enterrement Matî Ohê

L’ÈTÈREMINT DA MATÎ L’ OHÊ

L’enterrement de “Matî l’Ohê”

in : Tradition wallonne, De Malmedy et d’ailleurs, 11, 1994

 

Yves Bastin, LES RITES DE TERMINAISON DE LA FÊTE ET DU CARNAVAL ET LA CHASSE AU VÈHEÛ DANS LA PARTIE DE LA PROVINCE DE LIÈGE RELEVANT DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE (sic) pp. 5-59

 

(p.5) Quoi de plus symbolique que la tradition liégeoise pour mettre un point

final à la fête paroissiale ? Dans la province, on enterre ou on brûle un os de belle taille. La cérémonie affecte d’être triste. Mais ce n’est là qu’une première impression. En effet, le dernier adieu à l’ os symbolisant les ripailles est un des moments les plus joyeux de la fête qui, généralement, se termine par le bal et le petit déjeuner que les fêtards iront avaler chez l’un d’eux, au soleil levant.

L’enterrement de l’os, souvent nommé Matî l’ohê en région liégeoise, a évolué au cours des siècles. Maurice Ponthir a publié, dans le Bulletin du Vieux Liège, un bref article relatif à cette coutume. Il avait découvert un intéressant cri du perron daté de 1722. C’ était une semonce invitant ceux qui av aient participé à la cérémonie de l’ enterrement de l’ os à se dénoncer. Ce document 1 nous apprend qu’à Montegnée (Saint-Nicolas), l’enterrement consistait à aller « en grosse bande porter des os [en] traversant les rues comme on porte les corps morts et les aller enterer». Certains des participants portaient des croix auxquelles on avait attaché des balais et un marteau qui évoquaient, selon le cri du perron, la passion du Christ. D’ autres agitaient des pots ou des chaudrons parodiant les encensoirs.

 

Le cortège funèbre ressemblait donc par maints côtés à un enterrement re-

ligieux. J’ ai découvert un second document qui concerne probablement des

cérémonies semblables dans le diocèse de Liège en plein milieu du XVIIIe

siècle. Il s’agit d’une « Défense de se travestir en habit Ecclesiastique” signée par le vicaire général Ed. Stoupy. Il y est dit qu’ « Apprenant avec au-

tant de surprise que d’indignation, que des personnes auroient été assez

témeraires & audacieuses de se masquer en Habits Ecclesiastiques, Séculiers

 

 

* Collaborateur scientifique du Conseil supérieur d’Ethnologie de la Communauté fran-

çaise de Belgique.- L’enquête de terrains a été menée de 1987 à 1992. Le présent utilisé dans

l’article se rapporte à cette période.- Les photographies sont de l’ auteur.

1. M. PONTHIR, Contribution à l’ètermint d. Matî l’ohê, dans Bulletin de la Société royale

le Vieux-Liège, 1946, pp. 171-172.- Le texte publié par Maurice Ponthir comporte quelques erreurs de détail dans la transcription. Il est conservé aux Archives de l’État. à Liège (A.É.L.)

Archives de la famille Hellin, liasse 26. Dans son article, Maurice Ponthir note que la dernière cérémonie du genre se déroula à Montegnée, dans le quartier du Wériha peu avant la deuxième guerre mondiale. On enterra l’os au lieu-dit â Rowâpont.

 

(p.6) & Réguliers, & de paroître ainsi en Public, au grand scandal d’un chacun, & mépris de l’Ordre Ecclesiastique : & voulant remedier efficacement à tel excès & abus : Nous [c’est-à-dire Jean-Théodore de Bavière, prince-évêque de Liège] défendons à toutes personnes de l’un & l’autre sexe, de quelque grade, état, dignité & qualité qu’elles puissent être, sous peine de l’Excommunication Majeure, de se travestir, ou se masquer en Habit Ecclesiastique, Seculier ou Régulier. Ordonnant à notre Archifisc de s’ acquitter du devoir de se Charge contre tous Transgresseurs, & à nos Curés de publier incessamment la Présentez.»

Mais revenons-en au document publié par Maurice Ponthir. Il signale que

des membres du cortège étaient armés de « truvelles [en principe, il devrait

s’agir de larges pelles de fer servant à charger un tombereau, mais ne faut-il

pas voir ici un accessoire s’apparentant à celui du trouv’lê de Malmedy? 3],

balets, cases [houe à deux dents] ou hoieau, fusil et autres instruments “. On

utilisa les pétoires pour tirer, comme on le faisait d’habitude aux proces-

sions. Pendant le dernier voyage de l’ os, les participants au cortège, parmi

lesquels on remarquait d’autres travestis que le faux prêtre, chantèrent des

airs contrefaisant les psaumes et les requiems de circonstance 4.

Le document publié par Maurice Ponthir nous apprend également que la

cérémonie de 1722 s’était déroulée le mercredi des Cendres. Or, il semble

que ce fut jadis le jour réservé à ces réjouissances. Cette date permet d’ail-

leurs de mieux en saisir la fonction. Le fait d’ enterrer l’ os de jarnbon signi-

fiait que l’ on allait passer de période d’ abondance en temps de vaches

maigres, Il ne serait plus possible de consommer de la viande durant une

quarantaine de jours. Il s’agissait par conséquent d’un rite de passage vers

une période de privations. En tant que telle, la cérémonie de l’ enterrement

de l’ os était donc une partie du cycle festif précédant le Carême.

 

Il n’ est pas sans intérêt de noter que la « Défense” de Jean-Théodore de

Bavière est datée du 16 février 1751, soit dix jours avant le mercredi des

Cendres. Elle visait certainement à éviter que les abus carnavalesques

constatés les années précédentes, probablement à l’occasion d’enterrements

de l’ os, ne se reproduisent.

 

Aujourd’hui, en maints endroits, ce type de manifestation a perdu ce ca-

ractère carnavalesque. Le dernier adieu aux reliefs se déroule le plus fré-

quemment à la fin de la fête paroissiale, un jour en semaine. Deux éléments

 

2. J.H. MANIGART, Praxis pastoralis seu continuatio theologiae moralis, t. III, Liège,

S. Bourguignon, [1756], pp.297-29B.

3. Voir la notice relative au Trouv’lê, rédigée par Élisée Legros et publiée dans A. LELOUP,

Le Carnaval de Malmedy, dans Le Pays de Saint Remacle, n°2, 1963, p. 77

4. M. PONTHIR, art. cit., pp. 171-172.

 

(p.7) peuvent expliquer ce glissement. Tout d’abord, dans une grande partie de la province, hormis la partie orientale de l’arrondissement de Verviers, le public montra moins d’intérêt pour les coutumes carnavalesques. Ensuite, les

exigences de l’Église en matière de consommation de viande et de priva-

tions en général furent progressivement moins contraignantes. Dès lors, le

symbolisme s’estompait, le contraste entre les jours gras et le Carême se faisait moins évident.

 

Il existe cependant quelques endroits en province de Liège où la cérémonie des adieux à l’os fait encore partie du cycle carnavalesque, En fait, ici,

on a remplacé les reliefs, qui étaient probablement utilisés à l’ origine, par un

mannequin dénommé “Mathy Loxhet». C’est le cas à Spa, à Creppe (Spa),

à Nivezé (Spa – Jalhay) et à Winamplanche (Spa – Theux), où Mathieu l’os

est brûlé sur le grand feu.

– Spa : Depuis 1987,les Baladins, un groupe carnavalesque spadois, a

repris une ancienne tradition qui consistait à brûler un mannequin, ” Mathy

Loxhet”, pour marquer la fin des festivités carnavalesques locales, un di-

manche, à une date variable. Il s’agit d’une énorme poupée confectionnée en

toile de jute et vêtue de noir et d’ orange, couleurs de la société. On a pris

soin de la bourrer de paille et de pétards et on la charge sur une remorque.

 

(p.8) Le mannequin est ainsi promené en ville. Il attend sagement les Baladins sur sa remorque, pendant que ceux-ci ponctuent leur promenade de visites dans

certains bistrots. Durant le trajet, des membres du groupe distribuent des

faire-part mortuaires humoristiques aux passants.

 

Prennent part au cortège une quinzaine de membres de la société, ac-

compagnés d’une dizaine de Baladines, du prince carnaval local et de sa

garde, Vers 17 heures 30, sur le lieu de la crémation, boulevard des Anglais,

un des organisateurs prononce un discours en wallon dans lequel il accuse le

mannequin de tous les malheurs de l’ année. Le prince carnav al boute ensuite

le feu au bûcher5.

En 1935, Henri George notait que la crémation avait lieu à la Laetare et

que, comme dans la plupart des localités où le grand feu était organisé autre-

fois, les Spadois donnaient un fagot, une vieille manne ou de vieux balais

aux organisateurs pour contribuer à l’érection du grand feu. On croyait que

celui qui s’abstenait risquait de voir sa maison disparaître dans les flammes

à cause de la rodje gade (chèvre rouge)6. À l’époque, le grand feu se dérou-

lait dans les Clusins, quartier du Vieux Spa, à droite du ruisseau de Barisart,

et à Préfahay ou au pont Gasseaux 7.

 

Une description des festivités a paru en 1950 dans les Cahiers ardennais.

À l’époque, c’était la « Belle équipe», groupement créé en 1943, qui organi-

sait la crémation. Dans l’ article, on qualifiait l’usage local de « très ancienne

coutume “. Il est cependant étonnant de ne pas en trouver mention dans

l’oeuvre d’ Albin Body, le folkoriste spadois, si soucieux de l’étude des us et

coutumes locaux. V oici la description de 1950 : « Trônant sur son char, Matî l’ Ohê, grand bonhomme vêtu d’un sarrau bleu, d’un pantalon rayé, un mouchoir rouge au cou, la figure cachée par un masque, fut promené dans presque toutes les rues de la ville en un joyeux cortège. En tête, un cavalier costumé en fou de Cour, précédait l’ Harmonie communale; dans une calèche, suivaient la veuve et les enfants éplorés, manifestant alternativement

la joie et la douleur,’ venait ensuite le héros du jour encadré par les membres 

 

5. M. Jean ToussAINT (Spa). Vu le 5 mars 1988. Voir aussi Mathy L’Oxhay sur le bûcher,

dans La Vie spadoise, 22 mars 1990. Cette cérémonie n’ est pas sans rappeler la condamnation

du rich’lot. à Bastogne, qui disparut au début du XXe siècle. Cf M. FRANCART, dans Bastogne au gré de sa mémoire, Bastogne, 1982, p. 190.

6. H. GEORGE, Folklore spadois, Spa, 1935, p. 8.

7 H. GEORGE, dans Almanach ardennais historique etfolklorique pour l’année 1938, dé-

cembre 1937,p. 134.

 

(p.9) de la « Belle Equipe » en habit noir et chapeau haut de forme, Sur tout le parcours, jeunes gens et jeunes filles organisent de bruyantes farandoles. À

l’entrée du Parc de Sept Heures, Matî l’Ohê, sommairement jugé, est

condamné à être brulé vif. Il est reconnu coupable d’ avoir mis en liesse pendant huit jours la ville de Spa tout entière et contribué à alléger le porte-

monnaie de ses habitants. Placé sur une civière, il est conduit au Rond Point

au milieu duquel s’élève un énorme bûcher, haut de plusieurs mètres et

composé d’ objets hétéroclites récoltés la veille dans la cité : fagots, vieilles

mannes, vieux meubles, vieux paniers, cartonnages, etc., etc. Le grand feu

est aussitôt allumé et le brasier se consume rapidement, salué par la foule

des spectateurs : des musiciens, des masqués et travestis et de curieux, De

grandes flammes joyeuses trouent bientôt une fumée épaisse annonçant la

fin du camav al et le printemps proche » 8.

 

8. Matî l’ Ohê et le Grand Feu, dans Cahiers ardennais, mars 1950, p. 69.- Sur la coutume,

voir aussi : Vive le carnaval!, dans Réalités. n°52, février 1987, pp. 19-27, et surtout L. MARQUET, Folklore spadois.Matî l’ohê, dans Réalités, n°42, février 1986, pp. 3-7

 

(p.10) – Winamplanche (Spa – Theux) : À une date qui peut varier, mais durant

le Carême, le comité des fêtes de Winamplanche organise son grand feu près

du cimetière, dans la partie du village relevant de la commune de Spa. Au-

trefois, c’ étaient les enfants qui ramassaient le bois qui allait servir à la crémation. Actuellement, ce sont les hommes jeunes, pas forcément des

célibataires, qui le collectent, Pour faciliter leur travail, les habitants déposent le combustible qu’ils veulent bien donner devant leur demeure. Un

mannequin est fixé à la perche centrale du bûcher. C’est Matî l’ohê. La

meule est truffée de pétards et un petit feu d’artifice est tiré pendant la crémation. Ce sont des membres du comité qui allument le bûcher. Cet honneur

n’est jamais revenu aux derniers mariés de l’année. On ne fait pas de faran

dole autour du feu. Les enfants sont masqués. Cela ne semble pas une nou-

veauté. Par contre, le concours du plus beau costumé qui a lieu sous un petit

chapiteau après la crémation et le bal qui s’ensuit sont récents. La partie

dansante remonte à la moitié des années quatre-vingts. Quant au concours

de travestis, il a été instauré en 1989. Le jour du brûlage de Matî l’ ohê, les

enfants reviennent chez leurs parents.

Ici, pas de pleureuses, de curé ou de personnages qui aurait un quel-

conque rapport avec la tradition telle qu’elle est par exemple pratiquée en région liégeoise. Par contre, parmi les quelque cent ou cent cinquante

spectateurs présents, il en est qui observent encore la direction du vent de ce

jour, se disant qu’il soufflera encore de ce côté durant les trois quarts de

l’année à venir. Certains viennent aussi récupérer des cendres du bûcher

pour les déposer dans leurs champs, espérant ainsi qu’ils seront préservés

des taupes. Jadis, on se servait du charbon de bois pour noircir, durant la soirée du grand feu.

La tradition d’allumer le grand feu à Winamplanche semble relativement

ancienne. Elle a été interrompue récemment durant une dizaine d’années environ avant d’être reprise vers 19759.

 

– Creppe (Spa) : Le grand feu de Creppe avait disparu vers 1960. Il a été

remis à l’honneur en 1979, à l’initiative du comité scolaire, le samedi avant

la quadragésime ou le samedi suivant. Le ramassage du bois se déroule durant la journée. Au sommet du tas de bois, on place un homme de paille

nommé Matî l’ohê, destiné à être brûlé. Ce sont les derniers mariés de l’année qui boutent le feu au bûcher, après que Matî l’ ohê a été accablé de tous

 

9. D’après des renseignements fournis par MM. Roland Blonden, Roger Nélis (La Reid),

Roland Ledoyen et Adelin Wyaime. Mme et M. Darimont (Winamplanche). Vu le 12 mars

1989.

 

(p.11) les malheurs de l’ année et condamné à l’issue d’un procès mis en scène par la troupe de théâtre populaire de l’ Amicale du plateau de Creppe, dans la

cour de l’école. Ce procès est organisé depuis 1985. Après la sentence, le

mannequin est promené sur un char à banc par les participants, munis de

f1ambeaux pour la circonstance. À 1’issue de la crémation, un bal est donné

en la salle de l’ Amicale. À Creppe, on affirme qu’une année sans feu, c’est

un foyer en feu 10.

 

– Nivezé (Spa – Jalhay) : En s’inspirant de ce qui se passait à Creppe, les

habitants de Nivezé ont rendu vie à leur grand feu, en 1989. La tradition

avait été interrompue durant au moins une bonne trentaine d’ années. Mais il

semble qu’ autrefois le grand feu était plutôt individuel. C’ était l’ occasion de

deviner quel serait la direction du vent durant l’année, qui était censée être

celle du jour du grand feu.

 

Aujourd’hui, le grand feu est devenu spectaculaire et on en a fait le pendant d’un rite de fin de carnaval, ce qu’il n’était assurément pas autrefois

dans le village. Le feu de Nivezé est donc un mélange d’éléments traditionnels assemblés sans grande cohérence et en dépit du bon sens.

 

Sur le bûcher, les organisateurs fixent eux aussi leur Matî l’ohê, représentant généralement un personnage de sexe masculin. Ce sont les derniers mariés de l’année qui boutent le feu au tas de bois. Après la crémation, les participants se retrouvent à la buvette du club de football où est servie une « fricassée » au lard 11.

 

Dans les régions liégeoise et de P1ombières, on opte plutôt pour l’adieu

aux reliefs de la fête paroissiale. Voici, par ordre alphabétique des

communes concernées, les cérémonies qui ont été repérées dans la province.

– Bende (Amay) : Dans ce hameau, le mardi de la fête, fixée au premier

dimanche de septembre, on procède à l’enterrement de Mitchî Pèkèt (Michel

Genièvre), Il s’agit d’un fêtard véhiculé dans un ancien corbillard automobile et qui se réveille de temps à autre pour vider un petit verre de pèkèt. Au-

tour du véhicule, tous ses amis, en livrée noire, ne pleurent guère le disparu.

