TCHIVAUS-GODINS
CHEVAUX-JUPONÂ

(s.r.)

thchivau-godin / tchivau-godèt (cheval-jupon)
(à Nivèle / Nivelles – Paul Collet, in: Le Folklore Brabançon, s.d.)
René Meurant, Chevaux-jupon de Wallonie, in : Commission Royale belge de Folklore, T9-14, 1956-1961, p.97-136
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Aucun travail d’ensemble n’a été consacré au cheÂval-jupon en Wallonie. Les deux études comparatives qui ont été publiées en France ne satisfont point en ce qui concerne notre pays. Les Notes comparatives sur le cheval-jupon d’Arnold van Gennep (1) sont incomplètes, voire inexactes : la rubrique « Belgique » n’y comprend que Malines, Mons, Nivelles, Op-Heylissem et Rosière-Hottomont. Dans Le « Masque-Cheval » et quelques autres animaux fantastiques (2), Jean Baumel reprend, avec des erreurs de transcription et un oubli, les faits cités par Van Gennep, qu’il complète cependant par des précisions demandées à Malines et à Nivelles.
Après avoir revu et tenté d’amender la classification proposée par A. Van Gennep pour les déguisements et mannequins à tête de cheval, j’examinerai successiveÂment, sur la base de données publiées ou provenant d’enÂquêtes personnelles, la topographie, la morphologie et les fonctions de nos chevaux-jupon du XVIe siècle à nos jours, leur origine ainsi que la signification que peuvent avoir leurs noms.
Ce travail, qui a fait l’objet d’une communication au XXXVIIe congrès de la Fédération archéologique et historique de Belgique, a été présenté une seconde fois
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(1) Le Cheval-Jupon in Cahiers d’Ethnographie Folklorique, Paris-Toulouse, n°1, 1945. (2) Paris, 1954.
(p.98) en séance de la Commission royale de Folklore. Les reÂmarques de mes collègues et, particulièrement, les renÂseignements qu’ont bien voulu me communiquer MM. SaÂmuel Glotz, Elisée Legros et Roger Pinon, m’ont permis d’en améliorer sensiblement la version primitive. Je les en remercie. Je tiens également à exprimer ici ma reconÂnaissance à Miss Violet Alford ainsi qu’aux corresponÂdants cités au cours de cette étude.
Dans son Manuel de Folklore français contemporain (3), Arnold Van Gennep cite cinq types de déguisements ou de mannequins à tête de cheval existant en Europe occiÂdentale :
1° le bidocbe du Bocage normand, « nommé selon les régions et dialectes : chivaou-frusc ou frux, cheval-frou, cheval-fou, chevalet, chibalet, zamalzain, et à Molines-en-Queyras (Hautes-Alpes) cheval-jupon » (4). Cette dernière appellation est adoptée par l’auteur pour désigner le type 1°. Le bidocbe, qu’il a décrit précédemÂment, est une « machine en carton à grossière tête de cheval, couverte d’une pièce d’étoffe et ayant par derrière une longue queue de crins », que son cavaÂlier fait caracoler.
2° « La tète de cheval, naturelle ou artificielle (en bois, en carton, en étoffe, etc…), portée au bout d’une perche, le porteur étant caché sous un drap ou sous une étoffe, mais sans enjamber la perche ni contrefaire l’animal avec les jambes ».
3° « Le petit bâton muni d’une tête de cheval plus ou moins bien imitée, qui n’est plus de nos jours qu’un jouet d’enfant, mais qui, au moyen âge, servait aussi aux adultes dans certaines circonstances cérémonielles, du moins en Allemagne ; c’est le chevalet français, le Steckenpferd allemand ».
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(3) Paris, t. I, II!, 1947, pp. 902 et 903.
(4) Cependant, citant (Le Cheval-Jupon, p.13) Tivollier (Molines, Lyon, 1913, p. 161), A. Van Gennep écrit Chevaux-de-Jupon.
(p.99) 4° « Le cheval de bois, sur patins et formant balançoire ou sur roulettes, anciennement très grand (témoin le Cheval de Troie) et l’âne portant le Christ aux RaÂmeaux… ».
5° « Les chevaux processionnels monstrueux comme le Cheval Bajard en Belgique, le Poulain de Pézenas… ».
Cette classification avait déjà été proposée par le même folkloriste dans ses Notes comparatives.
Il me paraît souhaitable, pour éviter les confusions, d’ordonner plus logiquement cette classification et d’y introduire des intermédiaires. J’arrive ainsi à neuf types répartis en quatre catégories.
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I Le cheval sans cavalier
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1) La tête de cheval fixée sur un bâton dont le porÂteur est caché sous un drap (Marie-Loueth du Pays de Galles). (5)
On trouve en Wallonie, dans la Basse-Sambre, quelÂques parallèles à tête de bovidé, notamment la limodje de Fosses, qui ont été étudiés par Jules Vandereuse (6).
2) Le cheval évoqué par un bâti grossier, à mâchoire mobile, dans lequel se place un porteur dont le haut du corps est masqué (hobbv borses du Lincolnshire et, partiÂculièrement, celui de Burringham). (7)
Georges Dumézil décrit, pour la Bohème, un type proche mais plus réaliste, une klibna formée par un garÂçon qui porte une tète artificielle de cheval sur sa propre tête, s’enveloppe d’un drap et a souvent, fixé au dos, un arrière-train de cheval fait en bois et recouvert d’étoffe (8).
3) Le cheval figuré par une échelle garnie de cercles
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(5) Violet ALFORD, Sont Hobby Horses of Great Britain in Journal at the English Folk Dance and Song Society, vol.III, n° 4, London, decembcr 1939, p. 222.
(6) La « limodje » de la Basse-Sambre in Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, Liège, VI, 30e année, n°s 69/70, janv.-juin 1953, pp. 257/286.
(7) Violet ALFORD, op. cit., pp. 224/226.
(8) Le Problème des Centaures, Paris, 1929, pp. 18 et 19.
(p.100) de barrique et munie d’une tête à mâchoire articulée ; une housse ne laisse apparaître que les jambes des deux porÂteurs (le bidocbe de Romazy en Ille-et-Vilaine) (9).
Jules Vandereuse signale combien la structure de la hnnrodie de Presles-en-Hainaut (il s’agit d’un bovidé) ressemble à celle de ce bidocbe (10).
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II Le cheval chevauché par un on plusieurs mannequins
4) L’énorme bâti à tête de cheval, dans lequel se dissimulent plusieurs porteurs et qui est chevauché par deux mannequins (le Poulain de Pézenas-Hérauk, depuis le début du XVIIIe siècle). (11)
III Le cheval chevauché par im on plusieurs cavaliers
Le déguisement le plus naturel nécessite deux partiÂcipants au moins, l’un jouant le rôle de monture, l’autre celui de cavalier. Il est utilisé dans le théâtre antique et dans le théâtre japonais. Heinrich Ploss décrit une klibna tchèque à trois participants — deux formant la monture, le troisième étant le cavalier (12) ; Georges Dumézil, une klibna de Tabor à quatre participants (13). Aucun type de ce genre ne paraît avoir été relevé en Europe Occidentale.
5) Le petit cheval de bois, placé sur un socle à rouÂlettes et monté par un ou plusieurs cavaliers.
C’est, depuis longtemps, un jouet d’enfant (14).
La Wallonie en possède un exemple charivarique ; le cheval sur lequel prenaient place, jusque vers 1860, les
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(9) VAN GENNEP, Manuel, I, III, p. 901.
(10) Op. cit. pp. 271/272.
(11) J. BAUMEL, op. cit. pp. 27 et ss.
(12) Das KM in Brauch tmd Sitte der Volker, 3. Aufl., Leipzig, 1912, t. II, p. 338.
(13) Op. cit., p. 20.
(14) Un dessin montrant son utilisation par des adolescents dans un exercice i la quimaine se trouve dans le Romans du boin Roi Alixandre (Oxford, Bodleian Library, n° 264) écrit en dialecte picard et dont l’illustraÂtion par Jehan de Grise (ou de Guse) fut achevée en 1344. Ce dessin est reproduit par Joseph STRUTT, The Sports and Paslimes of !bs People of Enejatul, new édition by William HONE, Londres, 1830, p. 118.
(p.101) Durmenés de Cuesmes (15). A la même, époque et aux mêmes fins, on utilisait un baudet de bois à Jemappes (16).
Je ne crois pas devoir conserver le légendaire Cheval de Troie dans le type 4° de Van Gennep. Ni l’âne des Rameaux qui, lors de son apparition au Xe siècle en Occident, était un âne vivant, chevauché par un clerc ou par un enfant représentant le Christ. Pour des raisons de décence, cavalier et monture furent remplacés par un simulacre de bois ou de métal. On le retrouve sous cette forme, au XVe siècle, dans divers pays d’Europe OcciÂdentale (17). Dans tous les cas, il s’agit d’une représentaÂtion plastique du Christ sur un âne et non d’un déguiÂsement,
6) Le gigantesque Cheval Bayard, dont le bas du corps est dissimulé sous un caparaçon et qui, animé par de nombreux porteurs, est chevauché par les quatre fils Aymon.
On se gardera de suivre Jean Baumel lorsqu’il le range dans la catégorie des chevaux-jupon
(18) : le Cheval Bayard n’est pas mû par ses cavaliers.
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IV Le cheval animé par son cavalier
7) La tête de cheval sculptée au bout d’un petit bâton qu’enjambé le cavalier (chevalet).
Le pays flamand en offre deux exemples processionÂnels au moins : Ã Louvain en 1594 (19), Ã Anvers en
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(15) Jules VANDEREUSE, Une ancienne coutume judiciaire. La proÂmenade infamante sur un âne, in Le Folklore Brabançon, Bruxelles, 5e année, n” 29, avril 1926, p. 170.
