èl Doudou ou èl Ducace dè Mont / le Doudou ou la Ducasse de Mons

PLAN

 

1 Présintâcion / Présentation

2 Dèrôlemint / Déroulement

3 Musike, tchansons, scrîjadje / Musique, chansons, littérature

4 Varia

 

1 Présintâcion / Présentation

D’abord la procession, pendant laquelle on peut entendre des hymnes à sainte Waudru interprétés par un chœur d’enfants soutenu par les “musiciens noirs” et l’air des Archers aux fifres et tambours. Puis c’est, annoncée par les trompettes thébaines, la montée du Car d’or jusqu’en la Collégiale où sont chantées les Lita­nies de sainte Waudru.

Vient enfin, sur la Grand’place, le combat de saint Georges contre le dragon, nom­mé Lumeçon, au son de l’air considéré par les Montois comme leur hymne, le Doudou, que l’on a entendu précédemment joué au carillon.

 

Une pucelle — que les statuts renouvelés de 1575 écar­taient, en même temps que le page, du banquet annuel des confrères et consœurs — conduisait autrefois le dragon : on l’atteste formellement pour 1579.

Quant aux personnages secondaires du combat actuel, ils sont de beaucoup postérieurs et on ne peut supposer qu’ils remontent directement aux représentations médiévales de la vie du saint.

Les chinchins caracolant dans leur monture de « cheval-jupon », à l’instar des « chevaux godins » ou « godets » d’ail­leurs (et qui ne sont pas des «  chiens-chiens », car « chien » se dit kyé à Mons) n’apparaissent qu’en 1704 (mais le compte de cette année suit une lacune de 37 ans).

Les diables, à la vessie carnavalesque bien gonflée, sont, à en croire les archives, de la même année.

Les hommes sauvages, vêtus de feuilles de lierre, héritiers — comme les sauvages du cortège d’Ath et du carnaval de Malmedy, et comme aussi les sapeurs de la « marche » et du Laetare de Fosses — des « sauvages » de la Renaissance, voire du moyen âge, ne sont cités à Mons que depuis 1723,

 

in : Clio 70, 1974

 

Mons / La procession du car d’or

Type : un cortège historico-religieux.

Date : le dimanche de Ia Trinité.

 

La manifestation

 

Le tracé

 

La procession débute vers 10 h à la collégiale Sainte-Waudru et s’y

termine deux heures plus tard après avoir parcouru les rues de la ville suivant un itinéraire qui n’a guère subi de modification depuis 1804.

Les acteurs La structure de ce cortège s’articule sur les quatre paroisses de l’ancienne ville de Mons : Saint-Nicolas, Notre-Dame de Messines, Sainte-Elisabeth, Sainte-Waudru. Chaque groupe paroissial possède ses confréries de métiers avec leur patron et des statues de la Vierge.

Parmi les groupes de Sainte-Waudru, se detachent les deux groupes

des chanoinesses du chapitre noble de Sainte-Waudru (XVle et XVIIIe siècles) et le car d’or qui clôture la procession.

Dans les groupes de la paroisse de Messines, défilent des hommes en cagoule noire : les Beubeux.

Membres de la Confrérie de la Miséricorde, ils avaient pour mission d’aider les prisonniers condamnes à mort. Aujourd’hui, ils s’occupent de ceux qui sortent de prison.

 

(Les Beubeux (sic) célèbrent leurs 300 ans, LS 15/05/1999

 

Les Beûbeûs,ou confrères de la Miséricorde, entre le Car d’Or et le combat dit Lumeçon.

Cette confrérie doit son existence au prince Henri de Ligne qui avait découvert l’existence d’une telle structure à Rome, en plein 17e siècle. 

Objectif: accompagner au supplice les condamnés à mort et veiller à leur procurer une sépulture digne.  Puis plus tard, le soutien aux détenus et à leur famille devint la règle.

(NDLR: habit: de noir comme à Lessines))

 

 

Les objets symboliques

 

Le car d’or, sculpte en 1780 suivant le style Louis XVI, transporte la châsse de sainte Waudru entourée par huit ou dix enfants de choeur. Il est tiré par six chevaux richement harnachés.

