FOLKLÔRE

FOLKLORE

VARIA

PLAN

1 La notion de tradition

2 La notion de folklore

3 Les mois : origine et signification

4 Remarques

4.1 Quelques noms de fêtes

4.2 La tradition du coq sur un clocher

1 La notion de tradition

 

A. Varagnac, Marthe Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978

 

Tradition, au sens étymologique, veut dire transmission. (p.5)

 

Il n’est pas de culture authentique sans tradition, car les traditions créent les structures et la discipline indispensables à toute société. (p.5)

 

(p.6) Les traditions agricoles seront les plus importantes car elles se fonderont sur le calendrier cyclique magico-religieux qui strucutrera les sociétés avant les religions révélées.

… Le christianisme a modelé ces fêtes sur celles du calendrier agricole antérieur.

 

(p.8) L’action des éléments naturels est si imprévisible que, chaque année, le paysan n’est jamais assuré de sa récolte. Il éprouvera donc toujours le besoin de demander de l’aide de puissances de l’au-delà.

La science, avec ses applications techniques, va lui apporter une sécurité trompeuse. Il aura l’impression d’avoir enfin pu dominer les éléments et il éprouvera de moins en moins le besoin de l’aide surnaturelle. Mais on ne sait pas encore prédire le temps, empêcher l’aggravation de la pollution.

 

(p.36) On jugeait l’aide nécessaire des puissances de l’au-delà à cause de l’imprévisibilité de l’action des éléments naturels.

 

(p.37) Le calendrier paysan s’est peu à peu constitué au néolithique.

 

(p.39) L’année agraire commençait sans doute le 1er novembre chez les Celtes.  C’était la fête dite Samhain, grande réjouissance carnavalesque, qui se prolonge aujourd’hui sous le nom d’Halloween.

Très probablement, bien avant les Celtes, il y avait une grande réunion à caractère d’échanges avec l’au-delà.

L’Eglise a christianisé cette cérémonie si importante en en faisant la Toussaint et le jour des Morts.

Contrairement à l’animal, l’homme, par sa pensée réfléchie, comprend la précarité de sa condition sur terre, et en ressent une angoisse fondamentale.  Il va s’entourer (parfois d’une manière inintelligible et qui nous paraît excessive) d’un réseau de fêtes qui sont pur lui autant de relais psychiques et lui permettent de vivre sous un rideau de fumée.  Les interdits qu’il multiplie l’encadreront et renforceront ses traditions. (p.40)

 

Vers la Toussaint, dès la fin des grands travaux, c’était le début des veillées. (p.43)

 

Après la Toussaint, une série de fêtes chrétiennes qui ont transformé des cérémonies très anciennes: en novembre et en décembre (p.40):

 

la Saint-Hubert (3/11): une fête de chasseurs ;

 

la Saint-Martin (11/11) était une grande foire de mutations de fermages et de métayages, et de louées de domestiques de ferme ;

 

la Sainte-Catherine (25/11) excluait des filles nubiles celles qui, atteignant 25 ans, n’ étaient normalement plus capables de l’ irradiation vitale propre à la puberté et à la virginité ;

 

la Saint-Eloi (2/12) était une fête du métal;

 

la Sainte-Barbe (4/12) était une fête du feu et est la fête des artificiers;

 

la Saint-Nicolas (6/12) apportait aux enfants les cadeaux, attribués à la générosité de l’ au-delà.

 

(p.40-41) La Noël

 

Ll’Eglise a placé la naissance de Jésus au solstice d’hiver, correspondant à une mort et à une résurrection du Soleil.

Ce qui était le cas dans la religion de Mithra, lequel sortait de son rocher le 25 décembre (déjà chez les Sumériens). (p.41)

L’agriculture a obligé l’homme à se créer une cosmologie, étant donné les rythmes saisonniers de son travail. (p.40)

Ensuite, une période, les “12 jours” interprétée comme une période impure inhérente à toute naissance jusqu’ à la purification.

 

La Fête des Rois arrivant avec leurs cadeaux purificateurs marquera la fin de cette période d’impureté”, la myrrhe, résine pour les embaumements était offerte à l’homme, l’or apotropaïque au roi, et l’encens qui fait fuir les fantômes à Dieu.

(p.41) La venue des « Rois » : dans Hérodote existe la légende des mages astrologues des Parthes, guettant l’étoile salvatrice.

La nécessité d’une purification par le passage d’une année à l’autre se retrouve dans une cérémonie chinoise sous les Han.

 

(p.42) Pendant cette période des “12 jours”, toute sorte d’interdits (défense de ‘monder’les écuries, de faire de gros travaux, (lessive, etc), …), d’aller au bois après le coucher du soleil car les esprits voyagent, …)

Pendant cette période de référence des esprits dans le monde des vivants, (p.42) Rome fêtait les Saturnales.

Au Moyen Age s’organisaient des fêtes des Fous où toutes les autorités étaient interverties.  Les serviteurs étaient servis par leurs maîtres; des enfants dans les églises trônaient en qualité d’évêques.

 

Une sorte de SOUPAPE de SECURITE: les dominés devenaient dominateurs.

 

(p.43) Encore au début de février, le jour de la Sainte-Agathe, les femmes abandonnaient aux hommes les soins du ménage et allaient au café fumer et jouer aux cartes, ces cérémonies d’interversion ne pouvaient avoir lieu qu’au temps où l’au-delà régnait sur le village.

 

(p.43) Peut-être que le carnaval existait déjà au néolithique. (Ainsi, on se masque à Halloween.)

Anciennement, en Europe, on ne se masquait qu’à partir du jour des Rois; il n’y avait pas de carnaval en novembre et en décembre.

A partir des Rois, les garçons (parfois des hommes, des femmes) se masquaient et se déguisaient pour le carnaval, (p.44) en intervertissant les costumes des sexes, en se travestissant en ours, en loup, … : dans le sens d’incarner une autre personne (en latin: masque = PERSONA).

 

(p.44) Hypothèse: “Le carnaval est un long appel aux forces vitales que l’ on essaye de déclencher par tous les moyens pour régénérer la terre, (p.45) un long voyage avec l’au-delà.

(p.45) Le roi Mardi-Gras sera gavé et le soir même ou le lendemain jugé, chargé de tous les excès de la veille et des méfaits de toute l’année villageoise.  On l’exécute, on le brûle.

On le sacrifie en tant que Dieu régénérateur.

Pour se purifier de toutes les souillures du village, il doit retourner dans l’au-delà où il reconstituera les forces vitales qu’il devra renvoyer, purifiées, en échange des nourritures abondantes qu’il a reçues.

 

(p.45) Le dimanche suivant (Quadragésime), on allumait un grand feu purificateur, dit des Brandons.  “On venait d’allumer à cette ‘bule’ des brandons que l’on promenait dans les vergers pour les débarrasser des mauvaises herbes et des mauvaises têtes.

 

22/1: fête des vignerons: la Saint-Vincent: on veut assurer, comme au néolithique, par des prières, la fructification de ses récoltes.

 

14/2: la Saint-Valentin; fête des amoureux

 

Dès l’antiquité : le mois de février fut le mois des purifications.  (Cf la Chandeleur)

 

(p.47) La période du Carême après le mercredi des cendres.

Le carême a personnalisé l’ascèse, tout en abolissant les sacrifices sanglants.

 

(p.47) Les Rameaux

 

Chaque fidèle devait aller cueillir et aporter à l’église un rameau vert, qui était bénit, et qui devait protéger la maison contre l’orage, l’incendie et les maladies.

Dès avant l’ère chrétienne, on ornait les temples de verdure le jour de la fête de tels ou tels dieux) (on en plantait sur la tombe des défunts, dans le jardin, …

 

(p.49) Pâques (= le ‘passage’) existait déjà avant le Christ.

Il symbolisait la victoire de l’esprit sur la matière, qui sera concrétisée par la résurrction du Christ.

 

(p.50) 23/4: Saint-Georges: foire semestrielle où avaient lieu les louées des domestiques, et les paiements des redevances.

 

(p.50) Le mois de mai: celui du renouveau de la végétation.

Fêtée en mai, Maia, vierge féconde, déesse dans le panthéon romain, ou

Ma: placée dans une niche, couronnée de fleurs, représentant l’amour fécondant (jusqu’au 19e s.).

Ainsi, en Lorraine, la coutume des « trimousètes », de petites filles allant de porte en porte pour la quête du mai pour parer l’autel de la Vierge.

 

(p.50-51) Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, l’une celles où les esprits maléfiques se répandaient sur la Terre, les jeunes gens allaienet ce soir-là dans la forêt pour y couper des baliveaux qu’ils revenaient planter dans le village.  Le plus grand était ébranché et dressé sur la grand-place du village: c’était le mai communal.

 

A partir de Pâques, le cycle des grandes processions, anciennement des rites de fécondation et de purification: = christianisés:

1) les Rogations: bénédiction de la terre et des récoltes:

-1er jour: à l’ intention de la fenaison; 2e: … de la moisson; 3e: … des vendanges.

2) la Fête-Dieu: fête urbaine.

 

(p.52-53) Le solstice d’été (24/6): c’était l’apogée du soleil, qui devait apporter fécondité et prolification.

Le feu le représentait: filles et jeunes mariées espéraient, en sautant par-dessus, soit le mariage, soit une prochaine naissance, etc.

L’Eglise a placé à cette date Saint-Jean-Baptiste, le prophète le plus important car il a baptisé Jésus.

 

(p.53-57) La moisson

 

RITES:  invocation/ remerciement à la mère ou l’esprit du blé et lui demander de revenir fertiliser la terre pour la récolte future.

(p.55) Il y a toujours, sur terre, privation et sacrifice pour acquérir.

Avant, on procédait à un sacrifice humain, puis ce fut le tour d’animaux, puis il y eut un repas, puis seulement un festin pour tous les ouvriers saisonniers, puis arrivèrent les machines puis plus rien.

 

(p.57) 15/8: l’Assomption de la Vierge a probablement remplacé celle de Diane, déesse des bois, célébrée le 13 août.

 

(p.57) Saint-Michel: 29/9: correspondait à l’équinoxe d’automne.

Loeres de foires, on payait les redevances demestrielles, les louées de domestiques s’y concluaient de même que les mutations de fermages et les marchés de chevaux s’y tenaient.

