JÈYANTS FOLKLORIKES

GÉANTS FOLKLORIQUES / REUZEN

BRABANT 

1 Nivèle / Nivelles

l' Argayon / l' Argayone (Nivèle / Nivelles)

(Hernri Liebrecht, 1949)

in: Les Géants du Brabant Wallon, Comm. R. B. de Folklore, T9-14, 1956-61, p.151-171

 

INTRODUCTION

 

Le Brabant est. une vieille terre à géants et Nivelles, ancienne capitale du Roman Païs de Brabant, s’enorgueil­lit de posséder le plus ancien des géants wallons, le pre­mier peut-être de la Belgique tout entière : son grand Goliath est antérieur à 1457, le Goliath namurois appa­raît en 1458, le Goliath athois après 1462 et avant 1482.

Cependant, alors que leur race s’est propagée rapide­ment dans les villes flamandes du duché, — elles étaient six à promener des colosses à la fin du XVe siècle, — il faut attendre le XXe siècle pour enregistrer la naissance de mannequins dans d’autres localités du Brabant wallon, lit encore ces localités sont-elles nettement moins nom­breuses que dans nos autres provinces : une dans le can­ton de Nivelles : Virginal; trois dans le canton de Wavre : Wavre, La Hulpe et Ohain.

Sauf en ce qui concerne Nivelles (1), ces géants n’ont pas fait l’objet d’une étude sérieuse (2).

 

(1)  Jules TARLIER et Alphonse WAUTERS, Géographie et histoire dis-communes belges, Ville de Nivelles, Bruxelles, 1862, p. 167. -Hyacinthe BINET, Notice historique sur l’ancienne procession de Sle-Gettïude à  Nivelles,  Nivelles,   1894,  pp.   29-30,  42,  67-74, ill.  – Paul  COLLET, Les géants de Nivelles,  in Nivelles,  art, archéologie,  folklore,  n°  spécial   du  Folklore  Brabançon,   juillet 1926, pp. 191-194, ill. – Surtout, en ce qui concerne l’apparition du géant nivellois et des premiers géants des anciens Pays-Bas, l’excellente étude de l’abbé R. HANON de LOUVET, L’Argayon de Nivelles, ancêtre des géants processionnels humains aux an­ciens Pays-Bas, in Contribution à l’histoire de la ville de Nivelles, lre série, Gembloux,  1948, pp.  107-124 et le compte rendu cri­tique de ce travail : René MEURANT, Les géants processionnels, in Marginales, Bruxelles, n°  12, juillet 1948, pp.  121-137, ainsi que R. HANON de LOUVET, Le géant de Nivelles, in Gayant et les géants du Nord de la France et de Belgique, Douai, 1955, pp. 42-45.

(2)  On ne  peut  retenir  Robert  DES ART,  Les  géants  du  Brabant, Bruxelles, s.d.   (1960). 

 

(p.153) Aux XVIe et XVIIe siècles, les comptes mentionnent, à diverses reprises, le « raccoustrage », le « portaige » ou les « accoustrements » du géant, qui est appelé l’Agayon à partir de 1584 (7). La géante naît en 1668. Quant à leur fils, le Lolo, il ne paraît pas être antérieur au XVIIIe, siècle au cours duquel les réfections connues sont parti­culièrement nombreuses et qui, d’ailleurs, finit très mal pour les figures de la procession puisqu’elles marchent, pour la dernière fois, en 1785 et sont vendues à l’encan, le 26 mai 1786, en exécution de l’édit de Joseph II inter­disant les jubilés (8).

Selon Binet, les géants reparaissent à l’occasion des fêtes nationales en 1806 (9). Mais la Régence supprime leurs sorties vers 1818 déjà. Un écrivain donne, de cette mesure, une explication curieuse : on s’était aperçu, grâce à la sagacité d’un Français, que les enfants nivellois res­semblaient tous au Lolo, qui n’était guère joli (10). La promenade reprend en 1854 ; l’Argayon étant tombé dans la Thines, elle ne se renouvelle pas. Lorsque les manne­quins resurgissent à la fête communale de 1878 (11), ils sont salués par une chanson de Hanon de Louvet : L’ ré­veil de Largayon, et par une autre, due à Louis Despret, que voici (12) :

 

ÈL RINTRÉYE D’ L’ ARGAYON À NIVÈLE APRÈS QU’ IL A IEÛ FÉT L’ TOÛR DU MONDE

 

On dit qu’ l’ Argayon va r’vèni

Èt qu’ nos-ârons bin du plési.

Èl grand ome va nos raconter

Toutes lès places yù-ce qu’ il a passé.

 

(7) R. HANON de LOUVET, L’Argayon de Nibelles…, p. 124, où l’auteur explique l’origine de ce nom.

(8) Jules TARLIER et Alphonse WAUTERS, op. cil., p. 167.

(9) Op. cit., p. 73.

(10)  L’Aclot, Nivelles, 2° année, n° 48, 20 juillet 1890, qui reprend le texte de L’Hermite en Belgique, édité à Bruxelles en  1824 par une société de gens de lettres.

(11) L’Aclot. 2e année, n° 6, 29 septembre 1889, Epbémérides.

(12) D’après L’Aclot, 2e année, n” 49,  27 juillet 1890. Nous avons modernisé l’orthographe.

 

(p.156) Il a sté co pus lon qu’ la Chine,

In payis qu’ lès feumes n’ ont pont d’ pîd,

Eyèt qu’ on-î vwèt l’ machine

Qu’ èl monde a sté fabrikî.

 

Refrain

V’néz vîr l’ Argayon,

S’ dame èyèt s’ garçon,

Avè l’ chèval-godèt

Qui lès sût d’ tout près.

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