grands feûs, èl feûreû, bûles ('grands feux' en Belgique wallonne, picarde, gaumaise)

PLAN

 

0 Présintâcion / Présentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picardîye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

1.6 Li Gaume / La Gaume

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

5 Scrîjadjes / Littérature

6 Ôte paut / Ailleurs

en Bèljike / en Belgique; à l’ ètranjer / à l’ étranger

7 Ôtès-afaîres / Divers

 

0 Présintâcion / Présentation

A. Varagnac, M. Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978

 

(p.45) Le dimanche suivant le mercredi des Cendres (Quadragésime), on allumait un grand feu purificateur.

On venait allumer à cette ‘bule’ des brandons que l’on promenait dans les vergers pour les débarrasser des mauvaises herbes et mauvaises têtes.

 

Clio 70, Folklore de Belgique, Guide des manifestations et des musées, Bruxelles, 1974

 

Les feux en Wallonie

 

1. Les feux autrefois

 

Le nombre de feux allumés pendant un an était relativement considérable dans le pays.

Il y a un siècle encore, nos campagnes multipliaient les occasions de faire des feux. A côté des feux secondaires, trois grands cycles étaient propices à l’allumage : le Carême, la Saint-Jean et l’automne.

Le feu de Carême était particulièrement répandu. Il occupait en effet une place importante dans le calendrier wallon. On le célébrait le premier dimanche de Carême, ou parfois à un autre moment, au Laetare notamment. En dehors du domaine de parler wallon, le feu traditionnel portait un autre nom et se faisait parfois à d’autres dates.

Dans la région picarde, c’était l’écouvillage; dans l’ouest du Hainaut, on parlera des ‘feûreûs’; dans le domaine lorrain, on usait du mot bûle et dans la petite région champenoise, du vocable boûre. Le Grand Feu était parfois précédé le mardi gras d’un feu préparatoire appelé hirâde. Le

rituel du Grand Feu était partout semblable pour l’essentiel.

Jadis traditions jalousement respectées, beaucoup de Grands Feux avaient perdu de leur audience, surtout depuis la dernière guerre.

Certains ont définitivement disparu.

D’ autres connaissent actuellement un regain de faveur, mais risquent de changer de signification, en devenant davantage des manifestations touristiques spectaculaires, que des réjouissances spécifiques locales.

 

2. Les feux aujourd’hui

 

Les Grands Feux ont conservé un certain succès dans les provinces de Liège et de Luxembourg. Dans le Namurois, Bouge constitue l’exemple le plus connu. Les feux du début de l’été se poursuivent à Wasmes, tandis que Malmédy maintient la tradition des feux de la Saint-Martin.

Fête collective, le Grand Feu a donné naissance à divers comportements rituels, qui marquent non seulement la cérémonie elle-même, mais aussi sa préparation et ses prolongements.

 

Les quêtes

 

En principe, c’est la jeunesse qui se charge de l’organisation du Grand Feu. Dans certains cas, la coutume a été sauvée par un groupe local, parfois le Syndicat d’lnitiative lui-même. Les enfants participent à la collecte du bois: les

vieux, c’est-à-dire les gens mariés, donnent leurs fagots ou d’autres combustibles. Ceux-ci sont transportés vers l’aire de feu par des chariots, tirés par des chevaux ou un tracteur, et parfois décorés.

 

Le bûcher

 

Le bûcher est dressé en un emplacement choisi judicieusement : soit la grand-place, soit une colline dégagée. Il est édifié en tas, autour d’un mât central, ou entre quatre perches. Un mannequin est souvent fixé au sommet du bûcher et

livré aux flammes. Il symbolise l’hiver ou le carnaval défunts.

 

Le cérémonial

 

A la nuit tombée, le chef de la jeunesse, une personnalité locale, ou, le plus souvent, le dernier marié de l’année boute le feu au bûcher.

La foule entoure le brasier. Bientôt, une ronde endiablée autour du feu réunit les participants. Quand les flammes s’ apaisent, on saute par-dessus, individuellement ou à deux… enlacés. Beaucoup de Grands Feux étaient jadis l’occasion de proclamer à tous les unions qui se préparaient, Ces annonces  étaient appelées saudages ou soudages.

 

Les prolongements

 

Les cendres du feu sont recueillies.

Données ou vendues, elles servent le plus souvent d’engrais pour les cultures. En de nombreux endroits, on consomme encore des aliments préparés sur le feu : pommes de terre, harengs saurs, ou bien des crêpes. La fête se termine généralement dans les cafés du lieu, au rythme de la danse.

 

3. Signification des feux

 

Les grands feux, fêtes collectives, sont chargés de multiples significations. Le feu est à la fois facteur de vie et instrument de mort, et ceci explique sa grande richesse et sa puissance d’évocation symbolique. Entre autres, le Grand Feu

est ainsi l’instrument d’un rite de passage : celui des mariés de l’année, qui quittent la jeunesse pour entrer dans la catégorie des adultes. Ce sont les derniers mariés qui allument le feu. Par eux s’effectue le passage de tous les couples unis avant eux depuis le Grand Feu précédent.

 

4. Quelques feux actuels

 

Hainaut

Les feux de la saint Pierre à Wasmes

 

Ces feux ont lieu le samedi qui précède le solstice d’été : ils se font par quartiers. Les personnalités invitées aux Feux se réun issent vers 18 – 19 h, à la maison du Folklore, où une allocution est prononcée sur un sujet historique ou folklorique. Les invités dégustent ensuite les pagnons (tartes au sucre brun)

de Wasmes. Puis on entreprend en cortège la tournée des feux (10 en 1973). Chaque fois, les personnalités sont reçues par les comités de quartier, puis l’une d’elles boute le feu au bûcher. Le tour des feux dure une bonne partie de la nuit.

 

Liège

Les feux dans la province

 

Dans la région de parler allemand, le dimanche du Grand Feu s’appelle Burgsonntag (dimanche du château) parce que le bûcher qu’on va embraser ressemble à un château fort. Il a lieu le dimanche de Quadragésime en de nombreux endroits : Argenteau, Bellevaux-Ligneuville, Dalhem, Faymonville, Jalhay, La Gleize, Robertville, Saint-Vith, Sart, Spa, Trois-Ponts… Déplacé au deuxième dimanche de Carême à Hannut, il se célèbre au Laetare à Limbourg et Trembleur.

Malmédy aIlume par quartiers ses Eveûyes Sint Mârtin ou feux de la veille (eveûye) de la Saint-Martin, le 10 novembre donc.

Eupen a renoué avec la tradition du cortège de la Saint-Martin, le 11 novembre au soir. Après son discours, le saint en personne allume le feu, puis on danse autour du brasier.

Le Grand Feu de Spa, organisé par la Belle Equipe (groupe de onze amis, fondé en 1943) reprend une ancienne coutume liégeoise : l’incinération, après cortège funèbre, jugement et pendaison, de Matî l’ Ohê, Ce personnage (Mathieu l’Os) symbolise le carnaval. Jadis, en maints endroits, on enterrait un os de jambon pour marquer la fin du carnaval : le nom de Matî l’Ohé y fait allusion. A Spa, c’est un mannequin, jugé coupable d’avoir entraîné la population à de folles dépenses pendant les jours gras.

A Saint-Vith, le cortège est présidé par le Prince Carnaval accompagné

de sa suite.

 

Luxembourg

Les feux dans la province

 

La tradition du Grand Feu est restée vivace dans la région ardennaise. A la nuit tombée, des feux s’allument le premier dimanche de Carême en de nombreux villages : Durbuy, Rochehaut, Amberloup, Bras, Dochamps, Erezée, Harre, etc.: au Laetare à Bande et La Roche.

La rég ularité de ces manifestations est toutefois loin d’être constante.

Plusieurs feux ont été remis en honneur récemment. Ils ne rassemblent en général que la communauté villageoise et ne cherchent pas à drainer les spectateurs étrangers par des manifestations parallèles, A la lumière des der

nières flammes, on déguste les vôtes (crêpes)) et l’on boit quelques gouttes (verres d’alcool). A Harre, lorsque le feu perd de son ardeur,

les spectateurs se maquillent à l’aide des cendres, essayant en même temps de noircir les visages des autres. Enfin, à Libin (à 12 km de Saint-Hubert), le Grand Feu porte le nom de Sint Pansau (Saint-Pansard), par allusion à la licence alimentaire qui s’exerçait jadis avant le Carême.

 

Namur

Le grand feu de Bouge

 

Celui-ci a lieu à la Quadragésime, appelée Dimanche des Brandons.

Dressé au milieu d’un pré situé au sommet d’une des collines qui bordent la Meuse, le bûcher sera visible de toute la vallée, une fois allumé. Le bois amassé forme une énorme meule (400 m3) au sommet de laquelle on plante le Bonhomme Hiver La cérémonie est animée de nos jours par la Confrérie du Grand Feu, un groupe de création récente.

Ses membres sont vêtus d’une tunique rouge qui s’achève par une coiffe pointue masquant les visages. Un géant de carnaval accompagne le groupe dans ses sorties.

Il est vêtu de la même manière que les membres de la Confrérie: il figure don Juan d’Autriche, fils bâtard de Charles Quint, mort à Bouge en 1578, victime du typhus.

Le feu est annoncé par des affiches, qui invitent la population à s’associer à la préparation en versant une contribution financière.

Des séances de ramassage et de coupe de bois au village de Bois-de-Villers précèdent la cérémonie.

L’allumage du Grand Feu est accompagné d’une série d’activités annexes (concours de cartes, de travestis, bals populaires), qui attirent la foule en grand nombre.

La coutume du Feu à Bouge ne s’est jamais interrompue. Elle a simplement subi une mutation lors de la création de la Confrérie, il y a une quinzaine d’années.

 

D’ origine vraisemblablement païenne, le grand feu est allumé dans de nombreux pays (Espagne, France, Italie, Allemagne, Pologne …).   

 

En zone méditerranéenne, le Nouvel an est la fin de l’hiver et annonce le printemps.

Dans des calendriers slaves, le calendrier romain, c’est la date de l’équinoxe (le 25/3).

 

Le Grand Feu du premier dimanche de carême, in : EMVW, s.r.

 

Nous avons dit plus haut que M. H. Brokmann-Jerosch, par­lant du bateau enflammé d’Engstringen, qu’on abandonne à la rivière le dimanche de la Laetare, pense que cette coutume s’appa­rente aux feux de mars qui s’allument encore dans la Basse-Engadine. Cette opinion nous paraît fondée. En Wallonie, tout au moins dans l’état actuel de nos connaissances, c’est au premier dimanche de carême — la Quadragésime — que prenaient fin les veillées’. C’est ce jour-là qu’on allumait le Grand Feu, appelé aussi pour cette raison Feu de carême, survivance d’une importante fête païenne. Le Grand Feu se faisait autrefois dans la plupart des villages de Belgique, du Nord de la France et d’une partie de l’Allemagne. Actuellement, cet usage est loin d’être abandonné. Or, après la cérémonie, on passait la soirée en famille — on sîsait —  pour la dernière fois.  A partir de ce moment, les  veillées n’étaient plus permises ; et cette interdiction s’exprimait en ces termes : « Â grand feu, lès sîses â feû. » On a souvent considéré ce propos comme une boutade, un jeu de mots. Il n’en est rien. Si l’on rapproche ces paroles des diverses coutumes relatives à la noyade des veillées et des lampes que nous avons relatées plus haut, on se rendra compte de leur vrai sens. En certains endroits — là où on disposait d’une rivière — on noyait les veillées; ailleurs on les brûlait en les jetant dans un brasier.

La célébration du Grand Feu se rattache donc, tout au moins pour partie, à la fin des veillées d’hiver; mais la science moderne n’a pas encore pu établir avec certitude ni l’origine, ni la signi­fication de ce rite, peut-être l’un des plus anciens que l’homme ait observés. Certains auteurs prenant en considération la source de vie que constitue la chaleur solaire, y voient une pratique ma­gique, destinée à faire briller le soleil sur l’homme et les animaux, sur le blé et les fruits. L’autre explication, s’inspirant de la force destructrice du feu, le considère en l’espèce comme agent purifi­cateur, qui protège les hommes, les animaux et les végétaux contre les bêtes nuisibles et les mauvais esprits. La première explication semble mieux se concilier avec l’abandon des lampes ; cependant Sir James George Frazer, sans prendre nettement posi­tion, considère la thèse de la purification comme étant la plus vraisemblable (10).

 

 (10) Le Rameau d’Or, traduction de Lady frazkr, Paris, 1924. PP. 599-606.

 

Les grands feux (in: Jean Lefèvre, Traditions de Wallonie, éd. Marabout, 1977)

 

Ils sont étrangers à un cycle chrétien car ils ont lieu durant le carême.

Le Carême fut avancé de 4 jours mais les grands feux n’auraient pas suivi.  Les grands feux auraient clôturé l’avant-Carême (quand il commençait le premier dimanche de Carême).

Lès dêrins mâriés alumenut l’grand feu. (On n’ p’leûve nin mârier do timps do Cwarème)

On clamait:

“Au grand feu,

lès chîjes o feu!

A l’ tchèraude,

Marîye-maraude;

Ci qu’ vout v’nu,

Qu’ l’ apwate one djaube!”

 

R. Pinon, Analyse morphologique des feux de Carême dans la Wallonie occidentale, COMM. R. B. de Folkl., T9-14, 1956-1961, p.81-183

 

(p.168) Il faut aussi éliminer l’explication des grands feux comme étant une survivance ethnique, celtique ou germanique en notre région. Car les faits observés et ci-dessus sont universels, sous des modalités très variées ; et l’on peut imaginer qu’elles sont inextricables, si l’on veut bien considérer leur grande variabilité sur une aire aussi restreinte que celle sur laquelle porte mon étude.

On ne peut penser non plus à une explication ” agraire “, par le rythme des cultures saisonnieres et le renouveau de la végétation au printemps. D’une apt, la date la plus fréquente des grands feux, la Quadragésime, est loin de coïncider avec le renouveau printanier en nos régions ; en outre le caractère apotropaïque et médical très répandu de ces feux s’oppose a cette conception.

Par contre on ne peut trop souligner le caractère collectif du grand feu : le combustible obtenu de tous, par des dons communaux ou par quête ; l’organisation par la Jeunesse ou par un groupe local d’ enfants ou certain droit de vol ou de contrainte à l’ égard de ceux qui ne donnent pas et parfois étendu à tous; les repas et danses en commun; les cortèges de travestis et les intrigues qui mettent en mouvement la communauté tout entière.

(p.169) En dépit de ces restrictions, on peut concéder le caractère vraisemblable de la haute antiquité du grand feu, et de sa christianisation limitée. Arnold Van Gennep va sans doute trop loin lorsqu’il affirme, p. 860 de son Manuel, que les feux du cycle Carnaval-Carême sont « indemnes de toute christianisation ». Certes ils ne sont pas bénits, et c’ est important. Mais sont-ils bien aussi « païens » qu’on l’affirme généralement?

 

R. Pinon, Analyse morphologique des Feux de Carême dans la Wallonie occidentale, Com. R. B. de Folkl., T9-14, 1956-61, p.81-183

 

(p.105) A cheval sur les régions: wallon / rouchi (picard en Belgique): feûreû

(p.106) En zone rouchie, not. dans le Borinage, : èscouvion, èscouviâje = dans le Tournaisis: l’adrèche-puns.

 

Quête du grand feu:

(p.115) à Dion-le-Val, à Mont-Saint-Guibert, les enfants psalmodient:

“One fèwêye

On côp par an.nêye!”

 

(p.144) Do Saut-Sint-Lorint à Louette-Saint-Pierre-Centre-Borinage-Maubeuge-Dion-le-Val:

+- “Mascarâde à 2 visadjes.

Mougne do bûre èt do fromadje!

Mine di plomb,

Man.nèt cochon!”  (po l’ mwins’ 14 vêrsions)

Moqueries adressées par les enfants aux personnes masquées et travesties.

 

(p.163) le brûlage des crosses aux feûreûs pour marquer la fin de leur (lès crocheûs) sport favori.

 

(p.166) allumage de chiraudes, de petits feux, comme à Dion-le-Val, un petit feu de paille dans son jardin pour obtenir de beaux oignons, …

(p.167) ou dans un verger comme à Godarville, à Acoz, …

 

LES FEUX EN WALLONIE

 

LES GRANDS FEUX (GENERALITES)

 

Espace clos

 

Emplacement choisi judicieusement : soit la grand-place, soit une colline dégagée.

 

Acteurs

 

En principe c’est la jeunesse qui se charge de l’organisation ‘du” ” Grand Feu. Dans certains cas, la coutume a été sauvée par un groupe local, parfois le Syndicat d’Initiative lui-même.

Les enfants participent à la collecte du bois;  les “vieux”, c’est-à-dire les gens mariés, donnent  leurs fagots ou d’autres combustibles vieux pneus, chaises,  etc.

 

Les mariés de l’année écoulée depuis le Grand Feu précédent occupent souvant une place à part. Ils ne font plus partie de la jeunesse, n’étant plus célibataires, mais ne sont pas encore du côté des “vieux”. Ce sont traditionnellement les derniers mariés qui boutent le feu au bûcher.

Quand la coutume des”derniers mariés” ne peut se réaliser, parce qu’il n’y a pas eu de mariage dans l’année, par exemple, n’est lc”cbef de la jeunesse” qui allume le Grand Feu. En divers endroits, c’est le président du comité organisateur ou une personnalité locale ou invi­tée qui remplit actuellement cet office.

Une ou plusieurs sociétés de musique et de carnaval prennent part au Grand Feu, et parfois à la quête du bois, pour donner à ces rites un caractère plus festif.

Le combustible recueilli est transporté vers l’aire de feu par des chariots, tirés par des chevaux ou un tracteur, et parfois décorés. Un mannequin est souvent fixé au sommet du bûcher et livré aux flammes. Il symbolise l’hiver ou le carnaval défunts. Les cendres du feu sont recueillies. Données ou vendues, elles ser­vent le plus souvent d’engrais pour les cultures.

Comportements_rituels

Fête collective, le Grand Feu a donné naissance à divers comporte­ments rituels, qui marquent non seulement la cérémonie elle-même, mais aussi sa préparation et ses prolongements.

Parmi les principaux : la collecte du bois, la confection du bûcher (en tas, autour d’un mat central ou entre quatre perches), l’allu­mage, les danses autour du feu, les repas après la fête. Leur dé­roulement varie d’une localité à l’autre.

 

HISTORIQUE

La coutume des Grands Feux est certainement d’origine très ancienne. Il n’est cependant pas possible d’en fournir la preuve, car le ” culte” du feu appartient aux plus vieilles traditions de l’humani­té.

 Jadis traditions jalousement respectées, beaucoup”de Grands Feux avaient perdu de leur audience, surtout depuis la dernière guerre…. Certains ont définitivement disparu. D’autres connaissent actuelle­ment un regain de faveur, mais risquent de changer de signification, en devenant davantage des manifestations touristiques, spectaculaires, que des réjouissances spécifiques locales.

 

INTERPRETATION

Ce qui apparaît d’abord c’est le caractère de fête collective des Grands Feux. Ceux-ci sont cependant chargés de multiples signifi­cations.

Le dualisme du feu, qui est à la fois facteur de vie et instrument de mort, explique sa grande richesse et sa puissance d’évocation symbolique. Entre autres , le Grand Feu est ainsi l’instrument d’un rite de passage : celui des “mariés de l’année”, qui quittent la “jeunesse” pour entrer dans la catégorie des adultes. Ce sont les derniers mariés qui allument le feu. Par eux s’effectue le “passage” de tous les couples unis avant eux depuis le Grand Feu précèdent.

 

LES FEUX EN WALLONIE

 

1 LES FEUX AUTREFOIS

Le nombre de feux qui étaient allumés pendant une année était relativement considérable dans la partie romane du pays.  Il y a un siècle encore, nos campagnes multipliaient les occasions de faire des feux. A côté des feux secondaires, trois grands cycles étaient propices à “l’allumage” : les feux de Carême, les feux de la Saint-Jean et les feux d’automne.  Le feu de Carême était particulièrement répandu.  En effet, le “Grand Feu” constituait dans le calendrier traditionnel de la région de langue wallonne, une fête importante que l’on célébrait le 1er dimanche de Carême, parfois à un autre moment, notamment à la mi-carême.  En dehors du domaine wallon, le feu tra­ditionnel portait un autre nom et se faisait parfois à d’autres da­tes : dans la région picarde, c’était “l’écouvillage”; dans le domaine lorrain, on employait le terme “bûle”; et dans la petite région cham­penoise, le terme “boûre”.

Le Grand Feu était parfois précédé le mardi-gras d’un feu préparatoire appelé “hîrade”.  Le déroulement du Grand Feu était par­tout le même.

 

Les quêtes.

Les représentants de la jeunesse, organisatrice de .la fête, parcouraient le village, frappaient aux portes et demandaient 3e combustible nécessaire.  Parfois, le tambour accompagnait les collecteurs.

 

Le transport du bois.

Les fagots détenus étaient chargés sur un chariot traîné, tantôt par des chevaux, tantôt par des jeunes gens. Selon l’importance du bûcher, le ramassage durait une ou plusieurs journées.

 

Le bûcher. 

Généralement, celui-ci était situé à un endroit décou­vert pour éviter les incendies, et assez élevé pour que le feu puisse être vu de loin.  La place du village pouvait également être choisie.  Certains s’édifiaient autour d’un mât, d’autres étaient encadrés de h mâts.  On disposait d’abord la paille, puis les fa­gots et enfin les bois et rondins.  Terminé, le bûcher constituait une pyramide ou un cône de plusieurs centaines de fagots, pouvant atteindre 8, voire 10 mètres.  Le sommet était souvent occupé par un mannequin : Bonhomme Carnaval, Bonhomme Hiver, parfois par une “macralle” symbolique.

 

Le cérémonial. 

Il s’agissait avant tout d’une manifestation col­lective.  Un cortège avec musiciens faisait le tour du village, pour rassembler les jeunes filles, les notables, etc…  Bien sou­vent, les groupes folkloriques locaux s’y joignaient.  Parfois, des jeux en forme de bagarre mettaient aux prises quartiers ou villages voisins.  Puis, à la nuit tombée, venait la mise à feu, soit par le “chef de la jeunesse”, soit par une personnaJité lo­cale (bourgmestre, etc.), soit plus souvent par le dernier marié de l’année.  La foule entourait le brasier.  Les cris éclataient. Les traits d’esprit fusaient.  Bientôt une ronde endiablée autour du feu réunissait les participants.  Lorsque les flammes s’apai­saient, on sautait par dessus, individuellement ou à deux… enlacés.  Parfois, les cultivateurs faisaient traverser les brai­ses à leur bétail pour le protéger des maladies.  La chute de la perche constituait un moment important : on se précipitait sur elle, soit pour l’emporter, soit pour se procurer les rubans dont elle était ornée.

Beaucoup de Grands Feux étaient l’occasion de proclamer à tous les unions qui se préparaient.  Ces annonces étaient appelées “saudages” ou “soudages”.

La question matrimoniale constituait donc une dimension fondamen­tale de la fête du feu qui coïncidait d’ailleurs avec la fin des veillées d’hiver, si propice aux amourettes.  Tandis qu’on absor­bait les nourritures préparées sur le feu : pommes de terre, harengs-saurs, crêpes, etc. se faisait la distribution des cendres, généralement aux cultivateurs qui avaient fourni leur quote-part. ‘ Celles-ci servaient d’engrais auquel on accordait parfois un pou­voir magique.  Généralement, la fête se terminait dans les cafés du lieu au rythme de 3a danse.

 

2 LES FEUX AUJOURD’HUI

 

Les “Grands Feux” ont conservé un certain succès dans les provinces de Liège et de Luxembourg et dans le Namurois, Bouge constituant l’exemple le plus connu.  Les feux du début de l’été se poursuivent à Wasmes, tandis que Malmédy maintient la tradition des feux de la St-Martin.

Les enfants, ou plus souvent les syndicats d’initiatives, se sont substitués aux “jeunes” dans l’organisation de ces festivités.  Le cérémonial, tout en conservant ses principales caractéristiques, a évolué, soit vers plus de simplicité dans les petites localités, soit au contraire, vers des manifestations plus étoffées, avec or­chestres, bals, concours, etc. (A Bouge notamment).  Tantôt une dimension humoristique, tantôt, au contraire, une volonté de spec­taculaire, prévaut aujourd’hui lors de nombre de nos feux. “On assiste ainsi à l’intégration de la fête du Grand Feu dans la vie contemporaine des localités qui n’ont pas voulu laisser sombrer dans l’oubli cette manifestation séculaire, voire millénaire ». (Albert Doppagne).     

 

3 SIGNIFICATION DE CES MANIFESTATIONS

 

Les “Feux” étaient sources d’une fête collective où mariage et fécondité (cérémonie du soudage et distribution des cendres) d’une part et purification (incinération du mal, symbolisé par le Bonhomme Hiver ou par le “mauvais génie”) d’autre part, étaient étroitement liés.  L’aspect utilitaire n’était pas négligé (la cuisson de nourri­tures).  Le Grand Feu contribuait largement à rassembler la communau­té villageoise.  Sous l’impulsion de sa jeunesse, tout le village, après avoir été sollicité lors de la quête, était invité au spectacle du Feu mais aussi aux différents rites qui l’entouraient.  C’était un cap important de l’année qu’on franchissait, un véritable nouvel-an.  C’était le début de ce que les paysans appelaient une campagne. L’hiver finissait, le mode de vie changeait : l’époque des “sises” (soirées) se terminait.  Le travail allait reprendre ses droits. Les textes historiques permettent d’affirmer que les feux se prati­quent chez nous depuis le 14e siècle, ce qui ne veut pas dire que cela ne se pratiquait pas avant.

Bien au contraire, l’attitude que le clergé a souvent prise à l’endroit de ces manifestations semble prouver qu’il faut y voir une origine antérieure au christianisme. Aujourd’hui, le “mythe du feu” a certes perdu ses implications immédiates et conscientes, le tourisme l’a intégré comme bien d’autres dimensions de notre folklore, mais qui oserait prétendre qu’il ne reste pas une des composantes majeures du “subconscient collectif”.

 

3.   LES DENOMINATIONS DES FEUX.

Ce point est, en somme, celui qui a été le mieux étudié jusqu’ici. On se reportera en effet à la carte de l’Atlas Linguistique de Wallonie. L’enquête folklorique ne modifie guère d ailleurs, les données de cette carte, si ce n’est en les confirmant le plus souvent, en ajoutant quel­ques localisations supplémentaires aux zones reconnues.

La dénomination la plus fréquente est celle de «grand feu», en fait dans presque toute la partie wallonne.

Une autre aire importante, à cheval sur les régions wallonne et rouchie, est celle de jeûreû, avec diverses variantes (p.106) phonétiques. On n’en connaît pas l’étymologie exacte, mais il ne semble pas qu’il faille y voir la contrac­tion d’une dénomination « feu heureux » obtenue par éty-mologie populaire en quelques endroits.

En zone rouchie, dans le Borinage notamment, on trouve une série de dénominations issues d’un verbe « es-couviller » au sens de brûler des écouvillons. Les formes principales sont escouvion, èscouviô, èscouvioûre et èsconviâje.

En fait, il s’agit d’un autre type de feu que le grand feu de la zone wallonne. On le dit de rite borain, parce que c’est là qu’il a été le mieux observé. Ce rite de Vèscou-vion a été associé par Albert Libiez à celui de Yalion. Il s’agit là d’une question importante sur laquelle je revien­drai plus loin.

Dans le Tournaisis, on fait Vadrèche-puns, l’adresse-pommes. Il s’agit, sous un autre nom, du même rite qu’au Borinage.

Il convient de relever ici que le nom de « grand feu », « jour des grands feux » ou « du grand feu » survit sou­vent pour désigner une fête à la date traditionnelle du feu, sans que s’allume celui-ci. Il est dans ce cas le synonyme de carnaval au sens large.

 

4.   LES ESPECES DE FEUX.

La diversité des dénominations correspond à celle des feux.

Arnold Van Gennep, dans son Manuel de Folklore français contemporain, a judicieusement reconnu deux grandes sortes de feux, les bûchers fixes et les brandons mobiles. L’‘Atlas Linguistique de Wallonie a introduit une autre subdivision utile, les petits feux, opposés aux grands feux.

Voyons ce que l’examen de notre documentation fait apparaître.

Le type de feu le plus général est le grand feu collec­tif, un pour tout le village ou un par quartier, par hameau. Celui-là est le « grand feu » de la carte linguistique.

(p.107) La situation est moins nette dans la zone du «feûreû», où il y a mélange, parfois association, du grand feu et du petit feu.

Le petit feu est un feu individuel, dont le combusti­ble est presque toujours la paille. Il s’oppose au grand feu dans la zone de celui-ci, et y porte parfois un autre nom. C’est de l’usage des feux individuels opposés au grand feu collectif local que l’on doit, je pense l’usage de l’ex­pression « les grands feux » au pluriel.

Quant aux brandons mobiles, ce sont aussi des feux individuels, mais comme le nom le dit, ce sont des feux transportables, alors que les petits feux sont fixes. A re­marquer que les petits feux et les brandons mobiles sont plus spécialisés — notamment en vue d’une bonne récolte de fruits et de la protection des animaux et des biens — que les grands feux. Ils ont aussi une allure plus supersti­tieuse que le grand feu collectif, qui est avant tout une occasion de liesse en commun.

 

5.     LE GRAND FEU : SON RITUEL.

Joseph Maurice Remouchamps, le fondateur du Mu­sée de la Vie Wallonne, a été le premier en Wallonie à attirer l’attention des enquêteurs sur le grand feu. C’est par la voie de questions publiées dans les Enquêtes du Musée de la. Vie Wallonne, t. III, 1934, n° 29 à 31, pp. 143-144, qu’il suggère les aspects les plus importants du grand feu. C’est de ce questionnaire que dérive en grande partie la division suivie dans mon analyse pour isoler les éléments composant le grand feu.

Voici, à ce propos, le schéma général le plus observé.

Le matin du jour du grand feu a lieu l’approvisionne­ment en combustible, presque toujours par une quête. L’a­près-midi un grand nombre de personnes se travestissent, un cortège se forme, lequel croise ou rejoint éventuelle­ment la Jeunesse qui transporte le combustible à l’endroit où sera érigé le bûcher. Autrefois, ce transport donnait souvent lieu à une lutte ardente entre les « mariés » et la « Jeunesse ». A une heure convenue, a lieu l’allumage par une ou plusieurs personnes privilégiées ; on fait des rondes, (p.108) on saute par-dessus le bûcher, on vend les cendres ou la perche, puis la journée se termine sur un bal travesti. Ce sont ces divers aspects qui vont être examinés en détail dans les paragraphes qui suivent.

 

5a.    DATES DES FEUX.

Il n’est pas aisé de connaître dans tous les cas la date exacte et traditionnelle du grand feu. Si le jour par excel­lence est celui de la Quadragésime, de nombreuses autres dates sont aussi retenues.

Voici celles que je puis donner avec quelque certi­tude :

Début du printemps : Bassily.

Dimanche gras : Neufvilles, Montignies-le-Tilleul, Roux, Goutroux.

Mardi-gras : Vedrin, Mariembourg (parfois le lundi gras, voire un vendredi).

Samedi de la Quadragésime : Lambusart.

Quadragésime : Tournai, Taintegnies, Rumes, Gui-gnies, Ellezelles (ou à la mi-carême), Pâturages, et Was-mes (le petit èscouvion ou escouviâje), Ath, Blaugies (ou le lundi), Bougnies, Erquennes, Onnezies, Gœgnies-Chaus-sée, Havre, Obourg, Saint-Symphorien, Spiennes, Soignies, Les Ecaussinnes, Houdeng-Aimeries, Horrues, Les Estin-nes, Marche-lez-Ecaussinnes, Ville-sur-Haine, Barbençon, Buvrinnes, Froidchapelle, Gozée, Haine-Saint-Pierre, Ja-mioulx, Morlanwelz, Strée, Acoz, Farciennes, Fleurus, Gerpinnes, Godarville, Gougnies, Lambusart, Monceau-sur-Sambre, Mont-sur-Marchienne, Montignies-le-Tilleul, Villers-Poterie, Nivelles, Baulers, Beauvechain, Chaumont-Gistoux, Corbaix, Court-St-Etienne, Dion-le-Val, Longue-ville, Mont-St-Guibert, Sart-Dame-Aveline, Aisemont, Arsimont, Biesme, Falisolle, Flawinne, Floreffe, Fosse, Ham-sur-Sambre (Centre ; au Trou du Ferai, c’est au Lae-tare), Le Roux, Lesve, Lustin, Malonne, Mettet, Tami-nes, Vitrival, Bioul, Yvoir, (Givet), Biesmerée, Cerfon-taine, Couvin, Dourbes, Fagnolle, Florennes, Hanzinelle, Nismes, Pry, Roly, Saint-Aubin, Senzeillcs, Silenrieux, Stave, (p.109) Tarcienne, Thy-le-Bauduin, Treignes, Walcourt, Yves-Gomezée, Anderlues.

Deuxième dimanche de Carême : Wodecq, Pâturages et Wasmes (grand èscouv’wn ou èscouviâje), Hanzinne, Laneffe ; un auteur indique que ce dimanche est fréquem­ment celui du grand feu au pays de Namur.

Troisième dimanche de Carême ou Laetare : Neuf-villes, Jolimont, Houdeng-Gœgnies, La Louvière, La Hes-tre, Carnières, Péronnes, Trivières, Maçon, Chapelle-lez-Herlaimont, Joncret, Wanfercée-Baulet, Ham-sur-Sambre (Trou du Ferai), (Cerfontaine), Fraire, Mariembourg, Morialmé, Oret.

Pâques : Merbes-Sainte-Marie.

Lundi de Pâques : Auvelais.

Nuit du lar mai : Neuf villes.

On remarquera que les feux se font, dans certaines communes, à des jours qui ont varié : de là leur mention sous plusieurs dates. L’explication, je pense, doit tenir à des questions d’organisation matérielle : soit que l’on ne veuille pas être en concurrence avec un autre grand feu d’une commune voisine, soit que l’on espère qu’une autre date soit plus favorable, soit qu’il y ait des tâtonnements à la reprise de la coutume après une cessation plus ou moins longue, soit que le choix de la date soit conditionné par les possibilités d’engagement de groupes carnavalesques étran­gers pour la sortie de l’après-midi, soit encore parce que les autorités locales en ont exprimé le vœu pour leur commo­dité. Dans le cas de Mariembourg, le choix de la date en semaine est dû au fait que les instituteurs veulent pouvoir contrôler le grand feu qu’organisent les enfants.

Ça et là il y a le grand et le petit feu à des dates différentes (à Wasmes, par exemple) ou encore le grand feu s’est segmenté en plusieurs feux répétés, comme à Neufvilles.

 

5b.    LES ORGANISATEURS.

Assez généralement aujourd’hui le grand feu est organisé par un comité ad hoc. (p.110) En quelques endroits cependant survit ou survivait encore récemment l’ancienne organisation de la Jeunesse : à Barbençon, Maçon (aujourd’hui c’est le syndicat d’initia­tive depuis au moins 1957), Strée, Acoz-Lausprelle, Ger-pinnes, Gougnies, Joncret, Monceau-sur-Sambre, Aisemont, Fosse-Nèvremont, Mettet, Berzée, Florennes, Fraire, Han-zinelle, Neufville-le-Chaudron, Saint-Aubin, Sauteur, Yves-Gomezée. Pratiquement, bien que les attributions de la Jeu­nesse soient fortement amoindries, celle-ci continue à exer­cer des fonctions, notamment au carnaval et au grand feu. Le président ou chef de Jeunesse possède encore ça et là le droit d’allumer le feu.

Mais là où le grand feu a déchu dans le domaine enfantin, ce sont des gamins qui organisent le feu. Ainsi à Soignies, Buvrinnes, Fleurus, Corbais, Dion-le-Val, Mont-St-Guibert, Bois-dé-Villers, Dourbes (avec l’aide de quelques aînés), Lustin, Yvoir, Morialmé, Mariembourg (avec l’aide des instituteurs), Fagnolle.

A Fleurus ils ont développé une hiérarchie, avec un chef, un sous-chef, des chefs d’équipe, etc.

Là où le grand feu a été ranimé par quelque comité d’initiative commerciale ou communale, les organisateurs prennent en mains l’organisation matérielle du grand feu. C’est le cas à Chapelle-lez-Herlaimont, Acoz, Gougnies, Aisemont, Ham-sur-Sambre, Hanzinelle, Laneffe, Saint-Aubin ; à Walcourt c’est le « Léopold Club » ; à Gozée, ce fut après la dernière guerre le club des supporters du club de football loçil; à Pry-lez-Walcourt, en 1959, ce fut la société du jeu de balle qui renoua avec le grand feu après 25 ans d’interruption; à Florennes, c’était la compa­gnie des marcheurs «Les Rouges» qui, naguère, relayait un Comité des Jeunes ; à Oret, c’est le comité des fêtes qui a l’initiative tandis qu’à Lesve, en 1952, ce fut la section locale de la Fédération Nationale des Combattants qui remit en honneur l’antique coutume. A Gougnies c’est une association de la Jeunesse et des Jeunes Métallos qui met sur pied le grand feu. A Tamines, les 2 comités de fêtes locaux s’associent.

A Gerpinnes, en 1949, ce fut le cercle « Les Vrais Wallons de Gerpinnes » qui organisa le grand feu. Il fut relayé en 1950 par le « Comité de Jeunesse Gerpinoise » (p.111) jusqu’en 1952, année où le cercle reprit le flambeau. En 1954, fut installé un « Comité des Fêtes » qui céda la place en 1956 à un « Convté d’Initiative » en association avec le « Comité de la Jeunesse ».

Quelques indications sont plus vagues : à Bougnies, ce furent des jeunes gens, puis des gamins, qui organisè­rent le grand feu. A Courcelles et à Nismes, c’étaient des jeunes gens.

A Gourdinne les quêteurs portaient, avant 1940, culottes blanches, sarrau, chapeau, bonnet ou casquette.

A Aisemont le remplacement de la Jeunesse par un co­mité d’initiative appelé Comité de Jeunesse eut lieu cepen­dant en 1950, à la suite de la défection, l’année précé­dente, de tous les Chefs de Jeunesse sauf un, ce qui fut amèrement critiqué.

 

5c.    L’OBTENTION DU COMBUSTIBLE.

Il est assez rare que le combustible actroyé par l’admi­nistration ou par un mécène. C’est cependant le cas pour la perche à Gozée, un bouleau que les jeunes gens vont enle­ver dans le bois voisin sur réquisition du bourgmestre adressée au garde forestier ; il en était de même autrefois à Bourlers, on spécifiait même que ce devait être un fax ou hêtre. A Fosse autrefois, c’était aussi l’administration qui accordait les fagots et la perche nécessaires. De même à Morialmé et à Stave.

Il semble que la raison pour laquelle l’administration se montre généreuse n’est pas tant qu’elle veuille ou ait voulu aider les organisateurs mais qu’elle voulait éviter les déprédations de ceux-ci dans les haies et forêts. En 1764, la Haute Cour de Fleurus prenait une ordonnance «deffen-dant même a toutes personnes d’aller prendre et arracher les hayes des jardins et prairies pour faire leur grand feu a peine de trois florins damende pour les contrevant exce-cutables sur le pied et seron le père et mère responsables pour les contraventions de leurs enfans… » En 1730 dé­fense avait déjà été faite aux habitants de détériorer haies et clôtures pour faire le grand feu.

 

(NB)  «Au lieu de carême-entrant ou carême-prenant, la Picardie et la Wallonie ont préféré un diminutif de quadragesima : caresmel, qui survit dans les arrondissements d’Ath et de Tournai [cttrmyô : carnaval] ; à Malmedy cwarmê », selon Jean HAUST dans le Bulletin de Toponymie et Dialectologie, X, 1936, p. 420, lequel a retrouvé aussi trace du mot à Grandraénil, en Ardenne, [civèr-mè\. A Jodoigne, on a dit aussi carmeaux, quaremaulz : voir R. HANON DE LOUVET dans son Histoire de JoJoigne, pa­ges 356-357, (cité au même Bull, de Toponymie, XVI, 1942, p. 293). A Tournai, «in fet ripaille trois jours à l’afilet, in va al tripe du visin, in minge dés coucoubaques, et ceus’ qui veut’te faire du flafla, i fèt’t’ dès weaufes au chuque ! » Selon Jean HAUST : Le Dictionnaire tournaisien du Dr Louis BONNET (1816-1897). «Bulletin de Toponymie et Dialectologie», XX, 1946, p. 253. Voir aussi A.L.W., III, p. 320.

 

(p.113) A Lustin, en 1939, les gamins ont pendant plusieurs jours ramassé des branches de sapin provenant d’une coupe dans un bois proche. Il s’agit là d’une bonne aubaine, non d’une tradition sans doute.

A Hanzinelle, l’administration communale donne chaque année à la Jeunesse deux portions de taillis pour lui permettre de faire le grand feu. L’abattage des arbres a lieu le samedi après-midi, le débitage en perches et bran­chages le dimanche matin. Les Chefs de Jeunesse du ha­meau de Donveau reçoivent de même une portion de bois. Dans les deux cas, le don ne supprime pas la quête.

A Morialmé, en 1951, le conseil communal alloua 750 francs, 100 fagots et un chêne pour l’organisation du grand feu. Ce don qui paraît traditionnel, ne supprima pas non plus la quête de combustible.

De même à Strée, le combustible provient d’une quête et d’un ramassage au bois communal.

Dans la plupart des cas, cependant, le combustible n’est obtenu que par une quête.

Les demandeurs vont de porte en porte solliciter des fagots, du bois, de la paille. Ils sont appelés càreûs d’jeumî à Silenrieux, dénomination qui rappelle le rôle du « cubeur de fumier » à Senzeilles et à Soumoy le jour du mardi gras ( 1 ) ; ce rôle existe aussi à Vergnies. Ils vont en pan­talon blanc, précédés des tambourineurs.

Mes notes me permettent d’assurer que l’on demande: — des fagots à Blaugies, Barbençon, Froidchapelle, Go-zée, Jamioulx, Maçon, Strée, Fleurus, Gerpinnes, Montignies-le-Tilleul, Nivelles, Dion-le-Val, Sart-Dame-Aveline, au pays de Namur, notamment à Ai-semont, Bois de Villers et Furnaux, à Dinant (Wiet), Berzée (mais pas dans le centre), Cerfontaine, Fa-gnolle, Florennes, Fraire, Gourdinne, Neufville-le-

 

(1)   Voir à ce sujet Roger PINON et Jules VANDEREUSE : Quel­ques carnavals curieux de l’Enire-Sambre-et-Meuse. « Le Guetteur Wallon », 1960, 3, p. 1 du t.-à-p.

 

(p.114) Chaudron, Nismes, Roly, Saint-Aubin, Sautour, Sen­zeilles (où l’on dit qu’on «va aux fagots»), Silen-rieux, Soumoy, Tarcienne, Walcourt, Yves-Gome­zée ;

—    du bois, sans précision, aux Ecaussinnes,  à Gozée, Gerpinnes, Cornais, Mont-Saint-Guibert, Mettet, Ber-zée, Couvin, Dourbes, Florennes, Hanzinne, Laneffe, Morialmé, Saint-Aubin, Senzeilles (des vieilles plan­ches), Thy-le-Bauduin ;

—    des bûches et des rondins à Soignies, Gozée, Strée, Fagnolle, Roly ;

—    des branches sèches, à Corbais, Mettet et Walcourt ;

—    de la paille à Bougnies, Soignies, Buvrinnes, Gozée, Maçon, Gerpinnes, Monceau-sur-Sambre, Montignies-le-Tilleul,  Nivelles,  Corbais,  Dion-le-Val,  Mont-St-Guibert,   Neufville-Ie-Chaudron,   Saint-Aubin,   Sau­tour, Senzeilles, Silenrieux, Yves-Gomezée ;

—    des herbes sèches à Corbais ;

—    des épines à Montignies-le-Tilleul ;

—    du carton à Fleurus ;                                      ,

—    des vieilles mannes à Senzeilles ;

—    la taille des haies, aux Ecaussinnes, Gozée, Strée, Bois-dé-Villers ;

—    des déchets divers aux Ecaussinnes, à Montignies-le-Tilleul,  Sart-Dame-Aveline,  Couvin,  Saint-Aubin, Yves-Gomezée ;

—    du pétrole : au pays de Namur, à Mettet et à Oret ;

—    de l’argent : à Berzée, Couvin, Gozée, Strée, Floren­nes, Oret, Tarcienne, Walcourt, Yves-Gomezée.

La demande  de combustible est  généralement une phrase stéréotypée.

C’est ainsi qu’à Barbençon les quêteurs disent : Ti n’as nén ‘ne otirète ?

[— Tu n’as pas un fagot ?]

A Fleurus la formule était :

N’avez né ‘ne saqwè pou l’ grand feu ?

[ = N’avez-vous rien pour le grand feu ?}

(p.115) A Dion-le-Val et à Mont-St-Guibert, les enfants psal­modient :

One fèwêye,

On côp par an.nêye ! [= Une « feuée », Une fois par année !]

Au pays de Namur il existe même une formulette de quête :

Al quète, al quète

Po fé l’ fouwau :

Del bêle tchène,

Dès bias agnons,

One bêle vatche,

On bia mouton !  (1).

[— A la quête… Pour faire le grand feu: — Du beau chanvre, — Des beaux oignons, —- Une belle vache, — Un beau mouton !] Cette formulette se compose d’une demande suivie des vœux des quêteurs en vue de la prospérité des paysans sollicités (2).

En quelques lieux, la quête se fait avec accompagne­ment d’une musique. Ainsi, à Hanzinelle, la fanfare es­corte la Jeunesse, tandis qu’à Florennes un orchestre im­provisé se faisait entendre en 1951.

L’enlèvement du bois d’affouage peut aussi être accompagné de musique.

 

(1)  Jules VANDEREUSE a noté à Mont-sur-Murchienne une formu-lette d’une femme née en   1H78,  qui  fait  allusion  à  un  garde-champêtre de la commune et qui me paraît être une parodie de quête de combustible :

A maraude à sokètes,

Dès sètch’s èt dès vèrtes !

Dès p’tits fagots, dès gros !

Piêre Bertrand avou s’ satch à s’ dos !

[— A la maraude aux souches, — Des sèches et des vertes! — Des petits fagots et des gros! — Pierre Bertrand avec son sac au dos!]

(2) A Coo-Trois-Ponts, Jules DEFRESNE a noté une croyance qui re­coupe la  formule namuroise : « Voloz-ve aveûr dès bês-ognons ? Sèmoz d’ssus dès cindes do grand feu  [=  Voulez-vous avoir de beaux oignons? Semez dessus des cendres du grand feu]. «Bulle­tin de la Société de Littérature Wallonne », t. 49, p. 185. — Au­tres formulettes de quête apparentées dans A.L.W., III, p. 329.

 

(p.116) A Hanzinelle, les jeunes gens se rendent au bois le samedi précédés d’un tambour et accompagnés de chariots. Ils ramènent les arbres abattus sur la place publique, tou­jours de même. Très tôt le dimanche matin les jeunes gens sont là pour couper les branchages. Vers 11 heures, tout le travail est terminé : les perches élaguées sont chargées sur un chariot et conduites chez le dernier marié de l’an­née, lequel offre quelques verres de liqueur à titre de re­merciement et un peu d’argent aux officiers de la Jeunesse pour alimenter leur caisse. Détail curieux : pour effectuer ce transport, le chariot, précédé d’un tambourineur, est tiré exclusivement par les jeunes gens.

A Silenrieux, le départ et la tournée des quêteurs se fait au son de plusieurs tambours. Il en est de même à Saint-Aubin, Pry-lez-Walcourt, Praire, Florennes, Lesve (un seul tambour), Gerpinnes (une batterie de tambours accompagnée d’un fifre), Strée et Aisemont (un seul tam­bour).

A Cerfontaine la Jeunesse constituait deux groupes, celui du Seigneur qu’accompagnaient un porte-drapeau, des hommes d’armes et des fantassins, et celui de la ma­gistrature, composé d’un juge, un avocat, un greffier, des boursiers et des bourreaux ou boûrias. Ceux-ci portaient des sabres en bois et une corde, avec laquelle ils faisaient le simulacre de pendre les étrangers à la commune, contre paiement de pots de bière. Certains des officiers étaient des cavaliers chargés de garder le char de bois du grand feu : c’était les gardètchaurs.

Car la provision de bois destinée au feu est constituée par les dons des habitants. Dès l’aube, les officiers de la Cour, seigneur présent, tambour battant, passent avec le char devant chaque maison. La charretée était conduite en haut du village et confiée à la garde des boûrias. Cette garde devait être vigilante, car pendant toute la journée il y avait lutte entre la Jeunesse et les « mariés »,

Dès que la Cour circulait, le boute-feu ou pôrteû d’èstrin se mettait à sa suite : il avait, attachée au dos, une botte de paille qu’il devait porter toute la journée jusqu’au moment où le char arrivait sur le tienne de la Trinité, point culminant de la localité. Il suivait froidement le chariot, (p.117) réservant tout son « feu » pour l’allumage du foyer. On lui allouait 5 fr.-or pour sa peine, à condition de fournir la botte nécessaire. Mais il ne profitait guère de ces cent sous : comme la propension générale était de boire sur le compte d’autrui, il avait à ses chausses des parasites alté­rés, qui, lorsqu’il refusait de les abreuver, allaient parfois jusqu’à mettre le feu à sa paille. La jurisprudence établie ne permettait pas à la « Cour » de le dédommager de cette combustion intempestive.

A remarquer encore que les bourreaux, durant tout le carnaval, étaient tenus à l’écart par tous les membres de la Cour. Ils devaient se contenter de boire à même le pot, de­vant les cabarets, sans pouvoir se mêler aux autres buveurs.

A Soumoy c’étaient les « bourreaux » qui ramassaient le bois ; ils « taxaient » tout le monde en argent, sous les prétextes les plus futiles.

A Nismes la Jeunesse traînait un grand chariot pour quêter ; puis les fagots étaient déchargés au pied de la montagne et ensuite portés sur place à bras d’hommes.

Sous l’Ancien Régime, la table des pauvres de Walcourt distribuait des harengs aux jeunes gens qui allaient chercher le bois. On notera qu’en cette villerte, les quêteurs de bois vont aujourd’hui masqués le matin enlever les fa­gots que la population a été invitée à déposer sur le trot­toir. Les enfants devancent les organisateurs et collectent de la menue monnaie. Double quête autrefois aussi à Wiet-Dinant : les enfants allaient de porte en porte demander du menu combustible, la jeunesse des fagots chez les fer­miers.

A Couvin aussi la population préparait des charges de bois devant les portes et un chariot passait les enlever, un par quartier.

A Vitrival passe un camion dès la pointe du jour, accompagné de quelques hommes qui chargent les fagots préparés devant chaque demeure.

A Mettet, il y a deux groupes de collecteurs : un pour Je pétrole, un autre pour les fagots, qu’il charge sur un camion.

A Falisolle c’est un camion de l’administration com­munale qui passe ramasser les fagots préparés.

(p.118) A Barbencon, le chariot est actuellement traîné par un tracteur, c’est le comité de la Jeunesse qui fait la quête. Un char de combustible obtenu sans quête est conduit la veille du grand feu à l’emplacement où celui-ci aura lieu.

A Montignies-le-Tilleul le chariot était attelé et c’étaient les Chefs de Jeunesse qui l’accompagnaient.

A Monceau-sur-Sambre c’était Bert’ de Fontignies qui enlevait la paille et les fagots chez l’habitant; son char était attelé de deux chevaux.

A Gerpinnes on utilise un chariot traîné par deux chevaux ; à Silenrieux, ceux-ci portent fleurs et cocardes.

