Li Tossint (la Toussaint dans le sud de la Belgique / Allerheiligen in Zuid-België / All Saints' Day in south Belgium / Allerheiligen in Südbelgien / Allerhellgen am Süde vun der Belsch)

PLAN

 

0 Présintâcion / Présentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picardîye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

1.6 Li Gaume / La Gaume

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

5 Scrîjadjes / Littérature

6 Ôte paut en Bèljike / Ailleurs en Belgique

7 Ôtès-afaîres / Divers

0 Présintâcion / Présentation

in: A. Varagnac, M. Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978, p.39-40

 

Toussaint / la fin des grands travaux

 

Comme l’homme ressent une angoisse fondamentale, due à la conscience de la précarité de sa condition sur terre, il va s’entourer d’une série de fêtes qui seront pour lui autant de relais psychiques et lui permettront de vivre sous un rideau de fumée.

Les interdits qu’il multiplie l’encadreront et renforceront ses traditions.

 

L’année agraire commençait sans doute le 1er novembre chez les Celtes.

A cette date, Halloween, dite Samhain, était le moment d’une grande réjouissance carnavalesque. Avant les Celtes, il y aurait eu une grande réunion à caractère d’échanges avec l’au-delà.

C’était le début des veillées.

Ensuite, la fête fut christianisée en en faisant la Toussaint et le jour des Morts.

in: Baron De Reinsberg-Düringsfeld, Traditions et légendes de Belgique,TII, 1870, p.233, 236-237

 

1/11: en 607, le pape Boniface IV obtint de l’empereur Phocas le Panthéon des Romains et le dédia à la Vierge et à tous les martyrs et y fit transporter toutes les reliques qu’on avait déterrées aux alentours de Rome.

C’est du jour de cette dédicace que Grégoire III fixa la fête de tous les saints au 1er novembre.

2/11 Fête des Trépassés: en 998, Saint Odilon, abbé de Cluny, institua une fête annuelle à célébrer le 2/11 dans tous les couvents des bénédictins en mémoire des trépassés.

A Bruges, à Dinant, …, on allume la veille de la fête des cierges bénits dans les maisons et on les laisse brûler durant la nuit, pour se préserver des apparitions et visions attribuées par la croyance populaire à cette nuit. (Idem en Ecosse, en Irlande, en Belgique et en France.)

Notamment, les spectres se promènent autour des cimetières cette nuit-là.

in: Jacques Mercier, Le Jour des Morts, LB, 02/11/2005

 La Toussaint est la dernière fête de l’année liturgique chrétienne mais, dans l’opinion commune, c’est surtout le souvenir des défunts qui domine. On date le début officiel de la célébration de la Toussaint en 731, sous le pontificat de Grégoire III. En 837, la fête est introduite dans les territoires carolingiens. La date est probablement choisie à cause de l’influence de moines irlandais sur la chrétienté continentale. Pour les chrétiens, la Toussaint, c’est la glorification des justes, c’est-à-dire une fête de joie, mais elle est vécue de façon faussée par les fidèles qui confondent fête des morts et fête des saints. Cela engendre une atmosphère de tristesse, d’angoisse et le retour vers la tradition de Samain où chacun peut aller d’un monde dans l’autre, êtres du passé, du présent ou du futur, puisque le temps est aboli (et cela donne la fête d’Halloween d’aujourd’hui). Face à cette situation, parmi les théologiens de Cluny, Odilon (944-1049), 5e abbé de Cluny, a créé en 998, le « Jour des morts », le 2 novembre. La Toussaint et le Jour des morts sont devenus indissociables et la visite au cimetière ainsi que le recueillement devant les tombes donnent l’occasion de retrouvailles familiales. Jusqu’à récemment, on allumait à la Toussaint des cierges bénits pour se préserver des apparitions et des spectres qui déambulent alors sur terre. Les fermiers rentraient le bétail pour ne pas en perdre une partie… Jean Cocteau a écrit: « Le vrai tombeau des morts c’est le cœur des vivants ».

La Toussaint, in: Nadine Crétin, Dominique Thibault, Le livre des fêtes, Gallimard, 1991, p.50

 

Le 1er novembre

 

Dès le VIe siècle, les premiers chrétiens voulurent célébrer leurs martyrs à cette date, déjà choisie par les Celtes pour fêter leurs morts.

C’est en 835 que la Toussaint, fête de tous les saints, fut fixée par le pape Grégoire IV, la fête des défunts n’ étant que le lendemain, 2 novembre.

La confusion entre les deux fêtes a toujours existé, et les familles se retrouvent ce jour-là pour une visite rituelle au cimetière sur la tombe de leurs morts.

La Toussaint, lë Tossint. La Noël, lë Noyén, in: Jean-Jacques Gaziaux, Parler wallon et vie rurale au pays de Jodoigne, LLN 1987, BCILL 38, p.263

 

Ces deux dernières fêtes, ainsi que l’Ascension et l’Assomption, sont des fêtes d’obligation et donc fériées, dès fièsses agardêyes, c’est-à-dire que l’Eglise ordonne ces jours-là l’assistance à la messe et l’ observance du repos dominical.

dès sinte-caterines (chrysanthèmes)

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

La Toussaint et le Jour des Morts, in : MA, 1, 1982, p.20

 

Le premier novembre : Toussaint, au ou à l’ Toussangn. Après les vêpres de la Toussaint, vièpes du Toussangn ou vièpes dès moûrts, les fidèles se rendent en procession, avec le prêtre, en récitant des prières jusqu’au cime­tière pendant que l’on sonne le glas, on soune à moûrt (à Chapelle-lez-Herlaimont : souner lès transes ; à Godarville : souner ou taper l’ angonîye ; à Soignies : souner lès côps). Au cimetière, à l’ cèmintiére, le prêtre récite des prières sur les tombes avec les assistants à cette cérémonie. Cette coutume est en voie de disparition.

Autrefois, on allumait une chandelle bénite à la Chandeleur, tchandêye du Tchandelé, ou un crachèt sur la tombe, èl fosse, d’un proche ; cette cou­tume n’a plus été suivie après 1940. De nos jours, on continue à aller sur les tombes, à daler su ses djins, pour déposer des chrysanthèmes, sinte-Catrines.

 

Dicton : au Toussangn, on s’ ringâdje (allusion aux valets ou aux servantes de ferme, et par extension aux amoureux et aux époux) . L’engage­ment des domestiques cesse le jour de la Toussaint, après la messe.

 

A Arquennes, à la Toussaint uniquement, les membres d’une famille notoirement athée venaient sonner le glas, souner à moûrt. Cette coutume a subsisté jusqu’à l’arrivée, en 1930, d’un nouveau curé qui leur a interdit cette coutume. Avant 1914, dans cette commune et sans doute ailleurs n’importe qui, au Toussangn, pouvait sonner une volée de cloche, ène lache.

 

A Bellecourt, c’est Louisa-Marie Bouffioux (1875-1967) (qui fut chai­sière pendant 65 ans !) qui était la souneûse de cloches. Le soir de la Toussaint, de 19 à 21 heures, elle sonnait trois fois trois petits coups suivis d’une volée, ène lache, de 100 coups ; elle recommençait après un arrêt de 15 minutes. Les jours qui suivaient la Toussaint, elle allait rouler pou lès clokes, c’est-à-dire qu’elle allait aux portes des croyants afin de recevoir l’obole octroyée pour avoir sonné durant toute l’année.

 

Jour des morts, djoû dès moûrts ou djoû dès-âmes. Ce jour-là, on avait la crainte de faire du bruit (La Hestre). Les bestiaux ne devaient pas être conduits au pâturage parce que les âmes étaient perchées sur les arbres et les buissons ; il fallait avoir soin de fermer les portes avec précaution pour ne pas blesser les âmes qui voltigeaient dans les maisons. A Obaix, le bétail ne pouvait aller pâturer car il aurait « ramassé » les âmes

 

Robert DASCOTTE (1)

 

A Godarville, le diable se plaignit certain jour à Dieu de l’état peu prospère de ses affaires, surtout depuis que le prêtre récitait après la messe l’Evangile selon saint Jean. Dieu, voulant accorder une certaine satisfaction à Satan, lui promit que les âmes de toutes les personnes qui naîtraient le jour de la Toussaint, entre les vêpres et l’office des morts, lui appartiendraient. Pour mettre Satan à la portion congrue, on chante, à la Toussaint, l’office des morts immédiatement après les vêpres. C’est ce qui s’appelle voler le diable. Les cloches sonnent sans interruption depuis la fin des vêpres jusqu’à 10 heures du soir.

 

Alfred HAROU (2)

 

(1)   Les divisions du temps, l’année traditionnelle et les phénomènes atmos­phériques dans quelques communes du Centre, dans  Les  Dialectes Belgo-Romans», t. 22, 1965, pp. 133-182 (pp. 153-154) (quelque peu modifié)

(2) Le folklore de Godarville, Anvers, 1893, pp 66-67

 

in: Jean-Baptiste Marcelle, Mon vieux Souvret, 1980, p.125

 

Autrefois, à la Toussaint, enveloppées d’un grand châle noir, les femmes assistaient aux Vêpres de l’Office des Morts, chantées en style grégorien. Après ces prières, elles se rendaient en procession au champ du repos, suivant le prêtre recouvert de sa chape noire et les enfants de choeur en soutanelle de deuil, portant la grande croix, le goupîllon et l’encensoir. Le « De Profundis » chanté dans le soir tombant, les signes de croix et la bénédiction des tombes prisonnières de la grisaille de novembre plongeaient l’assistance dans un profond recueillement.

 

in: E. Yernaux, F. Fiévet, Folklore montagnard, s.d.

 

LA  TOUSSAINT

 

On son.ne à môrt! C’est la Toussaint. Le glas est réglé par le Rituel Romain. La visite aux tombes, dont nous parlerons plus loin, fit partie des cérémonies funéraires romaines. Jusqu’au début du VIIe siècle, les gens obéissaient au rite païen de la commémoration collective des trépassés. C’est en 607 qu’eut lieu la première célébration de la Toussaint, afin d’honorer les saints nombreux, qui n’ont pu trouver place dans le calendrier. L’Eglise orientale avait, depuis le quatrième siècle, une fête pour la célébration des saints et des martyrs. Mais cette fête de la Toussaint continua à coïncider avec la commémoration païenne des morts. Ce n’est qu’en 998 que l’abbé de Cluny, saint Odilon, institua une fête annuelle en l’honneur des morts, fête qui devait (p.163 ) être célébrée le 2 novembre dans les couvents des Bénédictins. Bientôt, toute la chrétienté imita l’exemple. Cependant, à Montignies, comme en bien des lieux, c’est la Toussaint qui s’imposa comme fête des morts. L’habitude millénaire de commémorer collectivement les tré­passés, une fois de plus, fut plus forte que les directives théologiques et dogmatiques de l’Eglise. Nous n’avons pas de renseignements sur la Fête des Morts proprement dite, sinon qu’il est d’usage de recomman­der les défunts le 2 novembre au cours d’une messe dite en leur honneur.

Le curé lisait la liste des défunts de la paroisse. Avec le dévelop­pement de la commune, il devint impossible de rappeler tous les tré­passés, comme on le faisait sous l’ancien régime, au temps où Monti­gnies n’était qu’un village. Aussi, l’usage vint de ne plus « recomman­der » que les défunts pour lesquels on avait payé une modique rede­vance.

La Toussaint marque un changement dans la nature, changement souvent observé et qui nous a laissé l’expression : in timps d’ Toussint.

Les vieux Montagnards cuisaient dès vôtes (/ dès rèstons) à la Tous­saint. Au fur et à mesure qu’on les cuisait, on les plaçait les uns sur les autres, dans un grand plat creux, entre deux pièces on mettait une couche de sucre. Ensuite, on versait du lait sur le tout et l’on mangeait lès rèstons en famille, au repas du soir.

Les tombes étaient particulièrement bien entretenues et fleuries ce jour-là. Il arrivait que des personnes reprenaient le deuil pour rendre visite à la tombe des disparus. Une coutume, qui a malheureusement disparu entre les deux guerres mondiales, était d’allumer des bougies sur les tombes le soir de la Toussaint et parfois, mais moins, le Jour des Morts. Cette cérémonie du culte des trépassés était vraiment émouvante et caractéristique. On voyait sur les versants de la Sambre, à Couillet comme à Montignies, de grandes nappes de lumières qui prouvaient que les défunts n’étaient pas complètement disparus puisqu’ils vivaient dans le souvenir de leurs enfants et petits-enfants.

Sous l’ancien régime et jusqu’à la fin du XIXe siècle, les vieux croyaient que le jour de la Toussaint, les âmes revenaient aux lieux où elles avaient vécu. Elles étaient toutes menues et timides. Elles se ca­chaient partout. Dans les maisons, sur les arbres, les haies aussi. On ne pouvait se déplacer ou déplacer les objets qu’avec mille précautions de peur d’écraser les âmes. Comme elles s’abritaient derrière des brins d’herbe, les bestiaux ne sortaient pas de l’étable de crainte de les avaler.

Les charretiers évitaient de faire sortir leurs véhicules pour éviter de blesser les pauvres âmes et aussi parce qu’ils craignaient un accident.

Les croix et les tombes d’enfants étaient toujours peintes en bleu clair.

à Lièrne (Leernes)

                                                   (in: Wallonia, 1894)

1.2 Li Picardîye / La Picardie: li Tossint (la Toussaint)

in : Piron M.,  Anthologie de la littérature wallonne, Mardaga, 1979, p.392

 

L’usage de faire des crêpes à la Toussaint est une tradition tournaisienne. Elle s’accompagnait, chez les enfants, de la coutume des « encensoirs », par exemple un pot à fleurs (pat-à-fleûrs), figurant un encensoir suivant l’habitude qu’avaient les petits Tournaisiens de remplir de braises recouvertes d’encens ou de résine une simple boîte percée de trous, plus souvent un pot à fleurs. En balançant comme un encensoir leur pot suspendu à des fils de fer ou d’archal, ils se rendaient de porte en porte et sollicitaient, des personnes qui les acceuillaient, des « coucoubakes toutes kéôdes » ou « ine cens’ pou la Vièrje ».

in: Clio 70, 1974

Blaton

 

La Toussaint

 

Type : une messe et une ducasse.

Lieu : a 25 km au nord-ouest de Mons: à 2 km a gauche de la route qui conduit

de Mons a Tournai.

Date : le 1er novembre, jour de la Toussaint.

 

La manifestation

 

La messe en l’honneur de tous les saints est célébrée à 11 h dans l’église paroissiale. Pour s’y rendre les pèlerins empruntent un itinéraire bien défini : rue de la station, rue de l’Eglise, rue J. Wauters, grand-place et rue Grande.

La foire aux camelots et aux pains d’épices se tient autour de l’église et sur la grand-place, de 9 h à 14 h.

Les acteurs de cette manifestation religieuse et profane sont les pèlerins et les camelots auxquels s’ajoutent de nombreux curieux.

Deux gestes rituels sont à retenir.

Le premier s’accomplit dans l’église : depuis 1732, on baise les reliques. Le second se passe durant la foire : la tradition du pain d’épices: cette coutume signifie que l’on se remarie avec sa femme pour un an.

 

Historique

 

Cette fête doit son origine à la célébration de la dédicace de l’église primitivement dédiée aux saints Simon et Jude (28 octobre).

Comme il était de coutume, la fête religieuse donna naissance à une ducasse. Au cours des années, cette fête du 28 octobre fut transférée au 1er novembre et se transforma ainsi en fête de tous les saints auxquels l’église fut d’ailleurs dédiée.

Cette manifestation a connu des transformations importantes. Autrefois, les pèlerins de Blaton et des environs défilaient dans les rues de Blaton de 6 h à midi. Arrivés à 1’église, ils faisaient trois fois le tour de l’édifice, à l’intérieur et à l’extérieur. Ils venaient vénérer les reliques des saints et prier pour leurs morts dont la fête était proche. Aujourd’hui, le profane l’emporte sur le sacré.

La foire aux camelots, elle aussi, a subi des modifications. Avant 1940, elle présentait un mélange de cirque et de marché. On y rencontrait des avaleurs de feu, des diseuses de bonne aventure, des vendeurs d’objets de piété. Aujourd’hui, l’aspect commercial est devenu prépondérant.

(foto / photo: Renée Donot (Bièmeréye / Biesmerée))

èl Toussègn (la Toussaint) (au Borinâje / Borinage)

(in: Alain Audin, Mons-Borinage, s.d.)

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon: li Tossint (la Toussaint)

Henry Matterne, in: VA 30/10/2004

A l’ Tossint, li fouye au vint

Li Tossint, èmon nos-ôtes, c’ èst l’momint di r’tûser one miète à tos cès-tilà qu’ nos-avans ieû bon d’ fé on bokèt d’ vôye avou zèls. Li pârin èt l’ mârine qui nos fyint zoubler su leû choû quand nos-èstins èfants. Li mononke di suke qui nos v’neut d’ner s ‘dringuèle à môde di rin. Li vèjin qui n’ saveut dîre on mot sins-z-î mète one banseléye di godomes.

C’ èst po ça qu’ tos l’s-ans, nos-èralans o l’ cimintiére do vi­adje èt sayî d’ lîre lès noms su lès fosses, èt s’ sovenu.

Tè­nawète lèyî couru on sorîre su nos lèpes quand l’ sovenance èst tote florîye.

Au pus sovint, i nos rad­jon.nit, li p’tit viladje di nosse djon.nèsse. I nos faît ridivenu èfant, po saquants-eûres, sa­quants munutes, quétefiye. Èt si c’ èst nosse pa ou bin nosse moman qui dwat vêlà pa-d’zos l’ pèsante pîre, nos n’ rovians jamaîs dè l’zî dîre on fèl mêrci, pace qui c’ èst grâce à zèls qui n’s-èstans là.

 

in : VA, 20/10/1981

 

AN.NEVÔYE

 

Li passéye dès mwârts

 

Grâce aus omes-di-stok (on dîreûve en Provence : les Mainteneurs des traditions), li Jules, l’ Henri èt l’ Marcèl ; grâce aus midones qui n’ rovîyenut nin leûs mwârts en-z-apwartant ou è v’nant achetè, nosse Passéye dès-âmes a stî, èt bin stî.

Avou lès vèpes do l’ Florîye Pauke èt aus vèpes di Tossint, èt nosse Passéye : dès bias momints po r’valu à nos vîyès djins, one pitite miète di ci qui nos lèzî d’vans.

 

L L

 

La « passée des âmes » à Villers-deux-Eglises

 

A SOUMOY

Passéye des âmes

 

N.B. — D’après le « Messager des Sciences histori­ques, Gand 1876 », la coutume de la vente d’aliments à la sortie de l’église, le jour des morts, existait à Oret, Hanzinelle, Loverval.

Comme d’habitude, li djoû dès-Âmes (li deûs d’ nôvimbe), après grand-mèsse, on fait l’ passéye avou ç’ qui vos-apwartoz.

 

in: Jules Fivèz, Histwêre di Bièmeréye, èt di vint’-deûs-ôtes viladjes d’ avaurci dispûs noûf cints swèssante-quate, 1972

 

Li Tossint

 

C’ è-st-ossi iun.ne dès grandès fièsses di l’ Èglîje catolike. Après vépes, on ‘nn’è va è pôrcèssion o l’ cimintiére dissus lès tombes èt lès cavaus, tortotes èt tortos bin garnis d’ fleûrs, dès mwârts di s’ parintéye. Ossi rade après, on sone à mwârt durant tote li vièspréye, pou n’ nin dîre jusqu’au nût.

