Li Sint-Grégwêre en Bèljike walone / La Saint-Grégoire en Belgique wallonne

0 Présintâcion / Présentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picardîye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

5 Scrîjadjes / Littérature

6 Ôte paut en Bèljike, … / Ailleurs en Belgique, …

0 présintâcion / présentation

(in: Albert Marinus, Le folklore belge, T3, 1930)

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.0 Jènèrâlités / Généralités

(R.H., La Saint-Grégoire en Wallonie, in: Le Guetteur Wallon, 1, 1928, p.2-8)

Li Sint-Grégwêre (La Saint-Grégoire)

(Jules Vandereuse, Le coq et les écoliers, in: Le FolkloreBrabançon, 130, 1951, p.182-199 & sv.)

 

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

(Marbés (Marbais)) (Brabant) (St-Grégoire à Marbais, 06/03, enfants de  maison en maison recevant des friandises, des piécettes; comptine en retour, in: Albert d’Haenens, s.t., s.d., p.271)

G. Gillard, Sint-Grégôre : doze di mârs’, in: VA, 15/03/1983

 

Tél qu’ on l’ fièsteûve à Gougnîye, têre do vî comté d’ Nameur ;

lès-èfants dès scoles en portchèssant aus-uchs po dès-ous, do l’ farène, èt min.me dès coûrs, en tchantant l’ aîr « Du timps qui nos-asténs gamins », d’après D.I.

Saint-Grégoire, c’est aujourd’hui ;

C’est pour ça qu’ nous sommes ici

Pour honorer sa fête, ah oui bien !

Du plus grand Saint-Grégoire

Si vous m’entendez bien !

É ! û ! ê ô ! In bia p’tit roudje tchivau

Ah ! oui bien !

Pou mète Grégwâre à tch’vau

Si vous m’entendez bien !

Èt si vos n’ donoz rén, ah oui bien !

Vos-agnons poûriront ! si vous m’entendez bien !

 

On s’ maskéye, on s’ disguîje, asteûre come dins l’ timps,

On ratind, on djêriye po plu viker ç’ djoû-là ;

Padrî 1’ bokèt d’ cârton*, on trouve di l’ amûsemint,

On-èva su 1′ bon timps, su on pus tchôd solia.

Mins lès cias qu’ ont dès masses, i gn-a tot 1′ long d’ l’ anéye,

Qui candjenut leû visadje à totes lès-ocasions ;

Faut ièsse poûssi do diâle po conèche leûs pinséyes,

Divant vos, pate di v’loûrs, padrî qui vos grêleront.

I gn-a d’ trop d’ profiteûs qui mindjenut à ç’ tauve-là,

 

Qui leûs moussemints trukés, ci n’ èst qui farbala

Po sawè mia tromper leûs conichances, leûs vijéns.

Po fé lès mascarâdes, is n’ ont nén dandjî d’ masse.

Eûreûsemint qui 1′ drwèture po lès brâves, c’ è-st-one fwace,

Qui lès rècompinserè d’ awè todi faît 1′ bén.

 

  • cârton : F ; carton, = masque ?

 

La Saint-Grégoire à Dourbes et à Le Mesnil (VA 30/03/1993)

 

Le Mesnil fête saint Grégoire, VA 18/03/1995

 

Tournée du village: les enfants récoltent lard, oeufs et même pièces de monnaie, en vue d’ organiser un repas à l’ école.

 

 

La Saint-Grégoire à Hoves, à Graty et à Marche-lez-Ecaussinnes, in : MA, 1, 1982, p.15

 

A la Saint-Grégoire, sous l’Ancien Régime, c’était à Hoves et à Graty, la fête des écoliers. Une messe était célébrée a leur intention et pour tous, c’était un jour de congé et de fête.

Au temps d’Antoine Bernier, instituteur (qui enseigna jusqu’en 1905), une kermesse était organisée dans la cour de l’école avec une séance récréa­tive tandis qu’une échope offrait des « babelutes ».

 

Abbé Henri TEMPERMAN (1)

 

A Marche-lez-Ecaussinnes, al Saint-Grégwâre, on daloût mindjî ‘ne coupe d’aufes (gaufres) à l’méso dou méte (maître d’école) ; adon, l’méte pourmènoût lès-èfants tout tavau l’vilâdje et, dvins lès cinses, on buvoût de

l’biére.

 

Arille CARLIER (2)

 

(1)   Histoire des communes rurales de Hoves et Graty, Enghien, 1974, Livre second, Chapitre V, p. 33.

(2) Glossaire de  Marche-lez-Ecaussinnes, dans  « Bulletin de  la Société  de Littérature Wallonne », t. 55, 1914, p. 377.

 

Robert Dascotte, La Saint-Grégoire à Bois-du-Luc, in : EM 4/1980, p.67

 

Cette note est valable pour la paroisse de Bois-du-Luc, hameau de Houdeng-Aimeries. Je dois ces données et la transcription de la mélodie a Hector Maréchal, né en 1899, que je remercie très sincèrement. Au sujet de cette fête dans d’autres villages du Centre, on consultera notre revue d’août 1979, pp. 150-154, et septembre 1979, pp. 170-171.

A l’école du charbonnage de Bois-du-Luc, les instituteurs distribuaient le jour de la Saint-Grégoire, au Saint-Grégwâre, un petit sac de bonbons à chacun de leurs élèves. Par contre, à l’école des filles tenues par les religieuses celles-ci faisaient du chocolat pour les écolières ; i! était offert avec des mastelles (achetées dans un magasin). Puis, sous la conduite des ma-seûrs, les fillettes allaient assister à la messe de la Saint-Grégoire, en l’église Sainte-Barbe, toute proche de l’école.

La nièce (1878-1966) de mon témoin qui avait fréquenté la même école dans son jeune âge, possédait encore la tasse blanche, à bord côtelé, avec manche et pied, dans laquelle le chocolat était servi. Chaque fillette avait sa tasse chez elle et elle servait uniquement pour la fête de la Saint-Grégoire. Elle est de couleur blanche, ses parois sont côtelées et elle a un piédouche. Ses dimensions : hauteur 8 cm; diamètre 11,5 cm; contenance 225 cl.

 

Ce jour-là, à Bois-du-Luc, au Boskèt, gamins et filles chantaient à tue-tête :

Saint Grégwâre è-st-in bon-ome

i done à bwâre à tous sès-omes.

Vîve sint Grégwâre !

 

En chantant, les enfants disposés en rond, se tenaient par le bras en se balançant de droite à gauche et de gauche à droite. Ce refrain était déjà connu par la maman de mon informateur. Ajoutons que les enfants ne por­taient pas de costumes particuliers pour cette fête.

La fête de la Saint-Grégoire disparut à Bois-du-Luc peu avant 1940.

