Halloween dins l' culture walone / Halloween dans la culture wallonne

0 Introdw√ģjadje / Introduction

Nadine Crétin, Dominique Thibault, Le livre des fêtes, Gallimard, 1991

 (p.48) Halloween

All Hallow’s eve, veille de la Toussaint

 

Issue de l ‘ ancienne f√™te celte de Samain qui c√©l√©brait le retour de la saison froide, la nuit de Halloween √©tait, selon la l√©gende, propice aux sorci√®res.

Les enfants se d√©guisent en fant√īmes ou en sorci√®res et sonnent aux portes des maisons, en mena√ßant: Trick or Treat (un sort ou un bonbon).

Ils se réunissent ensuite pour des jeux avec des pommes, des noix ou noisettes.

 

Le Jack-o’-lantern

Le soir de Halloween, des citrouilles grimaçantes éclairées de l’intérieur par une bougie sont placées aux portes ou aux fenêtres. Auparavant, ces lampes étaient faites dans des navets ou des betteraves.

Leur nom viendrait d’un Irlandais, Jack, trop avare pour m√©riter le paradis, et chass√© de l‚Äôenfer par le diable √† qui il avait jou√© de mauvais tours. Ainsi fut-il condamn√© √† errer sur terre avec sa lanterne.

 

Alain Dewier, A propos d’ “Halloween” et du “Grigne-Dints” “, in¬†: El Mouchon d‚ÄôAunia, 1, 2000, p.16-20

 

Ren√© Pasquier est aujourd’hui retrait√©. Son grand-p√®re, sabotier de profession, lui a l√©gu√© la passion du travail du bois en g√©n√©ral et de la saboterie en particulier. Dans son jardin, notre ami a am√©nag√© un atelier de sabotier, o√Ļ il passe de longues heures chaque jour. Sabotier de coeur, passionn√© par

l’histoire de son quartier (il milite au sein du comit√© de quartier), Ren√© Pasquier fut, il y quelques ann√©es, un gamin espi√®gle et farceur. Nous √©tions l√† au beau milieu de la Seconde Guerre mondiale et Ren√©, comme tous les enfants de son √Ęge, sacrifiait √† la tradition des ” Grigne-Dints “.

 

“… Je me souviens, c’√©tait en 1941, j’avais 9 ans √† l’√©poque. J’allais p√™cher avec mon fr√®re au Moulin Collet. Mon fr√®re a√ģn√© (il est 7ans plus √Ęg√© que moi) √©tait un grand amateur de p√™che. Un jour, il me tend un gros poisson qu’il me demande de mettre dans la goujonni√®re. Malheureusement, il est retomb√© dans la rivi√®re. Il m’est tomb√© un coup de pied ,… . Apr√®s cet √©v√©nement, ne voulant plus rester pr√®s de mon fr√®re, j’ai repris le chemin de la maison. Chemin faisant, il me vint l’id√©e d’aller chercher des betteraves au ” Grand Peuplier” (on √©tait en novembre. Aujourd’hui toutes les terres agricoles ont √©t√© expropri√©es pour faire l’autoroute. Le fermier avait d√©j√† d√©vers√© ses betteraves

autour de sa ferme. Il allait bient√īt les mettre en silos. Je choisis deux belles grosses betteraves et repris mon chemin. Comme il commen√ßait √† se faire tard je d√©cidai de prendre un raccourci √† travers champs, √† travers la propri√©t√© d’un certain fermier. Par manque de chance, il chassait sur ses terres en compagnie de son chien. Il m’aper√ßut et cria quelque chose que je ne compris pas bien. Comme je savais qu’il n’aimait pas que l’on passe par son champ, je me mis √† courir. Aussit√īt, il lan√ßa son chien derri√®re moi Je n’eus d’autre ressource que de descendre dans la rivi√®re toute proche, pour me dissimuler sous un pont. J’y suis rest√© une bonne heure et demie, assis sur un gros caillou, sans jamais oser sortir. Je devinais le fermier tout proche. Pour finir lorsque la nuit fut tomb√©e, il rentra chez lui. Je l’imitai aussit√īt, avec mes deux pr√©cieuses betteraves que je voulais transformer en ” Grigne-Dints” Quelques jours plus tard je vidais les deux betteraves, je per√ßais les yeux et je sculptais les dents. Peu apr√®s, avec des copains, nous d√©cidions de faire quelques farces avec nos “Grigne-Dints” √† proximit√© de la Place du Souvenir √† Houdeng-Aimeries. Une fois une bougie

allum√©e plac√©e √† l’int√©rieur des betteraves, il ne nous restait plus qu’√† les dissimuler dans un arbre situ√© en face des habitations et aller frapper aux portes. L’image fantomatique de ces figures monstrueuses qui brillaient dans la nuit effrayait souvent les gens surpris. Un voisin nous avait vus. Et au moment o√Ļ nous allions frapper √† la porte, il nous a lanc√© un pot de chambre √† la t√™te ! C’est l’une des choses dont je me souviens. Bien s√Ľr, nous avons fait d’autres farces, au ” Pav√© del Tone ” notamment. La technique √©tait toujours la m√™me. On dissimulait la betterave de mani√®re √† ce qu’elle soit vue de tout le monde. Parfois, il y avait des gens qui √©taient plus superstitieux que d’autres et ils

venaient briser les betteraves. On s’amusait bien et ce n’√©tait pas m√©chant… “.

 

Le ” Dictionnaire du Wallon du Centre” de MM. F. Depr√™tre et R. Nop√®re, d√©finit le terme ” Grigne-Dints ” comme suit : ” Epouvantail form√© d’une grosse betterave √©vid√©e dans laquelle on a pratiqu√© des yeux et une bouche pourvue de dents ; √† l’int√©rieur, une bougie allum√©e en fait ressortir la laideur . “. Ren√© Pasquier, tout en continuant √† √©voquer ses souvenirs, nous livre ses secrets de fabrication : ” … En premier lieu, on coupait la t√™te de la betterave (on √©liminait les feuillesi sur une √©paisseur de plus ou moins deux centim√®tres. La deuxi√®me √©tape consistait √† la vider compl√®tement, √† l’aide d’un couteau, d’un canif et d’une cuill√®re que l’on aiguisait sur une pierre. Quand elle √©tait bien vide (on essayait d’avoir une peau tr√®s mince, on commen√ßait √† percer les yeux, le nez et la bouche.

(p.17) Cette derni√®re √©tait g√©n√©ralement tr√®s grande, de mani√®re √† pouvoir tailler les dents √† l’image d’une grille. Il ne nous restait plus qu’√† y mettre une bougie ou un morceau de chandelle que l’on chipait dans un coin, dans une armoire √† la maison. Plus la peau du ” Grigne-Dints ” √©tait fine, mieux on

voyait la lumi√®re diffus√©e par la flamme et plus c’√©tait impressionnant. Ensuite, on refermait la betterave, pour √©viter que le vent n’√©teigne la flamme. Tout cela se passait aux environs de la Toussaint, √† l’√©poque des betteraves. Parfois, nous allions arracher nous-m√™mes les betteraves sur les champs . parfois nous les prenions dans les silos (souvent, avec l’accord du fermier). De ce fait, la

” f√™te ” perdurait assez longtemps. Actuellement, les betteraves, sit√īt arrach√©es, partent pour les¬† La tradition du ” Grigne-Dints ” √©tait fort r√©pandue. Nos parents ne pouvaient pas toujours sucreries… .

nous acheter beaucoup de jouets. On s’amusait comme on pouvait. Et lorsque l’on √©tait trop √Ęg√© que pour faire ces farces nous-m√™mes, nous montrions aux plus jeunes comment fabriquer un ” Grigne-Dints “. Quand on ne pouvait pas avoir de bougie, on utilisait du suif que l’on faisait fondre, Un vieux lacet servait de m√®che. Oui on s’amusait vraiment bien. 11 fallait simplement faire attention au couvre-feu.., “

 

Ren√© Pasquier poursuit aujourd’hui le r√™ve de faire revivre cette ancienne tradition, Qui sait, si dans un avenir proche, les ” Grigne-Dints” ne concurrenceront pas les citrouilles d’Halloween. Tradition europ√©enne, “√©migr√©e” aux Etats-Unis, Halloween r√©appara√ģt dans nos r√©gions √† l’issue de la Seconde Guerre mondiale avec la pr√©sence permanente des troupes am√©ricaines au Shape. Il semblait int√©ressant d’√©voquer cette tradition (similaire √† celle du ” Grigne-Dints”) qui prend de plus en plus d’importance chez les jeunes.