(16) Ernest MATTHIEU, La promenade des Durmenés (à Jemappes) in Wallonia, 10e année, n° 4 et 5, avril/mai 1902, pp. 93/98.
(17) Cfr, notamment, Gustav GUGITZ, Das Jahr und seine Feste im Volksbrauch Oesterreichs, Wien 1949, t. I, p. 152. A Namur, en 1460, l’âne est vivant ; le Christ, représenté par un barbier (Jules BORGNET, op. cit. sous n° 28, p. 8).
(18) Op. cit., p. 78.
(19) Ed. VAN EVEN, L’Omgang de Lomain, Louvain – Bruxelles, 1863, pi. XIX.
(p.102) 1651 (20). Dans certaines régions de la Hollande, des adoÂlescents tirent l’oie, montés sur des stokpaarden (21). Il est encore utilisé en Autriche, lors des fêtes de fin d’anr.ée (22). Mais, en Wallonie comme en France, le chevalet paraît n’avoir jamais été qu’un jouet d’enfant.
8) La tête de cheval •— à partir de l’encolure — fixée sur une ceinture de bois entourant à demi la taille du cavaÂlier, sans housse ni habit (Bayard d’Esquièze – Sère, Hautes-Pyrénées). (23)
9) Le cheval-jupon.
Les types 5), 6) et 9) de ma classification sont repréÂsentés en Wallonie. Le plus fréquent est, de loin, le cheÂval-jupon dont je tenterai de donner une définition saÂtisfaisante pour cette aire de répartition.
En tant qu’accessoire de déguisement, le cheval-jupon traditionnel est une carcasse creuse, figurant la partie suÂpérieure du corps d’un petit cheval, percée, à l’emplaceÂment de la selle, d’une ouverture dans laquelle vient s’emboîter un cavalier dont les jambes sont masquées par une bande d’étoffe formant caparaçon. Très souvent harnaché, le cheval porte parfois deux jambes postiches qui paraissent être celles du cavalier.
En tant que type de déguisement, le cheval-jupon est l’être hybride que devient l’homme dès qu’il s’est emboîté dans l’accessoire décrit ci-dessus.
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Des chevaux-jupon galopent dans toutes les provinces wallonnes, mais c’est dans le pays de Namur, en Hainaut et dans le Brabant qu’ils sont attestés en premier lieu.
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(20) Lodewijk TORFS, Feestalbum van Antwerpen, Anvers, 1864, p. 37.
(21) Jos. SCHRIJNEN, Nederlandsche Volkskunde, Zulphcn, 2″ éd., 1930, t. I, p. 192.
(22) Eugrn FERHLE, Feste und Volksbraucbe im Jahreslauf europäischer Völker, Kassel, 1955, p. 61.
(23) Violet ALFORD, Pyrenean Festivals, London, 1937, p. 126.
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(p.103) Ils y apparaissent dans les processions figuratives. A Dinant [1540-1640 ( ?) (24)], à Binche [1592-1786 ( ?) (25)], à Ath [avant 1715-vers 1810 (26)], couraient un ou plusieurs chevaux d’osier. A Nivelles, le cheval-godet sort depuis 1637 (27), avec des éclipses, et les chevaux-godins de Namur (1571) (28), disparus vraisemblablement au XIXe siècle, ont resurgi en 1951 pour accompagner le Cheval Bayard enfin ressuscité. D’un type spécial, mais chevaux processionnels, eux aussi, les chinchins de Mons (1704) (29) aident toujours St-Georges à combattre le dragon.
Traditionnels également, mais beaucoup plus récents, des chevaux-jupon participent à la Fête des Pèlerins (30), aux confins des provinces de Brabant : Baisy-Thy ( ? – vers 1875) (31) et son hameau Tangissart [ ? – vers 1910 ( ?)], Gentinnes ( ?-vers 1912), Villers-la-Ville [(après 1918-1937) (32)] et de Namur : Ligny (vers 1887-1891), Tongrinne [1900-1946) (33)]. Ils animent la kermesse de Grand-Rosière-Hottomont
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(24) D. D. BROUWERS, Les Fêtes publiques à Dinant du XV” au XVIII* siècle, Namur, 1909, p. 33, note 1 et p. 136.
(25) Abbé Georges MALHERBE, La marche militaire de St Ursmer. im grande procession de Binche in Le Folklore Brabançon, Bruxelles, XXIIIe anÂnée, n« 130, juin 1951, pp. 178 à 180.
(26) C. J. BERTRAND, Histoire de la ville d’Alh, Mons, 1906, p. 336, note 1. Suivant Jules DEWERT (Histoire de la ville d’Ath, Renaix, s.d., p. 174), ils sont apparus sous le règne d’Albert et d’Isabelle. Mais leur existence parait être attestée en 1715 seulement à l’occasion de la confection d’un nouveau cheval. Henri DELCOURT (Histoire du corteiche de no Jacasse, Ath, s.d. [1901] mentionne encore les «baudets Dirick » en 1809.
(27) Paul COLLET, Les géants de Nivelles, in Nivelles, n° spécial du Folklore Brabançon, Bruxelles, juillet 1926, p. 191.
(28) Jules BORGNET, Recherches sur les anciennes fêtes namuroises, Bruxelles, 1854, p. 14. Confirmé par M. Félix ROUSSEAU.
(29) Paul HEUPGBN, Viéseries Montoises – Le Lumeçon – Documents, Mons, 1930, p. 6.
(30) Jules VANDEREUSE, in Fête des Pèlerins en Wallonie, in Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, Liège, VII, 33e année, n0 81/84, pp. 275/276 et 288/290.
(31) Le cheval-jupon a cependant continué à sortir jusqu’à la guerre de 1914-1918 (Communication de M. Ernest Rayez, à Baisy-Thy).
(32) D’après J. VANDEREUSE. Suivant mon informateur, le cheÂval sortait avant 1900. Le cheval se trouve toujours au local des « Pèlerins ».
(33) Le cheval a servi, depuis, à l’occasion de certaines fêtes (comÂmunication de M. Marcel Léonct, à Sombreffe).
(p.104) jusque vers 1910 (34), de Neerheylissem de 1918 à 1930 (35), de Opheylissem, il y a longtemps d’après la tradition (36), de Piétrain au début du siècle (37), de Hanret jusqu’en 1914 (38). Il en est de même à Hévillers vers 1920-1921 (39), à Mont-St-Guibert, vers 1920-1926 (40), à Dion-le-Mont jusqu’en 1930 (41). En Hainaut, sept ou huit tch’vaus godès, puis quatre, entourent la lumerodje de Presles [(seconde moitié du XIXe siècle jusqu’en 1890 envkon (42)]. A la même époque, des tch’faus godès participent parfois au carnaval d’Yves-Gomezée (43). Des guviaus d’osier bondissent, vers les années 1875-1890, au Saque-Ste-Magrite, fête paroissiale d’un quartier de Tournai (44). Dans le Condroz liégeois, enfin, à Nandrin, à Rotheux (45), à Vierset-Barse (46) et à Villers-aux-Tours (47), ils tiennent leur rôle dans les charivaris du début du siècle.
Vers la même époque, les petits chevaux apparaisÂsent, groupés ou non, dans diverses cavalcades carnavaÂlesques : à Monceau-sur-Sambre vers 1890-1895 (48), Ã
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(34) Paul COPPE et Armand HANET, Notes folkloriques de Crand-Rosière-Hotlomont in Le Folklore Brabançon, 19e année, nos 111/112, p. 226.
(35) Communication de M. Armand Pellegrin, Ã Opheylissem.
(36) Communication de M. Armand Pellegrin, Ã Opheylissem.
(37) Communication de M. Armand Pellegrin, Ã Opheylissem.
(38) E. GERARD, La province de Namur, Canton d’Eghesée et d’Ardenne, Namur, 1931, II, p. 44.
(39) Communication de M. José Pairet à Hévillers.
(40) Communication de M. José Pairet à Hévillers.
(41) Communication de M. José Pairet à Hévillers.
(42) Jules VANDEREUSE, La « limodje » dans la Basse-Sambre, loc. cit., pp. 274/275.
(43) Jules VANDEREUSE, Le carnaval à Yves-Gomezée, tiré-à -part du Folklore Brabançon, Bruxelles, 19e année, juin 1940, p. 6.
(44) BRUNEHAULT-WATTIEZ, El Saque Ste-Magrile, Tournai, 1892, pp. 27 et 35. M. Marcel Wattiez me signale que des chevaux d’osier sont sortis à Tournai comme ailleurs, dans les cortèges, mais qu’ils n’ont pas un caractère folklorique local.
(45) Communication de M. Fernand Evelcte, à Abée-Scry, qui a participé à ces charivaris.
(46) D’après une note de M. Charlet, de Huy, au Musée de la Vie \Y/allonne. Communication de M. Roger P1NON.
(47) D’après une note de M. Laurent Leintz au Musée de la Vie Wallonne. Communication de M. Roger PINON.
(48) Communication de M. Arillc Carlier, Ã Dampremy.
(p.105) Charleroi vers 1904 (49). Il s’agit souvent de sociétés étrangères à la ville. Un groupe de ce genre — la Cavalerie légère — fondé à Lesve en 1904, se produit entre autres à Namur, à Auvelais, à Fosse et disparaît avant 1912 (50). Depuis la Libération, les Grosses Têtes, groupe liégeois que l’on retrouve dans la plupart des défilés carnavalesques du pays utilisent des chevaux-jupon avec leurs géants. Il arÂrive encore que des petits chevaux participent à un carnaval véritable : à Binche, vers 1956, une dizaine d’entre eux « intriguent », le jour des Trouilles, c’est-à -dire le lundi qui précède le dimanche gras (51).
