En Bèljike walone, li tir aus cambes (le tir aux "chambres (remplies de poudre)" (picard: cambes /-p/) pour le wallon "tchambe" /-p/; aussi écrit erronément 'campe')

0 Introdw√ģjadje / Introduction

cambes (n. f pl.) : p√©tards que l’on fait exploser √† l’occasion d’une r√©jouissance: mariage, succ√®s √©lectoral

in: François Twiesselman, L’ patwas d’ Bouyon, ULB,  Ecomusée de Treignes, éd. D.I.R.E., 1994

 

tirer lès cambes (n.f.pl.)

1 faire exploser les bo√ģtes d’ artifice (arch.);

2 faire une p√©tarade (de coups de fusil, de p√©tards) √† l’occasion d’une noce

(var. de tchambe, empr.au picard)

in: Michel Francard, Dictionnaire des parlers wallons du pays de Bastogne, éd. De Boeck Univ., 1994

 

fêre pèti lès cambes (Languiè / Longlier)

in: Jean Haust, Glossaire chestrolais, (manuscrit), s.d.

 

Françoise Lempereur, Les"cambes", gros pétards de fête

(in: Le Soir, 31/12/1997)

f√© bouch√ģ l√®s tchambes

1 Activités

1.1 L’ ouw√®s’-walon / L’ouest-wallon

in : Tradition wallonne, 6, 1989, Hainaut I, p.63-118

LE TOUR SAINT-VINCENT DE SOIGNIES

OU L’HISTOIRE INSCRITE DANS LE PAYSAGE

Signification et √©volution topographique d’une d√©votion populaire d’origine m√©di√©vale

par Gérard bavay

 

(p.100) On peut encore parler √† ce propos de ¬ęcambes¬Ľ (du mot ¬ęchambre¬Ľ qui d√©signe aussi la partie du canon o√Ļ la poudre est amen√©e √† exploser). ¬ęTirer les campes¬Ľ ou ¬ęles cambes¬Ľ (en fait : faire exploser la poudre des chambres) se pratique toujours aujourd’hui √† l’occasion des mariages. Ainsi se perp√©tue une pratique ancienne g√©n√©ra¬≠lement associ√©e √† toutes les manifestations de r√©jouissance collective. C’est de cette mani√®re que l’on accueillait les souverains de passage ; de cette mani√®re √©galement que la ¬ęJeunesse¬Ľ annon√ßait et c√©l√©brait les mariages ou soulignait les grandes f√™tes religieuses.

Le ¬ęFeu¬Ľ (d√©charge collective) est √©galement une mani√®re de jouer avec les nerfs du public. Les enfants pleurent, les ¬ęgrands¬Ľ s’excitent un peu. Plus il y a de bruit, plus il y a de fum√©e… et plus le ¬ęFeu¬Ľ est r√©ussi. Nos ¬ęfeux d’artifices¬Ľ se situent bien dans le droit fil de cette vieille tradition.

L’√©lection du “maye√Ľr, d‚ÄôAnsuelle √† Anderlues, in¬†: MA, 2, 1978, p.30-31

 

On s’interroge souvent sur l’origine du blason populaire via qui d√©si¬≠gne les habitants du hameau d’Ansuelle, Answ√®le, √† Anderlues. Selon notre ami Georges Cambier, n√© voici 82 ans √† la Ferme de Bourgogne en plein cŇďur d’Ansuelle (qu’il n’a d’ailleurs jamais quitt√©), il faut remonter fort loin sous l’Ancien R√©gime pour la trouver. C’est du moins ce qu’il a toujours entendu raconter par son p√®re et son grand-p√®re qui, eux-m√™me, le tenaient de leurs a√Įeux. Ce sont l√† les seules sources dont nous disposons.

A d√©faut de documents, nous devons donc faire confiance √† la seule tradition orale et aux pr√©cieux souvenirs de notre informateur pour rapporter √† notre tour la curieuse √©lection du Maye√Ľr d√®l ducace d’Answ√®le qu’un autre Anderlusien, feu le peintre na√Įf Fernand Joris (1885-1966) a d’ailleurs fix√© √† sa fa√ßon (1) sur toile.