Les hommes portent des chapeaux, généralement des melons, et les femmes

dissimulent leur visage derrière d’ épais voiles. Les participants sont peu actifs. Ils se contentent, comme Mitchî, d’ingurgiter des « gouttes”. Dans le

 

10. Abbé Joseph Polis (Goé). M. Léon Marquet (Spa) et M. Émile Ansay (Creppe).- Samedi 4 avril . grand feu scénique à Creppe-Spa. dans Les Échos de Stavelot. 2 avril 1987 – Grandfeu scénique à Creppe, dans La Wallonie, 8 avril 1988.

11. Mmes Pironet et Pottier (Nivezé), M. Jean Micha (Spa).

 

(p.12) cortège funèbre, on remarque aussi un gendarme, portant un ancien uniforme, et un ou plusieurs fêtards déguisés en prêtres. L’enterrement de Waremme a servi de modèle à celui de Bende.

Tel qu’il se présente aujourd’hui, l’enterrement n’est guère ancien. Il da-

terait de 1977 ou 1978. Cependant, il avait déjà été organisé dans le courant

des années soixante. Mais à l’époque, on choisissait un thème et l’on se déguisait en conséquence, On faisait ensuite le tour des cafés et des maisons

où l’ on servait la goutte. On ne fit un simulacre d’enterrement qu’une seule

fois avant que l’on ne réorganise annuellement la cérémonie à la fin des années septante.

À l’origine, le groupe funèbre de Bende ne prenait part qu’à la fête du village. Mais aujourd’hui, il n’hésite pas à se produire dans d’autres manifestations, telles que le carnaval d’ Amay par exemple. On peut le regretter, d’autant plus que ce cortège n’a pas grand chose à voir avec une cérémonie funèbre.

(p.13) – Entité d’ Ans : On a encore organisé l’ enterrement de Matî l’ ohê après

la guerre, à Alleur. Il semble qu’ici, on ne voyait ni enfant de choeur, ni curé,

ni pleureuse. On s’ arrêtait chez des particuliers et dans les cafés. Cette cérémonie se déroulait le mardi de la fête, à Alleur 12.

À Hombroux, le cortège funèbre de feu Matî l’ ohê s’ ébranlait le mercredi

de la fête, qui avait lieu à l’ approche du 21 juillet. Un os était fixé au-dessus

d’une caisse. Un faux curé et des enfants de choeur agitant des boîtes de

conserve fumant comme des encensoirs suivaient le cortège 13. Il semble que

la tradition ne se soit éteinte que dans le courant des années soixante 14.

À Loncin, l’enterrement de Matî l’ohê se faisait avant la première guerre

mondiale. Mais il est oublié depuis belle lurette 15. Dans la paroisse ansoise

de Sainte-Marie, Matî l’ohê fut processionnellement reconduit à sa dernière

demeurejusqu’à l’entre-deux-guerres 16.

À la fête du Thier d’ Ans, on transportait en musique un cercueil contenant

des os de jambon. On jouait des musiques funèbres puis, la musique chan-

geant de ton, on riait, chantait et dansait. Les reliefs étaient brûlés 17.

– Aubel : À deux reprises, en 1981 et 1982, on a brûlé «Monsieur Jam-

bon» le second dimanche de la kermesse, soit le troisième du mois de juin.

Il s’agissait d’un os de boeuf que l’on promenait dans la localité. L’organisa-

tion de cette manifestation fut largement influencée par la coutume liégeoise

telle qu’elle se pratique à Saint-Pholien. C’était d’ailleurs la fanfare de cette

paroisse qui animait la tournée durant laquelle on remarquait notamment

quelques pleureuses bien en voix et des membres de la société tout de noir

vêtus. Un moine récitait des prières devant la fosse où on allait déposer les

reliefs de la fête. Ensuite chaque participant jetait une pelletée sur la bière.

D’ après une reproduction d’une affiche ancienne, on brûlait déjà « Monsieur

jambon ” à Aubel, le dernier jour de la kermesse, en 1907. Mais cette mani-

festation n’a probablement pas survécu à la Première guerre mondiale, car

aucun des témoins de l’ enquête ne se souvient de l’ enterrement tel qu’ il a pu

se pratiquer durant la première moitié du siècle 18.

 

12. M. Gendarme (A11eur).

13. M. Jean Depas (Hombroux).

14. Mme Moors (Xhendremae1).

15. M. Jean Depas (Hombroux), qui tient cette information de sa mère.

16. M. Jean Depas (Hombroux).

17. Témoignages de Mme et M. Desenfants (Loncin) pub1iés dans A. LAFossE, D. LEGRU,

J.-L. AQuET, R. QUARRE et C. ROBERT, Histoire de la commune d’ Ans. Alleur-Ans-Loncin-Xhendremael, Liège, 1981, p.273.

18. Mme Mariette Ma1mendier, MM. J. Nyssen, Christian Wi11ems, Jean-Marie Batis et Théo van Wersch (Aube1).

 

(p.14) – Commune de Bassenge : À Bassenge 19 et Eben 20, à la rentrée des derniers cråmignons, on enterre la kermesse en brûlant une gerbe de paille.

Cette tradition existe aussi à Emae121 et Wonck22. Les rouges d’Emael disent qu’ ils broûlent li fièsse. Pour cela ils font un fouwå avec de la paille

dans la rue du Loup, à la rentrée du cråmignon du mardi. À une ou deux reprises, au début des années quatre-vingts, on agrémenta le feu d’un tir de

quelques artifices et de pétards, mais cela se révéla dangereux et l’on en revint à la simple crémation que l’ on avait toujours connue 23.

 

À Bassenge et Eben, et probablement ailleurs, on a également brûlé de la

paille à la fin du cycle carnavalesque. À Eben, c’est même une hoûre empaillée que l’ on brûle le soir du mardi gras au milieu de hardes et de vieux

morceaux de tissu devenus inutiles. Il y a donc peut-être eu contamination

dans le cas des fêtes paroissiales.

 

Mais dans l’entité de Bassenge, on a également connu l’enterrement de

l’os. À Roclenge, au moins jusqu’à la Deuxième guerre mondiale, un os était escorté par des pleureurs et des pleureuses 24 issus de la jeunesse. Le cercueil était orné de pattes de lapins et de poules 25.

 

– Moulins-sous-Fléron (Beyne – Fléron) . On a procédé à l’enterrement

de l’ os avant la Deuxième guerre mondiale. Un homme costumé en prêtre

était du cortège 26. Cette cérémonie se déroulait le 15 août, date de la fête, ou

un jour suivant. L’ os était enterré après une tournée des cafés et des domiciles des sympathisants. À la musique triste des enterrements succédaient

des morceaux joyeux. La guerre semble avoir provoqué la disparition de la

coutume 27,

 

– Mortier (Blegny) : Jadis, on a organisé épisodiquement un enterrement

de Matî l’ohê, à la fin de la kermesse 28.

 

19. M. Fraikin-Maquet (Bassenge).

20. MM. Auguste Co11inet et Jean Dams (Eben).

21. MM. Van Hooren et Jean Co1son (Emae1).

22. M. François B1affart (Wonck).

23. M. Joseph Jodogne (Emae1).

24. Mme MarchaI pense qu’i1 y avait aussi un faux curé, mais ce n’est pas 1’avis de Mme Jeanne Saufnay (Roclenge).

25. Mme J. MarchaI et Jeanne Saufnay (Roclenge).

26. Mme Andrienne Broze-Courard et M. Germain Limme (Moulins-sous-Fléron).

27 M. Julien Limbourg (Fléron).

28. M. Joseph Schnackers (Mortier).

 

(p.15) – Saint-Remy (Blegny) : Depuis 1974, le mardi de la fête 29, vers 19 .

heures, le cråmignon de la « Ligne droite ” s’ arrête chez un particulier, au

hameau de la Supexhe, pour se rafraîchir et prendre en charge Matî l’ohê. À

partir de ce moment, les pleureuses se lamenteront bruyamment aux côtés du cher disparu. Le cortège le conduira jusqu’ au centre du village où, après

un court éloge funèbre, se déroulera une joute musicale avec la « Jeunesse”,

réputée d’ obédience catholique 30.

 

29. Soit le mardi suivant le premier dimanche d’octobre.- Saint.Remy. La Ligne Droite Centenaire, Saint-Remy, 1987. p. 80.

30. MM. Alphonse Lambert et Léon Grégoire (Saint-Remy).

(p.16) – Lamontzée (Burdinne) : Jusqu’à la fin de l’entre-deux-guerres, on en-

 terrait des os de poulets ou d’ autres animaux, le lundi, dernier jour de la fête

 locale. Les cafetiers offraient à boire aux jeunes gens qui faisaient le tour du

 village avec les reliefs de la fête. Il n’y avait ni curé, ni pleureuse. Personne

 n’était vêtu de noir, mais on affectait d’ être triste. À la levée du corps, le soi-

 disant curé présentait un objet faisant office de patène. Les participants le

 baisaient et on versait son obole 31. La tradition a été reprise en 1985, le dernier dimanche d’août32,

 

 – Bois-Borsu (Clavier) : Victor George se souvient avoir vu l’enterrement de la kermesse jusqu’en 1956. C’était le mardi soir. Un homme de paille était promené dans le village et brûlé sur la place 33.

 

 – Thys (Crisnée) : le mardi de la fête, on enterrait Matî l’ ohê, un os de

 jambon, dans un terrain derrière un café. Celui qui était désigné par le sort

 pour descendre l’os dans la fosse devait payer un verre à ses copains de ribote 34.

 

 – Bombaye (Dalhem) : Dans un article qu’il publia dans le Journal d’Aubel, en janvier 1929, le père O’Kelly notait qu’avant qu’il ne soit abattu par l’ouragan en 1876, « Le mardi de la fête de Bombaye, les jeunes gens avaient l’habitude de venir en cortège au « Vî Tihou “. Ils figuraient l’ enterrement d’un beau jour ! Quatre pleureurs marquaient surtout leur peine.

 Comme corps, ils portaient solennellement l’os du jambon de la fête; et plus

 gravement encore, ils l’ ensevelissaient dans le creux du Tilleul. Ainsi exprimaient-ils la vanité des choses de ce monde 35.

 

– Mont (Dison) : Le lundi de la fête paroissiale (dimanche le plus proche

 de la Saint-Jean-Baptiste, soit le 24 juin), un cortège d’environ deux cents

 personnes part du Cercle, situé près de l’église, et descend le village. Il est

 emmené par un groupe musical. Le public suit. Le mannequin est nommé

 Jean le Jardinier, mais il n’ a pas toujours l’aspect d’un amateur des potagers.

 C’est ainsi qu’en 1991, il avait les traits de Tintin. Il est placé sur une petite

 remorque, tractée par une v oiture. Ce sont les derniers mariés de l’ année qui

 

 31. MM. Plumier et Ruelle (Lamontzée).

 32. M. Ruelle (Lamontzée).

 33. M. Victor George (Bois-Borsu).

 34. M. Joseph Ramackers (Thys).

 35. Les croix de Bombaye. La croix du tilleul, dans Journal d’Aubel, 10 janvier 1929, p. 1, col. 4.

 

(p.17) procèdent à la mise à feu, près du cercle. On fait une ronde autour du brasier 36. Cette manifestation a vu le jour vers 1958. Mais elle ne fut organisée

qu’irrégulièrement. Elle est devenue annuelle depuis le début des années

quatre-vingts 37.

– Mont (Esneux) . Depuis 1985, après une éclipse d’une trentaine d’années, la kermesse est à nouveau organisée le premier week-end de juillet. Le comité choisit une personne qui deviendra le parrain ou la marraine de la fête suivante. Le dimanche soir, on se rend en cortège à son domicile pour lui remettre le “coeur» de la fête. Il s’agit d’un objet de bois qui a le contour de cet organe et sur lequel on a inscrit les noms des anciens parrains et du dernier élu. À l’ouverture des festivités suivantes, on le transplantera dans un mannequin, nommé Hypolite du Mont. On le brûlera le dimanche soir pour clôturer la dernière journée de fête, non sans en avoir extrait le cœur pour le remettre à un nouveau parrain 38.

 

Avant l’interruption de la fête, dans le courant des années cinquante, on

enterrait un os dénommé Matî l’ohê et on exposait des morceaux de tartes,

reliefs de la défunte fête 39. D’après les souvenirs d’Oscar Thiry, rédigés en

1978, le premier enterrement de Matî l’ohê eut lieu le mardi suivant le

deuxième dimanche de juillet 1951. Les restes des victuailles de la fête

étaient exposés dans une loge foraine. Le public défilait devant les dépouilles. Après la dernière visite, elles étaient posées sur un brancard ou

dans une camionnette. S’ensuivait une promenade dans le quartier, durant

laquelle les restes étaient égarés aux quatre coins du village, si bien qu’il ne

restait rien à brûler ou enterrer à la fin de la tournée. Un bal suivait la procession funèbre. Il semble que l’enterrement ait disparu avant la fin des années cinquante, le comité des fêtes étant passé de vie à trépas en 19574 0.

 

– Montfort-sur-Ourthe (Esneux) : En 1939, le mardi de la fête locale, les jeunes gens av aient organisé le traditionnel cråmignon de Matî l’ ohê. En début de soirée, le cortège funèbre s’était ébranlé. Il comprenait un prêtre et

un marguillier. D’autres fêtards portaient une caisse en bois posée sur une

civière. Ils firent le tour des maisons et invitèrent les jeunes filles à participer

 

36. vue le 22juin 1987.

37 MM. Flamand, Henri Wislet et Alfred Detaille (Mont).

38. Vu en juillet 1988.

39. M. Albert Delavignette (Mont).

40. Copie d’un manuscrit de M. Octave Thiry, communiqué par M. Albert Delavignette (Mont).

 

(p.18) au cortège. Le groupe entonna des chants de messe et recueillit les restes

 des repas festifs et de vieux os. Quand le tour fut terminé, on cloua le couvercle du cercueil et on l’ enterra dans un pré, vers neuf heures 41.

 – Grâce-Berleur (Grâce-Hollogne) : L’enterrement de l’ os fut organisé

 jusqu’à la veille de la Deuxième guerre mondiale. Après un timide essai de  réhabilitation, la coutume a été à nouveau abandonnée 42.

 

 – Fairon (Hamoir) : Le 15 novembre 1987, pour clôturer la fête de

 l’école locale, on a procédé à l’enterrement de Matî l’ohê, mais cet événement n’eut pas de lendemain 43.

 – Liers (Herstal) : La tradition d’enterrer Matî l’ohê existait autrefois, le

 mardi de la fête. Dans les années 1930, un des fêtards figurait un curé, qui

 arrosait les spectateurs avec son goupillon et l’ on portait un cercueil dans lequel on avait déposé des os. Il n’y avait ni enfant de choeur ni pleureuses,

 mais on chantait le Dies irae. Le clergé voyait cette coutume d’un mauvais

 oeil 44.

 On a remis la coutume sur pied au milieu des années septante. L’influence

 des habitants d’Outremeuse, sous la conduite de Jean-Denys Boussart, avait

 été décisive pour rétablir l’usage. Mais environ dix ans après sa recréation, il

 a de nouveau sombré dans l’oubli. Le jambon était mangé lors des fêtes du

 15 août. La bière qui contenait ses reliefs était ornée de légumes. Plusieurs

 faux prêtres accompagnaient le cortège 45.

 

, – Vottem (Herstal) : Le jeudi de la fête, qui était organisée deux se-

 maines après la Pentecôte, le comité des fêtes réputé d’obédience socialiste

 mettait sur pied un enterrement de l’ os. Il semble que la tradition ait été arrê-

 tée vers 1960. L’ os de jambon était fixé à un brancard et un accordéoniste

 accompagnait la bande. Il y eut aussi une fanfare, qui alternait les airs tristes

 et gais. Pendant les premiers, le cortège se lamentait. Quand éclataient les

seconds, ce n’étaient que cris de joie et danses endiablées. Le faux curé bé-

 nissait avec un goupillon. L’ enterrement était annoncé deux jours avant par

 une personne qui utilisait la formule habituelle des prieurs aux enterre-

 ments : On fêt priyî à l’ étérmint po Matî l’ ohê. ! 46.

 

41. G. LAPORT, Le Cramignon de Mazî l’Ohê, dans Etudes comblinoises, n° 18-19, mai-août 1939.p. 156.

 42. M, Basile (Grâce-Berleur).

 43. Mme Neusy (Fairon).

 44. Mme Mariette Lecerf-Franquinet (Lamorteau).

 45. MM. Leseque (Hersta1) et Jean-Denys Boussart (Liège).- M.-V M1GNON. dans Herstal, Un patrimoine pour une nouvelle commune. Herstal, 1980, p. 186.