 

Roger Pinon, La Saint-Grégoire à Gouy-lez-Piéton, in : EM 8/1979, p150-153

 

Robert Dascotte a noté et publié dans Èl Mouchon d’Aunia la tradition enfantine de la Saint-Grégoire a Obaix, hameau de Rosseignies, et celle de Seneffe (voir EMA, XLVII, 1959, 11, p. 207, d’après une notation auprès d’une ancienne habitante de l’endroit en 1955 ; et L, 1962, 12, p. 236, d’après Léopold Delattre, né en 1888). Alain Graux, d’autre part, vient de publier dans le « Bulletin de la Société de Recherche historique et folklorique de l’entité de Seneffe », 4, 1978, p. 22, deux chansons de la même fête pour Feluy. Alfred Harou avait été en cette matière comme en d’autres le pion­nier pour le Centre, puisqu’il publia dans son Folklore de Godarville, 1892, la chanson de cette localité, avec quelques détails sur la fête. D’autre part la revue liégeoise Wallonia publia en 1894, en son tome 11, p. 46, une nota­tion d’Anderlues due à Mlle Willame ; laquelle a été reproduite par « Le Guetteur Wallon » de Namur, en son t. V, 1928, 1, p. 6

Je puis ajouter à ces notations quelques autres textes  :

1.  A  Anderlues,   M1  Arille  Carlier  nota  pour  sa  Corbeille  Wallonne   (qui paraissait vers  1933-1936)   dans  « La Gazette de Charleroi »  le cantique de la Saint-Grégoire que voici :

I De saint Grégoire c’est aujourd’hui la fête ; Venez, chrétiens, pour ce bon pasteur Et qu’à l’envi chacun de nous répète : « Gloire à jamais à notre protecteur ! »

Refrain En ce beau jour de fête et d’allégresse, Grégoire à toi l’hommage de nos cœurs. Laisse nos chants redire avec ivresse Et tes vertus, ta gloire et tes grandeurs.

II Dans le travail et dans l’obéissance, Arme nos cœurs de courage et d’ardeur ; Fais croître en nous les vertus, l’innocence, Préserve-nous du péché, de l’erreur. Refrain

III Verse la joie qui console et délasse Sur nos maîtres dans leur labeur ; Sur nos parents répands aussi ta grâce, Nous t’en prions du fond de notre cœur. Refrain

VI Noble patron, du haut de la patrie Où les soupirs, où les pleurs ne sont plus, Reçois nos vœux, nos cœurs et notre vie, Et conduis-nous au séjour des élus.

Refrain

 

Autrefois on donnait congé dans toutes les écoles de la commune et l’on disait une messe en l’honneur du saint, messe à laquelle tous les écoliers et écolières assistaient. Après la messe ils allaient par équipes dans les rues de la commune accompagnés de leurs maîtres et maîtresses, et chantaient la chanson. Vers 1935 seules les écoles libres donnaient encore congé et les enfants assistaient avec le personnel enseignant à la messe du jour. Mais la fête n’avait plus l’entrain d’autrefois.

 

2. Un correspondant de la Société de Langue et de Littérature Wallonnes nota  à  une  époque  que je  ne  puis  déterminer,  le  distique  suivant  à Houdeng-Aimeries :

Sint Grégwâre, c’ è-st-in bon-ome,

I done à bwâre à tous sès-omes !

 

3. La coutume, à ‘l sint-Grigwâre, était à Marche-lez-Ecaussinnes, selon Arille Carlier dans son Glossaire de M.-I.-E:, « Bulletin de la Société de Littéra­ture wallonne » (Liège) LV, 2, 1913, p. 377, d’aller mindjî ‘ne coupe d’ aufes à l’méso dou méte ; adon l’méte pourmènoût lès-èfants tout-avau l’vilâdje èt d’vins lès cinses on buvoût d’ èl biêre.

Toutes ces traditions, tous ces chants sont probablement bien morts aujourd’hui, si ce n’est dans la localité de Gouy-lez-Piéton. La presse régio­nale, notamment, soutient avec ardeur cette maintenance de la tradition, parce que, peut-être, c’est un innocent essai de « pluralisme » scolaire.

Et d’abord la chanson ; Octave Fromont, qui la publia dans « El Bourdon d’ Châlèrwè et co d’ ayeûr », V, 1953, 44, p. 86 = « La Nouvelle Gazette» (Charleroi), n° du 13 mars 1953, assure qu’elle se chante sur l’air de Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés ». Mais ceci ne nous paraît guère faisable auprès avoir essayé : la coupe des deux chansons est trop différente.

Mais retenons son texte :

Nous n’avons jamais vu Saint Grégoire, saint Grégoire ; Nous n’avons jamais vu Saint Grégoire si bien venu. Donnez bien, vous aurez bien Des oignons dans vot’ jardin ; Donnez mal, vous aurez mal, Vos oignons s’ront tout véreux.

La notation est identiquement la même dans « La Gazette de Char­leroi », n° du 12 mars 1934 ; dans « La Nouvelle Gazette » (Charleroi), n° des 13 mars 1945, 14 mars 1953; « Le Rappel » (Charleroi), n° des 13 mars 1945 et 13 mars 1946; – « Le Journal de Charleroi », par contre, transcrit les vers (1) et (2) en un seul qui est bissé, ce qui me paraît fautif : voir le n° du 16 mars 1946 ; le 14 mars 1947, le même journal notait de même, avec une différence en plus : le vers (7) disait : « Donnez-m’en..,, ce qui est une autre faute, d’ailleurs répétée au n° du 15 mars 1950, ainsi qu’au n° du 9 mars 1951, mais cette fois avec encore une faute en plus : car au (6) on note : … dans vos jardins. Par contre « La Dernière Heure » (Bruxelles), du 16 mars 1969 a la version correcte. Jean-Denys Boussart, dans « Li Clabot » (Liège), II, 1970, 2, p. 4, a la version correcte mais au vers (8) comprend, à mon avis à tort : Vos oignons seront tous verreux (sic).

Notons aussi que « Le Rappel » du 13 mars 1945 wallonise les vers (1) et (3) : Nos n’avons jamés vu. Pour finir je signale que « Rif tout dju », de Nivelles, ne donne que les vers (5) à (8), avec la même faute que « Li Clabot » : voir le n° 138, 1970, p. 27.

« Le Journal de Charleroi », dans son numéro du 15 mars 1950 ajoute une autre formulette, que « bien des enfants ignorent actuellement… (Ces paroles) ne sont d’ailleurs plus nécessaires, et la population gouytoise l’a encore bien prouvé cette année » :

Qu’ èl diabe importe èl cinse,

Oh, oui bien !

