Li Mérkidi dès Cindes / li djoû dès Cènes en bèljike walone, picarde, gaumèse (Le mercredi des Cendres (/ litt. le jour des cendres) en Belgique wallonne, picarde et gaumaise)

PLAN

 

0 Présintâcion / Présentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picardîye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

1.6 Li Gaume / La Gaume

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

5 Scrîjadjes / Littérature

6 Ôte paut en Bèljike / Ailleurs en Belgique

7 Ôtès-afaîres / Divers

0 Présintâcion / Présentation

Lès creûs, après l’crås mårdi  (Les croix, après le mardi-gras)

 

L. pop quaresima : de quadragesima dies: le 40e jour (avant Pâques) 

 

  1. Varagnac, Marthe Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978

 

(p.47) La période du carême: après le mercredi des cendres.

Le carême a personnalisé l’ ascèse, tout en abolissant les sacrifices sanglants.

 

in : Le carnaval en Wallonie, expo, ville de Binche, 1962

 

(p.61-62) Au IXe siècle, l’Eglise a fixé le commencement du Carême au mercredi des Cendres. (w: cwarmê (= carême prenant/ anc. terme pour CARNAVAL)

(= crâs djoûrs) — de la vraie étymologie: “quadragesima (dies)”

 

Le commencement du Carême fut avancé de 4 jours car avant, le dimanche de la Quadragésime en marquait le début, vraisemblablement pour récupérer la perte des 4 dimanches pour la durée desquels l’abstinence et les restrictions sont suspendues.

Le ‘grand fouwâr’ rappelle la date primitive des réjouissances du Cwarmê.

(p.62) avant: la fête des fous le jour de l’an.

 

in: Nadine Crétin, Dominique Thibault, Le livre des fêtes, Gallimard, 1991

 

(p.16) Le carême

Chez les Hébreux, se couvrir de cendres était une punition qu’on s’infligeait pour demander pardon à Dieu.

 

Le mercredi des Cendres

En Islande, les enfants accrochent, ce jour-là, des sachets de cendres dans le dos des adultes.

 

Le mercredi des Cendres

 

Le premier jour du carême, les chrétiens entament leur période de jeûne et de pénitence.

L’Eglise rappelle ainsi aux hommes “qu’ils sont poussières et qu’ils retourneront en poussière “; le prêtre fait sur le front du fidèle une croix de cendres, obtenues par la combustion des rameaux bénits de cendres de l’année précédente.

 

Les quarante jours (sans les dimanches) avant Pâques

 

La pratique du carême, période de jeûne plus ou moins longue selon les siècles, commémore les quarante jours que le Christ a passés dans le désert.

Le mot vient du latin quadragesima, c’ est-à-dire quarantième.

 

Les gâteaux du carême

 

Certains biscuits, faits de farine, d’ eau et de sel, marquent cette période maigre. En Allemagne et en Alsace, on prépare des bretzels (” bras “, du latin brachium). Leur forme de bras enlacés est celle d’un symbole solaire :

on dit qu’ils laissent passer trois fois le soleil.

 

La mi-carême ou “ Fendre la vieille ”

 

Le jeudi de la semaine du milieu du carême est une trêve d’une journée : la mi-carême.

On y retrouve les traditions de mardi gras avec mascarades et crêpes ou beignets.

 

Robert Dascotte, Quelques fêtes religieuses, in : EM 2/1982, p.34-35

 

Mercredi des Cendres : djoû dès cindes, mércrèdi mégue (maigre), mércrèdi dès cindes ; on va quer lès cindes à l’ èglîse ;

la croix que le prêtre dessine sur le front des paroissiens avec des cendres ne peut être enlevée.