 

La f√™te d’Halloween

 

Le terme “Halloween” trouve son origine dans une expression anglaise ” All Hallow Even ” signifiant “Veille de la f√™te de tous les Saints” (Toussaint). Cette f√™te que l’on attribue g√©n√©ralement aux Am√©ricains est en fait originaire de la vieille Europe.

Aujourd’hui, il n’est pas rare de rencontrer des commer√ßants ou des particuliers qui d√©corent leurs fa√ßades ou leurs vitrines √† l’occasion de la f√™te d’Halloween, qui se d√©roule traditionnellement le 31 octobre. La pratique de cette f√™te s’est g√©n√©ralis√©e dans nos contr√©es suite √† l’arriv√©e massive des troupes am√©ricaines √† l’issue de la Seconde Guerre mondiale. De plus en plus, les toiles d’araign√©es,

les sorci√®res, les fant√īmes et autres citrouilles creuses et √©clair√©es sont¬† dispos√©s derri√®re les vitres.

Depuis quelques ann√©es √©galement, de jeunes enfants d√©guis√©s viennent frapper aux portes des maisons en r√©clamant des friandises. Deux traditions festives g√©n√©ralement attribu√©es au continent am√©ricain. En fait, l’essence m√™me de la f√™te d’Halloween fut ” export√©e ” aux Etats-Unis par les

émigrants irlandais au 19ème siècle.

 

Halloween est donc une f√™te irlandaise d’origine celtique. Appel√©e ” Samain “, ” Saman “, ” Samhain “, ” Samonios “(pour les Gaulois), elle correspond √† la fin et au d√©but de l’ann√©e celtique, sans toutefois appartenir √† l’une ou l’autre. ” Samain ” correspond √† une journ√©e noire, hors de temps, o√Ļ les vivants

de ce monde rencontrent les morts du ” Royaume d’ Ankou ” ( comprenez de l’au- del√†). Selon la croyance populaire, ” Samain” permettait aux d√©funts non-r√©incarn√©s de rendre visite √† la famille, aux amis, La f√™te celtique durait trois jours : le premier jour √©tait vou√© au culte des h√©ros, le second jour c√©l√©brait la m√©moire des d√©funts, le troisi√®me jour √©tait r√©serv√© aux banquets et aux festins. Au 11√®me si√®cle, l’√©glise qui ne parvenait toujours pas √† supprimer cette croyance populaire ancestrale, l’assimila. Deux journ√©es furent gard√©es, Le premier jour devint la Toussaint, le second fut consacr√© √† la f√™te des d√©funts. En √©migrant aux Etats-Unis au si√®cle dernier, les colons irlandais impos√®rent la (p.18) f√™te de ” Samain ” sur le nouveau continent, alors qu’elle disparaissait progressivement dans nos contr√©es. La pr√©sence am√©ricaine au lendemain de la Seconde Guerre mondiale devait la r√©implanter chez nous, avec toutefois certaines modifications par rapport √† la f√™te originelle.

 

Des origines gauloises aux colons irlandais

 

Le peuple celte le plus important √©tait sans nul doute le peuple gaulois. Les r√©f√©rences de leur calendrier √©taient bien diff√©rentes des n√ītres. Le nouvel an gaulois ne d√©butait pas le 1er janvier, mais bien le 1er novembre. La fin de l’√©t√© √©tait fix√©e √† la journ√©e du 31 octobre, qui d√©terminait la fin de l’ann√©e et le retour des troupeaux vers les √©tables, Le dieu Soleil √©tait alors remerci√© pour sa

cl√©mence qui avait autoris√© de bonnes r√©coltes. Les mois d’hiver pouvaient venir, la lutte contre les t√©n√®bres et le froid s’envisageait sereinement, Comme la plupart des peuples anciens, les Gaulois n’√©taient tr√®s superstitieux. Selon leurs croyances, l’esprit des morts pouvait rendre visite aux √™tres chers, toujours vivants, le dernier jour de l’ann√©e. La nuit du 31 octobre marquait le d√©but de “Samain”. Un important rituel entourait la c√©r√©monie. Les feux √©taient √©teints dans les huttes.

Hommes et femmes se rassemblaient autour des druides qui v√©n√©raient le Dieu Soleil en √©touffant le feu sacr√©, avant d’y placer de jeunes branches de ch√™nes qui, une fois enflamm√©es, chassaient les esprits mal√©fiques. Les druides remettaient ensuite un tison enflamm√© √† chaque chef de famille afin qu’il ravive le feu familial, cens√© br√Ľler jusqu’√† l’automne suivant en prot√©geant le foyer des dangers √©ventuels.

Dans cet √©tat d’esprit, les Gaulois se d√©guisaient de mani√®re effrayante afin de mieux chasser les mauvais esprits- Bien qu’elle perdura sous cette forme primitive durant plusieurs si√®cles, la f√™te de “Samain” fut progressivement incorpor√©e au calendrier catholique. Une assimilation qui ne se fit pas sans certaines modifications- Au 8√®me si√®cle, le pape Gr√©goire III √©tablira une f√™te des Saints au mois de novembre ; vers 840, le pape Gr√©goire IV instaura la pratique de la Toussaint et proclama ce jour et la veille, jours de f√™te ; en 1048, Odilon de Cluny proclama le 2 novembre : “Jour des Morts”. Au d√©but du 11√®me si√®cle, on voit appara√ģtre en Angleterre deux termes nouveaux qui allaient se g√©n√©raliser et qui qualifiaient ces deux journ√©es : “All Hallows Day” (la Toussaint), “All Hallow Even” (la nuit sainte qui pr√©c√®de la Toussaint), Cette derni√®re d√©nomination √©voluera pour finalement devenir “Halloween”. Toute une s√©rie de traditions et l√©gendes se rapportent √† la f√™te d’Halloween.

Deux d’entre elles font r√©f√©rence √† la f√™te en elle-m√™me : la tradition du “Callcannon” et la l√©gende de “Jack-O’-Lantern”.

 

“Callcannon”

 

V√©ritable fer de lance de la tradition culinaire irlandaise li√©e √† la f√™te d’Halloween, le ” Callcannon ” est un plat compos√© de pommes de terre, de panais et d’oignons frits. La tradition voulait que l’on y ajoute une bague, un d√©, une poup√©e en porcelaine et une pi√®ce de monnaie- Lors du repas, la personne qui trouvait la bague pouvait se marier dans l’ann√©e, celle qui trouvait la petite poup√©e de porcelaine allait avoir un enfant, celle qui trouvait le d√© resterait c√©libataire toute son existence et celle qui avait la chance de trouver la pi√®ce de monnaie allait conna√ģtre la fortune.

 

(p.20) “Jack-O’-Lantern”

 

Jack-O’-Lantern est certainement l’un des personnages les plus typiques de la f√™te d’Halloween. Le nom de ce personnage est g√©n√©ralement associ√© aux √©normes pommes de terre, rutabagas et autres navets qui, une fois creus√©s, sont utilis√©s comme lanterne en Irlande. La l√©gende raconte que le diable offrit un verre √† un ivrogne patent√© et avare d√©nomm√© Jack, avant de l’emmener avec lui. Pour payer son verre, le diable se changea en pi√®ce de dix pence. Jack s’en saisit imm√©diatement et l’enferma dans son sac qui poss√©dait une serrure en forme de croix. Le diable ne put s’√©chapper de sa prison. Finalement, Jack lib√©ra le diable en √©change d’une ann√©e de plus sur terre. Douze mois plus tard, Jack fit une autre ” farce ” au diable, le laissant au bas d’un arbre, en √©change de la promesse qu’il ne 1’emb√™terait plus. Suite √† son d√©c√®s, Jack fut chass√© du Paradis pour transgression et de l’Enfer suite √† ses farces. Il fut condamn√© √† errer continuellement. Jack obtint du diable du charbon br√Ľlant qu’il pla√ßa dans un navet qu’il mangeait, afin d’√©clairer son chemin dans le noir.

 

Plus près de nous

 

Il faudra attendre la fin du 19√®me si√®cle pour qu’Halloween devienne une f√™te importante aux Etats- Unis, avec ses coutumes et ses traditions : le “Trick-or-Treat” (frapper aux portes pour r√©clamer des friandises), la pr√©sence de sorci√®res. Et bien que la f√™te ne dure qu’une seule nuit sur le continent

am√©ricain, les enfants passionn√©s la pr√©parent un mois √† l’avance : cr√©ation de costumes, d√©coration des fa√ßades et fen√™tres, etc… . Les enfants d√©guis√©s de mani√®re effrayante repr√©sentent les mauvais esprits d’hier qui jouaient mille et un mauvais tours aux vivants. Car si 1’ambiance bon enfant d’Halloween s√©duit aujourd’hui, il n’en fut pas toujours de m√™me. Au d√©but du 20√®me si√®cle, les plaisanteries des enfants d√©guis√©s n’√©taient pas toujours anodines…

 

En guise de conclusion

 

Depuis son apparition vers le 7√®me si√®cle, la f√™te de ” Samain ” ou d’Halloween n’a cess√© d’√©voluer.

