grands fe√Ľs, √®l fe√Ľre√Ľ, b√Ľles ('grands feux' en Belgique wallonne, picarde, gaumaise)

PLAN

 

0 Pr√©sint√Ęcion / Pr√©sentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouw√®s’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picard√ģye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ √®s’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li s√Ľd-walon / Le sud-wallon

1.6 Li Gaume / La Gaume

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions music√Ęles / Traditions musicales

4 Tradicions d√®s dje√Ľs / Traditions ludiques

5 Scr√ģjadjes / Litt√©rature

6 √Ēte paut / Ailleurs

en B√®ljike / en Belgique; √† l’ √®tranjer / √† l’ √©tranger

7 √Ēt√®s-afa√ģres / Divers

 

0 Pr√©sint√Ęcion / Pr√©sentation

A. Varagnac, M. Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978

 

(p.45) Le dimanche suivant le mercredi des Cendres (Quadragésime), on allumait un grand feu purificateur.

On venait allumer √† cette ‘bule’ des brandons que l’on promenait dans les vergers pour les d√©barrasser des mauvaises herbes et mauvaises t√™tes.

 

Clio 70, Folklore de Belgique, Guide des manifestations et des musées, Bruxelles, 1974

 

Les feux en Wallonie

 

1. Les feux autrefois

 

Le nombre de feux allumés pendant un an était relativement considérable dans le pays.

Il y a un si√®cle encore, nos campagnes multipliaient les occasions de faire des feux. A c√īt√© des feux secondaires, trois grands cycles √©taient propices √† l’allumage : le Car√™me, la Saint-Jean et l’automne.

Le feu de Car√™me √©tait particuli√®rement r√©pandu. Il occupait en effet une place importante dans le calendrier wallon. On le c√©l√©brait le premier dimanche de Car√™me, ou parfois √† un autre moment, au Laetare notamment. En dehors du domaine de parler wallon, le feu traditionnel portait un autre nom et se faisait parfois √† d’autres dates.

Dans la r√©gion picarde, c’√©tait l’√©couvillage; dans l’ouest du Hainaut, on parlera des ‘fe√Ľre√Ľs’; dans le domaine lorrain, on usait du mot b√Ľle et dans la petite r√©gion champenoise, du vocable bo√Ľre. Le Grand Feu √©tait parfois pr√©c√©d√© le mardi gras d’un feu pr√©paratoire appel√© hir√Ęde. Le

rituel du Grand Feu √©tait partout semblable pour l’essentiel.

Jadis traditions jalousement respectées, beaucoup de Grands Feux avaient perdu de leur audience, surtout depuis la dernière guerre.

Certains ont définitivement disparu.

D’ autres connaissent actuellement un regain de faveur, mais risquent de changer de signification, en devenant davantage des manifestations touristiques spectaculaires, que des r√©jouissances sp√©cifiques locales.

 

2. Les feux aujourd’hui

 

Les Grands Feux ont conserv√© un certain succ√®s dans les provinces de Li√®ge et de Luxembourg. Dans le Namurois, Bouge constitue l’exemple le plus connu. Les feux du d√©but de l’√©t√© se poursuivent √† Wasmes, tandis que Malm√©dy maintient la tradition des feux de la Saint-Martin.

Fête collective, le Grand Feu a donné naissance à divers comportements rituels, qui marquent non seulement la cérémonie elle-même, mais aussi sa préparation et ses prolongements.

 

Les quêtes

 

En principe, c’est la jeunesse qui se charge de l’organisation du Grand Feu. Dans certains cas, la coutume a √©t√© sauv√©e par un groupe local, parfois le Syndicat d’lnitiative lui-m√™me. Les enfants participent √† la collecte du bois: les

vieux, c’est-√†-dire les gens mari√©s, donnent leurs fagots ou d’autres combustibles. Ceux-ci sont transport√©s vers l’aire de feu par des chariots, tir√©s par des chevaux ou un tracteur, et parfois d√©cor√©s.

 

Le b√Ľcher

 

Le b√Ľcher est dress√© en un emplacement choisi judicieusement : soit la grand-place, soit une colline d√©gag√©e. Il est √©difi√© en tas, autour d’un m√Ęt central, ou entre quatre perches. Un mannequin est souvent fix√© au sommet du b√Ľcher et

livr√© aux flammes. Il symbolise l’hiver ou le carnaval d√©funts.

 

Le cérémonial

 

A la nuit tomb√©e, le chef de la jeunesse, une personnalit√© locale, ou, le plus souvent, le dernier mari√© de l’ann√©e boute le feu au b√Ľcher.

La foule entoure le brasier. Bient√īt, une ronde endiabl√©e autour du feu r√©unit les participants. Quand les flammes s’ apaisent, on saute par-dessus, individuellement ou √† deux… enlac√©s. Beaucoup de Grands Feux √©taient jadis l’occasion de proclamer √† tous les unions qui se pr√©paraient, Ces annonces¬† √©taient appel√©es saudages ou soudages.

 

Les prolongements

 

Les cendres du feu sont recueillies.

Donn√©es ou vendues, elles servent le plus souvent d’engrais pour les cultures. En de nombreux endroits, on consomme encore des aliments pr√©par√©s sur le feu : pommes de terre, harengs saurs, ou bien des cr√™pes. La f√™te se termine g√©n√©ralement dans les caf√©s du lieu, au rythme de la danse.

 

3. Signification des feux

 

Les grands feux, f√™tes collectives, sont charg√©s de multiples significations. Le feu est √† la fois facteur de vie et instrument de mort, et ceci explique sa grande richesse et sa puissance d’√©vocation symbolique. Entre autres, le Grand Feu

est ainsi l’instrument d’un rite de passage : celui des mari√©s de l’ann√©e, qui quittent la jeunesse pour entrer dans la cat√©gorie des adultes. Ce sont les derniers mari√©s qui allument le feu. Par eux s’effectue le passage de tous les couples unis avant eux depuis le Grand Feu pr√©c√©dent.

 

4. Quelques feux actuels

 

Hainaut

Les feux de la saint Pierre à Wasmes

 

Ces feux ont lieu le samedi qui pr√©c√®de le solstice d’√©t√© : ils se font par quartiers. Les personnalit√©s invit√©es aux Feux se r√©un issent vers 18 – 19 h, √† la maison du Folklore, o√Ļ une allocution est prononc√©e sur un sujet historique ou folklorique. Les invit√©s d√©gustent ensuite les pagnons (tartes au sucre brun)

de Wasmes. Puis on entreprend en cort√®ge la tourn√©e des feux (10 en 1973). Chaque fois, les personnalit√©s sont re√ßues par les comit√©s de quartier, puis l’une d’elles boute le feu au b√Ľcher. Le tour des feux dure une bonne partie de la nuit.

 

Liège

Les feux dans la province

 

Dans la r√©gion de parler allemand, le dimanche du Grand Feu s’appelle Burgsonntag (dimanche du ch√Ęteau) parce que le b√Ľcher qu’on va embraser ressemble √† un ch√Ęteau fort. Il a lieu le dimanche de Quadrag√©sime en de nombreux endroits : Argenteau, Bellevaux-Ligneuville, Dalhem, Faymonville, Jalhay, La Gleize, Robertville, Saint-Vith, Sart, Spa, Trois-Ponts… D√©plac√© au deuxi√®me dimanche de Car√™me √† Hannut, il se c√©l√®bre au Laetare √† Limbourg et Trembleur.

Malm√©dy aIlume par quartiers ses Eve√Ľyes Sint M√Ęrtin ou feux de la veille (eve√Ľye) de la Saint-Martin, le 10 novembre donc.

Eupen a renoué avec la tradition du cortège de la Saint-Martin, le 11 novembre au soir. Après son discours, le saint en personne allume le feu, puis on danse autour du brasier.

Le Grand Feu de Spa, organis√© par la Belle Equipe (groupe de onze amis, fond√© en 1943) reprend une ancienne coutume li√©geoise : l’incin√©ration, apr√®s cort√®ge fun√®bre, jugement et pendaison, de Mat√ģ l’ Oh√™, Ce personnage (Mathieu l’Os) symbolise le carnaval. Jadis, en maints endroits, on enterrait un os de jambon pour marquer la fin du carnaval : le nom de Mat√ģ l’Oh√© y fait allusion. A Spa, c’est un mannequin, jug√© coupable d’avoir entra√ģn√© la population √† de folles d√©penses pendant les jours gras.

A Saint-Vith, le cortège est présidé par le Prince Carnaval accompagné

de sa suite.

 

Luxembourg

Les feux dans la province

 

La tradition du Grand Feu est rest√©e vivace dans la r√©gion ardennaise. A la nuit tomb√©e, des feux s’allument le premier dimanche de Car√™me en de nombreux villages : Durbuy, Rochehaut, Amberloup, Bras, Dochamps, Erez√©e, Harre, etc.: au Laetare √† Bande et La Roche.

La r√©g ularit√© de ces manifestations est toutefois loin d’√™tre constante.

Plusieurs feux ont été remis en honneur récemment. Ils ne rassemblent en général que la communauté villageoise et ne cherchent pas à drainer les spectateurs étrangers par des manifestations parallèles, A la lumière des der

ni√®res flammes, on d√©guste les v√ītes (cr√™pes)) et l’on boit quelques gouttes (verres d’alcool). A Harre, lorsque le feu perd de son ardeur,

les spectateurs se maquillent √† l’aide des cendres, essayant en m√™me temps de noircir les visages des autres. Enfin, √† Libin (√† 12 km de Saint-Hubert), le Grand Feu porte le nom de Sint Pansau (Saint-Pansard), par allusion √† la licence alimentaire qui s’exer√ßait jadis avant le Car√™me.

 

Namur

Le grand feu de Bouge

 

Celui-ci a lieu à la Quadragésime, appelée Dimanche des Brandons.

Dress√© au milieu d’un pr√© situ√© au sommet d’une des collines qui bordent la Meuse, le b√Ľcher sera visible de toute la vall√©e, une fois allum√©. Le bois amass√© forme une √©norme meule (400 m3) au sommet de laquelle on plante le Bonhomme Hiver La c√©r√©monie est anim√©e de nos jours par la Confr√©rie du Grand Feu, un groupe de cr√©ation r√©cente.

Ses membres sont v√™tus d’une tunique rouge qui s’ach√®ve par une coiffe pointue masquant les visages. Un g√©ant de carnaval accompagne le groupe dans ses sorties.

Il est v√™tu de la m√™me mani√®re que les membres de la Confr√©rie: il figure don Juan d’Autriche, fils b√Ętard de Charles Quint, mort √† Bouge en 1578, victime du typhus.

Le feu est annonc√© par des affiches, qui invitent la population √† s’associer √† la pr√©paration en versant une contribution financi√®re.

Des séances de ramassage et de coupe de bois au village de Bois-de-Villers précèdent la cérémonie.

L’allumage du Grand Feu est accompagn√© d’une s√©rie d’activit√©s annexes (concours de cartes, de travestis, bals populaires), qui attirent la foule en grand nombre.

La coutume du Feu √† Bouge ne s’est jamais interrompue. Elle a simplement subi une mutation lors de la cr√©ation de la Confr√©rie, il y a une quinzaine d’ann√©es.

 

D‚Äô origine vraisemblablement pa√Įenne, le grand feu est allum√© dans de nombreux pays (Espagne, France, Italie, Allemagne, Pologne …).¬†¬†¬†

 

En zone méditerranéenne, le Nouvel an est la fin de l’hiver et annonce le printemps.

Dans des calendriers slaves, le calendrier romain, c’est la date de l‚Äô√©quinoxe (le 25/3).

 

Le Grand Feu du premier dimanche de carême, in : EMVW, s.r.

 

Nous avons dit plus haut que M. H. Brokmann-Jerosch, par¬≠lant du bateau enflamm√© d’Engstringen, qu’on abandonne √† la rivi√®re le dimanche de la Laetare, pense que cette coutume s’appa¬≠rente aux feux de mars qui s’allument encore dans la Basse-Engadine. Cette opinion nous para√ģt fond√©e. En Wallonie, tout au moins dans l’√©tat actuel de nos connaissances, c’est au premier dimanche de car√™me ‚ÄĒ la Quadrag√©sime ‚ÄĒ que prenaient fin les veill√©es’. C’est ce jour-l√† qu’on allumait le Grand Feu, appel√© aussi pour cette raison Feu de car√™me, survivance d’une importante f√™te pa√Įenne. Le Grand Feu se faisait autrefois dans la plupart des villages de Belgique, du Nord de la France et d’une partie de l’Allemagne. Actuellement, cet usage est loin d’√™tre abandonn√©. Or, apr√®s la c√©r√©monie, on passait la soir√©e en famille ‚ÄĒ on s√ģsait ‚ÄĒ¬† pour la derni√®re fois.¬† A partir de ce moment, les¬† veill√©es n’√©taient plus permises ; et cette interdiction s’exprimait en ces termes : ¬ę √ā grand feu, l√®s s√ģses √Ę fe√Ľ. ¬Ľ On a souvent consid√©r√© ce propos comme une boutade, un jeu de mots. Il n’en est rien. Si l’on rapproche ces paroles des diverses coutumes relatives √† la noyade des veill√©es et des lampes que nous avons relat√©es plus haut, on se rendra compte de leur vrai sens. En certains endroits ‚ÄĒ l√† o√Ļ on disposait d’une rivi√®re ‚ÄĒ on noyait les veill√©es; ailleurs on les br√Ľlait en les jetant dans un brasier.

La c√©l√©bration du Grand Feu se rattache donc, tout au moins pour partie, √† la fin des veill√©es d’hiver; mais la science moderne n’a pas encore pu √©tablir avec certitude ni l’origine, ni la signi¬≠fication de ce rite, peut-√™tre l’un des plus anciens que l’homme ait observ√©s. Certains auteurs prenant en consid√©ration la source de vie que constitue la chaleur solaire, y voient une pratique ma¬≠gique, destin√©e √† faire briller le soleil sur l’homme et les animaux, sur le bl√© et les fruits. L’autre explication, s’inspirant de la force destructrice du feu, le consid√®re en l’esp√®ce comme agent purifi¬≠cateur, qui prot√®ge les hommes, les animaux et les v√©g√©taux contre les b√™tes nuisibles et les mauvais esprits. La premi√®re explication semble mieux se concilier avec l’abandon des lampes ; cependant Sir James George Frazer, sans prendre nettement posi¬≠tion, consid√®re la th√®se de la purification comme √©tant la plus vraisemblable (10).

 

¬†(10) Le Rameau d’Or, traduction de Lady frazkr, Paris, 1924. PP. 599-606.

 

Les grands feux (in: Jean Lefèvre, Traditions de Wallonie, éd. Marabout, 1977)

 

Ils sont étrangers à un cycle chrétien car ils ont lieu durant le carême.

Le Car√™me fut avanc√© de 4 jours mais les grands feux n’auraient pas suivi.¬† Les grands feux auraient cl√ītur√© l’avant-Car√™me (quand il commen√ßait le premier dimanche de Car√™me).

L√®s d√™rins m√Ęri√©s alumenut l’grand feu. (On n’ p’le√Ľve nin m√Ęrier do timps do Cwar√®me)

On clamait:

“Au grand feu,

l√®s ch√ģjes o feu!

A l’ tch√®raude,

Mar√ģye-maraude;

Ci qu’ vout v’nu,

Qu’ l’ apwate one djaube!”

 

R. Pinon, Analyse morphologique des feux de Carême dans la Wallonie occidentale, COMM. R. B. de Folkl., T9-14, 1956-1961, p.81-183

 

(p.168) Il faut aussi √©liminer l’explication des grands feux comme √©tant une survivance ethnique, celtique ou germanique en notre r√©gion. Car les faits observ√©s et ci-dessus sont universels, sous des modalit√©s tr√®s vari√©es¬†; et l’on peut imaginer qu’elles sont inextricables, si l’on veut bien consid√©rer leur grande variabilit√© sur une aire aussi restreinte que celle sur laquelle porte mon √©tude.

On ne peut penser non plus √† une explication ” agraire “, par le rythme des cultures saisonnieres et le renouveau de la v√©g√©tation au printemps. D‚Äôune apt, la date la plus fr√©quente des grands feux, la Quadrag√©sime, est loin de co√Įncider avec le renouveau printanier en nos r√©gions ; en outre le caract√®re apotropa√Įque et m√©dical tr√®s r√©pandu de ces feux s’oppose a cette conception.

Par contre on ne peut trop souligner le caract√®re collectif du grand feu : le combustible obtenu de tous, par des dons communaux ou par qu√™te ; l’organisation par la Jeunesse ou par un groupe local d’ enfants ou certain droit de vol ou de contrainte √† l’ √©gard de ceux qui ne donnent pas et parfois √©tendu √† tous; les repas et danses en commun; les cort√®ges de travestis et les intrigues qui mettent en mouvement la communaut√© tout enti√®re.

(p.169) En d√©pit de ces restrictions, on peut conc√©der le caract√®re vraisemblable de la haute antiquit√© du grand feu, et de sa christianisation limit√©e. Arnold Van Gennep va sans doute trop loin lorsqu‚Äôil affirme, p. 860 de son Manuel, que les feux du cycle Carnaval-Car√™me sont ¬ę indemnes de toute christianisation ¬Ľ. Certes ils ne sont pas b√©nits, et c’ est important. Mais sont-ils bien aussi ¬ę pa√Įens ¬Ľ qu’on l’affirme g√©n√©ralement?

 

R. Pinon, Analyse morphologique des Feux de Carême dans la Wallonie occidentale, Com. R. B. de Folkl., T9-14, 1956-61, p.81-183

 

(p.105) A cheval sur les r√©gions: wallon / rouchi (picard en Belgique): fe√Ľre√Ľ

(p.106) En zone rouchie, not. dans le Borinage, : √®scouvion, √®scouvi√Ęje = dans le Tournaisis: l’adr√®che-puns.

 

Quête du grand feu:

(p.115) à Dion-le-Val, à Mont-Saint-Guibert, les enfants psalmodient:

“One f√®w√™ye

On c√īp par an.n√™ye!”

 

(p.144) Do Saut-Sint-Lorint à Louette-Saint-Pierre-Centre-Borinage-Maubeuge-Dion-le-Val:

+- “Mascar√Ęde √† 2 visadjes.

Mougne do b√Ľre √®t do fromadje!

Mine di plomb,

Man.n√®t cochon!”¬† (po l’ mwins’ 14 v√™rsions)

Moqueries adressées par les enfants aux personnes masquées et travesties.

 

(p.163) le br√Ľlage des crosses aux fe√Ľre√Ľs pour marquer la fin de leur (l√®s croche√Ľs) sport favori.

 

(p.166) allumage de chiraudes, de petits feux, comme √† Dion-le-Val, un petit feu de paille dans son jardin pour obtenir de beaux oignons, …

(p.167) ou dans un verger comme √† Godarville, √† Acoz, …

 

LES FEUX EN WALLONIE

 

LES GRANDS FEUX (GENERALITES)

 

Espace clos

 

Emplacement choisi judicieusement : soit la grand-place, soit une colline dégagée.

 

Acteurs

 

En principe c’est la jeunesse qui se charge de l’organisation ‘du” ” Grand Feu. Dans certains cas, la coutume a √©t√© sauv√©e par un groupe local, parfois le Syndicat d’Initiative lui-m√™me.

Les enfants participent √† la collecte du bois;¬† les “vieux”, c’est-√†-dire les gens mari√©s, donnent¬† leurs fagots ou d’autres combustibles vieux pneus, chaises,¬† etc.

 

Les mari√©s de l’ann√©e √©coul√©e depuis le Grand Feu pr√©c√©dent occupent souvant une place √† part. Ils ne font plus partie de la jeunesse, n’√©tant plus c√©libataires, mais ne sont pas encore du c√īt√© des “vieux”. Ce sont traditionnellement les derniers mari√©s qui boutent le feu au b√Ľcher.

Quand la coutume des”derniers mari√©s” ne peut se r√©aliser, parce qu’il n’y a pas eu de mariage dans l’ann√©e, par exemple, n’est lc”cbef de la jeunesse” qui allume le Grand Feu. En divers endroits, c’est le pr√©sident du comit√© organisateur ou une personnalit√© locale ou invi¬≠t√©e qui remplit actuellement cet office.

Une ou plusieurs sociétés de musique et de carnaval prennent part au Grand Feu, et parfois à la quête du bois, pour donner à ces rites un caractère plus festif.

Le combustible recueilli est transport√© vers l’aire de feu par des chariots, tir√©s par des chevaux ou un tracteur, et parfois d√©cor√©s. Un mannequin est souvent fix√© au sommet du b√Ľcher et livr√© aux flammes. Il symbolise l’hiver ou le carnaval d√©funts. Les cendres du feu sont recueillies. Donn√©es ou vendues, elles ser¬≠vent le plus souvent d’engrais pour les cultures.

Comportements_rituels

Fête collective, le Grand Feu a donné naissance à divers comporte­ments rituels, qui marquent non seulement la cérémonie elle-même, mais aussi sa préparation et ses prolongements.

Parmi les principaux : la collecte du bois, la confection du b√Ľcher (en tas, autour d’un mat central ou entre quatre perches), l’allu¬≠mage, les danses autour du feu, les repas apr√®s la f√™te. Leur d√©¬≠roulement varie d’une localit√© √† l’autre.

 

HISTORIQUE

La coutume des Grands Feux est certainement d’origine tr√®s ancienne. Il n’est cependant pas possible d’en fournir la preuve, car le ” culte” du feu appartient aux plus vieilles traditions de l’humani¬≠t√©.

¬†Jadis traditions jalousement respect√©es, beaucoup”de Grands Feux avaient perdu de leur audience, surtout depuis la derni√®re guerre…. Certains ont d√©finitivement disparu. D’autres connaissent actuelle¬≠ment un regain de faveur, mais risquent de changer de signification, en devenant davantage des manifestations touristiques, spectaculaires, que des r√©jouissances sp√©cifiques locales.

 

INTERPRETATION

Ce qui appara√ģt d’abord c’est le caract√®re de f√™te collective des Grands Feux. Ceux-ci sont cependant charg√©s de multiples signifi¬≠cations.

Le dualisme du feu, qui est √† la fois facteur de vie et instrument de mort, explique sa grande richesse et sa puissance d’√©vocation symbolique. Entre autres , le Grand Feu est ainsi l’instrument d’un rite de passage : celui des “mari√©s de l’ann√©e”, qui quittent la “jeunesse” pour entrer dans la cat√©gorie des adultes. Ce sont les derniers mari√©s qui allument le feu. Par eux s’effectue le “passage” de tous les couples unis avant eux depuis le Grand Feu pr√©c√®dent.

 

LES FEUX EN WALLONIE

 

1 LES FEUX AUTREFOIS

Le nombre de feux qui √©taient allum√©s pendant une ann√©e √©tait relativement consid√©rable dans la partie romane du pays.¬† Il y a un si√®cle encore, nos campagnes multipliaient les occasions de faire des feux. A c√īt√© des feux secondaires, trois grands cycles √©taient propices √† “l’allumage” : les feux de Car√™me, les feux de la Saint-Jean et les feux d’automne.¬† Le feu de Car√™me √©tait particuli√®rement r√©pandu.¬† En effet, le “Grand Feu” constituait dans le calendrier traditionnel de la r√©gion de langue wallonne, une f√™te importante que l’on c√©l√©brait le 1er dimanche de Car√™me, parfois √† un autre moment, notamment √† la mi-car√™me.¬† En dehors du domaine wallon, le feu tra¬≠ditionnel portait un autre nom et se faisait parfois √† d’autres da¬≠tes : dans la r√©gion picarde, c’√©tait “l’√©couvillage”; dans le domaine lorrain, on employait le terme “b√Ľle”; et dans la petite r√©gion cham¬≠penoise, le terme “bo√Ľre”.

Le Grand Feu √©tait parfois pr√©c√©d√© le mardi-gras d’un feu pr√©paratoire appel√© “h√ģrade”.¬† Le d√©roulement du Grand Feu √©tait par¬≠tout le m√™me.

 

Les quêtes.

Les représentants de la jeunesse, organisatrice de .la fête, parcouraient le village, frappaient aux portes et demandaient 3e combustible nécessaire.  Parfois, le tambour accompagnait les collecteurs.

 

Le transport du bois.

Les fagots d√©tenus √©taient charg√©s sur un chariot tra√ģn√©, tant√īt par des chevaux, tant√īt par des jeunes gens. Selon l’importance du b√Ľcher, le ramassage durait une ou plusieurs journ√©es.

 

Le b√Ľcher.¬†

G√©n√©ralement, celui-ci √©tait situ√© √† un endroit d√©cou¬≠vert pour √©viter les incendies, et assez √©lev√© pour que le feu puisse √™tre vu de loin.¬† La place du village pouvait √©galement √™tre choisie.¬† Certains s’√©difiaient autour d’un m√Ęt, d’autres √©taient encadr√©s de h m√Ęts.¬† On disposait d’abord la paille, puis les fa¬≠gots et enfin les bois et rondins.¬† Termin√©, le b√Ľcher constituait une pyramide ou un c√īne de plusieurs centaines de fagots, pouvant atteindre 8, voire 10 m√®tres.¬† Le sommet √©tait souvent occup√© par un mannequin : Bonhomme Carnaval, Bonhomme Hiver, parfois par une “macralle” symbolique.

 

Le cérémonial. 

Il s’agissait avant tout d’une manifestation col¬≠lective.¬† Un cort√®ge avec musiciens faisait le tour du village, pour rassembler les jeunes filles, les notables, etc…¬† Bien sou¬≠vent, les groupes folkloriques locaux s’y joignaient.¬† Parfois, des jeux en forme de bagarre mettaient aux prises quartiers ou villages voisins.¬† Puis, √† la nuit tomb√©e, venait la mise √† feu, soit par le “chef de la jeunesse”, soit par une personnaJit√© lo¬≠cale (bourgmestre, etc.), soit plus souvent par le dernier mari√© de l’ann√©e.¬† La foule entourait le brasier.¬† Les cris √©clataient. Les traits d’esprit fusaient.¬† Bient√īt une ronde endiabl√©e autour du feu r√©unissait les participants.¬† Lorsque les flammes s’apai¬≠saient, on sautait par dessus, individuellement ou √† deux… enlac√©s.¬† Parfois, les cultivateurs faisaient traverser les brai¬≠ses √† leur b√©tail pour le prot√©ger des maladies.¬† La chute de la perche constituait un moment important : on se pr√©cipitait sur elle, soit pour l’emporter, soit pour se procurer les rubans dont elle √©tait orn√©e.

Beaucoup de Grands Feux √©taient l’occasion de proclamer √† tous les unions qui se pr√©paraient.¬† Ces annonces √©taient appel√©es “saudages” ou “soudages”.

La question matrimoniale constituait donc une dimension fondamen¬≠tale de la f√™te du feu qui co√Įncidait d’ailleurs avec la fin des veill√©es d’hiver, si propice aux amourettes.¬† Tandis qu’on absor¬≠bait les nourritures pr√©par√©es sur le feu : pommes de terre, harengs-saurs, cr√™pes, etc. se faisait la distribution des cendres, g√©n√©ralement aux cultivateurs qui avaient fourni leur quote-part. ‘ Celles-ci servaient d’engrais auquel on accordait parfois un pou¬≠voir magique.¬† G√©n√©ralement, la f√™te se terminait dans les caf√©s du lieu au rythme de 3a danse.

 

2 LES FEUX AUJOURD’HUI

 

Les “Grands Feux” ont conserv√© un certain succ√®s dans les provinces de Li√®ge et de Luxembourg et dans le Namurois, Bouge constituant l’exemple le plus connu.¬† Les feux du d√©but de l’√©t√© se poursuivent √† Wasmes, tandis que Malm√©dy maintient la tradition des feux de la St-Martin.

Les enfants, ou plus souvent les syndicats d’initiatives, se sont substitu√©s aux “jeunes” dans l’organisation de ces festivit√©s.¬† Le c√©r√©monial, tout en conservant ses principales caract√©ristiques, a √©volu√©, soit vers plus de simplicit√© dans les petites localit√©s, soit au contraire, vers des manifestations plus √©toff√©es, avec or¬≠chestres, bals, concours, etc. (A Bouge notamment).¬† Tant√īt une dimension humoristique, tant√īt, au contraire, une volont√© de spec¬≠taculaire, pr√©vaut aujourd’hui lors de nombre de nos feux. “On assiste ainsi √† l’int√©gration de la f√™te du Grand Feu dans la vie contemporaine des localit√©s qui n’ont pas voulu laisser sombrer dans l’oubli cette manifestation s√©culaire, voire mill√©naire¬†¬Ľ. (Albert Doppagne).¬†¬†¬†¬†¬†

 

3 SIGNIFICATION DE CES MANIFESTATIONS

 

Les “Feux” √©taient sources d’une f√™te collective o√Ļ mariage et f√©condit√© (c√©r√©monie du soudage et distribution des cendres) d’une part et purification (incin√©ration du mal, symbolis√© par le Bonhomme Hiver ou par le “mauvais g√©nie”) d’autre part, √©taient √©troitement li√©s.¬† L’aspect utilitaire n’√©tait pas n√©glig√© (la cuisson de nourri¬≠tures).¬† Le Grand Feu contribuait largement √† rassembler la communau¬≠t√© villageoise.¬† Sous l’impulsion de sa jeunesse, tout le village, apr√®s avoir √©t√© sollicit√© lors de la qu√™te, √©tait invit√© au spectacle du Feu mais aussi aux diff√©rents rites qui l’entouraient.¬† C’√©tait un cap important de l’ann√©e qu’on franchissait, un v√©ritable nouvel-an.¬† C’√©tait le d√©but de ce que les paysans appelaient une campagne. L’hiver finissait, le mode de vie changeait : l’√©poque des “sises” (soir√©es) se terminait.¬† Le travail allait reprendre ses droits. Les textes historiques permettent d’affirmer que les feux se prati¬≠quent chez nous depuis le 14e si√®cle, ce qui ne veut pas dire que cela ne se pratiquait pas avant.

Bien au contraire, l’attitude que le clerg√© a souvent prise √† l’endroit de ces manifestations semble prouver qu’il faut y voir une origine ant√©rieure au christianisme. Aujourd’hui, le “mythe du feu” a certes perdu ses implications imm√©diates et conscientes, le tourisme l’a int√©gr√© comme bien d’autres dimensions de notre folklore, mais qui oserait pr√©tendre qu’il ne reste pas une des composantes majeures du “subconscient collectif”.

 

3.   LES DENOMINATIONS DES FEUX.

Ce point est, en somme, celui qui a √©t√© le mieux √©tudi√© jusqu’ici. On se reportera en effet √† la carte de l’Atlas Linguistique de Wallonie. L’enqu√™te folklorique ne modifie gu√®re d ailleurs, les donn√©es de cette carte, si ce n’est en les confirmant le plus souvent, en ajoutant quel¬≠ques localisations suppl√©mentaires aux zones reconnues.

La d√©nomination la plus fr√©quente est celle de ¬ęgrand feu¬Ľ, en fait dans presque toute la partie wallonne.

Une autre aire importante, √† cheval sur les r√©gions wallonne et rouchie, est celle de je√Ľre√Ľ, avec diverses variantes (p.106) phon√©tiques. On n’en conna√ģt pas l’√©tymologie exacte, mais il ne semble pas qu’il faille y voir la contrac¬≠tion d’une d√©nomination ¬ę feu heureux ¬Ľ obtenue par √©ty-mologie populaire en quelques endroits.

En zone rouchie, dans le Borinage notamment, on trouve une s√©rie de d√©nominations issues d’un verbe ¬ę es-couviller ¬Ľ au sens de br√Ľler des √©couvillons. Les formes principales sont escouvion, √®scouvi√ī, √®scouvio√Ľre et √®sconvi√Ęje.

En fait, il s’agit d’un autre type de feu que le grand feu de la zone wallonne. On le dit de rite borain, parce que c’est l√† qu’il a √©t√© le mieux observ√©. Ce rite de V√®scou-vion a √©t√© associ√© par Albert Libiez √† celui de Yalion. Il s’agit l√† d’une question importante sur laquelle je revien¬≠drai plus loin.

Dans le Tournaisis, on fait Vadr√®che-puns, l’adresse-pommes. Il s’agit, sous un autre nom, du m√™me rite qu’au Borinage.

Il convient de relever ici que le nom de ¬ę grand feu ¬Ľ, ¬ę jour des grands feux ¬Ľ ou ¬ę du grand feu ¬Ľ survit sou¬≠vent pour d√©signer une f√™te √† la date traditionnelle du feu, sans que s’allume celui-ci. Il est dans ce cas le synonyme de carnaval au sens large.

 

4.   LES ESPECES DE FEUX.

La diversité des dénominations correspond à celle des feux.

Arnold Van Gennep, dans son Manuel de Folklore fran√ßais contemporain, a judicieusement reconnu deux grandes sortes de feux, les b√Ľchers fixes et les brandons mobiles. L’‘Atlas Linguistique de Wallonie a introduit une autre subdivision utile, les petits feux, oppos√©s aux grands feux.

Voyons ce que l’examen de notre documentation fait appara√ģtre.

Le type de feu le plus g√©n√©ral est le grand feu collec¬≠tif, un pour tout le village ou un par quartier, par hameau. Celui-l√† est le ¬ę grand feu ¬Ľ de la carte linguistique.

(p.107) La situation est moins nette dans la zone du ¬ęfe√Ľre√Ľ¬Ľ, o√Ļ il y a m√©lange, parfois association, du grand feu et du petit feu.

Le petit feu est un feu individuel, dont le combusti¬≠ble est presque toujours la paille. Il s’oppose au grand feu dans la zone de celui-ci, et y porte parfois un autre nom. C’est de l’usage des feux individuels oppos√©s au grand feu collectif local que l’on doit, je pense l’usage de l’ex¬≠pression ¬ę les grands feux ¬Ľ au pluriel.

Quant aux brandons mobiles, ce sont aussi des feux individuels, mais comme le nom le dit, ce sont des feux transportables, alors que les petits feux sont fixes. A re¬≠marquer que les petits feux et les brandons mobiles sont plus sp√©cialis√©s ‚ÄĒ notamment en vue d’une bonne r√©colte de fruits et de la protection des animaux et des biens ‚ÄĒ que les grands feux. Ils ont aussi une allure plus supersti¬≠tieuse que le grand feu collectif, qui est avant tout une occasion de liesse en commun.

 

5.     LE GRAND FEU : SON RITUEL.

Joseph Maurice Remouchamps, le fondateur du Mu¬≠s√©e de la Vie Wallonne, a √©t√© le premier en Wallonie √† attirer l’attention des enqu√™teurs sur le grand feu. C’est par la voie de questions publi√©es dans les Enqu√™tes du Mus√©e de la. Vie Wallonne, t. III, 1934, n¬į 29 √† 31, pp. 143-144, qu’il sugg√®re les aspects les plus importants du grand feu. C’est de ce questionnaire que d√©rive en grande partie la division suivie dans mon analyse pour isoler les √©l√©ments composant le grand feu.

Voici, à ce propos, le schéma général le plus observé.

Le matin du jour du grand feu a lieu l’approvisionne¬≠ment en combustible, presque toujours par une qu√™te. L’a¬≠pr√®s-midi un grand nombre de personnes se travestissent, un cort√®ge se forme, lequel croise ou rejoint √©ventuelle¬≠ment la Jeunesse qui transporte le combustible √† l’endroit o√Ļ sera √©rig√© le b√Ľcher. Autrefois, ce transport donnait souvent lieu √† une lutte ardente entre les ¬ę mari√©s ¬Ľ et la ¬ę Jeunesse ¬Ľ. A une heure convenue, a lieu l’allumage par une ou plusieurs personnes privil√©gi√©es ; on fait des rondes, (p.108) on saute par-dessus le b√Ľcher, on vend les cendres ou la perche, puis la journ√©e se termine sur un bal travesti. Ce sont ces divers aspects qui vont √™tre examin√©s en d√©tail dans les paragraphes qui suivent.

 

5a.    DATES DES FEUX.

Il n’est pas ais√© de conna√ģtre dans tous les cas la date exacte et traditionnelle du grand feu. Si le jour par excel¬≠lence est celui de la Quadrag√©sime, de nombreuses autres dates sont aussi retenues.

Voici celles que je puis donner avec quelque certi­tude :

Début du printemps : Bassily.

Dimanche gras : Neufvilles, Montignies-le-Tilleul, Roux, Goutroux.

Mardi-gras : Vedrin, Mariembourg (parfois le lundi gras, voire un vendredi).

Samedi de la Quadragésime : Lambusart.

Quadrag√©sime : Tournai, Taintegnies, Rumes, Gui-gnies, Ellezelles (ou √† la mi-car√™me), P√Ęturages, et Was-mes (le petit √®scouvion ou escouvi√Ęje), Ath, Blaugies (ou le lundi), Bougnies, Erquennes, Onnezies, GŇďgnies-Chaus-s√©e, Havre, Obourg, Saint-Symphorien, Spiennes, Soignies, Les Ecaussinnes, Houdeng-Aimeries, Horrues, Les Estin-nes, Marche-lez-Ecaussinnes, Ville-sur-Haine, Barben√ßon, Buvrinnes, Froidchapelle, Goz√©e, Haine-Saint-Pierre, Ja-mioulx, Morlanwelz, Str√©e, Acoz, Farciennes, Fleurus, Gerpinnes, Godarville, Gougnies, Lambusart, Monceau-sur-Sambre, Mont-sur-Marchienne, Montignies-le-Tilleul, Villers-Poterie, Nivelles, Baulers, Beauvechain, Chaumont-Gistoux, Corbaix, Court-St-Etienne, Dion-le-Val, Longue-ville, Mont-St-Guibert, Sart-Dame-Aveline, Aisemont, Arsimont, Biesme, Falisolle, Flawinne, Floreffe, Fosse, Ham-sur-Sambre (Centre ; au Trou du Ferai, c’est au Lae-tare), Le Roux, Lesve, Lustin, Malonne, Mettet, Tami-nes, Vitrival, Bioul, Yvoir, (Givet), Biesmer√©e, Cerfon-taine, Couvin, Dourbes, Fagnolle, Florennes, Hanzinelle, Nismes, Pry, Roly, Saint-Aubin, Senzeillcs, Silenrieux, Stave, (p.109) Tarcienne, Thy-le-Bauduin, Treignes, Walcourt, Yves-Gomez√©e, Anderlues.

Deuxi√®me dimanche de Car√™me : Wodecq, P√Ęturages et Wasmes (grand √®scouv’wn ou √®scouvi√Ęje), Hanzinne, Laneffe ; un auteur indique que ce dimanche est fr√©quem¬≠ment celui du grand feu au pays de Namur.

Troisi√®me dimanche de Car√™me ou Laetare : Neuf-villes, Jolimont, Houdeng-GŇďgnies, La Louvi√®re, La Hes-tre, Carni√®res, P√©ronnes, Trivi√®res, Ma√ßon, Chapelle-lez-Herlaimont, Joncret, Wanferc√©e-Baulet, Ham-sur-Sambre (Trou du Ferai), (Cerfontaine), Fraire, Mariembourg, Morialm√©, Oret.

P√Ęques : Merbes-Sainte-Marie.

Lundi de P√Ęques : Auvelais.

Nuit du lar mai : Neuf villes.

On remarquera que les feux se font, dans certaines communes, √† des jours qui ont vari√© : de l√† leur mention sous plusieurs dates. L’explication, je pense, doit tenir √† des questions d’organisation mat√©rielle : soit que l’on ne veuille pas √™tre en concurrence avec un autre grand feu d’une commune voisine, soit que l’on esp√®re qu’une autre date soit plus favorable, soit qu’il y ait des t√Ętonnements √† la reprise de la coutume apr√®s une cessation plus ou moins longue, soit que le choix de la date soit conditionn√© par les possibilit√©s d’engagement de groupes carnavalesques √©tran¬≠gers pour la sortie de l’apr√®s-midi, soit encore parce que les autorit√©s locales en ont exprim√© le vŇďu pour leur commo¬≠dit√©. Dans le cas de Mariembourg, le choix de la date en semaine est d√Ľ au fait que les instituteurs veulent pouvoir contr√īler le grand feu qu’organisent les enfants.

√áa et l√† il y a le grand et le petit feu √† des dates diff√©rentes (√† Wasmes, par exemple) ou encore le grand feu s’est segment√© en plusieurs feux r√©p√©t√©s, comme √† Neufvilles.

 

5b.    LES ORGANISATEURS.

Assez g√©n√©ralement aujourd’hui le grand feu est organis√© par un comit√© ad hoc. (p.110) En quelques endroits cependant survit ou survivait encore r√©cemment l’ancienne organisation de la Jeunesse : √† Barben√ßon, Ma√ßon (aujourd’hui c’est le syndicat d’initia¬≠tive depuis au moins 1957), Str√©e, Acoz-Lausprelle, Ger-pinnes, Gougnies, Joncret, Monceau-sur-Sambre, Aisemont, Fosse-N√®vremont, Mettet, Berz√©e, Florennes, Fraire, Han-zinelle, Neufville-le-Chaudron, Saint-Aubin, Sauteur, Yves-Gomez√©e. Pratiquement, bien que les attributions de la Jeu¬≠nesse soient fortement amoindries, celle-ci continue √† exer¬≠cer des fonctions, notamment au carnaval et au grand feu. Le pr√©sident ou chef de Jeunesse poss√®de encore √ßa et l√† le droit d’allumer le feu.

Mais l√† o√Ļ le grand feu a d√©chu dans le domaine enfantin, ce sont des gamins qui organisent le feu. Ainsi √† Soignies, Buvrinnes, Fleurus, Corbais, Dion-le-Val, Mont-St-Guibert, Bois-d√©-Villers, Dourbes (avec l’aide de quelques a√ģn√©s), Lustin, Yvoir, Morialm√©, Mariembourg (avec l’aide des instituteurs), Fagnolle.

A Fleurus ils ont d√©velopp√© une hi√©rarchie, avec un chef, un sous-chef, des chefs d’√©quipe, etc.

L√† o√Ļ le grand feu a √©t√© ranim√© par quelque comit√© d’initiative commerciale ou communale, les organisateurs prennent en mains l’organisation mat√©rielle du grand feu. C’est le cas √† Chapelle-lez-Herlaimont, Acoz, Gougnies, Aisemont, Ham-sur-Sambre, Hanzinelle, Laneffe, Saint-Aubin ; √† Walcourt c’est le ¬ę L√©opold Club ¬Ľ ; √† Goz√©e, ce fut apr√®s la derni√®re guerre le club des supporters du club de football lo√ßil; √† Pry-lez-Walcourt, en 1959, ce fut la soci√©t√© du jeu de balle qui renoua avec le grand feu apr√®s 25 ans d’interruption; √† Florennes, c’√©tait la compa¬≠gnie des marcheurs ¬ęLes Rouges¬Ľ qui, nagu√®re, relayait un Comit√© des Jeunes ; √† Oret, c’est le comit√© des f√™tes qui a l’initiative tandis qu’√† Lesve, en 1952, ce fut la section locale de la F√©d√©ration Nationale des Combattants qui remit en honneur l’antique coutume. A Gougnies c’est une association de la Jeunesse et des Jeunes M√©tallos qui met sur pied le grand feu. A Tamines, les 2 comit√©s de f√™tes locaux s’associent.

A Gerpinnes, en 1949, ce fut le cercle ¬ę Les Vrais Wallons de Gerpinnes ¬Ľ qui organisa le grand feu. Il fut relay√© en 1950 par le ¬ę Comit√© de Jeunesse Gerpinoise ¬Ľ (p.111) jusqu’en 1952, ann√©e o√Ļ le cercle reprit le flambeau. En 1954, fut install√© un ¬ę Comit√© des F√™tes ¬Ľ qui c√©da la place en 1956 √† un ¬ę Convt√© d’Initiative ¬Ľ en association avec le ¬ę Comit√© de la Jeunesse ¬Ľ.

Quelques indications sont plus vagues : √† Bougnies, ce furent des jeunes gens, puis des gamins, qui organis√®¬≠rent le grand feu. A Courcelles et √† Nismes, c’√©taient des jeunes gens.

A Gourdinne les quêteurs portaient, avant 1940, culottes blanches, sarrau, chapeau, bonnet ou casquette.

A Aisemont le remplacement de la Jeunesse par un co¬≠mit√© d’initiative appel√© Comit√© de Jeunesse eut lieu cepen¬≠dant en 1950, √† la suite de la d√©fection, l’ann√©e pr√©c√©¬≠dente, de tous les Chefs de Jeunesse sauf un, ce qui fut am√®rement critiqu√©.

 

5c.¬†¬†¬† L’OBTENTION DU COMBUSTIBLE.

Il est assez rare que le combustible actroy√© par l’admi¬≠nistration ou par un m√©c√®ne. C’est cependant le cas pour la perche √† Goz√©e, un bouleau que les jeunes gens vont enle¬≠ver dans le bois voisin sur r√©quisition du bourgmestre adress√©e au garde forestier ; il en √©tait de m√™me autrefois √† Bourlers, on sp√©cifiait m√™me que ce devait √™tre un fax ou h√™tre. A Fosse autrefois, c’√©tait aussi l’administration qui accordait les fagots et la perche n√©cessaires. De m√™me √† Morialm√© et √† Stave.

Il semble que la raison pour laquelle l’administration se montre g√©n√©reuse n’est pas tant qu’elle veuille ou ait voulu aider les organisateurs mais qu’elle voulait √©viter les d√©pr√©dations de ceux-ci dans les haies et for√™ts. En 1764, la Haute Cour de Fleurus prenait une ordonnance ¬ędeffen-dant m√™me a toutes personnes d’aller prendre et arracher les hayes des jardins et prairies pour faire leur grand feu a peine de trois florins damende pour les contrevant exce-cutables sur le pied et seron le p√®re et m√®re responsables pour les contraventions de leurs enfans… ¬Ľ En 1730 d√©¬≠fense avait d√©j√† √©t√© faite aux habitants de d√©t√©riorer haies et cl√ītures pour faire le grand feu.

 

(NB)¬† ¬ęAu lieu de car√™me-entrant ou car√™me-prenant, la Picardie et la Wallonie ont pr√©f√©r√© un diminutif de quadragesima : caresmel, qui survit dans les arrondissements d’Ath et de Tournai [cttrmy√ī : carnaval] ; √† Malmedy cwarm√™ ¬Ľ, selon Jean HAUST dans le Bulletin de Toponymie et Dialectologie, X, 1936, p. 420, lequel a retrouv√© aussi trace du mot √† Grandra√©nil, en Ardenne, [civ√®r-m√®\. A Jodoigne, on a dit aussi carmeaux, quaremaulz : voir R. HANON DE LOUVET dans son Histoire de JoJoigne, pa¬≠ges 356-357, (cit√© au m√™me Bull, de Toponymie, XVI, 1942, p. 293). A Tournai, ¬ęin fet ripaille trois jours √† l’afilet, in va al tripe du visin, in minge d√©s coucoubaques, et ceus’ qui veut’te faire du flafla, i f√®t’t’ d√®s weaufes au chuque ! ¬Ľ Selon Jean HAUST : Le Dictionnaire tournaisien du Dr Louis BONNET (1816-1897). ¬ęBulletin de Toponymie et Dialectologie¬Ľ, XX, 1946, p. 253. Voir aussi A.L.W., III, p. 320.

 

(p.113) A Lustin, en 1939, les gamins ont pendant plusieurs jours ramass√© des branches de sapin provenant d’une coupe dans un bois proche. Il s’agit l√† d’une bonne aubaine, non d’une tradition sans doute.

A Hanzinelle, l’administration communale donne chaque ann√©e √† la Jeunesse deux portions de taillis pour lui permettre de faire le grand feu. L’abattage des arbres a lieu le samedi apr√®s-midi, le d√©bitage en perches et bran¬≠chages le dimanche matin. Les Chefs de Jeunesse du ha¬≠meau de Donveau re√ßoivent de m√™me une portion de bois. Dans les deux cas, le don ne supprime pas la qu√™te.

A Morialm√©, en 1951, le conseil communal alloua 750 francs, 100 fagots et un ch√™ne pour l’organisation du grand feu. Ce don qui para√ģt traditionnel, ne supprima pas non plus la qu√™te de combustible.

De m√™me √† Str√©e, le combustible provient d’une qu√™te et d’un ramassage au bois communal.

Dans la plupart des cas, cependant, le combustible n’est obtenu que par une qu√™te.

Les demandeurs vont de porte en porte solliciter des fagots, du bois, de la paille. Ils sont appel√©s c√†re√Ľs d’jeum√ģ √† Silenrieux, d√©nomination qui rappelle le r√īle du ¬ę cubeur de fumier ¬Ľ √† Senzeilles et √† Soumoy le jour du mardi gras ( 1 ) ; ce r√īle existe aussi √† Vergnies. Ils vont en pan¬≠talon blanc, pr√©c√©d√©s des tambourineurs.

Mes notes me permettent d’assurer que l’on demande: ‚ÄĒ des fagots √† Blaugies, Barben√ßon, Froidchapelle, Go-z√©e, Jamioulx, Ma√ßon, Str√©e, Fleurus, Gerpinnes, Montignies-le-Tilleul, Nivelles, Dion-le-Val, Sart-Dame-Aveline, au pays de Namur, notamment √† Ai-semont, Bois de Villers et Furnaux, √† Dinant (Wiet), Berz√©e (mais pas dans le centre), Cerfontaine, Fa-gnolle, Florennes, Fraire, Gourdinne, Neufville-le-

 

(1)¬†¬† Voir √† ce sujet Roger PINON et Jules VANDEREUSE : Quel¬≠ques carnavals curieux de l’Enire-Sambre-et-Meuse. ¬ę Le Guetteur Wallon ¬Ľ, 1960, 3, p. 1 du t.-√†-p.

 

(p.114) Chaudron, Nismes, Roly, Saint-Aubin, Sautour, Sen¬≠zeilles (o√Ļ l’on dit qu’on ¬ęva aux fagots¬Ľ), Silen-rieux, Soumoy, Tarcienne, Walcourt, Yves-Gome¬≠z√©e ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† du bois, sans pr√©cision, aux Ecaussinnes,¬† √† Goz√©e, Gerpinnes, Cornais, Mont-Saint-Guibert, Mettet, Ber-z√©e, Couvin, Dourbes, Florennes, Hanzinne, Laneffe, Morialm√©, Saint-Aubin, Senzeilles (des vieilles plan¬≠ches), Thy-le-Bauduin ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† des b√Ľches et des rondins √† Soignies, Goz√©e, Str√©e, Fagnolle, Roly ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† des branches s√®ches, √† Corbais, Mettet et Walcourt ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† de la paille √† Bougnies, Soignies, Buvrinnes, Goz√©e, Ma√ßon, Gerpinnes, Monceau-sur-Sambre, Montignies-le-Tilleul,¬† Nivelles,¬† Corbais,¬† Dion-le-Val,¬† Mont-St-Guibert,¬†¬† Neufville-Ie-Chaudron,¬†¬† Saint-Aubin,¬†¬† Sau¬≠tour, Senzeilles, Silenrieux, Yves-Gomez√©e ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† des herbes s√®ches √† Corbais ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† des √©pines √† Montignies-le-Tilleul ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† du carton √† Fleurus ;¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬†¬†¬†¬†¬†¬†,

‚ÄĒ¬†¬†¬† des vieilles mannes √† Senzeilles ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† la taille des haies, aux Ecaussinnes, Goz√©e, Str√©e, Bois-d√©-Villers ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† des d√©chets divers aux Ecaussinnes, √† Montignies-le-Tilleul,¬† Sart-Dame-Aveline,¬† Couvin,¬† Saint-Aubin, Yves-Gomez√©e ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† du p√©trole : au pays de Namur, √† Mettet et √† Oret ;

‚ÄĒ¬†¬†¬† de l’argent : √† Berz√©e, Couvin, Goz√©e, Str√©e, Floren¬≠nes, Oret, Tarcienne, Walcourt, Yves-Gomez√©e.

La demande  de combustible est  généralement une phrase stéréotypée.

C’est ainsi qu’√† Barben√ßon les qu√™teurs disent : Ti n’as n√©n ‘ne otir√®te ?

[‚ÄĒ Tu n’as pas un fagot ?]

A Fleurus la formule était :

N’avez n√© ‘ne saqw√® pou l’ grand feu ?

[ = N’avez-vous rien pour le grand feu ?}

(p.115) A Dion-le-Val et à Mont-St-Guibert, les enfants psal­modient :

One fèwêye,

On c√īp par an.n√™ye ! [= Une ¬ę feu√©e ¬Ľ, Une fois par ann√©e !]

Au pays de Namur il existe même une formulette de quête :

Al quète, al quète

Po fé l’ fouwau :

Del bêle tchène,

Dès bias agnons,

One bêle vatche,

On bia mouton !  (1).

[‚ÄĒ A la qu√™te… Pour faire le grand feu: ‚ÄĒ Du beau chanvre, ‚ÄĒ Des beaux oignons, ‚ÄĒ- Une belle vache, ‚ÄĒ Un beau mouton !] Cette formulette se compose d’une demande suivie des vŇďux des qu√™teurs en vue de la prosp√©rit√© des paysans sollicit√©s (2).

En quelques lieux, la qu√™te se fait avec accompagne¬≠ment d’une musique. Ainsi, √† Hanzinelle, la fanfare es¬≠corte la Jeunesse, tandis qu’√† Florennes un orchestre im¬≠provis√© se faisait entendre en 1951.

L’enl√®vement du bois d’affouage peut aussi √™tre accompagn√© de musique.

 

(1)¬† Jules VANDEREUSE a not√© √† Mont-sur-Murchienne une formu-lette d’une femme n√©e en¬†¬† 1H78,¬† qui¬† fait¬† allusion¬† √†¬† un¬† garde-champ√™tre de la commune et qui me para√ģt √™tre une parodie de qu√™te de combustible :

A maraude à sokètes,

D√®s s√®tch’s √®t d√®s v√®rtes !

D√®s p’tits fagots, d√®s gros !

Pi√™re Bertrand avou s’ satch √† s’ dos !

[‚ÄĒ A la maraude aux souches, ‚ÄĒ Des s√®ches et des vertes! ‚ÄĒ Des petits fagots et des gros! ‚ÄĒ Pierre Bertrand avec son sac au dos!]

(2) A Coo-Trois-Ponts, Jules DEFRESNE a not√© une croyance qui re¬≠coupe la¬† formule namuroise : ¬ę Voloz-ve ave√Ľr d√®s b√™s-ognons¬†? S√®moz d‚Äôssus d√®s cindes do grand feu¬† [=¬† Voulez-vous avoir de beaux oignons? Semez dessus des cendres du grand feu]. ¬ęBulle¬≠tin de la Soci√©t√© de Litt√©rature Wallonne ¬Ľ, t. 49, p. 185. ‚ÄĒ Au¬≠tres formulettes de qu√™te apparent√©es dans A.L.W., III, p. 329.

 

(p.116) A Hanzinelle, les jeunes gens se rendent au bois le samedi pr√©c√©d√©s d’un tambour et accompagn√©s de chariots. Ils ram√®nent les arbres abattus sur la place publique, tou¬≠jours de m√™me. Tr√®s t√īt le dimanche matin les jeunes gens sont l√† pour couper les branchages. Vers 11 heures, tout le travail est termin√© : les perches √©lagu√©es sont charg√©es sur un chariot et conduites chez le dernier mari√© de l’an¬≠n√©e, lequel offre quelques verres de liqueur √† titre de re¬≠merciement et un peu d’argent aux officiers de la Jeunesse pour alimenter leur caisse. D√©tail curieux : pour effectuer ce transport, le chariot, pr√©c√©d√© d’un tambourineur, est tir√© exclusivement par les jeunes gens.

A Silenrieux, le d√©part et la tourn√©e des qu√™teurs se fait au son de plusieurs tambours. Il en est de m√™me √† Saint-Aubin, Pry-lez-Walcourt, Praire, Florennes, Lesve (un seul tambour), Gerpinnes (une batterie de tambours accompagn√©e d’un fifre), Str√©e et Aisemont (un seul tam¬≠bour).

A Cerfontaine la Jeunesse constituait deux groupes, celui du Seigneur qu’accompagnaient un porte-drapeau, des hommes d’armes et des fantassins, et celui de la ma¬≠gistrature, compos√© d’un juge, un avocat, un greffier, des boursiers et des bourreaux ou bo√Ľrias. Ceux-ci portaient des sabres en bois et une corde, avec laquelle ils faisaient le simulacre de pendre les √©trangers √† la commune, contre paiement de pots de bi√®re. Certains des officiers √©taient des cavaliers charg√©s de garder le char de bois du grand feu : c’√©tait les gard√®tchaurs.

Car la provision de bois destin√©e au feu est constitu√©e par les dons des habitants. D√®s l’aube, les officiers de la Cour, seigneur pr√©sent, tambour battant, passent avec le char devant chaque maison. La charret√©e √©tait conduite en haut du village et confi√©e √† la garde des bo√Ľrias. Cette garde devait √™tre vigilante, car pendant toute la journ√©e il y avait lutte entre la Jeunesse et les ¬ę mari√©s ¬Ľ,

D√®s que la Cour circulait, le boute-feu ou p√īrte√Ľ d’√®strin se mettait √† sa suite : il avait, attach√©e au dos, une botte de paille qu’il devait porter toute la journ√©e jusqu’au moment o√Ļ le char arrivait sur le tienne de la Trinit√©, point culminant de la localit√©. Il suivait froidement le chariot, (p.117) r√©servant tout son ¬ę feu ¬Ľ pour l’allumage du foyer. On lui allouait 5 fr.-or pour sa peine, √† condition de fournir la botte n√©cessaire. Mais il ne profitait gu√®re de ces cent sous : comme la propension g√©n√©rale √©tait de boire sur le compte d’autrui, il avait √† ses chausses des parasites alt√©¬≠r√©s, qui, lorsqu’il refusait de les abreuver, allaient parfois jusqu’√† mettre le feu √† sa paille. La jurisprudence √©tablie ne permettait pas √† la ¬ę Cour ¬Ľ de le d√©dommager de cette combustion intempestive.

A remarquer encore que les bourreaux, durant tout le carnaval, √©taient tenus √† l’√©cart par tous les membres de la Cour. Ils devaient se contenter de boire √† m√™me le pot, de¬≠vant les cabarets, sans pouvoir se m√™ler aux autres buveurs.

A Soumoy c’√©taient les ¬ę bourreaux ¬Ľ qui ramassaient le bois ; ils ¬ę taxaient ¬Ľ tout le monde en argent, sous les pr√©textes les plus futiles.

A Nismes la Jeunesse tra√ģnait un grand chariot pour qu√™ter ; puis les fagots √©taient d√©charg√©s au pied de la montagne et ensuite port√©s sur place √† bras d’hommes.

Sous l’Ancien R√©gime, la table des pauvres de Walcourt distribuait des harengs aux jeunes gens qui allaient chercher le bois. On notera qu’en cette villerte, les qu√™teurs de bois vont aujourd’hui masqu√©s le matin enlever les fa¬≠gots que la population a √©t√© invit√©e √† d√©poser sur le trot¬≠toir. Les enfants devancent les organisateurs et collectent de la menue monnaie. Double qu√™te autrefois aussi √† Wiet-Dinant : les enfants allaient de porte en porte demander du menu combustible, la jeunesse des fagots chez les fer¬≠miers.

A Couvin aussi la population préparait des charges de bois devant les portes et un chariot passait les enlever, un par quartier.

A Vitrival passe un camion dès la pointe du jour, accompagné de quelques hommes qui chargent les fagots préparés devant chaque demeure.

A Mettet, il y a deux groupes de collecteurs : un pour Je p√©trole, un autre pour les fagots, qu’il charge sur un camion.

A Falisolle c’est un camion de l’administration com¬≠munale qui passe ramasser les fagots pr√©par√©s.

(p.118) A Barbencon, le chariot est actuellement tra√ģn√© par un tracteur, c’est le comit√© de la Jeunesse qui fait la qu√™te. Un char de combustible obtenu sans qu√™te est conduit la veille du grand feu √† l’emplacement o√Ļ celui-ci aura lieu.

A Montignies-le-Tilleul le chariot √©tait attel√© et c’√©taient les Chefs de Jeunesse qui l’accompagnaient.

A Monceau-sur-Sambre c’√©tait Bert’ de Fontignies qui enlevait la paille et les fagots chez l’habitant; son char √©tait attel√© de deux chevaux.

A Gerpinnes on utilise un chariot tra√ģn√© par deux chevaux ; √† Silenrieux, ceux-ci portent fleurs et cocardes.

La plupart du temps un ou plusieurs des qu√™teurs sont porteurs d’une fourche, avec laquelle ils chargent les bottes de paille et les fascines. Ainsi surtout dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, √† Vitrival, Falisolle, Gerpinnes, Florennes, Stave, Hanzinelle, Biesmer√©e, Mettet…

A Courcelles, le jour du grand feu, chaque quartier avait une bande de jeunes gens qui r√©unissait du combusti¬≠ble et l’amenait de Forri√®re, La Motte ou Reguignies, sur la place du Trieu-des-Agneaux.

A Goz√©e, trois chariots, ou davantage, accompagn√©s chacun d’un Chef de Jeunesse partaient vers midi qu√™ter le combustible, un dans le quartier de L√†-Haut, l’autre dans celui de L√†-D’zous, et le troisi√®me aux Ecarts, √©ventuelle¬≠ment dans d’autres quartiers, encore. Vers 18 heures, ces chars, tra√ģn√©s par de vigoureux chevaux, venaient d√©verser leur combustible (du moins apr√®s 1875). Dans les der¬≠niers temps, avant la disparition provisoire du grand feu, les chefs de Jeunesse se d√©sint√©ress√®rent de la collecte des fagots, et pay√®rent d’autres pour s’en charger et pour pr√©¬≠parer le b√Ľcher. A la reprise de la coutume en 19^9, la qu√™te eut lieu le matin avec des camions et des chars.

A Corbais, o√Ļ plusieurs groupes d’enfants font leur grand feu, ils se voient assigner un coin du village o√Ļ ils vont qu√™ter leur combustible.

A Fleurus, vers 1894, chaque groupe d’enfants, d√Ľ¬≠ment hi√©rarchis√©, allait collecter drapeau en t√™te, suivi d’un porte-pancarte sur laquelle on pouvait lire le nom du quar¬≠tier ou de la rue. Chaque autre enfant √©tait porteur d‚Äôune (p.119) perche, de longueur variable selon son √Ęge. Les petits allaient en avant, les tout-petits sans perche. Tous √©taient en rang. Les chefs qui commandaient se tenaient sur les c√īt√©s. Inutile de dire que les bagarres entre quartiers ne se comptaient pas.

La qu√™te avait lieu un mois √† l’avance √† Couvin, du¬≠rant plusieurs jours √† l’avance √† Mariembourg.

Elle durait le samedi apr√®s-midi et le dimanche du grand feu au matin √† Morialm√©, toute la journ√©e du di¬≠manche √† Yves-Gomez√©e, l’apr√®s-midi seulement √† Goz√©e, Montignies-le-Tilleul, Mettet-Pontaury et Senzeilles o√Ļ elle a lieu apr√®s la lecture des ¬ę lois ¬Ľ.

En g√©n√©ral, cependant, la qu√™te se fait le jour du grand feu au matin : il en est ainsi √† Barben√ßon, Str√©e, Gerpinnes, Lesve, Mettet (Devant-la-Gare), Vitrival, Florennes, Fraire, Nismes, Oret, Pry, Saint-Aubin, Silenrieux, Thy-le-Bauduin, Treignes. On sp√©cifie parfois l’heure o√Ļ d√©bute l’op√©ration ; √† l’aube √† Vitrival, t√īt le matin √† Met¬≠tet, 7 h. √† Pry, 8 h. √† Silenrieux, 9 h., √† Florennes. Tout est termin√© vers 11 h. ou midi.

Le combustible est d√Ľ aux qu√™teurs. C’est pourquoi il existe des vengeances promises ou r√©elles.

A Sart-Dame-Aveline, on ne pouvait refuser aux qu√™¬≠teurs sous peine de ne point avoir de pommes au verger durant l’ann√©e; √† Couvin, sous peine de voir l’incendie causer des ravages chez les r√©calcitrants.

A Gerpinnes, par contre, les Chefs de Jeunesse se retirent en manifestant leur m√©contentement √† l’√©gard des quelques rares personnes qui ne donnent rien.

Dé-ci dé-là, le combustible est obtenu par vol ou chapardage.

A Mont-Saint-Guibert, pendant plusieurs jours avant le grand feu, les enfants r√īdaient dans la localit√© et ses abords pour rep√©rer les fagots et les gerbes qui allaient √™tre de bonne prise, le moment venu. Ce qui n emp√™chait pas la qu√™te du dimanche de la feuw√™ye.

(p.120) (…)

A Farciennes aussi, vers 1890, le combustible √©tait maraud√©, ce qui √©tait probablement le cas √† Fleurus, au XVIIIe si√®cle, ainsi qu’il a √©t√© rapport√© plus hiut, et √† Mont-sur-Marchienne. si la formulette donn√©e ci-dessus en noce est bien √†. meure en rapport avec le Gr^nd Feu.

Il arrive rarement que le bois soit achet√©. Il semble que Ňď fut le cas √† Froidchapelle en 1952.

Le caract√®re essentiel du combustible est qu’il est obtenu de tous, par qu√™te ou cession d’un bien communal. Il est le premier aspect collectif de cette coutume qui en pr√©sente tant d’autres. A remarquer d’ailleurs que les qu√™¬≠teurs agissent au nom de la collectivit√©, bien qu’ils n’√©ma¬≠nent que d’une fraction de celle-ci, la Jeunesse le plus souvent.

 

5d.¬†¬† L’ACHEMINEMENT DU COMBUSTIBLE.

 

Le combustible re√ßu est achemin√© par la Jeunesse sur un chariot mis √† sa disposition par un fermier. Ce chariot √©tait souvent amen√© par les jeunes gens qui s’attelaient √† de grosses cordes √† nŇďuds accroch√©es au char. Tel √©tait autrefois le cas √† Neufville-le-Chaudron et √† Sautour.

A Barben√ßon, dans l’apr√®s-midi apr√®s les v√™pres, le comit√© des jeunes va chercher les jeunes filles et les jeunes gens √† leur domicile ; autrefois c’√©tait avec une harmonie ; on jette des p√©tards. Les jeunes, qui vont d√©sormais s’appe¬≠ler les sake√Ľs, les tireurs, s’attellent √† une longue cha√ģne de 10-12 m pourvue de bois qu’ils saisissent √† pleines mains, et tirent un char de combustible surmont√© d’un manne¬≠quin, depuis St-Joseph jusqu’√† la route de Clermont. Les vieux ‚ÄĒ un t√©moin dit : les derniers mari√©s de l’ann√©e ‚ÄĒ qui entravent le char avec de grosses pierres, des souches d’arbres, et qui s’agrippent au char, sont appel√©s les astoke√Ľs. (p.121) Au frein, un homme, d‚Äôailleurs mari√©, dont l‚Äôofice est r√©serv√© √† sa famille. Quelques jeunes gens ont en mains de gros b√Ętons avec lesquels ils √©cartent les obstacles. La musique suit et soutient l’ardeur de tous. Les deux groupes s’arr√™tent √† chaque caf√©; l’orchestre entre et joue des airs √† danser, de Gilles et √† la mode, et tout le monde danse. Non sans se surveiller mutuellement, car les astoke√Ļs s’arran¬≠gent pour profiter de ce que les jeunes sont trop au plaisir ou trop √©m√©ch√©s peur faire reculer le char eu le renverser, ou encore pour barrer la route. De leur cot√©, les jeunes font avancer leur char ou le remettent en place, si l’occasion favorable se pr√©sente. Sur l’ordre du Chef de Jeunesse, apr√®s quelque temps de danse, tout le monde quitte le ca¬≠baret et la lutte ardente recommence. Arriv√© √† un point convenu, vers 18 h., non sans l’intervention cocasse des masques qui intriguent, le char est conduit directement √† l’endroit o√Ļ s’allumera le grand feu.