 

(p.58) Il existerait un besoin physiologique (sic) d’imploration de l’homme.  Il sent qu’il ne peut rien obtenir que par l’échange, notion que l’argent transformera en mercantilisation.

 

Remarque

 

(p.79) Le celtisme, auparavant, n’obligeait pas à la perennité du couple, qui pouvait se dissoudre après certaines fêtes.

L’Eglise interdira le divorce, …, mais n’empêchera pas les remariages après décès.

 

Nadine Cretin, Dominique Thibault, Le livre des fêtes, éd. Gallimard, 1991

 

La fête, mémoire d’une peuple (p.9)

 

L’homme a toujours cherché à sortir de son univers quotidien par des manifestations qui lui permettaient de rompre avec la monotonie de la vie ordinaire.  Les fêtes remontent donc fort loin et elles évoluent sans cesse, s’adaptant aux différentes conditions historiques, religieuses ou économiques.

Certains rites païens subsistent, souvent repris par l’Eglise, d’autres ont disparu.  Et ces rites proviennent eux-mêmes de manifestations encore plus anciennes.

 

Des traits communs

 

Partout dans le monde, on trouve musique et danses, masques et aspersions censées purifier celui qui les reçoit et lui apporter la prospérité.

Les enfants de bien des pays chantent et vont en procession de maison en maison quêtant (les tournées).  Et vacarmes, rires, pétards, klaxons chassent universellement les mauvais esprits; ils sont protecteurs eux aussi.

 

Les calendriers

 

Les saisons

 

Comme l’axe de la Terre est incliné sur son orbite, suivant l’époque de l’année, elle reçoit plus ou d’énergie solaire: c’ est le cycle des saisons qui impose un cycle de travaux agricoles.

 

Les anciens ont cherché à découper équitablement 1’année sur la simple observation de la course cyclique des astres.

La rotation de la Terre sur elle-même est de 24 h : c’est la journée.

Le cycle de la Lune autour de la Terre est de 29 jours et demi : c’ est le mois lunaire.

La révolution de la Terre autour du Soleil est de 365 jours et 6 h environ : c’est l’année.

L’année solaire représente 12 mois lunaires et 11 jours environ.

 

Les nombreux calendriers

 

Certains pays suivent un calendrier lunaire, les pays musulmans par exemple : le mois change à chaque nouvelle lune.

D’autres ont choisi de glisser les jours en trop à la fin des mois (calendrier julien, puis grégorien) : les mois ont alors 30 ou 31 jours.

D’autres ajoutent un mois supplémentaire tous les deux ou trois ans (calendrier juif ou chinois).

 

(p.10) Le pape Grégoire XIII impose en 1582 le calendrier grégorien.  Cette année-là, le vendredi 15 octobre fut le lendemain du jeudi 4 octobre.  Ce calendrier tient compte des réformes apportées par Jules César (calendrier julien), en 46 av. J.-C.: début de l’année le 1er janvier, ajout d’un jour au mois de février tous les 4 ans; mais il modifie le calcul des années bissextiles qui disparaissent à la fin de certains siècles.

 

Les orthodoxes continuent de suivre le calendrier julien.  Leurs fêtes sont donc décalées de presque deux semaines.

Le calendrier de l’Eglise suit la Lune pour la période qui va de neuf semaines avant Pâques jusqu’à l’Avent.  Mais il suit le soleil le reste de l’année.  Certaines fêtes chrétiennes sont mobiles. 

 

Les trois calendriers qui dictent les fêtes annuelles: le calendrier agraire suit les saisons et leurs activités agricoles ou pastorales (moissons, vendanges, retour des troupeaux); le calendrier liturgique, celui des fêtes religieuses, greffées souvent sur d’anciennes fêtes; le calendrier historique, celui des fêtes nationales (fête du Travail).

 

Le calendrier de l’Eglise suit la Lune pour la période qui va de neuf semaines avant pâques jusqu’ à l’Avent.

 

Les couronnes de l’Avent et de Noël

 

La couronne horizontale, scandinave ou germanique, porte 4 bougies.  Chaque dimanche, on allume une nouvelle bougie signifiant la renaissance de la lumière.  Rouge le plus souvent, leur couleur varie cependant selon les régions: en Autriche, de 4 couleurs (violet signe de – rouge, rose, blanc).

Venue des anglo-saxons, la couronne de Noël est suspendue aux portes.  Faite de feuillages, le plus souvent de sapin et de houx, sa forme symbolise le soleil et le cycle d’une année.

 

Le calendrier de l’Avent

 

D’origine scandinave, il décore les chambres d’enfants.  24 volets s’ouvrent chaque jour de décembre, jusqu’à la Nativité.

 

(p.61) La fête des Lumières

 

La fête suédoise de la Sainte-Lucie, le 13 décembre, a sans doute pris la place d’un ancien culte païen de la lumière; c’est l’analogie entre les mots lux (lumière en latin) et Lucie, martyre du IVe siècle, qui aurait permis cette substitution.

 

Hanoukka, en décembre

 

Pendant huit jours, les familles juives allument chaque soir une bougie supplémentaire au chandelier à huit branches. Elles célèbrent ainsi la reconquête de Jérusalem par Judas Maccabée, au IIe siècle av J.-C., durant laquelle une petite fiole d’huile trouvée dans le temple brûla miraculeusement huit jours d’affilée.

 

La « sainte Lucie » de la maison offre café et gâteaux à ses parents, à la tête d’un cortège d’enfants chantant.

Pendant la hanoukka, les enfants juifs jouent avec une toupie ornée des quatre lettres hébraïques, initiales des mots : “ Ce fut là un grand miracle. “

 

(p.62) Noël

 

L’origine du mot Noël

 

Le mot Noël vient du latin natalis dies (jour de la naissance) ou de novella ! (quelle nouvelle!).

 

Les chrétiens célèbrent ce jour-là la naissance dans une simple mangeoire de l’Enfant Jésus à Bethléem, en Judée.

 

Aux 3e et 4e sicèles, l’Orient chrétien fête Noël le 6 janvier, date d’ antiques célébrations égyptiennes et grecques; Nativité et Epiphanie étaient alors confondues.

Puis, l’Eglise d’Occident distinguera les deux fêtes et placera la naissance du Christ le 25 décembre pour couvrir des traditions romaines antérieures liées au solstice d’hiver : les saturnales, fête du dieu agraire Saturne au cours de laquelle tous étaient égaux, et les fêtes du “soleil invaincu” d’origine perse.

 

La vraie date de Noël

 

L’évangéliste saint Luc évoque, dans son récit de la naissance du Christ, des bergers qui dorment près de leurs troupeaux, ce qui laisse que Noël s’est déroulé à l’époque de l’agnelage, au début du printemps.

 

La crèche de Noël

 

Le mot crèche vient de l’allemand krippe (mangeoire).  On vénérait, à Bethléem, une grotte qui aurait été celle de la nativité, et une copie en bois fut faite pour l’église sainte-marie-majeure, à Rome, au 5e siècle.  Au Moyen Age, des jeux vivants de la Nativité se sont multipliés dans les églises d’Italie. Dès 1223, François d’Assise aurait alors utilisé une grotte des Abruzzes pour y  donner des représentions animées.

Au 6e siècle, les églises évoquaient la Nativité par des représentations moins bruyantes : des statues de bois grandeur nature. Peu à peu, ces figurines ont rapetissé et gagné les aristocratiques italiennes du XVIIe siècle, puis la coutume a pénétré dans toutes les familles.

 

 

Quêtes et tournées

 

Dans certains pays, les enfants visitent les maisons pour présenter leurs voeux en chantant.

On leur donne pour les remercier des étrennes. Dans les pays anglo-saxons, c’est à partir du 21 décembre que les enfants viennent chanter leurs Christmas Carols (du nom d’une danse médiévale, la Carolle).

 

Les autres personnages de Noël

 

Ce peut être aussi saint Nicolas ou le Petit Jésus (Christkindl), comme en Autriche.

En Russie, c’est le père Hiver; en Scandinavie, un gnome devenu souriant, Jultomte, qui ressemble aux lutins de Bretagne.  En Suisse ou en Franche-Comté, la chauche-cieille ou la tante Arié, plus sorcières que fées, se disputent encore ce rôle.

 

Le Père Noël

 

Le père Noël nous vient d’Amérique: il a été décrit par Clark Moore dans un poème daté de 1822 et Thomas nast le dessina en 1860. Le personnage est inspiré de saint Nicolas, importé par les Protestants au XVIIe siècle, auquel on a ajouté les très anciennes qualités du dieu nordique Odin, le magicien, et du Chasseur sauvage qu’on entendait passer dans les airs avec son équipage lors des nuits d’hiver. A la fois débonnaire et justicier. il distribue des cadeaux dans les bas et les souliers.

 

L’arbre de Noël

 

Déjà, pendant les saturnales, les Romains décoraient les maisons de feuillages, et, lors des fêtes de Jul, les Scandinaves plantaient un sapin devant leurs maisons, pour indiquer la fin des tâches agricoles.

Dès le xve siècle en Alsace, les mystères, pièces de théâtre religieuses, aimaient représenter l’arbre de l’Eden avec ses fruits bien rouges.  Puis, l’Allemagne, l’Europe centrale et nordique en décorèrent villes et maisons.

 

 

(p.68) Le nouvel an

 

Le 1er janvier

 

C’est le premier jour de l’année, selon le calendrier grégorien qui a repris. au XVIe siècle, la date fixée par Jules César en 46 av. J.-C. Auparavant, l’année débutait au printemps.

Dans l’Antiquité, on croyait qu’un anneau portant les douze constellations était fixé autour de la Terre : d’où le mot année.

 

Les différents débuts d’année

 

Les orthodoxes, restés fidèles au calendrier julien, commencent l’année le 13 janvier. Les Juifs fêtent le nouvel an, le 1er tishri (septembre-octobre). L’année lunaire des musulmans débute avec Ras el-Am, le 1er moharram. Les Chinois célèbrent le début de l’année lors de la fête du Printemps en février, qui se termine le quinzième jour par la fête des Lanternes. L’Inde connaît

plus de douze calendriers ; dans le Nord, l’année débute à la fête de Dîwâlî, en automne.  Comme en Chine, on met des lumières partout, même sur les rivières. En Thaïlande, c’est mi-avril que l’année commence.