 

 

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

(p.137) LE MERCREDI DES CENDRES

 

Il y a de nombreux siècles, on faisait le jugement de Carême le mercredi des Cendres. Ce jugement amenait la condamnation d’un homme de paille auquel on donnait le nom de Carêmuntrant. On brû­lait le mannequin et l’on jetait les cendres à la rivière en signe de fin de toutes les folies du carnaval. Monsieur Van Genepp signale la coutume dans le Dauphiné. Monsieur De Warsage dit qu’en 1920 encore on brûlait à Cour-sur-Heure un mannequin de paille représentant Bidôdé, dont on lance les cendres dans l’Eau-d’Heure. Il est à présumer que jadis, la même coutume existât à Montignies. Des vieux, il y a un demi-siècle nous ont signalé des feux de carnaval sur notre territoire, mais sans autre précision.

Primitivement on regardait les cendres comme douées d’une puis­sance magique.

Sous l’ancien régime, il arrivait que des personnes étaient con­damnées à faire pénitence publique. A l’origine, seules ces personnes, qui commençaient leur pénitence en ce jour, recevaient la croix sur le front. En 1091, le Concile de Bénévent ordonna que la distribution des cendres ait lieu pour tout le monde, afin de rappeler aux fidèles le début du temps de pénitence et de leur enseigner l’humilité.

Le prêtre, en donnant les cendres, dit : « Souviens-toi, ô homme, que tu n’es que poussière et que tu retourneras en poussière. »

Le mercredi des Cendres, aux temps anciens, était jour de complète abstinence à l’égal du Vendredi-Saint.

(p.138) Le prêtre faisait la croix sur le front avec des cendres provenant du buis qui avait été béni l’année précédente aux Rameaux.

Le père de famille emportait un peu de cendre et donnait la béné­diction à toute la maisonnée, en imposant la croix.

 

Têre vènons, têre râlons. (= Nous venons de la terre, nous y retourn(er)ons.)

 

Sous l’ancien régime et jusque la fin du XIXe siècle, il était cou­rant que le père et parfois la mère donnassent quotidiennement la béné­diction aux enfants avant de se mettre au lit.

Il ne fallait pas effacer la croix du front car elle portait bonheur. On faisait croire aux enfants que s’ils pouvaient la conserver jusque la Grande Pâques, ils auraient un costume neuf. Dans le même ordre d’idée, il y a soixante ans, on faisait croire aux garçons qu’ils auraient un vélo neuf s’ils pouvaient réunir cent couvercles de boîtes d’allumettes de marques différentes.

 

 

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

li Djoû dès Cindes (litt. le Jour des Cendres) (le Mercredi des Cendres)

(in: El Mouchon d’ Aunia, 1985)

1.2 Li Picardîye / La Picardie

(co rin trové / encore rien trouvé)

 

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

Des gens d’ici racontent, Douze villages entre Famenne et Condroz au début du siècle / = 20e s./, TI, Groupe Regards et Souvenir, s.d.

 

(p.260) A Havesin, quand on-n-aleûve aus cènes, là, au banc d’ comunion, on s’ mèteûve à gngnos po /r’cîre lès cindes en sine di crwès/..

 

Jules Fivèz, Istwêre di Bièmeréye, èt di vint’-deûs-ôtes viladjes d’ avaurci dispûs noûf cints swèssante-quate,

avou l’ concoûrs dès Bièrmèrwès, 1972

Li Mérkidi dès Cindes.

 

C’ èst l’ prèmî djoû do carême èt ossi 1′ ci qu’on-è va qwer lès cindes. Pou ça, on ‘nnè va à l’ èglîje. Li momint v’nu, Mossieû l’ curè faît, avou s’ pôce qu’ il a trimpè dins dès cindes aprèstéyes èt (p.50) bènîyes èsprès pou fè ène crwès d’ssus l’ front dès djins qui s’ vègnenut asglignî au banc d’ comunion.