Sans doute √©voluera-t-elle encore au 21√®me si√®cle. Puisse-t-elle perp√©tuer la tradition dans ce qu’elle a de meilleur et de plus sain, en continuant √† bannir toute forme d’agressivit√©. En partant d’Irlande vers les Etats-Unis o√Ļ elle s’est modifi√©e avant de revenir en Europe, la f√™te d’Halloween a boucl√© la boucle. Elle est revenue √† sa source pour mieux √©voluer encore !

Halloween

(François Mathijsen, in: LB, 21/10/2013)

1 Tradicions - 1.1 (ouwès'-walon / ouet-wallon) Lès grigne-dints (à Prêle (Presles))

(Prêle / Presles) in: Il était une fois…, 1981

Les grigne-dints (grince-dents) √©taient des betteraves creus√©es en figure humaine, et √©clair√©es, par l’int√©rieur, au moyen d’une bougie. Les gamins, le soir, les promenaient au bout d’une perche, ou les dissimulaient dans une haie, pour effrayer les passants peureux.

Au temps jadis, les manufactures de jouets n’approvisionnaient pas les bazars comme celles d’aujourd’hui. L’enfant de maintenant est combl√© de jouets dont la diversit√© est grande allant du simple objet √† des engins m√©caniques, √©lectriques, scientifiques, etc.

√Čtaient rares les enfants d’antan qui, au cours de l’ann√©e ou √† la Saint-Nicolas, recevaient en cadeau des jouets. Au regard des enfants privil√©gi√©s qui avaient des jouets de valeur, les enfants du peuple ne recevaient que rarement un jouet et encore celui-ci √©tait-il bon march√© et de moindre valeur. Les familles du temps jadis regardaient √† leurs mastokes ( pi√®ce de 5 centimes) et √† leurs gros sous (10 centimes) avant de faire de folles d√©penses en frivolit√©s.

L’enfant de jadis se voyait l√©s√© quand un de ses camarades avait re√ßu pour sa Saint Nicolas un beau fusil, un grand cheval de carton ou quelque autre jeu de construction tandis que lui, le pauvre, ne recevait que des brimborions ou des babioles de peu de valeur.

N√©anmoins, les enfants d’antan trouvaient autour d’eux toutes sortes de choses avec lesquelles ils savaient s’amuser. Nous pensons aux p√ģr√®tes de cerise, √† la terre glaise, au bois du sureau ou de saule, etc., dont avec un peu d’imagination ils savaient faire un jeu ou un jouet.

Aussi les jeunes comme les moins jeunes confectionnaient-ils des grigne-dints.

Le village √©tait essentiellement agricole et les cultivateurs plantaient des betteraves fourrag√®res pour le ravitaillement de leurs bestiaux pendant toute la saison du¬†nw√Ęr timps et jusqu’au moment o√Ļ ils remettaient leurs b√™tes au p√Ęturage.

Il poussait plusieurs esp√®ces de betteraves √† collet rouge ou jaun√Ętre. Cette derni√®re vari√©t√© avait la pr√©f√©rence pour faire un grigne-dints car cette sorte donnait de grosses betteraves pouvant peser plus de huit kilos.

Confectionner un grigne-dints, n’√©tait pas bien difficile.

Apr√®s avoir coup√© le collet pour la base, on enlevait une partie du pivot pour obtenir une forme plus ou moins cylindrique. Avec un couteau, on √©vidait la betterave de sa chair en laissant une √©paisseur de deux centim√®tres. Cela repr√©sentait une sorte de vase. √Ä la partie sup√©rieure, on d√©coupait deux trous plus ou moins grands qui simulaient les yeux. Au centre, une d√©coupe en triangle formait un nez et, sous celle-ci, une autre d√©coupe faisait une bouche en laissant assez de mati√®re √† intervalles irr√©guliers pour imiter une m√Ęchoire √©dent√©e.

Le grigne-dints ainsi confectionn√©, il ne restait plus qu’√† attendre que la nuit tombe. Au loin, dans la nuit, c’√©tait assez effrayant de voir cette t√™te grima√ßante marcher, gigoter, danser, courir. Mont√©e sur un b√Ęton, les gamins fac√©tieux venaient se promener dans les rues d√©sertes du village, frappant aux portes des maisons, ou aux fen√™tres, en secouant leur grigne-dints. Ils semaient l’effroi et la panique chez les peureux qui venaient ouvrir l’huis ou jeter un regard en tirant un coin du rideau de la fen√™tre. Cette distraction peu banale amusait les grands qui riaient en voyant la t√™te ou la fuite des non-avertis.

De l’amusement √† la plaisanterie et √† la farce, il n’y a qu’un pas. C’est ce que r√©solurent vers 1875-1880 deux jeunes Preslois n√©s en 1861, Gustave Baudelet et Th√©odore Mainjot ; faire une farce √† un camarade, leur a√ģn√© de trois ans, Gustave Preter.

√Ä cette √©poque, les moyens de locomotion n’existaient pas, il fallait se d√©placer √† pied.

Certains Preslois voulurent am√©liorer leur sort en gagnant un salaire plus √©lev√© et s’engag√®rent comme travailleurs dans les houill√®res de Pont-de-Loup ou du Carabinier √† Ch√Ętelet. Le d√©placement √† pied pouvait se faire soit par la grand-route de Namur, soit par le sentier qui, de la Dr√®ve, traversait la campagne et conduisait aux susdits charbonnages.

Gustave Preter, comme d’autres travailleurs, adopta le second itin√©raire. Habitant √† l’ Roch√®le, il traversait la Place Communale et gagnait, par la rue Haute en c√ītoyant le mur du parc, le lieudit li Dr√©ve, de l√†, il n’avait plus qu’√† suivre li p√ģd-sinte di Pont-d’-Lo√Ľ pour se rendre √† son travail.

Sa journ√©e finie, Gustave Preter aimait s’attarder un peu √† la cantine avant son retour et s’en revenait g√©n√©ralement seul au village.

Les deux farceurs susdits avaient remarqu√© les habitudes de Preter. S’√©tant un soir dissimul√©s derri√®re le mur du cimeti√®re, ils attendirent son retour.

Les houilleurs du temps pass√© travaillaient de longues journ√©es, plus le d√©placement, ce qui faisait dire √† certains mineurs qu’ils ne voyaient le soleil que le dimanche. Partant de chez eux avant l’aube, ils ne rentraient qu’√† la nuit tomb√©e, surtout en cette p√©riode du mois d’octobre et de l’hiver.

Or donc, notre Gustave Preter rentrait chez lui le soir par le chemin qu’il faisait le matin, en sens inverse √©videmment.

Les farceurs, l’ayant aper√ßu de loin, s’empress√®rent d’allumer leur chandelle et de se couvrir la t√™te d’un drap blanc.

Preter, comme à son habitude, arriva à la hauteur du cimetière sans se douter de ce qui l’attendait.

Les deux farceurs agit√®rent leurs grigne-dints au-dessus du mur en psalmodiant des paroles lugubres tout en s’agitant et secouant leur drap blanc au-dessus du mur. D’une voix caverneuse, ils invitaient Preter √† venir avec eux : ¬ę¬†V√©ns avou nos, Gust√Ęve, ti vi√®r√®s come on-√®st b√©n droci‚Ķ (Viens avec nous Gustave, tu verras comme on est bien ici).

Le jeune homme sur le coup stupéfait de cette apparition soudaine et voyant les grigne-dints le suivre, ne demanda pas son reste pour détaler comme un lièvre.

Bl√™me et tremblant de peur, il rentra chez lui tout essouffl√© d’avoir couru. La maisonn√©e, constatant dans quel √©tat il se trouvait, lui en demanda la raison. Gustave, tout tremblant, ne savait que balbutier : ¬ę¬†L√®s fant√īmes, l√®s rivenants, l√®s rivenants. Dj’ a√ģ v√®yu d√®s mw√Ęrts √† l’ ciminti√®re qui m’ pourch√Ľvint en d√®jant : v√©ns avou nos, Gust√Ęve‚Ķ¬†¬Ľ (Les fant√īmes, les revenants, les revenants. J’ai vu des morts au cimeti√®re qui me poursuivaient en me criant : viens avec nous Gustave).