 

Dans le monde entier, l’année débute dans le bruit, qui est censé éloigner le mal: pétards, klaxons, cris de joie, salves de fusil.

 

(p.29) L’an I des différents calendriers

 

L’ère chrétienne commence à la naissance de Jésus-Christ. De – 1, on passe à + 1 : il n’y a pas d’année 0. Le calendrier juif débute à la création du premier homme selon la Bible, 3760 ans av. J.-C. La date de départ pour les musulmans est le premier jour de l’hégire (jour précédant la fuite de Mahomet à Médine) : le 16 juillet 622.

Le calendrier chinois commence en 2697 av. J.-C. (règne d’une ancienne dynastie).

 

Le mot étrennes vient du nom de déesse Strenia. Des rameaux verts, d’un bois qui lui était consacré, auraient été offerts au roi Tatius (VIIIe siècle av. J.-C.).

 

La carte de voeux est née d’une très ancienne habitude extrême-orientale : en papier de riz, plus elle était longue.

 

Le gui de la nouvelle année

 

Le gui des chênes que coupaient les druides celtes avait, pour eux, unegrande valeur protectrice, de nos jours, le gui figure encore dans les maisons, le soir de la Saint-Sylvestre.

S’embrasser dessous porte bonheur.

 

 

(p.70) Le jour des Rois

 

Le 6 janvier (ou le dimanche le plus proche)

Dernier jour des fêtes du solstice d’hiver, on a toujours célébré cette journée de passage à des jours plus longs.  Au 4e siècle, ce jour de l’Epiphanie (du grec, manifestation) devint en occident jour de l’Adoration des mages. 

Pour les Chrétiens d’Orient, cette fête importante, surtout en Ethiopie, a lieu le 19 janvier; on appelle Théophanie.

 

Les Mages

 

L’évangile de saint Matthieu rapporte que les Mages, guidés par une étoile, sont venus adorer Jésus et lui offrir de l’or, de l’encens et de la myrrhe, des théologiens ont donc fixé à trois ces astrologues et les ont faits rois conformément à la prophétie d’Isaïe.

 

Le nom des Rois mages

 

Bède, un érudit anglais du du VIIIe siècle, donna nom et apparence aux Rois mages: Melchior à la longue barbe; Gaspard, imberbe; Balthazar, noir et barbu.  On dit qu’ils représentent les trois âges de la vie et les trois continents (Europe, Asie, Afrique).

 

La fève désigne le « roi »

 

La fête de l’Epiphanie est l’occa sion d’un repas où l’on “ tire un roi” au moyen d’une fève cachée dans un gâteau.

Cette tradition n’ a pas de rapport avec la fête religieuse, si ce n’ est qu’ au Moyen Age, le clergé tirait au sort la personne qui jouait le Roi dans les pièces de théâtre religieuses.

Cette coutume pourrait venir des saturnales romaines durant lesquelles on tirait au sort le ‘roi’ du jour.

 

 

(p.71) La chandeleur

 

Greffée sur une ancienne coutume celtique, la chandeleur célèbre le feu et la lumière achevant ainsi le cycle de Noël et de l’hiver.

Le nom vient des “ chandelles ”, cirges bénits allumées lors des processions chrétiennes en l’honneur de la Purification de la Vierge, quarante jours après la naissance de son fils jésus.  les cierges ramenés à la maison étaient censés garantir des malheurs.

 

A la chandeleur, on mange des crêpes nées peut-être des oublies, petites gaufres rondes, que le pape gélase Ier aurait fait faire pour des pèlerins venus à Rome, au ve siècle.

 

 

(p.73) La Saint-Valentin

 

Le 14 février

 

La Saint-Valentin est la fête des amoureux. Une légende veut que les oiseaux se fiancent ce jour-là et se marient à la Saint-Joseph (19 mars).

 

Le valentinage

 

Apparue en Grande-Bretagne et attestée dès 1381 par le poète Geoffrey Chaucer, la mode du valentinage s’est d’abord d’abord répandue dans l’aristocratie. Un jeune homme était associé à une jeune fille, la première rencontrée ce jour-là ou celle désignée par tirage au sort: les “amoureux” étaient liés par des obligations mutuelles pour la journée ou pour l’année.

Charles d’Orléans fit anglais en 1450 à la cour France et Othon de Grandson à la cour de Savoie.

L’usage de manifester son amour, ou son amitié, ce jour-là, persiste surtout aux Etats-Unis. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la mode a conquis l’Europe.

 

Saint Valentin

 

Il n’y aurait aucun lien entre la fête et le saint du jour, évêque italien martyr du IIIe siècle, sauf le nom (valere en latin, être fort).

 

Nadine Crétin, Dominique Thibault, Le livre des fêtes, Gallimard, 1991

 

(p.41) Les fêtes mariales

 

Déjà au 12e siècle, on célébrait l’Immaculée Conception (8 décembre-, le mystère de Marie conçue sans péché.

L’Annonciation (25 mars) commémore la venue de l’ ange Gabriel qui annonce à Marie sa maternité divine. La Visitation (2 juillet) évoque la visite rendue par la Vierge à sa cousine Elisabeth.

 

Des fêtes costumées pour la Vierge

 

A Sienne (Italie, le 2 juillet et le 16 août), on célèbre la Vierge par une folle course de chevaux montés à cru, disputée par les représentants des quartiers de la ville.  Le gagnant remporte le palio (drap orné de l’ image de Marie).

 

 

(p.44) Fêtes automnales (fin août – mi-novembre)

 

Labours et semailles

Le retour des troupeaux

Les fêtes patronales

Les grands saints de l’automne:

Saint Michel (29 / 9): sa fête coïncide avec le renouellement des bans ruraux, comme la Saint-Martin.

Saint Hubert (3/11): évêque de Liège au 7e siècle, patron des chasseurs et protecteur des chiens de chasse.

Saints pastoraux:

saint Antoine le grand (17/1): protecteur des troupeaux de porcs; saint Eloi (1/12) (1/12 et 25/6), protecteur des chevaux.

 

Padré Antonio Fontes, in : The European, 23rd Dec. 1992

 

« Christian festivals derive from early pagan rituals of birth, sacrifice and death. »

 

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

(p.124) LES FÊTES CALENDAIRES

 

Certains folkloristes classent les cérémonies périodiques en céré­monies cycliques, cérémonies calendaires et cérémonies agraires.

Les cérémonies cycliques sont celles qui ont lieu pendant des pé­riodes plus ou moins longues et correspondent plus ou moins aux sai­sons.

Les cérémonies calendaires se succèdent d’après l’ordre du calen­drier solaire et ne durent qu’un ou deux jours.

Les cérémonies agraires sont relatives aux travaux de la terre : se­mailles, fenaisons, récoltes, etc…

(p.125) Parmi les fêtes cycliques, nous en rencontrons de deux ordres, les fêtes reli­gieuses comme Pâques ou la Noël, et des fêtes civiles tels le Carnaval, les ducaces.

 

L’ANNEE

 

Les époques les plus importantes de l’année païenne étaient le nou­vel an, le commencement du printemps, le temps des récoltes et les solstices. Le christianisme ne rejeta pas en bloc les fêtes du paganisme. Il les adapta progressivement à la religion nouvelle en les sancti­fiant. Ce fut une besogne de longue haleine puisqu’elle exigea des siècles d’efforts. Le Concile de Leptines (Estimes-au-Mont) en 743, établit le sommaire des superstitions et des pratiques païennes. « Le peuple, dit le baron de Reinsberg, était opiniâtrement attaché à ses anciens usages et à ses croyances; c’est par suite de cette ténacité du caractère belge que la civilisation et les mœurs romaines n’exercèrent que peu d’influence sur la Belgique, mais c’est aussi par la même rai­son que malgré ses efforts le clergé n’a pas jusqu’à présent (1) réussi à extirper toutes les pratiques superstitieuses que le christianisme ne pou­vait adopter et que l’Eglise a condamnées mille et mille fois comme des erreurs. »

 

LE CYCLE DE PAQUES

 

Chez les Hébreux, le sens primitif du cycle était le vrai cycle de Printemps, le cycle du renouveau, le cycle du passage de la végétation lente à la végétation accélérée. Dans le monde chrétien, si ce cycle a perdu de sa force primitive, il n’en apparaît pas moins comme un des grands drames de l’humanité chrétienne, il est le cycle passionnel de Jésus-Christ.

 

Jean-Jacques Gaziaux, Parler wallon et vie rurale au pays de Jodoigne, LLN 1987, BCILL 38, p.263

 

Suivant le commandement : « Dimanches et fêtes tu garderas. En servant Dieu dévotement. » Au début du XXe siècle, faisaient également partie des fièsses agardêyes : la Chandeleur, la Fête-Dieu ainsi que.

 

2 La notion de folklore

Albert Marinus, Le folklore belge, TII, Les éd. historiques, BXL, s.d.

 

(p.113) Il n’y a pas à proprement parler de folklores nationaux ou régionaux. 

 

André Goosse, Les termes du folkore, LB 19/09/1987

 

Le vrai folklore, en effet, c’est la vie, la vie populaire ou plutôt collective.  Les divertissements y ont leur place, mais plus comme une activité que come un spectacle. 

Le discrédit à l’égard du folklore est sans doute plus net en France que dans d’autres pays.  L’Université française boude le folklore, attachée à une culture à base littéraire et philosophique, qui s’est éloignée des traditins populaires et indigènes depuis la Renaissance.

Ailleurs, notamment en Allemagne et en Flandre, il a servi à donner aux gens la conscience de l’unité nationale, peut-être à la créer. 

En France, dès lors, il ne faut pas s’étonner que les dictionnaires ne donnent pas sa place légitime à la terminologie qu’il s’est créée : l’ethnologie parée du prestige de l’ exotisme, a eu plus de chance. 

 

Félix Rousseau, L’Incidence des Anciennes Divisions Politiques et Ecclésiastiques sur la Localisation des Traditions Populaires, in : Comm. R. B. de Floklore, T9-14, 1956-61, p.85-96

 

En Wallonie, existe-t-il des cadres historiques dans lesquels on puisse situer, plus ou moins, des faits folklo­riques ?

