Ôtès fièsses au mwès d ' maîy en Bèljike walone, picarde, gaumèse / Autres fêtes au moins de mai en Belgique romane

PLAN

 

0 Jènèrâlités / Généralités

1 Tradicions pa réjions

2 Ôte paut / Ailleurs

 

0 Jènèrâlités / Généralités

Maîy: lès sints d’glace : Sèrwaîs, Pancrace, Boniface / Mai : les saints de glace (11 à 14): Servais, Pancrace, Boniface

 

1 Tradicions pa réjions / Traditions suivant les régions

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

LA SAINTE-CROIX — 3 MAI

 

Il y a au Village une dicace qui porte le nom de « Fête Ste-Croix ». Comme dans de nombreuses localités, il y a une procession ce jour-là.

Voici la légende de la Sainte-Croix. Une femme étant endettée de­vait être emprisonnée par les Juifs. On lui promit de la laisser en liberté (p.149) si elle procurait une hostie consacrée. Elle accepta; mais, prise de re­mords, en route, elle cacha l’hostie dans le tronc d’un vieil aulne mort qui, à l’instant, se couvrit de feuilles. Une foule nombreuse se rassembla sur le lieu du miracle. Le propriétaire du champ, excédé par les dépré­dations que les gens faisaient à ses biens, voulut abattre l’aulne à coups de hache. Les morceaux de bois en tombant se placèrent pour former une croix, qui se couvrit de sang. C’est ainsi que naquit, selon ce que croyaient les anciens, ce qu’on appelât la Sainte-Croix. Depuis de nom­breuses années, la fête de la Sainte-Croix était devenue une fête pure­ment laïque. Aujourd’hui, elle est complètement oubliée.

Montegnî (Montigny-le-Tilleul) - èl Ducace dè Maîy (la Kermesse de Mai)

(in: Henry Bury, Montigny-le-Tilleul, éd. Les Amis de Montigny, 1978)

Neuvile (Neuville) (Flipevile / Philippeville) - èl Sint-Ilaîre (la Saint-Hilaire)

(Clément Dimanche (?), in: VA, 1960s)

Couyèt (Couillet) – Henri Van Cutsem, Tchabaréyes, 1936

 

Maîy !….

 

C’ èst maîy!…  C’ èst l’ djoli mwès d’ Marîye :

c’ èst l’ mwès dès fleûrs ! c’ èst l’ mwès qu’ lès fîyes

ont l’ keûr èl pus tchaud, l’ pus jwèyeûs,

et qu’les djonnias sont-st-amoureûs !

 

C’ èst l’ preumî d’ Ma$iy ! C’ èst grand djoû d’ fièsse :

dins les rûwes, l’ ouvrî manifèsse ;

il èst bunauje, i chût s’ drapia

padrî l’ musike qui marke èl pas.

 

Èt v’ci lès preumèrès ducaces :

on monte les barakes dissu l’ place ;

on scure ; on fét l’ taute au côrin

pou rimpli l’ djéve à sès parints.

 

Pou remplacer lès mascarâdes,

èl djon.nèsse a lès pourmènâdes.

lès foûyes au r’viêrs, à Lavèrvau,

lès djeus d’ clignète, tous djeus d’ fichaus !

 

V’ci l’ Assincion !…  c’ èst l’Virginète : (1)

on-î pourmène ès-n amourète

èy’ on tchante quand on s’ pièd dins l’ bos :

« Nos avons stï, nos d-irons co !… »

 

Vlà l’Pintecousse !…  On court a Djèrpène !  (2)

Sinte Rolin.ne, dins lès tchamps, s’ pourmène ;

èl mârcheû diskètche ès tronblon, come lès turcos da Polèyon !… (sic)

 

C’ èst Maîy !… du bleû cièl, l’ aulouwète

lét tchér dès noûvès ariyètes…

Èl bouneûr poûsse avou lès grins.

Tout l’ monde rît, tout l’ monde tchante… à mwins.

 

à mwins’ qu’ i plouve ou qu’ in-orâdje

à gurzjas n’ aflache no corâdje!…

…I n’ faut jamés compter d’ssus l’ oû

qu’ n’ èst nén pènu…  min.me aus bias djoûs…

baloûje (hanneton)

in : CW, 6-7, 1972

 

Quoi qu’il en soit des uns et des autres, terminons cette présen­tation de l’étude de R. Pinon, en citant un couplet connu à Annevoie, chanté sur l’air « C’est le mois de Marie » :

 

C’ èst li mwès dès baloûjes,

C’ èst li mwès li pus bia.

Courans cheûre totes lès couches :

Il è tchaît dès moncias.

in: Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005

 

(p.7) Le printemps est revenu, mais ce sont les beaux jours que l’enfant appelle de tous ses vœux et on l’entend soupirer:

Î, hay

qui n’ è-st-i may !