Dins ç’ timps-là, à Bièmeréye, i gn-aveut mèsse à quatre eûres do matin pou les-ouvrîs r’çuwêr lès cindes divant d’ prinde li trin d’ cink eûres mwins vint’. Adon, ç’ asteut l’ môde insi èt i faut crwêre qui lès djins s’ î trouvint bin pace qu’ i gn-aveut bran.mint dès-omes qui v’nint qwer lès cindes.

I gn-a ène sèptantin.ne d’ anéyes — sûremint co bran.mint d’pus — lès cindes provenint dès paukes brûléyes èt bènîyes qu’ avint stî d’trop l’ anéye di d’vant.

Asteûre, en vile tot-au mwins, lès curès èt lès vikaîres ont aujîy ; is fèyenut l’ crwès avou in cachèt qui trimpenut dins in mèlanje bèni d’ cindes èt d’ ôle qu’ a stî aprèstè d’ avance èt èsprès. Is clapenut l’ cachèt tot frèch d’ssus l’ front dès djins, come on faît d’ssus ène lète oudôbin n’ impôrte qué papî. C’ èst sûremint l’ progrès qu’ nos-a amwin.nè ça. Bin sûr ! ça va bran.mint pus rade, seûlemint i gn-a là ène saqwè qu’ n’ èst nin tot-à faît di sqwêre pace qui lès prèmêrès djins qu’ passenut tot d’ chûte après qui l’ cachèt a stî trimpè dins 1′ mèlanje, surtout si ç’ti-ci è-st-on pau clér, ça coûrt à rôyes tot-en diskindant tot l’ long do nez, quand l’ rigole n’ è va nin co pus bas.

 

Jean-Jacques Gaziaux, Parler wallon et vie rurale au pays de Jodoigne, LLN 1987, BCILL 38

Le mercredi des Cendres, lë djou dès Cènes ; c’ èst lès Cènes.

 

On-n-aléve à l’ bènèdëcsion dès Cènes dëvant mèsse, on-n-aléve qwê

 o s’ cwès (ou qwêre së crwès) ; quand on-n-ot bén l’ timps, on d’mëréve à mèsse.

Le respect du jeûne et de l’abstinence était général, hormis dans le fait de quelques anticléricaux notoires.

 On fieûve djëne, on n’ mindjive ni dè l’ tchau, min.me dès cës qu’ n’ alin’ ni à l’ èglîje.

 

Harnîye (hargnies) (Payis d' Djivèt / Pays de Givet) - Djoû dès Cindes (Mercredi des Cendres)

(in: Paul Lotterie, Regards sur Hargnies, s.d., p.74-75)

1.4 l' ès'-walon / l'est-wallon

Guy Belleflamme, La vie herbagère au Pays de Herve-Blégny-Dalhem dans la première moitié du XXe siècle, Coll. Comté de Dalhem, s.d.

 

(p.92) A Clermont (Ve5), le mercredi des Cendres, on jette des cendres dans le bac d’eau des vaches.

 

René Henry, Hirade, Hirate, Churode (sic)… en attendant le grand feu!, Annonces de l’Ourthe, 04/03/1999       

                             

Le lendemain, c’est le Mercredi des Cendres; le prêtre trace une croix noire au front des fidèles.  Nous, les gamins assurions qu’elle était faite avec les cendres de la « hirâde », mais le curé avait une réserve permanente avec les restants de braises des encensoirs!

« Hirâde » viendrait du wallon « hirer » (déchirer) et, ne dit-on pas que l’hiver se déchire…. conclut M. Jadoul. Effectivement, l’étymologie la plus généralement admise pour le mot « hirâde » (…) ou encore « churaude » est bien celle proposée par notre passionnant correspondant, mais il m’est arrivé plus d’une fois de la voir expliquée autrement.  Ce petit feu étant allumé le soir du Mardi Gras, dernière occasion de faire bombance avant les privations du carême, l’appellation même de ces feux évoquerait plutôt le fait que l’on venait de manger et de boire à s’en « déchirer » le ventre! 