Le dimanche du grand feu, dans l’apr√®s-midi, √† Cerfontaine, les jeunes gens accrochent au timon du chariot de combustible une longue cha√ģne dans les mailles de laquelle ont √©t√© pass√©s des b√Ętons enrubann√©s. Impossible pour eux d’√©chapper √† la mise √† la cha√ģne, car d√®s le d√©part du cort√®ge, toute la Jeunesse versait une garantie de 5 francs-or, qui leur √©tait restitu√©e d√®s que chacun s’√©tait plac√© √† la cha√ģne avec sa coum√©re, selon son rang hi√©rar¬≠chique. Charg√© des bo√Ľr√ģas, au d√©part, le chariot √©tait conduit sul tri ou place de la Trinit√©, o√Ļ devait avoir lieu le grand feu. Mais il n’allait pas loin. Apr√®s une lutte acharn√©e entre les bo√Ľrias descendus du char et les ¬ę ma¬≠ri√©s ¬Ľ, le chariot √©tait renvers√©. Les jeunes gens devaient alors parlementer avec leurs a√ģn√©s et leur payer des pots de bi√®re. Apr√®s quoi le chariot √©tait relev√© et les fagots recharg√©s. La bi√®re bue, les mari√©s revenaient √† la charge. Et ainsi jusqu’√† ce que le chariot fut rendu sur la place.

Une sc√®ne analogue avait lieu √† Senzeilles : apr√®s la lecture des ¬ę lois ¬Ľ, laquelle a lieu √† la sortie des v√™pres, tous les participants au cort√®ge, les trois membres de la ¬ę Cour ¬Ľ except√©s, s’attelaient √† un chariot ou le poussaient pour aller qu√™ter du combustible. Vis-√†-vis de chacun des 4? cabarets du village, le ¬ęgroupe des inconnus¬Ľ, c’est-√†-dire les mari√©s, s’effor√ßait de renverser le chariot. En cas (p.122) de r√©ussite, les ¬ę jeunes ¬Ľ devaient leur payer un certain nombre de pots. Si les jeunes le renversaient, c’√©tait l’in¬≠verse : aux ¬ę mari√©s ¬Ľ de payer √† boire ! Parfois, quand la Jeunesse se sentait plus faible que ses adversaires, et que les fonds diminuaient dangereusement, elle attelait un che¬≠val au chariot et se sauvait avec le chargement.

A Soumoy, aussi, les ¬ę mari√©s ¬Ľ essayaient de ren¬≠verser le char et les ¬ę bourreaux ¬Ľ s’y opposaient tandis que les jeunes tiraient.

En cas de r√©ussite les mari√©s avaient droit √† un ¬ępot¬Ľ de bi√®re. Arriv√©s √† un certain endroit, on attelait des che¬≠vaux pour la mont√©e sur les trteux,

A Goz√©e et √† Hanzinelle, les chars charg√©s de com¬≠bustible, avant l’√©poque o√Ļ ils furent amen√©s √† l’endroit du grand feu par des chevaux, √©taient tra√ģn√©s par la jeu¬≠nesse des deux sexes s’attelant au timon et tirant √† qui mieux mieux. Cet usage disparut vers 1875 √† Goz√©e.

A Praire, c’est la derni√®re mari√©e qui √©tait en t√™te de la Jeunesse tirant le char aux fagots.

Les jours qui pr√©c√©daient le grand feu, √† Walcourt, ¬ę les gamins conduits par les grands allaient ramasser les branches de bois mort, couper les buissons d’√©pines au Tri Pierrard, au Bois Druart, au Plantis, au Franc Bois, au Tienne Waris. Les brouettes √† claire-voie, les charrettes √† deux roues charg√©es d√©mesur√©ment d√©valaient en grin√ßant vers la Grand-Place o√Ļ elles d√©versaient le pr√©caire butin qui s’amoncelait en un immense cercle. Vers les 4 heures, les a√ģn√©s au milieu d’un silence g√©n√©ral, y mettaient le feu du c√īt√© d’o√Ļ soufflait le vent. ¬Ľ

* * *

Ici encore il convient de souligner le caract√®re collec¬≠tif du transport, soit que toute la jeunesse s’attelle au cha¬≠riot, soit que le chariot ait √©t√© pr√™t√©.

La lutte des ¬ę jeunes ¬Ľ et des ¬ę mari√©s ¬Ľ est un √©l√©¬≠ment essentiel du grand feu dans l’Entre-Sambre-et-Meuse seulement : elle se manifeste √† d’autres occasions, par (p.123) exemple, lorsque l’on va br√Ľler le bonhomme carnaval le lundi gras √† Cerfontaine, et √† Tangissart (Baisy-Thy), √† l’occasion de la f√™te communale.

Il s’agit d’une ritualisation de l’opposition entre clas¬≠ses d’√Ęge, que l’on ne peut probablement pas enti√®rement s√©parer du droit d’allumage r√©serv√© aux derniers mari√©s. Pour ceux-ci, l’allumage du grand feu peut √™tre consid√©r√© comme un rite de sortie de la classe des jeunes, valable pour tous les mari√©s de l’ann√©e : tous acc√®dent par l√† d√©¬≠finitivement √† la classe des mari√©s.

 

5e.¬†¬† L’ECHAFAUDAGE DU BUCHER.

 

Il y a des r√®gles √† suivre si l’on veut √©difier un beau b√Ľcher. L’une d’elle est qu’il faut mettre les bottes de pail¬≠le en dessous, puis les fagots et le bois.

Mais il convient surtout de planter d’abord une per¬≠che, autour de laquelle on organise le combustible.

G√©n√©ralement ce sont quelques d√©vou√©s qui √©difient le b√Ľcher pendant que les autres s’amusent.

A Nismes le foyer √©tait pr√©par√© dans chacun des deux quartiers par les plus √Ęg√©s des ouvriers faudeurs, habitues professionnellement √† la pr√©paration de meules pour la fabrication du charbon de bois.

A Montignies-le-Tilleul, c’√©tait un des chefs de la Jeunesse qui dressait le b√Ľcher.

Le rite le plus curieux pour l’√©chafaudage du b√Ľcher est celui de la piss√©e ainsi qu’il a √©t√© observ√© √† Goz√©e. ¬ę Avant de proc√©der √† la plantation de la perche qui devait servir de pivot au tas de fagots, tout le ¬ę train ¬Ľ, c’est-√†-dire le chef de la Jeunesse, se rendait, musique en t√™te, au domicile des derniers mari√©s de l’ann√©e. Le premier chef de Jeunesse offrait son bras √† la jeune √©pous√©e ; le deuxi√®¬≠me chef agissait de m√™me √† l’√©gard du mari et toute la bande retournait dans la prairie au son de joyeux airs [et pr√©c√©d√©s du courrier virevoltant]. Suivant la tradition [la jeune mari√©e} devait d’abord ¬ę pich√ģ au tr√ī ¬Ľ (pisser au trou). Jadis, les int√©ress√©es se soumettaient de bonne gr√ʬ≠ce… Mais plus tard… le plus souvent la mari√©e se contentait (p.124) d’enjamber le trou sans s’y arr√™ter. Apr√®s cela elle nouait au sommet du bouleau un ruban qu’elle avait offert gracieusement √† la Jeunesse. Ces pr√©paratifs √©tant termin√©s, la perche √©tait plant√©e, les fagots mis en tas…¬Ľ Ainsi s’exprime Jules Vandereuse. Il arriva bien, cependant, que la femme fut remplac√©e par un homme travesti.

A Montignies-le-Tilleul la perche √©tait, comme √† Goz√©e, orn√©e d’un ruban offert et li√© par la derni√®re ma¬≠ri√©e de l’ann√©e.

A Couvin, ¬ę chaque b√Ľcher comprenait comme axe central un arbre d’une certaine puissance √† l’extr√©mit√© du¬≠quel on hissait un drapeau entour√© de banderolles de tou¬≠tes nuances. Autour de ce pivot se groupait un √©norme amas de troncs, de branchages, de bruy√®res, dont l’ensem¬≠ble rev√™tait, √† peu de chose pr√®s, la forme d’une pyramide bien √©lanc√©e. ¬Ľ

Vu que la qu√™te du combustible a lieu le matin, l’√©di¬≠fication du b√Ľcher n’est g√©n√©ralement possible que dans l’apr√®s-midi. En certains endroits cependant elle est ache¬≠v√©e avant le d√ģner. C’est le cas √† Praire, Hanzinelle, Mo-rialm√© et Treignes.

On ne peut n√©gliger de signaler l’importance de cer¬≠tains b√Ľchers. Celui des Ecaussinnes pouvait avoir 8 m. de hauteur sans /’ boulome ; √† Gerpinnes, il atteint parfois 7 m. de haut et 10 m. de diam√®tre et il se compose de quelques centaines de fascines. A Cerfontaine, en 1928, le jour du grand carnaval, apr√®s un d√©fil√© qui dura trois quarts d’heure et auquel prirent part les ¬ę Sapeurs-Pom¬≠piers ¬Ľ et les ¬ę Zouaves ¬Ľ, ainsi que de nombreux chars et v√©los fleuris, un feu de 350 fagots fut allum√© √† 19 h. 30 au lieu-dit Bout-d’en-Haut, qui est le point culminant du village. A cette date, il s’agissait d√©j√† d’une forme d√©g√©n√©¬≠r√©e du carnaval et du grand feu. C’est ainsi qu’il y avait deux chars, qu’ils √©taient tra√ģn√©s dans le cort√®ge de l’apr√®s-midi par les ¬ę Sapeurs-Pompiers ¬Ľ et d√©charg√©s √† chaque halte, puis recharg√©s par les ¬ę Zouaves ¬Ľ apr√®s que ceux-ci se fussent rafra√ģchis. A Berz√©e, le b√Ľcher avait d’habitude 10 m. de diam√®tre.

 

(p.125) 5f.¬†¬† ENDROITS OU S’ECHAFAUDE LE BUCHER.

 

Voici les localisations précises relevées :

Blaugies : au Coron, aux Eclusiaux, au Bosquet Go-bert, ¬ę ailleurs encore sans doute ¬Ľ.

Ecaussinnes-d’Enghien : au chemin Hamaide.

Ecaussinnes-Lalaing : à la cour du Marichau (vers 1895) et au hameau de Belle-Tête (avant 1890).

Marche-lez-Ecaussinnes : au Tiène dèl Marcote.

Barbençon : route de Clermont.

Biercée : au Tienne à Pequets.

Froidchapelle : place de la Gare.

Gozée : au lieu-dit Fontenelle, ou au terrain de foot­ball.

Maçon : place du Wicher.

Morlanwelz : place Albert Ier.

Strée : au Petit Champ.

Acoz : aux Courtis et à Lausprelle.

Courcelles : place du Trieu-des-Agneaux.

Farciennes : place Communale.

Gerpinnes : au Sartiat, à Hymiée, etc.

La Hestre : rue de Mariemont.

Monceau-sur-Sambre : la prairie Masquelier aux Grands Trieux.

Montignies-le-Tilleul : place du Try.

Mont-sur-Marchienne : aux Haies.

Roux : place des Aiselies.

Wanfercée-Baulet : place communale.

Dion-le-Val : à la Bruyère ou al Brumagne.

Mont-Saint-Guibert : au Ruchaux.

Aisemont : au lieu-dit Aux Chemins.

Auvelais : Grand-Place.

Biesme : à Saint-Adrien et au Planoy.

Bois-de-Villers : aux Quatre Chemins et au Tchèstia.

Falisolle : à Ste-Anne et au Gay.

(p.126) Fosse : place du Marché (autrefois), à Haut-Vent et Nèvremont (de nos jours).

Furnaux : au Tourniquet.

Ham-sur-Sambre : place Communale, et au quartier de Trou du Ferai, près du terril.

Lesve : aux Hayettes.

Lustin : aux Fonds et au Village ; autrefois à Bois-Laiterie, Mont-sur-Meuse, Sibérie, derrière Hule, etc.

Mettet : à Pontaury, Devant-les-Bois, Scry et au quar­tier de la Gare.

Tamines : Grand-Place, puis place des Alloux et place Saint-Martin.

Vitrival : Sur les Quartiers.

Bioul : à Haute-Bise, à la Mouclinière, à la chapelle Saint-Hubert, à Frisles, au Doumont, au Mont et à La-gauche. Bioul surplombe les vallées de la Molignée et du Bu mot.

Yvoir : au Blaret.

Cerfontaine : Grand-Place ou place de la Trinité.

Couvin : √† la Montagne de Boussu, Nieumont, Bout-d’en-Haut et √† la rue des Juifs ; en 1937 : au Dessus-de-la-ville.

Dourbes : au Tienne Delvaux.

Fagnolle : au sommet de la colline des Zeulies ou sur une hauteur voisine.

Florennes : près du terrain de football ou sur ce ter­rain après la dernière guerre.

Praire : à la place de Maroquette.

Hanzinelle : à la place communale et au Donveau.

Hanzinne : aux parages de la chapelle St-Oger (route de Farciennes).

Laneffe : au pied de la c√īte de Praire.

Mariembourg : Grand-Place, puis le pr√©au de l’√©cole (au mardi-gras) et finalement au pr√© Hurion.

Morialmé : place Communale et Basse-Flandre en 1952.

(p.127) Nismes : au Tienne Breumont, et au Mourainy.

Pry : au Ch√Ęteau d’Eau.

Roly : au ¬ę tienne ¬Ľ pr√®s du cimeti√®re, plus tard entre le village et la Bowe ; en 1951, sur la Grand-Place.

Saint-Aubin : place de l’Eglise.

Senzeilles : al coup√®te du Tr√ģ du Leup.

Soumoy : sur les Trieux.

Stave : au hameau de Cornelle.

Treignes : à la Basse-aux-Reines.

Walcourt : plaine de Spayemont.

Yves-Gomezée : sur les Crojètes.

De l’examen de cette liste, il appert que l’on choisit surtout des hauteurs ou des places publiques. On signale notamment des hauteurs √† Bougnies, Soignies, Marche-lez-Ecaussinnes, Barben√ßon, Bierc√©e, Dion-le-Val, Sart-Dame-Aveline, Falisolle, Bioul, Cerfontaine, Dourbes, Nismes, Silenrieux. Il a d√Ľ en √™tre de m√™me en de nombreux autres endroits.

Par contre on signale le pied de la c√īte √† Laneffe et le quartier des Fonds √† Lustin.

Relevons aussi, √† titre de curiosit√©, qu’√† Namur on fit le grand feu sur la Meuse gel√©e vers 1890.

Il existe des servitudes : j’en ai relev√© √† Barben√ßon et Goz√©e, et tel est le cas probablement partout o√Ļ le grand feu est allum√© dans un pr√©, √† Laneffe et Hanzinne, par exemple.

Il est int√©ressant d’attirer l’attention sur une relation possible qu’il conviendrait de d√©montrer, entre le grand feu et le culte des saints. A Falisolle, le b√Ľcher s’embrase sur les hauteurs de Sainte-Anne, √† Biesme au quartier de Saint-Adrien, √† Tamines sur la place Saint-Martin, √† Bioul √† la chapelle Saint-Hubert ; il se peut ‚ÄĒ et pour moi c’est probable ‚ÄĒ que l’association entre le grand feu et le saint √©voqu√© par ces toponymes soit fortuite. Mais le cas d’Han-zinne est plus curieux, car l√† c’est dans les parages de la chapelle St-Oger que le feu est allum√©. Il conviendrait que les futurs enqu√™teurs rel√®vent s’il n’y a pas d’autres cas semblables et t√Ęchent de les expliquer.

(p.128) A noter enfin qu’on ne fait nulle part le grand feu devant la demeure des derniers mari√©s, comme le cas en est fr√©quent en France notamment.

 

En 1905, √† Mariembourg, un pr√©tendu danger d’in¬≠cendie fit interdire le grand feu sur la place communale. On l’organisa alors √† la ¬ę plaine des soldats ¬Ľ. H√©las, l’en¬≠droit √©tait trop √©loign√© de la ville, et l’enthousiasme d√©crut rapidement. Vers 1930, les √©l√®ves de l’√©cole communale, √† l’occasion d’une promenade scolaire faite l’apr√®s-midi du mardi gras, r√©veill√®rent la coutume sous le pr√©au de l’√©cole. En 1950, le grand feu √©migra dans la prairie de M. Char¬≠les Hoefkens √† proximit√© de la route de Roly ; en 1951, ce fut au pr√© Hurion qu’il eut lieu.

¬ę La facilit√© et le confort font la loi ¬Ľ d√©clare un chroniqueur de Roly en √©voquant le d√©placement du grand feu du tienne pr√®s du cimeti√®re vers un lieu situ√© entre le village et la Bowe en 1945 puis au centre de la localit√© en 1951.

 

5g.   AVEC OU SANS MANNEQUIN

 

En de nombreux endroits un bonhomme de paille surmonte le b√Ľcher.

Aux Ecaussinnes le ¬ę bonhomme ¬Ľ surmontait la per¬≠che centrale ; il √©tait v√™tu de vieux v√™tements d’homme, masqu√© et chapeaut√©. Quelquefois on y pla√ßait des p√©tards, qui √©clataient ensuite. En 1937, ce mannequin s’appelait Djan-de-Nw√Ęre-T√™re et il plastronnait √† 3 m. 50 de hau¬≠teur.

On trouve un mannequin fixé au sommet de la perche centrale à Barbençon, Gozée, Gerpinnes, Wanfercée-Baulet, Mettet, Vitrival, Yvoir.

A Gerpinnes, il y a d’abord simulacre de mise √† mort; √† Goz√©e on le fusille. Il est d’ailleurs appel√© ¬ę Bonhomme Carnaval ¬Ľ √† Wanferc√©e-Baulet et ¬ę Messire Carnaval ¬Ľ √† Gerpinnes, du moins par les journalistes. En dialecte on dit /’ bolome √† Barben√ßon, /’ boulome aux Ecaussinnes.

(p.129) A Ma√ßon et √† Treignes, le c√©r√©monial est plus expres¬≠sif : le bonhomme est pendu √† une potence. Depuis 1958, il est br√Ľl√© avec le bonhomme Saint Pansard du groupe de Tr√©lon. (France), qui participe au cort√®ge.

Il doit y avoir d’autres mannequins, notamment dans la zone du fe√Ľre√Ľ, o√Ļ a lieu la ¬ę passion du Gille ¬Ľ dont je parlerai plus loin.

Cependant il semble bien que le br√Ľlage d’un manne¬≠quin ne fut pas g√©n√©ral.

A mon avis, un grand feu, √† l’origine, n’en compor¬≠tait pas. Il s’agit d’un glissement ou report au jour du grand feu de l’ex√©cution de carnaval ou mardi gras, pour profiter du brasier. En de nombreux endroits, en effet, celle-ci a lieu au carnaval, et pas toujours par le feu, mais parfois aussi par l’eau, comme √† Vierves.

A Thy-le-Bauduin, le jour des Cendres, selon J. Vandrunen, ¬ę on empoigne le moins desso√Ľl√© : on le roule dans la paille, et on allume !… Non sans avoir l’excellente pr√©caution d’approcher un grand tonneau d’eau. Et d√®s que l’on voit la paille br√Ľler, on inonde l’ivrogne. Ce simu¬≠lacre de flambage… doit symboliquement br√Ľler le car¬≠naval pour affirmer sa firi. ¬Ľ

Au grand feu de Treignes, on se r√©unit l’apr√®s-midi sur la Grand-Place, o√Ļ l’homme de paille, apr√®s le tradi¬≠tionnel c√©r√©monial de mise en accusation, est condamn√© √† √™tre noy√©. On se contente d’un l√©ger bain dans la rivi√®re, et il est finalement d√©cid√© de le br√Ľler solennellement pour qu’il expie les multiples fautes qu’il est cens√© avoir com¬≠mises.

 

51i.   NOMBRE DE BUCHERS PAR LOCALITE.

En g√©n√©ral il n’y a qu’un seul b√Ľcher par localit√©. √áa et l√† il y en a un par quartier ; c’est le cas notamment √† Blaugies (3 b√Ľchers au moins), Fleurus, Gerpinnes (no¬≠tamment au Sartiat et √† Hymi√©e), Corbais, Lustin (autre¬≠fois), Mettet, Bioul, Couvin.

En d’autres lieux, il y a plusieurs feux : 2 √† Erquelinnes, 2 √† Acoz, dont l’un √† la Quadrag√©sime et l’autre au (p.130) Laetare, plusieurs √† Chapelle-lez-Herlaimont, sur les di¬≠verses places publiques, 2 √† Biesme-lez-Fosse, 2 √† Bois-d√©-Villers, 2 √† Falisolle, 2 √† Ham-sur-Sambre, √† des dates diff√©rentes, 2 √† Lustin, avec une ardente comp√©tition √† qui aura le plus gros, 2 √† Tamines (succ√©dant √† 1 seul), 2 √† Hanzinelle, 2 √† Nismes, avec une ardente bataille entre les deux groupes organisateurs, 2 √† Stave, un le dimanche et l’autre le lundi.

Le nombre peut √©voluer : √† Fosse il n’y en avait qu’un autrefois, allum√© sur la place du March√©; plus tard il y en eut plusieurs dans les hameaux ; puis ce fut √† Haut-Le-Vent seulement et √† Bambois ; aujourd’hui on en allume deux, √† Haut-le-Vent et √† N√®vremont.

 

5i.¬†¬† AVANT L’ALLUMAGE.

L’id√©e de s’amener en cort√®ge au grand feu est assez naturelle. Aussi la voit-on r√©alis√©e simplement en de nom¬≠breux endroits.

Les organisateurs s’am√®nent avec leurs musiciens et bon nombre de gens se sont agglom√©r√©s autour d’eux.

Tel est le cas à Gougnies. La jeunesse, vers 15 heures se met en route avec une musique, ils font deux fois le tour de la commune pour rassembler les personnes mas­quées et travesties, afin de les conduire au grand feu.

A Joncret, le comit√© de la jeunesse ne fait qu’une fois le tour du village, avec un orchestre. Il s’arr√™te dans tous les caf√©s et l’on danse.

A Aisemont, le comit√© de jeunesse fait une fois le tour des rues de la localit√© en musique dans le cours de tout l’apr√®s-midi.

A Biesme, les animateurs se mettaient en route vers 14 heures, suivis d’une batterie. Les personnes masqu√©es et travesties s’agglom√©raient derri√®re eux et vers 15 heures ils √©taient rejoints par des groupes venant du Centre et du Planoy. Le cort√®ge se disloquait apr√®s un rondeau sur la place Communale. On cite parmi les groupes de ¬ę traves¬≠tis¬Ľ : les ¬ęChevaux¬Ľ avec l’¬ęEmpaill√©¬Ľ et le ¬ęSquelette¬Ľ (p.131) (1936), la ¬ę Noce ¬Ľ, l’¬ę Ambulance ¬Ľ, les ¬ę Botteresses ¬Ľ, les ¬ę Balayeurs rexistes ¬Ľ et le ¬ę Cantonnier ¬Ľ ( 1937), etc. A Falisolle, il y a une sortie musicale l’apr√®s-midi, √† laquelle se joignent les personnes qui se masquent et se travestissent. Le cort√®ge est pr√©c√©d√© du comit√©. Le soir au son du tambour, le cort√®ge se reforme et gagne le lieu du grand feu.

A Fosse, d√®s 14 heures, sortent les personnes mas¬≠qu√©es et travesties, avec accompagnement cl√© musique. On s’am√®ne au grand feu au son des fifres et des tambours et aux accents d’une fanfare tonitruant les airs de Chinels.

A Furnaux, les habitants se masquaient dans l’apr√®s-midi, puis se groupaient. On recherchait l’originalit√©. C’est ainsi qu’il n’√©tait pas rare de voir une personne masqu√©e ou travestie en compagnie d’un chien ou d’un bouc cos¬≠tum√©. Apr√®s les intrigues, on se rendait ensemble au Tour¬≠niquet, o√Ļ les derniers mari√©es allumaient le feu.

A Lesve, autrefois avait lieu dans l’apr√®s-midi un burlesque d√©fil√© de gens travestis et masqu√©s. On se ren¬≠dait le soir, en 1952, √† la reprise de la coutume, par grou¬≠pes, au lieu du grand feu.

A Mettet (devant la Gare), l’apr√®s-midi, les tam¬≠bours et un fifre d√©ambulent dans les art√®res principales, rassemblant les personnes masqu√©es et travesties, pour fina¬≠lement les conduire au b√Ľcher. A Devant-les-Bois, cette cueillette des participants a lieu imm√©diatement apr√®s les v√™pres, pour le ¬ę traditionnel tour sur la place ¬Ľ, lequel se termine par un rondeau. En 1947, on sortit √† cette occa¬≠sion le m√©nage des g√©ants Narcisse et Amboisine, accom¬≠pagn√©s de leur fille Nathalie. On signale en outre des groupes d’ours et de chiens. Un tambour-major dirige les musiciens, et le comit√© se met en t√™te du cort√®ge, lequel, apr√®s sa prestation sur la place, parcourt les principales art√®res du hameau. Au hameau du Pontaury, il y a aussi une sortie l’apr√®s-midi et il ea est probablement au quar¬≠tier de l’Estroit, o√Ļ la d√©faillance de 1950 fut due au man¬≠que d’initiative du groupe local ¬ę Les Boh√©miens ¬Ľ, les ha¬≠bituels organisateurs du grand feu. A noter qu’√† ce cor¬≠t√®ge participent des groupes venus des communes voisines.

(p.132) A Moignelée, autrefois, il y avait un cortège le soir avec flambeaux et musique en tête; il faisait le tour du village.

A Vitrival, le cortège se forme à 18 h. 30 ; il défile dans la localité et effectue son rondeau final autour du brasier.

A Berzée, de nos jours, un cortège parcourt la localité, avec la fanfare locale, avant de se rendre au grand feu.

A Florennes, c’est apr√®s un match de football que la sortie de la musique a lieu. Celle-ci ex√©cute des airs √† la mode, et elle est suivie de nombreuses personnes travesties ou masqu√©es, certaines rappelant des personnages locaux pittoresques.

A Praire, la fanfare communale donne un concert ambulant dès 14 h. (30) et amène la foule au grand feu. Les personnes et les groupes en travestis se joignent à la foule.

A Hanzinelle, la fanfare locale se d√©guise pour la sor¬≠tie de l’apr√®s-midi. Elle est suivie des groupes de person¬≠nes masqu√©es et travesties.

Au quartier de Donveau, voisin d’Hanzinelle, on imite ce village, mais ce sont des tambours et des fifres qui prennent la place d’une fanfare. Au village de Morial-m√©, m√™me organisation.

A Oret les ¬ę travestis ¬Ľ se rassemblent au son du tam¬≠bour d√®s le d√©but de l’apr√®s-midi, pour d√©filer dans le vil¬≠lage. A 18 h. 30, nouveau rassemblement, avec en t√™te la clique dirig√©e par un tambour-major.

A Pry, une fanfare conduit un cortège à partir de la gare dans le village. A 18 h., réunion des personnes mas­quées sur la place du Grand Pont.

A Saint-Aubin, on signale la sortie d’une fanfare dans l’apr√®s-midi.

A Silenrieux, entre 14 et 15 heures, s’organise un cor¬≠t√®ge avec une musique √† sa t√™te. Celle-ci donne des auba¬≠des en cours de route et autour du foyer. Le cort√®ge par¬≠court le village et am√®ne le monde au grand feu. Avant la guerre de 1940-1945, il accompagnait le char de com¬≠bustible.

(p.133) A Tarcienne, l’apr√®s-midi, sortie massive des ¬ę faux visages ¬Ľ du carnaval. Il est √† supposer qu’ils s’am√®nent en cort√®ge au lieu du grand feu.

A Thy-le-Bauduin, sortie musicale l’apr√®s-midi et amen√©e des groupes masqu√©s et travestis au grand feu.

A Walcourt le cort√®ge des participants, travestis ou masqu√©s, se r√©unit √† 18 h., place de l’H√ītel de Ville et se rend √† Spayemont, o√Ļ s’allume le grand feu.

Aux Ecaussinnes, vers 18 h., les organisateurs (les fr√®res Couturiaux, dits Tchap√™rs, autrefois Godefroid Rousseau, dit Got du Rauy√Ęrd, Albert Dubois, dit B√™rt Fourni, Godefroid Evrard, dit Duval, Floribert Delhalle, dit √ąl Ble√Ľ) arrivent suivis d’un cort√®ge de gens arm√©s de longues torches, de balais de paille et de fourches, et pr√©¬≠c√©d√©s d’un orchestre qui joue des airs de Gilles. Les musi¬≠ciens s’installent dans une hutte dress√©e √† leur intention et jouent des airs de marche et de danse pendant que le public afflue, ainsi que des policiers et des notabilit√©s, notam¬≠ment certaines de celles qui ont donn√© du combustible, des industriels et des fermiers surtout.

Le grand feu du pont des Hamaides au hameau de Noire-Terre était autrefois concurrencé par celui du ha­meau du Tilleul, organisé par les Quintis, Jules Baligant, Jules Baguet sur la petite colline à Heaugrand.

Le scénario est analogue à Marche-lez-Ecaussinnes, il y a des rondeaux sur la place.

A Froidchapelle le comit√© du Laetare avec son com¬≠mandant √† cheval en t√™te, les musiciens et les groupes masqu√©s et travestis se r√©unissent au calvaire entre 15 et 16 heures ; ils parcourent les rues du village pendant une bonne partie de l’apr√®s-midi.

A Lambusart, le rendez-vous des personnes travesties a lieu sur la place communale √† 18 h. 30 ; une retraite aux flambeaux leur fait parcourir les rues de la localit√©, jus¬≠qu’√† 21 h. 30, heure √† laquelle on allume le feu tradition¬≠nel.

A Ham-sur-Sambre, les cort√®ges partent, l’un du Trou du Ferai √† 15 heures, l’autre de la place communale √† 15 h. 30. Ils se composent de personnes masqu√©es et travesties. (p.134) Ils ont lieu √† des dates diff√©rentes, le premier au Laetare, l’autre √† la Quadrag√©sime.

En certains endroits, on constate la fusion en une seule journée, de deux cérémonies calendaires en principe iso­lées, le carnaval et le grand feu.

C’est ainsi qu’√† Erquelinnes, l’apr√®s-midi, un cort√®ge carnavalesque parcourt les rues principales. Le soir s’allu¬≠ment les deux b√Ľchers traditionnels.

A Goz√©e, c’est en 1897 que se fit la fusion du car¬≠naval et du grand feu. Ce fut la soci√©t√© locale ¬ę les Excur¬≠sionnistes ¬Ľ qui imagina le nouveau rite. Le cort√®ge fut d√®s l’origine compos√© de groupes locaux et √©trangers. Il com¬≠prend la police, le comit√© organisateur, le ¬ę canne-major ¬Ľ, qui dirige les musiciens, des ¬ę officiers et une cantini√®re ¬Ľ, et surtout un personnage extr√™mement int√©ressant ¬ę le courrier ¬Ľ. Chapeau pointu enrubann√© de rouge, une can¬≠ne aux m√™mes couleurs, blouse rouge, culotte √©troite de couleur verte, souliers l√©gers, il doit virevolter sans arr√™t le long du cort√®ge.

Ce cort√®ge parcourt la cit√© durant l’apr√®s-midi avant de se rendre au grand feu.

A Ma√ßon, c’est depuis 1952 que le grand feu et le carnaval ont fusionn√©. Le cort√®ge se forme sur la Grand-Place vers 14 h. 30. Il se compose du comit√©, de groupes et de chars. Je voudrais en mentionner plusieurs, ici, les uns locaux, les autres √©trangers, parce qu’ils sont en rap¬≠port direct avec l’exaltation du genre de vie et des tradi¬≠tions d’autrefois : le char de la moisson (1954), avec son moulin √† vent, son meunier, ses gerbes plant√©es, ses mois¬≠sonneurs et ses moissonneuses porteurs de r√Ęteaux, serpes et fl√©aux ; le char du jardin fleuri (1954) avec sa riante maisonnette et ses enfants habill√©s en fleurs ; le char du ¬ę mau-foutu qu’√®-st-√®voye ¬Ľ √©voquant l’ancien chemin de fer (1955); le char des ¬ę Sabot√ģs ¬Ľ (1958), ressuscitant l’ancienne industrie locale; le char des conscrits (1954) qui repr√©sente le tirage au sort du d√©but du si√®cle ; le groupe des ¬ę Saints Pansards ¬Ľ de Tr√©lon en France (1958), souvenir d’une ancienne coutume carnavalesque r√©gionale. D’autres chars sont tir√©s de l’histoire plus ou (p.135) moins r√©cente comme ceux de la Madelon ( 1954), de l’√©va¬≠cuation (1955), des maquisards siciliens (1954), de l’Ato-mium, et de la Tour Eifel (1959). On puise aussi de l’inspiration dans l’exotisme d’o√Ļ les chars des ¬ę Japonais dans la Pagode¬Ľ (1955), du Congo (1958), d’Esqui¬≠maux (1958) et de la mosqu√©e arabe (1959). Les succ√®s cyclistes inspirent un char du tour de France (1958); de m√™me que les op√©rettes c√©l√®bres provoquent l’invention des chars de ¬ę L’Auberge du Printemps et du Joyeux Tyrol ¬Ľ (1955), et de ¬ę L’Auberge du Cheval Blanc ¬Ľ (1959). La f√©erie cosmopolite est exploit√©e par le char du ¬ę Petit Cha¬≠peron Rouge ¬Ľ (1955), le tourisme par le char de ¬ę La Jo¬≠lie Bretagne¬Ľ (1955), la radio par celui de ¬ę Patachou-Circus et ses animaux savants ¬Ľ. A signaler que le manne¬≠quin √† br√Ľler, appel√© ¬ę le pendu ¬Ľ, fait partie du cort√®ge dans son char √† lui. Les musiciens ont les leurs. En 1954, on signale de plus la sortie d’un g√©ant local et d’un groupe de grosses t√™tes. Il ne manque m√™me pas un char philan¬≠thropique, celui de la Croix Rouge (1958)!

L’imitation du folklore d’autres lieux appara√ģt dans le char du bateau pirate qui fait pleuvoir des confettis (1959) et dans le groupe des Mexicains (1954). Les airs de musi¬≠que sont ceux des Gilles de Binche et du ¬ę Doudou ¬Ľ de Mons (1954).

A Chapelle-lez-Herlaimont, c’est au Laetare que l’as¬≠sociation des commer√ßants organise le carnaval. Il y a cort√®ge d√®s 14 heures, avec primes, et il comprend des chars et des groupes, surtout de gilles. A 20 heures, sur les deux places publiques, on allume des feux de joie avec feux de Bengale, autour desquels les Gilles dansent un rondeau final. D√®s 1949 on dissocia le cort√®ge, qui a lieu le dimanche, et les feux qui s’allument le lundi, apr√®s que le cort√®ge parti de Bascoup e√Ľt fait un autre tour que la veille. Depuis 1953 on chante autour d’un feu unique avec f√©erie lumineuse et feux de Bengale.

A Gerpinnes, c’est aussi √† 14 heures que s’organise le cort√®ge des combattants, lequel parcourt le centre du village jusque vers 18 heures. Groupes locaux et √©trangers. Circulent aussi des personnes masqu√©es et travesties qui intriguent.

(p.136) A Bourlers, en 1959, un cort√®ge parcourut la commu¬≠ne, et la journ√©e se termina sur une soir√©e dansante avec prix. Il n’est pas certain qu’il y eut encore l’allumage d’un grand feu.

A Wanferc√©e-Baulet, le grand feu ne fut pas √©vinc√© par le carnaval lorsqu’il fut reconstitu√© en 1953, apr√®s presque 30 ans de silence. Comme d’habitude en pareil cas, on fit appel au souvenir des anciens, puis aux bonnes volont√©s et on mit tous ses soins √† r√©gler un beau cort√®ge carnavalesque. Avant 1914, le cort√®ge comptait des pier¬≠rots, des marquis et des marquises, etc… et parcourait la commune au son de plusieurs accord√©ons. Le d√©fil√© se ter¬≠minait sur la place de l’√©glise o√Ļ l’on remettait des prix aux groupes. A 22 heures, masqu√©s, les gens affluaient pour danser autour du grand feu. Celui-ci √† peine √©teint, la foule se rendait dans les caf√©s pour boire et s’amuser. En 1955, il y eut le dimanche √† 16 heures un bal .d’enfants dot√© de nombreux prix : c’√©tait une innovation. Le lundi √† 18 heures 30, un cort√®ge s’√©branla, soutenu par deux soci√©¬≠t√©s de musique. Vers 21 heures 30, eut lieu la disloca¬≠tion. Il est sympathique de constater que tout se fit entre gens de la commune. Les membres du comit√© √©taient, eux aussi, travestis. Plusieurs chars v√©hiculaient ce comit√© et d’autres personnes masqu√©es. Puis s’ensuivit le grand feu, et chacun rejoignit un caf√©.

A la reprise de 1953, tout se fit le samedi avant le Laetare : il y eut donc hésitation sur la date des festivités.

En cette commune, avant 1914, entre la dislocation du cort√®ge et l’allumage du feu, les groupes entraient dans les caf√©s et les gens c√©l√©braient en chantant les fredaines locales de l’ann√©e.

Je ne sais si c’est la m√™me coutume qui est signal√©e en 1955 √† Aisemont par une de mes sources sous, le nom de ¬ę pasqu√©e des masquarades ¬Ľ. Cette ¬ę pasqu√©e ¬Ľ est incon¬≠nue de Jules Vandereuse.

A Tamines un cort√®ge folklorique imposant se forme vers 18 heures. Il est compos√© de nombreux groupes car¬≠navalesques venus d’un peu partout en Belgique. En t√™te la police, le Comit√© des F√™tes en travesti uniforme, et d√®s (p.137) 1955, les g√©ants Baptiste et Lisa. Le cort√®ge parcourt la ville, s’arr√™te en quelques endroits choisis pour l’ex√©cution du rondeau, assiste en passant √† l’allumage de deux grands feux, et se disloque vers 21 h. 30. En I960, ce grand feu mixte se transforme compl√®tement en carnaval.

L’apr√®s-midi, entre la qu√™te et le br√Ľlage du b√Ľcher, est souvent occup√©e √† des intrigues, pour lesquelles de nombreuses personnes se masquent et se travestissent.

Le fait est signalé à Acoz, Gougnies, Joncret, Aise-mont, Falisolle, Lesve, Oret. A Gerpinnes, les intrigues commencent dès le matin, et les quêteurs eux-mêmes sont souvent travestis.

On signale aussi des personnes travesties, des ¬ę mas¬≠carades ¬Ľ, autour du foyer √† Dion-le-Val : il est probable qu’ils intriguaient d√©j√† dans la journ√©e. On y voyait la vieille grand-m√®re avou s’ v√ģye p√®lesse [avec sa vieille pelisse], le bon vieux avou s1 bia bl√®ve saurot [avec son beau sarrau bleu] et s’ casqu√®te de s√īye [et sa casquette de soie], des √©l√©gantes caracolant dins d√®s djaqu√®tes de jaconas [dans des jaquettes de jaconas (√©toffe de coton, fine et l√©g√®re)], des gendarmes en ¬ę bonnets √† poils ¬Ľ mo¬≠numentaux.

Il y a aussi des personnes masquées autour du foyer à Aisemont et à Furnaux.

Par contre √† Gouvin, autrefois les gens arrivaient au grand feu en ordre dispers√©, et il ne semble pas qu’ils se travestissaient.

 

* * *

Autrefois, √† Froidchapelle, au grand feu, comme au Mardi Gras et au Lastare, les organisateurs se d√©guisaient l’un en juge, l’autre en huissier et un troisi√®me en bour¬≠reau muni de sa corde. Ils allaient, accompagn√©s de quel-2ues musiciens, qu√™ter de porte en porte une participation inanci√®re des habitants afin d’alimenter leur caisse. Si quelqu’un refusait de payer cette sorte de d√ģme, on le ju¬≠geait sur l’heure et le bourreau le pendait par les pieds de¬≠vant sa porte. Ce jugement sans appel, suivi d’un simu¬≠lacre d’ex√©cution, s’appelait la ¬ę basse-loi ¬Ľ.

(p.138) A Senzeilles le cort√®ge, compos√© d’un sergent-sapeur, d’une douzaine de sapeurs, d’un tambour-major, de quatre musiciens, dont un tambour, de la ¬ę Cour ¬Ľ √† cheval (√† savoir : Monseigneur le Greffier et l’Avocat), d’une vivan¬≠di√®re, d’un boursier, de quatre officiers, d’un groupe de voltigeurs, de quelques gendarmes, d’un groupe de zoua¬≠ves, de deux sergents, de quatre bo√Ľrias (ou bourreaux), de quatre po√Ľdre√Ľs (ou poudreurs) et du commandant, sortait vers 13 heures et faisait le tour du village. Les √©trangers et les mari√©s devaient payer un pot de bi√®re si le cort√®ge les rencontrait, ou √™tre pendus. Puis avait lieu la lecture des lois, la d√©coration du plus fort mangeur de ¬ę cr√©ions ¬Ľ, et la qu√™te du combustible, ainsi qu’il a √©t√© rapport√© plus haut (¬ß 5c).

Un scénario très semblable avait lieu à Soumoy.

A Jamioulx, l’apr√®s-midi, avait lieu la lecture de la pask√™yg qui attirait beaucoup de monde √† Jamioulx, no¬≠tamment du pays de Charleroi. Deux l√ģje√Ľs (lecteurs), choisis parmi la jeunesse masculine et juch√©s sur un char enguirland√©, d√©bitaient la pask√ģye, po√®me satirique de plu sieurs centaines de vers, dont le but √©tait de d√©voiler et de railler les fredaines de la jeunesse du village. On se repor¬≠tera √† l’ouvrage de Jules Vandereuse : Les ¬ę Pasqutyes ¬Ľ dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, Couillet, Maison d’Editions, 1939, 64 p., pour en savoir davantage √† leur sujet. A cha¬≠que strophe, le jeune homme ou la jeune fille dont il √©tait question devait se placer sur le char et payer un ¬ę pot ¬Ľ de bi√®re aux lecteurs. Tous les jeunes du village avaient leurs ¬ę couplets ¬Ľ, c’√©tait donc un d√©shonneur de ne pas l’avoir, c’√©tait dire que l’on √©tait mis au ban de la communaut√© pour sa conduite d√©r√©gl√©e.

A Longueville, dans le pays de Wavre, le matin du jour du grand feu, les gars de l’endroit se r√©unissent et s’en vont m√®te le je d’zous Y√™che: ils vont planter une perche, surmont√©e d’une botte de paille qu’ils enflamment au hameau de H√®ze, d√©pendance de Biez √† Grez-Doiceau. C’est le signal de la provocation au combat qu’ils envoient √† ceux de ce hameau. Alors commence une v√©ritable ba¬≠taille √† coups de pierres, de fronde et de b√Ętons : la gen¬≠darmerie doit souvent intervenir et plusieurs combattants (p.139) sortent meurtris de la lutte. Les prisonniers sont ramen√©s au camp des vainqueurs et ne retrouvent leur libert√© qu’a¬≠pr√®s avoir pay√© force ¬ę tourn√©es ¬Ľ.

Une bataille du m√™me genre avait lieu aussi √† Nismes. Elle commen√ßait apr√®s les v√™pres. Le champ de bataille n’√©tait autre que le pont de l’√Čglise. Au signal donn√© par quelques coups de cloche, une pluie de projectiles volaient d’une rive √† l’autre. Les combattants s’acharnaient, les frondes tournaient, les pierres allaient en sifflant frapper les boucliers. Les combattants mettaient leur point d’hon¬≠neur √† contribuer √† la victoire de leur camp. Les plus robustes s’√©puisaient au bombardement, les gamins appro¬≠visionnaient leurs combattants en cailloux. Les vieillards excitaient les bellig√©rants par des cris :

Mort aus Fond-d’Ryons qui n’ valet n√©n le√Ľ cu d’√®wel ou

A bas l√®s Longue-Ruons qui n’val√®t n√©n le√Ľ panse d’√™we!

Tous les villageois √©taient l√†, et la bi√®re du pays n’√©¬≠tait pas sans influence sur la bataille.

Au premier coup de cloche annon√ßant le salut, l’ar¬≠mistice √©tait conclu.

Il est manifeste qu’ici l’autorit√© religieuse est inter¬≠venue pour limiter l’hostilit√© traditionnelle des deux quartiers rivaux.

L’hostilit√© √† l’√©gard des √©trangers a d√Ľ aussi se mani¬≠fester : en 1730, d√©fense est faite aux habitants de brimer les √©trangers qui viennent au march√© de Fleurus √† l’occa¬≠sion du carnaval et du grand feu. Ordonnance qui fut renouvel√©e en 1765.

 

5j.¬†¬† L’ALLUMAGE.

Dans de nombreux endroits, c’est une ou plusieurs personnes privil√©gi√©es qui allument le grand feu.

Tr√®s fr√©quent est le cas o√Ļ c’est le dernier mari√© : √† Barben√ßon, Jamioulx, Fleurus anciennement, Mont-sur-Marchienne, Roselies, Gerpinnes-Hymi√©e, Mettet-Pon-taury, Sart-Dame-Aveline, Furnaux, Ham-sur-Sambre, Cerfontaine, (p.140) Senzeilles, Soumoy. Parfois c’est la derni√®re ma¬≠ri√©e seule : √† Praire (il semble qu’aujourd’hui ce soit le dernier mari√©) et √† Silenrieux (en 1951). Mais plus sou¬≠vent ce sont les deux √©poux conjointement : √† Aisemont, Arsimont, Falisolle, Fosse, Furnaux, Ham-sur-Sambre, Moignei√©e, Tamines, Vitrival, Hanzineile, Laneffe, Silen¬≠rieux.

A Goz√©e, c’est le chef de la Jeunesse ; √† Yvoir, Or-fontaine et Tarcienne, un des organisateurs, le ¬ę boute-feu ¬Ľ; √† Couvin, le pr√©sident du Syndicat d’Initiative ; √† Gerpinnes, le bourgmestre, le premier √©chevin ou le gar¬≠de-champ√™tre (1936) ; √† Joncret et √† Yves-Gomez√©e, le bourgmestre.

L√† o√Ļ les enfants organisent le feu, c’est eux qui l’en¬≠flamment : ainsi √† Soignies. A Fleurus, c’est leur chef.

Aux Ecaussinnes, Nestor Couturiaux se faisait aider pour enflammer le b√Ľcher ; chacun de ses aides recevait un long balai de paille (il doit s’agir d’une forme perfec¬≠tionn√©e de Y√®scouv√®te ou √®scouvion, ¬ę petit balai ¬Ľ not√© √† Marche-lez-Ecaussinnes,¬†¬† par¬†¬† Arille¬†¬† Carlier. )¬†¬†¬† Pr√©c√©d√©s d’une musique d’amateurs, qui donnait d’abord quelques airs, ils arrivaient porter le feu avec ces balais autour de la grandiose montagne de bois. (‚Ķ)

A Goz√©e rallumage du feu n’avait lieu qu’apr√®s un coup de fusil tir√© par ie chef de la Jeunesse. Le fusil √©tait report√© √† celui qui l’avait pr√™t√©, d√®s que le feu commen√ßait √† s’√©teindre. A d√©faut de fusil, on ¬ę tirait les campes ¬Ľ, A Soumoy, le dernier mari√© mettait le feu au b√Ľcher vers 17 h. 30, pendant que la troupe des jeunes √©tait au dernier caf√©. Aussit√īt pr√©venus, ils arrivaient au son de la musique pour danser jusqu’√† l’extinction du feu.

Afin de faire prendre le feu plus rapidement, on met d’abord le feu du c√īt√© du vent. Ainsi √† Walcourt et sans doute un peu partout.

Aux Ecaussinnes les aides portaient le feu partout gr√Ęce √† leurs balais de paille. A Barben√ßon, en 1960, le (p.141) feu fut allum√© par un membre du comit√© avec une torche; il enflamma d’abord les pailles.

En de nombreux endroits du pays de Namur, on jette du p√©trole ou de l’essence sur le b√Ľcher. Il en est de m√™me √† Fraire et √† Mettct.

On utilise aussi la poudre de fusil : ainsi à Nismes et Vitrival.

Quand les derniers mari√©s allument le feu, ils ont parfois droit √† un cadeau. C’est le cas √† Falisolle et √† Ham-sur-Sambre.

Mais le dernier mari√© doit parfois subir quelques vexations avant de recevoir ce qu’on lui offre.

A Mettet les derniers mari√©s devaient autrefois faire trois fois le tour d’un gros tilleul et payer un ¬ępot¬Ľ de bi√®re.

A Hanzinelle, le dernier mari√© se courbait devant le b√Ľcher et recevait sur les reins une charge de bois que l’on exhaussait jusqu’√† ce que le fardeau exc√©d√Ęt ses forces. Ce bois lui appartenait. ¬ę √áa fait du bien une bonne charge de bois aux jeunes mari√©s ¬Ľ, lui disait-on ironiquement. Cette coutume prit fin en 1867.

Plus anciennement, selon Jules Vandereuse, c’√©taient l’homme et la femme qui allaient √† l’√©preuve. Puis ils prenaient quelques perches et faisaient le tour du feu, imit√©s par les membres de la Jeunesse.

A Morialmé, le dernier marié devait transporter gra­tuitement tout le bois nécessaire au grand feu et obtenu p;ir collecte de la Jeunesse et des enfants. En contre-partie, on le chargeait comme à Hanzinelle, et il reportait ce bois chez lui.

L’allumage du feu a lieu apr√®s le salut √† Nismes et √† Mont-Saint-Guibert, vers 3 heures de l’apr√®s-midi √† Courcelles, 4 heures √† Mariembourg.

G√©n√©ralement, cependant, c’est √† la tomb√©e de la nuit comme √† Dion-le-Val, Fagnolle et Tarcienne; le soir (sans pr√©cision) comme √† Nivelles, Ma√ßon, Florennes, Neufville-le-Chaudron, Sautour, Senzeilles, Yves-Gomez√©e ; √† l’heure de l’ang√©lus, comme √† Corbais ; √† 17 heu¬≠res 30 √† Soumoy.

 

(p.142) Le plus souvent les programmes publi√©s pr√©voient une heure pr√©cise : 18 ou 19 heures, selon l’ann√©e, √† Froidchapelle, Couvin ; 18 h. 30 aux Ecaussinnes ; 19 h. √† Goz√©e, Gougnies, Fosse, Mettet, Vitrival, Pry, Saint-Aubin, Walcourt ; 19 h. 30 √† Cerfontaine, Hanzinelle, Thy-le-Bauduin ; 19 h. ou 19 h. 30 √† Silenrieux ; 19 h. ou 20 h. √† Praire ; 20 h. √† Gerpinnes, Joncret et Morialm√© ; 20 h. 30 √† Barben√ßon ; 21 h. 30 √† Lambusart ; 21 h. 30 ou 22 h., √† Wanferc√©e-Baulet; 19 h. 30, pour le premier b√Ľcher, √† Tamines, 21 h. 30 pour le second.

Le feu a duré une heure en 1939 à Furnaux ; à Far-ciennes, vers 1890, il durait parfois plusieurs heures.

A Gerpinnes, en 1950 on l’agr√©menta du lancement de fus√©es multicolores et de l’√©clatement de nombreux p√©tards.

A Courcelles l’allumage avait lieu en pr√©sence d’une foule de curieux, dont on ne dit pas s’ils dansaient, tan¬≠dis que des f√™tards chantaient et buvaient dans les quelques cabarets voisins.

Depuis quelques ann√©es, tend √† s’instaurer l’usage de faire le grand feu en pr√©sence de g√©ants, m√™me √©trangers √† la commune : Baptiste et Lisa, √† Tamines (1955), Pier¬≠rette √† Morlanwelz (1955), les g√©ants de Chapelle-lez-Herlaimont, √† Goz√©e (1956) (1).

A Gerpinnes, on va chercher le bourgmestre ou le premier √©chevin en musique vers 20 heures, pour qu’il vienne allumer le feu.

On notera aussi l’√©mulation qui r√®gne entre les orga¬≠nisateurs des divers grands feux locaux ou r√©gionaux.

A Roly, les organisateurs montaient autrefois p√©ni¬≠blement rondins et fagots √† un endroit d’o√Ļ le grand feu √©tait visible √† de nombreux kilom√®tres √† la ronde. Ce qui leur procurait une grande satisfaction.

A Nismes, les foyers allum√©s, on s’effor√ßait de les faire durer au plus longtemps. Quand le feu de l’un ou l’autre camp devenait plus intense, les groupes se criaient d’une montagne √† l’autre :

 

(1) cf Ren√© MEURANT : Les g√©ants et le carnaval en Wallonie. XXXVIIIme Congr√®s de la F√©d√©ration Arch√©ologique, Historique et Folklorique de Belgique, Arlon, 1961, p. 243. ‚ÄĒ Voir aussi ci-avant ¬ß 5g et ci-apr√®s ¬ß 14.

 

(p.143) A bas l√®s Longue-Ruons! ou Mort aus Fond-d’Riyons!

A Couvin, chaque section, par raison d’amour-propre, s’effor√ßait d’accumuler les fagots sous le plus gros volume et d’avoir aussi la supr√©matie sur les rivaux de la cit√©.

A Bioul, o√Ļ 6 grands feux sont allum√©s, chaque quar¬≠tier met son amour-propre √† faire durer son feu le plus longtemps possible. Cette comp√©tition pacifique enorgueil¬≠lit tr√®s fort le clan des gagnants.

Il en était de même à Dinant, et à Lustin entre ceux des Fonds et ceux du Village.

 

5k,   RONDES, DANSES ET CHANTS

 

Lorsque le feu est allumé commencent les cris, les chants et les danses.

Aux Ecaussinnes, comme √† Marche-les-Ecaussinnes, le cri caract√©ristique est j√ī ! ce cri de joie fort commun chez les archers quand ils ont bien vis√© et atteint la cible.

A Yvoir on ne pousse de cris qu’au moment o√Ļ le mannequin s’effondre dans le brasier.

On fait aussi de bruyantes réflexions :

¬ę Qu√© bia¬† feu! El j√®yant a d√®s p√ģds d’carton! Il a s’n-automobile av√Ľ li! I n’a n√ģ d√®s p√ģds nikel√®s! Es’ moustatcbe va roussi ! El boulome s’ra b√ģ rade in-n-infi√™r ! Dji n’voudro√Ľ ni i√®sse √† s’place ! El mascarade va avou tchaud ! Ainsi aux Ecaussinnes (1).

Il y a des cris plus caractéristiques en forme de for-mulettes, par exemple à Dion-le-Val :

Au grand fèyau !

Cop√™re d√ę r’naud,

Apwate l√ę fyinr,

On frè lès aufes !

[Au grand feu ! Compère le renard, Apporte le fer, On fera les gaufres !] On disait aussi :

Grand f√®ye√Ľ,

V√ģ rogne√Ľs,

Apwate on lèp,

Djè l’ dèvorerè (> check)

 

(1)¬†¬† traduction : Quel beau feu! Le g√©ant a des pieds de carton. 11 a son automobile avec lui ! Il n’a pas les pieds nickel√©s ! Sa mous¬≠tache va roussir! Je ne voudrais pas √™tre √† sa place! Le ¬ę masca¬≠rade ¬Ľ (personnage masqu√©) va avoir chaud.

(2)   Grand … (illisible) Je le dévorerai !

 

(p.144) Les enfants ont des moqueries qu’ils crient aux per sonnes masqu√©es et travesties non seulement pendant le cort√®ge ou les intrigues, mais encore pendant qu’elles dan¬≠sent autour du feu.

A Sart-Saint-Laurent, ils disent :

Mascar√Ęde √† de√Ľs visadjes,

Mougne do b√Ľre √®t do fromadje !

Mine di plomb, Man.nèt cochon! (1)

 

(1) Formule analogue des gamins qui  suivaient le cortège du hindi du grand feu quelque part au Pays de Charlcroi :

Mascar√Ędes ‚ÄĒ A de√Ľs vis√Ędjes!

Mines di plomb, ‚ÄĒ man.n√®ts cochons1. ou Mascadro√Ľles ‚ÄĒ A de√Ľs boutro√Ľ!es!

[ =¬† ¬ę Mascadrouille ¬Ľ ‚ÄĒ A deux nombrils. ‚ÄĒ D’apr√®s L’H√Ľlaud d’¬†¬† Ch√Ęl√®rw√®,¬† III, n¬į 4. A Lodelinsart, vers 1900, on disait :

Mascar√Ęde ‚ÄĒ A de√Ľs vis√Ędjes!

Qui mindje du b√Ľre √®t du fromadje!

Ti√®sse di plomb, ‚ÄĒ M√®chant g√Ęr√ßon!

[‘ = … Qui mange du beurre et du fromage! ‚ÄĒ T√™te de plomb,…] On rencontre fr√©quemment une forme plus simple, √† Fleurus par exemple :

L√©d mascar√Ęde ‚ÄĒ √† de√Ľs vis√Ędjes

Qui¬† mindje dou b√Ľre √®t dou from√Ędje!

(Henri P√©trez dans El Bourdon d’ Ch√Ęl√®rw√®…, n¬į du l-IV-1950, p.¬†¬† 16).

Version  de  Jodoigne :

Mascar√Ęde ‚ÄĒ √† de√Ľs v√ęsadjes,

Mindje d√® b√Ľre √®t d√® fromadje!

(Paul MOUREAU dans Le Folklore Brabançon, X, p.  1K8). Version de Nivelles :

Mascar√Ęde ‚ÄĒ √† de√Ľs visadjes,

Y un au¬† b√Ľure,¬† l’aute au fjromadje! [=¬† …¬† Un au beurre,¬† l’autre au fromage!] (Cl Cbarigu√®tc, n” 53,¬† p.¬† 8).

Version  de Louette-Saint-Pierre :

Mascar√Ęde ‚ÄĒ¬† √† de√Ľs visages,

Trempe ton cul dans la salade! (Albert  DOPPAGNE,  vers   1940).

 

(p.145) [¬ę Mascarade ¬Ľ √† deux visages, Mange du beurre et du. fromage ! Mine de plornb, Sale cochon !]

 

Version de Monceau-sur-Sambre, allongée à Mont-sur-Marchienne, recueillie,  avant   1910,  par Me  Arille  CARLIER :

Mascar√Ęde ‚ÄĒ √† de√Ľs vis√Ędjes,

Qui mindje dou b√Ľre √®t dou from√Ędje!

√ąl c√©n qui l‚Äô f√©t,

C’√®st li !’ pus l√©d¬†!

[=¬† … Celui qui le fait, ‚ÄĒ c’est lui le plus laid!]

Version comprimée de la précédente formulette dans le Centre, notamment à Fayt-lez-Manage et à Godarville :

Mascar√Ęde ‚ÄĒ √† de√Ľs vis√Ędjes!

El c√ģn qui l’ f√©t,

C’√®st (li)¬† l’¬† pus¬† l√©d!

(Alfred HAROU : folklore de Godarville, p. 135; El Mouchon d’Aunia, XXXVIII, 1950, 2, p. 24; XI-VI, 195B, 5, pp. 89-90).

Version¬† de Ch√Ętelineau¬† vers¬† 1HB5 :

Mascar√Ędes ‚ÄĒ √† de√Ľs vis√Ędjes,

Yin qu’est l√©d, ‚ÄĒ l‚Äô aute qu’√®st¬† bia.

Al coupète di Tchèslinia!

[= … un qui est laid, l’autre qui est beau ‚ÄĒ Au-dessus de Ch√ʬ≠telineau!].

(Notation de Me Arille CARLIER). Version différente du  Borinage :

Mascar√Ęde¬† √†¬† de√Ľs¬†¬† vis√Ęjes,

L‚Äô eugn au b√Ľre, l‚Äô aute¬† au¬† froum√Ęje!

W√™te √† t‚Äô ti√®te, i-y-a ‘ne gay√®te!

Wête à t’ cu, i-y-a dou glu!

Mascar√Ęde sans y√Ęrds, w√™te √† t‚Äô ti√®te!

[= … Regarde √† ta t√™te, il y a une ¬ęgaillette¬Ľ (de charbon); ‚ÄĒ Regarde √† ton cul, il y a de la glu! ‚ÄĒ ¬ęMascarade¬Ľ sans argent, veille √† ta t√™te!].

(Albert LIBIEZ dans Roger PINON : Chansons populaires de l’Ancien llainaut. Bruxelles, Scliott fr√®res, volume I B. Notes, 1959, pp. 116-117).

A Maubeuge, comme en d’autres localit√©s en bordure de la zone de cette formulette, forme aberrante :

Mascar√Ęade au¬† blanc s√®yu,

11 a du pw√Ęve au trau deu cu!

ou Il a de la merde √† s’ cu!

[=¬†¬† …¬† ¬ęMascarade¬Ľ¬† au¬† blanc sureau,¬† ‚ÄĒ¬† II¬† y a¬† du¬† poivre au trou de son c… !…]. (Ibidem;¬† version¬† analogue¬† √†¬† Fourmies).

 

(p.146) A Mont-Saint-Guibert, paroles quelque peu diffé­rentes :

Mascar√Ęde √† de√Ľs visadjes,

Mine d√Į plomb,

Mèchant garçon !

A Dion-le-Val, on trouve les motifs de Sait-Saint-Laurent et de Mont-Saint-Guibert réunis :

Mascar√Ęde √† de√Ľs visadjes,

M√ęne d√ę plomb,

Mèchant garçon !

Mascar√Ęde po√Ľr√®ye patate,

Mtndje d√® b√Ľre √®t d√® fromadje ! ou :

Po√Ľr√ę nez,

Plin d√ę stof√©!

[Mascarade à deux visages, Mine de plomb, Méchant garçon ! Mascarade pourrie pomme de terre, Mange du beurre et du fromage ! ou : Pourri nez, Plein de fromage blanc!]

*

Une autre forme de moquerie est la parodie du sou¬≠dage ou d√īnage.

 

NB

A Perwez :

Mascar√Ędes √®t c√Ľt√®s pomes

Fr√ęcass√©yes dins-n-one casserole’.

[= ¬ęMascarades¬Ľ et pommes cuites -‚ÄĒ Fricass√©es dans une cas¬≠serole!].

(Noté en 1941 par Roger PINON). A Grandménil :

Mascar√Ęde lavau l√®s pr√©s,

To√Ľne li cu po-z-√®ral√©r!

[= ¬ęMascarade¬Ľ dans les pr√©s, ‚ÄĒ Tourne ton cul pour re¬≠tourner!]

(Emile JACOBY dans La Terre Wallonne, VI, 1922, 31, p. 32). Fonctionnellement, c’est partout une rimaille √† l’adresse des per¬≠sonnes d√©guis√©es qui intriguent au carnaval ; √† Grandm√©nil, elle est le chant du d√©part √† la fin du grand feu, quand les jeunes gens s’√©taient charbonn√©s mutuellement le visage avec les cendres du foyer.

 

(p.147) A Mont-Saint-Guibert, d√®s que le brasier √©tait allum√©, un loustic s’improvisait notaire ou mayeur : il proc√©dait √† des mariages, unissant la plus jolie fille au plus laid gar¬≠√ßon, ou inversement ; ou encore la plus jeune au plus vieux, ou inversement aussi ; des personnes masqu√©es venaient corser la farce, en interpellant malicieusement ceux dont les fredaines, frasques ou folles √©quip√©es avaient fait jaser depuis le pr√©c√©dent grand feu.

On peut dire que partout on danse autour du brasier. Impossible de d√©crire techniquement les danses que les t√©¬≠moins et les journalistes appellent gambades, farandoles, rondes, rondeaux, sarabandes. Il faut en fait y voir une danse en cha√ģne ferm√©e plut√īt informe.

On notera cependant aussi l’ex√©cution de danses in¬≠diqu√©es avec plus de pr√©cision.

A Couvin, on se livrait √† des jeux m√™l√©s de chants du genre du ¬ę Berger et de la Berg√®re ¬Ľ : ¬ę hommes et femmes formaient un cercle au centre duquel se trouvait une personne symbolisant tant√īt un berger, tant√īt une ber¬≠g√®re ; se conformant au texte du rondeau, la personne en¬≠ferm√©e embrassait une de celles qui l’entouraient. Voici un extrait de cette chanson :

On a dansé dans tous les temps, Dans tous les coins du monde. Dansez,  bergers !  Sautez,  bergères ! A ton berger, bergère, Donne un baiser sincère ! (ter)

On ne peut manquer de rapprocher ce jeu dans√© du ¬ę Petit jardin d’amour ¬Ľ des √©tudiants au carnaval de Bin-che, qui est une danse au foulard sans paroles plus authen-fiquement conserv√©e √† Malm√©dy aux feux de la Saint-Jean (1).

On dansait aussi au chant à Nivelles autrefois.

En quelques endroits, on signale que l’on danse la c√©l√®bre danse des 7 sauts autour du brasier, soit √† la fin de la combustion, soit pendant celle-ci.

 

(1) Voir Albert MARINUS : Du carnaval de Binche au paysan du Danube. Dans ¬ęBrabant¬Ľ; 1959, 12, pp. 43, 46, 4 ill., 2 m√©l.; et t Jules VANDEREUSE et Roger PINON : Quelques danses curieuses de Wallonie. Annuaire XII, 1958-1959 de la Commis¬≠sion royale de Folklore, pp. 260-265.

 

(p.148) Tel est le cas de Barbençon, Couvin et Fraire.

A Moignelée les danses se prolongeaient jusque bien tard autour du brasier éteint.

Dans la plupart des communes o√Ļ l’allumage du grand feu est pr√©c√©d√© d’un cort√®ge, c’est une musique qui anime les danses autour du foyer. Il en est ainsi aux Ecaussinnes, √† Barben√ßon, Bourlers, Froidchapelle, Goz√©e (o√Ļ l’on ne jouait autrefois que ¬ę Bon voyage, Monsieur Dumollet¬Ľ), Ma√ßon, Str√©e, Acoz, Chapelle-lez-Herlai-mont, Gerpinnes, Joncret, Aisemont, Falisolle, Ham-sur-Sambre, Mettet, Moignel√©e, Berz√©e, Couvin, Fagnolle, Florennes, Praire, Hanzinelle, Morialm√©, Oret, Neufville-le-Chaudron, Pry, Saint-Aubin, Sautour, Soumoy, Silen-rieux, Treignes, Walcourt.