Pr√©cisons tout de suite que cette √©lection ‚ÄĒ unique en son genre ‚ÄĒ √©tait essentiellement folklorique, la nomination du maye√Ľr officiel √©tant, en vertu du droit seigneurial, une pr√©rogative du Comte de Hainaut, ¬ę seigneur haut justicier de la terre d’Hannesuel ¬Ľ. Elle n’en est pas moins consid√©r√©e aujourd’hui encore, bien que disparue depuis l’invasion fran√ßaise, comme la plus importante manifestation ayant jamais exist√© √† Ansuelle.

Elle se d√©roulait le 1″ d√©cembre. Ce jour-l√†, apr√®s la messe en l’hon¬≠neur de saint Eloi, les hommes, √† la ¬ę semonce ¬Ľ du maye√Ľr en titre, se retrouvaient in face d√®l vi√™ye cinse de Bourgogne pour choisir celui d’entre eux √† qui incomberait la charge d’organiser les festivit√©s de l’ann√©e √† venir. Ils se disposaient tout d’abord autour de la place, de fa√ßon √† former un cercle, chacun d’entre eux tenant √®ne tortch√®te de fo√Ľr√Ędje qui constituait, en quel¬≠que sorte, le… bulletin de vote, l’unique ~ √©lecteur ¬Ľ √©tant un jeune veau, in djon.ne via, n√© dans une √©table d’Ansuelle et fra√ģchement sevr√©. Une fois le cercle bien ferm√© et que le maye√Ľr en avait termin√© de rappeler les r√®gles

 

√† respecter, on amenait le veau au milieu du cercle. Au pr√©alable, on lui avait recouvert la t√™te d’un sac, ce qui augmentait encore sa r√©ticence √† jouer le r√īle qu’on en exigeait. Au signal donn√© ‚ÄĒ en l’occurrence l’explosion d’une campe ‚ÄĒ l’animal √©tait lib√©r√© de ses entraves : l’√©lection commen√ßait alors au milieu d’une temp√™te de cris, de rires, de vocif√©rations et de quolibets. On peut deviner ce que cela pouvait donner surtout si l’innocent animal, effarouch√© par un tel vacarme entamait une course folle ou pr√©f√©rait se cou¬≠cher, parfaitement indiff√©rent √† tout ce qui se passait autour de lui. Quand, enfin, tenaill√© par la faim, il se d√©cidait √† saisir une torchette de paille, il d√©signait du m√™me coup le maye√Ľr d√®l ducace d’Answ√®le.

La journ√©e s’achevait par une joyeuse sortie dans le village avec de temps √† autres un corn√Ędje (2) devant la maison de ceux qui avaient boud√© l’√©lection ou de ceux qui n’avaient rien offert pour la ripaille du soir.

Telle est, comme elle nous est parvenue jusqu’√† nous et toujours vivace √† Ansuelle, la l√©gende des vias de ce hameau et l’√©lection originale du maye√Ľr d’Answ√®le.

 

Willy GUERLEMENT

 

(1)¬†¬† Selon ce tableau, l’√©lection avait lieu dans une prairie cl√ītur√©e et c’est un √Ęne qui… √©lisait le maye√Ľr parmi un groupe de candidats qui avaient

attach√© une torchette de paille √† leur braguette. Notre t√©moin dit qu’il s’agit d’une variante de sa version mais il ajoute que son p√®re ni son grand-p√®re ne lui ont jamais rapport√© cette version illustr√©e par le peintre.