La farce aurait pu se terminer l√† ; il n’en fut rien car les deux farceurs r√©cidiv√®rent quelques jours apr√®s.

Ayant connaissance que Gustave Preter s’en revenait de son travail par l√®s rouwales, rue des Haies maintenant, ils firent chacun deux grigne-dints et s’en vinrent se cacher dans les buissons qui garnissaient un c√īt√© de ce chemin.

Lorsqu’ils aper√ßurent Preter qui tournait le coin de l’ anci√®ne maujo Poule√Ľr, ils allum√®rent leurs bouts de chandelle et plant√®rent de ci, de l√† dans les buissons les quatre grigne-dints.

Derri√®re le bocage, des g√©missements, des plaintes se firent entendre √† l’approche de Gustave Preter. Celui-ci, de nouveau stup√©fait √† la vue des quatre grigne-dints, effray√© et tout tremblant de les entendre parler, fit demi tour et d√©vala la prairie en pente du lieu-dit l√®s Wa√ģbes jusqu’√† la route de Namur (actuelle rue de Fosses ).

Toujours courant, il regagna son logis pour conter √† ses proches qu’il avait vu des t√™tes de morts se promener dans les buissons des rouwales. Ses parents lui reproch√®rent sa couardise, mais rien n’y fit, persuad√© qu’il avait bien vu des fant√īmes.

Le lendemain et les jours qui suivirent, notre Gustave ne s’en alla et ne s’en revint de son travail qu’en compagnie d’autres travailleurs. Ceux-ci le plaisant√®rent, riant de la bonne farce dont lui seul avait √©t√© victime. Ils lui firent remarquer que les fant√īmes n’existent que dans les contes, les l√©gendes et que les morts ne sortent pas ainsi des cimeti√®res pour venir la nuit se promener dans le village.

Ceux qui s’amus√®rent le plus furent bien s√Ľr les deux farceurs Gustave Baudel√®t √®t Ti√®d√īre Mindjot ; ils n’en √©taient pas √† leur premi√®re mais non plus √† leur derni√®re farce.

Ce fut au ch√Ęteau de Presles qu’un jour Ti√®d√īre raconta cette pantomime amusante mais quelque peu macabre.

Ch√Ęl√®rw√® (Charleroi)¬†

√ąl grigne-dints. (Le grince-dents)

Dj√® m’ va vous conter √®l l√©djinde du grigne-dints.

Je vais vous raconter la l√©gende du ‘grince-dents’.

√á’ asto√Ľt dins l√®s-an√©yes cinkante apr√®s l’ gu√™re mondiale. L√®s djins n’ √®stine¬† n√©n fo√Ľrt ritches dins c√®s timps-l√†, is vikine d’ √®l t√™re come tout bon cins√ģ.

C’√©tait dans les ann√©es cinquante apr√®s la guerre mondiale. Les gens n’√©taient pas fort riches en ce temps l√†. Ils vivaient de la terre comme tout bon fermier.

In djo√Ľ, l√®s dj√īnes astine √† l’ maraude pou pouvw√® glan√ģ d√® qw√® mougn√ģ, ma√ģs is n’ astine n√©n des-andjes √† √ß’-n-√®spoke-l√†. In v√ģ cins√ģ pourch√Ľveut l√®s dj√īnes avou s’ foutche po l√®s coridj√ģ.

Un jour, que les enfants √©taient partis commettre des larcins pour pouvoir glaner de quoi manger, mais √† cette √©poque l√† ce n’√©taient pas des anges. Un vilain fermier poursuivit les enfants avec sa fourche afin de les corriger.

Les tchots √®st√ģt pris d’ √®l panike quand √®m’-n-ome rol√† cacho√Ľt d√® lie√Ľ foute √®ne t√®ribe danse. Cachant √† scap√® √† le√Ľ pourch√Ľvant, iun d’ ie√Ľs’ a tch√®yu √©y√®t s’ a tuw√®. Apr√®s l’ gu√®re, insi, √®l mau astout incr√® dins l√®s mwindes bouk√®ts d’ t√™re…

Les jeunes √©taient pris de panique quand il les poursuivit, essayant de leur flanquer une terrible correction. Essayant d’√©chapper √† leur poursuivant, l’un d’eux tomba et se tua. Apr√®s la guerre, ainsi, le mal √©tait ancr√© dans les moindres parcelles de terre…

√ąne boune an√©e passo√Ľt, √®l tchamp du cin√ģe d-alo√Ľt i√®sse √®l t√®y√Ęte d’ √®tranjes f√©nom√®nes. D√®s t√®ribes grignemints d’ dints s√® f√®yine intinde,¬† rindant sokia l’ cins√ģ qui n’ √® pouvut pus d-al√® s’ ocup√® d’ √®s’ t√™re. √ąl bonome do√Ľla vw√®yo√Ľt s√®s b√®ter√Ęves √®s’ foute d√® li.

Une bonne ann√©e passa, le champ du fermier allait √™tre le th√©atre d’√©tranges ph√©nom√®nes. De terribles grincements de dents se faisaient entendre, rendant fou le fermier qui ne pouvait plus aller s’occuper de sa terre. L’homme l√† voyait ses betteraves se moquer de lui.

Du timps d’ √®l pl√®ne lune, d√®s √®tranj√®s f√īmes cour√ģt dins l√®s tchamps. D’ abo√Ľrd, on pinso√Ľt √† d√®s djins qui n’ √®stine rol√† qu√® pou s’ bate. B√©r√Ęde, l√®s rume√Ľrs ont f√©t lie√Ľ to√Ľ. √á’ asto√Ľt √®ne b√®ter√Ęve qui couro√Ľt dins l√®s tchamps.

Lors de la pleine lune, d’√©tranges formes couraient dans les champs. D’abord, on pensait √† des gens qui n’√©taient la que pour des intentions belliqueuses, mais bien vite les rumeurs allaient bon train. C’√©tait une betterave qui courait dans les champs.

D√® √ß’ timps-l√†, on pinso√Ľt qu’√®les-astint sote, toutes c√®s djins-l√† d’ √®l cinse qui racont√ģt le√Ľ rume√Ľr. Ma√ģs l’ grigne-dints a mougn√® l√®s dj√īnes qui rod√ģt dins l√®s tchamps. Tout √ß’ qu’ on trouvo√Ľt √† l’ place d’ √®l ti√®sse, √ß’ asto√Ľt √®ne b√®ter√Ęve. Pus l’ timps passo√Ľt,¬† pus les grigne-dints div’n√ģt imp√īrtants.

De ce temps l√†, on pensait qu’ils √©taient fous, tous ces gens de la ferme qui racontaient leurs rumeurs. Mais le grince-dents mangea les enfants qui r√īdaient dans les champs. Tout ce que l’on trouvait √† la place de la t√™te √©tait une betterave. Plus le temps passait, plus les ‘grinces-dents’ prenaient de l’ampleur.

In djo√Ľ,¬† √®ne √®gl√ģje a stu b√Ęt√ģye tot pr√®s d’ in p’tit vil√Ędje rol√†, √®l cur√® a b√®ni l’ tchamp pou f√® nal√® l√®s maus. √ąne √®tranje d√®couv√®rte, in grigne-dints s’ a pr√©sint√® au cur√®, in m√®te cinkante, √®ne ti√®sse d√® b√®ter√Ęve, d√®s mwins come d√®s racines. I lyi a d’n√® l’ absolucion. √ąl grigne-dints maugr√® s√®s maus a sour√ģ au cur√® dins s’ f√īme d√® dj√īne qu’ il asto√Ľt d’vant qu’ √®s’-n-√®sprit s’ confonde av√® l’¬† tchamp d’¬† b√®ter√Ęves.

Un jour, une √©glise fut construite non loin de ce petit village l√†. Le cur√© b√©nit le champ et fit partir les maux. Une √©trange d√©couverte, un ‘grince-dents’ se pr√©senta face au cur√©, un m√™tre cinquante, une t√™te de betterave, des mains comme des racines. Il lui donna l’absolution. Le ‘grince-dents’, malgr√© ses maux, souria au cur√© sous sa forme d’enfant qu’il √©tait avant que son esprit ne se confonde avec le champ de betteraves.

Le temp passa et chaque ann√©e, au moment de la r√©colte de betteraves, en¬† septembre-octobre, une f√™te fut donn√©e en l’honneur de cet enfant √† l’origine du ‘grince-dents’. La violence envers les enfants est une mauvaise chose. L’enfant cherchait simplement √† se venger de ce fermier qui tenta de le corriger mais qui, au bout du compte, tua l’enfant involontairement lorsque ce dernier tomba au pied de ce champ de betteraves.