A Mettet, les tambours jouent alors plus fort, le fifre amplifie ses sons aigus, le tambour-major donne une allure plus saccadée à ses mouvements.

A Fagnolle on chante d’abord la complainte de ¬ę Jo¬≠seph, est couronn√© ¬Ľ avant de danser ¬ę comme le veut la tradition ¬Ľ, au son de la trompette.

La, musique est. une fanfare √† Ma√ßon, Berz√©e, Praire, Hanzinelle, Pry, Saint-Aubin, Soumoy (4 instrumentistes et 1 tambour), Treignes ; ‚ÄĒ une harmonie √† Gerpinnes (1949), Wanferc√©e-Baulet (renforc√©e d’une fanfare), Fa¬≠lisolle (1949-1957); ‚ÄĒ un orchestre musette √† Barben¬≠√ßon (I960) et Joncret; ‚ÄĒ un ensemble d’accord√©ons √† Acoz ; ‚ÄĒ une clique √† Gerpinnes (1951) (tambours, cais¬≠se et cuivres), Oret, Froidchapelle (tambours et instru¬≠ments √† vent) ; ‚ÄĒ fifres et tambours √† Gerpinnes (1950), Hanzinelle, Mettet, Morialm√© ; ‚ÄĒ une batterie √† Gougnies et √† Biesmes ; ‚ÄĒ un tambour √† Gerpinnes (1936) et √† Falisolle (1959) ; ‚ÄĒ une trompette √† Fagnolle.

A Hanzinelle, hameau de Donveau, c’√©tait l√†, peut-on dire, qu’avait lieu le grand feu des tambourineurs, car la plupart de ceux de la r√©gion s’y r√©unissaient et prenaient leurs engagements pour les marches militaires. Tous visitaient les caf√©s du hameau.

Il y avait aussi des chants autour du grand feu.

(p.149)

A Farciennes on signale que le plus en vogue était le refrain bien connu (1) :

A boire ! à boire ! à boire !

Er√ģrons-nous sans boire ?

Er√ģrons-nous sans boire un coup ?

A Hanzinelle on prétend que les chants ont pour but de chasser les mauvais esprits du village.

On signale aussi des chants autour du grand feu √† Dourbes et Thy-le-Bauduin. A Chapelle-lez-Herlaimont, d√®s 1953, on termina le carnaval le lundi sur un embrase¬≠ment de l’h√ītel de ville et une ex√©cution, par toutes les musiques et avec reprises en chŇďur de ¬ęPays de Charleroi¬Ľ, l’hymne r√©gional.

* *

L’interdiction de se masquer au grand feu (comme au carnaval d’ailleurs) remonte haut.

A Fleurus, en 1765, le magistrat interdisait de se masquer et de se déguiser.

A Tamines, apr√®s la guerre 40-45, on autorisa le port du masque jusqu’√† minuit seulement.

A Floreffe, apr√®s son interdiction totale en 1947, le masque fut autoris√© jusqu’√† minuit en 1950.

A Gerpinnes on ne peut se masquer pendant le bal travesti (sic!).

* *

De-ci de-là on signale un rite terminal du grand feu.

A Gerpinnes, les personnes travesties qui dansent au¬≠tour du brasier, au moment, de son extinction, s’agenouil¬≠lait et font des gr√Ęces. Puis une subite explosion de joie se produit parmi elles et elles retournent au village au son des tambours.

 

(1) Sur ce refrain en Hainaut, voir Roger PINON : Chansons popu¬≠laires de l’Atwien Hainaut. Bruxelles, Schott fr√®res, 1959, volu¬≠me I A, pp. 93-94 et I B, pp. 206-208.

 

(p.150) A Gourdinne aussi les danseurs s’agenouillent avant de se rendre dans les cabarets. Il en est de m√™me √† Mettet (Devant-les-Bois) : on se baisse et s’agenouuille avant de se disperser dans les caf√©s.

 

5l.   RITE DU SAUT ET AUTRES RITES.

 

Selon une note prise par Me Carlier, d√©j√† √† l’√©poque du Concile de Leptine, qui se tint pr√®s de Mons en Hainaut en 743, on allumait en cas d’√©pizootie un grand b√Ľ¬≠cher fait de bois apport√© par les habitants voisins. Le b√©tail devait passer √† travers les flammes et chacun des assistants emportait sa part de charbon pour la verser dans la boisson des animaux. Les cendres √©taient conserv√©es comme sp√©cifiques pour la destruction des chenilles (1).

 

(1) A.G.B. SCHAYES, Essai historique sur les usages, les croyances, les traditions, les c√©r√©monies et pratiques religieuses et civiles des Belges anciens et modernes, Louvain, 1834, t. I, p. 20, s’exprime sur la foi de la m√™me source, d’une mani√®re quelque peu diff√©rente : ¬ę Pour pr√©server le b√©tail d’√©pizooties, on frottait fortement deux morceaux de bois jusqu’√† en tirer du feu : chaque habitant apportait du bois et de la paille, qu’on allumait √† ce feu; puis on faisait passer le b√©tail √† travers ce b√Ľcher. Cette pratique superstitieuse, appel√©e Nothfyr ou Niedfeor (feu de calamit√©) a longtemps subsist√© en Belgique : le concile de Leptine le d√©fend en 743 : ut populus dei paganas ne faciat, sed omnes spurcitias gentilitatis abjiciat… sive illas sacrilegas ignes, quos Niedfeor socant. L’¬ęIndiculus superstitionum et paganinarum¬Ľ en parle ch. XV : de igne fricato de ligno i.e, Nodfyr. Un capitulaire de Charlemagne d√©fend aussi les feux sacril√®ges qu’on appelle Nodfyr¬†: i’gnes sacrilegos quos Nodfyrs vacant¬Ľ. Le feu devait s’allumer, en principe, √† tout moment de l’ann√©e, lorsque apparaissait quelque maladie parmi le b√©tail. Peut-on, d√®s lors, y voir l’anc√™tre du grand feu ‚ÄĒ ou du petit feu? ‚ÄĒ ou √©ventuellement comme l’ont sugg√©r√© certains savants, du feu de la Saint-Jean? C’est aussi l’opinion d’Arnold VAN GENNEP dans son Manuel de Folklore fran√ßais contemporain, t. I, vol. III, pp. 855-856, qw les Noadfyrs ne sont pas des feux calendaires cycliques, mais dct feux obtenus par l’exercice d’une violence sur du bois, des feu¬Ľ charg√©s de pouvoir magique. ¬ę On peut se demander si les feux p√©riodiques fran√ßais [et wallons] n’ont pas √©t√©, eux aussi couih primitivement pour avoir une plus grande force magique..-. ¬Ľ Fof. ce magique qui peut fort bien aussi avoir √©t√© fournie par les der¬≠niers mari√©s charg√©s d’allumer le feu. Le nodfyr √©tant semble-t-il, plut√īt prophylactique, et l’allumage par les derniers mari√©s plu¬≠t√īt f√©condateur? ‚ÄĒ Voir aussi Joseph ROLAND, Le carnaval wallon, ses origines. XXXVIIIme Congr√®s de la F√©d√©ration Ai-ch√©ologique, Historique et Folklorique (Arlon)y √Ź961, p. 230.

 

(p.151) Quoique le concile de Leptine ne fasse pas n√©cessai¬≠rement allusion √† des feux p√©riodiques allum√©s dans le dioc√®se de Cambrai, ou du moins en Hainaut actuel, et bien que les feux qu’il anath√©mise ne soient probablement pas ceux du car√™me ou d’une autre date calendaire, on ne peut s’emp√™cher de penser √† une relation possible entre eux et les grands feux.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Il est possible aussi qu’autrefois, le rite du saut par-dessus le feu fut plus universellement pratiqu√© que la documentation r√©unie ne permet de l’affirmer.

En tout √©tat de cause, voir les √©l√©ments d’enqu√™te recueillis.

A Soumoy, sur l’ordre du ¬ę chef-bourreau ¬Ľ tout le monde devait traverser les flammes du foyer.

Aux pays de Dinant et de Namur, √† Sart-Dame-Aveline, Godarville et Soignies, celui ou celle qui fran¬≠chit le feu d’un seul bond. (= zoubl√® √† Dinant) est pr√©serv√© des coliques pendant un an. Dans le Namurois il est en outre prot√©g√© contre les mal√©fices,

A Charleroi, la jeune fille qui sautait par-dessus le grand feu sans se br√Ľler, se marierait dans l’ann√©e. La m√™¬≠me croyance existait au pays de Narnur.

Dans le Borinage, les filles sautent par-dessus le bra¬≠sier pour le ranimer gr√Ęce au d√©placement d’air.

A Yves-Gomez√©e, le trin.ne√Ľ d’boul√®t, un des per¬≠sonnages travestis les plus typiques du carnaval local, √©tait pouss√© dans le grand feu, mais ses ¬ę femmes ¬Ľ (il est cens√© √™tre bigame) avaient t√īt fait de l’en retirer.

On faisait aussi traverser les cendres encore chaudes par le bétail, pour le préserver de la colique, notamment à Dinant.

A Cerfontaine les officiers gard√®tchaurs font ex√©cuter √† leur monture des sauts √† travers les flammes, imit√©s par les bo√Ľrias √† pied. Et ce avant que ne commencent les danses.

**

A ces rites par le feu, il faut ajouter un rite de repas en commun.

(p.152)

A Dion-le-Val, on lançait dans le feu des pois, du froment (ceci pour faire du bruit !) et des pommes de terre (1).

A Mariembourg, les enfants font cuire des pommes de terre dans le brasier et font griller des harerigs-saurs.’ A Couvin, des √©choppes de marchands de poissons s’√©tablissaient aux abords des b√Ľchers. Les poissons vendus, des sor√®ls, √©taient attach√©s au bout d’une perche et r√ītis. Certaines personnes distribuaient m√™me ces harengs-saurs r√ītis¬† aux¬†¬† spectateurs, parmi¬†¬† lesquels¬† personne n’aurai voulu s’abstenir de ce mets de drconstance. Puis les assistants se d√©salt√©raient avec de la bi√®re amen√©e sUr pi ace erf tonneaux, et que l’on servait dans un verre unique.¬†

Dans les environs de Mettet, James Vandrunen signale que l’on jette bien haut des saurets dans le grand feu. On explique ce rire par une l√©gende : cern√©s par leurs voisins¬† au cours¬† d’une¬† guerre¬† f√©odale¬† les¬†¬† gens de la localit√© avaient voulu leur montrer qu‚Äôils avaient¬† encore des vivres en abondance au point de poivoir jeter les ha¬≠rengs au feu ! (2).

En quelques endroits on amenait de la bi√®re pr√®s du b√Ľcher. A Yves-Gomez√©e, vers 1872, et jusque vers 1882, chacun des deux brasseurs de la localit√© amenait un gros tonneau de bi√®re dont tout le monde buvait gratuitement. A Monceau-sur-sambre, c‚Äô√©tait la jeunesse qui offrait

deux tonneaux de bi√®re. A Fosse, selon Auguste Lurquin, ¬ę les petits comme les grands buvaient et se divertissaient au¬≠tour du gai et r√©chauffant grand feu ¬Ľ.

 

(1)¬†¬† A¬† remarquer¬† que¬† la¬† Quadrag√©sime,¬† dans¬† le Jura fran√ßais s’ap¬≠pelle ¬ę le dimanche des pois frits ¬Ľ.

(2)¬†¬† II faut peut-√™tre rapprocher la coutume de griller des hareng¬Ľ au grand feu d’anciennes distributions de ce poisson en car√™me, ainsi que l’atteste la note suivante, tir√©e de Pierre-Antoine MASSET: Histoire de Marchienne-ait-Pont,¬† Malines, Ryckmans,¬† 1893, t. 2, p. 637 : ¬ę 1534.¬† Nicolas Massa laisse une rente de 100 faulx [=¬† h√™tres]¬† pour acheter tous les ans une tonne de hareng √† partager par moiti√© entre les pauvres de Marchienne et de Monceau ¬Ľ. ‚ÄĒ Se reporter aussi √† l’usage ancien signal√© pour Walcourt, ¬ß¬† 5c.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

(p.153) 

A Dion-le-Val, les braconniers tiraient des coups de feu pendant la combustion du b√Ľcher : ils √©taient alors s√Ľrs de r√©ussir √† chaque coup.

A Carni√®res les Gilles lan√ßaient leurs calottes dans la’ fournaise du grand feulant la derni√®re guerre.

 

5m.¬†¬† L’EMPLOI DES CENDRES ET DES TISONS.

 

Un extrait du cartulaire de Fosse nous √©clairera sur le grand feu: dans l’Entre-Sambre-et-Meuse au XVIIIe si√®cle, et surtout sur l’usage de la vente des cendres du grand feu. En 1741, en effet, eut lieu, un conflit entre le magis¬≠trat local et le bailli, a propos du grand feu. Ce qui¬† nous vaut une excellente √©vocation de cet usage :¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

¬ęNous les bourguema√ģfres et magistrats de la Ville de Fosse ; ce jourd’hui 29 Julette 1741 sp√©cialement assem¬≠blez par Ponslet, vallet de la ville, recordons… que de tous temps imm√©morielle, nous et nos devanciers avons donn√© une corde de bois aux jeunes hommes chaque ann√©e le di¬≠manche d’apr√®s les Cendres commun√©rnent dit le jour du Grand Feu,. ‚ÄĒ Que la dite corde de bois s’est toujours ainsi donn√©e pour les divertissements et r√©cr√©ations publiques. ‚ÄĒ Que d’ordinaire le feu s’alume vers les six √† sept soire et dure r√©guli√®rement jusque aux dix √† onze heures du soire et quelquefois davantage. ‚ÄĒ Que les bourguema√ģtres en vertu des privil√®ges de ce lieu, tenant le gou¬≠vernement de la ville ont aussy de tous temps imm√©morielle permis que le peuple, assembl√©s jusqu’au nombre d’un ou de deux cents personnes, prisse ses divertisse¬≠ments le dit jour, allentour du-dit feu; sans que l’on eu pendant ces intervalles souffert de qui que ce soit aucun trouble ny emp√™schement. ‚ÄĒ Que la ditte corde de bois se donne aux jeunes hommes pour y brusler sur la place jus¬≠que √† sa consommation ; apr√®s quoy, ils ont la libert√© de vendre le brasier et d’applicquer le revenu √† ce qu’ils trou¬≠vent bon. ‚ÄĒ Qu’ind√©pendamment d√© cette coustume imm√©morielle, qui n’at jamais souffert aucune atteinte, le sieur Melchior, bailly mayeur de cette ville, contre le gouvernement de la ville appartenant aux bourguema√ģtres, est fam√© de s’√™tre rendu sur la ditte place le 25 f√©vrier dernier, (p.154) jour du Grand-Feu, accompagn√© du sieur Servais, eschevin et d’avoir voulu constraindre partie des jeunes hommes √† vendre le feu dans l’instant, lequel n’√©tait pas encore consom√©s. ‚ÄĒ Que de plus, quelques jeunes hommes r√©sistant, notamment les fils, du sieur Paul No√ęl √† ce que le feu ne seroit pas vendu avant d’√™tre r√©duit en braize, ne f√Ľt pour faire prier Dieu pour les √Ęmes des tr√©passez, le m√™me offi¬≠cier est fam√© de les avoir attaquez et frappez avec esp√©e d√©gain√©e en publicque. ‚ÄĒ Que le bruit de la ville est que les intentions du m√™me officier estoient de faire esteindre le feu apr√®s la vente pr√©matur√©e, pour le dit Sieur Servais. ‚ÄĒ En foy de quoy nous avons ordonn√©’ √† notre greffier de subsigner le pr√©sent record et de le munir de notre s√©el. Ce jourd’huy, 29 de Juliette 1741.¬Ľ

A Sart-Dame-Aveline, on recueillait les cendres, qui √©taient mises aux ench√®res et achet√©es par les cultivateurs qui les semaient √† la vol√©e sur leurs champs pour se procu¬≠rer de belles r√©coltes et pr√©server les bl√©s des ravages de rongeurs. De m√™me √† Biesmes et √† Couvin, tandis cju’√† Bois-d√©-Villers et √† Dion-le-Val, chaque cultivateur avaif droit √† des cendres pour r√©pandre sur ses champs. A Senzeilles, c’√©tait g√©n√©ralement un cabaretier qui les rachetait, . pour attirer la client√®le des jeunes chez lui; √† Tarciennc, autrefois, c’√©taient les tailleurs, pour chauffer leurs fers. repasser.

A Mariembourg, les organisateurs du grand feu, do enfants et des adultes, recueillaient les braises dans de vieux seaux de zinc et .allaient les offrir en vente de porte en porte. La recette √©tait partag√©e entre les ¬ę travailleurs ¬Ľ ou servait √† un repas en commun, avec du jambon aux fines herbes et de .la bi√®re.

On voudra bien remarquer qu’√† Goz√©e, ce n’est pas les cendres qu’on vendait mais la perche calcin√©e ; au mo¬≠ment o√Ļ, abattue par des jeunes gens, elle s’affalait, la fou¬≠le se ruait sur le& rubans, qui sont des porte-bonheur. La perche se payait en ¬ę pots ¬Ľ de bi√®re de 2 litres valant 0,40 franc-or.

A Tarcienne, lorsque la chaleur décroissante du bra­sier le permettait, un des personnages masqués se précipi­tait dans le feu pour prendre la perche.

(p.155)

A Montignies-le-Tilleul, les. jeunes gens sautaient dins les cendres incandescentes et grimpaient sur la perche pour s’approprier le ruban. Puis on vendait la perche, g√©n√©ralement √† quelqu’un qui d√©sirait se confectionner une √©chelle, comme √† Goz√©e.

A Fraire la derni√®re mari√©e recevait le bout de la per¬≠che qui restait apr√®s l’extinction du feu.

A Yves-Gomezée, on vendait les cendres, mais Jules Vandereuse ne dit pas à qui. L’argent  obtenu servait à la Jeunesse, qui se payait des pots de bière, A Berzée aussi les cendres étaient en principe vendues au profit de la jeunesse, mais le plus souvent elles étaient chapardées par des amateurs.

* * *

Le pouvoir purificateur et magique des cendres ou de la perche a été étendu aux rubans dont on orne celle-ci en quelque endroits.          

C’est pourquoi √† Goz√©e les jeunes gens en √Ęge de se marier tentaient de s’emparer d’un morceau du ruban de la perche : c’√©tait un indice de mariage dans le courant de l’ann√©e.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

5n. APRES LA COMBUSTION.

 

Selon F√©lix Rousseau, au pays de Namur, l’apr√®s-midi du jour du grand feu, les jeunes gens, suivis d’un chariot pr√™t√© par un fermier complaisant, vont de porte en porte, recueillant des bottes, de paille, des fagots, du p√©trole et aussi du beurre, des Ňďufs et du lard qui serviront √† faire des omelettes dont les jeunes gens se r√©galeront.

Ce sch√©ma g√©n√©ral ne para√ģt pas exact, ou en’tout cas, a d√Ľ √™tre tr√®s limit√© g√©ographiquement ; la qu√™te de bois est distincte de la qu√™te de vivres; la premi√®re a g√©n√©ralement lieu le matin, et la seconde le jour du mardi gras dons l’apr√®s-midi.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Mais il arrive cependant que le grand feu soit suivi de la qu√™te des jours gras. Tel est je cas de Marche-lez-Eaussinnes, o√Ļ des personnes masqu√©es, l’une d’elles portant (p.156) une hotte, allaient de porte en porte demander des gaufres. Il en √©tait de m√™me √† Monceau-sur-Sambre, o√Ļ l’on qu√™tait des Ňďufs, de la farine pour en faire des cr√™¬≠pes.

A Fagnolle les enfants qui reviennent du grand feu chantent devant chaque maison la complainte de : ¬ę Joseph est couronn√© ¬Ľ, qui n’est autre que la chanson de sint Pans√Ęrd (1). Pour les r√©compenser, on leur donne de la farine, du lard, des Ňďufs ou de l’argent; ils ach√®vent la journ√©e chez un particulier o√Ļ la femme veut bien leur faire des galettes,avec le produit de leur qu√™te. Aujour¬≠d’hui la complainte est entonn√©e par tous autour du bra¬≠sier en flammes.

A Nismes, cependant, la m√™me qu√™te a lieu apr√®s le d√ģner ; seuls les gamins y participent, en vue de r√©colter l’argent n√©cessaire au paiement de la poudre et des; bois¬≠sons. La poudre dont il est ici question est de la poudre de fusil, avec laquelle on proc√©dait √† l’allumage du feu, ainsi que le prouve un document de Vitrival.

A Strée, après le grand feu on redescendait en musi­que vers le village et au hameau de la Marzelle pour se répandre dans les cafés et manger de véritables ripailles.

C’est ce que l’on faisait autrefois aussi √† Gerpinnes : certains allaient boire et manger dans les cabarets, d’autres dansaient, beaucoup faisaient les deux choses.

A Wanferc√©e-Baulet, avant 1914, la foule entrait dans les caf√©s et on buvait jusqu’√† bien tard dans la nuit. Ce rite a √©t√© repris en 1953.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

A Mettet, apr√®s la combustion du b√Ľcher, on se raid dans les caf√©s pour boire, manger et danser.

A Nismes, apr√®s l’√©pop√©e des luttes entre Longue-Ruons et Fond-d’Riyons, et apr√®s la combustion des grands feux, on descendait passer le reste de la soir√©e dans les caf√©s.

 

(1) Voir à ce sujet une étude de Jules VANDEREUSE et Roger PINON, Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, IX, 1962, pp. 257-312 (et à suivre).

 

(p.157) A Goz√©e, entre l’extinction du feu et la vente de la perche, les jeunes filles ayant un amoureux rentraient chez elles, pour y souper avant de se rendre au bal, et les autres gens achevaient la soir√©e en buvant force :verres de bi√®re.

Presque partout, apr√®s la fin c{e la combustion du grand feu, a lieu un bal travesti¬† du moins da’ns la zone plus particuli√®rement wallonne du grand feu, notamment dans l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Le fait est signal√© aux Ecaussinnes, √† Nivelles, Barbencon, Bierc√©e, Froidchapelle, Goz√©e, Macon, Acoz, Gerpinnes, Gougnies, Joncret, LamBusart, Roux, Villers-Poterie, Aisemont, Biesme, Falisolle, Fosse, Ham-sur-Sambre, Le Roux, Lesve, Lustin, Mettet, Moignel√©e, Saint-G√©rard (o√Ļ le bal a surv√©cu √† la disparition du grand feu, appa¬≠remment ; il est organis√© par la gofi√©t√ģ√© de jeu de balle), Tamines, Vitrival, Fagnolle, Florennes, Fraire, Gourdinne, Hanzinelle, Hanzinne, Laneffe, Morialm√©, Oret, Pry, Roly, Saint-Aubin, Silenrieux, Tarcienne, Thy-le-Bauduin, Treignes, Walcourt.

Vers 1890, √† Gerpinnes,’on dansait dans les cabarets au son de violes ou orgues de Barbarie, et d’√Ęrmonicas ou accord√©ons. Aujourd’hui enc√īrc’On danse en salle ailleurs qu’au salon de la Maison communale. A Hymi√©e, hameau e Gerpinnes, on ouvre le sarhedi une guinguette vers 20 heures, et en 1959, on y organisa un ¬ę bal fluorescent ¬Ľ qui fut recommenc√© le lendemain.

A Biesme, Fraire, Morialm√©, P√ßet, Thy-le-Bauduin, comme √† Vitrival, on danse ou da’ns.ajt dans les caf√©s. A Fagnolle, le bal a lieu dans l’unique caf√© de la localit√©.

Il faut √©videmment se figurer que l’on danse partout iux rythmes des orchestres locaux ou r√©gionaux disponibles et plus ou moins √† la mode.

Le bal des grands est parfois pr√©c√®de d’un bal d’en¬≠fants.

Celui-ci a lieu √† 15 heures √† Froiddhapelle : les en¬≠fants se travestissent, et l’entr√©e est payante. On en signale un aussi √† Wanferc√©e-Baulet, le dimanche √† 15 heures. A Ham-sur-Sambre (Trou de Ferai), on organise une f√™te foraine pour les enfants.

 

(p.158) A Mariembourg, o√Ļ le grand feu est supervis√© par les instituteurs, il est souvent pr√©c√©d√© d‚Äôune sauterie enfantine.

Le bal du grand feu est, √† Froidchapelle, l‚Äôoccasion, √† minuit, de la mise aux ench√®res des postes de cantinier et cantini√®re du cort√®ge carnavalesque du Laetaere. On remarquera, √† ce propos, qu‚Äôil y avait une cantini√®re dans le ‚Äėtrain‚Äô de Goz√©e.

C’est aussi, en g√©n√©ral, apr√®s le grand feu, que. les soci√©t√©s qui ont particip√© au cort√®ge carnavalesque re√ßoi* vent leurs prix.

A Goz√©e, c’est √† la. Maison Communale, tard le soir, voire dans la nuit, apr√®s un vin d’honneur. On distingue les cat√©gories suivantes, ou du moins plusieurs d’entre el¬≠les : Hors-concours, Grand Prix d’Honneur, Premier Prix, Deuxi√®me Prix, Troisi√®me Prix, Prix d’Ambiarice, Prix d’Originalit√©, R√©compense sp√©ciale.

A Gerpinnes on prime le groupe le plus nombreux, le couple le plus original, l’isol√© le plus comique ; la pro¬≠clamation des r√©sultats a lieu √† la Maison communale aus¬≠sit√īt apr√®s la combustion du grand feu. En 1952, on prima aussi ¬ę le plus vieux masque ¬Ľ, √† savoir une vieille dame de 83 ans, ainsi que le groupe le mieux costum√© et le cou¬≠ple au plus beau travesti. Les prix sont en fonction du r√©sultat d’une collecte : ils sont fix√©s le jour du grand feu √† midi par les organisateurs et attribu√©s d’apr√®s la participation au cort√®ge de l’apr√®s-midi. A remarquer que les groupes furent tous de la localit√© jusqu’√† il n’y a que quelques ann√©es : en 1955 il fallut r√©organiser de ce fait les prix en tenant compte de crit√®res g√©ographiques : un premier prix fut attribue √† un groupe ¬ę √©tranger ¬Ľ (Acoz), un autre √† un groupe de section (Hymi√©e) et 4 prix √† des groupes du Centre. En 1956, nouveau changement : on dis¬≠tribue 4 prix, plusieurs d’entre eux scind√©s entre ex-aequo, sans tenir compte des crit√®res g√©ographiques ; et on remit les prix √† l’issue du d√©fil√© dans les villages juste avant l’allumage. En outre, le cort√®ge prend un caract√®re nouveau par la pr√©sence des autorit√©s communales et des sa¬≠peurs, conduits par un tambour-major.

(p.159) Au hameau d’Hymi√©e fonctionne un syst√®me analo¬≠gue, mais plus simple : la jeunesse organisatrice remet √† 22 heures un prix au groupe le plus nombreux, un autre au groupe le plus beau et divers autres prix √† sa discr√©¬≠tion.

A Gougnies, c’est √† minuit que sont attribu√©s les prix: au groupe le plus nombreux (125 francs en 1953), aux plus jolis couples (100 et 50 francs), au personnage le plus comique (25 francs). Le jury √©tait compos√© du co¬≠mit√© des jeunes m√©tallos et de deux habitants non travestis.

A Joncret les deux prix ‚ÄĘsont octroy√©s aux groupes des plus beaux et des plus dr√īles.

A Wanferc√©e-Baulet on. r√©compense le groupe le plus nombreux, le plus beau couple,, Je plus laid couple, le plus beau masque, le plus laid masque. Les prix sont remis √† l’issue du d√©fil√©, juste avant l’allumage du grand feu.

A Froidchapelle on octroie des primes et des prix aux groupes les plus nombreux et aux costumes les plus beaux; a Ham-sur-Sambre, quartier du Trou de Ferai, il faut ajouter un prix aux travestis les plus laids ; au grand feu de la place Communale, on ne prime que des déguise­ments .du bal les plus comiques et les plus coquets. A Mettet-Pontaury, on récompense le groupe le plus nom­breux et celui qui a les plus beaux costumes ; à Devant-les-Bois, on donna 250 francs en 1948 au groupe le plus beau et 125 francs au second ; en 1957, on ajoute un troi­sième prix.                       

A Fraire, de nombreux prix sont décernés aux mieux travestis et aux groupes les plus beaux.

A Pry, des coupes et des prix sont remis aux plus beaux travestis pendant le rondeau.

A Silenrieux, il y a des primes au groupe le plus nombreux et aux plus beaux travestis depuis 1950 au moins ; le classement se fait place de la Gare et la remise au Salon Démocratique, au cours du bal à 23 heures.

A Walcourt de nombreux prix rsont offerts au plus beau groupe, au plus beau couple, etc… ; ils sont remis √† 23 heures au cours du bal.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

(p.160) A Stave on invite chaque ann√©e un groupe d’un vil¬≠lage voisin qui est l’¬ę invit√© d’honneur ¬Ľ de la commune.

Ça et là on organise une tombola tirée au bal -d,u grand feu : tel fut le cas à Tarcienne en 1939, à Gozée, en 1958 et à Pry en 1959.

A Walcourt la tombola traditionnelle se tire à minuit. Les lots sont offerts par les commerçants.

* * *

On voudra bien noter, en marge de la coutume du grand feu proprement dit, la vente de chansons de cir¬≠constance ‚ÄĒ genre dont on trouve quelques attestations ailleurs, √† Wanferc√©e-Baulet et peut-√™tre √† Aisemont (voir plus haut, ¬ß 5i).

A Bois-de-Villers on vendait souvent une chanson imprim√©e sur du papier d’affiche, √©ventuellement au prp-fit d’une Ňďuvre. Le,chanteur se faisait accompagner qui] accord√©on. La chose s’est produite √† Biesmer√©e en 1935 : un groupe est all√© vendre des chansons √† Mettet, le lundi, jour de foire, et le soir ils sont all√©s √† Furnaux se moquer des indig√®nes qui √©taient atteints d’une ¬ę fi√®vre ¬Ľ de sorcellerie dont je ne sais rien. Ils renouvel√®rent la vente d’une chanson, par un certain Colin, en 1937, au profit de leur camarade Cl√©ment Fi√©vet, victime d’un tragique acci¬≠dent de la mine.

 

6.   SUBSTITUTS MODERNES DU GRAND FEU.

 

En quelques endroits le grand feu n’a plus la forme traditionnelle d’un b√Ľcher que l’on enflamme. Du moins, mon hypoth√®se est que d’autres formes de feux sont d√©s substituts des feux fixes. A Anderlues et √† Auvelais, ce sont des torches et d√©s feux de Bengale qui √©clairaient le rondeau final des gjlles. A Buvrinnes, Ressaix et Roux, c’est un feu d’artifice qui cl√īture le carnaval avec, √† Rot√Įx, allumage d’un feu de joie. A Morlanwelz, on a m√™me un m√©lange de grand feu et de feu de Bengale avec feu d’ar¬≠tifice. Ce qui est le cas de Binche, mais dans un contexte quelque peu diff√©rent, si l’on veut bien accepter que les (p.162) cercles des porteurs de torches sont des formes √©volu√©es des grands feux.

A Merbes-Sainte-Marie, il y a maintenant feux d’arti¬≠fice et porteurs de flambeau.

A Nivelles, depuis peu d’ann√©es, on allume un feu de joie entour√© de porteurs de flambeaux,

II est remarquable que ces substituts -‚ÄĒ si tant est que ces feux de Bengale, de torches et tje flambeaux, et les feux d’artifice le soient r√©ellement ‚ÄĒ se situent pratiquement dans la zone du fe√Ľre√Ľ et des Gilles. Ji sembl√© qu’on puisse √† bon droit les interpr√©ter comrne des imitations de ce qui se fait √† Binche.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

On ajoutera √† ces coutumes du ¬ę¬†nouveau folklore ¬Ľ le br√Ľlage des bosses, lequel a lieu, selon mon enqu√™te, √† Marche-lez-Ecaussinnes, La Louvi√®re, Houdeng-Gcegnies, Haine-Saint-Pierre, Jolimont, La Hestre, P√©ronnes-Village, Carni√®res, Trivi√®res et Trazegnies, c’est-√†-dire dans Le Centre; en pleine zone du fe√Ľre√Ľ. Chose curieuse cepen¬≠dant : la coutume ne para√ģt pas exister ou avoir exist√© √† Binche.

C’est toujours la m√™me sc√®ne affirme un journa¬≠liste ( l ) : ¬ę Au centre, un brasier au-dessus duquel se balan√ßait l’effigie du Gille sacrifi√©. Et autour de ce brasier les Gilles √† la queue-leu-leu, formant cercle et ex√©cutant avec plus d’√©nergie que jamais leurs danses rituelles.

¬ę Puis, brusquement, l’orchestre entamait sur un ryth¬≠me fun√®bre ¬ę O√Ļ peut-on √™tre mieux ? ¬Ľ. Et on voyait les Gilles mettre un genou en terre, courber la t√™te, se poser la main sur les yeux et pleurer √† haute voix. Jusqu’au mo¬≠ment o√Ļ la gaiet√© jaillissait √† nouveau des cuivres et o√Ļ, redress√©s d’un bond, les Gilles reprenaient leur pas inimitablement rythm√©.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

¬ę Les flammes montent et diminuent, reprennent, elles aussi, une vigueur nouvelle, et- d√©vorent tout ce qu’on leur donne en p√Ęture. ¬Ľ

Ce br√Ľlage de bosses est en r√©alit√© ¬ęla passion du Gille ¬Ľ. Le lundi du fe√Ľre√Ľ, √† Haine-Saint-Pierre, le soir, tous les Gilles rentraient au local et la musique jouait un

 

(1)   Indépendance du 23-3-1950.

 

(p.162) air fun√®bre ; tous les Gilles s’abattaient en tas, comme des morts, puis les musiciens reprenaient un air de Gilles, et ceux-ci se relevaient brusquement. On recommen√ßait cette pantomime 5 ou 6 fois; et c’√©tait la cl√īture du fe√Ľre√Ľ (1). Il en √©tait de m√™me √† Marche-lez-Ecaussinnes.

A La Louvi√®re et √† La Hestre le br√Ľlage des bosses a lieu le mardi soir, de m√™me qu’√† Jolimont. C’est une f√™te des soci√©taires entre eux.

La d√©nomination provient du fait que les Gilles vicient leur rembourrage pour les mettre en tas. C’est ce tas qui est enflamm√© pour la sc√®ne de la passion.

A P√©ronnes, cette sc√®ne a lieu le mardi soir sur la Grand-Place ; de m√™me √† Trivi√®res, o√Ļ l’on a gard√© \e vieux terme de ¬ę passion du Gille ¬Ľ. A Trazegnies, elle a lieu le lundi soir sur la place Albert.

A La Hestre, Mandine, la cantini√®re des Gilles de ¬ę Louis du gros Laga ¬Ľ est bien triste quand on met.le,feu au b√Ľcher. La folle gaiet√© des Gilles se mue en une peine de plus en plus grande √† mesure que le feu s’√©tend. Puis, surmontant leur chagrin, les Gilles dansent une derni√®re fois leur air favori. Cette ¬ę passion ¬Ľ du dimanche est compl√©t√©e par le ¬ę br√Ľlage de bosses ¬Ľ du mardi soir de¬≠vant le local de chaque groupe.

* * *

Le br√Ľlage des crosses est une ancienne coutume par¬≠ticuli√®re √† la r√©gion du Centre (2). Autrefois, le jour du fe√Ľre√Ľ les crosseurs br√Ľlaient effectivement leur crosse pour marquer la fin de leur jeu favori. Un dicton exprime le fait : √† Ville-sur-Haine, E. Hublard avait d√©j√† not√© ¬ę dit br√Ľle les crosses ¬Ľ, ce que l’Atlas linguistique de Wallonie enregistre √† Mons : ¬ę Au fe√Ľre√Ľ, on br√Ľle les fus d’ cros¬≠ses ¬Ľ, dicton ressenti comme un soi-disant r√©bus du Centre.

A Onnezies ¬ę on br√Ľle les carnavals ¬Ľ, le dimanche du Quadrag√©sime ; selon le t√©moin de l’Atlas linguistique de Wallonie, ¬ę cela se faisait du temps o√Ļ l’on crossait ¬Ľ.

 

(1)  Voir Flori DEPRETRE dans El Mouchon ifAunias du 1-3-1913.

(2)   Jadis, XIII,  1909, p.  176.

 

(p.163) A Godarville, A. Harou pr√©cise que c’est sur la place-publique qu’on br√Ľlait les crosses dont’on s’√©tait servi en hiver.

 

7.   LES BRANDONS MOBILES.

Le terme d’¬ę √©couvillons ¬Ľ, que l’on retrouve √† P√Ętu¬≠rages et √† Frameries pour d√©signer les brandons mobiles, est attest√© anciennement √† Tournai, chose curieuse pour y d√©signer des jeux. En 1368, un texte dit, en effet : ¬ę Com¬≠me l’exposant feust alez pas esb√Ętement avec plusieurs aultres veoir une assembl√©e d’enfants qui faisoient certains gieux appelez les escouvillons qui se font chascun an le dimanche des brandons apr√®s vespres, en notre dite ville de Tournay… ¬Ľ Ce jeu est d√©crit ainsi : les enfants ont ¬ę des faloz √† bouchons de feurre boutez., en un baston et [met¬≠tent] le feu dedans… ¬Ľ. C’est dirte qu’ils brandonnent les arbres, ainsi que le folklore l‚Äôa r√©v√©l√© dans le Tournaisis sous le nom d’adr√®che-puns, d’apr√®s la parole initiale de la formulette d’incantation qui √©tait prononc√©e, et dont voici un texte :¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Adr√®che puns feaute d’anines¬†!

Adr√®che pw√Ęres feaute de lw√Ęrs!

[Adresse pommes par défaut de chenilles, Adresse poires par défaut de loirs !]

D√®s 1444 cependant il fut d√©fendu d‚Äôesscouviller, de porter armures, b√Ętons et escouvillons, quels qu’ils soient, le second dimanche de car√™me et le dimanche suivant.

Cependant la coutume des ¬ę escouvillons ¬Ľ ou feux de car√™me existait encore √† Ath au XVIIIe si√®cle. Voici en quoi consistait le rite : on allumait un grand feu, et avec une perche les jeunes gens attisent le b√Ľcher de fagots, puis sautent au travers ¬ę non par gaillardise et pour braver le danger, mais parce que le feu est purificateur ¬Ľ, selon Jules Dewert.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Tels étaient les jeux des escouvillons : les petits brandonnaient, les grands faisaient du saut à la perche par­dessus le brasier auquel on allumait les brandons.

(p.164)

Il y a peut-√™tre un raccord √† faire entre le jeu athl√©ti¬≠que d’Ath et le Cr√© Solv√© de Rebecq-Rognon qui se fait le lundi du grand feu. Les gamins s’en vont en bandes plus ou moins nombreuses, maquill√©s au bleu ou √† la suie. Tous sont porteurs d’un long b√Ęton. Ils frappent aux portes, puis dansent en chantant :

O Cré Solvé et Passé Lucas,

O Passio èl extrême porée,

O Gibinus compère Christus,

Solvé Fréja,

El carème il est mort.

Ce qui est du latin écorché pour :

O Crux, ave, spes unica,

Hoc passionis tempore

Piis adauge gratiam,

Reisque dele crimina !

Chacune des syllabes est d√©tach√©e nettement et en concordance avec le mouvement des danseurs. A la premi√®¬≠re syllabe, ceux-ci posent brusquement le b√Ęton par terre ; tenu √† deux mains, il sert de point d’appui pour sauter √† pieds joints. Le retour sour le sol co√Įncide avec la seconde syllabe, ou √† peu pr√®s. La fin du chant est plus rapide. Le groupe tourne en rond, au bruit des b√Ętons, des sabots de la chanson. Au moment o√Ļ ils disent ¬ę II est mort ¬Ľ, ils se jettent par terre. Ils ne se l√®vent que lorsque le propri√©taire de la demeure o√Ļ ils sont all√©s frapper fait mine de distri¬≠buer les dringu√™yes. S’il fait la sourde oreille, on Je relance. Les groupes qui se croisent se disent les maisons g√©n√©¬≠reuses. Ils entrent dans les maisons de commerce.

De l’association des brandons mobiles et du b√Ľcher fixe, on retrouvera d’autres traces ailleurs : au Borinagc aussi le feu des torches est pr√©lev√© aux feux allum√©s dans les vergers. Ceux-ci ne sont pas des feux individuels ou petits feux, mais des grands feux que l’on allumait apr√®s qu√™te du combustible, dans le verger ou le jardin du caba¬≠ret o√Ļ une branke organisait son alion, ainsi que le prouve l’√©tude des vraies chansons de Talion, que le regrett√© Albert Libiez a si heureusement sauv√©es. L’alion n’est que l’aspect chant et danse autour du grand feu, tels qu’ils se (p.165) sont d√©velopp√©s d’une mani√®re remarquable au Borinage. Li dur√©e de Vallon a d√Ľ correspondre √† celle du car√™me, √† savoir six semaines, avec grand feu au d√©but et bal √† la guinguette le lundi de P√Ęques en cl√īture. Cette vue permet¬≠trait d’int√©grer l‚Äôescouvion √† l‚Äô alion, ainsi que le faisait Albert Libiez (1).

Je n’√©tudierai pas ici les chansons d’incantation.

Je remarquerai sans plus, que l‚Äôadr√®che-puns du Tournaisis, l‚Äôescouvion borain et la caramara de Blaugmes, Erquennes et Bavai sont trois variantes d’un m√™me th√®me, uu’ellcs expriment clairement l’intention des chanteurs : il s’agit de purifier les arbres de la vermine afin que les fruits en soient beaux et avantageux.

C’est sur l’ex√©cution des chants que je terminerai ce paragraphe : au Borinage la chanson est ex√©cut√©e indivi¬≠duellement par chaque brandonneur. Dans le Tournaisis, il en va autrement :

¬ę Les paysans parcouraient les campagnes √† la brume en portant des torches allum√©es ; c’√©taient ordinairement des perches au bout desquelles ils avaient attach√© un balai de camamine [camomille]; les paysans les imbibaient de p√©trole et y mettaient le feu. Ils promenaient ces torches enflamm√©es sur les arbres de leurs vergers et dans leurs champs, accompagn√©s de jeunes gens et de jeunes filles, dont l’√©cho r√©p√©tait les chants joyeux, ¬Ľ et notamment la formule d’incantation. Ainsi s’exprime Walter Ravez. Peut-√™tre en fut-il de m√™me au Borinage. Mais l’enqu√™te ne nous permet pas de l’affirmer √† coup s√Ľr.

La coutume des brandons mobiles est aussi attest√©e √† Bassily, et √† Neufvilles. Elle a d√Ľ √™tre typique autrefois, car en 1368, √† Tournai, on parle du ¬ę dimanche des brandons ¬Ľ; on disait ¬ę jour des brandons ¬Ľ √† Enghien sous l’Ancien R√©gime. A Mons, cependant, en 1326, on dit ¬ęjour du behourdich ¬Ľ et en 1592 on parle de ¬ę behour-diet ¬Ľ √† Lessines : ces deux mots, √† mon estime, d√©signent des b√Ľchers fixes.

 

(l) Albert LIBIEZ : L’originalit√© des chansons d’Alion. Bruxelles, [Schott fr√®res], 1951, 18 p., mus.; le m√™me et Roger PINON : Cha√ģnons populaires de l’Ancien Hainaut. Volume V, pp. 456-48-i.

 

(p.166) Ajoutons √† la documentation qui pr√©c√®de qu’√† Go¬≠bais, pendant que br√Ľle le grand feu, les vieux vont saisir avec une fourche un peu de feu du foyer et √† pas lent* ils vont blameter les pommiers pour qu’ils soient bien charg√©s de fruits.

 

8.LES PETITS FEUX.

 

Les petits feux sous le nom de chiraude, hir√Ęde, sont assez r√©pandus dans la partie orientale de la Wallo¬≠nie ; ils sont au contraire peu r√©pandus en Wallonie ¬ęci-dentale. J’en ai relev√© √† Eliezelles et Wodecq, o√Ļ leur nom (√®scouvio√Ľre) rappelle les brandons mobiles ; peut-√™tre fut-il un temps o√Ļ petits feux et brandons furent associ√©s comme grands feux et brandons. Peut-√™tre que le scou-vw√Ęre de Horrues, est le m√™me petit feu, car il est dt√© par Hublard, imm√©diatement apr√®s le fe√Ľre√Ľ de Godarville, qui a toutes les caract√©ristiques des feux individuels, bien que le nom fasse penser √† un b√Ľcher fixe. Nivelles de-m√™me √©tait c√©l√®bre pour le nombre de ses feux, chacun qui avait un jardin, un verger, une terre, allumant le sien. Et les bourgeois se faisaient un plaisir de sortir de chez eux pour aller les contempler et les compter.

Aux Ecaussinnes les enfants allumaient des petits feu* autour desquels ils dansaient. Pas √©tonnant d√®s lors qu’ils revenaient annoncer victorieusement √† leurs m√®res qu’il¬Ľ avaient vu 7 feux ! Mais est-il bien vrai, comme le dit un journaliste, qu’ils ¬ę singeaient ¬Ľ le grand feu ?

A Court-Saint-Etienne, comme √† Sart-Dame-Avelinc, Dion-le-Val, Mont-Saint-Guibert, Nivelles, Namur et Acoz, les petits feux s’opposent aux grands, bien que tous les deux se fassent le m√™me jour.

A Flawinne les feux sporadiques observés par Me Gr-lier me paraissent de petits feux.

A Nismes, les petits feux s’appellent chiraudes et ils sont allum√©s par les enfants. L’√©loignement de ce mot par rapport √† l’aire compacte de la hir√Ęde-chiraude condru-zienne fait penser que cette aire a pu √™tre plus vaste autre¬≠fois. Faut-il mettre au nombre des restes de cette aire les (p.167) petits feux rep√©r√©s ci-dessus ? Il n’est pas possible de l’af¬≠firmer dans l’√©tat actuel de la documentation (1).

A Dion-le-Val on allume un petit feu de paille dans mi jardin pour obtenir de beaux oignons ; √† Mont-Saint-Guibert, le petit feu br√Ľle en m√™me temps que le grand, fxnir avoir une bonne r√©colte de fruits. Mais la gerbe de paille qui se consumait dans le jardin devait avoir √©t√© vol√©e. A cette intention chacun pr√©parait ostensiblement une ger-be que son voisin lui d√©robait.

A Nivelles le petit feu, pour les pauvres, n’√©tait qu’une perche, la plus longue possible, fich√©e en terre et tu sommet de laquelle on br√Ľlait quelques bottes de paille. Malheur √† ceux qui n’en eussent point fait : is n’ar√ģt n√ģ r√®ussi dins le√Ľs puns √ß‚Äô-n-an√©ye-l√†. [ils n’auraient pas r√©ussi avec leurs pommes cette ann√©e-l√†]. Id√©e √† rapprocher de ce qu’on dit √† Godarville : qu’on y allume les feux dans les vergers pour que les arbres portent beaucoup de fruits, et dans les jardins pour obtenir une belle r√©colte d’oignons. Les jeunes gens, en outre, sautent par-dessus le brasier pour x prot√©ger des coliques, apr√®s avoir fait des rondes.

A Acoz-Lausprelle, on ne pouvait s’emp√™cher d’al¬≠lumer un petit feu dans les vergers, afin que les arbres don¬≠nent une bonne r√©colte.

Au pays de Namur, ce sont les personnes qui avaient des enfants morts qui allumaient des feux dans leur jar¬≠din ; ils disaient revoir leurs enfants autour du feu. A Na¬≠mur m√™me, on pr√©tendait que c’√©taient les parents d√©funts qui venaient r√īder autour de leur maison ; et le feu se fai¬≠sait pour les r√©chauffer.

 

9.  LES GRANDS FEUX.

 

Selon M. Legrain, dans La Terre Wallonne, tome IV, 1921, n¬į 20, p. 115, ¬ę les grands feux sont vraisemblable¬≠ment une survivance pa√Įenne du culte purificateur du feu

 

(1) Voir mon √©tude : Hir√Ęde et churaude, ou le petit feu de car√™me ta Wallonie orientale : ¬ę Bulletin de la Soci√©t√© royale ¬ę Le Vieux-Li√®ge ¬Ľ, VI, 134, 1961, pp. 50-60, 1 carte.

 

(p.168) et du soleil ¬Ľ. L’influence du christianisme pour faire Ju-para√ģtre cet usage se retrouve dans les d√©fenses formul√©e dans certains dioc√®ses contre les grands feux et dans les l√©gendes qu’ils ont fait na√ģtre : ¬ę Fuite en Egypte ¬Ľ, ¬ę J√©¬≠sus perdu lors du voyage √† J√©rusalem ¬Ľ.

Je ne sais s’il convient de souscrire √† ces conclusions. Et tout d’abord, est-il bien prouv√© que les grands l’eus soient d’origine pa√Įenne ? Ou pour √™tre plus pr√©cis qu’il* continent des feux cultuels antiques ? De plus, qucn es ce ¬ę culte purificateur ¬Ľ dont parle l’auteur ? On ne trouve gu√®re de trace d’un culte du feu en France et en Belgique En outre, il est √©tabli que les feux n’ont aucun rapport avfsr le culte solaire, ainsi que le pensa un moment Sir Jamei Frazer.

Il faut aussi √©liminer l’explication des grands feux comme √©tant une survivance ethnique, celtique ou germani¬≠que en notre r√©gion. Car les faits observ√©s et analys√©s ci-dessus sont universels, sous des modalit√©s tr√®s vari√©es; et l’on peut imaginer qu’elles sont inextricables, si l’on veut bien consid√©rer leur grande variabilit√© sur une aire aussi restreinte que celle sur laquelle porte mon √©tude.

On ne peut penser non plus √† une explication ¬ę agrai¬≠re ¬Ľ, par le rythme des cultures saisonni√®res et le renou¬≠veau de la v√©g√©tation au printemps. D’une part la date !i plus fr√©quente des grands feux, la Quadrag√©sime, es! loin de co√Įncider avec le renouveau printanier en nos r√©gions ; en outre le caract√®re apotropa√Įque et m√©dical tr√®s r√©pandu de ces feux s’oppose √† cette conception.

Par contre on ne peut trop souligner le caract√®re col¬≠lectif du grand feu : le combustible obtenu de tous, par des dons communaux ou par qu√™te ; l’organisation par la Jeunesse ou par un groupe local d’enfants ou d’adultes ; un certain droit de vol ou de contrainte √† l’√©gard de ceux oui ne donnent pas et parfois √©tendu √† tous; les repas et l¬ę danses en commun; les cort√®ges de travestis et les intri¬≠gues qui mettent en mouvement la communaut√© tout en¬≠ti√®re.

En d√©pit de ces restrictions, on peut conc√©der le carac¬≠t√®re vraisemblable de la haute antiquit√© du grand feu, (p.169) de sa christianisation limit√©e. Arnold Van Gennep va sans doute trop loin lorsqu’il affirme, p. 860 de son Manuel, que les feux du cycle de Carnaval-Car√™me sont ¬ę indem¬≠nes de toute christianisation ¬Ľ. Certes ils ne sont pas b√©nits, et c’est important. Mais sont-ils bien aussi ¬ę pa√Įens ¬Ľ qu‚Äôon l’affirme g√©n√©ralement?

La po√©sie suivante, de Louis Loiseau, me para√ģt r√©su¬≠mer excellemment, au point de vue folklorique sinon par sa qualit√© litt√©raire, ce que l’on sait du grand feu de l’Entre-Sambre-et-Meuse namuroise. Je la republie ici parce qu‚Äôen somme c’est ce grand feu qui est le plus typique de ceux qui ont √©t√© analys√©s pr√©c√©demment. Et sous sa forme rim√©e, il aidera le lecteur √† recomposer le grand feu qu’il a bien fallu disloquer pour les besoins de l’analyse.

 

Li Grand Fe√Ľ

 

A tos l’s-uchs, on vw√®t l√®s-√®fants

Aler tchanter po qu’on l’ze√Ľ done

Saquants fagots d’ bw√®s, qu’on rachone

Po f√© l’ grand fe√Ľ, come tos l√®s-ans.

 

On-z-√®nn’ alume dins l√®s dj√Ęrdins :

D√®s-√®fants mw√Ęrts l√®s p’tit√®s-√Ęmes,

S’ most√®renut, dit-st-on, dins l√®s fl√Ęmes,

Po v’nu s’ f√© r’v√īy √† le√Ľs parints.

 

On tch√®dje di bw√®s 1′ d√™rin mari√©,

Et tot tch√®rdji faut qu’il √®rvauye,

Maugr√© qu’on l’am√Ľse avau 1′ v√īye.

Jusqu’√† s’ maujone i dw√®t 1′ pwarter.

 

Quand 1′ nware√Ľ vint tot √®walper,

Li feu br√Ľle su 1′ place do viladje.

On danse auto√Ľ s√Ľvant l’√Ľsadje,

L√®s com√©res √® sayant d’ zoupeler.

 

Li c√®ne qui zoupel√©ye di franc dje√Ľ

Co d’vant 1′ fin d’ l’ an s√®r√® mari√©e ;

Aur√®-st-on galant su l’an√©e,

Li com√©re qui pout v√īy s√®t’ fe√Ľs.

 

L√®s djon.nes-omes tot-auto√Ľ w√©tenut

Br√Ľler l√®s fe√Ľs d√®s-autes viladjes ;

Et po qu’ le√Ľ fe√Ľ blame davantadje,

A grand√®s br√®ss√ģyes is l’ ritch√®djenut

 

Quand tot-√†-f√®t s’ a distindu,

On-z-√®rva, tchantant onk √®t l’aute,

Li ke√Ľr contint, mougn√ģ l√®s v√ītes

Qu’ √® 1′ maujone, l√®s parints f√™yenut.

 

M√®s √ßa comince √† s’ pi√®de, tot √ßa,

Come totes nos v√ģy√®s-acostumances !

C’√®st si bon l√®s v√ģy√®s sovenances

Et d’ polu s’ rapinser √ß’ timps-l√† ! (1)

 

Traduction :

A toutes les portes on voit les enfants ‚ÄĒ Aller chan¬≠ter pour qu’on leur donne ‚ÄĒ Quelques fagots de bois, que l’on rassemble ‚ÄĒ Pour faire le grand feu, comme tous la ans.

On en allume dans les jardins : ‚ÄĒ Les petites √Ęmes des enfants morts ‚ÄĒ Se montrent, dit-on, dans les flim-mes. ‚ÄĒ Pour venir se faire revoir de leurs parents.

On charge de bois le dernier mari√©, ‚ÄĒ Et tout charte il faut qu’il retourne, ‚ÄĒ Bien qu’on l’amuse en cours ilc route ‚ÄĒ Jusqu’√† chez lui il doit le porter.

Quand l’obscurit√© vient tout envelopper, ‚ÄĒ Le feu br√Ľle sur la place du village, ‚ÄĒ On danse autour de lus selon l’usage ‚ÄĒ Les femmes en essayant de sauter par¬≠dessus.

Celle qui saute de franc jeu ‚ÄĒ Sera mari√©e avant la fin de l’ann√©e ; -‚ÄĒ- Aura un amoureux au cours de l’an< n√©e ‚ÄĒ La femme qui peut voir sept feux.

Les jeunes gens tout autour d’eux regardent ‚ÄĒ Br√Ľler les feux des autres villages, ‚ÄĒ Et pour que leur feu brille davantage, ‚ÄĒ A grandes brass√©es ils le rechargent.

 

(1)¬†¬† Louis LOISEAU, mars 1914. Extrait de Fle√Ľrs di Mo√Ľse. Traditions d’Entre-Sambre-et-Meuse. Ňíuvres Posthumes suivies de Echos de Terroir. Extraits. Chansons-Chansonnettes. ‚ÄĒ Po√®mes, Dinant, Bourdeaux, 1942, p. 24.

 

(p.171) Quand tout est √©teint ‚Äď On s‚Äôen retourne, chantant (‚Ķ.) ‚Äď Le cŇďur content, manger les cr√™pes ‚Äď Qu‚Äô√† la maison les parents font.

Mais √ßa commence √† se perdre, tout cela. ‚Äď Comme toutes nos vieilles coutumes¬†! ‚Äď c‚Äôest si bon les vieux souvenirs ‚Äď Et de pouvoir se rem√©morer ce temps-l√†.

 

10.  CROYANCES DIVERSES.

 

Je divise les croyances recueillies en croyances proph√©tiques, c’est-√†-dire celles qui permettent aux folklorisants d‚Äô√©mettre un pronostic sur leur avenir ou celui d’autrui ; ‚ÄĒ en croyances prophylactiques, c’est-√†-dire celles qui sont fa rapport avec la sant√© ou la f√©condit√© ; ‚ÄĒ en croyances calendaires, c’est-√†-dire celles en rapport avec le rythme vital.

 

A. Croyances prophétiques.

On croit que voir br√Ľler sept feux est un signe de bonheur et de r√©ussite, √† Str√©e, Dion-le-Val, Sart-Dame-Aveline, et au pays de Namur. En cette r√©gion, on pense¬† aussi qu’on n’a alors rien √† redouter des sorciers et des sorci√®res pendant un an.

Dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, quand une jeune fille voit sept feux √† l’horizon, elle aura un amoureux dans l’ann√©e. Cette croyance est vraie aussi au pays de Dinant, dans cette ville et √† Bois-de-Villers. A Florennes et √† Dinant, on dit qu’elle fera un beau mariage dans l’ann√©e.

On affirme √† Goz√©e que l’on peut percevoir les lueurs ilcs sept feux, notamment ceux de Jamioulx, Cour-sur-Heure et Berz√©e. Mais on ne signale pas de croyance.

A Mont-Saint-Guibert, si on constatait le jour du grand feu le passage d’oiseaux migrateurs, on √©tait certain 3c pouvoir se promener √† P√Ęques, les femmes en blouse de jaconas et les hommes en pantalon de coutil.

Un dicton assez r√©pandu exprime l’id√©e que si on re/use de faire le grand feu ou d’y participer par sa quote-|iart, on aura l’incendie chez soi :

(p.171) Quand on n’ f√©t n√©n l’ grand feu,lbon Dieu l‚Äô f√©t [Quand on ne fait pas le grand feu le bon Dieu le fait] ‚ÄĒ Pays de Namur, Bierc√©e, Sart-Dame-Aveline.

A Couvin, chacun avait √† cŇďur d’apporter sa quote-part au grand feu, sous peine d’incendie chez lui dans l’ann√©e.

 

B.      Croyances prophylactiques.

 

A Jamioulx.

El c√©n qui n’ mindje pont d’ r√®ston,

¬†i s’ra mindji d√®s picrons.

[Celui qui ne mange pas de cr√™pes, ‚ÄĒ (Il) sera mang√© do moustiques.]

A Sart-Dame-Aveline aussi, on fait d√®s vo√Ľtes ou cr√™¬≠pes pour √™tre √† l’abri des piq√Ľres de mouches et de gu√™pes le reste de l’ann√©e.

On br√Ľle le grand feu pour pr√©server les hommes, In animaux et les plantes des maladies √† Dion-le-Val.

Au pays de Namur on oppose le grand feu à la Chan­deleur : le premier purifie les hommes, la seconde les bêtes.

A Dion-le-Val on pi√©tine le plus fort possible le sol autour du grand feu afin d’obtenir la r√©ussite de la future r√©colte.

 

C.   Croyance  calendaire.

Li djo√Ľ d√®s grands f√®s, l’agace pwart√©ve si s√īm√ģ, c’est-√†-dire que la pie posait la premi√®re brindille de son nid (Mont-Saint-Guibert).

 

11.   USAGES SOCIAUX.

 

Selon E. Hublard, p. 4l, en Hainaut (rouchi?), le jour des brandons on mangeait des gaufres et des ratons ou cr√™pes. Cet usage se v√©rifie ailleurs. Goz√©e, notamment est c√©l√®bre pour ses gaufres ; c’est le ¬ę pays des bonnes gens ¬Ľ et l’on raconte que les indig√®nes, invitaient les pas¬≠sants en leur criant : Venez prinde √®ne jate d√® caf√® aveu ‘ne waufe ! On mangeait des gaufres dor√©es avec du lait et du (p.173) miel, ou de la bi√®re, dont la vente √©tait bon march√©. A Moriceau-sur-Sambre, on faisait des v√ītes ou cr√™pes dans toutes les familles ; de m√™me √† Longueville, on mangeait des vo√Ľtes arros√©es de vieille [bi√®re) apr√®s le grand feu, Dans toute l’Entre-Sambre-et-Meuse, selon Louis LOISEAU, qui enqu√™ta surtout dans la partie orientale, le grand feu est un pr√©texte pour la consommation des gau¬≠fres ou des cr√™pes. Telle est la tradition √† Str√©e. L’explication est fournie par d’autres t√©moins : selon Victor Tamines, les enfants revenaient chez leurs parents et ce, pour y manger des v√ītes, notamment en Hesbaye Namuroise. A Sart-Dame-Aveline, non loin de l√†, il est dit que l’on man¬≠geait des vo√Ľtes au grand feu pour √™tre √† l’abri des piq√Ľ¬≠res des mouches et des moustiques pour le restant de l’an¬≠n√©e, ce que corrobore F√©lix Rousseau pour l’ensemble du pays de Namur.

A Ways, dans le Brabant, en vertu d’une fondation, an distribuait encore vers 1925, √† l’√©glise, apr√®s les v√™pres, ¬ęJeux kilos de farine de sarrasin ou bo√Ľk√®te √† chaque fa¬≠mille du village pour lui permettre de faire des v√ītes.

Le plus curieux est la croyance enfantine que si on a vu sept grands feux, on a gangni d√®s waufes √®t d√®s r√®stons, ainsi que le note M” Arille Carlier pour Marche-lez-Ecaussinnes. Aux Ecaussinnes de m√™me, l’enfant qui vient annoncer √† sa m√®re qu’il a vu sept feux re√ßoit des gaufres en r√©compense au souper. A Virginal, dans ce cas, sa m√®re lui fait des gaufres. A Godarville la coutume s’√©¬≠tend √† toute personne qui a eu cette chance tandis qu’√† Nivelles la coutume est plus imp√©rative : on ne pouvait manger des restons avant d’avoir sept feux, ce qu’il √©tait assez facile de faire en cette ville. A Buvrinnes, la m√™me coutume prend une forme proph√©tique : toute personne oui a vu sept feux mangera des gaufres dans la soir√©e. Proph√©tie bien na√Įve en v√©rit√©.

A Furnaux, on d√ģne ou on go√Ľte aux cr√™pes et l’on invite ses voisins √† qui l’on rend la visite.

A Baulers et √† Mont-Saint-Guibert on va s√®t‚Äô e√Ľres lon, s√®t‚Äô e√Ľres l√Ęrdje pou mindj√ģ du pin d’ s√®s parints. A (p.174) Nivelles, on ajoute que c‚Äô√©tait porte-bonheur.¬†A Chapelle-lez-Herlaimont, au fe√Ľre√Ľ, les enfants reviennent √† leurs maisons pou ralongui l’ v√ģye d√® le√Ľs parints, id√©e qu‚Äô√† Nivelles on exprime en disant ¬ę qu’on va manger le pain de ses parents pour les faire vivre vieux. ¬Ľ A Godarville, on on r√©unit les dictons de Baulers et de Chapelle-lez-Herlaimont en une seule phrase.

A ce repas familial, √† Mont-Saint-Guibert et √† Dion-le-Val, on servait des (w)aufes et des v√ītes ou vo√Ľtes; comme √† la Chandeleur, les poires dites d’hiver venaient sur la table g√©n√©ralement pour la premi√®re fois.

A Goz√©e un adage disait que de cinq ou sept lieues √Į la ronde, un Goz√©en devait revenir dans son village natal, pratiquement donc, chez ses parents.

A Couvin, les parents rendent la visite des enfants au Grand Feu, en se rendant chez l’un d’eux au Laetare.

Autrefois, au repas familial, on s’effor√ßait de manger de sept pains diff√©rents pour avoir du bonheur pendant toute l’ann√©e : ainsi √† Dion-le-Val.

Ailleurs, dans la province de Namur notamment, on dit que les enfants sont tenus de se rendre chez leurs pa­rents et de manger à la table paternelle, ne fut-ce quun morceau de pain.

Ce petit chapitre contredit une affirmation de J. M. Remouchamps dans les Enqu√™tes du Mus√©e de la Vie Wal¬≠lonne, t. 3, pp. 144-145 (avec 1 carte), selon laquelle ¬ę l’obligation familiale en question √©tait inconnue dans le Hainaut (mais non √† Godarville, √† Chapelle-lez-Herlai-mont et √† Goz√©e !), le Brabant Wallon (et Nivelles, Bau¬≠lers, Mont-Saint-Guibert, Dion-le-Val ?), la province du Luxembourg, les arrondissements de Li√®ge, Verviers et Philippe-ville (et Couvin ?) ¬Ľ II s’en suit que sa th√®se de J’origine condruse devient enti√®rement caduque.

* * *

Le grand feu est aussi la date terminale des veill√©es, ainsi que l’exprime un dicton, dont voici quelques nota¬≠tions :

Au grand f√®, l√®s ch√ģjes √† f√® ‚ÄĒ Corbais, Mont-Saint-Guibert (‚Ķ)

Au grand f√®, on m√®t l√®s ch√ģjes √® f√®.- H√©villers (‚Ķ)

Le dicton, toujours en dialecte, est assez généralement cnnnu en Brabant Wallon, et dans la Province de Namur.

En conclusion des observations recueillies au chapitre pr√©c√©dent et dans celui-ci, il convient de souligner surtout l’importance du chiffre 7 : voir 7 feux, manger 7 sortes de pain, revenir de 7 heures loin chez ses parents ou de 7 lieues loin (ce qui revient au m√™me, puisque une lieue vaut une heure de marche). Une v√©ritable magie du chif¬≠fre 7 impr√®gne ces croyances et coutumes, et il est int√©¬≠ressant de la relever (1).

 

12.  SENS DU GRAND FEU POUR LES FOLKLORISANTS.

 

En beaucoup d’endroits on allume le grand feu par tradition, sans se soucier pourquoi les anc√™tres le faisaient.

Cependant on est en g√©n√©ral sensible √† l’union des habitants qui ressortait de l’organisation de cette festivit√©, et de leur cordialit√©. Tel est le cas √† Cerfontaine.

On ne peut manquer de rappeler rim-√ßinadon d√©¬≠ploy√©e dans les travestissements, l’esprit de communion locale dans la participation ans qu√™tes, √† l’√©dification du b√Ľcher, au cort√®ge, aux danses, aux bals, au repas en com¬≠mun, l’esprit de famille tel qu’il se manifeste dans le re¬≠tour des enfants chez leurs parents, l’esprit d’√©mulation entre les diverses organisations de grands feux, l’esprit d’entraide √† l’√©gard des derniers mari√©s.

