Halloween dins l' culture walone / Halloween dans la culture wallonne

0 Introdwîjadje / Introduction

Nadine Crétin, Dominique Thibault, Le livre des fêtes, Gallimard, 1991

 (p.48) Halloween

All Hallow’s eve, veille de la Toussaint

 

Issue de l ‘ ancienne fête celte de Samain qui célébrait le retour de la saison froide, la nuit de Halloween était, selon la légende, propice aux sorcières.

Les enfants se déguisent en fantômes ou en sorcières et sonnent aux portes des maisons, en menaçant: Trick or Treat (un sort ou un bonbon).

Ils se réunissent ensuite pour des jeux avec des pommes, des noix ou noisettes.

 

Le Jack-o’-lantern

Le soir de Halloween, des citrouilles grimaçantes éclairées de l’intérieur par une bougie sont placées aux portes ou aux fenêtres. Auparavant, ces lampes étaient faites dans des navets ou des betteraves.

Leur nom viendrait d’un Irlandais, Jack, trop avare pour mériter le paradis, et chassé de l’enfer par le diable à qui il avait joué de mauvais tours. Ainsi fut-il condamné à errer sur terre avec sa lanterne.

 

Alain Dewier, A propos d’ « Halloween » et du « Grigne-Dints » « , in : El Mouchon d’Aunia, 1, 2000, p.16-20

 

René Pasquier est aujourd’hui retraité. Son grand-père, sabotier de profession, lui a légué la passion du travail du bois en général et de la saboterie en particulier. Dans son jardin, notre ami a aménagé un atelier de sabotier, où il passe de longues heures chaque jour. Sabotier de coeur, passionné par

l’histoire de son quartier (il milite au sein du comité de quartier), René Pasquier fut, il y quelques années, un gamin espiègle et farceur. Nous étions là au beau milieu de la Seconde Guerre mondiale et René, comme tous les enfants de son âge, sacrifiait à la tradition des  » Grigne-Dints « .

 

« … Je me souviens, c’était en 1941, j’avais 9 ans à l’époque. J’allais pêcher avec mon frère au Moulin Collet. Mon frère aîné (il est 7ans plus âgé que moi) était un grand amateur de pêche. Un jour, il me tend un gros poisson qu’il me demande de mettre dans la goujonnière. Malheureusement, il est retombé dans la rivière. Il m’est tombé un coup de pied ,… . Après cet événement, ne voulant plus rester près de mon frère, j’ai repris le chemin de la maison. Chemin faisant, il me vint l’idée d’aller chercher des betteraves au  » Grand Peuplier » (on était en novembre. Aujourd’hui toutes les terres agricoles ont été expropriées pour faire l’autoroute. Le fermier avait déjà déversé ses betteraves

autour de sa ferme. Il allait bientôt les mettre en silos. Je choisis deux belles grosses betteraves et repris mon chemin. Comme il commençait à se faire tard je décidai de prendre un raccourci à travers champs, à travers la propriété d’un certain fermier. Par manque de chance, il chassait sur ses terres en compagnie de son chien. Il m’aperçut et cria quelque chose que je ne compris pas bien. Comme je savais qu’il n’aimait pas que l’on passe par son champ, je me mis à courir. Aussitôt, il lança son chien derrière moi Je n’eus d’autre ressource que de descendre dans la rivière toute proche, pour me dissimuler sous un pont. J’y suis resté une bonne heure et demie, assis sur un gros caillou, sans jamais oser sortir. Je devinais le fermier tout proche. Pour finir lorsque la nuit fut tombée, il rentra chez lui. Je l’imitai aussitôt, avec mes deux précieuses betteraves que je voulais transformer en  » Grigne-Dints » Quelques jours plus tard je vidais les deux betteraves, je perçais les yeux et je sculptais les dents. Peu après, avec des copains, nous décidions de faire quelques farces avec nos « Grigne-Dints » à proximité de la Place du Souvenir à Houdeng-Aimeries. Une fois une bougie

allumée placée à l’intérieur des betteraves, il ne nous restait plus qu’à les dissimuler dans un arbre situé en face des habitations et aller frapper aux portes. L’image fantomatique de ces figures monstrueuses qui brillaient dans la nuit effrayait souvent les gens surpris. Un voisin nous avait vus. Et au moment où nous allions frapper à la porte, il nous a lancé un pot de chambre à la tête ! C’est l’une des choses dont je me souviens. Bien sûr, nous avons fait d’autres farces, au  » Pavé del Tone  » notamment. La technique était toujours la même. On dissimulait la betterave de manière à ce qu’elle soit vue de tout le monde. Parfois, il y avait des gens qui étaient plus superstitieux que d’autres et ils

venaient briser les betteraves. On s’amusait bien et ce n’était pas méchant… « .

 

Le  » Dictionnaire du Wallon du Centre » de MM. F. Deprêtre et R. Nopère, définit le terme  » Grigne-Dints  » comme suit :  » Epouvantail formé d’une grosse betterave évidée dans laquelle on a pratiqué des yeux et une bouche pourvue de dents ; à l’intérieur, une bougie allumée en fait ressortir la laideur . « . René Pasquier, tout en continuant à évoquer ses souvenirs, nous livre ses secrets de fabrication :  » … En premier lieu, on coupait la tête de la betterave (on éliminait les feuillesi sur une épaisseur de plus ou moins deux centimètres. La deuxième étape consistait à la vider complètement, à l’aide d’un couteau, d’un canif et d’une cuillère que l’on aiguisait sur une pierre. Quand elle était bien vide (on essayait d’avoir une peau très mince, on commençait à percer les yeux, le nez et la bouche.

(p.17) Cette dernière était généralement très grande, de manière à pouvoir tailler les dents à l’image d’une grille. Il ne nous restait plus qu’à y mettre une bougie ou un morceau de chandelle que l’on chipait dans un coin, dans une armoire à la maison. Plus la peau du  » Grigne-Dints  » était fine, mieux on

voyait la lumière diffusée par la flamme et plus c’était impressionnant. Ensuite, on refermait la betterave, pour éviter que le vent n’éteigne la flamme. Tout cela se passait aux environs de la Toussaint, à l’époque des betteraves. Parfois, nous allions arracher nous-mêmes les betteraves sur les champs . parfois nous les prenions dans les silos (souvent, avec l’accord du fermier). De ce fait, la

 » fête  » perdurait assez longtemps. Actuellement, les betteraves, sitôt arrachées, partent pour les  La tradition du  » Grigne-Dints  » était fort répandue. Nos parents ne pouvaient pas toujours sucreries… .

nous acheter beaucoup de jouets. On s’amusait comme on pouvait. Et lorsque l’on était trop âgé que pour faire ces farces nous-mêmes, nous montrions aux plus jeunes comment fabriquer un  » Grigne-Dints « . Quand on ne pouvait pas avoir de bougie, on utilisait du suif que l’on faisait fondre, Un vieux lacet servait de mèche. Oui on s’amusait vraiment bien. 11 fallait simplement faire attention au couvre-feu.., « 

 

René Pasquier poursuit aujourd’hui le rêve de faire revivre cette ancienne tradition, Qui sait, si dans un avenir proche, les  » Grigne-Dints » ne concurrenceront pas les citrouilles d’Halloween. Tradition européenne, « émigrée » aux Etats-Unis, Halloween réapparaît dans nos régions à l’issue de la Seconde Guerre mondiale avec la présence permanente des troupes américaines au Shape. Il semblait intéressant d’évoquer cette tradition (similaire à celle du  » Grigne-Dints ») qui prend de plus en plus d’importance chez les jeunes.