 

Li djoû dès-âmes

 

Dins 1′ timps, d’vant mèsse, lès corâls rac’mincint à sonè à mwârt. Après mèsse, on fèyeut 1′ passéye di tôt ç’ qu’ aveut stî donè pa totes lès djins do viladje. Lès vindeûs astint d’ssus 1′ pavéye de 1′ maujo d’ cure èt lès-acheteûs si t’nint d’ssus l’ Place dè l’ Èglîje. Lès caurs de 1′ vinte astint r’mètus à Mossieû 1′ curé pou dire dès mèsses dins l’ courant d’ l’ anéye pou tos lès parotchins mwârts.

Ci passéye-là èt l’ portchèssadje dès corâls sont co deûs-afaîres supriméyes.

 

in: Le folklore au pays de Namur, 1930, Guide-programme de l’exposition de folklore et d’industries anciennes, A.R. de Namur, p.40

 

Le 1er novembre, jour de la Toussaint, il est d’usage à Namur que la famille se rassemble pour manger des « coûkèbakes » ou des « boûkètes », crêpes noires préparées à la farine de sarrazin. On en offre avec empressement aux visiteurs.

Tels sont, en résumé, quelques usages encore existants.

 

(foto / photo: VA, 02/11/1983)

li passéye dès mwârts à An.nevôye (la 'passée des morts' à Annevoie)

(VA, 04/11/2013)

in: André Moureau, Thon-Samson, 1965, p.90

 

La traditionnelle quête du jour des âmes, organisée par les jeunes gens de la paroisse.  Ceux-ci recevaient des habitants toutes  espèces de vivres, légumes, pâtisseries… A la sortie des vêpres, tous les vivres étaient mis aux enchères, et le montant de la vente servait à la célébration de messes pour les défunts.

Li Tossint à Vêr-Custène (la Toussaint à Ver-Custinne)

(Notes folkloriques sur Ver-Custinne, in: Le Guetteur wallon, 1935-36, p.160)

1.4 L' ès'-walon/ L'est-wallon: li Tossint (la Toussaint)

in: Recherches sur le folklore de Spa, Wallonia, 1899, p.187 à 196

 

(p.195-196) Le jour des Morts

 

On dit à La Gleize: il faut se garder de balayer ni laver les chambres à la cuisine lu djoû dès-âmes, parce que les âmes des trépassés reviennent sur terre, dans les demeures qu’elles habitèrent. Et en se livrant à cette besogne, on lès hovereut à l’ ouh, ‘on les balaierait dehors’.

De même à Sart(-lez-Spa), il ne faut pas frapper avec des bâtons sur les haies et les buissons, parce que les âmes sont d’vins lès bohons, ‘dans les buissons’.

Tossint èt Djoû dès-Âmes (Toussaint et Jour des Ames)

(Oscar Colson, in: Wallonia, 1894)

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon 

in: Marie-Thérèse Pipeaux, Anloy, un siècle d’histoire 1900-2000, éd. Weyrich, 2004

 

Chaque année, le lundi des deux fêtes, ainsi que le lendemain de la Toussaint, au cours de l’office reli­gieux, le curé lisait les recommandées, liste des défunts des familles. (…)

 

(p.80) Après le prêche, le prêtre lisait la longue liste des recommandées : c’était la liste des défunts que chaque famille, moyennant une modique contribution annuelle, avait à coeur de recommander aux prières dominicales de l’assistance. Au moment de la prière finale, la plupart des hommes étaient déjà sortis pour se retrouver au café chez Théophile en face de l’église et les exclamations des joueurs de même que le bruit des quilles commençaient à se faire entendre jusque dans l’église : bruit mat de la boule lancée sur la piste, bruit sec des quilles touchées qui s’écroulaient.

Puis c’était la sortie générale des fidèles, très lente, les retrouvailles joyeuses, les longs bavardages avant de rentrer chez soi. Les vêpres étaient chantées vers 14 heures 30.

Le soir, il y avait le salut au cours duquel on chantait divers hymnes. En semaine, une messe était dite très tôt le matin avec une assistance relative­ment nombreuse, une douzaine d’enfants, une vingtaine d’adultes ; les inten­tions des messes de la semaine avaient été annoncées au prêche du dimanche précédent, souvent des messes célébrées à l’intention de défunts auxquelles assistaient les membres de la famille, de même que des personnes voulant à cette occasion manifester leur affection pour le défunt ou leur sympathie à la famille.

 

Noms d’ djins, noms d’ places, in : Louline Vôye, Ene bauke su lès bwès d’ l’ Ârdène, T2, 1993, éd. Scaillet, p.207-208

 

Lès Mwârts : allusion aux célébrations pour des défunts des 1er et 2 novembre

aler à Vèpe dès Mwârts se rendre aux vèpres célébrées dans l’après-midi du 1er novembre.

Djoûr dès Mwârts 2 novembre

On y célèbre la Mèsse dès Mwârts. Généralement les gens assistaient aux vèpres des morts dans leur village d’adoption et à la messe des morts dans leur village d’origine, ou inversément.

1.6 Li Gaume / La Gaume

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.58

 

Toussaint

 

A Saint-Mard

 

On ne va pas ou peu au café. Le soir personne ne sort de chez soi. On passe la soirée en prières. Le bétail doit être rentré avant le crépus­cule, sinon on en perdrait fatalement une partie.

Toute personne qui voyage le soir risque de s’égarer. C’est surtout pendant cette saison qu’on verra s’élever les feux-follets, « leumerètes », apparitions, indice de malheurs qui vont survenir.

Après l’office du soir, on sonnait le glas toute la nuit. Des groupes de jeunes gens circulaient dans le village en frappant aux fenêtres, et criaient :

« Réveillez-vous, gens qui dormez et priez pour les trépassés. »

 

A Virton (au cimetière)

 

Au rez de la nuit, on allumait des bougies sur les tombes.

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

(foto / photo: coûkèbakes à Wèrvi (picârd) (Wervik – Flande ocsidentâle / Flandre Occidentale) (s.r.)

(cente-walon / centre-wallon)

in: La Boulangerie namuroise, EMVW, 1924-30, p.149-160

 

Pour terminer, disons un mot des coûkèbakes,bien qu’elles n’aient aucun rapport avec la boulangerie.
On les fabrique principalement dans les ménages ; pourtant, jadis, quelques boulangers (comme aujourd’hui encore quelques petits bou¬tiquiers) en débitaient à laToussaint. Quelques jours avant cette fête, (p.156) on voit apparaître à la vitrine des boulangeries un petit plat rempli de farine grise dans laquelle est planté un carton portant l’inscription « Bouquette ».
Les coûkèbakes sont faites exclusivement de farine de sarrasin, pétrie à l’eau, avec levure. On les cuit dans la poêle, à l’huile de colza (ôle di golzau), rarement au beurre. On les mange chaudes ou refroidies, avec de la cassonnade (suke di pot). C’est un mets lourd et très commun. On préfère la vôte (en français : crêpe), avec œufs et farine blanche, mangée avec du sucre blanc.

 

Charles Camberlin, in: CW, 10, 1972

 

Coûkèbakes

Dins l’ vint, l’ pleuve èt l’ misère, là si longtimps qu’ i rote,

Qui l’ vî bribeû s’ boute au r’cwè po s’ rapaupî.

I s’ sère au buk d’ on-aube, èt di sès dwèts stropîs,

I saye di s’ rafûrler dins sès vîyès fligotes.

Li bîje fait covoleter lès fouyes dès grands pouplîs

Èles sont là toûrnikant, djanes, doréyes, èt tortotes

Ritchéyenut, riplanenut, trèssinenut come dès sotes

Divant di s’ ramonceler autoû d’ l’ aube à sès pîds.

… Do viladje vint l’ ignéye dès koûkèbakes totes tchôdes

Su chake feu, dins chake pêle, on faît sauteler lès vôtes;

C’ èst l’ Tossint… Èt nosse vï adon s’ boute à tûser.

Tôt d’ on côp, i s’ abache, i sère à d’méye sès-ouys

Èt, tot pougnant d’vant li, là qu’ i c’mince à causer

Èt qui pwate à sès lèpes tote one chourchîye di fouyes.

 

ès'-walon / est-wallon

in: Herstal, un patrimoine pour une nouvelle commune, s.d.

 

Les ‘golzâs’ (chaussons aux fruits) réjouissent la Toussaint.

adicions musicâles / Traditions musicales 

Joseph Durbuy

 

Li djoû dès-âmes

Air de : La grave affaire

Al fignèsse d’on grand magasin,

Ine pôvriteûse pitite bâcèle,

Li Djoû dès-Âmes tot-â matin,

Aloukîve dès corones di pièles.

Sès-oûys, tot rodjes d’ avu ploré,

Loukît vès l’ botike, plins d’invèye :

— Po Grand-Mére qui m’ a-st-adoré,

Si dj’ poléve intrer sins qu’ on m ‘ vèye..

À tos p’tits pas,

Èle s’aprèpa ;

È magazin,

Intra doûce’mint.

O, boneûr !

I-n-aveût pèrsone !

Adon, sins brut,

Sins vèy nolu,

Èle si sâva

Rademint foû d’ là,

Sèrant disconte lèy ine corone !

 

2

À pon.ne èsteût-èle su lès sous

Qu’ ine grosse min l’ apice po li spale,

Èt, tot l’ kihoyant tant qu’ èle pout,

Â-d’vins r’ssètche l ‘èfant reût-a-bale.

— Pitite voleuse ! dèrit ‘ne grosse vwès

(Ca c’ èsteût la l’ mêsse dè l’ mohone),

Alons, hay ! Ti m’ vas dîre poqwè

Qui ti vins haper mès corones .’…

Kimint t’ lome-t-on ?

Abèye ! Rèspond !

Dji t’ aprindrè

Çou qu’ ça t’ vârè

Dè v ‘ ni chal haper mès-afêres !

— Moncheû, pardon,
Èt hoûtez-me, don :
Dji nè l’ frè pus.

— Alons, tês’-tu !
Rote avou mi d’lé l’ comissêre !

 

3

– Moncheû, sondjîz-ve à çou qu ‘ vos f’rez ?

Ca dji so-st-ine pôve ôrfulène.

Su l ‘ tére, dji n’ a pus qu’ on p’tit fré,

Èt sovint, nos-avans famène ;

Li hisdeûse mwért a-st-èpwèrté

Lès djoûs passés, nosse bone grand-mére.

Oûy, dji n ‘ a rin po lî pwèrter

Èt çoula m’ féve ine pon.ne amére.

Come di l’ ârdjint,

Nos ‘nn’ avans nin,

Adon dj’ a pris,

Sins d’mander l’ pris,

Divins vosse botike ine corone.

Pou-dje èspèrer

Qu’  vos m’ pardonerez,

Ca si dj’ a fêt

On tél mâfêt,

C’ èst po m’ grand-mére qu’ èsteût si bone ! 

Nôvimbe 1906 

 

 

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques (co rin trouvé / encore rien trouvé)

 

5 Scrîjadjes / Littérature

5.1 ouwès’-walon / ouest-wallon

Armand Deltenre, E longo maï …, 1969

 Preumi   d’ novembe  

 

Is s’ è diront, come tous lès-ans, su l’ tombe « dès vîs », mète ène potéye. Ça fét misére èç’ djoû-là, ‘ne mote sans fleûr ; èt ça djure asto dès-autes qui dè sont garnîyes. Èt adon, lès djins ont si rade dit.

Come lès-anéyes dè d’vant, is ariveront ‘ne bètchéye târdus. Lèye n’ âra nén seû ièsse prèsse come toudi, èt come toudi, li, i l’ ara grogni, pou « la forme ».

A l’ cèmintière, pa-d’vant « leû tombe » nén ‘rnètchîye, is s’ foutront l’ dosséye iun dèssus l’ aute pace què iun n’ âra nén ieû l’ temps dè l’ vèni sârkèler, èyèt qu’ l’ aute l’ âra co mwins’ ieû.

Més is sèront d’ acoûrd èchène pou trouver qu’ « leûs fleûrs » à « ieûs’ » sont pus bèles què lès cènes d’ à costè, qu’ o n’ a nén d’vu payî si tchêr.

Come tous lès-ans, is s’ sukeront en viant saquants rindjéyes pus lon, èl maleûreûse qu’ èst toudi là quand is vènenèt. Èt come tous l’s-ans, is-hausseront leûs spales pou s’ foute dè l’ djin qu’ èst là qui brét in pére, in-n-ome, in-n-èfant, lès twas, peut-ète, is n’ dè savenèt rén.

Dèvant d’ vûdî dè l’ cèmintière, come chake anéye, is dè fèront l’ toûr, come o s’ pourmène dins in djârdin d’ agrémint ; èt come tous l’s-ans, is passeront pa-d’vant lès cavaus dès combat­ants dè deûs guères, pa-d’vant lès cavaus qu’ o-n-a mis ‘ne plake, ène plake mîje droûla èsprès pour ieûs’, diroût-o : « Passant, salue et souviens-toi. »  

Més come tous l’s-ans, is passeront woute sans sondjî, sans rén vîr.

Èt come tous lès-ans, après, is s’ è diront au cinéma.

Et s’ il arive qu’ is vièrsenèt dès larmes ç’ djoû-la, ça n’ poûra ièsse què dès larmes dè bouneûr, en djipant, si l’ film èst bia.

Non, l’ preumî d’ novembe, ç’ n’ èst nén l’ djoû dès moûrts. Leû djoû a « ieûs’ », c’ èst l’ leûdemangn. D’ alieûr, il arive min.me què ç’ djoû-là, à l’ pikète, in brouyârd vént mète dès larmes dins lès cèmintières, dès larmes dèssus dès fleurs apoûrtéyes droûlà, dè l’ vèye, més qui sont djà toutes flanîyes.

 

Claude Delizée, in : L’ Acadèmîye dès Foyans d’ Cèrfontène, 59, 2003, p.8

 Djoû d’Toussint

 L’ pètit Lèyon è-st-aveu s’ Pârin au cèmintiêre.

 L’ ome coneut bin tout l’ vilâdje èt ça lî va dè s’ pourmwin.ner a waitant iun  après l’ ôte tous lès monumints, a r’pinsant à toutes lès djins qu’ il aveut coneû.

Droci, c’ èst Djan, c’ ét in fèl djouweû d’ bale. Tout d’ chûte après, c’ èst s’ vî cous’ Louwis, pwîs adon, c’ èsteut… èt s’ rapèler èl vikairîye dè toutes lès djins qui sont là asteûre.

Lèyon, li, ça n’ lî dit rin, tous lès noms qu’ i peut lîre su lès pîres dè tâye, maîs maugrè tout, i prind plaîji à lîre tout ç’ qu’ on-n-a scrît :

 « À no vî camarâde, èl mèyeû dès-omes su têre. »

 « À no moman, qu’ a stî èn-andje toute ès’ vîye. »

 « À no matante Rôsa, què nos r’grètrons l’ rèstant d’ nos djoûs. »

 Il èst tout sbarè, l’ gamin, dè vîr tout l’ bin qu’ on peut lîre su lès pîres dès môrts qui sont atèrès roci.

Tout d’ in côp, i s’ èrtoûne su s’ Pârin èt li dmande : « Dijèz, Pârin, toutes lès mwaîjès djins, ayu-ce’qu’ on lès-atère dins vo vilâdje ?

 

 

J. Piret, in: CW, 9, 1956

 

Toussint d’ in vî corâl

Quand nos-èsténs corâls — i gn-a d’ çoula ène bèle apèye — nos ratindéns l’ fièsse dè l’ Toussint come si ç’ aveut stî djoû d’ dicauce.

C’ èst qui, ç’ djoû-là, après grand-mèsse, nous nn’ aléns d’ uch à uch, ragadelant l’ min.me renguène : « On pourtchèsse pou lès trépassés ».

Nos d’djéns çoula sins sondji qu’ nos minténs come dès-aracheûs d’ dints ; èt maugrè qu’ is l’ savént, lès djins nos d’nént ène bone drénguèle.

Quand l’ toûrnéye èsteut faîte, nos fiéns lès paurts tèrtous acheune, pwîs nos daréns rademint à l’ Cinse pou-z-î acheter saquants cints d’ gayes. Dji vos diraî t’t-à l’ eûre pouqwè.

 

Tout d’ chûte après l’ dêrin côp d’ veupes, li madjustèr brideut lès clotches avou deûs-abèrtèles di hôte pace qu’ i faleut « soner à môrt » si rade qui no Curé tchantereut : « Placebo Domino, in regione vivorum ! »

Nos nos-auréns quausu batu pou gritchi su l’ doksâl li timps qu’ on tchanteut veupes èt pou « soner à môrt ».

Mins gn-aveut cor ôte tchôse : c’ èst qui, drolà, no Curé n’ nos vieut nén … èt pwîs, c’ èsteut si gaîy di polu r’waîti lès djins d’ in pau pus wôt ! S’ on-z-aveut l’ tchance d’ agritchi l’ posse, on d’mèreut là d’ planton jusqu’à d’ abôrd mèye-nût, satchant su l’ côde dè l’ petite clotche : bim ! bim ! bim !… ; après in r’laîs, su l’ cène dè l’ grosse : bam ! bam ! bam !

Et dji m’ souvén :

… Lès veupes vèneneut d’ fini… Lès clotches brèyeneut dins l’ èglîje vûde … In long cortêje di djins en deuy chût l’ Crwès qu’ è va à l’ cimintière … Bénrade, lès-ôtes corâls vêront coupler l’ cia qu’ èst d’mèrè, miér-seû, dispoûs d’ abôrd deûs-eûres, à l’ coupète dou doksâl…

Chakin à s’ toûr, on-z-è rira bwâre li café pou rabiser rademint avou ‘ne potchelèye di gayes qu’ on scafîyera dè l’ chîje à sonant inte lès côps… N’s-èstons binaujes come dès bossus.

Vo-le-là onze eûres… èt nos popas n’ taudjeront pus wêre à v’ni nos r’quê… Come zias ossi ont stî corâls dins leû djon.ne timps, is vont sûremint sayi lès clotches pou vèy s’ èlle ont stî bén bridèyes ou p’tète pou s’ rapeler leû-n-èfance ?

Boneûr d’ èfant co si près d’ mi èt pourtant d’djà si lon ! C’ èst tout ça qui m’ ripasse quand dj’ ô braîre no clotchî. Mais g-‘a nén seûlemint qu’ lès boneûrs, i gn-a lès deuys, maleureûsemint…!

Dins 1′ cimintière, èyu qu’ dj’ aî tant v’nu, ènn’ aî-dje vu mète dins tère, dès parints, dès-amis ! Enn’ aî-dje vu braîre, dès djins ! Mi-min.–me, sins rastèna, n’ î aî-dje nén braî mwints côps?… Enn’ aî-dje oyu dîre dès pâtèrs, dès Requiem èt dès De Profundis !… Èt sins pus lon, t’t-à l’ eûre, quand, in côp d’ pus èt in côp d’ mwins’, dj’ îraî m’ asgligni su nos tombes, n’ èst-ce nén co çoula qu’ dj’ atindraî, tarmètant qu’ dès corâls binaujes satcheront à l’ code à djiglant come nos fiéns quand nos-avéns leû-n-âdje èt qu’ lès notes anoyeûses dès clotches mi tchaîront su lès spales, pèsantes èt t’ ossi freudes qui dès vraîs boukèts d’ glace ?