May passé,

n’ sèrans l’osté.

lu pèsadje (le pesage)

(dessin: J.-Cl. Servais ?)

J.-M. Pierret, Quelques aspects du folklore chestrolais, La Vie Wallonne, 1967

 

(p.172) Lu pèsadje

 

Au mois de mai, les gens de Mellier ‘pesaient’ les jeunes filles.

Chaque soir, les jeunes gens se réunissaient près du pont pour attendre les jeunes filles qui revenaient du salut.

L’un d’eux en saisissait une aux aisselles; un second la prenait aux pieds.  tandis qu’ils la soulevaient et la faisaient sauter, un troisième passait sous ce pont vivant.

 

In : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

 

Le pesage des filles

 

Beaucoup moins doux et moins innocent était le pesage des filles, à la nuit tombée.

Il y avait « salut » tous les soirs en mai. Beaucoup de gens y assis­taient, surtout les femmes et les jeunes filles. Et celles-ci, pour rentrer (p.56) chez elles, par des chemins sans éclairage, couraient le risque d’être « pesées » par des lurons de 16 à 20 ans. Toutes, loin de là, n’aimaient pas cela et cherchaient à s’en défendre par tous les moyens. Elles se tenaient à trois par le bras, avançaient craintivement quand, brusque­ment, bondissant de l’obscurité, trois ou quatre garçons sautaient sur le petit groupe, bien décidés à en saisir une. Et cela réussissait toujours. Les deux autres s’enfuyaient au plus vite, abandonnant leur compagne, quitte à êtres prises le lendemain. La victime se défendait avec bec et ongles. Parfois elle était armée de « nounètes » (épingles) et l’agresseur à sa portée ne s’en tirait pas sans dommage. Et plus la captive se débat­tait, plus le jeu était excitant. Celles qui se laissaient prendre sans résis­tance n’étaient pas intéressantes. Mais qu’allait-il donc arriver à cette captive ? L’un des gaillards la saisissait sous les bras, l’autre la prenait par les pieds après lui avoir entortillé la robe autour des jambes, et les deux garçons la soulevaient et la balançaient lentement. Le troisième larron se glissait trois fois sous ce pont vivant et, à chaque passage, devait la soulever du dos. La pauvrette, remise sur pied, se sauvait, furieuse, injuriant les méchants qui l’avaient maltraitée. Le lendemain, les garçons, la voyant passer, se moquaient d’elle et les autres filles elles-mêmes qui avaient pu s’échapper, en faisaient autant. Mais elles ne perdaient rien pour attendre. Tous les soirs de mai suffisaient pour en peser le plus grand nombre. Il arrivait aussi parfois qu’une jeune fille, par erreur, était pesée deux fois. On disait alors qu’elle était dépesée.

 

Le moment le plus amusant et le plus comique de ces jeux assez violents était la singulière revanche des femmes au lavoir. Elles atten­daient le passage d’un homme aux abords de la fontaine. Attention, en voici un ! En quelques instants il est entouré, ligoté par des bras fémi­nins mais musclés, empoigné, soulevé et se fait proprement peser, au milieu des éclats de rires et des allusions vexantes. Il allait de soi que bientôt le village savait qu’un tel s’était fait prendre par les laveuses de la « chambre des députés », comme on désignait, dans certains villages de la frontière française, le lavoir public.

 

La coutume est tombée depuis le début du siècle. Elle rebutait d’ailleurs par ses aspects de violence et était blâmée par beaucoup de personnes. Le coup mortel lui a été porté par l’installation progressive de l’éclairage des rues.

Mais le fait de ce pesage étrange vaut cependant la peine d’être examiné. Le plus grand folkloriste français, Arnold van Gennep s’est penché sur ce problème. Étant donné la grande ancienneté de cet usage, (p.57) il n’était pas loin de croire qu’il remontait à l’époque où les femmes étaient astreintes autant, si pas plus que les hommes, au rude travail des champs.

 

Le poids des femmes était un critère et cette façon toute élémentaire de l’apprécier pouvait être jugée suffisante.

 

Mais il conviendrait, au préalable, d’entreprendre une enquête dans toutes les régions où le souvenir du pesage n’est pas éteint et en con­naître surtout les modalités qui le caractérisent.

Nous avons tenté l’expérience, mais nous avons reçu très peu de réponses satisfaisantes au questionnaire. Plutôt des reproches parce que nous nous intéressons à une coutume aussi déplorable.

 

Jean Haust dans sa Causerie sur le parler gaumais, Pays gaumais 1942, a publié sur ce sujet un texte remarquable de feu M. Simon, de Dampicourt.