 

La fête d’Halloween

 

Le terme « Halloween » trouve son origine dans une expression anglaise  » All Hallow Even  » signifiant « Veille de la fête de tous les Saints » (Toussaint). Cette fête que l’on attribue généralement aux Américains est en fait originaire de la vieille Europe.

Aujourd’hui, il n’est pas rare de rencontrer des commerçants ou des particuliers qui décorent leurs façades ou leurs vitrines à l’occasion de la fête d’Halloween, qui se déroule traditionnellement le 31 octobre. La pratique de cette fête s’est généralisée dans nos contrées suite à l’arrivée massive des troupes américaines à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. De plus en plus, les toiles d’araignées,

les sorcières, les fantômes et autres citrouilles creuses et éclairées sont  disposés derrière les vitres.

Depuis quelques années également, de jeunes enfants déguisés viennent frapper aux portes des maisons en réclamant des friandises. Deux traditions festives généralement attribuées au continent américain. En fait, l’essence même de la fête d’Halloween fut  » exportée  » aux Etats-Unis par les

émigrants irlandais au 19ème siècle.

 

Halloween est donc une fête irlandaise d’origine celtique. Appelée  » Samain « ,  » Saman « ,  » Samhain « ,  » Samonios « (pour les Gaulois), elle correspond à la fin et au début de l’année celtique, sans toutefois appartenir à l’une ou l’autre.  » Samain  » correspond à une journée noire, hors de temps, où les vivants

de ce monde rencontrent les morts du  » Royaume d’ Ankou  » ( comprenez de l’au- delà). Selon la croyance populaire,  » Samain » permettait aux défunts non-réincarnés de rendre visite à la famille, aux amis, La fête celtique durait trois jours : le premier jour était voué au culte des héros, le second jour célébrait la mémoire des défunts, le troisième jour était réservé aux banquets et aux festins. Au 11ème siècle, l’église qui ne parvenait toujours pas à supprimer cette croyance populaire ancestrale, l’assimila. Deux journées furent gardées, Le premier jour devint la Toussaint, le second fut consacré à la fête des défunts. En émigrant aux Etats-Unis au siècle dernier, les colons irlandais imposèrent la (p.18) fête de  » Samain  » sur le nouveau continent, alors qu’elle disparaissait progressivement dans nos contrées. La présence américaine au lendemain de la Seconde Guerre mondiale devait la réimplanter chez nous, avec toutefois certaines modifications par rapport à la fête originelle.

 

Des origines gauloises aux colons irlandais

 

Le peuple celte le plus important était sans nul doute le peuple gaulois. Les références de leur calendrier étaient bien différentes des nôtres. Le nouvel an gaulois ne débutait pas le 1er janvier, mais bien le 1er novembre. La fin de l’été était fixée à la journée du 31 octobre, qui déterminait la fin de l’année et le retour des troupeaux vers les étables, Le dieu Soleil était alors remercié pour sa

clémence qui avait autorisé de bonnes récoltes. Les mois d’hiver pouvaient venir, la lutte contre les ténèbres et le froid s’envisageait sereinement, Comme la plupart des peuples anciens, les Gaulois n’étaient très superstitieux. Selon leurs croyances, l’esprit des morts pouvait rendre visite aux êtres chers, toujours vivants, le dernier jour de l’année. La nuit du 31 octobre marquait le début de « Samain ». Un important rituel entourait la cérémonie. Les feux étaient éteints dans les huttes.

Hommes et femmes se rassemblaient autour des druides qui vénéraient le Dieu Soleil en étouffant le feu sacré, avant d’y placer de jeunes branches de chênes qui, une fois enflammées, chassaient les esprits maléfiques. Les druides remettaient ensuite un tison enflammé à chaque chef de famille afin qu’il ravive le feu familial, censé brûler jusqu’à l’automne suivant en protégeant le foyer des dangers éventuels.

Dans cet état d’esprit, les Gaulois se déguisaient de manière effrayante afin de mieux chasser les mauvais esprits- Bien qu’elle perdura sous cette forme primitive durant plusieurs siècles, la fête de « Samain » fut progressivement incorporée au calendrier catholique. Une assimilation qui ne se fit pas sans certaines modifications- Au 8ème siècle, le pape Grégoire III établira une fête des Saints au mois de novembre ; vers 840, le pape Grégoire IV instaura la pratique de la Toussaint et proclama ce jour et la veille, jours de fête ; en 1048, Odilon de Cluny proclama le 2 novembre : « Jour des Morts ». Au début du 11ème siècle, on voit apparaître en Angleterre deux termes nouveaux qui allaient se généraliser et qui qualifiaient ces deux journées : « All Hallows Day » (la Toussaint), « All Hallow Even » (la nuit sainte qui précède la Toussaint), Cette dernière dénomination évoluera pour finalement devenir « Halloween ». Toute une série de traditions et légendes se rapportent à la fête d’Halloween.

Deux d’entre elles font référence à la fête en elle-même : la tradition du « Callcannon » et la légende de « Jack-O’-Lantern ».

 

« Callcannon »

 

Véritable fer de lance de la tradition culinaire irlandaise liée à la fête d’Halloween, le  » Callcannon  » est un plat composé de pommes de terre, de panais et d’oignons frits. La tradition voulait que l’on y ajoute une bague, un dé, une poupée en porcelaine et une pièce de monnaie- Lors du repas, la personne qui trouvait la bague pouvait se marier dans l’année, celle qui trouvait la petite poupée de porcelaine allait avoir un enfant, celle qui trouvait le dé resterait célibataire toute son existence et celle qui avait la chance de trouver la pièce de monnaie allait connaître la fortune.

 

(p.20) « Jack-O’-Lantern »

 

Jack-O’-Lantern est certainement l’un des personnages les plus typiques de la fête d’Halloween. Le nom de ce personnage est généralement associé aux énormes pommes de terre, rutabagas et autres navets qui, une fois creusés, sont utilisés comme lanterne en Irlande. La légende raconte que le diable offrit un verre à un ivrogne patenté et avare dénommé Jack, avant de l’emmener avec lui. Pour payer son verre, le diable se changea en pièce de dix pence. Jack s’en saisit immédiatement et l’enferma dans son sac qui possédait une serrure en forme de croix. Le diable ne put s’échapper de sa prison. Finalement, Jack libéra le diable en échange d’une année de plus sur terre. Douze mois plus tard, Jack fit une autre  » farce  » au diable, le laissant au bas d’un arbre, en échange de la promesse qu’il ne 1’embêterait plus. Suite à son décès, Jack fut chassé du Paradis pour transgression et de l’Enfer suite à ses farces. Il fut condamné à errer continuellement. Jack obtint du diable du charbon brûlant qu’il plaça dans un navet qu’il mangeait, afin d’éclairer son chemin dans le noir.