* * *

Alons, r’choûrbons nos-ouys broûyis !

Gn-a-t-i d’ l’ avance à s’ disbèli ?

Tout l’ monde sét bén qu’ i faut qu’ on more èt qu’ gn-a nèlu qui chape.

Les cias qu’ sont là pa-d’zous lès fleûrs ont ieû leû toûr; li nowe chûra, in djoû ou l’ ôte : c’ èst l’ lèçon dè l’ Tous­sint.

Choûtons nos clotches qu’ èl ridijeneut dispûs dès-eûres èt waîtons d’ arindji nos flûtes èt d’ ièsse fén prèt’s pou quand no toûr vêra.

 

Frédéric De Boeck, in: MA, 8, 2012

 

Toussangn

 

Bîn rassis dins m’ fonteuy, dèscoumelant mès-idéyes, djè sondje, in-intindant lès grosses clokes buskî, à mès djins qui sont moûrts despûs saquants-anéyes, surtout a m’ poûve mouman que d’ vèyoû si voltî.

Il a byin wére dè fosses qui n’ ont nîn stè garnîyes dè blankès sintes Caterines ou bîn dès-ôtes boukèts. Tous dès fleûrs qu’ on-n-a pris au cwin dès pus djolîyes èt qui port’t-à nos moûrts dès pinséyes èt dès r’grèts.

Djè r’vwa dins 1′ pètite voye à l’ intréye du cimetiére, au mitan dès sapins tout vèrts dèspûs toudi, ène vî djin scafoter in musenant s’ notreu pére su 1′ fosse dè iun dès cîns què 1′ criyau rascouvrit.

Pus lon asto dou mur, c’ èst 1′ mèdecin du vilâdje qu’ a tant sougnîn lès poûves, souvint sans s’ fé payî. On lès vwat v’ni tèrtous, come in pèlèrinâdje, porter dès fleûrs su s’ tombe, léchî ‘ne larme ou priyî.

Asplouyî su s’ baston, in marmousant ‘ne priyére,

in vî grand pé rastoke in tchandelé rinvièrsî

su 1′ fosse dè s’ compagnîye qu’ i r’grètera squ’à s’ dèrnière,

èy i sondje qu’ i dira l’ èrtrouvér sans djokî.

Tout çu qui m’ a r’passè vînt rinforcî m’n-idéye

què, monseûs ou manants, in coup nos-îs frumès,

pa-d’zous ‘ne petite cwas d’ bos ou bîn sous ‘ne piére doréye,

nos r’tchèyons pou fini devins l’ Égalité.

 

sinte-Caterine : chrysanthème

musener : fredonner

H. Lerutte

 

A l’ Toussint !

 

Gn-ènn’ aura dès fleûrs à l’ Toussint !

Drolà, dins toutes lès cimintières.

 

I gn-aura co pus d’ fleûrs què d’ djins !

On n’ waîtra nén què l’ vîye èst tchère !

 

P’tète què ça s’ra (toutes cès fleûrs-là) lès cines

qu’ on-n-aura roubliyi d’ apôrter d’ leû vikant,

aus cias qui l’s-aurèt voltîy agrèyi !

C’ èst bia dè s’ souveni. Maîs ièsse là !

Ièsse là au momint qu’ i faureut,

pou sourîre, pou aîdi… Ièsse là !,

C’ èst l’ pus bèle dès fleûrs qu’ on dôreut !   

 

 

Henri Duval (Marlanwè / Morlanwelz), in: MA, 1970

 

Toussangn

 

Maugrè nous, quand l’ Toussangn arive,

nos sondjons à nos disparus,

à iun come à l’ ôte, i nos-arive

dè r’grèter èl boneûr pièrdu.

Nos vîs parints qui, toute leû vîye,

ont rindu pène èyèt trimè

pou qu’ nous, leûs gamins èt leûs fîyes,

nos fuchisse mèyeûs qu’ is-n-ont stè.

Nos bons grands-pés èyèt grands-méres

pou qui nos-astines èl bon Dieu

èt qui f’sinetèt tout pou nos plére

in s’ mèlant souvint à nos djeus.

Ça nos ch’noût si bon d’ lès-intinde

quand is parlinetèt d’ leû djon.ne temps,

arbinchant à nos fé comprinde

qu’ on n’ ît nîn wastès come mètenant.

Maugrè qu’ on stangn à l’ vièyèsse,

on n’ roublîye jamés sès parints,

à mwins d’ avoû s’ cèrvèle di crèsse,

çu qu’ on vwat co assèz souvint.

Pourtant, ç’ qui s’ apèle ène bone mére,

c’ èst ‘ne saquè qu’ on n’ pût oubliyî,

min.me si èlle è-st-à l’ cèmintiére,

on dwat î sondjî tous lès djoûs…

Lès tombes ont l’ ér dè fé ducace,

c’ è-st-ène lûsion d’ pârtêres di fleûrs,

tout râde, i n’ in d’mèrra pus traces.

Toussangn! c’ èst l’ parâde du maleûr…

 

 

Henri Van Cutsem, in: Tchaubaréyes, 1936

 

Toussint

 

Samwène di Toussint, djoû dès Môrts !

On r’pèche lès souvenîrs di famîye

à l’ chîje, dilé l’ feu qui flamîye

timps qui l’ vint bîjèle au dèwôrs !…

 

À l’ cimintière, tout-èst r’nètchî ;

pupont d’ cruwaus; èt lès pîssintes

sont rascrouvûwes di  grîjès cindes ;

lès tombes ont leû-n-ér rilètchî.

 

C’ è-st-ène vréye convôye au grand djoû !

On-n-apôrte dès fleûrs pa brassîyes,

èl sinte-Caterine èst l’ pus djolîye

avou sès gros pompons fén noûs.

 

Du nwêr clokî, dé l’ cièl grigneûs,

lès  « Bau lim’, Bau lam’ ! » dès sonâdjes

bèroulenut pa-t’t-avau l’ vilâdje

èt plissenut lès fronts anoyeûs…

 

Èt quand l’ breune tchét su l’têre,

on wèt les d’bouts d’ tchandèles, come dès lumerotes,

fé danser leû lumiére bladjote

su l’ blanc sauvlon, aus pîds dès cwès.

 

C’ èst l’ momint qu’ on r’va, souladji,

sins rén dîre,  t’t-au long d’ èl pavéye,

wèyant l’ imâdje d’ èl bén-éméye

pou quî l’ keûr a tant soumadjî…

 

On n’ vike nén avou les Môrts !… 

Non ; mins ç’ n’ èst nén d’trop d’ in djoû d’ souvenance

pou les r’mèrcyî di toutes leûs transes

èt des pléjis qui nos lieû d’vons .

Ci n’ èst nén d’trop qu’ in côp d’ssus l’ an,

nos d-alîje saluwér no mére !

i n’ èst né rèkis pou ça d’ brére,

èl mére n’ éme nén d’ vîr brére l’ èfant.

 

 

Jean Wyns, in: EB, 52, 1953

 

À l’ Toussint

 

Mi, dji n’ daleu jamés dins 1′ cimintière

Corne i gn-a qui vont à I’ Toussint ;

Dissu I’ fosse di iun d’ mès parints,

Li  mwinde   larme   n’ aveut   roudji   m’ paupière.

C èst   qui   pèrsone   n’ èsteut   môrt   dins   m’ famîye,

A mwins qu’ dès céns m’  tènant d’ fôrt liyon ;

Lès-eûres  di   deuy  èyèt  d’abandon

N’ avun’   nén   co   v’nu   troubler   l’   calme di   m’ vîye.

Iç’-n-anéye-ci,  pouqwè-ce  qui,  l’ âme chagrine,

Mér seû,  abiyï   tout-en  nwêr,

Π sû-dje  èvoye  plin  d’   désèspwèr,

Tènant dins m’  mwin  in boukèt d’ sinte-Caterine ?

En   face   d’ ène   cwès,   pouqwè-ce   qu’ o   m’ a vu  brére

Si  longtimps, à  n’ pus dè fini ? Oyi,  pouqwè brèyeu-dje ainsi ?

Alas’! Alas! dj’ èsteu   su   I’   tombe   di m’ mére…

 

Jean-Luc Fauconnier (Tchèslèt / Châtelet), in : MA 1/2011, p.16-17

 

Lès sinte-caterines

 

on s’ dÈmande pacôps pouqwè ç’ qu’ on scrît ène masse di contes pou 1′ Nowé, – gn-a min.me dès cés qu’ è féyenut pou Pauke -, èy’ i g-‘a jamés pont d’ contes dè l’ Toussint. Bén seûr, lès contes du Nowé èyèt d’ Paukes, is comincenut avou dès-ârnokes, dès pwènes èt dès rûjes mins, au pârfét, gn-a tout qui s’ arindje come lès gâyes du baston: lès cés èt lès cènes qu’ avît in bègnon d’ rascrauwes clitchî dissus leû tièsse, is s’ ritrouvenut à dalâdje pou bagnî dins 1′ laume avou ‘ne bindeléye d’ anjes qui tchantenut èt qui djoûwenut du viyolon.

 

Asârd qui s’ i-gn-âreut in conte dè l’ Toussint, i faureut ètou, au preume, ramonceler lès bouriateîyes, lès bisbroûyes èt lès macsigrognes àgrandès paletéyes, mins qu’ i faureut rachèvér avou ‘ne filéye di djins qu’ è vont à l’ cimintiêre en pèstèlant dins lès broûs èt lès moncias d’ foûyes toutes flanîyes, en-n-asprouvant di s’ mète à iute pa-d’zous in parapwî qui disgoute èy’ en s’ dispétchant d’ sititchî saquants fleûrs dissus ‘ne tombe sins sondjî qu’ i gn-a d’dins ène saquî d’ leû pèkéye qu’ is-ont quékefîye vèyu voltî, pressés qu’ is sont d’ ènn’ aler s’ rissètchî èt d’ prinde ène ér’ di tchôd dins leûs-cayaus.

Èst-ce qui c’ èst çoula ène quête qui finit vrémint bé, ène afêre qu’ on-n-âreut du pléji à raconter?

 

Li, i vèyeut voltî lès fleûrs. Gn-a ré d’ drole à ça pusqui, dins 1′ vî timps, gn-a dès cés qui s’ ont apougni pou dès tulipes; gn-a dès cés qui dispinsenut, asteûre, brikes d’ ôr pou ‘nn’ aler coude dès-orkidéyes au diâbe èt co pus lon… Min.me pou dès rôses, on-n-è conèt qui prometrît 1′ vôye di Rome ré qu’ pou ume lès vènéyes dè l’ dérène rin.ne dès mésses djârdinîs.

 

Li, i vèyeut voltî lès fleûrs, mins ré qu’ lès sinte-caterines. Tous lès djoûs, il èsteut à l’ besogne dins s’ sêre pou lès sognî, lès dodinér èyèt lès r’wétî come si ç’ âreut stî dès sintes di crôye.

« É, n’ vé né co dîre qu’ i passeut s’ timps à lès sinte, pace qu’ adon, dji crîyereu au clatcheû!

»

I ‘nn’ aveut di toutes lès cougnes, di toutes lès couleûrs: djanes quasimint doréyes, dès roudjes qui t’ âreus pinsè au fauteuy di v’loûrs du mayeûr, dès p’titès mauves, dès grandè blanches èt co bran.mint d’s-ôtes qu’ i gn-a pont d’ mots – en walon, toudi -, pou dîre qu’ èles-èstît oute di bèles.

 

Vos pinsèz bé qu’ i n’ ratindeut qu’ ène sorte: li Toussint. N’ alèz-è né crwêre qu’ i s’ rafiyeut d’ ènn’ aler pwârter sès fleûrs ci djoû-là come i gn-a bran.mint. Non fét, m’ fus, li djoû di d’vant, il èsteut d’djà su vôye; i mèteut saquants potéyes dins s’ bèrwète, i r’ssatcheut sès chabots, i tchausseut sès fés scârpins – oyi, pou router dins lès bèrdoûyes -, i discandjeut s’ vîye caskète dè l’ samwène pou 1′ cène du dîmègne èt, timpe au matin, i pârteut avou s’-n-ateléye amantchî s’-n-èspôsicion à l’ cimintiêre.

 

Au niût, i fieut l’ vôye dins 1′ contrére sins’ avou s’ bèrwètéye. « Gn-a télemint dès-albrans asteûre, qu’ i gn-âreut bé seûr dès lâches pou fé skârwèk su mès sinte-caterines… »

 

Li djoû dè l’ Toussint, min.me djè avou dès-ôtès potéyes èyèt l’ djoû dès mwârts, min.me afêre avou co dès-ôtès potéyes. « Mins, l’ ome, pouqwè-ce qui vos fèyèz dès parèyès convôyes? Pouqwè-ce qui vos n’ lèyèz né là vos fleûrs?

– Bé, lès cés qui sont-st-ètèrès, is n’ ont cure dès potéyes adon qu’ lès vikants, is-ont l’ crédit d’ lès-an’mirer èt dji voûreu tant qu’ on vèyîche voltî toutes lès sinte-caterines ! »

 

Dji sondje seûlemint à ça, sès sinte-caterines, i n’ v’leut jamés lès vinde… ‘là ‘ne istwêre qui finit bé, èn’do!

 

(foto / photo: Jean-Luc Fauconnier)

Joseph Charles (Tchèslèt), in: EB 350, 1982

 

Toussint

 

In cièl moûdrél, tout machurè

qui prèsse pou fé brotchî dès r’grèts.

On direut min.me qui l’ brût dès clokes

fwace pou passer woute dès-arokes.

 

C’ èst l’ pôrcèssion d’ bran.mint dès fleûrs,

bèlès potéyes qu’ on pwate su s’ keûr,

qu’ on mèt, doûcemint, sins p’lu rén dîre,

en plin mitan d’ ène grande freude pîre.

 

Pwîs, on d’mère là, d’ èn’ ér pitcheûs,

souvint longtimps, télcôp mérseû,

spèpiant d’ asto maugrè l’ aurzîye

m’ visâdje émè qui fieut no vîye.

 

Li cièl moûdrél, tout machurè,

asteûre a fét brotchî sès r’grèts,

èt on-n-èrva dins l’ brût dès clokes

passer ‘ne longue chîje toute nwâre d’ arokes.

 

Léopold surin, P’tite feume!, in: EB, 509-511, 1998, p.206-207

 

Vision d’ Toussint

Ène pÔve pÈtite mAUjo, dins ‘ne crombe rûwe, nén pavéye. Dins ‘ne rûwe, non : dins-in tch’min ou ç’ qui 1′ grande plouve a marké l’ rigole toute rimplîye di savenéye èt d’ pèlâtes. Lès cindes di l’ èstûve, qu’ on vûde su l’ têre pou r’bouchî lès traus, fèyenut dès grîjès tatches su l’ nwêr dès bèrdoûyes.

Èstêr lave lès jates… Èstêr n’ èst pus ène èfant et ç’ n’ èst nén co ‘ne djon.ne fîye… Èle n’ a qu’ tréze ans, mins i gn-a ‘ne saqwè d’ rèflèchi dins s’ pètit visâdje; on dîrèt qu’ sès deûs-îs asprouvenut d’ doner à lès chôses dè l’ vîye ène sinificâcion qui lès crèyatures di s’n-âdje èn’ trouvenut nén. Èstêr, c’ èst l’ pètite maman d’ sès deûs p’tits fréres; iun a neuf ans, l’ ôte chîj ; èle lès sogne, èle lès lave, èle fét leûs tartines, èle èrfét leûs tchausses … èt tous lès deûs, is sont-st-autoû d’ lèy avou l’ consyince qu’ is sont fwèbes, èt qu’ èlle èst là pou lès disfinde, pace qui c’ èst l’ pus vîye…

Dins lès pôvès famîyes, c’ èst l’ role dès grandes… Lès rôbes, lès cindréns, lès côrsâdjes chèrvenut à lès pus p’tites, èt lès pus p’tites chèrvenut d’ poupènes à lès grandes; dès poupènes qui brèyenut pou dou bon, à qui ç’ qu’ on done ène suçote pou lès fé tére èt qu’ on tént dins sès bras avou précaucion. Lès fîyes d’ ouvrî, lès fiyes dou peûpe apèrdenut d’ boune eûre à sognî lès-èfants, probâbe pace qu’ èles sont v’nûwes au monde pou in-awè bran.mint pus târd. Èt Èstêr sogne ses p’tits fréres : i gn-a èn-an qui l’ maman èst morte, i gn-a èn-an qu’ Èstêr dirije èl min.nâdje. Ô, èle s’ î conèt, èle sét martchander, èle sét daler à crédit, èle sét tous lès p’tits truks qu’ on-z-a quand on n’ a pont di liârds èt qu’ i faut mindjî. Èle va au  boutike come ène grande, èt, avou l’ min.me gravité qu’ ène grande, èle aprèsse lès tartines di s’ papa dins l’ musète, rimplit l’ bidon d’ tchôd cafeu; èle lî dit: « À r’vwêr, pa! » tous lès djoûs à cénk eûres au matin, èt li, rèspond : « À r’vwêr, fîye! ». Èt i s’ è va, lès spales ène miyète abachîyes, come si l’ maleûr di s’ minâbe vîye èl fôrcèt à soufru, sins rén fé d’ ôte qui s’ courber devant l’ mwés sôrt.

Bâ, is sont tant come ça! On s’ lève, on-z-è va à l’ fosse, on r’vént… on s’ coûtche pou r’comincî l’ lendemwin ‘ne vîye d’ condânè « aus travaus forcés ».

Èstêr sondje, in r’nètiant sès jates … èle sondje qui c’ èst Toussint… Toussint! I gn-a dès mots qui vos rapèlenut dès guéyès-afêres … i gn-a d’s-ôtes qui vos mètenut pa d’vant lès-îs come èl portrét d’ tous vos maleûrs…Toussint! Lès môrts ont l’ ér di r’clamér ‘ne pinséye, in souvenîr…Ç’ n’ èst nén d’trop in côp par an! Èt ç’ djoû-là, on prind ène èrvindje d’ awè roubliyi lès céns qui sont dis­parus, en leû portant dès fleurs èt en-alumant dès tchandèles su lès tombes, qu’ on-z-a p’t-ète fét drouvu pus rade in fèyant in tas d’ miséres èt d’ mèchancetès à lès céns qui sont d’dins, èt qu’ on va vîr èç’ djoû-là, pace qu’ on n’ ôserèt fé ôtrèmint. Èl min.me fausseté qu’ i gn-a dins l’ vîye s’ èrtrouve là. co pus féroce; lès môrts èn’ savenut pus parler … eûreûsemint pou bran.mint dès vikants!

Toussint! … Èstêr sondje … Èle fét s’-n-ouvrâdje doûcemint. come si ç’ djoû-là voulèt qu’ tout fuche fét sins brut … Èle a r’mis l’ véssèle… èle a ramo­né… iun après l’ ôte, èle a abiyi sès deûs fréres. Is-ont dès p’tits babots nwêrs èt is ratindenut.