Pour comm√©morer cela, les enfants turbulents eurent un jour de f√™te, se fabriquant ainsi une √©trange t√™te qu’ils coloriaient afin de se faire peur dans les champs, tentant m√™me de faire peur aux adultes qui, imprudents, r√īdaient sur leur territoire de jeu.

èl Cente / le Centre

Annie Sirleraut (Oudè / Houdeng-Aimeries), in: MA, 8, 2014

 

Lès grigne-dints

 

Halloween va b√ģnrade v√®ni √®y√®t du pinse √† m’ grand-m√© qui raconto√Ľt qu√®, du temps pass√®, on f√®so√Ľt l√®s grigne-dints.

Du n’ s√© n√ģn si vos savez √ß’ qu√® c’ √®st qu’ in grigne-dints… C’ √®st ‘ne grosse b√®tr√Ęle v√Ľd√©ye av√Ľ d√®s-√ģs, √®ne bouche √®y√®t d√®s dints. Dins 1’ b√®tr√Ęle, on m√®to√Ľt ‘ne cand√®ye pou f√© pe√Ľ √† l√®s djins dins 1′ n√Ľt’. On pi√®rko√Ľt √ß’ b√®tr√Ęle-l√† su in baston √®y√®t on s’ mucho√Ľt pad’r√ģ l’ aye av√Ľ 1′ grigne-dints qui d√®spasso√Ľt au-d’ze√Ľr.

Tout m√®te’nant, c’ √®st la m√īde du potiron. M√®s l’ fi√®sse des grigne-dints, rimplac√©ye pa Halloween, √®st d√®ven√Ľye f√īrt com√®rciale : capia d’ sorci√©re, camisole, mascar√Ęde… tout-√®st bon pou f√© acater l√®s djins.

√ąne bone af√™re pourtant, c’ √®st l√®s p’tits-√®fanls qui vi√®net√®t busk√ģ √† vo-n-uch √®y√®t cantet√®t pou r’c√®vw√Ęr d√®s bonbons.

L√®s m√īdes candjet√®t m√®s… c’ √®st toudi in r’couminchemint.

1.2 Picard√ģye (Picardie)

Havr√© / to√Ľrn√©ye d√®s “Grigne-dints” (√† Halloween) (grign√ģ d√®s dints: montrer les dents ((ici) par moquerie) (foto / photo: 2004)

(√† Qu’vaucamp /Quevaucamps)

Richard De Braekeleer

 

La nuit des lumerotes / Quevaucamps

Les betteraves fourrag√®res, dites lumerotes, sont √©vid√©es afin d’y loger une bougie. On y croise une bouche, un nez, des yeux, de toutes formes… dans un unique but: les rendre les plus effrayantes possibles ! Ces cr√©ations originales proches des citrouilles d’Halloween, mais encore plus de notre patrimoine local, trouvent leur origine dans les les temps anciens.

 

La lumerote


Probablement h√©rit√©es d’un lointain pass√©, les lumerotes faisaient partie de nos traditions et de notre folklore. Petit √† petit elles ont disparu au profit de bien d’autres amusements. Pourtant, pendant des d√©cennies, elles ont fait la joie des enfants, des adolescents mais aussi des adultes. Ces betteraves fourrag√®res √©taient √©vid√©es afin d’y loger une bougie. Des entailles pratiqu√©es dans celle-ci simulaient les yeux, le nez et la bouche d’un personnage hideux. Quand la sculpture √©trange et fantomatique √©tait termin√©e, on y pla√ßait une bougie √† l’int√©rieur. La lumi√®re filtr√©e par les interstices faisait de ces lumerotes leur particularit√©. La tradition voulait qu’elles soient plac√©es la nuit tombante aux endroits les plus lugubres (cimeti√®res, sentiers, fen√™tres, haies, etc …) pour impressionner les peureux et les superstitieux. Malheureusement, ces jeux enfantins furent abandonn√©s par nos marmots au b√©n√©fice de la copie directe d’Halloween, rempla√ßant ainsi nos modestes mais authentiques betteraves du terroir par les citrouilles √† l’am√©ricaine…

(lès lumerotes à Qu'vaucamp)

L√©nora, Halloween : citrouilles ou betteraves? , in: Femmes d’aujourd’hui, 29/09/2006

Chez nous, papa m’a racont√© que, enfant, il creusait les betteraves fourrag√®res (les belles, les rouges!) pour en faire des “grigne-dints”.
La coutume s’est tout doucement √©teinte pour faire place au Halloween am√©ricain. Pourtant … une bande d’irr√©ductibles du c√īt√© de Quevaucamps a remis la tradition au go√Ľt du jour et un √©crivain local lui a consacr√© un livre :

Ce qui est magnifique, c’est que la tradition r√©uni, √† Quevaucamps, toutes les g√©n√©rations : au home, les personnes √Ęg√©es mettent les graines en sachet, les enfants les s√®ment puis les r√©coltent, creusent les plantes, viennent les montrer au home et, finalement, une “nuit des lumerotes” a lieu chaque ann√©e.

1.3 (cente-walon / centre-wallon) Nameur (Namur) - à Djèrbusséye (Gelbressée)

Le Tchafor et la Carri√®re do Bi√®rdj√ģ √† Gelbress√©e, in¬†: La Vie Wallonne, 246, TXXIII, 1949, p.129-133

 

Ah ! les bonnes farces d’autrefois, et les vilains tours aussi ! On se souvient encore de “Malfait” de Sart d’Avril, qui faisait un d√©tour de deux heures et plus pour √©viter le carrefour de Saint-Antoine, o√Ļ ses compagnons avaient plac√© des ¬ę ti√®sses di mw√Ęrts ¬Ľ (1) dans les √©pic√©as. Par nuit noire, c’√©tait lugubre¬†!

 

¬†(1)¬†¬† t√™tes de morts = betteraves¬†¬† √©vid√©es,¬†¬† perc√©es¬†¬† de¬†¬† quatre¬†¬† trous¬†¬† pour¬†¬† figurer¬†¬† le¬†¬† cr√Ęne¬†¬† d’un squelette, et √©clair√©es par une bougie.

Groupe “L√®s T√®t√Ęrs di F√Ęrjole” (Falisolle)

Li di√Ęle, li lumerote ou li grigne-dints

Plusieurs témoins directs appartenant à notre groupe ont effectué cette activité durant leur enfance.

Ni la Toussaint ni la mort ne sont attachées à cette sortie.

Cette tradition se situe à la fin de l’arrachage des betteraves.

Des betteraves fourrag√®res, ou par d√©faut des sucri√®res, sont vid√©es de leur contenu. Chaque betterave est d√©coup√©e, trou√©e et sculpt√©e afin d‚Äôobtenir un semblant de t√™te avec des dents (l‚Äôext√©rieur de la betterave reste intact). Une bougie est plac√©e √† l‚Äôint√©rieur et le tout peut √™tre enfonc√© √† l‚Äôextr√©mit√© d‚Äôun b√Ęton. Lorsque la soir√©e est tomb√©e, pour effrayer les gens superstitieux, des T√®t√Ęrs peuvent frapper aux portes et agiter ces t√™tes effrayantes devant les fen√™tres des habitations. Par la suite, ces t√™tes allum√©es sont abandonn√©es, pour frapper les esprits faibles, dans des endroits fr√©quent√©s. La coutume √©tait aussi de placer ces lumerotes autour de sa maison afin d‚Äôen √©loigner les mauvais esprits.

Me√Ľ (Meux) - Li grignau (celui qui grince des dents)

(Paul Gilles, in: Art et Histoire, Culture, Loisirs de Meux et Environs, 14, 1999)

1.4 √ārd√®ne (Ardenne)

HALLOWEEN OU GRIGNE-DINT ?, in: Annonces de l’Ourthe, 16/11/2000¬†¬†¬†

 

Monsieur G. Finck, d’Esneux, s’adresse √† La Petite Gazette √† une

date o√Ļ tous les commerces sont encore remplis de citrouilles, sous toutes les formes, dans toutes les mati√®res et, surtout, √† tous les prix, pour s’ex¬≠primer au sujet de cette invasion am√©ricaine qui, en quelques ann√©es seulement, s’installa en nos contr√©es.