 

In : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

 

Mois de mai

Les rondes du dimanche à Saint-Mard

 

Les beaux jours sont revenus. Le dimanche soir les hommes, les femmes, mariés ou non, se réunissaient sur la grand-place. Se tenant par la main, formant un grand cercle, ils commençaient à tourner au (p.53) rythme de la chanson qu’un des participants lançait à plein gosier. Ensemble, les danseurs reprenaient le refrain. Les pas étaient lents ou plus rapides, s’accordant à la nature du chant sentimental ou grivois. Prosper Michel se souvenait de quelques entrées en matière :

« Belle rose, rosier blanc. / Laissez les rosés aux rosiers. / Dansez rosette, dansez à petits pas. / Ma petite brunette, ne vous fatiguez pas ».

Ou encore :

« Voulez-vous jouer de la michtenflûte. Flûte, flûte, flûte… »

et la ritournelle continuait interminablement.

 

in : Lîmês 1, Tradition wallonne, Les langues régionales romanes en Wallonie, Traditions et parlers populaires Wallonie-Bruxelles, 1992

 

Èl pèsadje

 

(à Dampicout viès 1900 / à Dampicourt vers 1900)

 

     Si farce què ça s’niche, ç’ atout pourtant la moûde, das l’ tas, qu’ ou mwas d’ mèy, on pèsout lès blancs bounèts.

    Lès moutârds s’ a mèlint djà., lès-icolîs èn’ causint què d’ ça., lès djon.nes  oumes s’ a t’nint d’ près… èt on vwayout co bin dès-oumes d’ âdje s ‘atade à trwas pou pèser ène fame ou l’ aute. […]

Wâtez! v’là ‘ne bande dè fèyes qui s’ amoûnant ou salut.. èle nè sondjant­ me qu’ i gn-è trwas gayârds qui lès r’lignant dè drî ‘ne hâye ou dou cwin d’ in meur. Èl pus dècidé ès’ lance das lès blancs bounèts, qui s’ sauvant ‘t­-a crâlant coume dès-oûyes. Il an-atrape eune padrî, la sâre das sès bras, crwase sès mîs su s’n-èstoumak. Lès deûs camarâdes ant acouri. Èl pus subtil li ratortit lès djambes das lès cotes, èt v’là note bâchèle soulevée d’ tîre coume in pont. Èl trwasième passe twas côps d’zousl’ pont, èt la farce èst finie. Èle sè sauve toute roudje èt toute fâtchie, tout-a radjustant s’ corsèlèt èy ès’ bounèt, èl tas què nos trwas-oumes chignant ène boune gavâye.

 

Honoré SIMON Édité par J. HAUST dans Le Pays gaumais, t. III, 1942.

 

(p.46) Le pesage

 

   Si drôle que cela semble, c’était pourtant la mode, dans le temps, qu’au mois de mai on pesait les «bonnets blancs ».

Les moutards s’en mêlaient déjà; les écoliers ne parlaient que de cela; les jeunes gens en guettaient l’occasion; et on pouvait même voir des hommes d’âge s’entendre à trois pour peser une femme ou l’autre.

Regardez! voilà une bande de filles qui s’amènent au salut; elles ne songent pas qu’il y a trois gaillards qui les épient de derrière une haie ou du coin d’un mur; le plus décidé se lance dans les «bonnets blancs », qui se sauvent tout en criant comme des oies. Il en attrape une par derrière, la serre dans ses bras, croise ses mains sur son sein. Les deux camarades ont accouru; le plus subtil lui entortille les jambes dans les jupes, et voilà notre jeune fille soulevée de terre comme un pont; le troisième passe trois fois sous le pont, et la farce est finie; elle se sauve toute rouge et toute fâchée, tout en rajustant son corsage et son bonnet, tandis que nos trois hommes rient à gorge déployée.

 

lu pèsadje à Tintenî (le pesage (des filles) à Tintigny)

(in: Tintigny jadis et naguère (1900-1940), Groupe Histoire collective de Rossignol, s.d.)

 

2 Ôte paut / Ailleurs

"saudage"

Champagne-Ardennes (Saint-Etienne-à-Arnes, …) – Jacques Lambert, Campagnes et paysans des Ardennes, 1830-1914, éd. Terres Ardennaises, Charleville-Mézières, s.d.)

Rutten (Rûsson ) - Sint-Evermarusspel / Djeû d' sint-Évèrmâr

Joseph Dusart (Souhon / Souxhon), in : DW, 14, 1986, p.81-126

 

(p.116) Treûs-ôtes èvôye on prumî d’ may (c’ èsteût-st-on dîmègne) po-z-aler à Rûsson veûy li djeû d’ sint-Évèrmâr rèscontrèt dès djins qu’ ènnè rivenèt, adon qu’ is n’ sont qu’ à Hin.nemâl. (= Xhendremael)