La châsse de sainte Waudru, en argent, de style-néogothique conserve les restes de la patronne de la ville. La tête, séparée du corps en 1250, repose dans un reliquaire de 1867, appelé le reliquaire du chef.

Dans le groupe de la Confrérie de saint Georges, on remarque un petit dragon, reste du groupe de saint Georges disloqué en 1819 par les autorités gouvernementales.

 

Les comportements rituels

 

Deux gestes sont à épingler. Un premier geste : celui des spectateurs qui tendent aux enfants de choeur des objets de toute sorte pour qu’ils Ies appliquent sur la châsse; ces objets ainsi frottés portent bonheur. Un second geste : l’aide des spectateurs aux chevaux qui, à la fin de la procession, doivent hisser Ie car d’or au sommet de la rampe Sainte-Waudru. Le car d’or doit monter cette pente sans s’arrêter sinon, disent les Montois, il arrivera un malheur à la ville dans l’année.

La marche de la procession est scandée par cinq haltes durant lesquelles un prêtre, du haut du car d’or, lit le récit d’un miracle de sainte Waudru.

 

Les préparatifs

 

La veille de la procession, à 20 h, dans la collégiale, se déroule la cérémonie de la descente de châsse. Retirée du maître autel, elle est posée sur le car d’or Le clergé, les chanoinesses, les autorités civiles assistent à cette cérémonie à l’issue de laquelle l’air du doudou est joué aux grandes orgues.

 

Historique

L’origine

 

Si la procession actuelle a acquis ses traits définitifs à l’occasion de la peste de 1349, elle n’est cependant pas née d’un seul coup. Elle est l’héritière des processions organisées par le chapitre de Sainte-Waudru en l’honneur de leur fondatrice morte en 688 et canonisée en 1039. Ces femmes, en honorant leur patronne, affirmaient leurs droits et leurs privilèges.

L’épidémie de peste qui ravagea Mons et sa région en 1349 provoqua des manifestations spéciales de piété populaire pour obtenir du ciel la cessation du fléau. Les autorités religieuses et civiles organisèrent alors une procession solennelle en l’honneur de leur patronne. Ils partirent donc vers les bruyères de Casteau où ils furent rejoints par les habitants de Soignies qui avaient amené les reliques de saint Vincent. Le doyen du chapitre célébra la messe en l’honneur de la Trinité, Peu de temps après, l’épidémie fut enrayée.

En reconnaissance envers Madame sainte Waudru, les Montois décidèrent d’organiser chaque année une grande procession de plus de 20 km d’un parcours jalonné par cinq croix de pierre. On quittait la collégiale vers 5 h du matin, après le chant des matines, et l’on rentrait en ville vers 16 h.

 

L’évolution

 

Dès la fin du XVlIIe siècle, à l’instigation du chapitre, Ia procession ne sort plus de la ville pour effectuer le grand Tour’, elle fait un circuit à l’intérieur des remparts, le petit Tour, compte tenu de la fatigue provoquée par le grand Tour

et l’insécurité des campagnes.

 

Le caractère de la manifestation a subi une profonde mutation. Alors que durant l’Ancien Régime, cette procession était l’hommage de toute la ville de Mons reconnaissante à Madame Waudru, aujourd’hui, l’esprit s’est laïcisé, D’acteurs les Montois se sont mués en spectateurs et la procession n’est plus qu’un cortège historique.

Durant les sept siècles de son existence, la procession a connu une vie mouvementée. Alors que la tradition se poursuivait sans heurts depuis le XIVe siècle, elle fut l’objet des tracasseries de Joseph II en 1786. Sous la Révolution française, on suspend ses activités. Il faut attendre 1804 pour voir reparaître Ia

procession. Au début du XXe siècle, l’intérêt pour cette manifestation est

extrêmement réduit : les confréries ont disparu et seule la châsse, accompagnée de quelques fidèles, fait le tour de la ville. En 1930, un sursaut : les fêtes du Centenaire de la Belgique. On organisera un cortège des provinces qui défilèrent en costumes de l’époque bourguignonne; le chanoine Puissant se fit remettre les costumes qui concernaient la ville de Mons; ce fut le point de départ du renouveau de la procession du car d’or. Grâce à ce travail acharné et patient qui, en 1934, fut repris par Henri Hennebert (mort 1968), la procession a acquis une renommée nationale et internationale.