 

(1) A ce sujet, voir Jadis, I, pp. 32 et 55;II, pp. 15 et 94; IV, pp. 5 et 71-72; V, pp. 53-54. ‚ÄĒ Ajouter la danse des 7 sauts en 3 en¬≠droits de I’Entre-Sambre-et-Meuse (¬ß 5k).

 

(p.176) Il est int√©ressant aussi d’interroger le peuple sur l’interpr√©tation qu’il donne au grand feu.

Ecartons d’abord quelques explications de journalistes.

A Tamines, ¬ę les grands feux ¬Ľ sont une coutume barbare qui est cens√©e repr√©senter √† la fois le supplice des sorciers au b√Ľcher ainsi que l’approche du printemps.

Cette explication a √©t√© resservie pour Vitrival, et pour Falisolle, o√Ļ l’on ajoute que le grand feu symbolise en ou¬≠tre la mort des ¬ę mauvaises f√©es ¬Ľ.

A Goz√©e on interpr√®te la mort du bonhomme Hiver, occis d’un coup de feu, puis br√Ľl√© par l’ardente fournaise, comme √©tant la d√©faite de l’hiver qui c√®de la place au printemps. On peut se demander si, bien que plus vrai¬≠semblable d’apparence, telle est bien l’interpr√©tation popu¬≠laire, et s’il ne s’agit pas, une fois de plus, d’une id√©e de journaliste.

Par contre il convient d’attribuer plus d’int√©r√™t aux l√©gendes explicatives qui suivent.

Elles sont en effet, de bonne frappe populaire, et en outre, chr√©tiennes d’inspiration.

A Dion-le-Val, selon les vieilles personnes, le grand feu a pour but de comm√©morer la trouvaille de J√©sus au temple. Lors de leur laborieuse recherche, saint Joseph et la Vierge allum√®rent des feux, d’√©tape en √©tape, pour signaler leur passage √† J√©sus. C’est pourquoi le grand feu local est surmont√© d’une croix compos√©e par la perche de sapin ou d’une autre essence, et un bouchon de paille. (‚Ķ)

 

(p.177) A Gerpinnes une l√©gende raconte qu’un enfant perdu errant √† travers champs et for√™ts vit soudain au loin les lueurs d’un feu. Il se dirigea vers lui, se r√©chauffa √† ses flammes, fut recueilli par les braves campagnards qui avaient allum√© le brasier. C’est en souvenir de ce fait que le grand feu devint traditionnel (1).

 

(1) Il est possible que la l√©gende gerpinnoise soit une s√©cularisation d’une l√©gende de J√©sus, ainsi qu’il est permis de le penser si on la compare avec une formulette de qu√™te que j’ai not√©e √† Braives [W 62] en 1949.

Ine dj√Ębe di strin, s’ i v’ pl√™t,

Po tch√Ęfer l√®s p√ģds d√® p’tit J√©sus

Qu’ √®st mw√®rt √®t qui n’ vike pus!

Dè l’ bèle tchène, ou Dè l’ lêde tchène,

Dès bês-ognons ! ou Dès lêds-ognons !

[= Une gerbe de paille, s.v.p., ‚ÄĒ Pour r√©chauffer les pieds du petit J√©sus ‚ÄĒ Qui est mort et ne vit plus. ‚ÄĒ Du beau (laid) chanvre, ‚ÄĒ Des beaux (laids) oignons!]*‚ÄĒ Voir plus haut, 5c, pour une formule de qu√™te aux vŇďux identiques.

* Une¬†¬† formulette¬† analogue¬† a¬† d√Ľ¬†¬† exister¬†¬† √†¬†¬† Lens-Saint-Remy [W. 48], selon les donn√©es d’une enqu√™te effectu√©e en 1959.

 

 

13.   ANCIENNETE HISTORIQUE DES FEUX.

 

Le tableau suivant r√©capitule les mentions les plus anciennes des diff√©rents feux jusqu’au XIXe si√®cle exclu¬≠sivement.

1326 jour dou behourdich, Mons. Rien ne prouve positi­vement, cependant, que Mons connut le grand feu de carême.

1368    dimanche des brandons, Tournai.

1444    fête des escouvillons ou des brandons, Tournai,

1527    jour des grans quaresmaux, Glimes.

1592    (jour du) behourdiet, Lessines.

XVIIIme s. les escouvillons, Ath.

1741 le dimanche d’apr√®s les Cendres commun√©menl dit le jour du Grand Feu, Fosse-lez-Namur.

1741¬†¬†¬† dimanche qu’on dit jour du grand jeu, Fleurus.

1765    défense de se masquer et de se déguiser, Fleurus.

1782-1783    jour du grand jeu, Bourlers

Ancien Régime : distribution de harengs aux pauvres, Walcourt. Jour des brandons, Enghien.

 

 

14.   MORT DU GRAND FEU.

 

En de nombreux endroits le grand feu est mort, ou bien il languit. ¬ę On voudrait lancer comme un cri d’alar¬≠me en faveur de certaines traditions locales en voie de lente disparition ¬Ľ dit un chroniqueur de Gourdinne qui regrette que l’on ne se travestisse plus au mardi gras, mais esp√©rait, en 1959, qu’il se trouverait bien quelques d√©vou√©s pour organiser le grand feu. Il fait, pour cela, appel √† la r√©putation de ¬ę village o√Ļ le plaisir ne se mesurait pas ¬Ľ acquise par sa localit√©. Il demande √† la jeunesse de le prouver.

A Moignel√©e, en 1949, c’est au nom du plaisir des grands et des petits que l’on fait appel ¬ę aux anciens orga¬≠nisateurs ¬Ľ pour qu’ils reprennent la vieille coutume : ¬ę H√©¬≠las! Cette belle tradition d’antan est pass√©e, et qui sait si (p.179) on la recommencera jamais. (‚Ķ)¬†¬Ľ

A Florennes, apr√®s une reprise laborieuse, en 1951 par un comit√© de jeunes ‚Äď le dernier grand feu ayant eu lieu en 1914 ‚ÄĒ reprise qui fut un succ√®s, il semble que des difficult√©s se tirent assez rapidement jour. Ne sugg√©rait-on pass, d√®s 1952, la r√©surrection du g√©ant Godefroid ? En 1955 le grand feu fut d√©plac√© du 20 mars au 27 f√©vrier, ce qui d√©plut √† certains cafetiers, car cette date √©tait aussi ¬ęIle des grands feux voisins de Saint-Aubin et de Stave. Emxit rc les musiciens locaux se sentaient frustr√©s parce que les organisateurs firent appel √† des musiciens √©trangers. De plus beaucoup de gens eussent pr√©f√©r√© le 6 mars, parce que les salaires et traitements auraient alors √©t√© pay√©s. Aussi n’est-on pas surpris de lire en 1957 que les organisateurs se sont lass√©s devant le peu d’enthousiasme de la population. N’ont-ils pas plut√īt lass√© cet enthousias¬≠me?

A Aisemont, en 1949, le grand feu faillit ne pas avoir lieu, car les chefs de Jeunesse se d√©sist√®rent et ce furent quelques d√©vou√©s qui se charg√®rent de continuer ¬ę une tradition plus que s√©culaire ¬Ľ √† laquelle la population ne voulait pas manquer.

A Berz√©e, m√™me son de cloche : en 1959, le comit√© des f√™tes fut accus√© de favoriser certains commer√ßants au d√©triment de ceux de la rue Froide. Il r√©torqua que ¬ętout a √©t√© fait pour int√©resser la jeunesse √† cette v√©n√©rable tra¬≠dition, mais sans le moindre succ√®s ¬Ľ. Sans le concours des jeunes, le comit√© ne put ¬ę relancer cette f√™te si populaire (autrefois) par des circulaires ou tout autre moyen mis √† sa disposition… en dehors de toute conf√©d√©ration politi¬≠que. ¬Ľ

Au hameau de l’Estroit √† Mettet le grand feu n’eut pas lieu en 1950 √† cause de la ¬ęl√©thargie¬Ľ du groupe ¬ę Les Boh√©miens ¬Ľ, les habituels organisateurs. L√©thargie proba¬≠blement due √† des difficult√©s d’ordre financier, car on sou¬≠ligne qu’au hameau voisin de Devant-les-Bois, les groupes prim√©s refus√®rent de recevoir les prix d√©cern√©s : ¬ę nous les (p.180) f√©licitons de ce geste de compr√©hension si g√©n√©reusement pos√©. ¬Ľ

A Tamines, comme en d’autres endroits, le carnaval tua le grand feu. ¬ę Devant le succ√®s tr√®s relatif de la soir√©e des grands feux (en 1959), les repr√©sentants des divers groupements organisateurs se sont r√©unis pour √©tudier la situation : M. Rondia, secr√©taire du syndicat d’initiative, proposa d’abandonner la soir√©e des grands feux et de voir plus grand, de tenter de mettre sur pied l’organisation d’un carnaval annuel… ¬Ľ Cette initiative, dont le but tou-ristico-commercial est √©vident, re√ßut un subside communal de 50.000 francs.

A Nivelles, en 1904 on inaugura un carnaval le jour du grand feu, lequel ne tarda pas √† acqu√©rir une certaine renomm√©e. Entre le d√©but du XIXe si√®cle, p√©riode o√Ļ de grands b√Ľchers de fagots et de paille s’√©levaient encore dans la ville, dans les rues et sur les places publiques et le d√©but du XXe si√®cle, quand na√ģt ce carnaval, s’installe un long vide, et peu √† peu, les feux ne s’allum√®rent plus qu’aux environs, o√Ļ ils cess√®rent aussi d’√™tre aussi g√©n√©ra¬≠lement pratiqu√©s qu’autrefois. La journ√©e cependant, garda son nom de jour du grand feu.

Selon Jules Vandereuse, ¬ę on peut reporter la dispari¬≠tion du grand feu {d’Yves-Gomez√©e] en tant que coutume r√©guli√®re vers 1890… Parfois [cependant] un groupe se forme encore pour faire revivre cet ancien amusement. Ce sont les derniers spasmes d’une tradition qui a r√©joui nos a√Įeux et qui ne tardera pas √† entrer d√©finitivement dans l’oubli. ¬Ľ

Voici quelques dates d’arr√™t de la coutume avec sa reprise √©ventuelle : √† Courcelles, en 1890 ; √† Senzeilles, en 1913 ; √† Soumoy, en 1920 ; dans chaque cas, pas de re¬≠prise.

A Couvin, cessation en 1909, reprise en 1937 ; à Mariembourg, 1905, reprise éphémère en 1908, et reprise par les enfants vers 1930 ; à Hanzinelle (Donveau), 1914, reprise en 1951 ; au centre de Morialmé, cessation à date inconnue, reprise vers 1956 ; même chose à Florennes ; à Wanfercée-Baulet, 1914, reprise en 1953 ; à Gozée, 1930, (p.181) reprise en 1949 ; à Joncret, 1930, reprise en 1950 ; à Pry, 1934, reprise en 1959 ; à Fraire, 1940, reprise en 1949.

Cette derni√®re interruption est √† peine plus longue que celle qu’imposa la derni√®re guerre √† beaucoup d’autres grands feux. Rares furent ceux qui reprirent en 1946, ou 1947. Citons parmi eux celui de Biercee, √† l’initiative d’un ¬ę groupe de jeunes gens qui veut faire revivre les vieilles traditions de chez nous ¬Ľ.

Une menace qui plane sur le grand feu est la con¬≠currence des salles de danse : en 1937, √† Gerpinnes, beau¬≠coup de ¬ę mascarades ¬Ľ pr√©f√©r√®rent danser dans les caf√©s plut√īt que de participer aux grands feux comme aupara¬≠vant.

En ce village une √©volution int√©ressante eut lieu apr√®s la guerre 1940-1945 ; on reprit d’abord la qu√™te de com¬≠bustible comme avant avec fifres et tambours ; puis on qu√™ta des fonds en 1953, et d√®s l’ann√©e suivante, la qu√™te fut remplac√©e par une sortie costum√©e du comit√© organi¬≠sateur, afin de ¬ę cr√©er l’ambiance grand feu ¬Ľ.

La concurrence des salles de danse n’est pas illusoire; √† Courcelles, vers 1890, le bal masqu√© dans les salons tua le fe√Ľre√Ľ.

 

15.   RENAISSANCE DU GRAND FEU.

 

C’est l’union et le d√©vouement qui sont √† la base de la renaissance du grand feu ‚ÄĒ comme de tout autre mani¬≠festation spectaculaire du folklore.

La technique la plus g√©n√©rale consiste √† s’informer au¬≠pr√®s des anciens √† lancer ensuite une campagne de presse, a trouver enfin les d√©vouements n√©cessaires pour consti¬≠tuer un comit√©.

La cause essentielle de la renaissance du grand feu semble bien √™tre la nostalgie d’un pass√© assez r√©cent ne remontant pas au-del√† d’une g√©n√©ration. Aussi est-ce le grand feu de la g√©n√©ration pr√©c√©dente que l’on reproduit, non sans suppressions, en g√©n√©ral pour des raisons d’ar¬≠gent et parce que la mentalit√© a chang√©, ni sans conces¬≠sions, notamment √† l’imitation des carnavals urbains.

(p.182) La renaissance de la tradition ne va pas sans unt certaine propagande. L’une des plus remarquables √† mes yeux est la r√©p√©tition de 1950 √† 1956 du m√™me article d’un correspondant de Str√©e se terminant par l’espoir que ¬ę les jeunes sentiront se r√©veiller en leur cŇďur le d√©sir dt renouer avec cette belle coutume wallonne ¬Ľ. Je ne sais si ce vŇďu fut exauc√©.

M√™me tactique √† Jamioulx de 1952 √† 1954. Le cor¬≠respondant constate avec des regrets que ¬ę ces coutumes {du mardi gras] ont tendance √† se perdre de plus en plus¬Ľ. Car elles ont fait place √† un bal travesti organis√© par le Club de Jeunesse.

A Goz√©e la reprise de 1949 fut aussi pr√©c√©d√©e d’une campagne de presse, de m√™me que la relance de 1958 Chaque fois, on interrogea les anciens ; on invoqua ¬ę le vŇďu unanime de la population ¬Ľ; on invita les soci√©t√©s √©trang√®res deux ann√©es cons√©cutives par voie de presse i participer √† la cavalcade de ce jour. J’ai √©tudi√© √† part la renaissance du grand feu en cette commune. J’y constate que les 3 jours du carnaval et du grand feu d’autrefois sont comprim√©s en un seul ; que l’on a conserv√© un person¬≠nage typique, le ¬ę courrier ¬Ľ et qu’on a supprim√© d’autres; que la Jeunesse a √©t√© remplac√©e par un Comit√© d’Organisa¬≠tion ; que la cavalcade est du type actuel conformiste, mais que la participation locale est faible ; que les croyances et les obligations sociales s’effacent, bien que l’on continue¬Ľ faire des gaufres ; et que c’est la p√©riode interm√©diaire en¬≠tre le carnaval et le grand feu anciens et l’apr√®s-guerre 1940-45, qui a servi de mod√®le √† la reconstitution du grand feu, et non les souvenirs des tr√®s vieux ou l’√©tude de Jules Vandereuse sur le carnaval de Goz√©e.

A Wanferc√©e, comme √† Goz√©e, le grand feu fut r√©no¬≠v√© sur le mod√®le de ce qu’il √©tait avant 1914, apr√®s avoir interrog√© les anciens. Et une campagne de presse relan√ßa l’id√©e du grand feu en 1953, apr√®s 39 ans d’interruption, Heureusement le comit√© des f√™tes r√©ussit √† s’adjoindre la jeunesse et les commer√ßants, et tous les habitants se mirent √† constituer des groupes de personnes travesties et mas¬≠qu√©es.

(p.183) Il est arriv√© cependant que les recherches s√©rieuses Aient √©t√© mises √† contribution par les comit√©s d√©sireux de ressusciter l’ancienne coutume. C’est ainsi qu’√† Couvin, la renaissance du grand feu en 1937 fut pr√©c√©d√©e en 1936 de i.i rcpublication de l’article de Wallonia dans le quotidien La Province de Namur. Le dimanche de la Quadrag√©sime ni 1937, vers 17 heures 30, un long cort√®ge se rendit au Trieux, o√Ļ s’√©levait une meule surmont√©e de drapelets tri¬≠colores, lesquels rempla√ßaient le drapeau d’autrefois.

Une cinquantaine d’enfants portaient des lanternes v√©nitiennes. Le pr√©sident du Syndicat d’Initiative fit flam¬≠ber le grand feu. Des √©tudiants chant√®rent autour du bra¬≠sier,

t Un argument plus sentimental a √©t√© d√©velopp√© par un correspondant de Lustin au journal La Province de Namur: ¬ę 11 est vrai que l’√©lectrification de nos communes rurales a enlev√© √† cette antique tradition une bonne part de sa (x)√©sie d’antan. Ce n’est pas de nos jours qu’on irait se promener, vers la tomb√©e du soir, jusqu’au bout du plateau de Lovis ou sur les rochers de Fr√™nes pour voir, trouant la nuit opaque, les multiples grands feux qui jalonnaient de lueurs rougeoyantes les collines mosanes vers Bois-Laiterie, Mont-sur-Meuse,- la Sib√©rie, derri√®re Hule, etc… ¬Ľ

A Joncret, la reprise du grand feu en 1950 apr√®s 18 ans d’interruption semble avoir co√Įncid√© avec la r√©organi¬≠sation de la Jeunesse ; elle est en effet due aux Chefs de Jeunesse.

Comme le constate un chroniqueur de Vodec√©e, pour que vive le grand feu, ¬ę il faut la collaboration totale et d√©sint√©ress√©e de toute la population. ¬Ľ

 

 

1.1 L’ ouw√®s’-walon / L’ouest-wallon

√®l fe√Ľre√Ľ : ci qu' √ßa vout d√ģre (signification)

(Samuel Glotz, La signification originelle de notre appellation carnavalesque r√©gionale “√®l Fe√Ľre√Ľ”, in: El Mouchon d’Aunia, 1987)

R.A., Morlanwelz / Et br√Ľlait le grand feu‚Ķ, SudPresse 10/03/2003

 

Les origines du fe√Ľre√Ľ √† Morlanwelz remontent tr√®s loin dans l‚Äôhistoire‚Ķ

Au 18e, certaines villes semblaient encore conna√ģtre la tradition des brandons mobiles. Ces derniers √©taient appel√©s “¬ę¬†escouvillons¬†¬Ľ (du vieux fran√ßais¬†: escouve¬†: balai).

Le jet de ces escouvillons dans les arbres était un rite agraire destiné à tuer la vermine et appeler une récolte fruitière importante et savoureuse.

Ce rite se d√©roulait √† la ¬ę¬†Quadrag√©sime¬†¬Ľ. Ces brrandons enflamm√©s √©taient fabriqu√©s en paille ou en fourrage (feurre en vieux fran√ßais).

Cette tradition du b√Ęton ¬ę¬†fe√Ľre√Ľ¬†¬Ľ a fini par d√©signer la f√™te mais aussi la date o√Ļ elle se d√©roule.

 

In : EM, 1, 1977, p.4-8

Les ¬ę fe√Ľre√Ľs ¬Ľ aux Ecaussinnes

 

Tout d’abord, je tiens √† remercier Armand Couturiaux, n√© en 1904, fils de Louis Tchip√™re, qui m’a cont√© ses souvenirs personnels. Ma dette de reconnaissance va aussi √† Henri Lejeune qui m’a donn√© acc√®s a sa collection de l’hebdomadaire √©caussinnois (disparu) ¬ę La Sennette ¬Ľ, et √† Mme Eva Pouilleau qui m’a pr√™t√© les deux documents photographiques.

 

Alors que dans les communes de la r√©gion du Centre o√Ļ l’on organise un carnaval, on br√Ľle les bosses des gilles le mardi, et entre autres le jour du Fe√Ľre√Ľ, aux Ecaussinnes, on √©rigeait des b√Ľchers, des fe√Ľre√Ľs, alors que ces communes ne connaissaient pas les cort√®ges carnavalesques.

Ce sont les fr√®res Couturiaux, dits Tchip√™re, F√©licien, Louis et Nestor (maintenant d√©c√©d√©s) qui organis√®rent les fe√Ľre√Ľs au lieu-dit Nw√Ęre T√™re, pr√®s du pont Hamaide, √† Ecaussinnes-d’Enghien, jusqu’en f√©vrier 1940.

Le b√Ľcher, d’une hauteur de 10 √† 12 m√®tres, √©tait √©rig√© par les Tchip√™re et des amis avec des fagots provenant de l’√©lagage des haies et des arbres t√™tards, offerts par des habitants du village. Pour activer le feu, des bottes de paille √©taient plac√©es sous le b√Ľcher ; des fus√©es annon√ßaient l’embrasement.

Un mannequin, boulome, marmot, masqu√©, confectionn√© par Nestor Couturiaux, couronnait le fe√Ľre√Ľ.

Pendant que le tout br√Ľlait, un orchestre de 6 musiciens, dirig√© de 1919 √† 1940 par Auguste Biermans, jouait des airs entra√ģnants pendant que les enfants et la jeunesse ex√©cutaient des farandoles autour des flammes. Les

enfants √©taient coiff√©s de chapeaux pointus et autres coiffures extravagantes ; les jeunes gens et quelques adultes √©taient v√™tus d’un sarrau et d’une redin¬≠gote, et coiff√©s, selon l’habit, d’une casquette de soie, d’un chapeau melon ou d’un chapeau buse.

Tout ceci se d√©roulait sans aucun protocole. Il n’y avait pas de comit√© √©tabli ; seuls les fr√®res Tchip√™re √©taient les promoteurs de cette festivit√©. Ajoutons qu’il n’y avait aucun rite particulier au cours du br√Ľlage du fe√Ľre√Ľ.

 

Robert DASCOTTE

 

Les donn√©es ci-dessous sont tir√©es de ¬ę La Sennette ¬Ľ. La date qui suit les notations est celle de l’hebdomadaire.

Le b√Ľcher mesurait 12 m√®tres de haut et l’embrasement fut annonc√© par 6 fus√©es. Mademoiselle Marthe, une gracieuse jeune fille de la r√©gion, a √©t√© d√©sign√©e pour mettre le feu [5 mars 1933).

Il y a un demi si√®cle, les fr√®res Magne (les petits B√Ętisse) √©taient les animateurs du plus grand fe√Ľre√Ľ de la commune, au pont de Belle-T√™te (18 d√©cembre 1934).

Une fois de plus, malgr√© le temps froid, d√®s l’apr√®s-midi, il avait attir√© beaucoup de curieux venant admirer l’√©norme b√Ľcher pr√©par√© autour d’un mat haut de 12 m√®tres et surmont√© du boulome.

Des plaques illustr√©es et des fl√®ches facilitaient l’arriv√©e pr√®s du pont Hamaide, qui √©tait noir de monde, lorsqu’√† 6 h. 30 pr√©cises, le feu √©tait mis au b√Ľcher.

Cet honneur avait √©t√© r√©serv√© √† une gentille demoiselle et au brave Emmanuel Paternotte, toujours alerte, malgr√© ses 84 ans sonn√©s ! Pour la circonstance, notre populaire concitoyen, en casaque √† frac et chapeau buse, √©tait porteur de 17 m√©dailles familiales.!…)

Cette ann√©e, de d√©vou√©s musiciens √©taient au poste et ex√©cut√®rent de joyeux airs entra√ģnants.

Et, autour de ce feu traditionnel, qui n’est au fond qu’une ancienne et inoffensive coutume, des hommes, des femmes, des enfants, des √™tres de toutes les opinions, se c√ītoyaient, causaient, riaient et fraternisaient (…)

Un autre feu avait √©t√© pr√©par√© sur la motte de la carri√®re Rivi√®re, pr√®s de la Ro√Ľdje Marone.

L’ann√©e prochaine, sur la tienne Barette, nous verrons sans doute le feu le plus haut perch√© ! (17 mars 1935).

(p.6) La tradition du feureu qui se perp√©tue, gr√Ęce au d√©vouement des fr√®res Tchip√™re et de quelques animateurs, dignes continuateurs des choses du pass√©, n’a pas perdu la faveur du public (…)

De g√©n√©reux donateurs, des industriels, des fermiers et d’autres parti¬≠culiers se font pourvoyeurs du bois n√©cessaire √† √©riger la majestueuse pyra¬≠mide sur laquelle plastronne maintenant le ¬ę g√©ant ¬Ľ au visage masqu√© derri√®re un carton colori√© a la forte moustache. Le colosse parait d√©fier la foule assembl√©e ; il domine de toute sa hauteur les prairies et la ferme Clarat. Il semble contempler d√©daigneusement, sans se soucier du sort qui l’attend, la toule accourue pour assister au supplice, aux tortures qu’on va faire subir √† ce mastodonte si hautement install√©. Le public ne cesse d’arriver sur les lieux destin√©s au brasier ; les fr√®res Tchip√™re avaient eu soin de placer des indica¬≠teurs dans les rues St-Bernard et Noire-Terre, invitant les amateurs du ¬ę grand feu ¬Ľ.

A 18 heures, un cort√®ge s’engouffre dans l’avenue menant au pont Hamaide, sur lequel passent les trains a destination de Charleroi : ce sont les organisateurs, arm√©s de longues torches et de fourches qui arrivent pr√©c√©d√©s de l’orchestre, au son d’airs de Gilles endiabl√©s.

Les musiciens s’installent dans une hutte dress√©e √† leur intention et jouent des pas-redoubl√©s entra√ģnants dont les √©chos se r√©percutent au loin, tandis que le public afflue toujours. La foule est tr√®s dense (… )

Dimanche, c’√©tait un ancien industriel, ami du folklore qui, bien que n√© en 1849, assistait au traditionnel fe√Ľre√Ľ.

Des r√©flexions spirituelles font rire : ¬ę √ąl mascar√Ęde va avo√Ľ tchaud ¬Ľ ; ¬ę I n’ a n√ģ les p√ģds nickel√®s !¬Ľ ; ¬ę √®s’ moustatche va roussi ! ¬Ľ ; ¬ę √®l manekin s√®ra b√ģ r√Ęde in-infi√©r ¬Ľ ; ¬ę dj√® n’ vo√Ľdro√Ľ n√ģ i√®sse √† s’place ¬Ľ.

L’heure solennelle approche ; apr√®s quelques airs, joyeux, Nestor Tchip√™re ordonne la mise √† feu. C’est le moment de grande curiosit√©. On suit avec int√©r√™t l’avance des flammes, qui, de la base, montrent d√©j√† ce que sera le brasier tout √† l’heure, lorsque le feu aura atteint son point culminant. L’embrasement se poursuit, des flam√®ches, des p√©pites s’√©parpillent, la fum√©e noire apr√®s les flammes vives s’√©lancent vers le ciel. Le bois craque. L’ardeur de ce feu formidable s’active, assaile maintenant le boulome. Ses pieds sont d√©j√† rudement chauff√©s, son pantalon est entam√©, et voici, soudain, qu’un coup de vent avive les flammes qui s’attaquent au fameux g√©ant. Il s’agite, il danse, sursaute sur son pi√©destal. Rong√© par le feu envahissant, il perd une jambe. Ses deux jambes s’effondrent, il se carbonise, devient squelettique ; le mo¬≠ment path√©tique, le d√©nouement est proche. La marmaille est haletante. C’est la fin du grand homme… il vacille… et une explosion subite de rires et de hourras triomphants √©clate. Enfin, il fait, avec ses lambeaux en flammes, la culbute derni√®re dans le brasier ardent qui l’ach√®ve, salu√© par un tonnerre d’applaudissements.

Plus que jamais, le fe√Ľre√Ľ Tchip√™re a obtenu un l√©gitime succ√®s. F√©lici¬≠tons tous ceux qui ont collabor√© √† cette derni√®re survivance du pass√©.

Apr√®s le feureu, les saturnales carnavalesques s’ach√®vent dans les bals masqu√©s anim√©s o√Ļ les jolis costumes des coquettes demoiselles, soucieuses de bien para√ģtre, font √©trangement contraste avec les travestis extravagants. Les cotillons et les serpentins ajout√®rent aux plaisirs et l’entrain ne se ralentit pas jusqu’√† une heure du matin (8 mars 1936).

Dans son num√©ro du 2 f√©vrier 1936 dernier, la ¬ę Gazette de Charleroi ¬Ľ, publie les lignes suivantes :

¬ę Plusieurs lustres se sont √©coul√©s depuis que Godefroid Rousseau, mieux connu sous le sobriquet de Rauy√Ęrd, prit l’initiative d’un grand feu au hameau de Noires-Terres, pr√®s du pont Hamaide. Ce pont portait le nom du fermier qui habitait, en ce temps ¬ę √† l’cinse ¬Ľ du hameau.

Cette coutume du Feureu est rest√©e vivace dans notre localit√©, et chacun a conserv√© le souvenir de ce colosse d’homme qu’√©tait Cote du Rauy√Ęrd. Chaque ann√©e √† pareille √©poque, on s’occupe du grand feu et la tradition (p.7) folklorique n’a pas perdu de son charme. Les survivants du Rauy√Ęrd, et les d√©vou√©s fr√®res Tchip√™re ont voulu perp√©tuer cette l√©gendaire coutume. (1″ mars 1936).

Si vous avez l’occasion de rencontrer M. Nestor Couturiaux, le fameux organisateur du Fe√Ľre√Ľ Tchip√™re, il ne manquera certes pas de vous faire part de ses projets (…)

Une lueur malicieuse dans les yeux, M. Couturiaux nous avise de l’inau¬≠guration prochaine d’une statue (?) Il nous conduit vers une petite butte o√Ļ, effectivement, se dresse une pyramide de pierres : le pi√©destal sans doute. Ces pierres ‚ÄĒ nous dit-il ‚ÄĒ m’ont √©t√© donn√©es gratuitement par M. Van Dijck.

De retour √† sa forge, avec mille pr√©cautions, il ouvre devant nous une caisse myst√©rieuse envoy√©e par un quidam inconnu ! A nos yeux √©bahis, appara√ģt alors une statue d’un jaune or.

‚ÄĒ¬† Donc, bient√īt, dit-il, notre statue sera √©lev√©e sur son pi√©destal.

‚ÄĒ¬† Mais, si votre but est louable d’enrichir votre coin de hameau de Noire-Terre en organisant le fameux Fe√Ľre√Ľ Tchip√™re, votre statue… qui va-t-elle personnifier ? Repr√©sentera-t-elle St-Donat… Simple et Lourd, St-Eloi, le patron des mar√©chaux ‚ÄĒ dont vous √™tes ‚ÄĒ ou bien St-Gr√©goire, patron du jour o√Ļ l’on s√®me les oignons ?

M. Couturiaux se renfrogne quelque peu, puis soudain  :

‚ÄĒ¬† Le jour de l’inauguration, la statue sera baptis√©e et recevra le nom de… Saint-Curieux.

Et ce sera vraiment l√† un nom inspir√© : il n’y a vraiment que les Tchip√™re qui peuvent attirer la foule √† Noire-Terre pour le folklore.

Nos lecteurs seront pr√©venus √† temps de l’inauguration du Saint bienheureux. (12 f√©vrier 1939).

 

Marcel TRICOT

 

Les notations ci-apr√®s sont tir√©es de l’√©tude de R. Pinon, Analyse mor¬≠phologiques des Feux de Car√™me dans la Wallonie occidentale, dans Annuaire XIII 1959-1960 de la Commission Royale Belge de Folklore, 1962, pp. 81-183.

A Ecaussinnes-Lalaing, le b√Ľcher √©tait √©rig√© √† la cour du Marichau (vers 1895) et au hameau de Belle-T√™te (avant 1890) (p. 125).

En 1937 (au fe√Ľre√Ľ Tchip√™re), le mannequin s’appelait Djari de Nw√Ęre Tare et il plastronnait √† 3,50 m√®tres de hauteur (p. 128).

Le grand feu du pont des Hamaides au hameau de Noire Terre était autrefois concurrencé par celui du hameau du Tilleul, organisé par les Quintis, Jules Baligant, Jules Baguet sur la petite colline à Heaugrand (p. 133).

Aux Ecaussinnes, vers 18 h., les organisateurs (les fr√®re Couturiaux, dits Tchip√™re, autrefois Godefroid Rousseau, dit Cote du Rauy√Ęrd, Albert Dubois, dit B√™rt Fourni, Godefroid Evrard, dit Duval, Floribert Delhalle, dit √®l Bleu) arrivent suivis d’un cort√®ge de gens arm√©s de longues torches, de balais de paille et de fourches, et pr√©c√©d√©s d’un orchestre qui joue des airs de Gilles. Les musiciens s’installent dans une hutte dress√©e √† leur intention et jouent des airs de marche et de danse pendant que le public afflue, ainsi que des policiers et des notabilit√©s, notamment certaines de celles qui ont donn√© du combustible, des industriels et des fermiers surtout (p. 133).

Lorsque le feu est allum√© commencent les cris, les chants et les danses. Aux Ecaussinnes comme √† Marche-lez-Ecaussinnes, le cri caract√©ristique est j√ī ! ce cri de joie fort commun chez les archers quand ils ont bien vis√© et atteint la cible (p. 143).

Mais il arrive cependant que le grand feu soit suivi de l√† qu√™te des jours gras. Tel est le cas de Marche-lez-Ecaussinnes, o√Ļ des personnes masqu√©es, l’une d’elles portant une hotte, allaient de porte en porte demander des gaufres (pp. 155-156).

 

Roger PINON

 

Les lignes suivantes sont extraites de mon article Les divisions du temps, l’ann√©e traditionnelle et les ph√©nom√®nes atmosph√©riques dans quelques communes du Centre, dans ¬ę Les Dialectes Belgo-Romans ¬Ľ, t. 22, 1965, pp. 133-182 (pp. 159-160).

Le dimanche suivant le mardi-gras est appel√© √®l Fe√Ľre√Ľ (Bellecourt, Fayt-lez-Manage, La Hestre, Morianwelz, etc.), √®l Fle√Ľr√Ľ (Godarville), √®l Fe√Ľr√Ľ (Marche-lez-Ecaussinnes, Seneffe), ou √®l djo√Ľ dou F. Ce jour-l√†, les feux de joie du premier dimanche de Car√™me, les fe√Ľre√Ľs, les fe√Ľr√Ľs, les fle√Ľr√Ľs, √©taient allum√©s le soir ; √®l c√ģn qui v√®yo√Ľt s√®t’ fe√Ľs avo√Ľt gangn√ģ d√®s waufes ou bien s’mario√Ľt dou courant d’ l’ an√©ye. Faire un feu de joie, f√© in fe√Ľre√Ľ, in fe√Ľr√Ľ, in fle√Ľr√Ľ, et tr√®s rarement (√®)scouvy√ģ. On allumait ces feux pour favori¬≠ser les r√©coltes de fruits, de c√©r√©ales et de l√©gumes ; les jeunes gens dan¬≠saient en rond autour du brasier et sautaient ensuite ensuite au-dessus des flammes afin d’√™tre pr√©serv√© de tous maux. Cette coutume a persist√© jusque vers 1900-1905. Cependant, jusqu’en 1940, on conservait les brindilles, les d√©chets de recoupes de haies, etc., pour br√Ľler ce jour-l√†, et ces feux √©taient appel√©s fe√Ľre√Ľs, fe√Ľr√Ľs, fle√Ľr√Ľs, selon la localit√©. Les enfants faisaient une visite obligatoire √† leurs parents qui les r√©galaient de gaufres : au F., on fso√Ľt s√®pt-e√Ľres Ion z-√®t lardje pou daler ralongui l’v√ģye d’ses parints et on mindjo√Ľt des waufes ; au Laetare, les parents √©taient tenus de rendre la visite √† leurs enfants.

 

Robert DASCOTTE

 

in : GW, 1, 1960, p.115-122

 

(p.118) 2. UNE SURVIVANCE A BARBENÇON [Th. 52]

 

A Senzeilles comme √† Soumoy, on a constat√© une lutte entre les ¬ę jeunes ¬Ľ et les ¬ę mari√©s ¬Ľ.

Le service des enqu√™tes du Mus√©e de la Vie Wallonne, alert√© par M. Arille CARLIER, s’est rendu sur place le dimanche du Quadrag√©sime, jour du Grand Feu, le 6 mars 1960 √† Barben√ßon afin de photographier et de filmer le Grand Feu, mais surtout cet √©pisode.

Les anciens du village ne se souviennent plus gu√®re de leur carnaval d’autrefois. Ils savent qu’il durait 4 jours.

Le dimanche gras, on commençait à se masquer et à circuler dans le village en intriguant.

Le lundi gras, c’√©tait l‚Äô djo√Ľ d√®s bias, le jour des beaux. On se masquait et intriguait.

Le mardi gras, l’djo√Ľ d√®s r’ioquete√Ľses (le jour des nettoyeu-ses), on choisissait les d√©guisements les plus laids possibles, pour se faire donner un verre de goutte, une tasse de caf√©, un morceau de tarte. A la personne qui refusait aux hommes travestis, ceux-ci jetaient des salet√©s dans la maison, g√©n√©ralement un seau de purin, puis ils se sauvaient. S’il y avait une ou plusieurs jeunes filles, on ne la ou les regardait pas au bal le soir.

Certains jouaient la farce des vanneurs : ils venaient vanner de la poussi√®re devant ou dans la maison o√Ļ ils avaient essuy√© un refus.

L’apr√®s-midi √©tait r√©serv√© aux r√®ston√ģs, ou faiseurs de cr√™pes. Ces qu√™teurs allaient de maison en maison en chantant la com¬≠plainte de Saint Pansard (6 bis).

En tant que groupes les r’ioquete√Ľses et les r√®ston√ģs avaient chacun leur chanson particuli√®re, que l’on n’a pu nous chanter.

 

(6 bis) Une √©tude de Jules VANDEREUSE et Roger PINON est en pr√©para tion sur ce sujet. ‚ÄĒ II doit y avoir eu confusion dans les renseignements obtenus sur les r√®ston√ģs. Il est probable que, comme √† Goz√©e, ils devaient repr√©senter des marchands de cr√™pa, non des qu√™teurs √† proprement parler. ¬ę Porteurs d’une po√™le et d’un seau contenant la p√Ęte pr√©par√©e, ils entraient dans les demeures et, s’ap¬≠prochant du feu, se mettaient √† cuire une cr√™pe qu’ils vendaient ensuite aux gens de la maison ¬Ľ. Voir Jules VANDEREUSE : Jean Caton et le Carnaval de Goz√©e dans les Documents et Rapports de la Soci√©t√© Roi/aie Pal√©ontologique et Arch√©ologique de l’Arrondissement Judiciaire de Charleroi, XLVII, 1948-1949, p. 157.

 

(p.119) Avec le produit de leur qu√™te, consistant en lard, Ňďufs, farine et en argent, les d√®ston√ģs, devenant des pans√Ęrds, faisaient au caf√© o√Ļ l’on s’amusait le mieux, des cr√™pes ou restons, ou bien une im¬≠mense omelette de 30 Ňďufs et 10 tranches de lard au moins, qu’ils se partageaient. Ils n’√©taient, en r√®gle g√©n√©rale, que quelques-uns √† participer √† cette qu√™te et √† ce repas.

Le soir il y avait bal travesti.

Le dimanche du Grand Feu, un comit√© de Jeunesse, l’ djon.n√®sse, (…), va qu√™ter le combustible avec un char tra√ģn√© de nos jours par un tracteur. La formule rituelle de demande est : ¬ę Ti n’as n√©n ‘ne our√®te ? ¬Ľ (Tu n’as pas un fagot ?).

Un char a d√®s la veille √©t√© conduit, √† l’endroit o√Ļ traditionnelle¬≠ment s’allumera le Grand Feu : il est charg√© de combustible obte¬≠nu sans qu√™te.

Quand l’autre char est rempli, on le gare sur une petite place en face de la chapelle de Saint Joseph, sur le chemin de Vergnies. Un mannequin, appel√© officiellement Bonhomme Carnaval et en langue wallonne √®l Bolome, d’une taille respectable, est plant√© sur le char. Il est rev√™tu d’un ¬ę bleu ¬Ľ d’atelier usag√©, ou de toute autre d√©froque, et d’un chapeau. On fixe une longue cha√ģne qui servira de timon, √† laquelle se fixent des bois qu’empoigneront les jeunes pour tra√ģner le char.

L’apr√®s-midi le comit√© des jeunes s’en allait autrefois, accom¬≠pagn√© d’une harmonie, chercher les jeunes filles chez elles ; en 1960 l’orchestre-musette ne convenant pas, la cueillette des filles se fit sans musique, mais avec jet de p√©tards. Plusieurs d’entre elles avaient d’ailleurs rejoint spontan√©ment le caf√© o√Ļ se ferait le bal travesti du soir et que la Jeunesse avait √©lu comme local.

Les jeunes sont enfin attel√©s au char, √† une longue cha√ģne de 10-12 m. ; ce sont l√©s sake√Ľs, les tireurs. Les vieux, qui entravent le char avec des grosses pierres, des souches d’arbres, et qui s’a¬≠grippent au char, sont appel√©s les asloke√Ľs. Au frein, un homme, d’ailleurs mari√©, dont l’office est r√©serv√© √† sa famille. Les jeunes ont en mains de gros b√Ętons avec lesquels ils √©cartent les obstacles. La musique suit et soutient l’ardeur de tous.

Les deux groupes s’arr√™tent √† chaque caf√© ; l’orchestre y joue des airs √† danser (on pouvait reconna√ģtre plusieurs airs de gilles, et des airs √† la mode d’hier et d’aujourd’hui), et tout le monde (p.120) danse. Mais non sans se surveiller mutuellement, car les asloke√Ļs s’arrangent pour profiter que les jeunes sont trop au plaisir ou trop √©m√©ch√©s, pour faire reculer le char ou le renverser. De leur c√īt√©, les jeunes font avancer leur char ou le remettent en place, si l’occasion favorable se pr√©sente. Sur l’ordre du chef de jeunesse, apr√®s quelque temps de danse, tout le monde quitte et la lutte ardente recommence.

Arriv√©s enfin √† un point convenu, ‚ÄĒ aujourd’hui devant l’H√ītel du Lac ‚ÄĒ vers 6 heures, non sans l’intervention cocasse des masques qui intriguent, le char est conduit directement au lieu du Grand Feu, √† la route de Clermont, sur une √©minence.

Celui-ci est allum√© le soir vers 20 ou 21 heures par le dernier mari√©. On y danse en rondeau, dit final, tout autour, puis les sept. sauts, la c√©l√®bre danse de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Et tout le monde se rend ensuite au ¬ę grand bal masqu√©, par√© et travesti * qu’organis√© la Jeunesse, et dont on souligne que l’entr√©e est gra¬≠tuite.

En 1958 et en 1959, le Grand Feu n’a pas eu lieu. La tradition ‚ÄĒ mais est-ce celle des villageois ou celle des journalistes ? ‚ÄĒ fait remonter le Grand Feu √† l’√©poque de Charles-Quint ! (64).

Espérons que sa renaissance en 1960 ne sera pas éphémère.

Cette minutieuse description de la lutte des jeunes et des mari√©s permet d’imaginer ce que f√Ľt cet √©pisode √† Soumoy et com¬≠pl√®te l’image qu’en donne Jules Vandereuse pour Senzeilles.

 

(64)  Le Journal de Charleroi du  1711-1948.

 

in: NG, 13/03/1992

 

A Sivry, la danse dès 7 sauts (au grand feu).

 

in : GW, 1, 1960, p.115-122   LE CARNAVAL DE SOUMOY

 

Dans un article bien document√© sur le carnaval de Senzeilles [Ph. 46], Jules Vandereuse a fait revivre quelques usages curieux de l’Entre-Sambre-et-Meuse (1).

Il avait aussi réuni une intéressante moisson de notes sur un village voisin, Soumoy [Ph. 38] que je vais tenter de rassem­bler.

 

LE MARDI GRAS

 

Le matin, vers 9 heures, un tambour battait le rappel des membres du cort√®ge traditionnel, sous la commande d’un tambour-major b√©n√©vole. Tous se rendaient au lieu de r√©union habituel de la Jeunesse. Venaient traditionnellement dans l’ordre : un ¬ę por¬≠teur de hotte ¬Ľ et un ¬ę porteur de panier ¬Ľ choisis tous deux parmi les tout-jeunes gens ; le ¬ę tambour-major ¬Ľ, un ancien ; le ¬ę cais¬≠sier ¬Ľ, qui d√©signait un ¬ę cubeur de fumier; le ¬ę commandant¬Ľ ; quatre ¬ę bourreaux ¬Ľ (2).

La troupe portait pantalons blancs, les ¬ę bourreaux ¬Ľ, en ou¬≠tre, avaient un sarrau bleu ou une veste sombre, sur la t√™te une barrette ros√© ; ils √©taient arm√©s d’un sabre de bois et porteurs d’une corde.¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Le cort√®ge faisait le tour du village, visitait chaque maison selon un ordre immuable. Chaque maison √©tait ¬ętax√©e ¬Ľ d’office selon le nombre de fen√™tres, de si√®ges, etc… ; tous les pr√©textes √©taient bons pour percevoir quelques sous. C’√©tait notamment la raison du ¬ę cubeur de fumier ¬Ľ, qui percevait 4 √† 5 sous par fumier rencontr√©, somme pay√©e au caissier.

En dehors de ces ¬ę taxes ¬Ľ, chaque famille d√©posait dans la hotte ou le panier du jambon, du lard, des Ňďufs, voire de l’argent en vue d’acheter des comestibles.

 

(1) Curieuses coutumes carnavalesques √† Senzeilles. ¬ę La Vie Wallonne ¬Ľ (‘Li√®ge) XXX, 1956, 274, pp. 117-125.

(2) Tous ces personnages se retrouvent, parmi d’autres, √† Senzeilles, sauf les porteurs. ‚ÄĒ Voir p. 118.

 

(p.116) Si dans une maison il y avait une jeune fille, on l’invitait a montrer les genoux ; si elle refusait ‚ÄĒ- et c’√©tait la r√®gle ! ‚ÄĒ elle √©tait mise √† l’amende pour 3 ou 4 sous.

Si en cours de tourn√©e on rencontrait un √©tranger √† la commu¬≠ne, on l’arr√™tait, il √©tait mis √† l’amende d’un ¬ę pot ¬Ľ de 2 litres de bi√®re, d’une valeur de 40 centimes or. En cas de refus d’obtem¬≠p√©rer il √©tait pendu par les pieds √† un arbre ou √† la clenche d’une porte (3).

Quant on avait atteint un caf√©, on s’y arr√™tait. Le cabaretier √©tait tenu d’offrir √† boire, sa ¬ę taxe ¬Ľ consistait en ¬ę pots ¬Ľ, et d’ailleurs de surplus en argent aussi.

De temps en temps, les porteurs de hotte et de panier repor¬≠taient les vivres re√ßus au caf√© o√Ļ devait avoir lieu le souper com¬≠mun le soir. Le choix du caf√© changeait chaque ann√©e.

Apr√®s le souper, on ¬ę passait ¬Ľ les places aux ench√®res pour le Grand Feu. Venait d’abord la place de ¬ę Monseigneur ¬Ľ laquel¬≠le valait 3 √† 4 francs-or. Puis, c’√©tait au tour des autres sans or¬≠dre pr√©alable. Souvent les places de ¬ę bourreaux ¬ę montaient √† fi ou 7 francs parce que le jour du Grand Feu, ceux-ci gardaient la moiti√© de l’argent per√ßu, ainsi qu’il sera dit plus loin. Une place de ¬ę commandant ¬Ľ, lequel √©tait √† cheval, ¬ę valait ¬Ľ de 10 √† 12 francs.

Les ¬ę places ¬Ľ du mardi gras n’√©taient pas mises aux ench√®¬≠res ; on s’arrangeait au d√©part, √† l’amiable. Le plus souvent, on reconduisait les ¬ę places ¬Ľ du Grand Feu de l’ann√©e pr√©c√©dente.

 

LE GRAND FEU

 

Le matin du jour du Grand Feu, les ¬ę bourreaux ¬Ľ ramassaient des fagots, et ¬ę taxaient ¬Ľ en argent, les gens du village, et m√™me les √©trangers, sous les pr√©textes les plus futiles.

Le char des bourreaux plein de bois, on le ramenait pr√®s de l’√©glise. La musique ‚ÄĒ 4 instrumentistes et 1 tambour ‚ÄĒ arrivait apr√®s la rnesse, et elle improvisait un petit bal, au cours duquel le ¬ę juge ¬Ľ imposait des ¬ę taxes ¬Ľ au gr√© de sa fantaisie, de sa lostriye.

Apr√®s le d√ģner, la musique, accompagn√©e du ¬ę tambour-ma¬≠jor ¬Ľ et des ¬ę bourreaux ¬Ľ, allait chercher le ¬ę Monseigneur ¬Ľ, qu’el¬≠le r√©galait d’une aubade ‚ÄĒ contre r√©ception au caf√©, √† la tarte et √† la ¬ę goutte ¬Ľ. La troupe, qui avait grossi, entretemps, allait chercher le ¬ę commandant ¬Ľ, o√Ļ le m√™me c√©r√©monial se r√©p√©tait.

Puis on faisait un tour du village pour ¬ę ramasser ¬Ľ ceux

 

(2) Op√©ration analogue √† l’√©gard des mari√©s √† Senzeilles. ‚ÄĒ Voir page¬† 120.

 

(p.117) qui n’√©taient pas aux v√™pres, et le cort√®ge se rendait √† la sortie de l’√©glise pour cueillir les mari√©s.

Le char de combustible √©tait alors tir√© par la Jeunesse, pr√©¬≠c√©d√© d’un cort√®ge dans un ordre protocolaire : a Monseigneur ¬Ľ, en haut-de-forme garni ; le ¬ę commandant ¬Ľ, en costume d’officier des ¬ę marcheurs ¬Ľ ; le ¬ę tambour-major ¬Ľ ; les musiciens et le tambour ; l’avocat, porteur de lunettes ; le ¬ę greffier ¬Ľ en toque ; le ¬ę juge ¬Ľ en habit de c√©r√©monie ;

¬ę La Violette ¬Ľ, la poitrine barr√©e d’un ruban en bandouli√®re, un fouet √† la main, qui se d√©tachait de la troupe pour courir comman¬≠der¬†¬† les¬†¬† ¬ę pots ¬Ľ,¬†¬† et¬†¬† ramener les retardataires du dernier caf√© avant la mise √† feu du b√Ľcher ; les suiveurs ; les 4 ¬ę bourreaux ¬Ľ.

Quant au ¬ę commandant ¬Ľ, il patrouillait le long de la troupe sur un cheval orn√© (4).

Le r√īle du ¬ę juge ¬Ľ est de condamner et celui de l’avocat de d√©fendre la personne en ¬ę contravention ¬Ľ sous quelque pr√©texte futile. Le ¬ę greffier ¬Ľ notait l’amende, invariablement fix√©e √† 1 ¬ę pot ¬Ľ (5).

Les mari√©s essayaient de renverser le char, les ¬ę bourreaux ¬Ľ s’y opposaient, tandis que les jeunes tiraient. En cas de r√©ussite les mari√©s avaient droit √† 1 ¬ę pot ¬Ľ (6).

A un endroit, on attelait des chevaux pour la montée sur les trieux. Quelques dévoués arrangeaient les fagots en tas pendant que la tournée des cafés se continuait.

Vers 17 h. 30, le dernier mari√© mettait le feu au b√Ľcher, pen¬≠dant que la troupe √©tait au dernier caf√©. Alors elle arrivait au son de la musique, et tout le monde dansait en rond jusqu’√† l’extinction du feu. Sur ordre du ¬ę chef-bourreau ¬Ľ, on devait traverser les flammes.

Le carnaval de Soumoy vécut sa dernière sortie en 1920.

(4) Que l’on compare cette liste √† celle de Senzeillcs. Celle-ci donne l’impression d’√™tre¬† compos√©e¬† pour¬† moiti√©¬†¬† d’une¬†¬† troupe¬†¬† tr√®s¬†¬† sembable¬†¬† √†¬†¬† celle¬†¬† de¬†¬† Soumoy,¬†¬† et¬†¬† de ¬ęmarcheurs¬Ľ. En v√©rit√© le carnaval de Soumoy para√ģt plus archa√Įque et plus pur. sauf qu’il semble avoir perdu ies ¬ę lois ¬Ľ.¬† Il n’y a pas de ¬ę lois ¬Ľ¬† non plus √† Cerfontaine, mais la lecture d’une pasquille. Pour le reste,¬† carnaval analogue √† celui¬† de Soumoy et de Senzeilles. Les ¬ęhommes mari√©s¬Ľ disputent √†¬† la Jeunesse¬† un bonhomme Mardi-Gras. ‚ÄĒ Voir Jules LEMOINE dans Le Guetteur Wallon, VI,¬†¬† 1929,¬† 8-9, pp.¬†¬† 148-150

(5) R√īle apparemment plus naturel de cette¬†¬† ¬ę¬†¬† cour¬†¬† de¬†¬† justice¬†¬† ¬Ľ¬†¬†¬† (l’expres¬≠sion est de l’auteur)¬† √† Senzeilles. ‚ÄĒ Voir pp. 120-121.

(6) Sc√©narios analogues √† Senzeilles.¬† ‚ÄĒ Voir p.121.

 

in¬†: L‚ÄôAcad√®m√ģye d√®s foyans d‚Äô C√®rfont√®ne, f√©vr. 2000, p.21-24

 

(p.21) Le Carnaval de Cerfontaine (3) causerie faite par Arthur BALLE, en 1939, aux Amis de nos Dialectes. ¬† … le Mardi-Gras… ‚Ķ l‚Äôarrestation de M√Ęrdi-Gras ‚Ķ ¬† Ce jour-l√†, chacun d√ģnait chez soi et, √† 14 heures, toute la “Cour” , r√©unie dans un cabaret naturellement, allait ensuite proc√©der √† l’arrestation de “Mardi-Gras” chez “C√Ęrl√ģ”, la derni√®re maison du village, vers Senzeilles. C’√©tait un cabaret aussi, √©videmment… C√Ęrl√ģ avait fabriqu√© le mannequin ( dont co√Ľt 5 francs pour la “Cour”… soit environ 500 Fr de nos jours…) et l’avait affubl√© d’un vieil habit et d’un pantalon blanc. Les ” bo√Ľrias ” s’en emparaient, lui t√©moignant leur ironique tendresse avec une effusion exalt√©e par tous les pots de bi√®re de la journ√©e, puis le chargeaient sur leurs √©paules. Et le cort√®ge traversait tout le village pour exposer le prisonnier aux yeux de la population. Arriv√©s au dernier cabaret du village, vers Froidchapelle, on faisait demi-tour. Il s’agissait alors de mener “Mardi-Gras” sur la place du Carcan pour r√©gler son compte en le tra√ģnant dans la boue tout le long du trajet, une corde √† chaque membre et un “bo√Ľria” √† chaque corde. Mais le mis√©rable avait des partisans d√©cid√©s, les hommes mari√©s, qui cherchaient √† s’en emparer, moins par int√©r√™t pour lui que pour la ran√ßon qu’ils escomptaient en tirer. Et ainsi, jusqu’au lieu du supplice, “Mardi-Gras” √©tait ravi par eux autant de fois qu’il fallait pour √©tancher leur soif aux d√©pens de la “Cour”. Tout cela faisait √©videmment les affaires des nombreux cabaretiers int√©ress√©s… Du reste, tout : drapeau, canne du “tambo√Ľr-manjor”, chapeau du “s√®gne√Ľr” m√™me, √©tait bon √† prendre par les mari√©s, du moment qu’ils pouvaient en tirer ran√ßon. Ces tribulations n’emp√™chaient pas “Mardi-Gras” (…ou ce qu’il en restait apr√®s ces luttes hom√©riques…) d’√™tre amen√© devant le Juge. ¬† (p.22)¬† ‚Ķ le proc√®s de M√Ęrdi-gras ‚Ķ ¬† L’Avocat assumait la d√©fense.¬† Quand les deux comp√®res avaient de l’esprit¬† -ce qui arrivait -, la sc√®ne ne manquait pas de saveur. Mais le jugement √©tait fatal : √† 4 heures, “Mardi-Gras” devait √™tre fusill√© ! Et c’est sur un coup de fusil tir√© par un “gard√®-tchaur” que s’achevait la destin√©e du prisonnier dont les restes √©taient abandonn√©s sur la voie publique. C√Ęrl√ģ, d’ailleurs, avait soin d’en recueillir les d√©bris pour les faire servir l’ann√©e suivante. Dame ! pour 5 francs !… Et cet acte de haute-justice consomm√©, la jeunesse allait f√™ter l’√©v√©nement en dansant sur la Grand’Place : c’√©tait le bal de “Mardi-Gras” qui durait jusqu’√† l’heure du souper. Apr√®s celui-ci, la “Cour” allait chercher “√®l s√®gne√Ľr” comme la veille pour le conduire c√©r√©monieusement au bal du soir. On ne dansait peut-√™tre pas souvent autrefois,…mais quand on s’y mettait …. ¬† Le dimanche suivant le Carnaval.. ¬† ‚Ķ la f√™te du ¬ę¬†Grand Feu¬†¬Ľ ‚Ķ ¬† La f√™te du “Grand Feu” √©tait un feu de joie qui devait sa couleur locale √† l’intervention du “s√®gne√Ľr” et de la “Cour”. Ceux-ci rev√™taient pour cette journ√©e les m√™mes uniformes que le jour du Mardi-Gras. Apr√®s la messe-basse, les officiers prenaient possession d’un chariot pr√™t√© par un brasseur (il devait bien √ßa √† la jeunesse…). Instruits par l’exp√©rience, ils consolidaient le v√©hicule en pr√©vision de ce qui l’attendait. Pendant ce temps, les “bo√Ľrias” et leur commandant allaient d√©jeuner chez le boucher dans les m√™mes conditions que les autres jours. Ainsi, on finit par comprendre comment il se trouvait des titulaires pour ces fonctions peu rago√Ľtantes qui faisaient d’eux les “b√™tes noires” des √©trangers et ilotes du Carnaval. Vers 9 heures, officiers et “bo√Ľrias” tra√ģnaient le chariot par les rues du village en qu√™tant un fagot dans chaque maison. Dans les derni√®res ann√©es, il fallut se r√©soudre √† employer la traction chevaline. Lorsque le chargement √©tait suffisant, on le conduisait √† la “ruw√™le Narcisse”, au bout du quartier de “d’ia l’E√Ľwe” o√Ļ il √©tait gar√© jusque 16 heures et confi√© √† la garde alternative de deux “bo√Ľrias”. ¬† (p.23) Jusque 16 heures, le chariot est gar√© dans la “ruw√™le Narcisse”, “a d‚Äôla l’E√Ľwe”… ¬† ‚Ķ les avatars du chariot de bois ‚Ķ ¬† C’√©tait le moment choisi par les mari√©s pour exercer leur mal√©fice : avec des ruses de sioux, ils s’effor√ßaient de s’emparer d’une pi√®ce essentielle du chariot (une roue, par exemple) et ne la restituaient que contre ample boisson ! Bien entendu, la “Co√Ľr” ne ch√īmait pas entre-temps : il y avait plus de cent cabarets, je l’ai dit ! Et puis, on attendait toujours l’arriv√©e d’√©trangers avec les deux trains de midi, et comme une grosse br√®che avait √©t√© faite dans la “caisse”, l’occasion de la r√©parer √©tait trop belle pour ne pas la saisir par tous ses cheveux. ¬† ‚Ķ le cort√®ge du Grand Feu ‚Ķ ¬† Apr√®s les trains et le temps n√©cessaire au d√ģner, le cort√®ge se reformait et venait, dans un cabaret en face de l’√©glise, attendre la sortie des V√™pres. Puis il s’√©branlait, faisant trois tours de ronde autour de la place du Jeu de Balle et montait “a dla l’E√Ľwe” rejoindre le chariot. Et comme il convenait de m√©nager ses forces, on se reposait souvent en buvant des pots. Pendant que les “gard√®s-tchaurs” s’assuraient de l’int√©grit√© du v√©hicule, chacun “aient quai s’ coum√©re”, car c’√©tait la jeunesse – attel√©e par couples au timon du chariot – qui allait conduire le chargement sur les hauteurs du “Tr√ģ d√®l Trinit√©” o√Ļ devait s’allumer le “Grand Feu”. Entre-temps, la “Viol√®te” (ou “Grand H√©raut”) avait pr√©par√© pour le “s√®gne√Ľr” et sa fianc√©e qui prenaient la t√™te de l’attelage, des b√Ętons garnis de rubans bleus √† passer dans la cha√ģne de traction. Les couples form√©s allaient alors chercher le couple seigneurial et tous, les isol√©s exclus, s’attelaient en fl√®che au v√©hicule qui d√©marrait en grand tumulte, escort√© par les “gard√®s-tchaurs” et charg√© de son bois et des ” bo√Ľrias ” par dessus. ¬† ‚Ķ les risques du aprcours jusqu‚Äôau Ti√®ne d√®l Trinit√® ‚Ķ ¬† Les mari√©s, dont la soif √©tait inextinguible… et la malveillance sans bornes…, s’attaquaient au chariot, l’arr√™taient et le renversaient ais√©ment, les gardiens n’opposant qu’une molle r√©sistance. Occasion nouvelle de boire cinq pots moyennant quoi ils aident les ” bo√Ľrias ” √† remettre les “bidons” √† leur place. Cela n’allait pas sans certaines combines par lesquelles on renversait le bois en face de tel cabaret plut√īt que devant tel autre, et cela pour des raisons que dictaient la sympathie, la rancune et l’int√©r√™t. ¬† ‚Ķ les avatars du ‚Äėp√īrte√Ľ d‚Äô √®strin¬†¬Ľ ‚Ķ ¬† Le dernier mari√© de l’ann√©e : “√®l p√īrte√Ľ d’estrin”, suivait le cort√®ge froidement. Il r√©servait son feu parce que c’√©tait lui qui √©tait charg√© d’allumer le Grand…, celui de tout √† l’heure.. On lui allouait cinq francs (aujourd’hui, pas loin de 500) pour la peine, √† condition de fournir et de porter la pr√©cieuse botte de paille n√©cessaire. Mais il ne profitait gu√®re de ses cent sous ! Comme la propension g√©n√©rale √©tait de boire sur le compte d’autrui, “√®l p√īrte√Ľ d’estrin” avait √† ses chausses des parasites alt√©r√©s qui, lorsqu’il refusait de les abreuver, allaient parfois jusqu’√† mettre le feu √† la paille. La jurisprudence √©tablie ne permettait pas √† la “Cour” de le d√©dommager de cette combustion intempestive. Pass√© la Place du jeu de Balle, pour monter au “d’bout dla w√īt”, c’√©taient des chevaux qui tiraient l’attelage jusqu’au “Tr√ģ d√®l Trinit√©” au milieu duquel les mari√©s renversaient pour la derni√®re fois le chargement et o√Ļ le “p√īrte√Ľ d’estrin” remplissait son r√īle essentiel.

 

‚Ķ apr√®s la mise √† feu ‚Ķ ¬† Le feu allum√©, les “gard√®s-tchaurs” √©voluaient tout autour. Parfois m√™me, un √©cervel√© lan√ßait sa monture √† travers. A la clart√© de la flamb√©e, les couples dansaient, puis le protocole leur laissait le temps de rentrer pour souper par les chemins que chacun choisissait √† sa convenance.

 

‚Ķ la ronde finale¬†: les ¬ę¬†sept sauts¬†¬Ľ ‚Ķ ¬† Ainsi, on pouvait √† 22 heures se trouver devant la maison d’ “√®l coum√©re du s√®gne√Ľr” et s’en aller en grand cort√®ge au dernier bal du carnaval sur la place publique. Apr√®s un programme dont l’√©tendue d√©pendait de la r√©sistance du joueur de clarinette, ce bal se terminait par les”sept sauts”, ronde finale bien connue dans toute la r√©gion. Parfois, malgr√© les innombrables pintes (les bons buveurs allaient jusqu’√† 80 par jour…!) dont la “Cour” se gorgeait au long de ces trois jours de f√™te, il restait encore de l’argent dans le sac du “boursier”. L’aubaine donnait un motif valable pou “f√© l‚Äô lundi” et s’habiller un jour de plus aux frais du fripier. (√† suivre…)

 

in¬†: L‚ÄôAcad√®m√ģye d√®s foyans d‚Äô C√®rfont√®ne, f√©vr. 2000, p.21-24

 

(p.21) Le Carnaval de Cerfontaine (3)

causerie faite par Arthur BALLE, en 1939, aux Amis de nos Dialectes.

 

… le Mardi-Gras…

‚Ķ l‚Äôarrestation de M√Ęrdi-Gras ‚Ķ

 

Ce jour-l√†, chacun d√ģnait chez soi et, √† 14 heures, toute la “Cour” , r√©unie dans un cabaret naturellement, allait ensuite proc√©der √† l’arrestation de “Mardi-Gras” chez “C√Ęrl√ģ”, la derni√®re maison du village, vers Senzeilles. C’√©tait un cabaret aussi, √©videmment…

C√Ęrl√ģ avait fabriqu√© le mannequin ( dont co√Ľt 5 francs pour la “Cour”… soit environ 500 Fr de nos jours…) et l’avait affubl√© d’un vieil habit et d’un pantalon blanc. Les ” bo√Ľrias ” s’en emparaient, lui t√©moignant leur ironique tendresse avec une effusion exalt√©e par tous les pots de bi√®re de la journ√©e, puis le chargeaient sur leurs √©paules.

Et le cort√®ge traversait tout le village pour exposer le prisonnier aux yeux de la population. Arriv√©s au dernier cabaret du village, vers Froidchapelle, on faisait demi-tour. Il s’agissait alors de mener “Mardi-Gras” sur la place du Carcan pour r√©gler son compte en le tra√ģnant dans la boue tout le long du trajet, une corde √† chaque membre et un “bo√Ľria” √† chaque corde.

Mais le mis√©rable avait des partisans d√©cid√©s, les hommes mari√©s, qui cherchaient √† s’en emparer, moins par int√©r√™t pour lui que pour la ran√ßon qu’ils escomptaient en tirer. Et ainsi, jusqu’au lieu du supplice, “Mardi-Gras” √©tait ravi par eux autant de fois qu’il fallait pour √©tancher leur soif aux d√©pens de la “Cour”. Tout cela faisait √©videmment les affaires des nombreux cabaretiers int√©ress√©s… Du reste, tout : drapeau, canne du “tambo√Ľr-manjor”, chapeau du “s√®gne√Ľr” m√™me, √©tait bon √† prendre par les mari√©s, du moment qu’ils pouvaient en tirer ran√ßon.

Ces tribulations n’emp√™chaient pas “Mardi-Gras” (…ou ce qu’il en restait apr√®s ces luttes hom√©riques…) d’√™tre amen√© devant le Juge.

 

(p.22)¬† ‚Ķ le proc√®s de M√Ęrdi-gras ‚Ķ

 

L’Avocat assumait la d√©fense.¬† Quand les deux comp√®res avaient de l’esprit¬† -ce qui arrivait -, la sc√®ne ne manquait pas de saveur. Mais le jugement √©tait fatal : √† 4 heures, “Mardi-Gras” devait √™tre fusill√© !