Èl pére n’ èrvént nén… Èstêr s’ a lavé; in fèyant s’ trèsse, èle èrwéte su l’ uch. On n’ travâye nén … pont d’ inkiètude, ès’ papa èst sorti pou fé s’ barbe. Èstêr s’ abîye … deûs-eûres! Èt l’ papa n’ èst nén co là! Èl pètite feume kèdje èl feu come i faut, èt, apelant sès deûs fréres, èle sôrt in sèrant l’ uch à l’ clé…

Èle s’ è va; d’ timps-in timps, èle s’ arète pou stiède èl nez dou pus p’tit… On-z-arive su l’ place, on-z-intind tchanter… Lès trwès-èfants s’ è vont dou costè dou cabarèt. Èl fonografe lance èl tchanson Ma Miette, dès-omes èrpèrdenut l’ èrfrin in keûr … on tape dès pîds … on s’ amûse, là!

Èstêr a vu s’ papa: stampè à costè dou comptwêr, ène potéye à s’ mwin, i fét come lès-ôtes … i crîye, i gueûle, i tchante, i bwèt. Come lès p’tits-èfants qui tchantenut pou awè mwins’ peû, – is-ont dandji d’ s’ intinde pou s’ doner dou corâdje -, lès-ouvrîs astént là, p’t-ète bén pou n’ nén intinde çu qui s’ passe dins yeûs’ minmes … is tchant’nut pou n’ nén brére…

Franc batant. Èstêr a rintrè dins l’ cabarèt – çu n’ èst nén l’  preumî côp qu’ èle va r’quer s’ pa … ça rintère dins lès kèdjes dou min.nâdje! -; sès deûs fréres l’ ont chû : iun dè l’ binde crîye d’ ène vwès câsséye :

« É, Louwis, ‘là tès djon.nes! »

Sins rén dîre, sins rèsponde, Èstêr prind s’ papa pa l’ mwin … li s’ léye fé – èst-ce qu’ on rèspond à èn-èfant! … Â! si ç’ astèt ‘ne feume! -. Èl petite lî dit doû­cemint:

« V’nèz, papa! »

Èt l’ papa sôrt come in rèvant; come in rèvant, i done èl mwin au pus p’tit d’ sès garçons. I s’ è va insi, sins sawè qwè, sins sawè ayu…

In quârt d’ eûre après, Louwis è-st-à l’ cimintiêre. Lès deûs gamins ont tiré leûs sabots pou s’ mète à dj’nous a costè d’ leû grande seûr, au pîd d’ ène blanche crwès qui porte deûs courones di pièles.

Èt maugrè li, avou in reûpe qu’ èvôye ène ouféye d’ odeûr di jènéve, Lou­wis prind s’ caskète à s’ mwin, s’ mèt doûcemint à costè dès-èfants, èt, in ployant sès djambes pou s’ mète à dj’nous, come si lès mots li r’vènît à l’ tièsse, i comince, in fèyant l’ signe dè l’ crwès :

– « Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous …»

 

Lucy Gauthier (Naulène / Nalinnes), in: EB 350, 1982

 

Èl Toussint

 

V’là co in côp l’ Toussint, sès fleûrs à plènes brassîyes.

C’ èst l’ convoye au cimetière qu’ a stî bin rassonrè.

Èç’ djoû-là, on s’ èrtrouve chacun avou s’ famîye:

Lès cins qui sont-st-èvoye, lès cins qui sont d’mèrès.

 

Dins l’ trèyin qui trinkebale sès boukèts d’ crisantènes,

On r’wèt dès djins coneûs qu’ on-n-aveut roubliyi.

Lès-ans l’s-ont burinè èt on n’ sondje nin sans pwènes

Qui-ce qui èst vré pou ieûs’ èn’ nos-a nin spârgni.

 

On lît lès nos gravès en passant d’vant dès dates.

Èl mémwêre dit lès-ôtes qu’ èl timps a èfacè.

On-n-a l’ keûr èstrindu, on sint ployî sès spales

Pa-d’zous l’ pwèd dès souvenances èrmontant du passè.

 

Michel Filbiche (Taurcène / Tarciennes) in : EB 1983, p. 11

 

Toussint

 

Dj’ é peû

du timp

grigneûs

qui s’ plint,

qui moûd s’ renguène

d’ ariére-séson

su lès maujons

bachant leû crène.

 

Y-a tant

d’ mistêres

trin.nant

su l’ têre

èt no passâdje

n’ èst qu’ in coûp d’ vint

nowant sès mwins

pou l’ grand vwayâdje.

 

Gris timp

pou ‘ne fièsse …

Gris vint

dins m’ tièsse,

bârlokant m’ vîye,

avant d’ plondjî

èt di m’ noyî

dins l’ grîje aurzîye …

Raymond Honoré (Sint-Paul, Vile d’Oussu / Haine-Saint-Paul), in : MA 10/2010, p.18

 

Toussangn…

 

Èm’ pÈtite fîye chèrîye

audjordû au-d’zeûr dè vo fosse

dèvins l’ djoû sans lumière

dins mès-îs: pleuve èyèt broûyârd!

 

Skèpichant dès pèrfondeûrs

dè m’ mémwâre, souvenance dè vos clignètes

riyant in-arlochant vo tièsse doûcètemint,

dju sin vo mangn èrsèrér mès doûts.

 

Dins l’ plâye ouvrîye, muchèye

au pus pèrfond dè m’ keûr

dusqu’à mes dèrnîns djoûs

jamés dju n’ roublîrè vo doûs,

vo bia visadje avû vo mèrveyeûs sourîre.

 

 

camper: éclater.

 

Robert Cornil , Dji m’ é souvenu, in: NG, 30/01/1983

 

Nos v’là l’ djou d’ èl Toussint, Dji m’ é souvenu !

Dji m’ é souvenu, dès « Toussints » di d’vant l’ Guêre.

Dès cimetières tout blanc d’ fleûrs, dji m’ é souvenu,

Dès fleûrs qu’ on cultiveût dins l’ djardin d’ nos grands-péres.

 

Dji m’ é souvenu des djins, bé, trop râde disparus,

Dès-amis, dès parints, hélâs’, trop pau conus.

Dji m’ é souvenu d’ in vijin tcheû môrt au pîd d’ ès’ lit,

D’ èn-ôte qu’ on -n-a ramassé, morant dins sès rôsîs.

 

Dès souvenîrs mè r’montenut en visitant lès tombes.

Dji m’ souvin, qu’ timps d’ èl guère, i dè moreut télemint.

Dès sôdârts, dès civils, dès djins, èt ou dins l’ ombe,

Fusiliés, torturés, dès feumes, dès-omes, dès gamins.

 

Èt dji m’ souvin ètou dès disparus d’ èl fosse,

Dès côps d’ grisou, dès-èboulemints, dès catastrofes.

Dji d’ aî conu dès djins, ûsés pa leu labeûr,

Toutes leûs pwènes roubliyîes, morant en plin bouneûr.

 

Dji sondje co à ôte chôse. en chûvant lès-aléyes

À vîre jèrbes èt potéyes di totes lès coleûrs,

Dj’ spère quand’ min.me qu’ on-n-ârè ieû ‘ne’pinséye

Pou lès djns qui sont là, coutchîs pa-d’zoû lès fleûrs !

 

Alôrs, pus taurd, sins r’grèt, on poura s’ dîre,

À l’ Toussint, mon djè, tous lès-ans, dj’ é v’nu.

Dj’ é v’nu di bon keûr, nén pou vîr,

Mins surtout pou m’ souvenu… POU M’ SOUVENU.

 

Willy Burgeon (à l’ Vau-Tragnére / Leval-Trahegnies), in: MA, 1/2013

 

Èm Toussangn

 

Avû plangn dè pinséyes pa-d’zous m’ caskète

èyèt dès monchas d’ souvenis d’vins mès poches

t’t-ôssi rade passé 1′ griyâdje

mè v’là d’vins lès pièssintes

au mitan dès monumints d’ grès

stampès

què leûs moulures garnissetèt

pou lès richârds ;

pus lon

dès tères rèstèléyes

pou lès-ouvrîs rèstèflès

avû pa t’t-avau

dès criyaus èyèt dès pichoulits

tout pur djins

èstant à ç’-n-eûre-ci

pa-d’vant 1′ nèyant èt l’infini

v’la bîn !

dins ‘ne èspèsse breume

pa-d’zous in stwalî bouchî

dins l’ bruwine

du pèstèle pèsamint

du n’ vwa minme nîn

lès couleûrs

dès fleûrs dè sinte Caterine

du n’ sin nîn

leû forte odeûr

come pou souladjî

lès douleûrs dès famîyes

 

èm feume

qu’ è-st-avû mi

du l’ oublîye

tran.muwéye

èle ne pale nîn

nèrîn

du m’ sin tout seû

mér seû

avû fok ène fleûr

intrè mes doûts

ène seule rôse

toute roûdje

(c’ èst no couleûr)

ène miyète bostiant

d’ su m’ fayéye djambe

dins lès pièssintes glichantes

du pèstèle

dins mes nwârès-idéyes

 

mes pîds d’viènetèt pus b’sants

d’ssu 1′ kèmin

tous l’s-ans

toudi pus long

 

d’vins mès djournéyes

d’vins mès swaréyes

d’vins mès nût’s

quand du m’ rinvèye

vos stèz toudi d’lé mi

mès 1′ mangn què d’ vos stind

n’ atangne jamés l’ vole

èm bras tindu

jamés vos spale

n’ insèrera pus

dès djins m’ salûwetèt

du n’s-ès vwa nîn

du n’s-intind nîn

du n’ leû rèspond nîn

pace que mès larmes

du l’sè rastîn

d’vins 1′ neûd dè m’ goyî

du m’ arète

d’lé ‘ne petite bwate dè gris bèton…

onze ans d’jà !

d’vins m’ tièsse tout r’passe

à r’dik èt daye

 

du m’ abache

èm dos : ay !

d’ é mau pa tous costès

du dépôse èm rôse

toute roûdje

ficsant vo portrét

dè toutes lès façons

vos stîz si bia èm garçon èm GAMIN!…

Frédéric De Boeck  (Manâje / Manage), in: MA, 9/2016

Toussangn

 

Bî » rassis dins m’ fonteuy, dèscoum’lant mès-idéyes,

djè sondje, in-intindant lès grossès clokes buskî,

a mès djins qui sont moûrts dèspûs saquants-anéyes,

surtout a m’ poûve mouman què d’vèyoû si vol’tî.

Il-a byin wére dè fosses qui n’ont nî » stè garnîyes

dè blankès sintes Cat’rines ou bî » dès-ôtes bouquèts.

Tous dès fleûrs qu’on-a pris ô cwin dès pus djolîyes

èt qui port’t-a nos moûrts dès pinséyes èt dès r’grèts.

Djè r’vwa dins l’pètite voye a l’intréye du cim’tiére,

ô mitan dès sapins tout vèrts dèspûs toudis,

ène vî djin scafotér in muz’nant s’notrè père

su 1’ fosse dè yun dès cî »s què 1’ criyô rascouvrit.

 

Pus Ion asto dou mur, c’èst 1’ mèd’cin du vilâdje

qu’a tant sougnî » lès poûves, souvint sans s’ fé payî.

On lès vwat v’ni tèrtous, corne in pèlèrinâdje,

portér dès fleûrs su s’tombe, léchî ’ne larme ou priyî.

 

Asplouyî su s’ baston, in marmouzant ’ne priyére,

in vî grand-pé rastoke in tchand’lé rinvièrsî

su 1’ fosse dè s’ compagnîye qu’i r’grèt’ra squ’a s’ dèrniére,

èy i sondje qu’i dira l’èrtrouvér sans djokî.

 

Tout çu ç’ qui m’a r’passè vî »t rinforcî m’ n-idéye què,

monseûs ou manants, in coûp nos-îs frumès,

pa d’sous ‘ne pètite cwas d’bos ou bî » sous ’ne piére doréye,

nos r’tchèyons pou fini dèvins l’Égalité.

5.2 Picârdîye / Picardie

5.3 cente-walon / centre-wallon

Albert Rousseau (Fleûru), in: EB, 289, 1976

 

Lèdemwin d’ Tossint

 

Estans-ne sûrs qui lès mwârts

Qu’ on s’ va mète à gngnos su leûs cwârps,

Dimandenut tant d’ tchîyerîyes

Po leû Tossint ? Dijan.n’ todi  quitefîye !

Waîtîz ç’ti-là dins s’ cwén !

On n’ î vént pus… ‘là dès anéyes

Pèrson.ne  po  r’fouyî  one paletéye

I s’ faut froyî one vôye au d’ triviès dès dints-d’-tchén.

Li fosse, à costé d’ li,

On vraî martchi  :  

Dès bias boukèts d’ pinséyes,

Èt l’ lècsion di grossès potéyes ;

Mins  tot  compte  faît,

One tote pitite rèléye,

Èt   tout   èst   cût   rén   qu’ sur   one   nêt.

À sè l’ dimandér si lès mwârts

Sont si contints

Après  l’  Tossint.

 

Albert Rousseau (Grand-Lé / Grand-Leez), in: CW, 9-10, 1962

 

Porcèssion dè l’ Tossint

 

Li ciel est télemint bas, qu’ on l’ pôreûve  sitancener.

Èt pa-d’zeû dins l’ clotchî, lès clokes lèyenut d’goter

Totes leûs uches di pârdon po lès timps qu’ sont-st-èvôye,

Po lès céns qui l’ grand Maîsse a lachî l’ derène rôye!

Li nwêre bîje disavetéye tos lès dérens fouyas.

Lès-aubes sont è purète : lès cwârbaus volenut bas.

On-avant-gout d’ iviêr; on sint d’djà qu’ i faît hisse,

C’ è-st-on vraî djoû d’ Tossint, bon diè d’ bwès, qu’ i faît trisse!

 

Li bèdau èst pa-d’vant, î rote doûcemint sus s’ pwèd.

Nos-ôtes tortos èchone, nos sûvans padrî l’ crwès.

Tot en pinsant aus nasses, èt à leû pôvès-âmes,

Et dins l’ trèfond d’ nosse keûr, pa zèls, gn-a rén qu’ s’ èdwame.

En rèspondant l’ curé qui rècite lès pâtêrs,

I m’ chone qui ça vaut mia qu’ on boukèt d’ fleûrs bén tchêr.

Èt 1′ long ruban s’ disrôle jusqu’à dins li ç’mintiére.

Ci n’ sèrè qu’ one covoye tant qu’ i frè one miète clér.

Ci n’ est nén one corwéye di v’nu on côp par an.

Nosse marne nos l’ aveûve dit : « Nos n’ èstînes pus d’s-èfants»

« Ni pinsez nin, d’jeûve t-èle, vinu fé l’ clôn’ èt braîre.

Tot ça, c’ èst dès grimaces; ça nos pôrè displaîre. »

Euchîz ‘ne pitite sovenance por mu èt po vosse Pa.

Vos-è-r’troveroz dès boûnes bén seûr dins tot 1′ moncia.’

Marne! Dji vos a choûté . Vèyoz, dji v’s-a v’nu veûy

Dj’ a prîyî po vos deûs. Pa, Mame, bonswèr, à r’veûy.

 

Alexandre  Bodart

 

Fouyes di Tossint

 

Lès foûyes tchaîyenut maugré l’ bon timps,

Maugré l’ solia qui lût su 1′ tiène !

L’eûre arive todi à ç’ momint

Avou do frèd, do tchôd, do tiène.

I gn-a qui  d’tchindenut bon-z-èt-rwèd

Èt dès cines qui sont pus londjin.nes ;

Saqwantes féyenut li sine do l’ crwès,

Ou bin taudjenut po r’prinde alin.ne.

Èles-ont achèvé leû bèsogne,

Leû-z-âme rimplîye di doûce tchaleûr ;

Èles si rachonenut po l’ min.me sogne :

Chochener l’amisté d’ leû p’tit keûr !

Èles mètenut dissus totes lès spales

On duvèt d’ one  bèle sipècheû

Di peû qui l’ ci qu’ a frèd n’ èdjale :

Kipagnîye dès cis qu’ sont mièrseûs !

 

Albert Rousseau (Fleûru), in: EB, 289, 1976

 

Lèdemwin d’ Tossint

 

Estans-ne sûrs qui lès mwârts

Qu’ on s’ va mète à gngnos su leûs cwârps,

Dimandenut tant d’ tchîyerîyes

Po leû Tossint ? Dijan.n’ todi  quitefîye !

Waîtîz ç’ti-là dins s’ cwén !

On n’ î vént pus… ‘là dès anéyes

Pèrson.ne  po  r’fouyî  one paletéye

I s’ faut froyî one vôye au d’ triviès dès dints-d’-tchén.

Li fosse, à costé d’ li,

On vraî martchi  :  

Dès bias boukèts d’ pinséyes,

Èt l’ lècsion di grossès potéyes ;

Mins  tot  compte  faît,

One tote pitite rèléye,

Èt   tout   èst   cût   rén   qu’ sur   one   nêt.

À sè l’ dimandzér si lès mwârts

Sont si contints

Après  l’  Tossint.

Alexandre Bodart, in : VA, 20/10/1981

 

Tûsadjes po l’ Tossint

 

Dji va d’ tènawète au ç’mintiére

Po veûy li place où-ce qu’ on m’ mètrè ;

C’ èst là ossi qu’ on vérè braîre,

Dire one pâtèr, mète on boukèt.

Dins l’ djane aûrzîye qui frè one bosse,

Dji vos d’manderè d’ planter sur mi

On p’tit rôsî qui d’grèterè m’ fosse

Èt qu’ vos n’ laîroz jamaîs d’flani.

Lès rôses auront l’ coleûr di win.nes,

Li cine do song… Dj’ a stî d’chavé,

D’pus d’ on côp mi pîd a ridé,

Mi keûr aurè iu totes lès pwin.nes !

Vos n’ taurdjeroz wêre quand vos véroz,

Li timps d’ saucler on p’tit côp l’ têre

Èt vos sondjeroz qui, là pa-d’zos,

I gn-a pus rin qui do l’ poûssère.

Stampéye èsconte di m’ crwès d’ aubon,

Vos-auroz sogne do mète one pîre

Avou, crènéyes jusqu’à bin fond,

Cès deûs lignes-ci qui dj’ vos va dîre :

Ç’ n’ èst qui m’ pèlake qu’ èst d’zos vos pîds…

Mi-y-âme, lèye èst dins li Steûlî !

 

Alexandre Bodart, in: CW, 11, 1982

 

Tûsadjes po l’ Tossint

Quand mi-âme sèrè dins li steûlî,

Qui l’ mwârt aurè rafrèdi m’ pausse,

Èt après l’ sogne do tchèrpètî ;

Dji vos d’manderè, — ô nin grand-tchôse ! — ;

 

En min.me timps qu’ on m’ mète à pont,

Plantez su m’ fosse one sau qui bale ;

Mètoz-me foû vôye vêla dins l’ fond

Di peû, vèyoz, qu’ on n’ vos-èhale !

 

Alexandre Bodart, in: Un siècle de littérature dialectale au pays d’entre Bocq et Samson, CAIAC asbl 2008

 

 Tossint

 

Nos rivenans avou tote nosse pwin.ne !

Li pîsinte grûchîye come todi ;

Moya tropia, on monde sins in.ne.