Dans quelques localités, enfin, des chevaux-jupon sont ressuscites pour ouvrir un cortège : à Opheylissem, où deux chevaux précèdent le cortège folklorique de 1930 (52), — ou bien créés pour accompagner des géants : quatre à Braine-le-Comte en 1930 (53), trois à Marchienne-Docherie en 1947 (54), onze à Arlon en 1951 (55), six à Basècles, la même année (56).
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Les plus anciens de ces chevaux-jupon et ceux qui se montrent actuellement dans les cortèges répondent à la définition que j’en ai donnée: ils appartiennent tous au type cheval de tournoi.
Premier attesté, le cheval-godin de Dînant est aussi celui dont on connaît le mieux l’aspect. Il est fait d’osier,
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(49) Communication de M. Ed. Flament, Ã Marchiennc-Dochcrie.
(50) Alexis COLLART, Quelques manifestations d’art populaire et de folklore dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, Namur, 1934, pp. 25 et 26.
(51) Communication de M. Samuel Glotz.
(52) Apparition sans lendemain. Les deux chevaux sont exposés chaque année dans le Musée Folklorique (communication de M. Armand Pellegrin, à Opheylissem).
(53) Les accessoires existaient encore en 1947 mais ils ne sortaient plus, vraisemblablement faute de cavaliers (communication de M. Robert Hiernaut, Ã Braine-le-Cornte).
(54) Jules VANDEREUSE, Les Géants en Carolorégie, in Bulletin de la Société Royale d’Archéologie et de Paléographie de Charleroi, n° 4, décembre 1956, p. 58.
(55) Communication de M. Paul Valenne, Ã Arlon.
(56) Communication de M. Maurice Matton, à Basècles.
(p.106) muni de sangles pour le porter, housse d’un linceu, harnaché et orné de sonnettes : huit douzaines en 1581/1582. Ses habits sont rouge et jaune en 1540. En 1582, son conÂducteur, armé d’un bâton, revêt un casakin de petit basin blanc et bleu, couleurs du prince-évêque Ernest de BaÂvière qui fait sa Joyeuse-Entrée (57).
Tout ce que je sais du cheval-godin de Namur, c’est qu’il est, en 1575, armé d’un bâton de cuir empli de poils (58).
Le cheval de Binche est tressé d’osières, accommodé de toile peinte et de freiicbes, pourvu de sonnettes : douze en 1637. Son cavalier endosse une casaque en 1696 (59).
C’est pour Nivelles que l’on dispose des représentaÂtions graphiques les plus anciennes. Un dessin anonyme, que Binet croit pouvoir dater de la seconde moitié du XVIIIe siècle (60), montre un petit cheval housse jusqu’au sol, sans jambes postiches. Une fonte à pistolet garnit l’arçon. Le cavalier porte le bonnet orné d’une flamme, la veste à brandebourgs et la pelisse des hussards (les cavaliers de parade qui escortèrent la procession sur tout le parcours après que les serments eurent cessé de l’acÂcompagner étaient des hussards également). Sa main gauche laisse pendre une bâte — petit bâton auquel est attaché une lanière — ou un court fléau (61). De la droite, il ramène la bride. Une enseigne du XVTII6 siècle qui, avant 1940, était encastrée dans la façade de l’immeuble sis 21,
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(57) D.D. BROUWERS, Les Fêtes publiques…, pp. 33, 152 et 153.
(58) Jules BORGNET, Recherches…, p. 14, note 4.
(59) Abbé Georges MALHERBE, op. cit., p. 179.
(60) Hyacinthe BINET, Notice historique sur l’ancienne procession de Ste Gertrude à Nivelles, Nivelles, 1894, p. 30. Le dessin est reproduit en tète de la Notice.
(61) Le sot du sairmint de Braine-l’Alleud était dans la première moitié du XIXe siècle, pareillement armé d’un fléau, longue bourse de cuir de forme cylindrique bourrée de son et attachée à l’extrémité d’un bâton (Abbé M. C. RENARD, L’Argayon, èl géant d’ Nivelles, Bruxelles, 1893, pp. 114 et 115).
(p.107) rue de Mons, propose un cheval-godet à la housse beauÂcoup plus courte (62).
Vers 1890, le godet est construit en bois. A son col, tintent deux énormes grelots. Sa chabraque est d’étoffe bleue et rouge brodée d’or. Sa housse, brune et bordée d’une frange multicolore. Vêtu d’une vareuse rouge à boutons dorés, à poches et col d’astrakan, coiffé d’un casque d’or panaché de noir, le cavalier est armé d’un fouet (63). Quand on le reconstruit en 1929, ce n’est pas l’enseigne dont j’ai parlé qui sert de modèle, mais le cheval d’avant 1914. Détruit en 1940, reconstitué en 1950, le godet est gainé d’une peau de poulain, recouvert d’une housse verte. Ses bottes postiches ont disparu, son cavaÂlier est toujours vêtu de rouge, coiffé d’un bonnet carré rouge également. Mais à Lille, en 1956, il porte chemise :\ damiers et casquette.
Je ne possède aucune indication sur l’aspect des chevaux Diricq athois.
Par contre, l’évolution des chinchins, d’osier eux aussi, est relativement bien connue depuis la fin du XVIIIe siècle. On dispose d’une iconographie abondante sinon fidèle, depuis l’aquarelle attribuée à Philibert Del-motte et datée circa 1795 jusqu’à l’estampe que feu Henri Léonard a dessinée en 1928. On retiendra surtout celle qui montre le combat au début du XIXe siècle et que Blocquel, de Lille, a publiée bien plus tard, après avoir modernisé les vêtements de la plupart des personnages. Les chinchins n’y ont guère une tête de cheval. La housse réduite à une bande, les jambes dissimulées jusqu’aux genoux par un tablier, vêtus d’une tunique jaune, les caÂvaliers brandissent une vessie. Félix Hachez décrit d’ailÂleurs encore les « quatre hommes travestis en chiens,
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(62) Voir sa description dans le Guide du Visiteur du Musée de la Vie Wallonne, 1958, p. 246.
(63) A. DESROUSSEAUX, Les géants de Nivelles, in Moniteur de et du Travail du 1/15 septembre 1890.
(p.108) portant à la ceinture un corps de bouledogue » (64). Cependant, une litho anonyme, datée de 1846, dont Schoonjans s’est inspiré pour sa gravure non datée impriÂmée chez Viseur, montre bien des chevaux. C’est vraisemÂblablement dans la litho de Legrand, datée de 1854 et figuÂrant au titre de la partition d’Antoine Clesse, qu’apparaît le tissu écossais des blouses et des housses, tissu dont certains prétendent l’emploi beaucoup plus ancien, ce que Paul Heupgen lui-même paraît disposé à admettre tout en s’interrogeant au sujet d’une « livrance de calmande » en 1733 (65). Mais la calmande était une étoffe rayée ou semée de fleurs et on l’utilisait aussi pour vêtir le dragon. Une litho de Schoonjans, de 1875, montre un chinchin portant une véritable crinoline, tandis que le cavalier est coiffé d’un sombrero orné de deux piquets de plumes rouges. Jusqu’à quel point cette représentation est-elle fidèle ?
Les chinchîns actuels, aux formes lourdes, au mufle de veau — curieuse déformation due probablement, me suggère M. Léopold Avaert, à la maladresse des réfection-neurs du siècle dernier — sont gainés de peau de veau et housses d’écossais ; un collier de grelots leur enserre le col. Les cavaliers portent une vaste blouse, en tissu écosÂsais également, et un large chapeau noir bordé de rouge, orné d’un flot de rubans.
Je n’ai que de maigres indications en ce qui concerne la plupart des chevaux traditionnels animant les ducasses de ia Hesbaye brabançonne et namuroise. Celui de Ton-grinne, que décrit Jules Vandereuse (66), est fait d’un cheval de tourniquet, amputé des pattes et du corps, housse de cretonne rouge. Son cavalier porte un pantalon et un veston blanc et rouge, il se coiffe d’une perruque blanche. A Ligny, suivant un témoin oculaire, il était, en 1891, de couleur rouge-brun et muni de grelots, il avait « une espèce
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(64) La procession et le Lumeçon de St Georges et du dragon in La Belgique Communale, Bruxelles, 1848, col. 627.
(65) Op. cit., p. 32.
(66) La Fête des Pèlerins…, p. 290.
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(p.109) de robe bordée » (67). Celui de Villers-la-Ville présente un aspect particulièrement archaïque. Il est constitué par une ceinture plate, en bois, munie à l’avant d’une tête, à l’arrière d’une touffe de crins figurant la queue. SommaiÂrement taillées, garnies d’une crinière, l’encolure et la tête sont peintes en brun et semées de points blancs, les yeux étant indiqués par une tache épaisse de couleur noire. Les deux bouts de la ficelle qui a fait office de bride penÂdent à deux petits anneaux de fer galvanisé, fixés de chaque côté de la bouche. L’appareil est muni de deux larges sangles se croisant sur le torse du porteur. Ayant passé plus de vingt ans dans un grenier, le cheval est en piteux état, le cadre est vermoulu et les crins, mangés des vers (68). Ce cheval n’a donc pas de jupe. Lors de son
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(67) Communication de M. Emile Renard à Ligny.
(68) Le cheval sera prochainement remis en état, aussi importait-il de le décrire minutieusement. Il devait sortir cette année, me dit M. Jules Duval de Villers-la-Ville, qui en a la garde et me l’a complaisamment montré, mais la Fête des Pèlerins n’a pas eu lieu. Un nouveau comité est en formation.