 

Mons

Le lumeçon

 

Type : un combat entre saint Georges et un dragon.

Lieu : sur la grand’place.

Date : le dimanche de la Trinité.

 

La manifestation

 

Les acteurs

 

A 12 h 25, la cloche du beffroi et celle de la collégiale annoncent le départ du cortège du square du château. Précédé par un détachement de pompiers, le personnel du Lumecon descend alors Ia rue des Clercs et aboutit sur la grand’place où une arène a été aménagée.

Saint Georges, monté sur un cheval à robe noire, dirige son escorte.

Il est vêtu d’un uniforme hétéroclite : une casaque jaune bordée de rouge, une culotte de peau blanche, un casque de cuirassier du Premier Empire. Au côté, il

porte un sabre de cavalerie; au poing, il tient une lance; dans ses bottes sont plantés deux pistolets d’arçon. Autour de lui s’agitent huit chinchins, animaux bizarres, confectionnés en osier tressé recouvert d’une peau de veau, qui  l’aident à combattre le dragon. Les hommes qui les manoeuvrent sont vêtus d’un pantalon de coutil blanc et d’une redingote écossaise.

L’escorte du dragon se compose de 5 diables, de 6 hommes sauvages et de 11 hommes blancs. Les d iables, en costume sombre, armés de vessie de porc, défendent le dragon contre les chinchins et le public. Les hommes sauvages, appelés aussi hommes de feuilles à cause de leur costume en feuilles de lierre, portent un masque pour soutenir la longue queue du dragon.

Quant aux hommes blancs, ils s’occupent de manoeuvrer le corps du dragon.

 

Les objets symboliques

 

Le dragon appelé familièrement doudou est un animal de 9 m 30 de long, Il possède une queue de plus de 5 m, garnie de crin, objet de la convoitise de la foule. L’armature de son corps est formée par des cercles de bambou, complétés par un fuselage en osier. Dans sa gueule largement ouverte sont plantées de grosses dents de bois. Une ouverture rectangulaire pratiquée dans son ventre laisse passer les jambes de l’homme en blanc qui le manoeuvre.

 

Les sons

 

Depuis le départ du cortège jusqu’à la mise à mort du dragon, la musique militaire et le carillon du beffroi ne cessent de jouer l’air du doudou, marche de la seconde moitié du XVIIle siècle, dont les quatrième, cinquième et sixième

couplets décrivent les phases prin- cipales du combat, Sur ce fond musical, envoûtant, se détachent les salves de mousqueterie tirées par les pompiers.

 

Les comportements rituels

 

Durant le trajet qui conduit du square à l’arène, diables et chinchins se  démènent pour faire ranger le public sur les trottoirs tandis que les hommes de feuilles surveillent attentivement la queue du dragon. Arrivés sur la place, le

dragon et son escorte, se fraient difficilement un passage à travers la foule compacte.

Le combat se divise en plusieurs phases : l’entrée dans le rond, les rythmes du combat, la mise à mort et la sortie de l’arène. Durant le combat, on remarque trois scènes caractéristiques : le dragon renverse trois fois les chinchins d’un coup de queue; saint Georges s’empare trois fois de la queue du dragon et reçoit deux fois une nouvelle lance. Chaque fois que le dragon lance un coup de queue dans le public, les premiers rangs s’efforcent de l’immobiliser pour lui arracher le crin porte-bonheur. Hommes sauvages, diables et policiers s’efforcent alors de dégager le dragon.

Lorsque treize heures sonnent au beffroi, saint Georges achève la bête de deux coups de pistolet.

Aussitôt les chinchins se précipitent tête en avant sur le cadavre du monstre vaincu. Saint Georges, après avoir accompli trois tours d’honneur, au port d’armes, salue les autorités qui ont assisté au combat du balcon de l’Hôtel de

Ville.

 

Historique

 

Le terme lumeçon, qui désignait primitivement les évolutions en colimaçon des compagnies bourgeoises et des tirailleurs, fut employé par les Montois pour désigner le combat de saint Georges contre le dragon. Des documents officiels de 1786 font état de cette appellation. Toutefois on ignore les causes qui ont provoqué ce glissement de vocabulaire.

Selon l’avis d’historiens compétents, P. Heupgen, H. Hennebert, R.