La plupart du temps un ou plusieurs des quêteurs sont porteurs d’une fourche, avec laquelle ils chargent les bottes de paille et les fascines. Ainsi surtout dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, à Vitrival, Falisolle, Gerpinnes, Florennes, Stave, Hanzinelle, Biesmerée, Mettet…

A Courcelles, le jour du grand feu, chaque quartier avait une bande de jeunes gens qui réunissait du combusti­ble et l’amenait de Forrière, La Motte ou Reguignies, sur la place du Trieu-des-Agneaux.

A Gozée, trois chariots, ou davantage, accompagnés chacun d’un Chef de Jeunesse partaient vers midi quêter le combustible, un dans le quartier de Là-Haut, l’autre dans celui de Là-D’zous, et le troisième aux Ecarts, éventuelle­ment dans d’autres quartiers, encore. Vers 18 heures, ces chars, traînés par de vigoureux chevaux, venaient déverser leur combustible (du moins après 1875). Dans les der­niers temps, avant la disparition provisoire du grand feu, les chefs de Jeunesse se désintéressèrent de la collecte des fagots, et payèrent d’autres pour s’en charger et pour pré­parer le bûcher. A la reprise de la coutume en 19^9, la quête eut lieu le matin avec des camions et des chars.

A Corbais, où plusieurs groupes d’enfants font leur grand feu, ils se voient assigner un coin du village où ils vont quêter leur combustible.

A Fleurus, vers 1894, chaque groupe d’enfants, dû­ment hiérarchisé, allait collecter drapeau en tête, suivi d’un porte-pancarte sur laquelle on pouvait lire le nom du quar­tier ou de la rue. Chaque autre enfant était porteur d’une (p.119) perche, de longueur variable selon son âge. Les petits allaient en avant, les tout-petits sans perche. Tous étaient en rang. Les chefs qui commandaient se tenaient sur les côtés. Inutile de dire que les bagarres entre quartiers ne se comptaient pas.

La quête avait lieu un mois à l’avance à Couvin, du­rant plusieurs jours à l’avance à Mariembourg.

Elle durait le samedi après-midi et le dimanche du grand feu au matin à Morialmé, toute la journée du di­manche à Yves-Gomezée, l’après-midi seulement à Gozée, Montignies-le-Tilleul, Mettet-Pontaury et Senzeilles où elle a lieu après la lecture des « lois ».

En général, cependant, la quête se fait le jour du grand feu au matin : il en est ainsi à Barbençon, Strée, Gerpinnes, Lesve, Mettet (Devant-la-Gare), Vitrival, Florennes, Fraire, Nismes, Oret, Pry, Saint-Aubin, Silenrieux, Thy-le-Bauduin, Treignes. On spécifie parfois l’heure où débute l’opération ; à l’aube à Vitrival, tôt le matin à Met­tet, 7 h. à Pry, 8 h. à Silenrieux, 9 h., à Florennes. Tout est terminé vers 11 h. ou midi.

Le combustible est dû aux quêteurs. C’est pourquoi il existe des vengeances promises ou réelles.

A Sart-Dame-Aveline, on ne pouvait refuser aux quê­teurs sous peine de ne point avoir de pommes au verger durant l’année; à Couvin, sous peine de voir l’incendie causer des ravages chez les récalcitrants.

A Gerpinnes, par contre, les Chefs de Jeunesse se retirent en manifestant leur mécontentement à l’égard des quelques rares personnes qui ne donnent rien.

Dé-ci dé-là, le combustible est obtenu par vol ou chapardage.

A Mont-Saint-Guibert, pendant plusieurs jours avant le grand feu, les enfants rôdaient dans la localité et ses abords pour repérer les fagots et les gerbes qui allaient être de bonne prise, le moment venu. Ce qui n empêchait pas la quête du dimanche de la feuwêye.

(p.120) (…)

A Farciennes aussi, vers 1890, le combustible était maraudé, ce qui était probablement le cas à Fleurus, au XVIIIe siècle, ainsi qu’il a été rapporté plus hiut, et à Mont-sur-Marchienne. si la formulette donnée ci-dessus en noce est bien à. meure en rapport avec le Gr^nd Feu.

Il arrive rarement que le bois soit acheté. Il semble que œ fut le cas à Froidchapelle en 1952.

Le caractère essentiel du combustible est qu’il est obtenu de tous, par quête ou cession d’un bien communal. Il est le premier aspect collectif de cette coutume qui en présente tant d’autres. A remarquer d’ailleurs que les quê­teurs agissent au nom de la collectivité, bien qu’ils n’éma­nent que d’une fraction de celle-ci, la Jeunesse le plus souvent.

 

5d.   L’ACHEMINEMENT DU COMBUSTIBLE.

 

Le combustible reçu est acheminé par la Jeunesse sur un chariot mis à sa disposition par un fermier. Ce chariot était souvent amené par les jeunes gens qui s’attelaient à de grosses cordes à nœuds accrochées au char. Tel était autrefois le cas à Neufville-le-Chaudron et à Sautour.

A Barbençon, dans l’après-midi après les vêpres, le comité des jeunes va chercher les jeunes filles et les jeunes gens à leur domicile ; autrefois c’était avec une harmonie ; on jette des pétards. Les jeunes, qui vont désormais s’appe­ler les sakeûs, les tireurs, s’attellent à une longue chaîne de 10-12 m pourvue de bois qu’ils saisissent à pleines mains, et tirent un char de combustible surmonté d’un manne­quin, depuis St-Joseph jusqu’à la route de Clermont. Les vieux — un témoin dit : les derniers mariés de l’année — qui entravent le char avec de grosses pierres, des souches d’arbres, et qui s’agrippent au char, sont appelés les astokeûs. (p.121) Au frein, un homme, d’ailleurs marié, dont l’ofice est réservé à sa famille. Quelques jeunes gens ont en mains de gros bâtons avec lesquels ils écartent les obstacles. La musique suit et soutient l’ardeur de tous. Les deux groupes s’arrêtent à chaque café; l’orchestre entre et joue des airs à danser, de Gilles et à la mode, et tout le monde danse. Non sans se surveiller mutuellement, car les astokeùs s’arran­gent pour profiter de ce que les jeunes sont trop au plaisir ou trop éméchés peur faire reculer le char eu le renverser, ou encore pour barrer la route. De leur coté, les jeunes font avancer leur char ou le remettent en place, si l’occasion favorable se présente. Sur l’ordre du Chef de Jeunesse, après quelque temps de danse, tout le monde quitte le ca­baret et la lutte ardente recommence. Arrivé à un point convenu, vers 18 h., non sans l’intervention cocasse des masques qui intriguent, le char est conduit directement à l’endroit où s’allumera le grand feu.

Le dimanche du grand feu, dans l’après-midi, à Cerfontaine, les jeunes gens accrochent au timon du chariot de combustible une longue chaîne dans les mailles de laquelle ont été passés des bâtons enrubannés. Impossible pour eux d’échapper à la mise à la chaîne, car dès le départ du cortège, toute la Jeunesse versait une garantie de 5 francs-or, qui leur était restituée dès que chacun s’était placé à la chaîne avec sa coumére, selon son rang hiérar­chique. Chargé des boûrîas, au départ, le chariot était conduit sul tri ou place de la Trinité, où devait avoir lieu le grand feu. Mais il n’allait pas loin. Après une lutte acharnée entre les boûrias descendus du char et les « ma­riés », le chariot était renversé. Les jeunes gens devaient alors parlementer avec leurs aînés et leur payer des pots de bière. Après quoi le chariot était relevé et les fagots rechargés. La bière bue, les mariés revenaient à la charge. Et ainsi jusqu’à ce que le chariot fut rendu sur la place.

Une scène analogue avait lieu à Senzeilles : après la lecture des « lois », laquelle a lieu à la sortie des vêpres, tous les participants au cortège, les trois membres de la « Cour » exceptés, s’attelaient à un chariot ou le poussaient pour aller quêter du combustible. Vis-à-vis de chacun des 4? cabarets du village, le «groupe des inconnus», c’est-à-dire les mariés, s’efforçait de renverser le chariot. En cas (p.122) de réussite, les « jeunes » devaient leur payer un certain nombre de pots. Si les jeunes le renversaient, c’était l’in­verse : aux « mariés » de payer à boire ! Parfois, quand la Jeunesse se sentait plus faible que ses adversaires, et que les fonds diminuaient dangereusement, elle attelait un che­val au chariot et se sauvait avec le chargement.

A Soumoy, aussi, les « mariés » essayaient de ren­verser le char et les « bourreaux » s’y opposaient tandis que les jeunes tiraient.

En cas de réussite les mariés avaient droit à un «pot» de bière. Arrivés à un certain endroit, on attelait des che­vaux pour la montée sur les trteux,

A Gozée et à Hanzinelle, les chars chargés de com­bustible, avant l’époque où ils furent amenés à l’endroit du grand feu par des chevaux, étaient traînés par la jeu­nesse des deux sexes s’attelant au timon et tirant à qui mieux mieux. Cet usage disparut vers 1875 à Gozée.

A Praire, c’est la dernière mariée qui était en tête de la Jeunesse tirant le char aux fagots.

Les jours qui précédaient le grand feu, à Walcourt, « les gamins conduits par les grands allaient ramasser les branches de bois mort, couper les buissons d’épines au Tri Pierrard, au Bois Druart, au Plantis, au Franc Bois, au Tienne Waris. Les brouettes à claire-voie, les charrettes à deux roues chargées démesurément dévalaient en grinçant vers la Grand-Place où elles déversaient le précaire butin qui s’amoncelait en un immense cercle. Vers les 4 heures, les aînés au milieu d’un silence général, y mettaient le feu du côté d’où soufflait le vent. »

* * *

Ici encore il convient de souligner le caractère collec­tif du transport, soit que toute la jeunesse s’attelle au cha­riot, soit que le chariot ait été prêté.

La lutte des « jeunes » et des « mariés » est un élé­ment essentiel du grand feu dans l’Entre-Sambre-et-Meuse seulement : elle se manifeste à d’autres occasions, par (p.123) exemple, lorsque l’on va brûler le bonhomme carnaval le lundi gras à Cerfontaine, et à Tangissart (Baisy-Thy), à l’occasion de la fête communale.

Il s’agit d’une ritualisation de l’opposition entre clas­ses d’âge, que l’on ne peut probablement pas entièrement séparer du droit d’allumage réservé aux derniers mariés. Pour ceux-ci, l’allumage du grand feu peut être considéré comme un rite de sortie de la classe des jeunes, valable pour tous les mariés de l’année : tous accèdent par là dé­finitivement à la classe des mariés.

 

5e.   L’ECHAFAUDAGE DU BUCHER.

 

Il y a des règles à suivre si l’on veut édifier un beau bûcher. L’une d’elle est qu’il faut mettre les bottes de pail­le en dessous, puis les fagots et le bois.

Mais il convient surtout de planter d’abord une per­che, autour de laquelle on organise le combustible.

Généralement ce sont quelques dévoués qui édifient le bûcher pendant que les autres s’amusent.

A Nismes le foyer était préparé dans chacun des deux quartiers par les plus âgés des ouvriers faudeurs, habitues professionnellement à la préparation de meules pour la fabrication du charbon de bois.

A Montignies-le-Tilleul, c’était un des chefs de la Jeunesse qui dressait le bûcher.

Le rite le plus curieux pour l’échafaudage du bûcher est celui de la pissée ainsi qu’il a été observé à Gozée. « Avant de procéder à la plantation de la perche qui devait servir de pivot au tas de fagots, tout le « train », c’est-à-dire le chef de la Jeunesse, se rendait, musique en tête, au domicile des derniers mariés de l’année. Le premier chef de Jeunesse offrait son bras à la jeune épousée ; le deuxiè­me chef agissait de même à l’égard du mari et toute la bande retournait dans la prairie au son de joyeux airs [et précédés du courrier virevoltant]. Suivant la tradition [la jeune mariée} devait d’abord « pichî au trô » (pisser au trou). Jadis, les intéressées se soumettaient de bonne grâ­ce… Mais plus tard… le plus souvent la mariée se contentait (p.124) d’enjamber le trou sans s’y arrêter. Après cela elle nouait au sommet du bouleau un ruban qu’elle avait offert gracieusement à la Jeunesse. Ces préparatifs étant terminés, la perche était plantée, les fagots mis en tas…» Ainsi s’exprime Jules Vandereuse. Il arriva bien, cependant, que la femme fut remplacée par un homme travesti.

A Montignies-le-Tilleul la perche était, comme à Gozée, ornée d’un ruban offert et lié par la dernière ma­riée de l’année.

A Couvin, « chaque bûcher comprenait comme axe central un arbre d’une certaine puissance à l’extrémité du­quel on hissait un drapeau entouré de banderolles de tou­tes nuances. Autour de ce pivot se groupait un énorme amas de troncs, de branchages, de bruyères, dont l’ensem­ble revêtait, à peu de chose près, la forme d’une pyramide bien élancée. »

Vu que la quête du combustible a lieu le matin, l’édi­fication du bûcher n’est généralement possible que dans l’après-midi. En certains endroits cependant elle est ache­vée avant le dîner. C’est le cas à Praire, Hanzinelle, Mo-rialmé et Treignes.

On ne peut négliger de signaler l’importance de cer­tains bûchers. Celui des Ecaussinnes pouvait avoir 8 m. de hauteur sans /’ boulome ; à Gerpinnes, il atteint parfois 7 m. de haut et 10 m. de diamètre et il se compose de quelques centaines de fascines. A Cerfontaine, en 1928, le jour du grand carnaval, après un défilé qui dura trois quarts d’heure et auquel prirent part les « Sapeurs-Pom­piers » et les « Zouaves », ainsi que de nombreux chars et vélos fleuris, un feu de 350 fagots fut allumé à 19 h. 30 au lieu-dit Bout-d’en-Haut, qui est le point culminant du village. A cette date, il s’agissait déjà d’une forme dégéné­rée du carnaval et du grand feu. C’est ainsi qu’il y avait deux chars, qu’ils étaient traînés dans le cortège de l’après-midi par les « Sapeurs-Pompiers » et déchargés à chaque halte, puis rechargés par les « Zouaves » après que ceux-ci se fussent rafraîchis. A Berzée, le bûcher avait d’habitude 10 m. de diamètre.

 

(p.125) 5f.   ENDROITS OU S’ECHAFAUDE LE BUCHER.

 

Voici les localisations précises relevées :

Blaugies : au Coron, aux Eclusiaux, au Bosquet Go-bert, « ailleurs encore sans doute ».

Ecaussinnes-d’Enghien : au chemin Hamaide.

Ecaussinnes-Lalaing : à la cour du Marichau (vers 1895) et au hameau de Belle-Tête (avant 1890).

Marche-lez-Ecaussinnes : au Tiène dèl Marcote.

Barbençon : route de Clermont.

Biercée : au Tienne à Pequets.

Froidchapelle : place de la Gare.

Gozée : au lieu-dit Fontenelle, ou au terrain de foot­ball.

Maçon : place du Wicher.

Morlanwelz : place Albert Ier.

Strée : au Petit Champ.

Acoz : aux Courtis et à Lausprelle.

Courcelles : place du Trieu-des-Agneaux.

Farciennes : place Communale.

Gerpinnes : au Sartiat, à Hymiée, etc.

La Hestre : rue de Mariemont.

Monceau-sur-Sambre : la prairie Masquelier aux Grands Trieux.

Montignies-le-Tilleul : place du Try.

Mont-sur-Marchienne : aux Haies.

Roux : place des Aiselies.

Wanfercée-Baulet : place communale.

Dion-le-Val : à la Bruyère ou al Brumagne.

Mont-Saint-Guibert : au Ruchaux.

Aisemont : au lieu-dit Aux Chemins.

Auvelais : Grand-Place.

Biesme : à Saint-Adrien et au Planoy.

Bois-de-Villers : aux Quatre Chemins et au Tchèstia.

Falisolle : à Ste-Anne et au Gay.

(p.126) Fosse : place du Marché (autrefois), à Haut-Vent et Nèvremont (de nos jours).

Furnaux : au Tourniquet.

Ham-sur-Sambre : place Communale, et au quartier de Trou du Ferai, près du terril.

Lesve : aux Hayettes.

Lustin : aux Fonds et au Village ; autrefois à Bois-Laiterie, Mont-sur-Meuse, Sibérie, derrière Hule, etc.

Mettet : à Pontaury, Devant-les-Bois, Scry et au quar­tier de la Gare.

Tamines : Grand-Place, puis place des Alloux et place Saint-Martin.

Vitrival : Sur les Quartiers.

Bioul : à Haute-Bise, à la Mouclinière, à la chapelle Saint-Hubert, à Frisles, au Doumont, au Mont et à La-gauche. Bioul surplombe les vallées de la Molignée et du Bu mot.

Yvoir : au Blaret.

Cerfontaine : Grand-Place ou place de la Trinité.

Couvin : à la Montagne de Boussu, Nieumont, Bout-d’en-Haut et à la rue des Juifs ; en 1937 : au Dessus-de-la-ville.

Dourbes : au Tienne Delvaux.

Fagnolle : au sommet de la colline des Zeulies ou sur une hauteur voisine.

Florennes : près du terrain de football ou sur ce ter­rain après la dernière guerre.

Praire : à la place de Maroquette.

Hanzinelle : à la place communale et au Donveau.

Hanzinne : aux parages de la chapelle St-Oger (route de Farciennes).

Laneffe : au pied de la côte de Praire.

Mariembourg : Grand-Place, puis le préau de l’école (au mardi-gras) et finalement au pré Hurion.

Morialmé : place Communale et Basse-Flandre en 1952.

(p.127) Nismes : au Tienne Breumont, et au Mourainy.

Pry : au Château d’Eau.

Roly : au « tienne » près du cimetière, plus tard entre le village et la Bowe ; en 1951, sur la Grand-Place.

Saint-Aubin : place de l’Eglise.

Senzeilles : al coupète du Trî du Leup.

Soumoy : sur les Trieux.

Stave : au hameau de Cornelle.

Treignes : à la Basse-aux-Reines.

Walcourt : plaine de Spayemont.

Yves-Gomezée : sur les Crojètes.

De l’examen de cette liste, il appert que l’on choisit surtout des hauteurs ou des places publiques. On signale notamment des hauteurs à Bougnies, Soignies, Marche-lez-Ecaussinnes, Barbençon, Biercée, Dion-le-Val, Sart-Dame-Aveline, Falisolle, Bioul, Cerfontaine, Dourbes, Nismes, Silenrieux. Il a dû en être de même en de nombreux autres endroits.

Par contre on signale le pied de la côte à Laneffe et le quartier des Fonds à Lustin.

Relevons aussi, à titre de curiosité, qu’à Namur on fit le grand feu sur la Meuse gelée vers 1890.

Il existe des servitudes : j’en ai relevé à Barbençon et Gozée, et tel est le cas probablement partout où le grand feu est allumé dans un pré, à Laneffe et Hanzinne, par exemple.

Il est intéressant d’attirer l’attention sur une relation possible qu’il conviendrait de démontrer, entre le grand feu et le culte des saints. A Falisolle, le bûcher s’embrase sur les hauteurs de Sainte-Anne, à Biesme au quartier de Saint-Adrien, à Tamines sur la place Saint-Martin, à Bioul à la chapelle Saint-Hubert ; il se peut — et pour moi c’est probable — que l’association entre le grand feu et le saint évoqué par ces toponymes soit fortuite. Mais le cas d’Han-zinne est plus curieux, car là c’est dans les parages de la chapelle St-Oger que le feu est allumé. Il conviendrait que les futurs enquêteurs relèvent s’il n’y a pas d’autres cas semblables et tâchent de les expliquer.

(p.128) A noter enfin qu’on ne fait nulle part le grand feu devant la demeure des derniers mariés, comme le cas en est fréquent en France notamment.

 

En 1905, à Mariembourg, un prétendu danger d’in­cendie fit interdire le grand feu sur la place communale. On l’organisa alors à la « plaine des soldats ». Hélas, l’en­droit était trop éloigné de la ville, et l’enthousiasme décrut rapidement. Vers 1930, les élèves de l’école communale, à l’occasion d’une promenade scolaire faite l’après-midi du mardi gras, réveillèrent la coutume sous le préau de l’école. En 1950, le grand feu émigra dans la prairie de M. Char­les Hoefkens à proximité de la route de Roly ; en 1951, ce fut au pré Hurion qu’il eut lieu.

« La facilité et le confort font la loi » déclare un chroniqueur de Roly en évoquant le déplacement du grand feu du tienne près du cimetière vers un lieu situé entre le village et la Bowe en 1945 puis au centre de la localité en 1951.

 

5g.   AVEC OU SANS MANNEQUIN

 

En de nombreux endroits un bonhomme de paille surmonte le bûcher.

Aux Ecaussinnes le « bonhomme » surmontait la per­che centrale ; il était vêtu de vieux vêtements d’homme, masqué et chapeauté. Quelquefois on y plaçait des pétards, qui éclataient ensuite. En 1937, ce mannequin s’appelait Djan-de-Nwâre-Têre et il plastronnait à 3 m. 50 de hau­teur.

On trouve un mannequin fixé au sommet de la perche centrale à Barbençon, Gozée, Gerpinnes, Wanfercée-Baulet, Mettet, Vitrival, Yvoir.

A Gerpinnes, il y a d’abord simulacre de mise à mort; à Gozée on le fusille. Il est d’ailleurs appelé « Bonhomme Carnaval » à Wanfercée-Baulet et « Messire Carnaval » à Gerpinnes, du moins par les journalistes. En dialecte on dit /’ bolome à Barbençon, /’ boulome aux Ecaussinnes.

(p.129) A Maçon et à Treignes, le cérémonial est plus expres­sif : le bonhomme est pendu à une potence. Depuis 1958, il est brûlé avec le bonhomme Saint Pansard du groupe de Trélon. (France), qui participe au cortège.

Il doit y avoir d’autres mannequins, notamment dans la zone du feûreû, où a lieu la « passion du Gille » dont je parlerai plus loin.

Cependant il semble bien que le brûlage d’un manne­quin ne fut pas général.

A mon avis, un grand feu, à l’origine, n’en compor­tait pas. Il s’agit d’un glissement ou report au jour du grand feu de l’exécution de carnaval ou mardi gras, pour profiter du brasier. En de nombreux endroits, en effet, celle-ci a lieu au carnaval, et pas toujours par le feu, mais parfois aussi par l’eau, comme à Vierves.

A Thy-le-Bauduin, le jour des Cendres, selon J. Vandrunen, « on empoigne le moins dessoûlé : on le roule dans la paille, et on allume !… Non sans avoir l’excellente précaution d’approcher un grand tonneau d’eau. Et dès que l’on voit la paille brûler, on inonde l’ivrogne. Ce simu­lacre de flambage… doit symboliquement brûler le car­naval pour affirmer sa firi. »

Au grand feu de Treignes, on se réunit l’après-midi sur la Grand-Place, où l’homme de paille, après le tradi­tionnel cérémonial de mise en accusation, est condamné à être noyé. On se contente d’un léger bain dans la rivière, et il est finalement décidé de le brûler solennellement pour qu’il expie les multiples fautes qu’il est censé avoir com­mises.

 

51i.   NOMBRE DE BUCHERS PAR LOCALITE.

En général il n’y a qu’un seul bûcher par localité. Ça et là il y en a un par quartier ; c’est le cas notamment à Blaugies (3 bûchers au moins), Fleurus, Gerpinnes (no­tamment au Sartiat et à Hymiée), Corbais, Lustin (autre­fois), Mettet, Bioul, Couvin.

En d’autres lieux, il y a plusieurs feux : 2 à Erquelinnes, 2 à Acoz, dont l’un à la Quadragésime et l’autre au (p.130) Laetare, plusieurs à Chapelle-lez-Herlaimont, sur les di­verses places publiques, 2 à Biesme-lez-Fosse, 2 à Bois-dé-Villers, 2 à Falisolle, 2 à Ham-sur-Sambre, à des dates différentes, 2 à Lustin, avec une ardente compétition à qui aura le plus gros, 2 à Tamines (succédant à 1 seul), 2 à Hanzinelle, 2 à Nismes, avec une ardente bataille entre les deux groupes organisateurs, 2 à Stave, un le dimanche et l’autre le lundi.

Le nombre peut évoluer : à Fosse il n’y en avait qu’un autrefois, allumé sur la place du Marché; plus tard il y en eut plusieurs dans les hameaux ; puis ce fut à Haut-Le-Vent seulement et à Bambois ; aujourd’hui on en allume deux, à Haut-le-Vent et à Nèvremont.

 

5i.   AVANT L’ALLUMAGE.

L’idée de s’amener en cortège au grand feu est assez naturelle. Aussi la voit-on réalisée simplement en de nom­breux endroits.

Les organisateurs s’amènent avec leurs musiciens et bon nombre de gens se sont agglomérés autour d’eux.

Tel est le cas à Gougnies. La jeunesse, vers 15 heures se met en route avec une musique, ils font deux fois le tour de la commune pour rassembler les personnes mas­quées et travesties, afin de les conduire au grand feu.

A Joncret, le comité de la jeunesse ne fait qu’une fois le tour du village, avec un orchestre. Il s’arrête dans tous les cafés et l’on danse.

A Aisemont, le comité de jeunesse fait une fois le tour des rues de la localité en musique dans le cours de tout l’après-midi.

A Biesme, les animateurs se mettaient en route vers 14 heures, suivis d’une batterie. Les personnes masquées et travesties s’aggloméraient derrière eux et vers 15 heures ils étaient rejoints par des groupes venant du Centre et du Planoy. Le cortège se disloquait après un rondeau sur la place Communale. On cite parmi les groupes de « traves­tis» : les «Chevaux» avec l’«Empaillé» et le «Squelette» (p.131) (1936), la « Noce », l’« Ambulance », les « Botteresses », les « Balayeurs rexistes » et le « Cantonnier » ( 1937), etc. A Falisolle, il y a une sortie musicale l’après-midi, à laquelle se joignent les personnes qui se masquent et se travestissent. Le cortège est précédé du comité. Le soir au son du tambour, le cortège se reforme et gagne le lieu du grand feu.

A Fosse, dès 14 heures, sortent les personnes mas­quées et travesties, avec accompagnement clé musique. On s’amène au grand feu au son des fifres et des tambours et aux accents d’une fanfare tonitruant les airs de Chinels.

A Furnaux, les habitants se masquaient dans l’après-midi, puis se groupaient. On recherchait l’originalité. C’est ainsi qu’il n’était pas rare de voir une personne masquée ou travestie en compagnie d’un chien ou d’un bouc cos­tumé. Après les intrigues, on se rendait ensemble au Tour­niquet, où les derniers mariées allumaient le feu.

A Lesve, autrefois avait lieu dans l’après-midi un burlesque défilé de gens travestis et masqués. On se ren­dait le soir, en 1952, à la reprise de la coutume, par grou­pes, au lieu du grand feu.

A Mettet (devant la Gare), l’après-midi, les tam­bours et un fifre déambulent dans les artères principales, rassemblant les personnes masquées et travesties, pour fina­lement les conduire au bûcher. A Devant-les-Bois, cette cueillette des participants a lieu immédiatement après les vêpres, pour le « traditionnel tour sur la place », lequel se termine par un rondeau. En 1947, on sortit à cette occa­sion le ménage des géants Narcisse et Amboisine, accom­pagnés de leur fille Nathalie. On signale en outre des groupes d’ours et de chiens. Un tambour-major dirige les musiciens, et le comité se met en tête du cortège, lequel, après sa prestation sur la place, parcourt les principales artères du hameau. Au hameau du Pontaury, il y a aussi une sortie l’après-midi et il ea est probablement au quar­tier de l’Estroit, où la défaillance de 1950 fut due au man­que d’initiative du groupe local « Les Bohémiens », les ha­bituels organisateurs du grand feu. A noter qu’à ce cor­tège participent des groupes venus des communes voisines.

(p.132) A Moignelée, autrefois, il y avait un cortège le soir avec flambeaux et musique en tête; il faisait le tour du village.

A Vitrival, le cortège se forme à 18 h. 30 ; il défile dans la localité et effectue son rondeau final autour du brasier.

A Berzée, de nos jours, un cortège parcourt la localité, avec la fanfare locale, avant de se rendre au grand feu.

A Florennes, c’est après un match de football que la sortie de la musique a lieu. Celle-ci exécute des airs à la mode, et elle est suivie de nombreuses personnes travesties ou masquées, certaines rappelant des personnages locaux pittoresques.

A Praire, la fanfare communale donne un concert ambulant dès 14 h. (30) et amène la foule au grand feu. Les personnes et les groupes en travestis se joignent à la foule.

A Hanzinelle, la fanfare locale se déguise pour la sor­tie de l’après-midi. Elle est suivie des groupes de person­nes masquées et travesties.

Au quartier de Donveau, voisin d’Hanzinelle, on imite ce village, mais ce sont des tambours et des fifres qui prennent la place d’une fanfare. Au village de Morial-mé, même organisation.

A Oret les « travestis » se rassemblent au son du tam­bour dès le début de l’après-midi, pour défiler dans le vil­lage. A 18 h. 30, nouveau rassemblement, avec en tête la clique dirigée par un tambour-major.

A Pry, une fanfare conduit un cortège à partir de la gare dans le village. A 18 h., réunion des personnes mas­quées sur la place du Grand Pont.

A Saint-Aubin, on signale la sortie d’une fanfare dans l’après-midi.

A Silenrieux, entre 14 et 15 heures, s’organise un cor­tège avec une musique à sa tête. Celle-ci donne des auba­des en cours de route et autour du foyer. Le cortège par­court le village et amène le monde au grand feu. Avant la guerre de 1940-1945, il accompagnait le char de com­bustible.

(p.133) A Tarcienne, l’après-midi, sortie massive des « faux visages » du carnaval. Il est à supposer qu’ils s’amènent en cortège au lieu du grand feu.

A Thy-le-Bauduin, sortie musicale l’après-midi et amenée des groupes masqués et travestis au grand feu.

A Walcourt le cortège des participants, travestis ou masqués, se réunit à 18 h., place de l’Hôtel de Ville et se rend à Spayemont, où s’allume le grand feu.

Aux Ecaussinnes, vers 18 h., les organisateurs (les frères Couturiaux, dits Tchapêrs, autrefois Godefroid Rousseau, dit Got du Rauyârd, Albert Dubois, dit Bêrt Fourni, Godefroid Evrard, dit Duval, Floribert Delhalle, dit Èl Bleû) arrivent suivis d’un cortège de gens armés de longues torches, de balais de paille et de fourches, et pré­cédés d’un orchestre qui joue des airs de Gilles. Les musi­ciens s’installent dans une hutte dressée à leur intention et jouent des airs de marche et de danse pendant que le public afflue, ainsi que des policiers et des notabilités, notam­ment certaines de celles qui ont donné du combustible, des industriels et des fermiers surtout.

Le grand feu du pont des Hamaides au hameau de Noire-Terre était autrefois concurrencé par celui du ha­meau du Tilleul, organisé par les Quintis, Jules Baligant, Jules Baguet sur la petite colline à Heaugrand.

Le scénario est analogue à Marche-lez-Ecaussinnes, il y a des rondeaux sur la place.

A Froidchapelle le comité du Laetare avec son com­mandant à cheval en tête, les musiciens et les groupes masqués et travestis se réunissent au calvaire entre 15 et 16 heures ; ils parcourent les rues du village pendant une bonne partie de l’après-midi.

A Lambusart, le rendez-vous des personnes travesties a lieu sur la place communale à 18 h. 30 ; une retraite aux flambeaux leur fait parcourir les rues de la localité, jus­qu’à 21 h. 30, heure à laquelle on allume le feu tradition­nel.

A Ham-sur-Sambre, les cortèges partent, l’un du Trou du Ferai à 15 heures, l’autre de la place communale à 15 h. 30. Ils se composent de personnes masquées et travesties. (p.134) Ils ont lieu à des dates différentes, le premier au Laetare, l’autre à la Quadragésime.

En certains endroits, on constate la fusion en une seule journée, de deux cérémonies calendaires en principe iso­lées, le carnaval et le grand feu.

C’est ainsi qu’à Erquelinnes, l’après-midi, un cortège carnavalesque parcourt les rues principales. Le soir s’allu­ment les deux bûchers traditionnels.

A Gozée, c’est en 1897 que se fit la fusion du car­naval et du grand feu. Ce fut la société locale « les Excur­sionnistes » qui imagina le nouveau rite. Le cortège fut dès l’origine composé de groupes locaux et étrangers. Il com­prend la police, le comité organisateur, le « canne-major », qui dirige les musiciens, des « officiers et une cantinière », et surtout un personnage extrêmement intéressant « le courrier ». Chapeau pointu enrubanné de rouge, une can­ne aux mêmes couleurs, blouse rouge, culotte étroite de couleur verte, souliers légers, il doit virevolter sans arrêt le long du cortège.

Ce cortège parcourt la cité durant l’après-midi avant de se rendre au grand feu.

A Maçon, c’est depuis 1952 que le grand feu et le carnaval ont fusionné. Le cortège se forme sur la Grand-Place vers 14 h. 30. Il se compose du comité, de groupes et de chars. Je voudrais en mentionner plusieurs, ici, les uns locaux, les autres étrangers, parce qu’ils sont en rap­port direct avec l’exaltation du genre de vie et des tradi­tions d’autrefois : le char de la moisson (1954), avec son moulin à vent, son meunier, ses gerbes plantées, ses mois­sonneurs et ses moissonneuses porteurs de râteaux, serpes et fléaux ; le char du jardin fleuri (1954) avec sa riante maisonnette et ses enfants habillés en fleurs ; le char du « mau-foutu qu’è-st-èvoye » évoquant l’ancien chemin de fer (1955); le char des « Sabotîs » (1958), ressuscitant l’ancienne industrie locale; le char des conscrits (1954) qui représente le tirage au sort du début du siècle ; le groupe des « Saints Pansards » de Trélon en France (1958), souvenir d’une ancienne coutume carnavalesque régionale. D’autres chars sont tirés de l’histoire plus ou (p.135) moins récente comme ceux de la Madelon ( 1954), de l’éva­cuation (1955), des maquisards siciliens (1954), de l’Ato-mium, et de la Tour Eifel (1959). On puise aussi de l’inspiration dans l’exotisme d’où les chars des « Japonais dans la Pagode» (1955), du Congo (1958), d’Esqui­maux (1958) et de la mosquée arabe (1959). Les succès cyclistes inspirent un char du tour de France (1958); de même que les opérettes célèbres provoquent l’invention des chars de « L’Auberge du Printemps et du Joyeux Tyrol » (1955), et de « L’Auberge du Cheval Blanc » (1959). La féerie cosmopolite est exploitée par le char du « Petit Cha­peron Rouge » (1955), le tourisme par le char de « La Jo­lie Bretagne» (1955), la radio par celui de « Patachou-Circus et ses animaux savants ». A signaler que le manne­quin à brûler, appelé « le pendu », fait partie du cortège dans son char à lui. Les musiciens ont les leurs. En 1954, on signale de plus la sortie d’un géant local et d’un groupe de grosses têtes. Il ne manque même pas un char philan­thropique, celui de la Croix Rouge (1958)!

L’imitation du folklore d’autres lieux apparaît dans le char du bateau pirate qui fait pleuvoir des confettis (1959) et dans le groupe des Mexicains (1954). Les airs de musi­que sont ceux des Gilles de Binche et du « Doudou » de Mons (1954).

A Chapelle-lez-Herlaimont, c’est au Laetare que l’as­sociation des commerçants organise le carnaval. Il y a cortège dès 14 heures, avec primes, et il comprend des chars et des groupes, surtout de gilles. A 20 heures, sur les deux places publiques, on allume des feux de joie avec feux de Bengale, autour desquels les Gilles dansent un rondeau final. Dès 1949 on dissocia le cortège, qui a lieu le dimanche, et les feux qui s’allument le lundi, après que le cortège parti de Bascoup eût fait un autre tour que la veille. Depuis 1953 on chante autour d’un feu unique avec féerie lumineuse et feux de Bengale.

A Gerpinnes, c’est aussi à 14 heures que s’organise le cortège des combattants, lequel parcourt le centre du village jusque vers 18 heures. Groupes locaux et étrangers. Circulent aussi des personnes masquées et travesties qui intriguent.

(p.136) A Bourlers, en 1959, un cortège parcourut la commu­ne, et la journée se termina sur une soirée dansante avec prix. Il n’est pas certain qu’il y eut encore l’allumage d’un grand feu.

A Wanfercée-Baulet, le grand feu ne fut pas évincé par le carnaval lorsqu’il fut reconstitué en 1953, après presque 30 ans de silence. Comme d’habitude en pareil cas, on fit appel au souvenir des anciens, puis aux bonnes volontés et on mit tous ses soins à régler un beau cortège carnavalesque. Avant 1914, le cortège comptait des pier­rots, des marquis et des marquises, etc… et parcourait la commune au son de plusieurs accordéons. Le défilé se ter­minait sur la place de l’église où l’on remettait des prix aux groupes. A 22 heures, masqués, les gens affluaient pour danser autour du grand feu. Celui-ci à peine éteint, la foule se rendait dans les cafés pour boire et s’amuser. En 1955, il y eut le dimanche à 16 heures un bal .d’enfants doté de nombreux prix : c’était une innovation. Le lundi à 18 heures 30, un cortège s’ébranla, soutenu par deux socié­tés de musique. Vers 21 heures 30, eut lieu la disloca­tion. Il est sympathique de constater que tout se fit entre gens de la commune. Les membres du comité étaient, eux aussi, travestis. Plusieurs chars véhiculaient ce comité et d’autres personnes masquées. Puis s’ensuivit le grand feu, et chacun rejoignit un café.

A la reprise de 1953, tout se fit le samedi avant le Laetare : il y eut donc hésitation sur la date des festivités.

En cette commune, avant 1914, entre la dislocation du cortège et l’allumage du feu, les groupes entraient dans les cafés et les gens célébraient en chantant les fredaines locales de l’année.

Je ne sais si c’est la même coutume qui est signalée en 1955 à Aisemont par une de mes sources sous, le nom de « pasquée des masquarades ». Cette « pasquée » est incon­nue de Jules Vandereuse.

A Tamines un cortège folklorique imposant se forme vers 18 heures. Il est composé de nombreux groupes car­navalesques venus d’un peu partout en Belgique. En tête la police, le Comité des Fêtes en travesti uniforme, et dès (p.137) 1955, les géants Baptiste et Lisa. Le cortège parcourt la ville, s’arrête en quelques endroits choisis pour l’exécution du rondeau, assiste en passant à l’allumage de deux grands feux, et se disloque vers 21 h. 30. En I960, ce grand feu mixte se transforme complètement en carnaval.

L’après-midi, entre la quête et le brûlage du bûcher, est souvent occupée à des intrigues, pour lesquelles de nombreuses personnes se masquent et se travestissent.

Le fait est signalé à Acoz, Gougnies, Joncret, Aise-mont, Falisolle, Lesve, Oret. A Gerpinnes, les intrigues commencent dès le matin, et les quêteurs eux-mêmes sont souvent travestis.

On signale aussi des personnes travesties, des « mas­carades », autour du foyer à Dion-le-Val : il est probable qu’ils intriguaient déjà dans la journée. On y voyait la vieille grand-mère avou s’ vîye pèlesse [avec sa vieille pelisse], le bon vieux avou s1 bia blève saurot [avec son beau sarrau bleu] et s’ casquète de sôye [et sa casquette de soie], des élégantes caracolant dins dès djaquètes de jaconas [dans des jaquettes de jaconas (étoffe de coton, fine et légère)], des gendarmes en « bonnets à poils » mo­numentaux.

Il y a aussi des personnes masquées autour du foyer à Aisemont et à Furnaux.

Par contre à Gouvin, autrefois les gens arrivaient au grand feu en ordre dispersé, et il ne semble pas qu’ils se travestissaient.

 

* * *

Autrefois, à Froidchapelle, au grand feu, comme au Mardi Gras et au Lastare, les organisateurs se déguisaient l’un en juge, l’autre en huissier et un troisième en bour­reau muni de sa corde. Ils allaient, accompagnés de quel-2ues musiciens, quêter de porte en porte une participation inancière des habitants afin d’alimenter leur caisse. Si quelqu’un refusait de payer cette sorte de dîme, on le ju­geait sur l’heure et le bourreau le pendait par les pieds de­vant sa porte. Ce jugement sans appel, suivi d’un simu­lacre d’exécution, s’appelait la « basse-loi ».

(p.138) A Senzeilles le cortège, composé d’un sergent-sapeur, d’une douzaine de sapeurs, d’un tambour-major, de quatre musiciens, dont un tambour, de la « Cour » à cheval (à savoir : Monseigneur le Greffier et l’Avocat), d’une vivan­dière, d’un boursier, de quatre officiers, d’un groupe de voltigeurs, de quelques gendarmes, d’un groupe de zoua­ves, de deux sergents, de quatre boûrias (ou bourreaux), de quatre poûdreûs (ou poudreurs) et du commandant, sortait vers 13 heures et faisait le tour du village. Les étrangers et les mariés devaient payer un pot de bière si le cortège les rencontrait, ou être pendus. Puis avait lieu la lecture des lois, la décoration du plus fort mangeur de « créions », et la quête du combustible, ainsi qu’il a été rapporté plus haut (§ 5c).

Un scénario très semblable avait lieu à Soumoy.

A Jamioulx, l’après-midi, avait lieu la lecture de la paskêyg qui attirait beaucoup de monde à Jamioulx, no­tamment du pays de Charleroi. Deux lîjeûs (lecteurs), choisis parmi la jeunesse masculine et juchés sur un char enguirlandé, débitaient la paskîye, poème satirique de plu sieurs centaines de vers, dont le but était de dévoiler et de railler les fredaines de la jeunesse du village. On se repor­tera à l’ouvrage de Jules Vandereuse : Les « Pasqutyes » dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, Couillet, Maison d’Editions, 1939, 64 p., pour en savoir davantage à leur sujet. A cha­que strophe, le jeune homme ou la jeune fille dont il était question devait se placer sur le char et payer un « pot » de bière aux lecteurs. Tous les jeunes du village avaient leurs « couplets », c’était donc un déshonneur de ne pas l’avoir, c’était dire que l’on était mis au ban de la communauté pour sa conduite déréglée.

A Longueville, dans le pays de Wavre, le matin du jour du grand feu, les gars de l’endroit se réunissent et s’en vont mète le je d’zous Yêche: ils vont planter une perche, surmontée d’une botte de paille qu’ils enflamment au hameau de Hèze, dépendance de Biez à Grez-Doiceau. C’est le signal de la provocation au combat qu’ils envoient à ceux de ce hameau. Alors commence une véritable ba­taille à coups de pierres, de fronde et de bâtons : la gen­darmerie doit souvent intervenir et plusieurs combattants (p.139) sortent meurtris de la lutte. Les prisonniers sont ramenés au camp des vainqueurs et ne retrouvent leur liberté qu’a­près avoir payé force « tournées ».

Une bataille du même genre avait lieu aussi à Nismes. Elle commençait après les vêpres. Le champ de bataille n’était autre que le pont de l’Église. Au signal donné par quelques coups de cloche, une pluie de projectiles volaient d’une rive à l’autre. Les combattants s’acharnaient, les frondes tournaient, les pierres allaient en sifflant frapper les boucliers. Les combattants mettaient leur point d’hon­neur à contribuer à la victoire de leur camp. Les plus robustes s’épuisaient au bombardement, les gamins appro­visionnaient leurs combattants en cailloux. Les vieillards excitaient les belligérants par des cris :

Mort aus Fond-d’Ryons qui n’ valet nén leû cu d’èwel ou

A bas lès Longue-Ruons qui n’valèt nén leû panse d’êwe!

Tous les villageois étaient là, et la bière du pays n’é­tait pas sans influence sur la bataille.

Au premier coup de cloche annonçant le salut, l’ar­mistice était conclu.

Il est manifeste qu’ici l’autorité religieuse est inter­venue pour limiter l’hostilité traditionnelle des deux quartiers rivaux.

L’hostilité à l’égard des étrangers a dû aussi se mani­fester : en 1730, défense est faite aux habitants de brimer les étrangers qui viennent au marché de Fleurus à l’occa­sion du carnaval et du grand feu. Ordonnance qui fut renouvelée en 1765.

 

5j.   L’ALLUMAGE.

Dans de nombreux endroits, c’est une ou plusieurs personnes privilégiées qui allument le grand feu.

Très fréquent est le cas où c’est le dernier marié : à Barbençon, Jamioulx, Fleurus anciennement, Mont-sur-Marchienne, Roselies, Gerpinnes-Hymiée, Mettet-Pon-taury, Sart-Dame-Aveline, Furnaux, Ham-sur-Sambre, Cerfontaine, (p.140) Senzeilles, Soumoy. Parfois c’est la dernière ma­riée seule : à Praire (il semble qu’aujourd’hui ce soit le dernier marié) et à Silenrieux (en 1951). Mais plus sou­vent ce sont les deux époux conjointement : à Aisemont, Arsimont, Falisolle, Fosse, Furnaux, Ham-sur-Sambre, Moigneiée, Tamines, Vitrival, Hanzineile, Laneffe, Silen­rieux.

A Gozée, c’est le chef de la Jeunesse ; à Yvoir, Or-fontaine et Tarcienne, un des organisateurs, le « boute-feu »; à Couvin, le président du Syndicat d’Initiative ; à Gerpinnes, le bourgmestre, le premier échevin ou le gar­de-champêtre (1936) ; à Joncret et à Yves-Gomezée, le bourgmestre.

Là où les enfants organisent le feu, c’est eux qui l’en­flamment : ainsi à Soignies. A Fleurus, c’est leur chef.

Aux Ecaussinnes, Nestor Couturiaux se faisait aider pour enflammer le bûcher ; chacun de ses aides recevait un long balai de paille (il doit s’agir d’une forme perfec­tionnée de Yèscouvète ou èscouvion, « petit balai » noté à Marche-lez-Ecaussinnes,   par   Arille   Carlier. )    Précédés d’une musique d’amateurs, qui donnait d’abord quelques airs, ils arrivaient porter le feu avec ces balais autour de la grandiose montagne de bois. (…)

A Gozée rallumage du feu n’avait lieu qu’après un coup de fusil tiré par ie chef de la Jeunesse. Le fusil était reporté à celui qui l’avait prêté, dès que le feu commençait à s’éteindre. A défaut de fusil, on « tirait les campes », A Soumoy, le dernier marié mettait le feu au bûcher vers 17 h. 30, pendant que la troupe des jeunes était au dernier café. Aussitôt prévenus, ils arrivaient au son de la musique pour danser jusqu’à l’extinction du feu.

Afin de faire prendre le feu plus rapidement, on met d’abord le feu du côté du vent. Ainsi à Walcourt et sans doute un peu partout.

Aux Ecaussinnes les aides portaient le feu partout grâce à leurs balais de paille. A Barbençon, en 1960, le (p.141) feu fut allumé par un membre du comité avec une torche; il enflamma d’abord les pailles.

En de nombreux endroits du pays de Namur, on jette du pétrole ou de l’essence sur le bûcher. Il en est de même à Fraire et à Mettct.

On utilise aussi la poudre de fusil : ainsi à Nismes et Vitrival.

Quand les derniers mariés allument le feu, ils ont parfois droit à un cadeau. C’est le cas à Falisolle et à Ham-sur-Sambre.

Mais le dernier marié doit parfois subir quelques vexations avant de recevoir ce qu’on lui offre.

A Mettet les derniers mariés devaient autrefois faire trois fois le tour d’un gros tilleul et payer un «pot» de bière.

A Hanzinelle, le dernier marié se courbait devant le bûcher et recevait sur les reins une charge de bois que l’on exhaussait jusqu’à ce que le fardeau excédât ses forces. Ce bois lui appartenait. « Ça fait du bien une bonne charge de bois aux jeunes mariés », lui disait-on ironiquement. Cette coutume prit fin en 1867.

Plus anciennement, selon Jules Vandereuse, c’étaient l’homme et la femme qui allaient à l’épreuve. Puis ils prenaient quelques perches et faisaient le tour du feu, imités par les membres de la Jeunesse.

A Morialmé, le dernier marié devait transporter gra­tuitement tout le bois nécessaire au grand feu et obtenu p;ir collecte de la Jeunesse et des enfants. En contre-partie, on le chargeait comme à Hanzinelle, et il reportait ce bois chez lui.

L’allumage du feu a lieu après le salut à Nismes et à Mont-Saint-Guibert, vers 3 heures de l’après-midi à Courcelles, 4 heures à Mariembourg.

Généralement, cependant, c’est à la tombée de la nuit comme à Dion-le-Val, Fagnolle et Tarcienne; le soir (sans précision) comme à Nivelles, Maçon, Florennes, Neufville-le-Chaudron, Sautour, Senzeilles, Yves-Gomezée ; à l’heure de l’angélus, comme à Corbais ; à 17 heu­res 30 à Soumoy.

 

(p.142) Le plus souvent les programmes publiés prévoient une heure précise : 18 ou 19 heures, selon l’année, à Froidchapelle, Couvin ; 18 h. 30 aux Ecaussinnes ; 19 h. à Gozée, Gougnies, Fosse, Mettet, Vitrival, Pry, Saint-Aubin, Walcourt ; 19 h. 30 à Cerfontaine, Hanzinelle, Thy-le-Bauduin ; 19 h. ou 19 h. 30 à Silenrieux ; 19 h. ou 20 h. à Praire ; 20 h. à Gerpinnes, Joncret et Morialmé ; 20 h. 30 à Barbençon ; 21 h. 30 à Lambusart ; 21 h. 30 ou 22 h., à Wanfercée-Baulet; 19 h. 30, pour le premier bûcher, à Tamines, 21 h. 30 pour le second.

Le feu a duré une heure en 1939 à Furnaux ; à Far-ciennes, vers 1890, il durait parfois plusieurs heures.

A Gerpinnes, en 1950 on l’agrémenta du lancement de fusées multicolores et de l’éclatement de nombreux pétards.

A Courcelles l’allumage avait lieu en présence d’une foule de curieux, dont on ne dit pas s’ils dansaient, tan­dis que des fêtards chantaient et buvaient dans les quelques cabarets voisins.

Depuis quelques années, tend à s’instaurer l’usage de faire le grand feu en présence de géants, même étrangers à la commune : Baptiste et Lisa, à Tamines (1955), Pier­rette à Morlanwelz (1955), les géants de Chapelle-lez-Herlaimont, à Gozée (1956) (1).

A Gerpinnes, on va chercher le bourgmestre ou le premier échevin en musique vers 20 heures, pour qu’il vienne allumer le feu.

On notera aussi l’émulation qui règne entre les orga­nisateurs des divers grands feux locaux ou régionaux.

A Roly, les organisateurs montaient autrefois péni­blement rondins et fagots à un endroit d’où le grand feu était visible à de nombreux kilomètres à la ronde. Ce qui leur procurait une grande satisfaction.

A Nismes, les foyers allumés, on s’efforçait de les faire durer au plus longtemps. Quand le feu de l’un ou l’autre camp devenait plus intense, les groupes se criaient d’une montagne à l’autre :

 

(1) cf René MEURANT : Les géants et le carnaval en Wallonie. XXXVIIIme Congrès de la Fédération Archéologique, Historique et Folklorique de Belgique, Arlon, 1961, p. 243. — Voir aussi ci-avant § 5g et ci-après § 14.

 

(p.143) A bas lès Longue-Ruons! ou Mort aus Fond-d’Riyons!

A Couvin, chaque section, par raison d’amour-propre, s’efforçait d’accumuler les fagots sous le plus gros volume et d’avoir aussi la suprématie sur les rivaux de la cité.

A Bioul, où 6 grands feux sont allumés, chaque quar­tier met son amour-propre à faire durer son feu le plus longtemps possible. Cette compétition pacifique enorgueil­lit très fort le clan des gagnants.