 

Plus près de nous

 

Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour qu’Halloween devienne une fête importante aux Etats- Unis, avec ses coutumes et ses traditions : le « Trick-or-Treat » (frapper aux portes pour réclamer des friandises), la présence de sorcières. Et bien que la fête ne dure qu’une seule nuit sur le continent

américain, les enfants passionnés la préparent un mois à l’avance : création de costumes, décoration des façades et fenêtres, etc… . Les enfants déguisés de manière effrayante représentent les mauvais esprits d’hier qui jouaient mille et un mauvais tours aux vivants. Car si 1’ambiance bon enfant d’Halloween séduit aujourd’hui, il n’en fut pas toujours de même. Au début du 20ème siècle, les plaisanteries des enfants déguisés n’étaient pas toujours anodines…

 

En guise de conclusion

 

Depuis son apparition vers le 7ème siècle, la fête de  » Samain  » ou d’Halloween n’a cessé d’évoluer.

Sans doute évoluera-t-elle encore au 21ème siècle. Puisse-t-elle perpétuer la tradition dans ce qu’elle a de meilleur et de plus sain, en continuant à bannir toute forme d’agressivité. En partant d’Irlande vers les Etats-Unis où elle s’est modifiée avant de revenir en Europe, la fête d’Halloween a bouclé la boucle. Elle est revenue à sa source pour mieux évoluer encore !

Halloween

(François Mathijsen, in: LB, 21/10/2013)

1 Tradicions - 1.1 (ouwès'-walon / ouet-wallon) Lès grigne-dints (à Prêle (Presles))

(Prêle / Presles) in: Il était une fois…, 1981

Les grigne-dints (grince-dents) étaient des betteraves creusées en figure humaine, et éclairées, par l’intérieur, au moyen d’une bougie. Les gamins, le soir, les promenaient au bout d’une perche, ou les dissimulaient dans une haie, pour effrayer les passants peureux.

Au temps jadis, les manufactures de jouets n’approvisionnaient pas les bazars comme celles d’aujourd’hui. L’enfant de maintenant est comblé de jouets dont la diversité est grande allant du simple objet à des engins mécaniques, électriques, scientifiques, etc.

Étaient rares les enfants d’antan qui, au cours de l’année ou à la Saint-Nicolas, recevaient en cadeau des jouets. Au regard des enfants privilégiés qui avaient des jouets de valeur, les enfants du peuple ne recevaient que rarement un jouet et encore celui-ci était-il bon marché et de moindre valeur. Les familles du temps jadis regardaient à leurs mastokes ( pièce de 5 centimes) et à leurs gros sous (10 centimes) avant de faire de folles dépenses en frivolités.

L’enfant de jadis se voyait lésé quand un de ses camarades avait reçu pour sa Saint Nicolas un beau fusil, un grand cheval de carton ou quelque autre jeu de construction tandis que lui, le pauvre, ne recevait que des brimborions ou des babioles de peu de valeur.

Néanmoins, les enfants d’antan trouvaient autour d’eux toutes sortes de choses avec lesquelles ils savaient s’amuser. Nous pensons aux pîrètes de cerise, à la terre glaise, au bois du sureau ou de saule, etc., dont avec un peu d’imagination ils savaient faire un jeu ou un jouet.

Aussi les jeunes comme les moins jeunes confectionnaient-ils des grigne-dints.

Le village était essentiellement agricole et les cultivateurs plantaient des betteraves fourragères pour le ravitaillement de leurs bestiaux pendant toute la saison du nwâr timps et jusqu’au moment où ils remettaient leurs bêtes au pâturage.

Il poussait plusieurs espèces de betteraves à collet rouge ou jaunâtre. Cette dernière variété avait la préférence pour faire un grigne-dints car cette sorte donnait de grosses betteraves pouvant peser plus de huit kilos.

Confectionner un grigne-dints, n’était pas bien difficile.

Après avoir coupé le collet pour la base, on enlevait une partie du pivot pour obtenir une forme plus ou moins cylindrique. Avec un couteau, on évidait la betterave de sa chair en laissant une épaisseur de deux centimètres. Cela représentait une sorte de vase. À la partie supérieure, on découpait deux trous plus ou moins grands qui simulaient les yeux. Au centre, une découpe en triangle formait un nez et, sous celle-ci, une autre découpe faisait une bouche en laissant assez de matière à intervalles irréguliers pour imiter une mâchoire édentée.

Le grigne-dints ainsi confectionné, il ne restait plus qu’à attendre que la nuit tombe. Au loin, dans la nuit, c’était assez effrayant de voir cette tête grimaçante marcher, gigoter, danser, courir. Montée sur un bâton, les gamins facétieux venaient se promener dans les rues désertes du village, frappant aux portes des maisons, ou aux fenêtres, en secouant leur grigne-dints. Ils semaient l’effroi et la panique chez les peureux qui venaient ouvrir l’huis ou jeter un regard en tirant un coin du rideau de la fenêtre. Cette distraction peu banale amusait les grands qui riaient en voyant la tête ou la fuite des non-avertis.

De l’amusement à la plaisanterie et à la farce, il n’y a qu’un pas. C’est ce que résolurent vers 1875-1880 deux jeunes Preslois nés en 1861, Gustave Baudelet et Théodore Mainjot ; faire une farce à un camarade, leur aîné de trois ans, Gustave Preter.

À cette époque, les moyens de locomotion n’existaient pas, il fallait se déplacer à pied.

Certains Preslois voulurent améliorer leur sort en gagnant un salaire plus élevé et s’engagèrent comme travailleurs dans les houillères de Pont-de-Loup ou du Carabinier à Châtelet. Le déplacement à pied pouvait se faire soit par la grand-route de Namur, soit par le sentier qui, de la Drève, traversait la campagne et conduisait aux susdits charbonnages.

Gustave Preter, comme d’autres travailleurs, adopta le second itinéraire. Habitant à l’ Rochèle, il traversait la Place Communale et gagnait, par la rue Haute en côtoyant le mur du parc, le lieudit li Dréve, de là, il n’avait plus qu’à suivre li pîd-sinte di Pont-d’-Loû pour se rendre à son travail.

Sa journée finie, Gustave Preter aimait s’attarder un peu à la cantine avant son retour et s’en revenait généralement seul au village.

Les deux farceurs susdits avaient remarqué les habitudes de Preter. S’étant un soir dissimulés derrière le mur du cimetière, ils attendirent son retour.

Les houilleurs du temps passé travaillaient de longues journées, plus le déplacement, ce qui faisait dire à certains mineurs qu’ils ne voyaient le soleil que le dimanche. Partant de chez eux avant l’aube, ils ne rentraient qu’à la nuit tombée, surtout en cette période du mois d’octobre et de l’hiver.

Or donc, notre Gustave Preter rentrait chez lui le soir par le chemin qu’il faisait le matin, en sens inverse évidemment.

Les farceurs, l’ayant aperçu de loin, s’empressèrent d’allumer leur chandelle et de se couvrir la tête d’un drap blanc.