Èl cinse èyèt l’ cinsiêre,

Si vous m’entendez bien !

Le refrain en français indique clairement sur quel timbre il faut chan­ter ces paroles, l’un des plus employés en Wallonie, et des plus anciens d’ailleurs.

Le 12 mars, jour de la Saint-Grégoire, les enfants des écoles avaient (p.152) congé,  octroyé   par   leur   maître ; depuis 1948 il l’est par l’administration communale.

Dès le matin les enfants vont par groupes de 6 à 10 : ils ont de 3 à 12 ans ; garçons et filles sont mélangés. Normalement dans chaque groupe il doit y avoir un enfant coiffé d’une mitre en papier ou en carton, ainsi que l’on peut se la représenter si l’on se reporte à la page 40 de mon petit ouvrage Notre folklore que publia en 1974 le Cacef ou Centre d’action cultu­relle de la communauté d’expression française. Si l’on tourne la page et voit le p. 42, on doit constater que de nos jours à Gouy-lez-Piéton les costumes de fantaisie (de cow-boys, de mariées) l’emportent sur le costume plus simple d’autrefois.

Chaque groupe doit compter un porteur de panier, lequel à la rigueur peut n’avoir qu’un sac à provisions ou une musette. Dans ce panier les enfants déposent les dons reçus, lesquels consistent le plus souvent en couques, œufs, friandises, oranges, mandarines, pommes, menue monnaie : avant 1914 c’était des pièces de 2, 5 ou 10 centimes ; après 1918 on donna des pièces de 10 et 25 centimes, puis on monta aux pièces de 1 et 2 après 1945 aux pièces de 5 francs.

C’est au groupe qui recevra le plus grand nombre de dons. La quête doit être terminée à midi.

Les groupes visitent les fermes, les commerçants, et aujourd’hui toutes les maisons de la commune. Ils ouvrent les portes d’entrée et chantent sur le seuil ; éventuellement ils sonnent et dès qu’on leur ouvre, ils chantent trois ou quatre fois de suite leur chanson. Le deuxième chant noté suivait si on ne leur donnait rien.

Il est défendu aux enfants de toucher aux dons avant leur partage entre eux. « Tant pis pour ceux qui n’auront pas réussi à remplir leur escarcelle. Et encore, sont seuls acceptés les enfants de l’école primaire » (« Le Rappel », n° du 13 mars 1946).

La tradition ne fut pas entièrement interrompue par la guerre de 1940-1945 : « les fermiers se sont prêtés de bon coeur à continuer la tradition » (•< Le Rappel », n° du 13 mars 1945). En 1945 l’Amicale des Anciens Elèves organisa une fête dramatique le 11 mars, afin de distribuer des cadeaux aux enfants : à 15 h. on joua à la Maison du Peuple « La fiancée du pilote ». comédie dramatique avec chants en trois actes et un tableau de Paul Depas. En 1953, les petits quêteurs reçurent sur la place communale l’Orchestre des Pipeaux, des écoles communales des Ecaussinnes. Les enfants exécu­tèrent le « Rondeau de saint Grégoire » en costume qui d’Indien, qui de Tzigane, qui de paysan, ou de page ou de princesse. Suivit une distribution d’oranges et de friandises par les autorités devant le perron de l’hôtel communal. Le concert des Pipeaux eut ensuite lieu dans la salle des fêtes de la commune. Puis les enfants offrirent un goûter à leurs invités. A 20 h. les Pipeaux donnèrent un concert à la population dans la même salle, lequel concert fut suivi de la projection d’un film. En l’année de l’enfance, il convenait de rappeler ce beau jour.

Avant 1914 les quêteurs portaient une sorte de mitre épiscopale en papier de couleur : c’est ce qu’assuré Arille Carlier dans sa Corbeill6 Wallonne du 15 mars 1934. Certains ornaient leur casquette ou leur poitrine de cocardes et de rubans multicolores. En 1947, certains seulement por­taient la mitre, laquelle semble bien être abandonnée aujourd’hui.

« Le Journal de Charleroi » du 10 mars 1948 rappelle le dicton de la Saint-Grégoire : « Qui donne bien aura de beaux oignons ». Le 14 mars 1949, il fournit un autre dicton : « A la Saint-Grégoire on plante les oignons ». On attribue, en effet, à saint Grégoire une grande influence sur la croissance des oignons, qu’il convient de semer ce jour-là. Cette superstition est largement répandue en Wallonie.

(p.153) « La Dernière Heure » du 16 mars 1960 pose la question de l’ancien­neté de la coutume de Gouy-lez-Piéton. Mais les archives locales sont, paraît-il, muettes à ce sujet. Ce qui n’empêche pas le journaliste d’assurer que la coutume, sur la foi de quelques vieux du patelin, remonte au moyen âge. Tout cela n’est qu’inconséquence de journaliste. A vrai dire, l’étude de la coutume permet de poser des jalons. Mais pour cela il faut réunir quelques données d’ordre général sur la coutume de la Saint-Grégoire en Wallonie et ailleurs. C’est ce que j’ai fait en 1973 dans mon introduction à l’exposition du Musée de la Vie Wallonne consacrée à L’Enfance, aux pages 83-85. Je ne vais pas recopier ces longues pages mais en tirer l’essentiel : saint Grégoire le Grand fut pape et mourut en 604 ; dès le VII’ siècle, le jour de la mort de cet organisateur du chant d’église fut choisi pour célébrer la fête des écoles. Grégoire IV, lui aussi organisateur d’écoles, fonda en 830 en l’honneur de son prédécesseur une fête scolaire ; celle-ci se développa au cours des siècles et en vint à consister en la désignation d’un évêque des enfants, un cortège de soldats, l’érection d’un mai, des quêtes de nour­riture et des cantiques. On peut constater que le Centre a conservé la désignation d’un évêque des enfant (c’est l’enfant mitre), le cortège des soldats (ce sont les porteurs de cocardes), la quête de nourriture (les œufs sont la survivance la plus ancienne) et les cantiques (voir Anderlues). Pas d’érection de mai dans toute la Wallonie, celui-ci ne s’étant conservé qu’en Allemagne. Il est possible que la fête fut d’abord celle des confréries de catéchistes, avant de devenir bien plus tard celle des écoliers. Ceux-ci étaient d’abord toujours des garçons ; les filles, d’ailleurs, dans une zone qui se situe le long de La Lesse et aux environs de Dinant, célèbrent sainte Gertrude, — laquelle mourut vierge à 32 ans — comme en dédouble­ment de la saint Grégoire, et ce exactement cinq jours plus tard. Le droit à la fête dut être extorqué aux maîtres lorsque les écoles prirent de l’extension : c’est pourquoi on lui fermait la porte de son établissement jusqu’à ce qu’il eût donné congé, voire concédé un goûter, ce dont la nota­tion de Marche-lez-Ecaussinnes témoigne. Le maître menait ensuite les enfants promener, pour ne pas abdiquer davantage son autorité.