(p.110) utilisation, le cadre circulaire est recouvert par la blouse noire, galonnée de blanc, de celui qui l’anime ; blouse semblable à celle des pèlerins mais portée sans ceinture. Le porteur revêt, comme ceux-ci, un pantalon blanc. Il se coiffait, écrit Jules Vandereuse, d’un bicorne en drap galonné (69). Suivant mon informateur, pèlerin lui-même, d’un chapeau noir avec ruban blanc.
A Grand-Rosière-Hottomont, le cavalier était « vêtu de longues jupes qui se terminaient par une monture en forme de cheval miniature, portant sur le dos des jambes humaines postiches » (70).
Construit vers 1925 par son porteur, le tchfau godè/in de Dion-le-Mont se composait d’un bâti en tiges de fer, pourvu d’une queue et d’une tête en bois (sculptée par un menuisier) dont l’encolure se terminant en biseau était vissée sur une tige partant de la carcasse. Deux petits disques de cuivre animaient les yeux, sur lesquels retomÂbaient des chiennes venant de la crinière. Il portait mors, bride et un tour de huit grelots. La housse bariolée avait été taillée dans les rideaux d’un lit d’enfant. Le cavalier était vêtu de la même étoffe, « en carnaval » et tenait en main un petit fouet ou une baguette. Comme il a servi dans la cavalerie, il a porté à diverses reprises, pour faire le cheval, ses guêtres et ses éperons qui furent abandonnés en raison du danger qu’ils présentaient (71).
Les dj’vâs godins qui participaient aux charivaris du Condroz étaient parfois, comme à Nandrin, de carton (72). A Vierset-Barse, par contre, l’animal était plus primitif. On prenait une banse dont la tête figurait celle du cheval, on couvrait le tout de draperies, puis on harnachait le cheval sans oublier les grelots. Le fond du berceau étant percé, un homme s’y instalkit qui le manÅ“uvrait en s’aiÂdant des anses (73).
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(69) La Fête des Pèlerins, p. 288.
(70) Paul COPPE et Armand HANET, op. cit., p, 226.
(71) Informations recueillies auprès de M. Joseph Léonard, à Dion-le-Mont, ancien cheval-jupon de cette localité.
(72) Communication de M. Fernancl Evclcte, à Abéc-Scry.
(74) Communication de M. Charlct, à Huy, au Musée de la Vie WalÂlonne. Transmis par M. Roger P1NON.
(p.111) Quant aux chevaux des groupes carnavalesques, ils sont fréquemment de série, achetés ou loués chez des marchands d’accessoires de cotillon. La société de Lesve dont j’ai parlé ne comprenait pas moins de 62 lanciers ou musiciens vêtus de velours et chevauchant des petits cheÂvaux à la jupe de flanelle rouge (74). Avec leurs oreilles de caoutchouc mousse, leur carcasse de carton fatigué, leur housse en dssu rayé ou écossais, leur cavalier coiffé d’une têtière grotesque, les chevaux des Grosses Têtes sont, par contre, plutôt débraillés.
Tendant à la reconstitution historique, les chevaux-jupon qui, avant 1940, accompagnaient les géants de Braine-le-Comte étaient des soldats en « costume d’époÂque » et un fou. Tandis qu’à Marchienne-Docherie, où ils vont trois de front devant le cortège, les deux extéÂrieurs — des pommelés — sont montés par des gendarmes en bonnet à poil, celui du centre — un agasse, c’est-à -dire un cheval pie — par un vî du timps passé en casquette et en sarrau. Les jupes de satin, tombant jusqu’aux chevilles, composent à elles trois les couleurs belges. En d’autres cirÂconstances, le trio est composé de trois vis (75).
Les chevaux d’acier qui constituent l’escorte du ‘Hèlléchsman d’Arlon sont gouvernés par des jockeys masqués d’un bout de tissu qui fait penser à la gordene des Heures d’Eben-Emael, tandis que des gendarmes de guiÂgnol, en blouse et bicorne, montent ceux de Basècles, que conduit leur chef Nazareth sur Taras Boulba.
Le corps des chevaux urbains a été longtemps d’osier, plus rarement de bois, gainé de peau ou tendu de toile peinte. Les chevaux ruraux paraissent avoir été souvent construits en bois, par le menuisier du village — voire par leur porteur, — l’équipement étant généralement bricolé par celui-ci. Le déguisement de fortune fait d’un berceau semble être l’exception. Plus récemment, on a utilisé le carton, les lattes de bois [Opheylissem en 1930 (76)], les
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(74) Alexis COI.LART, loc. cit.
(75) Communication de M. Ed. Flamcnt à Marchienne-Docherie.
(76) Communication de M. A, Pcllcgrin à Opheylissem.
(p.112) tiges de fer (Dion-le-Mont), les tubes d’acier recouveits de fils de fer galvanisé, de treillis et de jute destinés à soutenir la housse sans la déformer [Arlon (77)]. La tête est sculptée ou moulée [Dînant, Marchienne-Docherie (78)]. Les chevaux traditionnels ont queue et crinière et sont plus ou moins bien harnachés. Ils sont souvent munis de grelots. La housse, fréquemment de couleur rouge, atteint de préférence les chevilles du cavalier. Dans les processions et les cortèges, celui-ci revêt fréquemment l’uniforme. Anciennement, il était armé d’une arme pour rire : bâton empli de poils, sabre de bois, fouet, vessie… Il l’est encore parfois, mais rarement. Il ne peut d’ailleurs y avoir d’accessoires que si le cheval est pourvu d’un soliÂde système d’attache : des sangles se croisant sur le torse du porteur. Sinon, celui-ci doit soutenir des deux mains l’avant-corps de sa monture pour éviter tout risque de chute. De plus, la tète ne peut être ni grande ni lourde, sous peine de rompre l’équilibre de l’appareil et de réduire grandement les possibilités de manÅ“uvre.
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Dans diverses processions figuratives des anciens Pays-Bas, à Lierre dès 1513 (79), à Namur dès 1571, à Binche dès 1592, à Termonde au XVIe siècle (80), à NiÂvelles dès 1637, à Malines dès 1648 (81), à Ypres vers 1685 (82), à Ath avant 1715, des chevaux-jupon isolés ou en peut groupe assurent une mission de police. Comme les diables de la procession de St Brice à Tournai dès 1400
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(77) Communication de M. Paul Valennc, Ã Arlon, constructeur tic ces chevaux.
(78) M. Ed. Flament qui a construit ces chevaux, a fait mouler les têtes d’après la photo d’un cheval du roi Albert, en réaction contre l’imÂpression désagréable qu’il garde de la tête informe de chevaux-jupon qu’il a vus à Charleroi vers 1904.
(79) Antoon BERGMANN, Gescbiedmis der stad Lier, Lierre, 1873, pp. 143/145.
(80) Juul VAN LANTSCHOOT, De ommegang van Dendermonde door de eeuwen heen, Termonde, 1930, p. 28.
(81) Kan. van CASTER, Eenige aanteekenilngen over de oorsprong en de gescbiedenis der ommegangen te Mecbelen, Malines 1889, p. 45.
(82) Alphonse vanden PEEREBOOM, Ypriana-Notices sur Ypres, V, Tuindag et Notre-Dame de Tuine, Bruges, 1881, p. 308.
(p.113) (83) et les hommes sauvages de la procession de Fosse avant 1735 (84), comme les sapeurs de nos marches miliÂtaires et nos courriers de carnaval, ils ouvrent la voie. Mais, en même temps, ces chevaux-jupon s’emploient à divertir la galerie par leurs manÅ“uvres nerveuses, leurs virevoltes élégantes, les légères brimades qu’ils infligent aux spectaÂteurs. Ce double office, ils le remplissent généralement auprès des géants [à Fumes, dès 1601, le rôle est tenu par un cnaptant (85)] ou des monstres d’osier (à Lierre, à Malines, à Termonde, ils accompagnent le Cheval Bayard).
En Wallonie, on ne connaît que pour deux villes la place du cheval-jupon dans l’ordonnance de la procession. A Nivelles, au XVIIIe siècle au moins, le cheval-godet escorte l’Argayon et sa famille. A Mons, dès la même époque, les chinchins protègent la marche du dragon. Le fait qu’au siècle précédent, les chevaux-godins namu-rois trottent en serre-file sur les flancs de la compagnie de la jeunesse lors de ses sorties en ville (86) permet de supposer qu’ils l’accompagnent également à la procession. Quant au cheval de Binche, il est là « pour servir de réÂcréation ». L’abbé G. Malherbe écrit qu’il est possible, sinon probable, que ce cheval d’osier évoluait en avant et sur les côtés de la procession. Mais pourquoi ajouter que son rôle semble s’apparenter à celui du « fol » dans le mystère de la Passion (87) ? Il est plus vraisemblable que, à Binche comme ailleurs, le cheval refoulait les spectateurs tout en les amusant.
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(83) E. J. SOIL de MORIALME, L’église St-Brice à Tournai, in AnÂnales de la Société historique et archéologique de Tournai, Tournai, nouv. sér. f. XIII (1908), p. 497.
(84) Jules BORGNET, Cartulaire de la commune de Fosses, Namur, 1867, pp. 316/317.
(85) H. VANDEVELDE, Geschiedenis der Veurnscbe Processie, Fumes, 1855, p. 24. Il y a des knaptanden à Termonde également. Ce sont de grosses tètes de loup, à mâchoire articulée, dont se coiffe un porteur caché sous une housse. Un ressort actionné par une ficelle lui permet de mouvoir cette mâchoire et d’en menacer les spectateurs. C’est à tort que J. BAUMEL (op. cit., p. 78) fait de ces knaptanden de « véritables chevaux-jupon ».