 

René Henry, Hirade, Hirate, Churode (sic)… en attendant le grand feu!, Annonces de l’Ourthe, 4/3/1999  

                                  

Cette semaine, j’ai recueilli deux témoignages à propos de cette très ancienne coutume des Petits Feux.  Le Cornet, de Deigné qui me demandait quand ils étaient allumés, car elle se souvenait que son papa en allumait un dans la cour, quand, petite fille, elle habitait Kin. (…)

M. Max-Léon Jadoul qui, aujourd’hui, habite Arlon :

« Le soir du Mardi-Gras, à  Scry (Villers-le-Temple), m’écrit-il, devant chaque ferme, un tas de paille était enflammé alors que les amis et voisins faisaient cercle autour du foyer.  Quand les flammes s’apaisaient, hommes et femmes, jeunes et vieux sautaient Joyeusement au-dessus, sous les quolibets et les propos un peu grivois . faisant allusion aux brûlures qui risquaient d’atteindre 1’intimité des joyeuses commères.

Ensuite, le fermier faisait défiler le bétail pour le préserver de tous les maux pour toute une année.

J’ai le souvenir d’une chanson ancienne qui se chantait à l’occasion de ce feu:

Èt lèvez vosse bèle djambe è l’ aîr

Èt on veùrè vosse “campinaîre”

Èt lèvez vosse bèle diambè hôt

Èt on veûrè vosse piânô!

 

Les « Hèyeûs d’ Sov’nis » de l’A.R. D’Aywaille, Histoire et traditions de nos vallées, TII, éd. Dricot, 1997

 

(p.71) Li mérkidi dès cindes, avou lès cindrêyes dè l’ hirêye (pitit feû qui s’ féve divins l’ timps divant l’ grand feû), on markéve li front d’ one creûs d’ cindrêye po tchèssî lès maladèyes.

 

(Gisèle Maillieu)

 

in: Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005

LE MERCREDI DES CENDRES

 

Pas de fête sans lendemain… après les jours gras, l’enterrement de Mati l’ohé, c’est-à-dire l’enterrement du carnaval sous la forme d’os de jambon. C’est dans l’après-midi du mercredi des Cendres et le lendemain de la clôture de chaque fête paroissiale que les gens du peuple procédaient à cette cérémonie burlesque :

On-n-ètére Mati l’ohê,

inte qwate èt cinq è nosse corti.

La composition du cortège variait selon les lieux et les temps. Voici, à ce propos, ce qu’on lit dans La Meuse du vendredi 11 juillet, 1884 :

« Les amateurs de franche gaieté populaire pourront jouir dans l’après-midi d’aujourd’hui vendredi d’un spectacle fort drôle, qui est en même temps l’un des derniers vestiges de nos antiques mœurs liégeoises. Nous voulons parler de l’enterrement de Mati l’ohé comme le nomment nos vieux Wallons. Le cortège se forme en Pierreuse ; il se compose d’une vingtaine d’individus lesquels, pleurant dans des gazettes et exécutant les plus cocasses des pratiques, escortent et portent en procession un simulacre de cercueil rempli d’os de jambon, de croûtes de tartes, de reliefs de tous genres recueillis dans la paroisse de Saint­Servais. Le cortège sera, comme chaque année du reste, précédé d’une musique jouant des marches funèbres. Après le parcours de la rue Pierreuse, le cortège traversera les rues Agimont, Hocheporte et la Montagne jusqu’auprès du cimetière de Sainte-Walburge et là, dans un (p.6) champ particulier, après un discours abracadabrant, on enterrera les reliquats de la festivité avec un cérémonial funèbre d’un sérieux toujours drôle. La fête Saint-Servais ne serait pas complète sans l’enterrement de Matî l’Ohê.

 

Djoû dès Cènes èt ètèremint d' Matî l' Ohê (Mercredi des Cendres et enterrement de "Matghieu l'OS")

(in: R. Warsage, …, Traditions populaires disparues de la province de Liège, éd. du Molinay, s.d.)