Preter, comme à son habitude, arriva à la hauteur du cimetière sans se douter de ce qui l’attendait.

Les deux farceurs agitèrent leurs grigne-dints au-dessus du mur en psalmodiant des paroles lugubres tout en s’agitant et secouant leur drap blanc au-dessus du mur. D’une voix caverneuse, ils invitaient Preter à venir avec eux : « Véns avou nos, Gustâve, ti vièrès come on-èst bén droci… (Viens avec nous Gustave, tu verras comme on est bien ici).

Le jeune homme sur le coup stupéfait de cette apparition soudaine et voyant les grigne-dints le suivre, ne demanda pas son reste pour détaler comme un lièvre.

Blême et tremblant de peur, il rentra chez lui tout essoufflé d’avoir couru. La maisonnée, constatant dans quel état il se trouvait, lui en demanda la raison. Gustave, tout tremblant, ne savait que balbutier : « Lès fantômes, lès rivenants, lès rivenants. Dj’ aî vèyu dès mwârts à l’ cimintière qui m’ pourchûvint en dèjant : véns avou nos, Gustâve… » (Les fantômes, les revenants, les revenants. J’ai vu des morts au cimetière qui me poursuivaient en me criant : viens avec nous Gustave).

La farce aurait pu se terminer là ; il n’en fut rien car les deux farceurs récidivèrent quelques jours après.

Ayant connaissance que Gustave Preter s’en revenait de son travail par lès rouwales, rue des Haies maintenant, ils firent chacun deux grigne-dints et s’en vinrent se cacher dans les buissons qui garnissaient un côté de ce chemin.

Lorsqu’ils aperçurent Preter qui tournait le coin de l’ anciène maujo Pouleûr, ils allumèrent leurs bouts de chandelle et plantèrent de ci, de là dans les buissons les quatre grigne-dints.

Derrière le bocage, des gémissements, des plaintes se firent entendre à l’approche de Gustave Preter. Celui-ci, de nouveau stupéfait à la vue des quatre grigne-dints, effrayé et tout tremblant de les entendre parler, fit demi tour et dévala la prairie en pente du lieu-dit lès Waîbes jusqu’à la route de Namur (actuelle rue de Fosses ).

Toujours courant, il regagna son logis pour conter à ses proches qu’il avait vu des têtes de morts se promener dans les buissons des rouwales. Ses parents lui reprochèrent sa couardise, mais rien n’y fit, persuadé qu’il avait bien vu des fantômes.

Le lendemain et les jours qui suivirent, notre Gustave ne s’en alla et ne s’en revint de son travail qu’en compagnie d’autres travailleurs. Ceux-ci le plaisantèrent, riant de la bonne farce dont lui seul avait été victime. Ils lui firent remarquer que les fantômes n’existent que dans les contes, les légendes et que les morts ne sortent pas ainsi des cimetières pour venir la nuit se promener dans le village.

Ceux qui s’amusèrent le plus furent bien sûr les deux farceurs Gustave Baudelèt èt Tièdôre Mindjot ; ils n’en étaient pas à leur première mais non plus à leur dernière farce.

Ce fut au château de Presles qu’un jour Tièdôre raconta cette pantomime amusante mais quelque peu macabre.

Châlèrwè (Charleroi) 

Èl grigne-dints. (Le grince-dents)

Djè m’ va vous conter èl lédjinde du grigne-dints.

Je vais vous raconter la légende du ‘grince-dents’.

Ç’ astoût dins lès-anéyes cinkante après l’ guêre mondiale. Lès djins n’ èstine  nén foûrt ritches dins cès timps-là, is vikine d’ èl têre come tout bon cinsî.

C’était dans les années cinquante après la guerre mondiale. Les gens n’étaient pas fort riches en ce temps là. Ils vivaient de la terre comme tout bon fermier.

In djoû, lès djônes astine à l’ maraude pou pouvwè glanî dè qwè mougnî, maîs is n’ astine nén des-andjes à ç’-n-èspoke-là. In vî cinsî pourchûveut lès djônes avou s’ foutche po lès coridjî.

Un jour, que les enfants étaient partis commettre des larcins pour pouvoir glaner de quoi manger, mais à cette époque là ce n’étaient pas des anges. Un vilain fermier poursuivit les enfants avec sa fourche afin de les corriger.

Les tchots èstît pris d’ èl panike quand èm’-n-ome rolà cachoût dè lieû foute ène tèribe danse. Cachant à scapè à leû pourchûvant, iun d’ ieûs’ a tchèyu éyèt s’ a tuwè. Après l’ guère, insi, èl mau astout incrè dins lès mwindes boukèts d’ têre…

Les jeunes étaient pris de panique quand il les poursuivit, essayant de leur flanquer une terrible correction. Essayant d’échapper à leur poursuivant, l’un d’eux tomba et se tua. Après la guerre, ainsi, le mal était ancré dans les moindres parcelles de terre…

Ène boune anée passoût, èl tchamp du cinîe d-aloût ièsse èl tèyâte d’ ètranjes fénomènes. Dès tèribes grignemints d’ dints sè fèyine intinde,  rindant sokia l’ cinsî qui n’ è pouvut pus d-alè s’ ocupè d’ ès’ têre. Èl bonome doûla vwèyoût sès bèterâves ès’ foute dè li.

Une bonne année passa, le champ du fermier allait être le théatre d’étranges phénomènes. De terribles grincements de dents se faisaient entendre, rendant fou le fermier qui ne pouvait plus aller s’occuper de sa terre. L’homme là voyait ses betteraves se moquer de lui.

Du timps d’ èl plène lune, dès ètranjès fômes courît dins lès tchamps. D’ aboûrd, on pinsoût à dès djins qui n’ èstine rolà què pou s’ bate. Bérâde, lès rumeûrs ont fét lieû toû. Ç’ astoût ène bèterâve qui couroût dins lès tchamps.

Lors de la pleine lune, d’étranges formes couraient dans les champs. D’abord, on pensait à des gens qui n’étaient la que pour des intentions belliqueuses, mais bien vite les rumeurs allaient bon train. C’était une betterave qui courait dans les champs.

Dè ç’ timps-là, on pinsoût qu’èles-astint sote, toutes cès djins-là d’ èl cinse qui racontît leû rumeûr. Maîs l’ grigne-dints a mougnè lès djônes qui rodît dins lès tchamps. Tout ç’ qu’ on trouvoût à l’ place d’ èl tièsse, ç’ astoût ène bèterâve. Pus l’ timps passoût,  pus les grigne-dints div’nît impôrtants.

De ce temps là, on pensait qu’ils étaient fous, tous ces gens de la ferme qui racontaient leurs rumeurs. Mais le grince-dents mangea les enfants qui rôdaient dans les champs. Tout ce que l’on trouvait à la place de la tête était une betterave. Plus le temps passait, plus les ‘grinces-dents’ prenaient de l’ampleur.

In djoû,  ène èglîje a stu bâtîye tot près d’ in p’tit vilâdje rolà, èl curè a bèni l’ tchamp pou fè nalè lès maus. Ène ètranje dècouvèrte, in grigne-dints s’ a présintè au curè, in mète cinkante, ène tièsse dè bèterâve, dès mwins come dès racines. I lyi a d’nè l’ absolucion. Èl grigne-dints maugrè sès maus a sourî au curè dins s’ fôme dè djône qu’ il astoût d’vant qu’ ès’-n-èsprit s’ confonde avè l’  tchamp d’  bèterâves.