(86) Félix ROUSSEAU, Légendes et Coutumes du Pays de Namur, Bruxelles, 1920, p. 51.
(87) Abbé G. MALHERBE, op. cit., p. 180.
(p.114) Le cheval-godin de Dinant pourrait avoir fait partie du groupe des danseurs à l’épée. Il est mentionné, en même temps que ccxix-ci, leur fol et leur tambourin, dans les comptes communaux pour 1561/1562 (88) et, avec les danseurs seuls, dans ceux pour 1564/1565 (89). En 1614 encore, il accompagne les danseurs à Pépée et ceux qui exécutent la danse macabrée (90). Un dépouillement systéÂmatique des comptes de la ville aux XVIe et XVIIe siècles permettrait sans doute de trancher la question.
La présence d’un cheval-jupon parmi les danseurs à l’épée n’aurait rien d’anormal. Le hobby horse anglais est lié à la danse des épées et surtout à la Morris dont il est, avec l’homme travesti en femme et le fou, un des personÂnages caractéristiques (91). On remarquera cependant que la danse à . l’épée de Dinant n’a, à l’époque où elle est attestée, rien d’une danse rituelle saisonnière. D’autre part, des chevaux-jupon combattent les Turcs dès 1424 dans les ballets guerriers de la procession du Corpus Christi à Barcelone (92) et Miss Violet Alford les a encore vus récemment, à Berga, choquant les cimeterres et les bouÂcliers (93). Mais, dans ces derniers cas, il s’agit de chevaux en groupe, de combats simulés et non de la danse en chaîne, à figures successives strictement ordonnées, pratiquée dans nos provinces. Certes, le cheval-godin de Dinant est construit et entretenu aux frais de la communauté. Son constructeur ne peut « l’aliéner hors de la ville » (94). Cela ne s’oppose pas à ce qu’il ait fait partie du groupe des danseurs à l’épée puisque, en 1617-1618, la ville paie,
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(88) D. D. BROUWERS, Les Fêtes publiques…, p. HO.
(89) D. D. BROUWERS, Cartulaire de. la Commune de Dinant, t. Vlll, Namur, 1908, p. 96.
(90) D.D. BROUWERS, Les Fêtes publiques…, p. 33.
(91) Violet ALFORD, The Singing of the Travels, Londres, 1956, p. 143. – Le hobby horse apparaissait avec les danseurs à l’épée dans le jeu de Revesby, Lincolnshire. Actuellement, toutes les équipes de danseurs à l’épée qui sont recréées (en Angleterre) comprennent un hobby horse mais personÂne ne sait sur quelles autorités elles se fondent. (Communication de Miss Alford).
(92) Joan AMADES i GELATS, Costumari Català , Barcelone, 111, P. 15.
(93) Ihe Singing of the travels, p. 65.
(94) D. D. BROUWERS, Les Fêtes publiques…, p. 136.
(p.115) et réserve pour son service, leurs hauts et bas-de-chausses (95). On objectera cependant qu’aucun des auteurs qui ont parlé de la danse à l’épée dans nos principautés n’y a relevé la participation d’un cheval-jupon. Il est possible, enfin, que le cheval-gotlin de Dinant n’ait assuré qu’une mission semblable à celle du Fasserrössl de Bozen (Tyrol), qui couvrait les flancs du groupe exécutant la Bindertanz (96).
Jules Vandereuse nous renseigne sur le comporteÂment des chevaux traditionnels qui participaient à la Fête des Pèlerins et, avec eux, assistaient parfois à la messe (Baisy-Thy et Tangissart) : ils précèdent les frères ou caraÂcolent autour du petit cortège. A Villers-la-Ville, par exemple, le cheval-godet trotte derrière le porte-drapeau. A Gentinnes, il sollicite le public. A Tangissart, à Baisy-Thy, à Tongrinne, il poursuit en ruant les femmes et les enfants qui l’approchent. Fait particulier : dans cette derÂnière localité, les frères se rangent en cercle autour de lui, avant la quête, pour exécuter leur première danse — qui n’est pas une danse rituelle (97). A Villers-la-Ville, par contre, il élargit le cercle autour des danseurs.
Sauf dans ce village, le cheval-jupon n’appartient pas à la confrérie. Il « accompagne », comme les musiÂciens — comme parfois les capitaines de jeunesse. Sa préÂsence ajoute au cortège une touche plaisante et fantaiÂsiste ; elle n’est jamais indispensable.
Sur les trente et une fêtes de pèlerins qu’a recensées Jules Vandereuse, six seulement (Villers-la-Ville, GentinÂnes, Ligny, Tangissart, Baisy-Thy et Tongrinne) ont — ou ont eu — un cheval-jupon. S’il disparaît à Ligny, après 1891 et même avant que cesse la sortie des frères, à Baisy-Thy, par contre, il lui survit de 1876 à 1914. Lorsqu’un incendie le détruit à Gentinnes, les pèlerins s’en passent pendant une dizaine d’années avant de recourir à celui
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(95) D. D. BROUWERS, Cartulaire…, VIII, p. 104.
(96) Anton DÖRRER, Tiroler Fastnacbt, Vienne, 1949, pp. 372 et 447.
(97) La Fê!e des Pèlerins, loc. cit.
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(p.116) d’Hévillers. A Villers-la-Ville, après 1937, le cheval est remisé dans un grenier. A Tongrinne, il n’accompagne plus lesjrères depuis 1946 et ne sort plus que rarement.
En réalité, dans certains villages sis aux confins des provinces de Brabant, de Hainaut et de Namur, le cheval-jupon est surtout un animateur de la ducasse. A Baisy-Thy, le dimanche de la fête, alors que la fanfare communale ramène les fidèles de la messe, il caracole devant les musiÂciens, va et vient le long de la foule tout en se livrant à des exercices extravagants (98). A Ligny, au bal champêtre, il repousse les spectateurs et cabriole dans la foule en henÂnissant et en faisant sonner ses grelots (99). A Hanret, appointé par les capitaines de jeunesse, il conduit les jeunes couples sur la place, à la sortie de la messe et des vêpres (100). A Piétrain, à Opheylissem, à Neerheylissem, le lundi de la kermesse, il précède les cavaliers gagnant en cortège le champ de courses (101).
Cet animateur doit surtout son succès à son esprit facétieux, à son agilité, voire à une particularité physique. Vers 1921, le cheval d’Hévillers est éclipsé par celui de Mont-St-Guibert, un nommé Delvaux, dont la langue est démesurément longue (on m’assure qu’elle lui atteiÂgnait le lobe de l’oreille) et qui lèche tous ceux qui passent à sa portée (102). Suivant un autre informateur, ce cheval-jupon se rendait aussi à la kermesse de Villeroux et y pourÂchassait, en laissant pendre la langue et en poussant des cris inarticulés, les gamins qui venaient l’agacer (103).
La fonction essentielle de ces chevaux semble bien être de divertir, parfois en effrayant. Certes, m’a confié M. Joseph Léonard, cheval-jupon de Dion-le-Mont de 1925 à 1930, quand il y a cortège le cheval doit toujours se trouver tout en avant, même devant les gendarmes.
(98) Communication de M. Ernest Rayez, Ã Baisy-Thy.
(99) Communication de M. Emile Renard, Ã Ligny.
(100) E. GERARD, lot. cit.
(101) Communication de M. A. Pellegrin, à Opheylissem. Ces chevaux précèdent également la fanfare ouvrant le cortège du carnaval.
(102) Communication de M. José Pairct, à Hévillers.
(103) Communication de M. Mouteau, Ã Chastrcs-Villeroux.
(p.117) Mais les cortèges sont rares et on déploie surtout ses talents à la fête du village ou des villages voisins, lors d’un bal populaire ou même d’une fancy-fair. L’essentiel est de faire des blagues, de provoquer les rires, de se monÂtrer guezèle (effronté) : gambader autour des jeunesses qui dansent sur la place, bondir dans une maison par une feÂnêtre ouverte, se placer dans le travail du maréchal-ferrant qui, se prêtant au jeu, fait mine de ferrer le cheval récalÂcitrant. Le fin du fin, pour notre homme était de « bascuÂler » la monture, de façon qu’elle baisse la tête et relève la croupe, et, tout en sautillant, de lâcher, au visage d’un spectateur, un pet aussi sonore que factice.
Le cheval-godin de Neerheylissem avait une mission spéciale : assurer la police lors des tirs à l’arc (104). Je n’en ai pas trouvé d’autre exemple en Wallonie, mais à Léau, en Brabant flamand, le cheval-jupon de la gilde des archers était chargé d’annoncer les réunions (105).
Dans le Condroz liégeois, on l’a vu, les chevaux-juÂpon ont tenu leur partie dans les charivaris. A Vierset-Barse, on cwernéve avou li dj’vâ godin, autour duquel la foule s’assemblait avant qu’il soit chassé à coups de fouet (106). Comme à Villers-aux-Tours, il semble y avoir représenté le cocu charivarisé. A Nandrin, Rotheux et dans les localiÂtés avoisinantes, le plus leste des charivariseurs parcourait tout le village, emboîté dans un cheval de carton (107).
Enfin, dans nos cortèges, et surtout dans les défilés carnavalesques, les petits chevaux s’attachent surtout à divertir le public. Deux exemples suffiront. Ceux des Grosses Têtes de Liège, véritablement déchaînés, assaillent les femmes et les filles à coup de tête et de croupe, tandis
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(104) Recueilli sur place par M. Elisée Legros.