Marnèfe (Marneffe) - Djoû dès Cènes (Mercredi des Cendres)

(Liline, alias Victorine Willocq, in: VA, 13/02/2013)

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

1.6 li Gaume / la Gaume (co rin trové / encore rien trouvé)

 

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

A Franchimont, dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, c’est le mercredi des Cendres que l’on consomme des “vôtes lèvèyes” (/sortes de crêpes). (Emile-J. Piret, dans « Les Cahiers Wallons » 1957, 3, p. 33).

 

André Henin (s.r.): 

 

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales (co rin trové / encore rien trouvé)

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

èl crochâdje (/ à l’ crauwe) (le jeu de crosse)  (foto / photo: Le Soir, 07/02/1995)

CHOLÈTE

 

Hensies / J.D., Quand c’est mercredi des Cendres, au crossage tu dois te rendre !, La Province, 05/03/2001

 

De nombreux Hensitois sont dans les rues afin de participer au crossage rituel qui entraîne les nombreux groupes présents aux quatre coins du village frontalier.

« De ce point de vue, il n’est pas rare qu’une « cholette » passe malencontreusement la frontière mais depuis que la libre-circulation des soules et des crosseurs est garantie par les plus hautes instances européennes, cela ne pose plus guère problème … »

 

in : VW, t.IX, 1928-1929, p.211-219

Maurice VAN HAUDENARD

PLAISIRS, DUCACES ET JEUX ATHOIS

 

(p.215) (…) le jeu de crosse du mercredi des Cendres était très suivi ; dans certaines localités il a, de nos jours encore, un grand succès.

Nous ne nous étendrons pas ici sur ce jeu que notre confrère M. Jules Dewert, a si judicieusement décrit dans la revue Wallonia (5). Qu’il nous suffise de dire que nos jeunes gens se servent de la « crosse en fer », dont le fût est en bois et la crosse en fer avec pic et plat, dans les communes où ils courent à travers champs tandis que, lorsqu’ils crûssent le long.des chemins, comme cela se pratique encore chaque année dans la ville de Chièvres, le jour des Cendres, ils font usage de la macroche, dont la crosse est en bois. La cholette est de la grosseur d’un petit œuf de poule dans le premier cas, de celle du poing dans le second.

D’autres jours que celui des Cendres sont consacrés au jeu de crosse, notamment les dimanches des carnavals et de carême ; le lundi de Pâques, à Belœil, avant la guerre, une grande lutte au jeu de crosse en plaine était encore organisée à l’est du canal, entre la route de Leuze à Mons et le hameau des Kcacheries, le jour de la foire, qui est le lundi de la Pentecôte. Il y venait des cros-seurs de renom qui jouaient deux contre deux. Le soir, dans les estaminets, se faisaient de multiples parties, « à longueur de fût », autour d’une table ou d’une chaise. Ces spécialistes de la cholette faisaient à ce jeu de vrais tours de force.

 

(5)   8e année, numéro du  13  avril  1900,  pp.  58-60.

Numéro du jeudi 17 mars.

 

5 scrîjadjes / littérature

Joseph Houziaux , Li vikaîrîye d’on gamin d’ Cêle, 1964

 

Li londemwin au matin, totes lès coméres èt lès vîs-omes èstint

à mèsse po r’cîr li crwès d’ bènitès cènes. Tos l’s-ans, li P’tit Marchau

ènn’ aprèteut one pougnîye en brûlant dès coches di paukîs d’ l’ anéye

di d’vant. En passant dé l’ curè au banc d’ comunion, i gn-aveut mwintes

qui stindint leû lîve di mèsse po ‘nn’ awè one picîye. C’ è-st-insi

qu’ Josèf, qui t’neut l’ platia, aveut saîsi poqwè-ce qui l’ parwassyin da

Mârène aveut dès pâdjes totes tchauboréyes. I gn-aveut dès gamins qu’

n’ èstint nin d’djà foû d’ l’ èglîje qu’ il avint raustè leûs cènes avou leû

mokwè d’ potche. Maîss Josèf, qui Marîye aveut scolè là-d’sus come

su brâmint dès-afères, èsteut tot fiér do paurti po l’ sicole avou one bèle

nwâre crwès su s’ front. Et i sayeut do l’ aurdè jusqu’à l’ nêt, pace qu’on

n’ dut nin awè peû do mostrè quî qu’ on-z-èst.