 

(…) Je voudrais d’abord insister sur l’importance (…) qu’a eu la ‘civitas’ dans le monde gallo-romain (le (p.90) terme civitas pris ici dans son sens large, celui de circon­scription territoriale).

Lorsque les Romains organisèrent la Gaule, ils lais­sèrent subsister les cités gauloises, car celles-ci constitu­aient des groupements économiq ‘ ues et religieux autant lue politiques.  De là, la persistance des vieux « pays »e France : Anjou, Poitou, Berry, etc…

L’administration romaine se contenta de mettre de l’ordre et de l’unité là où le besoin s’en faisait sentir.

Aussi, la cité gallo-romaine exprime une réalité non seulement historique, mais religieuse, administrative, géographique. « Elle est la réunion des terres diverses » qui ont besoin les unes des autres, parce qu’elles se » complètent naturellement et que leur ensemble assure » la vie du groupe qui les a occupées ». C’est la définition que donne Albert Grenier et elle est très juste.

Un exemple caractéristique, où l’Admistration romaine a mis de l’ordre et de l’unité, est celui de la civitas Tungrorum, qui donnera naissance au diocèse de Liège.  Par exception, elle ne correspondait à aucun peuple de la Gaule dé endante, mais groupait les descendants des Condru­ses, des Aduatiques et des Eburons, qui avaient survécu à la conquête. (Le mot Tungri s’explique le mieux par le celtique et signifierait : « les Confédérés ». C’est l’avis de Victor Tourneur et autres celtisants).

 

Aussi remarquable assise géographique de la civitas Tungroum.  Elle comprenait, en gros, sur la rive droite de la Meuse : l’Ardenne (en partie), la Farnenne, le Condroz, le plateau de Herve ; sur la rive gauche : l’Entre-Sambre-et-Meuse, le pays de Charleroi actuel jusqu’à la hauteur de Thuin. le Brabant Wallon, la Hesbaye, la Carnpine lirnbourgeoise.  Le diocèse groupait toutes les régions natu­rellernent orientées vers la Meuse ; le fleuve en forrnait l’axe d’équilibre, l’artère vitale.

La civitas Tungrorum représentait, en somme, le Pays mosan.

(p.91) A propos des cités gallo-romaines, insistons sur le fait que leurs limites eurent un caractère religieux, elles furent sacrées.

 

C’est pourquoi, ces limites sont devenues quasi immuables et que, le plus souvent, elles ont survécu aux trans­formations politiques.

 

C’est pourquoi l’Eglise les a adoptées pour ses limites diocesaines.

 

Les diocèses de Liège, de Cambrai, de Tournai, de Trèves qui se partagent le territoire de la Wallonie actuelle ont continué des civitates gallo-romaines jusqu’à la création des nouveaux évêchés de 1559.

 

Comme l’écrit Albert Grenier : « L’Eglise représente, sur notre sol, l’héritière, la plus fidèlement conservatrice, du cadre administratif romain ».

 

Il ne faut jamais oublier que la période romaine a duré en Gaule cinq siècles.

 

Les anciennes divisions diocésaines, qui continuaient les capitales, présentent-elles une réelle importance dans le domaine de la géographie folklorique

Je le crois. Dans le domaine de la langue wallonne, la chose est certaine.

Or, en Wallonie, langue wallonne, picard, gaumais et folklore sont étroitement unis et ne peuvent être séparés.

Comme vous le savez, le domaine du wallon propre­ment dit (l’ouest-, le centre- et l’est-wallon) se trouve presqu’entièrement compris dans les limites de l’ancien diocèse de Liège.  Seule la région de Malmedy se situe dans l’ancien diocèse de Cologne.

 

Le rouchi ou picard se localise dans les diocèses de Cambrai et Tournai (le diocèse de Cambrai comprenait (p.92) la majeure partie du Hainaut historique [Pays de Charleroi = diocèse de Liège.  Lobbes se trouvait à la limite.])

 

Le gaumais ou lorrain occupe, presque entièrement, « la romance terre » ou partie romane du diocèse de Trè­ves.

 

Les villages de Bohan, Membre (province de Namur), Sugny, Pussemange, Bagimont (province de Luxembourg) ne sont pas wallons de langage mais champenois.  Or ces villages relevaient, autrefois, du diocèse de Reims. (Le regretté Louis Michel, qui était de Bagimont, aimait à se proclamer Champenois).

 

Donc: le wallon = diocèse de Liège (ancienne civites Tungorum)

le picard = diocèse de Cambrai et de Tournai.

le lorrain = diocèse de Trèves.

le champenois = diocèse de Reims.

 

La démarcation entre dialectes apparentés n’est jamais d’une netteté absolue; comme vous le savez, on passe insen­siblement d’un dialecte roman à un autre dialecte roman, exemple du wallon proprement dit, au picard et au lorrain.  Là, où deux dialectes romans voisinent, on constate entre eux, une zone de transition, influencée, à la fois, par les deux parlers, où leurs traits phonétiques se pénè­trent et s’entremêlent.  Entre eux le wallon proprement dit, le picard, le lorrain, le champenois, existe une zone d’interpénétration ou de contamination.

 

Or, c’est précisément dans cette zone que passait la frontière séparant le diocèse de Liège de celui de Cambrai, de Reims, de Trèves.

 

Par exemple, Nivelles est encore wallonne, Soignies est déjà picarde.  Entre les deux localités passait la frontière diocésaine, Nivelles ressortissant à Liège et Soigriies à Cambrai.

(p.93) On peut faire des constatations analogues dans le domaine du folklore.

 

Je crois qu’il faut tenir compte de l’existence des anciens diocèses pour l’étude de l’aire de répartition de nombre de faits folkloriques.

 

On a trop pensé aux anciennes principautés, pas assez aux anciens diocèses.

 

A mon avis, répercussions incontestables en ce qui concerne nos plus anciennes traditions, à savoir les survi­vances du paganisme et notamment les êtres fantastiques.

 

Etude passionnante que celle des êtres fantastiques, car on a beaucoup de chance d’être dans le vrai en les con­sidérant comme les descendants des du minores de l’antique mythologie.

 

Or, on constate qu’en Wallonie les êtres fantastiques ne sont pas les mêmes partout.  Par exemple, la diffusion de la légende de la chèvre d’or, de celle du verbouk (non pas « bouc vert » mais « homme-bouc » : le faune, le dieu Pan) est limitée.

 

L’être fantastique le mieux connu du folklore wallon est le Nuton.  On possède sur sa légende de bonnes études.

Le Nuton (sous ses noms divers) est l’être fantastique, par excellence, des régions qui ont constitué l’ancien dio­cèse de Liège.

Or la légende des Nutons ne coïncide pas avec la lé­gende des Fées.

 

Il faut se défier des localisations de la légende des Fées dans ces mêmes régions.

Celles que j’ai pu vérifier sont d’origine littéraire et non populaire.

Marcellin La Garde, Henri de Nimal ont été des créa­teurs de légendes.

Donc, une grande prudence s’impose. (p.94)

 

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

 

(p.38) Le folklore, d’après l’étymologie, est la science qui a pour objet d’étudier le peuple. C’est la connaissance de la vie populaire dans ses activités manuelles et mentales non acquises à l’école.

Le savoir proprement populaire se transmet traditionnellement, en évoluant selon les circonstances, d’une génération à l’autre. Des habi­tudes folkloriques naissent, vivent, se modifient et finissent souvent par mourir. Manipulées par des collectivités — tout en étant suscitées à l’origine par des individus — elles sont sujettes, dans leur forme surtout, à des modifications en rapport avec le milieu et des événements exté­rieurs.

Un conte dit à la veillée, la coutume de peser les filles au mois de mai, les travestis de la période de carnaval, les sobriquets que l’on applique au voisin, homme ou village, le culte rendu à saint Roch à la fontaine de Harnoncourt, le forgeron qui prend plaisir à graver des ornements à sa façon sur une crémaillère, le charivari organisé par des jeunes sous les fenêtres de mariés mal assortis, tout cela, et combien d’autres manifestations procédant visiblement de l’imagination popu­laire, c’est du folklore en action, et c’est le domaine de la science folklo­rique. Celle-ci permet de connaître le déroulement, la démarche, le conditionnement des actes du peuple. Cette science, car c’en est une, est non pas la rivale, mais l’associée de la science historique indispensable à la compréhension de la mentalité populaire.

Il est certain qu’à l’heure actuelle encore, des faits de cette nature peuvent voir le jour et connaître la faveur populaire. Mais on se (p.39) demande si des manifestations plus ou moins cocasses, proposées et réalisées par des groupements dirigés par des individus dits « cultivés », peuvent être considérées, malgré le nom qu’on leur donne, comme étant du folklore authentique ! Un sociologue en tient forcément compte par le fait même que ce genre d’exhibition est un fait d’ordre social.

Le folklore « historique » de la Gaume a sa part d’originalité. La place nous manque pour l’évoquer dans la mesure où il a été observé, mais il est possible, en le présentant sous des rubriques appropriées, d’en montrer quelques aspects représentatifs, bien que rudimentaires et fragmentaires.

 

Joseph Delmelle, Guide du folklore permanent, 1974

 

(p.7) « Le folklore conjugue au présent un passé appartenant à une humanité plus ou moins vaste. »

(p.10) « A côté du folklore dynamique,il y a le folklore statique. » (sources, fontaines, pierres, chapelles, …., statues)

(p.11) « Le folklore est indispensable à l’étude de la psychologie des peuples. »

 

Roger Pinon, Les jeux populaires en Wallonie, La Vie Wallonne, 385, 1984

 

« Le parafolklorique est l’imitation du folklorique sans intention particulière d’élever le fait à un niveau supérieur, ou l’abaissement intentionnel du culturel ou populaire au folklorique. »

 

J.-M. Pierret, Ce qu’est le Folklore, in : Clio 70, 197(4)

 

UN SAVOIR ET DES PRATIQUES POPULAIRES. UNE SCIENCE

 

(p.9) Folklore. Le terme est récent et pourtant son histoire est bien chargée déjà- .Il fut créé en 1846, en anglais, par W J. THOMS, pour désigner notamment les croyances traditionnelles, les superstitions, les proverbes du peuple, réalités que, jusqu’alors, les Anglais qualifiaient de popular antiquities.