Il en était de même à Dinant, et à Lustin entre ceux des Fonds et ceux du Village.

 

5k,   RONDES, DANSES ET CHANTS

 

Lorsque le feu est allumé commencent les cris, les chants et les danses.

Aux Ecaussinnes, comme à Marche-les-Ecaussinnes, le cri caractéristique est jô ! ce cri de joie fort commun chez les archers quand ils ont bien visé et atteint la cible.

A Yvoir on ne pousse de cris qu’au moment où le mannequin s’effondre dans le brasier.

On fait aussi de bruyantes réflexions :

« Qué bia  feu! El jèyant a dès pîds d’carton! Il a s’n-automobile avû li! I n’a nî dès pîds nikelès! Es’ moustatcbe va roussi ! El boulome s’ra bî rade in-n-infiêr ! Dji n’voudroû ni ièsse à s’place ! El mascarade va avou tchaud ! Ainsi aux Ecaussinnes (1).

Il y a des cris plus caractéristiques en forme de for-mulettes, par exemple à Dion-le-Val :

Au grand fèyau !

Copêre dë r’naud,

Apwate lë fyinr,

On frè lès aufes !

[Au grand feu ! Compère le renard, Apporte le fer, On fera les gaufres !] On disait aussi :

Grand fèyeû,

Vî rogneûs,

Apwate on lèp,

Djè l’ dèvorerè (> check)

 

(1)   traduction : Quel beau feu! Le géant a des pieds de carton. 11 a son automobile avec lui ! Il n’a pas les pieds nickelés ! Sa mous­tache va roussir! Je ne voudrais pas être à sa place! Le « masca­rade » (personnage masqué) va avoir chaud.

(2)   Grand … (illisible) Je le dévorerai !

 

(p.144) Les enfants ont des moqueries qu’ils crient aux per sonnes masquées et travesties non seulement pendant le cortège ou les intrigues, mais encore pendant qu’elles dan­sent autour du feu.

A Sart-Saint-Laurent, ils disent :

Mascarâde à deûs visadjes,

Mougne do bûre èt do fromadje !

Mine di plomb, Man.nèt cochon! (1)

 

(1) Formule analogue des gamins qui  suivaient le cortège du hindi du grand feu quelque part au Pays de Charlcroi :

Mascarâdes A deûs visâdjes!

Mines di plomb, man.nèts cochons1. ou Mascadroûles A deûs boutroû!es!

[ =  « Mascadrouille » — A deux nombrils. — D’après L’Hûlaud d’   Châlèrwè,  III, n° 4. A Lodelinsart, vers 1900, on disait :

Mascarâde A deûs visâdjes!

Qui mindje du bûre èt du fromadje!

Tièsse di plomb, Mèchant gârçon!

[‘ = … Qui mange du beurre et du fromage! — Tête de plomb,…] On rencontre fréquemment une forme plus simple, à Fleurus par exemple :

Léd mascarâde à deûs visâdjes

Qui  mindje dou bûre èt dou fromâdje!

(Henri Pétrez dans El Bourdon d’ Châlèrwè…, n° du l-IV-1950, p.   16).

Version  de  Jodoigne :

Mascarâde à deûs vësadjes,

Mindje dè bûre èt dè fromadje!

(Paul MOUREAU dans Le Folklore Brabançon, X, p.  1K8). Version de Nivelles :

Mascarâde à deûs visadjes,

Y un au  bûure,  l’aute au fjromadje! [=  …  Un au beurre,  l’autre au fromage!] (Cl Cbariguètc, n” 53,  p.  8).

Version  de Louette-Saint-Pierre :

Mascarâde —  à deûs visages,

Trempe ton cul dans la salade! (Albert  DOPPAGNE,  vers   1940).

 

(p.145) [« Mascarade » à deux visages, Mange du beurre et du. fromage ! Mine de plornb, Sale cochon !]

 

Version de Monceau-sur-Sambre, allongée à Mont-sur-Marchienne, recueillie,  avant   1910,  par Me  Arille  CARLIER :

Mascarâde — à deûs visâdjes,

Qui mindje dou bûre èt dou fromâdje!

Èl cén qui l’ fét,

C’èst li !’ pus léd !

[=  … Celui qui le fait, — c’est lui le plus laid!]

Version comprimée de la précédente formulette dans le Centre, notamment à Fayt-lez-Manage et à Godarville :

Mascarâde à deûs visâdjes!

El cîn qui l’ fét,

C’èst (li)  l’  pus  léd!

(Alfred HAROU : folklore de Godarville, p. 135; El Mouchon d’Aunia, XXXVIII, 1950, 2, p. 24; XI-VI, 195B, 5, pp. 89-90).

Version  de Châtelineau  vers  1HB5 :

Mascarâdes à deûs visâdjes,

Yin qu’est léd, — l’ aute qu’èst  bia.

Al coupète di Tchèslinia!

[= … un qui est laid, l’autre qui est beau — Au-dessus de Châ­telineau!].

(Notation de Me Arille CARLIER). Version différente du  Borinage :

Mascarâde  à  deûs   visâjes,

L’ eugn au bûre, l’ aute  au  froumâje!

Wête à t’ tiète, i-y-a ‘ne gayète!

Wête à t’ cu, i-y-a dou glu!

Mascarâde sans yârds, wête à t’ tiète!

[= … Regarde à ta tête, il y a une «gaillette» (de charbon); — Regarde à ton cul, il y a de la glu! — «Mascarade» sans argent, veille à ta tête!].

(Albert LIBIEZ dans Roger PINON : Chansons populaires de l’Ancien llainaut. Bruxelles, Scliott frères, volume I B. Notes, 1959, pp. 116-117).

A Maubeuge, comme en d’autres localités en bordure de la zone de cette formulette, forme aberrante :

Mascarâade au  blanc sèyu,

11 a du pwâve au trau deu cu!

ou Il a de la merde à s’ cu!

[=   …  «Mascarade»  au  blanc sureau,  —  II  y a  du  poivre au trou de son c… !…]. (Ibidem;  version  analogue  à  Fourmies).

 

(p.146) A Mont-Saint-Guibert, paroles quelque peu diffé­rentes :

Mascarâde à deûs visadjes,

Mine dï plomb,

Mèchant garçon !

A Dion-le-Val, on trouve les motifs de Sait-Saint-Laurent et de Mont-Saint-Guibert réunis :

Mascarâde à deûs visadjes,

Mëne dë plomb,

Mèchant garçon !

Mascarâde poûrèye patate,

Mtndje dè bûre èt dè fromadje ! ou :

Poûrë nez,

Plin dë stofé!

[Mascarade à deux visages, Mine de plomb, Méchant garçon ! Mascarade pourrie pomme de terre, Mange du beurre et du fromage ! ou : Pourri nez, Plein de fromage blanc!]

*

Une autre forme de moquerie est la parodie du sou­dage ou dônage.

 

NB

A Perwez :

Mascarâdes èt cûtès pomes

Frëcasséyes dins-n-one casserole’.

[= «Mascarades» et pommes cuites -— Fricassées dans une cas­serole!].

(Noté en 1941 par Roger PINON). A Grandménil :

Mascarâde lavau lès prés,

Toûne li cu po-z-èralér!

[= «Mascarade» dans les prés, — Tourne ton cul pour re­tourner!]

(Emile JACOBY dans La Terre Wallonne, VI, 1922, 31, p. 32). Fonctionnellement, c’est partout une rimaille à l’adresse des per­sonnes déguisées qui intriguent au carnaval ; à Grandménil, elle est le chant du départ à la fin du grand feu, quand les jeunes gens s’étaient charbonnés mutuellement le visage avec les cendres du foyer.

 

(p.147) A Mont-Saint-Guibert, dès que le brasier était allumé, un loustic s’improvisait notaire ou mayeur : il procédait à des mariages, unissant la plus jolie fille au plus laid gar­çon, ou inversement ; ou encore la plus jeune au plus vieux, ou inversement aussi ; des personnes masquées venaient corser la farce, en interpellant malicieusement ceux dont les fredaines, frasques ou folles équipées avaient fait jaser depuis le précédent grand feu.

On peut dire que partout on danse autour du brasier. Impossible de décrire techniquement les danses que les té­moins et les journalistes appellent gambades, farandoles, rondes, rondeaux, sarabandes. Il faut en fait y voir une danse en chaîne fermée plutôt informe.

On notera cependant aussi l’exécution de danses in­diquées avec plus de précision.

A Couvin, on se livrait à des jeux mêlés de chants du genre du « Berger et de la Bergère » : « hommes et femmes formaient un cercle au centre duquel se trouvait une personne symbolisant tantôt un berger, tantôt une ber­gère ; se conformant au texte du rondeau, la personne en­fermée embrassait une de celles qui l’entouraient. Voici un extrait de cette chanson :

On a dansé dans tous les temps, Dans tous les coins du monde. Dansez,  bergers !  Sautez,  bergères ! A ton berger, bergère, Donne un baiser sincère ! (ter)

On ne peut manquer de rapprocher ce jeu dansé du « Petit jardin d’amour » des étudiants au carnaval de Bin-che, qui est une danse au foulard sans paroles plus authen-fiquement conservée à Malmédy aux feux de la Saint-Jean (1).

On dansait aussi au chant à Nivelles autrefois.

En quelques endroits, on signale que l’on danse la célèbre danse des 7 sauts autour du brasier, soit à la fin de la combustion, soit pendant celle-ci.

 

(1) Voir Albert MARINUS : Du carnaval de Binche au paysan du Danube. Dans «Brabant»; 1959, 12, pp. 43, 46, 4 ill., 2 mél.; et t Jules VANDEREUSE et Roger PINON : Quelques danses curieuses de Wallonie. Annuaire XII, 1958-1959 de la Commis­sion royale de Folklore, pp. 260-265.

 

(p.148) Tel est le cas de Barbençon, Couvin et Fraire.

A Moignelée les danses se prolongeaient jusque bien tard autour du brasier éteint.

Dans la plupart des communes où l’allumage du grand feu est précédé d’un cortège, c’est une musique qui anime les danses autour du foyer. Il en est ainsi aux Ecaussinnes, à Barbençon, Bourlers, Froidchapelle, Gozée (où l’on ne jouait autrefois que « Bon voyage, Monsieur Dumollet»), Maçon, Strée, Acoz, Chapelle-lez-Herlai-mont, Gerpinnes, Joncret, Aisemont, Falisolle, Ham-sur-Sambre, Mettet, Moignelée, Berzée, Couvin, Fagnolle, Florennes, Praire, Hanzinelle, Morialmé, Oret, Neufville-le-Chaudron, Pry, Saint-Aubin, Sautour, Soumoy, Silen-rieux, Treignes, Walcourt.

A Mettet, les tambours jouent alors plus fort, le fifre amplifie ses sons aigus, le tambour-major donne une allure plus saccadée à ses mouvements.

A Fagnolle on chante d’abord la complainte de « Jo­seph, est couronné » avant de danser « comme le veut la tradition », au son de la trompette.

La, musique est. une fanfare à Maçon, Berzée, Praire, Hanzinelle, Pry, Saint-Aubin, Soumoy (4 instrumentistes et 1 tambour), Treignes ; — une harmonie à Gerpinnes (1949), Wanfercée-Baulet (renforcée d’une fanfare), Fa­lisolle (1949-1957); — un orchestre musette à Barben­çon (I960) et Joncret; — un ensemble d’accordéons à Acoz ; — une clique à Gerpinnes (1951) (tambours, cais­se et cuivres), Oret, Froidchapelle (tambours et instru­ments à vent) ; — fifres et tambours à Gerpinnes (1950), Hanzinelle, Mettet, Morialmé ; — une batterie à Gougnies et à Biesmes ; — un tambour à Gerpinnes (1936) et à Falisolle (1959) ; — une trompette à Fagnolle.

A Hanzinelle, hameau de Donveau, c’était là, peut-on dire, qu’avait lieu le grand feu des tambourineurs, car la plupart de ceux de la région s’y réunissaient et prenaient leurs engagements pour les marches militaires. Tous visitaient les cafés du hameau.

Il y avait aussi des chants autour du grand feu.

(p.149)

A Farciennes on signale que le plus en vogue était le refrain bien connu (1) :

A boire ! à boire ! à boire !

Erîrons-nous sans boire ?

Erîrons-nous sans boire un coup ?

A Hanzinelle on prétend que les chants ont pour but de chasser les mauvais esprits du village.

On signale aussi des chants autour du grand feu à Dourbes et Thy-le-Bauduin. A Chapelle-lez-Herlaimont, dès 1953, on termina le carnaval le lundi sur un embrase­ment de l’hôtel de ville et une exécution, par toutes les musiques et avec reprises en chœur de «Pays de Charleroi», l’hymne régional.

* *

L’interdiction de se masquer au grand feu (comme au carnaval d’ailleurs) remonte haut.

A Fleurus, en 1765, le magistrat interdisait de se masquer et de se déguiser.

A Tamines, après la guerre 40-45, on autorisa le port du masque jusqu’à minuit seulement.

A Floreffe, après son interdiction totale en 1947, le masque fut autorisé jusqu’à minuit en 1950.

A Gerpinnes on ne peut se masquer pendant le bal travesti (sic!).

* *

De-ci de-là on signale un rite terminal du grand feu.

A Gerpinnes, les personnes travesties qui dansent au­tour du brasier, au moment, de son extinction, s’agenouil­lait et font des grâces. Puis une subite explosion de joie se produit parmi elles et elles retournent au village au son des tambours.

 

(1) Sur ce refrain en Hainaut, voir Roger PINON : Chansons popu­laires de l’Atwien Hainaut. Bruxelles, Schott frères, 1959, volu­me I A, pp. 93-94 et I B, pp. 206-208.

 

(p.150) A Gourdinne aussi les danseurs s’agenouillent avant de se rendre dans les cabarets. Il en est de même à Mettet (Devant-les-Bois) : on se baisse et s’agenouuille avant de se disperser dans les cafés.

 

5l.   RITE DU SAUT ET AUTRES RITES.

 

Selon une note prise par Me Carlier, déjà à l’époque du Concile de Leptine, qui se tint près de Mons en Hainaut en 743, on allumait en cas d’épizootie un grand bû­cher fait de bois apporté par les habitants voisins. Le bétail devait passer à travers les flammes et chacun des assistants emportait sa part de charbon pour la verser dans la boisson des animaux. Les cendres étaient conservées comme spécifiques pour la destruction des chenilles (1).

 

(1) A.G.B. SCHAYES, Essai historique sur les usages, les croyances, les traditions, les cérémonies et pratiques religieuses et civiles des Belges anciens et modernes, Louvain, 1834, t. I, p. 20, s’exprime sur la foi de la même source, d’une manière quelque peu différente : « Pour préserver le bétail d’épizooties, on frottait fortement deux morceaux de bois jusqu’à en tirer du feu : chaque habitant apportait du bois et de la paille, qu’on allumait à ce feu; puis on faisait passer le bétail à travers ce bûcher. Cette pratique superstitieuse, appelée Nothfyr ou Niedfeor (feu de calamité) a longtemps subsisté en Belgique : le concile de Leptine le défend en 743 : ut populus dei paganas ne faciat, sed omnes spurcitias gentilitatis abjiciat… sive illas sacrilegas ignes, quos Niedfeor socant. L’«Indiculus superstitionum et paganinarum» en parle ch. XV : de igne fricato de ligno i.e, Nodfyr. Un capitulaire de Charlemagne défend aussi les feux sacrilèges qu’on appelle Nodfyr : i’gnes sacrilegos quos Nodfyrs vacant». Le feu devait s’allumer, en principe, à tout moment de l’année, lorsque apparaissait quelque maladie parmi le bétail. Peut-on, dès lors, y voir l’ancêtre du grand feu — ou du petit feu? — ou éventuellement comme l’ont suggéré certains savants, du feu de la Saint-Jean? C’est aussi l’opinion d’Arnold VAN GENNEP dans son Manuel de Folklore français contemporain, t. I, vol. III, pp. 855-856, qw les Noadfyrs ne sont pas des feux calendaires cycliques, mais dct feux obtenus par l’exercice d’une violence sur du bois, des feu» chargés de pouvoir magique. « On peut se demander si les feux périodiques français [et wallons] n’ont pas été, eux aussi couih primitivement pour avoir une plus grande force magique..-. » Fof. ce magique qui peut fort bien aussi avoir été fournie par les der­niers mariés chargés d’allumer le feu. Le nodfyr étant semble-t-il, plutôt prophylactique, et l’allumage par les derniers mariés plu­tôt fécondateur? — Voir aussi Joseph ROLAND, Le carnaval wallon, ses origines. XXXVIIIme Congrès de la Fédération Ai-chéologique, Historique et Folklorique (Arlon)y Ï961, p. 230.

 

(p.151) Quoique le concile de Leptine ne fasse pas nécessai­rement allusion à des feux périodiques allumés dans le diocèse de Cambrai, ou du moins en Hainaut actuel, et bien que les feux qu’il anathémise ne soient probablement pas ceux du carême ou d’une autre date calendaire, on ne peut s’empêcher de penser à une relation possible entre eux et les grands feux.           

Il est possible aussi qu’autrefois, le rite du saut par-dessus le feu fut plus universellement pratiqué que la documentation réunie ne permet de l’affirmer.

En tout état de cause, voir les éléments d’enquête recueillis.

A Soumoy, sur l’ordre du « chef-bourreau » tout le monde devait traverser les flammes du foyer.

Aux pays de Dinant et de Namur, à Sart-Dame-Aveline, Godarville et Soignies, celui ou celle qui fran­chit le feu d’un seul bond. (= zoublè à Dinant) est préservé des coliques pendant un an. Dans le Namurois il est en outre protégé contre les maléfices,

A Charleroi, la jeune fille qui sautait par-dessus le grand feu sans se brûler, se marierait dans l’année. La mê­me croyance existait au pays de Narnur.

Dans le Borinage, les filles sautent par-dessus le bra­sier pour le ranimer grâce au déplacement d’air.

A Yves-Gomezée, le trin.neû d’boulèt, un des per­sonnages travestis les plus typiques du carnaval local, était poussé dans le grand feu, mais ses « femmes » (il est censé être bigame) avaient tôt fait de l’en retirer.

On faisait aussi traverser les cendres encore chaudes par le bétail, pour le préserver de la colique, notamment à Dinant.

A Cerfontaine les officiers gardètchaurs font exécuter à leur monture des sauts à travers les flammes, imités par les boûrias à pied. Et ce avant que ne commencent les danses.

**

A ces rites par le feu, il faut ajouter un rite de repas en commun.

(p.152)

A Dion-le-Val, on lançait dans le feu des pois, du froment (ceci pour faire du bruit !) et des pommes de terre (1).

A Mariembourg, les enfants font cuire des pommes de terre dans le brasier et font griller des harerigs-saurs.’ A Couvin, des échoppes de marchands de poissons s’établissaient aux abords des bûchers. Les poissons vendus, des sorèls, étaient attachés au bout d’une perche et rôtis. Certaines personnes distribuaient même ces harengs-saurs rôtis  aux   spectateurs, parmi   lesquels  personne n’aurai voulu s’abstenir de ce mets de drconstance. Puis les assistants se désaltéraient avec de la bière amenée sUr pi ace erf tonneaux, et que l’on servait dans un verre unique. 

Dans les environs de Mettet, James Vandrunen signale que l’on jette bien haut des saurets dans le grand feu. On explique ce rire par une légende : cernés par leurs voisins  au cours  d’une  guerre  féodale  les   gens de la localité avaient voulu leur montrer qu’ils avaient  encore des vivres en abondance au point de poivoir jeter les ha­rengs au feu ! (2).

En quelques endroits on amenait de la bière près du bûcher. A Yves-Gomezée, vers 1872, et jusque vers 1882, chacun des deux brasseurs de la localité amenait un gros tonneau de bière dont tout le monde buvait gratuitement. A Monceau-sur-sambre, c’était la jeunesse qui offrait

deux tonneaux de bière. A Fosse, selon Auguste Lurquin, « les petits comme les grands buvaient et se divertissaient au­tour du gai et réchauffant grand feu ».

 

(1)   A  remarquer  que  la  Quadragésime,  dans  le Jura français s’ap­pelle « le dimanche des pois frits ».

(2)   II faut peut-être rapprocher la coutume de griller des hareng» au grand feu d’anciennes distributions de ce poisson en carême, ainsi que l’atteste la note suivante, tirée de Pierre-Antoine MASSET: Histoire de Marchienne-ait-Pont,  Malines, Ryckmans,  1893, t. 2, p. 637 : « 1534.  Nicolas Massa laisse une rente de 100 faulx [=  hêtres]  pour acheter tous les ans une tonne de hareng à partager par moitié entre les pauvres de Marchienne et de Monceau ». — Se reporter aussi à l’usage ancien signalé pour Walcourt, §  5c.                                                          

 

(p.153) 

A Dion-le-Val, les braconniers tiraient des coups de feu pendant la combustion du bûcher : ils étaient alors sûrs de réussir à chaque coup.

A Carnières les Gilles lançaient leurs calottes dans la’ fournaise du grand feulant la dernière guerre.

 

5m.   L’EMPLOI DES CENDRES ET DES TISONS.

 

Un extrait du cartulaire de Fosse nous éclairera sur le grand feu: dans l’Entre-Sambre-et-Meuse au XVIIIe siècle, et surtout sur l’usage de la vente des cendres du grand feu. En 1741, en effet, eut lieu, un conflit entre le magis­trat local et le bailli, a propos du grand feu. Ce qui  nous vaut une excellente évocation de cet usage :               

«Nous les bourguemaîfres et magistrats de la Ville de Fosse ; ce jourd’hui 29 Julette 1741 spécialement assem­blez par Ponslet, vallet de la ville, recordons… que de tous temps immémorielle, nous et nos devanciers avons donné une corde de bois aux jeunes hommes chaque année le di­manche d’après les Cendres communérnent dit le jour du Grand Feu,. — Que la dite corde de bois s’est toujours ainsi donnée pour les divertissements et récréations publiques. — Que d’ordinaire le feu s’alume vers les six à sept soire et dure régulièrement jusque aux dix à onze heures du soire et quelquefois davantage. — Que les bourguemaîtres en vertu des privilèges de ce lieu, tenant le gou­vernement de la ville ont aussy de tous temps immémorielle permis que le peuple, assemblés jusqu’au nombre d’un ou de deux cents personnes, prisse ses divertisse­ments le dit jour, allentour du-dit feu; sans que l’on eu pendant ces intervalles souffert de qui que ce soit aucun trouble ny empêschement. — Que la ditte corde de bois se donne aux jeunes hommes pour y brusler sur la place jus­que à sa consommation ; après quoy, ils ont la liberté de vendre le brasier et d’applicquer le revenu à ce qu’ils trou­vent bon. — Qu’indépendamment dé cette coustume immémorielle, qui n’at jamais souffert aucune atteinte, le sieur Melchior, bailly mayeur de cette ville, contre le gouvernement de la ville appartenant aux bourguemaîtres, est famé de s’être rendu sur la ditte place le 25 février dernier, (p.154) jour du Grand-Feu, accompagné du sieur Servais, eschevin et d’avoir voulu constraindre partie des jeunes hommes à vendre le feu dans l’instant, lequel n’était pas encore consomés. — Que de plus, quelques jeunes hommes résistant, notamment les fils, du sieur Paul Noël à ce que le feu ne seroit pas vendu avant d’être réduit en braize, ne fût pour faire prier Dieu pour les âmes des trépassez, le même offi­cier est famé de les avoir attaquez et frappez avec espée dégainée en publicque. — Que le bruit de la ville est que les intentions du même officier estoient de faire esteindre le feu après la vente prématurée, pour le dit Sieur Servais. — En foy de quoy nous avons ordonné’ à notre greffier de subsigner le présent record et de le munir de notre séel. Ce jourd’huy, 29 de Juliette 1741.»

A Sart-Dame-Aveline, on recueillait les cendres, qui étaient mises aux enchères et achetées par les cultivateurs qui les semaient à la volée sur leurs champs pour se procu­rer de belles récoltes et préserver les blés des ravages de rongeurs. De même à Biesmes et à Couvin, tandis cju’à Bois-dé-Villers et à Dion-le-Val, chaque cultivateur avaif droit à des cendres pour répandre sur ses champs. A Senzeilles, c’était généralement un cabaretier qui les rachetait, . pour attirer la clientèle des jeunes chez lui; à Tarciennc, autrefois, c’étaient les tailleurs, pour chauffer leurs fers. repasser.

A Mariembourg, les organisateurs du grand feu, do enfants et des adultes, recueillaient les braises dans de vieux seaux de zinc et .allaient les offrir en vente de porte en porte. La recette était partagée entre les « travailleurs » ou servait à un repas en commun, avec du jambon aux fines herbes et de .la bière.

On voudra bien remarquer qu’à Gozée, ce n’est pas les cendres qu’on vendait mais la perche calcinée ; au mo­ment où, abattue par des jeunes gens, elle s’affalait, la fou­le se ruait sur le& rubans, qui sont des porte-bonheur. La perche se payait en « pots » de bière de 2 litres valant 0,40 franc-or.

A Tarcienne, lorsque la chaleur décroissante du bra­sier le permettait, un des personnages masqués se précipi­tait dans le feu pour prendre la perche.

(p.155)

A Montignies-le-Tilleul, les. jeunes gens sautaient dins les cendres incandescentes et grimpaient sur la perche pour s’approprier le ruban. Puis on vendait la perche, généralement à quelqu’un qui désirait se confectionner une échelle, comme à Gozée.

A Fraire la dernière mariée recevait le bout de la per­che qui restait après l’extinction du feu.

A Yves-Gomezée, on vendait les cendres, mais Jules Vandereuse ne dit pas à qui. L’argent  obtenu servait à la Jeunesse, qui se payait des pots de bière, A Berzée aussi les cendres étaient en principe vendues au profit de la jeunesse, mais le plus souvent elles étaient chapardées par des amateurs.

* * *

Le pouvoir purificateur et magique des cendres ou de la perche a été étendu aux rubans dont on orne celle-ci en quelque endroits.          

C’est pourquoi à Gozée les jeunes gens en âge de se marier tentaient de s’emparer d’un morceau du ruban de la perche : c’était un indice de mariage dans le courant de l’année.                        

 

5n. APRES LA COMBUSTION.

 

Selon Félix Rousseau, au pays de Namur, l’après-midi du jour du grand feu, les jeunes gens, suivis d’un chariot prêté par un fermier complaisant, vont de porte en porte, recueillant des bottes, de paille, des fagots, du pétrole et aussi du beurre, des œufs et du lard qui serviront à faire des omelettes dont les jeunes gens se régaleront.

Ce schéma général ne paraît pas exact, ou en’tout cas, a dû être très limité géographiquement ; la quête de bois est distincte de la quête de vivres; la première a généralement lieu le matin, et la seconde le jour du mardi gras dons l’après-midi.                      

Mais il arrive cependant que le grand feu soit suivi de la quête des jours gras. Tel est je cas de Marche-lez-Eaussinnes, où des personnes masquées, l’une d’elles portant (p.156) une hotte, allaient de porte en porte demander des gaufres. Il en était de même à Monceau-sur-Sambre, où l’on quêtait des œufs, de la farine pour en faire des crê­pes.

A Fagnolle les enfants qui reviennent du grand feu chantent devant chaque maison la complainte de : « Joseph est couronné », qui n’est autre que la chanson de sint Pansârd (1). Pour les récompenser, on leur donne de la farine, du lard, des œufs ou de l’argent; ils achèvent la journée chez un particulier où la femme veut bien leur faire des galettes,avec le produit de leur quête. Aujour­d’hui la complainte est entonnée par tous autour du bra­sier en flammes.

A Nismes, cependant, la même quête a lieu après le dîner ; seuls les gamins y participent, en vue de récolter l’argent nécessaire au paiement de la poudre et des; bois­sons. La poudre dont il est ici question est de la poudre de fusil, avec laquelle on procédait à l’allumage du feu, ainsi que le prouve un document de Vitrival.

A Strée, après le grand feu on redescendait en musi­que vers le village et au hameau de la Marzelle pour se répandre dans les cafés et manger de véritables ripailles.

C’est ce que l’on faisait autrefois aussi à Gerpinnes : certains allaient boire et manger dans les cabarets, d’autres dansaient, beaucoup faisaient les deux choses.

A Wanfercée-Baulet, avant 1914, la foule entrait dans les cafés et on buvait jusqu’à bien tard dans la nuit. Ce rite a été repris en 1953.                            

A Mettet, après la combustion du bûcher, on se raid dans les cafés pour boire, manger et danser.

A Nismes, après l’épopée des luttes entre Longue-Ruons et Fond-d’Riyons, et après la combustion des grands feux, on descendait passer le reste de la soirée dans les cafés.

 

(1) Voir à ce sujet une étude de Jules VANDEREUSE et Roger PINON, Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, IX, 1962, pp. 257-312 (et à suivre).

 

(p.157) A Gozée, entre l’extinction du feu et la vente de la perche, les jeunes filles ayant un amoureux rentraient chez elles, pour y souper avant de se rendre au bal, et les autres gens achevaient la soirée en buvant force :verres de bière.

Presque partout, après la fin c{e la combustion du grand feu, a lieu un bal travesti  du moins da’ns la zone plus particulièrement wallonne du grand feu, notamment dans l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Le fait est signalé aux Ecaussinnes, à Nivelles, Barbencon, Biercée, Froidchapelle, Gozée, Macon, Acoz, Gerpinnes, Gougnies, Joncret, LamBusart, Roux, Villers-Poterie, Aisemont, Biesme, Falisolle, Fosse, Ham-sur-Sambre, Le Roux, Lesve, Lustin, Mettet, Moignelée, Saint-Gérard (où le bal a survécu à la disparition du grand feu, appa­remment ; il est organisé par la gofiétîé de jeu de balle), Tamines, Vitrival, Fagnolle, Florennes, Fraire, Gourdinne, Hanzinelle, Hanzinne, Laneffe, Morialmé, Oret, Pry, Roly, Saint-Aubin, Silenrieux, Tarcienne, Thy-le-Bauduin, Treignes, Walcourt.

Vers 1890, à Gerpinnes,’on dansait dans les cabarets au son de violes ou orgues de Barbarie, et d’ârmonicas ou accordéons. Aujourd’hui encôrc’On danse en salle ailleurs qu’au salon de la Maison communale. A Hymiée, hameau e Gerpinnes, on ouvre le sarhedi une guinguette vers 20 heures, et en 1959, on y organisa un « bal fluorescent » qui fut recommencé le lendemain.

A Biesme, Fraire, Morialmé, Pçet, Thy-le-Bauduin, comme à Vitrival, on danse ou da’ns.ajt dans les cafés. A Fagnolle, le bal a lieu dans l’unique café de la localité.

Il faut évidemment se figurer que l’on danse partout iux rythmes des orchestres locaux ou régionaux disponibles et plus ou moins à la mode.

Le bal des grands est parfois précède d’un bal d’en­fants.

Celui-ci a lieu à 15 heures à Froiddhapelle : les en­fants se travestissent, et l’entrée est payante. On en signale un aussi à Wanfercée-Baulet, le dimanche à 15 heures. A Ham-sur-Sambre (Trou de Ferai), on organise une fête foraine pour les enfants.

 

(p.158) A Mariembourg, où le grand feu est supervisé par les instituteurs, il est souvent précédé d’une sauterie enfantine.

Le bal du grand feu est, à Froidchapelle, l’occasion, à minuit, de la mise aux enchères des postes de cantinier et cantinière du cortège carnavalesque du Laetaere. On remarquera, à ce propos, qu’il y avait une cantinière dans le ‘train’ de Gozée.

C’est aussi, en général, après le grand feu, que. les sociétés qui ont participé au cortège carnavalesque reçoi* vent leurs prix.

A Gozée, c’est à la. Maison Communale, tard le soir, voire dans la nuit, après un vin d’honneur. On distingue les catégories suivantes, ou du moins plusieurs d’entre el­les : Hors-concours, Grand Prix d’Honneur, Premier Prix, Deuxième Prix, Troisième Prix, Prix d’Ambiarice, Prix d’Originalité, Récompense spéciale.

A Gerpinnes on prime le groupe le plus nombreux, le couple le plus original, l’isolé le plus comique ; la pro­clamation des résultats a lieu à la Maison communale aus­sitôt après la combustion du grand feu. En 1952, on prima aussi « le plus vieux masque », à savoir une vieille dame de 83 ans, ainsi que le groupe le mieux costumé et le cou­ple au plus beau travesti. Les prix sont en fonction du résultat d’une collecte : ils sont fixés le jour du grand feu à midi par les organisateurs et attribués d’après la participation au cortège de l’après-midi. A remarquer que les groupes furent tous de la localité jusqu’à il n’y a que quelques années : en 1955 il fallut réorganiser de ce fait les prix en tenant compte de critères géographiques : un premier prix fut attribue à un groupe « étranger » (Acoz), un autre à un groupe de section (Hymiée) et 4 prix à des groupes du Centre. En 1956, nouveau changement : on dis­tribue 4 prix, plusieurs d’entre eux scindés entre ex-aequo, sans tenir compte des critères géographiques ; et on remit les prix à l’issue du défilé dans les villages juste avant l’allumage. En outre, le cortège prend un caractère nouveau par la présence des autorités communales et des sa­peurs, conduits par un tambour-major.

(p.159) Au hameau d’Hymiée fonctionne un système analo­gue, mais plus simple : la jeunesse organisatrice remet à 22 heures un prix au groupe le plus nombreux, un autre au groupe le plus beau et divers autres prix à sa discré­tion.

A Gougnies, c’est à minuit que sont attribués les prix: au groupe le plus nombreux (125 francs en 1953), aux plus jolis couples (100 et 50 francs), au personnage le plus comique (25 francs). Le jury était composé du co­mité des jeunes métallos et de deux habitants non travestis.

A Joncret les deux prix •sont octroyés aux groupes des plus beaux et des plus drôles.

A Wanfercée-Baulet on. récompense le groupe le plus nombreux, le plus beau couple,, Je plus laid couple, le plus beau masque, le plus laid masque. Les prix sont remis à l’issue du défilé, juste avant l’allumage du grand feu.

A Froidchapelle on octroie des primes et des prix aux groupes les plus nombreux et aux costumes les plus beaux; a Ham-sur-Sambre, quartier du Trou de Ferai, il faut ajouter un prix aux travestis les plus laids ; au grand feu de la place Communale, on ne prime que des déguise­ments .du bal les plus comiques et les plus coquets. A Mettet-Pontaury, on récompense le groupe le plus nom­breux et celui qui a les plus beaux costumes ; à Devant-les-Bois, on donna 250 francs en 1948 au groupe le plus beau et 125 francs au second ; en 1957, on ajoute un troi­sième prix.                       

A Fraire, de nombreux prix sont décernés aux mieux travestis et aux groupes les plus beaux.

A Pry, des coupes et des prix sont remis aux plus beaux travestis pendant le rondeau.

A Silenrieux, il y a des primes au groupe le plus nombreux et aux plus beaux travestis depuis 1950 au moins ; le classement se fait place de la Gare et la remise au Salon Démocratique, au cours du bal à 23 heures.

A Walcourt de nombreux prix rsont offerts au plus beau groupe, au plus beau couple, etc… ; ils sont remis à 23 heures au cours du bal.        

(p.160) A Stave on invite chaque année un groupe d’un vil­lage voisin qui est l’« invité d’honneur » de la commune.

Ça et là on organise une tombola tirée au bal -d,u grand feu : tel fut le cas à Tarcienne en 1939, à Gozée, en 1958 et à Pry en 1959.

A Walcourt la tombola traditionnelle se tire à minuit. Les lots sont offerts par les commerçants.

* * *

On voudra bien noter, en marge de la coutume du grand feu proprement dit, la vente de chansons de cir­constance — genre dont on trouve quelques attestations ailleurs, à Wanfercée-Baulet et peut-être à Aisemont (voir plus haut, § 5i).

A Bois-de-Villers on vendait souvent une chanson imprimée sur du papier d’affiche, éventuellement au prp-fit d’une œuvre. Le,chanteur se faisait accompagner qui] accordéon. La chose s’est produite à Biesmerée en 1935 : un groupe est allé vendre des chansons à Mettet, le lundi, jour de foire, et le soir ils sont allés à Furnaux se moquer des indigènes qui étaient atteints d’une « fièvre » de sorcellerie dont je ne sais rien. Ils renouvelèrent la vente d’une chanson, par un certain Colin, en 1937, au profit de leur camarade Clément Fiévet, victime d’un tragique acci­dent de la mine.

 

6.   SUBSTITUTS MODERNES DU GRAND FEU.

 

En quelques endroits le grand feu n’a plus la forme traditionnelle d’un bûcher que l’on enflamme. Du moins, mon hypothèse est que d’autres formes de feux sont dés substituts des feux fixes. A Anderlues et à Auvelais, ce sont des torches et dés feux de Bengale qui éclairaient le rondeau final des gjlles. A Buvrinnes, Ressaix et Roux, c’est un feu d’artifice qui clôture le carnaval avec, à Rotïx, allumage d’un feu de joie. A Morlanwelz, on a même un mélange de grand feu et de feu de Bengale avec feu d’ar­tifice. Ce qui est le cas de Binche, mais dans un contexte quelque peu différent, si l’on veut bien accepter que les (p.162) cercles des porteurs de torches sont des formes évoluées des grands feux.

A Merbes-Sainte-Marie, il y a maintenant feux d’arti­fice et porteurs de flambeau.

A Nivelles, depuis peu d’années, on allume un feu de joie entouré de porteurs de flambeaux,

II est remarquable que ces substituts -— si tant est que ces feux de Bengale, de torches et tje flambeaux, et les feux d’artifice le soient réellement se situent pratiquement dans la zone du feûreû et des Gilles. Ji semblé qu’on puisse à bon droit les interpréter comrne des imitations de ce qui se fait à Binche.                           

On ajoutera à ces coutumes du « nouveau folklore » le brûlage des bosses, lequel a lieu, selon mon enquête, à Marche-lez-Ecaussinnes, La Louvière, Houdeng-Gcegnies, Haine-Saint-Pierre, Jolimont, La Hestre, Péronnes-Village, Carnières, Trivières et Trazegnies, c’est-à-dire dans Le Centre; en pleine zone du feûreû. Chose curieuse cepen­dant : la coutume ne paraît pas exister ou avoir existé à Binche.

C’est toujours la même scène affirme un journa­liste ( l ) : « Au centre, un brasier au-dessus duquel se balançait l’effigie du Gille sacrifié. Et autour de ce brasier les Gilles à la queue-leu-leu, formant cercle et exécutant avec plus d’énergie que jamais leurs danses rituelles.

« Puis, brusquement, l’orchestre entamait sur un ryth­me funèbre « Où peut-on être mieux ? ». Et on voyait les Gilles mettre un genou en terre, courber la tête, se poser la main sur les yeux et pleurer à haute voix. Jusqu’au mo­ment où la gaieté jaillissait à nouveau des cuivres et où, redressés d’un bond, les Gilles reprenaient leur pas inimitablement rythmé.                                  

« Les flammes montent et diminuent, reprennent, elles aussi, une vigueur nouvelle, et- dévorent tout ce qu’on leur donne en pâture. »

Ce brûlage de bosses est en réalité «la passion du Gille ». Le lundi du feûreû, à Haine-Saint-Pierre, le soir, tous les Gilles rentraient au local et la musique jouait un

 

(1)   Indépendance du 23-3-1950.

 

(p.162) air funèbre ; tous les Gilles s’abattaient en tas, comme des morts, puis les musiciens reprenaient un air de Gilles, et ceux-ci se relevaient brusquement. On recommençait cette pantomime 5 ou 6 fois; et c’était la clôture du feûreû (1). Il en était de même à Marche-lez-Ecaussinnes.

A La Louvière et à La Hestre le brûlage des bosses a lieu le mardi soir, de même qu’à Jolimont. C’est une fête des sociétaires entre eux.

La dénomination provient du fait que les Gilles vicient leur rembourrage pour les mettre en tas. C’est ce tas qui est enflammé pour la scène de la passion.

A Péronnes, cette scène a lieu le mardi soir sur la Grand-Place ; de même à Trivières, où l’on a gardé \e vieux terme de « passion du Gille ». A Trazegnies, elle a lieu le lundi soir sur la place Albert.

A La Hestre, Mandine, la cantinière des Gilles de « Louis du gros Laga » est bien triste quand on met.le,feu au bûcher. La folle gaieté des Gilles se mue en une peine de plus en plus grande à mesure que le feu s’étend. Puis, surmontant leur chagrin, les Gilles dansent une dernière fois leur air favori. Cette « passion » du dimanche est complétée par le « brûlage de bosses » du mardi soir de­vant le local de chaque groupe.

* * *

Le brûlage des crosses est une ancienne coutume par­ticulière à la région du Centre (2). Autrefois, le jour du feûreû les crosseurs brûlaient effectivement leur crosse pour marquer la fin de leur jeu favori. Un dicton exprime le fait : à Ville-sur-Haine, E. Hublard avait déjà noté « dit brûle les crosses », ce que l’Atlas linguistique de Wallonie enregistre à Mons : « Au feûreû, on brûle les fus d’ cros­ses », dicton ressenti comme un soi-disant rébus du Centre.

A Onnezies « on brûle les carnavals », le dimanche du Quadragésime ; selon le témoin de l’Atlas linguistique de Wallonie, « cela se faisait du temps où l’on crossait ».

 

(1)  Voir Flori DEPRETRE dans El Mouchon ifAunias du 1-3-1913.

(2)   Jadis, XIII,  1909, p.  176.

 

(p.163) A Godarville, A. Harou précise que c’est sur la place-publique qu’on brûlait les crosses dont’on s’était servi en hiver.

 

7.   LES BRANDONS MOBILES.

Le terme d’« écouvillons », que l’on retrouve à Pâtu­rages et à Frameries pour désigner les brandons mobiles, est attesté anciennement à Tournai, chose curieuse pour y désigner des jeux. En 1368, un texte dit, en effet : « Com­me l’exposant feust alez pas esbâtement avec plusieurs aultres veoir une assemblée d’enfants qui faisoient certains gieux appelez les escouvillons qui se font chascun an le dimanche des brandons après vespres, en notre dite ville de Tournay… » Ce jeu est décrit ainsi : les enfants ont « des faloz à bouchons de feurre boutez., en un baston et [met­tent] le feu dedans… ». C’est dirte qu’ils brandonnent les arbres, ainsi que le folklore l’a révélé dans le Tournaisis sous le nom d’adrèche-puns, d’après la parole initiale de la formulette d’incantation qui était prononcée, et dont voici un texte :                                

Adrèche puns feaute d’anines !

Adrèche pwâres feaute de lwârs!

[Adresse pommes par défaut de chenilles, Adresse poires par défaut de loirs !]

Dès 1444 cependant il fut défendu d’esscouviller, de porter armures, bâtons et escouvillons, quels qu’ils soient, le second dimanche de carême et le dimanche suivant.

Cependant la coutume des « escouvillons » ou feux de carême existait encore à Ath au XVIIIe siècle. Voici en quoi consistait le rite : on allumait un grand feu, et avec une perche les jeunes gens attisent le bûcher de fagots, puis sautent au travers « non par gaillardise et pour braver le danger, mais parce que le feu est purificateur », selon Jules Dewert.               

Tels étaient les jeux des escouvillons : les petits brandonnaient, les grands faisaient du saut à la perche par­dessus le brasier auquel on allumait les brandons.

(p.164)

Il y a peut-être un raccord à faire entre le jeu athléti­que d’Ath et le Cré Solvé de Rebecq-Rognon qui se fait le lundi du grand feu. Les gamins s’en vont en bandes plus ou moins nombreuses, maquillés au bleu ou à la suie. Tous sont porteurs d’un long bâton. Ils frappent aux portes, puis dansent en chantant :

O Cré Solvé et Passé Lucas,

O Passio èl extrême porée,

O Gibinus compère Christus,

Solvé Fréja,

El carème il est mort.

Ce qui est du latin écorché pour :

O Crux, ave, spes unica,

Hoc passionis tempore

Piis adauge gratiam,

Reisque dele crimina !

Chacune des syllabes est détachée nettement et en concordance avec le mouvement des danseurs. A la premiè­re syllabe, ceux-ci posent brusquement le bâton par terre ; tenu à deux mains, il sert de point d’appui pour sauter à pieds joints. Le retour sour le sol coïncide avec la seconde syllabe, ou à peu près. La fin du chant est plus rapide. Le groupe tourne en rond, au bruit des bâtons, des sabots de la chanson. Au moment où ils disent « II est mort », ils se jettent par terre. Ils ne se lèvent que lorsque le propriétaire de la demeure où ils sont allés frapper fait mine de distri­buer les dringuêyes. S’il fait la sourde oreille, on Je relance. Les groupes qui se croisent se disent les maisons géné­reuses. Ils entrent dans les maisons de commerce.

De l’association des brandons mobiles et du bûcher fixe, on retrouvera d’autres traces ailleurs : au Borinagc aussi le feu des torches est prélevé aux feux allumés dans les vergers. Ceux-ci ne sont pas des feux individuels ou petits feux, mais des grands feux que l’on allumait après quête du combustible, dans le verger ou le jardin du caba­ret où une branke organisait son alion, ainsi que le prouve l’étude des vraies chansons de Talion, que le regretté Albert Libiez a si heureusement sauvées. L’alion n’est que l’aspect chant et danse autour du grand feu, tels qu’ils se (p.165) sont développés d’une manière remarquable au Borinage. Li durée de Vallon a dû correspondre à celle du carême, à savoir six semaines, avec grand feu au début et bal à la guinguette le lundi de Pâques en clôture. Cette vue permet­trait d’intégrer l’escouvion à l’ alion, ainsi que le faisait Albert Libiez (1).

Je n’étudierai pas ici les chansons d’incantation.

Je remarquerai sans plus, que l’adrèche-puns du Tournaisis, l’escouvion borain et la caramara de Blaugmes, Erquennes et Bavai sont trois variantes d’un même thème, uu’ellcs expriment clairement l’intention des chanteurs : il s’agit de purifier les arbres de la vermine afin que les fruits en soient beaux et avantageux.

C’est sur l’exécution des chants que je terminerai ce paragraphe : au Borinage la chanson est exécutée indivi­duellement par chaque brandonneur. Dans le Tournaisis, il en va autrement :

« Les paysans parcouraient les campagnes à la brume en portant des torches allumées ; c’étaient ordinairement des perches au bout desquelles ils avaient attaché un balai de camamine [camomille]; les paysans les imbibaient de pétrole et y mettaient le feu. Ils promenaient ces torches enflammées sur les arbres de leurs vergers et dans leurs champs, accompagnés de jeunes gens et de jeunes filles, dont l’écho répétait les chants joyeux, » et notamment la formule d’incantation. Ainsi s’exprime Walter Ravez. Peut-être en fut-il de même au Borinage. Mais l’enquête ne nous permet pas de l’affirmer à coup sûr.

La coutume des brandons mobiles est aussi attestée à Bassily, et à Neufvilles. Elle a dû être typique autrefois, car en 1368, à Tournai, on parle du « dimanche des brandons »; on disait « jour des brandons » à Enghien sous l’Ancien Régime. A Mons, cependant, en 1326, on dit «jour du behourdich » et en 1592 on parle de « behour-diet » à Lessines : ces deux mots, à mon estime, désignent des bûchers fixes.

 

(l) Albert LIBIEZ : L’originalité des chansons d’Alion. Bruxelles, [Schott frères], 1951, 18 p., mus.; le même et Roger PINON : Chaînons populaires de l’Ancien Hainaut. Volume V, pp. 456-48-i.

 

(p.166) Ajoutons à la documentation qui précède qu’à Go­bais, pendant que brûle le grand feu, les vieux vont saisir avec une fourche un peu de feu du foyer et à pas lent* ils vont blameter les pommiers pour qu’ils soient bien chargés de fruits.

 

8.LES PETITS FEUX.

 

Les petits feux sous le nom de chiraude, hirâde, sont assez répandus dans la partie orientale de la Wallo­nie ; ils sont au contraire peu répandus en Wallonie «ci-dentale. J’en ai relevé à Eliezelles et Wodecq, où leur nom (èscouvioûre) rappelle les brandons mobiles ; peut-être fut-il un temps où petits feux et brandons furent associés comme grands feux et brandons. Peut-être que le scou-vwâre de Horrues, est le même petit feu, car il est dté par Hublard, immédiatement après le feûreû de Godarville, qui a toutes les caractéristiques des feux individuels, bien que le nom fasse penser à un bûcher fixe. Nivelles de-même était célèbre pour le nombre de ses feux, chacun qui avait un jardin, un verger, une terre, allumant le sien. Et les bourgeois se faisaient un plaisir de sortir de chez eux pour aller les contempler et les compter.

Aux Ecaussinnes les enfants allumaient des petits feu* autour desquels ils dansaient. Pas étonnant dès lors qu’ils revenaient annoncer victorieusement à leurs mères qu’il» avaient vu 7 feux ! Mais est-il bien vrai, comme le dit un journaliste, qu’ils « singeaient » le grand feu ?

A Court-Saint-Etienne, comme à Sart-Dame-Avelinc, Dion-le-Val, Mont-Saint-Guibert, Nivelles, Namur et Acoz, les petits feux s’opposent aux grands, bien que tous les deux se fassent le même jour.

A Flawinne les feux sporadiques observés par Me Gr-lier me paraissent de petits feux.

A Nismes, les petits feux s’appellent chiraudes et ils sont allumés par les enfants. L’éloignement de ce mot par rapport à l’aire compacte de la hirâde-chiraude condru-zienne fait penser que cette aire a pu être plus vaste autre­fois. Faut-il mettre au nombre des restes de cette aire les (p.167) petits feux repérés ci-dessus ? Il n’est pas possible de l’af­firmer dans l’état actuel de la documentation (1).

A Dion-le-Val on allume un petit feu de paille dans mi jardin pour obtenir de beaux oignons ; à Mont-Saint-Guibert, le petit feu brûle en même temps que le grand, fxnir avoir une bonne récolte de fruits. Mais la gerbe de paille qui se consumait dans le jardin devait avoir été volée. A cette intention chacun préparait ostensiblement une ger-be que son voisin lui dérobait.

A Nivelles le petit feu, pour les pauvres, n’était qu’une perche, la plus longue possible, fichée en terre et tu sommet de laquelle on brûlait quelques bottes de paille. Malheur à ceux qui n’en eussent point fait : is n’arît nî rèussi dins leûs puns ç’-n-anéye-là. [ils n’auraient pas réussi avec leurs pommes cette année-là]. Idée à rapprocher de ce qu’on dit à Godarville : qu’on y allume les feux dans les vergers pour que les arbres portent beaucoup de fruits, et dans les jardins pour obtenir une belle récolte d’oignons. Les jeunes gens, en outre, sautent par-dessus le brasier pour x protéger des coliques, après avoir fait des rondes.

A Acoz-Lausprelle, on ne pouvait s’empêcher d’al­lumer un petit feu dans les vergers, afin que les arbres don­nent une bonne récolte.

Au pays de Namur, ce sont les personnes qui avaient des enfants morts qui allumaient des feux dans leur jar­din ; ils disaient revoir leurs enfants autour du feu. A Na­mur même, on prétendait que c’étaient les parents défunts qui venaient rôder autour de leur maison ; et le feu se fai­sait pour les réchauffer.

 

9.  LES GRANDS FEUX.

 

Selon M. Legrain, dans La Terre Wallonne, tome IV, 1921, n° 20, p. 115, « les grands feux sont vraisemblable­ment une survivance païenne du culte purificateur du feu

 

(1) Voir mon étude : Hirâde et churaude, ou le petit feu de carême ta Wallonie orientale : « Bulletin de la Société royale « Le Vieux-Liège », VI, 134, 1961, pp. 50-60, 1 carte.

