Les moins bien lotis se servaient parfois de papier journal et même de savon noir en guise de colle !
Sur le montant,, on attachait une sorte de bride ou laisse (lache) en fine ficelle pour retenir le cerf-volant captif. En le tenant par cette bride, on s’assurait d’abord de l’équilibre du dragon et, si besoin était, une floche (flotche) en papier était fixée au côté trop léger.
La queue (èl queûye), dont la longueur devait avoir 3 à 4 fois la hauteur du cerf-volant, était constituée de papillottes (papiyotes) longues de 8 à 10 cm. et nouées à environ 10 cm. l’une de l’autre sur une fine ficelle ou du gros fil à coudre. Elle était ordinairement terminée par une floche en papier.
Pour faire monter le dragon, on se rendait fièrement dans un champ ou une prairie. On s’était procuré au préalable de la fine ficelle ou du gros fil gris que l’on avait eu soin de pelotonner (bouloter) sur un bout de bâton ou sur une sorte de moulinet ou tourniquet (tournikèt).
Le dragon était attaché par la bride à cette ficelle ou ce fil gris et on profitait de la direction favorable du vent pour le faire prendre l’air, souvent en courant.
Il arrivait que le cerf-volant fasse des cabrioles (tchirloupètes) ou des pikéyes parce qu’il avait trop peu de queue (trop pau d’ queûye), auquel cas on devait ajouter une touffe d’herbe à défaut de papier.
Dès que le dragon avait gagné de la hauteur et qu’on avait dépelotonné (dèsbouloté) toute la ficelle disponible, on s’asseyait au pied d’une meule ou d’une haie et l’on s’amusait à envoyer des dépêches (invoyî dès dépêches) ou bouts de papier découpés au centre pour qu’ils glissent le long de la ficelle et aillent rejoindre le cerf-volant. Heureux étaient ceux qui, disposant de beaucoup de ficelle, pouvaient faire monter leur dragon très haut, très haut, jusqu’à ce qu’il soit encore à peine visible. Mais on ne négligeait pas de tirer sur la ficelle par saccades (pa hikèts) pour être sûr qu’elle tende toujours fortement (pou ièsse seûr qu’ èle tinkèye toudi).
Mais voilà que la ficelle a cassé (èl ficèle a skèté) et que le cerf-volant est allé à la dérive (èl dragon s’ a imbarkî, litt. s’est embarqué) ! C’est un “drame” si on ne peut le récupérer parce que perdu ou retenu au faîte d’un arbre de haute futaie !
Quand on désirait faire revenir le dragon, il fallait évidemment repelotonner (èrbouloter) la ficelle.
Certains confectionnaient des cerfs-volants de 1m. 50 / 1m.60 de hauteur, ordinairement en forme de poire, en employant par moitié des papiers de teintes différentes et y appliquant parfois des motifs décoratifs. De tels dragons faisaient l’admiration des gamins, surtout quand on attachait à la queue une lanterne vénitienne contenant une bougie allumée, ce qui produisait un bel effet mais n’était pas du goût des fermiers qui craignaient pour leurs récoltes, outre qu’on risquait d’avoir le garde-champêtre à ses trousses (èl champète à sès-ayes).