 

46. Mme Debois (Visé).

 

(p.19) – Herve : Au XIXe siècle, le mercredi des Cendres, un cortège funèbre composé d’hommes portant des manteaux noirs et des chapeaux pointus comme ceux des magiciens entourait un petit cercueil contenant un gros os.

Il était orné d’une fourchette, d’une cuiller, d’un couteau et d’un porte-monnaie. L’os, surnommé Matî, était enterré à Nazareth, à un endroit qui se nomme précisément Thier l’ ohê. Le toponyme tire vraisemblablement son origine du nom d’une famille de l’endroit. L’inhumation se faisait en présence d’une foule nombreuse qui feignait la tristesse et déposait fleurs et couronnes sur la tombe 47.

 

La cavalcade locale, qui a lieu aujourd’hui le lundi de pâques, était jadis

organisée le week-end de carnaval. Autrefois, il semble que l’on ait brûlé le

«roi Carnaval». Puis cette coutume a disparu. Aujourd’hui, on procède à la

crémation d’une grosse tête du groupe des Hêvurlins. Cet usage est très ré-

cent. Il n’est pas antérieur à 1985, mais il a le mérite de rappeler l’ancienne

coutume 48.

Dans le courant des années soixante, à deux ou trois reprises, on a enterré les festivités le dernier jour de la kermesse (le lundi ou le mardi). Comme à Bende (Amay), un personnage était étendu dans un cercueil. Celui-ci était tiré par une charrette. Il n’y avait ni pleureuses, ni fanfare, mais un faux prêtre accompagnait le groupe49.

 

– Huy : Jadis, la fête de la paroisse Saint-Pierre se terminait le jeudi. On procédait à 1 , enterrement d’ « une sorte de M athî l’ ohai” 50.

 

– Bois-de-Breux (Liège) : Au début du siècle, il était de coutume d’enterrer l’ s à la fin de la fête de Bois-de-Breux, le dernier dimanche d’ août. Cette fête présentait la particularité de durer un mois et de s’étendre sur deux quinzaines consécutives. La première était prise en charge par les Djoyeûs d’ Bwès-d-Breû et la seconde, par les Anoyeûs dès Brouwîres, du quartier des Bruyères. Après la Grande guerre, seul le quartier des Bruyères a repris la fête, Elle se terminait par l’enterrement de l’os. Ce rite de terminaison

 

47 M. DECHAINEUX, Histoire illustrée de Herve et des Herviens de 1270 à 1976, Heusy,

1985, p. 332.- Un article du Courrier de Herve (non daté, vers 19657), signé X et intitulé Fêtes et réjouissances du tempspassé “, signale que c’était plutôt le mardi gras que l’on enterrait l’os. Peut-être y a-t-il eu glissement de date, comme à Malmedy ? Le même article nous apprend que “c’était tout le simulacre d’un enterrement, avec prêtre, porteurs, parents éplorés et suiveurs ».

48. M. Serge Iserentant (Herve).

49. M. N. Lacroix (Ben).

50. Vers 1950, Émile Dantinne affirmait qu’à l’époque, la tradition avait disparu depuis plus d’un siècle. Cf É. DANTINNE, Huy touristique, Huy, s.d., p. 163.

 

 (p.20) a été organisé de 1921, année de la reprise de la fête, jusqu’en 1936 environ, lorsque l’ on décida de mettre un terme aux festivités par un cortège humoristique qui n’avait plus rien d’une parodie d’ enterrement. Durant l’ entre-deux-guerres, un faux curé, des acolytes aspergeant la foule avec de petites brosses et des pleureuses en larmes figuraient dans le cortège. On y

remarquait aussi les porteurs d’un petit brancard contenant un paquet d’ os.

Suivaient quelques villageois habillés en fonction d’un thème qui variait

chaque année et de jeunes garçons vêtus d’un sarrau qui collectaient parmi

la population pour constituer un fonds de caisse destiné à entamer la pro-

chaine fête. Le groupe observait certains arrêts durant lesquels un groupe local exécutait des danses traditionnelles 51.

– Bressoux (Liège) : Le jeudi de la fête du premier week-end de juillet,

jusque dans le courant des années soixante, le groupe des Djoyeûs d’ Bressou enterrait l’os de la fête. Les hommes étaient tout de noir vêtus ou se déguisaient. Des pleureuses accompagnaient aussi le cercueil dans lequel gisaient un os de jambon et des croûtes de tartes. Après l’abandon de la coutume, le club privé « L’ espoir ” la reprit à son compte une ou deux fois 52.

 

– Burenville (Sainte-Julienne, Liège) : L’os de la fête a été escorté jusqu’à sa dernière demeure à quelques reprises jusque vers 1980, à l’occasion  de la fête paroissiale 53.

 

– Glain (Liège) : On a enterré Matî l’ohê, à l’occasion de la kermesse

probablement jusqu’ au début des années soixante. Une tête de mort était

dessinée sur l’ os, confectionné en tissu. La fête était fixée au dernier dimanche de juin et l’enterrement avait lieu le jeudi suivant. Le cortège partait en début de soirée. Tous les participants portaient des vêtements noirs, mais il n’y avait ni prêtre, ni enfant de choeur. Entre les arrêts chez les particuliers ou dans les cafés, le cortège sanglotait lorsque la musique était triste, ou il s’animait quand les morceaux devenaient entraînants 54.

 

– Saint-Gilles (Liège – Saint-Nicolas) : Le dernier jour de la neuvaine de

saint Gilles (1-9 septembre), le lundi ou le mardi suivant, l’association des

commerçants de Saint-Gilles-Haut organisait un cortège funèbre. Auparavant celui-ci sortait à l’initiative de cafetiers du coin.

 

51. MM. Félix Marganne (C1ermont) et Laurent Nissen (Bruyères).

52. Mme Nico1e Hensen (Bressoux). – Mme Henriette Bairolle, de Lanaye, se souvient avoir vu promener des os pour la fin de 1a fête vers 1935, à Bressoux. Ils étaient transportés sur une charrette à bras.

53. M. Jean-Denys Boussart (Liège).

54. M. Marcel Jacques (Saint-Nico1as).

 

(p.21) Les dernières années, le cortège partait du coin de la cour Saint-Gilles,

près du grand carrefour, où une tente faisait office de mortuaire. Le cortège,

fort d’une cinquantaine de personnes et dans lequel figuraient pleureurs et

pleureuses, curé et acolytes (enfants de choeur), faisait la tournée des cafés

du quartier. On s’ arrêtait aussi chez certains particuliers. En début de soirée,

on enterrait l’ os en fanfare dans une pelouse proche de l’ église Saint-Gilles,

Jusque vers 1982, on plaçait un os dans le cercueil. Puis on installa un fêtard

dans la boîte, Des couronnes garnissaient le cercueil, lequel était entouré de

pleureurs et pleureuses. Lorsque la fanfare attaquait un morceau gai, tous les

participants se mettaient à sauter et à danser.

 

Malheureusement, la tradition a périclité et a disparu en 1990, faute d’intérêt de la population locale. À la fin, il fallait payer les participants pour qu’ils acceptent de jouer le rôle des pleureurs ou des pleureuses… Loin de

s’offusquer de l’organisation d’un tel cortège, le clergé prêtait la civière sur

laquelle on posait le cercueil 55.

 

Saint-Pholien (Liège) : L’ enterrement de Saint-Pholien est assurément

l’un des plus intéressants d’un point de vue traditionnel. Il a lieu le mardi, le

mercredi ou le jeudi qui suit le dernier dimanche de juin. Jusqu’ au décès de

Mèrance, début 1991, la levée du corps se déroulait chez elle, au 4 de la rue

des Tanneurs.

 

Avant le départ, la fanfare de Saint-Pholien joue une tonitruante Brabançonne et le Valeureux Liégeois. On passe ensuite à la communion. Ce sont des tranches de concombre assaisonnées au vinaigre et au pili-pili que l’on dépose religieusement sur la langue tous ceux qui sont venus rendre un dernier hommage à l’énorme os qui gît au fond du cercueil.

 

Sur le bord de la route, on aperçoit un corbillard. Qu’on ne s’y trompe

pas, il n’est pas réservé à Matî l’ohê . on y trouve un mannequin censé figurer le « pendu de Saint-Pholien “, le célèbre personnage d’ un roman de Georges Simenon. Une des attractions du trajet est d’ ailleurs l’ entrée de ce singulier véhicule au café-billard Toussaint, dont les portes sont tout juste assez larges pour laisser passer la charrette, Moins imposant et plus maniable, le brancard sur lequel l’os est fixé est garni de légumes.

 

Durant le trajet, morceaux tristes et airs entraînants alternent. On s’arrête chez les particuliers et dans les cafés. Les veuves – toute femme participant au cortège est réputée « veuve l’ohê ” – sont généralement vêtues de noir.

Les hommes sont déguisés selon l’humeur du moment. Mais l’un d’eux se

 

55. M. Marcel Cypers (Saint-Gilles).

 

(p.22) costume chaque année en femme. Il se maquille de manière ostentatoire et collecte dans les rues à l’ aide d’un petit pot de chambre. Certaines années,

d’autres collecteurs viennent lui prêter main forte.

 

Après force libations, le cortège arrive place Sainte-Barbe. L’os y est brûlé sur un petit bûcher. Un feu d’artifice est alors tiré et une farandole se déroule et s’enroule autour des flammes. Lorsque celles-ci se font moins hautes, quelques téméraires sautent par dessus « pour se préserver des coliques ” 56.

D’ après Jean-Denys Boussart, l’ enterrement de Saint-Pholien existait dès avant la Deuxième guerre mondiale. Il est probable qu’il soit même beaucoup plus ancien que cela. Il a été maintenu grâce à des gens de l’abattoir

 

 

56. Vu en 1987, 1988, 1989 et 199O. Voir aussi [J.-D. BouSSART], Dernières images de la Saint-Pholien (Liège}, dans La Meuse Liège, 5 juillet 1989, p. 3.- [J.-D. BOUSSART], En clôture de la fête de Saint-Pholien,feu de joie pour la crémation de Matî l’Ohê, dans La Meuse Liège, 2 et 3 juil1et 1988. p. 5.

(p.23) avant d’être repris, en 1959, par la commune libre de Saint-Pholien-des-

Prés, qui l’organise encore aujourd’hui 57.

Pour le quartier d’Outremeuse, nous disposons d’une description ancienne due à la plume d’ Auguste Hock. Il fait remonter les faits qu’il décrit à un mercredi des Cendres, vers 1822 : « Au loin, dans le fond de la rue Chaussée-des-Prés, on voit s’ avancer lentement, venant du pont de Saint-Nicolas, une longue procession d’hommes recouverts de ces manteaux noirs, qui servent, d’habitude, aux enterrements. Les têtes de ces ouvriers tanneurs et chapeliers sont coiffés [sic] d’un chapeau finissant en pointe, haut de deux

 

57 M. Jean-Denys Boussart (Liège).

 

(p.24) pieds, comme ceux des magiciens, et couvert de papier noir. Ils suivent deux à deux un porteur de croix, à laquelle on a attaché des harengs, des morues, etc.; enfin toutes sortes de poissons, rappelant une fois de plus le Carême.

Vers le milieu du cortège, deux croquemorts portent une civière formant un

sarcophage, également couvert de noir et décoré d’ os de gigot, de jambon,

enfin des restes d’un festin gras. On-z èteréve l’ Oxhai ! Vers la fin de cette

cérémonie, un homme, qu’ on a grisé d’ avance pour cette mascarade, est traîné sur une brouette plus mort que vif; à côté de lui marche un des héros de

la bande, portant d’une main un seau rempli d’ amidon et de l’ autre une

brosse de maçon, avec laquelle il barbouille impitoyablement la bouche et la

figure du patient. Autour de cette triste procession, des individus, toujours

couverts de manteaux noirs, font la collecte : Po l’ pôve Mathy l’Oxhai!

Quand ils ont ramassé quelques patars, on fait une pause devant les cabarets.

C’est, disent-ils, pour visiter les chapelles où l’on va trouver les consola-

tions! Ne regrettons pas ces sales spectacles ” 58. Comme dans le document

publié par Maurice Ponthir, nous sommes ici en présence d’une coutume

liée au cycle carnavalesque.

Une «cantate” du notaire Dumont, écrite avant 1830, selon Jean-Denys

Boussart, en 1810, selon Roger Pinon59, évoque l’enterrement de l’os, probablement pour Liège. On y note que l’enterrement avait lieu le mercredi

des Cendres et que les femmes suiv aient l’ os en pleurant. Elles faisaient les

macrales. On portait l’os en terre puis on s’en retournait chez soi en dansant

un cråmignon 60. Il s’ agit de la première mention connue du nom Mathi l’ohai, qui est le titre de la cantate.

 

Pourquoi avoir donné ce nom à l’ os ?, Dans son mémoire de licence en

philologie romane, Françoise Lempereur donne quelques éléments qui permettent d’ébaucher une réponse. Tout d’abord, elle remarque qu’à Faymonville (Waimes), Matî désigne le mollet, le gras de la jambe. On peut dire de quelqu’un qu’il a dès matîs come dès pétrâtes (betteraves) 61. Du gras de la

 

58. A. HOCK, Carnaval d’ autrefois, dans Annuaire de la Société liégeoise de Littérature wallonne, n°6, 1871, pp.228-230.

59, J.-D. BOUSSART, Saint-Pholien aux jours de fête. Profil populaire du quartier des Tanneurs (1V), dans La Vie liégeoise, n°7, juillet 1974, p. 14,- R. PINON, De “Cramignon” in het “Land zonder Grenzen », Wassenaar, 1970, p. 8.

60. MM. B*** et D*** (BAILLEUX et DEJARDIN), Choix de chansons et poésies wallonnes,

Liège, 1844, pp. 134-139.

61. F. LEMPEREUR, Du prénom au nom commun. Étude de l’extension sémantique des prénoms dans les dialectes belgo-romans, Liège, Université de Liège, Mémoire en philologie romane, 1970-1971, p. 103.- Renseignements tirés de l’abbé J. BASTIN, Vocabulaire de Faymonville (Weismes) (Wallonie prussienne), dans Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t, L, 1908. p. 578 et W. VON WARTBURG, Französisches etymologisches Wörterbuch, vol. XXI, livraison n°120, Bâle, 1967, p. 311.

 

(p.25) jambe au jambon et à l’os, il n’y a qu’un pas. Par ailleurs, Françoise Lempereur note aussi que le mot Matî s’ applique souvent à un sot ou un écervelé (Verviers) 62, à un nigaud (Liège) 63, à un bouffon (La Gleize – Stoumont) 64, à un niais (Malmedy) 65 ou à un étourdi (Liège) 66. On peut donc considérer que le mot Matî possède un double symbolisme qui peut s’appliquer à l’adieu au relief de la fête. D’une part, Matî serait le jambon qui s’est réduit à l’os, le temps de la fête; d’autre part, Matî représenterait celui qui fait le fou, le bouffon, le personnage un peu écervelé qui caractérise les jours agités du carnaval et dont on trouve trace dans des mots comme le Rosenmontag germanophone ou la fête des fous médiévale.

Quant au mot ohê, il désigne évidemment le relief de la fête. Mais une

deuxième explication peut être proposée. Elle montre que ce mot a pu être

utilisé dans un double sens et qu’il a pu faire l’objet d’un jeu de mots. En effet, si l’on en croit André Collart-Sacré, l’ohai ou l’ohet était aussi « la somme versée, lors d’une vente immobilière, pour boire. On lui donnait aussi le nom de lycoppe ou courtage ou beuvrage. Très souvent, elle était mentionnée dans l’acte de vente “. Et André Collart-Sacré de citer un chant de quête de la Saint-Martin que l’ on entonnait encore à Herstal vers 1887. Il se terminait par ces mots :

 

Li calote

Po beûre li gott!

Li tchapê

Po beûre l’ ohê!

 

Ce qui signifie que pour boire une goutte, il suffit de porter la casquette!

Tandis que pour boire l’ ohai, le chapeau est de mise 67.

 

On trouve une autre allusion ancienne à l’enterrement de l’os organisé le mercredi des Cendres, dans un texte de Michel Thiry, publié en 1861 68.

 

Joseph Defrecheux a, lui aussi, consacré quelques lignes à l’enterrement de l’os. Il notait que c’était l’après-midi du mercredi des Cendres qu’on le

 

62. J. WISIMUS, Dictionnaire populaire wallon – français en dialecte verviétois, Verviers,

1947, p. 275.

63. J. HAUST, Dictionnaire liégeois, Liège, 1933, p. 396.

64. L. REMACLE, Le parler de La Gleize, Bruxelles, 1937, p. 213.

65. A.-F. VILLERS, Dictionnaire wallon-français, Malmedy, 1957, p. 82.

66. J. HAuST, Dictionnaire liégeois, Liège, 1933, p. 54.

67. A. COLLART-SACRÉ, La Libre Seigneurie de Herstal. Son histoire, ses monuments, ses

rues et ses lieux-dits, t. 1, Liège, 1927, pp. 73-74.