Au cours des quêtes il convient d’offrir quelque chose en contre­partie des dons que l’on sollicite ; la quête étant fondamentalement une magie de fécondité, les enfants souhaitent une bonne récolte d’oignons, vœu contre lequel ils reçoivent des vivres (des œufs, du lard, des fruits autrefois, comme à Obaix ou à Godarville). Si l’on ne donne rien, il est normal que l’on renverse la magie ; de là les couplets vengeurs, comme à Feluy et à Gouy. Non moins normalement le produit de la quête doit être consommé en commun, le partage étant une tradition plus tardive. Le goûter de Marche-lez-Ecaussinnes peut-être un lointain écho à ce repas communautaire ; c’est là aussi un trait archaïque que retrouva par hasard semble-t-il, l’administration communale en 1953, sans cependant supprimer le partage.

On constate donc que la tradition de Gouy reste respectable, car elle préserve encore quelques traits archaïques. Un retour à une conception plus saine — sans costume de fantaisie notamment, en investissant le meneur du groupe par une élection et en le coiffant d’une mitre — n’est pas impossible.

A vrai dire on ne sait pas pourquoi saint Grégoire protège les oignons ; peut-être, tout simplement, parce que sa fête tombe le jour où, jadis, avant sa fête peut-être, il était de coutume de semer les oignons.

En tout cas Gouy est la seule localité qui ait développé une légende explicative de la quête. Selon le journaliste R.-H, Bayard dans le « Journal de charleroi » des 16 mars 1946 et 14 mars 1947, « les vieux de Gouy-lez-Piéton racontent que la coutume aurait puisé une nouvelle vivacité, aux environs de l’an 1800, aux châteaux de la Haye et Fauvel, alors qu’un jardinier difforme, qui portait précisément le nom de Grégoire, aurait (p.154) distribué aux gosses de la localité un fruit inconnu, des oranges » lorsqu’ils lui souhaitaient la bonne fête. « C’est ainsi que les garçons et les filles de l’endroit avait pris l’habitude de chanter la saint-Grégoire ». L’analyse de la coutume permet d’infirmer cette origine légendaire de la quête ; et que vaut d’ailleurs cette notation de la légende jusqu’ici non confirmée ?

 

Sylvain Bultot (Sinzèye / Senzeililes), El Sint Grègwâre à Sinzèye en 1904 (2), in: EB, 493, 1997

Pa d’vant l’ uch dè l’ èglîje, Monsègneur, sâbe au clér, au bia mitan d’ sès sôdards lîjeut fort sérieûsemint tous lès tchapites dè  la loi. Èl lîjâdje dè toutes cès lwès-làa vos doneut freud dins 1′ dos. Eûreûsemint, i gn-aveut in moyin, in seul, èt nin co trop tchêr pou sauver s’ vîye èt n’ nin ièsse pindu pa lès pîds à ‘l travèrse du révèrbê­re; in mot, in tout p’tit mot sufijeut pou vos ègzinter d’ awè vos pîds en l’ ér èyèt vos machèles à ‘l têre. Èç’ petit mot-là qui vos dèlivreut, c’ èsteut: ” Pot “. In pot – deûs lites dè bîre – cousteut adon, wit’ sous.

Gn-aveut dès tchances què lès coursiers conichint lès lwès d’vant Monsègneûr; is lî ont donè 1′ pris dè deûs, vîyes: 16 sous; ç’ asteut bon mârtchi.

 

Mins qu’ avint fé lès quate membres de la Cour, dè toute èl matinèye, adon qu’ lès aîdes dèfilint, sâbe au clér dins toutes lès p’titès voyes de Sinzèye? Cès chèfs-là d’ in djoû alint bribér aus-uchs. On leû doneut dès p’tits sous, dès gros sous. Ç’ asteut in péyâdje bin organisè: dès kèrtons d’ lârd ou d’ djambon, dès-oûs. À ‘lgrosse cinse d’ èl basse coûr, is-avunt dès-oûs d’ cane.

Après qu’ Monsègneur a ieû ratchi tout s’ code pénal (gn-aveut pont d’ mau), lès curieûs, lès momans, lès popas dès-apèrdices sôdarts s’ è vont din.ner à leû-n-auje. Lès galopias ètou avunt leû stomak qui criyeut famine. À ‘l course, au pus rade, is vont dèsgribouler 1′ Tiène Boudame pou ariver come ène volèye dè gros bètchs dèlé leû bon soçon Djosèf. Ès’ moman Tèrèse, a stî d’ acôrd pou rempanser toute èl mârmâye. Que guindâye! Quéle omelète, mès fréres! Timps qu’ lès-oûs, lès kèrtons d’ lârd èt d’ djambon s’ ont batu èt dèsbatus dèdins ‘ne douzène dè payèles; avou ‘ne pârtîye dè liârds ramassi d’ èl matinèye, on-a stî qué ène dèmèye banse dè pwin amon Zâvier. Èl bîre s’ra livrèye pa ‘l brèsène Borgniet èt payîye avou lès-amindes dès pindûs. Qué r’pas! Quél apétit! Pont d’ tâbe, pont d’ tchèyêre, dès ceûs èstint achîds su l’ pîre dès-uchs, dès-ôtes su dès montèyes, su dès-ârbes qu’ is ratindint d’ ièsse dèscopès èt què lès sabotîs astint ocupè a scrèper.

 

Èl din.ner è-st-avoyi padrî 1′ djilèt… tout èst r’lètchi, on-èst bin guèdè.

Toute èl binde ès’ ramoncèle, èle gripe, au galop, èl Tiène Boudame: on va s’ ateler au tchaur da Djosèf Grawez. C’ è-st-in bia p’tit tchaur a quate roûwes qu’ on direut fét pou lès gamins èt… qui n’ èst nin a s’ preumiêre fèrdène. Tout ‘l après din.ner, on va r’fé lès min.mès toûrnèyes qu’ au matin. Pus 1′ tchaur avancera, pus i s’ra kèrdji. Atincion à vos moyes dè bos, brâ­vès djins d’ Sinzèye, cus d’ bôlîs ou d’ fowias, fagots, piètches, oûrètes: tout convint pou 1′ grand feu qu’ on-aleumera au nût.

 

Èl maleureûs p’tit tchaur nè vout pus avanci: il a s’ kèdje; on-atind lès quate roûwes crin.ner leû dérène tchanson. Co èn-èfôrt èt v’là l’ èspédicion qui r’dèskind à ‘l Fontène, ou pus rade, à ‘l Crouchipète.