Folk-lore, composé de folk (peuple) et de lore (savoir), – vocables qui, à cette époque- etaient rares et archaïques -, désigne donc à l’origine le savoir du peuple, ce que le peuple sait, l’ensemble des connaissances que le peuple possède sur la nature, sur le monde- Par la suite, il s’appliquera aussi à la science qui a pour but d’étudier ce savoir populaire.

En français, folklore apparait en 1877 mais ne devient réellement courant qu’après 1885. Il est usité également avec les deux sens.

De nos jours, la langue courante lui en a donné un troisième, péjoratif celui-là et se retrouvant dans l’adjectif folklorique : c’est du folklore sert, “par un étrange dédain du peuple et de l’âme populaire, à exprimer le manque de sérieux et de crédit d’un jugement, d’un écrit, d’une parole ou d’un acte ” (E. Legros).

A folklore, certains préfèrent ethnographie ou la locution traditions populaires.

 

Les frontières de la science du folklore ne sont pas toujours clairement marquées et les chercheurs ont quelque difficulté à s’accorder sur l’extension de l’objet de leur observation.

 

(p.15) Evolution du carnaval

 

Il est peut-être difficile d’admettre que des rites et des personnages qui nous paraissent aujourd’hui parfois grotesques et ridicules, aient pu avoir un sens religieux aussi profond. Nous ne devons pas oublier qu’il

ne nous reste plus que des débris des cérémonies anciennes.

 

La pensée des ancêtres morts a disparu des fêtes des masques qui sont devenues, avec les siècles, des manifestations purement profanes. Mais des éléments essentiels ont subsisté à travers les temps tout en étant détachés du culte originel : le port du masque, les danses, les blâmes, les collectes, les rites de fécondité, etc.

 

Si la force de la tradition a été aussi extraordinairement puissante, c’est que les besoins profonds de l’âme populaire y trouvaient leur satisfaction. Le carnaval avait en effet une fonction de « soupape » , de défoulement, qui a certainement eu un rôle dans son maintien. En effet, pour le masque, c’est une occasion de s’élever au-dessus des lois qui régissent ordinairement la vie de la communauté : il peut se permettre des actes qu’habituellement la moralité réprouve et il peut donner libre cours à tous ses instincts. L’introduction du christianisme dans nos régions a encore renforcé cette fonction de « soupape » du carnaval, puisque, juste après ces festivités, venait le Carême, longue période de privations.

 

A l’époque moderne est venue s’ajouter l’influence de la ” Commedia dell’arte » devenue un élément de culture internationale par sa diffusion dans les cours, dans les théâtres et surtout dans les théâtres des foires et des marionnettes. Cette influence a été forte chez nous, notamment sur le Gille de Binche, le Chinel de Fosses-la-Ville, le « Hârlikin ” et le Pierrot de Malmédy. Bien sûr, ces masques existaient dans ces carnavals avant cette époque, mais ils se sont transformés et ont emprunté leur nom et une partie de leur costume aux personnages de la ” Commedia dell’ arte ».

 

 

(p.16) LE FOLKLORE NE SE LIMITE PAS AUX FETES POPULAIRES

 

 

Pour le folkloriste, le moindre dicton peut être aussi intéressant à recueillir que la description d’une fête, si spectaculaire soit-elle.

 

En effet, une expression populaire d’apparence anodine peut évoquer une époque fort lointaine et informer sur les traits permanents de la mentalité populaire un conte aussi ou une légende.

 

Les dictons font partie du folklore

 

Prenons, par exemple, le dicton, bien connu chez nous, qui explique comment on attrape un orgelet.

 

J. Haust a relevé ce dicton au cours de ses enquêtes sur les dialectes romans de Belgique et lui a consacré une étude. Dicton grossier, assurément, mais le peuple se complaît souvent dans la scatologie et l’on relèverait, sans peine, pas mal de détails incongrus dans les fêtes traditionnelles. Ainsi cette coutume, signalée à Gozée (arrondissement de Thuin), qui imposait à la dernière mariée de l’année de venir uriner dans le trou destiné

a recevoir le mât du bûcher lors du « grand feu ».

 

De celui qui souffre d’un orgelet, on dit qu’il s’est soulagé le ventre ou la vessie dans un sentier, dans une ruelle, au milieu du chemin, dans le pas d’un cheval, dans le sentier ou dans le jardin du curé, contre le mur du curé ou de l’église, dans la fontaine, dans le ruisseau, dans la Meuse. Ces dictons se rencontrent également ailleurs, dans le domaine français et dans le domaine germanique.

 

On y reconnaîtra sans doute le débris d’une prescription religieuse qui, aux temps anciens, défendait de souiller les chemins, les murs des habitations et des cimetières, l’eau des sources ou même la lumière du soleil. On sait notamment qu’Hésiode défend d’uriner en face du soleil, dans un chemin ou dans une source, sous peine d’encourir la vengeance des dieux. D’après la croyance antique, le Soleil, dieu de la lumière, prive de la vue, sinon de la vie, l’insolent qui le brave. Dans toute inflammation ophtalmique susceptible d’amener la cécité, le peuple superstitieux a pu voir l’effet d’une punition divine. Que l’humour populaire ait étendu à l’orgelet la même croyance n’a rien que de naturel. Un texte (p.17) curieux du XVe siècle, ” L’Evangile des Quenouilles “, nous le dit formellement : ” Je vous asseure que pour pisser entre deux maisons ou contre le soleil, on en gaigne le mal des yeulx qu’on appelle le leurieul [= orgelet] ” (J. Haust, dans ” Bulletin de la Commission de toponymie et dialectologie », 1928, t. 11, pp. 300-301).

 

Les contes et les légendes sont aussi du folklore

 

Par l’analyse des contes et des récits, on peut faire les mêmes découvertes.

 

On a relevé, chez nous, plusieurs récits racontant l’histoire d’enfants volés et échangés par les nains ou les fées contre un de leurs enfants, un « changelin ».

 

L’étude de ces récits révèle les facultés créatrices du peuple, ainsi que son sens poétique. Mais il y a beaucoup plus dans ces petits chefs-d’oeuvre de la littérature populaire. On voit apparaître à l’arrière-plan de ces récits, ” une tragique histoire, qui est aussi de l’histoire, un épisode cruel du développement moral de l’humanité, nous rappelant ces mères qui n’ont pas voulu accepter comme nés de leur chair des enfants difformes ou malades » (E. Legros a consacré trois études à ces récits dans ” Enquêtes du Musée de la Vie wallonne “, 1952, t. VI, pp. 129-227. 1965, t. X, pp. 129-160. 1967, t. XI, pp. 129-159).

 

Un autre découverte – plus touchante encore, à mon sens – à laquelle conduit immanquablement l’étude de la littérature populaire, c’est que la plupart des contes et des légendes de chez nous appartiennent aussi à presque tous les peuples de l’Europe, de l’Asie occidentale et du nord de l’Afrique. Un très petit nombre de faits seulement sont propres à nos régions. C’est dire que les autres, connus dans de vastes régions où ils se sont répandus de proche en proche, doivent dater de plusieurs siècles et remontent sans doute très souvent à un ” insondable passé qui échappe à nos investigations » (P. Delarue).

 

A la fin de l’hiver et au début du printemps, il se produit souvent un brusque retour de l’hiver. Pour expliquer ce désordre apparent dans les phénomènes atmosphériques, le peuple a créé une légende. Cette légende met en scène un personnage qui défie imprudemment un des Mois de l’année sur le point de se terminer – (p.18) Février ou Mars, selon les régions. Le Mois insulté s’en va trouver son frère et le prie de lui prêter quelques jours afin de punir l’arrogant. Ayant obtenu le prêt, le Mois provoque une brusque recrudescence du froid. A Tronquoy et à Lahérie (commune de Longlier, arrondissement de Neufchâteau) où la légende s’est maintenue, en partie du moins, le personnage central est une Vieille Femme qui a eu bien du mal à arriver au bout du mois de mars avec sa vache et son bouvillon ; mais Mars a emprunté trois jours à Avril et il a fait crever la vache et le bouvillon.

 

Cette légende – dont on n’a pas d’autres attestations Chez nous – est bien connue dans le sud de la France, en Espagne, en Italie, dans toute la presqu’ile des Balkans, en Turquie, en Palestine, en lran, au Maroc et en Tunisie. Le relevé des nombreuses versions chez des peuples aussi différents est éloquent : si chacune des versions possède une empreinte locale, toutes procèdent d’une tradition presque identique.

 

N’est-il pas émouvant de voir comment des peuples aussi éloignés dans l’espace peuvent se rejoindre dans leurs croyances et leur littérature ? La légende illustre parfaitement la mentalité populaire, son savoir sa créativité, ses démarches.

 

La disparition du folklore non spectaculaire

 

Si les fêtes constituent un domaine vivant par lequel le folklore continue à s’enrichir il n’en est pas de même, malheureusement, pour les dictons, les contes et les légendes. Sans parler des coutumes et des rites populaires.

 

On ne peut pas dire que le folklore s’appauvrit. Le peuple continue à vivre. Mais sa vie s’uniformise.

 

Autrefois, on vivait en petites communautés, – le village, le quartier, – entre lesquelles les contacts n’étaient pas très nombreux.

 

On se réunissait à la veillée pour raconter des contes, chanter des chansons traditionnelles. Chaque communauté avait ses artisans qui se transmettaient, de génération en génération, des techniques et des usages particuliers. Lorsque les animaux et les personnes étaient malades, c’était d’abord aux pratiques superstitieuses et aux guérisseurs que l’on avait recours.

 

La civilisation moderne, en répandant l’instruction et l’hygiène, (p.19) a fait disparaître les pratiques superstitieuses: les patois reculent de plus en plus devant la langue de culture et leur disparition entraîne la disparition de la littérature populaire qu’ils véhiculaient.

 

Actuellement, tout s’uniformise : les vêtements, la nourriture, l’habitation, le travail. Le mode de vie traditionnel, qui présentait des caractères particuliers selon les régions, fait place à quelque chose de tout à fait uniformisé. Les conteurs et les chanteurs sont morts; leurs contes et leurs chansons tombent dans l’oubli…

 

 

FOLKLORE ET TOURISME

 

A la limite, on pourrait dire que le folklore n’a rien à voir avec le tourisme : ce n’est pas pour se donner en spectacle que le peuple s’est créé des fêtes, mais pour s’y exprimer.