Un jour, une église fut construite non loin de ce petit village là. Le curé bénit le champ et fit partir les maux. Une étrange découverte, un ‘grince-dents’ se présenta face au curé, un mêtre cinquante, une tête de betterave, des mains comme des racines. Il lui donna l’absolution. Le ‘grince-dents’, malgré ses maux, souria au curé sous sa forme d’enfant qu’il était avant que son esprit ne se confonde avec le champ de betteraves.

Le temp passa et chaque année, au moment de la récolte de betteraves, en  septembre-octobre, une fête fut donnée en l’honneur de cet enfant à l’origine du ‘grince-dents’. La violence envers les enfants est une mauvaise chose. L’enfant cherchait simplement à se venger de ce fermier qui tenta de le corriger mais qui, au bout du compte, tua l’enfant involontairement lorsque ce dernier tomba au pied de ce champ de betteraves.

Pour commémorer cela, les enfants turbulents eurent un jour de fête, se fabriquant ainsi une étrange tête qu’ils coloriaient afin de se faire peur dans les champs, tentant même de faire peur aux adultes qui, imprudents, rôdaient sur leur territoire de jeu.

èl Cente / le Centre

Annie Sirleraut (Oudè / Houdeng-Aimeries), in: MA, 8, 2014

 

Lès grigne-dints

 

Halloween va bînrade vèni èyèt du pinse à m’ grand-mé qui racontoût què, du temps passè, on fèsoût lès grigne-dints.

Du n’ sé nîn si vos savez ç’ què c’ èst qu’ in grigne-dints… C’ èst ‘ne grosse bètrâle vûdéye avû dès-îs, ène bouche èyèt dès dints. Dins 1’ bètrâle, on mètoût ‘ne candèye pou fé peû à lès djins dins 1′ nût’. On pièrkoût ç’ bètrâle-là su in baston èyèt on s’ muchoût pad’rî l’ aye avû 1′ grigne-dints qui dèspassoût au-d’zeûr.

Tout mète’nant, c’ èst la môde du potiron. Mès l’ fièsse des grigne-dints, rimplacéye pa Halloween, èst dèvenûye fôrt comèrciale : capia d’ sorciére, camisole, mascarâde… tout-èst bon pou fé acater lès djins.

Ène bone afêre pourtant, c’ èst lès p’tits-èfanls qui viènetèt buskî à vo-n-uch èyèt cantetèt pou r’cèvwâr dès bonbons.

Lès môdes candjetèt mès… c’ èst toudi in r’couminchemint.

1.2 Picardîye (Picardie)

Havré / toûrnéye dès « Grigne-dints » (à Halloween) (grignî dès dints: montrer les dents ((ici) par moquerie) (foto / photo: 2004)

(à Qu’vaucamp /Quevaucamps)

Richard De Braekeleer

 

La nuit des lumerotes / Quevaucamps

Les betteraves fourragères, dites lumerotes, sont évidées afin d’y loger une bougie. On y croise une bouche, un nez, des yeux, de toutes formes… dans un unique but: les rendre les plus effrayantes possibles ! Ces créations originales proches des citrouilles d’Halloween, mais encore plus de notre patrimoine local, trouvent leur origine dans les les temps anciens.

 

La lumerote


Probablement héritées d’un lointain passé, les lumerotes faisaient partie de nos traditions et de notre folklore. Petit à petit elles ont disparu au profit de bien d’autres amusements. Pourtant, pendant des décennies, elles ont fait la joie des enfants, des adolescents mais aussi des adultes. Ces betteraves fourragères étaient évidées afin d’y loger une bougie. Des entailles pratiquées dans celle-ci simulaient les yeux, le nez et la bouche d’un personnage hideux. Quand la sculpture étrange et fantomatique était terminée, on y plaçait une bougie à l’intérieur. La lumière filtrée par les interstices faisait de ces lumerotes leur particularité. La tradition voulait qu’elles soient placées la nuit tombante aux endroits les plus lugubres (cimetières, sentiers, fenêtres, haies, etc …) pour impressionner les peureux et les superstitieux. Malheureusement, ces jeux enfantins furent abandonnés par nos marmots au bénéfice de la copie directe d’Halloween, remplaçant ainsi nos modestes mais authentiques betteraves du terroir par les citrouilles à l’américaine…

(lès lumerotes à Qu'vaucamp)

Lénora, Halloween : citrouilles ou betteraves? , in: Femmes d’aujourd’hui, 29/09/2006

Chez nous, papa m’a raconté que, enfant, il creusait les betteraves fourragères (les belles, les rouges!) pour en faire des « grigne-dints ».
La coutume s’est tout doucement éteinte pour faire place au Halloween américain. Pourtant … une bande d’irréductibles du côté de Quevaucamps a remis la tradition au goût du jour et un écrivain local lui a consacré un livre :

Ce qui est magnifique, c’est que la tradition réuni, à Quevaucamps, toutes les générations : au home, les personnes âgées mettent les graines en sachet, les enfants les sèment puis les récoltent, creusent les plantes, viennent les montrer au home et, finalement, une « nuit des lumerotes » a lieu chaque année.

1.3 (cente-walon / centre-wallon) Nameur (Namur) - à Djèrbusséye (Gelbressée)

Le Tchafor et la Carrière do Bièrdjî à Gelbressée, in : La Vie Wallonne, 246, TXXIII, 1949, p.129-133

 

Ah ! les bonnes farces d’autrefois, et les vilains tours aussi ! On se souvient encore de « Malfait » de Sart d’Avril, qui faisait un détour de deux heures et plus pour éviter le carrefour de Saint-Antoine, où ses compagnons avaient placé des « tièsses di mwârts » (1) dans les épicéas. Par nuit noire, c’était lugubre !

 

 (1)   têtes de morts = betteraves   évidées,   percées   de   quatre   trous   pour   figurer   le   crâne   d’un squelette, et éclairées par une bougie.

Groupe « Lès Tètârs di Fârjole » (Falisolle)

Li diâle, li lumerote ou li grigne-dints

Plusieurs témoins directs appartenant à notre groupe ont effectué cette activité durant leur enfance.

Ni la Toussaint ni la mort ne sont attachées à cette sortie.

Cette tradition se situe à la fin de l’arrachage des betteraves.

Des betteraves fourragères, ou par défaut des sucrières, sont vidées de leur contenu. Chaque betterave est découpée, trouée et sculptée afin d’obtenir un semblant de tête avec des dents (l’extérieur de la betterave reste intact). Une bougie est placée à l’intérieur et le tout peut être enfoncé à l’extrémité d’un bâton. Lorsque la soirée est tombée, pour effrayer les gens superstitieux, des Tètârs peuvent frapper aux portes et agiter ces têtes effrayantes devant les fenêtres des habitations. Par la suite, ces têtes allumées sont abandonnées, pour frapper les esprits faibles, dans des endroits fréquentés. La coutume était aussi de placer ces lumerotes autour de sa maison afin d’en éloigner les mauvais esprits.