 

Emile-Poseph Piret, in : Les Cahiers Wallons, 3, 1957, p.33-36

 

Mèrcrèdi dès Cindes et Carème,

«Nos-alons fé lès vôtes lèvèyes

pace qui c’ èst djène :

c’ èst l’ mècrèdi dès Cindes

èt l’ Carème comince audjoûrdu.»

C’ èst Maman qui d’djeut ça quand nos r’mouchéns di scole.

Èt su l’ tchèyêre tout conte li stûve,

li pausse lèveut dins l’ grande casserole…

On-z-aleut fé lès vôtes lèvèyes èt nos nos-è r’lètchéns d’ avance :

toutes tchaûdes, avou dou suke di pot,

gn-a-t-i ‘ne saqwè d’ mèyeû?

Dijèz mè le on pau!

 

Dins l’ grande pêle, acrachîye d’ ène glimiote di sayin,

avè ‘ne quawéye di pausse qui tchaît,

qui s’ sipaurd t’-avau l’ fond,

èt qui chîle èt qui frîle…

èt qui sint bon…, si bon,

qui ça vos cakîye lès narènes

èt qui l’ êwe vos-è vént à l’ boutche!

A, waî,  qu’ on r’toûne li vôte, dorèye come ène mèdaye!

A, waî, qui vo-le-là cûte, asteûre!

Et qu’ on l’ mèt su l’ volète…

Nos n’s-agrançons d’djà dè l’ sayi;

maîs faut ratinde qu’ i gn-eûche saquantes

 

divant d’ sondji à-z-ataker…

Ène miyète di pacyince, lès cous’!

Dins l’ vîye,

i vos faurè mwints côps ratinde

èt fé Carême bén maugrè vous.

 

Bénissez-nous, mon Dieu!

Et bénissez lès-aliments…

Lès-ouys rilûjeneut d’ binaujetè.

Come ça cheune bon!

On n’ plint nén l’ suke di pot qui faît come ène dintèle

Su l’ contoûr di nos lèpes

èt qu’nos r’lètchons, come bén dè jusse,

pou qu’ i gn-eûche rén qui s’ piède…

Nos r’ssatchons ‘ne deûzyin.me vôte…

Avou deûs moufes parèyes,

di crèsse su li stomak,

on pôra ‘nn’ aler conte li vint!

Èst-ce çoula fé Carème?

On souwaîtereut quausu

qui ç’ djeu-là dûre toufèr.

 

Avèz r’mârkè

qu’ i gn-a nén yin dè l’ binde

qu’ a rafacè di s’ front

li p’tite crwès qu’ no Curè lî a faîit avou dès cindes

tout d’ chûte qui mèsse a stî finîye?

P’t-ète qu’ is vôrént l’ aurder ‘squ’à Pauke

Pou-z-awè l’ tchance d’ aler din.ner,

ç’ djoû-là,

avou mossieû l’ Dwayin?

Di ç’ bon timps-là,

on nos l’ aureut bén faît acrwâre;

audjoûrdu, on n’ creut pus à rén.

Èt lès carèmes d’ asteûre

n’ ont pupont di r’chonance

avou lès cias dou timps passé.