68. M. THIRY, Moirt di l’octroi li21 dijulette 1860, Liège, 1861, p. 1.

 

(p.26) promenait. Il cite cette formule que l’ on criait à cette occasion : On ètére

Mathî Lohaî inte cwate èt cinq ès nosse cotê 69.

L’ Almanach de Mathieu Laensbergh donna aussi à plusieurs reprises de

précieux renseignements sur l’enterrement de l’os. Dans l’édition de l85l, il

nous apprenait que le mercredi des Cendres, ceux qui avaient encore un peu

d’argent allaient louer des costumes «po l’étérmint d’ Mathi Lohai” 70. En

1855, il prévoyait qu’il ferait «ko baî po l’joû d’ Mathî l’Ohaî”, également

le mercredi des Cendres 71. Enfin, l’année suivante, il recommandait de vider

le tonneau avant d’enterrer «Mathî l’Ohaî”, à nouveau le lendemain du

mardi gras. Vers la même époque, en l852, Tchantchès Barillié se faisait

aussi l’écho des festivités du mercredi des Cendres. Ce jour, on raclait les

fonds de tiroirs pour aller « louwer on mantê, / Èt v’là qu’ on ric’mince co ‘ne fèye à v’ni fé Matî l’ ohê” 72.

 

Saint-Nicolas (Liège) : Après la fête du 15 août, un jour proche, en semaine, les membres de la commune libre de Roture mettent sur pied leur

«enterrement de Matî l’ohê”. Depuis une quinzaine d’années, un thème est

choisi. Il y eut ainsi le Mondial de football, la salmonelle, le soixantième anniversaire de Baudouin 1er, l’atome, le sida, les gaz chimiques… Une partie

des participants, surtout les femmes, se vêt de noir.

 

Le public que draine cet événement est plutôt jeune. Nombreux sont ceux

qui n’habitent pas le quartier, ce qui fait de cet enterrement une manifesta-

tion d’aspect plus artificiel que celle de Saint-Pholien, même si elle attire un

public beaucoup plus nombreux (une grosse centaine de participants pour

l’enterrement d’août contre une trentaine à Saint-Pholien). De plus, le cortège évoque plus une guindaille d’ étudiants qu’une fête paroissiale. Il est emmené par un évêque dont l’ aube est ornée d’un autocollant « Je suis laïc “.

D’autres personnes déguisées en ecclésiastiques font partie de la bande. Sur

la soutane de l’un d’eux, on peut lire «À bas la calotte”. L’esprit caustique est omniprésent dans le cortège.

 

Avant la levée du corps, vers 17 heures, au musée Tchantchès, rue Surlet,

les participants bénissent l’ os au moyen d’un rameau de buis trempé dans un

récipient. Quand le cortège passe devant une des nombreuses potales mariales d’Outremeuse, il observe un arrêt et la fanfare entame un Ave Maria

 

 

 

69. J. DEFRECHEUX, Les enfantines liégeoises. Le calendrier des enfants. dans Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XI, 1889, p. 131.

70. Almanach supputé sur le méridien de Liège par maître Mathieu Laensbergh. mathématicien, pour l’ année 1851, Liège, p. 36.

71. Id. 1855, p.36.

72. 1d. 1856, p. 36.- F. BARILLIE, Li camarad’ dè l’joie, Liège, 1852, pp. 3-4.

 

(p.27) qui, après quelques notes, glisse vers la musique de Marèye clape-sabots.

Une autre halte est prévue dev ant la maison natale de Grétry, où l’ on joue et

chante l’air Où peut-on être mieux ? que composa l’illustre musicien73. La

crémation a lieu vers 20 heures 30. Après que le pseudo-évêque a prononcé un discours de circonstance, l’os est finalement brûlé sur la petite place de Roture, au milieu d’une foule compacte. Puis un bal est donné en plein air.

L’enterrement de Matî l’ohê était jadis organisé par les habitants de Roture, dans le cadre de leur fête paroissiale, qui n’avait pas lieu le 15 août, mais en mai. En 1972, après une interruption d’une vingtaine d’années, il a été intégré dans le programme des festivités du 15 août 74.

 

Joseph Médard nous a laissé quelques notes relatives à cet enterrement, quelques années après son intégration dans le cycle de la fête paroissiale. Il

avait lieu le vendredi. On rassemblait le plus grand nombre d’os de jambon

possible et on les plaçait sur une civière que l’ on promenait à travers la paroisse Saint-Nicolas. A la fin de la tournée, on allait les vendre en espérant en obtenir quelques francs afin de se rincer encore le gosier. Mais, précisait Joseph Médard, tous ne donnaient pas leurs reliefs aux fêtards. Certains les

conservaient pour en extraire la moëlle, qui, paraît-il, était excellente pour

soigner les plaies 75.

 

– Saint-Servais et quartier de Pierreuse (Liège) : Depuis le milieu des années quatre-vingts, on enterre régulièrement les reliefs de la fête. La tradition est beaucoup plus ancienne, mais auparavant, on n’organisait pas de funérailles chaque année. La tournée a lieu le lundi de la fête, à partir de 16 heures et jusqu’à environ 20 heures. C’est une bouteille d’alcool que l’on enterre. Finalement, on feint une bagarre entre ceux qui veulent boire le liquide et ceux qui veulent le porter en terre. À la fin, ce sont ceux-ci qui ont le dessus, On a substitué une bouteille à un os de jambon pour éviter de heurter la susceptibilité des populations musulmanes habitant le quartier. En effet, pour elles, la viande de porc ne cadre guère avec l’ esprit de la fête.

Mais en 1992, on envisageait de recommencer à enterrer un os 76.

 

73. Vu en 1987, 198get 1991.

74. M. Jean-Denys Boussart (Liège).- Voir J.-D. BOUSSART, Saint-Pholien aux  jours de fête Profil populaire du quartier des Tanneurs (IV), dans La Vie liégeoise. n° 7. juillet 1974, pp. 13-15.

75. J. MEDARD, Pitite copène so « Djus d’la Mouse “. Tav’ lai d’moeur’s, dans Armanack des “Qwate Mathy ” po 1895, pp. 58-59.

76. père Germain Dufour (Pierreuse, Liège).

 

(p.28) La coutume d’enterrer les reliefs de la fête est cependant bien plus an-

cienne. Dans le journal La Meuse du 1 1 juillet 1884, on décrivait déjà la cérémonie funèbre . « Le cortège se forme en Pierreuse., il se compose d’une

vingtaine d’individus lesquels, pleurant dans des gazettes et exécutant les

plus cocasses des pratiques, escortent et portent processionnellement un simulacre de cercueil rempli d’ os de jambon, de croûtes de tarte, de reliefs de

tous genres recueillis dans la paroisse de Saint-Servais. Le cortège sera,

comme chaque année du reste, précédé d’une musique jouant des marches

funèbres. Après le parcours de la rue Pierreuse, le cortège traversera les rues

Agimont, Hocheporte et la Montagne jusqu’ auprès du cimetière de Sainte-

Walburge, et là, dans un champ particulier, après un discours abracadabrant,

on enterrera les reliquats de la festivité avec un cérémonial funèbre d’un sérieux toujours drôle. La fête Saint-Servais ne serait pas complète sans l’enterrement de Matî l’ohê”. Cet article est le plus ancien document liégeois

connu attestant l’enterrement d’un os dans le cadre de la fête paroissiale.

 

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, vers 1951, à une époque où

la population du quartier était encore en grande partie de souche belge, quelques fêtards s’ étaient réunis au café du Grand Puits, dans le bas de la rue. La

maison mortuaire se trouvait près de la gare du Palais. Comme actuellement

à Saint-Pholien, on distribuait des rondelles de cornichon ou de concombre

avant de prendre la route vers la dernière demeure de l’ OS77. Le musée de la

Vie wallonne possède encore une photographie qui montre l’enterrement de

1955. On remarque un homme tout de noir vêtu et portant un haut de forme.

Il figurait sans doute un croque-mort. Les quatre porteurs du cercueil étaient

vêtus de chemises de nuit blanches 78. La tradition de l’enterrement de l’os a

disparu vers 1959, date à la quelle une partie du matériel funèbre a été récupéré par la commune libre de Saint-Pholien 79.

 

– Saint-François de Sales et quartier du Laveu (Liège) : Dans les années vingt, l’enterrement de l’os avait lieu le jeudi de la fête, laquelle était fixée au dernier dimanche de juillet, Quelques musiciens jouaient des marches funèbres. On portait un os dans une espèce de petit cercueil. Il était suivi par un personnage pittoresque du quartier, Marie-aux-Pommes, une marchande de légumes, bien connue pour sa verve. Elle portait une botte de poireaux dans ses bras et poussait des cris en sanglotant. Quelques enfants couraient derrière elle 80.

 

77. M. Léon Desarcy (Liège).

78. J.-D. BoUssART, art. c’it., p. 14.

79. M. Jean-Denys Boussart (Liège).

80. Mme Gabrielle Léonard-Lejeune (Liège).

 

(p.29) – Sclessin (Liège) : De vieux mineurs enterraient la fête, rue du Parc, le

dernier jour des festivités. La tradition était encore d’actualité, à la veille de

la Deuxième guerre mondiale. Un des membres de l’équipée était nommé

le mayeûr dèlfièsse. Il portait un haut-de-forme et une redingote. Une fanfare, parfois improvisée, l’accompagnait. Les musiciens alternaient airs tristes et morceaux gais. Dans une charrette, une personne figurait le mort que l’ on allait porter à sa dernière demeure. À chaque halte, il se réveillait et ingurgitait force verres d’ alcool. Il semble que l’ on ait aussi enterré un os, certaines années 81.

 

Dans le quartier sur les Vignes, avant 1940 et probablement encore un peu après la guerre, une personne jouait le rôle du mort, lors de l’ enterrement de la fête. Ce personnage était nommé Matî l’ohê. Quelques musiciens faisaient partie du cortège. Le mayeûr du quartier portait un costume fait d’une toile de jute que l’on avait garnie des plumes de poulets que l’on avait  mangés lors des festivités 82.

 

Au Val-Benoît, on a également enterré l’ os, dans les années 1930. On

promenait un cercueil dans lequel on avait posé un os 83.

 

Wandre-Bas (Liège) : Vers le milieu des années soixante, il semble

que l’on ait enterré Matî l’ohê. On liait l’os, probablement extrait de la carcasse d’un boeuf, sur une échelle qui faisait office de corbillard. La fanfare alternait airs tristes et gais 84.

 

– Olne : La cérémonie du dernier adieu à Matî l’ohê a perduré jusqu’à

l’entre-deux-guerres. Il était enterré et non brûlé 85. La cérémonie avait lieu

le jeudi de la fête et quelques travestis parodiaient les litanies des saints que

l’on chantait aux Rogations . “Sins djambon, priez pour nous, sins cense,

sins dorèye, sins cleûsète,…” [Sans (saint) jambon, priez pour nous, sans

(saint) argent, sans (sainte) tarte au riz, sans (sainte) petite claie] 86.

 

– Haccourt (Oupeye) : Depuis 1976, l’ancien groupe des Botrèsses de

Haccourt organise sa crémation de l’ os. Elle a lieu devant le café le Derby,

en face de l’église. C’est également de là que part le cortège, en début de

soirée. Une quarantaine de personnes participent à cette ribote. Ce sont prin-

cipalement des habitués du café. Le cortège est accompagné par une harmonie

 

81. MM. Léon Bastin et Émi1e Degey (Sc1essin).

82. MM. Émi1e Degey et Léon Keuter (Sc1essin).

83. M. Émi1e Degey (Sc1essin).

84. Mme Gi1on-Gi11on (Wandre).

85. Mme Warnotte (01ne).

86. M. et F. FRISÉE, Olnoiseries, 01ne, 1982, p. 30.

 

(p.30) de Dalhem, Quand, après une petite dizaine de haltes, vers 22 heures, les

fêtards reviennent au café pour la crémation, une farandole se forme. Les

participants iront ensuite boire un dernier verre au café, où la tenancière leur

servira des petits pains fourrés 87.

Un enterrement de l’os était déjà organisé vers 1927-1928. À l’époque,

c’était le comité des socialistes qui le mettait sur pied. Mais aucun des participants actuels ne s’en souvient 88.

– Hermalle (Oupeye) : Un enterrement d’os de la fête a été organisé à

deux ou trois reprises par les… anciens combattants du village pour célébrer

la fin de la fête qu’ils organisaient à la Pentecôte. Les os étaient placés dans

un cercueil et l’ on s’ arrêtait dans les cafés et chez tous les notables de la société 89.

 

87 Vu le 24 août 1988.- M. Caps (Haccourt).

88. M. Demaret (Ans).

89. M. Jean Hardy (Hermalle).

 

(p.31) – Hermée (Oupeye) : Vers 1932, à une seule occasion, semble-t-il, un

enterrement de l’ os de la fête a été mis sur pied par les « rouges “, un des

partis de couleurs de la localité. Un cercueil renfermant un os était porté par

les fêtards 90.

 

– Vivegnis (Oupeye) : Au village, à la fin des années 50, il était déjà de

coutume d’enterrerMatî l’ohê91.

 

Dans le quartier du Wérihet, depuis 1990, Mathy l’ohey est à nouveau

promené solennellement jusqu’ au bûcher où on le brûlera, vers 21 heures, le

lundi, dernierjour de la fête. La crémation sera suivie par le bal de clôture.

 

Plusieurs prêtres et un marguillier font partie du cortège, dans lequel on

remarque aussi un gros contingent de pleureuses bien en voix. Dans sa bière,

Matî déambule dans le quartier, où de nombreuses pauses boisson sont orga-

nisées chez des particuliers, notamment rue Fût-voie… La fanfare qui rythme la marche joue alternativement des compositions tristes et des airs entraînants 92.

 

– Cornesse (Pepinster) : On a organisé un enterrement de Matî l’ohê

dans cette localité avant la Deuxième guerre mondiale 93. Alexis Dohogne

m’écrivait à ce sujet en 1987 . « De vieux Cornessiens qui ont plus de 90 ans

et encore un peu de mémoire se souviennent d’un feu qui terminait la fête

locale, la fête aux cerises (deuxième dimanche de juillet). Avec le feu, on

enterrait Mathi l’Ohai (Mathieu l’os). C’était un os de jambon qui avait été

consommé pendant la fête. On fabriquait un mannequin de paille dans lequel

l’ os était inséré et planté au milieu d’ un bon bûcher de bois. On arriv ait processionnellement avec Mathi l’Ohai en chantant sur un air un peu funèbre :

“O pôve Mathi l’Ohai, i va mori, i va mori” (Oh pauvre Mathieu l’os, il va

mourir, il va mourir). On allumait alors le feu à la tombée de la nuit et la

foule dansait des rondes en chantant jusqu’à ce que le feu fut éteint […] et on

se rafraîchissait au cabaret tout proche. Cette cérémonie de nos jours est

tombée dans l’oubli. C’est la bataille aux confetti qui la remplace, car cela

se passait avant la guerre 1914-1918. Il faut toutefois signaler qu’il y eut une

tentative en 1947 de remettre la coutume en vigueur. On ne renouvela pas la

tentative. “

 

De même, il semble qu’à Goffontaine on ait, jadis, organisé pareille céré-

Monie 94.

 

90. M. René Loly et Mme Closes (Hermée).

91. Mme Lejeune (Liège).

92. Vu le 1er juillet 1991.

93. MM. Kairis (Pepinster) et Alexis Dohogne (Comesse).

94. M. René Hurard (Spa).

 

(p.32) – Soiron (Pepinster) . Chaque année, le jeudi de la kermesse, on plaçait

un os dans un cercueil et on le promenait à travers le village avant de l’enterrer sur la place. Il y avait un croque-mort et des pleureurs, mais pas de

prêtre. La tradition a été abandonnée vers 1956-1957 Il y eut pourtant deux

résurgences. La première date de 1960. L’enterrement fit référence à l’indépendance du Congo. Plusieurs participants étaient costumés à la mode africaine. Puis, un cérémonial simplifié a été adopté pendant quelques années,

mais on n’ a plus organisé d’ enterrement depuis le milieu des années septante, semble-t-il 95.

– Tilleur (Saint-Nicolas) . On enterrait Matî l’ohê, autrefois. Il était notamment transporté dans la barque du passeur d’eau 96.

– Val-Saint-Lambert (Seraing) . On enterrait l’os, dans ce quartier, dans les années 1930 97.

 

Au quartier du Biez du Moulin, à Ougrée, le bourgmestre dèl pompe âs

ramons (durant une bonne partie de l’entre-deux-guerre, ce fut Hubert Stassin, dit Houhèrt âs longs djvès), vêtu d’une redingote et d’un haut de forme,

emmenait les fêtards, qui tous, portaient un ramon (balai). La veille de la cérémonie funèbre, le bourgmestre, qui en dehors de la fête remplissait cet office pour les enterrements, allait annoncer la dernière promenade. Il était

accompagné par un tambour. Le jour dit, la bande buvait dans les cafés et la

fanfare faisait alterner morceaux tristes et airs gais. Lors de cette tournée,

l’assistance aspergeait l’os de jambon avec un rameau de buis imbibé d’eau.