 

(p.168) et du soleil ». L’influence du christianisme pour faire Ju-paraître cet usage se retrouve dans les défenses formulée dans certains diocèses contre les grands feux et dans les légendes qu’ils ont fait naître : « Fuite en Egypte », « Jé­sus perdu lors du voyage à Jérusalem ».

Je ne sais s’il convient de souscrire à ces conclusions. Et tout d’abord, est-il bien prouvé que les grands l’eus soient d’origine païenne ? Ou pour être plus précis qu’il* continent des feux cultuels antiques ? De plus, qucn es ce « culte purificateur » dont parle l’auteur ? On ne trouve guère de trace d’un culte du feu en France et en Belgique En outre, il est établi que les feux n’ont aucun rapport avfsr le culte solaire, ainsi que le pensa un moment Sir Jamei Frazer.

Il faut aussi éliminer l’explication des grands feux comme étant une survivance ethnique, celtique ou germani­que en notre région. Car les faits observés et analysés ci-dessus sont universels, sous des modalités très variées; et l’on peut imaginer qu’elles sont inextricables, si l’on veut bien considérer leur grande variabilité sur une aire aussi restreinte que celle sur laquelle porte mon étude.

On ne peut penser non plus à une explication « agrai­re », par le rythme des cultures saisonnières et le renou­veau de la végétation au printemps. D’une part la date !i plus fréquente des grands feux, la Quadragésime, es! loin de coïncider avec le renouveau printanier en nos régions ; en outre le caractère apotropaïque et médical très répandu de ces feux s’oppose à cette conception.

Par contre on ne peut trop souligner le caractère col­lectif du grand feu : le combustible obtenu de tous, par des dons communaux ou par quête ; l’organisation par la Jeunesse ou par un groupe local d’enfants ou d’adultes ; un certain droit de vol ou de contrainte à l’égard de ceux oui ne donnent pas et parfois étendu à tous; les repas et l« danses en commun; les cortèges de travestis et les intri­gues qui mettent en mouvement la communauté tout en­tière.

En dépit de ces restrictions, on peut concéder le carac­tère vraisemblable de la haute antiquité du grand feu, (p.169) de sa christianisation limitée. Arnold Van Gennep va sans doute trop loin lorsqu’il affirme, p. 860 de son Manuel, que les feux du cycle de Carnaval-Carême sont « indem­nes de toute christianisation ». Certes ils ne sont pas bénits, et c’est important. Mais sont-ils bien aussi « païens » qu’on l’affirme généralement?

La poésie suivante, de Louis Loiseau, me paraît résu­mer excellemment, au point de vue folklorique sinon par sa qualité littéraire, ce que l’on sait du grand feu de l’Entre-Sambre-et-Meuse namuroise. Je la republie ici parce qu’en somme c’est ce grand feu qui est le plus typique de ceux qui ont été analysés précédemment. Et sous sa forme rimée, il aidera le lecteur à recomposer le grand feu qu’il a bien fallu disloquer pour les besoins de l’analyse.

 

Li Grand Feû

 

A tos l’s-uchs, on vwèt lès-èfants

Aler tchanter po qu’on l’zeû done

Saquants fagots d’ bwès, qu’on rachone

Po fé l’ grand feû, come tos lès-ans.

 

On-z-ènn’ alume dins lès djârdins :

Dès-èfants mwârts lès p’titès-âmes,

S’ mostèrenut, dit-st-on, dins lès flâmes,

Po v’nu s’ fé r’vôy à leûs parints.

 

On tchèdje di bwès 1′ dêrin marié,

Et tot tchèrdji faut qu’il èrvauye,

Maugré qu’on l’amûse avau 1′ vôye.

Jusqu’à s’ maujone i dwèt 1′ pwarter.

 

Quand 1′ nwareû vint tot èwalper,

Li feu brûle su 1′ place do viladje.

On danse autoû sûvant l’ûsadje,

Lès coméres è sayant d’ zoupeler.

 

Li cène qui zoupeléye di franc djeû

Co d’vant 1′ fin d’ l’ an sèrè mariée ;

Aurè-st-on galant su l’anée,

Li comére qui pout vôy sèt’ feûs.

 

Lès djon.nes-omes tot-autoû wétenut

Brûler lès feûs dès-autes viladjes ;

Et po qu’ leû feû blame davantadje,

A grandès brèssîyes is l’ ritchèdjenut

 

Quand tot-à-fèt s’ a distindu,

On-z-èrva, tchantant onk èt l’aute,

Li keûr contint, mougnî lès vôtes

Qu’ è 1′ maujone, lès parints fêyenut.

 

Mès ça comince à s’ piède, tot ça,

Come totes nos vîyès-acostumances !

C’èst si bon lès vîyès sovenances

Et d’ polu s’ rapinser ç’ timps-là ! (1)

 

Traduction :

A toutes les portes on voit les enfants — Aller chan­ter pour qu’on leur donne — Quelques fagots de bois, que l’on rassemble — Pour faire le grand feu, comme tous la ans.

On en allume dans les jardins : — Les petites âmes des enfants morts — Se montrent, dit-on, dans les flim-mes. — Pour venir se faire revoir de leurs parents.

On charge de bois le dernier marié, — Et tout charte il faut qu’il retourne, — Bien qu’on l’amuse en cours ilc route — Jusqu’à chez lui il doit le porter.

Quand l’obscurité vient tout envelopper, — Le feu brûle sur la place du village, — On danse autour de lus selon l’usage — Les femmes en essayant de sauter par­dessus.

Celle qui saute de franc jeu — Sera mariée avant la fin de l’année ; -—- Aura un amoureux au cours de l’an< née — La femme qui peut voir sept feux.

Les jeunes gens tout autour d’eux regardent — Brûler les feux des autres villages, — Et pour que leur feu brille davantage, — A grandes brassées ils le rechargent.

 

(1)   Louis LOISEAU, mars 1914. Extrait de Fleûrs di Moûse. Traditions d’Entre-Sambre-et-Meuse. Œuvres Posthumes suivies de Echos de Terroir. Extraits. Chansons-Chansonnettes. — Poèmes, Dinant, Bourdeaux, 1942, p. 24.

 

(p.171) Quand tout est éteint – On s’en retourne, chantant (….) – Le cœur content, manger les crêpes – Qu’à la maison les parents font.

Mais ça commence à se perdre, tout cela. – Comme toutes nos vieilles coutumes ! – c’est si bon les vieux souvenirs – Et de pouvoir se remémorer ce temps-là.

 

10.  CROYANCES DIVERSES.

 

Je divise les croyances recueillies en croyances prophétiques, c’est-à-dire celles qui permettent aux folklorisants d’émettre un pronostic sur leur avenir ou celui d’autrui ; — en croyances prophylactiques, c’est-à-dire celles qui sont fa rapport avec la santé ou la fécondité ; — en croyances calendaires, c’est-à-dire celles en rapport avec le rythme vital.

 

A. Croyances prophétiques.

On croit que voir brûler sept feux est un signe de bonheur et de réussite, à Strée, Dion-le-Val, Sart-Dame-Aveline, et au pays de Namur. En cette région, on pense  aussi qu’on n’a alors rien à redouter des sorciers et des sorcières pendant un an.

Dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, quand une jeune fille voit sept feux à l’horizon, elle aura un amoureux dans l’année. Cette croyance est vraie aussi au pays de Dinant, dans cette ville et à Bois-de-Villers. A Florennes et à Dinant, on dit qu’elle fera un beau mariage dans l’année.

On affirme à Gozée que l’on peut percevoir les lueurs ilcs sept feux, notamment ceux de Jamioulx, Cour-sur-Heure et Berzée. Mais on ne signale pas de croyance.

A Mont-Saint-Guibert, si on constatait le jour du grand feu le passage d’oiseaux migrateurs, on était certain 3c pouvoir se promener à Pâques, les femmes en blouse de jaconas et les hommes en pantalon de coutil.

Un dicton assez répandu exprime l’idée que si on re/use de faire le grand feu ou d’y participer par sa quote-|iart, on aura l’incendie chez soi :

(p.171) Quand on n’ fét nén l’ grand feu,lbon Dieu l’ fét [Quand on ne fait pas le grand feu le bon Dieu le fait] — Pays de Namur, Biercée, Sart-Dame-Aveline.

A Couvin, chacun avait à cœur d’apporter sa quote-part au grand feu, sous peine d’incendie chez lui dans l’année.

 

B.      Croyances prophylactiques.

 

A Jamioulx.

El cén qui n’ mindje pont d’ rèston,

 i s’ra mindji dès picrons.

[Celui qui ne mange pas de crêpes, — (Il) sera mangé do moustiques.]

A Sart-Dame-Aveline aussi, on fait dès voûtes ou crê­pes pour être à l’abri des piqûres de mouches et de guêpes le reste de l’année.

On brûle le grand feu pour préserver les hommes, In animaux et les plantes des maladies à Dion-le-Val.

Au pays de Namur on oppose le grand feu à la Chan­deleur : le premier purifie les hommes, la seconde les bêtes.

A Dion-le-Val on piétine le plus fort possible le sol autour du grand feu afin d’obtenir la réussite de la future récolte.

 

C.   Croyance  calendaire.

Li djoû dès grands fès, l’agace pwartéve si sômî, c’est-à-dire que la pie posait la première brindille de son nid (Mont-Saint-Guibert).

 

11.   USAGES SOCIAUX.

 

Selon E. Hublard, p. 4l, en Hainaut (rouchi?), le jour des brandons on mangeait des gaufres et des ratons ou crêpes. Cet usage se vérifie ailleurs. Gozée, notamment est célèbre pour ses gaufres ; c’est le « pays des bonnes gens » et l’on raconte que les indigènes, invitaient les pas­sants en leur criant : Venez prinde ène jate dè cafè aveu ‘ne waufe ! On mangeait des gaufres dorées avec du lait et du (p.173) miel, ou de la bière, dont la vente était bon marché. A Moriceau-sur-Sambre, on faisait des vôtes ou crêpes dans toutes les familles ; de même à Longueville, on mangeait des voûtes arrosées de vieille [bière) après le grand feu, Dans toute l’Entre-Sambre-et-Meuse, selon Louis LOISEAU, qui enquêta surtout dans la partie orientale, le grand feu est un prétexte pour la consommation des gau­fres ou des crêpes. Telle est la tradition à Strée. L’explication est fournie par d’autres témoins : selon Victor Tamines, les enfants revenaient chez leurs parents et ce, pour y manger des vôtes, notamment en Hesbaye Namuroise. A Sart-Dame-Aveline, non loin de là, il est dit que l’on man­geait des voûtes au grand feu pour être à l’abri des piqû­res des mouches et des moustiques pour le restant de l’an­née, ce que corrobore Félix Rousseau pour l’ensemble du pays de Namur.

A Ways, dans le Brabant, en vertu d’une fondation, an distribuait encore vers 1925, à l’église, après les vêpres, «Jeux kilos de farine de sarrasin ou boûkète à chaque fa­mille du village pour lui permettre de faire des vôtes.

Le plus curieux est la croyance enfantine que si on a vu sept grands feux, on a gangni dès waufes èt dès rèstons, ainsi que le note M” Arille Carlier pour Marche-lez-Ecaussinnes. Aux Ecaussinnes de même, l’enfant qui vient annoncer à sa mère qu’il a vu sept feux reçoit des gaufres en récompense au souper. A Virginal, dans ce cas, sa mère lui fait des gaufres. A Godarville la coutume s’é­tend à toute personne qui a eu cette chance tandis qu’à Nivelles la coutume est plus impérative : on ne pouvait manger des restons avant d’avoir sept feux, ce qu’il était assez facile de faire en cette ville. A Buvrinnes, la même coutume prend une forme prophétique : toute personne oui a vu sept feux mangera des gaufres dans la soirée. Prophétie bien naïve en vérité.

A Furnaux, on dîne ou on goûte aux crêpes et l’on invite ses voisins à qui l’on rend la visite.

A Baulers et à Mont-Saint-Guibert on va sèt’ eûres lon, sèt’ eûres lârdje pou mindjî du pin d’ sès parints. A (p.174) Nivelles, on ajoute que c’était porte-bonheur. A Chapelle-lez-Herlaimont, au feûreû, les enfants reviennent à leurs maisons pou ralongui l’ vîye dè leûs parints, idée qu’à Nivelles on exprime en disant « qu’on va manger le pain de ses parents pour les faire vivre vieux. » A Godarville, on on réunit les dictons de Baulers et de Chapelle-lez-Herlaimont en une seule phrase.

A ce repas familial, à Mont-Saint-Guibert et à Dion-le-Val, on servait des (w)aufes et des vôtes ou voûtes; comme à la Chandeleur, les poires dites d’hiver venaient sur la table généralement pour la première fois.

A Gozée un adage disait que de cinq ou sept lieues ï la ronde, un Gozéen devait revenir dans son village natal, pratiquement donc, chez ses parents.

A Couvin, les parents rendent la visite des enfants au Grand Feu, en se rendant chez l’un d’eux au Laetare.

Autrefois, au repas familial, on s’efforçait de manger de sept pains différents pour avoir du bonheur pendant toute l’année : ainsi à Dion-le-Val.

Ailleurs, dans la province de Namur notamment, on dit que les enfants sont tenus de se rendre chez leurs pa­rents et de manger à la table paternelle, ne fut-ce quun morceau de pain.

Ce petit chapitre contredit une affirmation de J. M. Remouchamps dans les Enquêtes du Musée de la Vie Wal­lonne, t. 3, pp. 144-145 (avec 1 carte), selon laquelle « l’obligation familiale en question était inconnue dans le Hainaut (mais non à Godarville, à Chapelle-lez-Herlai-mont et à Gozée !), le Brabant Wallon (et Nivelles, Bau­lers, Mont-Saint-Guibert, Dion-le-Val ?), la province du Luxembourg, les arrondissements de Liège, Verviers et Philippe-ville (et Couvin ?) » II s’en suit que sa thèse de J’origine condruse devient entièrement caduque.

* * *

Le grand feu est aussi la date terminale des veillées, ainsi que l’exprime un dicton, dont voici quelques nota­tions :

Au grand fè, lès chîjes à fè — Corbais, Mont-Saint-Guibert (…)

Au grand fè, on mèt lès chîjes è fè.- Hévillers (…)

Le dicton, toujours en dialecte, est assez généralement cnnnu en Brabant Wallon, et dans la Province de Namur.

En conclusion des observations recueillies au chapitre précédent et dans celui-ci, il convient de souligner surtout l’importance du chiffre 7 : voir 7 feux, manger 7 sortes de pain, revenir de 7 heures loin chez ses parents ou de 7 lieues loin (ce qui revient au même, puisque une lieue vaut une heure de marche). Une véritable magie du chif­fre 7 imprègne ces croyances et coutumes, et il est inté­ressant de la relever (1).

 

12.  SENS DU GRAND FEU POUR LES FOLKLORISANTS.

 

En beaucoup d’endroits on allume le grand feu par tradition, sans se soucier pourquoi les ancêtres le faisaient.

Cependant on est en général sensible à l’union des habitants qui ressortait de l’organisation de cette festivité, et de leur cordialité. Tel est le cas à Cerfontaine.

On ne peut manquer de rappeler rim-çinadon dé­ployée dans les travestissements, l’esprit de communion locale dans la participation ans quêtes, à l’édification du bûcher, au cortège, aux danses, aux bals, au repas en com­mun, l’esprit de famille tel qu’il se manifeste dans le re­tour des enfants chez leurs parents, l’esprit d’émulation entre les diverses organisations de grands feux, l’esprit d’entraide à l’égard des derniers mariés.

 

(1) A ce sujet, voir Jadis, I, pp. 32 et 55;II, pp. 15 et 94; IV, pp. 5 et 71-72; V, pp. 53-54. — Ajouter la danse des 7 sauts en 3 en­droits de I’Entre-Sambre-et-Meuse (§ 5k).

 

(p.176) Il est intéressant aussi d’interroger le peuple sur l’interprétation qu’il donne au grand feu.

Ecartons d’abord quelques explications de journalistes.

A Tamines, « les grands feux » sont une coutume barbare qui est censée représenter à la fois le supplice des sorciers au bûcher ainsi que l’approche du printemps.

Cette explication a été resservie pour Vitrival, et pour Falisolle, où l’on ajoute que le grand feu symbolise en ou­tre la mort des « mauvaises fées ».

A Gozée on interprète la mort du bonhomme Hiver, occis d’un coup de feu, puis brûlé par l’ardente fournaise, comme étant la défaite de l’hiver qui cède la place au printemps. On peut se demander si, bien que plus vrai­semblable d’apparence, telle est bien l’interprétation popu­laire, et s’il ne s’agit pas, une fois de plus, d’une idée de journaliste.

Par contre il convient d’attribuer plus d’intérêt aux légendes explicatives qui suivent.

Elles sont en effet, de bonne frappe populaire, et en outre, chrétiennes d’inspiration.

A Dion-le-Val, selon les vieilles personnes, le grand feu a pour but de commémorer la trouvaille de Jésus au temple. Lors de leur laborieuse recherche, saint Joseph et la Vierge allumèrent des feux, d’étape en étape, pour signaler leur passage à Jésus. C’est pourquoi le grand feu local est surmonté d’une croix composée par la perche de sapin ou d’une autre essence, et un bouchon de paille. (…)

 

(p.177) A Gerpinnes une légende raconte qu’un enfant perdu errant à travers champs et forêts vit soudain au loin les lueurs d’un feu. Il se dirigea vers lui, se réchauffa à ses flammes, fut recueilli par les braves campagnards qui avaient allumé le brasier. C’est en souvenir de ce fait que le grand feu devint traditionnel (1).

 

(1) Il est possible que la légende gerpinnoise soit une sécularisation d’une légende de Jésus, ainsi qu’il est permis de le penser si on la compare avec une formulette de quête que j’ai notée à Braives [W 62] en 1949.

Ine djâbe di strin, s’ i v’ plêt,

Po tchâfer lès pîds dè p’tit Jésus

Qu’ èst mwèrt èt qui n’ vike pus!

Dè l’ bèle tchène, ou Dè l’ lêde tchène,

Dès bês-ognons ! ou Dès lêds-ognons !

[= Une gerbe de paille, s.v.p., — Pour réchauffer les pieds du petit Jésus — Qui est mort et ne vit plus. — Du beau (laid) chanvre, — Des beaux (laids) oignons!]*— Voir plus haut, 5c, pour une formule de quête aux vœux identiques.

* Une   formulette  analogue  a  dû   exister   à   Lens-Saint-Remy [W. 48], selon les données d’une enquête effectuée en 1959.

 

 

13.   ANCIENNETE HISTORIQUE DES FEUX.

 

Le tableau suivant récapitule les mentions les plus anciennes des différents feux jusqu’au XIXe siècle exclu­sivement.

1326 jour dou behourdich, Mons. Rien ne prouve positi­vement, cependant, que Mons connut le grand feu de carême.

1368    dimanche des brandons, Tournai.

1444    fête des escouvillons ou des brandons, Tournai,

1527    jour des grans quaresmaux, Glimes.

1592    (jour du) behourdiet, Lessines.

XVIIIme s. les escouvillons, Ath.

1741 le dimanche d’après les Cendres communémenl dit le jour du Grand Feu, Fosse-lez-Namur.

1741    dimanche qu’on dit jour du grand jeu, Fleurus.

1765    défense de se masquer et de se déguiser, Fleurus.

1782-1783    jour du grand jeu, Bourlers

Ancien Régime : distribution de harengs aux pauvres, Walcourt. Jour des brandons, Enghien.

 

 

14.   MORT DU GRAND FEU.

 

En de nombreux endroits le grand feu est mort, ou bien il languit. « On voudrait lancer comme un cri d’alar­me en faveur de certaines traditions locales en voie de lente disparition » dit un chroniqueur de Gourdinne qui regrette que l’on ne se travestisse plus au mardi gras, mais espérait, en 1959, qu’il se trouverait bien quelques dévoués pour organiser le grand feu. Il fait, pour cela, appel à la réputation de « village où le plaisir ne se mesurait pas » acquise par sa localité. Il demande à la jeunesse de le prouver.

A Moignelée, en 1949, c’est au nom du plaisir des grands et des petits que l’on fait appel « aux anciens orga­nisateurs » pour qu’ils reprennent la vieille coutume : « Hé­las! Cette belle tradition d’antan est passée, et qui sait si (p.179) on la recommencera jamais. (…) »

A Florennes, après une reprise laborieuse, en 1951 par un comité de jeunes – le dernier grand feu ayant eu lieu en 1914 — reprise qui fut un succès, il semble que des difficultés se tirent assez rapidement jour. Ne suggérait-on pass, dès 1952, la résurrection du géant Godefroid ? En 1955 le grand feu fut déplacé du 20 mars au 27 février, ce qui déplut à certains cafetiers, car cette date était aussi «Ile des grands feux voisins de Saint-Aubin et de Stave. Emxit rc les musiciens locaux se sentaient frustrés parce que les organisateurs firent appel à des musiciens étrangers. De plus beaucoup de gens eussent préféré le 6 mars, parce que les salaires et traitements auraient alors été payés. Aussi n’est-on pas surpris de lire en 1957 que les organisateurs se sont lassés devant le peu d’enthousiasme de la population. N’ont-ils pas plutôt lassé cet enthousias­me?

A Aisemont, en 1949, le grand feu faillit ne pas avoir lieu, car les chefs de Jeunesse se désistèrent et ce furent quelques dévoués qui se chargèrent de continuer « une tradition plus que séculaire » à laquelle la population ne voulait pas manquer.

A Berzée, même son de cloche : en 1959, le comité des fêtes fut accusé de favoriser certains commerçants au détriment de ceux de la rue Froide. Il rétorqua que «tout a été fait pour intéresser la jeunesse à cette vénérable tra­dition, mais sans le moindre succès ». Sans le concours des jeunes, le comité ne put « relancer cette fête si populaire (autrefois) par des circulaires ou tout autre moyen mis à sa disposition… en dehors de toute confédération politi­que. »

Au hameau de l’Estroit à Mettet le grand feu n’eut pas lieu en 1950 à cause de la «léthargie» du groupe « Les Bohémiens », les habituels organisateurs. Léthargie proba­blement due à des difficultés d’ordre financier, car on sou­ligne qu’au hameau voisin de Devant-les-Bois, les groupes primés refusèrent de recevoir les prix décernés : « nous les (p.180) félicitons de ce geste de compréhension si généreusement posé. »

A Tamines, comme en d’autres endroits, le carnaval tua le grand feu. « Devant le succès très relatif de la soirée des grands feux (en 1959), les représentants des divers groupements organisateurs se sont réunis pour étudier la situation : M. Rondia, secrétaire du syndicat d’initiative, proposa d’abandonner la soirée des grands feux et de voir plus grand, de tenter de mettre sur pied l’organisation d’un carnaval annuel… » Cette initiative, dont le but tou-ristico-commercial est évident, reçut un subside communal de 50.000 francs.

A Nivelles, en 1904 on inaugura un carnaval le jour du grand feu, lequel ne tarda pas à acquérir une certaine renommée. Entre le début du XIXe siècle, période où de grands bûchers de fagots et de paille s’élevaient encore dans la ville, dans les rues et sur les places publiques et le début du XXe siècle, quand naît ce carnaval, s’installe un long vide, et peu à peu, les feux ne s’allumèrent plus qu’aux environs, où ils cessèrent aussi d’être aussi généra­lement pratiqués qu’autrefois. La journée cependant, garda son nom de jour du grand feu.

Selon Jules Vandereuse, « on peut reporter la dispari­tion du grand feu {d’Yves-Gomezée] en tant que coutume régulière vers 1890… Parfois [cependant] un groupe se forme encore pour faire revivre cet ancien amusement. Ce sont les derniers spasmes d’une tradition qui a réjoui nos aïeux et qui ne tardera pas à entrer définitivement dans l’oubli. »

Voici quelques dates d’arrêt de la coutume avec sa reprise éventuelle : à Courcelles, en 1890 ; à Senzeilles, en 1913 ; à Soumoy, en 1920 ; dans chaque cas, pas de re­prise.

A Couvin, cessation en 1909, reprise en 1937 ; à Mariembourg, 1905, reprise éphémère en 1908, et reprise par les enfants vers 1930 ; à Hanzinelle (Donveau), 1914, reprise en 1951 ; au centre de Morialmé, cessation à date inconnue, reprise vers 1956 ; même chose à Florennes ; à Wanfercée-Baulet, 1914, reprise en 1953 ; à Gozée, 1930, (p.181) reprise en 1949 ; à Joncret, 1930, reprise en 1950 ; à Pry, 1934, reprise en 1959 ; à Fraire, 1940, reprise en 1949.

Cette dernière interruption est à peine plus longue que celle qu’imposa la dernière guerre à beaucoup d’autres grands feux. Rares furent ceux qui reprirent en 1946, ou 1947. Citons parmi eux celui de Biercee, à l’initiative d’un « groupe de jeunes gens qui veut faire revivre les vieilles traditions de chez nous ».

Une menace qui plane sur le grand feu est la con­currence des salles de danse : en 1937, à Gerpinnes, beau­coup de « mascarades » préférèrent danser dans les cafés plutôt que de participer aux grands feux comme aupara­vant.

En ce village une évolution intéressante eut lieu après la guerre 1940-1945 ; on reprit d’abord la quête de com­bustible comme avant avec fifres et tambours ; puis on quêta des fonds en 1953, et dès l’année suivante, la quête fut remplacée par une sortie costumée du comité organi­sateur, afin de « créer l’ambiance grand feu ».

La concurrence des salles de danse n’est pas illusoire; à Courcelles, vers 1890, le bal masqué dans les salons tua le feûreû.

 

15.   RENAISSANCE DU GRAND FEU.

 

C’est l’union et le dévouement qui sont à la base de la renaissance du grand feu — comme de tout autre mani­festation spectaculaire du folklore.

La technique la plus générale consiste à s’informer au­près des anciens à lancer ensuite une campagne de presse, a trouver enfin les dévouements nécessaires pour consti­tuer un comité.

La cause essentielle de la renaissance du grand feu semble bien être la nostalgie d’un passé assez récent ne remontant pas au-delà d’une génération. Aussi est-ce le grand feu de la génération précédente que l’on reproduit, non sans suppressions, en général pour des raisons d’ar­gent et parce que la mentalité a changé, ni sans conces­sions, notamment à l’imitation des carnavals urbains.

(p.182) La renaissance de la tradition ne va pas sans unt certaine propagande. L’une des plus remarquables à mes yeux est la répétition de 1950 à 1956 du même article d’un correspondant de Strée se terminant par l’espoir que « les jeunes sentiront se réveiller en leur cœur le désir dt renouer avec cette belle coutume wallonne ». Je ne sais si ce vœu fut exaucé.

Même tactique à Jamioulx de 1952 à 1954. Le cor­respondant constate avec des regrets que « ces coutumes {du mardi gras] ont tendance à se perdre de plus en plus». Car elles ont fait place à un bal travesti organisé par le Club de Jeunesse.

A Gozée la reprise de 1949 fut aussi précédée d’une campagne de presse, de même que la relance de 1958 Chaque fois, on interrogea les anciens ; on invoqua « le vœu unanime de la population »; on invita les sociétés étrangères deux années consécutives par voie de presse i participer à la cavalcade de ce jour. J’ai étudié à part la renaissance du grand feu en cette commune. J’y constate que les 3 jours du carnaval et du grand feu d’autrefois sont comprimés en un seul ; que l’on a conservé un person­nage typique, le « courrier » et qu’on a supprimé d’autres; que la Jeunesse a été remplacée par un Comité d’Organisa­tion ; que la cavalcade est du type actuel conformiste, mais que la participation locale est faible ; que les croyances et les obligations sociales s’effacent, bien que l’on continue» faire des gaufres ; et que c’est la période intermédiaire en­tre le carnaval et le grand feu anciens et l’après-guerre 1940-45, qui a servi de modèle à la reconstitution du grand feu, et non les souvenirs des très vieux ou l’étude de Jules Vandereuse sur le carnaval de Gozée.

A Wanfercée, comme à Gozée, le grand feu fut réno­vé sur le modèle de ce qu’il était avant 1914, après avoir interrogé les anciens. Et une campagne de presse relança l’idée du grand feu en 1953, après 39 ans d’interruption, Heureusement le comité des fêtes réussit à s’adjoindre la jeunesse et les commerçants, et tous les habitants se mirent à constituer des groupes de personnes travesties et mas­quées.

(p.183) Il est arrivé cependant que les recherches sérieuses Aient été mises à contribution par les comités désireux de ressusciter l’ancienne coutume. C’est ainsi qu’à Couvin, la renaissance du grand feu en 1937 fut précédée en 1936 de i.i rcpublication de l’article de Wallonia dans le quotidien La Province de Namur. Le dimanche de la Quadragésime ni 1937, vers 17 heures 30, un long cortège se rendit au Trieux, où s’élevait une meule surmontée de drapelets tri­colores, lesquels remplaçaient le drapeau d’autrefois.

Une cinquantaine d’enfants portaient des lanternes vénitiennes. Le président du Syndicat d’Initiative fit flam­ber le grand feu. Des étudiants chantèrent autour du bra­sier,

t Un argument plus sentimental a été développé par un correspondant de Lustin au journal La Province de Namur: « 11 est vrai que l’électrification de nos communes rurales a enlevé à cette antique tradition une bonne part de sa (x)ésie d’antan. Ce n’est pas de nos jours qu’on irait se promener, vers la tombée du soir, jusqu’au bout du plateau de Lovis ou sur les rochers de Frênes pour voir, trouant la nuit opaque, les multiples grands feux qui jalonnaient de lueurs rougeoyantes les collines mosanes vers Bois-Laiterie, Mont-sur-Meuse,- la Sibérie, derrière Hule, etc… »

A Joncret, la reprise du grand feu en 1950 après 18 ans d’interruption semble avoir coïncidé avec la réorgani­sation de la Jeunesse ; elle est en effet due aux Chefs de Jeunesse.

Comme le constate un chroniqueur de Vodecée, pour que vive le grand feu, « il faut la collaboration totale et désintéressée de toute la population. »

 

 

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

èl feûreû : ci qu' ça vout dîre (signification)

(Samuel Glotz, La signification originelle de notre appellation carnavalesque régionale “èl Feûreû”, in: El Mouchon d’Aunia, 1987)

R.A., Morlanwelz / Et brûlait le grand feu…, SudPresse 10/03/2003

 

Les origines du feûreû à Morlanwelz remontent très loin dans l’histoire…

Au 18e, certaines villes semblaient encore connaître la tradition des brandons mobiles. Ces derniers étaient appelés “« escouvillons » (du vieux français : escouve : balai).

Le jet de ces escouvillons dans les arbres était un rite agraire destiné à tuer la vermine et appeler une récolte fruitière importante et savoureuse.

Ce rite se déroulait à la « Quadragésime ». Ces brrandons enflammés étaient fabriqués en paille ou en fourrage (feurre en vieux français).

Cette tradition du bâton « feûreû » a fini par désigner la fête mais aussi la date où elle se déroule.

 

In : EM, 1, 1977, p.4-8

Les « feûreûs » aux Ecaussinnes

 

Tout d’abord, je tiens à remercier Armand Couturiaux, né en 1904, fils de Louis Tchipêre, qui m’a conté ses souvenirs personnels. Ma dette de reconnaissance va aussi à Henri Lejeune qui m’a donné accès a sa collection de l’hebdomadaire écaussinnois (disparu) « La Sennette », et à Mme Eva Pouilleau qui m’a prêté les deux documents photographiques.

 

Alors que dans les communes de la région du Centre où l’on organise un carnaval, on brûle les bosses des gilles le mardi, et entre autres le jour du Feûreû, aux Ecaussinnes, on érigeait des bûchers, des feûreûs, alors que ces communes ne connaissaient pas les cortèges carnavalesques.

Ce sont les frères Couturiaux, dits Tchipêre, Félicien, Louis et Nestor (maintenant décédés) qui organisèrent les feûreûs au lieu-dit Nwâre Têre, près du pont Hamaide, à Ecaussinnes-d’Enghien, jusqu’en février 1940.

Le bûcher, d’une hauteur de 10 à 12 mètres, était érigé par les Tchipêre et des amis avec des fagots provenant de l’élagage des haies et des arbres têtards, offerts par des habitants du village. Pour activer le feu, des bottes de paille étaient placées sous le bûcher ; des fusées annonçaient l’embrasement.

Un mannequin, boulome, marmot, masqué, confectionné par Nestor Couturiaux, couronnait le feûreû.

Pendant que le tout brûlait, un orchestre de 6 musiciens, dirigé de 1919 à 1940 par Auguste Biermans, jouait des airs entraînants pendant que les enfants et la jeunesse exécutaient des farandoles autour des flammes. Les

enfants étaient coiffés de chapeaux pointus et autres coiffures extravagantes ; les jeunes gens et quelques adultes étaient vêtus d’un sarrau et d’une redin­gote, et coiffés, selon l’habit, d’une casquette de soie, d’un chapeau melon ou d’un chapeau buse.

Tout ceci se déroulait sans aucun protocole. Il n’y avait pas de comité établi ; seuls les frères Tchipêre étaient les promoteurs de cette festivité. Ajoutons qu’il n’y avait aucun rite particulier au cours du brûlage du feûreû.

 

Robert DASCOTTE

 

Les données ci-dessous sont tirées de « La Sennette ». La date qui suit les notations est celle de l’hebdomadaire.

Le bûcher mesurait 12 mètres de haut et l’embrasement fut annoncé par 6 fusées. Mademoiselle Marthe, une gracieuse jeune fille de la région, a été désignée pour mettre le feu [5 mars 1933).

Il y a un demi siècle, les frères Magne (les petits Bâtisse) étaient les animateurs du plus grand feûreû de la commune, au pont de Belle-Tête (18 décembre 1934).

Une fois de plus, malgré le temps froid, dès l’après-midi, il avait attiré beaucoup de curieux venant admirer l’énorme bûcher préparé autour d’un mat haut de 12 mètres et surmonté du boulome.

Des plaques illustrées et des flèches facilitaient l’arrivée près du pont Hamaide, qui était noir de monde, lorsqu’à 6 h. 30 précises, le feu était mis au bûcher.

Cet honneur avait été réservé à une gentille demoiselle et au brave Emmanuel Paternotte, toujours alerte, malgré ses 84 ans sonnés ! Pour la circonstance, notre populaire concitoyen, en casaque à frac et chapeau buse, était porteur de 17 médailles familiales.!…)

Cette année, de dévoués musiciens étaient au poste et exécutèrent de joyeux airs entraînants.

Et, autour de ce feu traditionnel, qui n’est au fond qu’une ancienne et inoffensive coutume, des hommes, des femmes, des enfants, des êtres de toutes les opinions, se côtoyaient, causaient, riaient et fraternisaient (…)

Un autre feu avait été préparé sur la motte de la carrière Rivière, près de la Roûdje Marone.

L’année prochaine, sur la tienne Barette, nous verrons sans doute le feu le plus haut perché ! (17 mars 1935).

(p.6) La tradition du feureu qui se perpétue, grâce au dévouement des frères Tchipêre et de quelques animateurs, dignes continuateurs des choses du passé, n’a pas perdu la faveur du public (…)

De généreux donateurs, des industriels, des fermiers et d’autres parti­culiers se font pourvoyeurs du bois nécessaire à ériger la majestueuse pyra­mide sur laquelle plastronne maintenant le « géant » au visage masqué derrière un carton colorié a la forte moustache. Le colosse parait défier la foule assemblée ; il domine de toute sa hauteur les prairies et la ferme Clarat. Il semble contempler dédaigneusement, sans se soucier du sort qui l’attend, la toule accourue pour assister au supplice, aux tortures qu’on va faire subir à ce mastodonte si hautement installé. Le public ne cesse d’arriver sur les lieux destinés au brasier ; les frères Tchipêre avaient eu soin de placer des indica­teurs dans les rues St-Bernard et Noire-Terre, invitant les amateurs du « grand feu ».

A 18 heures, un cortège s’engouffre dans l’avenue menant au pont Hamaide, sur lequel passent les trains a destination de Charleroi : ce sont les organisateurs, armés de longues torches et de fourches qui arrivent précédés de l’orchestre, au son d’airs de Gilles endiablés.

Les musiciens s’installent dans une hutte dressée à leur intention et jouent des pas-redoublés entraînants dont les échos se répercutent au loin, tandis que le public afflue toujours. La foule est très dense (… )

Dimanche, c’était un ancien industriel, ami du folklore qui, bien que né en 1849, assistait au traditionnel feûreû.

Des réflexions spirituelles font rire : « Èl mascarâde va avoû tchaud » ; « I n’ a nî les pîds nickelès !» ; « ès’ moustatche va roussi ! » ; « èl manekin sèra bî râde in-infiér » ; « djè n’ voûdroû nî ièsse à s’place ».

L’heure solennelle approche ; après quelques airs, joyeux, Nestor Tchipêre ordonne la mise à feu. C’est le moment de grande curiosité. On suit avec intérêt l’avance des flammes, qui, de la base, montrent déjà ce que sera le brasier tout à l’heure, lorsque le feu aura atteint son point culminant. L’embrasement se poursuit, des flamèches, des pépites s’éparpillent, la fumée noire après les flammes vives s’élancent vers le ciel. Le bois craque. L’ardeur de ce feu formidable s’active, assaile maintenant le boulome. Ses pieds sont déjà rudement chauffés, son pantalon est entamé, et voici, soudain, qu’un coup de vent avive les flammes qui s’attaquent au fameux géant. Il s’agite, il danse, sursaute sur son piédestal. Rongé par le feu envahissant, il perd une jambe. Ses deux jambes s’effondrent, il se carbonise, devient squelettique ; le mo­ment pathétique, le dénouement est proche. La marmaille est haletante. C’est la fin du grand homme… il vacille… et une explosion subite de rires et de hourras triomphants éclate. Enfin, il fait, avec ses lambeaux en flammes, la culbute dernière dans le brasier ardent qui l’achève, salué par un tonnerre d’applaudissements.

Plus que jamais, le feûreû Tchipêre a obtenu un légitime succès. Félici­tons tous ceux qui ont collaboré à cette dernière survivance du passé.

Après le feureu, les saturnales carnavalesques s’achèvent dans les bals masqués animés où les jolis costumes des coquettes demoiselles, soucieuses de bien paraître, font étrangement contraste avec les travestis extravagants. Les cotillons et les serpentins ajoutèrent aux plaisirs et l’entrain ne se ralentit pas jusqu’à une heure du matin (8 mars 1936).

Dans son numéro du 2 février 1936 dernier, la « Gazette de Charleroi », publie les lignes suivantes :

« Plusieurs lustres se sont écoulés depuis que Godefroid Rousseau, mieux connu sous le sobriquet de Rauyârd, prit l’initiative d’un grand feu au hameau de Noires-Terres, près du pont Hamaide. Ce pont portait le nom du fermier qui habitait, en ce temps « à l’cinse » du hameau.

Cette coutume du Feureu est restée vivace dans notre localité, et chacun a conservé le souvenir de ce colosse d’homme qu’était Cote du Rauyârd. Chaque année à pareille époque, on s’occupe du grand feu et la tradition (p.7) folklorique n’a pas perdu de son charme. Les survivants du Rauyârd, et les dévoués frères Tchipêre ont voulu perpétuer cette légendaire coutume. (1″ mars 1936).

Si vous avez l’occasion de rencontrer M. Nestor Couturiaux, le fameux organisateur du Feûreû Tchipêre, il ne manquera certes pas de vous faire part de ses projets (…)

Une lueur malicieuse dans les yeux, M. Couturiaux nous avise de l’inau­guration prochaine d’une statue (?) Il nous conduit vers une petite butte où, effectivement, se dresse une pyramide de pierres : le piédestal sans doute. Ces pierres — nous dit-il — m’ont été données gratuitement par M. Van Dijck.

De retour à sa forge, avec mille précautions, il ouvre devant nous une caisse mystérieuse envoyée par un quidam inconnu ! A nos yeux ébahis, apparaît alors une statue d’un jaune or.

—  Donc, bientôt, dit-il, notre statue sera élevée sur son piédestal.

—  Mais, si votre but est louable d’enrichir votre coin de hameau de Noire-Terre en organisant le fameux Feûreû Tchipêre, votre statue… qui va-t-elle personnifier ? Représentera-t-elle St-Donat… Simple et Lourd, St-Eloi, le patron des maréchaux — dont vous êtes — ou bien St-Grégoire, patron du jour où l’on sème les oignons ?

M. Couturiaux se renfrogne quelque peu, puis soudain  :

—  Le jour de l’inauguration, la statue sera baptisée et recevra le nom de… Saint-Curieux.

Et ce sera vraiment là un nom inspiré : il n’y a vraiment que les Tchipêre qui peuvent attirer la foule à Noire-Terre pour le folklore.

Nos lecteurs seront prévenus à temps de l’inauguration du Saint bienheureux. (12 février 1939).

 

Marcel TRICOT

 

Les notations ci-après sont tirées de l’étude de R. Pinon, Analyse mor­phologiques des Feux de Carême dans la Wallonie occidentale, dans Annuaire XIII 1959-1960 de la Commission Royale Belge de Folklore, 1962, pp. 81-183.

A Ecaussinnes-Lalaing, le bûcher était érigé à la cour du Marichau (vers 1895) et au hameau de Belle-Tête (avant 1890) (p. 125).

En 1937 (au feûreû Tchipêre), le mannequin s’appelait Djari de Nwâre Tare et il plastronnait à 3,50 mètres de hauteur (p. 128).

Le grand feu du pont des Hamaides au hameau de Noire Terre était autrefois concurrencé par celui du hameau du Tilleul, organisé par les Quintis, Jules Baligant, Jules Baguet sur la petite colline à Heaugrand (p. 133).

Aux Ecaussinnes, vers 18 h., les organisateurs (les frère Couturiaux, dits Tchipêre, autrefois Godefroid Rousseau, dit Cote du Rauyârd, Albert Dubois, dit Bêrt Fourni, Godefroid Evrard, dit Duval, Floribert Delhalle, dit èl Bleu) arrivent suivis d’un cortège de gens armés de longues torches, de balais de paille et de fourches, et précédés d’un orchestre qui joue des airs de Gilles. Les musiciens s’installent dans une hutte dressée à leur intention et jouent des airs de marche et de danse pendant que le public afflue, ainsi que des policiers et des notabilités, notamment certaines de celles qui ont donné du combustible, des industriels et des fermiers surtout (p. 133).

Lorsque le feu est allumé commencent les cris, les chants et les danses. Aux Ecaussinnes comme à Marche-lez-Ecaussinnes, le cri caractéristique est jô ! ce cri de joie fort commun chez les archers quand ils ont bien visé et atteint la cible (p. 143).

Mais il arrive cependant que le grand feu soit suivi de là quête des jours gras. Tel est le cas de Marche-lez-Ecaussinnes, où des personnes masquées, l’une d’elles portant une hotte, allaient de porte en porte demander des gaufres (pp. 155-156).

 

Roger PINON

 

Les lignes suivantes sont extraites de mon article Les divisions du temps, l’année traditionnelle et les phénomènes atmosphériques dans quelques communes du Centre, dans « Les Dialectes Belgo-Romans », t. 22, 1965, pp. 133-182 (pp. 159-160).

Le dimanche suivant le mardi-gras est appelé èl Feûreû (Bellecourt, Fayt-lez-Manage, La Hestre, Morianwelz, etc.), èl Fleûrû (Godarville), èl Feûrû (Marche-lez-Ecaussinnes, Seneffe), ou èl djoû dou F. Ce jour-là, les feux de joie du premier dimanche de Carême, les feûreûs, les feûrûs, les fleûrûs, étaient allumés le soir ; èl cîn qui vèyoût sèt’ feûs avoût gangnî dès waufes ou bien s’marioût dou courant d’ l’ anéye. Faire un feu de joie, fé in feûreû, in feûrû, in fleûrû, et très rarement (è)scouvyî. On allumait ces feux pour favori­ser les récoltes de fruits, de céréales et de légumes ; les jeunes gens dan­saient en rond autour du brasier et sautaient ensuite ensuite au-dessus des flammes afin d’être préservé de tous maux. Cette coutume a persisté jusque vers 1900-1905. Cependant, jusqu’en 1940, on conservait les brindilles, les déchets de recoupes de haies, etc., pour brûler ce jour-là, et ces feux étaient appelés feûreûs, feûrûs, fleûrûs, selon la localité. Les enfants faisaient une visite obligatoire à leurs parents qui les régalaient de gaufres : au F., on fsoût sèpt-eûres Ion z-èt lardje pou daler ralongui l’vîye d’ses parints et on mindjoût des waufes ; au Laetare, les parents étaient tenus de rendre la visite à leurs enfants.

 

Robert DASCOTTE

 

in : GW, 1, 1960, p.115-122

 

(p.118) 2. UNE SURVIVANCE A BARBENÇON [Th. 52]

 

A Senzeilles comme à Soumoy, on a constaté une lutte entre les « jeunes » et les « mariés ».

Le service des enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, alerté par M. Arille CARLIER, s’est rendu sur place le dimanche du Quadragésime, jour du Grand Feu, le 6 mars 1960 à Barbençon afin de photographier et de filmer le Grand Feu, mais surtout cet épisode.

Les anciens du village ne se souviennent plus guère de leur carnaval d’autrefois. Ils savent qu’il durait 4 jours.

Le dimanche gras, on commençait à se masquer et à circuler dans le village en intriguant.

Le lundi gras, c’était l’ djoû dès bias, le jour des beaux. On se masquait et intriguait.

Le mardi gras, l’djoû dès r’ioqueteûses (le jour des nettoyeu-ses), on choisissait les déguisements les plus laids possibles, pour se faire donner un verre de goutte, une tasse de café, un morceau de tarte. A la personne qui refusait aux hommes travestis, ceux-ci jetaient des saletés dans la maison, généralement un seau de purin, puis ils se sauvaient. S’il y avait une ou plusieurs jeunes filles, on ne la ou les regardait pas au bal le soir.

Certains jouaient la farce des vanneurs : ils venaient vanner de la poussière devant ou dans la maison où ils avaient essuyé un refus.

L’après-midi était réservé aux rèstonîs, ou faiseurs de crêpes. Ces quêteurs allaient de maison en maison en chantant la com­plainte de Saint Pansard (6 bis).

En tant que groupes les r’ioqueteûses et les rèstonîs avaient chacun leur chanson particulière, que l’on n’a pu nous chanter.

 

(6 bis) Une étude de Jules VANDEREUSE et Roger PINON est en prépara tion sur ce sujet. — II doit y avoir eu confusion dans les renseignements obtenus sur les rèstonîs. Il est probable que, comme à Gozée, ils devaient représenter des marchands de crêpa, non des quêteurs à proprement parler. « Porteurs d’une poêle et d’un seau contenant la pâte préparée, ils entraient dans les demeures et, s’ap­prochant du feu, se mettaient à cuire une crêpe qu’ils vendaient ensuite aux gens de la maison ». Voir Jules VANDEREUSE : Jean Caton et le Carnaval de Gozée dans les Documents et Rapports de la Société Roi/aie Paléontologique et Archéologique de l’Arrondissement Judiciaire de Charleroi, XLVII, 1948-1949, p. 157.

 

(p.119) Avec le produit de leur quête, consistant en lard, œufs, farine et en argent, les dèstonîs, devenant des pansârds, faisaient au café où l’on s’amusait le mieux, des crêpes ou restons, ou bien une im­mense omelette de 30 œufs et 10 tranches de lard au moins, qu’ils se partageaient. Ils n’étaient, en règle générale, que quelques-uns à participer à cette quête et à ce repas.

Le soir il y avait bal travesti.

Le dimanche du Grand Feu, un comité de Jeunesse, l’ djon.nèsse, (…), va quêter le combustible avec un char traîné de nos jours par un tracteur. La formule rituelle de demande est : « Ti n’as nén ‘ne ourète ? » (Tu n’as pas un fagot ?).

Un char a dès la veille été conduit, à l’endroit où traditionnelle­ment s’allumera le Grand Feu : il est chargé de combustible obte­nu sans quête.

Quand l’autre char est rempli, on le gare sur une petite place en face de la chapelle de Saint Joseph, sur le chemin de Vergnies. Un mannequin, appelé officiellement Bonhomme Carnaval et en langue wallonne èl Bolome, d’une taille respectable, est planté sur le char. Il est revêtu d’un « bleu » d’atelier usagé, ou de toute autre défroque, et d’un chapeau. On fixe une longue chaîne qui servira de timon, à laquelle se fixent des bois qu’empoigneront les jeunes pour traîner le char.

L’après-midi le comité des jeunes s’en allait autrefois, accom­pagné d’une harmonie, chercher les jeunes filles chez elles ; en 1960 l’orchestre-musette ne convenant pas, la cueillette des filles se fit sans musique, mais avec jet de pétards. Plusieurs d’entre elles avaient d’ailleurs rejoint spontanément le café où se ferait le bal travesti du soir et que la Jeunesse avait élu comme local.

Les jeunes sont enfin attelés au char, à une longue chaîne de 10-12 m. ; ce sont lés sakeûs, les tireurs. Les vieux, qui entravent le char avec des grosses pierres, des souches d’arbres, et qui s’a­grippent au char, sont appelés les aslokeûs. Au frein, un homme, d’ailleurs marié, dont l’office est réservé à sa famille. Les jeunes ont en mains de gros bâtons avec lesquels ils écartent les obstacles. La musique suit et soutient l’ardeur de tous.

Les deux groupes s’arrêtent à chaque café ; l’orchestre y joue des airs à danser (on pouvait reconnaître plusieurs airs de gilles, et des airs à la mode d’hier et d’aujourd’hui), et tout le monde (p.120) danse. Mais non sans se surveiller mutuellement, car les aslokeùs s’arrangent pour profiter que les jeunes sont trop au plaisir ou trop éméchés, pour faire reculer le char ou le renverser. De leur côté, les jeunes font avancer leur char ou le remettent en place, si l’occasion favorable se présente. Sur l’ordre du chef de jeunesse, après quelque temps de danse, tout le monde quitte et la lutte ardente recommence.

Arrivés enfin à un point convenu, — aujourd’hui devant l’Hôtel du Lac — vers 6 heures, non sans l’intervention cocasse des masques qui intriguent, le char est conduit directement au lieu du Grand Feu, à la route de Clermont, sur une éminence.

Celui-ci est allumé le soir vers 20 ou 21 heures par le dernier marié. On y danse en rondeau, dit final, tout autour, puis les sept. sauts, la célèbre danse de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Et tout le monde se rend ensuite au « grand bal masqué, paré et travesti * qu’organisé la Jeunesse, et dont on souligne que l’entrée est gra­tuite.

En 1958 et en 1959, le Grand Feu n’a pas eu lieu. La tradition — mais est-ce celle des villageois ou celle des journalistes ? — fait remonter le Grand Feu à l’époque de Charles-Quint ! (64).

Espérons que sa renaissance en 1960 ne sera pas éphémère.

Cette minutieuse description de la lutte des jeunes et des mariés permet d’imaginer ce que fût cet épisode à Soumoy et com­plète l’image qu’en donne Jules Vandereuse pour Senzeilles.

 

(64)  Le Journal de Charleroi du  1711-1948.

 

in: NG, 13/03/1992

 

A Sivry, la danse dès 7 sauts (au grand feu).

 

in : GW, 1, 1960, p.115-122   LE CARNAVAL DE SOUMOY

 

Dans un article bien documenté sur le carnaval de Senzeilles [Ph. 46], Jules Vandereuse a fait revivre quelques usages curieux de l’Entre-Sambre-et-Meuse (1).

Il avait aussi réuni une intéressante moisson de notes sur un village voisin, Soumoy [Ph. 38] que je vais tenter de rassem­bler.