Meurant, A. Louant, – le lumeçon est ce qui reste d’un jeu proces-

sionneI médiéval, exécuté par la confrérie de Saint-Georges fondée

en 1380 par Guillaume de Bavière, comte d’Ostrevant. Les principales obligations de cette association étaient de maintenir le culte de leur saint patron, d’accompagner sa châsse durant la procession du car d’or et d’organiser des représentations dramatiques en son honneur. Or dans la vie de saint Georges se détache un épisode spectaculaire : le combat victorieux contre un dragon. Au IVe siècle, un pays du bassin méditerranéen est dévasté par un monstre qui chaque jour exige un tribut humain. Le sort tombe sur la fille unique du roi. Le cappadocien Georges, jeune officier chrétien de l’empereur Dioclétien, décide de combattre ce dragon, Après l’avoir maîtrisé, il lui noue la ceinture de la princesse autour du cou, le ramène dans la ville et rend la princesse à ses

parents qui, à la vue de ce prodige, se convertissent au christianisme. Cet épisode s’ achève par la mise à mort de la bête par Georges. Il n’est pas étonnant que cette légende ait constitué le thème principal du jeu de Saint-Georges.

Faute de documents explicites, on ne possède pas de traces très claires du déroulement et de l’évolution de ce jeu processionnel. On ne parvient pas à déterminer avec certitude le moment où le jeu ou une partie du jeu s’est dissocié de la procession du car d’or, On en est réduit aux approximations : le lumeçon est devenu autonome au cours du XVlle siècle. Un indice : en 1704, à la suite de nombreux conflits, les autorités communales paient les figurants du jeu à la

place de la confrérie Saint-Georges.

Cette représentation a connu diverses fortunes au cours des siècles.

Par un édit, Joseph II supprime le lumeçon en 1786. Les événements de la Révolution française ne favorisent pas sa reprise. Il faut attendre 1803 pour que le combat retrouve son véritable visage. Depuis cette date, chaque dimanche de la Trinité permet aux Montois de revivre intensément les péripéties de cette lutte légendaire. Ces dernières années, on note un respect plus scrupuleux du rituel.

 

Interprétation

 

Mons est actuellement la seule ville de Belgique qui conserve la trace d’un jeu processionnel qui existait dans quelques villes d’Ancien Régime. A l’étranger, on connait des survivances analogues : à Beesel (Limbourg hollandais) et à Fürth (Bavière), par exemple.

 

LUMECON

 

Câr d’ ôr

Le moment culminant du parcours (2 heures) se situe au pied de la rampe Sainte-Waudru : là, des centaines d’hommes et de femmes s’empressent, avec fougue et ardeur, d’aider les chevaux à hisser le car au sommet de la montée, car si l’engin devait s’arrêter dans la pente, il arriverait, selon les Montois, un malheur à la ville dans l’année.

 

Procession actuelle : naquit à la suite de la peste noire de 1347.

 

MONS – LE COMBAT DIT “LUMECON”

 

1. COORDONNEES D’IDENTIFICATION

 

Date : le dimanche 9 juin 1974 (dimanche de la Trinité), de 12 heu­res 25 à 13 heures.

Lieu : le combat a lieu sur la Grand’Place de la Ville de Mons Type : un combat légendaire entre Saint-Georges et un dragon.

 

2. DESCRIPTION ACTUELLE DE LA MANIFESTATION

 

Le tracé

Saint-Georges, son escorte et le dragon partent de la Collégiale Sainte-Waudru et descendent, par la rue des Clercs, sur la Grand’Place où une arène est délimitée par une corde reliant des piquets.

 

Les acteurs

 

Le personnel du Lumeçon s’élève à 31 hommes qui se répartissent suivant leur fonction: l’escorte de Saint-Georges et l’escorte du dragon.

Saint-Georges, monté sur un cheval, est vêtu d’une casaque jaune et d’une culotte de peau blanche. Il est coiffé d’un casque de cuirassier du Premier Empire au cimier surmonté à l’avant d’une sorte de blaireau rouge et blanc orné d’une longue crinière noire. Au coté, il porte un sabre de cavalerie. Au poing, il tient une lance rouge.