(105) Renseignement fourni par M. J. Verbessclt, conservateur de la section de folklore aux Musées du Cinquantenaire, Bruxelles. M. J. Peeters, à Léau, m’a précisé que le cheval-jupon précédait la gilde lors de ses sorties et que, depuis plusieurs dizaines d’années, il est remplacé par un tambour. — Voir cependant la Noie tardive ci-après.
(106) D’après une note de M. Charlet, de Huy, au Musée de la Vie Wallonne, transmise par M. Roger PINON.
(107) Communication de M. Fernand Evelete à Abée-Scry.
(p.118) qu’à Marchienne-Docherie, ils abandonnent souvent des maisons, les spectateurs qui se tiennent suc le pas de leur porte (108).
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Arnold Van Gennep adopte la théorie dite chevaleÂresque pour expliquer l’apparition des « groupes paradeurs de chevaux » du midi de la France. Il n’y voit que des parodies populaire: des divei tissements nobles. C’est par la parodie également qu’il explique la présence du personnage à cheval dans les représentations organisées des Anglais et des Basques. Enfin, s’il affirme que le cheval-jupon a été inventé par les roturiers des campagnes et des villes, le folkloriste français signale aussi l’hypothèse d’une invention de cour ou tout au moins urbaine riche qui s’opposerait à « l’origine roturière probable de ce type de déguisement » (109).
Dans le Manuel, l’opinion de Van Gennep est moins nuancée : « l’hypothèse la plus sage consiste à supposer que, par le cheval-jupon, le peuple a voulu parodier les chevaux caparaçonnés des tournois et les chevaliers bran-disseurs de lances, habiles à faire évoluer leurs montures ; et ceci, indépendamment, à divers moments du moyen âge finissant et de la Renaissance, en divers pays à civiÂlisation féodale en dégénérescence » (110).
Les chevaux-jupon imitent les destriers. Mais s’agit-il vraiment d’une parodie, d’une contrefaçon railleuse ridiÂculisant le modèle, d’une caricature accentuant, de propos délibéré, les aspects humoristiques ou déplaisants du sujet ?
« Les chevaliers du Quesnoy », écrit encore Van Gennep, « ont visiblement raillé les chevauchées de leurs compatriotes nobles et bourgeois, l’auteur ancien qui en parle laisse même percer son déplaisir de cette ironie » (111). D. J. Van der Ven oppose un texte de Lefèvre de
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(108) Communication de M, Ed. Flament, Ã Marchienne-Docherie.
(109) Le Cheval-Jupon, pp. 37/41.
(110) T. I, 111, p. 907.
(111) Le Cheval-Jupon, p. 41.
(p.119) Saint-Remy dont il ressort qu’au XVe siècle, on ne trouvait nullement déplacée mais « belle chose à voir » la représentation de gentishommes « sur chevaux d’artifice saillans et poursaillans » (112), Mais, il s’agit peut-être ici d’un spectacle de théâtre. Cependant, il y eut une représentaÂtion de tournoi sur petits chevaux portatifs : à Arras, en 1470 et à l’entrée de Marguerite d’York (113). Il me semble improbable que l’on ait inscrit au programme de cette fête une parodie blessante pour la noblesse. Rien ne s’opÂpose, par contre, à ce qu’une imitation de tournoi ait servi d’intermède comique dans des fêtes seigneuriales ou princières. Si l’imitation était verveuse, elle amusait les spectaÂteurs. Si, au contraire, le grotesque la caractérisait, le ridiÂcule involontaire en rejaillissait sur les acteurs. Le jeu de la quintaine n’a-t-il pas été donné, par ordre, du XIV” au XVIe siècle ?
Ne perd-on pas trop de vue que les chevaux-jupon ont été utilisés, très tôt, dans les entremets ?
Au festin du VÅ“u du Paon, offert par Gaston, comte de Foix, au roi Charles VII, en 1458, le quatrième entreÂmets présente « un très habile escuyer qui sembloit être à cheval et avoit de fausses jambes par dehors, et estoient son cheval et lui gentiment vestus et houssiés » (114). Le cheval-jupon est toujours en faveur dans les divertisÂsements de la cour au XVIe siècle. Lors du mariage de Marie Stuart avec François de Valois, paraissent au cours du bal douze « chevaux artificiels » sur lesquels sont montés divers princes (115). 11 reste un accessoire de ballet jusqu’au début du XIXe siècle. C’est d’ailleurs la preÂmière comparaison qui vient à l’esp:it du chroniqueur du Mercure de Paris lorsque, en 1721, il décrit le chevalet de
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(112) Hel Carnavalsbeek van Nederland, Heerlen, s.d. (1950), pp. 194/195.
(113) Anonyme (QUENSON), Le géant de Douai et sa procession in La Belgique Communale, Bruxelles, t. 11, 1848, col. 520, note 4.
(114) EDELESTAND du MER1L, Histoire de la Comédie, Paris, 1864, t. 1, p. 422, note 5.
(115) Frédéric BERNARD, Les fêtes célèbres de l’antiquité, du moyen-âge et des temps modernes, Paris, 1878, p. 173.
(p.120) Montpellier, « semblable à ceux qu’on introduit parfois dans les ballets » (116).
Faute de dates d’émergence, il m’est impossible de déterminer si le cheval-jupon français du type chevaleÂresque est apparu d’abord dans une procession, dans un entremets courtois ou dans un jeu populaire. Me limitant aux régions limitrophes de la Belgique, je rappellerai que les compagnies de la jeunesse du Nord de la France l’utiÂlisent dès 1548 (117). qu’à la fin du XVIe siècle, la danse sur les petits chevaux de toile peinte constitue un des passe-temps de la jeunesse normande (118), que, dès le XVIIIe siècle au plus tard, les sots des corporations de Cambrai et de Douai se travestissent en chevaux-jupon pour faire la police de la procession (119).
Je n’ai relevé, pour les autres régions voisines de la Belgique, aucune notation antérieure au XIXe siècle. Je n’ai trouvé, en Wallonie, ni tournoi ni entremets utilisant des chevaux-jupon. La seule attestation que je connaisse de leur emploi dans le théâtre belge est tardive et concerne la Flandre : à Lichtervelde, en 1777, les Vreedzame Reizers louent, à la chambre de rhétorique de Wervicq, des « cheÂvaux de bois » (120) qui ne peuvent être que des chevaux-jupon. Tous les témoignages anciens sont, en Wallonie comme en Flandre, relatifs à des chevaux processionnels, avec la réserve signalée pour Dinant.
Ces chevaux-jupon nous seraient-ils venus du Nord français ? Les nôtres sont attestés beaucoup plus tôt, D’Espagne comme on l’a souvent prétendu pour les géants ? Presque tous les chevaux processionnels espa-
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(116) Victor FOURNEL, Les rues du vieux Paris, Paris, 1879, pp. 64 et 65.
(117) mme CLEMENT-HEMERY. Histoire des Fêles Civiles et ReliÂgieuses du Département du Nord, Cambrai, 1836, I. p. 110.
(118) Charles de BOURGUEVILLE, Les recherches et antiquitéz de la province de Neustrie et plus spécialement de la Ville et Université de Caen, Caen, 1588, t. II, p. 79, extrait reproduit dans La Normandie vue par les écrivains et les artistes, Paris, 1929, p. 240.
(119) QUENSON, hc. cit.
(120) Edmond VANDER STRAETEN, Le théâtre villageois m Flandre, 2e éd., Bruxelles, 1881, t. II, p. 134.
(p.121) gnols figurent en groupe dans des ballets guerriers, alors que les premiers chevaux wallons connus sortent seuls et, sauf à Dinant peut-être, se bornent à imiter plaisamment les allures du cavalier.
S’il est fort vraisemblable que les chevaux-jupon du type chevaleresque soient nés des tournois, s’il est très plausible que des nobles se soient amusés à voir les vilains imiter les jeux de la noblesse, il n’est nullement démontré que les chevaux-jupon aient été inventés par les roturiers es villes et encore moins des campagnes. Au contraire, les premiers témoignages concernent des faits urbains et, si l’absence d’attestation relative à des faits ruraux anciens n’implique nullement qu’ils n’aient pas existé, la plus grande prudence s’impose à leur sujet.
* *
Le nom cheval-godin est mentionné pour la première fois à Dinant en 1540, à Namur en 1571. Cheval-godet, parÂfois réduit à godet (17’85), se trouve à Nivelles depuis 1637. Historiquement, leur dispersion sous l’ancien régime se limite à ces trois villes. Les autres petits chevaux sont un cheval d’osier à Binche, à partir de 1592 ; des chinchins à Mon s, à partir de 1704 (cheval d’osier y désignant à ce moÂment l’accessoire et non le personnage) ; des chevaux Diricq (plus tard des baudets Diricq), à Ath depuis 1715.
Depuis le XIXe siècle, diverses formes dialectales de cheval-godin et de sa variante cheval-godet ont été relevées dans le Namurois, dans le Brabant wallon, dans le Hainaut (121) et dans le Condroz liégeois. Certaines d’entre elles sont utilisées dans des localités qui n’ont pas de cheval-jupon, comme à Limai (où tch’fau godè/in s’emÂploie de nos jours pour qualifier un homme « exalté », qui marche en sautillant) (122) ou qui n’en ont plus, comme à Ligny (où quelques vieilles gens disent encore d’une
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(121) Cfr. Musée de la Vie Wallonne, Guide du visiteur, loc. cit.
(122) Communication de M. Jean Ladrière, à Limai. A comparer avec sauvaà je gndin = personne très étourdie, employé à Fosses au début du siècle (Auguste LURQUIN, Glossaire de Fosse-lez-Namur in Bulletin de la Société de Littérature wallonne, Liège, t. 62, II, 1910, p. 135).