Li timps s’ a brâmint rafrèdi.

On pièle bèrôle su one massale ;

Gn-a pus, véci, qu’ one sôte di djins :

Sovenances d’ ayîr èt frèdès dales :

Pont d’ pauvriteûs ni d’ bin-l’-moyin !

On l’ saît trop bin qu’ on toûne à cènes,

Mins nosse pinséye èva pus wôt

Qui l’ paletéye di sauvlon qu’ on rayère,

Ca ç’ n’ èst nin lès-âmes qu’ on rèclôt !

Por zèls, audjoûrdu, c’ èst l’ grande fièsse,

Èles si rachonenut dins l’ corti :

Nos sintans leûs tinrès carèsses,

Dins nosse trèfond, on l’zî sorît !

Èt dès fleûrs su tote li stindéye.

Èles n’ auront nin l’ timps do d’flani,

L’ èspwèr ènnè r’faît dès boyéyes !

Sègneûr… c’ èst l’ min.me o Paradis ?

 

 

Les rimes féminines alternent avec les rimes mascu­lines.

Les rimes féminines se terminent par une syllabe muette : ex. pwin.ne, dales, rayène, stindéye.

Explication : grûchîye : grince on pièle : une perle, larme bèrôle : dégringole lès cènes : les cendres flani : se flétrir tropia moya : troupe muette on rayène : on ratisse on boyéye : une touffe

Arnould, in: GW, 16, 1924

 

Tossint

 

Dins lès-aubes, li vint sofèle,

Lachant l’ dêrène fouye qui pind;

Au d’ truviès dès coches,i chufèle,

Li plouve tchaît frède, c’ èst djoû d’ Tossint.

 

Lès clokes baumenut à l’ vîye èglîje,

On côp, deûs côps di tims-in timps;

Dins l’ciél coûrenut lès nûléyes, grîjes,

Li plouve tchaît frède, c’ èst l’ djoû d’ Tossint.

 

Lès djins rotenut avau lès vôyes,

Tièsse bachîye, ni s’ ritoûrnant nin;

Li djôye èt l’ bia timps sont-st-èvôye;

Li plouve tchaît frède, c’ èst djoû d’ Tossint.

 

Bran.mint èvont viès l’cimintiére

Visiter l’ tombe di leûs parints,

pwarter dès fleûrs, dîre one priyére;

Li plouve tchaît frède, c’ èst djoû d’ Tossint.

 

Didins lès-aubes, li vint sofèle,

Arachant l’ dêrène fouye qui pind;

Au d’ truviès dès coches, i chufèle,

I ploût todi…, c’ èst djoû d’ Tossint.

 

Bernard Louis (Namètche / Namêche), in : CW, 11, 1997, p.169

 

Tossint

 

Addé s’ mârine qui prîye,

Èle vwèt l’ aîte caflorîye

Jamaîs parèy.

 

Èle tûse à tos lès cias

Qu’ on-z-a mètu vêla

Èt pwis aus-ôtes,

 

Lès mwârts di tos lès timps

Lès djins sins monumint,

Sins fosse.

 

Combin d’ brâves, dins l’ pècléye,

Ont-i passé l’intréye

Do Ciél ?…

 

I grûjèle dins 1′ gravî :

Pa-drî zèles, sins lachî,

On fait 1′ convoye.

 

Di s’ mokwè à dintèles,

Li mârine dè l’ bauchèle

Rissuwe sès-ouys,

 

To d’jant, peû dès nûléyes :

– «Fioz l’ sine di crwès, m’ gâtéye.

Nos-èrîrans.»

 

Ernest François, in: CW, 8, 1950

 

Tossint

 

Li ciél gris èst si bas qu’on direûve qu’i s’ aspouye

Su l’ tère dispouyîye èt lès-aubes aus rârès fouyes;

Li vint coud les dérènes aus couchètes qui s’plindenut;

È tournant, è planant, come à r’grèt èles tchaîyenut;

Èles rôlenut à boutiant èt l’ vint lès boure, lès chove

Conte one aroke ou l’ ôte, totes aloûrdîyes di plove,

Pwîs va chûler, djèmi dins les dêrins fouyas,

Qui pindenut, tot brunis, dès tchin.nes èt dès fauvias

Ou s’ cotwad, è s’plindant, didins les nwârès couches.

One binde di cwarbaus passe, avou dès cris d’ angouche,

Ni sèpant woû s’ astape; one binde di p’tits mouchons

Cotoûne sins brut, do timps qui, di s’ grêye vwès d’ crèkion

Dins les bouchons d’ l’ uréye, on p’tit rôtia tchîpèle

I ploût, pa ta-ûlias, one frède plove qui spoûssèle

Qui mache si batant brût avou les plintes do vint

Èt qu’ lès clokes soglotenut leûs lârmes à tot momint.

Tot èst gris, tot èst trisse, c’ è-st-on vrê djoû d’ Tossint.

Dji monte à l’ èglîje par one vîye vôye rèfoncéye.

Mi tot seû, à m’ paujêre, èt tot à mès pinséyes.

Dji m’ sin tot drole, i m’chone qui ci n’ pout ièsse l’ uviêr

Qui fêt qu’ tot est si trisse èt parèt s’ plinde èt braîre,

Qui c’ èst tos nos chérs mwârts, qui r’vègnenut fé on toû,

Pace qu’ is volenut qu’ on pinse à zèls au mwins on djoû,

Djè les vwè avant mi, come dins leu vikaîrîye,

Passant, onk après l’ ôte, dins one pènibe sondjerîye;

I gn-a dès djon.nes, dès-ôtes à plin.ne fwace èt dès vîs,

Mi rapelant dès dètays di faîts quausu rovîs;

I gn-a qui d’meûrenut pus longtimps divant mès-ouys

Èt dj’ sin, dins cèsti-ci pus d’ one lârme què lès mouye;

Dji m’ dimande, plin d’ angouche, si dj’ n’ a jamês rin faît

Qui, min.me sins l’ fé esprès, lès-aureûve ieû displaît.

Dj’ a taurdjî maugré mi, au mwins one grosse minute,

Come dins on vraî tchôkemwâr, ratindant qu’ i fuche iute,

Pwîs dj’ a continuwé mi vôye, tot bèlotemint,

Cor à mitan pièrdu, tot seû, didins l’ vî tch’min,

Mins dji n’ a pus r’trové dins lès djins, è l’ èglîje,

È l’ aîte, maugré lès tchants, lè fosses, li min.me emprîje,

Come si nos mwârts vôrint qui nos fuchanche tot seû,

Po nos p’lu causer mia à leû-z-auje, dandjureûs.

 

Gabrielle Bernard, in: Do vèt’, do nwâr, in: Cahiers Wallons, 1944

 

Chîje di Tossint

 

Dins l’ vièspréye, les pârdons sigotenut tot è leûs laches,

Les djanès fouyes tchaîyenut dizos l’ bîje qui lès flache,

Li plove toke aus câraus, zwate, odante, sins taurdjî ;

Lès-aubes, didins l’ djârdén, ont l’ aîr di pôvès-âmes…

C’ èst l’djoû. Peû qui l’ sovenance dins les keûrs ni s’ èdwâme,

Didins totes lès-èglîjes, les curés ont prétchî.

 

Dji n’ a nén stî au cimintiére.

Trop d’ raîsons m’ ènn’ ont disgosté ;

Èst-ce po ça qu’ vos v’noz m’ dîre tote fiére,

Ci qu’ vosse boukèt vos-a costé ?

Mi, c’ èst dins m’ keûr qui dj’ fé mi-auté !

Mi keûr èt m’mémwêre sont fidèles !

Nén dandjî d’ one cloke qui m’rapèle

À téle date mes pwin-nes èt mes doûs !

 

Qui l’ solia lûje, qui l’ plove ramouye,

Qui l’ bwès vêrdiche ou qui s’ disfouye,

Tron.nant d’vant l’huviêr qui va v’nu,

Mi pas, su l’ hièbe ou su l’ mwate fouye,

Pou sûre li trace d’ on disparu !

 

Dji n’ sé pu m’ asglignî ni braîre

Dissus dès cindes ou dès-ouchas

Dèdjà comèlés à l’ poussêre…

Por mi, les crèpes èt lès vachas

Ni comptenut nén…

L’ sovenance èst mia !

 

Mi sovenance a l’coleûr dè l’ vîye !…

Li cène qui person.ne ni rovîye,

Vént, à l’ gnût, s’ rachîde è s’ culot ;

Dj’ ètind clicoter sès-awîyes,

Lès clérès-awîyes di s’ tricot…

 

Èt dji wè d’lé lèye, djè l’ pou dîre !

L’ andje qui n’ a viké qu’ on prétimps,

Li timps d’ aprinde à nos sorîre…

Dji r’wè sès-ouys, sès p’titès mwins…

 

Èt cès deûs là, c’ èst mès grand-méres,

Li pus djon.ne vént, pa-d’zos l’ quénkèt,

Avou s’ costeure… Lon dè l’ lumiére,

L’ ôte, didins s’ choû, rôle si tchapelèt.

 

I m’ chone qui dj’vè, autoû dè l’ tauve,

Tos lès cias qu’ ont mostré li tch’mén,

Mès deûs grand-péres, li vî parén

Qui saveûve dès si bèlès fauves…

Mononkes, matantes, cousènes, couséns…

Dji wè raviker, dins m’sondjerîye,

Li timps mwârt où-ce qu’ is viként co,

Ça vaut bén d’ s’ aler mète à gngnos,

Come tot l’ monde, su one pîre vèrdîye !

Mi, dj’ a mès mwârts didins m’maujo !

 

One rôbe à l’ min.me place, dins l’ armwêre,

On gant qui mosse co l’ foûme d’ one mwin,

One lète djanîye… èt lès toûrmints,

Lès djôyes, sôrtichenut d’ leû poussêre !

 ? I vo chone qui c’ èst chokant,

Ci qui dj’ di là, cousène Jèline,

Quand vos m’ causez d’ vos sinte-catrines

Qui vos cossenut chacune cénk francs ?

 

Mi, dj’ boû d’ colére en vos choûtant,

Po n’ nén l’ vôy, i faut ièsse aveûle !

Èt dji m’ragrance di ièsse miérseûle

Po douviè l’ uch à mès ruvenants…

 

 ! por mi, pon d’ dandjî qui l’ sovenance ni s’ èdwâme !

Comint, Jèline ? Vos-avoz peû dès pôves-âmes ?

Pace qui c’ èst l’ gnût do djoû mètu po s’ disbautchî ?

N’ avoz nén faît l’ corwèye ? Vosse keûr s’ a disclitchî…

 

Vos-avoz braî one miyète, vêlà… ou fé chonance ?

Vos tchandèles ont lumé, vos fleûrs vos cossenut tchêr,

— Vos fleûrs qui flaniront pus rade qui vosse sovenance ! —

Èt vos-èstîz si fiére d’ awè faît vosse divwêr !

Lès ruvenants s’ront d’lé mi… N’ eûchîz nén peû!… Bonswêr !

Germaine Massart-Tilmant (Ramiéye / Ramillies), in : Lë Sauvèrdia, 269, 2009

 

Djoû d’ Tossint

 

Lès-aubes sont frèchs èt is braîyenèt,

On rôtia tron.ne së on bouchon ;

Lès rôses, lès dalias moûrenèt,

Is-ont fënë leû florëjon.

 

On sone à mwârt tote lë vièspréye,

Lë vëladje èst couvièt d’ brouliârd.

Volà one bén trësse fén d’ djoûrnéye.

C’ èst l’ djoû d’ Tossint, sondjans aus mwârts.

 

 

Lèserîye e’èrére,

Dfaurins corne tos lès-

Henry Matterne, in: VA 30/10/2004

 

A l’ Tossint,                

Li fouye au vint

 

Li Tossint, èmon nos-ôtes, c’ èst l’ momint di r’tûser one miète à tos cès-tilà qu’ nos-avans ieû bon d’ fé on bokèt d’ vôye avou zèls. Li pârin èt l’ mârine qui nos fyint zoubler su leû choû quand nos-èstins èfants. Li mononke di suke qui nos v’neut d’ner s’dringuèle à môde di rin. Li vèjin qui n’ saveut dîre on mot sins-z-î mète one banseléye di « godomes ».

C’ èst po ça qu’ tos l’s-ans, nos-èralans o l’cimintiére do viadje èt sayî d’ lîre lès noms su lès fosses, èt s’ sovenu. Tènawète lèyî couru on sorîre su nos lèpes quand l’ sovenance èst tote florîye.

Au pus sovint, i nos radjon.nit, li p’tit viladje di nosse djon.nèsse. I nos faît ridivenu èfant, po saquants-eûres, sa­quants munutes, quétefîye. Èt si c’ èst nosse pa ou bin nosse moman qui dwat vêla pa-d’zos l’ pèsante pîre, nos n’ rovians jamaîs dè l’zî dîre on fèl merci, pace qui c’ èst grâce à zèls qui n’s-èstans là.

 

A l’ Tossint

 

I mosineut dispeûy li pi­kète do djoû èt gn-aveut co plin l’ timps. Il aveut jusse lauké one mïète su l’ côp d’ dîj eûres, li timps d’ aler à messe. Èt asteûre, ça rac’minceut co, one plouvinerîye di tos lès diâles, one mwaîje pleuve tote frède avou on vint qui sofleut d’ chwache.

– Nos-î èstans co, a-t-i rûtyî l’ Zande,  èt  avou  totes   lès couraterîyes  qu’ on-z-a  à  fé audjoûrdu…

–  Qwè d’djoz, Zande ?

–  Rin, dji n’ di rin, Twènète, a-t-i rèspondu tot sètch.

Zande rèfronceut s’ mawe dispeûy au matin.

Is s’ avin.n’dispètroné, one miète après li d’djuner. One pitite brète rapôrt à one pouye qu’ aveut moussî fou do rèssèré èt qui l’Zande aveut faît rintrer à côps d’ sabot.

Twènète l’ aveut vèyu pa l’ finièsse di drî.

– Faurè qu’ nos-alanche à l’ ci­mintiére quand nos-aurans dîné.

–  Gn-a rin qui prèsse, à ç’-timps-là !

Zande n’ a d’dja seû fé s’ prandjêre. Twènète aveut r’lâvé lès saquants canetias èt r’mète tot à place è l’ coujène. Adon, èle s’ a r’moussî èt prinde si parapli.

–  Dji so prète, mi.

–   Ayi,  dj’ arive.   Dji mèt m’ gros casake.

Zande a apougnî lès deûs pots d’ crisantin.mes, onk dins chake brès, èt Twènète a douviè l’uch. I ploveut.

–  On l’ done co po rin !

–   Vinoz  d’zos  m’ parapli, don !

–  Non.na, in Twènète, avou one parèye laurdjeû ! Èt pwis, dj’ a m’ tchapia.

Mins quand Twènète a one idéye… Elle a c’mincî à roter èsconte di li èt clincî l’ parapli po l’ mète à iute, tantia qu’ à l’intréye do l’ cimintiére, Zande èsteut fin frèch. L’ aîwe tchèyeut  su s’tchapia, èt di-d-là, fin drwèt è s’ cô. Lès fosses di leûs parints èstin.n quausu au coron, dins lès prumêres rindjîyes.

– Tènoz, Zande, avoz vèyu ?, di-st-èle, èt s’astaurdjî pa d’vant on cavau. Waî, co vêci ! Su brâmint dès tombes, on-z-a marké R.I.P.. Dji m’ dimande todi bin ci qu’ ça vout dîre. Vos nè l’ savoz nin, vos ?

–  Siya, Twènète ! Ça vout. dîre : « Rote, i ploût ! »

 

IN: HOUZIAUX JOSEPH, LI VIKAÎRÎYE D’ ON GAMIN D’ CÊLE, 1964

 

Li djoû do l’ Tossint, lès corâls passint leû chîje à sonè à mwârt.

Après l’ salut, on gripeut o docsâl èt jusqu’à méye-nêt méyes-eûres, on satcheut su lès cwades : on côp à l’ grosse clotche, on côp à li p’tite ; trwès côps à l’ grosse, trwès côps à li p’tite. A l’ longue dès longues, ça duveneut tanis’ : on z-a tûsè dès djeûs po touwè l’ timps. A l’ tère, dins on cwin do docsâl, on planteut one boujîye aluméye ; on coureut dins l’ ôte cwane avou l’ quèwe do l’ cwade, pus on l’ lèyeut ralè, en lignant l’ tchandèye. I gn-aveut dins l’ fond do docsâl dès grandes èt wôtès-ârmwâres. Vivide èt li Scayeteû, lès deûs pus vîs – èt lès deûs pus ârnaujes – satchint on bon côp à l’ cwade ; pus, à l’ place do l’ lachi, is s’ lèyint r’montè avou èt zoublint come dès diâlotins jusqu’ à l’ copète dès drèsses. Vêlà, d’zos l’ vôssure, on-z-aureut dit, dins l’ nwâreû, dès sôrcîs qui minint l’ arèdje èt l’ brut di leûs zoupèlerîyes ridondeut au triviès d’ l’ èglîje jusqu’à l’ auté. Li p’tit Louviau, tot asbleuwi d’ leûs toûrs, ni s’ sinteut nin trop sûr. Pinsoz one miète, on parèy disdut dins one èglîje, one chîje di Tossint ! I gn-aveut d’ qwè sondji dès ruvenants tote li nêt. Maîis, po lès deûs losses, li mèstî d’ corâl n’ èsteut jamais si guêy qui ç’ djoû-là !

 

J.-M. Detry

 

Tossint

 

Bondjoû papa, moman !

Vêci, c’ èst voste èfant

Qui n’ vint qu’on côp par an

V’ dîre bondjoû, come divant.

 

Au ç’mintiére à l’ Tossint

I gn-a brâmint dès djins

V’nus mète dins tos lès cwins

Potéyes, fleûrs do djârdin.

 

Maugré totes lès coleûrs

Dji so come on voleûr

Qui cache après l’ boneûr

Pace qu’ il a pièrdu s’ keûr.

 

Pardon, papa, moman,

D’ awè stî si mèchant

L’ Tossint po voste èfant

Ç’ sèrè tos lès djoûs d’ l’ an.

 

 Joseph Boucher (Djèrompont), in: Lë Sauvèrdia, 289, 2011

 

Quand 1′ Tossint r’vént

 

Divant dè d’vë rintrer è têre,

Autoû d’ l’ èglîje ou à 1′ Brouwêre,

Ël ont sondji à leûs-èfants

Qu’ alîne lès sûre en somadjant*.

Ël ont sondji …

Èt travayi

Po qu’ en rintrant dè 1′ cëmintîre,

Ës trovenèche co dè l’ clére lëmîre,

Dè tchôd café èt dè djambon

Po lès parints vënës dë-d-lon ;

Co saquants bèlès vatches è stauve

Po-z-amin.ner dè bûre së l’ tauve,

Dès bons lamias*, dès solëdes tchaurs,

Dès r’lûjantès-ostèyes è baur*,

Po r’nèti l’ têre dë sès fènasses*,

Po fé dès prés së lès marasses*.

 

Èt à l’ saîson dès mwatès fouyes,

Sins r’grèt, ël ont sèré leûs-ouys.

–   Bén lon , deûs-âmes è paradës ;

Tot près, deûs pîres po s’ è sovenë.