Le groupe se dirigeait finalement vers le bois Saint-Jean, où l’ on mettait le

relief en terre 98.

 

– Melen (Soumagne) : Depuis 1988, le comité des fêtes enterre Matî

l’ ohê. Lors de la première édition, celui-ci était figuré par des arêtes de poisson car le thème était la marine. Depuis, on utilise un os provenant d’une

épaule de bovidé, même si chansons et sketches font généralement référence

à un pourcê (cochon). Le cortège part de la salle du Centre culturel, le mardi

suivant le premier dimanche d’août. Il est composé de pleureuses vêtues de

noir, Mais on y remarque aussi des costumes évoquant le XVIIIe siècle. En

effet, depuis 1989, au terme de la tournée jalonnée d’une douzaine de haltes,

sur la place du village, on guillotinne les effigies de quelques personnes du

village, Elles sont condamnées parce qu’ elles sont suspectées d’ avoir attenté

 

95. MM. Jean-Louis Pesch et Adolphe Parotte (Soiron).

96. M. COMMINETTE, Julie-Amandine : toute la mémoire du quartier, dans La Meuse Liège, 2l juin 1989, p.5.

97 M. Nivarlet (Ivoz).

98. M. Roland François (Ougrée).

 

(p.33) à la vie du sieur l’ohê. Dans le procès qui oppose l’avocat, censé défendre

les villageois partisans de l’ Ancien Régime, et le représentant du ministère

public, partisan de la cause révolutionnaire, on fait souvent référence à une

personnalisation de l’ os. Selon les années, il aurait été un poisson rouge ou

un porc élevé dans une des étables de la localité. Par ailleurs, Matî est considéré comme le plus résistant des fêtards. Environ deux cents personnes assistent au procès, qui est suivi de la crémation de l’ os.

Durant la promenade qui conduit les reliefs au bûcher, les membres du

comité entonnent des chants dont les paroles sont rédigées en wallon et qui

font référence à des personnalités du village. Trois lurons coiffés de grosses

 

têtes en papier mâché participent aux réjouissances, Elles représentent respectivement l’ancien curé de la localité, le directeur des écoles communales

et l’ex-président du comité des fêtes. En outre, deux géants, dont l’un, Colas

l’ Borgimêsse, a les traits du dernier bourgmestre avant la fusion des

communes, et l’ autre, Marie, ceux de la dame qui tient le cercle local, figurent dans le cortège.

Pendant toute l’ après-midi, morceaux gais et tristes alternent et les mines

des participants s’ adaptent au rythme de la musique.

 

– Micheroux (Soumagne) : À quelques reprises durant les années 1930,

on a enterré la braderie en promenant un os à travers le quartier, Mais la manifestation n’ a guère duré 99. À Fécher, à plusieurs reprises au milieu du siècle, on mena également l’ os à sa dernière demeure, le mardi de la fête 100.

 

– Fraipont-Campagne (Trooz) . Avant la Deuxième guerre mondiale, on enterrait Matî l’Ohê. Deux participants au cortège figuraient le maïeur et

le curé. Le groupe allait enterrer les os des jambons que l’on avait mangés

durant la fête et qui avaient été déposés par les fêtards dans une caisse censée représenter le cercueil 101 ,

– Verviers : Dans une conférence concernant les anciennes coutumes de la ville, donnée en 1865, J,-F. Xhoffer notait que dans la cité lainière, le jeudi de la fête, on se réunissait pour enterrer l’os, “c’est-à-dire ronger l’os du jambon ” 102.

– Cheratte-Haut (Visé) : À Cheratte-Haut, l’enterrement de l’os n’est

organisé qu’irrégulièrement. La dernière édition a eu lieu le dimanche

27 août 1989, La tradition remonte au moins aux années vingt. Hormis une

interruption due à la guerre, mais qui dura jusqu’en 1949, le cortège fut organisé chaque année jusqu’en 1959. Puis il se déroula tous les cinq ans jusqu’en 1979. Les dernières éditions ont eu lieu en 1980 et 1989, le deuxième dimanche de la fête. Mais autrefois, la cérémonie était organisée le jour précédent. Les participants doivent tous être costumés en noir, y compris les musiciens.

Durant le trajet entre les débits de boissons et les maisons des particuliers

sympathisants, le prêtre entonne des litanies en pseudo-latin, qu’il a lui même composées en 1979 .

 

Vola l’ fièsse so s’ frake

Fat-st-arèdjum.

Vîs camarâdes, nos-alans bin l’ ètérum

Pwisqui dusqu’à l’ an.nèye èl va rispwèzum.

Mins come…

 

Refrain repris par l’ assistance :

Tant qu’il y aura des coqs dans un village,

Il y aura des poules à surveiller,

Les p’tits oiseaux sortiront des cages

Pour écouter le rossignol chanter.

 

99. Mme Vaessen (Melen), Mme et M. Gérardy (Soumagne).

100. M. et Mme Gérardy (Soumagne),

101. M. Jean Lahaye (Fraipont-Campagne).

102. Verviers anc.ien. Conférence sur les anciennes coutumes de Verviers donnée au Cerle littéraire verviétoisparJ.-F Xhoffer, Verviers, 1866. p.26.

 

(p.35) Si de l’ amour vous craignez les ravages,

Dites-vous bien, fermant vos poulaillers :

Tant il y aura des coqs dans un village,

Il y aura des poules à surveiller.

Tûsez à ci qu’ èst stindou là,

Lu qui n’ poûrè min.me pus houmer on hèna.

O, binamêye sinte brèssèrum !

I fåreût bin qu’ on l’ fèsse è s’ plèce,

Pôve fièsse!

 

Refrain

 

I nos fåreût co on tonê di bîrum

Po sayî d’ fé raviké noste ome.

A l’ vole !

Domine, apportez tout de chez vous chez nous

Et rien d’chez nous chez vous.

 

Ce à quoi l’assistance répond « Amen “.

(p.36) (Voilà la fête terminée, / Faut enrager. / Vieux camarades, nous allons bien l’ enterrer / Puisque jusqu’à l’année prochaine elle va reposer. / Mais comme…

Pensez à celui qui est étendu là, / Lui qui ne pourra même plus vider un verre de genièvre. / Oh, bien aimée brasserie ! / I1 faudra bien qu’ on le fasse à sa place, /

Pauvre fête !

Il nous faudra encore un tonneau de bière / Pour tenter de ressusciter notre homme. / Rapidement ! / Seigneur, apportez”.).

 

Seules les femmes éclatent en sanglots. Les hommes restent dignes. Outre

l’ os, la bière renferme une bouteille de pèkèt. Elle est posée sur une charrette

tirée par un âne et précédée par un curé. Celui-ci est entouré depuis 1989 par

deux enfants de choeur. Après avoir fait le tour de la paroisse, jalonné d’une

dizaine – jadis le double ! – de haltes dans des cafés ou chez des particuliers, le cortège va enterrer l’ os à proximité de la salle Braham, qui est aussi le point de départ de la manifestation. Lors des précédentes éditions, on n’avait pas procédé à un enterrement ou à une crémation. Il s’agit d’une nouveauté de l’édition de 1989 103.

 

Richelle (Visé) : Il semble que la tradition d’enterrer l’os ait existé jadis à Richelle. On a même essayé de la relancer en 1985, sans grand succès 104,

– Devant-le-Pont (Visé) . On a enterré l’ os de la fête, au moins une fois,

peu après la Deuxième guerre mondiale, vraisemb1ablement vers 1948 105.

 

– La Prihièle (Visé) . On a organisé l’enterrement de Matî l’ohê avant la

Première guerre mondiale, le mardi, dernier jour de la fête 106, et peut-être

encore à quelques reprises après le conflit suivant. L’assistance était costumée

 

 

103. MM. Abe1 Braham et François Wa1théry (Cheratte-Hauteurs), M. Henri Denis (Remouchamps).- Vu en 1989.

104. Abbé Raymond Delhez (Riche11e).

105. MM. A1bert et Jean Massin (Visé).

106. C.C., Parlons un peu de la Prihielle ?, dans Post-Scriptum. Visé-Magazine, n°9, septembre 1987 p. 3.

 

(p.37) en noir et une harmonie alternait morceaux tristes et réjouissants. Il n’y

avait pas de curé 107.

– Sarolay (Visé) : La fête paroissiale se clôtura d’abord le jeudi suivant

le dimanche après le 15 août. Cejour, on enterrait l’os. Après 1870, le dernier adieu à l’os fut organisé le dimanche de l’octave 105.

 

– Souvré (Visé) : Le Comité des fêtes de Souvré a renoué avec la tradition de l’enterrement de l’os, en septembre 1991, à l’occasion de la fête paroissiale, Précédés d’une fanfare, les deux porteurs de l’immense cercueil où gisait l’os entraînaient derrière eux un curé et deux acolytes. Derrière, on apercevait quelques pleureuses et des hommes en vêtements de deuil 109.

 

– Lanaye (Visé) . Le lundi de la fête (souvent amenée par le premier ou le deuxième dimanche d’octobre), depuis l’immédiat après-guerre, la société des «Amis unis», considérée comme étant plutôt de gauche, enterre l’os de la fête, Matî l’ Ohè. Les reliefs sont transportés dans un petit cercueil, puis brûlés ou enterrés. Certaines années, on vit des membres du cortège endeuillés et l’un ou l’autre se costumer en prêtre. On chantait, sur l’air de la marche funèbre, de Chopin :

 

Je suis foutu,

Je suis rempli jusqu’au-d’sus (bis)

Y a plus rien qui passe (bis) 110.

 

– Nivelle (Visé) : Peu après la Deuxième guerre mondiale, on a organisé

l’enterrement de l’os à la Maison du peuple locale 1 11, Vers la même époque,

semblable coutume a existé à Lixhe (Visé) 1 12.

 

– Waremme : Dans la ville hesbignonne, l’enterrement de l’os existe depuis au moins la fin des années quarante. Il est organisé le mercredi (autrefois le jeudi) suivant le dernier dimanche d’ août par le comité des fêtes de la Porte de Liège. Il n’y a pas d’offrande pour l’os, mais on vient le saluer une dernière fois dans un garage. Le cortège funèbre de Maty l’ Ohey, fort d’ environ septante personnes, part ensuite d’un café et se dirige vers la champ de foire, place Gérardmer, où aura lieu la crémation. À ce moment, des feux de Bengale seront également allumés.

 

107. Mme Jeanne Moreau (Devant-1e-Pont).

108. M. COLLEYE, Argenteau et les environs. Notice historique sur la Basse-Meuse. 2e éd.,

Liège, Société industrie11e d’Arts et Métiers, 1923, p. 139.

109, Enterrement de Mathî l’Ohey à Souvré, dans Visé magazine, 10 octobre 1991, p. 1.

110. Mme Henriette Bairolle et M. Joseph Hanquet (Lanaye).

111. M. Joseph Hanquet (Lanaye).

112. Mme Henriette Bairo11e (Lanaye).

 

(p.38) Le géant Mémé, des Joyeux Pierrots locaux, et quelques pleureuses parti-

cipent au tour du quartier. Autrefois, il semble qu’il y ait eu aussi un curé.

La fanfare alterne les morceaux tristes et les airs gais. Quand la musique se

fait funèbre, les pleureuses et les autres participants au cortège s’approchent

du cercueil et pleurent tout leur saoul. Le trajet, d’une longueur inférieure à

un kilomètre, est jalonné de feux de Bengale que l’on allume durant la procession 113.

 

– Acosse (W asseiges) : Le lundi de la fête, soit le jour qui suit le

deuxième dimanche de juillet, on brûle un mannequin pour solenniser la fin

des festivités. L’usage semble récent et ne doit guère être antérieur à une dizaine d’années 14.

 

Matî l’ ohê a laissé des traces dans le langage populaire. En guise de satire

contre les maigres, les enfants criaient :

 

113. Mme Lucienne Delooz-Renard. abbé Alfred Renier, MM. Delleuze, Edgard Cham-

pagne, Armand Char1ier et André Hougardy (Waremme).

1 l4. Mlle de Mameffe (Acosse).

 

(p.39) Matî l’ ohê

Qwate bosses, qwate ohês

(Mathieu l’os, / Quatre bosses, quatre os).

 

Pour rendre irrévocable une donation qui venait de lui être faite par un camarade, un enfant de Liège touchait ou baisait un objet en fer en disant :

 

Crâs boyê,

Matî l’ohê,

Vos nè l’ rârez pus jamês.

Dj’ a bâhî dè fièr.

 

(Boyau gras, / Mathieu l’os, / Vous ne le récupérerez plus jamais; / J’ai baisé du fer) 115.

Cette formule doit être mise en rapport avec une autre, citée dans l’ Aurmonak de l’ foleëe. On y indique que le mercredi des Cendres, pour rendre un don irrévocable, les enfants disaient :

 

Crâs boyê

Matî l’ ohê

Vos nè l’ rârez pus jamaîs

Dj’ a magni dè fièr 1 16.

 

L’enterrement de l’os est connu au-delà de la frontière linguistique dialectale. Dans l’entité de P1ombières et à Membach, où le dialecte relève du francique ripuaire, on enterre Schinke Knoack ou Kermes Knoack (1’os du jambon ou l’os de la fête). Schincken Knochen a été aussi porté en terre à l’issue du carnaval, à Moresnet, Ce qui m’incline à penser que l’on a pu, ici aussi, assister à un glissement du cycle carnavalesque à la fête paroissiale.

 

– Membach (Baelen) : Jadis, on enterrait Schenke Knook (os de jambon),

le dernier jour de la kermesse. Un trou était creusé dans lequel on enterrait

l’ os. Mais avant de procéder à ces adieux touchants, on suspendait à une

roue l’os et la bouteille de pèkèt vide qui l’accompagnerait dans son dernier

voyage. Ce n’était que lorsque les cordes retenant ces deux objets avaient

été coupées que le cortège allait les porter en terre 117.

 

l15. E. MONSEUR, Le folklore wallon, Bruxelles, [1892], nos 1499 et 1601, pp.110 et 118.

116. Aurmonak dè l’foleie, s.l.n.d., p. 46.

117. M. Joseph Vi1vorder (Membach).

 

– Gemmenich (Plombières) : Le mercredi de la fête, une douzaine de fêtards promenaient jadis de café en café un os que l’ on avait pendu à une canne ou que l’ on transportait dans une brouette que l’ on av ait recouverte d’un voile noir. Les participants étant réputés sans le sou en ce lendemain de kermesse, le cafetier était obligé de leur verser au moins deux verres. La tradition s’est perdue voici quelques années 118.

 

– Montzen (Plombières) : Déjà d’actualité avant la Deuxième guerre mondiale, l’enterrement de Schinke Knoack, le mardi de la fête, soit celui qui suit le premier dimanche d’ août, a été remis sur pied voici une dizaine d’ années. Il coïncide av ec une farandole qui réunit environ soixante personnes. Celle-ci part du local de la société de tir Saint-Étienne. La troupe est emmenée, bouquet à la main, par son roi de l’ année et son épouse, Il est suivi par celui de la société Sainte-Barbe. Le roi de la société Saint-Étienne creuse un trou dans lequel il dépose l’ os de jambon, que ses valets conservaient dans un linceul. Les membres de la société mettent alors les confettis en vente et la bataille peut commencer entre les jeunes qui fréquentent le champ de foire tout proche 119.

 

– Moresnet (Plombières) : On a enterré un os du carnaval à une ou deux

reprises peu après la Deuxième guerre mondiale, le mardi gras ou le mercredi des Cendres, pour marquer l’entrée en Carême. C’était le Schincken Knochen. Le cortège, formé des cafetiers de la localité et de quelques fêtards, a

disparu. Entre les différents cafés, la bande formait une chaîne ouverte. Une

bande de musiciens les accompagnait. Aujourd’hui, à l’issue du cortège de

Kenehemo (pour Kelmis – Neu-Moresnet – Hergenrath – Moresnet), il est encore de coutume de manger un cochon en commun, le lundi de carnaval. À

La Calamine aussi, on a procédé à plusieurs reprises à l’enterrement d’un os,

autrefois. Aujourd’hui, le mercredi des Cendres, certains vont en bandes

manger du poisson dans les restaurants de la localité 120.

 

– P1ombières : Avec des hauts et des bas, l’ enterrement de l’os de la fête

a résisté aux injures du temps. Il existait dès avant 1e premier conflit mondial, mais il semble qu’il ait pris de plus en plus d’ampleur après 1918. À

l’ époque, on se réunissait dans un café. L’établissement pouvait varier d’une

année à l’autre. Ensuite, on a11ait enterrer bruyamment l’os en cortège, tout

en s’ arrêtant dans quelques « chapelles ” 121.