 

LE MARDI GRAS

 

Le matin, vers 9 heures, un tambour battait le rappel des membres du cortège traditionnel, sous la commande d’un tambour-major bénévole. Tous se rendaient au lieu de réunion habituel de la Jeunesse. Venaient traditionnellement dans l’ordre : un « por­teur de hotte » et un « porteur de panier » choisis tous deux parmi les tout-jeunes gens ; le « tambour-major », un ancien ; le « cais­sier », qui désignait un « cubeur de fumier; le « commandant» ; quatre « bourreaux » (2).

La troupe portait pantalons blancs, les « bourreaux », en ou­tre, avaient un sarrau bleu ou une veste sombre, sur la tête une barrette rosé ; ils étaient armés d’un sabre de bois et porteurs d’une corde.                                                 

Le cortège faisait le tour du village, visitait chaque maison selon un ordre immuable. Chaque maison était «taxée » d’office selon le nombre de fenêtres, de sièges, etc… ; tous les prétextes étaient bons pour percevoir quelques sous. C’était notamment la raison du « cubeur de fumier », qui percevait 4 à 5 sous par fumier rencontré, somme payée au caissier.

En dehors de ces « taxes », chaque famille déposait dans la hotte ou le panier du jambon, du lard, des œufs, voire de l’argent en vue d’acheter des comestibles.

 

(1) Curieuses coutumes carnavalesques à Senzeilles. « La Vie Wallonne » (‘Liège) XXX, 1956, 274, pp. 117-125.

(2) Tous ces personnages se retrouvent, parmi d’autres, à Senzeilles, sauf les porteurs. — Voir p. 118.

 

(p.116) Si dans une maison il y avait une jeune fille, on l’invitait a montrer les genoux ; si elle refusait —- et c’était la règle ! — elle était mise à l’amende pour 3 ou 4 sous.

Si en cours de tournée on rencontrait un étranger à la commu­ne, on l’arrêtait, il était mis à l’amende d’un « pot » de 2 litres de bière, d’une valeur de 40 centimes or. En cas de refus d’obtem­pérer il était pendu par les pieds à un arbre ou à la clenche d’une porte (3).

Quant on avait atteint un café, on s’y arrêtait. Le cabaretier était tenu d’offrir à boire, sa « taxe » consistait en « pots », et d’ailleurs de surplus en argent aussi.

De temps en temps, les porteurs de hotte et de panier repor­taient les vivres reçus au café où devait avoir lieu le souper com­mun le soir. Le choix du café changeait chaque année.

Après le souper, on « passait » les places aux enchères pour le Grand Feu. Venait d’abord la place de « Monseigneur » laquel­le valait 3 à 4 francs-or. Puis, c’était au tour des autres sans or­dre préalable. Souvent les places de « bourreaux « montaient à fi ou 7 francs parce que le jour du Grand Feu, ceux-ci gardaient la moitié de l’argent perçu, ainsi qu’il sera dit plus loin. Une place de « commandant », lequel était à cheval, « valait » de 10 à 12 francs.

Les « places » du mardi gras n’étaient pas mises aux enchè­res ; on s’arrangeait au départ, à l’amiable. Le plus souvent, on reconduisait les « places » du Grand Feu de l’année précédente.

 

LE GRAND FEU

 

Le matin du jour du Grand Feu, les « bourreaux » ramassaient des fagots, et « taxaient » en argent, les gens du village, et même les étrangers, sous les prétextes les plus futiles.

Le char des bourreaux plein de bois, on le ramenait près de l’église. La musique — 4 instrumentistes et 1 tambour — arrivait après la rnesse, et elle improvisait un petit bal, au cours duquel le « juge » imposait des « taxes » au gré de sa fantaisie, de sa lostriye.

Après le dîner, la musique, accompagnée du « tambour-ma­jor » et des « bourreaux », allait chercher le « Monseigneur », qu’el­le régalait d’une aubade — contre réception au café, à la tarte et à la « goutte ». La troupe, qui avait grossi, entretemps, allait chercher le « commandant », où le même cérémonial se répétait.

Puis on faisait un tour du village pour « ramasser » ceux

 

(2) Opération analogue à l’égard des mariés à Senzeilles. — Voir page  120.

 

(p.117) qui n’étaient pas aux vêpres, et le cortège se rendait à la sortie de l’église pour cueillir les mariés.

Le char de combustible était alors tiré par la Jeunesse, pré­cédé d’un cortège dans un ordre protocolaire : a Monseigneur », en haut-de-forme garni ; le « commandant », en costume d’officier des « marcheurs » ; le « tambour-major » ; les musiciens et le tambour ; l’avocat, porteur de lunettes ; le « greffier » en toque ; le « juge » en habit de cérémonie ;

« La Violette », la poitrine barrée d’un ruban en bandoulière, un fouet à la main, qui se détachait de la troupe pour courir comman­der   les   « pots »,   et   ramener les retardataires du dernier café avant la mise à feu du bûcher ; les suiveurs ; les 4 « bourreaux ».

Quant au « commandant », il patrouillait le long de la troupe sur un cheval orné (4).

Le rôle du « juge » est de condamner et celui de l’avocat de défendre la personne en « contravention » sous quelque prétexte futile. Le « greffier » notait l’amende, invariablement fixée à 1 « pot » (5).

Les mariés essayaient de renverser le char, les « bourreaux » s’y opposaient, tandis que les jeunes tiraient. En cas de réussite les mariés avaient droit à 1 « pot » (6).

A un endroit, on attelait des chevaux pour la montée sur les trieux. Quelques dévoués arrangeaient les fagots en tas pendant que la tournée des cafés se continuait.

Vers 17 h. 30, le dernier marié mettait le feu au bûcher, pen­dant que la troupe était au dernier café. Alors elle arrivait au son de la musique, et tout le monde dansait en rond jusqu’à l’extinction du feu. Sur ordre du « chef-bourreau », on devait traverser les flammes.

Le carnaval de Soumoy vécut sa dernière sortie en 1920.

(4) Que l’on compare cette liste à celle de Senzeillcs. Celle-ci donne l’impression d’être  composée  pour  moitié   d’une   troupe   très   sembable   à   celle   de   Soumoy,   et   de «marcheurs». En vérité le carnaval de Soumoy paraît plus archaïque et plus pur. sauf qu’il semble avoir perdu ies « lois ».  Il n’y a pas de « lois »  non plus à Cerfontaine, mais la lecture d’une pasquille. Pour le reste,  carnaval analogue à celui  de Soumoy et de Senzeilles. Les «hommes mariés» disputent à  la Jeunesse  un bonhomme Mardi-Gras. — Voir Jules LEMOINE dans Le Guetteur Wallon, VI,   1929,  8-9, pp.   148-150

(5) Rôle apparemment plus naturel de cette   «   cour   de   justice   »    (l’expres­sion est de l’auteur)  à Senzeilles. — Voir pp. 120-121.

(6) Scénarios analogues à Senzeilles.  — Voir p.121.

 

in : L’Acadèmîye dès foyans d’ Cèrfontène, févr. 2000, p.21-24

 

(p.21) Le Carnaval de Cerfontaine (3) causerie faite par Arthur BALLE, en 1939, aux Amis de nos Dialectes.   … le Mardi-Gras… … l’arrestation de Mârdi-Gras …   Ce jour-là, chacun dînait chez soi et, à 14 heures, toute la “Cour” , réunie dans un cabaret naturellement, allait ensuite procéder à l’arrestation de “Mardi-Gras” chez “Cârlî”, la dernière maison du village, vers Senzeilles. C’était un cabaret aussi, évidemment… Cârlî avait fabriqué le mannequin ( dont coût 5 francs pour la “Cour”… soit environ 500 Fr de nos jours…) et l’avait affublé d’un vieil habit et d’un pantalon blanc. Les ” boûrias ” s’en emparaient, lui témoignant leur ironique tendresse avec une effusion exaltée par tous les pots de bière de la journée, puis le chargeaient sur leurs épaules. Et le cortège traversait tout le village pour exposer le prisonnier aux yeux de la population. Arrivés au dernier cabaret du village, vers Froidchapelle, on faisait demi-tour. Il s’agissait alors de mener “Mardi-Gras” sur la place du Carcan pour régler son compte en le traînant dans la boue tout le long du trajet, une corde à chaque membre et un “boûria” à chaque corde. Mais le misérable avait des partisans décidés, les hommes mariés, qui cherchaient à s’en emparer, moins par intérêt pour lui que pour la rançon qu’ils escomptaient en tirer. Et ainsi, jusqu’au lieu du supplice, “Mardi-Gras” était ravi par eux autant de fois qu’il fallait pour étancher leur soif aux dépens de la “Cour”. Tout cela faisait évidemment les affaires des nombreux cabaretiers intéressés… Du reste, tout : drapeau, canne du “tamboûr-manjor”, chapeau du “sègneûr” même, était bon à prendre par les mariés, du moment qu’ils pouvaient en tirer rançon. Ces tribulations n’empêchaient pas “Mardi-Gras” (…ou ce qu’il en restait après ces luttes homériques…) d’être amené devant le Juge.   (p.22)  … le procès de Mârdi-gras …   L’Avocat assumait la défense.  Quand les deux compères avaient de l’esprit  -ce qui arrivait -, la scène ne manquait pas de saveur. Mais le jugement était fatal : à 4 heures, “Mardi-Gras” devait être fusillé ! Et c’est sur un coup de fusil tiré par un “gardè-tchaur” que s’achevait la destinée du prisonnier dont les restes étaient abandonnés sur la voie publique. Cârlî, d’ailleurs, avait soin d’en recueillir les débris pour les faire servir l’année suivante. Dame ! pour 5 francs !… Et cet acte de haute-justice consommé, la jeunesse allait fêter l’événement en dansant sur la Grand’Place : c’était le bal de “Mardi-Gras” qui durait jusqu’à l’heure du souper. Après celui-ci, la “Cour” allait chercher “èl sègneûr” comme la veille pour le conduire cérémonieusement au bal du soir. On ne dansait peut-être pas souvent autrefois,…mais quand on s’y mettait ….   Le dimanche suivant le Carnaval..   … la fête du « Grand Feu » …   La fête du “Grand Feu” était un feu de joie qui devait sa couleur locale à l’intervention du “sègneûr” et de la “Cour”. Ceux-ci revêtaient pour cette journée les mêmes uniformes que le jour du Mardi-Gras. Après la messe-basse, les officiers prenaient possession d’un chariot prêté par un brasseur (il devait bien ça à la jeunesse…). Instruits par l’expérience, ils consolidaient le véhicule en prévision de ce qui l’attendait. Pendant ce temps, les “boûrias” et leur commandant allaient déjeuner chez le boucher dans les mêmes conditions que les autres jours. Ainsi, on finit par comprendre comment il se trouvait des titulaires pour ces fonctions peu ragoûtantes qui faisaient d’eux les “bêtes noires” des étrangers et ilotes du Carnaval. Vers 9 heures, officiers et “boûrias” traînaient le chariot par les rues du village en quêtant un fagot dans chaque maison. Dans les dernières années, il fallut se résoudre à employer la traction chevaline. Lorsque le chargement était suffisant, on le conduisait à la “ruwêle Narcisse”, au bout du quartier de “d’ia l’Eûwe” où il était garé jusque 16 heures et confié à la garde alternative de deux “boûrias”.   (p.23) Jusque 16 heures, le chariot est garé dans la “ruwêle Narcisse”, “a d’la l’Eûwe”…   … les avatars du chariot de bois …   C’était le moment choisi par les mariés pour exercer leur maléfice : avec des ruses de sioux, ils s’efforçaient de s’emparer d’une pièce essentielle du chariot (une roue, par exemple) et ne la restituaient que contre ample boisson ! Bien entendu, la “Coûr” ne chômait pas entre-temps : il y avait plus de cent cabarets, je l’ai dit ! Et puis, on attendait toujours l’arrivée d’étrangers avec les deux trains de midi, et comme une grosse brèche avait été faite dans la “caisse”, l’occasion de la réparer était trop belle pour ne pas la saisir par tous ses cheveux.   … le cortège du Grand Feu …   Après les trains et le temps nécessaire au dîner, le cortège se reformait et venait, dans un cabaret en face de l’église, attendre la sortie des Vêpres. Puis il s’ébranlait, faisant trois tours de ronde autour de la place du Jeu de Balle et montait “a dla l’Eûwe” rejoindre le chariot. Et comme il convenait de ménager ses forces, on se reposait souvent en buvant des pots. Pendant que les “gardès-tchaurs” s’assuraient de l’intégrité du véhicule, chacun “aient quai s’ coumére”, car c’était la jeunesse – attelée par couples au timon du chariot – qui allait conduire le chargement sur les hauteurs du “Trî dèl Trinité” où devait s’allumer le “Grand Feu”. Entre-temps, la “Violète” (ou “Grand Héraut”) avait préparé pour le “sègneûr” et sa fiancée qui prenaient la tête de l’attelage, des bâtons garnis de rubans bleus à passer dans la chaîne de traction. Les couples formés allaient alors chercher le couple seigneurial et tous, les isolés exclus, s’attelaient en flèche au véhicule qui démarrait en grand tumulte, escorté par les “gardès-tchaurs” et chargé de son bois et des ” boûrias ” par dessus.   … les risques du aprcours jusqu’au Tiène dèl Trinitè …   Les mariés, dont la soif était inextinguible… et la malveillance sans bornes…, s’attaquaient au chariot, l’arrêtaient et le renversaient aisément, les gardiens n’opposant qu’une molle résistance. Occasion nouvelle de boire cinq pots moyennant quoi ils aident les ” boûrias ” à remettre les “bidons” à leur place. Cela n’allait pas sans certaines combines par lesquelles on renversait le bois en face de tel cabaret plutôt que devant tel autre, et cela pour des raisons que dictaient la sympathie, la rancune et l’intérêt.   … les avatars du ‘pôrteû d’ èstrin » …   Le dernier marié de l’année : “èl pôrteû d’estrin”, suivait le cortège froidement. Il réservait son feu parce que c’était lui qui était chargé d’allumer le Grand…, celui de tout à l’heure.. On lui allouait cinq francs (aujourd’hui, pas loin de 500) pour la peine, à condition de fournir et de porter la précieuse botte de paille nécessaire. Mais il ne profitait guère de ses cent sous ! Comme la propension générale était de boire sur le compte d’autrui, “èl pôrteû d’estrin” avait à ses chausses des parasites altérés qui, lorsqu’il refusait de les abreuver, allaient parfois jusqu’à mettre le feu à la paille. La jurisprudence établie ne permettait pas à la “Cour” de le dédommager de cette combustion intempestive. Passé la Place du jeu de Balle, pour monter au “d’bout dla wôt”, c’étaient des chevaux qui tiraient l’attelage jusqu’au “Trî dèl Trinité” au milieu duquel les mariés renversaient pour la dernière fois le chargement et où le “pôrteû d’estrin” remplissait son rôle essentiel.

 

… après la mise à feu …   Le feu allumé, les “gardès-tchaurs” évoluaient tout autour. Parfois même, un écervelé lançait sa monture à travers. A la clarté de la flambée, les couples dansaient, puis le protocole leur laissait le temps de rentrer pour souper par les chemins que chacun choisissait à sa convenance.

 

… la ronde finale : les « sept sauts » …   Ainsi, on pouvait à 22 heures se trouver devant la maison d’ “èl coumére du sègneûr” et s’en aller en grand cortège au dernier bal du carnaval sur la place publique. Après un programme dont l’étendue dépendait de la résistance du joueur de clarinette, ce bal se terminait par les”sept sauts”, ronde finale bien connue dans toute la région. Parfois, malgré les innombrables pintes (les bons buveurs allaient jusqu’à 80 par jour…!) dont la “Cour” se gorgeait au long de ces trois jours de fête, il restait encore de l’argent dans le sac du “boursier”. L’aubaine donnait un motif valable pou “fé l’ lundi” et s’habiller un jour de plus aux frais du fripier. (à suivre…)

 

in : L’Acadèmîye dès foyans d’ Cèrfontène, févr. 2000, p.21-24

 

(p.21) Le Carnaval de Cerfontaine (3)

causerie faite par Arthur BALLE, en 1939, aux Amis de nos Dialectes.

 

… le Mardi-Gras…

… l’arrestation de Mârdi-Gras …

 

Ce jour-là, chacun dînait chez soi et, à 14 heures, toute la “Cour” , réunie dans un cabaret naturellement, allait ensuite procéder à l’arrestation de “Mardi-Gras” chez “Cârlî”, la dernière maison du village, vers Senzeilles. C’était un cabaret aussi, évidemment…

Cârlî avait fabriqué le mannequin ( dont coût 5 francs pour la “Cour”… soit environ 500 Fr de nos jours…) et l’avait affublé d’un vieil habit et d’un pantalon blanc. Les ” boûrias ” s’en emparaient, lui témoignant leur ironique tendresse avec une effusion exaltée par tous les pots de bière de la journée, puis le chargeaient sur leurs épaules.

Et le cortège traversait tout le village pour exposer le prisonnier aux yeux de la population. Arrivés au dernier cabaret du village, vers Froidchapelle, on faisait demi-tour. Il s’agissait alors de mener “Mardi-Gras” sur la place du Carcan pour régler son compte en le traînant dans la boue tout le long du trajet, une corde à chaque membre et un “boûria” à chaque corde.

Mais le misérable avait des partisans décidés, les hommes mariés, qui cherchaient à s’en emparer, moins par intérêt pour lui que pour la rançon qu’ils escomptaient en tirer. Et ainsi, jusqu’au lieu du supplice, “Mardi-Gras” était ravi par eux autant de fois qu’il fallait pour étancher leur soif aux dépens de la “Cour”. Tout cela faisait évidemment les affaires des nombreux cabaretiers intéressés… Du reste, tout : drapeau, canne du “tamboûr-manjor”, chapeau du “sègneûr” même, était bon à prendre par les mariés, du moment qu’ils pouvaient en tirer rançon.

Ces tribulations n’empêchaient pas “Mardi-Gras” (…ou ce qu’il en restait après ces luttes homériques…) d’être amené devant le Juge.

 

(p.22)  … le procès de Mârdi-gras …

 

L’Avocat assumait la défense.  Quand les deux compères avaient de l’esprit  -ce qui arrivait -, la scène ne manquait pas de saveur. Mais le jugement était fatal : à 4 heures, “Mardi-Gras” devait être fusillé !

Et c’est sur un coup de fusil tiré par un “gardè-tchaur” que s’achevait la destinée du prisonnier dont les restes étaient abandonnés sur la voie publique. Cârlî, d’ailleurs, avait soin d’en recueillir les débris pour les faire servir l’année suivante. Dame ! pour 5 francs !…

Et cet acte de haute-justice consommé, la jeunesse allait fêter l’événement en dansant sur la Grand’Place : c’était le bal de “Mardi-Gras” qui durait jusqu’à l’heure du souper. Après celui-ci, la “Cour” allait chercher “èl sègneûr” comme la veille pour le conduire cérémonieusement au bal du soir. On ne dansait peut-être pas souvent autrefois,…mais quand on s’y mettait ….

 

Le dimanche suivant le Carnaval..

 

… la fête du « Grand Feu » …

 

La fête du “Grand Feu” était un feu de joie qui devait sa couleur locale à l’intervention du “sègneûr” et de la “Cour”.

Ceux-ci revêtaient pour cette journée les mêmes uniformes que le jour du Mardi-Gras. Après la messe-basse, les officiers prenaient possession d’un chariot prêté par un brasseur (il devait bien ça à la jeunesse…). Instruits par l’expérience, ils consolidaient le véhicule en prévision de ce qui l’attendait. Pendant ce temps, les “boûrias” et leur commandant allaient déjeuner chez le boucher dans les mêmes conditions que les autres jours. Ainsi, on finit par comprendre comment il se trouvait des titulaires pour ces fonctions peu ragoûtantes qui faisaient d’eux les “bêtes noires” des étrangers et ilotes du Carnaval.

Vers 9 heures, officiers et “boûrias” traînaient le chariot par les rues du village en quêtant un fagot dans chaque maison. Dans les dernières années, il fallut se résoudre à employer la traction chevaline. Lorsque le chargement était suffisant, on le conduisait à la “ruwêle Narcisse”, au bout du quartier de “d’ia l’Eûwe” où il était garé jusque 16 heures et confié à la garde alternative de deux “boûrias”.

 

(p.23)

Jusque 16 heures, le chariot est garé dans la “ruwêle Narcisse”, “a d’la l’Eûwe”…

 

… les avatars du chariot de bois …

 

C’était le moment choisi par les mariés pour exercer leur maléfice : avec des ruses de sioux, ils s’efforçaient de s’emparer d’une pièce essentielle du chariot (une roue, par exemple) et ne la restituaient que contre ample boisson !

Bien entendu, la “Coûr” ne chômait pas entre-temps : il y avait plus de cent cabarets, je l’ai dit ! Et puis, on attendait toujours l’arrivée d’étrangers avec les deux trains de midi, et comme une grosse brèche avait été faite dans la “caisse”, l’occasion de la réparer était trop belle pour ne pas la saisir par tous ses cheveux.

 

… le cortège du Grand Feu …

 

Après les trains et le temps nécessaire au dîner, le cortège se reformait et venait, dans un cabaret en face de l’église, attendre la sortie des Vêpres. Puis il s’ébranlait, faisant trois tours de ronde autour de la place du Jeu de Balle et montait “a dla l’Eûwe” rejoindre le chariot. Et comme il convenait de ménager ses forces, on se reposait souvent en buvant des pots.

Pendant que les “gardès-tchaurs” s’assuraient de l’intégrité du véhicule, chacun “aient quai s’ coumére”, car c’était la jeunesse – attelée par couples au timon du chariot – qui allait conduire le chargement sur les hauteurs du “Trî dèl Trinité” où devait s’allumer le “Grand Feu”. Entre-temps, la “Violète” (ou “Grand Héraut”) avait préparé pour le “sègneûr” et sa fiancée qui prenaient la tête de l’attelage, des bâtons garnis de rubans bleus à passer dans la chaîne de traction.

Les couples formés allaient alors chercher le couple seigneurial et tous, les isolés exclus, s’attelaient en flèche au véhicule qui démarrait en grand tumulte, escorté par les “gardès-tchaurs” et chargé de son bois et des ” boûrias ” par dessus.

 

… les risques du aprcours jusqu’au Tiène dèl Trinitè …

 

Les mariés, dont la soif était inextinguible… et la malveillance sans bornes…, s’attaquaient au chariot, l’arrêtaient et le renversaient aisément, les gardiens n’opposant qu’une molle résistance. Occasion nouvelle de boire cinq pots moyennant quoi ils aident les ” boûrias ” à remettre les “bidons” à leur place. Cela n’allait pas sans certaines combines par lesquelles on renversait le bois en face de tel cabaret plutôt que devant tel autre, et cela pour des raisons que dictaient la sympathie, la rancune et l’intérêt.

 

… les avatars du ‘pôrteû d’ èstrin » …

 

Le dernier marié de l’année : “èl pôrteû d’estrin”, suivait le cortège froidement. Il réservait son feu parce que c’était lui qui était chargé d’allumer le Grand…, celui de tout à l’heure.. On lui allouait cinq francs (aujourd’hui, pas loin de 500) pour la peine, à condition de fournir et de porter la précieuse botte de paille nécessaire. Mais il ne profitait guère de ses cent sous ! Comme la propension générale était de boire sur le compte d’autrui, “èl pôrteû d’estrin” avait à ses chausses des parasites altérés qui, lorsqu’il refusait de les abreuver, allaient parfois jusqu’à mettre le feu à la paille. La jurisprudence établie ne permettait pas à la “Cour” de le dédommager de cette combustion intempestive.

Passé la Place du jeu de Balle, pour monter au “d’bout dla wôt”, c’étaient des chevaux qui tiraient l’attelage jusqu’au “Trî dèl Trinité” au milieu duquel les mariés renversaient pour la dernière fois le chargement et où le “pôrteû d’estrin” remplissait son rôle essentiel.

 

… après la mise à feu …

 

Le feu allumé, les “gardès-tchaurs” évoluaient tout autour. Parfois même, un écervelé lançait sa monture à travers. A la clarté de la flambée, les couples dansaient, puis le protocole leur laissait le temps de rentrer pour souper par les chemins que chacun choisissait à sa convenance.

 

… la ronde finale : les « sept sauts » …

 

Ainsi, on pouvait à 22 heures se trouver devant la maison d’ “èl coumére du sègneûr” et s’en aller en grand cortège au dernier bal du carnaval sur la place publique. Après un programme dont l’étendue dépendait de la résistance du joueur de clarinette, ce bal se terminait par les”sept sauts”, ronde finale bien connue dans toute la région.

Parfois, malgré les innombrables pintes (les bons buveurs allaient jusqu’à 80 par jour…!) dont la “Cour” se gorgeait au long de ces trois jours de fête, il restait encore de l’argent dans le sac du “boursier”. L’aubaine donnait un motif valable pou “fé llundi” et s’habiller un jour de plus aux frais du fripier.

(à suivre…)

 

in : La Vie W., 1956, p.117-125 Curieuses coutumes carnavalesques à  Senzeilles

 

UNE après l’autre, les anciennes cou­tumes qui ont fait la joie de nos aïeux, se déforment, se modifient ou dispa­raissent. Aussi, pendant qu’il en est temps encore, que les derniers témoins de ces réjouissances populaires ne sont pas passés de vie à trépas, il faut se hâter de les sauver de l’oubli, en leur donnant la seule forme réellement conservatrice, la forme littéraire. Tel- est le cas pour le carnaval de Senzeilles (arrondisse­ment de Philippeville), complètement oublié depuis près de huit lustres. Voyons en quoi il consistait.   Nomination  des  chefs Fin janvier ou début de février, la jeunesse masculine de l’endroit se réunissait ; selon l’expression consacrée, on « pas­sait les charges », c’est-à-dire qu’on procédait à la nomination de ceux qui auraient un rôle à remplir dans les cortèges du carnaval. Ces cortèges comprenaient normalement un certain nom­bre de personnages que je citerai suivant l’ordre dans lequel (p.118) ils étaient placés lors des sorties du mardi gras et du diman­che du grand feu (quadragésime). —  Un sergent sapeur. —  Une douzaine de sapeurs. —  Un tambour-major. —  Quatre musiciens, dont un tambour. —  « La   Cour »   à  cheval,   composée   de   Monseigneur,  le greffier et l’avocat. —  Une vivandière, un boursier. —  Quatre  officiers. —- Un groupe de voltigeurs. —  Quelques gendarmes. —  Un groupe de zouaves. —  Deux sergents. —  Quatre boûrias (bourreaux). —  Quatre poûdreûs, (« poudreurs »). —  Le commandant. Ce dernier, à cheval également, se tenait sur le côté et allait de la tête à la queue du groupe. Ces différents postes étaient mis aux enchères et adjugés à ceux qui payaient le plus grand nombre de « pots » (deux litres de bière). Le pot coûtait quarante centimes. Les places de sergents étaient les plus haut cotées, parce que ces gradés conservaient pour eux l’argent qu’ils rece­vaient en cours de route. Leur tenue consistait en un panta­lon blanc, une tunique gros vert et un képi. L’emploi de vivandière (homme travesti coquettement comme les cantinières de nos “marches militaires” était également assez recherché. Aussi, ne passait-il jamais moins de 40 à 50 pots. Le bénéfice réalisé sur la vente du genièvre contenu dans le petit baril traditionnel, lui revenait. En outre, il était d’usage de ne pas rendre la monnaie lors du paiement clés consommations bues, ce qui augmentait encore sensible­ment le gain de la journée. Enfin, lorsque le contenu de son baril baissait, la vivandière ne se faisait aucun scrupule de le remplir en y ajoutant de l’eau, lorsqu’elle passait à proximité d’une pompe. Monseigneur, le greffier et l’avocat étaient vêtus assez coquettement : un manteau de velours jeté sur les épaules, une culotte courte et des bas longs. Comme couvre-chef, une toque avec plumes. Ordinairement, l’accoutrement des boûrias consistait  en (p.119) un pantalon blanc, une jaquette déchirée, un vieux chapeau garni de plumes, des guêtres. Et, afin de pouvoir procéder aux pendaisons, en cours de route, ils étaient pourvus d’un marteau, d’un crampon et d’une corde. Les officiers, sapeurs, zouaves, gendarmes, tambour, etc… , se rendaient chez un costumier de Philippeville qui leur louait les uniformes nécessaires pour les sorties du mardi gras et du dimanche suivant. Les poûdreûs s’habillaient à meilleur compte : un pan­talon blanc, une chemise blanche et une barrette de même cou­leur. En main, ils tenaient un petit sac en toile contenant de la farine.   Le  mardi gras   Le matin, vers sept ou huit heures, le tambour-major allait chercher le tambour et, ensemble, ils faisaient le tour du vil­lage. C’était une invite à tous les intéressés de s’apprêter pour participer au prochain cortège. Après cela, les deux mêmes personnes allaient prendre à leur domicile, les membres de la Cour : Monseigneur, l’avo­cat et le greffier. Accompagnés de ces dignitaires, le tapin et son chef recommençaient le tour de la localité, et les person­nages devant jouer un rôle dans le cortège prenaient place dans les rangs lorsqu’on passait à proximité de leur demeure. Le groupe grossissait ainsi insensiblement et se trouvait être au complet lorsque la tournée était finie. Un troisième tour se faisait, ensuite, avec tous les partici­pants. Avant de se mettre en marche, chacun d’eux versait sa quote-part (i franc ou i fr. 50 or) dans la bourse commune, afin de réunir les premiers fonds nécessaires au payement des musiciens et des boissons à prendre en cours de route. Car, on avait soin de ne passer aucun cabaret et d’y commander un nombre de « pots » proportionné au nombre de personnes composant le groupe. Vers onze heures, une halte avait lieu en face de l’église et il était donné lecture des ” lois”. Je les reproduirai plus loin. Après cette lecture faite par l’avocat, ce dernier, ainsi que Monseigneur et le greffier, abandonnaient leurs chevaux qui étaient mis en place, et le cortège se remettait en marche pour effectuer un nouveau tour du village. Au cours de celui-ci, les poûdreûs, au moyen de leur petit sac de farine, poudraient (p.120) les jeunes filles qu’ils rencontraient. Elles pouvaient, toute­fois, échapper à ce petit désagrément en payant un a pot ». De leur côté, les sergents réclamaient la même chose, soit quarante centimes, à tous les étrangers et mariés se trouvant sur leur passage. Si ceux-ci ne voulaient pas s’exécuter de bonne grâce, les boûrias, appelés à la rescousse, menaçaient de les pendre. Cette menace restait-elle sans effet, ils atta­chaient une corde à l’une des jambes du récalcitrant et ils le pendaient, la tête en bas, à une clenche de porte ou à un cram­pon quelconque. La victime restait dans cette position incom­mode jusqu’au moment où elle criait « pot ! ». Elle était alors déliée et payait son amende. Il est bien entendu que, dans ce cas, l’argent reçu n’allait pas grossir la bourse des sergents, mais était bu avec les boûrias. Il n’était procédé à la pendai­son, faut-il le dire, que lorsqu’on se trouvait en présence d’une personne connue. Bien des lurons refusaient de payer un « pot » à la première demande, pour avoir le plaisir d’être pendus. Les membres de la Cour s’arrêtaient à chaque maison et on leur remettait des œufs, du lard, un peu de monnaie. Il était tenu juste compte, dans un registre, de l’argent reçu ainsi que des dépenses effectuées et, aussitôt la tournée finie, on procédait à la vérification des comptes. Les œufs et le lard étaient déposés dans une hotte portée par un homme de bonne volonté. Avec les produits de cette quête, vers quatorze heures, un repas en commun était préparé pour la jeunesse. Le soir, vers dix-neuf heures, avait lieu un souper clans les mêmes con­ditions.   Le  grand feu Le dimanche suivant, jour du grand feu, vers treize heures, le cortège, composé comme il était le mardi gras, faisait le tour du village. Les étrangers et les mariés devaient encore se soumettre à la traditionnelle coutume lorsqu’ils étaient ren­contrés par les sergents : paiement d’un “pot” ou pendaison. A la sortie des vêpres, avait lieu, près de l’église, une deuxième lecture des « lois » légèrement modifiées. Celle-ci terminée, on décernait la “décoration de la gourmandise”, consistant en une couenne de lard, garnie d’un ruban, à celui qui, le mardi gras, était parvenu à manger le plus de « creton » (l). (p.121) En 1908, le gagnant en avait incorporé vingt et un. Cinq ans plus tard, en 1913, le vainqueur, Firmin H., avait encore dépassé ce nombre déjà respectable, et ne s’était arrêté qu’après en avoir englouti vingt-sept ! Après cela, tous les participants au cortège — les trois membres de la « Cour » exceptés — “allaient aux fagots”. Au moyen de deux grandes chaînes, certains s’attelaient à un chariot, tandis que d’autres le poussaient et ils se rendaient, ainsi, chez tous les habitants où ils recevaient ici un fagot, là quelques vieilles planches, ou des mannes hors d’usage, une botte de paille, etc…, toutes choses susceptibles d’alimenter le grand feu. Vis-à-vis de chaque cabaret — et il y en avait quarante-sept (2) le <( groupe des inconnus » — lisez des « mariés » — s’efforçait de renverser le chariot avec son chargement. S’il y parvenait, les « jeunes » devaient leur payer un certain nom­bre de « pots ». Dans le cas contraire, c’est-à-dire si les ((‘jeunes » étaient les plus forts et culbutaient le tout, c’était aux « mariés » à rafraîchir leurs cadets. Les « pots » une fois vidés, il fallait remettre le chariot sur ses roues, recharger les fagots et continuer la tournée jusqu’au prochain café où les mêmes faits se reproduisaient. On assistait parfois à des scènes assez cocasses quand les deux groupes étaient de force sensiblement égale et que le chariot, soulevé d’un côté par les « jeunes » et, de l’autre, par les « mariés » demeurait suspendu. Pour donner une idée de ces luttes, disons qu’on vit parfois 110 mariés, travestis, oppo­sés à 70 jeunes gens. Figurez-vous ce que devait être ce com­bat, surexcités qu’ils étaient par l’amour-propre de leur clan et par la boisson ! Parfois, quand elle se sentait plus faible que ses adver­saires et que les fonds de la bourse commune diminuaient, la jeunesse attelait un cheval au chariot et se sauvait avec le chargement. Tant bien que mal, le chariot arrivait enfin, al coupète du trî du lenp où le bûcher devait être dressé. C’était le dernier marié de l’année qui, à la soirée, mettait le feu au tas de bois. Pendant que les flammes éclairaient les alentours,   (1) Avant la cuisson, chaque creton mesurait, en moyenne, dix centimètres de longueur, six de largeur et un demi centimètre d’épaisseur. Pour faciliter l’absorption de cette importante quantité de lard, il était permis de manger du pain et de boire à volonté. (2) Actuellement, il n’y en a plus que sept, dont deux près de la station, laquelle est située à vingt minutes du village.

 

(p.122) la jeunesse dansait autour du brasier. Après extinction, ce qui restait du grand feu était mis aux enchères. C’était souvent un cabaretier qui s’en rendait acquéreur pour quelques (( pots ». Ils attirait, ainsi, des clients chez lui. Ces différentes festivités eurent lieu, pour la dernière fois, en 1913.   Les « lois » Voici les « lois » qui étaient lues le mardi gras et le jour du grand feu (texte de 1908). Après la lecture de chaque article, la musique se faisait entendre. Au nom du Grand Mardi-Gras, le chef suprême : Nous, la Haute Cour, Monseigneur le Grand Héraut, grand duc des Gourmands, Marquis des Bêtises, Comte de Carabas, baron des Malpeignés, Seigneur des Déguenillés, salut ! Nous avons retrouvé et consulté un vieux manuscrit qui date de plus de cent mille ans avant Jésus-Christ et qui contient les usages et coutumes de ces temps reculés. article premier. — Tout jeune homme faisant partie de la jeunesse qui ne sera pas habillé suivant les ordonnances de ces jours sublimes et qui sera rencontré par nos officiers de police, sera traduit auprès de notre respectable Cour et condamné à l’amende de 1,JO fr. ; en cas de résistance, il sera livré entre les mains de nos bourreaux et pendu aussitôt, avec interdiction de la salle de danse le jour du grand feu. art. 2. — Tout individu étranger trouvé dans l’étendue de ses domaines, foulant ses terres, à pied, à cheval ou avec n’importe quelle monture, qui sera rencontré par nos agents, sera traduit auprès de la Cour et condamné à l’amende de 40 centimes ; en cas de résistance il sera pendu aussitôt. art. 3. — Toute vieille femme, sorcière ou non, qui sera ren­contrée sur le territoire du Monarque et qui, à la vue du Grand Héraut, affecterait le saisissement ou qui tomberait en syncope, sera, sur le champ, recueillie par nos agents et transportée à l’Hôpital où il lui sera passé plusieurs lavements par l’aumônier du régiment. art. 4. — Toutes les demoiselles trouvées en promenade, dans les rues avec faux cul, fausse chevelure, robe à queue et qui seront rencontrées par nos agents, seront traduites auprès de notre res­pectable Cour et condamnées à l’amende de 1 franc ; en cas de résistance, elles seront livrées entre les mains de nos blancs et poudrées en dedans et en dehors du haut en bas… art. 5. — II est défendu, sous peine de l’amende de 1 franc, de laisser traîner aucun objet dans les rues, tel que herse, charrue, (p.123) fagots, jambon, saucisson, ainsi que toute vieille garce qui pour­rait retarder la marche de notre charmant cortège. art. 6. — Comme nous avons beaucoup de jeunes demoiselles qui se sont faites nonnettes pour cause de n’avoir pu trouver un mari, celles qui se voient dans l’impossibilité de s’en passer, pour­ront réclamer notre appui et, le jour du grand feu, après avoir dansé la danse du cu-d’zeû cu-d’zous, sans s’ faire du mal, auront à choisir dans tous les rebuts de la société, un homme qui saura fidèlement remplir les obligations du ménage. art. 7. — Tous les amoureux et les amoureuses trouvés derrière les buissons et les haies… [ici quelques mots frisant la gauloiserie] seront traînés auprès de notre respectable Cour et condamnés à l’amende de 1 franc ; en cas de résistance, ils subiront une opé­ration par le vétérinaire, pour les rendre incapables de service. art. 8. — Tout jeune homme faisant partie de cette société philharmonique, devra avoir la même tenue le jour du grand feu qu’aujourd’hui ; il ne pourra s’absenter sans permission expresse de Monseigneur, sous peine d’amende de 5 francs, et toutes les demoiselles qui ne rendront pas le jour du grand feu splendide et amusant par leur présence au bal et à la danse, seront condamnées au célibat jusqu’à l’âge de quatre-vingt dix-neuf ans ; elles auront la pécole (3), la dysenterie, des coliques dans l’ventre, des trem­blements des fesses pendant toute l’année et ne pourront jouir du bonheur auquel la nature les a destinées. Quant à celles qui vou­dront nous honorer de leur visite, elles auront à choisir le plus amoureux de la société et seront mariées avant la fin de l’année ;… [même observation que ci-dessus]. art. 9. — Tout jeune homme faisant partie de la dite société, trouvé plus de cinq maisons (4) derrière la Cour, sera recueilli par nos sergents, traduit auprès du Grand Duc et de ses associés (5), condamné à l’amende de 3 francs (8) pour la première fois et de six pour la seconde ; en cas de résistance, il sera exclu définitive­ment de la bande. art. 10. — A sept heures, les armes bas, sous peine de l’amende de 1 franc, grand festin de la Cour, roulement de la gueule et que personne ne se fasse passer pour fainéant ; il sera décerne une médaille au plus grand mangeur qui povirra rivaliser avec Gar­gantua, le plus pansard de tous les temps (7).   (3)  Ce mot a été supprimé en 1913. La  « pécole » est une maladie fantaisiste. Quand  on demande ce que c’est, on vous  répond :   « C’est le trou  du  c…  qui se décolle. » (4)  Dix maisons, en 1913. (6) En   1913,   « auprès  de  la  dite   Cour »,   en  lieu   et place   de   « auprès  du Grand  Duc et de ses  associés ». (6)  Trois   «pots» au lieu de trois francs, en  1913. (7)  En   1913,   cet   article   avait,   d’abord,   été   mentionné   dans   les   « lois » ; ensuite, il a été supprimé et remplacé par ce qui suit :   (p.124) art. 11. — Enfin, je finis cet illustre manuscrit tout ver­moulu (8) dont l’odeur rappellerait un mort à la vie, en faisant un dernier article pour engager les demoiselles de notre grande cité à tenir leurs papiers prêts ; ils seront signés par tous les honorables Membres de la Cour : Monseigneur, Avocat, Greffier, par tous les pansards et, enfin, par toute la crapule.   Origine  du  carnaval Que représentait ce cortège ? Quelle était la raison de cette exhibition d’officiers et de soldats ? Je ne saurais donner une réponse précise à ces questions. Les habitants n’en savent rien ; les plus âgés, interrogés au début de ce siècle, avaient toujours connu ce genre de dis­traction. A défaut de certitude, me sera-t-il permis d’émettre une hypothèse non dépourvue de vraisemblance ? A Cerfontaine, localité voisine, on organisait également, jadis, un carnaval assez somptueux. On y rencontrait la « Cour » : un seigneur, un juge, un greffier, un avocat, des bourreaux, un tambour-major, des officiers, etc… On y lisait, aussi, des « lois » presque identiques à celles de Senzeilles. S’il faut en croire la tradition concernant l’origine du car­naval de Cerfontaine, celui-ci remonte aux premières années du xixe siècle (9). « Tout jeune homme, habillé [travesti] ou non, qui sera pris à pousser le chariot avec les mariés, sera à l’amende de deux francs. « D’autre part, le nouvel article ci-après avait été intercalé entre le 7° et le 8° : « Toute jeune  fille qui,  dans le courant de  l’année,  mariera   [épousera]  un de nos honnêtes jeunes gens, et s’absentera une quinzaine de jours sans cause légitime,  sera condamnée à  rester  assise  pendant quinze  jours  sur les cornes qu’elle ferait porter à  son mari. »   (8)  Les mots « tout vermoulu » ont été supprimés en 1913. (9)  Rappelons,   succinctement,   les   faits   qui   auraient  donné   naissance   à  ce cortège carnavalesque. En 1566, Henry Deghoer, qui avait épousé une Waudemont, héritait de son beau-père la seigneurie de Cerfontaine. Mais Jean Deglimes, également gendre du seigneur de Waudemont, prétendait avoir autant de droits que son beau-frère à la dite seigneurie. Il voulut faire annuler le testament. Finale­ment, on plaida et Henry Deghoer gagna le procès. Durant l’instruction de ce litige, Jean Deglimes envahit la seigneurie avec ses soldats et força les Cerfontainois à lui prêter serment de fidélité. A peu de temps de là, le seigneur Deghoer fit irruption dans le village de Cerfontaine et reprocha aux habitants leur félonie. Comme punition, il con­fisqua toutes leurs propriétés. Après bien des sollicitations, le seigneur Deghoer fit acte de clémence partielle ; il pardonnait aux habitants, leur remettait leurs biens confisqués, mais il gardait six cents bonniers de boi!” francs et libres de toutes servitudes. Non content d’avoir pris une partie de leurs bois, Deghoer les força à nourrir ses chiens, ainsi que le mentionne le record du 17 sep­tembre 1566. La commune patienta jusqu’à la fin du xviii” siècle. Les lois en vigueur à cette époque, permettant aux vassaux de traduire leurs seigneurs en justice, les habitants de Cerfontaine en profitèrent pour attraire Emmanuel Decroy, successeur de Deghoer, par-devant les échevins de Liège, en vue de faire déclarer nul le record de 1566. Certaines circonstances, notamment la réunion du Pays de Liège à la France, entravèrent les décisions des tribunaux. Finalement, par jugement du Ier prairial an VIII du Tribunal de Cassation de Paris, la commune de Cerfontaine rentrait définitivement en possession de ses 600 bonniers de bois. (Renseignements puisés dans les archives com­munales de Cerfontaine.) C’est après le prononcé de cette sentence que, suivant la tradition, le car­naval fut organisé dans le but de parodier le seigneur Deghoer qui était venu, avec ses hommes d’armes, pour obliger les habitants de Cerfontaine à lui abandonner une partie de leurs bois.   (p.125) En présence du succès obtenu par ces festivités, les gens de Senzeilles n’ont-ils pas voulu imiter leurs voisins ? On trouve de nombreux précédents ailleurs. Il me suffira d’en rappeler quelques-uns. En 1903, les jeunes filles d’Ecaussinnes-Lalaing organi­sèrent un goûter matrimonial qui connut, dès le début, le plus franc succès. Quelques années plus tard, en 1907, la jeunesse masculine de Ronquières prit la même décision, imitée en 1922 par celle de Trazegnies. Depuis lors, ces trois goûters matrimoniaux marchent de pair et attirent, chaque année, une foule nombreuse et joyeuse. La réussite de ces réjouis­sances d’un nouveau genre, incita d’autres localités à faire de même (10). Tel est aussi le cas de la commune de Jamioulx qui implanta chez elle la lecture de la pasquîye, comme cela se faisait à Montigny-le-Tilleul, et de celle de Boignée, qui imita, ensuite, Jamioulx (11). ** II est permis de regretter la disparition de ces réjouissances qui, presque toujours, avaient un caractère particulier et local, tandis qu’actuellement, c’est l’uniformité dans la banalité. On ne sait plus s’amuser entre soi. Les villageois veulent imiter les citadins. La guerre mondiale 1914-1918 avait déjà été le tombeau de bien des coutumes anciennes ; celle de 1940-1945 en a tué d’autres qui avaient résisté jusque là ; toutes finiront, vraisemblablement, par disparaître.   Jules vandereuse                                  (10) Jules Vandereuse : Les goûters matrimoniaux en Wallonie, Ecaussinnes, 1954. (11) Jules Vandereuse : Les « pasquîyes » dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, Couillet (1939), pp. 26, 33.

 

Souvrèt (Souvret) - grand feû

(in: Jean-Baptiste Marcelle, Mon vieux Souvret, 1980, Centre culturel de Souvret, s.d., p.107)

Barbinçon (Barbençon) - lès sakeûs, lès astokeûs, lès dèstokeûs & l' bolome (ceux qui tirent, ceux qui qui bloquent, ceux qui débloquent; le bonhomme (hiver))

(VA, 20/02/2009)

(VA, 11/03/2014)

Coûrcèle (Courcelles) - èl feûreû

(in : Elie (…), Courcelles, Son histoire, s.d., p.98)

Djimnéye (Gimnée) - grand feu

(in: VA, 21/03/2013)

Djoncrèt (Joncret) - grand feu (VA, 07/03/2018)

Djumèt (Jumet) (Haminde / Hamende) - grand feu

(2013)

Dourbe (Dourbes) - grand feu

(VA, 06/03/2013)

Fraîre (Fraire) - grand feu

Gourdène (Gourdinne) - grand feu

(VA, 08/03/2013)

Gôzéye (Gozée) - grand feu

(in: Joël Mulatin, Il était une fois l’entité de Thuin…, s.d.)

(VA, 12/02/2013)

(2014)

(VA, 10/03/2014)

Hanzinèle (Hanzinelle) - grand feu

(VA, 03/1998)

Himiéye (Hymiée) - grand feu

(2020)

Ite (Ittre) - grand feu

(VA, 15/03/2019)

ïve-Gomezéye (Yves-Gomezée) - grand feu

(p.488-489, in: Jules Vandereuse, Le carnaval à Yves-Gomezée, p.482-491)

Matagne - grand feu

(VA, 04/03/2013)

M'tène (Hemptinne) - grand feu

(VA, 1998)

(VA, 27/02/2013)

Robechî (Robechies) - grand feu

Romèdène (Romedenne) - grand feu

(VA, 28/03/2013)

Sautou (Sautour) - grand feu

(VA, 12/03/2013)

Sint-Aubwin (Saint-Aubin) - grand feu

(VA, 03/1998)

Slinri (Silenrieux) - grand feu

(in: Jean-Philippe Body, Silenrieux, 2004, p.471-472)

Somzéye (Somzée) - grand feu

(VA, 02/1998)

Soûmwè (Soumoy) - grand feu

(in: Le Guetteur Wallon, 1960)

Taurcène (Tarciennes) - grand feu

(VA, 06/03/2013)

Tî-l'-Baudwin (Thy-le-Bauduin) - grand feu

(VA, 1990s?)

Tî(-l'-Chatau) (Thy-le-Château) - grand feu

(VA, 28/03/2013)

Vilé-l'-Gambon (Villers-le-Gambon) - grand feu

(in: J. Bernard, Villers-le-Gambon, Vie associative, 2001)

Vilé-l'-Poterîye (Villers-Poterie) - grand feu

(VA, 19/03/2013)

Vôjenêye (Vogenée) - grand feu

(VA, 27/02/2013)

 

1.2 Li Picardîye / La Picardie – Mont-Borinâje / Mons-Borinage

R'bèk-Rognon (Rebecq-Rognon) - Cré solvé

(in: Le Folklore Brabançon, 58-59, 1931, p.343-345)

Wame (Wasmes) - l' èscouviâje

(in: Wallonia, 1895)

L' èscouvion

(in: Albert Marinus, Le folklore belge, T2, 1930)

Borinâje (Borinage) - carnaval

(in: Alain Audin, Mons-Borinage, s.d., p. 206-207)

 

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

Inzèsmont (inzès: dans les) (Aisemont (mauvaise traduction)) : ramassadje po l' grand feu (ramassage pour le grand feu)

Grands feus, tchèraudes

in : DW, T5, 1977, p.5-38

Le grand feu dans le canton de Jodoigne

 

L’existence de trois termes pour désigner les trois variétés de  feu  n’est  pas une particularité du canton de Jodoigne. En voici quatre exemples, dont un extérieur au canton : Marchin (H 53)   : feu (acception générale), fornia (feu de

jardin), grand feu.

Lathuy  (Ni 27) : fè, foua, grand-mère.

Bomal (Ni 68) : fè, fouyau, grand fouyau.

Beauvechain (Ni 6) : fè, fouwéye, fè d’ fouwéye.

Autrement dit, dans plusieurs cas, le nom même du grand feu est composé à partir du terme qui désigne le feu en général ou le feu de jardin avec addition de l’adjectif grand : grand feu, grand fè, grand fouwau, grand fèyau.

Voici le relevé systématique des formes notées : il s’agit, dans tous les cas, de dérivés du latin foc(um).

 

I.     Le radical est fou-

 

A. avec le suffixe -ard :

1.  immédiatement accolé au radical :

a.  fouau  :  fé l’ fouau   (Ni 69,  Ni   15);

b.  fouaur :  forme notée à Ni  H,  Ni  15,  Ni  16;

2.  raccordé au radical par un w plus ou moins mar­qué   ;   fouwau   (ALW,   Ni   13);   fouwau  dë  strin (Ni 29, ALW); vive nosse fouwau (Ni 30);

One djaube dë  wau            One djaube dë strin

po fé l’ fouwau.                pou fé l’ grand fè ;

One djaube dë strin          one djôbe dë au

po fé l’ grand fè !           pou fé l’ fouwau !

(Ni 29).                           (Ni 70).

3.  raccordé au radical par un yod :

a.   fouyau : one djaube dë strin po fé l’ grand fè, grand fouyau,

Dès pîres èt dès cayaus po r’tchaufer l’ kë da Macau (Ni 68); (p.9) b.   fouyaune,   forme   notée   uniquement   à   Glimes (Ni 66)  : one djaube dë strin po l’ fouyaune.

 

B. avec le suffixe ‘ -ée ‘ :

fouwéye : cette forme est fréquente, surtout dans le nord-ouest du canton et y connaît deux sens dis­tincts 0) :

a.   poignée de brindilles ; c’est ce que viennent qué­mander les enfants chargés de collecter le com­bustible :

Madame, one pètite fouwée,

Nos v’nans qwê one pètite fouwéye  (Ni 6);

One fouwéye, Madame, s’ i vous plét  (ib.);

b.    flambée et,  de là,  feu  de jardin et grand  feu  : One djaube dë strin po l’  fouwéye  (Ni 9).