Et c’est sur un coup de fusil tir√© par un “gard√®-tchaur” que s’achevait la destin√©e du prisonnier dont les restes √©taient abandonn√©s sur la voie publique. C√Ęrl√ģ, d’ailleurs, avait soin d’en recueillir les d√©bris pour les faire servir l’ann√©e suivante. Dame ! pour 5 francs !…

Et cet acte de haute-justice consomm√©, la jeunesse allait f√™ter l’√©v√©nement en dansant sur la Grand’Place : c’√©tait le bal de “Mardi-Gras” qui durait jusqu’√† l’heure du souper. Apr√®s celui-ci, la “Cour” allait chercher “√®l s√®gne√Ľr” comme la veille pour le conduire c√©r√©monieusement au bal du soir. On ne dansait peut-√™tre pas souvent autrefois,…mais quand on s’y mettait ….

 

Le dimanche suivant le Carnaval..

 

‚Ķ la f√™te du ¬ę¬†Grand Feu¬†¬Ľ ‚Ķ

 

La f√™te du “Grand Feu” √©tait un feu de joie qui devait sa couleur locale √† l’intervention du “s√®gne√Ľr” et de la “Cour”.

Ceux-ci rev√™taient pour cette journ√©e les m√™mes uniformes que le jour du Mardi-Gras. Apr√®s la messe-basse, les officiers prenaient possession d’un chariot pr√™t√© par un brasseur (il devait bien √ßa √† la jeunesse…). Instruits par l’exp√©rience, ils consolidaient le v√©hicule en pr√©vision de ce qui l’attendait. Pendant ce temps, les “bo√Ľrias” et leur commandant allaient d√©jeuner chez le boucher dans les m√™mes conditions que les autres jours. Ainsi, on finit par comprendre comment il se trouvait des titulaires pour ces fonctions peu rago√Ľtantes qui faisaient d’eux les “b√™tes noires” des √©trangers et ilotes du Carnaval.

Vers 9 heures, officiers et “bo√Ľrias” tra√ģnaient le chariot par les rues du village en qu√™tant un fagot dans chaque maison. Dans les derni√®res ann√©es, il fallut se r√©soudre √† employer la traction chevaline. Lorsque le chargement √©tait suffisant, on le conduisait √† la “ruw√™le Narcisse”, au bout du quartier de “d’ia l’E√Ľwe” o√Ļ il √©tait gar√© jusque 16 heures et confi√© √† la garde alternative de deux “bo√Ľrias”.

 

(p.23)

Jusque 16 heures, le chariot est gar√© dans la “ruw√™le Narcisse”, “a d‚Äôla l’E√Ľwe”…

 

… les avatars du chariot de bois …

 

C’√©tait le moment choisi par les mari√©s pour exercer leur mal√©fice : avec des ruses de sioux, ils s’effor√ßaient de s’emparer d’une pi√®ce essentielle du chariot (une roue, par exemple) et ne la restituaient que contre ample boisson !

Bien entendu, la “Co√Ľr” ne ch√īmait pas entre-temps : il y avait plus de cent cabarets, je l’ai dit ! Et puis, on attendait toujours l’arriv√©e d’√©trangers avec les deux trains de midi, et comme une grosse br√®che avait √©t√© faite dans la “caisse”, l’occasion de la r√©parer √©tait trop belle pour ne pas la saisir par tous ses cheveux.

 

… le cortège du Grand Feu …

 

Apr√®s les trains et le temps n√©cessaire au d√ģner, le cort√®ge se reformait et venait, dans un cabaret en face de l’√©glise, attendre la sortie des V√™pres. Puis il s’√©branlait, faisant trois tours de ronde autour de la place du Jeu de Balle et montait “a dla l’E√Ľwe” rejoindre le chariot. Et comme il convenait de m√©nager ses forces, on se reposait souvent en buvant des pots.

Pendant que les “gard√®s-tchaurs” s’assuraient de l’int√©grit√© du v√©hicule, chacun “aient quai s’ coum√©re”, car c’√©tait la jeunesse – attel√©e par couples au timon du chariot – qui allait conduire le chargement sur les hauteurs du “Tr√ģ d√®l Trinit√©” o√Ļ devait s’allumer le “Grand Feu”. Entre-temps, la “Viol√®te” (ou “Grand H√©raut”) avait pr√©par√© pour le “s√®gne√Ľr” et sa fianc√©e qui prenaient la t√™te de l’attelage, des b√Ętons garnis de rubans bleus √† passer dans la cha√ģne de traction.

Les couples form√©s allaient alors chercher le couple seigneurial et tous, les isol√©s exclus, s’attelaient en fl√®che au v√©hicule qui d√©marrait en grand tumulte, escort√© par les “gard√®s-tchaurs” et charg√© de son bois et des ” bo√Ľrias ” par dessus.

 

… les risques du aprcours jusqu’au Tiène dèl Trinitè …

 

Les mari√©s, dont la soif √©tait inextinguible… et la malveillance sans bornes…, s’attaquaient au chariot, l’arr√™taient et le renversaient ais√©ment, les gardiens n’opposant qu’une molle r√©sistance. Occasion nouvelle de boire cinq pots moyennant quoi ils aident les ” bo√Ľrias ” √† remettre les “bidons” √† leur place. Cela n’allait pas sans certaines combines par lesquelles on renversait le bois en face de tel cabaret plut√īt que devant tel autre, et cela pour des raisons que dictaient la sympathie, la rancune et l’int√©r√™t.

 

‚Ķ les avatars du ‚Äėp√īrte√Ľ d‚Äô √®strin¬†¬Ľ ‚Ķ

 

Le dernier mari√© de l’ann√©e : “√®l p√īrte√Ľ d’estrin”, suivait le cort√®ge froidement. Il r√©servait son feu parce que c’√©tait lui qui √©tait charg√© d’allumer le Grand…, celui de tout √† l’heure.. On lui allouait cinq francs (aujourd’hui, pas loin de 500) pour la peine, √† condition de fournir et de porter la pr√©cieuse botte de paille n√©cessaire. Mais il ne profitait gu√®re de ses cent sous ! Comme la propension g√©n√©rale √©tait de boire sur le compte d’autrui, “√®l p√īrte√Ľ d’estrin” avait √† ses chausses des parasites alt√©r√©s qui, lorsqu’il refusait de les abreuver, allaient parfois jusqu’√† mettre le feu √† la paille. La jurisprudence √©tablie ne permettait pas √† la “Cour” de le d√©dommager de cette combustion intempestive.

Pass√© la Place du jeu de Balle, pour monter au “d’bout dla w√īt”, c’√©taient des chevaux qui tiraient l’attelage jusqu’au “Tr√ģ d√®l Trinit√©” au milieu duquel les mari√©s renversaient pour la derni√®re fois le chargement et o√Ļ le “p√īrte√Ľ d’estrin” remplissait son r√īle essentiel.

 

… après la mise à feu …

 

Le feu allum√©, les “gard√®s-tchaurs” √©voluaient tout autour. Parfois m√™me, un √©cervel√© lan√ßait sa monture √† travers. A la clart√© de la flamb√©e, les couples dansaient, puis le protocole leur laissait le temps de rentrer pour souper par les chemins que chacun choisissait √† sa convenance.

 

‚Ķ la ronde finale¬†: les ¬ę¬†sept sauts¬†¬Ľ ‚Ķ

 

Ainsi, on pouvait √† 22 heures se trouver devant la maison d’ “√®l coum√©re du s√®gne√Ľr” et s’en aller en grand cort√®ge au dernier bal du carnaval sur la place publique. Apr√®s un programme dont l’√©tendue d√©pendait de la r√©sistance du joueur de clarinette, ce bal se terminait par les”sept sauts”, ronde finale bien connue dans toute la r√©gion.

Parfois, malgr√© les innombrables pintes (les bons buveurs allaient jusqu’√† 80 par jour…!) dont la “Cour” se gorgeait au long de ces trois jours de f√™te, il restait encore de l’argent dans le sac du “boursier”. L’aubaine donnait un motif valable pou “f√© llundi” et s’habiller un jour de plus aux frais du fripier.

(√† suivre…)

 

in : La Vie W., 1956, p.117-125 Curieuses coutumes carnavalesques à  Senzeilles

 

UNE apr√®s l’autre, les anciennes cou¬≠tumes qui ont fait la joie de nos a√Įeux, se d√©forment, se modifient ou dispa¬≠raissent. Aussi, pendant qu’il en est temps encore, que les derniers t√©moins de ces r√©jouissances populaires ne sont pas pass√©s de vie √† tr√©pas, il faut se h√Ęter de les sauver de l’oubli, en leur donnant la seule forme r√©ellement conservatrice, la forme litt√©raire. Tel- est le cas pour le carnaval de Senzeilles (arrondisse¬≠ment de Philippeville), compl√®tement oubli√© depuis pr√®s de huit lustres. Voyons en quoi il consistait. ¬† Nomination¬† des¬† chefs Fin janvier ou d√©but de f√©vrier, la jeunesse masculine de l’endroit se r√©unissait ; selon l’expression consacr√©e, on ¬ę¬†pas¬≠sait les charges ¬Ľ, c’est-√†-dire qu’on proc√©dait √† la nomination de ceux qui auraient un r√īle √† remplir dans les cort√®ges du carnaval. Ces cort√®ges comprenaient normalement un certain nom¬≠bre de personnages que je citerai suivant l’ordre dans lequel (p.118) ils √©taient plac√©s lors des sorties du mardi gras et du diman¬≠che du grand feu (quadrag√©sime). ‚ÄĒ¬† Un sergent sapeur. ‚ÄĒ¬† Une douzaine de sapeurs. ‚ÄĒ¬† Un tambour-major. ‚ÄĒ¬† Quatre musiciens, dont un tambour. ‚ÄĒ¬† ¬ę La¬†¬† Cour ¬Ľ¬†¬† √†¬† cheval,¬†¬† compos√©e¬†¬† de¬†¬† Monseigneur,¬† le greffier et l’avocat. ‚ÄĒ¬† Une vivandi√®re, un boursier. ‚ÄĒ¬† Quatre¬† officiers. ‚ÄĒ- Un groupe de voltigeurs. ‚ÄĒ¬† Quelques gendarmes. ‚ÄĒ¬† Un groupe de zouaves. ‚ÄĒ¬† Deux sergents. ‚ÄĒ¬† Quatre bo√Ľrias (bourreaux). ‚ÄĒ¬† Quatre po√Ľdre√Ľs, (¬ę poudreurs ¬Ľ). ‚ÄĒ¬† Le commandant. Ce dernier, √† cheval √©galement, se tenait sur le c√īt√© et allait de la t√™te √† la queue du groupe. Ces diff√©rents postes √©taient mis aux ench√®res et adjug√©s √† ceux qui payaient le plus grand nombre de ¬ę pots ¬Ľ (deux litres de bi√®re). Le pot co√Ľtait quarante centimes. Les places de sergents √©taient les plus haut cot√©es, parce que ces grad√©s conservaient pour eux l’argent qu’ils rece¬≠vaient en cours de route. Leur tenue consistait en un panta¬≠lon blanc, une tunique gros vert et un k√©pi. L’emploi de vivandi√®re (homme travesti coquettement comme les cantini√®res de nos “marches militaires” √©tait √©galement assez recherch√©. Aussi, ne passait-il jamais moins de 40 √† 50 pots. Le b√©n√©fice r√©alis√© sur la vente du geni√®vre contenu dans le petit baril traditionnel, lui revenait. En outre, il √©tait d’usage de ne pas rendre la monnaie lors du paiement cl√©s consommations bues, ce qui augmentait encore sensible¬≠ment le gain de la journ√©e. Enfin, lorsque le contenu de son baril baissait, la vivandi√®re ne se faisait aucun scrupule de le remplir en y ajoutant de l’eau, lorsqu’elle passait √† proximit√© d’une pompe. Monseigneur, le greffier et l’avocat √©taient v√™tus assez coquettement : un manteau de velours jet√© sur les √©paules, une culotte courte et des bas longs. Comme couvre-chef, une toque avec plumes. Ordinairement, l’accoutrement des bo√Ľrias consistait¬† en (p.119) un pantalon blanc, une jaquette d√©chir√©e, un vieux chapeau garni de plumes, des gu√™tres. Et, afin de pouvoir proc√©der aux pendaisons, en cours de route, ils √©taient pourvus d’un marteau, d’un crampon et d’une corde. Les officiers, sapeurs, zouaves, gendarmes, tambour, etc… , se rendaient chez un costumier de Philippeville qui leur louait les uniformes n√©cessaires pour les sorties du mardi gras et du dimanche suivant. Les po√Ľdre√Ľs s’habillaient √† meilleur compte : un pan¬≠talon blanc, une chemise blanche et une barrette de m√™me cou¬≠leur. En main, ils tenaient un petit sac en toile contenant de la farine. ¬† Le¬† mardi gras ¬† Le matin, vers sept ou huit heures, le tambour-major allait chercher le tambour et, ensemble, ils faisaient le tour du vil¬≠lage. C’√©tait une invite √† tous les int√©ress√©s de s’appr√™ter pour participer au prochain cort√®ge. Apr√®s cela, les deux m√™mes personnes allaient prendre √† leur domicile, les membres de la Cour : Monseigneur, l’avo¬≠cat et le greffier. Accompagn√©s de ces dignitaires, le tapin et son chef recommen√ßaient le tour de la localit√©, et les person¬≠nages devant jouer un r√īle dans le cort√®ge prenaient place dans les rangs lorsqu’on passait √† proximit√© de leur demeure. Le groupe grossissait ainsi insensiblement et se trouvait √™tre au complet lorsque la tourn√©e √©tait finie. Un troisi√®me tour se faisait, ensuite, avec tous les partici¬≠pants. Avant de se mettre en marche, chacun d’eux versait sa quote-part (i franc ou i fr. 50 or) dans la bourse commune, afin de r√©unir les premiers fonds n√©cessaires au payement des musiciens et des boissons √† prendre en cours de route. Car, on avait soin de ne passer aucun cabaret et d’y commander un nombre de ¬ę pots ¬Ľ proportionn√© au nombre de personnes composant le groupe. Vers onze heures, une halte avait lieu en face de l’√©glise et il √©tait donn√© lecture des ” lois”. Je les reproduirai plus loin. Apr√®s cette lecture faite par l’avocat, ce dernier, ainsi que Monseigneur et le greffier, abandonnaient leurs chevaux qui √©taient mis en place, et le cort√®ge se remettait en marche pour effectuer un nouveau tour du village. Au cours de celui-ci, les po√Ľdre√Ľs, au moyen de leur petit sac de farine, poudraient (p.120) les jeunes filles qu’ils rencontraient. Elles pouvaient, toute¬≠fois, √©chapper √† ce petit d√©sagr√©ment en payant un a pot ¬Ľ. De leur c√īt√©, les sergents r√©clamaient la m√™me chose, soit quarante centimes, √† tous les √©trangers et mari√©s se trouvant sur leur passage. Si ceux-ci ne voulaient pas s’ex√©cuter de bonne gr√Ęce, les bo√Ľrias, appel√©s √† la rescousse, mena√ßaient de les pendre. Cette menace restait-elle sans effet, ils atta¬≠chaient une corde √† l’une des jambes du r√©calcitrant et ils le pendaient, la t√™te en bas, √† une clenche de porte ou √† un cram¬≠pon quelconque. La victime restait dans cette position incom¬≠mode jusqu’au moment o√Ļ elle criait ¬ę pot ! ¬Ľ. Elle √©tait alors d√©li√©e et payait son amende. Il est bien entendu que, dans ce cas, l’argent re√ßu n’allait pas grossir la bourse des sergents, mais √©tait bu avec les bo√Ľrias. Il n’√©tait proc√©d√© √† la pendai¬≠son, faut-il le dire, que lorsqu’on se trouvait en pr√©sence d’une personne connue. Bien des lurons refusaient de payer un ¬ę pot ¬Ľ √† la premi√®re demande, pour avoir le plaisir d’√™tre pendus. Les membres de la Cour s’arr√™taient √† chaque maison et on leur remettait des Ňďufs, du lard, un peu de monnaie. Il √©tait tenu juste compte, dans un registre, de l’argent re√ßu ainsi que des d√©penses effectu√©es et, aussit√īt la tourn√©e finie, on proc√©dait √† la v√©rification des comptes. Les Ňďufs et le lard √©taient d√©pos√©s dans une hotte port√©e par un homme de bonne volont√©. Avec les produits de cette qu√™te, vers quatorze heures, un repas en commun √©tait pr√©par√© pour la jeunesse. Le soir, vers dix-neuf heures, avait lieu un souper clans les m√™mes con¬≠ditions. ¬† Le¬† grand feu Le dimanche suivant, jour du grand feu, vers treize heures, le cort√®ge, compos√© comme il √©tait le mardi gras, faisait le tour du village. Les √©trangers et les mari√©s devaient encore se soumettre √† la traditionnelle coutume lorsqu’ils √©taient ren¬≠contr√©s par les sergents : paiement d’un “pot” ou pendaison. A la sortie des v√™pres, avait lieu, pr√®s de l’√©glise, une deuxi√®me lecture des ¬ę lois ¬Ľ l√©g√®rement modifi√©es. Celle-ci termin√©e, on d√©cernait la “d√©coration de la gourmandise”, consistant en une couenne de lard, garnie d’un ruban, √† celui qui, le mardi gras, √©tait parvenu √† manger le plus de ¬ę creton ¬Ľ (l). (p.121) En 1908, le gagnant en avait incorpor√© vingt et un. Cinq ans plus tard, en 1913, le vainqueur, Firmin H., avait encore d√©pass√© ce nombre d√©j√† respectable, et ne s’√©tait arr√™t√© qu’apr√®s en avoir englouti vingt-sept ! Apr√®s cela, tous les participants au cort√®ge ‚ÄĒ les trois membres de la ¬ę Cour ¬Ľ except√©s ‚ÄĒ “allaient aux fagots”. Au moyen de deux grandes cha√ģnes, certains s’attelaient √† un chariot, tandis que d’autres le poussaient et ils se rendaient, ainsi, chez tous les habitants o√Ļ ils recevaient ici un fagot, l√† quelques vieilles planches, ou des mannes hors d’usage, une botte de paille, etc…, toutes choses susceptibles d’alimenter le grand feu. Vis-√†-vis de chaque cabaret ‚ÄĒ et il y en avait quarante-sept (2) le <( groupe des inconnus ¬Ľ ‚ÄĒ lisez des ¬ę mari√©s ¬Ľ ‚ÄĒ s’effor√ßait de renverser le chariot avec son chargement. S’il y parvenait, les ¬ę jeunes ¬Ľ devaient leur payer un certain nom¬≠bre de ¬ę pots ¬Ľ. Dans le cas contraire, c’est-√†-dire si les ((‘jeunes ¬Ľ √©taient les plus forts et culbutaient le tout, c’√©tait aux ¬ę mari√©s ¬Ľ √† rafra√ģchir leurs cadets. Les ¬ę pots ¬Ľ une fois vid√©s, il fallait remettre le chariot sur ses roues, recharger les fagots et continuer la tourn√©e jusqu’au prochain caf√© o√Ļ les m√™mes faits se reproduisaient. On assistait parfois √† des sc√®nes assez cocasses quand les deux groupes √©taient de force sensiblement √©gale et que le chariot, soulev√© d’un c√īt√© par les ¬ę jeunes ¬Ľ et, de l’autre, par les ¬ę mari√©s ¬Ľ demeurait suspendu. Pour donner une id√©e de ces luttes, disons qu’on vit parfois 110 mari√©s, travestis, oppo¬≠s√©s √† 70 jeunes gens. Figurez-vous ce que devait √™tre ce com¬≠bat, surexcit√©s qu’ils √©taient par l’amour-propre de leur clan et par la boisson ! Parfois, quand elle se sentait plus faible que ses adver¬≠saires et que les fonds de la bourse commune diminuaient, la jeunesse attelait un cheval au chariot et se sauvait avec le chargement. Tant bien que mal, le chariot arrivait enfin, al coup√®te du tr√ģ du lenp o√Ļ le b√Ľcher devait √™tre dress√©. C’√©tait le dernier mari√© de l’ann√©e qui, √† la soir√©e, mettait le feu au tas de bois. Pendant que les flammes √©clairaient les alentours, ¬† (1) Avant la cuisson, chaque creton mesurait, en moyenne, dix centim√®tres de longueur, six de largeur et un demi centim√®tre d’√©paisseur. Pour faciliter l’absorption de cette importante quantit√© de lard, il √©tait permis de manger du pain et de boire √† volont√©. (2) Actuellement, il n’y en a plus que sept, dont deux pr√®s de la station, laquelle est situ√©e √† vingt minutes du village.

 

(p.122) la jeunesse dansait autour du brasier. Apr√®s extinction, ce qui restait du grand feu √©tait mis aux ench√®res. C’√©tait souvent un cabaretier qui s’en rendait acqu√©reur pour quelques (( pots ¬Ľ. Ils attirait, ainsi, des clients chez lui. Ces diff√©rentes festivit√©s eurent lieu, pour la derni√®re fois, en 1913. ¬† Les ¬ę lois ¬Ľ Voici les ¬ę lois ¬Ľ qui √©taient lues le mardi gras et le jour du grand feu (texte de 1908). Apr√®s la lecture de chaque article, la musique se faisait entendre. Au nom du Grand Mardi-Gras, le chef supr√™me : Nous, la Haute Cour, Monseigneur le Grand H√©raut, grand duc des Gourmands, Marquis des B√™tises, Comte de Carabas, baron des Malpeign√©s, Seigneur des D√©guenill√©s, salut ! Nous avons retrouv√© et consult√© un vieux manuscrit qui date de plus de cent mille ans avant J√©sus-Christ et qui contient les usages et coutumes de ces temps recul√©s. article premier. ‚ÄĒ Tout jeune homme faisant partie de la jeunesse qui ne sera pas habill√© suivant les ordonnances de ces jours sublimes et qui sera rencontr√© par nos officiers de police, sera traduit aupr√®s de notre respectable Cour et condamn√© √† l’amende de 1,JO fr. ; en cas de r√©sistance, il sera livr√© entre les mains de nos bourreaux et pendu aussit√īt, avec interdiction de la salle de danse le jour du grand feu. art. 2. ‚ÄĒ Tout individu √©tranger trouv√© dans l’√©tendue de ses domaines, foulant ses terres, √† pied, √† cheval ou avec n’importe quelle monture, qui sera rencontr√© par nos agents, sera traduit aupr√®s de la Cour et condamn√© √† l’amende de 40 centimes ; en cas de r√©sistance il sera pendu aussit√īt. art. 3. ‚ÄĒ Toute vieille femme, sorci√®re ou non, qui sera ren¬≠contr√©e sur le territoire du Monarque et qui, √† la vue du Grand H√©raut, affecterait le saisissement ou qui tomberait en syncope, sera, sur le champ, recueillie par nos agents et transport√©e √† l’H√īpital o√Ļ il lui sera pass√© plusieurs lavements par l’aum√īnier du r√©giment. art. 4. ‚ÄĒ Toutes les demoiselles trouv√©es en promenade, dans les rues avec faux cul, fausse chevelure, robe √† queue et qui seront rencontr√©es par nos agents, seront traduites aupr√®s de notre res¬≠pectable Cour et condamn√©es √† l’amende de 1 franc ; en cas de r√©sistance, elles seront livr√©es entre les mains de nos blancs et poudr√©es en dedans et en dehors du haut en bas… art. 5. ‚ÄĒ II est d√©fendu, sous peine de l’amende de 1 franc, de laisser tra√ģner aucun objet dans les rues, tel que herse, charrue, (p.123) fagots, jambon, saucisson, ainsi que toute vieille garce qui pour¬≠rait retarder la marche de notre charmant cort√®ge. art. 6. ‚ÄĒ Comme nous avons beaucoup de jeunes demoiselles qui se sont faites nonnettes pour cause de n’avoir pu trouver un mari, celles qui se voient dans l’impossibilit√© de s’en passer, pour¬≠ront r√©clamer notre appui et, le jour du grand feu, apr√®s avoir dans√© la danse du cu-d’ze√Ľ cu-d’zous, sans s’ faire du mal, auront √† choisir dans tous les rebuts de la soci√©t√©, un homme qui saura fid√®lement remplir les obligations du m√©nage. art. 7. ‚ÄĒ Tous les amoureux et les amoureuses trouv√©s derri√®re les buissons et les haies… [ici quelques mots frisant la gauloiserie] seront tra√ģn√©s aupr√®s de notre respectable Cour et condamn√©s √† l’amende de 1 franc ; en cas de r√©sistance, ils subiront une op√©¬≠ration par le v√©t√©rinaire, pour les rendre incapables de service. art. 8. ‚ÄĒ Tout jeune homme faisant partie de cette soci√©t√© philharmonique, devra avoir la m√™me tenue le jour du grand feu qu’aujourd’hui ; il ne pourra s’absenter sans permission expresse de Monseigneur, sous peine d’amende de 5 francs, et toutes les demoiselles qui ne rendront pas le jour du grand feu splendide et amusant par leur pr√©sence au bal et √† la danse, seront condamn√©es au c√©libat jusqu’√† l’√Ęge de quatre-vingt dix-neuf ans ; elles auront la p√©cole (3), la dysenterie, des coliques dans l’ventre, des trem¬≠blements des fesses pendant toute l’ann√©e et ne pourront jouir du bonheur auquel la nature les a destin√©es. Quant √† celles qui vou¬≠dront nous honorer de leur visite, elles auront √† choisir le plus amoureux de la soci√©t√© et seront mari√©es avant la fin de l’ann√©e ;… [m√™me observation que ci-dessus]. art. 9. ‚ÄĒ Tout jeune homme faisant partie de la dite soci√©t√©, trouv√© plus de cinq maisons (4) derri√®re la Cour, sera recueilli par nos sergents, traduit aupr√®s du Grand Duc et de ses associ√©s (5), condamn√© √† l’amende de 3 francs (8) pour la premi√®re fois et de six pour la seconde ; en cas de r√©sistance, il sera exclu d√©finitive¬≠ment de la bande. art. 10. ‚ÄĒ A sept heures, les armes bas, sous peine de l’amende de 1 franc, grand festin de la Cour, roulement de la gueule et que personne ne se fasse passer pour fain√©ant ; il sera d√©cerne une m√©daille au plus grand mangeur qui povirra rivaliser avec Gar¬≠gantua, le plus pansard de tous les temps (7). ¬† (3)¬† Ce mot a √©t√© supprim√© en 1913. La¬† ¬ę p√©cole ¬Ľ est une maladie fantaisiste. Quand¬† on demande ce que c’est, on vous¬† r√©pond :¬†¬† ¬ę C’est le trou¬† du¬† c…¬† qui se d√©colle. ¬Ľ (4)¬† Dix maisons, en 1913. (6) En¬†¬† 1913,¬†¬† ¬ę aupr√®s¬† de¬† la¬† dite¬†¬† Cour ¬Ľ,¬†¬† en¬† lieu¬†¬† et place¬†¬† de¬†¬† ¬ę aupr√®s¬† du Grand¬† Duc et de ses ¬†associ√©s ¬Ľ. (6)¬† Trois¬†¬† ¬ępots¬Ľ au lieu de trois francs, en¬† 1913. (7)¬† En¬†¬† 1913,¬†¬† cet¬†¬† article¬†¬† avait,¬†¬† d’abord,¬†¬† √©t√©¬†¬† mentionn√©¬†¬† dans¬†¬† les¬†¬† ¬ę lois ¬Ľ ; ensuite, il a √©t√© supprim√© et remplac√© par ce qui suit : ¬† (p.124) art. 11. ‚ÄĒ Enfin, je finis cet illustre manuscrit tout ver¬≠moulu (8) dont l’odeur rappellerait un mort √† la vie, en faisant un dernier article pour engager les demoiselles de notre grande cit√© √† tenir leurs papiers pr√™ts ; ils seront sign√©s par tous les honorables Membres de la Cour : Monseigneur, Avocat, Greffier, par tous les pansards et, enfin, par toute la crapule. ¬† Origine¬† du¬† carnaval Que repr√©sentait ce cort√®ge ? Quelle √©tait la raison de cette exhibition d’officiers et de soldats ? Je ne saurais donner une r√©ponse pr√©cise √† ces questions. Les habitants n’en savent rien ; les plus √Ęg√©s, interrog√©s au d√©but de ce si√®cle, avaient toujours connu ce genre de dis¬≠traction. A d√©faut de certitude, me sera-t-il permis d’√©mettre une hypoth√®se non d√©pourvue de vraisemblance ? A Cerfontaine, localit√© voisine, on organisait √©galement, jadis, un carnaval assez somptueux. On y rencontrait la ¬ę Cour ¬Ľ : un seigneur, un juge, un greffier, un avocat, des bourreaux, un tambour-major, des officiers, etc… On y lisait, aussi, des ¬ę lois ¬Ľ presque identiques √† celles de Senzeilles. S’il faut en croire la tradition concernant l’origine du car¬≠naval de Cerfontaine, celui-ci remonte aux premi√®res ann√©es du xixe si√®cle (9). ¬ę Tout jeune homme, habill√© [travesti] ou non, qui sera pris √† pousser le chariot avec les mari√©s, sera √† l’amende de deux francs. ¬ę D’autre part, le nouvel article ci-apr√®s avait √©t√© intercal√© entre le 7¬į et le 8¬į : ¬ę Toute jeune¬† fille qui,¬† dans le courant de¬† l’ann√©e,¬† mariera¬†¬† [√©pousera]¬† un de nos honn√™tes jeunes gens, et s’absentera une quinzaine de jours sans cause l√©gitime,¬† sera condamn√©e √†¬† rester¬† assise¬† pendant quinze¬† jours¬† sur les cornes qu’elle ferait porter √†¬† son mari. ¬Ľ ¬† (8)¬† Les mots ¬ę tout vermoulu ¬Ľ ont √©t√© supprim√©s en 1913. (9)¬† Rappelons,¬†¬† succinctement, ¬†¬†les¬†¬† faits¬†¬† qui¬†¬† auraient¬† donn√©¬†¬† naissance¬†¬† √†¬† ce cort√®ge carnavalesque. En 1566, Henry Deghoer, qui avait √©pous√© une Waudemont, h√©ritait de son beau-p√®re la seigneurie de Cerfontaine. Mais Jean Deglimes, √©galement gendre du seigneur de Waudemont, pr√©tendait avoir autant de droits que son beau-fr√®re √† la dite seigneurie. Il voulut faire annuler le testament. Finale¬≠ment, on plaida et Henry Deghoer gagna le proc√®s. Durant l’instruction de ce litige, Jean Deglimes envahit la seigneurie avec ses soldats et for√ßa les Cerfontainois √† lui pr√™ter serment de fid√©lit√©. A peu de temps de l√†, le seigneur Deghoer fit irruption dans le village de Cerfontaine et reprocha aux habitants leur f√©lonie. Comme punition, il con¬≠fisqua toutes leurs propri√©t√©s. Apr√®s bien des sollicitations, le seigneur Deghoer fit acte de cl√©mence partielle ; il pardonnait aux habitants, leur remettait leurs biens confisqu√©s, mais il gardait six cents bonniers de boi!” francs et libres de toutes servitudes. Non content d’avoir pris une partie de leurs bois, Deghoer les for√ßa √† nourrir ses chiens, ainsi que le mentionne le record du 17 sep¬≠tembre 1566. La commune patienta jusqu’√† la fin du xviii” si√®cle. Les lois en vigueur √† cette √©poque, permettant aux vassaux de traduire leurs seigneurs en justice, les habitants de Cerfontaine en profit√®rent pour attraire Emmanuel Decroy, successeur de Deghoer, par-devant les √©chevins de Li√®ge, en vue de faire d√©clarer nul le record de 1566. Certaines circonstances, notamment la r√©union du Pays de Li√®ge √† la France, entrav√®rent les d√©cisions des tribunaux. Finalement, par jugement du Ier prairial an VIII du Tribunal de Cassation de Paris, la commune de Cerfontaine rentrait d√©finitivement en possession de ses 600 bonniers de bois. (Renseignements puis√©s dans les archives com¬≠munales de Cerfontaine.) C’est apr√®s le prononc√© de cette sentence que, suivant la tradition, le car¬≠naval fut organis√© dans le but de parodier le seigneur Deghoer qui √©tait venu, avec ses hommes d’armes, pour obliger les habitants de Cerfontaine √† lui abandonner une partie de leurs bois. ¬† (p.125) En pr√©sence du succ√®s obtenu par ces festivit√©s, les gens de Senzeilles n’ont-ils pas voulu imiter leurs voisins ? On trouve de nombreux pr√©c√©dents ailleurs. Il me suffira d’en rappeler quelques-uns. En 1903, les jeunes filles d’Ecaussinnes-Lalaing organi¬≠s√®rent un go√Ľter matrimonial qui connut, d√®s le d√©but, le plus franc succ√®s. Quelques ann√©es plus tard, en 1907, la jeunesse masculine de Ronqui√®res prit la m√™me d√©cision, imit√©e en 1922 par celle de Trazegnies. Depuis lors, ces trois go√Ľters matrimoniaux marchent de pair et attirent, chaque ann√©e, une foule nombreuse et joyeuse. La r√©ussite de ces r√©jouis¬≠sances d’un nouveau genre, incita d’autres localit√©s √† faire de m√™me (10). Tel est aussi le cas de la commune de Jamioulx qui implanta chez elle la lecture de la pasqu√ģye, comme cela se faisait √† Montigny-le-Tilleul, et de celle de Boign√©e, qui imita, ensuite, Jamioulx (11). ** II est permis de regretter la disparition de ces r√©jouissances qui, presque toujours, avaient un caract√®re particulier et local, tandis qu’actuellement, c’est l’uniformit√© dans la banalit√©. On ne sait plus s’amuser entre soi. Les villageois veulent imiter les citadins. La guerre mondiale 1914-1918 avait d√©j√† √©t√© le tombeau de bien des coutumes anciennes ; celle de 1940-1945 en a tu√© d’autres qui avaient r√©sist√© jusque l√† ; toutes finiront, vraisemblablement, par dispara√ģtre. ¬† Jules vandereuse ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† (10) Jules Vandereuse : Les go√Ľters matrimoniaux en Wallonie, Ecaussinnes, 1954. (11) Jules Vandereuse : Les ¬ę pasqu√ģyes ¬Ľ dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, Couillet (1939), pp. 26, 33.

 

Souvr√®t (Souvret) - grand fe√Ľ

(in: Jean-Baptiste Marcelle, Mon vieux Souvret, 1980, Centre culturel de Souvret, s.d., p.107)

Barbin√ßon (Barben√ßon) - l√®s sake√Ľs, l√®s astoke√Ľs, l√®s d√®stoke√Ľs & l' bolome (ceux qui tirent, ceux qui qui bloquent, ceux qui d√©bloquent; le bonhomme (hiver))

(VA, 20/02/2009)

(VA, 11/03/2014)

Co√Ľrc√®le (Courcelles) - √®l fe√Ľre√Ľ

(in : Elie (…), Courcelles, Son histoire, s.d., p.98)

Djimnéye (Gimnée) - grand feu

(in: VA, 21/03/2013)

Djoncrèt (Joncret) - grand feu (VA, 07/03/2018)

Djumèt (Jumet) (Haminde / Hamende) - grand feu

(2013)

Dourbe (Dourbes) - grand feu

(VA, 06/03/2013)

Fra√ģre (Fraire) - grand feu

Gourdène (Gourdinne) - grand feu

(VA, 08/03/2013)

G√īz√©ye (Goz√©e) - grand feu

(in: Jo√ęl Mulatin, Il √©tait une fois l’entit√© de Thuin…, s.d.)

(VA, 12/02/2013)

(2014)

(VA, 10/03/2014)

Hanzinèle (Hanzinelle) - grand feu

(VA, 03/1998)

Himiéye (Hymiée) - grand feu

(2020)

Ite (Ittre) - grand feu

(VA, 15/03/2019)

√Įve-Gomez√©ye (Yves-Gomez√©e) - grand feu

(p.488-489, in: Jules Vandereuse, Le carnaval à Yves-Gomezée, p.482-491)

Matagne - grand feu

(VA, 04/03/2013)

M'tène (Hemptinne) - grand feu

(VA, 1998)

(VA, 27/02/2013)

Robech√ģ (Robechies) - grand feu

Romèdène (Romedenne) - grand feu

(VA, 28/03/2013)

Sautou (Sautour) - grand feu

(VA, 12/03/2013)

Sint-Aubwin (Saint-Aubin) - grand feu

(VA, 03/1998)

Slinri (Silenrieux) - grand feu

(in: Jean-Philippe Body, Silenrieux, 2004, p.471-472)

Somzéye (Somzée) - grand feu

(VA, 02/1998)

So√Ľmw√® (Soumoy) - grand feu

(in: Le Guetteur Wallon, 1960)

Taurcène (Tarciennes) - grand feu

(VA, 06/03/2013)

T√ģ-l'-Baudwin (Thy-le-Bauduin) - grand feu

(VA, 1990s?)

T√ģ(-l'-Chatau) (Thy-le-Ch√Ęteau) - grand feu

(VA, 28/03/2013)

Vilé-l'-Gambon (Villers-le-Gambon) - grand feu

(in: J. Bernard, Villers-le-Gambon, Vie associative, 2001)

Vil√©-l'-Poter√ģye (Villers-Poterie) - grand feu

(VA, 19/03/2013)

V√ījen√™ye (Vogen√©e) - grand feu

(VA, 27/02/2013)

 

1.2 Li Picard√ģye / La Picardie – Mont-Borin√Ęje / Mons-Borinage

R'bèk-Rognon (Rebecq-Rognon) - Cré solvé

(in: Le Folklore Brabançon, 58-59, 1931, p.343-345)

Wame (Wasmes) - l' √®scouvi√Ęje

(in: Wallonia, 1895)

L' èscouvion

(in: Albert Marinus, Le folklore belge, T2, 1930)

Borin√Ęje (Borinage) - carnaval

(in: Alain Audin, Mons-Borinage, s.d., p. 206-207)

 

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

Inzèsmont (inzès: dans les) (Aisemont (mauvaise traduction)) : ramassadje po l' grand feu (ramassage pour le grand feu)

Grands feus, tchèraudes

in : DW, T5, 1977, p.5-38

Le grand feu dans le canton de Jodoigne

 

L’existence de trois termes pour d√©signer les trois vari√©t√©s de¬† feu¬† n’est¬† pas une particularit√© du canton de Jodoigne. En voici quatre exemples, dont un ext√©rieur au canton : Marchin (H 53)¬†¬† : feu (acception g√©n√©rale), fornia (feu de

jardin), grand feu.

Lathuy  (Ni 27) : fè, foua, grand-mère.

Bomal (Ni 68) : fè, fouyau, grand fouyau.

Beauvechain (Ni 6) : f√®, fouw√©ye, f√® d’ fouw√©ye.

Autrement dit, dans plusieurs cas, le nom m√™me du grand feu est compos√© √† partir du terme qui d√©signe le feu en g√©n√©ral ou le feu de jardin avec addition de l’adjectif grand : grand feu, grand f√®, grand fouwau, grand f√®yau.

Voici le relev√© syst√©matique des formes not√©es : il s’agit, dans tous les cas, de d√©riv√©s du latin foc(um).

 

I.     Le radical est fou-

 

A. avec le suffixe -ard :

1.  immédiatement accolé au radical :

a.¬† fouau¬† :¬† f√© l’ fouau¬†¬† (Ni 69,¬† Ni¬†¬† 15);

b.  fouaur :  forme notée à Ni  H,  Ni  15,  Ni  16;

2.¬† raccord√© au radical par un w plus ou moins mar¬≠qu√©¬†¬† ;¬†¬† fouwau¬†¬† (ALW,¬†¬† Ni¬†¬† 13);¬†¬† fouwau¬† d√ꬆ strin (Ni 29, ALW); vive nosse fouwau (Ni 30);

One djaube d√ꬆ wau¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† One djaube d√ę strin

po f√© l’ fouwau.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† pou f√© l’ grand f√® ;

One djaube d√ę strin¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† one dj√ībe d√ę au

po f√© l’ grand f√® !¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† pou f√© l’ fouwau !

(Ni 29).                           (Ni 70).

3.  raccordé au radical par un yod :

a.¬†¬† fouyau : one djaube d√ę strin po f√© l’ grand f√®, grand fouyau,

D√®s p√ģres √®t d√®s cayaus po r’tchaufer l’ k√ę da Macau (Ni 68); (p.9) b.¬†¬† fouyaune,¬†¬† forme¬†¬† not√©e¬†¬† uniquement¬†¬† √†¬†¬† Glimes (Ni 66)¬† : one djaube d√ę strin po f√© l’ fouyaune.

 

B. avec le suffixe ‘ -√©e ‘ :

fouw√©ye : cette forme est fr√©quente, surtout dans le nord-ouest du canton et y conna√ģt deux sens dis¬≠tincts 0) :

a.¬†¬† poign√©e de brindilles ; c’est ce que viennent qu√©¬≠mander les enfants charg√©s de collecter le com¬≠bustible :

Madame, one pètite fouwée,

Nos v’nans qw√™ one p√®tite fouw√©ye¬† (Ni 6);

One fouw√©ye, Madame, s’ i vous pl√©t¬† (ib.);

b.¬†¬†¬† flamb√©e et,¬† de l√†,¬† feu¬† de jardin et grand¬† feu¬† : One djaube d√ę strin po l’¬† fouw√©ye¬† (Ni 9).

La pr√©cision f√© d’ fouw√©ye indique sp√©cialement qu’il s’agit du grand feu (Ni 6, Ni 9).

One bote dè strin

po f√© l’ f√® d’ fouw√©ye

fouwéye, fouwéye

on c√īp par an√©ye…¬†¬† (Ni¬†¬†¬† 9).

 

II.   Le radical est fè.

Un seul dérivé a été noté : fèyau  (Ni 45, 64,  17).

Au grand fè vivau !

Au grand fèyau vivau !   (Ni 45);

Grond f√®yau, madame D√®clau…¬†¬† (Ni 64).

 

(1) Nous avons not√© la forme fouw√®ye au nord-ouest du canton, aux points 19 et 20, mais avec une acception toute diff√©rente, celle qui cor¬≠respond au li√©geois fouwaye, poussier de charbon, houille fine, et √† l’ancien fran√ßais fouaille. Ces emplois sont sans rapport avec le grand feu et le mot n’est relev√© ici que pour son homonymie. Il s’agit en fait d un autre suffixe.

 

(p.12) III Le radical est fi-.

Incourt (Ni65) et Dongelberg (Ni47) ont r√©v√©l√© la forme ‚Äėfiyau‚Äô¬†: grand fiyau (Ni47)

Grand fè, grand fiyau !

L√ę strin qui br√Ľle

L√ę strin qu‚Äô√ę faut ‚Ķ (Ni47)

Fè fiyau (Ni65)

 

Gran fè fiyau (Ni47).

 

 

L’examen de la carte 65 du tome III de l’ALW ainsi que la lecture des notices 192, 193 et 195 entra√ģnent quelques surprises : deux points de la carte (Ni 17 et Ni 28) offrent pour la d√©signation du grand feu la le√ßon tout √† fait curieuse de grand-m√®res.

Les notices permettent d’ajouter la m√™me mention aux points Ni 11 et Ni 29.

Cette situation nous a invit√© √† consacrer √† cette question, en 1972 et 1973, les exercices pratiques correspondant au cours d’Arts et traditions populaires d’Europe que nous pro¬≠fessons √† l’Universit√© de Bruxelles. Nous exprimons notre vive gratitude √† notre assistante, Mme Delphine manet, pour son apport personnel √† cette enqu√™te et le soin avec lequel elle a guid√© les √©tudiants dans cette mati√®re d√©licate.

Cet article se bornera √† l’aspect dialectal de la question mais en soulignant tout ce que l’√©tude folklorique ‚ÄĒ qui reste √† faire ‚ÄĒ pourrait encore r√©server de r√©v√©lations. Ici, nous souhaitons simplement apporter quelques pr√©cisions sur les termes qui, en dialecte, d√©signent le grand feu dans le canton de Jodoigne et, plus sp√©cialement, d√©terminer avec un maximum d’exactitude l’aire dialectale de grand-m√®re avec le sens de grand feu.

Des notes et renseignements recueillis, il appara√ģt imm√©¬≠diatement que c’est le canton de Jodoigne qui pr√©sente un int√©r√™t particulier pour les d√©signations du grand feu et

 

III. Le radical est fiy-

Incourt (Ni 65) et Dongelberg (Ni 47) ont r√©v√©l√© la forme fiy√ī : grand fiy√ī (Ni 47) :

Grand fè, grand fiyau !

L√ę strin qu√ę br√Ľle

L√ę strin qu’ √ę faut…¬†¬† (Ni 47)

fè fiyau  (Ni 65)

Grand fè fiyau  (Ni 47).

Au point Ni 65, nous ne sommes pas parvenu √† obtenir d’emploi de fiyau en dehors de l’expression f√® fiyau ; le feu de jardins s’y dit aujourd’hui f√® (on f√® d’ cwaches, un feu de fanes).

 

 

(p.14) Le grand feu

 

Les désignations du grand feu réservent au chercheur une moisson extraordinaire issue de la combinaison des différents termes que nos démarches antérieures ont révélés.

Le nombre de formes diff√©rentes peut trouver son expli¬≠cation dans ‘le caract√®re essentiellement et jalousement local de ces manifestations folkloriques. Le grand feu engendre, pour ainsi dire, un ¬ę sous-esprit ¬Ľ de clocher, en ce sens que le nombre de feux est tr√®s sup√©rieur √† celui des √©glises.

Pour les trente-cinq communes du canton nous avons d√©nombr√©, bon an mal an, 80 grands feux alors que le nombre d’√©g’lises ne d√©passe gu√®re la quarantaine.

Le grand feu est l’affaire exclusive des gens d’un petit (p.15) groupe : quartier, hameau, section, paroisse, commune. Il y a r√©guli√®rement rivalit√©, jalousie et bagarres s’√©rigeant par¬≠fois en batailles rang√©es avec capture de prisonniers et r√®glement de rachat !

Une formule caractérise à merveille cette situation dans tout son réalisme cru :

Vive notre grand feu, Merde pour les autres !

Ces consid√©rations expliquent partiellement la diversifi¬≠cation locale des appellations : d’un hameau √† un autre de la m√™me commune, le nom du grand feu peut changer.

Sans toujours tenir compte de l’alternance vocalique ‘ an/on’1 dans le mot grand, nous arrivons √† vingt-huit d√©si¬≠gnations distinctes du grand feu, abstraction faite des locu¬≠tions verbales.

Si nous faisons entrer celles-ci en ligne de compte, nous arrivons pratiquement au chiffre de quarante !

Il est n√©cessaire de mettre un peu d’ordre dans cette invraisemblable concurrence.

Le proc√©d√© de formation initial consiste √† qualifier de grands le feu ou le feu de jardin ; cela donne : grand (grond) feu, _ f√® ; _ f√®yau, _ fiy√ī, fou(w)au.

On sp√©cifie l’occasion du feu : f√® d√©s carnavals, f√® d√®s mascarades ; fouw√©ye d√®s mascar√Ędes.

On indique la nature du combustible : f√® d’ fouw√©ye, fouwau d√ę strin.

Quelquefois on compose √† partir de grand feu : grand f√® d√®s mascar√Ędes.

On peut aussi procéder par juxtaposition des termes qui désignent le feu en général et le feu de jardin en particulier : fè fiyau.

Le compos√© s’allonge lorsqu’il part de grand feu : grand f√® fiyau.

 

(p.16) Il arrive que le d√©terminant soit un nom propre : un anthroponyme [grand f√® Lahaye (2) √† Roux-Miroir] ou un toponyme (le f√® d’zos-y-√ąche [le feu sous H√®ze] cit√© par l’ALW, mais que nous ne faisons figurer dans notre liste que pour m√©moire).

 

Une derni√®re √©tape est atteinte lorsqu’√† la question de savoir comment on d√©signe le grand feu les t√©moins nous r√©pondent :

1¬į par le terme grand-m√®re ou un de ses compos√©s : l√®s grand-m√®res ; l√ę f√® d√®s grand-m√©res ; l√ę f√® d√®s viyes grand-m√©res ; l√ę fouau d√®s viyes grand-m√©res (3).

2¬į par une phrase enti√®re qui d√©signe l’action de ¬ę faire le grand feu ¬Ľ : ¬ę r√©chauffer les pieds de la grand-m√®re ¬Ľ, ¬ę br√Ľler les grand-m√®res ¬Ľ, ¬ę r√©chauffer le cul de la vieille grand-m√®re ¬Ľ, etc.

La singularité de la chose mérite que nous entrions dans les détails.

La rimaille de quête, dans une aire que nous délimitons sans peine, est nettement différente du modèle que nous avons dégagé précédemment.

 

(2)¬†¬† Nous¬† avons¬† longtemps h√©sit√© pour cette¬† d√©signation¬† :¬† ne pou¬≠vait-il pas √™tre question d’un toponyme le ¬ę feu La Haie ¬Ľ puisque il y a un endroit du village d√©nomm√© √† l’ √Ęye ?

Nous n’avons trouv√© aucune mention d’un feu √† cet endroit d’une part, et, raison plus d√©terminante, pourquoi la d√©signation de ce grand feu serait-elle hybride ou bilingue : l√ę grand f√® en wallon et La Haie en fran√ßais ?

Un fragment de chanson locale qui nous a √©t√© rapport√© √©tablit qu’un personnage nomm√© Lahaye a joui d’une certaine popularit√© ou notori√©t√© folklorique :

… qu‚Äô √ę n√ģve ou qu‚Äô √ę n√ģv√©ye

c’ √®st todi po Lahaye d√® l’ Chav√©ye.

(3) Nous n’estimons pas devoir consid√©rer comme unit√© lexicale la forme not√©e une fois ou deux √† Lathuy grand f√® d√®s viyes grand-m√©res.

 

(p.17) Ici, la finalité du grand feu est précisée de diverses façons, assez parallèles cependant.

En collationnant les diverses formules de quête recueillies soigneusement dans le canton de Jodoigne, nous observons que pour 18 communes sur 35 un thème tout différent se fait jour.

On fait la qu√™te afin de ¬ę r√©chauffer ¬Ľ (chauffer, r√©chauf¬≠fer ou br√Ľler) des personnes plus ou moins bien pr√©cis√©es :

‚ÄĒ¬† les vieilles gens √† Linsmeau¬†¬† (Ni 31);

‚ÄĒ¬† des¬† femmes¬† : ‚ÄĒ la ou les vieilles grand-m√®res Ni 14, 15, 16, 17, 18, 27, 29, 30, 48, 51 ;

‚ÄĒ¬† la vieille D√©sir√©e Ni 67 ;

‚ÄĒ¬† la vieille sorci√®re Ni 66 ;

‚ÄĒ¬† des hommes : ‚ÄĒ un homme de bois Ni 28 ;

‚ÄĒ¬† un homme gel√© Ni 50 ;

‚ÄĒ¬† un homme de bois gel√© Ni 48, 49, 101 ;

‚ÄĒ¬† le(s) vieux bavard (s)¬† Ni 50 ;

‚ÄĒ¬† Macau ou Macro Ni 68.

Quand on pr√©cise √† quel endroit on doit ¬ę r√©chauffer ¬Ľ ces personnages, n’existe que l’alternative : les pieds ou le cul.

Voici le relev√© syst√©matique des locutions que nous avons not√©es o√Ļ interviennent les notions de grand-m√®re, d’homme de bois ou d’homme gel√©.

 

1. Grand-mére

 

Locutions verbales

R√©chauffer les pieds¬† de la (d√® l’)¬†¬† g.-m.¬† 15; en fr. r√©gional : r√©chauffer les pieds de la g.-m.¬† 15 ; des g.-m. 16 ; (p.19) le cul de la grand-m√®re¬†; ‚Ķ

 

Chauffer

les pieds de la grand)mère, …

le cul à la grand-mère, …

 

Br√Ľler

les vieilles grands-mères

les pieds ‚Äėda grand-m√©re‚Äô, ‚Ķ

le cul de la vieille grand-mère

 

Faire les grands-mères

 

Roter po lès grands-méres  (faire la quête)

 

Locutions substantives

Lès grands-méres ;

l√ę f√® d√®s grands-m√©res

(p.20) l√ę djo√Ľ d√®s g.-m. ; l√ę d√ģm√®gne d√®s g.-m. ; l√®s v√ītes d√®s g.-m. 50.

 

Locutions adverbiales

aus g.-m.

say√ģ say√®te grand-m√©re 30 (not√© aussi siy√ģ say√®te g.-m. 30).

 

2.   Homme de bois ou homme gelé

Dans cinq communes du canton, nous avons enregistr√© une formule de qu√™te qui fait allusion √† un homme qu’il s’agit de r√©chauffer.

A Molembais-Saint-Josse (Ni 28 Jodoigne) on chante :

One djaube d√ę strin po r’tchaufer noste ome d√ę bw√®s qu’ √®-st-√®djal√©, l’ k√ę s√ęr one p√ģre ! One djaube po l’ r√®tchaufer !

A Huppaye et à Molembais-Saint-Pierre :

One djaube d√ę strin po r’tchaufer noste ome d√ę bw√®s qu’ √®st √®djal√© s√ęr one p√ģre.

Variante à Huppaye : 

po bro√Ľler noste ome… One djaube d√ę strin po¬† r’tchaufer noste ome d√ę bw√®s¬† :¬† n-a cint’ ans qu’√ęl a¬† l’¬† k√ę s√ęr one p√ģre !¬† One p√ęt√ęte djaube po l’ r√®tchaufer !

A Jodoigne-Souveraine (Ni 48) :

One djaube d√ę strin po r’tchaufer noste ome d√ę bw√®s qu’ √®st √®djal√© s√ęr one p√ģre ! One djaube po l’ r√®tchaufer !

A Enines :

A l’ qu√®te √† l’ qu√®te po f√© l’ fouwau ! On-ome √®djal√© : √† l’ qu√®te, √† l’ qu√®te po l’ ¬†r√®tchaufer, √† l’ qu√®te, √† l’ qu√®te !

(p.21)

A Offus  (Ramillies-Offus Ni  101)   :

Dji vins qw√®re one djaube, on fagot, one c√īrteul√®te, √ßou qui v’s~avoz po r√®stchaufer nost-ome di bw√®s qu’ a-st-√®djal√© padr√ģ one p√ģre !

 

***

Afin de voir un peu plus clair dans ce labyrinthe de données étranges, procédons systématiquement en envisa­geant un à un les concepts présents dans cette étonnante littérature.

 

I. La grand-mère

 

Du point de vue folklorique, la grand-mère est un per­sonnage capital et nous ne pourrons ici en esquisser que quelques aspects.

Celui qui s’impose en premier lieu, c’est l’a√Įeule et le r√īle qu’elle peut jouer sur le plan social et familial.

En ce qui concerne le grand feu, un rapport existe entre sa c√©l√©bration et la grand-m√®re. Le grand feu, en effet, est le pr√©texte d’une coutume tr√®s connue dans le Brabant wal¬≠lon, coutume qui prescrit aux enfants, de ¬ę revenir ¬Ľ ce jour-l√† manger chez leurs parents. Comprenons bien la situation : si l’on dit que les enfants doivent ¬ę revenir ¬Ľ chez leurs parents, cela implique qu’ils ont cess√© de vivre sous le m√™me toit, qu’ils sont donc mari√©s et, normalement, parents eux-m√™mes. Ce qui fait des grand-m√®res le foyer de ce genre de r√©unions familiales. Il s’agit, en fait, d’une visite aux grand-m√®res.

Deux pr√©parations culinaires, dans l’aire que nous avons choisie, agr√©mentent la visite : soit les cr√™pes, soit les (p.22) gaufres. Sur le plan lexical on conna√ģt les votes de grand-m√®re (√† Enines, on les distingue des autres cr√™pes parce qu’elles contiennent des lardons); l’ALW signale pour Pi√©train d√® pwin, d√® l’ v√īte d√® l’ ¬†v√ģye grand-m√©re. (-. Le succ√®s de cet usage familial a conduit √† parler du jour des grand-m√®res et m√™me de la f√™te des grand-m√®res.

N’omettons pas de souligner au passage quelque regain d’activit√© de cette coutume √† la faveur de l’instauration r√©cente de la f√™te des m√®res puis de la f√™te des p√®res. Dans le canton de Jodoigne, il y avait belle lurette que les grand-m√®res avaient leur jour, leur f√™te !

Sur un tout autre plan, celui de la s√©mantique compar√©e, il est un fait bien connu : le terme qui d√©signe la grand-m√®re peut servir √† d√©signer la sorci√®re. C’est le cas, notamment, du russe baba.

Rappelons les conditions que notre peuple wallon distin¬≠gue pour qu’une femme soit sorci√®re : il suffit qu’elle soit vieille, laide et m√©chante.

Dans le canton de Jodoigne m√™me, nous avons recueilli des t√©moignages probants √† ce sujet. II n’y a pas si longtemps que, dans la r√©gion de Beauvechain et de Pi√©trebais, on parlait encore de sorci√®re en croisant une vieille.

Le souci de se prot√©ger des sorci√®res et de les chasser reste un des th√®mes du grand feu quand on le ressuscite. La plupart des feux repris aujourd’hui sont couronn√©s par un mannequin chevauchant un balai ou ayant fait l’objet d’une sc√®ne de jugement inspir√©e des proc√®s de sorcellerie. Incon¬≠testablement, on br√Ľle la sorci√®re.

Réalité sociale, réalité magico-religieuse, la grand-mère est aussi, très souvent, réalité folklorique. Elle est conteuse (les contes de grand-mère), elle est guérisseuse (les remèdes de bonne femme, de grand-mère).

Elle est aussi, dans le canton qui nous int√©resse, person¬≠nage folklorique en ce sens qu’elle est un masque, un (p.23) d√©guisement de carnaval. La plupart des c√©l√©brations du grand feu s’accompagnaient de chants, de danses et de travestissements divers. A Jodoigne, dans la r√©gion, et m√™me dans un rayon assez √©tendu (H√©villers), on a parl√© de se travestir en grand-m√®re. Il s’agissait simplement de s’affu¬≠bler de vieilles et longues jupes ou de se draper dans un long manteau, dit pelisse, qui avait pu servir de manteau de deuil. On se pr√™tait ce genre de v√™tement √† l’occasion.

Parfois, le b√Ľcher du grand feu √©tait surmont√© d’un mannequin qui pouvait, affubl√© de v√™tements de femme, repr√©senter la ou une grand-m√®re. Le cas pr√©cis nous a √©t√© cit√© √† Maison du Bois (M√©lin Ni 15) : c’√©tait bien une grand-m√®re qui br√Ľlait au sommet du feu.

Parmi nombre d’autres attestations et coutumes folklo¬≠riques int√©ressant la grand-m√®re, citons celle-ci dont nous avons retrouv√© la trace dans deux villages de l’aire ‚Äėgrand-m√®re‚Äô, √† Lumay (Z√©trud-Lumay Ni 17) et √† Saint-R√©my-Geest (Ni 18). Il s’agit de la coutume de tir√ę l‚Äôgrand-m√®re¬† pa l’ p√ģ (tirer la grand-m√®re par le pied).

Le dimanche pr√©c√©dant le mardi-gras (donc huit jours avant le grand feu), les petits-enfants s’approchent subrep¬≠ticement de la grand-m√®re, l’apr√®s-midi, quand elle est assise dans son fauteuil, ils lui passent une corde autour de la cheville et tirent…

La grand-m√®re est surprise ou feint de l’√™tre.

Nous attendons de plus amples informations sur cet usage dont la disparition remonte aux environs de 1920-1925.

Situ√©e le dimanche qui pr√©c√®de celui du grand feu, cette conduite ne pourrait-elle servir d’avertissement, √™tre le d√©but d’un sc√©nario correspondant par sa date √† ce que des villages voisins connaissent sous le nom de ¬ę petit feu ¬Ľ (Jauche notamment)? On commencerait √† inqui√©ter, √† taquiner la grand-m√®re, √† l’√©veiller (car pour se laisser ainsi surprendre, (p.24) elle devait dormir…) avant de se mettre √† la ¬ę r√©chauffer ¬Ľ huit jours plus tard.

En rapport avec les grands-mères, le canton de Jodoigne et le grand feu, signalons encore cette chanson qui, en certains points (Piétrebais Ni 14 et Marilles Ni 51), servait souvent de formule de quête :

Grand-mére, sauvez vosse vatche,

L√®s Prussyins sont-st-√† l’ ovradje !

√č n-a pont d’ vatche √† sauver,

√č n-a qu’ one dj√īne f√®ye √† marier !¬†¬†¬†¬† (Marilles, L√©on Lacroix, n√© en 1899)

Cette chanson est ancienne et les Prussiens ont d√Ľ y appara√ģtre au moment des guerres napol√©oniennes. Saint-Jean-Geest aurait conserv√© la forme primitive :

Grand-mére, sauvez vosse vatche,

L√®s brigands sont dins l’ v√ęladje.

Le personnage de la grand-m√®re, on le constate, est fr√©quemment associ√© √† l’id√©e m√™me du grand feu.

 

II L’homme de bois, le vieil homme de bois

 

On songerait d’embl√©e √† expliquer cet homme de bois par la notion de mannequin. Mais les dialectes locaux traduisent mannequin par orne de strin, homme de paille.

Le folklore religieux de Jodoigne nous fournit un √©l√©ment √† retenir. Henri desneux, dans son ouvrage Le Brabant wallon, sous la rubrique Jodoigne, √©crit ceci : ¬ę Dans l’√©glise Saint-M√©dard, il y a une statue de saint Aubin [lire sint Haulin, Hadelin] en bois, appel√©e le ‘ Vieil homme ‘. Des b√©b√©s en cire blanche sont d√©pos√©s aupr√®s d’elle en ex-voto. On y conduit les enfants grincheux, m√©chants et pleurni¬≠chards… ¬Ľ

(p.25) Aujourd’hui, la statue a disparu mais plusieurs t√©moins m’ont encore parl√© de ce culte qui s’accompagnait de rites particuliers.

 

III. Réchauffer

 

Le verbe r√©chauffer nous para√ģt capital dans le message des rimailles. Une quadruple confluence semble se manifester si nous prenons la peine de replacer les √©l√©ments dans leur contexte.

 

1. Contexte folklorique d’abord. Ces rimailles, qui servent de formule de qu√™te pour le grand feu, sont nombreuses et g√©n√©rales. Nous en avons r√©uni la collection √† peu pr√®s compl√®te pour les cantons de Jodoigne, de Wavre, de Perwez, ainsi que pour les communes des cantons de Waremme, de Huy, de Namur et de Nivelles qui se trouvent en bordure des cantons pr√©cit√©s.

Cela nous offre une vue d’ensemble du ph√©nom√®ne que nous ne pourrions avoir par les seuls d√©tails que nous donnent les trente-cinq communes ldu canton de Jodoigne.

Roger pinon, dans son Analyse morphologique des feux de Car√™me dans la Wallonie occidentale (*), nous rapporte diverses versions populaires relatives √† l’origine du grand feu. Celle-ci, notamment : J√©sus qui s’√©tait attard√© au Temple avec les docteurs, √©tait cru perdu. Ses parents, qui le croyaient dans la campagne ou le d√©sert, avaient allum√© des feux pour lui permettre de s’orienter, de ¬ę se retrouver ¬Ľ.

De l√†, les rimailles locales que nous avons not√©es juste en bordure de l’aire du canton de Jodoigne :

 

(1) Annuaire   XIII   de   la   Commission   royale   belge   de   Folklore, pp. 81-184.

 

(p.26) Une djaube d√ę strin po r’trover l’ Bon Di√® (Boneffe Na 3, Branchon Na 4, Chaumont-Gistoux Ni 63)¬†:

… pour retrouver le petit J√©sus

qui s’√©tait perdu¬† (Grez-Doiceau Ni¬† 12).

Ajoutons ce d√©tail : √† Orbais (Ni 96), lors de l’embra¬≠sement du grand feu, les assistants criaient (en fran√ßais) :

Le feu est allumé :

Le petit Jésus est retrouvé !

Cette l√©gende est pr√©sente dans la conscience des habi¬≠tants de plusieurs communes du canton de Jodoigne (Enines, Jauche, Marilles notamment), mais ne s’est pas cristallis√©e en rimaille de qu√™te.

Continuant dans le cheminement de l’imagination popu¬≠laire, nous concevrons que le petit J√©sus, perdu dans la nuit, devait avoir froid : le feu servit √† le r√©chauffer. De l√†, tr√®s naturellement, ces formules :

One dj√Ębe, one dj√Ębe, one dj√Ębe di strin

Po r√®stchaufer l’ Enfant J√©sus¬†

(Lens-Saint-Remy W 48) et, plus précisément :

Ine dj√Ębe di strin, s’ i v’ pl√™t,

Po tch√Ęfer l√®s p√ģds d√® p’tit J√©sus

Qu’ √®st mw√®rt √®t qui n‚Äô vike pus!¬†

(Braives W 62, noté par R. pinon).

 

Le d√©tail des paroles de ces rimailles a son importance. N’est-il pas troublant de trouver encore aujourd’hui une conduite comme celle-ci : Joseph Houart, demeurant au 48, rue de l’Int√©rieur √† Thorembais-Saint-Trond, br√Ľle une botte de paille √† la limite de ses terres le dimanche le plus proche du carnaval. Il dit que ¬ę c’est pour r√©chauffer les pieds des morts et pour chasser les mauvais esprits ¬Ľ.

 

(p.27) 2.¬† Nous trouvons un autre sens du verbe r√©chauffer quand il s’agit d’exprimer l’id√©e de r√©conforter, de faire plaisir. Le grand¬†¬† feu,¬†¬† nous¬†¬† l’avons¬† vu,¬†¬† s’accompagne¬† de¬† la¬† coutume d’honorer les parents d’une visite : cela les r√©conforte, cela les ¬ę fait vivre vieux ¬Ľ, cela leur ¬ę¬† r√©chauffe le cŇďur ¬Ľ.

Cette derni√®re expression n’est pas sollicit√©e pour . la circonstance. Nous la trouvons notamment dans un couplet not√© √† Huppaye, chant√© √† l’occasion de la Saint-Gr√©goire :

Marie-Thérèse, tirez à  boire :

C’est saint Gr√©goire qui vient nous voir !

Tirez de la bonne bière

Et oui bien !

Pour r√©chauffer not¬†¬† cŇďur

Si vous m’entendez bien !

Serait-ce là le sens à donner à la rimaille notée à Linsmeau (Ni 31 ) :

Ine dj√Ębe di strin

Po r’tchaufer l√®s viy√®s djins ?

 

3.¬† L’examen du sch√©ma g√©n√©ral du¬† message des qu√™teurs que nous avons reconstitu√© r√©v√®le des allusions pr√©cises et nombreuses √† la fertilit√©, √† la prosp√©rit√© de¬† l’√©levage, en somme √† la f√©condit√© : de beaux, de bons oignons, du beau chanvre, une belle vache, un beau mouton.

Ailleurs, et dans le canton même, nous trouvons fréquem­ment des allusions à de belles pommes, à de beaux fruits.

A Piétrebais (Ni 11) nous avons enregistré des allusions criées telles que :

One djaube d√ę strin po bin r√©ussi noste aous’ !

et

Sins f√®, on n’ a ni l‚Äô chance d’ oyeu d√®s b√®les r√®coles!