Meû (Meux) - Li grignau (celui qui grince des dents)

(Paul Gilles, in: Art et Histoire, Culture, Loisirs de Meux et Environs, 14, 1999)

1.4 Ârdène (Ardenne)

HALLOWEEN OU GRIGNE-DINT ?, in: Annonces de l’Ourthe, 16/11/2000   

 

Monsieur G. Finck, d’Esneux, s’adresse à La Petite Gazette à une

date où tous les commerces sont encore remplis de citrouilles, sous toutes les formes, dans toutes les matières et, surtout, à tous les prix, pour s’ex­primer au sujet de cette invasion américaine qui, en quelques années seulement, s’installa en nos contrées.

« Je n’aime pas, me dit-il, cette fête américaine que le commerce essaie (!) d’introduire chez nous. Cependant, je me rappelle vague­ment que, dans les années 1920, dans mon Ardenne natale (aux environs de Gouvy), ma mère évidait une betterave fraîchement récoltée. Elle y découpait deux yeux, un nez et une bouche, puis y introduisait une bougie allumée. Elle plaçait cette espèce de «lan­terne magique» à une fenêtre de notre ferme, côté rue, pour éloigner, me semble-t-il les mauvais esprits. D’autres parents faisaient de même. Y aurait-il, demande avec humour mon correspondant, une personne plus âgée que moi, je n’ai que quatre-vingts ans! qui pourrait préciser cette coutume et préciser s’il s’agissait là d’un folklore wallon, bien de chez nous cette fois?»

J’espère de tout coeur que quelqu’un pourra nous en dire davanta­ge sur cette ancienne coutume, qui connut son succès en nos contrées il y a bien longtemps avant de tomber en désuétude. Je vous rappelle, qu’il y a un an, j’avais déjà lancé pareil appel, mais avec fort peu de suc­cès. (…)

Mon correspondant d’alors nous contait qu’enfant à Anderlues, dans la région du Centre, il réalisait ainsi une figure effrayante dans une bet­terave qu’il évidait et éclairait avec une bougie. Cette figure, appelée «Grigne-dint», était promenée, à la soirée, par les enfants qui allaient «faire peur» aux voisins avec leur betterave.

Il est probable que les grands-parents ont raconté à leurs petits-enfants, au moment de Halloween, leurs souvenirs personnels de ce que d’aucuns ont déjà appelé «Walloween». Auront-ils la gentillesse de les confier à La Petite Gazette ? J’attends avec beaucoup d’impatience vos réactions à ce propos et vous en remercie d’avance.

2 Fiadje d' on grigne-dints (Fabrication d'un 'grigne-dints')

Ingrédients et matériel

– 1 betterave fourragère de bonne taille, couteau, cuillère, économiseur, ou tout instrument permettant de tailler la betterave,
– au besoin peinture (gouache), accessoires divers comme coton, légumes, … pour décorer le grigne-dints
– 1 morceau de bougie,
– 1morceau de ficelle

Prenez une belle betterave, coupez-en le pied pour rendre le grigne-dints stable et le haut pour pouvoir l’évider. Le haut sera conservé pour servir au besoin de couvercle.
A l’aide d’un couteau ou d’un économiseur, épluchez, si vous le voulez, la betterave pour lui donner un aspect extérieur lisse.

Évidez l’intérieur de la betterave en faisant attention à ne pas percer les parois ou le fond

Une fois l’intérieur évidé, percez la paroi pour faire les yeux, le nez et la bouche ainsi que les deux trous servant plus tard à tenir le grigne-dints

Passez ensuite à la décoration du grigne-dints.
Si vous utilisez de la peinture, prenez de la gouache que vous délayez dans très peu d’eau, le jus de la betterave délayant déjà par lui-même la couleur.
Placez ensuite un petit morceau de bougie à l’intérieur. Passez la ficelle dans les trous prévus à cet effet.
Il ne vous reste plus alors qu’à allumer la bougie, parcourir les rues, frapper aux portes en chantant.  

(in: perso.netinfo.fr/PLangevin/ fabrication.htm. Geneviève D’Hert)

one loumerote

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3 Scrîjadjes (Littérature)

3.1 (ouwès’-walon / ouest-wallon)

Marc De Burges, in: EB, 508, 1998

 

Èl grigne-dints

« Vijin, volèz m’ doner ‘ne bèterâve

S’ i vous plét? – Dè v’là ieune, èm’ fis

Èt si vos d-avèz co dandji

I d-a in gros moncha à l’ câve. »

Pus rwèd qu’ èl vint d’ bîje, èl garoute

Gripe su in tchâr, pa-d’zous 1′ tchèri…

I satche in canif tout nwêrci

Dè s’ poche èt t’t-ôssi rade, i boute.

In vî chabotî à l’ouvrâdje

Èn’ s’reut nén pus subtil què li

Pou invûdî in blo d’ chabli.

Dès goutes pièlenèt 1′ long dè s’ visâdje…

Fét-a fét qu’ èl bèterâve ès’ trâwe,

Ès’ langue, lèye, passe èt s’alonguit.

I coupe èl bouche, èl nez, lès-îs.

Il intrèwèt 1′ sorcière qui grâwe…

Pou parfére èl djeu, i fignole…

Dès aleumètes coûpéyes à d’mi

Lyi chèrviront d’ brokes; i dè rît                         

Plin s’ vinte télemint qu’ ça lyi chène drole.

Dins 1′ vûde dè l’ tièsse, i mèt ‘ne boujîye.

Mins i n’ saureut nén s’ inspétchî

D’ l’ aleumer pou-z-in r’wéti

Lès-èfèts dè l’ flame qui frumejîye.

Du d’bout d’ sès bras, i tént s’ chè d’eûve

Pwîs l’ aproche rade’mint conte dè li.

Il èst télemint bén rèyussi

Qu’ i d-a peû li min.me, c’ èst ‘ne bèle preuve!

Tout l’ min.me, v’là1′ nût si longue à tchér’

C’ èst 1′ rnomint d’ awè du pléji!

I va d’lé 1′ grigne-dints qu’ ît mouchi

Dins l’ place dè d’vant, pa-d’rî l’ ârmwêre.

 

I l’ aleume, pwîs dèstint 1′ leumiêre.

« Qu’ il èst bia!  Qu’ il èst léd !», pinse-t-i…

Èt i s’ dècide…   I poûsse in cri!

« Maman, au s’coûrs!  Papa!   Grand-mére!

Sègneûr Jésus, mès qwè-ce qu’ i s’ passe? »

On coûrt, tèrtous au pus sési…

« Ène tièsse dè moûrt!  Maria dèyi! »

Èt tout l’ monde rît du p’tit vèrdasse!

3.2 (cente-walon / centre-wallon)

Bernard Louis, Halloween, in : Novèles, 60, 2003, p.7-10

 

 

Li prumî plaîji dè l’ djoûrnéye po Stiène Minèt, c’èst d’ disployî s’ gazète su l’ tauve dè l’ coûjène ; adon, tot bèvant s’ cafeu à p’tits côps, i rèlît lès-ârtikes qu’i spèpîerè après li d’djuner.