 

C’ è-st-à qui aleum’ra 1′ feu. On tire à l’ bouchète, l’ eûreûs tchançârd, tout fiér cratche l’ aleumète èt binrade, ça flame! In feu… à rinde djalous èl diâle li min.me! Qué jwè su lès visâdjes d’ èfants racléris pau feu du bréjenî ! On-a rindu pwène pou ‘ne djoûrnèye bin rimplîye èt qu’a  paru coûte pourtant.

Èl momint èst v’nu dè rinde lès comptes: pont d’ tricherîye. Cès braves pètits-là ont stî tout d’ min.me fôrt dèvouwès èt consyincieûs. On-a vindu lès cindes du grand feu à Elise du Triyeû. I d’meure d’ èl manoye d’ èl grande toûrnèye du matin. Tous lès camarâdes èrcèvront en partadje chake deûs gros sous. Pou qu’ tout fuche djusse, on-a achetè amon Zâvier ène satchotèye dè boubounes: dès p’tits sabots à l’èssence d’ anis’… Tout 1′ pètit monde astokè au pègnon d’ Henri Gaspard ratindeut 1′ distribucion dès boubounes. Èt c’ èst 1′ fin d’ ène bèle djoûrnèye qui d’meure dins lès souvenances.

 

Sylvain Bultot (Sinzèye / Senzeilles), Èl Sint-Grègwâre a Sinzèye an 1904 (1), EB, 492, 1997, p.28-30

 

Dèspus quinze djoûs, ène fîve trin.neut à l’ èscole. Dèdja, on sondjeut à l’ sint Grègwâre qu’ ét, pour nous lès scolïs, èl grande fièsse dè l’ anèye. Mins v’là, i faleut d’mander qwè à no bon mwésse dè scole, Mossieû Arsène. Dè toute maniére, ça s’reut wèy pace qu’ i riskeut dè ièsse pindu.

 

Ç’ djoû-là, 1′ 12 dè mârs’, on t’neut toute èl rûwe an fiant dè s’ ian’. Nos fèyuns 1′ Sint-Grègwâre! On-èsteut tèrtous dès bons cama­râdes, dès vrés frères! Èt pwis, qué pléji! Trin.nayi toute èl djoûrnèye dins 1′ comune, ièsse ès’ mwésse, ramassi dès fagots, dès-ourètes, dès pièdjes pou 1′ grande feuwèye. Ç’ asteut 1′ seûl djoû qu’ on v’leut bin choûter lès pus grands èt qu’ on fèyeut ‘ne fristoûye dè tous lès diâles avou ç’ què lès bribeûs avunt ramassé à tous lès-uchs. Èt qwè dîre dès sâbes dè bos, dès rôses, dès cinturons arindjis avou dès vîyès lokes du guèrnî?

 

Ç’-t-anèye là, an 1904, djè v’neu d’ fé mès Paukes.    Dj’ aveu djouwè in sérieûs role: dj’ èsteu… de la cour et la cour, ça compèrdeut quate pèrsonâdjes: Monsègneûr, l’ avocat, èl gréfier èyèt 1′ boursier. Èl preumî: Monsègneûr lîjeut li lwè, ène lwè qui n’ èsteut nin tinre, èl mwins’ c’ èsteut dè ièsse pindu à in révèrbêre. Mins gn-aveut in bon moyin d’ racheter s’ vîye. Après vèneut la Cour, lès jendârmes: lès pus bias, lès pus sérieûs d’ toute èl binde. Is fôrmint èl tièsse du côrtéje. Rindjis quate pa quate, leû sâbe auteû d’ èl pwètrine, èl lame dè  bos pwintèye dèvant; in bia groupe. Lès sapeûrs qu’ avint bin seûr apruntè l’ vantrin d’ leû p’tite sieur, fôrmint èn-ensembe co résonâbe, grâce à ‘l pougne rudemint fêle du sèrdjent dès sapeurs. Èl fin d’ èl binde, ça n’ èsteut pus qu’ ène ribambèle de spayaurdès djouwant avou leûs sâbes dè bos. En vos dijant qu’ ç’ asteut dès voltijeûs vos n’ s’rèz nin sbarè. Eûreûsemint, tout-à ‘l queuwe,   routint en-orde  trwès à quate coupes dè boûrias r’loyis  deûs pa deûs aveu ‘ne londje dè via; ç’ asteut lès pus fôrts, lès batayeûs, lès pus gachenârds dè toute l’ èscole. On-aveut seû lès tchwèsi: dès satchs à malice, dès spirous, dès-afrontès capâbes dè tout. Ç’ asteut lès Boûrias ou lès Justiciers, leû kieur à l’ ouvrâdje aurint garni lès traverses dè tous lès révèrbêres du vilâdje avou dès maleureûsès djins.

 

‘Là tout d’ min.me èl grand djoû arivè! Lès momans ènn’ ont ieû ‘ne bone pou aprèster leûs gaviots, lès-arnichis d’ leû sâbe dè bos, dorés, ardjintès, cwivrès, dès rôses, dès rubans, probablèmint dès r’likes du dérin tirâdje au sôrt. À propôs d’ tirâdje au sôrt, in gamin aveu colè à s’ caskète èl vré numérô d’ in ” scapè “: èl 49, en chife èy’ en lètes, èl nom en francès èy’ en flamind.

 

À ‘l fin dès fins, èl ribambè­le prind tout l’ min.me dè l’ alûre dins 1′ coû d’ l’ èscole, èyèt no mwésse, l’ ouy in p’tit côp mouyi, nos lache pou no liberté d’ in djoû. En route pou tous lès d’bouts du vilâdje: Trî du Leup, Basse Rûwe, Fontène, Moulin Lauvau, Taneîye, Trau Chaudin, l’ Oupiêre, pou r’vèni su 1′ place du vilâdje, dèvant l’ èglîje.

 

Èt qu’ ont-is fét, cès trin.nârds-là? Is-ont bauyi toutes lès tchansons du Carnaval èt du tirâdje au sôrt:

« Bonswâr Marîye Clape-sabots… » « I faleut co deûs cints oui oui » « È no rnaujon, on-a tuwè 1′ pourcia… » « Si Popol a dandji d’ sôdarts… »

« Non, non, m’ fis, non… »

« Pou in bia roudje tchèvau… »

Èyèt c-t-èle ci qui n’ vaut nin l’s-ôtes:

« Ô ratascu èl pètit bossu

Aveu ‘ne bosse à s’ dos èyèt ‘ne banse a s’… »

 

(à chûre)

 

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

SAINT  GREGOIRE. 12 mars

 

(p.138) C’est le patron des écoliers. Saint Grégoire fut pape à Rome où il décéda en 604.