Nos-èstans là, au pîd d’ leû pîre,

Avou dès fleûrs po p’lë l’zî dîre

Nos coûtès djôyes, nos pwin.nes sins fén

En lès r’trovant quand l’ Tossint r’vént.

 

 

somadji, soupirer après avoir pleuré

lamia, palonnier simple

baur, chartil, remise pour matériel agricole

fènasse, graminée

 

JOSEPH SELVAIS  

SU L’ AÎTE

 

Ayîr, c’ èsteût l’ Tossint. N’ avans ralé d’ssus lès tombes.

Li Tossint, si man.nèt brouliârd èt sès p’titès rèléyes. Èt cès clokes-là qui sonenèt à mwârt dispôy après veupes jusqu’à l’ vièspréye.

Dissus l’ aîte, on s’ riwaîte di crèsse. On mawîye dès bondjoûs. « Quî èst-ce co, don, cit’-là ! » Qui lès djins sont-st-aviyîs !

On cause à basse vwès, come s’ on-z-âreût peû d’ lès dispièrter.

En s’ solèvant one miète, on-z-aporçût, au lon, lès Grands Pachis èt lès pèsantès têres dè l’ campagne di Mâfe. Qu’ il î ont bouté mwârt leû vîye au long, pa tos lès timps. Côpés è deûs pa lès frèdès bîjes di maus’, ribatus dè solia à l’ awous’, sins nén on fayé bouchon po s’ mète à l’ ombe ; ou rwindus dins lès frèchès têres di pétrâles à l’ gueûye di l’ iviêr.

Nos djins sont là, parèt, rachonés po todi.

Astok di zèls, li vî pârén èt l’ mârine. On-èfant qu’ a moru à sèt’ mwès.

One méninjite, a-t-on dit.  Si nom èst mârké d’ssus l’ pîre. Deûs tombes pus lon, c’ èst lès matantes èt lès mounonkes. C’ èsteût come ça : on s’ amonceleûve è cimetiére come è viladje.

Quausumint come à l’ sîse. Is n’ sont wêre diswêbîs.

Vo-lès-là tortos, waî, lès vîs stos dè timps passé. Tot l’ viladje èst là. I n’ è manke nin onk : vêci, c’èst l’ Tchot qui v’neûve à l’ êwe è nosse coû avou s’ role dizos s’ massale ; èt Mîyin.ne què l’ brûteûve tofêr quand i riveneûve d’à l’ uch avou sès man.nèts sabots.

Lauvau, c’ èst Djan èt Marîye : bon come li pwin. Pwîs, Èrmond, Èrmond d’mon Doche, qu’ aleûve fé s’ toûr di campagne tos lès dîmègnes, avou s’ fusik sititchî d’zos s’ camusole. Là longtimps qu’ l’ a r’pindu, va, s’ fusik !

Is sont là tortos, vos di-dje. Bén è cwète, leû djoûrnéye faîte. V’loz wadjî qui, quand is sont inte zèls, is tapenèt one divise d’ one tombe à l’ ôte ?

Waîtîz ! Vêci, c’ èst l’ pîre dau grand Châle, qu’ a stî touwé è s’ pré pa on djon.ne twa; èt là, l’ cine da Louwis : djosté pa one auto tot rivenant di s’-t-ovradje. I n’ s’ a jamaîs r’mètu, l’ pôve mivét.

Bran.mint dès vîs noms qu’ on-z-ètindeûve ric’mandés l’ dîmègne à mèsse èstant gamins : Filomin,ne, Hortense, Félicyin, Clémence… Quî èsteût-ce dèdja, don, tot ça ? Padrî l’ keûr, i d’meure co saquants p’titès tombes d’ èfants. Pont d’ pîre, zèles. Èt pupont d’ fleûrs.

Li cimetiére, dj’ a bén è l’ idéye qu’ il èst là dipôy dipus d’ deûs cints-ans ! Avou sès murs di brikes totes disdjondoûwes. Èt sès tombes sitauréyes à l’ tachelète, au-d’truviès d’ tot, èmacraléyes one dins l’ ôte, bén rècwètéyes dè vint. Pont d’ vôyes. Tot-au d’pus dès p’titès strwètès pîsintes qui s’ covèrinenèt inte lès tombes è mitan, l’ èglîje qui waîte dissus tot ça come one covrèsse su sès pouyons.

Qu’ i faît paujê asteûre, vos-ôtes! Li djoû ènn’ èva d’djà. Lès djins èto. Sondjauds. Èt taurdjiner one miète, passé l’ baurîre. Èt waîtî au lon.

Di tanawète, one passe di vint, one fouye qui s’ ènonde, on blanc colon qui r’toume dissus l’ twèt dè l’ cinse. Èt padrî lès grands plopes, di l’ ôte costé dè ri, l’ aîreû clérit. Come one trawéye dins lès grîsès nûléyes. Va-t-i fé bia d’mwin, ê, sobayî ?

 

li Rogneû

 

Tossint

 

— « Ô, bin ! Tè l’ vièrès, i r’vêrè fin sûr po l’ Tossint ! »

Deûs côps su l’anéye, on r’vint ou bin on-n-èrva, (c’ èst come on tûse, maîs gn-a one difèrince qui n’ èst nin si p’tite qui ça) c’ è-st-à l’ Florîye Pauke èt à l’ Tossint.

Après Veupes — si Veupes gn-a co — on va r’tchaîr su ses mwârts.

Avoz d’djà tûsè qu’ i gn-a pus d’ one sôte di mwârts ?

Gn-a, po c’minci, lès rovyis, lès cias qu’ n’ ont pupont d’ parintéye. Gn-a lès mwârts di saquants-ans d’ âdje èt qu’ on n’ è cause pus ou pus wêre.

Pus, gn-a lès mwârts qui sont co tos tchôds, lès cias qu’ on pwate co leû doû…

Dins l’ timps, gn-a nin si longtimps, gn-aveut on « tarif », on-aurmonak po l’ doû : po s’-t-ome, deûs-ans d’ doû, on-an li vwèle di crèpe pa-d’vant, on-an li crèpe padrî ; èt on ‘nn’ aleut insi, dispôy lès près-parints jusqu’à on timps d’ doû di chîs samwin.nes po lès nèveûs. Ç’ asteut todi lès coméres qu’ astint l’ pus djonduwes, pace qui lès-omes, zèls…

Eûreûsemint tot ça a candji !

Rivenans à nos mwârts… ou bin aus martchands d’ fleûrs.

Vêci, rin d’ candji ; c’ è-st-au cia qu’ apwaterè su l’ fosse li pus bèle potéye : qwinze fleûrs !… èt gn-a co dès botons à flori !

Por mi, v’loz qui dj’ vos dîye ? Quand t’ ès mwârt, t’ ès mwârt, èt ci n’ èst nin lès tchûlerîyes èt lès fleûrs qui t’ rifront ravikè !

C’ èst timps qu ‘on vike qu’ on-n-a dandji d’ amistè !

Dji tûse aus vîs parints qu’ ènn’ ont pus po longtimps…

 

Lou Pierard , in: Cièrgnon qui tchante

 

Tossint

 

Is sont ruvenus tos lès parints,

Come on r’vint tos l’s-ans à l’ Tossint.

Is sont ruvenus avou des fleurs,

Èt dès sovenances didins leûs keûrs.

Gn-a dès cias qu’ on n’ riveut jamaîs,

Qu’ aus veupes dès mwarts. Ça, c’ èst bin l’ vraî.

Gn- des cias qu’ on n’ rivièrè pus,

Lès soçons qu’ ont djà bouté djus.

On sère lès mwins divant l’ èglîje,

En s’ dijant : « Il a l’ tièsse tote grîje ».

On va fè l’ toûr do vî ç’mintiére,

En crwèjelant Fonsine, Paul ou Piére.

On s’ va r’trouvè divant l’ min.me crwès ;

Nos astin’ chîj, on n’ èst pu qu’ trwès.

Dins l’ toûr là-hôt, lès clotches sonèt,

Pa-d’vant lès fosses, lès-ouys brèyèt.

Is sont ruvenus, tos lès parints,

Min.me les cias qui n’ s’ ètindèt nin.

Èt on n’ pinse pus à quî a twart,

Quand on s’ ritrouve li djoû dès mwarts.

Lès papas qu’ ont pièrdu on fis,

Lès pôvès momans brèyant leûs p’tits…

Come is s’ raprotchèt à l’ Tossint,

Quand is ruvenèt tos lès parints…

 

Louis Loiseau, in: Fleûrs di Moûse, 1942

 

Li djoû dès-âmes

 

Totes les pôvès-âmes qui sont-st-è pwin.ne

Polenut rivenu, di-st-on, ç’ djou-là,

Po s’ plinde di c’ qu’ èles passenut vêlà,

Èt nos priyî d’ disfé leû tchin.ne.

 

On crwèt qu’ po s’ ranimer, su l’ vôye

Aus basses d’ êwes qui sont su li tch’min,

Èles èvont bwâre dins l’ creûs d’  leû mwin,

Èt qui l’ cia qu’ èst franc, lès pout vôy.

 

On dit co qui l’ cia qui vwèyadje

Li djoû des-âmes è-st-en dandjî 

Èt qui l’ maleûr, i l’ a cachî

S’ il èst souwé, s’ i faît naufradje !

 

On dit qui ç’  djoû-là, faut qu’ on  prîye

Po tos  les cias qu’ on-z-a in.mé

Èt qu’ po fé fièsse aus trépassés,

I faut qu’ leû fosse seûye tote floriye.

 

Èt quand on d’meure tot seû su l’ têre

Èt qu’ d’ amoûr, li keûr è-st-è doû,

Pout-on trover ‘ne saqwè d’ pus doûs

Qui di s’ consoler d’ one priyére ?

 

Maurice Neuville

 

Tossint

 

Djârdin dès crwès,

Li cwin dès-âmes,

Potéyes, boukèts,

Afîye dès lârmes.

 

Sovenances, dès r’grèts,

Nwârès  pinséyes ?

On d’meûre là, près,

D’vant 1′ parintéye.

 

Quèrwéye di iute,

Contint d’ sôrti,

Quéne abutude

Di v’nu vêci?

 

Maurice Neuville

 

Tûsadje di Tossint

 

O ! viyès crwès qu’ on n’ riwaîte nin,

À d’méye catchîyes dins l’ cimintiére.

Totes disseûléyes, pupont d’ parints

Qui vègnenut là dire one priyére.

 

Fayéyès crwès clinçant leû cwârp

Odéyes quètefîye d’ ièsse sitampéyes,

Pèrson.ne ni vint, min.mne par asârd

Rinèti l’ fosse, mète one potéye.

 

O ! pôvès crwès qu’ on n’ riwaîte pus

Pièrdeuwes dins l’s-ôtes èt bin rovîyes,

Li monde d’ asteûre, l’ eûre d’ audjoûrdu,

Vos lome tot ça… dè l’ comèdîye !…

 

Maurice Neuville, in : CW, 10, 1961, p.188

 

Tossint

 

Djârdin dès r’grèts,

Djârdin dès larmes,

Rin qui dès crwès

Dès povès-âmes,

 

Djoû dè l’ Tossint,

Djoû dès potéyes,

Bramint dès djins

Nwârès pinséyes.

 

Dès blancs tapis,

Plin l’ cimintière,

On vint r’flori

Nos mwârts, nos fréres.

 

Maurice Neuville, in: Sovenances d’ ayîr…, 1979

 

Tossint

 

Dè l’ têre, dès meurs, dès crwès,

C’ èst l’ dêrin cwin dès pôvès-âmes,

Fleûrs di Tossint, gn-a-t-i dès r’grèts

Qu’ on pout distinde avou dès lârmes ?

 

Bramint asteûre, sûvenut l’ progrès,

On vind rademint mète si potéye,

On n’ î taudje wêre èt assez rwèd

On sôrtit foû quite di s’ corwéye.

 

L’ rèspèt aus mwârts est passé d’ môde,

On côp èvôye, on n’ èst pus rin,

On sognerè mia one viye comôde

Qui d’ piède si timps on djoû d’ Tossint.

 

Si l’ cia qu’ èva n’ a rin lèyî,

On l’ rovîyerè su deûs, trwès djoûs,

S’ i gn-a dès caurs à carèssî,

Il aurè s’ mèsse èt s’ noû linçoû.

 

Qui vos fuchoz ritche ou minâbe,

Lès vikants î bouteront leû lwè,

Pus lon, is sèront incapâbes

Di fé l’ mèstî do Bon Diè.

 

Reynolds Hostin, in : CW, 2, 2011, p.50

 

Lwagnerîye… 

 

On l’ a vèyu, on djoû d’ Tossint,

Fè l’ doûce alin.ne divant lès djins,

Li toûrsiveûse qui n’ dote di rin.

 

Éle vos mosture on grand tchapelèt

Qu’ a bin dès rûses inte sès dîs dwèts,

Nos n’ causerans nin do sine di crwès.

 

Mês, à l’ finièsse dè paradis,

Gn-a là on-ome qu’ a do plaîji.

 

Portant dès lârmes, sofléyes pa l’ vint,

Ont ramouyi… l’ fosse do vèjin.

I bîjeleûve fèl, li djoû d’ Tossint.

 

Roger Tabareux (An.yéye / Anhée), in: CW, 11, 1982

 

Vèpes di Tossint

 

Dispû todi, l’ djoû do l’ Tossint

Tot l’ monde faît r’comandè sès djins.

On va trouvè Mossieû l’ Curé

Qui scrît leûs noms su l’ nwâr biyèt.

 

Aus Vèpes dès mwârts, tos l’s-ans dj’ î r’va

Èt dj’ choûte voltî tos cès noms-là.

I m’ chone qui dj’ riveu leû visadje

Èt qu’ dj’ ètind co tos leûs mèssadjes.

I gn-a brâmint o « Grand Pachi »

 

Qui n’ ont pont d’ crwès èt qu’ sont rovyis.

Si on n’ lès faît pus r’comandè

Causoz por zèls au vî Bon Diè.

 

5.4 ès’-walon / est-wallon

Djôsèf André, in: Stâveleû copinèye

 

À l’ Tossint

 

Tot dè lon dès pèneûsès-alèyes,

Splèyant lès fouyes toumèyes,

Lès djins si win.nèt doûcemint,

Chaskonk avou on p’tit présint.

Onk pwète ine vète corone

Po-z-acrotchî à ine colone,

 

Èt divins li stârèye di gravîs,

Lès djins, mouwês, hirtchèt leûs pîds,

Qwèrant on nom so ine tombe,

Turtos, à p’tits pas, come dès ombes.

Grâves, lâme à l’ ouy, sondjeûs, pèneûs,

Si kissèmèt, doûcemint, silencieûs.

 

Ine picèye di dj’vès so s’ front pleûti,

So ine tombe, on vî ome s’ a abahi.

On pô pu lon, moussèye di neûr,

Divins lès brès, ine brèssèye di fleûrs,

Ine mame, à dj’no so l’ pîre, tronlant,

Tchoûle, loukant li foto di si-èfant.

 

A-t-èle pinsé, veuve, inte lès rôses,

 p’tit andje à l’ binète tote rôse!

Dès pus djônes riloukèt, èwarés.

Li tère, qu’ on-n-a frissemint r’mouwé,

Èle ricouveûre li parint in.mé

Qu’ à seûlemint deûs djoûs, lès-a qwité.

 

Èt adlé lès dèpouyes mortèlès,

On direût qu’ on-n-ètind bate dès-élès,

È fond di nos-ôtes, ine vwès, mistérieûse,

Dit : « Ni rouviez nin cès-âmes ureûses.

 

Edouard Seret

 

Djoû d’ Tossint

 

I fêt freûd so l’ Ârdène

Lès fouyes toumèt

Li vint sofèle à plin.ne bîhe

Èt avou çoula, c’ èst l’ Tossint,

Li seûl djoû d’ l’ an.néye

Qui tot l’ monde sondje à sès mwérts.

 

À tos cès-là qu’ ont qwité cisse tére !

Po sayî dè fé creûre ås-autes

Qu’ on n’ a nin roûvî lès sin.nes.

Èt bin ostant qu’ nos-èstans

Nos-avans stou å pus abèye

Atchèter eune bèle blanke potèye.

 

I fåt veûy nosse cimètiére!

Il èst tot blanc

Come s’ i v’néve dè nîver!

Portant… Lès cis qui dwèrmèt

A sî pîds d’zos tère

Si foutèt nin må di totes cès fleûrs-là !

 

Çou qu’ is ratindèt d’ nos-autes,

C’ èst qui nos d’hanhe eune påtèr por zèls

Por zèls qu’ ènn’ ont mutwè bin dandjî

Po qu’ leûs-åmes sèyèhent såvées.

Min volà, quî d’ nos-autes

Sondje co à priyî ?

Qui d’ nos-autes li sét co fé ?

 

Quand nos-èstans là turtos rassonlés

Ratindant qui nosse brave curé

Ribènihe nosse fosse

Hâre èt hote !

On n’ veut wêre di lèpes rimuwer

Èt dji n’ pinse nin qui l’ bon Diu

Ètinde bècôp dès påtèrs

Min.me on p’tit « Je vous salue Marie »

Di timps-in timps,

Po z-aîdî lès-åmes d’intrer è paradis !

 

Min çou qu’on veût,

C’ èst dès djins qu’ ont l’ aîr tot èdjalés,

Batant dès s’mèlès po s’ rèhandi

Ca i fêt freûd, dji l’ a dèdja dit.

On tape on p’tit côp d’oûy

Di timps-in timps su l’ costé

Po veûy si l’ curé årè bin vite fêt

Dè k’tapè s’ bènite èwe !

I sèreût timps ca on moûrt di freûd !

 

Abèye, vinez, nos-n-èrîrans

Beûre eune bone jate di cafè,

Magnè on bon bokèt d’ dorèye

Èt beûre eune bone pitite gote

Po bin nos rèhandi

C’ èst fini l’ Tossint po ciste an.nèye…

On-n-a fêt… çou qu’ i faléve !

 

Henri Bragard, in: Almanach wallon, éd. Gauloises, 1923, BXL, p.262-265

 

Lu Mèsse du mwart

 

(p.262) I f’séve one sifaîte supèheûr, cisse sîse do l’ Tossint, quu lès quèkès lampes, qui s’ bloncît à leû tchéne, asès cwanes dès roûes, nu f’sît qu’ parète pus neûre lu nut’ du novèle lune. I n-avéve one houbonde qu’ on n’ ouhe pus rescontré one âme âvâ lès voyes. Duzos l’ aîte mons qu’ aute pârt, ca lès sîseûrs do staminèt à l’ voye du Sint-Vit’ ni s’ avît nin trové adjourdû. Lès djins come i fât n’ vont nin â cabarèt l’ djoû d’ Tossint. Adonk qui èst-ce qu’ ouhe passé adré l’ aîte à-n-one télé eûre è parèy djoûr sins ‘nn’ aveûr mèsâhe?

 

Tos lès quinkèts do vinâve estît dustindous. I ‘nn’ avéve pus qu’ â prumîr ostèdje d’ amon l’ vîhe Ane-Marèye, quu l’ crassèt broûlahe co. (p.263) Èlle avéve l’ aîr, lu loumerote, du fé des clignètes drî lès p’tits vèrdasses qwârês ècâdrés d’ lames du plomb. Tantwat ’le djètéve on sclat come s’ èlle alihe bouter è feû lès gordènes du tirtâne, tantwat, stofée pa 1’ tchèrbon, èle nu louméve nin pus’ qu’ one sâbabèle (F. luciole) one nut’ d’ èsté.