A ses côtés, s’agitent les 8 chinchins, ses protecteurs, qui l’aident à poursuivre le dragon. Ces chinchins sont des carcasses en osier re­couvertes d’une peau de jeune veau dont ils ont plus ou moins la forme et sensé représenter un énorme chien.

A l’intérieur de cette carcasse, se glisse un figurant qui la porte au moyen de bretelles. La carcasse lui arrivant à la ceinture, il est ha­billé d’une blouse écossaise.

L’escorte du dragon comporte des diables, des hommes sauvages et des hommes blancs. Lesfcinq diables,- vêtus d’un costume noir, une tête de diable peinte sur le dos, sont coiffés d’un petit bonnet à cornes rouges; armés de vessies de porc fixées par une ficelle à un manche de bois, ils ont pour mission de défendre le dragon contre les chin­chins et le public.

Les six hommes sauvages, appelés aussi hommes de feuilles à cause de leur vêtement de.feuilles de lierre, portent une massue avec laquelle ils soutiennent la longue queue du dragon, objet de convoitise pour les spectateurs. ‘Les onze hommes.blancs, appelés de la sorte parce qu’ils portent un vêtement tout blanc, portent le corps du dragon.

 

A tous ces acteurs, il faut ajouter 25 policiers qui portent pour la circonstance le casque blanc qui faisait normalement partie de leur uniforme jusque dans les années 1960. Deux pelotons de pompiers aux casques dorés, fusils à l’épaule.

Le public participe également intensément. Le dragon lance en effet des coups de queue dans le public. Dans les premiers rangs, chacun s’efforce de saisir la queue du monstre pour pouvoir en arracher le crin et les rubans qui la garnissent et qui portent tous les deux bonheur.

 

Les objets symboliques

Parmi les objets symboliques on retiendra essentiellement le dragon, appelé doudou. L’armature de son corps est en bambou monté sur des cercles et complétée par un fuselage en osier. Le tout est alors re­couvert d’une toile peinte en vert. Une ouverture rectangulaire, prati­quée dans son ventre, laisse passer les jambes du porteur. Sa queue, qui mesure plus de 5 mètres a été renforcée. La longueur totale du dragon est d’environ 9,30 mètres.

 

Les sons

 

A 12 heures 25, la cloche du beffroi et celle de la collégiale annoncent la formation du cortège. Le carillon du beffroi commence alors à jouer l’air du doudou. Une fois parti vers la Grand’Place la musique qui les accompagne joue également cet air et ne cessera de le faire jusqu’à la fin du combat. Il s’agit d’une marche composée dans la seconde par­tie du XVIIIe siècle. (Les couplets, H,5 et 6 relatent les phases impor­tantes du combat).

Sur ce fond musical rythme, se détachent les salves de mousqueterie, tirées par les pompiers, qui se déplacent tout autour de l’arène.

 

Les comportements rituels

 

Durant le trajet

Au signal donné par un échevin, le cortège descend la rue des Clercs. En tête vient le peloton des pompiers précédé de ses tambours.

Après la musique s’avance Saint-Georges accompagné des diables et des chinchins qui se démènent pour faire ranger le public sur les trottoirs.

Derrière eux vient le dragon dont les hommes de feuilles soutiennent la queue au moyen d’une massue et aident ainsi à la faire monter très haut. Le 2ême peloton de  pompiers suit le dragon.

Enfin, une double rangée de policiers se tenant par les bras et les cein­tures retiennent tant bien que mal la foule qui les pousse avec beaucoup de vigueur.

 

Au milieu de la rue des Clercs, le monstre donne son premier coup de queue au-dessus des têtes.. Au bas de la rue en débouchant sur la Grand’Place, il donne son 2ême coup. Déchaîné, le dragon se fraie difficilement un passage à travers la foule compacte tandis que Saint-Georges qui l’a précédé, tourne dans l’arène en faisant des moulinets avec la lance.

 

Durant le combat

 

A trois reprises le dragon d’un long coup de queue renverse les chinchins. Saint-Georges saisit la queue du dragon, la dépose sur l’en­colure du cheval et fait ainsi le tour de piste. Tandis que les chinchins essaient de mordre la bête. Ceci se passe également à trois repri­ses.

Les diables donnent des coups de vessie dans la foule, se battent avec les chinchins. Ceux-ci les renversent et les tirent par les pieds.