Vers 1880, on fêtait encore saint Grégoire à Montignies. Après avoir entendu la messe, dite en l’honneur de leur saint patron, les écoliers s’en allaient par groupe collecter dans la commune : œufs, beurre et farine. La femme de l’instituteur faisait de la tarte et offrait le café.

 

èl Sint-Grégwâre à Gowi en 1985 (la Saint-Grégoire à Gouy-lez-Piéton en 1985)

(Robert Dascotte, in: El Mouchon d’ Aunia, 1985)

Li Sint-Grégwâre à Dourpe èt au Mwèni (La Saint-Grégoire à Diourbesd et au Mesnil)

(in: VA, 30/03/1993)

Li Sint-Grégwêre à Montegnî (La Saint-Grégoire à Montigny-le-Tilleul)

(in: Henry Bury, Montigny-le-Tilleul, terre wallonne à travers les âges, Les Amis de Montigny, 1975)

 

1.2 Li Picardîye / La Picardie

Moutreû (Montroeul-au-Bois) - à 'l cholète (à 'l Sint-Grégwâre)

(in: Geert et Sara Nijs, /Le jeu de crosse /, s.d., p.146)

Hove / Èl Grati (Hoves / Graty) - Sint-Grégwâre

(in: Annales du Cercle archéologique d’Enghien, 1973-78, p.145)

Mont-Borinâje (Mons-Borinage) - Sint-Grégwâre

(in: Alain Audin, Mons-Borinage, s.d., p.206)

 

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

Bernard Louis, À l’ portchèsse di sint Grégôre, In : Li Chwès, 7, 2004

 

One tchanson populêre di Rhodes (li celidonisma), quétefîye dè chîjyin.me siéke divant l’Cris’, nos raconte çoci: quand l’ bon timps èsteut là, lès-èfants alint aus-uchs èt portchèssî, tot pwartant one aronde di bwès.

Voci, rimètu è walon, on bokèt di ç’ qu’ is tchantint:

 

Douvioz, douvioz l’ uch à l’ aronde

Èt n’s-apwarter dès p’tits wastias.

Aboutoz, foû d’ vosse cauve oséye

One djusse di vin et saqwants frûts.

Qwè? Alans-ne fé bèrwète, nos-ôtes?

Dinoz, dinoz, seûyoz midones,

Doubin nos ‘nn’vîrans avou l’vuch

Èt l’vcomére qu’vè-st-assîde vêla.

 

È nosse Walonîye, lès èfants portchèssint au prétimps èto, notamint à l’ Sint-Grégôre, c’vè-st-à dîre li 12 di maus’, djoû dè l’ mwârt dè sint. (Dispeûy Vatican II, on fièstit lès Grégôre ou Grégwêre li 3 d’ sètimbe, djoû qui l’ sint a stî nomé pâpe.)

 

Grégôre Li Grand (540-604) èsteut, parèt-i, on fèl téolojyin. Ça faît qu’ il èst divenu l’ patron dès maîsses di scole èt dès-ôrganisses qu’ on loume madjustêrs è walon d’ Nameur (mot latin magister, maître, précepteur walonisé). Magister a d’né ossi mâisse èt l’ mot francès maître.)

 

Dins l’ timps, li 12 di maus’, c’ èsteut condjî po lès scolîs. À môde di djeu, is rèssèrint afîye leû maîsse dins li scole jusqu’à tant qu’ i d’niche li djoû d condjî.

À dès places qu’ i-gn-a, lès scolîs fyint min.me chonance de tchèneter leû maîsse po s’ rivindjî (audjoûrdu, quand on maltôte li maîsse, ci n’ èst pus po djouwer).

 

Qui fieut-on avou s’ djoû d’condjî? Passer dins lès maujones, tot d’mandant dès-ous, dè lacia, dè bûre èt dè 1′ farène. Par ègzimpe, à Nameur, on s’ disguîjeut èt portchèssî à quate : li sint (avou s’ bonèt d’ èvèke), on tchapelin, on jendârme èt on bolèdjî qui pwarteut l’ bèséye. Quand il avint tot faît, chake roufion si tchwèzicheut one feume dins lès marayes di si scole. Li moman d’ sint Grégôre lèzî cûjeut dès matons (pitits pwins au lacia).

 

On r’trove à pau près l’min.me ûzance à Warnint, à paurt qui vêla, raupins èt bauchèles si paurtichèt à deûs bindes èt qu’ c’ èst dès galètes qu’ one di leûs mames lèzî faît. Saqwants-ârsouyes criyèt:

Dès galètes plin one banse, po tchèssî è nosse panse!

 

D’ on-ôte costé, ci djoû-là, on sème lès timprus-agnons, min.me dins lès broûs, come li spot l’ dit. À Warnint, on sowête dès poûris-agnons aus cis qui vos r’clapèt l’ uch. À Andène, po s’ fé bin veûy, on tchante çoci:

À l’ portchèsse di sint Grégôre, qui l’ bon Diu vos-avôye dès gros-agnons, come li cu d’ on vî tchôdron.

 

Faut-i crwêre qui, come lès cis d’ Rhodes,  lès-èfants d’ Bèrnissât bèvint dè vin? Tantia qu’ is tchantint:

C’est 1′ ducace des écoliers ;

nous aurons du pain croté, nous aurons du vin à boire.

Vive saint Grégoire

Du matin jusqu’au soir !

 

 

Malaujîys mots:

 

portchèsse, quête, d’où le verbe portchèssî / wastia, gâteau / osé, bien rempli / fé bèrwète, rentrer bredouille / midone, généreux / tchèneter, fouetter / maltôter, mal­traiter / bèséye, contenu de la besace / maraye, fille / Bèrnissât, Bernissart (Hainaut) / tantia, tant et si bien / pain croté = pain perdu./ pèneûse samwin.ne, semaine sainte.

 

Camille Jauquet, Sint-Grégôre  (Djaucelète / Jauchelette)

 

Doze dë Maus’, fièsse dë Sint Grégôre.

 

Lès-anéyes passenèt èt lès vîyès-abëtëdes ossë.

Dins l’ timps, quand dj’ èsto gamin vécë à Djaucelète, on fièsteûve lë Sint Grégôre, patron dès scolîs.

Cë djoû-là au matén, tos lès-èfants dè l’ amia së ramassine èchone po-z-aler à l’ cinse.

On-intreûve pa l’ ëch dè djardén èt on sôrteûve pa l’ ëch dè l’ cou en tchantant one pëtëte tchanson mëtan français, mëtan walon :

 

« Marîye-Tèrése, tërèz, tërèz-me à bwâre,

C’ è-st-audjoûrdu la Sint-Grégwâre

Tirez-moi de la bière

Tirez-moi de la bonne

Pour réchauffer mon cœur

Et vous m’entendez bien (bis) ».