¬ę Je n’aime pas, me dit-il, cette f√™te am√©ricaine que le commerce essaie (!) d’introduire chez nous. Cependant, je me rappelle vague¬≠ment que, dans les ann√©es 1920, dans mon Ardenne natale (aux environs de Gouvy), ma m√®re √©vidait une betterave fra√ģchement r√©colt√©e. Elle y d√©coupait deux yeux, un nez et une bouche, puis y introduisait une bougie allum√©e. Elle pla√ßait cette esp√®ce de ¬ęlan¬≠terne magique¬Ľ √† une fen√™tre de notre ferme, c√īt√© rue, pour √©loigner, me semble-t-il les mauvais esprits. D’autres parents faisaient de m√™me. Y aurait-il, demande avec humour mon correspondant, une personne plus √Ęg√©e que moi, je n’ai que quatre-vingts ans! qui pourrait pr√©ciser cette coutume et pr√©ciser s’il s’agissait l√† d’un folklore wallon, bien de chez nous cette fois?¬Ľ

J’esp√®re de tout coeur que quelqu’un pourra nous en dire davanta¬≠ge sur cette ancienne coutume, qui connut son succ√®s en nos contr√©es il y a bien longtemps avant de tomber en d√©su√©tude. Je vous rappelle, qu’il y a un an, j’avais d√©j√† lanc√© pareil appel, mais avec fort peu de suc¬≠c√®s. (…)

Mon correspondant d’alors nous contait qu’enfant √† Anderlues, dans la r√©gion du Centre, il r√©alisait ainsi une figure effrayante dans une bet¬≠terave qu’il √©vidait et √©clairait avec une bougie. Cette figure, appel√©e ¬ęGrigne-dint¬Ľ, √©tait promen√©e, √† la soir√©e, par les enfants qui allaient ¬ęfaire peur¬Ľ aux voisins avec leur betterave.

Il est probable que les grands-parents ont racont√© √† leurs petits-enfants, au moment de Halloween, leurs souvenirs personnels de ce que d’aucuns ont d√©j√† appel√© ¬ęWalloween¬Ľ. Auront-ils la gentillesse de les confier √† La Petite Gazette ? J’attends avec beaucoup d’impatience vos r√©actions √† ce propos et vous en remercie d’avance.

2 Fiadje d' on grigne-dints (Fabrication d'un 'grigne-dints')

Ingrédients et matériel

Р1 betterave fourragère de bonne taille, couteau, cuillère, économiseur, ou tout instrument permettant de tailler la betterave,
– au besoin peinture (gouache), accessoires divers comme coton, l√©gumes, … pour d√©corer le grigne-dints
– 1 morceau de bougie,
– 1morceau de ficelle

Prenez une belle betterave, coupez-en le pied pour rendre le grigne-dints stable et le haut pour pouvoir l’√©vider. Le haut sera conserv√© pour servir au besoin de couvercle.
A l’aide d’un couteau ou d’un √©conomiseur, √©pluchez, si vous le voulez, la betterave pour lui donner un aspect ext√©rieur lisse.

√Čvidez l’int√©rieur de la betterave en faisant attention √† ne pas percer les parois ou le fond

Une fois l’int√©rieur √©vid√©, percez la paroi pour faire les yeux, le nez et la bouche ainsi que les deux trous servant plus tard √† tenir le grigne-dints

Passez ensuite à la décoration du grigne-dints.
Si vous utilisez de la peinture, prenez de la gouache que vous d√©layez dans tr√®s peu d’eau, le jus de la betterave d√©layant d√©j√† par lui-m√™me la couleur.
Placez ensuite un petit morceau de bougie √† l’int√©rieur. Passez la ficelle dans les trous pr√©vus √† cet effet.
Il ne vous reste plus alors qu’√† allumer la bougie, parcourir les rues, frapper aux portes en chantant.¬†¬†

(in:¬†perso.netinfo.fr/PLangevin/ fabrication.htm.¬†Genevi√®ve D’Hert)

one loumerote

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3 Scr√ģjadjes (Litt√©rature)

3.1 (ouw√®s’-walon / ouest-wallon)

Marc De Burges, in: EB, 508, 1998

 

√ąl grigne-dints

¬ę Vijin, vol√®z m’ doner ‘ne b√®ter√Ęve

S’ i vous pl√©t? – D√® v’l√† ieune, √®m’ fis

√ąt si vos d-av√®z co dandji

I d-a in gros moncha √† l’ c√Ęve. ¬Ľ

Pus rw√®d qu’ √®l vint d’ b√ģje, √®l garoute

Gripe su in tch√Ęr, pa-d’zous 1′ tch√®ri…

I satche in canif tout nwêrci

D√® s’ poche √®t t’t-√īssi rade, i boute.

In v√ģ chabot√ģ √† l’ouvr√Ędje

√ąn’ s’reut n√©n pus subtil qu√® li

Pou inv√Ľd√ģ in blo d’ chabli.

D√®s goutes pi√®len√®t 1′ long d√® s’ vis√Ędje…

F√©t-a f√©t qu’ √®l b√®ter√Ęve √®s’ tr√Ęwe,

√ąs’ langue, l√®ye, passe √®t s’alonguit.

I coupe √®l bouche, √®l nez, l√®s-√ģs.

Il intr√®w√®t 1′ sorci√®re qui gr√Ęwe…

Pou parf√©re √®l djeu, i fignole…

D√®s aleum√®tes co√Ľp√©yes √† d’mi

Lyi ch√®rviront d’ brokes; i d√® r√ģt¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Plin s’ vinte t√©lemint qu’ √ßa lyi ch√®ne drole.

Dins 1′ v√Ľde d√® l’ ti√®sse, i m√®t ‘ne bouj√ģye.

Mins i n’ saureut n√©n s’ insp√©tch√ģ

D’ l’ aleumer pou-z-in r’w√©ti

L√®s-√®f√®ts d√® l’ flame qui frumej√ģye.

Du d’bout d’ s√®s bras, i t√©nt s’ ch√® d’e√Ľve

Pw√ģs l’ aproche rade’mint conte d√® li.

Il èst télemint bén rèyussi

Qu’ i d-a pe√Ľ li min.me, c’ √®st ‘ne b√®le preuve!

Tout l’ min.me, v’l√†1′ n√Ľt si longue √† tch√©r’

C’ √®st 1′ rnomint d’ aw√® du pl√©ji!

I va d’l√© 1′ grigne-dints qu’ √ģt mouchi

Dins l’ place d√® d’vant, pa-d’r√ģ l’ √Ęrmw√™re.

 

I l’ aleume, pw√ģs d√®stint 1′ leumi√™re.

¬ę Qu’ il √®st bia!¬† Qu’ il √®st l√©d !¬Ľ, pinse-t-i…

√ąt i s’ d√®cide…¬†¬† I po√Ľsse in cri!

¬ę Maman, au s’co√Ľrs!¬† Papa!¬†¬† Grand-m√©re!

S√®gne√Ľr J√©sus, m√®s qw√®-ce qu’ i s’ passe? ¬Ľ

On co√Ľrt, t√®rtous au pus s√©si…

¬ę √ąne ti√®sse d√® mo√Ľrt!¬† Maria d√®yi! ¬Ľ

√ąt tout l’ monde r√ģt du p’tit v√®rdasse!

3.2 (cente-walon / centre-wallon)

Bernard Louis, Halloween, in : Novèles, 60, 2003, p.7-10

 

 

Li prum√ģ pla√ģji d√® l’ djo√Ľrn√©ye po Sti√®ne Min√®t, c’√®st d’ disploy√ģ s’ gaz√®te su l’ tauve d√® l’ co√Ľj√®ne ; adon, tot b√®vant s’ cafeu √† p’tits c√īps, i r√®l√ģt l√®s-√Ęrtikes qu’i sp√®p√ģer√® apr√®s li d’djuner.

Audjo√Ľrdu vo-le-I√† qu’ i rabroke √® s’ maujone bon-z-√®t-rw√®d, sins d’dj√† r’ss√®rer s’ bw√®sse √† l√®tes.

C’ √®st qu’on l’s-a lach√ģ, v√®yoz, l√®s Halloween. Li trinte-y-onk d’oct√ībe, vos. C’ √®st r√®cta. √áa p√™let√©ye d√®dj√† au coron d√® l’ reuwe. D√®s nw√™r√®s tchapes, d√®s blancs lin√ßous ; i-gn-a po f√©.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Mauva√ģse, val√®t ! Dji m’ va s√®rer m√®s vol√®ts. Come dji s√®reu √®v√īye.

√áa fait qui Sti√®ne √®st bin oblidj√ģ d’ √®sprinde li lampe. On djo√Ľ √®t√ģr √† viker avou l’ √©l√®ctrike. Tot √ßa √† cause di c√®s la√ģds tchirous-l√†.