La précision fé d’ fouwéye indique spécialement qu’il s’agit du grand feu (Ni 6, Ni 9).

One bote dè strin

po fé l’ fè d’ fouwéye

fouwéye, fouwéye

on côp par anéye…   (Ni    9).

 

II.   Le radical est fè.

Un seul dérivé a été noté : fèyau  (Ni 45, 64,  17).

Au grand fè vivau !

Au grand fèyau vivau !   (Ni 45);

Grond fèyau, madame Dèclau…   (Ni 64).

 

(1) Nous avons noté la forme fouwèye au nord-ouest du canton, aux points 19 et 20, mais avec une acception toute différente, celle qui cor­respond au liégeois fouwaye, poussier de charbon, houille fine, et à l’ancien français fouaille. Ces emplois sont sans rapport avec le grand feu et le mot n’est relevé ici que pour son homonymie. Il s’agit en fait d un autre suffixe.

 

(p.12) III Le radical est fi-.

Incourt (Ni65) et Dongelberg (Ni47) ont révélé la forme ‘fiyau’ : grand fiyau (Ni47)

Grand fè, grand fiyau !

Lë strin qui brûle

Lë strin qu’ë faut … (Ni47)

Fè fiyau (Ni65)

 

Gran fè fiyau (Ni47).

 

 

L’examen de la carte 65 du tome III de l’ALW ainsi que la lecture des notices 192, 193 et 195 entraînent quelques surprises : deux points de la carte (Ni 17 et Ni 28) offrent pour la désignation du grand feu la leçon tout à fait curieuse de grand-mères.

Les notices permettent d’ajouter la même mention aux points Ni 11 et Ni 29.

Cette situation nous a invité à consacrer à cette question, en 1972 et 1973, les exercices pratiques correspondant au cours d’Arts et traditions populaires d’Europe que nous pro­fessons à l’Université de Bruxelles. Nous exprimons notre vive gratitude à notre assistante, Mme Delphine manet, pour son apport personnel à cette enquête et le soin avec lequel elle a guidé les étudiants dans cette matière délicate.

Cet article se bornera à l’aspect dialectal de la question mais en soulignant tout ce que l’étude folklorique — qui reste à faire — pourrait encore réserver de révélations. Ici, nous souhaitons simplement apporter quelques précisions sur les termes qui, en dialecte, désignent le grand feu dans le canton de Jodoigne et, plus spécialement, déterminer avec un maximum d’exactitude l’aire dialectale de grand-mère avec le sens de grand feu.

Des notes et renseignements recueillis, il apparaît immé­diatement que c’est le canton de Jodoigne qui présente un intérêt particulier pour les désignations du grand feu et

 

III. Le radical est fiy-

Incourt (Ni 65) et Dongelberg (Ni 47) ont révélé la forme fiyô : grand fiyô (Ni 47) :

Grand fè, grand fiyau !

Lë strin quë brûle

Lë strin qu’ ë faut…   (Ni 47)

fè fiyau  (Ni 65)

Grand fè fiyau  (Ni 47).

Au point Ni 65, nous ne sommes pas parvenu à obtenir d’emploi de fiyau en dehors de l’expression fè fiyau ; le feu de jardins s’y dit aujourd’hui fè (on fè d’ cwaches, un feu de fanes).

 

 

(p.14) Le grand feu

 

Les désignations du grand feu réservent au chercheur une moisson extraordinaire issue de la combinaison des différents termes que nos démarches antérieures ont révélés.

Le nombre de formes différentes peut trouver son expli­cation dans ‘le caractère essentiellement et jalousement local de ces manifestations folkloriques. Le grand feu engendre, pour ainsi dire, un « sous-esprit » de clocher, en ce sens que le nombre de feux est très supérieur à celui des églises.

Pour les trente-cinq communes du canton nous avons dénombré, bon an mal an, 80 grands feux alors que le nombre d’ég’lises ne dépasse guère la quarantaine.

Le grand feu est l’affaire exclusive des gens d’un petit (p.15) groupe : quartier, hameau, section, paroisse, commune. Il y a régulièrement rivalité, jalousie et bagarres s’érigeant par­fois en batailles rangées avec capture de prisonniers et règlement de rachat !

Une formule caractérise à merveille cette situation dans tout son réalisme cru :

Vive notre grand feu, Merde pour les autres !

Ces considérations expliquent partiellement la diversifi­cation locale des appellations : d’un hameau à un autre de la même commune, le nom du grand feu peut changer.

Sans toujours tenir compte de l’alternance vocalique ‘ an/on’1 dans le mot grand, nous arrivons à vingt-huit dési­gnations distinctes du grand feu, abstraction faite des locu­tions verbales.

Si nous faisons entrer celles-ci en ligne de compte, nous arrivons pratiquement au chiffre de quarante !

Il est nécessaire de mettre un peu d’ordre dans cette invraisemblable concurrence.

Le procédé de formation initial consiste à qualifier de grands le feu ou le feu de jardin ; cela donne : grand (grond) feu, _ fè ; _ fèyau, _ fiyô, fou(w)au.

On spécifie l’occasion du feu : fè dés carnavals, fè dès mascarades ; fouwéye dès mascarâdes.

On indique la nature du combustible : fè d’ fouwéye, fouwau dë strin.

Quelquefois on compose à partir de grand feu : grand fè dès mascarâdes.

On peut aussi procéder par juxtaposition des termes qui désignent le feu en général et le feu de jardin en particulier : fè fiyau.

Le composé s’allonge lorsqu’il part de grand feu : grand fè fiyau.

 

(p.16) Il arrive que le déterminant soit un nom propre : un anthroponyme [grand fè Lahaye (2) à Roux-Miroir] ou un toponyme (le fè d’zos-y-Èche [le feu sous Hèze] cité par l’ALW, mais que nous ne faisons figurer dans notre liste que pour mémoire).

 

Une dernière étape est atteinte lorsqu’à la question de savoir comment on désigne le grand feu les témoins nous répondent :

1° par le terme grand-mère ou un de ses composés : lès grand-mères ; lë fè dès grand-méres ; lë fè dès viyes grand-méres ; lë fouau dès viyes grand-méres (3).

2° par une phrase entière qui désigne l’action de « faire le grand feu » : « réchauffer les pieds de la grand-mère », « brûler les grand-mères », « réchauffer le cul de la vieille grand-mère », etc.

La singularité de la chose mérite que nous entrions dans les détails.

La rimaille de quête, dans une aire que nous délimitons sans peine, est nettement différente du modèle que nous avons dégagé précédemment.

 

(2)   Nous  avons  longtemps hésité pour cette  désignation  :  ne pou­vait-il pas être question d’un toponyme le « feu La Haie » puisque il y a un endroit du village dénommé à l’ âye ?

Nous n’avons trouvé aucune mention d’un feu à cet endroit d’une part, et, raison plus déterminante, pourquoi la désignation de ce grand feu serait-elle hybride ou bilingue : lë grand fè en wallon et La Haie en français ?

Un fragment de chanson locale qui nous a été rapporté établit qu’un personnage nommé Lahaye a joui d’une certaine popularité ou notoriété folklorique :

… qu’ ë nîve ou qu’ ë nîvéye

c’ èst todi po Lahaye dè l’ Chavéye.

(3) Nous n’estimons pas devoir considérer comme unité lexicale la forme notée une fois ou deux à Lathuy grand fè dès viyes grand-méres.

 

(p.17) Ici, la finalité du grand feu est précisée de diverses façons, assez parallèles cependant.

En collationnant les diverses formules de quête recueillies soigneusement dans le canton de Jodoigne, nous observons que pour 18 communes sur 35 un thème tout différent se fait jour.

On fait la quête afin de « réchauffer » (chauffer, réchauf­fer ou brûler) des personnes plus ou moins bien précisées :

—  les vieilles gens à Linsmeau   (Ni 31);

—  des  femmes  : — la ou les vieilles grand-mères Ni 14, 15, 16, 17, 18, 27, 29, 30, 48, 51 ;

—  la vieille Désirée Ni 67 ;

—  la vieille sorcière Ni 66 ;

—  des hommes : — un homme de bois Ni 28 ;

—  un homme gelé Ni 50 ;

—  un homme de bois gelé Ni 48, 49, 101 ;

—  le(s) vieux bavard (s)  Ni 50 ;

—  Macau ou Macro Ni 68.

Quand on précise à quel endroit on doit « réchauffer » ces personnages, n’existe que l’alternative : les pieds ou le cul.

Voici le relevé systématique des locutions que nous avons notées où interviennent les notions de grand-mère, d’homme de bois ou d’homme gelé.

 

1. Grand-mére

 

Locutions verbales

Réchauffer les pieds  de la (dè l’)   g.-m.  15; en fr. régional : réchauffer les pieds de la g.-m.  15 ; des g.-m. 16 ; (p.19) le cul de la grand-mère ; …

 

Chauffer

les pieds de la grand)mère, …

le cul à la grand-mère, …

 

Brûler

les vieilles grands-mères

les pieds ‘da grand-mére’, …

le cul de la vieille grand-mère

 

Faire les grands-mères

 

Roter po lès grands-méres  (faire la quête)

 

Locutions substantives

Lès grands-méres ;

lë fè dès grands-méres

(p.20) lë djoû dès g.-m. ; lë dîmègne dès g.-m. ; lès vôtes dès g.-m. 50.

 

Locutions adverbiales

aus g.-m.

sayî sayète grand-mére 30 (noté aussi siyî sayète g.-m. 30).

 

2.   Homme de bois ou homme gelé

Dans cinq communes du canton, nous avons enregistré une formule de quête qui fait allusion à un homme qu’il s’agit de réchauffer.

A Molembais-Saint-Josse (Ni 28 Jodoigne) on chante :

One djaube dë strin po r’tchaufer noste ome dë bwès qu’ è-st-èdjalé, l’ kë sër one pîre ! One djaube po l’ rètchaufer !

A Huppaye et à Molembais-Saint-Pierre :

One djaube dë strin po r’tchaufer noste ome dë bwès qu’ èst èdjalé sër one pîre.

Variante à Huppaye : 

po broûler noste ome… One djaube dë strin po  r’tchaufer noste ome dë bwès  :  n-a cint’ ans qu’ël a  l’  kë sër one pîre !  One pëtëte djaube po l’ rètchaufer !

A Jodoigne-Souveraine (Ni 48) :

One djaube dë strin po r’tchaufer noste ome dë bwès qu’ èst èdjalé sër one pîre ! One djaube po l’ rètchaufer !

A Enines :

A l’ quète à l’ quète po fé l’ fouwau ! On-ome èdjalé : à l’ quète, à l’ quète po l’  rètchaufer, à l’ quète, à l’ quète !

(p.21)

A Offus  (Ramillies-Offus Ni  101)   :

Dji vins qwère one djaube, on fagot, one côrteulète, çou qui v’s~avoz po rèstchaufer nost-ome di bwès qu’ a-st-èdjalé padrî one pîre !

 

***

Afin de voir un peu plus clair dans ce labyrinthe de données étranges, procédons systématiquement en envisa­geant un à un les concepts présents dans cette étonnante littérature.

 

I. La grand-mère

 

Du point de vue folklorique, la grand-mère est un per­sonnage capital et nous ne pourrons ici en esquisser que quelques aspects.

Celui qui s’impose en premier lieu, c’est l’aïeule et le rôle qu’elle peut jouer sur le plan social et familial.

En ce qui concerne le grand feu, un rapport existe entre sa célébration et la grand-mère. Le grand feu, en effet, est le prétexte d’une coutume très connue dans le Brabant wal­lon, coutume qui prescrit aux enfants, de « revenir » ce jour-là manger chez leurs parents. Comprenons bien la situation : si l’on dit que les enfants doivent « revenir » chez leurs parents, cela implique qu’ils ont cessé de vivre sous le même toit, qu’ils sont donc mariés et, normalement, parents eux-mêmes. Ce qui fait des grand-mères le foyer de ce genre de réunions familiales. Il s’agit, en fait, d’une visite aux grand-mères.

Deux préparations culinaires, dans l’aire que nous avons choisie, agrémentent la visite : soit les crêpes, soit les (p.22) gaufres. Sur le plan lexical on connaît les votes de grand-mère (à Enines, on les distingue des autres crêpes parce qu’elles contiennent des lardons); l’ALW signale pour Piétrain dè pwin, dè l’ vôte dè l’  vîye grand-mére. (-. Le succès de cet usage familial a conduit à parler du jour des grand-mères et même de la fête des grand-mères.

N’omettons pas de souligner au passage quelque regain d’activité de cette coutume à la faveur de l’instauration récente de la fête des mères puis de la fête des pères. Dans le canton de Jodoigne, il y avait belle lurette que les grand-mères avaient leur jour, leur fête !

Sur un tout autre plan, celui de la sémantique comparée, il est un fait bien connu : le terme qui désigne la grand-mère peut servir à désigner la sorcière. C’est le cas, notamment, du russe baba.

Rappelons les conditions que notre peuple wallon distin­gue pour qu’une femme soit sorcière : il suffit qu’elle soit vieille, laide et méchante.

Dans le canton de Jodoigne même, nous avons recueilli des témoignages probants à ce sujet. II n’y a pas si longtemps que, dans la région de Beauvechain et de Piétrebais, on parlait encore de sorcière en croisant une vieille.

Le souci de se protéger des sorcières et de les chasser reste un des thèmes du grand feu quand on le ressuscite. La plupart des feux repris aujourd’hui sont couronnés par un mannequin chevauchant un balai ou ayant fait l’objet d’une scène de jugement inspirée des procès de sorcellerie. Incon­testablement, on brûle la sorcière.

Réalité sociale, réalité magico-religieuse, la grand-mère est aussi, très souvent, réalité folklorique. Elle est conteuse (les contes de grand-mère), elle est guérisseuse (les remèdes de bonne femme, de grand-mère).

Elle est aussi, dans le canton qui nous intéresse, person­nage folklorique en ce sens qu’elle est un masque, un (p.23) déguisement de carnaval. La plupart des célébrations du grand feu s’accompagnaient de chants, de danses et de travestissements divers. A Jodoigne, dans la région, et même dans un rayon assez étendu (Hévillers), on a parlé de se travestir en grand-mère. Il s’agissait simplement de s’affu­bler de vieilles et longues jupes ou de se draper dans un long manteau, dit pelisse, qui avait pu servir de manteau de deuil. On se prêtait ce genre de vêtement à l’occasion.

Parfois, le bûcher du grand feu était surmonté d’un mannequin qui pouvait, affublé de vêtements de femme, représenter la ou une grand-mère. Le cas précis nous a été cité à Maison du Bois (Mélin Ni 15) : c’était bien une grand-mère qui brûlait au sommet du feu.

Parmi nombre d’autres attestations et coutumes folklo­riques intéressant la grand-mère, citons celle-ci dont nous avons retrouvé la trace dans deux villages de l’aire ‘grand-mère’, à Lumay (Zétrud-Lumay Ni 17) et à Saint-Rémy-Geest (Ni 18). Il s’agit de la coutume de tirë l’grand-mère  pa l’ pî (tirer la grand-mère par le pied).

Le dimanche précédant le mardi-gras (donc huit jours avant le grand feu), les petits-enfants s’approchent subrep­ticement de la grand-mère, l’après-midi, quand elle est assise dans son fauteuil, ils lui passent une corde autour de la cheville et tirent…

La grand-mère est surprise ou feint de l’être.

Nous attendons de plus amples informations sur cet usage dont la disparition remonte aux environs de 1920-1925.

Située le dimanche qui précède celui du grand feu, cette conduite ne pourrait-elle servir d’avertissement, être le début d’un scénario correspondant par sa date à ce que des villages voisins connaissent sous le nom de « petit feu » (Jauche notamment)? On commencerait à inquiéter, à taquiner la grand-mère, à l’éveiller (car pour se laisser ainsi surprendre, (p.24) elle devait dormir…) avant de se mettre à la « réchauffer » huit jours plus tard.

En rapport avec les grands-mères, le canton de Jodoigne et le grand feu, signalons encore cette chanson qui, en certains points (Piétrebais Ni 14 et Marilles Ni 51), servait souvent de formule de quête :

Grand-mére, sauvez vosse vatche,

Lès Prussyins sont-st-à l’ ovradje !

Ë n-a pont d’ vatche à sauver,

Ë n-a qu’ one djône fèye à marier !     (Marilles, Léon Lacroix, né en 1899)

Cette chanson est ancienne et les Prussiens ont dû y apparaître au moment des guerres napoléoniennes. Saint-Jean-Geest aurait conservé la forme primitive :

Grand-mére, sauvez vosse vatche,

Lès brigands sont dins l’ vëladje.

Le personnage de la grand-mère, on le constate, est fréquemment associé à l’idée même du grand feu.

 

II L’homme de bois, le vieil homme de bois

 

On songerait d’emblée à expliquer cet homme de bois par la notion de mannequin. Mais les dialectes locaux traduisent mannequin par orne de strin, homme de paille.

Le folklore religieux de Jodoigne nous fournit un élément à retenir. Henri desneux, dans son ouvrage Le Brabant wallon, sous la rubrique Jodoigne, écrit ceci : « Dans l’église Saint-Médard, il y a une statue de saint Aubin [lire sint Haulin, Hadelin] en bois, appelée le ‘ Vieil homme ‘. Des bébés en cire blanche sont déposés auprès d’elle en ex-voto. On y conduit les enfants grincheux, méchants et pleurni­chards… »

(p.25) Aujourd’hui, la statue a disparu mais plusieurs témoins m’ont encore parlé de ce culte qui s’accompagnait de rites particuliers.

 

III. Réchauffer

 

Le verbe réchauffer nous paraît capital dans le message des rimailles. Une quadruple confluence semble se manifester si nous prenons la peine de replacer les éléments dans leur contexte.

 

1. Contexte folklorique d’abord. Ces rimailles, qui servent de formule de quête pour le grand feu, sont nombreuses et générales. Nous en avons réuni la collection à peu près complète pour les cantons de Jodoigne, de Wavre, de Perwez, ainsi que pour les communes des cantons de Waremme, de Huy, de Namur et de Nivelles qui se trouvent en bordure des cantons précités.

Cela nous offre une vue d’ensemble du phénomène que nous ne pourrions avoir par les seuls détails que nous donnent les trente-cinq communes ldu canton de Jodoigne.

Roger pinon, dans son Analyse morphologique des feux de Carême dans la Wallonie occidentale (*), nous rapporte diverses versions populaires relatives à l’origine du grand feu. Celle-ci, notamment : Jésus qui s’était attardé au Temple avec les docteurs, était cru perdu. Ses parents, qui le croyaient dans la campagne ou le désert, avaient allumé des feux pour lui permettre de s’orienter, de « se retrouver ».

De là, les rimailles locales que nous avons notées juste en bordure de l’aire du canton de Jodoigne :

 

(1) Annuaire   XIII   de   la   Commission   royale   belge   de   Folklore, pp. 81-184.

 

(p.26) Une djaube dë strin po r’trover l’ Bon Diè (Boneffe Na 3, Branchon Na 4, Chaumont-Gistoux Ni 63) :

… pour retrouver le petit Jésus

qui s’était perdu  (Grez-Doiceau Ni  12).

Ajoutons ce détail : à Orbais (Ni 96), lors de l’embra­sement du grand feu, les assistants criaient (en français) :

Le feu est allumé :

Le petit Jésus est retrouvé !

Cette légende est présente dans la conscience des habi­tants de plusieurs communes du canton de Jodoigne (Enines, Jauche, Marilles notamment), mais ne s’est pas cristallisée en rimaille de quête.

Continuant dans le cheminement de l’imagination popu­laire, nous concevrons que le petit Jésus, perdu dans la nuit, devait avoir froid : le feu servit à le réchauffer. De là, très naturellement, ces formules :

One djâbe, one djâbe, one djâbe di strin

Po rèstchaufer l’ Enfant Jésus 

(Lens-Saint-Remy W 48) et, plus précisément :

Ine djâbe di strin, s’ i v’ plêt,

Po tchâfer lès pîds dè p’tit Jésus

Qu’ èst mwèrt èt qui n’ vike pus! 

(Braives W 62, noté par R. pinon).

 

Le détail des paroles de ces rimailles a son importance. N’est-il pas troublant de trouver encore aujourd’hui une conduite comme celle-ci : Joseph Houart, demeurant au 48, rue de l’Intérieur à Thorembais-Saint-Trond, brûle une botte de paille à la limite de ses terres le dimanche le plus proche du carnaval. Il dit que « c’est pour réchauffer les pieds des morts et pour chasser les mauvais esprits ».

 

(p.27) 2.  Nous trouvons un autre sens du verbe réchauffer quand il s’agit d’exprimer l’idée de réconforter, de faire plaisir. Le grand   feu,   nous   l’avons  vu,   s’accompagne  de  la  coutume d’honorer les parents d’une visite : cela les réconforte, cela les « fait vivre vieux », cela leur «  réchauffe le cœur ».

Cette dernière expression n’est pas sollicitée pour . la circonstance. Nous la trouvons notamment dans un couplet noté à Huppaye, chanté à l’occasion de la Saint-Grégoire :

Marie-Thérèse, tirez à  boire :

C’est saint Grégoire qui vient nous voir !

Tirez de la bonne bière

Et oui bien !

Pour réchauffer not   cœur

Si vous m’entendez bien !

Serait-ce là le sens à donner à la rimaille notée à Linsmeau (Ni 31 ) :

Ine djâbe di strin

Po r’tchaufer lès viyès djins ?

 

3.  L’examen du schéma général du  message des quêteurs que nous avons reconstitué révèle des allusions précises et nombreuses à la fertilité, à la prospérité de  l’élevage, en somme à la fécondité : de beaux, de bons oignons, du beau chanvre, une belle vache, un beau mouton.

Ailleurs, et dans le canton même, nous trouvons fréquem­ment des allusions à de belles pommes, à de beaux fruits.

A Piétrebais (Ni 11) nous avons enregistré des allusions criées telles que :

One djaube dë strin po bin réussi noste aous’ !

et

Sins fè, on n’ a ni l’ chance d’ oyeu dès bèles rècoles!

Le feu est le symbole manifeste du réchauffement, du renouveau de la nature, la condition sine qua non de la fertilité.

 

(p.28) 4. On pourrait s’en étonner à bon droit : dans le programme du message de quête, on ne note aucune allusion à l’amour, au mariage. Or nous savons que le grand feu est par excel­lence la fête des amoureux. L’idée est loin d’en être perdue dans le canton. Sans doute n’y avons-nous pas noté la rimaille fréquente ailleurs :

Au grand feu lès-amoureûs !

(l’absence de rime y est sans doute pour quelque chose : [è ne rimerait pas avec amoureûs !), mais on a observé le rite du saut par dessus les flammes (à Nodebais notamment), la coutume du soudage (dans le centre du Brabant wallon).

Le renouveau signifié et suggéré par la fête du grand feu, du feu nouveau, comme il l’est en certains endroits plus éloignés, la fertilité, la fécondité, tout cela ne peut se passer d’expressions ou d’allusions dans lesquelles l’espèce humaine soit intéressée.

Ne peut-on concevoir que le grand feu qui, en général, s’oriente vers un encouragement des jeunes aux courtisailles, au mariage, à la procréation, soit associé ici à un vœu connexe mais légèrement différent, celui de prolonger quel­que ardeur amoureuse chez les vieux ?

Rappelons, s’il en est besoin, qu’en certaines régions de Wallonie les épouses mécontentes entreprennent de « faire refondre leur mari ». Rappelons aussi que c’est dans le but de la réchauffef que l’on dit que la sœur cadette fait « danser son aînée sur le cul du four » si elle se marie la première.

Et le programme ne recule pas devant la crudité de l’expression : réchauffer le cul. En wallon, comme en fran­çais populaire, le terme cul peut avoir un sens très large. N’en donnons pour preuve que le wallon tchôd-cou signifiant nymphomane (DL).

 

(p.29) Un fait aussi mérite d’être souligné : dans l’aire où il est question de « réchauffer », il y a deux personnages qui peuvent bénéficier de ce vœu : la grand-mère, mais aussi l’homme de bois, le vieil homme de bois, l’homme gelé.

Un mot d’explication est utile et favorable à notre thèse.

Être de bois signifie, en wallon, être insensible, être frigide.

On connaît l’anecdote mise sur le compte d’un naturel de Bois-et-Borsu (H 71 ) : une fille qui lui faisait d’indé­niables avances finit par lui dire :

Vos-èstez d’ bwès, sûremint ?

A quoi le paysan naïf répondit :

Nèni, dji so d’ Borsu ! (jeu de mots sur être de bois et être de Bois).

Toutes ces images sont très nettes : réchauffer le cul, le vieil homme de bois, le vieil homme gelé. Dans le contexte de la célébration du grand feu, on peut les prendre au pied de la lettre.

Songeons aussi à cette curieuse image que nous donne desneux du Vieil homme, statue de sint Haulin, entouré d’une foule de bébés de cire. Coïncidences curieuses, ce vieil homme de bois, cette prolifération de bébés, et juste­ment à Jodoigne, foyer de pèlerinage.

Réchauffer peut donc être pris dans des acceptions diffé­rentes : réchauffer les pieds, réchauffer le cœur, réchauffer la nature entière, réchauffer comme un aphrodisiaque.

 

IV Chauffer

 

Une série de versions, en minorité cependant, parlent de « chauffer les pieds », de « chauffer le cul ».

Comment  justifier  ces  allusions ?

Dans ce cas, c’est un autre fil de l’écheveau sémantique qui a prédominé. « Chauffer les pieds », « chauffer le cul » sont des expressions qui relèvent du vocabulaire de la sorcellerie, spécialement de sa répression.

(p.30) Parmi les divers supplices qui accompagnaient l’inter­rogatoire, un procédé courant, un des premiers moyens d’inviter aux aveux consistait à chauffer, jusqu’à la brûler, la plante des pieds de l’accusé.

On a connu, jusqu’au siècle dernier, avec, récemment, de sinistres rééditions, des malfaiteurs qui infligeaient encore ce genre de question à leurs victimes, d’où leur nom de « chauffeurs ».

Quant à « chauffer le cul » l’expression fait également partie du ‘lexique des procès de sorcellerie. M. Jacques beckman  m’a soumis des textes de procès où se trouvaient des phrases comme : On te chauffera le cul.

La confusion entre les formes dialectales tchôfer et r’tchô-fer peut devenir fatale si le signifié est imprécis. Nous avons noté plusieurs points où existe la concurrence des deux verbes : dans l’état actuel de leur emploi, cela ne porte nullement à conséquence.

Une connaissance suffisante du dialecte est nécessaire pour enquêter sur ce point. J’ai surpris des étudiants qui notaient « pour tchaufer » alors qu’il s’agissait de « pou r’tchaufer ».

 

V Brûler

 

Evidemment, avec le grand feu, il s’agit d’un bûcher qui brûle tout, en fait ou symboliquement. Le verbe brûler est moins fréquent avec les compléments pieds ou cul. On le trouve plus régulièrement dans les expressions brûler les grands-mères, brûler les vieilles grands-mères dans le sens de faire le grand feu.

Le voisinage sémantique de brûler avec chauffer et réchauffer facilite la confusion : ce genre de littérature orale est, en fait, assez particulier. Il s’agit d’une littérature périodique : elle ne se pratique qu’une fois l’an. Les interprètes (p.31) qui la débitent sont généralement des enfants, dans des moments d’action collective, fort peu propices aux préoc­cupations étymologiques ou sémantiques!

Contaminations, interférences, interpolations sont imman­quables ; d’autant plus que les enfants n’ont aucune conscience de la symbolique possible de leurs messages.

L’étonnant est que nous puissions encore trouver dans cette matière des éléments susceptibles d’être ordonnés logiquement et rationnellement interprétés.

S’il faut conclure, plusieurs points de vue doivent nous retenir.

D’un point de vue purement informatif, notre enquête a permis de substituer à deux ou à quatre points de l’ALW une aire parfaitement cohérente intéressant quatorze com­munes du canton de Jodoigne, aire que nous avons nommée « aire grand-mère ».

Ce travail nous a permis d’illustrer dans le détail trois stades de distribution dialectale :

— une région divisée par une ligne isoglosse, en l’occurrence l’isoglosse /eu – /è/ ;

— la même région, singulièrement écartelée par une dizaine de formes pour désigner le « feu de jardin » ;

— la même région transformée en une véritable mosaïque de formes pour traduire la notion de « grand feu ». Nous sommes passés successivement de la notion générale de feu avec un minimum de variantes (deux possibilités), à un usage régional pour désigner les feux de jardin (une dizaine de possibilités), puis à un usage strictement local pour une manifestation folklorique universelle, le grand feu (une quarantaine de possibilités).

 

(p.32) A ce dernier stade, le phénomène de concurrence atteint la plupart des localités : il en est très peu qui ne disposent que d’un terme pour désigner le grand feu.

Un type se manifeste prédominant, le composé grand feu qui, dans l’état actuel des choses, n’est ignoré que de neuf communes sur l’ensemble des trente-cinq qui constituent le canton.

Le problème est le suivant : ces points ont-ils connu un mot de type grand feu pour l’abandonner au profit d’une autre expression ? Ou bien ces points n’ont-ils pas encore été gagnés par la généralisation progressive de grand feu 1

Sans doute manquons-nous de documents pour trancher de façon définitive : la chronologie n’est pas établie et nous échappe. L’évolution actuelle est nette : la forme de grand-mère cède le pas à celle de grand feu en plusieurs localités. En certains points, seuls les octogénaires connaissent encore grand-mères et les sexagénaires parlent de grand feu.

Quelquefois (à Zétrud-Lumay notamment), la forme grand-mère a entièrement disparu alors que les enquêteurs de l’ALW avaient encore pu la noter.

Les neuf communes qui ne connaissent pas grand feu se répartissent en trois îlots : 9, 14, 15, 16, 17 ; 50, 51 et 45, 64.

Six de ces localités disent grand-mère : 14, 15, 16, 17, 50 et 51. Le point 6 et une partie de 14 (Chapelle-Saint-Laurent) relèvent de la zone qui dit ‘fouée’ ; 45 et 64 disent fouwô.

On pourrait imaginer qu’à un moment donné, la forme grand-mère ait supplanté, au point de les gommer entière­ment, des formes antérieures.

Autre question qui ne touche la dialectologie que par des préoccupations étymologiques ou sémantiques : comment en est-on arrivé à donner au grand feu le nom de grand-mère 1

Nous avons la certitude que grand-mère n’est pas, à l’origine, une forme qui ait pu se substituer à grand feu.

 

(p.33) L’explication doit passer par une expression verbale, souvent formulée dans les rimailles de quête. Plusieurs villages n’ont pas encore de mot pour dire grand feu mais expriment l’idée de « faire le grand feu » par la proposition réchauffer le cul de la grand~mère.

Grand-mère, dans l’aire à laquelle nous donnons son nom, n’est pas senti partout comme un synonyme parfait de grand feu, alors que brûler les grand-mères est l’équivalent de faire le grand feu.

Pour en arriver à grand-mère, substantif signifiant grand feu, il a fallu passer par un stade antérieur : chauffer, réchauffer ou brûler les pieds ou le cul des grand-mères.

Il en va différemment dans les quelques villages de l’aire grand-mère qui ne connaissent pas la rimaille faisant allusion à ce personnage, mais celle qui met en scène un homme de bois. A Huppaye, à Molembais-Saint-Josse et à Enines, le terme grand-mère s’est introduit par le calendrier, par la façon de désigner la date : le jour des grand-mères, aux grand-mères, expressions toujours vivantes.

Il est certain que le « phénomène grand-mère » a joui d’une certaine extension qui a dépassé les limites de l’aire actuelle : nous en avons noté le souvenir à Jauche et même à Ramillies.

Quant à savoir d’où vient cette appellation étrange de grand-mère pour grand feu, les auteurs de VALW suggè­rent une possibilité, celle du mannequin que l’on brûle lors du feu.

Notre commentaire des éléments de la rimaille élargit le champ des hypothèses plausibles.

Il peut s’agir de la crémation figurée d’une sorcière, la grand-mère étant souvent suspecte de sorcellerie. Crémation symbolique des mauvais esprits. On ne brûlerait en fait que ce qu’il y a de suspect dans la grand-mère.

 

(p.34) Il peut être question aussi, comme le suggère YALW, d’un simple mannequin nommé grand-mère parce qu’il emprunte le déguisement connu sous ce nom dans la région.

On connaît d’autres exemples de crémation de la grand-mère : à Gespunsart, dans les Ardennes françaises, très près de la frontière belge, on a, jusqu’en ces toutes dernières années, brûlé la « Même ».

A Maison-du-Bois, hameau de Mélin, on nous a affirmé : le mannequin c’est la grand-mère ! Mais quel contenu exact donner à ce terme ? L’étiquette ne suffit pas.

Dans la crémation de la sorcière ou de la grand-mère mannequin, nous pouvons ne voir que des accidents si nous envisageons la signification profonde et le contexte général du grand feu, fête du renouveau, manifestation nettement orientée vers la fertilité, la fécondité, les amours et la pro­création.

Nous sommes assez sensible au fait que, dans notre étroite zone du canton de Jodoigne, nous trouvions justement une grand-mère et un homme de bois à qui l’on applique ce même traitement du « réchauffement ».

Il est enfin un mot dont les autres explications ne rendent pas compte, c’est le mot cul. Il nous semble capital et ne trouve de justification que dans la mission traditionnelle de fécondité du grand feu.

 

Albert doppagne

 

Sigles

 

Canton de Jodoigne :

Ni 3 Hamme-Mille ; 4 Nodebais ; 5 Tourinnes-la-Grosse ; 6 Beauve-chain ; 9 L’Écluse ; H Piétrebais ; 15 Mélin ; 16 Saint-Remy-Geest ; 17 Zétrud-Lumay ; 18 Saint-Jean-Geest ; 19 Opheylissem ; 20 Neerhey-lissem ; 27 Lathuy ; 28 Jodoigne ; 29 Piétrain ; 30 Noduwez ; 31 Lins-meau ; 45 Longueville ; 46 Roux-Miroir ; 47 Dongelberg ; 48 Jodoigne-

(p.35)

Souveraine ; 49 Huppaye ; 50 Enines ; 51 Marilles ; 52 Orp-le-Grand ; 64 Opprebais ; 65 Incourt ; 66 Glimes ; 67 Jauchelette ; 68 Bornai ; 69 Jauche ; 70 Jandrain-Jandrenouille ; 84 Autre-Église ; 85 Folx-Ies-Caves ; 101 Ramillies-Offus.

 

Les endroits où se faisait le grand feu

3     Hamme-Mille : — Valduc : à l’ vôye d’Hame ; — aux Clainnes ;

—  à La Planche, act. rue René Ménada.

4     Nodebais : 3 feux au moins dont — ruwe dë d’zos ; — au lêd trau.

5     Tourinnes-la-Grosse  : derrière l’église.

6     Beauvechain :   —   La   Bruyère,   « au   plus   haut   du   monde » ;

—  aux Burettes ; — au Champ de Wahange.

9    L’Écluse   : — à la Cabourse, en face de la Maison communale ;

—  à Sclimpré, d’zeû mon Voos’.

14     Piétrebais : so l’ bwès Mago, le bwès dri l’ête ; — à Chapelle-Saint-Laurent, su l’ tiène Renîr.

15     Mélin :  au tiyou ; — à Maison-du-Bois :  au chavia, al tchamp Glôde ; — à Sart-Mélin, so 1′ tchamp del Gloriète ; — à Gober-tange, al grosse bosse.

16     Saint-Remy  Geesl : au pa d’l à l’auw.

17     ZétruJ-Luniay       : aucun souvenir actuellement.

18     Saint-Jean-Geest   :  —  al tombe,  aus  vignes ;  —  Sainte-Marie-Geest, so l’ tiène.

19 Opheylissem : inexistant,

20 Neerheylissem  :  inexistant.

27 Lathuy  :  — au  d’zeû  dès djaurdins,  rue  Dessus ;  — à  Brocui, so  lès  tiènes,  Haut-Chemin;  — à  lôtch’mi   (fr.  «à  l’atelier») ; — à Happau, rue de Hemptinne.

28 Jodoigne   : — à Molembais-Saint-Josse, au Château d’eau.

29 Piétrain  : — aus Vignes ; — Herbais, al tombe.

30  Noduwez :  — aux Ruelles,  à N.-D.  de Lourdes ; — à  Gollard

(Golô),  al tchavéye de Djôsse ; — au  Cerisier  Saint-Georges, —  à Libertange, au tombwè  (al tchapèle).

31  Linsmeau  : al bracâte ; — a l’angnêre.

45 Longueville   : — au Mont d’Incourt, au trî : — à Grand-Sart, al grègne au saurt ; — d’zos-y-Èche.

46 Roux-Miroir  : — Patrouwintche, au p’tët tchamp.

47 Dongelberg   : au Pachi.

48 Jodoigne-Souveraine :  — au  Sauvyon : — La  Bruyère,  so  lès bôkions.

49 Huppaye  : — a Soctia ; — à Molembais-Saint-Pierre,  au Sart le Bûcher, so lès saurts.

50 Enines   : al brouwère, aus fosses  (sablonnière).

51 Marilles  :   —  au  castagni ;   —  aux  Saules  Beneau ;   —  d’zeû l’ Pirwè ; — au Corbu ; — Nodrenge  : — rouwale dès tchèts, al copète du Brô, amon /’ Plopi ; — au Gibet Lamine ; — aux Acacias, al cinse Cloutch’ (Gloots).

52 Orp-le-Grand   : — à Orp-le-Petit : al vôye dè tchèstia, al copète dè tiène.

64 Opprebais : — sur la Place ; — à Sart-Risbart.

65 Incourt  : sur la Place, derrière l’église (avant 1914); sur le pont Stévenart (après 1918).

66 Glimes   : — rue d Enfer, près de l’église ; — al Tombe,

67 Jauchelette : aux Trois Bonniers, à l’ quèwe dë tchin.ne, aus bou­chons.

68 Bomal   : à l’ Brouyère.

69 Jauche   :  —  al  Tombale ;  —  sur  les  Quatre  Bonniers ;  —  à Reneau-Fossé ; — aux Corèyes.

70 Jandrain-Jandrenouille : — ai kèrkâte ; — à Jandrenouille.

84 Autre-Église  :  —  à  Fagneton ;  —  au  Pirwè,  al  Campagnète ;

—  à Hédenge, èdindje.

85 Folx-les-Caves : au Tombois.

101 Ramillies-Offus : — à l’Olande   (près du cimetière); — sur la Campagne de Ciney ; — aus  Wèyas.

 

Jean-Jacques Gaziaux, Parler wallon et vie rurale au pays de Jodoigne, LLN 1987, BCILL 38

 

Le dimanche de Quadragésime, on allumait le “grand feu”.

Lë prëmi dimègne dë cwarème, c’ èstot l’ grand fè èt lès grands mascarâdes. Profitant de leur déguisement, ces adultes disaient  leurs vérités aux gens, ës foutin’ dès-intrëgues aus djins.

On connaît aussi le dicton : “Au grand fè lès sîses ‘veillées’ è fè ! “, pace quë lès djous ralonguëchenèt.

 

Jean Romain, Fosses, son passé, son folklore, 1949

LE GRAND FEU

 

En 1741, on assurait déjà que la coutume du grand feu remontait à un temps immémorial. Abandonné par le Centre (1) le grand Feu se fait dans les hameaux aux environs de la mi- carême ; la jeunesse du village récolte du bois chez tous les habitants et on forme un bûcher que l’on surmonte souvent d’un mannequin. Les derniers mariés ont le privilège de l’allumer le soir, devant plusieurs centaines de personnes ; la musique joue des airs entraînants et le public se lance dans d’inter­minables farandoles, agrémentées des grimaces et des danses des « mas­carades » ou gens masqués, tandis que les flammes crépitantes montent bien haut dans le ciel.

 

Gustave Lambiotte, abbé, Roger Delchambre, Aisemont à travers les âges, 1972

Grand Feu

 

La journée du premier dimanche de Carême est réservée à l’organisation du Grand Feu. Les Chefs de Jeunesse, une fois ^encore, sont tôt levés pour fignoler les détails. Il convient de procéder au ramassage du bois mort et des matières combustibles. La collecte ne pouvant amener suffisamment de matières pour ériger un bûcher convenable, les Jeunes ont déjà ramassé ici et là des branchages d’ar­bres abattus, des « coupes » de haies. En cette année du Centenaire de la commune, le Grand Feu fut notamment alimenté par les fins branchages des vieux tilleuls de la place, abattus pour faire place aux nouvelles plantations. Ces tilleuls avaient été offerts à la commu­ne en 1888, par Mme Malvina Lambot, propriétaire du château…

 

(p.138) De tradition aussi, la collecte du bois a lieu tôt le matin, au son du tambour. L’après-midi les Chefs de Jeunesse escortés par quelques musiciens et des groupes de masques, effectuent le tour du village offrant l’aubade musicale à tous les échos. Le soir, c’est tout un cortège qui se rend au domicile des derniers mariés de la localité habitant Aisemont. Car ce sont eux qui ont le privilège d’allumer le feu ; c’est pourquoi ils sont amenés en grande fanfare auprès du bûcher dressé au lieu-dit « Chemin ». Lorsque les flammes commencent à monter à l’assaut des branchages, les masques et même les « civils » souvent nombreux ne manquent pas d’effectuer le tour du brasier en dansant un pas de gigue…

 

Jules Fivèz, Istwêre di Bièmeréye, èt di vint’-deûs-ôtes viladjes d’ avaurci dispûs noûf cints swèssante-quate, avou l’ concoûrs dès Bièrmèrwès, 1972

 

Li prèmî Dîmègne do Carème

 

C’ è-st-ossi 1′ djoû do grand feu. Tot-au matin, lès maîsses di djon.nèsse avou saqwants-ôtes djon.nes-omes passenut avou in tchaur satchî pa deûs tch’vaus — di ç’ timps-là on n’ conècheut nin lès camions à moteûr — pou ramassè dès fagots, dès spènes, do strin èt tot ç’ qui brûle. Ossi tanawète dès caurs.

A faît qui lès tchèretéyes arivint d’ssus place, èles-astint diskèrdjîyes èt l’ kèdje mètûwe è môye pou n’ pus-awè qu’ a-z-î mète li feu au momint v’nu.

Adon, on fèyeut 1′ grand feu ène anèye à l’ copète do Viladje, l’anéye d’après à 1′ copète do Fau èt 1′ trwèzyin.me anéye aus Gotèles.

Li dîmègne après non.ne, à l’ sortîye di vèpes, lès masca­râdes — pour zias, c’ èst 1′ dêrin côp d’ l’ anéye — mwinrnès pauzes maîsses di djon.nèsse, Zîrète èt saqwants musucyins, rèyunichint lès maskés d’ssus 1′ Place di l’ Èglîje èt, après-awè fait in rondau, on-z-aleut (p.51) bwâre in côp. Dins 1′ cabarèt, lès maîsses di djon.nèsse dimandint à chakin di mète si paurt dins 1′ boûsse pou-z-awè dès caurs pou fè 1′ toû dès cabarèts do viladje en bwèvant tanawète in p’tit côp dins lès cias qu’ avint donè ène dringuèle pou-z-animè 1′ fièsse.

Susmètant, lès momans fyint dès vôtes lèvéyes oudôbin dès aufes pou bwâre li café, èt ossi pou lès djon.nès djins quand is rivenint dè 1′ toûrnéye do viladje. Adon, lès galants ramwinrnint chakin leû comére addé leûs parints oudôbin is v’nint qwê leû comére pour zèls énn’alè ècheune au grand feu, mins après ièsse bin règalés.

Après-awè fait l’ toû do viladje, lès mascarâdes qu’ astint avou 1′ côrtèje ritirint leû masse pou ‘nn’alè r’trouvè lès djins qui ratindint addé 1′ môye. Ossi rade qu’ il astint arivès d’ssus place lès musucyins djouwint èn-aîr di circonstance susmètant qui lès dêrins mariés d’ l’ anéye métint l’ feu, di plusieûrs costès, à 1′ môye. Dissus 1′ timps qui 1′ môye cominceut à brûlè Zîrète tapeut d’ssus s’ tambour à tot skètè èt sins-arètè ossi longtimps qui lès flâmes astint wôtes assez pou n’ pupont awè d’ fumêre.

Quand 1′ fumêre asteut quausumint èvôye èt qui lès flâmes astint wôtes, lès musucyins èt Zîrète è mètint in bon cô pou fè dansè lès djins en rondau tot-autoû dè 1′ môye qui brûleut avou dès bèlès wôtès flâmes. Lès danseûs n’ arètint nin biacôp, i gn-aveut bin tanawè­te iunk ou l’ ôte qu’ asteut scrans, mins les-ôtes continuwint à toûrnè. Si, malureûsemint, il aveut ploû, i faleut bérdachi dins 1′ bèrdouye, ci qui n’ asteut nin fwârt agrèyâbe surtout pou lès coméres pace qui, adon, i gn-aveut pont d’ « mini-jupes » èt nin rèquis di moustrè sès djambes trop wôt. Lès musucyins n’ arètint nin sovint, mins s’ is n’ djouwint pus ou nin fwârt assez, Zîrète ramboucheut ça pus fwârt d’ssus 1′ pia d baudèt. Li, il aureut faît moru lès danseûs. Quand lès flâmes comincint à rabachî, ç’ asteut 1′ momint di vinde lès cindes dè 1′ môye qu’ astint vindûwes come à ène passéye. Li cia qu’ aveut tapè 1′ pris l’ pus wôt diveneut propiètaîre do moncia d’ cindes.

Avou lès liârds dè 1′ vinte, quand 1′ feu cominceut à djômyi, totes lès djins ‘nn’alint bwâre in côp avou lès maîsses di djon.nèsse, Zîrète èt lès musucyins dins lès cabarèts èyu-ce qu’on danseut avou 1’ musike dès mascarâdes oudôbin avou ène viole ou èn-ârmonica. Au pus sovint, lès momans èt lès popas chuyint leûs fîyes èt leûs galants.

Li grand feu asteut 1′ dêrin djoû dès mascarâdes. Li pârtîye asteut r’mètûwe à l’ anéye d’après.

Eûreûsemint qui 1′ grand feu a todi continuwè èt qu’ asteûre, il est tofêr bin ancrè.

 

Eugène Frérard, Mes mémoires et souvenirs d’Ancien Combattant de la Guerre 1940-1945, s.d.

 

(p.10) Lorsque j’étais tout jeune et qu’arrivait la période des grands feux, je me souviens que le samedi précédant la fête, Léonce Georgery, avec un chariot attelé de chevaux, chargeait des déchets de bois pour construire un énorme bûcher. On l’installait au lieu-dit « La Bruyère », à une distance suffisamment grande, derrière la maison d’Eugène Gosset, actuellement Alfred Lempereur.

La cérémonie du grand feu commençait le dimanche après-midi. Les chefs de jeunesse, travestis et accompagnés de musiciens, faisaient le tour du village pour rassembler les masqués. Vers 8 heures du soir, les derniers mariés du village allumaient le feu. Et, sous les sons d’airs entraînants, les musiciens invitaient les masqués à danser en faisant le tour du bûcher en flammes ; il y avait parfois jusqu’à une centaine de masqués. Lorsque le feu était à peu près consumé, c’était le bal masqué qui commençait et durait jusqu’aux petites heures de la nuit.

Chaque année, un groupe d’une vingtaine de mascarades venait de Falisolle par le train et la même chose le dimanche suivant pour participer au grand feu de Bambois.

Chaque année, un groupe d’une vingtaine de mascarades venait de Falisolle par le train et la même chose le dimanche suivant pour participer au grand feu de Bambois.

 

Maurice Chapelle, LI “FOLKLORE” A FOSSES-LA-VILLE

 

IV LES GRANDS FEUS

 

Onk  dès djalons dins l’ chûte  dès  djoûs d’ l’ anéye,  copyî  su dès payins plis èt l’cia dès grands feus.

Li “Cartulaire de la commune de Fosses” nos  done lès-èsplicâcions qui chûvenut èt qui faîyenut remonter l’ fièsse assez lon dins l’ timps:

1   Li  “compte communal” di 1682-1683:

” item at estez livrez aux jeusnes hommes pour faire le grand feu, une  corde de bois, . . . IIII florins”;

2-  Li cia di 1710-1711:

” Pour une  corde  de bois livrée pour le Grand-Feu. . . .  3,00”   ;

5- Et l’cia di 1751-1752:

” une corde de bois pour le jour du Grand-F’eu , … 4 florins »;

4  On “recez” do 29 di julèt’ 1741 faît ètat d’one afaîre qu’ a sorvinu au sudjèt dès cindes do grand-feu: ” nous les bourguemaîtres et Magistrat de la ville de Fosse, ce iourd’-hui 29 Juliette 1741 spécialisent assemblez par Ponslet, vallet de ville, recordons. . .que de tous temps immemorielle , nous et nos devan­ciers avons donné^une corde de bois aux jeunes hommes, chasque année, le dimanche d’après les Gendres communément dit le jour du Grand-Feu que la ditte corde de bois s’est toujours ainay donnée pour les diver­tissements et récréations puliques…”

Ci fièsse-là, da tortos, qu’ on fait dispû dès timps si rèculés qu’ ont n’ s’ è sovint pus, è-st-èn-amûsemint en rapôrt avou l’ crèchadje dè l’ lumiére do solia; ni di-st-on nin, amon nos-ôtes: ” Au grand feu, lès chîjes o feu ! »

 

Li date  candje one miète  d’ on viladje à l’ ôte, mais todi èle si raprotche do ” quadragésime ». On l’ faît: à Fosse, Divant su l’ Place do mârtchi;

A Hôt-Vint,   (en fèvri-mârs’), au Laîd-Pas;

au Banbwès, deûs, (en mârs), onk su l’ drî do Banbwès 

                                                     l’ôte su l’ Place Baudwin;

è Nèvrumont, i s’ fieûve à l’ Câriére,  astêure il èst dandjureûs d’meuré d’dins;

à Inzès-Monts (en fèvri-mârs), aus « Tch’mins »;

à Viètrîvau ( en fèvri),  au “Trèkô”;

au Rou  (en fèvri-mârs’), à Sint-Rok;

au Saut-Sint-Lorint ( en fèvri), au “Tch’min do Bîjârt”;

au Saut-à-Statche  (en mârs’).

 

Comint-ce qui ça s’ pratike ?

 

Tot timpe, au matin, on tchaur di  cinse ou, à l’ êure d’ odjoûrdu, on camion circule dins lès reuwes do viladje. Omes, djon.nes-omes èt èfants ramassenut fagots,  bwaches, botes di strin,   fonds d’ gurnîs, vîys pneûs qui lès djins ont aprèsté po fé l’ feu.

A l’ place tchwèsîye po drèssî l’ môye, on-z-ètasse tot ç’ qu’ on-z-a ramassé autoû d’ one pièce  qu’ a sovint,  à s’ mére copète, on manekin qui r’présinte l’ iviêr. Lès-organisateûrs mètenut on pwint d’ oneûr à èmantchî dès piramides todi pus wôtes.

A l’anètî,tos lès mascarades, mwinrnés pa l’musike,  èvont au Grand-Feu. Sovint,  c’est lès dêrins mariés d’l’anéye qu’ont l’oneûr di bouter l’feu au moncia à brûler.  Po  qu’ça flame  bin,  on-a spaurdu dins li strin one miète di pètrole.

Ça blametéye on pau,  flametéye one miète,  pwîs l’feu prind et blamer.  Tot l’monde èst  contint,  lès djon.nes poûssenut dès cris d’djôye.