Le feu est le symbole manifeste du réchauffement, du renouveau de la nature, la condition sine qua non de la fertilité.

 

(p.28) 4. On pourrait s’en √©tonner √† bon droit : dans le programme du message de qu√™te, on ne note aucune allusion √† l’amour, au mariage. Or nous savons que le grand feu est par excel¬≠lence la f√™te des amoureux. L’id√©e est loin d’en √™tre perdue dans le canton. Sans doute n’y avons-nous pas not√© la rimaille fr√©quente ailleurs :

Au grand feu l√®s-amoure√Ľs !

(l’absence de rime y est sans doute pour quelque chose : [√® ne rimerait pas avec amoure√Ľs !), mais on a observ√© le rite du saut par dessus les flammes (√† Nodebais notamment), la coutume du soudage (dans le centre du Brabant wallon).

Le renouveau signifi√© et sugg√©r√© par la f√™te du grand feu, du feu nouveau, comme il l’est en certains endroits plus √©loign√©s, la fertilit√©, la f√©condit√©, tout cela ne peut se passer d’expressions ou d’allusions dans lesquelles l’esp√®ce humaine soit int√©ress√©e.

Ne peut-on concevoir que le grand feu qui, en g√©n√©ral, s’oriente vers un encouragement des jeunes aux courtisailles, au mariage, √† la procr√©ation, soit associ√© ici √† un vŇďu connexe mais l√©g√®rement diff√©rent, celui de prolonger quel¬≠que ardeur amoureuse chez les vieux ?

Rappelons, s’il en est besoin, qu’en certaines r√©gions de Wallonie les √©pouses m√©contentes entreprennent de ¬ę faire refondre leur mari ¬Ľ. Rappelons aussi que c’est dans le but de la r√©chauffef que l’on dit que la sŇďur cadette fait ¬ę danser son a√ģn√©e sur le cul du four ¬Ľ si elle se marie la premi√®re.

Et le programme ne recule pas devant la crudit√© de l’expression : r√©chauffer le cul. En wallon, comme en fran¬≠√ßais populaire, le terme cul peut avoir un sens tr√®s large. N’en donnons pour preuve que le wallon tch√īd-cou signifiant nymphomane (DL).

 

(p.29) Un fait aussi m√©rite d’√™tre soulign√© : dans l’aire o√Ļ il est question de ¬ę r√©chauffer ¬Ľ, il y a deux personnages qui peuvent b√©n√©ficier de ce vŇďu : la grand-m√®re, mais aussi l’homme de bois, le vieil homme de bois, l’homme gel√©.

Un mot d’explication est utile et favorable √† notre th√®se.

Être de bois signifie, en wallon, être insensible, être frigide.

On conna√ģt l’anecdote mise sur le compte d’un naturel de Bois-et-Borsu (H 71 ) : une fille qui lui faisait d’ind√©¬≠niables avances finit par lui dire :

Vos-√®stez d’ bw√®s, s√Ľremint ?

A quoi le paysan na√Įf r√©pondit :

N√®ni, dji so d’ Borsu ! (jeu de mots sur √™tre de bois et √™tre de Bois).

Toutes ces images sont très nettes : réchauffer le cul, le vieil homme de bois, le vieil homme gelé. Dans le contexte de la célébration du grand feu, on peut les prendre au pied de la lettre.

Songeons aussi √† cette curieuse image que nous donne desneux du Vieil homme, statue de sint Haulin, entour√© d’une foule de b√©b√©s de cire. Co√Įncidences curieuses, ce vieil homme de bois, cette prolif√©ration de b√©b√©s, et juste¬≠ment √† Jodoigne, foyer de p√®lerinage.

R√©chauffer peut donc √™tre pris dans des acceptions diff√©¬≠rentes : r√©chauffer les pieds, r√©chauffer le cŇďur, r√©chauffer la nature enti√®re, r√©chauffer comme un aphrodisiaque.

 

IV Chauffer

 

Une s√©rie de versions, en minorit√© cependant, parlent de ¬ę chauffer les pieds ¬Ľ, de ¬ę chauffer le cul ¬Ľ.

Comment  justifier  ces  allusions ?

Dans ce cas, c’est un autre fil de l’√©cheveau s√©mantique qui a pr√©domin√©. ¬ę Chauffer les pieds ¬Ľ, ¬ę chauffer le cul ¬Ľ sont des expressions qui rel√®vent du vocabulaire de la sorcellerie, sp√©cialement de sa r√©pression.

(p.30) Parmi les divers supplices qui accompagnaient l’inter¬≠rogatoire, un proc√©d√© courant, un des premiers moyens d’inviter aux aveux consistait √† chauffer, jusqu’√† la br√Ľler, la plante des pieds de l’accus√©.

On a connu, jusqu’au si√®cle dernier, avec, r√©cemment, de sinistres r√©√©ditions, des malfaiteurs qui infligeaient encore ce genre de question √† leurs victimes, d’o√Ļ leur nom de ¬ę chauffeurs ¬Ľ.

Quant √† ¬ę chauffer le cul ¬Ľ l’expression fait √©galement partie du ‘lexique des proc√®s de sorcellerie. M. Jacques beckman ¬†m’a soumis des textes de proc√®s o√Ļ se trouvaient des phrases comme : On te chauffera le cul.

La confusion entre les formes dialectales tch√īfer et r’tch√ī-fer peut devenir fatale si le signifi√© est impr√©cis. Nous avons not√© plusieurs points o√Ļ existe la concurrence des deux verbes : dans l’√©tat actuel de leur emploi, cela ne porte nullement √† cons√©quence.

Une connaissance suffisante du dialecte est n√©cessaire pour enqu√™ter sur ce point. J’ai surpris des √©tudiants qui notaient ¬ę pour tchaufer ¬Ľ alors qu’il s’agissait de ¬ę pou r’tchaufer ¬Ľ.

 

V Br√Ľler

 

Evidemment, avec le grand feu, il s’agit d’un b√Ľcher qui br√Ľle tout, en fait ou symboliquement. Le verbe br√Ľler est moins fr√©quent avec les compl√©ments pieds ou cul. On le trouve plus r√©guli√®rement dans les expressions br√Ľler les grands-m√®res, br√Ľler les vieilles grands-m√®res dans le sens de faire le grand feu.

Le voisinage s√©mantique de br√Ľler avec chauffer et r√©chauffer facilite la confusion : ce genre de litt√©rature orale est, en fait, assez particulier. Il s’agit d’une litt√©rature p√©riodique : elle ne se pratique qu’une fois l’an. Les interpr√®tes (p.31) qui la d√©bitent sont g√©n√©ralement des enfants, dans des moments d’action collective, fort peu propices aux pr√©oc¬≠cupations √©tymologiques ou s√©mantiques!

Contaminations, interf√©rences, interpolations sont imman¬≠quables ; d’autant plus que les enfants n’ont aucune conscience de la symbolique possible de leurs messages.

L’√©tonnant est que nous puissions encore trouver dans cette mati√®re des √©l√©ments susceptibles d’√™tre ordonn√©s logiquement et rationnellement interpr√©t√©s.

S’il faut conclure, plusieurs points de vue doivent nous retenir.

D’un point de vue purement informatif, notre enqu√™te a permis de substituer √† deux ou √† quatre points de l’ALW une aire parfaitement coh√©rente int√©ressant quatorze com¬≠munes du canton de Jodoigne, aire que nous avons nomm√©e ¬ę aire grand-m√®re ¬Ľ.

Ce travail nous a permis d’illustrer dans le d√©tail trois stades de distribution dialectale :

‚ÄĒ une r√©gion divis√©e par une ligne isoglosse, en l’occurrence l’isoglosse /eu – /√®/ ;

‚ÄĒ la m√™me r√©gion, singuli√®rement √©cartel√©e par une dizaine de formes pour d√©signer le ¬ę feu de jardin ¬Ľ ;

‚ÄĒ la m√™me r√©gion transform√©e en une v√©ritable mosa√Įque de formes pour traduire la notion de ¬ę grand feu ¬Ľ. Nous sommes pass√©s successivement de la notion g√©n√©rale de feu avec un minimum de variantes (deux possibilit√©s), √† un usage r√©gional pour d√©signer les feux de jardin (une dizaine de possibilit√©s), puis √† un usage strictement local pour une manifestation folklorique universelle, le grand feu (une quarantaine de possibilit√©s).

 

(p.32) A ce dernier stade, le ph√©nom√®ne de concurrence atteint la plupart des localit√©s : il en est tr√®s peu qui ne disposent que d’un terme pour d√©signer le grand feu.

Un type se manifeste pr√©dominant, le compos√© grand feu qui, dans l’√©tat actuel des choses, n’est ignor√© que de neuf communes sur l’ensemble des trente-cinq qui constituent le canton.

Le probl√®me est le suivant : ces points ont-ils connu un mot de type grand feu pour l’abandonner au profit d’une autre expression ? Ou bien ces points n’ont-ils pas encore √©t√© gagn√©s par la g√©n√©ralisation progressive de grand feu 1

Sans doute manquons-nous de documents pour trancher de fa√ßon d√©finitive : la chronologie n’est pas √©tablie et nous √©chappe. L’√©volution actuelle est nette : la forme de grand-m√®re c√®de le pas √† celle de grand feu en plusieurs localit√©s. En certains points, seuls les octog√©naires connaissent encore grand-m√®res et les sexag√©naires parlent de grand feu.

Quelquefois (√† Z√©trud-Lumay notamment), la forme grand-m√®re a enti√®rement disparu alors que les enqu√™teurs de l’ALW avaient encore pu la noter.

Les neuf communes qui ne connaissent pas grand feu se r√©partissent en trois √ģlots : 9, 14, 15, 16, 17 ; 50, 51 et 45, 64.

Six de ces localit√©s disent grand-m√®re : 14, 15, 16, 17, 50 et 51. Le point 6 et une partie de 14 (Chapelle-Saint-Laurent) rel√®vent de la zone qui dit ‘fou√©e’ ; 45 et 64 disent fouw√ī.

On pourrait imaginer qu’√† un moment donn√©, la forme grand-m√®re ait supplant√©, au point de les gommer enti√®re¬≠ment, des formes ant√©rieures.

Autre question qui ne touche la dialectologie que par des préoccupations étymologiques ou sémantiques : comment en est-on arrivé à donner au grand feu le nom de grand-mère 1

Nous avons la certitude que grand-m√®re n’est pas, √† l’origine, une forme qui ait pu se substituer √† grand feu.

 

(p.33) L’explication doit passer par une expression verbale, souvent formul√©e dans les rimailles de qu√™te. Plusieurs villages n’ont pas encore de mot pour dire grand feu mais expriment l’id√©e de ¬ę faire le grand feu ¬Ľ par la proposition r√©chauffer le cul de la grand~m√®re.

Grand-m√®re, dans l’aire √† laquelle nous donnons son nom, n’est pas senti partout comme un synonyme parfait de grand feu, alors que br√Ľler les grand-m√®res est l’√©quivalent de faire le grand feu.

Pour en arriver √† grand-m√®re, substantif signifiant grand feu, il a fallu passer par un stade ant√©rieur : chauffer, r√©chauffer ou br√Ľler les pieds ou le cul des grand-m√®res.

Il en va diff√©remment dans les quelques villages de l’aire grand-m√®re qui ne connaissent pas la rimaille faisant allusion √† ce personnage, mais celle qui met en sc√®ne un homme de bois. A Huppaye, √† Molembais-Saint-Josse et √† Enines, le terme grand-m√®re s’est introduit par le calendrier, par la fa√ßon de d√©signer la date : le jour des grand-m√®res, aux grand-m√®res, expressions toujours vivantes.

Il est certain que le ¬ę ph√©nom√®ne grand-m√®re ¬Ľ a joui d’une certaine extension qui a d√©pass√© les limites de l’aire actuelle : nous en avons not√© le souvenir √† Jauche et m√™me √† Ramillies.

Quant √† savoir d’o√Ļ vient cette appellation √©trange de grand-m√®re pour grand feu, les auteurs de VALW sugg√®¬≠rent une possibilit√©, celle du mannequin que l’on br√Ľle lors du feu.

Notre commentaire des éléments de la rimaille élargit le champ des hypothèses plausibles.

Il peut s’agir de la cr√©mation figur√©e d’une sorci√®re, la grand-m√®re √©tant souvent suspecte de sorcellerie. Cr√©mation symbolique des mauvais esprits. On ne br√Ľlerait en fait que ce qu’il y a de suspect dans la grand-m√®re.

 

(p.34) Il peut √™tre question aussi, comme le sugg√®re YALW, d’un simple mannequin nomm√© grand-m√®re parce qu’il emprunte le d√©guisement connu sous ce nom dans la r√©gion.

On conna√ģt d’autres exemples de cr√©mation de la grand-m√®re : √† Gespunsart, dans les Ardennes fran√ßaises, tr√®s pr√®s de la fronti√®re belge, on a, jusqu’en ces toutes derni√®res ann√©es, br√Ľl√© la ¬ę M√™me ¬Ľ.

A Maison-du-Bois, hameau de M√©lin, on nous a affirm√© : le mannequin c’est la grand-m√®re ! Mais quel contenu exact donner √† ce terme ? L’√©tiquette ne suffit pas.

Dans la crémation de la sorcière ou de la grand-mère mannequin, nous pouvons ne voir que des accidents si nous envisageons la signification profonde et le contexte général du grand feu, fête du renouveau, manifestation nettement orientée vers la fertilité, la fécondité, les amours et la pro­création.

Nous sommes assez sensible au fait que, dans notre √©troite zone du canton de Jodoigne, nous trouvions justement une grand-m√®re et un homme de bois √† qui l’on applique ce m√™me traitement du ¬ę r√©chauffement ¬Ľ.

Il est enfin un mot dont les autres explications ne rendent pas compte, c’est le mot cul. Il nous semble capital et ne trouve de justification que dans la mission traditionnelle de f√©condit√© du grand feu.

 

Albert doppagne

 

Sigles

 

Canton de Jodoigne :

Ni 3 Hamme-Mille ; 4 Nodebais ; 5 Tourinnes-la-Grosse ; 6 Beauve-chain ; 9 L’√Čcluse ; H Pi√©trebais ; 15 M√©lin ; 16 Saint-Remy-Geest ; 17 Z√©trud-Lumay ; 18 Saint-Jean-Geest ; 19 Opheylissem ; 20 Neerhey-lissem ; 27 Lathuy ; 28 Jodoigne ; 29 Pi√©train ; 30 Noduwez ; 31 Lins-meau ; 45 Longueville ; 46 Roux-Miroir ; 47 Dongelberg ; 48 Jodoigne-

(p.35)

Souveraine ; 49 Huppaye ; 50 Enines ; 51 Marilles ; 52 Orp-le-Grand ; 64 Opprebais ; 65 Incourt ; 66 Glimes ; 67 Jauchelette ; 68 Bornai ; 69 Jauche ; 70 Jandrain-Jandrenouille ; 84 Autre-√Čglise ; 85 Folx-Ies-Caves ; 101 Ramillies-Offus.

 

Les endroits o√Ļ se faisait le grand feu

3¬†¬†¬†¬† Hamme-Mille : ‚ÄĒ Valduc : √† l’ v√īye d’Hame ; ‚ÄĒ aux Clainnes ;

‚ÄĒ¬† √† La Planche, act. rue Ren√© M√©nada.

4¬†¬†¬†¬† Nodebais : 3 feux au moins dont ‚ÄĒ ruwe d√ę d’zos ; ‚ÄĒ au l√™d trau.

5     Tourinnes-la-Grosse  : derrière l’église.

6¬†¬†¬†¬† Beauvechain :¬†¬† ‚ÄĒ¬†¬† La¬†¬† Bruy√®re,¬†¬† ¬ę au¬†¬† plus¬†¬† haut¬†¬† du¬†¬† monde ¬Ľ ;

‚ÄĒ¬† aux Burettes ; ‚ÄĒ au Champ de Wahange.

9¬†¬†¬† L’√Čcluse¬†¬† : ‚ÄĒ √† la Cabourse, en face de la Maison communale ;

‚ÄĒ¬† √† Sclimpr√©, d’ze√Ľ mon Voos’.

14¬†¬†¬†¬† Pi√©trebais : so l’ bw√®s Mago, le bw√®s dri l’√™te ; ‚ÄĒ √† Chapelle-Saint-Laurent, su l’ ti√®ne Ren√ģr.

15¬†¬†¬†¬† M√©lin :¬† au tiyou ; ‚ÄĒ √† Maison-du-Bois :¬† au chavia, al tchamp Gl√īde ; ‚ÄĒ √† Sart-M√©lin, so 1′ tchamp del Glori√®te ; ‚ÄĒ √† Gober-tange, al grosse bosse.

16¬†¬†¬†¬† Saint-Remy¬† Geesl : au pa d’l √† l’auw.

17     ZétruJ-Luniay       : aucun souvenir actuellement.

18¬†¬†¬†¬† Saint-Jean-Geest¬†¬† :¬† ‚ÄĒ¬† al tombe,¬† aus¬† vignes ;¬† ‚ÄĒ¬† Sainte-Marie-Geest, so l’ ti√®ne.

19 Opheylissem : inexistant,

20 Neerheylissem  :  inexistant.

27 Lathuy¬† :¬† ‚ÄĒ au¬† d’ze√Ľ¬† d√®s djaurdins,¬† rue¬† Dessus ;¬† ‚ÄĒ √†¬† Brocui, so¬† l√®s¬† ti√®nes,¬† Haut-Chemin;¬† ‚ÄĒ √†¬† l√ītch’mi¬†¬† (fr.¬† ¬ę√†¬† l’atelier¬Ľ) ; ‚ÄĒ √† Happau, rue de Hemptinne.

28 Jodoigne¬†¬† : ‚ÄĒ √† Molembais-Saint-Josse, au Ch√Ęteau d’eau.

29 Pi√©train¬† : ‚ÄĒ aus Vignes ; ‚ÄĒ Herbais, al tombe.

30¬† Noduwez :¬† ‚ÄĒ aux Ruelles,¬† √† N.-D.¬† de Lourdes ; ‚ÄĒ √†¬† Gollard

(Gol√ī),¬† al tchav√©ye de Dj√īsse ; ‚ÄĒ au¬† Cerisier¬† Saint-Georges, ‚ÄĒ¬† √† Libertange, au tombw√®¬† (al tchap√®le).

31¬† Linsmeau¬† : al brac√Ęte ; ‚ÄĒ a l’angn√™re.

45 Longueville¬†¬† : ‚ÄĒ au Mont d’Incourt, au tr√ģ : ‚ÄĒ √† Grand-Sart, al gr√®gne au saurt ; ‚ÄĒ d’zos-y-√ąche.

46 Roux-Miroir¬† : ‚ÄĒ Patrouwintche, au p’t√ęt tchamp.

47 Dongelberg   : au Pachi.

48 Jodoigne-Souveraine :¬† ‚ÄĒ au¬† Sauvyon : ‚ÄĒ La¬† Bruy√®re,¬† so¬† l√®s b√īkions.

49 Huppaye¬† : ‚ÄĒ a Soctia ; ‚ÄĒ √† Molembais-Saint-Pierre,¬† au Sart le B√Ľcher, so l√®s saurts.

50 Enines   : al brouwère, aus fosses  (sablonnière).

51 Marilles¬† :¬†¬† ‚ÄĒ¬† au¬† castagni ;¬†¬† ‚ÄĒ¬† aux¬† Saules¬† Beneau ;¬†¬† ‚ÄĒ¬† d’ze√Ľ l’ Pirw√® ; ‚ÄĒ au Corbu ; ‚ÄĒ Nodrenge¬† : ‚ÄĒ rouwale d√®s tch√®ts, al cop√®te du Br√ī, amon /’ Plopi ; ‚ÄĒ au Gibet Lamine ; ‚ÄĒ aux Acacias, al cinse Cloutch’ (Gloots).

52 Orp-le-Grand¬†¬† : ‚ÄĒ √† Orp-le-Petit : al v√īye d√® tch√®stia, al cop√®te d√® ti√®ne.

64 Opprebais : ‚ÄĒ sur la Place ; ‚ÄĒ √† Sart-Risbart.

65 Incourt¬† : sur la Place, derri√®re l’√©glise (avant 1914); sur le pont St√©venart (apr√®s 1918).

66 Glimes¬†¬† : ‚ÄĒ rue d Enfer, pr√®s de l’√©glise ; ‚ÄĒ al Tombe,

67 Jauchelette : aux Trois Bonniers, √† l’ qu√®we d√ę tchin.ne, aus bou¬≠chons.

68 Bomal¬†¬† : √† l’ Brouy√®re.

69 Jauche¬†¬† :¬† ‚ÄĒ¬† al¬† Tombale ;¬† ‚ÄĒ¬† sur¬† les¬† Quatre¬† Bonniers ;¬† ‚ÄĒ¬† √† Reneau-Foss√© ; ‚ÄĒ aux Cor√®yes.

70 Jandrain-Jandrenouille : ‚ÄĒ ai k√®rk√Ęte ; ‚ÄĒ √† Jandrenouille.

84 Autre-√Čglise¬† :¬† ‚ÄĒ¬† √†¬† Fagneton ;¬† ‚ÄĒ¬† au¬† Pirw√®,¬† al¬† Campagn√®te ;

‚ÄĒ¬† √† H√©denge, √®dindje.

85 Folx-les-Caves : au Tombois.

101 Ramillies-Offus : ‚ÄĒ √† l’Olande¬†¬† (pr√®s du cimeti√®re); ‚ÄĒ sur la Campagne de Ciney ; ‚ÄĒ aus¬† W√®yas.

 

Jean-Jacques Gaziaux, Parler wallon et vie rurale au pays de Jodoigne, LLN 1987, BCILL 38

 

Le dimanche de Quadrag√©sime, on allumait le “grand feu”.

L√ę pr√ęmi dim√®gne d√ę cwar√®me, c’ √®stot l’ grand f√® √®t l√®s grands mascar√Ędes. Profitant de leur d√©guisement, ces adultes disaient¬† leurs v√©rit√©s aux gens, √ęs foutin’ d√®s-intr√ęgues aus djins.

On conna√ģt aussi le dicton : “Au grand f√® l√®s s√ģses ‘veill√©es’ √® f√® ! “, pace qu√ę l√®s djous ralongu√ęchen√®t.

 

Jean Romain, Fosses, son passé, son folklore, 1949

LE GRAND FEU

 

En 1741, on assurait d√©j√† que la coutume du grand feu remontait √† un temps imm√©morial. Abandonn√© par le Centre (1) le grand Feu se fait dans les hameaux aux environs de la mi- car√™me ; la jeunesse du village r√©colte du bois chez tous les habitants et on forme un b√Ľcher que l’on surmonte souvent d’un mannequin. Les derniers mari√©s ont le privil√®ge de l’allumer le soir, devant plusieurs centaines de personnes ; la musique joue des airs entra√ģnants et le public se lance dans d’inter¬≠minables farandoles, agr√©ment√©es des grimaces et des danses des ¬ę mas¬≠carades ¬Ľ ou gens masqu√©s, tandis que les flammes cr√©pitantes montent bien haut dans le ciel.

 

Gustave Lambiotte, abb√©, Roger Delchambre, Aisemont √† travers les √Ęges, 1972

Grand Feu

 

La journ√©e du premier dimanche de Car√™me est r√©serv√©e √† l’organisation du Grand Feu. Les Chefs de Jeunesse, une fois ^encore, sont t√īt lev√©s pour fignoler les d√©tails. Il convient de proc√©der au ramassage du bois mort et des mati√®res combustibles. La collecte ne pouvant amener suffisamment de mati√®res pour √©riger un b√Ľcher convenable, les Jeunes ont d√©j√† ramass√© ici et l√† des branchages d’ar¬≠bres abattus, des ¬ę coupes ¬Ľ de haies. En cette ann√©e du Centenaire de la commune, le Grand Feu fut notamment aliment√© par les fins branchages des vieux tilleuls de la place, abattus pour faire place aux nouvelles plantations. Ces tilleuls avaient √©t√© offerts √† la commu¬≠ne en 1888, par Mme Malvina Lambot, propri√©taire du ch√Ęteau…

 

(p.138) De tradition aussi, la collecte du bois a lieu t√īt le matin, au son du tambour. L’apr√®s-midi les Chefs de Jeunesse escort√©s par quelques musiciens et des groupes de masques, effectuent le tour du village offrant l’aubade musicale √† tous les √©chos. Le soir, c’est tout un cort√®ge qui se rend au domicile des derniers mari√©s de la localit√© habitant Aisemont. Car ce sont eux qui ont le privil√®ge d’allumer le feu ; c’est pourquoi ils sont amen√©s en grande fanfare aupr√®s du b√Ľcher dress√© au lieu-dit ¬ę Chemin ¬Ľ. Lorsque les flammes commencent √† monter √† l’assaut des branchages, les masques et m√™me les ¬ę civils ¬Ľ souvent nombreux ne manquent pas d’effectuer le tour du brasier en dansant un pas de gigue…

 

Jules Fiv√®z, Istw√™re di Bi√®mer√©ye, √®t di vint‚Äô-de√Ľs-√ītes viladjes d‚Äô avaurci disp√Ľs no√Ľf cints sw√®ssante-quate, avou l‚Äô conco√Ľrs d√®s Bi√®rm√®rw√®s, 1972

 

Li pr√®m√ģ D√ģm√®gne do Car√®me

 

C’ √®-st-ossi 1′ djo√Ľ do grand feu. Tot-au matin, l√®s ma√ģsses di djon.n√®sse avou saqwants-√ītes djon.nes-omes passenut avou in tchaur satch√ģ pa de√Ľs tch’vaus ‚ÄĒ di √ß’ timps-l√† on n’ con√®cheut nin l√®s camions √† mote√Ľr ‚ÄĒ pou ramass√® d√®s fagots, d√®s sp√®nes, do strin √®t tot √ß’ qui br√Ľle. Ossi tanaw√®te d√®s caurs.

A fa√ģt qui l√®s tch√®ret√©yes arivint d’ssus place, √®les-astint disk√®rdj√ģyes √®t l’ k√®dje m√®t√Ľwe √® m√īye pou n’ pus-aw√® qu’ a-z-√ģ m√®te li feu au momint v’nu.

Adon, on f√®yeut 1′ grand feu √®ne an√®ye √† l’ cop√®te do Viladje, l’an√©ye d’apr√®s √† 1′ cop√®te do Fau √®t 1′ trw√®zyin.me an√©ye aus Got√®les.

Li d√ģm√®gne apr√®s non.ne, √† l’ sort√ģye di v√®pes, l√®s masca¬≠r√Ędes ‚ÄĒ pour zias, c’ √®st 1′ d√™rin c√īp d’ l’ an√©ye ‚ÄĒ mwinrn√®s pauzes ma√ģsses di djon.n√®sse, Z√ģr√®te √®t saqwants musucyins, r√®yunichint l√®s mask√©s d’ssus 1′ Place di l’ √ągl√ģje √®t, apr√®s-aw√® fait in rondau, on-z-aleut (p.51) bw√Ęre in c√īp. Dins 1′ cabar√®t, l√®s ma√ģsses di djon.n√®sse dimandint √† chakin di m√®te si paurt dins 1′ bo√Ľsse pou-z-aw√® d√®s caurs pou f√® 1′ to√Ľ d√®s cabar√®ts do viladje en bw√®vant tanaw√®te in p’tit c√īp dins l√®s cias qu’ avint don√® √®ne dringu√®le pou-z-anim√® 1′ fi√®sse.

Susm√®tant, l√®s momans fyint d√®s v√ītes l√®v√©yes oud√ībin d√®s aufes pou bw√Ęre li caf√©, √®t ossi pou l√®s djon.n√®s djins quand is rivenint d√® 1′ to√Ľrn√©ye do viladje. Adon, l√®s galants ramwinrnint chakin le√Ľ com√©re add√© le√Ľs parints oud√ībin is v’nint qw√™ le√Ľ com√©re pour z√®ls √©nn’al√® √®cheune au grand feu, mins apr√®s i√®sse bin r√®gal√©s.

Apr√®s-aw√® fait l’ to√Ľ do viladje, l√®s mascar√Ędes qu’ astint avou 1′ c√īrt√®je ritirint le√Ľ masse pou ‘nn’al√® r’trouv√® l√®s djins qui ratindint add√© 1′ m√īye. Ossi rade qu’ il astint ariv√®s d’ssus place l√®s musucyins djouwint √®n-a√ģr di circonstance susm√®tant qui l√®s d√™rins mari√©s d’ l’ an√©ye m√©tint l’ feu, di plusie√Ľrs cost√®s, √† 1′ m√īye. Dissus 1′ timps qui 1′ m√īye cominceut √† br√Ľl√® Z√ģr√®te tapeut d’ssus s’ tambour √† tot sk√®t√® √®t sins-ar√®t√® ossi longtimps qui l√®s fl√Ęmes astint w√ītes assez pou n’ pupont aw√® d’ fum√™re.

Quand 1′ fum√™re asteut quausumint √®v√īye √®t qui l√®s fl√Ęmes astint w√ītes, l√®s musucyins √®t Z√ģr√®te √® m√®tint in bon c√ī pou f√® dans√® l√®s djins en rondau tot-auto√Ľ d√® 1′ m√īye qui br√Ľleut avou d√®s b√®l√®s w√īt√®s fl√Ęmes. L√®s danse√Ľs n’ ar√®tint nin biac√īp, i gn-aveut bin tanaw√®¬≠te iunk ou l’ √īte qu’ asteut scrans, mins les-√ītes continuwint √† to√Ľrn√®. Si, malure√Ľsemint, il aveut plo√Ľ, i faleut b√©rdachi dins 1′ b√®rdouye, ci qui n’ asteut nin fw√Ęrt agr√®y√Ębe surtout pou l√®s com√©res pace qui, adon, i gn-aveut pont d’ ¬ę mini-jupes ¬Ľ √®t nin r√®quis di moustr√® s√®s djambes trop w√īt. L√®s musucyins n’ ar√®tint nin sovint, mins s’ is n’ djouwint pus ou nin fw√Ęrt assez, Z√ģr√®te ramboucheut √ßa pus fw√Ęrt d’ssus 1′ pia d baud√®t. Li, il aureut fa√ģt moru l√®s danse√Ľs. Quand l√®s fl√Ęmes comincint √† rabach√ģ, √ß’ asteut 1′ momint di vinde l√®s cindes d√® 1′ m√īye qu’ astint vind√Ľwes come √† √®ne pass√©ye. Li cia qu’ aveut tap√® 1′ pris l’ pus w√īt diveneut propi√®ta√ģre do moncia d’ cindes.

Avou l√®s li√Ęrds d√® 1′ vinte, quand 1′ feu cominceut √† dj√īmyi, totes l√®s djins ‘nn’alint bw√Ęre in c√īp avou l√®s ma√ģsses di djon.n√®sse, Z√ģr√®te √®t l√®s musucyins dins l√®s cabar√®ts √®yu-ce qu’on danseut avou 1’ musike d√®s mascar√Ędes oud√ībin avou √®ne viole ou √®n-√Ęrmonica. Au pus sovint, l√®s momans √®t l√®s popas chuyint le√Ľs f√ģyes √®t le√Ľs galants.

Li grand feu asteut 1′ d√™rin djo√Ľ d√®s mascar√Ędes. Li p√Ęrt√ģye asteut r’m√®t√Ľwe √† l’ an√©ye d’apr√®s.

E√Ľre√Ľsemint qui 1′ grand feu a todi continuw√® √®t qu’ aste√Ľre, il est tof√™r bin ancr√®.

 

Eugène Frérard, Mes mémoires et souvenirs d’Ancien Combattant de la Guerre 1940-1945, s.d.

 

(p.10) Lorsque j’√©tais tout jeune et qu’arrivait la p√©riode des grands feux, je me souviens que le samedi pr√©c√©dant la f√™te, L√©once Georgery, avec un chariot attel√© de chevaux, chargeait des d√©chets de bois pour construire un √©norme b√Ľcher. On l’installait au lieu-dit ¬ę La Bruy√®re ¬Ľ, √† une distance suffisamment grande, derri√®re la maison d’Eug√®ne Gosset, actuellement Alfred Lempereur.

La c√©r√©monie du grand feu commen√ßait le dimanche apr√®s-midi. Les chefs de jeunesse, travestis et accompagn√©s de musiciens, faisaient le tour du village pour rassembler les masqu√©s. Vers 8 heures du soir, les derniers mari√©s du village allumaient le feu. Et, sous les sons d’airs entra√ģnants, les musiciens invitaient les masqu√©s √† danser en faisant le tour du b√Ľcher en flammes ; il y avait parfois jusqu’√† une centaine de masqu√©s. Lorsque le feu √©tait √† peu pr√®s consum√©, c’√©tait le bal masqu√© qui commen√ßait et durait jusqu’aux petites heures de la nuit.

Chaque ann√©e, un groupe d’une vingtaine de mascarades venait de Falisolle par le train et la m√™me chose le dimanche suivant pour participer au grand feu de Bambois.

Chaque ann√©e, un groupe d’une vingtaine de mascarades venait de Falisolle par le train et la m√™me chose le dimanche suivant pour participer au grand feu de Bambois.

 

Maurice Chapelle, LI “FOLKLORE” A FOSSES-LA-VILLE

 

IV LES GRANDS FEUS

 

Onk¬† d√®s djalons dins l‚Äô ch√Ľte¬† d√®s¬† djo√Ľs d’ l’ an√©ye,¬† copy√ģ¬† su d√®s payins plis √®t l‚Äôcia d√®s grands feus.

Li “Cartulaire de la commune de Fosses” nos¬† done l√®s-√®splic√Ęcions qui ch√Ľvenut √®t qui fa√ģyenut remonter l’ fi√®sse assez lon dins l’ timps:

1¬†¬† Li¬† “compte communal” di 1682-1683:

” item at estez livrez aux jeusnes hommes pour faire le grand feu, une¬† corde de bois, . . . IIII florins”;

2-  Li cia di 1710-1711:

” Pour une¬† corde¬† de bois livr√©e pour le Grand-Feu. . . .¬† 3,00‚Ä̬†¬† ;

5- Et l’cia di 1751-1752:

” une corde de bois pour le jour du Grand-F’eu , ‚Ķ 4 florins¬†¬Ľ;

4¬† On “recez” do 29 di jul√®t’ 1741 fa√ģt √®tat d’one afa√ģre qu‚Äô a sorvinu au sudj√®t d√®s cindes do grand-feu: ” nous les bourguema√ģtres et Magistrat de la ville de Fosse, ce iourd‚Äô-hui 29 Juliette 1741 sp√©cialisent assemblez par Ponslet, vallet de ville, recordons. . .que de tous temps immemorielle , nous et nos devan¬≠ciers avons donn√©^une corde de bois aux jeunes hommes, chasque ann√©e, le dimanche d’apr√®s les Gendres commun√©ment dit le jour du Grand-Feu que la ditte corde de bois s’est toujours ainay donn√©e pour les diver¬≠tissements et r√©cr√©ations puliques…”

Ci fi√®sse-l√†, da tortos, qu’ on fait disp√Ľ d√®s timps si r√®cul√©s qu’ ont n‚Äô s’ √® sovint pus, √®-st-√®n-am√Ľsemint en rap√īrt avou l’ cr√®chadje d√® l’ lumi√©re do solia; ni di-st-on nin, amon nos-√ītes: ” Au grand feu, l√®s ch√ģjes o feu¬†!¬†¬Ľ

 

Li date¬† candje one mi√®te¬† d’ on viladje √† l’ √īte, mais todi √®le si raprotche do ” quadrag√©sime¬†¬Ľ. On l’ fa√ģt: √† Fosse, Divant su l’ Place do m√Ęrtchi;

A H√īt-Vint,¬†¬† (en f√®vri-m√Ęrs‚Äô), au La√ģd-Pas;

au Banbw√®s, de√Ľs, (en m√Ęrs), onk su l’ dr√ģ do Banbw√®s¬†

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† l’√īte su l‚Äô Place Baudwin;

√® N√®vrumont, i s’ fie√Ľve √† l’ C√Ęri√©re,¬† ast√™ure il √®st dandjure√Ľs d‚Äômeur√© d’dins;

√† Inz√®s-Monts (en f√®vri-m√Ęrs), aus ¬ę¬†Tch’mins¬†¬Ľ;

√† Vi√®tr√ģvau ( en f√®vri),¬† au “Tr√®k√ī”;

au Rou¬† (en f√®vri-m√Ęrs’), √† Sint-Rok;

au Saut-Sint-Lorint ( en f√®vri), au “Tch’min do B√ģj√Ęrt”;

au Saut-√†-Statche¬† (en m√Ęrs’).

 

Comint-ce qui √ßa s’ pratike¬†?

 

Tot timpe, au matin, on tchaur di¬† cinse ou, √† l’ √™ure d’ odjo√Ľrdu, on camion circule dins l√®s reuwes do viladje. Omes, djon.nes-omes √®t √®fants ramassenut fagots,¬† bwaches, botes di strin,¬†¬† fonds d’ gurn√ģs, v√ģys pne√Ľs qui l√®s djins ont apr√®st√© po f√© l’ feu.

A l‚Äô place tchw√®s√ģye po dr√®ss√ģ l’ m√īye, on-z-√®tasse tot √ß’ qu’ on-z-a ramass√© auto√Ľ d’ one pi√®ce¬† qu‚Äô a sovint,¬† √† s’ m√©re cop√®te, on manekin qui r’pr√©sinte l’ ivi√™r. L√®s-organisate√Ľrs m√®tenut on pwint d’ one√Ľr √† √®mantch√ģ d√®s piramides todi pus w√ītes.

A l’an√®t√ģ,tos l√®s mascarades, mwinrn√©s pa l’musike,¬† √®vont au Grand-Feu. Sovint,¬† c’est l√®s d√™rins mari√©s d’l’an√©ye qu’ont l’one√Ľr di bouter l’feu au moncia √† br√Ľler.¬† Po¬† qu’√ßa flame¬† bin,¬† on-a spaurdu dins li strin one mi√®te di p√®trole.

√áa blamet√©ye on pau,¬† flamet√©ye one mi√®te,¬† pw√ģs l’feu prind et blamer.¬† Tot l’monde √®st¬† contint,¬† l√®s djon.nes po√Ľssenut d√®s cris d’dj√īye.

L√®s danse√Ľs s’am√Ľsenut¬† auto√Ľ d√®s bre√Ľjes jusqu’√† √ß’qui cit√®lci si spo√Ľss√®lenut. Adon,¬† on zoub√®le au-d’dize√Ľs¬† do moncia po s ‘garanti d√®s malad√ģyes ou bin po trover on galant ou on mayon. (sic)

Quand tot √®st distindu, on r‚Äôgangne li viladje √®t l’ sw√®r√©ye si porch√Ľt dins-one s√Ęle di danse,¬† on dancing, dire√Ľve-t-on l’ e√Ľre d’ audjo√Ľrdu.

L’ uviêr èst woute  !

 

 

in¬†: Chapelle Maurice, Coup d‚ÄôŇďil sur Fosses-la-Ville, 1941, S.I. de Fosses-la-Ville

(p.37) Les grands feux  :

Un des jalons dans le d√©roulement de l’ann√©e, calqu√© sur des rites pa√Įens, est celui des ¬ę Grands Feux ¬Ľ.

Le¬†¬† ¬ę Cartulaire¬† de¬† la¬† commune¬† de¬† Fosse ¬Ľ¬† nous¬†¬† donne¬†¬† les¬†¬† renseignements suivants, qui font remonter la c√©r√©monie assez loin dans le pass√© :

1.¬†¬† Le compte communal de¬† 1682-1683, signale : ¬ęItem at astez livrez aux jeunes hommes pour faire le grand feu, une corde de bois, IIII florins ¬Ľ.

2.¬†¬† En 1710-1711¬† : ¬ęPour une corde de bois livr√©e pour le Grand-Feu… 3,00¬Ľ.

3.¬†¬† En 1751-1752 : ¬ę Une corde de bois pour le jour du Grand-Feu, 4 flor. ¬Ľ.

4.¬†¬† Un recez du 29 juillet 1741 fait √©tat d’un litige qui survint au sujet des cendres du grand-feu :

¬ę Nous les bourguema√ģtres et Magistrat de la ville de Fosse, ce iourd’hui 29 Juliette 1741 sp√©cialement assemblez par Ponslet, vallet de ville, recordons… que de tous temps imm√©morielle, nous et nos devanciers avons donn√© une corde de bbis aux jeunes hommes, chaque ann√©e, le dimanche d’pr√®s les Cendres commun√©ment dit le jour du Grand Feu. Que la ditte corde de bois s’est toujoursl ainsy domin√©e pour les divertissements et r√©cr√©ations publicques… ¬Ľ.

(p.38)

Cette chaleureuse f√™te communautaire, qui s’accomplit depuis des temps imm√©moriaux correspond √† la croissance de la lumi√®re solaire ; ne dit-on pas chez nous : ¬ę Au grand feu, les ch√ģjes o feu ! ¬Ľ.

Cette date varie,un tant soit peu, d’une localit√© √† l’autre, mais toujours elle se rapproche du quadrag√©sime.

Elle a lieu :

‚ÄĒ¬†¬† √†¬†¬† Fosse : – (Autrefois, sur la Place du March√©), reprise de la tradition en 1981,

–¬† √† Haut-Vent : (en f√©vrier-mars), au Laid-Pas,

–¬† √† Bambois¬† : deux, en mars, sur le Try de Bambois et la Place Baudin (plus en 1980),

–¬† √† N√™vremont : √† la ¬ę Carri√®re ¬Ľ ‚ÄĒ plus depuis une quinzaine d’ann√©es.

‚ÄĒ¬†¬† √† Aisemont : (en f√©vrier-mars), ¬ęAux Chemins¬Ľ;

‚ÄĒ¬†¬† √† Vitrival : (en f√©vrier) au ¬ę Tr√®ko ¬Ľ ;

‚ÄĒ¬†¬† √† Sart-Saint-Laurent : (en f√©vrier), au chemin du B√ģjart (plus en 1980)

‚ÄĒ¬†¬† √† Le Roux : (en f√©vrier-mars), √† Saint-Roch ;

‚ÄĒ¬†¬† √† Sart-Eustache : (en mars).

Quel est le cérémonial de cette manifestation ?

D√®s le matin, un chariot de ferme ou, actuellement, un camion automobile, circule dans les rues du village ; hommes, adolescents et enfants r√©coltent fagots, b√Ľches, bottes de paille, fonds de greniers,vieux pneus destin√©s √† former le brasier. Puis, √† l’endroit r√©serv√© au b√Ľcher, on entasse tout le combustible autour d’une perche qui est souvent surmont√©e d’un mannequin repr√©sentant le Bonhomme Hiver.

Les organisateurs mettent un point d’honneur √† √©riger des pyramides de plus en plus volumineuses.

Au cr√©puscule, conduit par les musiciens, le cort√®ge, form√© de masques et de travestis, se rend √† l’endroit du Grand Feu. Souvent, les derniers mari√©s de l’ann√©e ont l’honneur de bouter le feu √† la meule qui s’embrase sous les cris de joie et d’admiration des participants jeunes et vieux.

Les musiciens jouent leurs airs les plus entra√ģnants et l’on danse de folles sarabandes autour du brasier jusqu’√† la derni√®re lueur du feu. On saute par-dessus les derniers tisons rougeoyants … pour se garantir des maladies ou pour trouver un conjoint.

L’assistance regagne le centre du village et la soir√©e se termine par un bal populaire dans une salle du village.

A Vitrival : maintenant, le samedi suivant le mardi-gras.

Avec le fruit du ramassage du grand feu ¬Ľ, les personnes √Ęg√©es de plus de 75 ans re√ßoivent de la part de la Jeunesse de Vitrival, une b√Ľche et un cougnou √† la No√ęl.

 

Charles Massaux, in : Li Chwès, 7, 2004

Lès Grands feus

 

C’ √®-st-one d√®s pus v√ģyes √®t d√®s pus vikant√®s-√Ľsances dins nosse folkl√īre. Dispe√Ľy d√®s-ans √®t d√®s razans, on-alume√Ľve on grand feu li 24 di jun ou bin au d√ģm√®gne d√®s Brandons.

Au payis d‚Äô Nameur √®t d’avaur-l√†, on a todi fa√ģt on Grand Feu aus Brandons po f√ģ√®ster li fin d’ l’ ivi√™r √®t l’ariv√©ye do bon timps, mins ossi li fin d√®s longu√®s ch√ģjes qu’ on-ave√Ľve vik√© do timps d√®s “nw√Ęrs mw√®s”, di n√īvimbe √† f√®vri. C’ √®-st-insi qu’ a sk√®p√ģ li fw√Ęrt v√ģ spot “Au Grand Feu, l√®s ch√ģjes au feu”. D’apr√®s nos-√Ľsances, on d’ve√Ľve f√© l’ feu li pus grand possibe avou d√®s coches, d√®s fagots ou co d√®s djaubes di strin qu’ on-ale√Ľve qw√™ dins totes l√®s maujones. Sovint, on fie√Ľve li feu todi √† l’ min.me place, su one cr√®sse do viladje, po i√®sse v√®yu do pus lon possibe. Li place √®ste√Ľve lom√©ye on “lieu sacr√©“. On ratinde√Ľve qui l’ n√™t arive po l’ f√© alumer pa l’ ma√ģsse-djon.ne ome, li d√™rin mari√© d’ l’ an√©ye, li maye√Ľr ou co one djin qu’on v’le√Ľve m√®te √† l’ one√Ľr. Quand l’ flame monte√Ľve, l√®s djins s’ pirdin.n li mwin po danser tot-auto√Ľ. D’apr√®s F√©lix Rousseau, l’ √Ľsance v’le√Ľve ossi qui l’ cia qui vw√®t 7 feus, s√®r√® au r’cw√® d√®s macrales √®t d√®s grimancyins on-an au long. I faut saw√® qui, dins totes l√®s r’lijions, li chife 7 √®st sacr√©. √Ä Nameur, dispe√Ľy todi, li feu si fa√ģt su l√®s w√īte√Ľs d’ Boudje, √®t come on-z-√® fa√ģt 6 √ītes: Loy√ģ-Bossim√©, √ąrpint-l√®s-Bluw√®ts, √ąrpint-lis-Cortis, √ąrpint-Bw√®s Wiyame, W√©pion √®t Nameur-Citadelle, l√®s djins √® polenut ve√Ľy 7. √ąt totes l√®s djins sont binaujes d’ i√®sse contin.nes !… Dins l’ v√ģ timps, on fie√Ľve one pass√©ye avou l√®s cindes do Grand Feu. On l√®s staure√Ľve √† l’ campagne po tch√®ss√ģ l√®s rats √®t l√®s soris √®t surtout po-z-aw√® d√®s bon√®s r√®coltes. L√®s v√ģy√®s djins dijin.n’: ‘Quand on rifa√ģt pont d’ Grand Feu, li Bon Di√® l’ fa√ģt “, √ßa v’le√Ľve d√ģre qu’ i gn-aure√Ľve s√Ľremint on-incend√ģye dins l’ viadje do timps d’ l’ an√©ye. On d’je√Ľve ossi qui l’ cia qui potche√Ľve au d’ze√Ľs do feu, √®ste√Ľve au r’cw√® d√®s maus d’ vinte po tote l’ an√©ye… Li Grand Feu d√® l’ Sint-Djan, li 24 di jun, s’ alume√Ľve au momint o√Ļ-ce qui l√®s bl√©s alin.n me√Ľri. On comprind auj√ģyemint qu’ l√®s de√Ľs feus si fyin.n po-z-amwinrner l’ f√®rtilit√© dins l√®s tchamps.

 

 

Province de Namur – Le Grand Feu de Bouge

 

Celui-ci a lieu le 1er dimanche de Car√™me qu’on appelle le “dimanche des Brandons”.¬† Le feu est allum√© √† 19 h 30.

Le b√Ľcher est dress√© au milieu d’un pr√© situ√© au sommet d’une des collines qui bordent la Meuse.¬† De cet endroit, le feu est parfaitement visible dans toute la vall√©e.

Le bois amasse forme une √©norme meule (400 m3) au sommet de laquelle on plante le “Bonhomme hiver”.

Autrefois, les acteurs de la c√©r√©monie du grand feu √©taient toute la communaut√© villageoise. Aujourd’hui, la c√©r√©monie est ani¬≠m√©e par les membres de la Confr√©rie du Grand Feu (groupe de cr√©ation r√©cente).¬† Les “confr√®res” sont v√™tus d’une tunique rouge qui s’a¬≠ch√®ve par-une coiffe pointue qui masque les visages.¬† Sur ce v√™te¬≠ment se d√©tachent des flammes stylis√©es.¬† Ils tiennent √† la main des sortes de flambeaux √† trois branches qui servent √† l’allumage.

 

Un g√©ant de carnaval accompagne le groupe dans ses sorties. Il est v√™tu de la m√™me mani√®re que les membres de Ja Confr√©rie.¬† Il s’agit d’une figuration de don Juan d’Autriche (fils b√Ętard de Charles Quint), qui mourut victime du typhus, dans le camp retranch√© de Bouge, en 1578.

 

La c√©r√©monie a √©t√© pr√©c√©d√©e par des s√©ances de ramassage et de coupes de bois au village de Bois-de-Villers.¬† Le feu est annonc√© par des affiches qui invitent la population √† s’associer √† la pr√©pa¬≠ration en versant une contribution financi√®re.

L’allumage du grand feu est accompagn√© d’une s√©rie d’activi¬≠t√©s annexes (concours de cartes, de travestis, bals populaires), qui attirent la foule en grand nombre.

La coutume du feu √† Bouge ne s’est jamais interrompue, elle a simplement subi une mutation lors de Ja cr√©ation de la Confr√©rie, il y a une quinzaine d’ann√©es.

 

in : EMVW, s.r.

La visite annuelle obligatoire des enfants aux parents et des parents aux enfants

 

Y a-t-il un jour de l’ann√©e o√Ļ les enfants vont obligatoirement manger chez leurs parents? Un jour o√Ļ les parents vont manger chez leurs enfants ?

Cette question figurant √† notre premier questionnaire-recen¬≠sement (t. 2, p. 32/1) a d√Ľ √©tonner bon nombre de nos corres¬≠pondants, √† en juger par leurs r√©ponses. L’adverbe obligatoire¬≠ment les a particuli√®rement intrigu√©s. Il √©tait cependant essen¬≠tiel, comme on va le voir.

La plupart nous ont r√©pondu en √©num√©raiit certaines f√™tes de l’ann√©e qui sont, pour les membres d’une famille, une occasion de se r√©unir ou, simplement, de se faire visite : le nouvel an, les Rois, la ducace, le repas qui suit l’abatage du cochon.

Notre question visait un cas beaucoup plus digne d’√™tre √©tu¬≠di√©, √† raison de l’id√©e d’obligation imp√©rieuse qui s’y attache.

Voici comment, dans la province de Namur, des personnes √Ęg√©es nous avaient expos√© cette coutume que les anciens consi¬≠d√©raient comme un devoir ne pouvant √™tre transgress√© √† aucun prix : le jour du Grand Feu (premier dimanche du car√™me), les enfants sont tenus de se rendre chez leurs parents, m√™me s’ils habitent tr√®s loin de ceux-ci, et ils sont oblig√©s de manger √† la table paternelle, ne f√Ľt-ce qu’un morceau de pain. A la Laetare, les parents ont la m√™me obligation envers leurs enfants.

Dans beaucoup d’endroits, au cours de nos enqu√™tes, nous avions constat√© que cette coutume √©tait compl√®tement inconnue. Il nous a donc paru tout indiqu√© de proc√©der √† vin recensement en vue d’√©tablir l’aire de diffusion de cette r√®gle.

Ce recensement nous a tout d’abord appris que l’obligation familiale en question √©tait inconnue dans le Hainaut, le Bra-bant wallon, la province de Luxembourg, les arrondissements de Li√®ge, Verviers et Philippeville.

En revanche, noxis avons trouvé la visite obligatoire aux parents et aux entants bien établie dans les arrondissements de Namur (Boneffe, Gembloux, Naninne); de Dinant (région de Ciney, Custinne, Mohiville) et surtout de Huy (Antheit, Ferrières, Huccorgne, Marchin, Nandrin, Ramelot, Tihange, Warzée). Le phénomène se trouve ainsi parfaitement localisé : sur les 14 endroits repérés, 10 appartiennent au Condroz et 4 se trouvent en Hesbaye méridionale, à proximité du Condroz.

 

L’aire de diffusion constitue un √ģlot enti√®rement entour√© de r√©¬≠gions wallonnes dans lesquelles, d’apr√®s les renseignements re¬≠cueillis jusqu’ici, rien de semblable n’existe.

Nous indiquons sur une carte les premiers résultats de notre enquête. Nos correspondants sont invités à nous fournir toutes indications qui pourraient nous permettre de la compléter ou de la corriger.

La coutume dont il s’agit appara√ģt donc comme limit√©e au Coudroz, r√©gion qui a particuli√®rement bien conserv√© ses mŇďurs propres. On sait qu’elle est habit√©e par les descendants du peuple conduise, que Jules C√©sar appelait Condrusi. Il est per¬≠mis de supposer que cette obligation familiale remonte aux Coudruses et qu’elle avait primitivement un caract√®re religieux destin√© √† conserver le lien sacr√© unissant les enfants aux pa¬≠rents. Elle s’est transmise, de g√©n√©ration en g√©n√©ration, √† nos contemporains, qui en ont simplement retenu le caract√®re imp√©¬≠ratif.

A quels malheurs s’expose-t-on si l’on transgresse cet ordre myst√©rieux? Aucun de nos correspondants ne nous l’a r√©v√©l√©. Nous avons, d’autre part, recueilli quelques renseignements qui m√©ritent d’√™tre consign√©s.

Tout d’abord, voici la formule exacte qui sert √† exprimer l’obligation de la visite aux parents : ¬ę Au Grnnd Feu, on r-vint d’s√®t’ ‘e√Ľres long et d’s√®t’ e√Ľres laudje magn√ģ l’pwin di s’p√©re √®t di s’m√©re ¬Ľ = ¬ę Au Grand Feu, on revient de sept lieues √† la ronde pour manger le pain de son p√®re et de sa m√®re. ¬Ľ (Com¬≠munication de M. Ghislain Lefebvre, orig. de Custinne.)

¬ę Cette belle coutume est encore tr√®s suivie, nous √©crit notre confr√®re M. l’abb√© Guillaume Boniver, cur√© de Warz√©e, qui ajoute : Si les parents sont morts, on va chez l’a√ģn√© des enfants. ¬Ľ

I,a visite des parents chez leurs enfants a lieu à la Laetarc, exactement trois semaines après le Grand Feu.

Notre confr√®re M. Ad. Schoenmaekers (Huy) a recueilli cette d√©claration de sa tante, Mme Ad√®le Minet-Paquot, n√©e en 1861, ayant pass√© son enfance √† Antheit : ¬ę Au Grand Feu, les enfants vont obligatoirement chez leurs parents manger d√®l vote (= des cr√™pes). A la Laetare, les parents vont manger chez leurs enfants. Si on a tu√© le cochon, on aura r√©scnf pour cette occa¬≠sion le foie ou le cŇďur. Sinon, on r’f√™t co d√®l vote (= on fait de nouveau des cr√™pes), i

Suivant les endroits, les gaufres ou les cr√™pes constituent, en effet, la p√Ętisserie traditionnelle que l’on mange le jour du Grand Feu. Mais nous n’avions jamais rencontr√©, avant la rela¬≠tion de Mme Minet, l’usage consistant √† r√©server le foie ou le cŇďur du porc pour les manger √† la Laetare lors de la visite des parents. S’il ne s’agit pas ici d’une tradition isol√©e, propre √† une famille, il semble que nous nous trouvions devant une antique prescription religieuse ou magique. Nos correspondants nous obligeraient en nous signalant tout fait analogue dont ils auraient connaissance.

 

in : Entre vêpres et maraude, L’enfance en Ardenne de 1850 à 1950, Musée en Piconrue, Bastogne, 2008

 

Joseph Calozet

 

(p.36) (Le Grand Feu)

Le dimanche du Grand Feu, m√©morable √©v√©¬≠nement, tous les gar√ßons charrient des fagots et de la paille qu’ils rassemblent l√†-bas bien haut au Champ des Corbeaux pour y dresser entre v√™pres et salut une grande meule de bois. Avant la tomb√©e de la nuit, on y boute le feu.

¬ę Tot d’ on c√īp, one blam√©ye monte, l√®tche l√®s fagots √®t d√Ęre √† l’ cop√®te do monc√™, tins qu’ l√®s djon.nes-omes √®t l√®s gamins zoubl√®t auto√Ľ, a criyant √®t a s’ mostrant bin lon apr√®s Rotchefw√Ęrt √®t apr√®s Mo√Ľse l√®s grands feus, √®t a d’jant : “L√®s ch√ģjes o feu !”. L√®s bon√®s v√ītes qu’ on fa√ģt √ß’djo√Ļ-l√† po sop√® dins totes l√®s maujons ! ¬Ľ

(Soudain, une flamme monte, l√®che les fagots et s’√©lance au sommet du tas, tandis que les jeunes hommes et les gamins sau¬≠tent autour, criant et se montrant bien loin, vers Rochefort et vers la Meuse, les grands feux, et disent : ¬ę Les veill√©es au feu ! ¬Ľ – Les bonnes cr√™pes qu’on fait ce jour-l√† pour souper dans toutes les mai¬≠sons !) (PMM 70).

 

Rochefort au début du siècle

A la sortie de l’hiver, les “feux” rassem¬≠blaient la jeunesse. C’√©tait d’abord

“A l’ tch√®raude, Mar√ģye Maraude,

“El ci qui vout, apwate one djaube”,

un feu de proportion r√©duite, suivi du grand feu du premier dimanche de Car√™me. A cette occasion, les souhaits de mariage √©taient proclam√©s, qu’ils fussent logiques, attendus ou fantaisistes:

“Sowa√ģt! Sot√ģye! Bon mariadje si Dieu l√ģ pla√ģt!”

 

Pierre STANER

in: ROCHEFORT au d√©but du XXe si√®cle, Cercle Culturel et Historique de Rochefort, A.S.B.L. Cahier n¬į 9 – Rochefort 1975.

 

(VA, 11/03/2019)

Lès grands feus o payis d' Nameur (Les grands feux au pays de Namur)

(in: Louis Verhulst, Glossaire d’Arsimont, √©d. par Julie Servotte, p.275-278)

Ache (à-y-Ache) (Aische-(en-Refail)) - grand feu avou lès Pièrots

(2010)

(VA, 14/02/2013)

Andène (Andenne ) - grand feu

(in: Wallonia, 1900)

Aule (à-y-Aule) (Alle(-sur-Semois)) - grand feu

(VA, 19/03/2012)

B√®le-Fant√©ne (Bellefontaine) (B√ģve / Bi√®vre) - grand feu

(VA, 24/03/2010)

Bièmeréye (Biesmerée) - grand feu

(colècsion / collection Renée Donot)

(VA, 27/02/2013)

Bieume (Biesme) - grand feu (vA, 26/02/2007)

Boudje (Bouge) - li grand feu

(1978) 

(2009)

(2012)

li Confr√®r√ģye do Grand Feu d’ Boudje (la Confr√©rie du Grand Feu de Bouge) (VA, 13/02/2013)

(VA, 18/02/2013)

one sadju dins l' Brabant (quelque part dans le Brabant) - li fèwéye (le grand feu)

(Ad. Mortier, in: Le Folklore Brabançon, oct. 1925, p.86-87)

Bra√ģbant (Braibant) - grand feu

(2010)

Condro-Faumène (Condroz-Famenne) - grand feu èt tchèraude

(in: Groupe Regards et Souvenirs, Des gens d’ici racontent, Douze villages entre Famenne et Condroz eu d√©but du /XXe/ si√®cle, T1, s.d.)

C√īr√®ne (Corenne) - grand feu

(VA, 07/03/2013)

(VA, 08/03/2013)

Couvin - grand feu

(in: Wallonia, 1902)

Djodogne (Jodoigne) - grand feu

(in : Le Folklore Brabançon, déc. 1930)

Djon-l'-Mont, Djon-l'-Vau (Dion-le-Mont, Dion-le-Val) - grand feu : li grand fèyau

(in: Le Folklore Brabançon, 87-88, 1935-1936)

√Čm√®ne (Emines) - grand feu

(VA, 03/02/2009)

F√Ęrjole (Falisolle) - grand feu avou l√®s T√®t√Ęrds

(2010)

(VA, 13/02/2010)

G√īd√®ne (Godinne) - grand feu

(VA, 08/03/2013)

Grand-Rosêre (Grand-Rosière) - grand feu

(in: Le Guetteur Wallon, 2, 1928)

Hanrèt (hanret) - grand feu

(VA, 16/02/2012)

Harn√ģye (Hargnies) (Payis d' Djiv√®t / Pays de Givet) - grand feu

(in: Pol Lotterie, Regards sur Hargnies, s.d.)

H√īt√īmont (Hotomont) - grand feu

(in: Paul Coppe, Armand Hanet, Notes folkloriques de Grand-Rosière-Hottomont, in: Le Folklore Brabançon, 109-110, 1939)

Hou (Houx) (uw√Ęr / Yvoir) - grand feu

(VA, 07/03/2013)

Inguèzéye (Eghezée) - grand feu

(VA, 02/01/2013)

Inzès-Monts (inzès: dans les) (Aisemont (traduction fantaisiste)) - grand feu

(02/2013) 

(VA, 24/02/2015)

(2016)

Lèfe (Leffe) (Dinant) - grand feu

(s.r.)

Li Banbwès (Bambois) - grand feu

(1991) 

Lièrnu (Liernu) - grand feu

(VA, 16/02/2012)

(VA, 18/02/2013)

Li H√īt-Vint (Haut-Vent) - grand feu

(Jeanne Frérard, Li grand feu)

Loy√ģ (Loyers) - grand feu

(2010)

Maujo (Maison) (Sint-Djuraud / Saint-Gérard) - grand feu

(VA, 23/02/2009)

(VA, 14/02/2013)

Mauyin (Maillen) - grand feu

(2010)

Mazi (Mazy) - grand feu: l√®s Boute√Ľs (d' Feu) (ceux qui sont charg√©s d'allumer le (grand) feu)

(VA, 23/02/2009)

Me√Ľ (Meux) - li grand fouyau (le grand feu)

(Paul Gilles, A propos “d√®l Grand Fouyau”, p.21-23, in:¬†Art et Histoire, Culture, Loisirs de Meux et environs, 4, s.d.)

Grand feu su ... Mo√Ľse √©djal√© ! (Grand feu sur ... la Meuse gel√©e !)

(1929) (s.r.)

M'tèt (Mettet) - grand feu

(VA, 28/02/2013)

(2011) 

Naudjumont (Agimont) - grand feu

(VA, 22/02/2012) (on pauvrite√Ľs grand feu / un ‘grand feu’ tr√®s pauvre (en imagination et en animation))

On.aye (Onhaye) - grand feu (VA, 22/02/2012)

Pontauri (Pontaury) - grand feu

(VA, 02/1998)

(2010)

P't√®gn√ģye (P√©tigny) - grand feu

(VA, 14/02/2013)

à 'Rmèton (à Ermeton(-sur-Biert)) - li tchèsse aus macrales (la chasse aux sorcières)

(VA, 11/02/2002)

(id.)

(VA, 11/02/2002)

(VA, 23/02/2009)

Tchan-Djé (Saint-Jean-Geest) - grand feu

(in: Folkore Brabançon, déc. 1922)

Uw√Ęr (Yvoir) - grand feu

(VA, 18/03/2013)

(in:¬†Jacques¬† Brilot, L’entit√© d’Yvoir au XXes, 2004)

André Bosmans - li grand feu (le grand feu)

Vêr-Custène (Ver-Custinne) - grand feu

(in: Notes folkloriques sur Ver-Custinne, Le Guetteur Wallon, 1935-1936)

 

1.4 L’ √®s’-walon/ L’est-wallon

craus-maurdi / mérkidi dès Cènes - pitits feus (mardi-gras / mercredi des Cendres - petits feux)

li macrale èt l' grand feu

(in: Wallonia, 1901)

PROVINCE DE LIEGE

 

La manifestation, connue en Wallonie sous le nom de Grand Feu (“Grand fouw√Ę” ou “Grand fouw√Ęr” dans la Province de Li√®ge), et appel√©e “Burgsonntag” dans la r√©gion de langue allemande, a lieu le dimanche de Quadrag√©sime √† Argenteau, Bellevaux-Ligneuville , Cornesse, Dalhem, Faymonville, Jalhay, La Gleize, Malmedy, Rahier, Robert ville, Saint-Vith, Sart, Spa et Trois-Ponts. Le Grand Feu a √©t√© d√©plac√© au deuxi√®me dimanche de Car√™me √† Hannut . Enfin, Limbourg et Trembleur le c√©l√®brent au Laetare.

 

Exemples de grands feux en province de Liège

 

ARGENTEAU : LE GRAND FEU

Le Grand Feu a lieu à Argenteau le dimanche de la Quadragésime.

 

Bellevaux-Ligneuville (Province de Liège) à 5 km environ de Malmédy.

 

DALHEM : LE GRAND FEU

Le Grand Feu de Dalhem a lieu le dimanche de la Quadragésime.

 

LA GLEIZE : LE GRAND FEU

Le Grand Feu de la Gleise a lieu le dimanche de la Quadragésime

 

LIMBOURG : LE GRAND FEU

Le Grand Feu se célèbre à Limbourg le dimanche du Laetare

 

ROBERTVILLE : LE GRAND FEU

Le Grand Feu de Robertville a lieu le dimanche de la Quadragésime

 

TROIS-PONTS : LE GRAND FEU

Préparé la veille, le Grand Feu à lieu à Trois-Ponts le dimanche de la Quadragésime

 

Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005

Puisque nous parlons de cette coutume, ajoutons que le premier

dimanche de car√™me s’appelle Djo√Ľ d√®s fouwas ou Djo√Ľ d√®s grands fe√Ľs parce que, dans l’apr√®s-midi de ce jour, on √©levait partout d’immenses feux de joie. Les jeunes gens et les enfants dansaient et chantaient autour de ces feux. Le dernier fouwa allum√© √† Li√®ge a √©t√© celui du Thier-√†-Li√®ge.

Les grands feux s’allumaient, autant que possible, sur des hauteurs ou dans des

lieux d√©couverts. Les jeunes filles de la campagne avaient la croyance qu’elles seraient heureuses en m√©nage, si elles parvenaient √† trouver un endroit d’o√Ļ l’on pouvait distinguer sept feux.

 

(p.5) Dans certaines localit√©s, elles sautaient au travers du feu. Si elles ne se br√Ľlaient pas, elles avaient la conviction qu’elles feraient, dans l’ann√©e, un heureux mariage.

Mais revenons aux soirées de carnaval.