Audjoûrdu vo-le-Ià qu’ i rabroke è s’ maujone bon-z-èt-rwèd, sins d’djà r’ssèrer s’ bwèsse à lètes.

C’ èst qu’on l’s-a lachî, vèyoz, lès Halloween. Li trinte-y-onk d’octôbe, vos. C’ èst rècta. Ça pêletéye dèdjà au coron dè l’ reuwe. Dès nwêrès tchapes, dès blancs linçous ; i-gn-a po fé.

        – Mauvaîse, valèt ! Dji m’ va sèrer mès volèts. Come dji sèreu èvôye.

Ça fait qui Stiène èst bin oblidjî d’ èsprinde li lampe. On djoû ètîr à viker avou l’ élèctrike. Tot ça à cause di cès laîds tchirous-là.

Stiène a pièrdu s’ feume volà deûs-ans. On-infractus’. Ça a v’nu come li tonwâre. A ipe li a-t-èle cofèssé si scrèt. Di pus timpe, èlle aveut stî au spècialisse, on djoû qu’èle n’èsteut nin (p.8) d’assène. Pont d’ rèchuwe, aveut-i dit, s’ èle ni v’leut nin candji s’ vikadje èt s’ adwîre à prinde dès drogues.

          – N’n-aurins d’vu viker chake à paurt po l’ abwêre èt l’ amougni. Adonpwis, vos v’s-auriz faît dè l’ bîle.

          Ele l’ aveut lèyi goter insi.                                        .

          Noste ome, vèyoz, il èst co maké di ç’ tchôde-là. A preume qu’ Amandine l’ a v’lu spaurgni. Qu’ èle li sinteut trop fwèbe.

Asteûre, c’èst li qui vike à l’ rassatchète. Bîre, bûre, vin, toubak’, c’ èst po l’s-ôtes. Li tchau, dès côps, qu’ i-gn-a. Mins nin po dîre, là. Au médecin tos lès quinze djoûs. Èt todi à l’awaite po lès maus.

Stiène a on r’méde : li chôcolat. « Anti-dépresseur », s’apinse li docteûr. On p’tit bokèt au côp, mins à chake eûréye. Au matin èt après l’ din.ner, li nwêr cafeu qu’ va avou.

          – Portant, ni sé dj’ nin qui dj’ va r’trover Amandine ossi rade qui m’ cwârps disfalicherè ?

          – Nos-ôtes, lès vikants, parèt, jamês près’ à distèler. Li Bon Diè frè po on mèyeû.

Dimwin, sès-èfants èt sès p’tits-èfants vont v’nu. I l’zi payerè à soper au Tch’voli, su l’ bwârd di Moûse, come tos l’s­-ans.

– Nn’-avans todi fièsti lès-Âmes à l’ Tossint, nos-ôtes. Au matin, après grand-mèsse, on ‘nn’aleut mon mès grands-parints, à Sint-Djwêr. One rinchinchote qu’ on-z-i r’troveut lès cousins èt cousènes. Au quârt po trwès-eûres, èvôye po vèpes tortos. A paurt mârine èt deûs trwès coméres qui d’mèrint po r’mète lès cayèts à place.

Il arivenut è docsau avou s’ pa, si fré èt sès mononkes, qu’ il atakint l’ Dixit Dominus. Après l’ bènèdicsion dès fosses, is r’moussint sins taurdjî dins leû vwèture. Faleut-t-èsse à Ton d’vant l’ nêt, po priyi su l’ aîte, pwis soper mon lès Chauvier, li famile di s’ mame…

      – Gn-a dès cis qui s’ fièt broûler po n’ nin oblidji leûs-èfants à v’nu. Plaî-st-à Diè qu’ lès mènes continuwèche quand dji sèrè d’ l’ôte costé.

 

***

 

Après l’ din.ner, Stiène a pèté on quârt.

– Dji m’ va apontyi l’indjole po choûter Jules Bastin.

Li sonète chiletéye. I n’ crankiye nin. On r’ssaye on pau après. I monte è là-wôt po veûy qwè.

 

C’ è-st-Audrè, li fèye da Norine qui ristind por li. Dins sès brès, on banse hozéye di lindje. Ci côp-ci, di tos sès pus rwèds, i li va douviè l’ uch d’ à l’ uch.

          – Moman m’a d’mandé dè riv’nu. Sét-on mauy qui v’s­ auriz on racro, là, avou vos volèts bachis.

– Tè l’ as dit. Come lès cis qu’ ont moru è l’ France, dè l’ campagne. Et qu’ quand ç’a stî po l’s-ètèrer, gn-aveut nolu qui v’leut pwarter l’ dosséye.

          Stiène rimêrciye li bauchèle èt r’lèver sès volèts.

          – Li djoûrnéye èst todi po l’ diâle. Waîte mu ça come i mozine. C’ èst quausu brune. Nin lès pwin.nes di sèrer l’ lampe.

          Asteûre i r’ssondje à Halloween.

          – Dire qui n’n-avans l’èspèrance dè div’nu on djoû dès sints pace qui l’ Bon Diè nos-a huké tortos su ç’ vôye-là, si nos Lî v’lans bin dire oyi. One djôye qu’ è-st-en-d’dins dè l’ djin, què l’ rapaujetéye. Pôves nos-ôtes qui mèt è l’ place Ii blaméye d’one mascârade, dès faus visadjes, dès moussemints d’ ruv’nants, di grimançyins èt d’ sôrcires! Avou li spècheû èt lès transes…

– Il ont bin l’ toûr, sés-se cès brichôdeûs-là! Come qwè qu’ c’ è-st-one viye ûsance dès Cèltes. On candjemint d’ anéye, di saîson, di vikadje, qu’ on distindeut l’ vî feu èt-z-èsprinde li novia. On conteut dès fauves èt dès paskéyes po fé awè peû, come nos-ôtes, timps dès sîses.

          Pârin Houbêrt ènn’ aveut èto dès floricontes di d’ quand il èsteut roufion. Au d’faît dès-âmes qui ruv’nint è culot.

          – Li djoû dès-âmes, i n’a nole cohète, i n’ a nou teûtê qui n’ âye si âme.

Ele si v’nint acoveter d’zos lès fouyes ou dins lès hayes. Oudôbin si hèrer dins lès camoussaus dès maujons. Ci djoû-là, on n’ choveut nin èt co mwins’ riloketer? Pont d’ côp d’ bordon dins lès hayes, là, lès guèrdins èt bin waîtî où-ce qui v’ mètoz vos pîds !

Come brâmint d’s-ôtes, Stiène a fait dès gringne-dints avou lès bétrâles. On l’s-astokeut su l’ meur dè l’ cimintiére. Pwis s’ catchi èt guédyî. Ça n’ aveut rin à veuy avou l’ Tossint èt l’ Djoû dès-Âmes.

– Mins c’ èst zèls qu’ ont èmantchj l’ sabat d’Halloween ; c’ èst zèls qui nos vindèt leûs-atricayes. Èt tènawète leûs fièsses toûrnèt mau.