Lès danseûs s’amûsenut  autoû dès breûjes jusqu’à ç’qui citèlci si spoûssèlenut. Adon,  on zoubèle au-d’dizeûs  do moncia po s ‘garanti dès maladîyes ou bin po trover on galant ou on mayon. (sic)

Quand tot èst distindu, on r’gangne li viladje èt l’ swèréye si porchût dins-one sâle di danse,  on dancing, direûve-t-on l’ eûre d’ audjoûrdu.

L’ uviêr èst woute  !

 

 

in : Chapelle Maurice, Coup d’œil sur Fosses-la-Ville, 1941, S.I. de Fosses-la-Ville

(p.37) Les grands feux  :

Un des jalons dans le déroulement de l’année, calqué sur des rites païens, est celui des « Grands Feux ».

Le   « Cartulaire  de  la  commune  de  Fosse »  nous   donne   les   renseignements suivants, qui font remonter la cérémonie assez loin dans le passé :

1.   Le compte communal de  1682-1683, signale : «Item at astez livrez aux jeunes hommes pour faire le grand feu, une corde de bois, IIII florins ».

2.   En 1710-1711  : «Pour une corde de bois livrée pour le Grand-Feu… 3,00».

3.   En 1751-1752 : « Une corde de bois pour le jour du Grand-Feu, 4 flor. ».

4.   Un recez du 29 juillet 1741 fait état d’un litige qui survint au sujet des cendres du grand-feu :

« Nous les bourguemaîtres et Magistrat de la ville de Fosse, ce iourd’hui 29 Juliette 1741 spécialement assemblez par Ponslet, vallet de ville, recordons… que de tous temps immémorielle, nous et nos devanciers avons donné une corde de bbis aux jeunes hommes, chaque année, le dimanche d’près les Cendres communément dit le jour du Grand Feu. Que la ditte corde de bois s’est toujoursl ainsy dominée pour les divertissements et récréations publicques… ».

(p.38)

Cette chaleureuse fête communautaire, qui s’accomplit depuis des temps immémoriaux correspond à la croissance de la lumière solaire ; ne dit-on pas chez nous : « Au grand feu, les chîjes o feu ! ».

Cette date varie,un tant soit peu, d’une localité à l’autre, mais toujours elle se rapproche du quadragésime.

Elle a lieu :

—   à   Fosse : – (Autrefois, sur la Place du Marché), reprise de la tradition en 1981,

–  à Haut-Vent : (en février-mars), au Laid-Pas,

–  à Bambois  : deux, en mars, sur le Try de Bambois et la Place Baudin (plus en 1980),

–  à Nêvremont : à la « Carrière » — plus depuis une quinzaine d’années.

—   à Aisemont : (en février-mars), «Aux Chemins»;

—   à Vitrival : (en février) au « Trèko » ;

—   à Sart-Saint-Laurent : (en février), au chemin du Bîjart (plus en 1980)

—   à Le Roux : (en février-mars), à Saint-Roch ;

—   à Sart-Eustache : (en mars).

Quel est le cérémonial de cette manifestation ?

Dès le matin, un chariot de ferme ou, actuellement, un camion automobile, circule dans les rues du village ; hommes, adolescents et enfants récoltent fagots, bûches, bottes de paille, fonds de greniers,vieux pneus destinés à former le brasier. Puis, à l’endroit réservé au bûcher, on entasse tout le combustible autour d’une perche qui est souvent surmontée d’un mannequin représentant le Bonhomme Hiver.

Les organisateurs mettent un point d’honneur à ériger des pyramides de plus en plus volumineuses.

Au crépuscule, conduit par les musiciens, le cortège, formé de masques et de travestis, se rend à l’endroit du Grand Feu. Souvent, les derniers mariés de l’année ont l’honneur de bouter le feu à la meule qui s’embrase sous les cris de joie et d’admiration des participants jeunes et vieux.

Les musiciens jouent leurs airs les plus entraînants et l’on danse de folles sarabandes autour du brasier jusqu’à la dernière lueur du feu. On saute par-dessus les derniers tisons rougeoyants … pour se garantir des maladies ou pour trouver un conjoint.

L’assistance regagne le centre du village et la soirée se termine par un bal populaire dans une salle du village.

A Vitrival : maintenant, le samedi suivant le mardi-gras.

Avec le fruit du ramassage du grand feu », les personnes âgées de plus de 75 ans reçoivent de la part de la Jeunesse de Vitrival, une bûche et un cougnou à la Noël.

 

Charles Massaux, in : Li Chwès, 7, 2004

Lès Grands feus

 

C’ è-st-one dès pus vîyes èt dès pus vikantès-ûsances dins nosse folklôre. Dispeûy dès-ans èt dès razans, on-alumeûve on grand feu li 24 di jun ou bin au dîmègne dès Brandons.

Au payis d’ Nameur èt d’avaur-là, on a todi faît on Grand Feu aus Brandons po fîèster li fin d’ l’ iviêr èt l’arivéye do bon timps, mins ossi li fin dès longuès chîjes qu’ on-aveûve viké do timps dès “nwârs mwès”, di nôvimbe à fèvri. C’ è-st-insi qu’ a skèpî li fwârt vî spot “Au Grand Feu, lès chîjes au feu”. D’après nos-ûsances, on d’veûve fé l’ feu li pus grand possibe avou dès coches, dès fagots ou co dès djaubes di strin qu’ on-aleûve qwê dins totes lès maujones. Sovint, on fieûve li feu todi à l’ min.me place, su one crèsse do viladje, po ièsse vèyu do pus lon possibe. Li place èsteûve loméye on “lieu sacré“. On ratindeûve qui l’ nêt arive po l’ fé alumer pa l’ maîsse-djon.ne ome, li dêrin marié d’ l’ anéye, li mayeûr ou co one djin qu’on v’leûve mète à l’ oneûr. Quand l’ flame monteûve, lès djins s’ pirdin.n li mwin po danser tot-autoû. D’après Félix Rousseau, l’ ûsance v’leûve ossi qui l’ cia qui vwèt 7 feus, sèrè au r’cwè dès macrales èt dès grimancyins on-an au long. I faut sawè qui, dins totes lès r’lijions, li chife 7 èst sacré. À Nameur, dispeûy todi, li feu si faît su lès wôteûs d’ Boudje, èt come on-z-è faît 6 ôtes: Loyî-Bossimé, Èrpint-lès-Bluwèts, Èrpint-lis-Cortis, Èrpint-Bwès Wiyame, Wépion èt Nameur-Citadelle, lès djins è polenut veûy 7. Èt totes lès djins sont binaujes d’ ièsse contin.nes !… Dins l’ vî timps, on fieûve one passéye avou lès cindes do Grand Feu. On lès staureûve à l’ campagne po tchèssî lès rats èt lès soris èt surtout po-z-awè dès bonès rècoltes. Lès vîyès djins dijin.n’: ‘Quand on rifaît pont d’ Grand Feu, li Bon Diè l’ faît “, ça v’leûve dîre qu’ i gn-aureûve sûremint on-incendîye dins l’ viadje do timps d’ l’ anéye. On d’jeûve ossi qui l’ cia qui potcheûve au d’zeûs do feu, èsteûve au r’cwè dès maus d’ vinte po tote l’ anéye… Li Grand Feu dè l’ Sint-Djan, li 24 di jun, s’ alumeûve au momint où-ce qui lès blés alin.n meûri. On comprind aujîyemint qu’ lès deûs feus si fyin.n po-z-amwinrner l’ fèrtilité dins lès tchamps.

 

 

Province de Namur – Le Grand Feu de Bouge

 

Celui-ci a lieu le 1er dimanche de Carême qu’on appelle le “dimanche des Brandons”.  Le feu est allumé à 19 h 30.

Le bûcher est dressé au milieu d’un pré situé au sommet d’une des collines qui bordent la Meuse.  De cet endroit, le feu est parfaitement visible dans toute la vallée.

Le bois amasse forme une énorme meule (400 m3) au sommet de laquelle on plante le “Bonhomme hiver”.

Autrefois, les acteurs de la cérémonie du grand feu étaient toute la communauté villageoise. Aujourd’hui, la cérémonie est ani­mée par les membres de la Confrérie du Grand Feu (groupe de création récente).  Les “confrères” sont vêtus d’une tunique rouge qui s’a­chève par-une coiffe pointue qui masque les visages.  Sur ce vête­ment se détachent des flammes stylisées.  Ils tiennent à la main des sortes de flambeaux à trois branches qui servent à l’allumage.

 

Un géant de carnaval accompagne le groupe dans ses sorties. Il est vêtu de la même manière que les membres de Ja Confrérie.  Il s’agit d’une figuration de don Juan d’Autriche (fils bâtard de Charles Quint), qui mourut victime du typhus, dans le camp retranché de Bouge, en 1578.

 

La cérémonie a été précédée par des séances de ramassage et de coupes de bois au village de Bois-de-Villers.  Le feu est annoncé par des affiches qui invitent la population à s’associer à la prépa­ration en versant une contribution financière.

L’allumage du grand feu est accompagné d’une série d’activi­tés annexes (concours de cartes, de travestis, bals populaires), qui attirent la foule en grand nombre.

La coutume du feu à Bouge ne s’est jamais interrompue, elle a simplement subi une mutation lors de Ja création de la Confrérie, il y a une quinzaine d’années.

 

in : EMVW, s.r.

La visite annuelle obligatoire des enfants aux parents et des parents aux enfants

 

Y a-t-il un jour de l’année où les enfants vont obligatoirement manger chez leurs parents? Un jour où les parents vont manger chez leurs enfants ?

Cette question figurant à notre premier questionnaire-recen­sement (t. 2, p. 32/1) a dû étonner bon nombre de nos corres­pondants, à en juger par leurs réponses. L’adverbe obligatoire­ment les a particulièrement intrigués. Il était cependant essen­tiel, comme on va le voir.

La plupart nous ont répondu en énuméraiit certaines fêtes de l’année qui sont, pour les membres d’une famille, une occasion de se réunir ou, simplement, de se faire visite : le nouvel an, les Rois, la ducace, le repas qui suit l’abatage du cochon.

Notre question visait un cas beaucoup plus digne d’être étu­dié, à raison de l’idée d’obligation impérieuse qui s’y attache.

Voici comment, dans la province de Namur, des personnes âgées nous avaient exposé cette coutume que les anciens consi­déraient comme un devoir ne pouvant être transgressé à aucun prix : le jour du Grand Feu (premier dimanche du carême), les enfants sont tenus de se rendre chez leurs parents, même s’ils habitent très loin de ceux-ci, et ils sont obligés de manger à la table paternelle, ne fût-ce qu’un morceau de pain. A la Laetare, les parents ont la même obligation envers leurs enfants.

Dans beaucoup d’endroits, au cours de nos enquêtes, nous avions constaté que cette coutume était complètement inconnue. Il nous a donc paru tout indiqué de procéder à vin recensement en vue d’établir l’aire de diffusion de cette règle.

Ce recensement nous a tout d’abord appris que l’obligation familiale en question était inconnue dans le Hainaut, le Bra-bant wallon, la province de Luxembourg, les arrondissements de Liège, Verviers et Philippeville.

En revanche, noxis avons trouvé la visite obligatoire aux parents et aux entants bien établie dans les arrondissements de Namur (Boneffe, Gembloux, Naninne); de Dinant (région de Ciney, Custinne, Mohiville) et surtout de Huy (Antheit, Ferrières, Huccorgne, Marchin, Nandrin, Ramelot, Tihange, Warzée). Le phénomène se trouve ainsi parfaitement localisé : sur les 14 endroits repérés, 10 appartiennent au Condroz et 4 se trouvent en Hesbaye méridionale, à proximité du Condroz.

 

L’aire de diffusion constitue un îlot entièrement entouré de ré­gions wallonnes dans lesquelles, d’après les renseignements re­cueillis jusqu’ici, rien de semblable n’existe.

Nous indiquons sur une carte les premiers résultats de notre enquête. Nos correspondants sont invités à nous fournir toutes indications qui pourraient nous permettre de la compléter ou de la corriger.

La coutume dont il s’agit apparaît donc comme limitée au Coudroz, région qui a particulièrement bien conservé ses mœurs propres. On sait qu’elle est habitée par les descendants du peuple conduise, que Jules César appelait Condrusi. Il est per­mis de supposer que cette obligation familiale remonte aux Coudruses et qu’elle avait primitivement un caractère religieux destiné à conserver le lien sacré unissant les enfants aux pa­rents. Elle s’est transmise, de génération en génération, à nos contemporains, qui en ont simplement retenu le caractère impé­ratif.

A quels malheurs s’expose-t-on si l’on transgresse cet ordre mystérieux? Aucun de nos correspondants ne nous l’a révélé. Nous avons, d’autre part, recueilli quelques renseignements qui méritent d’être consignés.

Tout d’abord, voici la formule exacte qui sert à exprimer l’obligation de la visite aux parents : « Au Grnnd Feu, on r-vint d’sèt’ ‘eûres long et d’sèt’ eûres laudje magnî l’pwin di s’pére èt di s’mére » = « Au Grand Feu, on revient de sept lieues à la ronde pour manger le pain de son père et de sa mère. » (Com­munication de M. Ghislain Lefebvre, orig. de Custinne.)

« Cette belle coutume est encore très suivie, nous écrit notre confrère M. l’abbé Guillaume Boniver, curé de Warzée, qui ajoute : Si les parents sont morts, on va chez l’aîné des enfants. »

I,a visite des parents chez leurs enfants a lieu à la Laetarc, exactement trois semaines après le Grand Feu.

Notre confrère M. Ad. Schoenmaekers (Huy) a recueilli cette déclaration de sa tante, Mme Adèle Minet-Paquot, née en 1861, ayant passé son enfance à Antheit : « Au Grand Feu, les enfants vont obligatoirement chez leurs parents manger dèl vote (= des crêpes). A la Laetare, les parents vont manger chez leurs enfants. Si on a tué le cochon, on aura réscnf pour cette occa­sion le foie ou le cœur. Sinon, on r’fêt co dèl vote (= on fait de nouveau des crêpes), i

Suivant les endroits, les gaufres ou les crêpes constituent, en effet, la pâtisserie traditionnelle que l’on mange le jour du Grand Feu. Mais nous n’avions jamais rencontré, avant la rela­tion de Mme Minet, l’usage consistant à réserver le foie ou le cœur du porc pour les manger à la Laetare lors de la visite des parents. S’il ne s’agit pas ici d’une tradition isolée, propre à une famille, il semble que nous nous trouvions devant une antique prescription religieuse ou magique. Nos correspondants nous obligeraient en nous signalant tout fait analogue dont ils auraient connaissance.

 

in : Entre vêpres et maraude, L’enfance en Ardenne de 1850 à 1950, Musée en Piconrue, Bastogne, 2008

 

Joseph Calozet

 

(p.36) (Le Grand Feu)

Le dimanche du Grand Feu, mémorable évé­nement, tous les garçons charrient des fagots et de la paille qu’ils rassemblent là-bas bien haut au Champ des Corbeaux pour y dresser entre vêpres et salut une grande meule de bois. Avant la tombée de la nuit, on y boute le feu.

« Tot d’ on côp, one blaméye monte, lètche lès fagots èt dâre à l’ copète do moncê, tins qu’ lès djon.nes-omes èt lès gamins zoublèt autoû, a criyant èt a s’ mostrant bin lon après Rotchefwârt èt après Moûse lès grands feus, èt a d’jant : “Lès chîjes o feu !”. Lès bonès vôtes qu’ on faît ç’djoù-là po sopè dins totes lès maujons ! »

(Soudain, une flamme monte, lèche les fagots et s’élance au sommet du tas, tandis que les jeunes hommes et les gamins sau­tent autour, criant et se montrant bien loin, vers Rochefort et vers la Meuse, les grands feux, et disent : « Les veillées au feu ! » – Les bonnes crêpes qu’on fait ce jour-là pour souper dans toutes les mai­sons !) (PMM 70).

 

Rochefort au début du siècle

A la sortie de l’hiver, les “feux” rassem­blaient la jeunesse. C’était d’abord

“A l’ tchèraude, Marîye Maraude,

“El ci qui vout, apwate one djaube”,

un feu de proportion réduite, suivi du grand feu du premier dimanche de Carême. A cette occasion, les souhaits de mariage étaient proclamés, qu’ils fussent logiques, attendus ou fantaisistes:

“Sowaît! Sotîye! Bon mariadje si Dieu lî plaît!”

 

Pierre STANER

in: ROCHEFORT au début du XXe siècle, Cercle Culturel et Historique de Rochefort, A.S.B.L. Cahier n° 9 – Rochefort 1975.

 

(VA, 11/03/2019)

Lès grands feus o payis d' Nameur (Les grands feux au pays de Namur)

(in: Louis Verhulst, Glossaire d’Arsimont, éd. par Julie Servotte, p.275-278)

Ache (à-y-Ache) (Aische-(en-Refail)) - grand feu avou lès Pièrots

(2010)

(VA, 14/02/2013)

Andène (Andenne ) - grand feu

(in: Wallonia, 1900)

Aule (à-y-Aule) (Alle(-sur-Semois)) - grand feu

(VA, 19/03/2012)

Bèle-Fanténe (Bellefontaine) (Bîve / Bièvre) - grand feu

(VA, 24/03/2010)

Bièmeréye (Biesmerée) - grand feu

(colècsion / collection Renée Donot)

(VA, 27/02/2013)

Bieume (Biesme) - grand feu (vA, 26/02/2007)

Boudje (Bouge) - li grand feu

(1978) 

(2009)

(2012)

li Confrèrîye do Grand Feu d’ Boudje (la Confrérie du Grand Feu de Bouge) (VA, 13/02/2013)

(VA, 18/02/2013)

one sadju dins l' Brabant (quelque part dans le Brabant) - li fèwéye (le grand feu)

(Ad. Mortier, in: Le Folklore Brabançon, oct. 1925, p.86-87)

Braîbant (Braibant) - grand feu

(2010)

Condro-Faumène (Condroz-Famenne) - grand feu èt tchèraude

(in: Groupe Regards et Souvenirs, Des gens d’ici racontent, Douze villages entre Famenne et Condroz eu début du /XXe/ siècle, T1, s.d.)

Côrène (Corenne) - grand feu

(VA, 07/03/2013)

(VA, 08/03/2013)

Couvin - grand feu

(in: Wallonia, 1902)

Djodogne (Jodoigne) - grand feu

(in : Le Folklore Brabançon, déc. 1930)

Djon-l'-Mont, Djon-l'-Vau (Dion-le-Mont, Dion-le-Val) - grand feu : li grand fèyau

(in: Le Folklore Brabançon, 87-88, 1935-1936)

Émène (Emines) - grand feu

(VA, 03/02/2009)

Fârjole (Falisolle) - grand feu avou lès Tètârds

(2010)

(VA, 13/02/2010)

Gôdène (Godinne) - grand feu

(VA, 08/03/2013)

Grand-Rosêre (Grand-Rosière) - grand feu

(in: Le Guetteur Wallon, 2, 1928)

Hanrèt (hanret) - grand feu

(VA, 16/02/2012)

Harnîye (Hargnies) (Payis d' Djivèt / Pays de Givet) - grand feu

(in: Pol Lotterie, Regards sur Hargnies, s.d.)

Hôtômont (Hotomont) - grand feu

(in: Paul Coppe, Armand Hanet, Notes folkloriques de Grand-Rosière-Hottomont, in: Le Folklore Brabançon, 109-110, 1939)

Hou (Houx) (uwâr / Yvoir) - grand feu

(VA, 07/03/2013)

Inguèzéye (Eghezée) - grand feu

(VA, 02/01/2013)

Inzès-Monts (inzès: dans les) (Aisemont (traduction fantaisiste)) - grand feu

(02/2013) 

(VA, 24/02/2015)

(2016)

Lèfe (Leffe) (Dinant) - grand feu

(s.r.)

Li Banbwès (Bambois) - grand feu

(1991) 

Lièrnu (Liernu) - grand feu

(VA, 16/02/2012)

(VA, 18/02/2013)

Li Hôt-Vint (Haut-Vent) - grand feu

(Jeanne Frérard, Li grand feu)

Loyî (Loyers) - grand feu

(2010)

Maujo (Maison) (Sint-Djuraud / Saint-Gérard) - grand feu

(VA, 23/02/2009)

(VA, 14/02/2013)

Mauyin (Maillen) - grand feu

(2010)

Mazi (Mazy) - grand feu: lès Bouteûs (d' Feu) (ceux qui sont chargés d'allumer le (grand) feu)

(VA, 23/02/2009)

Meû (Meux) - li grand fouyau (le grand feu)

(Paul Gilles, A propos “dèl Grand Fouyau”, p.21-23, in: Art et Histoire, Culture, Loisirs de Meux et environs, 4, s.d.)

Grand feu su ... Moûse édjalé ! (Grand feu sur ... la Meuse gelée !)

(1929) (s.r.)

M'tèt (Mettet) - grand feu

(VA, 28/02/2013)

(2011) 

Naudjumont (Agimont) - grand feu

(VA, 22/02/2012) (on pauvriteûs grand feu / un ‘grand feu’ très pauvre (en imagination et en animation))

On.aye (Onhaye) - grand feu (VA, 22/02/2012)

Pontauri (Pontaury) - grand feu

(VA, 02/1998)

(2010)

P'tègnîye (Pétigny) - grand feu

(VA, 14/02/2013)

à 'Rmèton (à Ermeton(-sur-Biert)) - li tchèsse aus macrales (la chasse aux sorcières)

(VA, 11/02/2002)

(id.)

(VA, 11/02/2002)

(VA, 23/02/2009)

Tchan-Djé (Saint-Jean-Geest) - grand feu

(in: Folkore Brabançon, déc. 1922)

Uwâr (Yvoir) - grand feu

(VA, 18/03/2013)

(in: Jacques  Brilot, L’entité d’Yvoir au XXes, 2004)

André Bosmans - li grand feu (le grand feu)

Vêr-Custène (Ver-Custinne) - grand feu

(in: Notes folkloriques sur Ver-Custinne, Le Guetteur Wallon, 1935-1936)

 

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

craus-maurdi / mérkidi dès Cènes - pitits feus (mardi-gras / mercredi des Cendres - petits feux)

li macrale èt l' grand feu

(in: Wallonia, 1901)

PROVINCE DE LIEGE

 

La manifestation, connue en Wallonie sous le nom de Grand Feu (“Grand fouwâ” ou “Grand fouwâr” dans la Province de Liège), et appelée “Burgsonntag” dans la région de langue allemande, a lieu le dimanche de Quadragésime à Argenteau, Bellevaux-Ligneuville , Cornesse, Dalhem, Faymonville, Jalhay, La Gleize, Malmedy, Rahier, Robert ville, Saint-Vith, Sart, Spa et Trois-Ponts. Le Grand Feu a été déplacé au deuxième dimanche de Carême à Hannut . Enfin, Limbourg et Trembleur le célèbrent au Laetare.

 

Exemples de grands feux en province de Liège

 

ARGENTEAU : LE GRAND FEU

Le Grand Feu a lieu à Argenteau le dimanche de la Quadragésime.

 

Bellevaux-Ligneuville (Province de Liège) à 5 km environ de Malmédy.

 

DALHEM : LE GRAND FEU

Le Grand Feu de Dalhem a lieu le dimanche de la Quadragésime.

 

LA GLEIZE : LE GRAND FEU

Le Grand Feu de la Gleise a lieu le dimanche de la Quadragésime

 

LIMBOURG : LE GRAND FEU

Le Grand Feu se célèbre à Limbourg le dimanche du Laetare

 

ROBERTVILLE : LE GRAND FEU

Le Grand Feu de Robertville a lieu le dimanche de la Quadragésime

 

TROIS-PONTS : LE GRAND FEU

Préparé la veille, le Grand Feu à lieu à Trois-Ponts le dimanche de la Quadragésime

 

Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005

Puisque nous parlons de cette coutume, ajoutons que le premier

dimanche de carême s’appelle Djoû dès fouwas ou Djoû dès grands feûs parce que, dans l’après-midi de ce jour, on élevait partout d’immenses feux de joie. Les jeunes gens et les enfants dansaient et chantaient autour de ces feux. Le dernier fouwa allumé à Liège a été celui du Thier-à-Liège.

Les grands feux s’allumaient, autant que possible, sur des hauteurs ou dans des

lieux découverts. Les jeunes filles de la campagne avaient la croyance qu’elles seraient heureuses en ménage, si elles parvenaient à trouver un endroit d’où l’on pouvait distinguer sept feux.

 

(p.5) Dans certaines localités, elles sautaient au travers du feu. Si elles ne se brûlaient pas, elles avaient la conviction qu’elles feraient, dans l’année, un heureux mariage.

Mais revenons aux soirées de carnaval.

Dans les rues circulent les masques, poursuivis par le cri célèbre:

Chèrio-yo que les auteurs du voyèdje di Tchôtontinne n’ont eu garde de laisser tomber dans l’oubli. Le voici tout entier, tel qu’il résonnait aux oreilles liégeoises :

Chèryo-yo! mayo

Qu’ a magni (1) l’ tchâr foû dè pot,

bouyon èt tot

 

Variante: (1) Qu’a houmé

 

Mathy-Loxhet et le grand feu, Touring Mars 1999, p.32

 

A Spa, lors du grand feu: incinération de “Matî l’ Ohê“.

Egalement à Crèpe (Spâ): grand feu avec la condamnation de Matî-l’ Ohê.

Jadis, on enterrait solennellement un os de jambe li dîmègne do grand feû.

A Liège, le 16 août: Matî tire son nom de l’os de jambon qu’on enterrait avec faste pour marquer la fin de la fête.

 

SPA – L’INCINERATION DE “MATÎ L’ OHÊ”

 

Au dimanche de Quadragésime, à Spa, c’est le cortège qui est privilégié. Ce véritable spectacle, très original, reprend une ancienne coutume liégeoise. Le personnage central, “Matî Lohèt” est le symbole du Carnaval. Son nom vient de ce que, jadis, on enterrait solennellement un os (ohê) de jambon.

L’Harmonie ouvre le cortège, et joue une marche funèbre. Matî l’ Ohê qui porte masque, est habillé aux couleurs de: la Belle Equipe mi-bleu, mi-or et promené sur son char dans toute la ville.  Les membres de la Belle Equipe en habit noir et haut-de-forme l’accompagnent au lieu de son supplice.  A l’entrée du Parc de Sept Heures, Matî l’ Ohê est condamné, après un jugement sommaire, à être brûlé vif. Il est coupable d’avoir, pendant les jours gras, entraîné les Spadois à de folles dépen­ses. Il est ensuite mené au Rond-Point au milieu duquel se dresse l’ins­trument de son supplice, réalise la veille. Le feu est mis à ce bûcher dès que Matî l’ Ohê y a été pendu. Il ne tardera pas à s’effondrer dans les flammes, déclenchant les rires et les cris de joie. Avec lui, c’est tout un hiver qui périt, laissant la place au printemps.

 

Folklore de la vôte

 

Cette faveur des vôtes explique que ce soit un mets calendaire tradi­tionnel.

A Verviers, c’est le jour des grands feux qu’on fait les vôtes pour les enfants qui vivent au loin et qui viennent rumagni l’ pan d’ leû pére « remanger le pain de leur père » (d’après « Fré Cougnou » IV, 1903, 197, p. la) ; Joseph Calozet signale les votes du grand feu dans un texte en dialecte d’Awenne publié par Oscar Lacroix dans Nous, sous le casque d’acier, 1929, p. 73.

 

in : Vanderschaeghe Michel, Stavelot, C’était au temps du 19e siècle, Bibl. communale, 2003

 

(p.22) Carnaval – Interdiction

 

Du 9 ventôse (lundi 27 février) L’administration municipale voulant assurer la tranquillité et le re­pos publics, arrête :

1. De faire défendre à tout individu quelconque de se masquer pendant les journées des carnavals, la tranquillité publique exigeant cette mesure de police.

Les masqués seront arrêtés et punis d’après la loi.

2. Tout particulier qui sera trouvé dans les cabarets après dix heures du soir, chantant, criant, tapageant ou sonnant des jeux de hasard, sera arrêté et puni.

3. Le Commandant des Dragons cantonnés ici sera invité à tenir l’œil et à veiller que le présent arrêté soit strictement exécuté.

4. Le présent avis sera publié et affiché pour que personne ne puisse prétendre à son ignorance.

 

Grands feux sur les places publiques

 

Du 15 ventôse (dimanche 5 mars) L’administration municipale considérant qu’un ancien usage est éta­bli dans la commune de Stavelot à faire des feux dans les places publiques le dimanche après le car­naval,

Considérant que cet usage est très vicieux et qu’il est surtout dangereux dans un temps de sécheresse et de grand vent, arrête :

1.   Il est strictement défendu, à tout particulier de faire des feux dans les places publiques et autres endroits le dimanche après le carnaval et dans aucun autre temps.

Tous ceux qui seront trouvés faisant des feux sur les places seront condamnés à une amende égale à la valeur de douze journées de travail et de­vront payer les dommages occasionnés par ces feux.

 

La tannerie à Stavelot à la fin du XIXe et au début du XXe siècle

Etude dialectologique

Condensé d’un mémoire de licence en philologie romane (Université de Liège, 1973)

in : PSRM, 11, 1973-74, p.31-82

 

(61) Lès banses-chièvrèsses étaient des mannes en osier ou en saute, de forme cylindrique, qui servaient à manipuler l’écorce moulue et qui pouvaient contenir environ vingt kilos. Tant à Stavelot qu’à Malmedy (cf. Fré Alfonse, op. cit., p. 12), elles étaient recueillies pour servir à l’édification des grands feux, à Stavelot le dimanche après le carnaval, à Malmedy à la veille de la fête de saint Martin (10 novembre). Ces bûchers étaient édifiés sur toutes les hauteurs de la ville, au Roubdaudoub, à Hénumont (Hînûmont), à Wanne (Wène), sur les Iles (so l’s-Îtches) et à Parfondruy (Porfonru). Cette manifestation, de nos jours, a toujours lieu à Parfondruy et il s’agit toujours d’y brûler la macrale (ou madjène) afin d’éloigner le mauvais sort du village. Voy. fig. 20.

 

(64) Les blancs ramons du l’ tènerèye étaient de grands balais faits d’un manche en bois, lu quawe du ramon (cf. « t’ ârès du l’ quawe du ramon», tu vas te faire rosser), et de jeunes pousses de bouleau écorcées (lès rin.mes ou lès cohètes du bèyaule) ; ces pousses mesuraient environ 50 centimètres pour 1.50 mètre au manche. Usés, ils pre­naient le nom de strouk (cf. Fré Alfonse, op. cit., p. 23 : stokous ramons à Malmedy) et étaient recueillis, tout comme les banses, pour servir à l’édification des grands feux.

 

Cf. les spots stavelotains : Qwand qu’ on n’ fét nin l’ grand feû, c’ èst l’ Bon Dju qui l’ fêt,

c’est-à-dire que, si on ne brûle pas la macrale, il y aura un incendie dans le village.

Qwand l’ êr vint mâ â grand feû, i vint mâ lès treûs qwârts du l’an.

C’ èst d’ wice quu toume lu madjène quu vinrè l’ êr tote l’ an.née.

 

André RENARD.

 

Province de Luxembourg

 

La tradition du Grand Feu est restée vivace dans la partie ardennaise. A la nuit tombée, des feux s’allument le 1er dimanche de Carême dans de nombreux villages : Durbuy, Rochehaut, Amberloup, Bras, Dochamps, Erezé, Harre, etc…, et le dimanche de.la mi-carême à Bande et Laroche.

Toutefois, la régularité de ces manifestations est loin d’être constante, ce qui empêche la constitution d’une liste complète et précise.

Bien de ces feux ont été remis en honneur récemment.  Ils ne rassemblent en général, que la communauté villageoise et ne cher­chent pas à drainer les spectateurs “étrangers” par des manifesta­tions parallèles.  Le rituel y est respecté, quoique souvent sim­plifié.  Les enfants et les jeunes y jouent un rôle important, en-trainant les adultes dans de joyeuses farandoles jusqu’à l’extinction du feu. A la lumière des dernières flammes, on déguste les “vôtes” (crêpes) et on se réchauffe en absorbant quelques “gouttes” (verres d’alcool).

Une coutume originale: à Harre, lorsque le feu perd de son ardeur, les spectateurs se maquillent à l’aide des cendres, essayant en même temps de noircir les visages des autres.

 

Henry René, Hirade, Hirate, Churode… en attendant le grand feu!, Annonces de l’Ourthe, 04/03/1999

                                     

Cette semaine, j’ai recueilli deux témoignages à propos de cette très ancienne coutume des Petits Feux.  Le Cornet, de Deigné qui me demandait quand ils étaient allumés, car elle se souvenait que son papa en allumait un dans la cour, quand, petite fille, elle habitait Kin. (…)

M. Max-Léon Jadoul qui, aujourd’hui, habite Arlon :

« Le soir du Mardi-Gras, à  Scry (Villers-le-Temple), m’écrit-il, devant chaque ferme, un tas de paille était enflammé alors que les amis et voisins faisaient cercle autour du foyer.  Quand les flammes s’apaisaient, hommes et femmes, jeunes et vieux sautaient Joyeusement au-dessus, sous les quolibets et les propos un peu grivois . faisant allusion aux brûlures qui risquaient d’atteindre 1’intimité des joyeuses commères.

Ensuite, le fermier faisait défiler le bétail pour le préserver de tous les maux pour toute une année.

J’ai le souvenir d’une chanson ancienne qui se chantait à l’occasion de ce feu:

Et lèvez vosse bèle djambe è l’ aîr

Et on veùrè vosse “campinaîre”

Et lèvez vosse bèle djambe hôt

Et on veûrè vosse piâno!

 

 

Henry René, Hirade, Hirate, Churode… en attendant le grand feu!, Annonces de l’Ourthe, 04/03/1999                                    

 

Le lendemain, c’est le Mercredi des Cendres; le prêtre trace une croix noire au front des fidèles.  Nous, les gamins assurions qu’elle était faite avec les cendres de la « hirâte », mais le curé avait une réserve permanente avec les restants de braises des encensoirs!

« Hirâde » viendrait du wallon « hirer » (déchirer) et, ne dit-on pas que l’hiver se déchire…. conclut M. Jadoul.

Effectivement, l’étymologie la plus généralement admise pour le mot « hirâte » ou « hirâde » ou encore « churode » est bien celle proposée par notre passionnant correspondant, mais il m’est arrivé plus d’une fois de la voir expliquée autrement.  Ce petit feu étant allumé le soir du Mardi Gras, dernière occasion de faire bombance avant les privations du carême, l’appellation même de ces feux évoquerait plutôt le fait que l’on venait de manger et de boire à s’en « déchirer » le ventre! 

 

Léon Marquet, Carnavals à La Roche-en-Ardenne, GSHA, Juin 1979, n°10, p.9-15

 

Au grand feu, en certains endroits, on exposait les nouveaux mariés à la fumée. 

A Laroche, ils étaient exposés à la fumée des feux de paille brûlée sur la fameuse pierre de la place du Marché (pierre des souffleurs). (= le ‘soufflage’)

 

in : GSHA, 26, 1987, p.37-62

 

LE FOLKLORE MUSICAL ET POETIQUE DE LA REGION SALMIENNE. PREMIERE CONTINUATION

 

(p.57) La vie céremonielle

A Provedroux (Vielsalm), selon « Le Jour » de Verviers, n° du 1er février 1978, on disait, probablement le jour du mardi-gras (ou du grand feu ?) :

(p.58)

A l’ chirâde – po lès malâdes ;

 grand feû – po l’s-amoureûs.

Traduction : A la ‘déchirarde’ (ou petit feu individuel) pour les malades ; — Au grand feu pour les amoureux.

 

MALMEDY – LE DIMANCHE DU”GRAND FOUWÂR”

 

Depuis belle lurette, le”Grand Feu” n’existe plus à Malmédy, le dimanche de Quadragésime. Mais la charmante coutume qui l’accompagnait a subsisté. Jadis, les jeunes envoyaient des gaufres à la jeune fille dont ils espéraient obtenir les faveurs.

Ces “wafes” étaient enveloppées en de jolis paquets enrubannés, et por­tées par des gamins. Aujourd’hui, c’est le garçon du boulanger qui appor­te les paquets ce jour-là, avec un message, écrit ou oral, du soupirant. Celui-ci recevra peut-être une réponse de la jeune fille, à Pâques, sous la forme d’oeufs coloriés, symboles de l’hommage accepté.

D’autre part, les sociétés qui ont participé au “Cwarmê” malmédien re­prennent souvent, pour leurs membres et leurs amis, le samedi ou le di­manche du “Grand Fouwâr”, les “rôles” représentés le lundi gras.

Ces reprises sont appelées “redditions”.

 

Ama (Amay) - grand feu

(VA, 19/02/2013)

Bê-Mont (Beaumont) - grand feû

(Elgé O viyèdje di Bêmont, du Rimes èt d’ Arîmés, s.d.)

Bordon (Bourdon) - grand feu

(VA, 21/03/2009)

Bwès-Borsû (Bois-et-Borsu) - grand feu

(VA, 19/03/2013)

Clavîr (Clavier) - grand feu

(VA, 05/04/2013)

Comblin (Comblain) - hirêye èt grand feu

(in: Echos de Comblain, 1982)

(id.)

(id., 1981)

(id., mai 1997)

Djalhê (Jalhay) - grand feû

(in: VA, 22/02/2012)

Dj'hè (Jehay) - grand feû

(VA, 23/03/2013)

Djîve (Gives) - grand feû

(VA, 25/03/2019)

Frêteûre (Fraiture) - grand feû

(VA, 26/02/2013)

Hèrmale (Hermalle) - grand feû

(VA, 27/03/2013)

Hèsta (Herstal) - li feû d' Létårêy (le feu du Laetare)

(in: Herstal, un patrimoine pour une nouvelle commune, s.d.)

Horis' (Xhoris) - grand feû

(VA, 26/03/2013)

Indji (Engis) - grand feû

(VA, 25/03/2013)

(VA, 08/03/2019)

Langlîr (Langlir) - grand feû

(VA, 1998)

Lès-Avins (Les Avins) - grand feû

(VA, 30/03/2013)

Li Burnontîdje (Burnontige) - grand feû

(VA, 13/02/2013)

Mâmedi (Malmedy) - grand feû

(in: Wallonia, 1904)

Mårcin (Marchin) - grand feû

(in: Paul Ereve, Marchin, mon beau village, 1955, s.p.)

Mièrdo (Merdorp) - grand feû

(VA, 12/03/2018)

Parfondru (Parfond-Ru) - grand feû

(s.r.)

Solêre (Solières) - grand feû

(VA, 04/03/1993)

Solwâstèr (Solwaster) - grand feû

(VA, 19/02/2013)

Spå (Spa) - grand feû

(in: Wallonia, 1900)

(VA, 26/02/2013)

Stèr (Ster) - grand feû

(in: Wallonia, 1901)

Vèrlin.ne (Verlaine) (Tohogne) - grand feû

Wèrèt-l'-Vèke (Waret-l'Evêque) - grand feû

(VA, 12/03/2013)

Wasèdje (Wasseiges) - grand feû

(VA, 26/02/2013)

 

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

 

Le pays de Bastogne au gré de sa mémoire, 1982

 

L’animation du carnaval s’est à peine estompée qu’une nouvelle fièvre gagne le pays, à l’occasion des grands feux qui se tenaient généralement le premier dimanche de Carême, à la Quadragésime. La plupart de nos témoins bastognards n’ont plus connu les traditionnels grands feux de leur localité, tombés en désuétude à la veille de la guerre 1914-1918. Par contre, la coutume s’est mieux conservée dans les villages et se maintient encore de nos jours.

Précisons d’abord que nous n’avons pas relevé le rite des hirâdes, chirâdes, sortes de petits feux en prélude au grand feu col­lectif. Nous avons seulement noté que certaines personnes jugeaient bon, surtout lorsqu’elles ne pouvaient participer au grand feu, de brûler une gerbe derrière leur ferme ou leur maison.

La coutume du grand feu cyclique est bien connue. Rappe­lons que dans la semaine qui précédait, les grands enfants et cer­tains jeunes passaient de maison en maison pour obtenir, qui des paquets de coches ‘branches de sapins’, qui des bottes de paille, ou encore des branches de haies récemment taillées. Ceux qui n’avaient rien à brûler offraient de quoi acheter du pétrole ou une bouteille de «goutte».

Les grands feux étaient généralement dressés sur une hau­teur, de manière à être visibles de très loin. Certains prétendaient que le nombre d’années qui vous restait à vivre était (au minimum !) égal à celui des grands feux que vous aviez aperçus ce jour-là (Rachamps). A Bastogne, par exemple, plusieurs grands feux se répondaient d’un bout à l’autre de la ville. Vers 1900, il y en avait à la Citadelle, au pachis d’ pa lâvâ et au pachis d’ pa la-y-ôt. Plus tard, le haut de la ville conserva son grand feu à la route d’Arlon, le centre choisissant l’endroit de l’actuel terrain de football, et le bas de la ville optant pour le pré d’ Conte, près de la Porte de Trêves.

Les matériaux récoltés pendant la semaine étaient amon­celés autour d’une grande perche; au sommet de celle-ci se trou­vait le plus souvent un mannequin qui personnifiait l’hiver finis­sant, mais pouvait aussi représenter les personnes qui n’avaient rien donné pour cette circonstance (Wardin, Michamps). Parfois le mannequin était remplacé par une croix faite avec des brins de paille (Lutrebois), ou par une gerbe (Bastogne). Le grand feu était allumé le plus souvent par ceux qui l’avaient monté, parfois par les derniers mariés de l’année (Bastogne, Livarchamps).

Chants, ron­des et jeux s’organisaient alors et se poursuivaient dans les mai­sons jusque très tard après l’extinction du feu. Un des plaisirs pré­férés était de se mâchurer le visage avec des cendres refroidies et de maquiller de la sorte les jeunes filles. La dégustation des votes al bôkète ‘crêpes à la farine de sarrazin’ était de mise ce jour-là, sauf si l’on recevait le «galant» d’une fille de la maison: lui servir des votes était lui signifier qu’il était indésirable. Dans le cas con­traire, on présentait des beignets.

Si la signification profonde du grand feu n’était plus per­çue, le rite avait survécu, entouré de superstitions. Ne pas y sacri­fier, c’était s’exposer à d’importantes pertes matérielles dans l’année, surtout par incendie:

Si on n’ fêt nin l’ grand feu, li bon Dju ‘nn’ a fêt ok dins l’anée.

‘si on ne fait pas le grand feu, le bon Dieu en fait un dans l’année’ (Lutrebois, Rachamps). La chute de la per­che était prémonitoire: elle indiquait la direction d’une maison où il y aurait un mariage dans l’année (Lutremange, Livarchamps, Hardigny). (p.193) On en tirait aussi une «remarque» météorologique:

Come l’ êr vint l’ djoûr do grand feû,

i vint lès trwas quârts du l’ anée.

La direc­tion du vent le jour du grand feu est celle qu’il prendra les trois quarts de l’année.

 

Grand feû

 

Célinie Dourte

 

Tos lès gamins f’jint l’ toû do viadje po ramasser lès coches èt is f’jint on grand feû.

On f’jot todi on grand feû.

Tos lès gamins do viadje si ramassant. Et is vont dins totes lès mâjons po-z-avèer dès coches èt on pô do strin po l’ aloumer.

Et il avint bon, savoz. Tos lès scolîs.

Et is s’ ramassint todi.

Et on f’jot on bê grand feû.

Et lès gamins courant, don, à toûr.

Et is s’ amûsant bin.

C’ è-st-one fièsse po lès-èfants, qwè.

Et falot qu’ on waîte à lu, pace qui lès gamins, is sont co bin mèchants avou lès gamines.

Is lès machurant.

 

M. Francard, Traditions populaires au Pays de Bastogne, 1982

 

(p.191) grands feûs : vôte à l’ bôkète

 

«  Si on n’ fêt nin l’ grand feû, li bon Dju ‘nn’ a fêt ok dins l’ anée. »

 

« Â grand feû, lès sîses au feû ! »

 

Grand feu à Smu, in: AL, 3/1992

 

Les “Saints Panceaux” iront de maison en maison récolter les ingrédients nécssaires à la préparation des ‘vôtes’ et ‘matoufèt’ qui se dégusteront autour du feu.

 

In : Neuvillers 1290-1990,  1990

QUELQUES ASPECTS DU FOLKLORE AU COURS DE L’ANNÉE (1)

Par Béatrice SAC-MOUZON

(p.138) Le Grand feu

 

Le Grand feu est indispensable, sans qu’on en perçoive clairement l’élément purificateur évoqué par les folklolistes. Il «se célèbre» obligatoirement le premier dimanche du carême. Par le rite du Grand feu, on écarte les incendies du village. La preuve par l’absurde en a été faite à Recogne avant la guerre de 1940, où la pratique du Grand feu avait été abandonnée et où deux incendies furent à déplorer en quelques années.

L’organisation du Grand feu est le fait des garçons en âge d’école primaire. Le dîner terminé, on réquisitionne un véhicule léger, souvent une siglisse, qu’on pourra traîner à travers le village et hisser jusqu’au flanc du Rabot. De cette colline, le Grand feu sera vu du village entier, qui n’y participe pas autrement.

Les enfants recueillent de la paille chez les cultivateurs, c’est-à-dire à peu près chez tout le monde, et, chez quelques-uns, un fagot de coches. Selon l’abondance de la récolte, on fait deux ou trois fois le trajet village-Rabot, aller et retour. On a froid, on se salit, mais c’est exaltant.

Il faut construite le bûcher avant que ne tombe l’obscurité. Des jeunes gens, nostalgiques, se sont approchés du chantier et y vont de quelques conseils judicieux pour une bonne assise des divers combustibles.

Mais il est temps pour les garçons de courir, tout essouflés, au salut. Seuls les aînés resteront sur la colline pour porter à temps voulu l’allumette sur le bûcher. Les gens, sortant juste du salut, s’extasient devant la flamme qui rougeoie sur la colline.

De retour à la maison, les enfants dévorent les votes (crêpes), le plat traditionnel en pareil soir, préparées par leurs mamans.

Le Grand feu de Neuvillers est passé par une crise assez semblable à celle du carnaval. Mais sauvés et sauveteurs sont inversés. Dans le cas du Grand feu, ce sont les adultes qui, vers 1980 aussi, sont venus au secours des enfants désemparés.

La télévision, la voiture, le football, actif ou passif, étaient autant de loisirs du dimanche qui concurrençaient le Grand feu. D’autre part, suite à la baisse de la natalité, le nombre des enfants avait diminué. On manquait de bras, alors que le combustible à transporter se faisait plus lourd. Fini le temps où chaque maison proposait sa botte de paille. La profession d’agriculteur n’est plus représentée que par un foyer sur dix. La paille est rare et chère. Aussi la charrette à tirer s’encombre-1-elle aujourd’hui de canons, de bois morts, de pneus hors d’usage.

 

Un jour vint où les enfants renoncèrent à monter sur le Rabot. Ils déchargèrent le combustible dans la prairie devant la Ferme des moines (la Cinse). C’est à cet endroit que, pendant quelques années, s’éleva la flamme du Grand feu annuel.

L’apport des adultes consista dans une initiative du Comité des fêtes qui, à partir de 1984, introduisit deux nouveautés pour Neuvillers. La première, un brin de cérémonial : un couple de jeunes mariés de l’année est invité à allumer le feu et à prononcer le jugement de la sorcière Hiver (2).

Autre innovation : dès que la flamme baisse, la population et les enfants se rassemblent autour de tables où l’on distribue du vin chaud, des crêpes dans les premières années, remplacées maintenant par des beignets.

Un changement en entraînant un autre, l’aire du feu fut déplacée à deux reprises : tout d’abord à proximité de l’école communale, celle-ci servant d’intendance; puis, à partir de 1986, sur le parking du terrain de football. Signe des temps : la soirée se termine actuellement par un concours de play-back.

Comme partout ailleurs, le grand feu bénéficie à Neuvillers d’un regain inattendu de vitalité, avec la pratique, à peu près géné­rale dans la région, de l’avancer au samedi soir.

 

Quelques aspects du folklore chestrolais, in : La Vie Wallonne, 1967, p.165-sv

 

(p.166) On fait encore le ‘grand feu’ à Grandvoir, à Respelt et à Tournay, le premier dimanche de carême. A Léglise, on le faisait à la quinquagésime : ‘grand feu’ et carnaval étaient mêlés.

 

(p.167) /Les/ ‘masques’ assistaient au feu ; après, ils se rendaient dans les cafés et dans les maisons où on leur servait à boire (1).

On croyait que les villages qui ne faisaient pas le ‘grand feu’ seraient châtiés :

Si an n’ fét ni l’ grand feû, l’ Bon Dieu a f’rè îk lu tès d’ l’ anée.

‘si on ne fait pas le grand feu, le Bon Dieu en fera un pendant l’année (c’est-à-dire qu’un incendie détruira une maison)’ [Verlaine ; aussi dans les anc. comm. de Hamipré, de Longlier et de Neufchâteau] ; — si an n’ fét ni l’ grand feû, an. s’rè mindjè dès plukètes ‘si on ne fait pas le ‘grand feu, on sera mangé par les moucherons’ [Grandvoir] (s).

Actuellement, ce sont les grands garçons de l’école primaire qui font le ‘grand feu’. L’après-midi, ils récoltent des fagots et de la paille dans chaque maison du village. Le bûcher est construit en forme de cône sur une colline et il est allumé à la tombée de la nuit (3). A Tournay, les garçons se noircissent la figure avec des charbons refroidis.

Une fois le feu éteint, on rentrait chez soi pour aller manger des vôtes ‘crêpes’. Dans la commune de Straimont, les jeunes gens se réunissaient dans une maison où il y avait beaucoup de jeunes. Ils invitaient les jeunes filles à venir manger des crêpes. Pour une jeune fille, cette invitation était une annonce de mariage. C’était signe de rupture si un fiancé n’était pas allé chercher sa fiancée.

Autrefois, tout, le village participait au ‘grand feu’. On y annonçait les mariages futurs ; on ‘abanait’ (4) les fiancés [Hamipré, Léglise (5)] ; on les ‘soudait’ [Assenois (6), Neufchâ­teau, Verlaine] ; on les ‘votait’ [Léglise] (7). On ne manquait pas non plus de citer ceux dont on avait surpris les amours secrètes. On chantait en chœur, sous forme de dialogue :

O.é ! o.é ! quî-ce quu dj’bans veû drî l’ (h)orlê?

– X avu  Y!

(‘Ohé ! ohé ! qui est-ce que nous avons vu derrière le talus? / X avec Y!’ [Mellier)

 

(1) D’après Fr. ignace, art. cité, pp. 161-163.

(2) A Tronquoy, ce châtiment menace ceux qui ne font pas de crêpes ce jour-là : Si tu n’ fés pont d’ vôte on grand feu, lès plukètes tu rawîrant

“Si tu ne fais pas de crêpes le, jour du grand feu, les moucherons te grignoteront’.

(3) L’ djoûr dou grand feû, i faut wéti d’ qué costè qu’ l’ êr vièt ;

èlle î vinrè lès trwas quârts d’ l’anée

‘le jour du grand feu, il faut observer de quel côté le vent souffle ; il soufflera de cette direction pendant les trois quarts de l’année’ [Tronquoy].

(4) Au sens premier, abanè signifie  ‘publier les bans de mariage’.

(6) Léglise, d’après Fr. ignace, art. cité, p.  161.

(6) D’après l’Atlas linguistique de la Wallonie, t. 111. p. 32!).

(‘) Synonymes : mariè si les gens que l’on ‘vôte’ sont célibataires : r’mariè, s’ils sont mariés [Léglise] ; d’après l’Atlas linguistique de la Wallonie, ibidem.

 

(p.168) Les fiancés qu’on oubliait de proclamer étaient vexés. A côté de ces ‘soudages’ réels, il y en avait d’autres, malicieux : on accolait le nom de la jeune fille dédaigneuse et celui du vieil ivrogne, du village ; celui de l’époux infidèle et celui de son amie. De gros éclats de rire et des coups de feu accompagnaient chaque ‘soudage’ (]).