Les chinchins taquinent régulièrement la foule avec la gueule et l’arrière de la carcasse d’osier. Certains attaquent le dragon.

Toutefois, un chinchin a un rôle spécial: celui de garde du corps de Saint-Georges, il ne le quitte pas durant tout le combat.

Lorsque Saint-Georges casse sa lance sur le dragon, le combat continue au sabre.

Puis le chinchin garde de corps rend une nouvelle lance à son maître, malgré l’intervention des diables qui tentent de l’en empêcher.

Le dragon envoie des coups de queue dans la foule et les hommes blancs et hommes de feuilles et la police doivent dégager la queue avec beaucoup de difficultés.

La police doit ainsi pendant tout le combat aider les figurants et refouler les spectateurs trop ardents Tous les acteurs, à l’exception de Saint-Georges portent des rubans de diverses couleurs noués autour des bras, un peu au-dessus des articulations. Le public essaie d’attra­per ces rubans car eux aussi portent bonheur.

Le combat se termine lorsque 13 heures sonnent au beffroi. Saint-Georges aura alors donné deux coups de pistolets en direction de la bête déjà fort affaiblie. Dès que le second coup est parti, les chinchins vien­nent donner de la tête dans la dépouille du monstre. A ce moment, Saint-Georges salue du sabre, à gauche, à droite et de front, les au­torités qui sont au balcon de l’Hôtel de Ville.

Les chinchins escortent le dragon mort jusque dans la cour de 1^Hô­tel de Ville. A la fin de la cérémonie, on offre les dents de bois du dragon aux invités de marque.

 

Les préparatifs et les prolongements

 

Trois semaines avant le dimanche de la Trinité, les montois préparent le combat. Le samedi 8 juin, à 19 h. , dans la cour de l’Hôtel de Ville, a lieu une répétition pour habituer le cheval à la vue des Chinchins et surtout du dragon.  Durant l’après-midi, ils vont promener el’ biétte (la bête) dans les rues de Mons. Le jeudi U juillet, à 18 heures, dans les jardins du parc du Waux-hall a lieu une réplique du Lumeçon à l’in­tention des enfants.  Ce jeu est préparé et exécuté par les enfants, suivant les règles précises du combat.

 

3. DESCRIPTION HISTORIQUE DE LA MANIFESTATION

 

Les origines

 

Quelle est l’origine de ce combat? Le lumeçon est, selon l’avis d’his­toriens compétents, -P. HEUPGEN, H. HENNEBERT, P. MEURANT -, le reste d’un jeu processionnel médiéval exécuté par la Confrérie de Saint-Geor­ges, fondée en 1380 par Guillaume de Bavière, comte d’Ostrevant. Les principales obligations de cette association étaient de maintenir le culte de leur saint patron, d’accompagner sa châsse durant la proces­sion du “car d’or” et d’organiser des représentations dramatiques en son honneur.

Or on sait que dans la vie de Saint-Georges, telle qu’elle est racontée par les hagiographes, se trouve un épisode spectaculaire de la lutte et de la mise à mort d’un dragon. Il n’est donc pas étonnant que ce soit ce morceau de choix qui ait subsisté.

Quel est le contenu de cette légende? L’histoire se passe au début du IVe siècle, dans une contrée du bassin méditerranéen. Un dragon qui dévaste le pays, exige chaque jour un tribut humain. Le sort tombe sur la fille du Roi. Jeune officier chrétien, né à Cappadoce, servant sous les ordres de Dioclétien, Georges, avec l’aide de Dieu, soumet le monstre, lui noue la ceinture de la princesse autour du cou et regagne la ville avec la princesse et le monstre. La famille royale et les habi­tants se convertissent au christianisme et Georges tue le dragon.

 

L’évolution

 

Faute de documents, l’évolution de ce jeu processionnel est difficile à suivre. Nous n’avons pas de renseignements explicites sur son déroule ment. De plus, il est difficile de préciser le moment où le jeu ou une partie du jeu s’est dissocié de la procession du car d’or. En se référant aux comptes publiés par P. HEUPGEN, on peut toutefois affirmer que le “Lumeçon” est devenu autonome dans le courant du XVllle siècle. Il est à remarquer que le terme de “Lumeçon”, qui à l’origine désigne les évo­lut ions en colimaçon des anciennes compagnies bourgeoises et leurs tirail­leurs, n’est employé qu’après 1?86, dans les documents officiels pour désigner le combat de Saint-Georges contre le dragon. Sans doute la po­pulation 1’employait-elle déjà depuis longtemps.