Sti√®ne a pi√®rdu s’ feume vol√† de√Ľs-ans. On-infractus’. √áa a v’nu come li tonw√Ęre. A ipe li a-t-√®le cof√®ss√© si scr√®t. Di pus timpe, √®lle aveut st√ģ au sp√®cialisse, on djo√Ľ qu’√®le n’√®steut nin (p.8) d’ass√®ne. Pont d’ r√®chuwe, aveut-i dit, s’ √®le ni v’leut nin candji s’ vikadje √®t s’ adw√ģre √† prinde d√®s drogues.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – N’n-aurins d’vu viker chake √† paurt po l’ abw√™re √®t l’ amougni. Adonpwis, vos v’s-auriz fa√ģt d√® l’ b√ģle.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Ele l’ aveut l√®yi goter insi.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† .

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Noste ome, v√®yoz, il √®st co mak√© di √ß’ tch√īde-l√†. A preume qu’ Amandine l’ a v’lu spaurgni. Qu’ √®le li sinteut trop fw√®be.

Aste√Ľre, c’√®st li qui vike √† l’ rassatch√®te. B√ģre, b√Ľre, vin, toubak’, c’ √®st po l’s-√ītes. Li tchau, d√®s c√īps, qu’ i-gn-a. Mins nin po d√ģre, l√†. Au m√©decin tos l√®s quinze djo√Ľs. √ąt todi √† l’awaite po l√®s maus.

Sti√®ne a on r’m√©de : li ch√īcolat. “Anti-d√©presseur”, s’apinse li docte√Ľr. On p’tit bok√®t au c√īp, mins √† chake e√Ľr√©ye. Au matin √®t apr√®s l’ din.ner, li nw√™r cafeu qu’ va avou.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Portant, ni s√© dj’ nin qui dj’ va r’trover Amandine ossi rade qui m’ cw√Ęrps disfalicher√® ?

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Nos-√ītes, l√®s vikants, par√®t, jam√™s pr√®s’ √† dist√®ler. Li Bon Di√® fr√® po on m√®ye√Ľ.

Dimwin, s√®s-√®fants √®t s√®s p’tits-√®fants vont v’nu. I l’zi payer√® √† soper au Tch’voli, su l’ bw√Ęrd di Mo√Ľse, come tos l’s¬≠-ans.

– Nn’-avans todi fi√®sti l√®s-√āmes √† l’ Tossint, nos-√ītes. Au matin, apr√®s grand-m√®sse, on ‘nn’aleut mon m√®s grands-parints, √† Sint-Djw√™r. One rinchinchote qu’ on-z-i r’troveut l√®s cousins √®t cous√®nes. Au qu√Ęrt po trw√®s-e√Ľres, √®v√īye po v√®pes tortos. A paurt m√Ęrine √®t de√Ľs trw√®s com√©res qui d’m√®rint po r’m√®te l√®s cay√®ts √† place.

Il arivenut √® docsau avou s’ pa, si fr√© √®t s√®s mononkes, qu’ il atakint l’ Dixit Dominus. Apr√®s l’ b√®n√®dicsion d√®s fosses, is r’moussint sins taurdj√ģ dins le√Ľ vw√®ture. Faleut-t-√®sse √† Ton d’vant l’ n√™t, po priyi su l’ a√ģte, pwis soper mon l√®s Chauvier, li famile di s’ mame…

¬†¬†¬†¬†¬† – Gn-a d√®s cis qui s’ fi√®t bro√Ľler po n’ nin oblidji le√Ľs-√®fants √† v’nu. Pla√ģ-st-√† Di√® qu’ l√®s m√®nes continuw√®che quand dji s√®r√® d’ l’√īte cost√©.

 

***

 

Apr√®s l’ din.ner, Sti√®ne a p√®t√© on qu√Ęrt.

– Dji m’ va apontyi l’indjole po cho√Ľter Jules Bastin.

Li son√®te chilet√©ye. I n’ crankiye nin. On r’ssaye on pau apr√®s. I monte √® l√†-w√īt po ve√Ľy qw√®.

 

C’ √®-st-Audr√®, li f√®ye da Norine qui ristind por li. Dins s√®s br√®s, on banse hoz√©ye di lindje. Ci c√īp-ci, di tos s√®s pus rw√®ds, i li va douvi√® l’ uch d’ √† l’ uch.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Moman m’a d’mand√© d√® riv’nu. S√©t-on mauy qui v’s¬≠ auriz on racro, l√†, avou vos vol√®ts bachis.

– T√® l’ as dit. Come l√®s cis qu’ ont moru √® l’ France, d√® l’ campagne. Et qu’ quand √ß’a st√ģ po l’s-√®t√®rer, gn-aveut nolu qui v’leut pwarter l’ doss√©ye.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Sti√®ne rim√™rciye li bauch√®le √®t r’l√®ver s√®s vol√®ts.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Li djo√Ľrn√©ye √®st todi po l’ di√Ęle. Wa√ģte mu √ßa come i mozine. C’ √®st quausu brune. Nin l√®s pwin.nes di s√®rer l’ lampe.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Aste√Ľre i r’ssondje √† Halloween.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Dire qui n’n-avans l’√®sp√®rance d√® div’nu on djo√Ľ d√®s sints pace qui l’ Bon Di√® nos-a huk√© tortos su √ß’ v√īye-l√†, si nos L√ģ v’lans bin dire oyi. One dj√īye qu’ √®-st-en-d’dins d√® l’ djin, qu√® l’ rapaujet√©ye. P√īves nos-√ītes qui m√®t √® l’ place Ii blam√©ye d’one masc√Ęrade, d√®s faus visadjes, d√®s moussemints d’ ruv’nants, di griman√ßyins √®t d’ s√īrcires! Avou li sp√®che√Ľ √®t l√®s transes…

– Il ont bin l’ to√Ľr, s√©s-se c√®s brich√īde√Ľs-l√†! Come qw√® qu’ c’ √®-st-one viye √Ľsance d√®s C√®ltes. On candjemint d’ an√©ye, di sa√ģson, di vikadje, qu’ on distindeut l’ v√ģ feu √®t-z-√®sprinde li novia. On conteut d√®s fauves √®t d√®s pask√©yes po f√© aw√® pe√Ľ, come nos-√ītes, timps d√®s s√ģses.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† P√Ęrin Houb√™rt √®nn’ aveut √®to d√®s floricontes di d’ quand il √®steut roufion. Au d’fa√ģt d√®s-√Ęmes qui ruv’nint √® culot.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Li djo√Ľ d√®s-√Ęmes, i n’a nole coh√®te, i n’ a nou te√Ľt√™ qui n’ √Ęye si √Ęme.

Ele si v’nint acoveter d’zos l√®s fouyes ou dins l√®s hayes. Oud√ībin si h√®rer dins l√®s camoussaus d√®s maujons. Ci djo√Ľ-l√†, on n’ choveut nin √®t co mwins’ riloketer? Pont d’ c√īp d’ bordon dins l√®s hayes, l√†, l√®s gu√®rdins √®t bin wa√ģt√ģ o√Ļ-ce qui v’ m√®toz vos p√ģds !

Come br√Ęmint d’s-√ītes, Sti√®ne a fait d√®s gringne-dints avou l√®s b√©tr√Ęles. On l’s-astokeut su l’ meur d√® l’ ciminti√©re. Pwis s’ catchi √®t gu√©dy√ģ. √áa n’ aveut rin √† veuy avou l’ Tossint √®t l’ Djo√Ľ d√®s-√āmes.

– Mins c’ √®st z√®ls qu’ ont √®mantchj l’ sabat d’Halloween ; c’ √®st z√®ls qui nos vind√®t le√Ľs-atricayes. √ąt t√®naw√®te le√Ľs fi√®sses to√Ľrn√®t mau.

Noste ome a li qu’ l√®s Romins √®t√®rint le√Ľs djins au d’ dilong d√®s v√īyes. D√®s djins qu’ l√®yint af√ģye on scr√ģjadje, one √®pitafe, su le√Ľ fosse. Insi, il atauchint co l√®s vikants.

¬†¬†¬†¬†¬†¬† – P√īves nos-√ītes qui n’ s√©t pus aviser l’ mw√Ęrt.

(p.10) √Ä no√Ľv e√Ľres √† l’ n√™t, v’l√†-t-i nin qu’ on sone. I n’ t√Ľzeut pus √† z√®ls.

         РUn cadeau ou la mort !

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Is sont le√Ľ d√ģj doze, avou de√Ľs macrales, d√®s mames, dandj’re√Ľs. Po s’ loumer, d√®s cawo√Ľtes diswid√ģyes √† m√īde di ¬†¬†¬†¬† lanti√®nes.