(2)¬†¬† Corn√Ędje est la forme r√©gionale par laquelle on d√©signait jadis un charivari. Il √©tait une v√©ritable justice populaire vouant √† la vindicte ceux qui, par exemple, avaient enfreint aux lois du mariage. Cette coutume con¬≠sistait donc √† ridiculiser un individu par un tintamarre o√Ļ se m√™laient cris, beuglement et bruits de toute esp√®ce.¬† La p√©riode se¬† pr√™tant le mieux √† ce genre de chahut public √©tait celle du carnaval parce qu’elle permettait d’exercer les corn√Ędjes sous l’anonymat du masque et le plus souvent la nuit. Il n’emp√™che cependant que¬† l’on¬† organisait √©galement des corn√Ędjes en d’autres occasions, √† la ducace, par exemple ou lors de l’√©lection qui fait l’objet du pr√©sent article. Dans ces derniers cas. les corn√Ędjes s’exer√ßaient g√©n√©ralement au grand jour, √† visage d√©couvert. Les mobiles qui les provoquaient n’ayant pas le m√™me caract√®re de gravit√© que les ¬ę accros √† la vie conjugale ¬Ľ, ils √©taient de loin bien moins cruels que¬†¬† les¬†¬† v√©ritables¬†¬† exp√©ditions¬†¬† punitives¬†¬† qui¬†¬† sanctionnaient¬†¬† ceux-ci ; leur but √©tant de faire monter la fi√®vre lors d’une festivit√©, ils conser¬≠vaient cependant une certaine r√©surgence vindicative.

r√©jion do Cente (r√©gion du Centre) - tirer l√®s cambes & bate √®l bind√Ędje

(Ren√© Painblanc, Bate √®l bind√Ędje, in:¬†√ąl Mouchon d’ Aunia, 1971, s.p.)

Joseph-Emile Piret (Frantchimont / Franchimont), in : CW, 5, 1959, p.104-106

 

Li Sint-Elwè

 

On fieut d’dj√† bouchi l√®s ¬ę tchambes ¬Ľ

Li ch√ģje di d’vant l‚ÄôSint-Elw√®…

On n’ campeut pus su s√®s djambes

T√©lemint qu’ on¬† t√Ľteut l‚Äô p√®k√®t.

 

Robert Dascotte, L’Epiphanie, in¬†: EM 3/1982, p.44-48

 

La veille de l’Epiphanie : √®l djo√Ľ de d’vant l√®s Rwas ; les villageois faisaient busk√ģ l√®s campes, les possesseurs d’un fusil sakinet√®t tw√Ęs coups d’fusik in.n-√©r.

 

campe : bo√ģte d’artifices

 

in: Robert Dascotte, L’Epiphanie, EM 3/1982, p.44-48

 

(p.44) la veille de l’Epiphanie (√®l djo√Ľ d√® d’vant l√®s Rwas), les villageois faisaient ‘busk√ģ l√®s campes’, les possesseurs d’un fusil ‘sakinet√®t tw√Ęs co√Ľps d’ fusik in.n-√©r.¬† (cf Pal√®stinyins, m√Ęrches)

 

Thuin – Marche de Saint-Roch, Touring, avril 1999, p.31

 

Samedi soir: rassemblement d√®s 20.30 sur la place de la Ville haute; sur la place du Chapitre: allumage du b√Ľcher avant le ‚Äėtir aus cambes‚Äô (gros p√©tards en chapelets) sur les remparts du Nord.¬† Distribution des torches √† la population pour la retraite aux flambeaux √† travers la ville.

Le dimanche, d√©part √† 13 heures, au ‚ÄėChant des oiseaux‚Äô pour le d√©part de la procession.

Le lundi, vénération des reliques et grand-messe militaire avant le dernier cortège vers la chapelle Saint-Roch et la Maladrie.

 

E. Yernaux, F. Fiévet, Folklore montagnard, s.d.

 

(p.304) LES DICACES

La ¬ę musique ¬Ľ circulait dans toutes les rues, apr√®s qu’on e√Ľt an¬≠nonc√© la f√™te par 101 coups de canon. Il n’y avait pas de canon, et les 101 coups se r√©duisaient parfois √† dix cambes bien tass√©es.

 

LE  MARIAGE

Le jour du mariage, dans les familles ais√©es, on faisait tirer les cambes, parfois on se contentait de coups de fusil. Cette coutume √©tait loin d’√™tre g√©n√©rale.