Cette représentation du Lumeçon a connu diverses fortunes au cours des âges. En 1J86, un édit de Joseph 11 supprime le Lumeçon. Il en sera de même durant la période troublée de la révolution Française. En 1803, la manifestation est de nouveau autorisée. Elle ne connaîtra pratiquement plus d’arrêt jusqu’à nos jours.

 

Dès le début du XIXe siècle, tous les éléments de la parade actuelle sont réunis. Dans les dernières années, on observe quelques changements dans les costumes et un grand souci d’authenticité dans le rituel observé

Actuellement, Mons est la seule ville en Belgique à avoir conservé la trace de ce jeu processionnel. A l’étranger, on connaît des survivances plus ou moins analogues: à Beesel (Limbourg hollandais) à Furth (en Bavière) par exemple.

Les historiens et folkloristes montois ont fait et font un effort pour rendre à ce combat son caractère original et authentique. Cependant, la plupart des montois ignorent que le Lumeçon est une séquelle, un peu aberrante sans doute, d’un jeu processionnel médiéval. Dans leur esprit se mêlent les interprétations des légendes similaires de Saint-Georges et de Gilles de Chin.

Dans cette incompréhension assez générale, les Montois vivent intensé­ment toutes les péripéties du combat et sont très soucieux de voir res­pecter le rituel.

 

èl Doudou ou èl Ducace dè Mont / le Doudou ou la Ducasse de Mons - "Visite au doudou"

(in: Albert Marinus, Le folklore belge, T3, s.d.)

li léjende do Doudou / la légende du Doudou

(in: Légendes de Belgique, La Libre Belgique, s.d.)

èl Lumeçon / le Lumeçon (Mont / Mons)

(in: Le Folklore Belge, 72, 1933)

 

2 Dèrôlemint / Déroulement

fî d' sinte Waudru / châsse de sainte Waudru

diskindéye do fî d' sinte Waudru / descente de la châsse de sainte Waudru

(in: Ronald Dersin, Thierry Vanderhaege, C’ est l’ doudou, s.d.)

èl Câr d' Ôr / le Car d'or

(litt. câr : char(iot)) (in: Chez Nous, 1970s)

èl Doudou ou èl Ducace dè Mont / le Doudou ou la Ducasse de Mons - lès difèrints groupes èt confrèrîyes / les différents groupes et confréries

(in: La ducasse de Mons, La tradition par l’image, s.d.)

 

2 Dèrôlemint / Déroulement

(in: R. Dersin, T. Vanderhaege, C’est l’doudou, 2005, p.68)

chinchin

divant d' dèmarer / avant le départ

li combat do Lumeçon (le combat du 'Lumeçon")

èl Doudou à Mont: homadje à sinte Waudru èt à sint Jorje (le Doudou à Mons: hommage à sainte Waudru et à saint Georges)

(in: Dialogue Wallonie, 24, 2004)

li combat do Lumeçon (Mont / Mons)

(in: Dersin, op.citat.)

Corentin Vast, on coradjeûs pârticipant qu' a rèyussi à rauyî dès pwèls do Lumeçon (un participant courageux qui a réussi à arracher des poils du "Lumeçon")

èl cortêje du p'tit Lumeçon / le cortège du petit 'Lumeçon"

(in: La Province, 14/06/2001)

(in: Walcome, 75, 2015)

 

3 Musike, tchansons, scrîjadje / Musique, chansons, littérature

èl Doudou / le Doudou: pârticion / partition

 

4 Varia

sintee Waudru à Herentals èt Mont / sainte Waudru à Herentals et Mons

(LB, 04/10/1985)

Manneken Pis èt sint Jorje / Manneken Pis et saint Georges

(in: André-Gérard Krupa, Nadine Dubois-Maquet, Françoise Lempereur,  Le Musée de la vie wallonne, Créd.Com., s.d., p.114-115)

(in: Ciné Télé Revue, 21/06/20…)