manières vivre passé bâtiment

 COMBATS D’ COKS

Combats de coqs

on combat d' coks (un combat de coqs)

(Popelier, p.116)

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

LES COMBATS DE COQS

 

Ces combats remontent à l’Antiquité. A Sparte, à Athènes, les jeu­nes gens étaient tenus d’assister à ces spectacles, c’était une façon d’ap­prendre le courage aux futurs guerriers. Au collège d’Ath, en 1648, il existait un règlement « ordonnant que des combats de coqs soient orga­nisés le troisième jour avant les Cendres, conformément à une ancienne tradition. » (1).

Longtemps, les combats de coqs furent autorisés en Belgique. M. J.-M. Remouchamps signale que ce plaisir très populaire fut la raison du renversement de majorité dans des conseils communaux où l’on avait pris des arrêtés interdisant les combats. La loi du 8 juin 1867 consacra cette interdiction; mais, dix ans plus tard, il y avait encore des protes­tations et le ministre de la Justice constatait dans une circulaire aux

 

(1) Communication de M. Emile Ouverleaux, de Ath, au Musée de la Vie Wallonne. T. II, p.113.

 

(p.295) procureurs généraux que les combats de coqs continuaient à être annoncés comme précédemment. Les agents de police fermaient complaisamment les yeux et les tribunaux faisaient preuve d’une grande mansuétu­de. A Montigny, on a continué à « battre les coqs » jusqu’aux premières années du XXe siècle. Nous avons encore assisté personnellement à des combats de coqs au café Renard, à côté de l’actuel cinéma Forum. Après la guerre de 1914-1918, les cokîs allaient faire battre les coqs le dimanche à la frontière française.

A la fin du siècle dernier, ils étaient nombreux les cafés où l’on mettait les coqs au parc. En voici quelques-uns : café Biron ou du Pélon, rue de l’Eglise; café Paquet, coin des rues de la Paix et de la rue Aimé Mignolet; café « L’Alger », au fond du Ri; café Augustin Thiry, rue du Commerce; café Hinant, dit Djean Djôke, place Piret, coin de la cour tremblante. L’endroit le plus fameux pour les combats de coqs c’était à l’ rouwale Chet où l’on disait qu’il y avait dix cafés où l’on pra­tiquait ce jeu. Parmi ces cafés, citons ceux de Paul Maucourant, de François Lejeune, dit 1′ Major et de Yonôre Polidôr.

 

On transportait les coqs dans des panîs à cok ou bodèts ou encore dans des satchs à cok.

Les coqs de combat étaient appelés coks di sôrte ; ils étaient haut sur patte, avec un port altier du buste et de la tête. Les coqs de Tirlemont étaient les plus renommés.

Le parc où avait lieu le combat comprenait un plancher d’environ 2 m., 2,50 m. de côté, monté sur des tonnes de bière ou sur quatre gros piquets. Sur le plancher se trouvait m parc’ circulaire en treillis, mais le plus souvent en osier, en clairière.

Le coq, avant la joute, était muni de spourons de combat, c’étaient d’anciens ergots de coqs morts, ou des ergots d’ivoire, de fer ou d’acier, qu’on fixait sur l’éperon à l’aide d’une petite guêtre en cuir souple et de fils de chanvre préparé. On coupait généralement l’ crèsse du cok pour ne pas donner de prise au bec de l’adversaire.

Les combats avaient surtout lieu l’hiver, le dimanche.

Quand un combat était décidé, les adversaires devaient verser une garantie que l’on appelait l’ nantî. Si un partenaire était forfait, il perdait sa mise. Il y avait des combats de borgne contre borgne, de vieux contre vieux, de jeune contre jeune.

Pendant le combat, il y avait de nombreux paris. Vers 1900, un nommé Djodjo misa sa charrette et son cheval et perdit son enjeu !

 

(p.296) Après le combat, le coq blessé était parfois tué avec violence par son propriétaire dépité. Les coqs étaient lavés avec de la rampoule (lierre) ou de l’urine.

Le cabaretier, qui était responsable du combat vis-à-vis de la loi, prenait certaines précautions. Il payait un « homme de paille » qui assu­mait toute la responsabilité de l’organisation. Au cas où une contraven­tion était dressée, c’est lui qui encaissait tous les ennuis. Il y avait des pe­tits jeunes gens postés aux endroits stratégiques pour prévenir si des gendarmes ou des agents de police s’amenaient dans les parages. Ces mesures étaient parfois inopérantes. Une année, le mayeur Andris se cacha dans une charrette et vint prendre les cokîs en flagrant délit au cabaret « de l’Alger ».

Selon M. Pinchard, « un coq était battu : 1) quand il volait hors du parc; 2) quand il était tué; 3) quand il criait; 4) quand il restait étendu pendant deux minutes » (1). On disait : r’tirez vo cok, il èst batu.

Share This