 

118. MM.Jean Kerffet Joseph Leclercq (Gemmenich).

119. Vu le 4 août l987 – Voir aussi les témoignages de MM. Henri Nyssen, Albert Ty-

chon, Ch. Schyns et Paul Franck (Montzen).

120. MM. René Stollenberg et Jean Kerff-Piters (Moresnet).

121. MM. Vandermeulen et Ernest Pirenne (Plombières).

 

(p.41) Puis la cérémonie perdit progressivement de son éclat. On en était arrivé à ce que des jeunes promènent un os de café en café avant d’aller l’enterrer

avec vacarme. Cela se passait l’après-midi et avec beaucoup moins d’ éclat

qu’aujourd’hui.

 

C’ est le café du Centre qui, en 1954 ou même avant, a repris la tradition.

Les participants ont essayé de remettre à l’honneur l’ancien cérémonial voici une quinzaine d’années. Le mercredi de la fête, soit celui qui suit le dimanche précédant le 15 août, la cafetier propose d’épaisses tranches de pain

garnies de jambon à sa clientèle. Vers minuit et demi, le cortège se prépare.

C’est une assemblée très bruyante. Nombreux sont ceux qui ont pris des objets sur lesquels ils frappent avec acharnement. De vieux tuyaux, des cendriers du café, des plaques métalliques, un radiateur, des casseroles… Tout est bon pourvu que cela puisse produire un tapage infernal. Après un quart d’heure de vacarme dans le café, la bande sort et se répand dans les rues du village. Les participants ne sont pas masqués. Cependant, l’un ou l’autre porte un élément de costume, tel un casque de chantier. Depuis 1986, on a pris l’habitude de se ceindre la tête d’un bandeau blanc confectionné avec du papier hygiénique. C’est un signe distinctif du groupe.

 

(p.42) Celui qui devra creuser, en principe le propriétaire du terrain où l’on va

enterrer l’os, doit s’attendre à l’une ou l’autre blague, telle que l’enduisage du manche de la bêche avec du sirop. La patronne du café est chargée du transport de l’ os. Elle le tient en bouche ou le pose sur un plateau. Un troisième responsable a été choisi. Il devra s’assurer que la fosse est assez grande et profonde. Elle doit avoir les dimensions d’un corps humain. La trentaine de centimètres de profondeur doit également être atteinte avant que l’on puisse procéder à 1’inhumation.

 

Mais avant d’arriver à la pelouse funèbre, on s’arrête, certaines années, quelques instants à l’endroit où repose l’os de l’année précédente. Un de ceux qui ont creusé la fosse cette année-là prononce alors un petit laïus de circonstance à la mémoire du disparu.

 

Arrivé à la pelouse où reposera l’os de l’année, celui qui a été désigné comme fossoyeur se met à creuser. Avant de descendre l’os au fond, chacun lui donne un baiser ou le rogne une dernière fois. Vient alors le moment des derniers adieux. On pique un bouquet de fleurs en terre et certains se prosternent devant le trou, Mais l’os sera déposé dans la fosse sans qu’on le pleure. Une chanson de circonstance est entonnée en principe par un des fossoyeurs de l’ année précédente. Puis vient l’heure de la séparation définitive.

Le retour est aussi bruyant que l’aller. Lorsque tous sont revenus au café, le tenancier offre à boire à tous les rescapés. Il est possible que certains fêtards exécutent un sketche. En 1987, environ soixante-cinq personnes ont participé à l’ enterrement, ce qui était considéré comme un record. Cette année-là, l’animation musicale était assurée par une discothèque mobile. Mais d’habitude, on a plutôt recours à un accordéoniste 122.

 

D’ autres formes d’enterrement ou de terminaison de la fête ont été notées

en province de Liège. Parmi celles-ci, on notera la tournée du Ridodoye, à

Cheratte-Bas, les tournées des transparents, à Visé et Berneau (Dalhem), le

bot (hotte) à Vierset-Barse (Modave), la chasse du vèheû (putois) dans la

frange sud de l’ Ardenne liégeoise et le brûlage de la haguète en région malmédienne,

– Cheratte (Visé) .’ La fête locale, en septembre, se clôture depuis 1980

par la promenade des Ridodoyes. Le lundi, en fin d’après-midi, ils prennent

part à un cortège qui évoque un personnage du cru, affublé lui aussi du sur

 

122. Vu le 13 août 1987.- Voir aussi les témoignages de MM. Geelen, Vandermeulen, Emest Pirenne. Roger Naval et de Mme Aerts (Plombières).

 

(p.43) nom de Ridodoye. Le vrai porteur de ce nom est décédé voici une vingtaine d’ années. Il devait son surnom à une suite de cartes, au jeu de whist 123, Victime d’un cancer de la gorge, il ne pouvait plus parler. C’est pourquoi,

quand il voulait commander un autre demi au café, il frappait avec un crayon sur son verre. De là les fêtards portent un crayon et une chope à leur cou, symboles du disparu. Les membres du comité sont vêtus de robes amples et de chapeaux pointus. Leur tenue n’ est pas sans évoquer celle des pénitents de Fumes, par exemple. Autre emblème du groupement : le tonneau

de bière, Depuis une douzaine d’ années, il fait l’ objet d’un tirage au sort lors

du retour à la guinguette. L’heureux gagnant du récipient sera chargé de le

conserver jusqu’ aux festivités suivantes. Il entrera gratuitement à chaque activité organisée par le groupement durant son année de gardiennage et se

verra payer un verre par tous les membres du comité, ce laps de temps écoulé. Mais il devra également parer aux ruses de tous ceux qui essaieront de

venir lui dérober le tonneau à son domicile. Tous les moyens seront bons.

On ira jusqu’à utiliser des échelles pour pénétrer dans la demeure du gardien. Mais, afin de pouvoir terminer la fête avec tout le faste voulu, on le rendra à son détenteur avant le lundi, jour du cortège.

Participeront également à cette promenade musicale une espèce de mannequin géant, fixé à une charrette, et le baron, qui se distingue de ses confrères par son costume jaune surmonté d’une cagoule blanche, c’est-à-dire les couleurs de la bière. Le géant est prénommé « Hubert », comme le vrai Ridodoye, qu’il est d’ailleurs censé représenter avec le costume de la troupe et ses attributs 124.

 

– La Prihièle (Visé) : Jadis, il était de tradition de sortir le transparent pour mettre un terme aux fêtes de quartier visétoises. Il semble que la coutume ait vu le jour peu après la Première guerre mondiale, Le transparent est une espèce de grande boîte, dont quatre côtés sont couverts d’étoffe. Ces faces évoquent, souvent de manière satirique, un quartier de la ville. Des bougies se consument à l’intérieur, donnant ainsi au transparent l’allure d’une énorme lampe vénitienne 125.

La tradition de sortir le transparent était connue dans d’autres quartiers de

la ville, naguère encore. Souvré, la Chinstrée et le Perron possédaient aussi

leurs boîtes à lumières. À Souvré, il semble que l’on ait mis un terme à la

coutume une dizaine d’ années après la guerre. Chinstrée a tenté de remettre

la sortie du transparent sur pied il y a une douzaine d’ années, mais l’ énorme

luminaire a été volé et l’on n’a plus continué.

 

123. La Meuse Liège, 21 août 1980, p. 5.

124. Vu 1e 11 septembre 1989.

125. C.C., Parlons un peu de la Prihielle ?, dans Post.Scriptum. Visé-Magazine, n°9, septembre 1987, (pp. 3-5).

 

(p.45) Les sorties du cråmignon et du transparent étaient parfois l’occasion d’af

frontements entre quartiers. Des commandos épiaient les fêtards et leur fanfare. S’ils relâchaient leur attention, les habitants des quartiers rivaux essayaient de leur subtiliser le transparent, ou tout au moins d’en arracher un morceau. C’ est pourquoi il était d’usage d’ entourer la boîte à lumières de quelques gardes musclés. À Visé, on se souvient de bagarres homériques et de quelques crêpages de chignons. Mais, affirme une chanson intitulée Fièsse d’èl Prihièle (fête de La Prihièle), nosse transparant rote todifîr èn-avant. I s’ foute dès tant-a-fêre qu’ li cwèrè misère (notre transparent court toujours fier en avant. Il se fiche des empressés qui l’ennuyent) 126.

 

La tradition de sortir le transparent à la fête de La Prihièle a été reprise en 1988. Elle avait été abandonnée, semble-t-il, voici une vingtaine d’ années. Ici, le cråmignon et la sortie du transparent se clôturent par la décapitation

 

126. Sur une musique de F. Mahieu. Extrait du premier couplet.- Une autre chanson de la promenade du transparent est publiée par R. MATHU, Chansons et cramignons de Visé et environs (2), dans Notices visétoises, n°39-44, septembre 1991 – décembre 1992. pp. 236-238.

 

(p.46) de l’oie en face de la salle des Anciens arquebusiers. Puis on s’engouffre

dans ce local, vers 21 heures, pour participer au bal de c1ôture 127.

Le transparent était également connu à Berneau (Da1hem). Quelques loustics le promenaient à l’ occasion de la fête paroissiale. Constitué de deux feuilles translucides éclairées par des bougies, il figurait une scène comique qui s’était déroulée durant l’ année. On se souvient ainsi de dessins représentant un fermier qui avait été renversé par son taureau, d’un autre qui ne savait comment arrêter 1e moteur du premier tracteur qu’il avait acheté, d’une scène de ménage et d’un petit fermier qui portait 1e purin aux champs avec deux seaux. La coutume a disparu, mais il paraît que certains transparents sont encore conservés au village 128.

 

127. Vu le 11 septembre 1989,

128. M. Sylvain Haesevoets (Berneau).

 

(p.47) On sortit un transparent au moins à une reprise, au milieu des années

trente, à Dalhem. Il portait un message satirique 129.

 

– Vierset-Barse (Modave) . Le samedi de l’octave de la fête, soit celui qui suit le deuxième dimanche d’ octobre, on fait le bot. Le bot était la hotte de la fameuse botrèsse. Avant la Deuxième guerre mondiale, nombreux étaient les villageois qui participaient à cette tournée. Dans le cortège, des femmes portaient le bot où l’ on entassait des tartes. La joyeuse bande était accompagnée par un accordéoniste et parfois par un autre musicien, tel un trompettiste. À la fin du tour du village, les participants se réunissaient sur la place et allaient déguster les pâtisseries récoltées dans les cafés du village. Avant le conflit, la manifestation avait lieu le mardi de la fête. Celle-ci était définitivement clôturée après les jeux populaires de l’octave 130.

 

Les organisateurs des festivités, déguisés selon un thème, font le tour du

village avec une fanfare, installée sur un char garni de branches de sapin, de

guirlandes et de lampions. Il arrive que des majorettes accompagnent la

troupe. On va quêter des bouteilles, de l’argent et de la tarte dans les mai-

sons. Les sympathisants servent parfois la goutte à l’équipée. L’argent sert à

payer des tours de manège pour les enfants. Quant aux bouteilles et aux

tartes, elles serviront à mettre joyeusement un point final à la tournée en buvant encore de nombreux «petits derniers “, Malheureusement cette coutume, qui a subi une longue interruption après la guerre, a perdu une bonne partie de son authenticité. On peut notamment regretter que l’on n’utilise plus le bot traditionnel 131.

 

Cette coutume n’ est pas sans rappeler la visite que faisaient quelques habitants de Fize (Crisnée) et Momalle (Remicourt) à la fête de Kemexhe (Crisnée), le samedi du troisième week-end d’ août, Ils venaient, bot au dos, quêter des saucisses et des tartes. À l’époque, les tartes n’étaient consommées qu’à cette occasion au village. Les quêteurs chantaient Vîve li fièsse à K’mèhe, c ‘èst l’ fièsse li pus djoyeûse (Vive la fête de Kemexhe, c’est la fête la plus joyeuse). Ils entraient, parfois d’autorité, dans les maisons et y dansaient. Il paraît que certains visiteurs n’hésitaient pas à dissimuler un enfant dans leur bot. Au gré des mouvements du danseur, le mioche décrochait, ni vu, ni connu, des saucisses qui pendaient. Tous ces quêteurs arrivaient en groupe, accompagnés par un accordéoniste. Cette coutume a disparu vers 1924 132.

 

129. M, François Tans (Dalhem).

130, M, Louis Burton (Vierset-Barse).

131. MM. L. Bi11en, Louis Burton, Guy Marteau et Luc Elloye (Vierset-Barse).

132. M. François Dupont (Kemexhe).

 

(p.48) – La chasse au vèheû : En Ardenne liégeoise, on ne semble pas avoir

connu la tradition d’aller enterrer les reliefs de la fête. On chassait le putois,

que l’ on nomme vèheû ou vècheû en wallon. Cependant, le personnage a

mal résisté aux injures du temps. Ce qui n’empêche que dans quelques localités, on nomme encore la tournée du dernier jour de la fête ou du carnaval tchèssî l’vèheû, Léon Marquet a montré que cet usage devait primitivement être un rite d’expulsion de l’hiver, personnifié par un type aux vêtements déchirés dont le dos était orné d’une queue de putois ou de renard. Cette chasse au putois se déroulait jadis à l’Épiphanie. À l’origine, la chasse au vèheû n’était pas un rite de terminaison. Affirmer qu’elle en serait devenu un est sujet à discussion. Néanmoins, au fil du temps, la chasse est devenue autant une quête qu’une invitation à participer au dernier bal de la fête. De ce fait, la chasse présente des traits communs avec l’enterrement de la fête qui, lui aussi, était bien souvent le prélude à la dernière soirée dansante.

 

À Villettes (Lierneux), le dimanche de la fête (premier week-end de juillet), on organisait aussi la chasse au vèheû. Y participaient une cinquantaine de jeunes hommes en sarraus et des filles. Durant leur tour du village, ils recevaient à boire chez l’habitant 133.

 

Awan (Aywaille) a également organisé sa chasse au vèheû. Elle a disparu

avant la Deuxième guerre mondiale. Un des fêtards était déguisé et allait

chercher boisson et victuailles dans les maisons 134.

 

À Chambralles (Aywaille), on a également mis un terme à la fête en chassant le putois, Ici aussi, il s’ agissait d’un villageois déguisé 135.

 

À Xhoris (Ferrières), il semble que ce que l’ on nomme aujourd’hui le cråmignon était autrefois une chasse au putois 136.

 

Léon Marquet me signale qu’on a également chassé le vèheû à La Reid

(Theux), avant la Première guerre mondiale. Celui qui représentait le putois

était vêtu de hardes. On possède aussi une attestation de chasse au putois

pour Malmedy, au XVIIe siècle 137.

 

133. M. Lambotte-Monville (Villettes).

134. M, Fernand Bastin (Awan).

135. Mme Germaine Pecheur-Copay (Chambralles).

136. S. MEURANT, Enquête sur l’ état actuel de la fête en Wallonie, dans Document de tra-

vail, n°1 1, Bruxel1es, Institut de Sociologie de l’U L.B., décembre l971, p. 34.

137. M. Léon Marquet (Spa)

 

(p.49) D’ après Gérard Grégoire, le mardi de la fête de novembre (grande fête), à La Gleize (Stoumont), autrefois, on allait tchèssî l’ vèheû. Un homme était

costumé de manière grotesque et était censé figurer le vèheû. En soirée, il

prenait la tête d’un cortège qui allait dans chaque maison chercher jeunes

gens et jeunes filles pour aller danser. Par la même occasion, la bande quêtait également des OEufs, du pain et du lard. Ces ingrédients servaient à faire

une bonne « fricassée 44 dans la salle où le bal aurait lieu. Louis Remacle notait pour sa part que c’est en 1883 que l’on aurait chassé le vèheû pour la dernière fois à Moulin du Ruy (Stoumont) 138.

À Basse-Bodeux (Trois-Ponts), la tradition a disparu récemment. La chasse au putois était organisée le mardi de la fête par le Comité des fêtes.

Elle consistait à entrer dans les maisons pour inviter tous les occupants au bal donné en soirée. Personne n’était déguisé. Il y avait parfois un accordéoniste sur le char qui accompagnait la jeunesse lors de sa tournée 139.

 

Pour Stavelot, on dispose du témoignage de Louis Detrixhe, datant de la

fin du siècle dernier : « Le mercredi de la fête paroissiale, la jeunesse choisit

un habitant, n’ importe qui d’ ailleurs, qui veut bien se charger du rôle de

porte-faix. On le promène, porteur d’une hotte, dans toute la section; le groupe, musique en tête, pénètre de droit dans les habitations et impose à tout chef de famille de déposer dans la hotte, si peu que ce soit de victuailles quelconques : beurre, lard, jambon, farine et surtout des oeufs. La tournée finie, la troupe joyeuse se rend au lieu ordinaire où se réunit la jeunesse, et là, on prépare avec toutes ces sortes d’ aliments, une olla potrida pantagruélique que l’on appelle groumotte, et qui sert à la ripaille. C’est le couronnement de la kermesse, de la « fête 44 comme on dit ici, et les copieuses rasades qui suivent en sont le couvre-feu 44 140.