 

Lë dame dè l’ cinse qu’ èstot Madame Brabant, lë grand-man.man d’ Madame Wigni vécë dë Perwez, avou l’ Maîsse èstot dins l colëdôr avou on tchèna plin d’ ous èt èlle è doneûve deûs à chake èfant èt on-èstot contints, todë en tchantant. Deûs-ous à ç’ timps-là, c’ èstot dèdjà bran.mint.

Lès djins vëkine pëtëtemint mins is n’ achetine nèn à tempèramint.

 

 

Le folklore au pays de Namur, 1930, Guide-programme de l’exposition de folklore et d’industries anciennes, A.R. de Namur

 

(p.19) La fête des écoliers est la « Saint-Grégoire » (12 mars)

 

Jadis, les écoliers enfermaient le « maître » complaisant, dans son auditoire, et organisaient une ronde autour de lui.

Aujourd’hui la fête de St-Grégoire est encore célébrée à Boneffe, à Gerpinnes, à Warnant, à Andenne, à Fosses, à Perwez (1).

A Andenne, les écoliers coiffés de mitres en papier, vont de porte en porte, récoltant des oignons :

« A 1′ portchèsse di sint Grégôre

Qui 1′ bon Dieu nos-avôye

Dès grands-agnons

Come li cu d’ on vî tchaudron. »

 

A Sclayn, la Saint-Grégoire était remplacée par la Saint-Thomas (21 mars) avec des usages analogues.

A Namur, la Saint-Thomas se célébrait le 21 décembre, et à cette occasion, vers 1860, existait encore une curieuse coutume : la veille de la fête, l’instituteur remettait à ses élèves les vieux cahiers de l’année

 

(1)   La St-Grégoire en Wallonie, par R. H. « Guetteur Wallon » février 1928. Usages scolaires, par Louis Banneux, « Guetteur Wallon » de mars 1928.

 

(p.20) que les enfants déchiraient pour en faire des cocottes de papier. Ils les alignaient sur les bancs, la queue en l’air et le maître d’école les enflam­maient. Tandis qu’elles flambaient, les bambins chantaient :

S. Toumas                                        

Bultez, bulta                                   

I n’ èst nin sitôt bulté                      

Qui dins trwès djoûs, c’ èst Noyé         

 

(S. Thomas / Brûlez, brûla / Il n’est pas sitôt brûlé / Que dans trois jours, c’est Noël.)

 

 

Maurice Chapelle, La Saint-Grégoire, s.d. /1970s/

 

12 mars

Autrefois à Ver-Custinne

 

Récemment au Mesnil, à Dourbes, Gouy, Warnant, Presles, Acoz, Montignies-sur-Sambre, Villers-le-Gambon

 

Une coutume toujours vivace à Eprave (Rochefort), in : Singuliers, 2, 2009, p.23

 

Au petit matin de la Saint-Grégoire, le 3 septembre, tous les garçons fréquentant l’école primaire du village se rassemblent sous la conduite de l’aîné d’entre eux. Déguisé en saint Grégoire, aube, chasuble, mitre et crosse, flanqué de deux anges incarnés par les deux cadets de l’école, il emmène sa troupe de maison en maison.

Devant chaque porte, ils entonnent la chanson de saint Grégoire, espérant recevoir un peu d’argent ou les ingrédients qui entrent dans la préparation des galettes.

La tournée terminée, les denrées sont livrées au boulanger Fautré de Rochefort, là où, de père en fils, la tradition trouve son accomplissement. Il en tire quelques volettes de cougnous, de quoi en remettre une vingtaine à chaque enfant. Saint Grégoire s’approprie trois parts et chaque ange deux.

A la Sainte-Gertrude, le 16 novembre, les filles de l’école se livrent à la même procession, emmenées par une grande, costumée en religieuse.

 

La partition est reconstituée sur base de l’interprétation de Michel Laurent (natif d’Eprave le 22/08/1960). Le texte a été transmis par Bernadette Martin (native d’Eprave le 24/02/1970).

 

St-Grégoire (Rochefort), AL 04/04/1992

 

(Eprave) ramassadje di cougnous pauzès-èfants

 

Anhée / La Saint-Grégoire, à Warnant, VA 17/03/2006

 

CETTE année encore, les petits et grands Warnantais ont fêté la Saint-Gré­goire.

Affrontant, toute la journée pour les plus grands, le froid et le mauvais temps, ils ont ré­colté farine, sucre, beurre et œufs auprès de tous les habi­tants du village en leur fredon­nant le chant de la Saint-Gré­goire.

Ceux qui ne délivraient pas de vivres ont reçu la malédic­tion de « poûris-agnons ! » pour l’année entière ! Les grands, Dorian, Hugo, Isabelle, Justine, Martin, Aimé, Alice et les plus jeunes, Anaïs, Liam, Loïc, Nathan, Florian, Dorian, Hadrien, Tom, Valentine, Aline, Robin Perrine, ont ainsi amassé 131 kilos de matière première qui serviront à confec­tionner les traditionnels nœuds auprès d’un boulanger d’Anhée.

Comme l’an dernier, cer­tains parents ont assuré le ra­massage des enfants en trac­teur et accompagné les plus jeu­nes. Des anciens, Romain, Syl­vain et Julien s’occupaient, quant à eux, de la sécurité rou­tière.

En forme de réconfort, les courageux héros, quelque peu frigorifiés, ont reçu galettes et chocolat chaud à leur retour du grand et du petit tour.

 

 

Li Sint-Grégwêre o Payis d' Nameur èt d' Lîdje (La Saint-Grégoire au Pays de Namur et de Liège)

(O(scar) C(olson), in: Wallonia, 1894)

Warnint (Warnant) - li Sint-Grégwêre

(in: Le Soir, 30/03/1987)

Li Mwèni (Le Mesnil) - Sint-Grégwêre (Saint-Grégoire)

(VA, 29/03/1997)

Rotchefwârt (Rochefort) - li Sint-grégwêre (la Saint-Grégoire)

(VA, 04/04/1992)

(VA, 28/12/2012)

Djodogne (Jodoigne) - li Sint-Grégwêre (la Saint-Grégoire)

(Os(car) Duchesne, in: Le Folklore Brabançon, 1923, p.235-237)

(in: E.M.V.W.)

Aursumont (Arsimont) - li Sint-Grégwâre (la Saint-Grégoire)

(in: Louis Verhulst, Glossaire d’Arsimont, édité par Julie Servotte, s.d.)

Warjou (Warisoulx) - li Sint-Grégwêre

(Goerges Linchamps, in: Warisoulx, mon village, 1987)

 

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

 

in: So lès bazès scoles dè vî timps, “Notul”, à Cronmoûse (comeune di Hèsta), BSLW, 1861, p.67-75

 

(p.70) Sint Grigô, li patron di tos lès maîsses di scole.