Dans les rues circulent les masques, poursuivis par le cri célèbre:

Ch√®rio-yo que les auteurs du voy√®dje di Tch√ītontinne n’ont eu garde de laisser tomber dans l’oubli. Le voici tout entier, tel qu’il r√©sonnait aux oreilles li√©geoises :

Chèryo-yo! mayo

Qu’ a magni (1) l’ tch√Ęr fo√Ľ d√® pot,

bouyon èt tot

 

Variante: (1) Qu’a houm√©

 

Mathy-Loxhet et le grand feu, Touring Mars 1999, p.32

 

A Spa, lors du grand feu: incin√©ration de “Mat√ģ l’ Oh√™“.

Egalement √† Cr√®pe (Sp√Ę): grand feu avec la condamnation de Mat√ģ-l‚Äô Oh√™.

Jadis, on enterrait solennellement un os de jambe li d√ģm√®gne do grand fe√Ľ.

A Li√®ge, le 16 ao√Ľt: Mat√ģ tire son nom de l‚Äôos de jambon qu‚Äôon enterrait avec faste pour marquer la fin de la f√™te.

 

SPA – L’INCINERATION DE “MAT√é L’ OH√ä”

 

Au dimanche de Quadrag√©sime, √† Spa, c’est le cort√®ge qui est privil√©gi√©. Ce v√©ritable spectacle, tr√®s original, reprend une ancienne coutume li√©geoise. Le personnage central, “Mat√ģ Loh√®t” est le symbole du Carnaval. Son nom vient de ce que, jadis, on enterrait solennellement un os (oh√™) de jambon.

L’Harmonie ouvre le cort√®ge, et joue une marche fun√®bre. Mat√ģ l’ Oh√™ qui porte masque, est habill√© aux couleurs de: la Belle Equipe mi-bleu, mi-or et promen√© sur son char dans toute la ville.¬† Les membres de la Belle Equipe en habit noir et haut-de-forme l’accompagnent au lieu de son supplice.¬† A l’entr√©e du Parc de Sept Heures, Mat√ģ l’ Oh√™ est condamn√©, apr√®s un jugement sommaire, √† √™tre br√Ľl√© vif. Il est coupable d’avoir, pendant les jours gras, entra√ģn√© les Spadois √† de folles d√©pen¬≠ses. Il est ensuite men√© au Rond-Point au milieu duquel se dresse l’ins¬≠trument de son supplice, r√©alise la veille. Le feu est mis √† ce b√Ľcher d√®s que Mat√ģ l’ Oh√™ y a √©t√© pendu. Il ne tardera pas √† s’effondrer dans les flammes, d√©clenchant les rires et les cris de joie. Avec lui, c’est tout un hiver qui p√©rit, laissant la place au printemps.

 

Folklore de la v√īte

 

Cette faveur des v√ītes explique que ce soit un mets calendaire tradi¬≠tionnel.

A Verviers, c’est le jour des grands feux qu’on fait les v√ītes pour les enfants qui vivent au loin et qui viennent rumagni l’ pan d’ le√Ľ p√©re ¬ę remanger le pain de leur p√®re ¬Ľ (d’apr√®s ¬ę Fr√© Cougnou ¬Ľ IV, 1903, 197, p. la) ; Joseph Calozet signale les votes du grand feu dans un texte en dialecte d’Awenne publi√© par Oscar Lacroix dans Nous, sous le casque d’acier, 1929, p. 73.

 

in : Vanderschaeghe Michel, Stavelot, C’était au temps du 19e siècle, Bibl. communale, 2003

 

(p.22) Carnaval – Interdiction

 

Du 9 vent√īse (lundi 27 f√©vrier) L’administration municipale voulant assurer la tranquillit√© et le re¬≠pos publics, arr√™te :

1. De faire défendre à tout individu quelconque de se masquer pendant les journées des carnavals, la tranquillité publique exigeant cette mesure de police.

Les masqu√©s seront arr√™t√©s et punis d’apr√®s la loi.

2. Tout particulier qui sera trouvé dans les cabarets après dix heures du soir, chantant, criant, tapageant ou sonnant des jeux de hasard, sera arrêté et puni.

3. Le Commandant des Dragons cantonn√©s ici sera invit√© √† tenir l’Ňďil et √† veiller que le pr√©sent arr√™t√© soit strictement ex√©cut√©.

4. Le présent avis sera publié et affiché pour que personne ne puisse prétendre à son ignorance.

 

Grands feux sur les places publiques

 

Du 15 vent√īse (dimanche 5 mars) L’administration municipale consid√©rant qu’un ancien usage est √©ta¬≠bli dans la commune de Stavelot √† faire des feux dans les places publiques le dimanche apr√®s le car¬≠naval,

Consid√©rant que cet usage est tr√®s vicieux et qu’il est surtout dangereux dans un temps de s√©cheresse et de grand vent, arr√™te :

1.   Il est strictement défendu, à tout particulier de faire des feux dans les places publiques et autres endroits le dimanche après le carnaval et dans aucun autre temps.

Tous ceux qui seront trouvés faisant des feux sur les places seront condamnés à une amende égale à la valeur de douze journées de travail et de­vront payer les dommages occasionnés par ces feux.

 

La tannerie à Stavelot à la fin du XIXe et au début du XXe siècle

Etude dialectologique

Condens√© d’un m√©moire de licence en philologie romane (Universit√© de Li√®ge, 1973)

in : PSRM, 11, 1973-74, p.31-82

 

(61) L√®s banses-chi√®vr√®sses √©taient des mannes en osier ou en saute, de forme cylindrique, qui servaient √† manipuler l’√©corce moulue et qui pouvaient contenir environ vingt kilos. Tant √† Stavelot qu’√† Malmedy (cf. Fr√© Alfonse, op. cit., p. 12), elles √©taient recueillies pour servir √† l’√©dification des grands feux, √† Stavelot le dimanche apr√®s le carnaval, √† Malmedy √† la veille de la f√™te de saint Martin (10 novembre). Ces b√Ľchers √©taient √©difi√©s sur toutes les hauteurs de la ville, au Roubdaudoub, √† H√©numont (H√ģn√Ľmont), √† Wanne (W√®ne), sur les Iles (so l’s-√étches) et √† Parfondruy (Porfonru). Cette manifestation, de nos jours, a toujours lieu √† Parfondruy et il s’agit toujours d’y br√Ľler la macrale (ou madj√®ne) afin d’√©loigner le mauvais sort du village. Voy. fig. 20.

 

(64) Les blancs ramons du l’ t√®ner√®ye √©taient de grands balais faits d’un manche en bois, lu quawe du ramon (cf. ¬ę t’ √Ęr√®s du l’ quawe du ramon¬Ľ, tu vas te faire rosser), et de jeunes pousses de bouleau √©corc√©es (l√®s rin.mes ou l√®s coh√®tes du b√®yaule) ; ces pousses mesuraient environ 50 centim√®tres pour 1.50 m√®tre au manche. Us√©s, ils pre¬≠naient le nom de strouk (cf. Fr√© Alfonse, op. cit., p. 23 : stokous ramons √† Malmedy) et √©taient recueillis, tout comme les banses, pour servir √† l’√©dification des grands feux.

 

Cf. les spots stavelotains : Qwand qu’ on n’ f√©t nin l‚Äô grand fe√Ľ, c’ √®st l’ Bon Dju qui l‚Äô f√™t,

c’est-√†-dire que, si on ne br√Ľle pas la macrale, il y aura un incendie dans le village.

Qwand l‚Äô √™r vint m√Ę √Ę grand fe√Ľ, i vint m√Ę l√®s tre√Ľs qw√Ęrts du l’an.

C’ √®st d’ wice quu toume lu madj√®ne quu vinr√® l‚Äô √™r tote l’ an.n√©e.

 

André RENARD.

 

Province de Luxembourg

 

La tradition du Grand Feu est rest√©e vivace dans la partie ardennaise. A la nuit tomb√©e, des feux s’allument le 1er dimanche de Car√™me dans de nombreux villages : Durbuy, Rochehaut, Amberloup, Bras, Dochamps, Erez√©, Harre, etc…, et le dimanche de.la mi-car√™me √† Bande et Laroche.

Toutefois, la r√©gularit√© de ces manifestations est loin d’√™tre constante, ce qui emp√™che la constitution d’une liste compl√®te et pr√©cise.

Bien de ces feux ont √©t√© remis en honneur r√©cemment.¬† Ils ne rassemblent en g√©n√©ral, que la communaut√© villageoise et ne cher¬≠chent pas √† drainer les spectateurs “√©trangers” par des manifesta¬≠tions parall√®les.¬† Le rituel y est respect√©, quoique souvent sim¬≠plifi√©.¬† Les enfants et les jeunes y jouent un r√īle important, en-trainant les adultes dans de joyeuses farandoles jusqu’√† l’extinction du feu. A la lumi√®re des derni√®res flammes, on d√©guste les “v√ītes” (cr√™pes) et on se r√©chauffe en absorbant quelques “gouttes” (verres d’alcool).

Une coutume originale: √† Harre, lorsque le feu perd de son ardeur, les spectateurs se maquillent √† l’aide des cendres, essayant en m√™me temps de noircir les visages des autres.

 

Henry Ren√©, Hirade, Hirate, Churode… en attendant le grand feu!, Annonces de l‚ÄôOurthe, 04/03/1999

                                     

Cette semaine, j’ai recueilli deux t√©moignages √† propos de cette tr√®s ancienne coutume des Petits Feux.¬† Le Cornet, de Deign√© qui me demandait quand ils √©taient allum√©s, car elle se souvenait que son papa en allumait un dans la cour, quand, petite fille, elle habitait Kin. (‚Ķ)

M. Max-L√©on Jadoul qui, aujourd’hui, habite Arlon¬†:

¬ę¬†Le soir du Mardi-Gras, √†¬† Scry (Villers-le-Temple), m’√©crit-il, devant chaque ferme, un tas de paille √©tait enflamm√© alors que les amis et voisins faisaient cercle autour du foyer.¬† Quand les flammes s’apaisaient, hommes et femmes, jeunes et vieux sautaient Joyeusement au-dessus, sous les quolibets et les propos un peu grivois . faisant allusion aux br√Ľlures qui risquaient d’atteindre 1‚Äôintimit√© des joyeuses comm√®res.

Ensuite, le fermier faisait défiler le bétail pour le préserver de tous les maux pour toute une année.

J’ai le souvenir d’une chanson ancienne qui se chantait √† l’occasion de ce feu:

Et l√®vez vosse b√®le djambe √® l’ a√ģr

Et on ve√Ļr√® vosse “campina√ģre”

Et l√®vez vosse b√®le djambe h√īt

Et on ve√Ľr√® vosse pi√Ęno!

 

 

Henry Ren√©, Hirade, Hirate, Churode… en attendant le grand feu!, Annonces de l‚ÄôOurthe, 04/03/1999¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

Le lendemain, c’est le Mercredi des Cendres; le pr√™tre trace une croix noire au front des fid√®les.¬† Nous, les gamins assurions qu’elle √©tait faite avec les cendres de la ¬ę¬†hir√Ęte¬†¬Ľ, mais le cur√© avait une r√©serve permanente avec les restants de braises des encensoirs!

¬ę¬†Hir√Ęde¬†¬Ľ viendrait du wallon ¬ę¬†hirer¬†¬Ľ (d√©chirer) et, ne dit-on pas que l’hiver se d√©chire…. conclut M. Jadoul.

Effectivement, l’√©tymologie la plus g√©n√©ralement admise pour le mot ¬ę¬†hir√Ęte¬†¬Ľ ou ¬ę¬†hir√Ęde¬†¬Ľ ou encore ¬ę¬†churode¬†¬Ľ est bien celle propos√©e par notre passionnant correspondant, mais il m’est arriv√© plus d’une fois de la voir expliqu√©e autrement.¬† Ce petit feu √©tant allum√© le soir du Mardi Gras, derni√®re occasion de faire bombance avant les privations du car√™me, l’appellation m√™me de ces feux √©voquerait plut√īt le fait que l’on venait de manger et de boire √† s’en ¬ę¬†d√©chirer¬†¬Ľ le ventre!¬†

 

L√©on Marquet, Carnavals √† La Roche-en-Ardenne, GSHA, Juin 1979, n¬į10, p.9-15

 

Au grand feu, en certains endroits, on exposait les nouveaux mariés à la fumée. 

A Laroche, ils √©taient expos√©s √† la fum√©e des feux de paille br√Ľl√©e sur la fameuse pierre de la place du March√© (pierre des souffleurs). (= le ‘soufflage’)

 

in : GSHA, 26, 1987, p.37-62

 

LE FOLKLORE MUSICAL ET POETIQUE DE LA REGION SALMIENNE. PREMIERE CONTINUATION

 

(p.57) La vie céremonielle

A Provedroux (Vielsalm), selon ¬ę Le Jour ¬Ľ de Verviers, n¬į du 1er f√©vrier 1978, on disait, probablement le jour du mardi-gras (ou du grand feu ?) :

(p.58)

A l’ chir√Ęde – po l√®s mal√Ędes ;

√ā grand fe√Ľ – po l’s-amoure√Ľs.

Traduction : A la ‘d√©chirarde’ (ou petit feu individuel) pour les malades ; ‚ÄĒ Au grand feu pour les amoureux.

 

MALMEDY – LE DIMANCHE DU”GRAND FOUW√āR”

 

Depuis belle lurette, le”Grand Feu” n’existe plus √† Malm√©dy, le dimanche de Quadrag√©sime. Mais la charmante coutume qui l’accompagnait a subsist√©. Jadis, les jeunes envoyaient des gaufres √† la jeune fille dont ils esp√©raient obtenir les faveurs.

Ces “wafes” √©taient envelopp√©es en de jolis paquets enrubann√©s, et por¬≠t√©es par des gamins. Aujourd’hui, c’est le gar√ßon du boulanger qui appor¬≠te les paquets ce jour-l√†, avec un message, √©crit ou oral, du soupirant. Celui-ci recevra peut-√™tre une r√©ponse de la jeune fille, √† P√Ęques, sous la forme d’oeufs colori√©s, symboles de l’hommage accept√©.

D’autre part, les soci√©t√©s qui ont particip√© au “Cwarm√™” malm√©dien re¬≠prennent souvent, pour leurs membres et leurs amis, le samedi ou le di¬≠manche du “Grand Fouw√Ęr”, les “r√īles” repr√©sent√©s le lundi gras.

Ces reprises sont appel√©es “redditions”.

 

Ama (Amay) - grand feu

(VA, 19/02/2013)

B√™-Mont (Beaumont) - grand fe√Ľ

(Elg√© O viy√®dje di B√™mont, du Rimes √®t d’ Ar√ģm√©s, s.d.)

Bordon (Bourdon) - grand feu

(VA, 21/03/2009)

Bw√®s-Bors√Ľ (Bois-et-Borsu) - grand feu

(VA, 19/03/2013)

Clav√ģr (Clavier) - grand feu

(VA, 05/04/2013)

Comblin (Comblain) - hirêye èt grand feu

(in: Echos de Comblain, 1982)

(id.)

(id., 1981)

(id., mai 1997)

Djalh√™ (Jalhay) - grand fe√Ľ

(in: VA, 22/02/2012)

Dj'h√® (Jehay) - grand fe√Ľ

(VA, 23/03/2013)

Dj√ģve (Gives) - grand fe√Ľ

(VA, 25/03/2019)

Fr√™te√Ľre (Fraiture) - grand fe√Ľ

(VA, 26/02/2013)

H√®rmale (Hermalle) - grand fe√Ľ

(VA, 27/03/2013)

H√®sta (Herstal) - li fe√Ľ d' L√©t√•r√™y (le feu du Laetare)

(in: Herstal, un patrimoine pour une nouvelle commune, s.d.)

Horis' (Xhoris) - grand fe√Ľ

(VA, 26/03/2013)

Indji (Engis) - grand fe√Ľ

(VA, 25/03/2013)

(VA, 08/03/2019)

Langl√ģr (Langlir) - grand fe√Ľ

(VA, 1998)

L√®s-Avins (Les Avins) - grand fe√Ľ

(VA, 30/03/2013)

Li Burnont√ģdje (Burnontige) - grand fe√Ľ

(VA, 13/02/2013)

M√Ęmedi (Malmedy) - grand fe√Ľ

(in: Wallonia, 1904)

M√•rcin (Marchin) - grand fe√Ľ

(in: Paul Ereve, Marchin, mon beau village, 1955, s.p.)

Mi√®rdo (Merdorp) - grand fe√Ľ

(VA, 12/03/2018)

Parfondru (Parfond-Ru) - grand fe√Ľ

(s.r.)

Sol√™re (Soli√®res) - grand fe√Ľ

(VA, 04/03/1993)

Solw√Ęst√®r (Solwaster) - grand fe√Ľ

(VA, 19/02/2013)

Sp√• (Spa) - grand fe√Ľ

(in: Wallonia, 1900)

(VA, 26/02/2013)

St√®r (Ster) - grand fe√Ľ

(in: Wallonia, 1901)

V√®rlin.ne (Verlaine) (Tohogne) - grand fe√Ľ

W√®r√®t-l'-V√®ke (Waret-l'Ev√™que) - grand fe√Ľ

(VA, 12/03/2013)

Was√®dje (Wasseiges) - grand fe√Ľ

(VA, 26/02/2013)

 

1.5 Li s√Ľd-walon / Le sud-wallon

 

Le pays de Bastogne au gré de sa mémoire, 1982

 

L’animation du carnaval s’est √† peine estomp√©e qu’une nouvelle fi√®vre gagne le pays, √† l’occasion des grands feux qui se tenaient g√©n√©ralement le premier dimanche de Car√™me, √† la Quadrag√©sime. La plupart de nos t√©moins bastognards n’ont plus connu les traditionnels grands feux de leur localit√©, tomb√©s en d√©su√©tude √† la veille de la guerre 1914-1918. Par contre, la coutume s’est mieux conserv√©e dans les villages et se maintient encore de nos jours.

Pr√©cisons d’abord que nous n’avons pas relev√© le rite des hir√Ędes, chir√Ędes, sortes de petits feux en pr√©lude au grand feu col¬≠lectif. Nous avons seulement not√© que certaines personnes jugeaient bon, surtout lorsqu’elles ne pouvaient participer au grand feu, de br√Ľler une gerbe derri√®re leur ferme ou leur maison.

La coutume du grand feu cyclique est bien connue. Rappe¬≠lons que dans la semaine qui pr√©c√©dait, les grands enfants et cer¬≠tains jeunes passaient de maison en maison pour obtenir, qui des paquets de coches ‘branches de sapins’, qui des bottes de paille, ou encore des branches de haies r√©cemment taill√©es. Ceux qui n’avaient rien √† br√Ľler offraient de quoi acheter du p√©trole ou une bouteille de ¬ęgoutte¬Ľ.

Les grands feux √©taient g√©n√©ralement dress√©s sur une hau¬≠teur, de mani√®re √† √™tre visibles de tr√®s loin. Certains pr√©tendaient que le nombre d’ann√©es qui vous restait √† vivre √©tait (au minimum !) √©gal √† celui des grands feux que vous aviez aper√ßus ce jour-l√† (Rachamps). A Bastogne, par exemple, plusieurs grands feux se r√©pondaient d’un bout √† l’autre de la ville. Vers 1900, il y en avait √† la Citadelle, au pachis d’ pa l√Ęv√Ę et au pachis d’ pa la-y-√īt. Plus tard, le haut de la ville conserva son grand feu √† la route d’Arlon, le centre choisissant l’endroit de l’actuel terrain de football, et le bas de la ville optant pour le pr√© d’ Conte, pr√®s de la Porte de Tr√™ves.

Les mat√©riaux r√©colt√©s pendant la semaine √©taient amon¬≠cel√©s autour d’une grande perche; au sommet de celle-ci se trou¬≠vait le plus souvent un mannequin qui personnifiait l’hiver finis¬≠sant, mais pouvait aussi repr√©senter les personnes qui n’avaient rien donn√© pour cette circonstance (Wardin, Michamps). Parfois le mannequin √©tait remplac√© par une croix faite avec des brins de paille (Lutrebois), ou par une gerbe (Bastogne). Le grand feu √©tait allum√© le plus souvent par ceux qui l’avaient mont√©, parfois par les derniers mari√©s de l’ann√©e (Bastogne, Livarchamps).

Chants, ron¬≠des et jeux s’organisaient alors et se poursuivaient dans les mai¬≠sons jusque tr√®s tard apr√®s l’extinction du feu. Un des plaisirs pr√©¬≠f√©r√©s √©tait de se m√Ęchurer le visage avec des cendres refroidies et de maquiller de la sorte les jeunes filles. La d√©gustation des votes al b√īk√®te ‘cr√™pes √† la farine de sarrazin’ √©tait de mise ce jour-l√†, sauf si l’on recevait le ¬ęgalant¬Ľ d’une fille de la maison: lui servir des votes √©tait lui signifier qu’il √©tait ind√©sirable. Dans le cas con¬≠traire, on pr√©sentait des beignets.

Si la signification profonde du grand feu n’√©tait plus per¬≠√ßue, le rite avait surv√©cu, entour√© de superstitions. Ne pas y sacri¬≠fier, c’√©tait s’exposer √† d’importantes pertes mat√©rielles dans l’ann√©e, surtout par incendie:

Si on n’ f√™t nin l’ grand feu, li bon Dju ‘nn’ a f√™t ok dins l’an√©e.

‘si on ne fait pas le grand feu, le bon Dieu en fait un dans l’ann√©e’ (Lutrebois, Rachamps). La chute de la per¬≠che √©tait pr√©monitoire: elle indiquait la direction d’une maison o√Ļ il y aurait un mariage dans l’ann√©e (Lutremange, Livarchamps, Hardigny). (p.193) On en tirait aussi une ¬ęremarque¬Ľ m√©t√©orologique:

Come l’ √™r vint l’ djo√Ľr do grand fe√Ľ,

i vint l√®s trwas qu√Ęrts du l’ an√©e.

La direc¬≠tion du vent le jour du grand feu est celle qu’il prendra les trois quarts de l’ann√©e.

 

Grand fe√Ľ

 

Célinie Dourte

 

Tos l√®s gamins f‚Äôjint l‚Äô to√Ľ do viadje po ramasser l√®s coches √®t is f‚Äôjint on grand fe√Ľ.

On f‚Äôjot todi on grand fe√Ľ.

Tos l√®s gamins do viadje si ramassant. Et is vont dins totes l√®s m√Ęjons po-z-av√®er d√®s coches √®t on p√ī do strin po l‚Äô aloumer.

Et il avint bon, savoz. Tos l√®s scol√ģs.

Et is s’ ramassint todi.

Et on f‚Äôjot on b√™ grand fe√Ľ.

Et l√®s gamins courant, don, √† to√Ľr.

Et is s‚Äô am√Ľsant bin.

C’ è-st-one fièsse po lès-èfants, qwè.

Et falot qu‚Äô on wa√ģte √† lu, pace qui l√®s gamins, is sont co bin m√®chants avou l√®s gamines.

Is lès machurant.

 

M. Francard, Traditions populaires au Pays de Bastogne, 1982

 

(p.191) grands fe√Ľs¬†: v√īte √† l‚Äô b√īk√®te

 

¬ę¬† Si on n‚Äô f√™t nin l‚Äô grand fe√Ľ, li bon Dju ‚Äėnn‚Äô a f√™t ok dins l‚Äô an√©e.¬†¬Ľ

 

¬ę¬†√ā grand fe√Ľ, l√®s s√ģses au fe√Ľ¬†!¬†¬Ľ

 

Grand feu à Smu, in: AL, 3/1992

 

Les “Saints Panceaux” iront de maison en maison r√©colter les ingr√©dients n√©cssaires √† la pr√©paration des ‘v√ītes’ et ‘matouf√®t’ qui se d√©gusteront autour du feu.

 

In : Neuvillers 1290-1990,  1990

QUELQUES ASPECTS DU FOLKLORE AU COURS DE L’ANN√ČE (1)

Par Béatrice SAC-MOUZON

(p.138) Le Grand feu

 

Le Grand feu est indispensable, sans qu’on en per√ßoive clairement l’√©l√©ment purificateur √©voqu√© par les folklolistes. Il ¬ęse c√©l√®bre¬Ľ obligatoirement le premier dimanche du car√™me. Par le rite du Grand feu, on √©carte les incendies du village. La preuve par l’absurde en a √©t√© faite √† Recogne avant la guerre de 1940, o√Ļ la pratique du Grand feu avait √©t√© abandonn√©e et o√Ļ deux incendies furent √† d√©plorer en quelques ann√©es.

L’organisation du Grand feu est le fait des gar√ßons en √Ęge d’√©cole primaire. Le d√ģner termin√©, on r√©quisitionne un v√©hicule l√©ger, souvent une siglisse, qu’on pourra tra√ģner √† travers le village et hisser jusqu’au flanc du Rabot. De cette colline, le Grand feu sera vu du village entier, qui n’y participe pas autrement.

Les enfants recueillent de la paille chez les cultivateurs, c’est-√†-dire √† peu pr√®s chez tout le monde, et, chez quelques-uns, un fagot de coches. Selon l’abondance de la r√©colte, on fait deux ou trois fois le trajet village-Rabot, aller et retour. On a froid, on se salit, mais c’est exaltant.

Il faut construite le b√Ľcher avant que ne tombe l’obscurit√©. Des jeunes gens, nostalgiques, se sont approch√©s du chantier et y vont de quelques conseils judicieux pour une bonne assise des divers combustibles.

Mais il est temps pour les gar√ßons de courir, tout essoufl√©s, au salut. Seuls les a√ģn√©s resteront sur la colline pour porter √† temps voulu l’allumette sur le b√Ľcher. Les gens, sortant juste du salut, s’extasient devant la flamme qui rougeoie sur la colline.

De retour à la maison, les enfants dévorent les votes (crêpes), le plat traditionnel en pareil soir, préparées par leurs mamans.

Le Grand feu de Neuvillers est passé par une crise assez semblable à celle du carnaval. Mais sauvés et sauveteurs sont inversés. Dans le cas du Grand feu, ce sont les adultes qui, vers 1980 aussi, sont venus au secours des enfants désemparés.

La t√©l√©vision, la voiture, le football, actif ou passif, √©taient autant de loisirs du dimanche qui concurren√ßaient le Grand feu. D’autre part, suite √† la baisse de la natalit√©, le nombre des enfants avait diminu√©. On manquait de bras, alors que le combustible √† transporter se faisait plus lourd. Fini le temps o√Ļ chaque maison proposait sa botte de paille. La profession d’agriculteur n’est plus repr√©sent√©e que par un foyer sur dix. La paille est rare et ch√®re. Aussi la charrette √† tirer s’encombre-1-elle aujourd’hui de canons, de bois morts, de pneus hors d’usage.

 

Un jour vint o√Ļ les enfants renonc√®rent √† monter sur le Rabot. Ils d√©charg√®rent le combustible dans la prairie devant la Ferme des moines (la Cinse). C’est √† cet endroit que, pendant quelques ann√©es, s’√©leva la flamme du Grand feu annuel.

L’apport des adultes consista dans une initiative du Comit√© des f√™tes qui, √† partir de 1984, introduisit deux nouveaut√©s pour Neuvillers. La premi√®re, un brin de c√©r√©monial : un couple de jeunes mari√©s de l’ann√©e est invit√© √† allumer le feu et √† prononcer le jugement de la sorci√®re Hiver (2).

Autre innovation : d√®s que la flamme baisse, la population et les enfants se rassemblent autour de tables o√Ļ l’on distribue du vin chaud, des cr√™pes dans les premi√®res ann√©es, remplac√©es maintenant par des beignets.

Un changement en entra√ģnant un autre, l’aire du feu fut d√©plac√©e √† deux reprises : tout d’abord √† proximit√© de l’√©cole communale, celle-ci servant d’intendance; puis, √† partir de 1986, sur le parking du terrain de football. Signe des temps : la soir√©e se termine actuellement par un concours de play-back.

Comme partout ailleurs, le grand feu b√©n√©ficie √† Neuvillers d’un regain inattendu de vitalit√©, avec la pratique, √† peu pr√®s g√©n√©¬≠rale dans la r√©gion, de l’avancer au samedi soir.

 

Quelques aspects du folklore chestrolais, in : La Vie Wallonne, 1967, p.165-sv

 

(p.166) On fait encore le ‘grand feu’ √† Grandvoir, √† Respelt et √† Tournay, le premier dimanche de car√™me. A L√©glise, on le faisait √† la quinquag√©sime : ‘grand feu’ et carnaval √©taient m√™l√©s.

 

(p.167) /Les/ ‘masques’ assistaient au feu ; apr√®s, ils se rendaient dans les caf√©s et dans les maisons o√Ļ on leur servait √† boire (1).

On croyait que les villages qui ne faisaient pas le ‘grand feu’ seraient ch√Ęti√©s :

Si an n’ f√©t ni l‚Äô grand fe√Ľ, l‚Äô Bon Dieu a f’r√® √ģk lu t√®s d’ l’ an√©e.

‘si on ne fait pas le grand feu, le Bon Dieu en fera un pendant l’ann√©e (c’est-√†-dire qu’un incendie d√©truira une maison)’ [Verlaine ; aussi dans les anc. comm. de Hamipr√©, de Longlier et de Neufch√Ęteau] ; ‚ÄĒ si an n’ f√©t ni l’ grand fe√Ľ, an. s’r√® mindj√® d√®s pluk√®tes ‘si on ne fait pas le ‘grand feu, on sera mang√© par les moucherons’ [Grandvoir] (s).

Actuellement, ce sont les grands gar√ßons de l’√©cole primaire qui font le ‘grand feu’. L’apr√®s-midi, ils r√©coltent des fagots et de la paille dans chaque maison du village. Le b√Ľcher est construit en forme de c√īne sur une colline et il est allum√© √† la tomb√©e de la nuit (3). A Tournay, les gar√ßons se noircissent la figure avec des charbons refroidis.

Une fois le feu √©teint, on rentrait chez soi pour aller manger des v√ītes ‘cr√™pes’. Dans la commune de Straimont, les jeunes gens se r√©unissaient dans une maison o√Ļ il y avait beaucoup de jeunes. Ils invitaient les jeunes filles √† venir manger des cr√™pes. Pour une jeune fille, cette invitation √©tait une annonce de mariage. C’√©tait signe de rupture si un fianc√© n’√©tait pas all√© chercher sa fianc√©e.

Autrefois, tout, le village participait au ‘grand feu’. On y annon√ßait les mariages futurs ; on ‘abanait’ (4) les fianc√©s [Hamipr√©, L√©glise (5)] ; on les ‘soudait’ [Assenois (6), Neufch√ʬ≠teau, Verlaine] ; on les ‘votait’ [L√©glise] (7). On ne manquait pas non plus de citer ceux dont on avait surpris les amours secr√®tes. On chantait en chŇďur, sous forme de dialogue :

O.√© ! o.√© ! qu√ģ-ce quu dj’bans ve√Ľ dr√ģ l’ (h)orl√™?

РX avu  Y!

(‘Oh√© ! oh√© ! qui est-ce que nous avons vu derri√®re le talus? / X avec Y!’ [Mellier)

 

(1) D’apr√®s Fr. ignace, art. cit√©, pp. 161-163.

(2) A Tronquoy, ce ch√Ętiment menace ceux qui ne font pas de cr√™pes ce jour-l√† : Si tu n’ f√©s pont d’ v√īte on grand feu, l√®s pluk√®tes tu raw√ģrant

“Si tu ne fais pas de cr√™pes le, jour du grand feu, les moucherons te grignoteront’.

(3) L’ djo√Ľr dou grand fe√Ľ, i faut w√©ti d’ qu√© cost√® qu’ l’ √™r vi√®t ;

√®lle √ģ vinr√® l√®s trwas qu√Ęrts d’ l‚Äôan√©e

‘le jour du grand feu, il faut observer de quel c√īt√© le vent souffle ; il soufflera de cette direction pendant les trois quarts de l’ann√©e’ [Tronquoy].

(4) Au sens premier, aban√® signifie¬† ‘publier les bans de mariage’.

(6) L√©glise, d’apr√®s Fr. ignace, art. cit√©, p.¬† 161.

(6) D’apr√®s l’Atlas linguistique de la Wallonie, t. 111. p. 32!).

(‘) Synonymes : mari√® si les gens que l’on ‘v√īte’ sont c√©libataires : r‚Äômari√®, s’ils sont mari√©s [L√©glise] ; d’apr√®s l‚ÄôAtlas linguistique de la Wallonie, ibidem.

 

(p.168) Les fianc√©s qu’on oubliait de proclamer √©taient vex√©s. A c√īt√© de ces ‘soudages’ r√©els, il y en avait d’autres, malicieux : on accolait le nom de la jeune fille d√©daigneuse et celui du vieil ivrogne, du village ; celui de l’√©poux infid√®le et celui de son amie. De gros √©clats de rire et des coups de feu accompagnaient chaque ‘soudage’ (]).

 

Pierret, J.-M., Quelques aspects du folklore chestrolais, La Vie Wallonne, 1967

 

(p.166) Grand feu: à Grandvoir, Respelt, Tournay.

(p.167) “Autrefois, tout le village participait au ‘grand feu’. On y annon√ßait les mariages futurs; on ‘abanait’ (= publiait les bans de mariage) (Hamipr√©, L√©glise): on les ‘soudait’ (Assenois, Neufch√Ęteau, Verlaine); on les ‘v√ītait’.”

 

Marie-Thérèse Pipeaux, Anloy, un siècle d’histoire 1900-2000, éd. Weyrich, 2004

Le grand feu

 

Anciennement à la mi-carême, actuellement le samedi qui précède le mardi gras.

On l’allumait, le soir, en haut de la Hoigne, sans oublier les v√ītes traditionnelles pou n’ nin √®sse mougn√® des mouch√®tes. De nos jours, les cr√™pes et le vin chaud sont toujours au rendez-vous.

L’effigie d’une sorci√®re est promen√©e dans les rues du village avant son ex√©cution sur le b√Ľcher.

La jeunesse offre le petit verre de ¬ęgoutte¬Ľ dans chaque maison du village.

 

(Pinon ‚Äď tchants) (p.51)

 

CRIS ET FORMULETTES

DU CALENDRIER FOLKLORIQUE

 

68. CRI DU GRAND FEU

(Carême)

 

Wibrin

 

¬ę¬†√ā grand fe√Ľ,

L√®s s√ģses √Ę fe√Ľ .¬†¬Ľ

 

In: Charles Bigonville : Muguet Rose, 1949, p. 114.

 

Il s’agit d’une formulette que l’on criait autour du grand feu de la Quadrag√©sime allum√© sur une hauteur proche du village, et autour duquel on dansait. ” Une jeune fille qui le franchissait √©tait certaine de trouver un mari end√©ans l’ann√©e.,.. ” Lorsque le feu s’ √©teignait, on s’ en retournait gaiement chez soi pour manger des cr√™pes aux pommes de terre rap√©es ou √† la farine de sarrasin, Le sens de la formulette est que la saison des veill√©es (s√ģses) est termin√©e.

 

Vic Bulens, in: Philippe Carrozza, La tradition sera respectée, VA (1/4/)1999

 

Dans les villages de Pussemange, Sugny, Bagimont et Bohan, soit dans la partie champenoise, on ne parle pas de grand feu, mais de ‚Äėbo√Ľre‚Äô.

 

Georges Pècheur, Mirwart en Ardenne, XIXe-XXe s., Un village humilié, éd. Weyrich, 2002

 

4. Distractions liées à certaines fêtes ou coutumes

Le grand feu

 

Pour pr√©parer le venue du printemps, la coutume voulait que l’on br√Ľl√Ęt l’hiver : chaque ann√©e, donc, avait lieu, l√†-haut, au Tchamp d’ cwarnayes le grand feu autour duquel jeunes et vieux dansaient et chantaient. C’√©tait aussi le jour des bonnes cr√™pes (d√®s v√ītes). Cette tradition s’est heureusement perp√©tu√©e; la f√™te du feu a lieu aujourd’hui pr√®s du terrain de football.

 

 

Aule (Alle-sur-Semois) - grand feu

(VA, 02/2012)

Borci (Bourcy) - grand fe√Ľ

C√®turu (Cetturu) - grand fe√Ľ

(VA, 28/02/2001)

Chavane (Harsin) (Chavanne) - grand fe√Ľ

(VA, 04/03/2016)

F√™vi√® (Fauvillers) - grand fe√Ľ

(2012)

Harb√Ľmont (Herbeumont) - grand fe√Ľ

(2010)

L√®s-Asn√®s (B√®rtr√®) (Assenois (Bertrix)) - grand fe√Ľ

(VA, 16/03/2015)

Madjerote (Magerotte) - grand fe√Ľ

Masbor (Masbourg) - grand fe√Ľ

(2007)

Mautche (Marche(-en-Famenne) - carnaval dè l' Grosse Bièsse / craus-maurdi (mardi-gras)

(VA, 18/02/2015)

M'nugoute (Menugoutte) - grand fe√Ľ

(VA, 2/1998)

Nafra√ģte√Ľre (Nafraiture) - grand fe√Ľ

(VA, 21/06/2014)

Ofagne (Offagne) - grand fe√Ľ

(VA, 31/03/2017)

S√ģbr√®t (Sibret) - grand fe√Ľ

(VA, 14/03/2013)

Strintchamp (Strainchamps) - grand fe√Ľ

(in: André Lebeau, Strainchamps à travers 20 siècles, 1970)

Tchonv√ģye (J√©honville) - grand fe√Ľ

(VA, 21/03/2009)

Vi√®rz√ģye (Willerzie) - grand fe√Ľ

(in: Bulletin du CEHG, 34, 2005, p.64-68)

 

1.6 Li Gaume / La Gaume

in : Jules Massonnet , Dictionnaire du patois (sic) gaumais de Chassepierre, s.d.

 

b√Ľle : s.f., grand feu du premier dimanche du car√™me. La jeunesse du village pr√©¬≠parait le grand b√Ľcher quelques mois √† l’avance, par la r√©colte de bois mort de brindilles provenant surtout de la tonte des haies. Puis il y avait, les derniers jours avant l’√©v√©nement, les derniers ramassages de combustibles √† travers les villages, o√Ļ chacun donnait sa part : fagot, rondins ou bottes de paille. L’origine des grands feux ou baies remonte √† des temps tr√®s anciens; la coutume s’√©tait maintenue d’une fa√ßon g√©n√©rale dans tous les villages de la Gaume jusqu’√† la guerre 1914-1918; elle ne persiste plus que dans de tr√®s rares localit√©s actuelle¬≠ment.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

 

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

(p.45)

Carnaval

 

Les trois jours gras pr√©c√©dant le mercredi des cendres, ainsi que le dimanche de la mi-car√™me, on ¬ę faisait ¬Ľ le carnaval. Les mascarades du dimanche et du mardi-gras n’avaient rien de compliqu√©. L’essentiel √©tait de se rendre m√©connaissable. On s’habillait d’oripeaux quelcon¬≠ques, certains s’enduisaient le visage de miel pour y coller du duvet, se noircissaient √† qui mieux mieux pour faire le sauvage, ou se cachaient la figure avec un linge perc√© de trous pour les yeux et la bouche. Il fallait bien laisser assez de place pour boire !

 

1er dimanche de Car√™me. Jour du grand feu ou la B√Ľle

 

Le jour de la ¬ę b√Ľle ¬Ľ comptait parmi les grandes f√™tes de l’ann√©e. La coutume d’allumer un feu en un endroit √©lev√© de la localit√©, vivace encore au XIXe si√®cle, s’est √©teinte en 1940, √† Fratin (Ste-Marie-sur-Semois) o√Ļ elle s’est manifest√©e pour la derni√®re fois sous forme de r√©jouissance enfantine.

La localisation du feu en un endroit √©lev√©, toujours le m√™me, la pr√©paration, l’allumage, les rites tr√®s divers qui caract√©risaient l’√©v√©ne¬≠ment, les croyances qui s’y rattachaient en marquaient l’importance dans la vie quotidienne du village. Le plan du sc√©nario diff√©rait peu d’un village √† l’autre. L’essentiel consistait dans la qu√™te du combus¬≠tible, l’√©dification du b√Ľcher, le c√©r√©monial de la mise √† feu, les comportements (p.46) des participants, les motivations et significations avou√©es ou secr√®tes de la f√™te, les prolongements rationnels de l’ensemble des pratiques.

Une enquête en 1939 portant sur les 48 communes de la Gaume, a révélé la disparition du grand feu dans de nombreuses localités au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

La premi√®re guerre mondiale a port√© un coup fatal √† la coutume. L’attitude hostile d’une partie du clerg√©, l’√©volution des mŇďurs dans la lib√©ration des distractions villageoises, le manque d’int√©r√™t pour le maintien de traditions que certains consid√©raient comme arri√©r√©es, comptent pour beaucoup dans l’abandon d’habitudes ancestrales.

Passons rapidement en revue quelques aspects particuliers du déroulement de la coutume dans quelques villages gaumais.

 

Canton de Florenville

 

Florenville. Lieu : sur le Horl√© Biaise, La qu√™te du combustible (gerbes de paille, fagot, rondins), se faisait apr√®s les v√™pres. Le b√Ľcher prenait la forme d’une meule de foin. Un coq vivant √©tait attach√© au sommet de l’√©chafaudage. Le bourgmestre ou √† son d√©faut, le ma√ģtre jeune homme (pr√©sident de la soci√©t√© de ¬ęjeunesse ¬Ľ) allumait le feu. Fait exceptionnel : le cur√© b√©nissait la b√Ľle. Les chants et les rondes commen√ßaient d√®s que les flammes montaient. On s’arr√™tait de temps en temps pour ¬ę s√īder ¬Ľ, c’est-√†-dire divulguer des projets de mariage.

Les Bulles. Il est assez singulier que le nom d’un village de Gaume porte le m√™me nom que la coutume en question. On a beaucoup ergot√© sur l’√©tymologie du mot. Il semble que ce soit le dialectologue Jean Haust qui en ait donn√© la signification la plus acceptable. La b√Ľle (anciennement bure) qu’on √©levait, c’√©tait la hutte ou maison (destin√©e √† √™tre br√Ľl√©e), un simulacre grossier de hutte, un tas conique ou carr√©, mais haut comme une maison. A l’appui, on voit que la m√™me m√©taphore explique les diminutifs buriaux, buirette (tas de foin sem¬≠blables √† des huttes).

La b√Ľle, ici m√™me, est abolie depuis longtemps. Cependant, des m√©moires fid√®les en ont conserv√© une image assez pr√©cise. Une roue mobile √©tait ficx√©e au sommet du m√Ęt de la meule. Elle √©tait dipos√©e de telle sorte qu’on pouvait la faire tourner pendant que la b√Ľle flambait. On chantait et on sautait autour du brasier en se tenant par la main.

Chassepierre. Des dissenssions dans la ¬ęjeunesse ¬Ľ ont mis fin √† la b√Ľle en 1933. Au cours de la ronde autour du feu, on marquait parfois un temps d’arr√™t pour crier aussi fort que possible les phrases suivantes, lentement articul√©es au d√©but, puis rapidement hach√©es pour finir :

¬ę Sod√©… ! sod√©… !

Vous ne savez pas qui j’ai trouv√© √† s√īder… ?

C’est Louis H… avec Jeanne Z…

Oui ! Pif! Paf! dans l’eau.

(p.47) Les crêpes constituaient le mets traditionnel de la soirée.

 

Fontenoille. Le combustible √©tait fourni par les parents des jeunes filles. Il √©tait charg√© sur un chariot attel√© de quatre chevaux. L’allumeur du feu √©tait d√©sign√© par le sort. On y s√īdait, mais avec cette restriction que seules, les jeunes filles dont les familles avaient refus√© de donner une part de bois, √©taient victimes de plaisanteries.

Muno. La coutume est oubli√©e de longue date. Faut-il attribuer cette dispari¬≠tion √† l’ordonnace du P√®re Gossuin, prieur de Muno vers le milieu du XVIIe si√®cle, par laquelle il est d√©fendu de soder sous pr√©texte qu’il se commet des abus au pr√©judice de l’honneur divin et des bonnes mŇďurs ? Une amende d’un florin est pr√©vue en cas d’infraction.

Lambermont. Pour piquer au vif les r√©calcitrants, qui d√©daignaient de prendre part √† la r√©jouissance populaire, on faisait des rapprochements inju¬≠rieux. Il n’√©tait pas rare d’entendre s√īder une jeune fille √† un manche √† balai.

Les cendres étaient vendues au cabaretier chez qui la jeunesse allait achever la soirée.

Termes. Tout le monde donnait du combustible pour le grand feu. L’absten¬≠tion exposait √† des maladies, √† de la malchance. Le b√Ľcher √©tait surmont√© d’un mannequin de paille. De nombreux participants emportaient, pour la conserver, un peu de cendres en guise de souvenir et de talisman.

Lacuisine. Le ma√ģtre jeune homme allumait le b√Ľcher. Un mannequin √©tait fix√© au sommet du m√Ęt. Ce jour-l√†, jeunes gens et jeunes filles √©taient fianc√©s publiquement.

Villers-devant-Orval. B√Ľcher important, gr√Ęce √† la coupe d’un h√™tre au bois communal. Le feu avait pour but de pr√©server la population des maladies contagieuses. Un acte d’archives porte la date du 27 f√©vrier 1344, ¬ę vendredi apr√®s les bures. ¬Ľ Le ma√ģtre jeune homme allumait le feu. On dansait et on sautait par-dessus le feu. On pr√©parait des cr√™pes et on ne manquait pas d’obser¬≠ver et de noter la hauteur atteinte par la p√Ęte lev√©e, signe indicatif permettant l’√©valuation de la prochaine moisson.

Canton d’√Čtalle

√Čtoile. Un dicton assurait que si l’on n√©gligeait de faire la b√Ľle, un incendie d√©truirait une maison au cours de l’ann√©e.

Sivry. 1914 a marqu√© la fin du grand feu. Il √©tait allum√© au lieu-dit ¬ę Le Gibet ¬Ľ.

Bellefontaine. Grand Feu abandonn√© depuis longtemps. Se faisait ¬ę A la Potence ¬Ľ.

Lahage. Le dernier mari√© de l’ann√©e avait l’honneur de mettre le feu au b√Ľcher.

Buzenol. La b√Ľle √©tait allum√©e ¬ę sur les Br√Ľl√©s ¬Ľ ou sur ¬ę le R√īle ¬Ľ, colline moins √©lev√©e et d’acc√®s plus facile.

(p.48) Qu√™te, de maison en maison, apr√®s les v√™pres. La plupart des habitants se soumettaient volontiers √† cette r√©quisition bien que, en cette fin d’hiver, les tas de bois fussent devenus maigres. On pouvait voir de pauvres femmes, brassant leurs fagots, en remettre un ou deux aux jeunes gens et disant sentencieusement : ¬ę T√®naye, quand on n’ f√Ęt m’ la b√Ľle, √®l Bon Dieu la f√Ęt ¬Ľ.

(Tenez, quand in ne fait pas la b√Ľle, Dieu la fait.)

Au sommet des ¬ę Br√Ľl√©s ¬Ľ, le bois √©tait rang√© en carr√©, avec une botte de paille aux pieds. Il fallait une √©chelle pour √©lever le tas qui atteignait parfois trois m√®tres. On chantait, on dansait autour du brasier. Les brimades commen√ßaient quand le feu √©tait √©teint. Les grands noircissaient les figures des petits.

C’est le cur√© qui a mis fin √† la pratique. Il voyait dans cette coutume un reste de paganisme.

Ch√Ętillon. Le b√Ľcher, tas informe, √©tait allum√© par le dernier mari√© du village, au lieu-dit ¬ę sur la Croix ¬Ľ, point culminant de la r√©gion. Des gaufres, des cr√™pes √©taient pr√©par√©es sur des petits feux √©parpill√©s aux alentours et emprunt√©s √† la b√Ľle. Gar√ßons et filles prenaient part ensemble aux r√©jouissances et des amourettes ne manquaient pas de s’√©baucher. Un dicton en t√©moigne : ¬ęAco√Ľrd d√® grand fieu n’ deure qu’ djusqu’√† m√©nieut ¬Ľ

(Accord de Grand Feu ne dure que jusqu’√† minuit).

(…)

Habay-la-Neuve. On quêtait du bois et des vivres. Les jeunes filles des mai­sons qui avaient donné des aliments étaient invitées au repas en commun.

Rossignol. La guerre de 1914 a mis fin √† la coutume. Le feu √©tait allum√© par le dernier mari√© de l’ann√©e. On annon√ßait des fian√ßailles.

Sainte-Marie-sur-Semois. B√Ľcher dress√© ¬ę Sur le Magenot ¬Ľ. Une croix de bois sommait l’√©difice. Pendant les rondes, les jeunes filles lan√ßaient des fleurs dans les flammes. On attribuait au Grand Feu une influence heureuse sur les r√©coltes. Des gaufres √©taient servies au repas du soir, pris en commun.

Fratin. Le grand feu √©tait uniquement l’affaire des enfants du village. La sc√®ne a √©t√© joliment d√©crite par le po√®te Francis Andr√©, publi√©e dans le Pays gaumais (I, 2-3-4 pp. 31-34). Derni√®re b√Ľle en 1939.

 

Canton de Virton

 

Torgny. On n’y conna√ģt plus que la locution ¬ęfare un f√Ľ coume √®ne b√Ľle ¬Ľ.

Willancourt-Musson. Au lieu-dit ¬ę Le Haut des Dames ¬Ľ. Dans l’apr√®s-midi du premier dimanche de car√™me, chacun mettait une torche de paille ou un fagot devant sa porte. Les jeunes gens en tourn√©e n’avaient qu’√† les prendre au passage. Au sommet du tr√®s haut b√Ľcher √©tait attach√© un coq li√© par les pattes. Le plus √Ęg√© des participants y mettait le feu. On dansait autour du brasier en chantant, entre autres, ¬ę Au rond des papillons ¬Ľ. Quand le brasier √©tait pr√®s de s’√©teindre, on sautait par-dessus le feu. Ensuite on se noircissait la figure avec les cendres. La c√©r√©monie termin√©e, la jeunesse regagnait le village ; en t√™te marchait (p.49) l’allumeur habill√© de paille. On faisait le tour des maisons pour recueillir les Ňďufs destin√©s √† l’omelette pr√©par√©e et mang√©e en commun dans un caf√©. Le Grand Feu √©tait cens√© prot√©ger les habitations du tonnerre et les r√©coltes de la gr√™le. Fr√©quemment aussi, des fian√ßailles avaient lieu en ce jour. Le Grand Feu marquait la fin des veill√©es d’hiver.

Ethe. Le feu √©tait allum√© au ¬ę M√Ęt ¬Ľ √† la lisi√®re du bois. On dansait. Certains se noircissaient la figure et ¬ę faisaient le diable ¬Ľ, sautaient √† travers les flammes s’assurant ainsi des richesses pour l’avenir.

Villers-la-Loue. Le Grand Feu √©tait allum√© sur le ¬ę Mont de Ch√Ętillon ¬Ľ, point culminant de la commune.

Halanzy. La coutume est oubli√©e depuis longtemps. Cependant il ressort d’un rapport de visites canoniques dans les paroisses de l’archidiacon√© de Lon-guyon, en 1628-1629, que la coutume y entra√ģnait de graves abus. Le visiteur signale qu’en ce jour des serviteurs et des ma√ģtresses sont dites ¬ę soulev√©es ¬Ľ et il demande que cette pratique soit d√©fendue et abrog√©e comme inf√Ęme.

Conclusions

Albert Doppagne a √©tudi√© et publi√© dans la pr√©sente collection, sous le titre Les Grands Feux, une importante mise au point des connais¬≠sances relatives √† cette coutume en Belgique. Ses conclusions rejoignent pour une part les n√ītres parues dans le Pays gaumais de 1940.

Nous en retenons l’essentiel. Bien qu’elle soit organis√©e par et pour la jeunesse, la grande f√™te du feu est une manifestation de ferveur collective. Tout le monde donne du combustible (on peut n√©gliger les rares exceptions) et la b√Ľle flambe sur un point culminant de la localit√© d’o√Ļ le feu peut √™tre vu, per√ßu par ses ondes sonores par la population. Le plus souvent, il est allum√© par une personnalit√© repr√©sentative, parfois le dernier mari√© de l’ann√©e. Le sommet de la manifestation est atteint au cours de la ronde autour du feu lors de la proclamation des fian√ßailles. L’aspect caricatural ou parodique que cette annonce peut rev√™tir n’infirme en rien sa haute signification, la renaissance toute proche de la v√©g√©tation, le retour de plus de lumi√®re et de chaleur favorisent l’amour et les germes de vie dans la nature et chez les hommes. Des chants, des danses, des travestissements, des repas rituels g√©n√©rateurs de forces neuves expriment ce renouveau. Mais tout cela ne va pas sans sacrifices d’√™tres vivants ou de simulacres. L’esprit du mal doit √™tre vaincu par le feu et par l’amour, puissance de la r√©versibilit√© des bienfaits du feu !

(p.50)Enfin, il y a le saut, dangereux, par-dessus le feu, symbolisant la force de la vie nouvelle et le d√©fi aux puissances mal√©fiques. A travers la trame des √©l√©ments constitutifs de cette vaste ¬ę sc√®nerie ¬Ľ, on peut restituer dans ses grandes lignes une des phases de la mentalit√© magico-r√©aliste de l’esprit humain √† la recherche d’un √©quilibre spirituel et temporel, de ses aspirations vers le bien-√™tre mat√©riel et la r√©ponse aux √©nigmes de l’univers.

Le Grand Feu est un résidu de croyances peut-être millénaires. Il est un témoin de notre lien avec notre lointain passé.

 

Fred Leroy, Chiny se souvient, éd. Eole, 2004

 

(p.158) Les ¬ę b√Ľres ¬Ľ

 

Les ¬ę b√Ľres ¬Ľ, ou les ¬ę b√Ľles ¬Ľ, mot issu du latin burere, d√©signent une coutume aujourd’hui disparue.

Jadis, le premier dimanche de Car√™me, on allumait, dans chaque village, un b√Ľcher fait de fagots qu√™tes chez les particuliers, ou soustraits aux coupes communales. Pendant qu’au son de la musique une ronde s’organisait autour du brasier, on ¬ę soudait¬Ľ, c’est-√†-dire qu’on proclamait √† tue-t√™te le nom des jeunes gens et des jeunes filles que l’on supposait devoir convoler dans l’ann√©e.

 

Floravile (Florenville) - b√Ľle (grand feu en gaumais)

(in: Marie Fizaine, Florenville, mémoire des coeurs, s.d)

La Ke√Ľjine (Lacuisine) - b√Ľle (grand feu)

(VA, 03/1999)

Tchanou (Chenois) - b√Ľle (grand feu)

(VA, 15/03/2012)

Vance - b√Ľle (grand feu)

(VA, 17/04/2014)

Vil√© (Villers(-sur-Semois)) - b√Ľle (grand feu)

(VA, 11/03/2015)

Virtan (Virton) - b√Ľle (grand feu)

(VA, 11/03/2015)

 

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

One ric√®te : L√®s v√ītes do Grand Feu

 

L√©v√®ye √† l’pik√®te do djo√Ľ, mi ma¬≠rine loye√Ľve si blanc d’vantrin √† baw√®te √®t prinde su l’ al√ģ s’ pus grande t√™le v√™rn√ģye di djane en d’dins, si fonde qu’on n’ v√®ye√Ľve pus qui l’ mitan d’ s√®s br√®s.

Elle √ģ mache√Ľve d√® l’ far√®ne, d√®s djanes d’ous, do lacia, de 1′ can√®le (djusse assez po qu’ on n√® l’sintiche nin). Au d√™rin momint, √®le tr√®mache√Ľve l√®s blancs d’ ous batus √† n√ģve. Si prustichadje ach√®v√©, √®le dispinde√Ľve si pus grande p√™le, stramer one quaw√©ye di sayin, li f√© fonde √®t staurer s’ pausse avou one loce.

Ach√ģde dil√© 1′ b√Ľse, li momint qui dj’ ratinde√Ľve, c’ √®ste√Ľve l’ ap√©ye qui v√®ye√Ľve √®voler l’ v√īte, tap√©ye √® l’ a√ģr d’ on-adr√®t c√īp d’ pougn√®t √®t qui r’tch√®ye√Ľve, rito√Ľrn√©ye, √† plin mitan d√® l’ p√™le… Dj√® l’ √Ęre√Ľve tant v’lu v√īy ritcha√ģr su l’ ti√®sse do tch√®t… !

One apr√®s l’ √īte, l√®s v√ītes √®stin.n rascouvi√®tes di suke di pot √®t √®pil√©yes √† gross√®s platen√©yes.

 

Huberte Thérasse-Brichard (Wasab).

 

√† l’ pik√®te do djo√Ľ : √† pwin.ne qui 1′ djo√Ľ comince

l’ al√ģ : 1i sgotw√®.

tr√®mach√ģ : mach√ģ come i faut

stramer : staurer long èt laudje.

l’ ap√©ye : li co√Ľt momint.

 

Folklore de la v√īte

 

Cette faveur des v√ītes explique que ce soit un mets calendaire tradi¬≠tionnel.

A Verviers, c’est le jour des grands feux qu’on fait les v√ītes pour les enfants qui vivent au loin et qui viennent rumagni l’ pan d’ le√Ľ p√©re ¬ę remanger le pain de leur p√®re ¬Ľ (d’apr√®s ¬ę Fr√© Cougnou ¬Ľ IV, 1903, 197, p. la) ; Joseph Calozet signale les votes du grand feu dans un texte en dialecte d’Awenne publi√© par Oscar Lacroix dans Nous, sous le casque d’acier, 1929, p. 73)

 

M. Francard, Traditions populaires au Pays de Bastogne, 1982

 

(p.191) grands fe√Ľs¬†: v√īte √† l‚Äô b√īk√®te

 

 

3 Tradicions music√Ęles / Traditions musicales

Picard√ģye (Picardie) / Mont-Borin√Ęje - l' Escouvion

(in: Albert Marinus, Le folklore belge, T2, 1930) 

Cré Solvé (à R'bèk-Rognon / Rebecq-Rognon)

(in: Le Folklore Brabançon, 58-59, 1931, p.243-245)

 

Li cente-walon / Le centre-wallon

tchanson : "Li grand feu" (Ernest Montellier / Joseph Calozet)

(Roger Viroux 1992)

LI GRAND¬† FEU¬† DO BANBW√ąS

R.

  Au Grand Feu do Banbwès,

Come gn-a mauy p√®rson.ne qu’ a ie√Ľ sw√®,

Li bater√ģye

A malauj√ģye

Di t’nu l’ m√®seure √®t d’ roter drw√®t.

 

I

Wa√ģtiz l’ preum√ģ ! N’ √®st-ce nin l’ pus bia ?¬†

C’ √®st l’ Francis, nosse pw√Ęrte√Ľ d’ drapia.

Padr√ģ, gn-a l’ Henry qui chouf√®le

√ąt on-z-√īt l’ tambour da Dani√®l

Dissus s’ tracte√Ľr, noste Adh√©mar

Cr√ģye : ‘Au s’co√Ľrs ! ‘nez me rademint √† bw√Ęre!

 

II

Aste√Ľre, √† l’ ti√®sse d√® l’ cavalc√Ęde

Di tote li binde di mascar√Ędes,

L√®s feu-boute√Ľs, en bleuw saurot,

Mwin.nenut l’ cort√™je, br√®s d’ze√Ľ, br√®s d’zos !

Pw√ģs D√®d√®te, todi plin.ne di feu, va alumer nosse Grand Feu!

 

NOS  ÎRANS CO

 

Vinoz tortos avou nos, lès soçons!

N‚Äô √ģrans au Grand Feu do Banbw√®s !

Aprèstez vosse masse ou l’ mine di plomb!

Gn-a p√®rson.ne qui vos r’conir√®!

Min.me s‚Äô i gn-a pus one √Ęme

Qui sét co roter drwèt,

Di v√īy danser l√®s blames,

On r√ģr√® √®t on tchanter√® !

Et l‚Äô l√®dmwin, vos d√ģroz aus vijins:

“Nos-√ģrans co l’ an√©ye qui vint!

“Nos-√ģrans co l’ an√©ye qui vint!‚ÄĚ

 

R. Viroux (1995)

 

Djivèt (Givet) - Fièsse do Grand Feu (Fête du Grand Feu)

(in: Pierre Hubert, 150 ans de vie givétoise, Terre ardennaise, s.d.)

Djon-l'-Vau (Dion-le-Val) - li grand fèyau (= grand feu)

(in: R. Snappe, Le Folklore Brabançon, 87-88, 1935-36)

Li djo√Ľ d√®s grands f√®s

(in: Folklore Brabançon, oct. 1925)

 

4 Tradicions d√®s dje√Ľs / Traditions ludiques¬†(co rin trov√© / encore rien trouv√©)

5 Scr√ģjadjes / Litt√©rature

Joseph Boucher (Dj√®rompont), L√ę grand f√®, p.14-16, L√ę sauv√®rdia, n¬į 185, 2001¬†¬†

 

L√®s djo√Ľs ralongu√ęchen√®t,

Noste √ęvi√™r p√®te √®v√īye

√ąt l‚Äôs-√®fants s‚Äô raf√ģyen√®t

D√® tchanter s√ę l√®s v√īyes¬†:

¬ę¬†On fagot

Po l‚Äô p√ęs gros,

On f√ęst√ę

Po l‚Äô p√ęs p‚Äôt√ęt.¬†¬Ľ

¬ę¬†Au grand f√®, grand fouyau,

D√®s p√ģres √®t d√®s cayaus.¬†¬Ľ

 

in : CW, 3, 2005, p.85-86

√õsances di √Ēte Esbaye : li twatche

(Meux – Me√Ľ)

 

Li prum√ģ dim√®gne di Cwar√®me, c’ √®st l’ dim√®gne des brandons. Ci djo√Ľ l√†, l√®s v√ģs Me√Ľt√ģs racont√ģn’ qu’ il al√ģn’ br√Ľler d√® strin aus quate cwanes di le√Ľs pachis (1). I fy√ģn’ √ßa po tch√®ss√ģ l√®s mwa√ģs-√®sprits √®t po-z-aw√® bran.mint d√®s fr√Ľts. √Ä d√®s places qu’ i gn-a, l√®s djins bout√ģn’ li feu √† d√®s twatches loy√ģyes su d√®s bastons √®t s’ aler porwinrner avou, pa-d’zos l√®s-aubes divant qu’ i n’ dj√®t√ģche.

Po nos djins, le brandon ou li banon, c’ √®ste√Ľve one twatche di strin qu’ on l√īye√Ľve su li d’ze√Ľ d’ on baston. Is l’ sitamp√ģn’ √® t√™re. Ci mani√©re-l√† d√® f√©, si√®rve√Ľve √† disfinde on passadje, √† √®sp√™tch√ģ d√® passer ou po mostrer qu’ i gn-ave√Ľve on dandj√ģ. On d’dje√Ľve qu’ on-ave√Ľve plant√© l’ twatche. Pus r√Ęremint, dj’ a √®tindu d√ģre qu’ on plante√Ľve ¬ę li chovion ¬Ľ. Dins d√®s places qu’ i gn-a, on dit pus rade qu’ on va sbaner ou √®baner one t√™re : c’ √®st disfinde d’ intrer ou d√® passer. Li contra√ģre, c’ √®st disbaner (2).

Vo-z-è ci dès-ègzimpes.

√Ä paurti d√®s-an√©yes 1980, l’ √ątat a fa√ģt r’m√®te √®chone d√®s t√™res d’on min.me propri√®ta√ģre (3). Il ont lom√© √ßa r’mimbr√®mint d√®s t√™res. Mins, dins l’ timps √®t d’vant d’ aw√® le√Ľs bok√®ts rachon√©s, nos cultiva¬≠te√Ľrs travay√ģn’ d√®s p’tits bok√®ts di 3-4 djournaus qu’ √®st√ģn’ one mi√®te pa t’t-avau tot dins l’ comune. √áa l’ze√Ľ fie√Ľve d√® l‚Äôv√īye po l√®s-aler travay√ģ ! Ci qui fa√ģt qui, quand l√®s t√™res √®st√ģn’ dispouy√ģyes, po spaurgn√ģ l√®s pates d√®s bi√®sses √®t gangn√ģ d√® timps po-z-aler su l√®s le√Ľrs, i fy√ģn’ on raco√Ľti √®t trivi√®rser l√®s-√ītes bok√®ts avou l√®s-at√®l√©yes. Quand on r’ss√®me√Ľve √®t po disfinde li passadje, on ¬ę plante√Ľve li twatche.¬Ľ Passer iute di √ßa, c’ √®ste√Ľve risker d’ aw√® d√®s mis√©res √®t di s’ ritrover pa-d’vant l’ tribunal.

√Ä fwace d√® passer dins les v√īyes di campagne qu’ on lome√Ľve v√īyes di t√™re, i s’ fie√Ľve d√®s warb√™res. Quand il ave√Ľve plo√Ľ, l√®s bindeladjes d√®s ruwes l√®s-aprofondich√ģn’ √† t√©l pwint qu’ l√®s mouyous d√®s tchaurs frot√ģn’ √† l’ t√™re √®t qu’ l√®s bi√®sses dr√Ęn√ģn’ po l√®s satch√ģ fo√Ľ. Po soladj√ģ l√®s bi√®sses √®t l√®s tchaurs, l√®s cultivateurs pass√ģn’ √† cost√©, su l√®s t√™res. Quand ci n’√®ste√Ľve n√©n d√® go√Ľt d√® l’ propri√®ta√ģre, il √®bane√Ľve si t√™re.

Quand l√®s cultivate√Ľrs v’l√ģn’ √®sp√™tch√ģ l√®s tch√®sse√Ľs d√® p√®sseler le√Ľs cultures ou d√® passer dins le√Ľs bw√®s, i fy√ģn’ li min.me.

Li d√™r√©n c√īp qui dj’ √®nn’ a v√®yu, √ß’ a st√ģ d√® timps d√® l’ gu√™re. Come l√®s djins av√ģn’ fwim, is v’n√ģn’ rapauter su l√®s t√™res di frumint. L√®s djaubes √®st√ģn’ m√®tuwes √® d√ģjas b√©n align√ģs po l√®s p’lu k√®rdj√ģ auj√ģyemint, on c√īp bounes √† rintrer. L√®s cins√ģs si d’m√®fy√ģn’ d√®s bindes di rapaute√Ľs qui s’ al√ģn’ catch√ģ padr√ģ l√®s d√ģjas √®t dispauter l√®s djaubes. C’ √®st po disfinde l’ intr√©ye d√® l’t√™re qu’ is plant√ģn’ li banon. On c√īp l’ t√™re dispouy√ģye √®t disban√©ye, l√®s rapaute√Ľs, qui nos lom√ģn’ tof√™r m√®chene√Ľs, p’l√ģn’ intrer.

I¬† gn-ave√Ľve n√©n qu’ po l√®s t√™res qu’ on s’ si√®rve√Ľve d√® l’ twatche. I gn-ave√Ľve pont d’ baur√ģres Nadar adon √®t, si one v√īye √®ste√Ľve trop distr√Ľte ou on pau d’fonc√©ye, li cantonier stinde√Ľve one cwade √®t √ģ pinde one twatche aus-intr√©yes po disfinde li passadje. C’ √®ste√Ľve co s’ b√®sogne de disfinde l’ intr√©ye d√®s pr√©s Sint-Djan, l√®s-o√Ľrch√®ts √®t tos l√®s b√©ns d√® l’ comune (4).