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(p.122) personne vêtue bizaïrement qu’elle est habillée comme le tch’vau godè) (123). Il y a eu des glissements de sens, comme à Monceau-sur-Sambre (où les vieux employaient aussi tchevans godes pour désigner les chevaux de bois d’un maÂnège (124)] ou à Liège [où dj’vÃ¥ godin a, jusqu’il y a peu, une seule signification : le cheval à bascule, jouet d’enfant (125)]. Ce dernier fait prouve, me fait remarquer M. Legros, que les Liégeois ne connaissaient du cheval-godin que le nom, qu’ils ont adopté parce qu’il leur paraissait plaisant. C’est en effet depuis une quinzaine d’années seulement que le cheval-jupon a été importé à Liège par une société carnavalesque d’Outre-Meuse, qui a, en même temps, emprunté et régionalisé son appellation wallonne. L’apparition répétée des chevaux-jupon dans les cortèges carnavalesques a d’ailleurs diffusé hors de sa zone d’utilisation traditionnelle le terme cheval-godin généralement employé par la presse, si bien qu’il paraît actuellement être compris dans une grande partie de la Wallonie.
- von Wartburg rattache godin et godèt au type péjoÂratif god, très répandu, notamment en gascon (gode = mauvais cheval) et en moyen français (godai — même signification au début du XVIIe siècle) (126). Une autre acception du godin moyen français – élégant, coquet, gailÂlard, joyeux – donnée par le même auteur (127) ne serait-elle pas plus indiquée ? Frisque, qualificatif ancien des chevaux artificiels d’Aix-en-Provence, signifie vif, gaillard, aux XVe et XVIe siècles (128) et Littré rappelle que le radical celtique god évoque, entre autres, l’exubérance (129). Dans ce cas, l’allure du cheval aurait déterminé son appellation à Aix, Dinant, Namur et Nivelles.
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(123) Communication de M. Emile Renard, Ã Ligny.
(124) Communication de M. Arille Carlier, Ã Dampremy.
(125) Jean HAUST, Dictionnaire Wallon, Liège, 1933. Se trouve déjà dans FORIR : godin — cheval de bois.
(126) Französiscbes etymologisches Wörterbuch, IV, p. 185.
(127) Französiscbes etymologisches Wörterbuch, IV, p. 78.
(128) GRANDSAIGNES D’HAUTERIVE, Dictionnaire d’ancien français.
(129) Dictionnaire de la langue française, V° Godinnette.
(p.123) Godet a d’autres significations anciennes : sorte de jupe, de jupon, par exemple, et Grandgagnage explique chfau godin par le godin du cheval, c’est-à -dire « une espèce de large cotte dans laquelle il y a beaucoup de vide » (130). Mais cette large cotte ne doit-elle pas précisément son nom à sa ressemblance avec la housse du cheval ?
Une autre explication séduit à première vue. Edélestand du Méril rattache à l’espagnol algodon, désignant, dit-il, le même déguisement et au namurois godin, le godon d’Orléans qui, selon lui, était un cheval-jupon (131). S’il est bien question, dans les comptes d’Orléans pour 1439. de la fabrication de deux godons en vue de la fête céléÂbrant la levée du siège des Tourelles, il est plus que douteux qu’il s’agisse de chevaux-jupon (132). Godon désigne un Anglais. C’est d’ailleurs l’acception que donne Frédéric Godefroy avec, entre autres exemples, le même extrait de compte (133). Cependant, comme ces godons sont fabriÂqués par un peintre, il ne peut s’agir que de simulacres. Effigies plates, mannequins ou chevaux-jupon ? Pour Gustave Cohen, qui signale que cette dépense se rapporte au Mystère du siège d’Orléans, ce sont des mannequins représentant des Anglais (134). Autre énigme, on ne renÂcontre, dans aucun des ouvrages espagnols que j’ai conÂsultés ou que l’on a consultés pour moi, le terme algodon dans l’acception de petit cheval. Le folkloriste catalan Joan Amades ne le connaissait pas.
On peut cependant supposer qu’il a existé sur le plan local ou régional puisqu’en Catalogne les chevaux-jupon
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(130) Dictionnaire étymologique de la langue wallonne, Liège, 1845, I, p. 235.
(131) Op. cit., p. 421, note 7.
(132) Communications de M. Louis Monnier, Directeur des services d’Archives du département du Loiret, à Orléans et de M. l’Abbé Paul Guillaume, Président de la Société Archéologique et Historique de l’OrÂléanais à Orléans. Les érudits de la ville ignorent tout de l’identification des godons avec des chevaux-jupon. Edélestand du Méril pousse d’ailleurs la légèreté jusqu’à se référer à Lottin (Recherches historiques sur la aille d’OrÂléans) qui donne explicitement l’acception : anglais.
(133) Lexique de l’ancien français, V° godon.
(134) Etude d’histoire du théâtre en France au moyen âge et à la RenaisÂsance, Paris, 1956, p. 182, note 2.
(p.124) s’appellent cotoninos, au XVe siècle, ou caballs cotoners et qu‘algodon signifie coton en espagnol, comme cotô en catalan. Godon, godin, godet ne pourraient-ils, dès lors, être rattachés à la matière utilisée pour la housse ? Cette fraÂgile hypothèse s’écroule lorsque l’on sait que le nom catalan ne vient pas du matériau mais du fait que la figuÂration des chevaux-jupon était, dans les processions, traditionnellement assurée par les tisserands de coton (135).
Autre possibilité : de même que les chevaux Diricq — Diricq étant un patronyme athois, — le premier cheval-godin n’aurait-il pas été nommé d’après son constructeur ou son cavalier ?
Jean Baumel balaie toutes ces hypothèses. « II n’est pas possible », écrit-il « de ne pas faire un rapprochement entre les mots «godin» ou «godet» qui ne viennent pas du tout du mot « godet », comme le prétend De Baere, mais à peu près certainement d’un très ancien mot slave « gody » qui désigne des fêtes du commencement de l’année, au cours desquelles apparaissait le masque-cheval » (136).
On se demande pourquoi Baumel rejette l’opinion de De Baere aussi brutalement et sans prendre la peine d’exaÂminer le pour et contre, alors qu’il admet, sans la discuÂter, la désignation cheval-de-jtipon qui s’explique de la même façon, puisque le folkloriste flamand adopte l’acception « robe » pour le terme godet, (137). On se demande aussi ce qui permet à Baumel de donner comme presque certain le rattachement au mot slave occidental gody, alors que les trois chevaux-jupon wallons dont, grâce au travail de Van Gennep, il n’ignore pas l’existence, sont des chevaux du type chevaleresque, le plus ancien étant apparu en 1637 dans une procession. Je n’ai, pour ma part, trouvé aucun travesti en cheval ou masque-cheval rituel portant ce nom en pays slave ou germanique et, si le terme existe, il faudrait encore retracer le cheminement de la chose et du mot jusqu’en Wallonie où l’on n’a, à ma connaissance, relevé
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(135) Renseignement fourni par M. Joan Amacies i Gelats.
(136) Op. cit., p. 79.
(137) Otiy Vlaamscbe Reuskens, Anvers, 1941, p. 76.
(p.125) aucun masque-cheval participant ou ayant participé à des fêtes rituelles de fin d’année ou de carnaval antérieurement à l’émergence historique du cheval-godin. Je ne puis attribuer l’opinion de Baumel qu’à une application abuÂsive — et naïve — à nos régions des travaux de Dumézil sur le masque-cheval de l’Europe orientale et centrale. Le rattachement à gody est donc à rejeter.
Enfin, le nom des chevaux de Mons n’a, lui non plus, pas encore été expliqué d’une façon satisfaisante, Delmotte réfutait déjà Je redoublement de chien (138) : chin n’a jamais signifié chien en montois. Je ne puis me résoudre à voir, dans chinchin, l’onomatopée évoquant le son de grelots, comme le suppose Reinsberg-Düringsfeld (139). Il ne peut s’agir, non plus, contrairement à ce qu’affirmé Jou-rct (140), du cri de ralliement de Gilles de Chin : chinchin est attesté dès 1704, Gilles de Chien (sic) n’apparaît dans les comptes qu’en 1723 (141).
* * *
Si j’ai laissé plusieurs questions sans réponse, quelques faits sont cependant acquis.
Cinq des six villes wallonnes qui ont fait marcher des géants ou des monstres d’osier dans leurs processions ont possédé, ou possèdent encore, un cheval-jupon au moins. Elles se trouvent dans le Hainaut (deux), dans le Brabant (une), dans la province de Namur (deux, dont Dinant qui appartenait à la principauté de Liège). Une ville sans personnage gigantesque a eu son petit cheval (Binche).
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(138) Recherches historiques sur Gilles, seigneur de Chin, et le dragon in J*u Belgique Communale, Bruxelles 1847, col. 438.
(139) Traditions et légendes de la Belgique, Bruxelles, 1870, t. I, p. 385.
(140) Broutilles historiques, Mons, s. cl., pp. 97/98.
(141) Paul HEUPGEN, op. cit. p. 6. On trouve déjà une explication intéressée de chinchin par Gilles de Chin dans Gilles-Joseph de BOUSSU ; (Histoire Je la ville de Mons ancienne et nouvelle, Mons, 1725, p. 41) : les cavaÂliers représentent Gilles de Chin avec sa suite que « la corruption du lanÂgage ou plutôt l’ignorance du peuple qui tourne le mystère en ridicule appelle les chins chins ».
(p.127) Ces chevaux processionnels sont les seuls dont l’exiÂstence soit attestée en Wallonie avant le XIXe siècle.