 

Ane-Marèye èsteût co so pîds èt mére-du-diu seûle o l’ tchambe. I n-avéve one bone eûre — on n’ avève nin co soné l’cloke — quu s’ fèye èt s’ fiyâsse li avît priyî l’ bone nut’ èt avît monté s’ rastrinde, tot lî d’hant d’ moussî o lét aussu.

 

C’ est çou qu’èle avève compté fé, maîs, d’ abôrd, èlle avéve co v’lou priyî on tchapelèt po lès pauvès-âmes èt po s’ bounome, lu pauve Rèmâke, rèvôye duspôy tant dès-ans.

 

Èlle èsteût don là, l’ Ane-Marèye, è s’ grande tchèyîre du coûr du tchêne, qu’ èle fuséve rider lès pâtenosses, onk après l’ aute, inte sès deûts souwès, tot brun’s èt tot ratatinés. Londjénemint, on pièle rudjond l’ aute, londjénemint… todi pus londjénemint… Maîs volà qu’ lès lèpes nu r’mouwèt pus. Pèsants, lès covièkes toumèt so l’s-ûs toûrnés vès l’ foumante flame do crassèt…

 

Tot l’ après-nône, il avéve faît on timps à n’ nin tchèssî on tchin à l’ ouh. Ç’ avéve sutu djiboulées so djiboulée. Lès vaîs d’ mârs’ avît faît dès leûrs duspô l’ dîner èt, avou çoula, one bîhe à v’ trawer tot-oute. I n’ èsteut nin qwatre eûres quu, tot d’ on côp, vo-n’-ci R’mâke qui r’vint. I n’ a p’lou durer so l’ fa, di-st-i. I s’ plind du stitchètdjes o costé, lu, haîti come on clâ èt qui n’ s’ a mây plindou. Maîs çu n’ sèrè rin, alez! One bone groumète, come i l’ aîme, nos va l’ rimète so pîds !

 

Maîs l’groumète nu pôve duhinde, èt v’là R’mâke moussî o lèt d’vant ni timps ni eûure. Do l’ nut’, i s’ mèt à broûler come do feû. L’ lèdemin, i n’ pout foû do lèt… C’ è-st-one fwate hérike qu’ il ârè atrapé, s’apinse Ane-Marèye. Mîs ni l’ camamèle, ni l’ trimblène du Fagne, ni l’ pas-d’-âwe n’ aîdèt. Lu vwèsin Dônat consèye dès sansous, po tirer l’ mâva song. Rin n’ î faît. Adon, l’ sogne hape Anne-Marèye. Èle coûrt â marihâ, so l’ Place du Rome, qui s’ î ètind mî qu’ on docteûr. I vint sèner l’ malâde qui s’ mèt à dwarmi, come s’ i n’ lîi mankâhe pus rin.

 

Maîs conte lu mwart, i n-a nou r’méde.

Lu nouvîme djoûr — c’ èsteût l’ djôu d’ sint Djôsèf — Rèmâke ènn’ ala, lèyant Ane-Marèye vève avou n’ hiède d’èfants.

 

È s’ grande tchèyîre, lu vîhe fème nu bodje nin pus’ qu’ one posture du bwas ; èt lès-ombes âtoû do foumant crassèt, dansèt si keûtemint qu’ on n’ ètind quu l’ long tik-tak do l’ hôrlodje qu’ acsègne lès doze eûres…

 

(p.264) Maîs v’là qu’ à l’porotche, â vis-à-vis, on sone èssonle po grand-mèsse. Ane-Marèye su d’hombèrre à èsse prèt’. Foû du s’ cofe, èlle a pris 1’ châle mariâve du cachemîre, à grands dèssins rodjes èt djènes, èt su l’ tape so lès spales. O l’ place do l’afûlore, èle mèt âdjourdû s’ mèyeure gâmète, cisse à lâdjès loyores, qu’ èle su noke so l’ tièsse. Vite co 1’ tchapelèt o l’ tahe èt vo-le-là so vôye vès l’ èglîhe. Èle monte so l’ aîte po lès grés do fa, sût l’ pasaî do costé do l’ manhon do curé èt s’ intère à Sint-Djèrion po lu p’tit ouh adré l’ sacristèye.

 

So l’ grande âté, garnîe po l’ Djoû dès-Âmes, sîs longuès tchandèles broûlèt d’vins leûs r’glatichants tchandeleûs d’ keûve, èt sîs-autes duvant l’ keûr, âtoû do l’ bîre.

 

Nin one âme n’ èst co o l’ èglîhe. Du ci côp, Ane-Marèye ârèt âhimint s’vîhe place, o treusîme banc du d’zeûr, do costé dès fèmes.

 

Lu sonerèye dugotèye. Avou l’ dièrin côp d’ maka, on hiyon d’ aîr dâre o l’ èglîhe èt faît frusiner l’ vîhe fème. Su r’toûrnant, èle veût intrer po l’ grande ouhe do parvis, tot â lâdje, one flohe du monde qui va rimpli lès bancs dusqu’à l’ dièrène place. L’ ôrgue su mèt à djower.  Èt c’ èst si trisse, quu l’ anôye vu hape â cour.

 

Foû do l’ sacristèye, vo-n’-ci lès clêrcs èt one ribambèle du priyèsses è suplice, èt d’ cès avou l’ tchape, èt lès diakes, èt l’ curé qu’ ont mètou lès ôrnumints d’ prumî classe.

 

Mèsse kumince dusmètant qu’ èsès stales, lès priyèsses tchantèt :

Requiem aeternam dona eis, Domine…

C’ èst si porfond, ci tchant, qu’ on dîreût qu’ i vnahe foû d’ têre èt s’ groûle-t-i come lu tonîre.

Èhisdée, Ane-Marèye louke avou dès grands-ûs vès lès stales, là quu l’ tchant s’ porsût, come po fé crouler lès mours :

Èt lux perpeétua luceat eis.

 

Maîs, tot d’ on côp : « Bon Diu, sapinse-t-èle, nu dîreut-on nin l’ dom Antône, ci priyèsse, avou s’ tiré, blanc-mwart visèdje — lu dom Antône qu’a mori i n-avout treûs ans à l’ tèrhon?… èt là, à costé, come cilà ra­vise dom Pascale!… èt, tins, c’ èst dom Célèstin, lâvâ, lu vî mône tot bahî, qu’ èlle a co bin k’nohou, mâgré qu’ èle nu fouhe qu’ on-èfant qwand mora! Nu direût-on nin, vormint, qu’ lès vîs mônes do l’ abi fourîhe ruveni po fé l’ place dès vicaîres èt dès tchantes do l’ porotche? »

 

Dusmètant qu’ Ane-Marèye tûsine insi, mèsse su porsût â son dès tchants qui f’sèt l’ coûr gros à l’ vîhe fème èt d’ l’ ôrgue qui djèmihe èt s’ pleûre à finde lu coûr, tot l’timps do Kyrie.

 

Maîs v’là qu’ lès tchanteûrs atakèt l’ Dies irae, èt c’ èst si mouwant qu’ Ane-Marèye su mèt à tronler d’ tos sès mimbes. I li fât on ruk’fwart. Èle su toûne vès s’ vwasène… èt, d’ on bond, èlle èst so sès djambes, lès-ûs brotchant foû do 1’ tièsse, lu boke â lâdje… Su vwasène, c’ èst l’ Caterine (p.265) Dèprez ! Lu Caterine qui fit s’ prumîe cominion avou lèye, qui fout tofêr su vwasène, è ci même banc, maîs qui ‘nn’ ala djône, du s’ deusîme èfant… Ane-Marèye su sint flawi. Tot li toûne. I lî sonle qu’ èle sutofe. Maîs, hapant s’ corèdje à deûs mins, èle su ramasse, dâre foû do banc, èn-à l’ valèe do l’ alée èt s’ frohe lu bourine dès-omes o fond.

 

Maîs on li bâre lu passèdje. Èle su k’hére po s’ fé place, èt v’là qu’ on lî dit tot bas : « Nu v’ sâvoz nin, Ane-Marèye, i n’ vât pus lès pônes. »

Èle lîve ses-ûs éhisdés po vèy ci qui lî djâse : c’ èst R’make, c’ èst s’ bounome !…

 

Lu cri quu l’ vîhe fème djèta duspièta s’ fèye èt s’ fiâsse, â deuzîme.

Qwand ’le ruvinve à lèye, èlle esteut è s’ lèt èt lès pâlès rèyons d’ on solo d’ arîre-sâhon rimplihît s’ tchambe.

 

I lî fala do timps po ruk’nohe sès-èfants âtoû do lèt, èt l’ curé qui lî t’néve lu bènîe tchandèle.

 

Èlle ètinda co lès clokes du Sint-Djèrion soner èssonle po l’ mèsse dès- âmes. Adonk, pâhûle, èle fout r’trover s’ bounmme, lu R’mâke.

 

in: Armonak walon d’ Mâmedi, 1936

 

Tossint

 

C’ èsteût on djoû d’ fièsse come on-ôte, po nos-ôtes. Duspôy, c’ èst l’ djoûr quu nos-alans so l’ aîte, so l’ aîte dès mwarts, masse du camarâdes du djônèsse. Is sont todi leû pus’, qui rawârdèt qu’ nos v’nâhe lès r’djonde po d’ bon.

Qu’ avans-ne à fé volà? Quu halcotans-ne tant?

 

Joseph Mignolèt (1893-1973), in: Maurice Piron, Anthologie de la littérature wallonne, éd. P. Mardaga, 1979, p.463-466

 

Nut’ di Tossint

 

Å-d’-foû, l’ nut’ sipite d’ intche lès cwårês di m’ finièsse.

I ploût todi… Moûse hoûle dizos lès-åtches dè pont.

Èt, dismètant qu’ Sint-Pau faît hilèter s’ carilion,

dj’ ètind dès samerous d’ åme divins lès cwènes di m’ plèce…

 

Joseph Mignolèt (1893-1973), in: Maurice Piron, Anthologie de la littérature wallonne, éd. P. Mardaga, 1979, p.463-466

 

Nut’ di Tossint

 

1  I ploût… Vochal nôvimbe avou sès-eûres di doû

qui v’ ravôtihèt l’ coûr divins lès pleûs d’ ine rance.

Lès grawes, à grands côps d’ élès, tchèrèt vès 1′ tére di France

4  èt l’gris dè cîr mousse d’ anôyemint nos pèneûs djoûs.

 

Tos lès trésors d’ octôbe ont stu bin vite èvôye,

ca l’ vint, come on voleûr, a branscaté lès hés.

Oûy, tot d’cwèlih èt moûrt, èt po r’grèter l’osté

8  i n’ dimeûre pus qui l’ rèw qu’ on-z-ôt djèmi so l’ vôye.

 

Dji m’ a r’traukelé d’vant l’ êsse avou tos sots råvelês

qui m’ èpwèrtèt bin lon vès dès clérs payîs d’ sondje,

èt s’ roûvèye-dju nôvimbe po sûre on vol d’arondjes,

12  dismètant qu’ mès-orèyes s’ implihèt d’ tchants d’ oûhês…

 

Å-d’-foû, l’ nut’ sipite d’ intche lès cwårês di m’ finièsse.

I ploût todi… Moûse hoûle dizos lès-åtches dè pont.

Èmé l’vèye, rèsdondih in-êr di carilion

16  qui v’ vûde è fî fond d’ l’ åme ine riminbrance di fièsse.

 

Mins tot fant qu’ dji m’ rapinse li bon timps rèvolé,

dès-oûys qui dj’ a k’nohou florihèt-st-è m’ coulêye;

dès lèpes mi v’nèt djåser d’ mès prumîrès-an.nêyes,

20  èt dj’ sin so m’ cwérp ine freûde carèsse qui m’ fêt tronler…

 

Divins l’cèke d’ ôr qui l’ feû markêye è mi p’tite tchambe,

dji veû ‘ne trûlêye d’ åbions qu’ s’ aminèt-st-adlé mi,

dès-åbions qui l’roûviance a deûs fèyes èssèveli,

24  èt s’ veû-djdju dès visèdjes sorîre åtoû di m’ lampe.

 

C’ èst tos mès mwérts… awè, c’ èst zèls, c’ èst tos mès mwérts,

mès péres — èfants come mi dè l’ hêtèye tére walone —

qui passèt lôyeminôye inte lès meûrs di m’ mohone,

28  tot s’ racontant leû vèye å freûd payîs dè l’ mwért.

 

I sont là-st-adlé l’êsse, dj’ èlzès veû, c’ èst bin zèls !

Dji rik’noh tos mès tåyes èt ratåyes, lès-anchins,

lès cis d’ mèye ût-cint trinte, lès manants dè vî timps,

32  lès cis qu’ ont fêt nosse Walonerèye djoyeûse èt bèle.

 

Dji r’veû m’ grand-mére… Èle rèy avou sès p’tits-èfants

èt-z-è-st-èle frisse, Jésus ! avou s’ neûre rôbe à fleûrs !

Mi papa, qui mora tot djon.ne, mi louke èt pleûre,

36   èt dji raprind dès djèsses tot r’vikant mès vint’ ans…

 

Pus près d’ mi, chal djondant, c’ èst mès k’pagnons dè l’ guère,

tos lès cis qu’ sont-st-èvôye po qu’on n’ si bate måy pus;

c’ èst Piére, Djôsèf, Françwès, tos pèlés mimbes di Diu

40  qu’ avît-st-è fond d’ zèls-min.mes l’ amoûr di nosse bone tére.

 

Èt, tot loukant tos cès måcrawés visèdjes-là,

visèdjes souwés, djènis, tot blèmes, freûds come dè l’ pîre,

dji n’ pou rateni lès låmes de mouyî mès påpîres,

44  dismètant qu’ dji groumètêye deûs’ treûs påtérs tot bas…

 

« Ô ! tos vos-ôtes, lès mwérts qui dji n’ roûvia djamåy,

sôdårs, ovrîs, priyèsses, powêtes, martchands, bribeûs,

djåsez-me on pô dè monde qu’ a s’ plèce è grand cîr bleû,

48  èt s’ dihez-me si c’ èst vrêy qui v’s-î k’nohés’ li påye…

 

Dispôy li djoû qui l’ dèstinêye vis trawa l’ coûr,

divins quélès contrêyes ave situ bate carasse ?

Vis-avez-ve ènêrî vès l’ loumîre d’ ôr dès-asses,

52  afîs’ d’ î ramèhener dès ritchès fleûrs d’amoûr?

 

Mi qu’ èst 1′ seul èritîr di m’ lignêye, pou-dje sins pawe

loukî d’vins 1′ blanc dès-oûys mi pus vî ratayon ?

Come bon crustin dj’ a chèrvou 1′ Mêsse, èt come Walon

56  dj’a r’vindjî Lîdje avou m’ fisik èt m’ pèlêye gawe.

 

Vis-a-dje in.mé d’ adreût ? Ciète on n’ in.me måy assez,

mins l’ ome è-st-ine hirwète qui tchèrèye à l’avîr…

Èt s’ po tchanter ‘ne paskèye, dji v’ martchanda ‘ne priyîre,

60  pardonez-me di tot coûr, si v’ polez pardoner.

 

Li vèye è-st-ine sins-åme qui v’ tint come èn-on vis’,

avou sès fåzès djôyes, sès handèlès èt sès mås;

êdîz-me à roter dreût èt s’ dinez-me çou qui m’ fåt

64  po-z-aler vès l’ payîs d’ l’ Amoûr èt dè l’ Djustice. »

 

Èt dj’ èlzî djåse insi lontimps, lontimps, lontimps, po qu’ pus tård,

qwand l’ lêde mwért mi vinrè fé dès mowes,

i m’ riçûvèsse å mitan d’ zèls, tél on pôve rowe

68  qu’a mèrité d’ passer l’ ouh d’ ôr di leû djårdin.

 

Å-d’-foû, l’ nut’ sipite d’ intche lès cwårês di m’ finièsse.

I ploût todi… Moûse hoûle dizos lès-åtches dè pont.

Èt, dismètant qu’ Sint-Pau faît hilèter s’ carilion,

72   dj’ ètind dès samerous d’åme divins lès cwènes di m’ plèce…

 

 

NUIT DE TOUSSAINT

2. qui vous entourent le cœur dans lès plis d’un crêpe.

3. grawe, grue.

4. pèneûs, plein de peine, triste.

6. … a dépouillé lès coteaux.

7. d(i)cwèli, dépérir.

8. rèw, ru, pètit ruisseau.

9. Je me suis rètiré devant l’âtre avec de (litt* : toutes) follès rêveries.

11. arondje, hirondèle.

13. Au-dehors, la nuit éclabousse d’encre…

14. La Meuse gronde sous lès arches…

15. Parmi la ville rètentit…

16. qui vous verse (litt. : vide) au fin fond de l’âme.

18. coulêye, coin du feu.

19. lèpe, lèvre.

22. je vois toute une troupe d’ombres qui s’approchent de moi.

23. … que l’oubli a deux fois ensevelis.

25. … oui, c’est eux, c’est tous mes morts.

26. hêtî(-èye), sain, vigoureux.

30. tåye, aïeul; au plur., l’expression tåyes èt ratåyes désigne l’ensemble des ancêtres d’une famille; anchin, ancien.

31. L’allusion à 1830 désigne lès patriotes de la Révo­lution belge.

37. djondant, joignant, chalèt, ici tout près.

39. pèlé, pelé; mimbe di Diu, membre de Dieu (appl. à une personne). L’ensemble de l’expression est intraduisible littéralement, on pourrait la rendre par : tous malheureux braves types.

41. mâcrawé, difforme, tordu (ici, avec une nuance de familiarité affectueuse). 42. souwé, séché.

44. groumèter, grommeler, marmonner : cètte valeur dépréciative est étrangère au contexte, mais Mignolèt déplace ou brouille souvent lès niveaux de langue.

46. priyèsse, prêtre.

50. bate carasse, courir ça èt là, vagabonder (même remarque qu’au v. 44).

51. Vous êtes-vous envolés…; asse, astre.

52. ramèhener, moissonner.

53. sins pawe, sans crainte.

54. … mon plus lointain (litt. : vieux) ancêtre.

55. crustin, chrétien.

56. r(i)vindjî, défendre; … avec mon fusil (allusion à la guerre de 1914) èt ma pauvre guimbarde; sur pèlêye, cfr v. 39.

57. d’adreût (litt. : d’adroit), comme il faut.

58. hirwète, girouètte (ici, sens fig.); tchèrî à l’ avîr, charrier au hasard, dévier.

59. paskèye, chanson wallonne (cfr n° 77).

61.  …  qui vous tient comme dans un étau.

62.  … ses marchandages èt ses maux.

66. fé dès mowes, faire des grimaces.

67. on pôve rowe, un pauvre hère (rowe, n. masc., litt. : « roue », trope pour désigner un individu digne du supplice de la roue; ici, dans l’expr. pôve ~, employé avec un sens atténué èt familier).

71. Saint-Pau, la cathédrale Saint-Paul, à Liège.

72. j’entends des bruissements d’âme dans lès coins de ma chambre.