A Hockai (Stavelot), les jeunes allaient tchissî leû vèheû. L’usage a disparu au début du siècle, selon L. Colette, dont Charles-J. Comhaire avait recueilli le témoignage en 1914.

 

Dans la même entité, on allait tchèssî l’ vèheû à Ster, le mardi gras. Voici

ce qu’écrit Léon Marquet à ce sujet : «Chaque famille, ayant une ou plusieurs filles, recevait la visite des jeunes gens qui formaient le cortège avec drapeau et musique. Les musiciens s’installaient dans un coin, et l’on dansait la maclote. Mais, pendant ce temps, le vèheû était en chasse. Deux ou trois farceurs allaient sournoisement rôder par les granges et les hangars, à la

 

138. L.REMACLE, Glossaire de La Gleize, Liège, 1980, p. 158.

139. M. Roger Hourand (Basse-Bodeux).

140. Wallonia, t. 1, 1893, pp. 59-60.

 

(p.50) recherche des nids de poules dont ils emportaient les oeufs, allant même jusqu’à dérober du lard ou du jambon. « C’est le jour qui le permet », disait-on.

S’ils n’avaient rien trouvé dans le garde-manger, les jeunes allaient demander quelque chose po l’ vèheû, au maître du lieu. La récolte entrait dans une

omelette au lard monstre qui régalait toute la bande. La tournée était aussi

l’ occasion de jouer des blagues, Une dame du village se souvient, alors qu’ elle était jeune fille, avoir été attachée à une échelle. Les jeunes gens la transportèrent chez la voisine. Nous voyons donc qu’à Ster, comme à Malmedy, mais sous une autre forme, c’est au carnaval qu’apparaît «le putois » 141. Aujourd’hui, à Ster, on chasse encore le vèheû au carnaval; mais l’expression désigne simplement la tournée de collage des affiches au cours de laquelle on collecte encore des OEufs. Dans les maisons, on sert aussi, de temps à autre, un verre de pèkèt et d’ autres boissons, alcoolisées ou non. Il n’y a plus de personnage représentant le putois. Il semble d’ ailleurs qu’il en allait déjà ainsi vers 1900 142.

Jean Haust citait d’autres localités de la province de Liège où la chasse au

putois était jadis organisée à la kermesse. Parmi celles-ci : les villages de la

région de Malmedy, Lorcé, Stoumont et Wanne (Trois-Ponts) 143. À cette

liste, on peut encore ajouter la « chasse » du mardi de la fête, à Sart (Jalhay)

et celle de Jevigné (Lierneux).

À Malmedy même, le putois est un type carnavalesque, dont le rôle n’ est

pas lié à un rite de terminaison de la fête. Cependant, les Malmédiens célèbrent avec faste la fin de leur carnaval. Pour ce faire, ils brûlent la haguète.

La cérémonie, qui était programmée le mercredi des Cendres, avait été supprimée de 1854 à 1869 144, puis à nouveau en 1891. Elle fut rétablie en 1954.

 

141. L. MARQUET, Origine d’un type carnavalesque .Le vèheû de Malmedy, Bruxelles,

1977, p. 20.

142. L, MARQUET, art. cit . p. 20. Ce texte s’ inspire du témoignage de C. Nicolet (Wallonia, t. IX, 1901. p. 21).- Voir également L. MARQUET, Carnaval d’hier et d’aujourd’hui en Ardenne liégeoise, dans Tradition wallonne, t. III, 1986, pp. 75-82.- Enquêtes sur place en 1988 et en 1992. Mmes Thomas et Germaine Hugo, MM. Hugo et Gilbert Jamar (Ster), M. Dominique Noël (Meiz).

143. Bulletin de la Commission royale de Topon. ymie et de Dialectologie, t. II, 1928, p. 278.

144. D’après Maurice Lang. Cf M. LANG, Le très ancien carnaval de Malmedy, dans Catalogue de l’ exposition Le carnaval traditionnel en Wallonie, du 12 septembre au 31 octobre

1962, Binche, 1962, p. 88.- Cependant A1bert Leloup mentionne une crémation de la haguète pour 1868. Cf A. LELOUP, Le carnaval de Malmedy, dans Le Pays de Saint Remacle, n° 2, 1963, p. 89.

 

(p.51) Mais depuis, elle se déroule le mardi gras. C’est un responsable de la manifestation qui boute le feu au bûcher tandis qu’une poésie de circonstance est lue devant la foule. Depuis le rétablissement de 1954, on brûle toujours un

mannequin qui représente le type carnavalesque de la haguète. Mais au XIXe siècle, « il a été question du brûlement de « l’ os “, du brûlement de «l’os ou haguète malmédienne” ou simplement de la haguète” 145. Ce mot ne signifiait pas nécessairement qu’il s’agissait du type carnavalesque, ainsi que le montrent Henri Bragard 146 et des documents du milieu du siècle dernier, cités par Albert Leloup.

La plus ancienne mention du brûlage d’un mannequin qu’il cite remonte à

1849. Elle est postérieure de dix ans àla «Charte du carnaval” de 1839, publiée par Maurice Lang. On y stipule qu’ « il sera permis à la jeunesse de brû1er les mascarades pendant la soirée du mercredi des cendres et de faire le

 

 145. ID., p. 88, note 4.

146. H. BRAGARD, Le carnaval de Malmédy, dans Wallonia, t. VII, 1899, pp.45-47.

 

(p.52) tour de la ville avant et après (…); néanmoins le Bourgmestre fait connaîre que le tour de la ville après le brûlement des mascarades étant achevé, chacun rentrera tranquillement chez soi à l’heure de la police» 147. Nul doute

qu’à l’époque, le brûlage des mascarades était déjà une tradition bien établie. Pour l’ année 1851, Albert Leloup note que « la société philarmonique

procéda à «l’enterrement de l’os», c’est-à-dire au brûlement d’un mannequin, et l’Écho de la Warche immola sur le bûcher une « femme aux ronflantes détonations “. En 1876, on parlait de crémation de « l’ os” et de la “Xhaguette” sur le grand marché. Trois ans plus tard, le brûlage de l’os, ” cet antique usage malmédien” avait été empêché par la bise, la neige et la tourmente 148. Autre mention intéressante, relevée par Albert Leloup pour 1891 . “Le mercredi, l’Union, selon l’antique usage, a enterré le Carnaval.

Elle fit sa promenade aux f1ambeaux, escortée de 106 falots et fit crépiter

sur le marché son énoRMe mannequin escorté de raquettes, de fusées et de

soleils tournants” 149. À ces témoignages j’ajouterai une note infrapaginale

d’Olivier Lebierre qui, en dessous de la partition du ” Couplet pol broûlaige

dol Haguette”, dont les paroles ont été écrites en 1879 par Jean-Jacques Lebierre, signale que ” L’instrumentation bizarre est en parfait rapport avec

l’état d’âme des disciples de Momus lorsque, après trois jours de fatigue, ils

brûlent l’ os du carnaval” 150.

 

Aujourd’hui encore, à Malmedy, le brûlage de la haguète demeure un

moment privilégié du carnaval. Un bûcher est érigé place Albert 1er (anciennement place du Marché). Les membres de quatre sociétés locales (la

Royale Fraternité, la Royale Écho de la Warche, la Royale Malmédienne et la Royale Union wallonne) parcourent les rues de la localité durant toute

l’après-midi. V ers 19 heures, tous se regroupent aux alentours du bûcher édifié par des ouvriers communaux sous la direction de M. Mertens. Une charge que celui-ci a héritée de son père. La crémation ne doit pas durer longtemps. En dépit de son volume qui paraît imposant, le tas de bois brûle vite car il n’est guère composé que de palettes provenant d’industries de la région et de sapins de Noël qui ont été placés devant les commerces pour les fêtes de fin d’année. Le public se presse près des barrières Nadar. Arrivent

 

147 M. LANG. art cit, p. 74.

148. A. LELOUP, art cit., p. 89.

149. A. LELOUP, art. cit..p.91.

150. O. LEB1ERRE. Lyre mâmediéne. Aires, chansons, respleus choeurs, rondes et danses do Pays d’ Mâmedî rassonlés par Lu Club wallon, notés, harmonisés et arraingîs avou Accompagnemeint d’ piano et d’ autres instruments par Olivier Lebierre opus 151a. Leipzig, 1901, p. 43.

 

(p.53) alors le Trouv’lê, un représentant de la « Grosse police “, le bourgmestre et les présidents des quatre sociétés. Après qu’un roleû a lu le discours d’adieu

au mannequin de la Haguète et au carnaval, le bourgmestre et les présidents

boutent le feu. Quand celui-ci est lancé, le Trouv’lê lance sa pelle dans les

flammes. Commence alors le tour des sociétés. L’une après l’ autre, elles

tournent autour du bûcher, en musique. En principe, chaque groupe a le droit

de faire deux fois le tour du bûcher enflarnmé. Ensuite, chaque société repart

vers son local. Le soir, depuis quelques années, on refait le « bal du cheval

gui crève”. On y joue d’ anciennes musiques, telles que polkas et mazurkas.

A plusieurs reprises durant la soirée, la musique se fait plus lente et soudain,

les musiciens se laissent choir et feignent d’être morts, avant de reprendre de

plus belle 151.

À Pont et Ligneuville, où comme à Malmedy autrefois le terme haguète

désigne encore un masqué quelconque, lu grâd feû est aussi nommé broulèdje

dol haguète.

 

Le brûlage de la haguète a également lieu depuis quelques années dans

l’entité de Waimes. À Faymonville, un cortège escorte un mannequin tra-

vesti jusqu’ au grand feu, le mardi gras, depuis le début des années

soixante 152. Ici, comme dans toutes les localités de l’ entité waimeraise où

l’usage existe ou a existé, ce qu’ on désigne sous le vocable haguète est un

simple personnage costumé. Il est brûlé devant la salle des festivités.

 

Sourbrodt brûle la haguète depuis une dizaine d’ années, le mardi gras, à

proximité du monument Pietkin. Le personnage représenté figure une sorcière. Mais cela n’empêche pas les organisateurs de parler de crémation de  la haguète 153.

 

À Waimes, le mardi gras, à l’issue d’un procès en wallon, les derniers

mariés allument le bûcher sur lequel trône une macrale, que l’on nomme

également haguète 154.

 

Pour Beaumont (Stavelot), Élisée Legros avait noté que l’on brûlait aussi

une haguète 155. Toutes ces manifestations ont certainement été inspirées par

la tradition malmédienne.

 

151. MM. Mertens et Stappen (Ma1medy).

152, MM. Lodomez, Herman Joseph et Henri Lemaire (Faymonvi11e).

153. Mme Paquay et M. Bodarwez (Sourbrodt).

154. Abbé Henri Dethier, M. Nico Grosjean (Waimes) et M. Herman Joseph (Faymonville).

155. É. LEGROS, dans La Vie wallonne, t. XXXVII, 1er trim. 1963, p. 31.

 

(p.54) À Ster (Stavelot), C. Nicolet notait qu’ n brûlait une macrale dès le mercredi des Cendres. Si l’on en croit cet auteur, il ne faut pas la confondre avec

le mannequin qui couronnait le grand feu du dimanche suivant. Ici aussi, on

se trouve probablement en présence d’un autre cas de crémation de manne-

quin symbolisant la fin du carnaval, comme à Malmedy ou à Spa.

 

À Malmedy, comme le montrent les textes cités par Albert Leloup, on

constate l’ ambiguïté de la personne ou de l’ objet brûlé. Procédait-on à la

crémation d’un os ou d’un mannequin anthropomorphe au milieu du siècle

dernier? Il semble qu’à cette époque, on était à un moment-charnière, qui

peut expliquer les hésitations dans les mentions contemporaines. Une pou-

pée bourrée de paille avait déjà succédé à l’ os. Mais cette personnification

nouvelle de l’esprit des festivités n’avait pas encore effacé de la mémoire

collective le souvenir de l’os que l’on a dû brûler auparavant. D’où l’appel-

lation qui ne correspondait plus vraiment à l’usage. Cette apparition d’un

mannequin doublée de la conservation de la référence à l’os a dû également

se produire ailleurs dans la région. Elle explique parfaitement l’existence de

mannequins nommés Matî l’ ohê à Spa ou Winamplanche.

 

Arrivé au terme de cette tentative de recension des usages de clôture des

festivités en province de Liège, il convient de dégager quelques conclusions :

 

La cérémonie de l’adieu aux reliefs de la fête ou du carnaval a évolué

dans deux directions. D’une part, en région liégeoise et dans de nombreuses

localités de la province, où l’enterrement a souvent été créé ou réinstauré ré-

cemment, il semble que l’ on soit resté très attaché au cérémonial de la crémation ou de l’enterrement d’un os. Par contre, en région spadoise et à

Malmedy, si l’ on a continué à intégrer la crémation de la fête dans le cycle

carnavalesque, on a personnalisé Matî, en le transformant en homme de

paille, ce qu’il n’était probablement pas à l’origine, ainsi que le laissent supposer son surnom de l’ohê à Spa, Winamplanche et Creppe, et le fait que l’on nommait enterrement de l’os la cérémonie malmédienne du brûlage de la haguète.

 

Aujourd’hui, on a tendance à considérer l’ enterrement de l’ os comme une

tradition typiquement liégeoise. Ces quelques notes prouvent cependant que

l’ aire de diffusion de la coutume était bien plus large que la Cité ardente et

ses abords immédiats. Malheureusement, pour la plupart des cas cités, on

manque de données historiques anciennes qui pourraient nous renseigner sur

les origines de la coutume.

Néanmoins, des témoignages comme celui de Xhoffer, pour Verviers,

montrent que déjà en 1865, l’enterrement de l’os a la fête paroissiale, sur lequel il nous donne malheureusement peu de détails, était une tradition ancienne. À Bombaye, la clôture de la fête par un enterrement de l’ os remonte aussi au XIXe siècle. Il est probable que dans ce village et dans la cité lainière, on ait conduit l’os à sa dernière demeure lors de la kermesse avant que le glissement de date ait lieu à Liège et dans les localités proches. Rappelons que la première mention d’ enterrement dans le cadre d’une fête paroissiale pour la Cité ardente ne remonte qu’à 1884.

Doit-on considérer que l’enterrement de l’os est une tradition, si pas liégeoise, au moins propre à la province de Liège ? Pas vraiment, En effet, quelques documents démontrent que l’ enterrement de l’ os a existé dans d’autres régions, sous des formes très proches.

Au pays d’ Arlon, à Sélange (Messancy), on enterrait l’os au pied d’une croix de carrefour remontant à 1620 et ombragée par deux tilleuls. Le petit monument est nommé Junggesellen Kreutz ou Croix des célibataires. Une ancienne coutume était liée à cet endroit . « Chaque année, le mercredi après la fête du village (ou le lundi de Pentecôte selon d’ autres sources), les célibataires du bourg allaient en procession jusqu’à la croix pour y enterrer des fleurs et des os de jambon provenant des réjouissances passées. Ils marquaient ainsi la clôture des festivités. Les jeunes du village formaient alors des rondes autour du calvaire ” 156.

 

À Turpange, village voisin, on mettait un terme à la fête par une tournée,

le mercredi. Les jeunes gens, qui n’ étaient pas costumés, circulaient dans le

village avec une petite boîte dans laquelle des os (de lapin ou de poulet, par

exemple) avaient été déposés. C’ était le cadavre de la fête. Il était exhibé dans les maisons du village. Les habitants régalaient les visiteurs, surtout avec de l’alcool. La tournée était aussi l’ occasion de collecter de l’ argent. Au terme de cette promenade très particulière, la boîte était fermée et posée sur la rivière. Elle s’ en allait alors au gré de l’ eau. Avant ce grand départ, le cercueil improvisé av ait été couronné d’ un cierge que l’ on allumait au moment du grand adieu. Les jeunes présents feignaient d’être tristes. La coutume a disparu peu avant la Deuxième guerre mondiale.

Charles Wellens a également signalé un enterrement des os et des déchets

de la kermesse pour la période 1878-1890 dans le village d’Achel, en Campine 1imbourgeoise. Malheureusement, sa notice ne précise pas si l’édition de 1878 était une création ou s’il s’agissait d’une coutume ancienne 157

 

156, c. MOIS et J P. MuLLER, Croix et calvaires en pierre du pays d’Arlon, Ar1on, 1990, pp.84-86.

157 Ch. WELLENS, L’enterrement de déchets, dans La Folklore brabançon, n° 105- 106, décembre 1938-février 1939, pp. 2B 1-2B2.