 

La plupart des manifestations folkloriques datent d’ailleurs d’une époque où l’on ne parlait pas de tourisme: et si les amis et la famille accouraient des villages voisins à l’occasion de la procession ou du carnaval, c’était pour y participer activement et non pour les regarder.

 

Il serait toutefois mal venu d’empêcher le tourisme de se développer autour du folklore. Beaucoup de manifestations populaires de notre pays sont de véritables joyaux qui font partie de notre patrimoine culturel et méritent de retenir notre attention au même titre que des trésors artistiques. (…)

 

En outre, il est intéressant de noter que le tourisme a sans doute eu de l’influence sur plusieurs de nos fêtes traditionnelles. C’est en partie à cause d’elle que, depuis la fin du siècle dernier, on essaie de codifier certaines traditions afin de leur donner, croit-on, plus de lustre et de noblesse. Jusqu’en 1949, le carnaval de Stavelot s’était passé de confrérie et le « Blanc-moussî » n’avait pas eu besoin de son explication pseudo-historique qui assure que le déguisement rappellerait les moines aux moeurs dissolues se mêlant à la foule pour fêter le carnaval ! En réalité, le vêtement du (p.20)  « Blanc-moussî » est un déguisement banal – un simple drap de lit – bien connu partout et qui s’est maintenu par hasard à Stavelot.

 

Mais n’est-ce pas, dans une certaine mesure, pour rehausser l’éclat de ce carnaval et, par là, attirer plus de monde, qu’on a inventé cette histoire ?

 

A codifier et à essayer d’ennoblir artificiellement le folklore, on risque de le dénaturer en empêchant les évolutions nécessaires.

 

Les usages populaires sont libres et fantaisistes. Ils ne sont jamais fixés n i codifiés. Le gille de Binche, au début du XIXe siècle, n’est pas le personnage somptueux que nous connaissons actuellement.

 

Son couvre-chef n’était sans doute qu’un modeste shako. Plus tard viendront des plumes de marabout; pIus tard encore, les fastueuses plumes d’autruches. Son ” ramon » n’était pas l’élégant faisceau de baguettes de saule qu’il porte maintenant, mais un véritable balai qu’il maniait brutalement. Tout comme la ville de Binche, le travesti du gille s’est enrichi au cours du XIXe siècle. Les usages populaires ne sont pas sclérosés: ils suivent la vie du peuple. Le danger le plus grave pour le folklore réside dans son exploitation à des fins mercantiles. Que l’on puisse imiter le gille dans les environs immédiats de Binche, quoi de plus normal ? Le gille n’a-t-il pas lui-même subi l’influence de la ” Commedia dell’arte » ?

 

Mais qu’un grand magasin se serve de ce travesti pour faire sa publicité dans un « Bierfestival », est une profanation des valeurs traditionnelles authentiques contre laquelle on doit s’élever.

 

3 Les mois de l’année : origine et signification

Virginie Droelants, Les origines lointaines de notre calendrier, LB 05/01/1994

 

Le calendrier grégorien : la marge d’erreur (3 jours / 1000 ans)

En -45, le calendrier julien comptait des années de 10 mois de 31 et 30 jours, soit un total de 304 jours seulement !

A cette époque, l’année commençait le premier mars.

« Pour coller de plus près à la réalité, on décida en outre que les années ‘rondes’ (début d’un siècle) ne seraient plus bissextiles, sauf si elles sont divisibles par 400.
Ce sera le cas en l’an 2000, puis encore en 2400… »

 

Les noms des jours : origine

Ils portent les noms des 7 astres connus des Chaldéo-Assyriens et se retrouvent dans plusieurs langues modernes.

 

Virginie Droelants, Les origines lointaines de notre calendrier, LB 05/01/1994

 

MOIS

 

janvier

< Janus (dieu) : lat . pop. Januarius (dieu à deux visages) (l’un tourné vers le passé et l’autre vers l’avenir)

 

février

< Februa / februus : présidant les lustrations (Dieu ou déesse ou Februx : lustrations) (lat. anc. Februare : purifier)

 

mars

dieu de l’agriculture (anc.) ; fut pendant des siècles le premier mois de l’année

 

avril

< fête de l’Iostur ou Eostur : (Pâques) déesse de l’aurore et du printemps

2e mois de l’année romaine (lat. : aprilis  < aperire = ouvrir ; cf les fleurs pendant ce mois)

 

mai

< mois de Marie (p.277) (dès le 18: < ‘vrouwemaand’ (mois de la dame)) rattaché à Freija, la Vénus germanique (VD : mois de la divinité préromaine : Maïa ou Maïus)

 

 

juin

< (VD) mois de Juno(n) (épouse de Jupiter ou de Junius Brutus, premier consul)

 

juillet

mois de ‘Jules César’ ou de l’ a. fr. ‘juignet’ (petit juin)

 

août = mois d’ Auguste

septembre

< Lat. Septem ad imbre (le 7e  mois après les neiges) (anc. Calendrier romain)   

 

Le calendrier grégorien : la marge d’erreur (3 jours / 1000 ans)

En -45, le calendrier julien comptait des années de 10 mois de 31 et 30 jours, soit un total de 304 jours seulement !

A cette époque, l’ année commençait le premier mars.

« Pour coller de plus près à la réalité, on décida en outre que les années ‘rondes’ (début d’un siècle) ne seraient plus bissextiles, sauf si elles sont divisibles par 400.
Ce sera le cas en l’ an 2000, puis encore en 2400… »

 

Les noms des jours : origine

Ils portent le snoms des 7 astres connus des Chaldéo-Assyriens et se retrouvent dans plusieurs langues modernes.

 

Blanche Pierre, Le temps, mode d’emploi, In: Le Journal du Mardi, 31, 2000, p.6-8

 

(p.6) Etymologie des mois

 

Février:: L. februus: purification

bissextile: L. bis-sextus: un jour inséré entre le 24 et le 25 février; il était le 6e avant les calendes de mars; il dédoublait le 6e jour réel d’ où: BIS-SEXTUS.

Mars  : L. primus (anc.) – Mars était initialement le dieu de l’ agriculture

Juillet: L. quintilis (anc.) – Julius: le mois de Jules César

Août:   L. sextilis (anc.) – le mois d’ Auguste

Solstice: arrêt/pause du soleil

 

Saison du feu, saison de l’eau

 

Tous les Européens restent sensibles aux dates cardinales du calendrier solaire: les solstices et les équinoxes.

En réalité, le monde rural reconnaît seulement deux saisons: la belle saison, celle où les fruits de la terre mûrissent, saison des récoltes, d’ abondances et de foires, et la saison froide où le soleil baisse et l’ activité humaine est centrée sur le foyer.  Pendant cette période, les graines sont semées dans les entrailles de la terre, et les hommes, redoutant le monde souterrain, multiplient les expressions de respect envers les morts et les ancêtres.

La belle saison commence, selon les climats et les traditions culturelles, à l’ équinoxe du printemps, à la Saint-Georges (23 avril), ou encore plus tard pour les pays nordiques.

De même, la date de sa fermeture varie de la fin août à la Saint-Michel (29 septembre) ou à la Saint-Dimitri (26 octobre); il est alors mis fin aux alpages, et la saison des veillées s’ ouvre.

Il est remarquable que saint Georges, dont la fête ouvre la belle saison, maîtrise un dragon cracheur de feu, et que saint Michel, honoré au tout début du déclin automnal, terrasse, lui, un dragon cracheur d’eau.

 

Quatre temps de la terre et du ciel

 

4 autres dates sont aussi très importantes dans l’ensemble du monde européen: 1er février, 1er mai, 1er août et 1er novembre qui constituent des repères rituels dans l’ année.

Début février le retour de la lumière est sensible et l’on peut enfin fêter sa victoire.

Mai est le mois de la floraison, des amours et de la magie: moment d’ équilibre entre humidité et sécheresse, que l’ on souhaite durable en vue des récoltes.

 

Août est le mois de la richesse, où les offrandes des prémices justifient qu’on s’adonne sans souci à la fête.

Novembre est le mois où la nature se met de nouveau en état de gestation, pour se préparer à la nouvelle naissance.

 

Pouvoirs de l’église et du calendrier

 

Il faut y ajouter un cycle de fêtes chrétiennes suivant un double calcul du calendrier solaire et lunaire: ce sont les fêtes du cycle pascal qui commencent avec les manifestations du carnaval et se poursuivent avec l’ Ascencion et la Pentecôte jusqu’ à la Fête Dieu.

 

 

4 Remarques

4.1 Quelques noms de fêtes

En langue wallonne, les “djamas”: li Noyé, Pauke, li Pintecousse (Noël, Pâques, la Pentecôte)

 

Et de manière plus générale, atau (atal ou natau) : jour de fête chômée. jour d’ atau : l’une des 4 grandes fêtes de l’année : Pâques, Pentecôte, Toussaint, Noël. On y joint parfois l’Ascension et l’Assomption. On dit aussi : lès quate nataus.