 

Julès Hoen (1885-) (Dîson) (dèputé do P.O.B. èt mayeûr), in: J. Fèler, J. Wisimus, Anthologie des poètes wallons verviétois, 1928

 

Tossint

 

Totes lès clokes ont soné so l’ viyèdje come è l’ vèye:

Ames èt fames, ritches come pôves ènn’ ont ètindou l’ son,

Lu son qui zûne si doûs qu’ on dîreût ‘ne vwès qui prèye,

Qui pleûre èt qui s’ rupwèse duvins totes lès manhons.

 

I raméne lu sovenance dès cis qui sont d’zos l’ pîre;

Du cès-là quu n’s-êmîs, qu’ on-z-in.me co pus asteûre;

Cès-là qu’ nos-ont d’mandé d’ èsse compris d’vins ‘ne priyîre

Po lès payî d’ leus pônes èt pârti nosse boneûr.

 

Qwand lès clokes ont passé so l’ Umanité sombe,

Lès coûrs sont pus êmants, lès-èsprits s’ fèt pus fwêrts;

Lès mins s’ tindèt totes seûlès å-d-duseûr du lès tombes.

Lès vikants s’ èfacèt po n’ tûser qu’ à leûs mwêrts.

 

Lès coranes èt lès fleûrs, duvins leû doûs linguèdje,

Duhèt tot çou qu’ on pinse à lès cis qui n’ sont pus;

Èlès dihèt l’ peure sovenance qui vike è lès manèdjes

Po lès cis qui sont mwêrts èt qu’ on-z-ême todi pus.

 

Qwand lès clokes ont soné so l’ viyèdje come èl vèye,

Ames èt fames, ritches come pôves ènn’ ont ètindou l’ son,

Lu son qui zûne si doûs qu’ on dîreût ‘ne vwès qui prèye,

Qui pleûre èt qui s’ rupwèse duvins totes lès manhons.

 

Lisa Chastelèt

 

Tossint o hôt payis

 

 

On ciel d’tchindou so l’teût,

gris châye.

one crowe êr

qui hape li foumèye

èt l’ kimache

avou lès noûlèyes.

 

Li djint è va so l’ vôye,

 li djint qu’ s’ anoye.

d’vins sès guènèyes.

Li djèyî avou s’ anoye

Èt co l’ neûre sipène

di l’ hâye

qui n’ èst pus qu’ bwès,

pus qu’ mâyes.

 

Li djint è va so l’ vôye,

qui pwate dès mâlès fleûrs

d’zos ses grîsès pinsèyes.

Tot çoula n’ siève à rin :

i n’ frè nin djoû ènêt

so l’ Hé.

So l’ éte, on n’ ôrè sûr

qui l’ vwès do r’grèt

soumatcher

dizos l’ creûs d’bwès.

Rin n’ sièvrè à rin di rin.

I n’frè nin clér ènêt

so l’ djint.

To dîreûs

qui tos lès cis d’ là-d’zeûr

dismacralèt leû lin.ne

po-z-èmacraler l’ timps.

Li ciél aclintche si fwârt

qu’ i hîtche à ras’ di tère.

Tot-à-fêt èst r’nètié.

Dispôy lès crèsses djusqu’à l’ êwe d’ Oûte

tot-èst d’ ôte pârt. Di nou costé.

On n’ veût pus l’ djint

qu’ è r’va so l’ vôye.

on n’ veût nin l’ creûs

qui spate sès rins.

 

Martin Lejeune (Dîson), in: Œuvres lyriques, Liège, 1925, p.299-302

 

Lu sope-è-tripes

 

One fèye quu 1′ Tossint arivéve,

C’ èsteût 1′ môde amon lès cinsîs

Du fé  ‘ne fièsse wice qu’on s’ rutrovéve

Inte parints po s’ bin carèssî.

Qui n’ su sovint dè l’ sope-è-tripes

Qu’on r’claméve tant dè bon vî timps ?

Quénès-eûrêyes ! c’ èsteût tèribe,

Çou qu’ on s’ tchôkîve alors p’ â-d’vins !

Lu timps èsteût d’djà wadrouyèsse,

Mins 1′ cinsî r’çûhéve du bon coûr :

I s’ féve on-oneûr, one vrêye fièsse

D’ inviter lès djins d’ alintoûr.

Âtoû d’ one tâve fwêrt bin covrawe

Lu cinserèsse féve l’ avant-boûsson.

On v’ chèrvéve tot d’abord dè l’ brawe,

One après l’ ôte, sins nole façon.

Deûs’ treûs assiètes nu fît nin sègne :

On v’ lès lapéve sins s’ èspawèter ;

Èt, tot broufètant sins fé lès hègnes,

On s’ contéve lès novèlités.

Après v’nît lès grands plats d’ crompîres

Cûtes avou dèl ‘ crâhe du djambon,

Dès cwènes-du-gade dâres come dès pîres,

Tchèrdjêyes du pokes, èt qu’ odît bon !

Dè l’ tripe, vos ‘nn’ avîz ‘ne dumêye aune,

Èt, po-z-assâhener, peûve èt sé.

 

Ossu tchikéve-t-on come dès moues,

Tot sèyant dèdja d’ ascasser.

Pwis dèl compote avou 1′ rivelète,

Qu’on magnîve a tallarigo ;

Pwis dè l’ rodje djote èt dès boulètes,

Pwis dès rècènes avou 1′ lèv’go.

Qués apétits ! quénès goûrdjêyes !

Lu cinsî s’ féve on pont d’ oneûr

Du vèy tofêr l’ assiète tchèrdjêye.

Magnîz-ve  bin ?  c’ èsteût tot  s’  boneûr.

I v’ chèrvéve, i r’tâveléve timpèsse.

Vos-avîz bê braîre « c’ è-st-èssez ! ».

On-z-èsteût chacun à ses pèces,

A n’ pus saveûr wice l’ ètasser !

Fâléve vèy lès djins dè l’ campagne !

Faléve lès vèy, sins s’ fé hêrî,

S’ chèrvi dès platenêyes à v’ fé sagne,

Dès-assiètes à s’ catchî podrî !

Qué maîsse hârd qu’ on féve è l’ couhène !

I faléve tékefèye su d’cingler !

On s’ bouréve come one grosse djuhène

A n’ saveûr hansî ni sofler !

Inte lès vahelêyes, i-aveût tékefèye

One ou l’ aute qui d’héve on bon mot

Po fé haheler lès djônès fèyes

Ou po gârmèter lès marmots.

On vantéve lu cinsî, l’ coûhenîre…

Surtout, s’ i-aveût ‘ne fèye à marier !…

Èt on lèyîve hiper ‘ne botenîre

Qwand l’ vinte cumincîve à tringler.

Mins tot a ‘ne fin, n’ a nin à dire !

I-arive one eûre qu’ on ‘nnè pout pus.

Èt, d’vant d’ risker d’hirî l’ tchaudîre,

I fat bin qu’ on s’ avowe forbu !…

 

So l’ timps quu lès âmes fèt ‘ne trawêye,

Lès djônès fèyes ont tot r’wèsté ;

Èlès sont lèdjîres come dès bizwêyes.

Ca ‘lès savèt bin qu’ on va tchanter.

On prétchole one, on hèsse on-aute ;

A l’ fin 1′ pus hèrdi tape duvins ;

Tot 1′ monde rèpète, chacun s’ ènonde :

On sét bin l’ aîr, lu pus sovint.

Lu prumî sâye one vîle paskêye,

L’ aute one romance, l’ aute one tchanson ;

Tote lu hiède tchante à plin.ne bokêye,

Du bon coûr èt sins nole façon.

On-z-apwète dè doûs po lès fames,

Dè fris’ pèkèt po lès tchanteûs ;

On trinke, on rèy sins rime ni rame,

On duspiète lès tranquilès bateûs.

Lès djônès djins r’qwèrèt lès cwènes ;

Lès vis vûdièt saqwants hûfions,

Stopèt leû pipe ou fèt 1′ glawène

Po toûrmèter lès djônès poyons.

Lu damesèle chève, lu dame hêrêye ;

Si vite vûd, vosse vêre èst rimpli ;

Tot 1′ monde raconte dès badinerêyes

Tot tûtelant sins mây dufali.

On blague, so l’ èscole, on s’ ènonde ;

Lès pus pâhûlès duvenèt vigreûs ;

On s’ èstchàfe pôk-a-pôk, on s’ monte,

On s’ amûse come dès bènureûs !

À l’ fin, c’ èst-one coucoumahêye :

Tot 1′ monde pâreule, nouk nu rèspond !

C’ è-st-on mih-mah, one comèdêye,

On brut à v’s assoûrdi l’ tampon !

Vèyant l’ samerou, lu grosse cinserèsse

Abèye bin vite moud dè cafè ;

 

Èt chacun, sins pus d’mander s’ rèsse

S’ astafeule po beûre on tchikèt.

Voci lès dorêyes, blankes èt neûres,

Grandes come lès rawes d’ on p’tit bègnon :

Deûs deûts d’ pâsse, èt, po stièrniheûre,

L’ côrin come one pèlote d’ ognons !

Èvôye one novèle fricassêye !

On ruc’mince tot come dès râyeûs :

Lu pignale, timpèsse rupassêye,

Faît d’hyinde tot qu’ c’ ènn’ èst mèrviyeûs.

Après 1′ cafè, on passe lu sîse

À beûre, tchanter, potchî, danser.

Inte lès côps, on coûrt è l’ assîse…

Po haper l’ êr ou po cokser.

À l’ nut’ lès vîs, plins come dès basses,

Fèt dès madames pés qu’ dès dragons,

Èt lès djônès djins à cabasse

Rèmirièt leus nosés poyons.

 

Louis Remacle, in: Â tchèstê d’ poûssîre, 1946

 

Tossint

 

Fleûrs du Tossint, si pâlès duzeû lès sètchès wêdes,

vo-me-ru-là d’vant vos-ôtes po dîre deûs’ treûs-âvés.

Dju m’ sovin qwand quu m’ mame vos-a mètou so l’ ête;

come dès vîhès c’nohances, nos nos-årans r’trové…

 

Tot seû, duvant nosse tombe, dju prîye, dju balte lu tièsse.

Vos-èstoz v’nis tortotes, èt v’ lèver totes vèrs mi

vosse pîtiveûse vèrdeûr èt vosse târdi djonèsse

èt, avou l’ mirante pinsé, tos vos grands-ûs drouvis.

 

Dju sondje à nos parints qu’ ont mèsåhe du priyîres ;

dju sondje azès duspits quu leû mwêrt apwèrta ;

èt so ç’ timps-là, vos-ôtes, vos houlez sins rin dîre,

èt v’ loukîz podrî mi, come su dj’ n’ èsteû pus là…

 

Renard (Èsneû / Esneux), in : La Vie W., TIV, 1923-1924, p.430-432

 

Vèsprêye di Tossint

 

So l’ viyèdje bin pâhûle tome pèneûsemint l’ pwèsêye :

Èle si stâre èl broumeûr, flâwih èt va mori

So lès grîsès mâhîres qui l’ brouliârd èwalpêye.

Drî l’ priyèsse èt l’ mârlî, turtos so deûs quawêyes,

Omes èt feumes, djônes èt vîs, sûvèt l’ creûs, sins moti.

 

Po priyî, so quéke fosse chaskeun’ s’ a-st-adjèni.

Dizos l’ cîr règrignî nolu ni brûtinêye.

Di timps-in-timps portant, è fouyèdje èrèni,

Li vint dispiète ine wès qui djèmih èt qui prêye.

 

Divins lès prés djondants, i k’mince a s’ aspèhi ;

C’ èst l’ moumint d’ è raler : vola qu ‘adhint l’ nutêye.

L’ aîte si vûde èt s’ rèdwêrt, dismètant qui todi

So l’ viyèdje, bin pâhûle, tome pèneûsemint l’ pwèsêye.

 

 

Vêpres de Toussaint. — Sur le village paisible tombe tris­tement le glas : il se répand dans la brume, faiblit èt va mourir sur lès maisons grises que le brouillard enveloppe. Derrière le prêtre èt le chantre, tous sur deux rangées, hommes èt femmes, jeunes èt vieux, suivent la croix, sans parler.

Pour prier, sur quelque tombe chacun s’est agenouillé. Sous le ciel maussade nul ne souffle mot. Parfois pourtant, dans le feuillage rouillé, le vent éveille une voix qui gémit èt qui prie.

Plans lès prés voisins il commence à faire sombre ; c’est le moment de s’en rètourner : voici que descend la nuit. Le cimètière se vide èt se rendort, cependant que toujours sur le village tranquille tombe tristement le glas.

 

Rodolphe Grosjean (Vèrvî / Verviers)

 

Sîse du Tossint

 

One frouheleûse pwève d’  ivièr bardouhe so mès finièsses;

è s’ roudinèye tchanson, c’ è-st-one plinte qu’ èle mu brêt.

One après l’ ôte, sès låmes ridèt so mès cwårês

po m’ fé comprinde su pône … po m’ fé pårti s’ tristèsse.

 

One frouheleûse pwève d’ ivièr djèmihe à l’ nut’ si neûre;

Su grande mirancolèye peûse so m’ coûr disseûlé.

Dj’ a ‘ne si grande pône so l’ cwèrp, quu dj’ so-st-à m’ dumander

si c’ èst mi qui soglote ou si c’ èst lèye qui pleûre?

 

 

Jean Wisimus - Lu Tossint (La Toussaint)

5.5 sûd-walon / sud-wallon

Marie-Thérèse Cornette (Sîbrèt / Sibrèt)

 

Tossint

 

Dji sans ou tèt di l’ èsté,

Lu s’lo n’ lût pus si bin.

On s’ dispêtche di rintrè :

On s’rè vite à l’ Tossint.

 

Dj’ îrans flori lès tombes,

On prîrè tot doûcemint.

Dji ‘nn’ ans c’nuchi do monde,

Dès parints, dès vèjins !

 

Gn-è là lès cis do l’ Roye,

Lès djins do d’zeûs do viadje,

Tos cès-là qui sant voye

Po on si long voyadje !

 

Dins nosse pitit ç’mitîre

À l’ creûs di Djodinvèye,

I m’ sone lès vèy sorîre

Quand dji l’zî di : « À r’vèy ! »

 

Calixte Culot (Warmifonténe / Warmifontaine), in: Singuliers, 3, 2017

 

Toussint

 

Lu grand vent s’ è mètu a hoûlè,

An l’ atind choufli d’dès lès barbakins ;

Lu viè clotchiè s’ è racrapotè

A vèyant ruvni lu djoûr d’ la Toussint.

 

D’au lon, an l’ ôt sounè la transe

Pou lès cés qui sant vouye pou toudi,

A nous léchant come èritance,

Dès-imaudjes qu’ an n’ rouvîrè ni.

 

Souvenîrs du leû passadje su la têre :

Du leûs jwas, du leûs pon.nes, du leûs bouneûrs,

Du leûs rîres èt du leûs misères,

Du leûs-ouvradjes èt du leûs chueûrs.

 

Cloyans lès-ûys èt dju rvèyans :

 

Nosse pére avu sa viéye bleûe banète,

Seumant lès grin.nes à laudjes pougnîes,

Drwat, la min pûjant d’dès la musète,

I va, i vièt à grandes ascuchîes.

 

Nosse mére fajant la buéye t’t-au matin ;

À côps d’ bateûre, èle fradje lès bagadjes,

Pûs, à l’ aclôs, l’ arouseû à l’ min,

Lès mète à rive au slo sins nuadjes.

 

La grand-mére, aus dwats noclus, calbance

Lu bêrce do p’tit frére qui n’ sét dormi ;

Tout doûs, èle tchante ène pitite romance :

« Dôrs, mu p’tit valèt, dôrs dulé mi ».

 

Après dès-eûres d’ ouvradje, is sant drènès,

Mês gn-è co lès bésses à seugnè,

Gn-è co l’ soupè à-z-aprètè,

Èt lès-afants à mète coûtchè.

 

Faleût-î Jule po-z-î pinsî

À rassonlî lès djins d’ Cièru,

Surtout cès qu’ î ont stou hossîs,

Qu’ ont ‘nn’ alî èt qu’ on lèy on vûde.

 

Qwand qu’ i rivnèt o nosse viyèdje

Sovint, is n’ si ruc’nochèt pus :

 

Eskintés, is montant d’dès leû tchan.me,

Ou pièd dou lit, is s’ agnolant,

Is-ant dou mau pou ployé deûs djan.mes,

Mês is v’lant prîre pou leûs chîj-afants.

 

Rudouvrans lès-ûys

 

Duvant vosse fosse, mu v’là sondjeûs :

Vous, l’ pa, vous, l’ man qu’ ant quitè la têre,

Dulé l’ Bon Dieu, v’ astèz eûreûs

Ca, pa la hôt, gn-è pus d’misères.

 

 

 

Malêjis mots

aclôs = enclos. / (s) ’agnolè = (s)’agenouiller. / arouseû = arrosoir. / ascuchîe = enjambée. / bagadje = vêtement. / banète = tablier. / bcirbakins = abat-son. / bateûre = battoir. / berce = berceau. / buéye = lèssive. / calbancè = balancer. / chueûr = sueur. / drènè = courbattu. / fradjè = taper avec énergie. / houle = hurler. / mète a rive = étendre le linge sur l’herbe. / noclus = noueux. / prîre = prier. / pûjè = puiser. / racrapotè = recroqueviller. / tchan.me = chambre. / transe = glas. I ûy = œil.

 

6 Ôte paut en Bèljike / Ailleurs en Belgique

Dins l’ Bèljike jèrmanofone (en Belgique germanophone)

Allerheiligen – Allerseelen, in : Nidrum, 1998, S.381

 

Das Fest Allerheiligen wurde in Syrien seit dem 4. Jahr­hundert gefeiert. Papst Gregor IV. legte es auf den bis heute gültigen Termin des 1. November. Ab dem 10. Jahrhundert haben die Benediktiner die Sitte eingefûhrt alljährlich am 2. November einen Gedenktag fur die verstorbenen Wohltäter und Freunde ihrer Klöster zu feiern.

 

In Nidrum findet die Andacht für die Verstorbenen mit anschliessendem Gang zum Friedhof am Allerheiligentag statt. Nach der Segnung der Gräber durch den Priester begeben sich die Gläubigen zu den Ruhestätten ihrer Angehörigen, um einige Augenblicke zu beten und in Gedanken bei den Toten zu verweilen. Bereits an den Tagen vorher werden die Gräber mit Blumen, Kränzen und Lichtern geschmückt. Nach der kirchlichen Feier biètet dieser Totengedenktag den Familienangehörigen die Gelegenheit, sich bei einer Tasse Kaffee und einem Stück Torte zu treffen.

 

In früherer Zeit konnten die Gläubigen vom Mittag des Allerheiligen bis zum Abend des Allerseelentages Ablässe « gewinnen », indem sie beim Kirchenbesuch jeweils fünf « Vater unser », « Gegrüsst seist du Maria » und « Ehre sei dem Vater » und das Glaubensbekenntnis beteten. Der Ablass war den « armen Seelen » zuwendbar. Diese sinnentleerte Glaubenspraxis hatte bis zum Zweiten Vatikanischen Konzil Bestand.

7 Ôtès-afaîres / Divers

(Jean-Luc Depraute, in: VA, 31/10/2013)