Noste ome a li qu’ lès Romins ètèrint leûs djins au d’ dilong dès vôyes. Dès djins qu’ lèyint afîye on scrîjadje, one èpitafe, su leû fosse. Insi, il atauchint co lès vikants.

       – Pôves nos-ôtes qui n’ sét pus aviser l’ mwârt.

(p.10) À noûv eûres à l’ nêt, v’là-t-i nin qu’ on sone. I n’ tûzeut pus à zèls.

         – Un cadeau ou la mort !

         Is sont leû dîj doze, avou deûs macrales, dès mames, dandj’reûs. Po s’ loumer, dès cawoûtes diswidîyes à môde di      lantiènes.

         – La mort, a-t-i rèspondu.

         I sère sès paupêres. Il è-st-à l’ têre ; on l’a coutelé. Au d’zeû d’ li, is s’ cobourèt po lî d’ner l’ côp d’ Malcus’.

Adon, abîye ridouviè sès-ouys. Tot jusse pa-d’vant li, gn-a one pitite bauchèle. A-t-èle cink ans ? Èlle èst moussiye à bauchèle, tot simplèmint. Pont d’ masse su s’ visadje. Pont d’ satch po lès boubounes nèrin. Mirauke ou malice? Au plin mitan d’ tos lès spawètas d’ Halloween, gn-a one pitite bauchèle qui sorît.

         Stiène n’a nin ieû peû d’ lèyi l’uch au laudje. Il a stî nanchi è l’ coûjène. One tâblète di chôcolat, c’ èst ça qu’ i lî faut.

         Tot lîi tchôkant l’ cadau dins sès mwins, i chucheléye è s’-t­-orèye :

         – Vos, vos-èstoz bin vikante, mi p’tit spwè. Zèls, i sont mwârts èt ramwârts.

 

I chone qu’ Halloween flauwit. A-t-i s’ croke, sobayi.

Namètche, li prumi d’ nôvimbe 2003

Michel Gourdin, Deûs d’ nôvimbe: Djoû dès mwârts, nêt do diâle

 

Audjoûrdu, dji n’ sé nin poqwè : il a v’nu do fin fond di m’ tièsse one sovenance.

C’ èsteùve d’ abôrd come on grîje nûléye… Et pwis ça a riv’nu dins m’ mémwère : one istwêre qui lès viyès djins dès-Ardènes racontin.n’ todi, li djoû dès mwârts.

Li prumi d’ Nôvimbe, djoû tot blanc, tot bia, do Bon Diè et d’ tos lès Sints, tortos pwatenut dès bè­lès fleûrs èt choûtenut mèsse à l’ èglîje. Mins si vos v’noz deûs djoûs après à l’ cimintière, totes lès fleûrs sont flanîyes. C’ èst qui, li deûs d’ nôvimbe, do l’ nêt, li diâle vint d’ssus 1′ têre èt laît moru lès fleûrs su lès fosses.

One grande brake, qu’ aveut brâmint do l’ gueûye, dijeuve è s’foutant d’ l’ istwêre : « C’ èst totès bièstrîyes, dès mintes po lès viyès feumes ! Dj’ îrè, mi, vêla, èt dji lî dîrè deûs mots, au diâle ! »

Li deûs d’ nôvimbe, d’ one aléye, li grand Djôsèf ni faît ni one ni deûs èt à méye-nêt, il è va do costé do l’ cimintiére. I n’ èsteûve nin fwârt sûr : i gn-aveut pont d’ lumiére nule paut. Li ciél èsteûve nwâr come dins on for di bolèdjî… èt l’ bîje qui sofleûve, qui sofleûve…

Tot d’on côp, d’lé one crwès d’pîre, i vwèt on-ome, si visadje esteûve catchi par on grand tchapia. Asteûre, li Djôsèf, i n’ saveùve pus qwè fé. V’là qui l’ ome avou l’ tcha­pia vint èsconte di li : « Dji t’ a ratindu longtimps, Djôsèf ; dj’a passé tos l’s-ans vêci dispûs qu’ t’ as v’nu au monde. Dj’ a bin travayi : one âme di pus dins l’ infiér ! »

Nosse Djôsèf aureut bin v’lu cou­ru èvôye, mais l’ ôte tineûve si brès. Li tchapia a tchèyu à l’ têre, èt à l’ place dès deûs-ouys, noste ome a vèyu deûs lumerotes…

Li lend’mwin, au viladje, li grand Djôsèf n’ èsteûve nin à l’ atèlier. Pèrson.ne ni l’ a pus jamais vèyu.

Et dins l’ cimintière, à costé d’ one crwès d’ pîre, i gn-a one sitatûwe tote nwâre; on n’ sét nin quî ç’ qui l’ a apwârté vêlà.

Marcelle Fochon-Uyttebrouck (Lautu / Lathuy), in: Lë Sauvèrdia, 340, 2016

 

Halloween

 

Ë ç’minçeûve à fé brën’

Djë tchëpoteûve è 1’ cujëne

Quand on-a bouchi à l’ ëch.

C’ èstot one binde dë p’têts djon.nias

Tortos moussis au mia :

on diâle avou on baston,

one vîye sôrçîre avou s’ ramon,

one crapôde èmacraléye dins dès-aréncréns …

one arègne pindoûwe à së d’vantrén,

one kërièle dë p’tëts rëv’nants

fwârt saîsëchants,

 jësqu’à dès tchauve-sorës

quë trëp’line autou d’me.

Ës crîyine tortos : « Dès boubounes ou on mwaîs sort ! »

Ës v’line one douceû.

Dj’ a faît chonance d’oyë peû

Èt djë l’zi a d’né one pougnîye dë gougoûyes,

Bén bënaujes, lès p’tëtès-arsoûyes !

Faleûve lès veûy rire èt s’ cotaper,

Seûr qu’ ës r’bouteront ça l’ anéye quë vént !

4 (ôte paut / ailleurs) France / Picardîe / Picardie

in: http://blog.france3.fr/picardie-ech-perlage/2013/10/09/guenel-guinel-gai-noel-ou-betterave-a-zyus/

 

En picard, on l’appelle guénèl (, guinèl ou gaî-noèl). La bèterâve à-z-ius, c’est une ancienne coutume, restée très vivace dans le boulonnais, mais connue ailleurs en terre picarde et nordiste. Après la Toussaint, et surtout à l’approche de Noël, les enfants partaient en quête, armés de betteraves évidées et décorées. On leur offrait bonbons, brioches ou friandises. Très répandue autrefois dans nos campagnes, la betterave fourragère, était la plus utilisée, mais les enfants sculptaient aussi la variété sucrière ou le navet. Toute racine convenablement effrayante une fois évidée et éclairée d’une bougie faisait l’affaire.

« C’est une tradition picarde dont on trouve plusieurs origines (…). A Boulogne-sur-Mer, en 1415, cette coutume consistait en un don de torches, portées, la veille de Noël, aux personnes importantes de la ville par les guetteurs, don récompensé par quelques rasades de vin. »

(Oostende / ostende) à l' Sint-Maurtin ... (à la Saint-Martin ...)

(in: Julien Remoortere, Le Guide des Fêtes, Lannoo 1995)