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DJÎSE, BRICHE, DWATE
Jeux de bâtonnets
Sint-y-Ubêrt / Saint-Hubert
à l’ djîsse / Laurent Dabe (Vèskèvèye / Vesqueville), in : L’Ardenne entre bruyère et myrtille, 2003
(p.140) Ce jeu nécessite plusieurs morceaux de bois : le premier, d’1 m à 1,5 m, se plante dans le sol (n° 1). Son extrémité supérieure est obligatoirement fourchue de manière à y suspendre le bois n°2 en forme de crochet, long de 30 à 40 cm. Chacun des joueurs se munit d’un bout de bois également (n°3). Les joueurs se tiennent à une distance respectable (10 à 12 m) de la gade (chèvre) sauf l’un d’entre eux qui est désigné gadelî (chevrier) et chargé de remettre tout en place si nécessaire. Le but du jeu est de faire tomber, à l’aide de son morceau de bois, le bois n° 2 appelé bok (bouc). Lorsqu’on y parvient, il faut encore être plus rapide que le gadelî pour aller rechercher son bois et rejoindre sa place. Si celui-ci, après avoir replacé le bok, touche le joueur avant qu’il ne rejoigne la limite, l’on inverse les rôles : le joueur devient gadelî et vice versa.

à l' djîsse / au jeu du bâtonnet
(José Léonard, p.203, in: Emile Pêcheur, Jeux d’enfants à Saint-Hubert vers 1900-1930, 1984, p.197-214)
Audreû / Waudrez – Binche
à l’ dwate / À PROPOS DU JEU DE BÂTONNET , s.r.
A Waudrez comme à Binche, le jeu de bâtonnet est le jeu de dwate.
Il exige non seulement de l’adresse mais de la force. Mon père, né en 1885, mes frères, mes fils et moi-même y avons joué. Ce jeu de bâtonnet ne pouvait se pratiquer en ville car il demande beaucoup d’espace.
Le bâtonnet, dwate, est un bout de bois rond, mesurant entre 18 et 20 centimètres, d’une circonférence légèrement supérieure à celle d’un manche de balai, dont les extrémités sont taillées en biseau. Le bâton, d’une longueur variant entre 40 et 50 centimètres est une fois et demi plus gros que la dwate.
Vous connaissez le matériel (très simple et gratuit) employé, passons si vous le voulez bien, au jeu proprement dit. Le bâtonnet était posé sur un pavé parmi d’autres. Une ligne était tracée à vingt longueurs de pied du lieu du départ. Le jeu consistait à envoyer le bâtonnet le plus loin possible de ce dernier. D’un léger coup de bâton, le bâtonnet — dont l’un des bouts se trouvait toujours en porte-à-faux — s’élevait et, à la volée, le bâton manié avec force devait l’envoyer d’un PREMIER COUP au-delà de la ligne des vingt longueurs de pied ! Si le bâtonnet ne la survolait pas, il fallait recommencer. Chaque joueur avait droit à trois essais et, comme en compétition actuellement pour les sauts en hauteur, longueur, etc., l’élimination entrait en jeu. C’était la première des trois règles. Cette élimination ne se produisait que très rarement car ce jeu QUOTIDIEN nous faisait acquérir une certaine adresse.
Le premier coup joué (donc réussi), on devait jouer le deuxième SANS BOUGER la dwate, quels que soient son emplacement et son orientation (seconde règle). Le troisième et dernier coup se jouait dans les mêmes conditions. On n’enlevait le bâtonnet qu’après avoir marqué sa place de « retombée » d’un trait sur les pavés à l’aide d’un morceau de craie (de tailleur) ou d’une roye sur la terre. Le jeu étant individuel, les autres joueurs pouvaient « cueillir » le bâtonnet à la volée (gare aux doigts). Si l’un d’eux réussis
* Les mesures (longueur et épaisseur) du bâtonnet et du bâton étaient approximatives car nous allions les chercher (bâton et bâtonnet) là où ils se trouvaient, c’est-à-dire dans les arbres. Nos parents nous « chassaient » des rues de Million et des Boulevards à cause des bris des vitres. Nous devions aller djwer à l’ dwate au lieu-dit Fonds-Pruniaux ou Pa-d’zous l’ Vile. Ces deux appellations désignent le même endroit situé dans le prolongement de la rue des Boulevards, au pied des remparts, là où il n’y avait que terre battue et orties. Vous comprenez dés à présent pourquoi ce jeu demandait beaucoup d’espace et pas d’argent.