 

4.2 La tradition du coq sur un clocher

A PROPOS DU COQ DE CLOCHER

 

La symbolique du coq dans l’histoire

 

Depuis plus de deux millénaires, l’Occident a manifesté un intérêt certain pour le coq. Dans l’Ancien Testament, le livre de Job (38, 36) pose la question de savoir “qui a (… ) donné au coq l’intelligence”, au 5e s. av. J.-C. déjà. Quant aux Grecs et aux Romains, ils sont, eux, friands de combats de coqs. Pour son exactitu­de à marquer les étapes de la nuit, ils l’ont consacré à Phébus Apollon parce qu’il annonce l’astre du jour. Sur les sarcophages ou les stèles, sa représentation protège le défunt contre des puissances ennemies. Il est aussi consacré à Esculape, guéris­seur des maladies. Il sert en outre de symbole à Mercure, dieu des négociants, à Mars, divinité guerrière. D’où vient, peut-être, ce goût antique pour les combats de coqs car, braves et beaux lorsqu’ils se battent, ils donnent une fière leçon de vaillance. Cicéron, lui, voit dans l’animal, un présent divin, il précise même que ce sont “les dieux (qui) ont donné aux coqs l’ordre de chanter”. Dans l’évangile selon saint Mathieu (26, 34 et 75), le Christ s’adresse à Pierre en ces termes : “Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois” ; c’est bien le cri du coq qui rend ainsi conscience à l’apôtre. Le poète latin chrétien Prudence écrit le Cathemerinon au 4e siècle ; il en intitule la première hymne Ad galli cantum ou Ad gallicinium et attribue au coq qui annonce l’aurore le symbole du Christ et de la résurrection. En effet, le chant du coq correspond à l’heure matinale de la résurrection, ce dernier est donc devenu inséparable de l’heure de vigilance et de prière. L’art paléo-chré­tien s’est abondamment servi du gallinacé pour en illustrer ses monuments, sur le pourtour de la Méditerranée, et le coq figure en bonne place sur nombre de mosaï­ques, de lampes à huile, d’étains, de tissus, de gemmes, de bas-reliefs… Au moyen âge, il devient l’emblème des prédicateurs qui doivent travailler sans cesse au salut de leurs frères et combattre les ennemis de la religion. Son surnom médiéval de “Chanteclerc” viendrait, selon une légende, de son cri lancé en défi aux projets du Malin, les faisant lamentablement échouer. Quant au coq gaulois, devenu le sym­bole de la nation française, il aurait été choisi pour les vertus que les Romains lui attribuaient et que les Gaulois auraient reprises à leur compte. Selon une autre hypothèse, le choix de l’animal tiendrait au jeu de mots entre Gallus, le Gaulois, et gallus, le coq, chez les Romains d’abord, ensuite chez les érudits de la Renais­sance. Plus récemment, la Région wallonne a repris le coq, dessiné par P. Paulus, comme emblème de son identité.

Le coq occupe ainsi une large place dans les écrits tant profanes que reli­gieux. Que symbolise-t-il en définitive pour l’Occident ?

 

(p.29) Par opposition à la tortue, dont l’étymologie indique l’origine infernale et donc nocturne (du lat. pop. tartaruca (bestia), lat. class. tartareus, du Tartare, les Enfers), le coq'” “veille dans la nuit sombre, marque les heures par son chant, réveille ceux qui dorment, célèbre le jour qui s’approche”. C’est l’animal du jour, de la vérité ; il règne sur une cour en assumant son rôle de chef de famille ; il incarne l’activité, la vigilance, le courage, la hardiesse. Il est associé à la prière et à la résurrection dans la religion chrétienne. Il ne pouvait donc trouver meilleure place qu’au sommet des clochers.

 

Les origines du clocher

 

Durant les premiers siècles de la chrétienté, les églises ne possèdent pas de clocher. Il faut attendre le 8e ou le 9e siècle pour voir, en premier lieu, l’Italie ériger des clochers. Cette innovation se répand alors en Occident, principalement à partir du 11e et du 12e siècle.

D’abord indépendant de l’église qu’il dessert, le clocher joue surtout un rôle protecteur pour la population. Ensuite, il se place sur l’église même, au-dessus du portail d’entrée, à sa gauche et/ou à sa droite, sur le toit… Certaines églises comp­tent quelquefois plusieurs clochers.

Chaque région, chaque pays, chaque époque se distingue souvent par la proportion de ses clochers, par leurs matériaux, leur style, leur toiture… Tous, aujourd’hui, abritent des cloches, dont l’usage chrétien remonterait au règne de Charlemagne. Quant à leur fabrication, il faudrait en rechercher l’origine en Cam-panie — dont l’italien aurait tiré le mot campana, la cloche. Et bien sûr, les clochers sont surmontés d’une croix, elle-même sommée d’un coq, dans les pays du nord de l’Europe en tout cas.

 

De la girouette au coq… les légendes et l’histoire

 

Placer un coq au faîte d’un clocher, c’était quasiment une nécessité, naguère. En effet, le paysan consultait cette girouette et savait dès lors le temps qu’il ferait, quelle besogne il devrait entreprendre.

Si les prévisions météorologiques ont considérablement évolué depuis quel­ques décennies, personne ne doute cependant de l’utilité d’une girouette dans les campagnes. Mais pourquoi au sommet d’un clocher ? Deux amusantes légendes illustrent l’origine du coq perché sur son clocher. La première est française, elle raconte que saint Pierre, dans un mouvement d’impatience et en vertu du don de miracles qu’il avait reçu du Christ, envoya au sommet d’un clocher un coq dont la fanfare sonore lui rappelait trop durement son triple renoncement, et le malheu­reux volatile y resta tristement empalé. La seconde légende vient d’Espagne. Un jeune coq, mal formé au point de n’avoir qu’une patte, un œil et une aile, voulut voir du pays. Sa mère lui recommanda de fuir les cuisiniers et les églises consacrées à saint Pierre. Il n’en fit rien. Après avoir insulté le père de l’Eglise, il fut capturé par les cuisiniers du roi qui l’empalèrent et le rôtirent. L’ayant malheureusement carbonisé, ils durent le jeter dehors et le vent le fixa au sommet d’un clocher.

Si l’historicité de ces légendes n’est évidemment rien de moins que douteuse, il reste que le clocher, jusqu’il y a peu, l’endroit le plus élevé de la contrée, était visible de tous en tous lieux. Mais pourquoi un coq sur le clocher ? Pourquoi pas une flèche, un oriflamme, un poisson ? Parce que cet animal intelligent, aux quali-tés

 

(1)   Le mot coq vient de l’onomatopée du cri de l’animât, qui a éliminé l’anc. franc, jal, de gallus.

 

(p.30) et aux mérites mentionnés plus haut, était tout désigné pour occuper cette situation do­minante et cette importante fonction. En outre, le panache de sa queue donne merveilleuse­ment prise au vent, sans comp­ter qu’au moyen âge, ses ailes étaient déployées.

La girouette n’est cepen­dant pas une création médiéva­le, mais bien antique, si l’on en croit Vitruve. Celui-ci rapporte en effet qu’Andronicos de Cyr-rhus plaça un triton de bronze, en guise d’anémoscope, au-des­sus de la Tour des Vents qu’il construisit à proximité de l’agora romaine d’Athènes, au 1er siècle av. J.-C. Cette tour octogonale servait à la mesure du temps et à l’observation météorologi­que : une clepsydre à l’intérieur et le triton sur le toit, que le vent orientait et qui désignait son origine en montrant un des bas-reliefs des côtés de l’octogo­ne’2′.

Il faut néanmoins atten­dre le 9e siècle pour lire à nou­veau des textes parlant de gi­rouettes. Cette fois, ces derniè­res sont exclusivement des coqs, repris par la religion chrétienne qui en fait, pour toujours, un de ses symboles. La première ima­ge d’un coq comme girouette se

 

(La plus ancienne représentation figurée d’un coq de clocher se trouve sur la tapisserie de Bayeux dite de la Reine Mathil­de (11° siècle). On y voit la pose du coq, qui semble avoir les ailes déployées.

Source : M. BARRAUD, Recherches sur les coqs des égli­ses, Paris, 1850, p. 289.)

 

trouve, elle, sur la tapisserie de Bayeux, dite “de la reine Mathilde” (11e siècle), et elle représente la pose d’un coq sur le clocher de l’église de Westminster. A partir du 10e siècle, les textes sont de plus en plus nombreux à mentionner la présence d’un coq sur les clochers, notamment à cause de la foudre qui frappait souvent ce fragile instrument.

La fabrication du coq

C’est non seulement pour la symbolique attachée à ce volatile que le coq a été choisi comme girouette, mais aussi pour une raison matérielle bien compréhen­sible : sa silhouette est facile à dessiner et à découper dans le métal. Ce métal est

 

(2) Selon M. Barraud, Recherches sur /es coqs des églises dans le Bulletin monumental, 2e série, t. 6, Paris, 1850, p. 279, une seconde girouette antique est mentionnée par l’auteur anonyme du De arte architectonica, qui parle, lui aussi, d’un triton de cuivre semblable au précédent, sur le temple d’An-drogée de Cyrène à Rome. Des investigations poussées n’ont permis d’identifier ce temple ni dans l’espace ni dans le temps.

 

(p.31) généralement du cuivre ; on s’en est vraisemblablement toujours servi car, sans s’oxyder profondément comme le fer, il se travaille aisément, se plie à toutes les formes qu’on souhaite lui donner et, même réduit à une mince épaisseur, il reste solide, à l’inverse du plomb, par exemple. On rencontre également quelques coqs en zinc.

Le coq est en outre assez souvent enrichi d’une dorure. Dans ce cas, c’est une feuille d’or qui est collée et tamponnée sur le métal. Parfois aussi, des reliques sont insérées dans les flancs de la girouette, en guise de protection contre les menaces de l’atmosphère ; on y trouve de temps à autre des parchemins, qui relatent alors la date de l’érection ou de la réparation du clocher.

Dans la fabrication traditionnelle d’une girouette, le coq est le plus fréquem­ment martelé, rivé et soudé. Le cuivre a une épaisseur moyenne de huit dixièmes de millimètre. Il est appliqué sur une forme de bois, parfois de plomb, dans laquel­le sont creusés les reliefs du coq. Une fois que le dessin s’est imprimé sur le métal par martelage, on le place sur un coussin de cuir rembourré de sable et on le frappe à l’aide d’un marteau pour lui donner du volume. On chauffe alors la plaque de métal pour la rendre malléable et ainsi la retravailler et l’égaliser. On martèle ensuite le pourtour, qui doit être plat pour la soudure, puis on affine le tout. Cette opération doit évidemment être effectuée deux fois, puisque le coq est composé de deux faces identiques. Celles-ci sont alors soudées puis rivées ; le coq pivote com­me girouette grâce à un roulement à billes de verre.

Namur, septembre 1983, Place Marché-aux-Légumes, le nouveau coq du clocher de l’église Saint-Jean-Baptiste.

La hauteur du coq varie de cinquante à cent centimètres, selon l’importance de l’édifice. Au-dessus du coq, on place souvent un paratonnerre ; grâce aux pro­grès techniques, on y met à présent des pastilles radio-actives qui empêchent l’arc électrique de se produire. Mais hélas, les oiseaux ne s’y posent plus…

Une autre méthode de fabrication des coqs est la galvanoplastie. Cette méthode permet de créer, par électrolyse, un objet métallique au départ d’un moule, (p.32) ou un dépôt en surface d’une couche de métal. Cette méthode particulière se pratique surtout en France pour la fabrication des girouettes ; elle donne une épaisseur métallique assez irrégulière et nécessite quatre jours au moins pour obte­nir un métal suffisamment épais.