Leur zone de répartition, qui s’arrête à la Meuse, est prolongée d’est en ouest par celle du Nord français ; elle prolonge, du nord au suc], celle des Flandres et de la province d’Anvers.
Les chevaux traditionnels des campagnes sont relevés pour la première fois dans la seconde moitié du XIXe sièÂcle, voire au début du XXe. Sans doute, faut-il tenir compte de ce que les témoignages relatifs aux faits ruraux sont beaucoup moins fréquents que lorsqu’il s’agit de faits urbains. Il n’empêche que cette absence d’attestation porte à penser que ceux-ci sont les plus anciens.
Parmi ces chevaux ruraux, ceux qui sortent lors de la fête paroissiale occupent une zone relativement peu étendue mais assez dense, située dans le Brabant wallon avec trois prolongements dans la province de Namur, un dans le Hainaut et un rejet isolé à Tournai. Les chevaux de carnaval – et encore est-il vraisemblable qu’il ne s’agisÂsait pas de masques véritables mais de cavaliers semblaÂbles à ceux des fêtes paroissiales – occupent un seul point, dans le prolongement d’une localisation hennuyère de cheval-jupon sortant à la ducasse. Pour autant que je sache, car je n’ai pu mener une-enquête exhaustive à leur sujet, l’utilisation dans les charivaris se limite à un ilôt de quelques localités dans le Condroz liégeois.
Il n’est pas nécessaire de s’attarder aux chevaux de cortège créés récemment et qui sont éparpillés dans toute la Wallonie au gré des imitateurs.
L’aire de répartition des chevaux de ces différentes catégories couvre actuellement toutes les provinces walÂlonnes. Avec celles des provinces thioises et du Nord Français, elle constitue ce que Van Gennep appelle, à tort la « zone flamande » (142).
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(141) Le Cheval-Jupon, p. 36.
(p.128) Tous ces chevaux-jupon rappellent indéniablement le bouffon ou, mieux, le sot. S’ils ne se parent pas de tous les attributs de la folie, comme les quelques chevaux proÂcessionnels du Nord français et notamment celui de Douai, les plus anciens des petits chevaux wallons en portent fréquemment l’arme pour rire et les grelots. On notera cependant que les huit douzaines de sonnettes du cheval-godin dinantais ne servaient peut-être qu’à rythmer sa danse.
Leur mission de police s’exerce plaisamment, comme dans les processions du Nord français où elle était confiée aux sots des corporations, travestis en plusieurs endroits en chevaux-jupon. Le cas particulier de Neerheylissem a même son parallèle en Flandre française où le marqueur des compagnies de tir à l’arc, le sot seuris, était un bouffon souvent emboîté dans un cheval de carton (143).
Le problème de l’invention de nos chevaux procesÂsionnels n’est pas résolu quand on le tranche par l’imitaÂtion des tournois. Lors de leur apparition nos chevaux-jupon sortent seuls, ils n’ont jamais représenté de combat, même stylisé en une contredanse. Comme celle des géants processionnels, leur extension est vraisemblablement due à l’emprunt de ville à ville. Il en va de même pour l’apÂparition beaucoup plus tardive des chevaux des fêtes paroissiales – peut-être à l’initiative des capitaines de jeuÂnesse – dans la zone de répartition située entre Nivelles et Namur. Mais je ne puis expliquer la présence des cheÂvaux-jupon dans les asouades dégénérées du Condroz liégeois dont les parallèles les plus proches se trouvent au Borinage et dans le charivari normand aux veufs qui se remarient (144).
A côté des chevaux processionnels dont j’ai parlé, les provinces fkmandes ont possédé des petits chevaux relevant des fêtes germaniques de fin d’année. Jusqu’il y a un demi-siècle environ, certains d’entre eux — Ã
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(143) Henri BERTHOULD. Les fêtes publiques du Département du Nord in Musée des familles, XXVI, pp. 201/208.
(144) A. Van GENNEP, Manuel, I, II, Paris 1946, p. 625.
(p.129) Meldert-lez-Alost (145) — sortaient à la mi-décembre ; d’autres — dans le pays d’Alost et dans le Payottenland (146) — représentaient les rois mages ; des animaux mi-boucs, mi-chevaux, envahissaient le soir de la St-Nicolas des maisons limbourgeoises notamment à Meerheim et à Gellick (147). En Wallonie, par contre, le cheval-jupon n’évoque jamais un passé religieux ou magique.
Nos rares chevaux traditionnels de carnaval eux-mêmes, dont l’existence n’est d’ailleurs attestée que pour la seconde moitié du XIXe siècle, ne sont pas les cousins, même lointains, des chevaux-jupon qui bondissent, meÂnaçants et mystérieux, dans les carnavals de la Forêt Noire, comme, par exemple, le Brider Rôssle ouvrant le carnaval de Rottweil, esprit malfaisant tenu en laisse par deux Narro, qui, inlassablement, le font aller d’avant en arrière (148). Nos chevaux-godins ne demandent pas à la magie du masque de les transfigurer en êtres de l’au-delà . Ils se contentent volontiers du rôle de bouffon.
Ils ne sont pas les survivants de jeux rituels. Nous ne connaissons pas, comme l’Espagne, h poursuite du cheval qui serait le témoignage d’un ancien rite agraire. Et, si la présence du cheval-godet dans le jeu des Pèlerins de St Jacques-en-Galice à Villers-la-Ville, qui comprend la mise à mort et la résurrection d’un frère, suscite, à preÂmière vue, l’idée d’une parenté avec le hobby horse de cerÂtaines représentations organisées d’Angleterre comportant les mêmes épisodes dramatiques, on doit bien constater qu’il n’en est rien. Ce cheval-godet ne participe pas à 1 action proprement dite : il se borne à écarter la foule ; de plus, le jeu parait relativement récent. Il en est de même pour la limodje de Presle, aux côtés de laquelle sont apparus des chevaux-jupon.
Nos chevaux-jupon n’appartiennent pas, non plus, Ã la famille de ces hobby-borses qui constituent, avec le fou
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(145) Dr. K. C. PEETERS. Eigen Aard, Anvers, 2e éd., 1947, p. 326.
(146) Ibidem.
(147) Jules FRERE, Limburgsche Volkskunde, 2e reeks, Hasselt, 1928, pp. 204 et 234.
(148) Renseignement fourni par M. Samuel GLOTZ.
(p.130) et l’homme travesti en femme, les personnages les plus caractéristiques des compagnies anglaises de danseurs saisonniers. En admettant même que le cheval-godin de Dînant ait effectivement fait partie du groupe des danseurs à l’épée, il n’en acquerrait pas, pour autant, une qualité rituelle car nos danseurs, comme leurs confrères flamands de la même époque, ne sont pas, ou ne sont plus, des danseurs du renouveau : ils exercent leurs talents à toute occasion et en tout temps de l’année, lors d’une procesÂsion ou d’une joyeuse-entrée, pourvu qu’on les y invite et qu’on les paie.
Je rappellerai, pour conclure, la disparition presque complète de nos chevaux traditionnels ruraux. Elle s’exÂplique, certes, par l’effacement progressif des anciens usaÂges, par la désaffection des jeunes à l’égard de ces plaisirs d’une époque révolue. Elle est due, aussi, au fait qu’un bon « gouverneur » de cheval-jupon ne se trouve pas faÂcilement.
***
Mon texte était déjà composé lorsque M. Elisée Legros a attiré mon attention sur le tcb’vâ Godin qui caraÂcolait devant les musiciens à la fête paroissiale de Hannut.
Abandonné au commencement de la seconde moitié du XIXe siècle, il a définitivement disparu après une résurrection éphémère vers 1895 (149).
Il y a donc lieu d’ajouter cette localité à la carte publiée p. 126, sur laquelle la localisation à Fosse, signalée par M. Roger Pinon dans sa Note tardive, a pu être portée avant le clichage. Ces deux nouvelles données, et la locaÂlisation de Jambes plus tardivement encore mise à jour par M. Roger Pinon, ne modifient que légèrement mes conclusions et, notamment, en ce qui concerne la réparÂtition des chevaux traditionnels du XIXe siècle.
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(148) Georges BULLY et Julien SIBILLE, Histoire de Hannut, Hannut, 1911, p. 85.
(p.131) NOTE TARDIVE
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Une chanson dialectale anonyme intitulée « Li Laetare à Fosses », restée inédite et datée de 1873, que rapporÂte Auguste Lurquin dans son dictionnaire manuscrit du dialecte de Fosse, établit l’existence et le rôle, très intéressant de godins locaux :
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Mins nos godins, n’ séyenut-is pus ruwer ?
I gn-a lontimps, m’ chone-t-i, qu’ is n’ s’ ont mostrés.
C’ è-st-one indjince une pitite miète èrnauje,
Mins ayèssante : i lès faut po fé l’ auje.
Lès p tits côps d’ cu qu’ tchôkenut pa tos costés
Trawenut l’ passadje po totes les sociètés.
Qui èst-ce qui r’culeréve po qu’ lès flècheûs tirenuche ?
S’ on n’auréve nin, po fé l’ police, li tch’vau,
Li vraî godin qui rûwe bin sins fé mau.
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Traduction : Mais nos chevaux-jupon, ne savent-ils plus ruer ? – II y a longtemps, me semble-t-il, qu’ils ne se sont plus montrés. — C’est une engeance un petit peu remuante, — Mais utile : on a besoin d’eux pour faire de l’aise. — Les petits coups de cul qu’ils pousÂsent en tous sens — Trouent le passage pour toutes les sociétés. — Qui est-ce qui reculerait pour que puisÂsent tirer les archers ? — Si on n’avait pas, pour faire la police, le petit cheval, — Le vrai cheval-jupon qui rue bien sans faire mal.