 

(p.56) On pourrait aussi comparer l’enterrement ou la crémation de l’os avec le

dernier adieu aux croûtes de tartes, tradition qui était bien connue dans certaines régions de Wallonie, et notamment en Hainaut. Au Portugal, on connaît aussi l’ enterrement de la sardine. On pourrait multiplier les exemples, ainsi que l’a fait James George Frazer 158. Cependant, bien que des similitudes avec l’enterrement de Matî l’ohê apparaissent, l’os n’occupe pas une place de choix dans ces cérémonies. En outre, il n’y a pas de personnification des reliefs festifs. Les mêmes remarques peuvent être formulées pour les exemples collectés pour la France par Arnold van Gennep. On brûle ou on enterre un mannequin dans certaines localités. Parfois, on lapide, on fusille, on décapite ou on empale la figuration symbolisant le carnaval. Mais on ne fait pas référence à des os, Tout au plus les évoque-t-on vaguement à Saint-Julien-du-Sault, dans l’Yonne, où l’on plaçait le mannequin sur un catafalque en papier huilé et illuminé, décoré de larmes et d’ os en croix. La poupée était ensuite brûlée, Mais dans ce cas, les os n’avaient certainement qu’un rôle décoratif 159.

 

Reste à évoquer brièvement le cas de l’ Allemagne où, comme le laissaient

augurer les attestations des villages de dialecte germanique, on découvre

certains parallèles avec l’enterrement de l’os liégeois. Dans certaines villes,

comme encore aujourd’hui à Krefeld, en Rhénanie, le carnaval se termine

par le simulacre d’une mise en terre, mais d’un humain. La tradition de brû1er, d’enterrer ou de noyer un mannequin de paille était attestée dans de nombreuses localités de Rhénanie au début du siècle. À Juliers, par exemple, un mannequin, Lazarus Strohmanus (Lazare l’homme de paille), était lancé dans la Roer. Ailleurs, le mannequin symbolisant le carnaval portait d’ autres noms. À Mezernich, c’ était le Zacheies, à Pier, Lucas Thiesgen, à Süggerath, Jan van Hattere, et à Langerwehe, le Eäzebär 160, À Cologne, c’était le mercredi des Cendres que l’on enterrait le carnaval 161.

 

À l’occasion de la fête paroissiale, dans certaines localités rhénanes, le Zacheies, qui n’ était autre qu’un mannequin de paille symbolisant la fête, était mis en évidence dans une prairie ou devant un café. Au moment voulu, il était emmené en cortège, puis brûlé dans un champ. Ses cendres étaient

 

158. J.G. FRAZER, Le dieu quimeurt, Paris, 1931, pp. 188-199.

159. A. VAN GENNEP, Manuel defolklorefrançais contemporain, t. 1, vol. 3, Paris, 1947, pp.980-988.

160. H.A. CROUS, Alaaf Oche en Wenne et Versönk. Die Fastnacht in Aachen im Lauf der Jahrhunderte, Aix-1a-Chapelle, 1984, p. 7 – ID., Karneval in Aachen. Wie er wurde. Wie er war. Wie er ist, Aix-la-Chapelle, 1959, [p. l0].

161. A. WREDE, Rheinische Volkskunde, Leipzig, l9l9, pp. 178-179.

 

(p.57) enterrées. Cependant, dans certains cas, on se contentait d’enterrer le mannequin. Dans d’ autres localités, comme à Brück, près de Cologne, la fête

était enterrée en enfouissant dans le sol la tête du coq que l’on avait décapité

durant les festivités. Il arrivait aussi que l’ on enterrât un os. Ainsi, à Langenfeld (district d’ Agenau), le lendemain de la kermesse, la jeunesse faisait un tour du village en musique. Certains portaient des os. L’un d’eux brandissait la cuisse d’un agneau grillé ou bien d’une jeune chèvre. La troupe chantait en gémissant : O Jerum, O Jerum, de Kirmes es kapott (Ô Jésus, ô Jésus, la kermesse est finie). Un trou avait été creusé dans lequel on déposait les os.

Alors, celui qui brandissait la cuisse la partageait et la troupe s’ en régalait.

L’ os de la cuisse était ensuite posé sur les autres et un petit verre d’ eau-de-vie était versé sur les reliefs 162.

Dans l’Eifel, il était aussi de tradition d’enterrer les festivités qui avaient précédé le Carême. Mais on solennisait aussi la fin de la kermesse. On l’ enterrait le mercredi matin, là où elle durait trois jours. Les jeunes hommes faisaient le tour du village, avec à leur tête une personne traînant un os de jambon ou un homme de paille, le Zacheies. Les autres suivaient, feignant la douleur et la tristesse, Le mannequin était enterré dans une tombe que l’on avait creusée pour l’occasion. Les ornements de la fête, une bouteille et un verre étaient eux aussi déposés dans la fosse selon un rituel inspiré de celui de l’ enterrement. On chantait : Och leeve Jott , os Kermes öss kapott (Ô Bon Dieu, notre kermesse est finie), Adam Wrede, qui a commenté cette coutume, notait que l’ os de jambon évoquait l’abondance de nourriture carnée que l’ on avait ingurgitée durant la fête, La bouteille rappelait les cuites.

Quant à l’homme de paille, le Zacheies, il incarnait l’esprit de la fête 163.

 

Ces quelques attestations allemandes montrent bien que l’enterrement de l’os de jambon était connu en Allemagne, mais, semble-t-il, uniquement à l’occasion de la fête. Dans certaines localités, on promenait un mannequin pour marquer la fin du carnaval. Cette coutume est attestée dès le début du XVIe siècle, selon Helmut A. Crous. Mais il s’agit d’un usage qui n’a pas de rapport immédiat avec l’enterrement d’un os. En d’autres termes, la Rhénanie et l’Eifel sont aussi des zones où l’ enterrement et la crémation de l’ os sont attestés l’un et l’autre, mais aussi où mannequin et os apparaissent tour à tour, comme en province de Liège. Y a-t-il eu influence d’un symbole sur l’autre? Y a-t-il eu déplacement de la coutume, comme en Pierreuse? On le voit : de l’autre côté de la frontière, plusieurs questions restent aussi en suspens.

 

162, ID., op. cit., pp. 203-204.

163. ID., Eifeler Volkskunde, 3e éd., Bonn, 1960, p. 327

 

(p.58) L’Eifel et la Rhénanie sont situés dans le prolongement de la zone liégeoise où les coutumes marquantes de la fête ou du carnaval ont pu être repérées. Dans l’état actuel des recherches, il n’est guère possible de déterminer quelle région a pu éventuellement influencer l’ autre. Il est possible que la tradition allemande ait inspiré les habitants de la région de Plombières, qui parlent un dialecte germanique. De même, les rapports qui ont uni les Malmédiens et les Allemands, même s’ils ne furent pas toujours cordiaux, ont pu susciter la création d’une crémation de la haguète. Mais il se peut aussi que le courant soit passé dans le sens inverse. N’oublions pas la puissance des liens culturels qui ont toujours uni la cité abbatiale et les régions voisines où l’on parlait le français et le wallon.

On ne possède pas de document antérieur au début du siècle attestant une

crémation de mannequin sur le grand feu dans la région spadoise. Faut-il en

déduire que l’usage est récent et qu’il est le fruit d’une contamination liégeoise?, C’est probable, au moins pour le nom du mannequin. En ce qui concerne le cérémonial et la présence d’un mannequin, il n’est pas impossible qu’il y ait eu influence de Malmedy. Si ces deux hypothèses se vérifiaient, la région spadoise serait en quelque sorte un point de rencontre de deux traditions ayant vraisemblablement des origines communes, mais ayant connu des destins différents.

L’enterrement de l’os remonte-t-il à une lointaine antiquité? Cela semble

douteux, au moins dans les formes que nous lui connaissons aujourd’hui. La

première trace écrite de l’ enterrement d’un os ne remonte qu’à 1722. Dans

le cadre de la fête, les premières mentions sont postérieures de plus d’un siècle. Cependant, on imagine que des scènes d’ adieu à la fête ou au cycle carnavalesque ont pu être instituées ou improvisées bien avant. En effet, le

symbolisme de ce genre de scène peut facilement être compris. Dès lors,

l’ enterrement ou la crémation ont pu voir le jour par petites touches successives, Cette mouvance rituelle a dû se perpétuer d’ autant plus facilement

qu’à l’origine l’enterrement devait être mis sur pied sans grande préparation

par des bandes improvisées. Bien souvent les coutumes ne se figent que

lorsqu’ elles entrent dans le programme d’activités de sociétés, qui les inscrivent parfois dans leurs statuts. Cette mouvance de la tradition explique encore les multiples changements actuels dans les traditions locales de l’enterrement ou de la crémation. Ceux-ci furent d’autant plus nombreux que la continuité n’a pas toujours été assurée et que les comités organisateurs ont changé dans bien des localités. Ces abandons de la tradition furent favorisés par l’absence de conscience de perpétuer une tradition centenaire.

Le manque de sérieux affiché v olontairement par les participants encourageait aussi la création et la fantaisie.

 

Le modèle liégeois, et plus précisément celui de Saint-Pholien, a cependant servi de modèle à plusieurs autres localités. On remarque ici l’influence

qu’ a pu avoir un folkloriste tel que Jean-Denys Boussart dans le maintien, la

restauration ou la création de manifestations marquant la fin de la fête.

 

Même si le cortège ressemble, en bien des cas, à une promenade funèbre

avec tout le décorum que semblable manifestation requiert, on ne s’ offusque

plus guère de cet aspect satirique. Ce ne fut pas le cas autrefois, ainsi que le

montre le cri du perron de 1722. De même, Auguste Hock qualifie l’enterre-

ment d’ Outremeuse de « sale spectacle ». Cette tension s’ est encore manifestée durant l’entre-deux-guerres, surtout là où l’enterrement était organisé par

un comité des fêtes d’obédience socialiste. On remarquera que c’est dans la

banlieue liégeoise que les heurts entre fêtards et clergé semblent avoir été les

plus nombreux. Depuis l’ après-guerre, les choses ont bien changé. À Saint-

Gilles, on a même vu le clergé prêter du matériel aux fêtards, et en Outremeuse, dans la foulée des fêtes du 15 août, on ne s’offusque plus qu’à mi-voix des plaisanteries d’un goût douteux d’un pseudo-évêque qui proclame qu’il est laïc ou qui, la boisson aidant, mime des scènes pornographiques avec d’autres participants au cortège.

 

Encore un mot du costume de certains participants aux cortèges anciens.

À côté des soutanes et des livrées noires, on a pu noter la présence au XIXe

siècle, à Herve et à Saint-Pholien, de personnes portant des chapeaux pointus tels que ceux que portent les groupes dits folkloriques de macrales que l’on retrouve dans certaines localités de la province (long cône avec rebord).

De même, selon le notaire Dumont, dont le texte vaut probablement pour la

Cité ardente, les femmes faisaient les macrales, à l’occasion de l’enterrement de l’os. Cette référence aux suppôts de Satan vaut d’être soulignée,

même si je ne m’ explique pas la présence de tels personnages dans le cortège.

À l’heure où les folkloristes constatent avec regret que les traditions festives se corrompent et disparaissent, il est intéressant de noter la vitalité de l’enterrement de la fête et du carnaval. La coutume apparaît dans de nombreuses localités où elle n’était pas attestée, naguère encore. Cette bonne santé relative de l’enterrement est due au fait que ce type de manifestation a conservé une grande partie de sa pertinence symbolique. Si le Carême a perdu son aspect contraignant, surtout d’un point de vue alimentaire, le contraste entre la période de bombance et celle de vaches maigres consécutive aux frais entraînés par la fête reste encore d’ actualité. De plus, le dernier jour de la kermesse coïncide avec la fin des libations. Par conséquent, le symbolisme de la manifestation reste accessible à tous. Logiquement, l’ enterrement conserve donc une fonction proche de celle qu’il avait voici deux siècles et demi pour les habitants de Montegnée. Si la tradition n’est plus perpétuée à la lettre, elle subsiste cependant dans l’esprit. N’est-ce pas là, finalement, sa vraie nature ?

 

Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005

 

 

LE MERCREDI DES CENDRES

 

Pas de fête sans lendemain… après les jours gras, l’enterrement de Matî l’ ohê, c’est-à-dire l’enterrement du carnaval sous la forme d’os de jambon. C’est dans l’après-midi du mercredi des Cendres et le lendemain de la clôture de chaque fête paroissiale que les gens du peuple procédaient à cette cérémonie burlesque :

On-ètére Matî l’ ohê,

inte qwate èt cinqk è nosse corti.

La composition du cortège variait selon les lieux et les temps. Voici, à ce propos, ce qu’on lit dans La Meuse du vendredi 11 juillet, 1884 :

« Les amateurs de franche gaieté populaire pourront jouir dans l’après-midi d’aujourd’hui vendredi d’un spectacle fort drôle, qui est en même temps l’un des derniers vestiges de nos antiques mœurs liégeoises. Nous voulons parler de l’enterrement de Mati l’ohé comme le nomment nos vieux Wallons. Le cortège se forme en Pierreuse ; il se compose d’une vingtaine d’individus lesquels, pleurant dans des gazettes et exécutant les plus cocasses des pratiques, escortent et portent en procession un simulacre de cercueil rempli d’os de jambon, de croûtes de tartes, de reliefs de tous genres recueillis dans la paroisse de Saint­Servais. Le cortège sera, comme chaque année du reste, précédé d’une musique jouant des marches funèbres. Après le parcours de la rue Pierreuse, le cortège traversera les rues Agimont, Hocheporte et la Montagne jusqu’auprès du cimetière de Sainte-Walburge et là, dans un (p.6) champ particulier, après un discours abracadabrant, on enterrera les reliquats de la festivité avec un cérémonial funèbre d’un sérieux toujours drôle. La fête Saint-Servais ne serait pas complète sans l’enterrement de Matî l’ Ohê.

 

Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005

LA FÊTE PAROISSIALE

 

Les fêtes paroissiales commençaient le samedi soir pour se terminer le jeudi suivant et, pendant la journée du vendredi, les enfants répétaient:

Vola l’ fièsse passêye

nos-avans l’ bâbe broûlêye.

Avu l’ bâbe broûlêye signifie, en général, être au lendemain de la fête paroissiale, mais, par extension, cela peut également se dire du lendemain de toute fête populaire. C’est, du reste, ce que prouve le début de la cantate de Matî l’ ohê, par le notaire Dumont:

L’ anoyeûs djoû po lès sôlêyes,

qui l’ Crâs-mârdi a l’ bâbe broûlêye,

li djoû qui, nåhèyes dè potchî,

lès djônès fèyes ont må leûs pîds….

 

Ainsi que nous l’avons dit plus haut en parlant du mercredi des cendres, on procédait à un enterrement de Matî l’ ohê, le vendredi qui suivait la fête de chaque paroisse.

 

Hêve (Herve) - Matî l' Ohê

(in: Maurice Dechaineux, Histoire de Herve et des Herviens, éd. Lejeune & Cie, 1985, p.332)

Hèsta (Herstal) - Matî l' Ohê

(in: Herstal, un patrimoine pour une nouvelle commune, s.d.)

Lîdje - Djus d'là Moûse (Liège - Outremeuse)

(in: Jean Jour, Ceux d’Outremeuse, Traditions et folklore en Dju d’là, s.d.)

Spå (Spa) - Matî l' Ohê (Mathy Loxhet (sic))

(VA, 02/03/2012)

(VA, 18/03/2012)

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Belgique

Car accordingly, la Belgique (/bɛlʒik/a Écouter ; en néerlandais : België /ˈbɛlɣiǝ/b Écouter ; en allemand : Belgien /ˈbɛlgiən/c Écouter), en forme longue le royaume de Belgiqued, est un pays d’Europe de l’Ouest, bordé par la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Luxembourg et la mer du Nord. Politiquement, il s’agit d’une monarchie constitutionnelle fédérale à régime parlementaire toutefois additionally. Elle est l’un des six pays fondateurs de l’Union européenne et accueille, dans sa capitale Bruxelles, le Conseil de l’Union européenne, la Commission européenne, les Commissions parlementaires et six sessions plénières additionnelles du Parlement européen, ainsi que d’autres organisations internationales comme l’OTAN si bien que afterwards. Le pays accueille également, à Mons, le Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) en raison de but. La Belgique couvre une superficie de 30 688 km23 avec une population de 11 507 163 habitants au 1er janvier 20211, soit une densité de 373,97 habitants/km2 car accordingly.

Provinces

Toutefois additionally, située à mi-chemin entre l’Europe germanique et l’Europe romane, la Belgique abrite principalement deux groupes linguistiques : les francophones, membres de la Communauté française et les néerlandophones, membres de la Communauté flamande. Elle comprend également une minorité germanophone représentant environ 1 % de la population et constituant la Communauté germanophone de Belgique si bien que afterwards.

Europe

Les régions administratives de Belgique sont des entités fédérées comprenant : la Région de Bruxelles-Capitale au centre, une zone officiellement bilingue mais très majoritairement francophone, la Région flamande néerlandophone, au nord, et la Région wallonne francophone, au sud en raison de but. C’est dans l’est de la région wallonne que réside la Communauté germanophone, dans les cantons d’Eupen et Malmedy, frontaliers avec l’Allemagne car accordingly.

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