Sovenoz-vos qui l√®s scayete√Ľs ossi pind√ģn’ one twatche √† on scayon d’ le√Ľ chaule. Poqw√® √®steut-ce, pinsez ? sinon po disfinde d√® passer pa-d’zos √®t vos f√© comprinde qu’ i gn-ave√Ľve one pane ou one sicaye qui vos p’le√Ľve tcha√ģr su vosse ti√®sse !

 

Pol GILLES, R.N.

 

(1)¬† Di nos djo√Ľs, on cause di pr√© come di pachi sins pont f√© d’ dif√®rince. Portant on-z-√® fie√Ľve one : on pachi, c’√®-st-on pr√© avou d√®s-aubes √† fr√Ľts.

(2)¬† On p√īre√Ľve, avou one mi√®te d’ id√©ye, pinser qu’ dins l√®s tribunaus, on d’ dje√Ľve ¬ęembanner¬Ľ on pr√© ou one t√™re, ¬ęd√©banner¬Ľ quand on r’ssatche√Ľve li twatche.

(3)¬† Apr√®s l’ gu√™re di 40,¬† li¬† nombe di cultivate√Ľrs a bach√ģ. Po-z-aw√® mwins’ di conv√īyes √† f√© po travay√ģ le√Ľs t√™res, √®tur z√®ls, il ont discandj√ģ d√®s bok√®ts po rachoner le√Ľs cultures. Li r’mimbr√®mint obligatw√™re n’ a ie√Ľ s’-t-√®f√®t qu’√† l’ f√©n d√®s-an√©yes 80 (li lw√® ave√Ľve pass√© li 22 d’ jul√®t’ en 1970).

(4)¬† L√®s pr√©s Sint-Djan, c’√®ste√Ľve l√®s pus p√īves qu’ √ģ pl√ģn’ f√© pache le√Ľs bi√®sses.

Il¬† √ģ p’l√ģn’ √ģ intrer apr√®s l√®s fo√Ľrs, au pus sovint apr√®s l’ Sint-Djan, quand l’ way√©n po√Ľsse√Ľve. Il √®st√ģn’ adon banauves ou disban√©s.

L’ o√Ľrch√®t si tradwit √® franc√©s pa les warichets. C’ √®st d√®s fr√®chaus, d√®s pr√©s qui n’ √®st√ģn’ n√©n drin.n√©s, tot l’ long d√®s ris √®t d√®s richots.

–¬†¬†¬† Me√Ľt√ģ : habitant de Meux

–¬†¬†¬† on djoumau : mesure agraire qui repr√©sentait la surface labourable en une journ√©e avec un attelage de chevaux lourds. En 1894, √† Namur, le bonnier √©tait estim√© √† 94 ares, 61 √ßa. Et, dans le monde rural en Haute-Hesbaye, on estimait le journal √† ¬Ī un quart de bonnier

–¬†¬†¬† rachoner : rassembler

–¬†¬†¬† bindeladje : bandage¬† en fer encerclant la roue en bois, assez √©troite

–¬†¬†¬† dr√Ęner : s’√©puiser

–¬†¬†¬† d√ģja : assemblage de 10 gerbes

–¬†¬†¬† rapauter : glaner

–¬†¬†¬† dispouy√ģye : d√©pouill√©e (apr√®s la moisson)

–¬†¬†¬† m√®chener : ramasser les tiges qui ont √©chapp√© √† la machine ou au jave-leur

–¬†¬†¬† scayete√Ľ : ardoisier

–¬†¬†¬† scayon : √©chelon

–¬†¬†¬† pane : tuile

 

in¬†: L√ę Sauv√®rdia, 283, 2011

Grand fè

 

L√®s djous ralongu√ęchen√®t,

Noste √ęvi√®r p√®te √®v√īye*

Et l’s-√®fants s’ raf√ģyen√®t*

D√ę tchanter s√ę l√®s v√īyes :

¬ę On fagot

Po l’ p√ęs gros,

On f√©st√ę

Po l’ p√ęs p’t√ęt. ¬Ľ

¬ęAu grand f√®, grand fouyau,

D√®s p√ģres √®t d√®s cayaus. ¬Ľ

 

A p√Ęrt√ę d√® l’ djud√ę,

On c’mince√Ľve l√ę to√Ľrn√©ye

Po l’ ach√®ver l’ s√®med√ę

S√ę l’ d√ęf√©n d√® l’ djo√Ľrn√©ye.

 

Lès gamins èstine fiérs

Au m√ętan d’ le√Ľs stap√®tes*

Pwart√©yes come one c√ęvi√©re …

C’√®ste√Ľt mia qu’ d√®s b√®rw√®tes.

 

On tch√®rdje√Ľve √† plins br√®s

One djaube d√ę strins, d√®s sayes*

On fagot, d√ę s√®tch bw√®s,

D√®s stos* √®t coch√®tes d’aye.

 

L√ę dim√®gne au mat√©n,¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

L√ę djon.n√®sse s’ √ģ m√®te√Ľve,

Djouwe√Ľve au p√ęs mal√©n

√ąt l’ tch√®retadje* s’ amoncele√Ľve.

 

L√ę n√™t tourne s√ę l’ cr√ęp√®t*

Quand tot l’ monde s’ √ģ amin.ne

Po-z-al√ęmer l’ grand f√®

Et danser √® fiant l’ tchin.ne.

 

L√ę fi√®sse d√ęre√Ľve longtimps

√ąt l√®s vis mascarades

J√ęsqu’aus d√™r√©ns momints

Lancine le√Ľs couyon√Ędes.

 

D√®s c√ęs v’nine ascauchi

One cwane d√ę l’ moncia d’ cindes :

C’ √®stot po-z-aflachi*

L√®s tr√®cas, l√®s maus d’ vinte.

 

Po d√®s-√ītes, dins 1′ djard√©n,

On p’t√ęt f√® ar√®te√Ľve

Lès fouyants* dès vwèséns

Tot l’timps qu’ l’ an.n√©ye d√ęre√Ľve.

 

L√®s flames d√ę nos grands f√®s

Vont √®t√®rer nos s√ģses

√ąt dins one cope d√ę mw√®s,

Nos t√™res n’ s√®ront p√ęs gr√ģses,

Mins p√®rson.ne n√ę sondjer√®

Qu√ę d√ęsp√īy l√ę grand f√®,

L√®s s√ģses ont sti √® f√®.

 

Joseph BOUCHER (Dj√©-Dj√®rompont) extrait du recueil Autou d’ nos clotchis ( 1997)

 

p√®ter √®v√īye, d√©camper

s ‘ raf√ģyi, se r√©jouir √† l’avance

stapète, perche

sayes, déchets de paille

tchèretadje, transport

cr√ęp√®t, cr√™te, mamelon

aflachi, affaiblir

fouyant, taupe

 

 

Li grand fè à Iache.

 

On √ģ boute li f√® audjo√Ľrdu,

Nos “Pi√®rots” fa√ģyenut bon mwin.nadje

Avou tos lès cis di Lièrnu,

Et avou l√®s “J√®yants” d’ √ąrnadje.

 

Po f√© l’ p√®k√©ye one mi√®te pus grosse,

I n-a l√®s “Cop√©res” di Dinant.

“L√®s mougne√Ľs d co√Ľtches” si bourenut 1′ bosse,

En dansant auto√Ľ d¬†le√Ľs “J√®yants”.

 

L√®s djon.nes ont ramass√© 1′ dinr√©ye:

Coches di plopes, sipines èt balots.

D√®s c√īps √† l’ longue√Ľ d√® l’ djo√Ľrn√©ye,

√ąt is sont-st-aflach√ģs tortos.

 

A i√Ľt’ e√Ľres, on-alume li f√®;

L√®s djins wa√ģtenut br√Ľler l’ macrale

Qu’ a st√ģ stitch√ģye su l’ w√īt tokw√®,

Pwis vont danser le√Ľ ch√ģje √† l’ sale.

 

Gérard Havelange S. (Iache)

 

D’√† l’ vile

Li Grand Feu

 

Au feu ! Au feu ! L√®s ch√ģjes Au feu !

Au feu ! Au feu ! L’ vint d’ b√ģje.

L’ ivi√™r n’a nin pe√Ľ du leup.

 

Pou r’chandi √ß’ timps-l√† qu’ √®st woute,

Nos faut ‘ne pl√®ne tch√®r√®ye d√® bos.

Donèz, donèz vos fagots,

Gn-a d√®s ke√Ľrs pou l√®s rascoude.

 

Donèz, donèz vos tchanson,

Nos-avons seu d’ argu√®d√®nes ;

Adjustèz vos-agayons

I faut ragafyi lès pwènes.

 

Pou s’ aloumer du bon timps,

M√®t√®z d√®s v√ģys-a√ģrs √† l’ viole

I faut qu√® l’ feu br√Ľle longtimps

Pou l’ pla√ģji qu’ √®rva √† scole.

 

Al√®z-√ģ, l√®s djon.nes mari√©s,

Tchak√®z rademint l’ aleum√®te !

S’ i d’me√Ľre d√®s r√®ves adjal√®s,

I gn-a d√®s stwales √† l’ baw√®te.

 

Rabr√®ss√®z-vous pa d’zous l’ trau,

Rav√®y√®z l’ s√©ve qui sok√ģye.

I faut qu’ l√®s cindes e√Ľchunche tch√īd

Pou f√© cr√®che l√®s v√®y volt√ģy.

 

Au feu ! Au feu ! L√®s ch√ģjes.

I fa√ģit cl√©r, lauvau.

Au feu ! Au feu ! L’ vint d’ b√ģje.

L’ ivi√™r est r’mouchi dins s’ trau.

 

J. SPINOSA-MATHOT.

 

in : CW, 2, 1985, p.23-24

Li Grand Feu à Boudje

 

M√®s djins d’ Boudje,

Mès djins do Grand Feu,

 

D√™r√®nemint, l√† saquants samwin.nes, dji sondje√Ľve √† vos-√ītes, √®t √† nos-√ītes tortos, en tot r’wa√ģtant √† l’ t√®l√®v√Ľsion, nosse bw√®sse √† imaudjes.

Nos-√ģ √®stin.n tch√®yus avou lI’ pe√Ľpe d√®s Massa√Įs : d√®s-omes qui vikenut audjo√Ľrdu come l√®s v√ģs bi√®rdj√ģs, come nos v√ģs v√ģs parints vikin.n vol√† trw√®s-quate mile ans, si √ß’ n’ √®st d’ pus.

√áu qu’ √®ste√Ľve pla√ģjant, c’ √®ste√Ľve do ve√Ľy le√Ľ mani√®re do f√© do feu. √Ä t√™re, one couch√®te di bw√®s, bin aclap√©ye √† l’ dagn, avou one rigole po-z-√ģ f√© to√Ľrner √®tur s√®s de√Ľs mwins, di r’vint di r’va, one bagu√®te di bw√®s, do bw√®s pus deur. Jusqu’√† √ß’ qui l’ couch√®te fumie√Ľve. L√† l’ momint do s’ m√®te dins l’ vint po sofler su l’ brok√®te et l’ f√© prinde, tot-en l√ģ r’m√®tant one mi√®te di fin, t√®naw√®te.

Binauje qu’ on-z-√®ste√Ľve por z√®ls √®t avou z√®ls do ve√Ľy monter l’ fum√™re ; tant qu’ √†-z-√®fum√ģ l’ bok√®t d’ tchau √† l’ cop√®te d’ one fortch√®te di marchau. Qu√© pla√ģji do l√®s ve√Ľy agni √† plins dints dins l’ djigue di b√®dot.

Dj’ a r’m√®tu ci j√®sse-l√†, di l’ alume-feu d√®s Massa√Įs, √† nosse boton d ‘int√®rupte√Ľr qu ‘i nos faut se√Ľremint k√®k√ģ do p’tit dw√®t po i√®sse n√®y√ģ d’ lumi√©re, po-z-aw√® l’ fwace √† make, li tch√īde √™we √† r’l√®tche-dw√®ts… √ąt tot √ßa, sins sondj√ģ, au pus sovint, d’√®wou-ce’ qu’ i √ßa vint, come √®t pa qu√ģ qu’ √ßa nos vint…

Nosse Massa√Į d’ audjo√Ľrdu n’ a nin dandj√ģ do t√Ľser d√®s masses : s√®s de√Ľs bok√®ts d’ s√®tch bw√®s √®t s√®s de√Ľs mwins √®t l’ daladje di s√®s de√Ľs mwins √® fa√ģyenut bin fa√ßon !

Qu ‘il a st√ģ contint, li prum√ģ ome qu’ a v√®yu l’ prum√™re fum√™re ! Dins s’ bone√Ľr, sins sondj√ģ pus lon, i s’aur√® tap√© √† gngnos… √®stant po sinte li feu, po wa√ģt√ģ l’ lumi√©re qui po d√ģre m√®rci au Ci qu√® l√ģ ave√Ľve don√©, avou l’ v√ģye, li ra√ģson po l’ f√© viker √† m√īde d’ ome.

C’ √®st l’ feu ‚ÄĒ qu√® l’ va r’tchaufer aus fr√®d√®s n√™ts √®t l√ģ c√īper l’ nw√Ęre b√ģje ;

‚ÄĒ¬† qu√® l’ va¬† lumer dins¬† l’ombr√ģye √† c√īper au coutia ;

‚ÄĒ¬† qu√® l’ va disfinde conte l√®s sauvadj√®s bi√®sses √®t le√Ľs la√ģds c√īps ;

‚ÄĒ¬† qu√® l’ va r’ni√®ti di tot √ß’ qu’ √®st duv’nu tchinis’ √®t tchinistr√ģyes ;

‚ÄĒ¬† qu√® l’ va m√©d√ģ √®t l’ ay√®ss√ģ conte l√®s min√©yes ;

‚ÄĒ¬† qu√®¬† l√ģ va d’ner l√®s bre√Ľjes di¬† l’ ame√Ľ¬† po-z-√®crachi l’ t√™re √®t l’ no√Ľri.

√ąt tot √ßa, pace qu’ il a se√Ľ, li tot se√Ľ su l’ t√™re, f√© √®sprinde li mw√Ęrt bw√®s, f√© blameter l’ lumi√®re, √®t f√© satchi l’ v√ģye fo√Ľ di √ß’ qu’ √®st mw√Ęrt.

Il aur√®, li tot se√Ľ, l’ id√©ye di rinde bon d’vw√™r au Ci qu’ √®st l√†, m√®tu su l’ t√™re, √®t-z-√® f√® l’ ma√ģsse di tot… √®t min.me do tcha√ģr √† gngnos, todis tot se√Ľ po d√ģre ¬ę m√®rci ¬Ľ.

√é sondjerans-ne, nos-√ītes qui va bouter l’ feu au moncia d’ fagots, d’ fach√®nes √®t di sp√®nes ?…

√é sondjerans-ne, quand nos vi√®rans √®sprinde li Grand Feu ; quand nos-√®tindrans cop√®ter l√®s flamaches ; quand nos sinterans¬† l’ a√ģradje vinu d’ner one tch√īde √† nos massales ; quand, d’ au lon, nos vi√®rans l√®s m√īyes di bw√®s d√®s vw√®sins prinde feu one apr√®s l’ √īte po nos r√®sponde…

Nos saurans insi qu’ l’ id√©ye di l’ ome si stind d’ onk √† l’ √īte… Nos saurans adon qu’ nos n’ √®stans nin tot se√Ľs √† r’m√®rci l’ nature, √®t l’ Cia qu√® l’ a fa√ģt, do tch√®ssi l’ ivi√™r √®t prom√®te li bon timps…

√ąt quand l√®s feus si distinderont, onk apr√®s l’ √īte, l√®s-omes di-d-ci, en rarivant dins le√Ľs maujones richand√ģyes, alumeront le√Ľs-int√®rupte√Ľrs… sins one pitite pins√©ye, sins one pitite sipite d’ √Ęme,… sins on p’tit m√®rci po totes l√®s djins qu’ ont t√Ľz√®, tch√®rp√®t√® √®t ovr√® po l√®s-ay√®ss√ģ.

√ąt, l’ londemwin au matin, l√®s Massa√Įs √ģront t√ģjener l’ moncia d’ bre√Ľjes √®t rascoude au p√Ęrfond do l’ po√Ľss√™re, l√®s tch√®rbons qu√® l√ģ auront aurd√© one simince di tchale√Ľr, √† la gr√Ęce do bon Di√®, po l’ djo√Ľrn√©ye d’ apr√®s.

Pla√ģ-st-√†-Di√®, m√®s djins.

 

Li Grand Feu

 

Apw√Ęrtez totes l√®s sp√®nes

Mwatès coches èt dès strins,

Tassiz-lès su l’ grand tiène

Po l’ vineuwe do pr√©timps.

 

M√®toz l’ feu aus fr√®de√Ľs

Po fé place aus maursadjes,

I nos faut d√® l’ v√®rde√Ľ,

Do solia, ça soladje.

 

R√®stchaufans-le, li v√ģye m√īde

√ąle nos vint d’ nos tayons,

Nos ‘nn’ √®stans l√®s-ap√ītes

Po lès danses èt tchansons.

 

MAURICE NEUVILLE, R.N.-Molon.

 

Pinon R., Analyse morphologique des feux de Carême dans la Wallonie occidentale, COMM. R. B. de Folkl., T9-14, 1956-1961, p.81-183

 

(p.169) La po√©sie suivante, de Louis Loiseau, me para√ģt r√©sumer excellemment, au point de vue folklorique sinon litt√©raire, ce que l’on sait du grand feu de l‚ÄôEntre-et-Meuse namuroise. Je la republie ici parce ce qu’en somme c’est ce grand feu qui est le plus typique de ceux qui ont √©t√© analys√©s pr√©c√©demment. Et sous sa forme rim√©e, il aidera le lecteur a recomposer le grand feu qu’il a bien fallu disloquer pour les besoins de l’analyse.

 

Li Grand Fe√Ľ

 

A tos lès-uchs, on vwèt lès-èfants

Aler tchanter po qu’ on l’ze√Ľ done

Saquants fagots d’ bw√®s, qu’ on rachone

Po f√© l‚Äô grand fe√Ľ, come tos l√®s-ans.

 

On-z-√®nn’ alume dins l√®s dj√Ęrdins :

D√®s-√®fants mw√Ęrts, l√®s p’tit√®s-√Ęmes,

Si most√®renut, dit-st-on, dins l√®s fl√Ęmes,

Po s‚Äô v’nu f√© r’v√īy √† le√Ľs parints.

 

On tch√®dje di bw√®s l’ d√™rin m√Ęri√©,

√ąt tot tch√®rdj√ģ,¬† faut qu’ il √®rv√īye,

Maugr√© qu’ on l’am√Ľse avau l’ v√īye.

Jusqu’√† s‚Äô maujone i l‚Äô dw√®t pw√Ęrter.

 

Quand l’ nw√Ęre√Ľ vint tot-√®walper,

Li fe√Ľ br√Ľle su l’ place do viladje.

On danse auto√Ľ s√Ľvant l’ √Ľsadje,

L√®s com√©res √® sayant d’ zoupeler.

 

Li c√®ne qui zoupel√©ye di franc dje√Ľ

Co d’vant l’ fin d’ l’ an s√®r√® m√Ęri√©ye ;

Aur√®-st-on galant su l’an√©ye,

Li com√©re qui pout v√īy s√®t’ fe√Ľs.

 

L√®s djon.nes-omes tot-auto√Ľ wa√ģtenut

Br√Ľler l√®s fe√Ľs d√®s-autes viladjes ;

Et po qu‚Äô le√Ľ fe√Ľ blame davantadje,

√Ä grand√®s br√®ss√ģyes, is l’ ritch√®djenut.

 

Quand tot-√†-f√®t s’ a distindu,

On-z-√®rva, tot tchantant n-on l’√īte,

Li ke√Ľr contint, mougn√ģ les v√ītes

Qu’ √® l’ maujone, l√®s parints f√©yenut.

 

M√®s √ßa comince √† s’ pi√®de, tot √ßa,

Come totes nos v√ģy√®s-acostumances !

C’ √®st si bon l√®s v√ģy√®s sovenances .

Et di s‚Äô polu rapinser √ß’ timps-l√† .

 

(in¬†: Fle√Ľrs di Mo√Ľse, Dinant, Bourdeaux, 1942, p.24)

 

Joseph Houziaux, Li vica√ģr√ģye d‚Äôon gamin d‚Äô C√™le, 1964

 

Li d√ģm√®gne di d’vant, apr√®s veupes, l√®s gamins s’ avint rachon√® o Fond √®t avint c’minci √† to√Ľrn√® po l’ Grand Fe√Ľ. L√®s pus grands satchint dr√ģ z√®ls one tch√®r√®te qui l√®s-√ītes boutint au cul √®t is fyint tos l√®s-uchs f√™t-√†-f√™t. I gn-a d’dj√† p√®rson.ne qu’ aureut wazu l’z√ģ r’fus√® on fagot, one djaube di strin, ou bin on gros sou po-z-achet√® do l’ p√®trole !

Tote li samwin.ne, apr√®s quatre e√Ľres, is s’ ritrouvint su Tchaubrumont po-z-al√® aus sp√®nes. L√®s pus v√ģs, come Vivide √®t Dj√īs√®f li Scayete√Ľ l√®s s’n√®sint avou on f√®rmint ; l√®s-√ītes l√®s h√®rtchint en l’s-at√®lant √† one cwade, jusqu’√† l’ fine d√®s cop√®tes do ti√®ne po l√®s ramoncel√® add√© l’ Grande C√Ęri√©re. C’ √®-st-one saqw√® d’ curie√Ľs ma√ģs, po f√® √ß’-t-ovradje-l√†, on n’ aveut nin pe√Ľ do s’ digr√®t√®. √áa n’ fa√ģt rin, po-z-√® ral√® √† l’ an√™ti, on ‘nn’ aveut tortos √† s√®s gu√®tes !

Todi √®-st-i qui l’ d√ģm√®gne tint d’ basse m√®sse, quand l’ Blanc da R√īse √®t l’ Gros B√™y arivint avou le√Ľs fotches po-z-arindji l’ moncia, l’ cins√ģ d’ Al Co√Ľr l√®z√ģ

aminot on tchaur po grip√® d’sus. Do cop apr√®s l‚Äô salut, tote li djon.n√®sse do viyadje √®t co br√Ęmint d√®s v√ģs gripint l√®s pasias tot-auto√Ľ d’Tchaubrumont : l√®s cis do Fond come l√®s cis da l’ Rotch√®te, l√®s cis d’ B√®l-A√ģr come l√®s cis da l’ Cop√®te do Viyadje, l√®s cis d’ H√Ľbaye come l√®s cis d√®s R√®ch√®s-V√īyes. Tos l√®s-ancyins √®stint au posse pace qui √ß’ djo√Ľ-l√†, ¬ę on r’vint di s√®t-e√Ľres lon √®t d’ s√®t-e√Ľres laudje mougni l’ pwin d’ s√®s parints¬†¬Ľ¬†.

 

C’√®st l’Gros B√™y qui m√®teut l’ alum√®te √®t i n’ aureut nin d’n√® s’ place √† p√®rson.ne: il √®steut t’t-ossi fi√©r do f√® √ß’ j√®sse-l√† qui Mons√®gneur do d’n√® l’ Pax tecum √† l’¬† Confirm√Ęcion ! Su pont d’timps, l√®s linwes di fe√Ľ l√®tchint l’ moncia pa-t’t-auto√Ľ √®t i flameut come one m√īye en fiant one vr√™ye p√®tar√Ęde. Si l’ fe√Ľ aveut l’ a√ģr do grogni, on bassin d’ p√®trole l’ aveut rade fa√ģt ravik√®.

Su √ß’ timps-l√†. gamins √®t gamines criyint tortos au pus fw√Ęrt √®t do pus w√īt qu’is s√®pint : ¬ę Au Grand Fe√Ľ, l√®s ch√ģjes o fe√Ľ ! ¬Ľ Et on-z-oyeut le√Ľs vw√®s qui r’dondint dins l√®s Fonds jusqu’apr√®s l’ Trau M√™ria¬†!

V√™l√†, do cost√® d’ Lavi, di Sw√®ne, di Nw√®si, di H√Ľbi√®mont, di Bw√®ss√®ye √®t d’ May√®ne, l√®s fe√Ľs blawetint dins l’ nw√Ęre√Ľ. Tant mie√Ľs po l’ djon.ne com√©re qu’

√® p’leut compt√® s√®t’ : √®lle √®steut s√Ľre d’ i√®sse mari√©ye po l’ Nov√®l-An ! L√®s viy√®s djins, z√®ls, p’lint co-z-√® r’v√©y s√®t’ l’ an√©ye d’ apr√®s. Dosm√®tant, Tintin, l’ Djan F√Ęstr√®s √®t saquants-√Ęrs√īyes qui s’ avint tchaubor√® l’ visadje courint come d√®s lwagnes avou on-¬ę ome ¬Ľ qui flameut √† l’ cop√®te d’ one pi√®ce, en fiant √® l’ a√ģr d√®s d√®ssins di totes l√®s s√ītes.

P’ tit √† p’ tit portant, li fe√Ľ ‘nn’ aveut √† s’ p√®ne. Apr√®s l√®s zoup√®ler√ģyes do l’ djon.n√®sse, tot l’ monde rid’chindeut su B√®l-A√ģr ou su l’ Tchafor. Au pus sovint, i gn-aveut d√®s trokes di mask√®s qui fyint aw√® ausse l√®s com√©res avou le√Ľ grand rodje n√®z, le√Ľ ross√®te tignasse √®t le√Ľs nw√Ęrs-ouys tot √®war√®s.

Dins l√®s maujons √®o√Ļ-ce qu’ i gn-aveut d√®s djon.n√®s com√©res, c’ √®-st-one ch√ģje qui p’leut compt√® : l√®s galants √ģ fyint le√Ľ-z-intr√©ye. Ci djo√Ľ-l√†, d’jeut-on, on ratche √® l’ouy di s’ crap√īde ; on v√™r√® r’qw√™re si ratchon √† l’ Laetare ! Ecoradji pa l√®s so√ßons √®t tot mougnant l√®s aufes, i faleut bin f√® l’grand m√®ssadje : ¬ę Est-ce qui vos v’vloz bin qui dj’ v√®gne po Louwise ? ¬Ľ Si l’ papa √®steut d’ acw√Ęrd, i si√®rveut one pitite gote ¬ę pe√Ľ qu’on n’ tch√®yuche flauwe en-z-√® ralant ¬Ľ. Evi√®s d√ģj-e√Ľres – l’e√Ľre d√®s brav√®s djins – on r’purdeut l’ v√īye po-z-√® ral√®, Jos√®f √®t Om√®r aurint bin v’lu ossi mont√® jusqu’√† d’ssus Tchaubrumont po w√™ti l’ Grand Fe√Ľ di-d-tot pr√®s, Mais il avint b√®le √† taleman√® Mar√ģye ! On n’ v√®yeut nin d’dj√† si mau l’ fe√Ľ qu’ √ßa pa l’ fini√®sse d’√®mon p√Ęrin! √ąt pus, √®st-ce qui l√®s gamins come-u-faut vont insi r√īl√® do l’ ch√ģje lon √®r√ģ d’ le√Ľ maujon ? √áa n’ fa√ģt rin, is ‘nn’ avint bin p√®sant! Po l√®s contint√®, Djan-Pi√®re √®nn’ √®steut quite √† f√® flam√® saquants djaubes o l’ co√Ľr, divant l’ fwadje.

 

Joseph Houziaux, Li vika√ģr√ģye d‚Äô on gamin d‚Äô C√™le, 1964

(p.97-99)

Tch√®raude √®t grand fe√Ľ

 

Divant do z-atak√® l’ Cwar√®me, on n’ mankeut nin do f√® l’ tch√®raude.

Li maurdi d’vant l√®s C√®nes, √† l’ v√®spr√©ye tote basse, gamins √®t crap√īdes si rachonint do cost√® d’√®mon li Scayete√Ľ. Avou saquants djaubes di strin, qu√©k√®s our√®tes √®t l√®s spinemints d√®s hayes d’avaur-l√†, il avint √ß’ qui l’z√ģ faleut. Quand l’ alum√®te √®steut m√®t√Ľwe √®t qui l’ fe√Ľ c’minceut √† f√® crak√® l’ moncia, is criyint tortos d’ le√Ľ pus fw√Ęrt, en l√®yant bachi l’ vw√®s au coron d’ le√Ľ m√®ssadje :

A l’ Tch√®raude

Mar√ģye maraude¬†!

Li ci qu’ vout v’nu

Qu’ l’ apwate one djaube !

 

Quand i n’ dimeureut pus qu’ d√®s bre√Ľjes, l√®s-√®fants zoublint iute √† to√Ľr. Rin d’ par√®y, dijeut-on, po n’ nin aw√® mau s’ vinte dins l’ courant d’ l’ an√©ye.

 

¬†¬ę A la bone e√Ľre, m√®s-√®fants, criyeut-i l’Gros Batisse, en r’passant avou s’ mus√®te √† s’ dos. Quand on n’ fa√ģt nin l’ tch√®raude li-min.me, li Bon Di√® l’ fa√ģt √† vosse place ! ¬Ľ Di √ß’ mani√©re-l√†, on-z-√®steut s√Ľr √®t c√®rtin do n’ nin aw√® l’ fe√Ľ timps d’ l’ an√©ye.

 

Joseph Bily, Li grand fe√Ľ a Masbor, p.39, in: Scr√ģje√Ľs d‚Äô√ārd√®ne, 2002

 

Li grand fe√Ľ a Masbor, dji v’ pou bin prom√®te qui √ß’ n’ √®st nin rin .

 

√évan d’ √®mon Duterme, Mich√®l Renard, Jow√®l da Jiz√®le, li ptit Lejeune √®t co saquants-√ītes ont tch√®ri√® au bw√®s de√Ľs s√®medis √® rote. √ąt pus de√Ľs s√ģzes po-z-√®pil√® roles di tchin.nes, coches, cop√®tes di sapins… Il ont amantch√® √ßa come d√®s b√®r√īd√ģs, pus il ont r’ssoy√® l√®s corons sins w√™t√® a one barbauje pr√®s, bin s√Ľr. Do b√™ ovr√®dje !

 

Il √®-st-a pon.ne s√®t’ e√Ľres √®t d’m√®y √®t on pout d√ģre qu’ i gn-a dj√† do l’ djint. Pirates, cl√īn’s, o√Ľrs’ ou pingwins, b√®l√®s dames ou tchabor√®s si porsiy√®t, s’ to√Ľrs√®t, s’ am√Ľs√®t, qw√® ! ” Bin m’ ptit fis, to vas co-z-√®sse pr√īpe ! W√™tez on p√ī kimint qu’ vos-√®stez dj√† apotik√® . ” ” √Ē! dij√®z M√Ęr√®ne, l√®yez-le f√®, c’ √®st todi d√®s v√ģs moussemints √®t pus, il a si mot bon, hin ? ” M√Ęr√®ne a ruchel√® d√®s dints, a r√®spir√® on bon c√īp tot r’ss√®tchant l’ nar√®ne, m√™s s’ a t√™. A la bone e√Ľre !

 

One v√ģe com√©re, qui n’ a pus rin por l√®y, ratwatch√©ye √® s’ gabardine, b√®ronle au mitan d√®s Masbor√™s, d√®s F√®n√®sses, d√®s Caw√®s, d√®s V√™s, d√®s Mak√®s, d√®s Boks, d√®s Borkins √®t d√®s Bandurlins √®t qu√©kef√ģe d√®s Ral√®tche√Ľs d’ p√™les. Ci n’ √®st qui quand √®lle a st√ģ disg√Ęrn√ģe qu’ on l’ a p’lu r’m√®te. Brav√ī, Alin¬†!

 

Po √Ľt’ e√Ľres p√®tantes, Dominike √®t Vinciane, l√®s d√™rins mari√®s, bout√®t l’ fe√Ľ.

– On v√®t bin qu’ il a br√Ęmint broyin√®, l√®s coches sont co fr√®ches .

– Broyin√® ? Plo√Ľre, va, vous-se d√ģre. Il a vnu one t√®ribe wal√©ye do l’ v√®spr√©ye, hin, m’ coye !

– C’ √®st √ßa, √évan, v√Ľde l√ģ do l’ jujube !

 

√á‚Äô c√īp ci, vo-le-l√† v√īye. L√®s v√ģv√®tes pa cintin.nes f√®t d√®s clign√®tes √† nos djins qui bat√®t d√®s mwins. D√®s gross√®s twatches di sp√®ss√®s fum√©yes mont√®t bin h√īt, di qw√® stof√® sint P√ģre. ” Dj’ in.me ostant v√®y one di c√®s v√ģy√®s locomotives √† tch√®rbon qui monte Maurl√īye ! “

 

In : La Wallonne, mars 1987, p.8

LI GRAND FE√õ

F. Drapeau

 

Ine acostumance qui s’ pi√®de, √®t qu’ √®ste√Ľt-st-ine importante fi√®sse di 1′ √Ęrmanak di Waloner√®ye, pusqu’ √®le d√®sign√©ve li d√ģm√®gne d√® Cwar√®me.

I n-ave√Ľt d’ ab√īrd ” Li hir√•de ” (ou li p’tit fe√Ľ d√® Cr√•s M√•rdi) qu’ √®ste√Ľt 1′ af√™re d√®s-√®fants. Is ramass√ģt “l√®s h√©vions” (c’ √®st l√®s coh√®tes c√īp√™yes djus d√®s h√Ęyes ). On l√®s f√©ve bl√Ęmer avou ‘ne dj√Ębe di strin, adon l√®s-√®fants br√®y√ģt :

√Ä l’ hir√Ęde, Hinri qu’ √®st mal√•de !

√ąt qwand 1′ feu s’ distind√©ve, is d’v√ģt potch√ģ tre√Ľs f√®yes po-d’ze√Ľ l√®s brus√ģs po-z-√®sse w√•rd√©s d√®s m√•s d’ vinte.

Mins l’ d√ģm√®gne d√® Cwar√®me, li Grand feu, lu, c’ √®ste√Ľt 1′ af√™re d√®s dj√īn√®s-djins qu’ al√ģt bruber ava 1′ viy√®dje, h√®rtchant on tch√®riot √®t tchantant:

Ine dj√•be di strin, s’ i v’ pl√™t,

Po tch√•fer l√®s p√ģds d√® p’tit J√®sus

Qu’ √®st mw√©rt √®t qui n’ vike pus.

Et qwand il av√ģt ramin√©, en cort√™ge, li tch√®riot d’ fah√®nes, c’ √®ste√Ľt l√®s mari√©s d’ l’ an.n√™ye qui bout√ģt 1′ fe√Ľ √®t tot 1′ monde dans√©ve √•to√Ľ. Pwis, qwand √ßa blam√©ve pus, l√† ossu, on potch√ģve dize√Ľ 1′ hop√™ d’ brus√ģs po n’ nin avu d√®s m√•s d’ vinte, dism√®tant qu’ l√®s dj√īn√®s djins soh√™t√ģt di s’ m√•rier √® l’ an.n√™ye.

 

in : LD, 1, 1991, p.9-10

Li Grand¬† Fe√Ľ

 

Disp√īy tre√Ľs djo√Ľs, l√®s gamins

Ramass√®t so totes l√®s v√īyes

D√®s v√ģs fagots,¬† d√®s dj√Ębes di strin

Qu’ is vont rayer fou d√®s m√īyes.

 

Is ratchèrièt dès pèkèts

Po co rasp√®hi 1′ foum√®ye

Tot l√®s tapant so 1′ hop√™

Qwand trop cl√©r l√Ľr√® l’¬† blam√®ye.

 

Nosse¬† Grand¬† Fe√Ľ s√®r√® clapant,

Drèssé so l  plèce do viyèdje,

Avou¬† ‘ne astipe √Ę mitan

Po-z-asp√īyer 1′¬† p√®sante tch√®dje.

 

Vochal¬† li nut’¬† p√Ęh√Ľlemint,

Li bleu ste√Ľl√ģ f√™t blaw√®te.

“A co√Ľsse!¬†¬† Vin√®z,¬†¬† brav√®s djins!

Nos-√®sp√®rderans¬† l’ aloum√®te ! “

 

Li blamèye hagne è moncê,

Cato√Ľne tot-av√Ę l√®s sp√®nes,

Fisant z√Ľner l√®s v√®rts bw√®s

Qui gotèt so lès faguènes.

 

A c√īp d‚Äô tr√®yin, l‚Äô P√©re W√Ęt√ģ

B√īre d√®s cohes djusqu’√† l‚Äô cop√®te

Et, tot¬† k’b√®s√®ssant 1′¬† br√Ľs√ģ,

F√™t spiter pus d’ one v√ģv√®te.

 

Li djon.n√®sse tchante on r√®splo√Ľ

Et cr√Ęmignone av√Ę 1′ pl√®ce.

“√ā Grand Fe√Ľ, l√®s s√ģses √® fe√Ľ!

V‚Äô-√®r’-ci 1′ pr√©timps: qu’ on fasse fi√®sse!”

 

Li monc√™ n’ √®st pus si h√īt,

Po l√®s gamins qu’ ont trop h√Ęsse

D√® potcher ute d’ on plin c√īp,

√áou qu’ amine d√®s traus √Ęs tch√Ęsses!

 

Qwand 1‚Äô dj√®rin.ne blame a fl√Ęwi,

On r‚Äômousse √®-z-o√Ľve, sins ahote

Et p√Ľsqui 1′ s√ģse va mouri,

N√®yans-le √Ę mitan d√®s gotes!

 

Georges MEURISSE wallon de Dochamps

 

Li Grand Fe√Ľ

 

Li blamèye hagne è moncè

√ąt cato√Ľne av√Ę l√®s sp√®nes

Fisant s√Ľner l√®s verts bw√®s

Qui gotèt so lès faguènes.

 

Li djon.n√®sse tchante on r√®sple√Ľ

On cr√Ęmignone av√Ę 1′ pl√®ce

” √ā Grand Fe√Ľ, l√®s s√ģses √® fe√Ľ¬†!¬†¬Ľ

Vo-r’-ci l’ bon timps: qu’ on fasse fi√®sse !

 

Georges Meurisse (Erezée)

 

Louis Nisen, Li grand fe√Ľ, p.12-13, in¬†: Singuliers, 1, 2002

 

Qwand l’ samin.ne di d’vant l’ cwar√®me arive√Ľt,

Tos l√®s gamins di mi-√Ędje sondjint √Ę grand fe√Ľ.

I par√®t qu’ si par m√Ęle√Ľr, on l’ rovie√Ľt,

Oute di l’ an√©e min.me, one mahon do viyadje bro√Ľle√Ľt.

C’ √®st po √ßoula qu’ l√®s djins √®stint d’ acw√Ęrd,

Si √ßa n’ fise√Ľt nin d’ bin, √ßa n’ fiche dj√† do tw√Ęrt.

 

Ci c√īp-l√†, on v’le√Ľt sorpasser l√®s √īt√®s-ans,

On-z-√ģ ave√Ľt m√®tou disp√īy li d√ģm√®gne di d’vant.

On l’ fre√Ľt co o l’ pl√®ce qu’ on l’ ave√Ľt todi f√©,

Pace qui d’ l√†, on l’ w√®ye√Ľt bin di tos l√®s cost√©s.

On ramassa av√Ę l’ viadje tot √ßou qu’ i fale√Ľt,

Gn-a qui d’ nint d√®s fagots, do strin, ou tot √ßou qui bro√Ľle√Ľt.

 

Dj’ √®nn-avins de√Ľs grosses tch√®djes qu’ on z-ave√Ľt rastrindou,

√ąt gn-ave√Ľt on sp√®s bro√Ľyard qu’ ave√Ľt duri tote djo√Ľ.

On distch√®rdja tot √ßa, √®t a f√™t, on l√®s macene√Ľt,

On n’ ave√Ľt jam√™s v√®you on si gros hop√™ qu’ i gn-ave√Ľt.

L√®s djins do viadje si d’ mandint √ßou qui s’ passe√Ľt bin.

Tot ave√Ľt l’ √™r qu’ on complote√Ľt, m√®s nouk ni v√®ye√Ľt rin.

 

Li nut’ arive√Ľt, √®t dji divenins bin ni√®rve√Ľs,

Li bro√Ľyard √®nn’ ale√Ľt, √®t nosse fe√Ľ, on l’ vi√®re√Ľt.

L√®s parints p√īrint bin s√®y f√ģrs di le√Ľs gamins,

M√™s on-z-are√Ľt di qu’ d√®s strins, i gn-ave√Ľt bin br√Ęmint !

L’ momint √®ste√Ľt v’ni d’ aloumi, √®t √ßa fout bin vite √® trin,

On n’ ave√Ľt m√Ęy v√®you par√®y fe√Ľ, d’ v√®ye di djins.

 

Dji fourins bin fi√®sti, √®t qwantes c√īp rabr√®ssi, √®t on z-ala dwarmi.

M√™s l’ lendemin, qwand dji rivenins do scole, √ßa ave√Ľt bin candji.

Dj’ atrapins one fame√Ľse engue√Ľl√Ęde, pw√ģs co√Ľtchi sins sopi.

 

On gros hop√™ d’ fagots, one dim√© m√īye di strin, c’ √®st √ßou qu’ dj’ avins hapi,

Dji v√Ľdins nos tirel√ģres po payer tot √ßou qu’ dj’ avins bro√Ľli.

√ąt l’ an d’ apr√®s, on n’ dj√Ęsa pus d’ f√© l’ grand fe√Ľ a Go√Ľvi.

 

(wallon de Gouvy)

 

Glossaire

disp√īy = depuis. / hapi = prendre. / hop√™ = tas. / ma√ß’ni – – assembler l mahon =

maison/ m√Ęy = jamais. / m√īye = meule. / nouk = personne. / qwante = combien.

/ rastrinde = ranger, mettre en ordre. / rovyi = oublier, / strin = paille. / tchèdje РРcharge. / vèye = vie.

 

 

6 √Ēte paut / Ailleurs¬†: en B√®ljike / en Belgique¬†; √† l’ √®tranjer / √† l’ √©tranger

(VA, 14/03/2017)

Andr√© Toussaint, √úber Land brennen wieder die Burgfeuer, Lux. Wort, 16/02/2002 ¬† Am ersten Fastenwochende Der Brauch des volkst√ľmlichen Burgfeuers, auch Funkenfeuer, ist sowohl bei uns als auch in der Eifel, in Lothringen (Frankreich), Belgien, S√ľddeutschland, Vorarlberg, Tirol und in der Schweiz √ľberliefert.¬†¬Ľ (…) Im √Ėsling wurden am ¬ę¬†Scheefsonndeg¬†¬Ľ die M√§dchen mancherorts als ein Zeichen besonderer Gunst mit Asche geschw√§rzt, und sie beschenkten im Gegenzug ihren Schw√§rzer sp√§ter mit den gef√§rbten Ostereiern. ¬†
/Recht/ Schieferstein und Schwarzbrot, Aktuell Verlag, 1983 (S.247) Die Br√§uche Das Burgfeuer ¬† Das Dorf Recht besitzt den Vorzug, einen Ortsteil mit der Bezeichnung ,,Burg” zu besitzen. Er geh√∂rt zum traditionsreichsten Boden des Dorfes. Da er, wie der Name bereits besagt, hochgelegen ist, eignet er sich hervorragend zur Entzundung des Burgfeuers am Burgsonntag. An diesen Brauch heften sich zahlreiche Deutungen, und wahrscheinlich haben sich im Laufe der Jahrhunderte stets neue hinzugef√ľgt. Fur die einen werden die Geister des Winters gebannt, und der Bauer pr√ľft gern die Windrichtung, um eine Prognose fur das kommende Erntejahr zu stellen. Die Kirche, die mit Aschermittwoch die Fasten-zeit begonnen hat, sieht in diesem Brauch die Vernichtung des Heidnischen und Siindhaften sowie die L√§uterung im vierzigtagigen Fasten. Manche verweisen auf die Freudenfeuer, die dem Volksmund zufolge am Ende der Franzosenzeit angezundet wurden. Jedenfalls bietet es einen anheimelnden Anblick, wenn man von einer Anh√∂he aus die Burgfeuer mehrerer D√∂rfer im Dunkel des Sonntagabends aufleuchten sieht. Vor dem Krieg errichteten verschiedene Ortsteile noch ihr eigenes Burgfeuer, und man versuchte gern, den anderen einen Streich zu spielen und deren Burg vorzeitig anzuz√ľnden. In Recht wird die Burg von den Junggesellen errichtet. Es ist hier wie auch andernorts Sitte, dass das zuletzt getraute Paar des Dorfes die Burg anz√ľndet. Meist beteiligt sich der Musikverein mit einem St√Ęndchen, den Umstehenden wird ,,en Dreppche” angeboten, und anschliefiend begibt man sich in die Wirtsh√§user. ¬†
A Eupen et Malmedy ont encore lieu les feux de la Saint-Martin, le 10 ou le 11 novembre.  
in¬†: Nidrum, 1998 (S.374) BURGSONNTAG ¬† Eine Woche nach Fastnacht, also am 1. Fastensonntag, werden √ľberall in der Eifel die Burgfeuer angez√ľndet. In den Wochen vorher ziehen die 13 und 14 j√§hrigen Jungen durchs Dorf, uni Stroh, Reisig oder die ausgedienten Weihnachtsb√§ume einzusammeln und sie zur Brandstelle zu bringen. Geldspenden werden dabei ebenfalls dankend entgegengenommen. Am Abend wird die Burg angez√ľndet und anschliessend treffen sien die Jugendlichen zu einem gemeinsamen Essen. In den letzten Jah¬≠ren hat der Junggesellenverein die Organisation in die H√§nde genommen und versucht so diese Tradition in unserem Dorf aufrechtzuerhalten. Ewald Heck erz√§hlte, wie er 1929 als damals Vierzehnj√§hriger den Verlauf di√®ses Tages erlebt hat: Wir zogen von Haus zu Haus und sangen an jeder T√Ļr folgendes Lied: (‚Ķ). Sodann erhielten wir eine Garbe Stroh, dazu Speck und Eier. Nach Ende des Rundgangs wurde die Burg auf einem Grundst√ľck von Wilhelm Peterges, genannt ¬ĽM√ľsb√ľchel¬ę, das auf einer Anh√∂he liegend, gut sichtbar vom Dorf her war, aufgerichtet. Dann stellte jeder seine Fackel her, indem er einen langen Stock ausw√†hlte und diesen mit Stroh umwickelte. Beim Hereinbrechen der Dunkelheit wurden Burg und Fackeln angez√Ľndet, am sodann singend mit den brennenden Fackeln uni die Burg getanzt. Zum Abschluft wurden dann in einem Hause der Speck und die Eier gebraten und gegessen. ¬†
REGIONS DE LANGUE ALLEMANDE : ” LE ” BURGSONNTAG¬† Le correspondant du Grand Feu wallon s’appelle ici “Burgsonntag” (dimanche du ch√Ęteau) parce que le b√Ľcher qu’on va embraser ressem¬≠ble √† un ch√Ęteau-fort. Pendant la semaine qui pr√©c√®de, la jeunesse va d’une habitation √† l’autre pour r√©colter le combustible. Le b√Ľcher est dress√© sur une colline proche. Le dimanche de Quadrag√©sime, au soir, en pr√©sence de tous les jeunes du village, des gamins enflamment le bra¬≠sier au moyen de percher auxquelles sont attach√©es des bottes de paille, allum√©es auparavant . Ces m√™mes √©coliers,¬† quand il ne sub¬≠siste plus que des braises, se barbouillent le visage de noir et poursuivent les filles pour les grimer de la m√™me mani√®re. A Saint-Vith, le cort√®ge est pr√©sid√© par le Prince Carnaval accompa¬≠gn√© de toute sa suite. Un manequin symbolisant le carnaval est fix√© au sommet du b√Ľcher. Tout le monde danse autour du feu jusqu’√† son extinction. La soir√©e se termine dans un √©tablissement proche. ¬†
Bodindje / Biedeg, F√™vi√®, Strintchamp, M’nifontin.ne, Wisemba, R√Ędelindje: grands feux (in: Ch. Dubois, Vieilles choses au pays de la S√Ľre, p.509-512) (s.d.) ¬†
Charles Dubois, Vieille choses d‚ÄôArdenne, Cercle d‚ÄôHistoire et d‚ÄôArch√©ologie de la Haute S√Ľre, √©d. Eole, (1932) r√©√©d. 2002 ¬† /Bodange, Wisembach/ ¬† (p.41) CHAPITRE III¬† LE GRAND FEU ¬† Il y a, au sud-est de Bodange-sur S√Ľre, une longue colline, abrupte comme un ressaut des Alpes, que des haies √† √©corces, des coudriers, des bouleaux et quelques √©pic√©as rev√™tent d’√©meraude aux tons changeants, alors que le soleil du soir les crible par en-dessous de ses rayons divergents. Une grosse verrue rocheuse, vrai pain de sucre de pierre, a pouss√©, super¬≠bement isol√©e, sur le versant du coteau. Elle a valu √† toute la colline le nom de Feltz (lisez Fi√©ltz). La rivi√®re, qui accourt, en jabotant, de Strain-champs, vient s’√©tirer paresseusement au pied et forme, dans le val tr√®s resserr√© en cet endroit, de petits gouffres que hantent, en troupes, barbeaux, chevennes et goujons. Un pont, fait de cette pierre d’Ardenne qui prend si rapidement la belle patine des vieilles choses, l’enjambe, en dos d’√Ęne, sur trois arches d’in√©gale hauteur. Il m√®ne le chemin de Warnach tout contre la colline, l√† o√Ļ elle se casse en une noue √† angle obtus, qui fait √† la montagne une crini√®re de lamelles schis¬≠teuses, redress√©es en chaos. On a install√©, au bas, l’H√ītel de la Gare du Tram (1). Autrefois, aux pluies d’orage et aux fontes de neige, un petit torrent d√©valait par l√†, en cascades rapidement taries. Face √† la Feltz, le village a camp√© en d√©sordre ses maisons blanches, dont les toits d’ardoise brillent intens√©ment. ¬† (1) Actuellement : H√ītel de la S√Ľre. ¬† (p.42) C’est √† la ¬ęcopette¬Ľ de cette colline, juste √† l’extr√™me pointe de la crini√®re rocheuse, bien haut au-dessus de la vall√©e, que le premier dimanche de Car√™me nous faisions le Grand Feu. Je parle au pass√©, car, h√©las! les petits Bodangeois d’aujourd’hui doivent ouvrir des yeux ronds quand on leur parle du Grand Feu. Leur village, comme beaucoup d’autres en Ardenne, a perdu son int√©gralit√© archa√Įque. Les hideux poteaux du t√©l√©graphe et du t√©l√©phone ont enlaidi l’azur plomb√© de son ciel. La croupe de la Feltz elle-m√™me a √©t√© √©ventr√©e en b√©antes blessures par le chemin de fer vicinal. Les f√©es, les nutons, les makralles, les loups-garous se sont enfuis √©pouvant√©s devant l’envahissement des nouveaut√©s contemporaines, et le Grand Feu s’est d√©finitivement √©teint… Paille ! Paille ! pour le nouveau Feu, II a pass√© le vieux ! Schtr√©ie ! Schtr√©ie ! fir die ne√Įbouricht, De√Įe √Ęal ass erdouricht ! Ainsi chantaient les √©coliers en parcourant, apr√®s v√™pres, les venelles et les chemins du hameau. Et les granges, les courtils et les hangars s’ouvraient. Bottes de paille, de gen√™t, de bruy√®re, de ramilles s’amonce¬≠laient sur la charrette que pr√™taient obligeamment les paysans, chacun √† son tour. Les bourgeois et les artisans qui n’avaient ni grange ni courtil, donnaient une pi√©cette blanche. Nul n’e√Ľt os√© refuser. Une ann√©e que ‚ÄĒ je ne sais plus pour quel motif ‚ÄĒ on n’avait pas fait le Grand Feu, le Bon Dieu s’en √©tait charg√© et deux maisons du village avaient flamb√©, frapp√©es par la foudre. Quelques vieillards, de ceux de soixante et de (p.43) soixante-dix ans, s’√©taient r√©unis et, dans le jardin de l’un d’entre eux, avaient, pour maintenir la tradition et pr√©server leur quartier, allum√© un grand b√Ľcher ! Ceux qui se montraient ladres, nous les volions sans vergogne et sans scrupule. Nul ne s’avisait de demander ce qu’√©taient devenus certains fagots entass√©s dans les verger, contre le mur des √©tables ou du four. Dame ! nous avions des consciences bien inform√©es ! ¬ęMes enfants, nous avait dit M. le cur√©, ‚ÄĒ un brave homme de cur√©, ce pr√™tre allemand chass√© d’Allema¬≠gne par le Kulturkampf et venu chez nous, ‚ÄĒ mes enfants, amusez-vous bien. Veillez √† avoir beaucoup de combustible. (Nous comprenions ces mots √† notre fa√ßon). Que votre feu soit le plus beau du canton. Et pas d’imprudences ni de sottises, n’est-ce pas ? Rien que des gar√ßons dans votre bande… Je viendrai voir.¬Ľ Et de fait, il y vint l’une ou l’autre fois. Fagots, gerbes et bottes sont r√©unis au bas de la Feltz. Le capitaine ‚ÄĒ car nous avions un capitaine ‚ÄĒ a distribu√© la besogne. L’√©quipe des grands hisse le tout l√†-haut, p√©niblement, pendant que les collecteurs, moyens et petits, continuent leur tourn√©e dans les rues : Paille ! paille ! pour le nouveau Feu, II a pass√© le vieux ! La nuit est venue, nuit maussade de commence¬≠ment de mars. Dans le ciel galopent les sombres (p.44) escadrons des nuages charg√©s de neige fondue. Par intervalle se fait, √† l’orient, une trou√©e laiteuse, √©clair√©e par une lune blafarde et malade qu’enveloppent d’√©paisses couches d’ouate salie.Les buissons et les troncs des arbres accrochent quelques filaments de lumi√®re au miroir de leurs √©corces numides. Et puis, tout retombe dans une obscurit√© plus opaque. Les arbres semblent plus noirs, la vall√©e plus profonde, les fen√™tres illumin√©es plus lointaines. Sur le plus haut roc de la colline, tout contre l’√†-pic, se dresse le vaste b√Ľcher du Grand Feu. On dirait le donjon √©croul√© de quelque ch√Ęteau f√©odal disparu. Tous les gars du village sont l√†. Quelques jeunes gens, que la fi√®vre du feu a repris, sont accourus. Ce sont eux qui ont √©lev√© en poivri√®re la masse des bottes hiss√©es ici par les √©coliers. Une grande croix domine le capu¬≠chon conique de la meule. Les fagots de ramilles et de gen√™t constituent le noyau et font bloc ; tout autour, en assises d’une savante r√©gularit√© se sont entass√©es les gerbes de paille et les brass√©es de bruy√®re s√®che… L’instant est solennel. Il est huit heures. Toutes les t√™tes se d√©couvrent. Trois coups de pistolet annoncent au village que la m√®che est pr√™te. On entend, dans la vall√©e, des portes qui s’ouvrent, des voix fl√Ľt√©es de filles qui jacassent et des voix rugueuses d’hommes fusant par intermittence. Et voici que le capitaine a frott√© une allumette sur le drap rude de sa cuisse. Les enfants se prennent la main, font la cha√ģne et commencent une ronde recueillie. Une angoisse d√©licieuse √©treint toutes les poitrines. ¬ęNotre P√®re qui √™tes aux deux…¬Ľ a dit une voix dans la nuit ; et la pri√®re se d√©roule, continu√©e par tout le groupe. ¬ęJe crois en Dieu…¬Ľ reprend la voix, et le credo s’ach√®ve de m√™me. C’est qu’il ont conscience, (p.45) les petits Bodangeois, de faire Ňďuvre pieuse. Ils sont les paratonnerres de l’ann√©e en cours. Ce que les a√Įeux, qui dorment au cimeti√®re, ont fait, ils le font √† leur tour : ce qu’ils ont cru, ils le croient aussi. C’est pour le bon Dieu, ce Grand Feu de joie. C’est leur fa√ßon de dire : Afulgure et tempestate libera nos Domine ! Si vous leur eussiez dit qu’ils faisaient acte de superstition et continuaient les Lupercales de la Rome pa√Įenne, ils vous auraient regard√© de fa√ßon fort impertinente ! Soudain, la flamme p√©tille et, d’une grande envo¬≠l√©e, d’un seul bond, s’√©lance jusqu’au fa√ģte. Feu! feu! feu! clame en d√©lire la troupe turbulente. La paille bra-sille et lance dans l’espace des myriades de flam¬≠m√®ches que le vent emporte par paquets. Le bois vert des b√Ľches et des ramons de gen√™t se tord en bavant, cr√©pite comme des d√©charges de peloton. Tout le ciel est rouge. Des lueurs mauves courent sur les c√©p√©es (p.46) lorsqu’une saute de vent active le brasier et incline la flamme comme une immense chevelure. Et tout autour gambadent des gnomes noirs arm√©s de longues perches. Ils fourragent le tas et, du bout de leurs bois brais√©s, ils d√©crivent dans l’air des orbes de feu et des arabesques ign√©es. L√†-bas, tout l√†-bas, on voit briller les Grands Feux de Fauvillers, de Strainchamps, de Menufontaine, de Wisembach, de Radelange. Mon Dieu ! qu’ils sont maigres ! le n√ītre est certes le plus beau des pays !… Le b√Ľcher s’est effondr√© ; ce n’est plus qu’un √©norme amas de braises qui teint de vermillon vif les vestes et les joues des gar√ßons. Il les fait ressembler √† un campement de Peaux-Rouges autour du feu du conseil… C’en est fait du Grand Feu. D√©j√† l’on songe √† celui de l’ann√©e suivante ! Avant de partir, on se noircit le visage : c’est dans le protocole. Les perches et les b√Ętons sont remis au feu par un bout ; chacun se munit d’un brandon et, enve¬≠lopp√© d’un agressif essaim d’√©tincelles, qui lui fait une fantastique aur√©ole, d√©vale la c√īte en courant. Ce sont ainsi vingt, trente d√©mons qui arrivent sur le pont. L√† ‚ÄĒ c’est encore le protocole ‚ÄĒ tous les tisons sont jet√©s dans la rivi√®re. Puis l’on s’en va chez le meunier manger des beignets et chanter jusqu’√† minuit. Quand je songe qu’√† Bodange on ne fait plus le Grand Feu, je suis presque content de n’√™tre plus ni enfant ni villageois !

 

Glotz Samuel, Le carnaval, Artiscope, 15, 1987

 

(p.21) Dans le sud de la Flandre Orientale, à Geraardsbergen, le feu de la Quadragésime prend une forme et un nom particuliers.

 

Vers 14 heures, un cort√®ge se forme: il part du plus vieux quartier de la ville, celui de Hunnegem. Depuis quelques ann√©es, on y voit des dames v√™tues comme au Moyen Age, des hommes d√©guis√©s en paysans du temps de Bruegel. Il y a m√™me des druides et des druidesses v√™tus de blanc. Sur la Grand-Place, les autorit√©s civiles et religieuses de la ville se joignent au cort√®ge qui, apr√®s la travers√©e de la ville, arrive √† une colline, l’Oudenberg. Des pages apportent 20 mannes d’osier remplies de craquelins (aujourd’hui, ce sont des petits pains

ronds). D’ autres pages am√®nent des baquets d’ eau o√Ļ s’ agitent des petits poissons. Apr√®s la pri√®re dans une chapelle consacr√©e √† la Vierge, tout le monde se rend √† la ” Kolom”, haute colonne. Les personnages importants de la ville montent sur une estrade.

 

On offre alors au cur√©-doyen puis au bourgmestre, une coupe d’ argent pleine de vin blanc o√Ļ gigotent des poissons, Chacun en boit une gorg√©e et avale un alevin vivant. Puis vient le tour des autres personnalit√©s.

 

Ensuite, le doyen lance √† la foule le premier craquelin. Le bourgmestre et les autres personnes se trouvant sur l’ estrade jettent alors au public le contenu des 20 mannes de craquelins. Chacun essaie d’attraper un petit pain, car dans deux d’entre ceux-ci, se trouve un bon donnant droit √† un riche cadeau.

Puis, la foule redescend vers la ville au son de la musique. La f√™te continue. Vers 19 heures, on remonte sur la colline. L√†, est install√© un tonneau mont√© sur un pieu. Dans le tonneau, on a bourr√© de la poix et de la paille. Le bourgmestre y met le feu. C’est le “tonnekensbrand”,

le feu du tonnelet. Les flammes se voient de très loin. En réponse à ce premier feu, les jeunes gens des villages des alentours allument le leur.

 

in: Focus 13/2001, S. 106 ¬† Brennender Schneemann f√ľr die Sch√ľler der Johannes-Schule (Saarland)

 

Wallerode (Ostkantone) – Burgfeuer (2008)

in de streek van Ninove - walmen branden

(Maurice Peremans, in: Brabants Folklore, s.d.)

Geraardsdbergen (Gramont / Grammont) - tonnekebrand

(Cyriel De Vuyst, in: Le Folklore Brabançon, s.n., 1933)

Retie (provincie Antwerpen) - houtvuren en krentenkoeken voor Sinte Mette

(in: HLN, 10/11/1993) (check)

Nederland (Overijssel) - het verbranden van de bok (li br√Ľladje do bok / la combustion du bouc)

(in: Theo Franssen, Gerrit Gommans, Alaaf ! Carnaval in Nederland en Belgi√ę, Spectrum Boeken, s.d.)

Ostkantone / Wallerode - Buergfeuer

(2008)

Ostkantone / Die Burgen brennen

(in: Mahlbert, Gräper, Bruni, Unterwegs in Ostbelgien und Umgebung, GEV, S.159-163, 2001)

Nidrum - Burgsonntag

(in: Nidrum, s.d., s.p.)

Elsenborn - Fackelfeuer

(in: Elsenborn, ein Venndorf in seiner Geschichte, s.p., s.d.)

(ibid., s.d.)

Recht - Burgfeuer

(1982 – Das Paar, welches letztes in dem betreffenden Jahr geheiratet hat, z√ľndet es an.)

Metzert (Attert) - Buergbrennen

(VA, 27/02/1996)

L√ętzebuerg (Lucsembourg / Luxembourg) - Buergbrennen

(LW, 01/02/2014)

(in: LW, 11/03/2019)

Deutschland (Alemagne / Allemagne) - Pr√úmerland (Payis d' Pr√ľm / Pays de Pr√ľm) - Burgsonntag

(in: Joachim Schröder, Brauchtumslandschaft Eifel, s.d.)

Hosten (Rheinland-Pfalz) - H√ľttenkreuzen

(in:¬†Entre schiste et gen√™t, Internationale des Amis de la Nature, 1994 p.160, 1994 / Une H√ľttenkreuzen)

Friedrichsthal-Bildstock (Saarland) - Burgfeuer

(in: Focus, 13, 2001)

Schwarzwald - Fastnachtsverbrennung (br√Ľladje do carnav√Ęl)

(in: LW, 23/01/2008)

Bremen-Lesum (Norddeutschland) - Osterfeuer (grand feu d' Pauke / grand feu de P√Ęques)

(in: Die Zeit, 27/03/2013)

Allg√§u (Bayern (Bav√ģre / Bavi√®re)) - Einascherln am Aschermittwoch (grand feu li m√©rkidi d√®s C√®nes / grand feu le mercredi des Cendres)

(in: Albert Bichler, Wie’s in Bayern der Brauch ist, Berg & Tal, s.d.)

Land Z√ľrich (CH) - Sechsel√§uten

(in: Lingua Deutsch, s.d.)

Ardennes (France) - feu des Buires

(in: Jacques Lambert, Campagne et paysans des Ardennes 1830-1914, éd. Terres Ardennaises, s.d.)

Euskadi (Payis baske / Pays basque) - San Pançar, ...

(in: Olivier de Marliave, Fêtes et traditions du Pays Basque, éd. Sud-Ouest, 1998)

San Bartolom√© de Pinares (√ąspagne / Espagne) - sacr√© grand feu d' Sint-Antwin.ne (grand feu sacr√© de Saint-Antoine)

(April Quest 2010)

Great Britain (Grande-Breutagne / Grande-Bretagne) - Guy Fawkes Night

(in: Zeal, 2/2011)

Nagatoro (Tokio / Tokyo) (Nihon (Japon) - F√®stiv√Ęl do feu (Festival du feu)

(in: Luxemburger Wort, s.d.)

7 √Ēt√®s-afa√ģres / Divers

1997: li pus p‚Äôtit grand feu do monde: √† Maujer√®t ¬† (Maizeret); li pus grand feu do monde: √† Ri√®ne (40 m di h√īt) (on moncia d‚Äôpal√®tes) (Rienne)

Au grand feu,

Les ch√ģjes au feu,

Au Laetaré,

Les ch√ģjes o l√©t.

(Au grand feu, les soirées (passées en société) au feu; à la Laetare, les soirées au lit.)

 

in: La tannerie à Stavelot à la fin du XIXe et au début du XXe siècle

Etude dialectologique / Condens√© d’un m√©moire de licence en philo. rom. (ULg 1973), in : PSRM, 11, 1973-74, p.31-82

 

spots stavelotains :

 

Qwand qu’ on n’ f√©t nin l‚Äô grand fe√Ľ, c’ √®st l’ Bon Dju qui l‚Äô f√™t.

(Quand on ne ne fait pas le grand feu, c’est Dieu qui le fait =

il y aura un incendie dans le village.

Qwand l‚Äô √™r vint m√Ę √Ę grand fe√Ľ, i vint m√Ę l√®s tre√Ľs qw√Ęrts du l’an.

(Quand le vent est froid (‘vient mal’) au grand feu, il est froid (‘vient mal’) les trois quarts de l’an.)

 

C’ √®st d’ wice quu toume lu Madj√®ne quu vinr√® l‚Äô √™r tote l’ an.n√©e.

(C’est d’o√Ļ la “Marie-Jeanne” (la sorci√®re juch√©e sur le grand feu) tombera que viendra le vent toute l’ann√©e.)

 

André RENARD.

 

M. Francard, Traditions populaires au Pays de Bastogne, 1982, p.191

 

Si on n‚Äô f√™t nin l‚Äô grand fe√Ľ, li bon Dju ‚Äėnn‚Äô a f√™t ok dins l‚Äô ann√©e.

(Si on ne fait pas le grand feu, Dieu en fait un (incendie) au cours de l’ann√©e.)

 

√ā grand fe√Ľ, l√®s s√ģzes au fe√Ľ !

(Au grand feu, les soirées au feu.)

Lès bobos, one pèsse po lès grands feus (Les bobos, une peste pour les grands feux)

(Eric Nellis, in: VA, 06/04/2013)

Province di Lucsembourg / z√īne walofone s√Ľd √®t Gaume - Concours di grands feus

(VA, 05/06/2019)

R√©dacsion en 2e prima√ģre su l' grand feu (R√©daction en 2e primaire sur le grand feu)

(Johan Viroux, Scole do Banbwès / Ecole de Bambois (1967))