Hèsta (Herstal) - li Sint-Grigôre (la Saint-Grégoire)

(in: Herstal, Un patrimoine pour une nouvelle commune, s.d.)

Lîdje (Liège) - lès hèles ( / hèyes) dè l' Sint-Grigôre (les quêtes de la Saint-Grégoire)

(in: Warsage, éd., Traditions populaires disparues de la province de Liège, s.d.)

 

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

vôtes (crêpes)

galètes (galettes)

 

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

Sint-Grégwêre (Saint-gRégoire)

(s.r.) 

Bos-du-Luc (Bois-du-Luc) - Sint-Grégwâre (Saint-Grégoire)

(Robert Dascotte, in: El Mouchon d’ Aunia, s.d., p.68)

 

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

 

cf 1.1 Sint-Grégwêre à Sinzèye / Saint-Grégoire à Senzeilles

 

5 Scrîjadjes / Littérature

Joseph Boucher (Torèbay-lès-Bèguënes / Thorembais-les-Béguines), Lë Sint-Grëgwêre, in: Lë Sauvèrdia, 292, 2012

 

Conëchoz co l’ ëstwêre

Dë nosse mèyeû condji

Quand n’ fièstines sint Grëgwêre,

Lë patron dès scolis ?

 

Nos mètines së nosse tièsse

Dès tchapias d’ tène papi,

Lès fêyes leûs rëbans d’ fièsse

Èt leû pës nou cèdri.

 

Au pës rade, on ‘nn’ aleûve

Po ramasser 1′ mindji

Èt tote nosse binde tchanteûve

È mostrant sès panis :

 

« C’est aujourd’hui la Saint-Grégoire,

C’est pourquoi nous venons vous voir,

C’est pour demander la quête, oh oui bien,

Pour célébrer la fête si vous m’entendez bien.

Une charité faite en son nom

Est une très belle dévotion. »

 

Së on fieûve clér vësadje

È choûtant nosse tchanson,

Nos l’zi d’jines au passadje :

 « Vos-aroz d’ gros-agnons ! »

 

Quand l’ avarëce dârmeûve

Padri l’ ëch d’on capon*,

Tot d’ sûte, on 1′ dëspièrteûve

Pa dès : « Pourës-agnons ! »

 

Nos ramassines dè bûre,

Dès-ous, dè sëke dë pot

Èt, po fé bone machûre*,

Dè l’ farëne en satchot.

Dè sayén*, dè l’ lëvêre*,

Dès botèyes dë lacia,

Tot ç’ quë n’ èsteût nén tchêr,

Mins qu’ nos conveneûve au mia.

 

Nos triyines nos dinréyes

Èt tôt èsteût machi

Po qu’ se 1′ fén d’ nosse djoûrnéye,

On p’iëche aler mindji.

 

Lë plaîjë cominceûve

Së 1′ côp d’ bwêre lë cafè,

Quand tot 1′ monde së r’troveûve

Èt loufeteûve* à r’lètche dwèt

Lès tchôdès vôtes lèvéyes

Èpëléyes adrwètemint

Pa-d’vant nos lèpes sëcréyes

Èt nos-ouys vif ârdjint.

 

Timps qu’ nos nos-amûsines

À-z-ècrauchi nos dints,

Nos parints djârdënine

On cwén d’ têre raddëmint.

Èt plantine leûs chalotes             

Èt sèmine leûs-agnons               

Po n’oyë pont d’ faflotes*           

Së l’ dëfén dè l’ saîson. 

 

Lë doze dë maus’ asteûre

N’ èst pës on djou d’ condji,

Mins on sème co d’ boune eûre

Dé on bon djârdëni.

 

 

capon, homme peu fiable

machûre, mélange

sayén, saindoux

lëvère, levure

loufeter, manger goulûment

faflote, chose sans valeur

 

extrait du recueil Autou d’nos clotchis, 1997

 

P. Nolevaux, Sovenance  dë Sint-Grégwêre

 

Doze di maus’ : lë djou qu’ on sèmeùve lès-agnons !

 

(…) Doze di maus’ ! Po nos-ôtes, lès-èfants, c’ èsteut 1′ pës bia djou d’ l’ an, après 1′ Sint-Nicolès. Longtimps d’ avance, nos-astëkin.n lë bia tchapia qu’ nos pwartin.n cë djou-là. Nos 1′ dèscôpins dins dès cârtons, nos lî donins 1′ fôr­me di mitre. Nos 1’ gârnichins d’ saquants-ëmaudjes èt d’ rëbans qu’ nos cotayins dins dès restants d’ vi foûrau.

 

Doze di maus’ ! Cë djoû-là, nos-ènn’ alins tortos èchone, fèyes èt gamins, cwèfés d’ nosse bia tchapia pa lès vôyes èt lès pîd-sintes, pa-t’t-avau lë amia, avou sachots, crëche èt tchèna po-z-î rècolter d’ qwè fè 1′ vôte.

 

Nos nos stampin.n dëvant cha­ke ëch èt nos tchantins on p’tët coplèt : « C’est aujourd’hui la Saint Grégoire . C’est pourquoi nous venons vous voir . C’est pour demander la quête, oui bin !, Pour   célébrer   la fête,   si   vous m’entendez bien !

 

Nos r’ciyins dès-ous, dè l’ farène, dè bûre, dè sëke, dè lacia. O-ce  qu’ on n’ nos doneûve rin — mins c’ èsteut pëtôt râre — nos criyins au pës fwârt : « Dès pourës-agnons ! », èt nos-alins on-ëch pës lon.

Ossëtôt l’ toûrnéye faîte, nos-intrins à 1′ maujone d’ onk dë nos camarâdes èt 1′ mame î fieûve lès vôtes.

 

Djè 1′ vwè co lès fé zoupeler è l’ aîr èt lès rascoude. Èle n’ è mankeûve nén one. Nos-ôtes, autoû dè 1′ tauve, nos nos r’ lètchins nos dwèts, rèn qu’ à lès veûy dorer.

Quand 1′ platenêye èsteut cûte, nos l’ atakins dè côp. Nos d’vins fwarci on pau po mindji jësqu’à 1′ dérène, mins nos-î arëvins.

 

À l’ vièspréye, nos-èralins contints èt bèn rimplës, nos promètant dë r’comincî l’ anéye sûvante.

 

 

6 Ôte paut en Bèljike, … / Ailleurs en Belgique, …

Tollembeek - het Sint-Gregoriusfeest (li Sint-Grégwêre / la Saint-Grégoire)

(Maurice Peremans, in: Brabants Folklore, 12, 1923, p.308-309, 312-313)