 

Vos souvenèz co

qu’ lès vis grands-péres d’ adon,

qui leû pus grand plaîji c’ èsteut d’ tèter leû pupe,

alént mète leû tchakerîye à pont

li djoû dou Mècrèdi dès cindes

pou nè l’ riprinde qui l’ Sèmedi-Sint

quand lès corâls,

qu’ apôrtént l’ au bènite,

bauyént,

à fèyant crin.ner leûs raguètes :

« nos v’nons tchèssi l’ Carème èvôye!»

 

Li Sèmedi-Saint, pou lès vîs-omes,

n’ èsteut-ce ti nin yin dès pus bias djoûs d’ leû vikairîye?

Èst-ce qui ça n’ valeut nén lès pwènes

di djènér quarante djoûs d’ asto

pou p’lu viker ‘ne djoûrnéye

come citèle-là?

Adon,

faleut lès vèy bourer leû pupe

avou l’ min.me plaîji qu’ èn-èfant

qui s’ amûse avou sès cacayes…

èt fé feumère à doube

à n’ pus sawè s’ vèy au triviès!

N’ alèz nén crwâre qu’ on l’s-uchtineut

Pace qu’ is fèyént toussi toutes lès djins dè l’ maujon :

on compèrdeut qu’ l’ avént ieû ausse

di d’mèrer quarante djoûs sins satchi su leû pupe…

èt pwîs, on z-aveut dou rèspèt,

en tout cas, bran.mint d’pus qu’ asteûre,

pou lès vîyès djins qu’ ènn’ alént su leû dèclin;

on n’ aureut nén faît ‘ne sôte ou l’ ôte

sins leû d’mander consèy èt sins chûre leûs-avis,

pace qu’ on-z-aveut ‘ne fiyate aveûle dins çu qu’ is d’djént

C’ èsteut d’djà râre

quand is n’ tchikenént jusse. (sic)

Dîre qu’ audjoûrdu,

faut ‘nn’ aler amon lès sauvâdjes

pou r’trouver l’ min.me respect pou lès Vîs d’ leûs tribus!

Et pou ç’qui dj’ cause dès vîs,

faut co qui dj’ dîje

qui, d’vant d’ aler coûtchi,

il èstént lès prèmîs

à s’ asgligni

pou rèciter acheune lès pâtèrs di Carème.

Avou lès cènes qu’ on dijeut d’abutude

gn-aveut d’ abôrd pou ‘ne dimèye-eûre

divant di s’ rastamper.

Et si, l’ timps qu’ on lès d’djeut,

il ariveut ‘ne saquî,

l’ cia qui moucheut

s’ asgligneut sins moufeter

èt n’ si r’lèveut qu’ avou lès-ôtes.

Èt gn-a nèlu qu’ aureut trouvé ça drole.

 

Èyu sont-èles, asteûre, lès maujonéyes

èyu, qu’ dè l’ chîje,

on dit co lès pâtèrs acheune?

èyu qu’ on rècite co lès pâtèrs di Carème?

éyu qu’ on fait cor à la lète

çu qu’ on dèvreut fé pou ç’ timps-là?

Prind-on co l ‘timps d’ fé in p’tit sine di Crwès?

On coûrt, on chore après l’ boneûr

èt l’ boneûr, pou bran.mint,

c’ è-st-ène auto, c’ èst lès plaîjis,

c’ èst viker l’ mia possibe

sins risker di s’ fouler…

 

S’ on sondjeut bén pourtant

— èt l’ Carème èst faît pou çoula —

qui l’ vîye n’ èst qu’ in passâdje,

èt qu’ in djoû, p’t-ète dimwin,

i faura lèver l’ guète pou-z-aler rinde sès comptes,

tarmètant qui l’ carcasse îra poûri dins tère,

jusqu’à ç’ qui d’mèrera d’nous

ni s’ra pus qu’ dè l’ poûssère!

 

Memento homo quia pulvis es

et in pulverem reverteris!

 

C’ èst ç’ qu’ on nos-a rapelè t’t-à l’ eûre

quand on n’s-a faît ène Crwès

su l’ front avou dès Cindes.