 

La girouette, la foudre ou la foi chrétienne…

 

Avant de terminer ce tour d’horizon réalisé du haut de nos clochers, voici quelques textes parmi les plus significatifs relatant des anecdotes médiévales qui ont trait à cette sympathique girouette.

– Saint Swithin, évêque de Winchester, dédicaça sa nouvelle église en 980.  Le moine Wolstan célèbre cet événement dans sa Vie de saint Swithin :

“Un coq d’une forme élégante et tout resplendissant de l’éclat de l’or occu­pe le sommet de la tour ; il regarde la terre de haut, il domine toute la campagne. Devant lui se présentent les brillantes étoiles du nord et les nombreuses constellations du zodiaque. Sous ses pieds superbes, il tient le sceptre du commandement et il voit au-dessous de lui tout le peuple de Winchester. Les autres coqs sont les humbles sujets de celui qu’ils voient ainsi planant au milieu des airs, et commandant avec fierté à tout l’Occi­dent ; il affronte les vents qui portent la pluie et en se retournant sur lui-même, il leur présente audacieusement la tête. Les efforts terribles de la tempête ne Fébranlent point, il reçoit avec courage la neige et les coups de l’ouragan ; seul il a aperçu le soleil à la fin de sa course se précipitant dans l’océan, et c’est à lui qu’il est donné de saluer les premiers rayons de l’auro­re. Le voyageur qui l’aperçoit de loin fixe sur lui ses regards : sans penser au chemin qu’il a encore à faire, il oublie ses fatigues ; il s’avance avec une nouvelle ardeur. Quoiqu’il soit encore en réalité assez loin du terme, ses yeux lui persuadent qu’il y touche”.

 

(cité et traduit par M. BARRAUD, Recherches sur les coqs des églises, p. 282, qui reprend en fait J. MABILLON, Les actes des saints de l’ordre de saint Benoît, [v. 1680], t. VII, Vie de saint Swithin).

 

– La foudre tombe, en 1091, sur le coq de la cathédrale de Coutances. Le chroni­queur de l’évêque Gaufroy de Montbray relate l’événement :

“L’évêque sentant sa mort approcher et gémissant des désastres qui étaient arrivés à l’église, envoya chercher en Angleterre le plombier Brisonet. Il fit boucher toutes les fentes de la tour de plomb, réparer les tours et le chevet, refaire et replacer sur la grande tour le coq doré que la foudre avait détruit. Quand on lui eut appris que le coq tout éclatant de dorures était rétabli et replacé à l’endroit qu’il occupait auparavant, il ordonna qu’en le soulevant avec les deux bras et les deux mains, on le mît sur son séant. Assis de la sorte sur son lit, il pria et rendit grâce à Dieu ; puis s’étant recouché : j’au­rais craint, dit-il, si ma mort était arrivée plus tôt, que ce coq ou un autre semblable ne fût jamais remonté en cet endroit”.

(cité et traduit par M. BARRAUD, op. cit., p. 281, qui reprend en fait le Bulletin monumental de A. de CAUMONT, t. 15, p. 532).

 

– Au 13e siècle, Guillaume Durand s’exprime ainsi dans son Rational des divins offices, I, 1, 22, édition de 1574 :

“Le coq placé sur l’église est l’image des prédicateurs : car le coq veille dans la nuit sombre, marque les heures par son chant, réveille ceux qui dorment, célèbre le jour qui s’approche ; mais d’abord il se réveille et s’ex­cite lui-même à chanter, en battant ses flancs de ses ailes. Toutes ces choses ne sont pas sans mystère : car la nuit, c’est ce siècle ; ceux qui dorment, ce sont les fils de cette nuit couchés dans leurs iniquités. Le coq représente les prédicateurs qui prêchent à voix haute et réveillent ceux qui dorment (p.33) afin qu’ils rejettent les œuvres des ténèbres, et ils crient : “Malheur à ceux qui dorment ! Lève-toi, toi qui dors !” Ils annoncent la lumière à venir, lorsqu’ils prêchent le jour du jugement et la gloire future ; mais, pleins de prudence, avant de prêcher aux autres la pratique des vertus, ils se réveil­lent du sommeil du péché et châtient leur propre corps. L’apôtre lui-même en est témoin, quand il dit : “Je châtie mon corps et je le réduis en servitu­de, de peur que par hasard, après avoir prêché aux autres, je ne vienne moi-même à être réprouvé.” Et de même que le coq, les prédicateurs se tournent contre le vent, quand ils résistent fortement à ceux qui se révoltent contre Dieu, en les reprenant et en les convainquant de leurs crimes, de peur qu’ils ne soient accusés d’avoir fui à l’approche du loup. La verge de fer sur laquelle le coq est perché représente la parole inflexible du prédica­teur, et montre qu’il ne doit pas parler de l’esprit de l’homme, mais de celui de Dieu, selon cette parole : “Si quelqu’un parle, que^ise soient les discours de Dieu… ” Et parce que cette verge elle-même est posée au-des­sus de la croix ou du faîte de l’église, cela signifie que les Ecritures sont consommées et confirmées”.

(cité et traduit par E. VIOLLET-LE-DUC, Dictionnaire raisonné…, t. 4, s.v.coq, pp. 305-306).

 

– Un manuscrit médiéval, repris par E. DUMERIL dans ses Poésies latines du Moyen Age, Evreux, 1847, p. 12, donne ces indications :

“Beaucoup de prêtres ignorent pourquoi d’ordinaire le coq se dresse au-des­sus de la maison du Seigneur ; je vais vous l’expliquer en peu de mots, si vous daignez me prêter une oreille bienveillante. / Le coq, cette admirable créature de Dieu, est la figure du prêtre qui a soin d’une paroisse et s’oppo­se à ce qui pourrait nuire à son troupeau. / Au-dessus de l’église, le coq se tourne contre le vent et tient avec soin sa tête relevée : ainsi, le prêtre, quand il devine l’approche de Satan, doit lutter contre lui pour sauver ses ouailles. / Seul de tous les oiseaux, le coq perché au milieu des airs, entend les concerts des anges : il nous apprend ainsi à rejeter les paroles des mé­chants et à goûter les secrets des deux”.

(cité et traduit par E. MARTIN, Le coq de clocher, pp. 39-40).

 

– En 820, l’Italien Rampert, évêque de Brescia, fit fondre et placer un coq au sommet de son église. Il y fit graver une inscription : “Le seigneur Rampert, évêque de Brescia, ordonna de fabriquer ce coq, en l’année du Seigneur (…) 820, (…) durant la sixième année de son épiscopat”.

L’auteur qui cite cette anecdote affirme qu’à son époque (17° s.), on voyait encore ce coq de bronze à Brescia.

(cité par M.  BARRAUD, op. cit., p. 283 et par E.  MARTIN,  op. cit., p. 6, qui reprennent en fait F. UGHELLI, Italia sacra, t. 4, p. 535, édition de 1719).

 

L’avenir du coq de clocher

 

Actuellement, lorsqu’on érige une nouvelle église, il est devenu peu fréquent d’y voir un coq la dominant. Lourde erreur pour la perpétuation de cette antique tradition, alors qu’il est si plaisant, mais si rare, de devoir assister à la touchante cérémonie qui égaie de son folklore le village ou le quartier qui place un nouveau coq après avoir restauré le clocher de son église.

Dégradation des traditions en cette fin de siècle trépidante ou, peut-être, étrange pérennité des choses ? Au siècle passé déjà, E. Viollet-le-Duc se plaignait de cette situation : “Ce symbole de vigilance, dit-il, de lutte contre les efforts du vent, placé au point le plus élevé des monuments religieux, appartient à l’Occident. Il n’est pas question de coqs placés sur les clochers des églises de l’Italie méridiona­le. Serait-ce pour cela qu’on les a enlevés de la plupart de nos églises ? Ou que du (p.34) moins on ne les replace pas gé­néralement lorsqu’on les restau­re ?” (op. cit., s.v.coq, pp. 306-307). En 1904, E. Martin (op. cit., p. 42) écrit, lui aussi : “Mais, s’il encourait une disgrâ­ce, par cette manie d’innover qui tourmente notre génération, je pense qu’il trouverait des ar­chéologues et des artistes pour plaider la cause de ce bon et fi­dèle oiseau qui depuis tant de siècles nous donne des indica­tions si utiles et des enseigne­ments si précieux. De si longs états de service ne méritent-ils point des égards ?”

 

Etienne GUILLAUME (s.r.)

 

BIBLIOGRAPHIE

— C. ARENDT, La significa­tion du coq sur les clochers de nos églises, dans Organe de l’art chrétien, Luxem­bourg, 1886.

Avril 1990 – Le nouveau coq est placé au sommet de l’église de Salzinnes (Namur).

M. BARRAUD, Recherches sur les coqs des églises, dans Bulletin monumental (ou collection de mémoires et de renseignements sur la statistique monumentale de la France) publié par A. de Caumont, 2e série, t. 6, Paris, 1850, pp. 277-290. R.  BORDEAUX,  Coqs sur croix de clochers, dans Bulletin monumental, 2° série, t. 7, Paris, 1851, pp. 527-529.

F. CABROL et H. LECLERCQ, Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, t. 3, 2e partie, Paris, 1914, s.v.coq.

J. CHEVALIER et A. GHEERBRANT, Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, coll. Bouquins, R. Laffont, 1983, s.v.coq.

A. GIRARD, Le coq, personnage de l’histoire, s.l.n.d. ‘ P. LADOUE, Clochers, Paris, 1930.

E. MARTIN, Le coq de clocher.  Essai d’archéologie et de symbolisme, dans Mémoires de l’Académie de Stanislas, Nancy, 1904, pp. 3-42. M. PIGNOLET, Le coq des églises et son folklore, dans Terres d’Herbeumont à Orchimont, bulletin annuel, n” 8, 1982, pp. 32-38.

M. PIGNOLET, La symbolique du coq, dans Le Guetteur Wallon, 1985, pp. 81-104.

E. VIOLLET-LE-DUC, Dictionnaire raisonné d’architecture française du XIe au XVP siècles, t. 4, Paris, 1875, s.v.coq.

 

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