         РLa mort, a-t-i rèspondu.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† I s√®re s√®s paup√™res. Il √®-st-√† l’ t√™re ; on l’a coutel√©. Au d’ze√Ľ d’ li, is s’ cobour√®t po l√ģ d’ner l’ c√īp d’ Malcus’.

Adon, ab√ģye ridouvi√® s√®s-ouys. Tot jusse pa-d’vant li, gn-a one pitite bauch√®le. A-t-√®le cink ans ? √ąlle √®st moussiye √† bauch√®le, tot simpl√®mint. Pont d’ masse su s’ visadje. Pont d’ satch po l√®s boubounes n√®rin. Mirauke ou malice? Au plin mitan d’ tos l√®s spaw√®tas d’ Halloween, gn-a one pitite bauch√®le qui sor√ģt.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Sti√®ne n’a nin ie√Ľ pe√Ľ d’ l√®yi l’uch au laudje. Il a st√ģ nanchi √® l’ co√Ľj√®ne. One t√Ębl√®te di ch√īcolat, c’ √®st √ßa qu’ i l√ģ faut.

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Tot l√ģi tch√īkant l’ cadau dins s√®s mwins, i chuchel√©ye √® s’-t¬≠-or√®ye :

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† – Vos, vos-√®stoz bin vikante, mi p’tit spw√®. Z√®ls, i sont mw√Ęrts √®t ramw√Ęrts.

 

I chone qu’ Halloween flauwit. A-t-i s’ croke, sobayi.

Nam√®tche, li prumi d’ n√īvimbe 2003

Michel Gourdin, De√Ľs d’ n√īvimbe: Djo√Ľ d√®s mw√Ęrts, n√™t do di√Ęle

 

Audjo√Ľrdu, dji n’ s√© nin poqw√® : il a v’nu do fin fond di m’ ti√®sse one sovenance.

C’ √®ste√Ļve d’ ab√īrd come on gr√ģje n√Ľl√©ye… Et pwis √ßa a riv’nu dins m’ m√©mw√®re : one istw√™re qui l√®s viy√®s djins d√®s-Ard√®nes racontin.n’ todi, li djo√Ľ d√®s mw√Ęrts.

Li prumi d’ N√īvimbe, djo√Ľ tot blanc, tot bia, do Bon Di√® et d’ tos l√®s Sints, tortos pwatenut d√®s b√®¬≠l√®s fle√Ľrs √®t cho√Ľtenut m√®sse √† l’ √®gl√ģje. Mins si vos v’noz de√Ľs djo√Ľs apr√®s √† l’ ciminti√®re, totes l√®s fle√Ľrs sont flan√ģyes. C’ √®st qui, li de√Ľs d’ n√īvimbe, do l’ n√™t, li di√Ęle vint d’ssus 1′ t√™re √®t la√ģt moru l√®s fle√Ľrs su l√®s fosses.

One grande brake, qu’ aveut br√Ęmint do l’ gue√Ľye, dijeuve √® s’foutant d’ l’ istw√™re : ¬ę C’ √®st tot√®s bi√®str√ģyes, d√®s mintes po l√®s viy√®s feumes ! Dj’ √ģr√®, mi, v√™la, √®t dji l√ģ d√ģr√® de√Ľs mots, au di√Ęle ! ¬Ľ

Li de√Ľs d’ n√īvimbe, d’ one al√©ye, li grand Dj√īs√®f ni fa√ģt ni one ni de√Ľs √®t √† m√©ye-n√™t, il √® va do cost√© do l’ ciminti√©re. I n’ √®ste√Ľve nin fw√Ęrt s√Ľr : i gn-aveut pont d’ lumi√©re nule paut. Li ci√©l √®ste√Ľve nw√Ęr come dins on for di bol√®dj√ģ… √®t l’ b√ģje qui sofle√Ľve, qui sofle√Ľve…

Tot d’on c√īp, d’l√© one crw√®s d’p√ģre, i vw√®t on-ome, si visadje este√Ľve catchi par on grand tchapia. Aste√Ľre, li Dj√īs√®f, i n’ save√Ļve pus qw√® f√©. V’l√† qui l’ ome avou l’ tcha¬≠pia vint √®sconte di li : ¬ę Dji t’ a ratindu longtimps, Dj√īs√®f ; dj’a pass√© tos l’s-ans v√™ci disp√Ľs qu’ t’ as v’nu au monde. Dj’ a bin travayi : one √Ęme di pus dins l’ infi√©r ! ¬Ľ

Nosse Dj√īs√®f aureut bin v’lu cou¬≠ru √®v√īye, mais l’ √īte tine√Ľve si br√®s. Li tchapia a tch√®yu √† l’ t√™re, √®t √† l’ place d√®s de√Ľs-ouys, noste ome a v√®yu de√Ľs lumerotes…

Li lend’mwin, au viladje, li grand Dj√īs√®f n’ √®ste√Ľve nin √† l’ at√®lier. P√®rson.ne ni l’ a pus jamais v√®yu.

Et dins l’ ciminti√®re, √† cost√© d’ one crw√®s d’ p√ģre, i gn-a one sitat√Ľwe tote nw√Ęre; on n’ s√©t nin qu√ģ √ß’ qui l’ a apw√Ęrt√© v√™l√†.

Marcelle Fochon-Uyttebrouck (Lautu / Lathuy), in: L√ę Sauv√®rdia, 340, 2016

 

Halloween

 

√č √ß‚Äômin√ße√Ľve √† f√© br√ęn’

Dj√ę tch√ępote√Ľve √® 1‚Äô cuj√ęne

Quand on-a bouchi √† l’ √ęch.

C’ √®stot one binde d√ę p‚Äôt√™ts djon.nias

Tortos moussis au mia :

on di√Ęle avou on baston,

one v√ģye s√īr√ß√ģre avou s’ ramon,

one crap√īde √®macral√©ye dins d√®s-ar√©ncr√©ns …

one ar√®gne pindo√Ľwe √† s√ę d‚Äôvantr√©n,

one k√ęri√®le d√ę p‚Äôt√ęts r√ęv‚Äônants

fw√Ęrt sa√ģs√ęchants,

¬†j√ęsqu‚Äô√† d√®s tchauve-sor√ęs

qu√ę tr√ęp’line autou d‚Äôme.

√čs cr√ģyine tortos : ¬ę D√®s boubounes ou on mwa√ģs sort ! ¬Ľ

√čs v‚Äôline one douce√Ľ.

Dj’ a fa√ģt chonance d‚Äôoy√ę pe√Ľ

√ąt dj√ę l’zi a d‚Äôn√© one pougn√ģye d√ę gougo√Ľyes,

B√©n b√ęnaujes, l√®s p’t√ęt√®s-arso√Ľyes !

Fale√Ľve l√®s ve√Ľy rire √®t s‚Äô cotaper,

Se√Ľr qu’ √ęs r’bouteront √ßa l‚Äô an√©ye qu√ę v√©nt !

4 (√īte paut / ailleurs) France / Picard√ģe / Picardie

in: http://blog.france3.fr/picardie-ech-perlage/2013/10/09/guenel-guinel-gai-noel-ou-betterave-a-zyus/

 

En picard, on l‚Äôappelle gu√©n√®l (, guin√®l ou ga√ģ-no√®l). La b√®ter√Ęve √†-z-ius, c‚Äôest une ancienne coutume, rest√©e tr√®s vivace dans le boulonnais, mais connue ailleurs en terre picarde et nordiste. Apr√®s la Toussaint, et surtout √† l‚Äôapproche de No√ęl, les enfants partaient en qu√™te, arm√©s de betteraves √©vid√©es et d√©cor√©es. On leur offrait bonbons, brioches ou friandises. Tr√®s r√©pandue autrefois dans nos campagnes, la betterave fourrag√®re, √©tait la plus utilis√©e, mais les enfants sculptaient aussi la vari√©t√© sucri√®re ou le navet. Toute racine convenablement effrayante une fois √©vid√©e et √©clair√©e d‚Äôune bougie faisait l‚Äôaffaire.

¬ę¬†C‚Äôest une tradition picarde dont on trouve plusieurs origines (…).¬†A Boulogne-sur-Mer, en 1415, cette coutume consistait en un don de torches, port√©es, la veille de No√ęl, aux personnes importantes de la ville par les guetteurs, don r√©compens√© par quelques rasades de vin.¬†¬Ľ

(Oostende / ostende) à l' Sint-Maurtin ... (à la Saint-Martin ...)

(in: Julien Remoortere, Le Guide des Fêtes, Lannoo 1995)