 

Pierret, J.-M., Quelques aspects du folklore chestrolais, La Vie Wallonne, 1967

 

(p.166) Grand feu: à Grandvoir, Respelt, Tournay.

(p.167) “Autrefois, tout le village participait au ‘grand feu’. On y annonçait les mariages futurs; on ‘abanait’ (= publiait les bans de mariage) (Hamipré, Léglise): on les ‘soudait’ (Assenois, Neufchâteau, Verlaine); on les ‘vôtait’.”

 

Marie-Thérèse Pipeaux, Anloy, un siècle d’histoire 1900-2000, éd. Weyrich, 2004

Le grand feu

 

Anciennement à la mi-carême, actuellement le samedi qui précède le mardi gras.

On l’allumait, le soir, en haut de la Hoigne, sans oublier les vôtes traditionnelles pou n’ nin èsse mougnè des mouchètes. De nos jours, les crêpes et le vin chaud sont toujours au rendez-vous.

L’effigie d’une sorcière est promenée dans les rues du village avant son exécution sur le bûcher.

La jeunesse offre le petit verre de «goutte» dans chaque maison du village.

 

(Pinon – tchants) (p.51)

 

CRIS ET FORMULETTES

DU CALENDRIER FOLKLORIQUE

 

68. CRI DU GRAND FEU

(Carême)

 

Wibrin

 

« Â grand feû,

Lès sîses â feû . »

 

In: Charles Bigonville : Muguet Rose, 1949, p. 114.

 

Il s’agit d’une formulette que l’on criait autour du grand feu de la Quadragésime allumé sur une hauteur proche du village, et autour duquel on dansait. ” Une jeune fille qui le franchissait était certaine de trouver un mari endéans l’année.,.. ” Lorsque le feu s’ éteignait, on s’ en retournait gaiement chez soi pour manger des crêpes aux pommes de terre rapées ou à la farine de sarrasin, Le sens de la formulette est que la saison des veillées (sîses) est terminée.

 

Vic Bulens, in: Philippe Carrozza, La tradition sera respectée, VA (1/4/)1999

 

Dans les villages de Pussemange, Sugny, Bagimont et Bohan, soit dans la partie champenoise, on ne parle pas de grand feu, mais de ‘boûre’.

 

Georges Pècheur, Mirwart en Ardenne, XIXe-XXe s., Un village humilié, éd. Weyrich, 2002

 

4. Distractions liées à certaines fêtes ou coutumes

Le grand feu

 

Pour préparer le venue du printemps, la coutume voulait que l’on brûlât l’hiver : chaque année, donc, avait lieu, là-haut, au Tchamp d’ cwarnayes le grand feu autour duquel jeunes et vieux dansaient et chantaient. C’était aussi le jour des bonnes crêpes (dès vôtes). Cette tradition s’est heureusement perpétuée; la fête du feu a lieu aujourd’hui près du terrain de football.

 

 

Aule (Alle-sur-Semois) - grand feu

(VA, 02/2012)

Borci (Bourcy) - grand feû

Cèturu (Cetturu) - grand feû

(VA, 28/02/2001)

Chavane (Harsin) (Chavanne) - grand feû

(VA, 04/03/2016)

Fêviè (Fauvillers) - grand feû

(2012)

Harbûmont (Herbeumont) - grand feû

(2010)

Lès-Asnès (Bèrtrè) (Assenois (Bertrix)) - grand feû

(VA, 16/03/2015)

Madjerote (Magerotte) - grand feû

Masbor (Masbourg) - grand feû

(2007)

Mautche (Marche(-en-Famenne) - carnaval dè l' Grosse Bièsse / craus-maurdi (mardi-gras)

(VA, 18/02/2015)

M'nugoute (Menugoutte) - grand feû

(VA, 2/1998)

Nafraîteûre (Nafraiture) - grand feû

(VA, 21/06/2014)

Ofagne (Offagne) - grand feû

(VA, 31/03/2017)

Sîbrèt (Sibret) - grand feû

(VA, 14/03/2013)

Strintchamp (Strainchamps) - grand feû

(in: André Lebeau, Strainchamps à travers 20 siècles, 1970)

Tchonvîye (Jéhonville) - grand feû

(VA, 21/03/2009)

Vièrzîye (Willerzie) - grand feû

(in: Bulletin du CEHG, 34, 2005, p.64-68)

 

1.6 Li Gaume / La Gaume

in : Jules Massonnet , Dictionnaire du patois (sic) gaumais de Chassepierre, s.d.

 

bûle : s.f., grand feu du premier dimanche du carême. La jeunesse du village pré­parait le grand bûcher quelques mois à l’avance, par la récolte de bois mort de brindilles provenant surtout de la tonte des haies. Puis il y avait, les derniers jours avant l’événement, les derniers ramassages de combustibles à travers les villages, où chacun donnait sa part : fagot, rondins ou bottes de paille. L’origine des grands feux ou baies remonte à des temps très anciens; la coutume s’était maintenue d’une façon générale dans tous les villages de la Gaume jusqu’à la guerre 1914-1918; elle ne persiste plus que dans de très rares localités actuelle­ment.               

 

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

(p.45)

Carnaval

 

Les trois jours gras précédant le mercredi des cendres, ainsi que le dimanche de la mi-carême, on « faisait » le carnaval. Les mascarades du dimanche et du mardi-gras n’avaient rien de compliqué. L’essentiel était de se rendre méconnaissable. On s’habillait d’oripeaux quelcon­ques, certains s’enduisaient le visage de miel pour y coller du duvet, se noircissaient à qui mieux mieux pour faire le sauvage, ou se cachaient la figure avec un linge percé de trous pour les yeux et la bouche. Il fallait bien laisser assez de place pour boire !

 

1er dimanche de Carême. Jour du grand feu ou la Bûle

 

Le jour de la « bûle » comptait parmi les grandes fêtes de l’année. La coutume d’allumer un feu en un endroit élevé de la localité, vivace encore au XIXe siècle, s’est éteinte en 1940, à Fratin (Ste-Marie-sur-Semois) où elle s’est manifestée pour la dernière fois sous forme de réjouissance enfantine.

La localisation du feu en un endroit élevé, toujours le même, la préparation, l’allumage, les rites très divers qui caractérisaient l’événe­ment, les croyances qui s’y rattachaient en marquaient l’importance dans la vie quotidienne du village. Le plan du scénario différait peu d’un village à l’autre. L’essentiel consistait dans la quête du combus­tible, l’édification du bûcher, le cérémonial de la mise à feu, les comportements (p.46) des participants, les motivations et significations avouées ou secrètes de la fête, les prolongements rationnels de l’ensemble des pratiques.

Une enquête en 1939 portant sur les 48 communes de la Gaume, a révélé la disparition du grand feu dans de nombreuses localités au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

La première guerre mondiale a porté un coup fatal à la coutume. L’attitude hostile d’une partie du clergé, l’évolution des mœurs dans la libération des distractions villageoises, le manque d’intérêt pour le maintien de traditions que certains considéraient comme arriérées, comptent pour beaucoup dans l’abandon d’habitudes ancestrales.

Passons rapidement en revue quelques aspects particuliers du déroulement de la coutume dans quelques villages gaumais.

 

Canton de Florenville

 

Florenville. Lieu : sur le Horlé Biaise, La quête du combustible (gerbes de paille, fagot, rondins), se faisait après les vêpres. Le bûcher prenait la forme d’une meule de foin. Un coq vivant était attaché au sommet de l’échafaudage. Le bourgmestre ou à son défaut, le maître jeune homme (président de la société de «jeunesse ») allumait le feu. Fait exceptionnel : le curé bénissait la bûle. Les chants et les rondes commençaient dès que les flammes montaient. On s’arrêtait de temps en temps pour « sôder », c’est-à-dire divulguer des projets de mariage.

Les Bulles. Il est assez singulier que le nom d’un village de Gaume porte le même nom que la coutume en question. On a beaucoup ergoté sur l’étymologie du mot. Il semble que ce soit le dialectologue Jean Haust qui en ait donné la signification la plus acceptable. La bûle (anciennement bure) qu’on élevait, c’était la hutte ou maison (destinée à être brûlée), un simulacre grossier de hutte, un tas conique ou carré, mais haut comme une maison. A l’appui, on voit que la même métaphore explique les diminutifs buriaux, buirette (tas de foin sem­blables à des huttes).

La bûle, ici même, est abolie depuis longtemps. Cependant, des mémoires fidèles en ont conservé une image assez précise. Une roue mobile était ficxée au sommet du mât de la meule. Elle était diposée de telle sorte qu’on pouvait la faire tourner pendant que la bûle flambait. On chantait et on sautait autour du brasier en se tenant par la main.

Chassepierre. Des dissenssions dans la «jeunesse » ont mis fin à la bûle en 1933. Au cours de la ronde autour du feu, on marquait parfois un temps d’arrêt pour crier aussi fort que possible les phrases suivantes, lentement articulées au début, puis rapidement hachées pour finir :

« Sodé… ! sodé… !

Vous ne savez pas qui j’ai trouvé à sôder… ?

C’est Louis H… avec Jeanne Z…

Oui ! Pif! Paf! dans l’eau.

(p.47) Les crêpes constituaient le mets traditionnel de la soirée.

 

Fontenoille. Le combustible était fourni par les parents des jeunes filles. Il était chargé sur un chariot attelé de quatre chevaux. L’allumeur du feu était désigné par le sort. On y sôdait, mais avec cette restriction que seules, les jeunes filles dont les familles avaient refusé de donner une part de bois, étaient victimes de plaisanteries.

Muno. La coutume est oubliée de longue date. Faut-il attribuer cette dispari­tion à l’ordonnace du Père Gossuin, prieur de Muno vers le milieu du XVIIe siècle, par laquelle il est défendu de soder sous prétexte qu’il se commet des abus au préjudice de l’honneur divin et des bonnes mœurs ? Une amende d’un florin est prévue en cas d’infraction.

Lambermont. Pour piquer au vif les récalcitrants, qui dédaignaient de prendre part à la réjouissance populaire, on faisait des rapprochements inju­rieux. Il n’était pas rare d’entendre sôder une jeune fille à un manche à balai.

Les cendres étaient vendues au cabaretier chez qui la jeunesse allait achever la soirée.

Termes. Tout le monde donnait du combustible pour le grand feu. L’absten­tion exposait à des maladies, à de la malchance. Le bûcher était surmonté d’un mannequin de paille. De nombreux participants emportaient, pour la conserver, un peu de cendres en guise de souvenir et de talisman.

Lacuisine. Le maître jeune homme allumait le bûcher. Un mannequin était fixé au sommet du mât. Ce jour-là, jeunes gens et jeunes filles étaient fiancés publiquement.

Villers-devant-Orval. Bûcher important, grâce à la coupe d’un hêtre au bois communal. Le feu avait pour but de préserver la population des maladies contagieuses. Un acte d’archives porte la date du 27 février 1344, « vendredi après les bures. » Le maître jeune homme allumait le feu. On dansait et on sautait par-dessus le feu. On préparait des crêpes et on ne manquait pas d’obser­ver et de noter la hauteur atteinte par la pâte levée, signe indicatif permettant l’évaluation de la prochaine moisson.

Canton d’Étalle

Étoile. Un dicton assurait que si l’on négligeait de faire la bûle, un incendie détruirait une maison au cours de l’année.

Sivry. 1914 a marqué la fin du grand feu. Il était allumé au lieu-dit « Le Gibet ».

Bellefontaine. Grand Feu abandonné depuis longtemps. Se faisait « A la Potence ».

Lahage. Le dernier marié de l’année avait l’honneur de mettre le feu au bûcher.

Buzenol. La bûle était allumée « sur les Brûlés » ou sur « le Rôle », colline moins élevée et d’accès plus facile.

(p.48) Quête, de maison en maison, après les vêpres. La plupart des habitants se soumettaient volontiers à cette réquisition bien que, en cette fin d’hiver, les tas de bois fussent devenus maigres. On pouvait voir de pauvres femmes, brassant leurs fagots, en remettre un ou deux aux jeunes gens et disant sentencieusement : « Tènaye, quand on n’ fât m’ la bûle, èl Bon Dieu la fât ».

(Tenez, quand in ne fait pas la bûle, Dieu la fait.)

Au sommet des « Brûlés », le bois était rangé en carré, avec une botte de paille aux pieds. Il fallait une échelle pour élever le tas qui atteignait parfois trois mètres. On chantait, on dansait autour du brasier. Les brimades commençaient quand le feu était éteint. Les grands noircissaient les figures des petits.

C’est le curé qui a mis fin à la pratique. Il voyait dans cette coutume un reste de paganisme.

Châtillon. Le bûcher, tas informe, était allumé par le dernier marié du village, au lieu-dit « sur la Croix », point culminant de la région. Des gaufres, des crêpes étaient préparées sur des petits feux éparpillés aux alentours et empruntés à la bûle. Garçons et filles prenaient part ensemble aux réjouissances et des amourettes ne manquaient pas de s’ébaucher. Un dicton en témoigne : «Acoûrd dè grand fieu n’ deure qu’ djusqu’à ménieut »

(Accord de Grand Feu ne dure que jusqu’à minuit).

(…)

Habay-la-Neuve. On quêtait du bois et des vivres. Les jeunes filles des mai­sons qui avaient donné des aliments étaient invitées au repas en commun.

Rossignol. La guerre de 1914 a mis fin à la coutume. Le feu était allumé par le dernier marié de l’année. On annonçait des fiançailles.

Sainte-Marie-sur-Semois. Bûcher dressé « Sur le Magenot ». Une croix de bois sommait l’édifice. Pendant les rondes, les jeunes filles lançaient des fleurs dans les flammes. On attribuait au Grand Feu une influence heureuse sur les récoltes. Des gaufres étaient servies au repas du soir, pris en commun.

Fratin. Le grand feu était uniquement l’affaire des enfants du village. La scène a été joliment décrite par le poète Francis André, publiée dans le Pays gaumais (I, 2-3-4 pp. 31-34). Dernière bûle en 1939.

 

Canton de Virton

 

Torgny. On n’y connaît plus que la locution «fare un fû coume ène bûle ».

Willancourt-Musson. Au lieu-dit « Le Haut des Dames ». Dans l’après-midi du premier dimanche de carême, chacun mettait une torche de paille ou un fagot devant sa porte. Les jeunes gens en tournée n’avaient qu’à les prendre au passage. Au sommet du très haut bûcher était attaché un coq lié par les pattes. Le plus âgé des participants y mettait le feu. On dansait autour du brasier en chantant, entre autres, « Au rond des papillons ». Quand le brasier était près de s’éteindre, on sautait par-dessus le feu. Ensuite on se noircissait la figure avec les cendres. La cérémonie terminée, la jeunesse regagnait le village ; en tête marchait (p.49) l’allumeur habillé de paille. On faisait le tour des maisons pour recueillir les œufs destinés à l’omelette préparée et mangée en commun dans un café. Le Grand Feu était censé protéger les habitations du tonnerre et les récoltes de la grêle. Fréquemment aussi, des fiançailles avaient lieu en ce jour. Le Grand Feu marquait la fin des veillées d’hiver.

Ethe. Le feu était allumé au « Mât » à la lisière du bois. On dansait. Certains se noircissaient la figure et « faisaient le diable », sautaient à travers les flammes s’assurant ainsi des richesses pour l’avenir.

Villers-la-Loue. Le Grand Feu était allumé sur le « Mont de Châtillon », point culminant de la commune.

Halanzy. La coutume est oubliée depuis longtemps. Cependant il ressort d’un rapport de visites canoniques dans les paroisses de l’archidiaconé de Lon-guyon, en 1628-1629, que la coutume y entraînait de graves abus. Le visiteur signale qu’en ce jour des serviteurs et des maîtresses sont dites « soulevées » et il demande que cette pratique soit défendue et abrogée comme infâme.

Conclusions

Albert Doppagne a étudié et publié dans la présente collection, sous le titre Les Grands Feux, une importante mise au point des connais­sances relatives à cette coutume en Belgique. Ses conclusions rejoignent pour une part les nôtres parues dans le Pays gaumais de 1940.

Nous en retenons l’essentiel. Bien qu’elle soit organisée par et pour la jeunesse, la grande fête du feu est une manifestation de ferveur collective. Tout le monde donne du combustible (on peut négliger les rares exceptions) et la bûle flambe sur un point culminant de la localité d’où le feu peut être vu, perçu par ses ondes sonores par la population. Le plus souvent, il est allumé par une personnalité représentative, parfois le dernier marié de l’année. Le sommet de la manifestation est atteint au cours de la ronde autour du feu lors de la proclamation des fiançailles. L’aspect caricatural ou parodique que cette annonce peut revêtir n’infirme en rien sa haute signification, la renaissance toute proche de la végétation, le retour de plus de lumière et de chaleur favorisent l’amour et les germes de vie dans la nature et chez les hommes. Des chants, des danses, des travestissements, des repas rituels générateurs de forces neuves expriment ce renouveau. Mais tout cela ne va pas sans sacrifices d’êtres vivants ou de simulacres. L’esprit du mal doit être vaincu par le feu et par l’amour, puissance de la réversibilité des bienfaits du feu !

(p.50)Enfin, il y a le saut, dangereux, par-dessus le feu, symbolisant la force de la vie nouvelle et le défi aux puissances maléfiques. A travers la trame des éléments constitutifs de cette vaste « scènerie », on peut restituer dans ses grandes lignes une des phases de la mentalité magico-réaliste de l’esprit humain à la recherche d’un équilibre spirituel et temporel, de ses aspirations vers le bien-être matériel et la réponse aux énigmes de l’univers.

Le Grand Feu est un résidu de croyances peut-être millénaires. Il est un témoin de notre lien avec notre lointain passé.

 

Fred Leroy, Chiny se souvient, éd. Eole, 2004

 

(p.158) Les « bûres »

 

Les « bûres », ou les « bûles », mot issu du latin burere, désignent une coutume aujourd’hui disparue.

Jadis, le premier dimanche de Carême, on allumait, dans chaque village, un bûcher fait de fagots quêtes chez les particuliers, ou soustraits aux coupes communales. Pendant qu’au son de la musique une ronde s’organisait autour du brasier, on « soudait», c’est-à-dire qu’on proclamait à tue-tête le nom des jeunes gens et des jeunes filles que l’on supposait devoir convoler dans l’année.

 

Floravile (Florenville) - bûle (grand feu en gaumais)

(in: Marie Fizaine, Florenville, mémoire des coeurs, s.d)

La Keûjine (Lacuisine) - bûle (grand feu)

(VA, 03/1999)

Tchanou (Chenois) - bûle (grand feu)

(VA, 15/03/2012)

Vance - bûle (grand feu)

(VA, 17/04/2014)

Vilé (Villers(-sur-Semois)) - bûle (grand feu)

(VA, 11/03/2015)

Virtan (Virton) - bûle (grand feu)

(VA, 11/03/2015)

 

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

One ricète : Lès vôtes do Grand Feu

 

Lévèye à l’pikète do djoû, mi ma­rine loyeûve si blanc d’vantrin à bawète èt prinde su l’ alî s’ pus grande têle vêrnîye di djane en d’dins, si fonde qu’on n’ vèyeûve pus qui l’ mitan d’ sès brès.

Elle î macheûve dè l’ farène, dès djanes d’ous, do lacia, de 1′ canèle (djusse assez po qu’ on nè l’sintiche nin). Au dêrin momint, èle trèmacheûve lès blancs d’ ous batus à nîve. Si prustichadje achèvé, èle dispindeûve si pus grande pêle, stramer one quawéye di sayin, li fé fonde èt staurer s’ pausse avou one loce.

Achîde dilé 1′ bûse, li momint qui dj’ ratindeûve, c’ èsteûve l’ apéye qui vèyeûve èvoler l’ vôte, tapéye è l’ aîr d’ on-adrèt côp d’ pougnèt èt qui r’tchèyeûve, ritoûrnéye, à plin mitan dè l’ pêle… Djè l’ âreûve tant v’lu vôy ritchaîr su l’ tièsse do tchèt… !

One après l’ ôte, lès vôtes èstin.n rascouviètes di suke di pot èt èpiléyes à grossès platenéyes.

 

Huberte Thérasse-Brichard (Wasab).

 

à l’ pikète do djoû : à pwin.ne qui 1′ djoû comince

l’ alî : 1i sgotwè.

trèmachî : machî come i faut

stramer : staurer long èt laudje.

l’ apéye : li coût momint.

 

Folklore de la vôte

 

Cette faveur des vôtes explique que ce soit un mets calendaire tradi­tionnel.

A Verviers, c’est le jour des grands feux qu’on fait les vôtes pour les enfants qui vivent au loin et qui viennent rumagni l’ pan d’ leû pére « remanger le pain de leur père » (d’après « Fré Cougnou » IV, 1903, 197, p. la) ; Joseph Calozet signale les votes du grand feu dans un texte en dialecte d’Awenne publié par Oscar Lacroix dans Nous, sous le casque d’acier, 1929, p. 73)

 

M. Francard, Traditions populaires au Pays de Bastogne, 1982

 

(p.191) grands feûs : vôte à l’ bôkète

 

 

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

Picardîye (Picardie) / Mont-Borinâje - l' Escouvion

(in: Albert Marinus, Le folklore belge, T2, 1930) 

Cré Solvé (à R'bèk-Rognon / Rebecq-Rognon)

(in: Le Folklore Brabançon, 58-59, 1931, p.243-245)

 

Li cente-walon / Le centre-wallon

tchanson : "Li grand feu" (Ernest Montellier / Joseph Calozet)

(Roger Viroux 1992)

LI GRAND  FEU  DO BANBWÈS

R.

  Au Grand Feu do Banbwès,

Come gn-a mauy pèrson.ne qu’ a ieû swè,

Li baterîye

A malaujîye

Di t’nu l’ mèseure èt d’ roter drwèt.

 

I

Waîtiz l’ preumî ! N’ èst-ce nin l’ pus bia ? 

C’ èst l’ Francis, nosse pwârteû d’ drapia.

Padrî, gn-a l’ Henry qui choufèle

Èt on-z-ôt l’ tambour da Danièl

Dissus s’ tracteûr, noste Adhémar

Crîye : ‘Au s’coûrs ! ‘nez me rademint à bwâre!

 

II

Asteûre, à l’ tièsse dè l’ cavalcâde

Di tote li binde di mascarâdes,

Lès feu-bouteûs, en bleuw saurot,

Mwin.nenut l’ cortêje, brès d’zeû, brès d’zos !

Pwîs Dèdète, todi plin.ne di feu, va alumer nosse Grand Feu!

 

NOS  ÎRANS CO

 

Vinoz tortos avou nos, lès soçons!

N’ îrans au Grand Feu do Banbwès !

Aprèstez vosse masse ou l’ mine di plomb!

Gn-a pèrson.ne qui vos r’conirè!

Min.me s’ i gn-a pus one âme

Qui sét co roter drwèt,

Di vôy danser lès blames,

On rîrè èt on tchanterè !

Et l’ lèdmwin, vos dîroz aus vijins:

“Nos-îrans co l’ anéye qui vint!

“Nos-îrans co l’ anéye qui vint!”

 

R. Viroux (1995)

 

Djivèt (Givet) - Fièsse do Grand Feu (Fête du Grand Feu)

(in: Pierre Hubert, 150 ans de vie givétoise, Terre ardennaise, s.d.)

Djon-l'-Vau (Dion-le-Val) - li grand fèyau (= grand feu)

(in: R. Snappe, Le Folklore Brabançon, 87-88, 1935-36)

Li djoû dès grands fès

(in: Folklore Brabançon, oct. 1925)

 

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques (co rin trové / encore rien trouvé)

5 Scrîjadjes / Littérature

Joseph Boucher (Djèrompont), Lë grand fè, p.14-16, Lë sauvèrdia, n° 185, 2001  

 

Lès djoûs ralonguëchenèt,

Noste ëviêr pète èvôye

Èt l’s-èfants s’ rafîyenèt

Dè tchanter së lès vôyes :

« On fagot

Po l’ pës gros,

On fëstë

Po l’ pës p’tët. »

« Au grand fè, grand fouyau,

Dès pîres èt dès cayaus. »

 

in : CW, 3, 2005, p.85-86

Ûsances di Ôte Esbaye : li twatche

(Meux – Meû)

 

Li prumî dimègne di Cwarème, c’ èst l’ dimègne des brandons. Ci djoû là, lès vîs Meûtîs racontîn’ qu’ il alîn’ brûler dè strin aus quate cwanes di leûs pachis (1). I fyîn’ ça po tchèssî lès mwaîs-èsprits èt po-z-awè bran.mint dès frûts. À dès places qu’ i gn-a, lès djins boutîn’ li feu à dès twatches loyîyes su dès bastons èt s’ aler porwinrner avou, pa-d’zos lès-aubes divant qu’ i n’ djètîche.

Po nos djins, le brandon ou li banon, c’ èsteûve one twatche di strin qu’ on lôyeûve su li d’zeû d’ on baston. Is l’ sitampîn’ è têre. Ci maniére-là dè fé, sièrveûve à disfinde on passadje, à èspêtchî dè passer ou po mostrer qu’ i gn-aveûve on dandjî. On d’djeûve qu’ on-aveûve planté l’ twatche. Pus râremint, dj’ a ètindu dîre qu’ on planteûve « li chovion ». Dins dès places qu’ i gn-a, on dit pus rade qu’ on va sbaner ou èbaner one têre : c’ èst disfinde d’ intrer ou dè passer. Li contraîre, c’ èst disbaner (2).

Vo-z-è ci dès-ègzimpes.

À paurti dès-anéyes 1980, l’ Ètat a faît r’mète èchone dès têres d’on min.me propriètaîre (3). Il ont lomé ça r’mimbrèmint dès têres. Mins, dins l’ timps èt d’vant d’ awè leûs bokèts rachonés, nos cultiva­teûrs travayîn’ dès p’tits bokèts di 3-4 djournaus qu’ èstîn’ one miète pa t’t-avau tot dins l’ comune. Ça l’zeû fieûve dè l’vôye po lès-aler travayî ! Ci qui faît qui, quand lès têres èstîn’ dispouyîyes, po spaurgnî lès pates dès bièsses èt gangnî dè timps po-z-aler su lès leûrs, i fyîn’ on racoûti èt trivièrser lès-ôtes bokèts avou lès-atèléyes. Quand on r’ssèmeûve èt po disfinde li passadje, on « planteûve li twatche.» Passer iute di ça, c’ èsteûve risker d’ awè dès miséres èt di s’ ritrover pa-d’vant l’ tribunal.

À fwace dè passer dins les vôyes di campagne qu’ on lomeûve vôyes di têre, i s’ fieûve dès warbêres. Quand il aveûve ploû, lès bindeladjes dès ruwes lès-aprofondichîn’ à tél pwint qu’ lès mouyous dès tchaurs frotîn’ à l’ têre èt qu’ lès bièsses drânîn’ po lès satchî foû. Po soladjî lès bièsses èt lès tchaurs, lès cultivateurs passîn’ à costé, su lès têres. Quand ci n’èsteûve nén dè goût dè l’ propriètaîre, il èbaneûve si têre.

Quand lès cultivateûrs v’lîn’ èspêtchî lès tchèsseûs dè pèsseler leûs cultures ou dè passer dins leûs bwès, i fyîn’ li min.me.

Li dêrén côp qui dj’ ènn’ a vèyu, ç’ a stî dè timps dè l’ guêre. Come lès djins avîn’ fwim, is v’nîn’ rapauter su lès têres di frumint. Lès djaubes èstîn’ mètuwes è dîjas bén alignîs po lès p’lu kèrdjî aujîyemint, on côp bounes à rintrer. Lès cinsîs si d’mèfyîn’ dès bindes di rapauteûs qui s’ alîn’ catchî padrî lès dîjas èt dispauter lès djaubes. C’ èst po disfinde l’ intréye dè l’têre qu’ is plantîn’ li banon. On côp l’ têre dispouyîye èt disbanéye, lès rapauteûs, qui nos lomîn’ tofêr mècheneûs, p’lîn’ intrer.

I  gn-aveûve nén qu’ po lès têres qu’ on s’ sièrveûve dè l’ twatche. I gn-aveûve pont d’ baurîres Nadar adon èt, si one vôye èsteûve trop distrûte ou on pau d’foncéye, li cantonier stindeûve one cwade èt î pinde one twatche aus-intréyes po disfinde li passadje. C’ èsteûve co s’ bèsogne de disfinde l’ intréye dès prés Sint-Djan, lès-oûrchèts èt tos lès béns dè l’ comune (4).

Sovenoz-vos qui lès scayeteûs ossi pindîn’ one twatche à on scayon d’ leû chaule. Poqwè èsteut-ce, pinsez ? sinon po disfinde dè passer pa-d’zos èt vos fé comprinde qu’ i gn-aveûve one pane ou one sicaye qui vos p’leûve tchaîr su vosse tièsse !

 

Pol GILLES, R.N.

 

(1)  Di nos djoûs, on cause di pré come di pachi sins pont fé d’ difèrince. Portant on-z-è fieûve one : on pachi, c’è-st-on pré avou dès-aubes à frûts.

(2)  On pôreûve, avou one miète d’ idéye, pinser qu’ dins lès tribunaus, on d’ djeûve «embanner» on pré ou one têre, «débanner» quand on r’ssatcheûve li twatche.

(3)  Après l’ guêre di 40,  li  nombe di cultivateûrs a bachî. Po-z-awè mwins’ di convôyes à fé po travayî leûs têres, ètur zèls, il ont discandjî dès bokèts po rachoner leûs cultures. Li r’mimbrèmint obligatwêre n’ a ieû s’-t-èfèt qu’à l’ fén dès-anéyes 80 (li lwè aveûve passé li 22 d’ julèt’ en 1970).

(4)  Lès prés Sint-Djan, c’èsteûve lès pus pôves qu’ î plîn’ fé pache leûs bièsses.

Il  î p’lîn’ î intrer après lès foûrs, au pus sovint après l’ Sint-Djan, quand l’ wayén poûsseûve. Il èstîn’ adon banauves ou disbanés.

L’ oûrchèt si tradwit è francés pa les warichets. C’ èst dès frèchaus, dès prés qui n’ èstîn’ nén drin.nés, tot l’ long dès ris èt dès richots.

–    Meûtî : habitant de Meux

–    on djoumau : mesure agraire qui représentait la surface labourable en une journée avec un attelage de chevaux lourds. En 1894, à Namur, le bonnier était estimé à 94 ares, 61 ça. Et, dans le monde rural en Haute-Hesbaye, on estimait le journal à ± un quart de bonnier

–    rachoner : rassembler

–    bindeladje : bandage  en fer encerclant la roue en bois, assez étroite

–    drâner : s’épuiser

–    dîja : assemblage de 10 gerbes

–    rapauter : glaner

–    dispouyîye : dépouillée (après la moisson)

–    mèchener : ramasser les tiges qui ont échappé à la machine ou au jave-leur

–    scayeteû : ardoisier

–    scayon : échelon

–    pane : tuile

 

in : Lë Sauvèrdia, 283, 2011

Grand

 

Lès djous ralonguëchenèt,

Noste ëvièr pète èvôye*

Et l’s-èfants s’ rafîyenèt*

Dë tchanter së lès vôyes :

« On fagot

Po l’ pës gros,

On féstë

Po l’ pës p’tët. »

«Au grand fè, grand fouyau,

Dès pîres èt dès cayaus. »

 

A pârtë dè l’ djudë,

On c’minceûve lë toûrnéye

Po l’ achèver l’ sèmedë

Së l’ dëfén dè l’ djoûrnéye.

 

Lès gamins èstine fiérs

Au mëtan d’ leûs stapètes*

Pwartéyes come one cëviére …

C’èsteût mia qu’ dès bèrwètes.

 

On tchèrdjeûve à plins brès

One djaube dë strins, dès sayes*

On fagot, dë sètch bwès,

Dès stos* èt cochètes d’aye.

 

Lë dimègne au matén,             

Lë djon.nèsse s’ î mèteûve,

Djouweûve au pës malén

Èt l’ tchèretadje* s’ amonceleûve.

 

Lë nêt tourne së l’ crëpèt*

Quand tot l’ monde s’ î amin.ne

Po-z-alëmer l’ grand fè

Et danser è fiant l’ tchin.ne.

 

Lë fièsse dëreûve longtimps

Èt lès vis mascarades

Jësqu’aus dêréns momints

Lancine leûs couyonâdes.

 

Dès cës v’nine ascauchi

One cwane dë l’ moncia d’ cindes :

C’ èstot po-z-aflachi*

Lès trècas, lès maus d’ vinte.

 

Po dès-ôtes, dins 1′ djardén,

On p’tët fè arèteûve

Lès fouyants* dès vwèséns

Tot l’timps qu’ l’ an.néye dëreûve.

 

Lès flames dë nos grands fès

Vont ètèrer nos sîses

Èt dins one cope dë mwès,

Nos têres n’ sèront pës grîses,

Mins pèrson.ne në sondjerè

Quë dëspôy lë grand fè,

Lès sîses ont sti è fè.

 

Joseph BOUCHER (Djé-Djèrompont) extrait du recueil Autou d’ nos clotchis ( 1997)

 

pèter èvôye, décamper

s ‘ rafîyi, se réjouir à l’avance

stapète, perche

sayes, déchets de paille

tchèretadje, transport

crëpèt, crête, mamelon

aflachi, affaiblir

fouyant, taupe

 

 

Li grand fè à Iache.

 

On î boute li fè audjoûrdu,

Nos “Pièrots” faîyenut bon mwin.nadje

Avou tos lès cis di Lièrnu,

Et avou lès “Jèyants” d’ Èrnadje.

 

Po fé l’ pèkéye one miète pus grosse,

I n-a lès “Copéres” di Dinant.

“Lès mougneûs d coûtches” si bourenut 1′ bosse,

En dansant autoû d leûs “Jèyants”.

 

Lès djon.nes ont ramassé 1′ dinréye:

Coches di plopes, sipines èt balots.

Dès côps à l’ longueû dè l’ djoûrnéye,

Èt is sont-st-aflachîs tortos.

 

A iût’ eûres, on-alume li fè;

Lès djins waîtenut brûler l’ macrale

Qu’ a stî stitchîye su l’ wôt tokwè,

Pwis vont danser leû chîje à l’ sale.

 

Gérard Havelange S. (Iache)

 

D’à l’ vile

Li Grand Feu

 

Au feu ! Au feu ! Lès chîjes Au feu !

Au feu ! Au feu ! L’ vint d’ bîje.

L’ iviêr n’a nin peû du leup.

 

Pou r’chandi ç’ timps-là qu’ èst woute,

Nos faut ‘ne plène tchèrèye dè bos.

Donèz, donèz vos fagots,

Gn-a dès keûrs pou lès rascoude.

 

Donèz, donèz vos tchanson,

Nos-avons seu d’ arguèdènes ;

Adjustèz vos-agayons

I faut ragafyi lès pwènes.

 

Pou s’ aloumer du bon timps,

Mètèz dès vîys-aîrs à l’ viole

I faut què l’ feu brûle longtimps

Pou l’ plaîji qu’ èrva à scole.

 

Alèz-î, lès djon.nes mariés,

Tchakèz rademint l’ aleumète !

S’ i d’meûre dès rèves adjalès,

I gn-a dès stwales à l’ bawète.

 

Rabrèssèz-vous pa d’zous l’ trau,

Ravèyèz l’ séve qui sokîye.

I faut qu’ lès cindes eûchunche tchôd

Pou fé crèche lès vèy voltîy.

 

Au feu ! Au feu ! Lès chîjes.

I faîit clér, lauvau.

Au feu ! Au feu ! L’ vint d’ bîje.

L’ iviêr est r’mouchi dins s’ trau.

 

J. SPINOSA-MATHOT.

 

in : CW, 2, 1985, p.23-24

Li Grand Feu à Boudje

 

Mès djins d’ Boudje,

Mès djins do Grand Feu,

 

Dêrènemint, là saquants samwin.nes, dji sondjeûve à vos-ôtes, èt à nos-ôtes tortos, en tot r’waîtant à l’ tèlèvûsion, nosse bwèsse à imaudjes.

Nos-î èstin.n tchèyus avou lI’ peûpe dès Massaïs : dès-omes qui vikenut audjoûrdu come lès vîs bièrdjîs, come nos vîs vîs parints vikin.n volà trwès-quate mile ans, si ç’ n’ èst d’ pus.

Çu qu’ èsteûve plaîjant, c’ èsteûve do veûy leû manière do fé do feu. À têre, one couchète di bwès, bin aclapéye à l’ dagn, avou one rigole po-z-î fé toûrner ètur sès deûs mwins, di r’vint di r’va, one baguète di bwès, do bwès pus deur. Jusqu’à ç’ qui l’ couchète fumieûve. Là l’ momint do s’ mète dins l’ vint po sofler su l’ brokète et l’ fé prinde, tot-en lî r’mètant one miète di fin, tènawète.

Binauje qu’ on-z-èsteûve por zèls èt avou zèls do veûy monter l’ fumêre ; tant qu’ à-z-èfumî l’ bokèt d’ tchau à l’ copète d’ one fortchète di marchau. Qué plaîji do lès veûy agni à plins dints dins l’ djigue di bèdot.

Dj’ a r’mètu ci jèsse-là, di l’ alume-feu dès Massaïs, à nosse boton d ‘intèrupteûr qu ‘i nos faut seûremint kèkî do p’tit dwèt po ièsse nèyî d’ lumiére, po-z-awè l’ fwace à make, li tchôde êwe à r’lètche-dwèts… Èt tot ça, sins sondjî, au pus sovint, d’èwou-ce’ qu’ i ça vint, come èt pa quî qu’ ça nos vint…

Nosse Massaï d’ audjoûrdu n’ a nin dandjî do tûser dès masses : sès deûs bokèts d’ sètch bwès èt sès deûs mwins èt l’ daladje di sès deûs mwins è faîyenut bin façon !

Qu ‘il a stî contint, li prumî ome qu’ a vèyu l’ prumêre fumêre ! Dins s’ boneûr, sins sondjî pus lon, i s’aurè tapé à gngnos… èstant po sinte li feu, po waîtî l’ lumiére qui po dîre mèrci au Ci què lî aveûve doné, avou l’ vîye, li raîson po l’ fé viker à môde d’ ome.

C’ èst l’ feu — què l’ va r’tchaufer aus frèdès nêts èt lî côper l’ nwâre bîje ;

—  què l’ va  lumer dins  l’ombrîye à côper au coutia ;

—  què l’ va disfinde conte lès sauvadjès bièsses èt leûs laîds côps ;

—  què l’ va r’nièti di tot ç’ qu’ èst duv’nu tchinis’ èt tchinistrîyes ;

—  què l’ va médî èt l’ ayèssî conte lès minéyes ;

—  què  lî va d’ner lès breûjes di  l’ ameû  po-z-ècrachi l’ têre èt l’ noûri.

Èt tot ça, pace qu’ il a seû, li tot seû su l’ têre, fé èsprinde li mwârt bwès, fé blameter l’ lumière, èt fé satchi l’ vîye foû di ç’ qu’ èst mwârt.

Il aurè, li tot seû, l’ idéye di rinde bon d’vwêr au Ci qu’ èst là, mètu su l’ têre, èt-z-è fè l’ maîsse di tot… èt min.me do tchaîr à gngnos, todis tot seû po dîre « mèrci ».

Î sondjerans-ne, nos-ôtes qui va bouter l’ feu au moncia d’ fagots, d’ fachènes èt di spènes ?…

Î sondjerans-ne, quand nos vièrans èsprinde li Grand Feu ; quand nos-ètindrans copèter lès flamaches ; quand nos sinterans  l’ aîradje vinu d’ner one tchôde à nos massales ; quand, d’ au lon, nos vièrans lès môyes di bwès dès vwèsins prinde feu one après l’ ôte po nos rèsponde…

Nos saurans insi qu’ l’ idéye di l’ ome si stind d’ onk à l’ ôte… Nos saurans adon qu’ nos n’ èstans nin tot seûs à r’mèrci l’ nature, èt l’ Cia què l’ a faît, do tchèssi l’ iviêr èt promète li bon timps…

Èt quand lès feus si distinderont, onk après l’ ôte, lès-omes di-d-ci, en rarivant dins leûs maujones richandîyes, alumeront leûs-intèrupteûrs… sins one pitite pinséye, sins one pitite sipite d’ âme,… sins on p’tit mèrci po totes lès djins qu’ ont tûzè, tchèrpètè èt ovrè po lès-ayèssî.

Èt, l’ londemwin au matin, lès Massaïs îront tîjener l’ moncia d’ breûjes èt rascoude au pârfond do l’ poûssêre, lès tchèrbons què lî auront aurdé one simince di tchaleûr, à la grâce do bon Diè, po l’ djoûrnéye d’ après.

Plaî-st-à-Diè, mès djins.

 

Li Grand Feu

 

Apwârtez totes lès spènes

Mwatès coches èt dès strins,

Tassiz-lès su l’ grand tiène

Po l’ vineuwe do prétimps.

 

Mètoz l’ feu aus frèdeûs

Po fé place aus maursadjes,

I nos faut dè l’ vèrdeû,

Do solia, ça soladje.

 

Rèstchaufans-le, li vîye môde

Èle nos vint d’ nos tayons,

Nos ‘nn’ èstans lès-apôtes

Po lès danses èt tchansons.

 

MAURICE NEUVILLE, R.N.-Molon.

 

Pinon R., Analyse morphologique des feux de Carême dans la Wallonie occidentale, COMM. R. B. de Folkl., T9-14, 1956-1961, p.81-183

 

(p.169) La poésie suivante, de Louis Loiseau, me paraît résumer excellemment, au point de vue folklorique sinon littéraire, ce que l’on sait du grand feu de l’Entre-et-Meuse namuroise. Je la republie ici parce ce qu’en somme c’est ce grand feu qui est le plus typique de ceux qui ont été analysés précédemment. Et sous sa forme rimée, il aidera le lecteur a recomposer le grand feu qu’il a bien fallu disloquer pour les besoins de l’analyse.

 

Li Grand Feû

 

A tos lès-uchs, on vwèt lès-èfants

Aler tchanter po qu’ on l’zeû done

Saquants fagots d’ bwès, qu’ on rachone

Po fé l’ grand feû, come tos lès-ans.

 

On-z-ènn’ alume dins lès djârdins :

Dès-èfants mwârts, lès p’titès-âmes,

Si mostèrenut, dit-st-on, dins lès flâmes,

Po s’ v’nu fé r’vôy à leûs parints.

 

On tchèdje di bwès l’ dêrin mârié,

Èt tot tchèrdjî,  faut qu’ il èrvôye,

Maugré qu’ on l’amûse avau l’ vôye.

Jusqu’à s’ maujone i l’ dwèt pwârter.

 

Quand l’ nwâreû vint tot-èwalper,

Li feû brûle su l’ place do viladje.

On danse autoû sûvant l’ ûsadje,

Lès coméres è sayant d’ zoupeler.

 

Li cène qui zoupeléye di franc djeû

Co d’vant l’ fin d’ l’ an sèrè mâriéye ;

Aurè-st-on galant su l’anéye,

Li comére qui pout vôy sèt’ feûs.

 

Lès djon.nes-omes tot-autoû waîtenut

Brûler lès feûs dès-autes viladjes ;

Et po qu’ leû feû blame davantadje,

À grandès brèssîyes, is l’ ritchèdjenut.

 

Quand tot-à-fèt s’ a distindu,

On-z-èrva, tot tchantant n-on l’ôte,

Li keûr contint, mougnî les vôtes

Qu’ è l’ maujone, lès parints féyenut.

 

Mès ça comince à s’ piède, tot ça,

Come totes nos vîyès-acostumances !

C’ èst si bon lès vîyès sovenances .

Et di s’ polu rapinser ç’ timps-là .

 

(in : Fleûrs di Moûse, Dinant, Bourdeaux, 1942, p.24)

 

Joseph Houziaux, Li vicaîrîye d’on gamin d’ Cêle, 1964

 

Li dîmègne di d’vant, après veupes, lès gamins s’ avint rachonè o Fond èt avint c’minci à toûrnè po l’ Grand Feû. Lès pus grands satchint drî zèls one tchèrète qui lès-ôtes boutint au cul èt is fyint tos lès-uchs fêt-à-fêt. I gn-a d’djà pèrson.ne qu’ aureut wazu l’zî r’fusè on fagot, one djaube di strin, ou bin on gros sou po-z-achetè do l’ pètrole !

Tote li samwin.ne, après quatre eûres, is s’ ritrouvint su Tchaubrumont po-z-alè aus spènes. Lès pus vîs, come Vivide èt Djôsèf li Scayeteû lès s’nèsint avou on fèrmint ; lès-ôtes lès hèrtchint en l’s-atèlant à one cwade, jusqu’à l’ fine dès copètes do tiène po lès ramoncelè addé l’ Grande Câriére. C’ è-st-one saqwè d’ curieûs maîs, po fè ç’-t-ovradje-là, on n’ aveut nin peû do s’ digrètè. Ça n’ faît rin, po-z-è ralè à l’ anêti, on ‘nn’ aveut tortos à sès guètes !

Todi è-st-i qui l’ dîmègne tint d’ basse mèsse, quand l’ Blanc da Rôse èt l’ Gros Bêy arivint avou leûs fotches po-z-arindji l’ moncia, l’ cinsî d’ Al Coûr lèzî

aminot on tchaur po gripè d’sus. Do cop après l’ salut, tote li djon.nèsse do viyadje èt co brâmint dès vîs gripint lès pasias tot-autoû d’Tchaubrumont : lès cis do Fond come lès cis da l’ Rotchète, lès cis d’ Bèl-Aîr come lès cis da l’ Copète do Viyadje, lès cis d’ Hûbaye come lès cis dès Rèchès-Vôyes. Tos lès-ancyins èstint au posse pace qui ç’ djoû-là, « on r’vint di sèt-eûres lon èt d’ sèt-eûres laudje mougni l’ pwin d’ sès parints » .

 

C’èst l’Gros Bêy qui mèteut l’ alumète èt i n’ aureut nin d’nè s’ place à pèrson.ne: il èsteut t’t-ossi fiér do fè ç’ jèsse-là qui Monsègneur do d’nè l’ Pax tecum à l’  Confirmâcion ! Su pont d’timps, lès linwes di feû lètchint l’ moncia pa-t’t-autoû èt i flameut come one môye en fiant one vrêye pètarâde. Si l’ feû aveut l’ aîr do grogni, on bassin d’ pètrole l’ aveut rade faît ravikè.

Su ç’ timps-là. gamins èt gamines criyint tortos au pus fwârt èt do pus wôt qu’is sèpint : « Au Grand Feû, lès chîjes o feû ! » Et on-z-oyeut leûs vwès qui r’dondint dins lès Fonds jusqu’après l’ Trau Mêria !

Vêlà, do costè d’ Lavi, di Swène, di Nwèsi, di Hûbièmont, di Bwèssèye èt d’ Mayène, lès feûs blawetint dins l’ nwâreû. Tant mieûs po l’ djon.ne comére qu’

è p’leut comptè sèt’ : èlle èsteut sûre d’ ièsse mariéye po l’ Novèl-An ! Lès viyès djins, zèls, p’lint co-z-è r’véy sèt’ l’ anéye d’ après. Dosmètant, Tintin, l’ Djan Fâstrès èt saquants-ârsôyes qui s’ avint tchauborè l’ visadje courint come dès lwagnes avou on-« ome » qui flameut à l’ copète d’ one pièce, en fiant è l’ aîr dès dèssins di totes lès sôtes.

P’ tit à p’ tit portant, li feû ‘nn’ aveut à s’ pène. Après lès zoupèlerîyes do l’ djon.nèsse, tot l’ monde rid’chindeut su Bèl-Aîr ou su l’ Tchafor. Au pus sovint, i gn-aveut dès trokes di maskès qui fyint awè ausse lès coméres avou leû grand rodje nèz, leû rossète tignasse èt leûs nwârs-ouys tot èwarès.

Dins lès maujons èoù-ce qu’ i gn-aveut dès djon.nès coméres, c’ è-st-one chîje qui p’leut comptè : lès galants î fyint leû-z-intréye. Ci djoû-là, d’jeut-on, on ratche è l’ouy di s’ crapôde ; on vêrè r’qwêre si ratchon à l’ Laetare ! Ecoradji pa lès soçons èt tot mougnant lès aufes, i faleut bin fè l’grand mèssadje : « Est-ce qui vos v’vloz bin qui dj’ vègne po Louwise ? » Si l’ papa èsteut d’ acwârd, i sièrveut one pitite gote « peû qu’on n’ tchèyuche flauwe en-z-è ralant ». Eviès dîj-eûres – l’eûre dès bravès djins – on r’purdeut l’ vôye po-z-è ralè, Josèf èt Omèr aurint bin v’lu ossi montè jusqu’à d’ssus Tchaubrumont po wêti l’ Grand Feû di-d-tot près, Mais il avint bèle à talemanè Marîye ! On n’ vèyeut nin d’djà si mau l’ feû qu’ ça pa l’ finièsse d’èmon pârin! Èt pus, èst-ce qui lès gamins come-u-faut vont insi rôlè do l’ chîje lon èrî d’ leû maujon ? Ça n’ faît rin, is ‘nn’ avint bin pèsant! Po lès contintè, Djan-Pière ènn’ èsteut quite à fè flamè saquants djaubes o l’ coûr, divant l’ fwadje.

 

Joseph Houziaux, Li vikaîrîye d’ on gamin d’ Cêle, 1964

(p.97-99)

Tchèraude èt grand feû

 

Divant do z-atakè l’ Cwarème, on n’ mankeut nin do fè l’ tchèraude.

Li maurdi d’vant lès Cènes, à l’ vèspréye tote basse, gamins èt crapôdes si rachonint do costè d’èmon li Scayeteû. Avou saquants djaubes di strin, quékès ourètes èt lès spinemints dès hayes d’avaur-là, il avint ç’ qui l’zî faleut. Quand l’ alumète èsteut mètûwe èt qui l’ feû c’minceut à fè crakè l’ moncia, is criyint tortos d’ leû pus fwârt, en lèyant bachi l’ vwès au coron d’ leû mèssadje :

A l’ Tchèraude

Marîye maraude !

Li ci qu’ vout v’nu

Qu’ l’ apwate one djaube !

 

Quand i n’ dimeureut pus qu’ dès breûjes, lès-èfants zoublint iute à toûr. Rin d’ parèy, dijeut-on, po n’ nin awè mau s’ vinte dins l’ courant d’ l’ anéye.

 

 « A la bone eûre, mès-èfants, criyeut-i l’Gros Batisse, en r’passant avou s’ musète à s’ dos. Quand on n’ faît nin l’ tchèraude li-min.me, li Bon Diè l’ faît à vosse place ! » Di ç’ maniére-là, on-z-èsteut sûr èt cèrtin do n’ nin awè l’ feû timps d’ l’ anéye.

 

Joseph Bily, Li grand feû a Masbor, p.39, in: Scrîjeûs d’Ârdène, 2002

 

Li grand feû a Masbor, dji v’ pou bin promète qui ç’ n’ èst nin rin .

 

Îvan d’ èmon Duterme, Michèl Renard, Jowèl da Jizèle, li ptit Lejeune èt co saquants-ôtes ont tchèriè au bwès deûs sèmedis è rote. Èt pus deûs sîzes po-z-èpilè roles di tchin.nes, coches, copètes di sapins… Il ont amantchè ça come dès bèrôdîs, pus il ont r’ssoyè lès corons sins wêtè a one barbauje près, bin sûr. Do bê ovrèdje !

 

Il è-st-a pon.ne sèt’ eûres èt d’mèy èt on pout dîre qu’ i gn-a djà do l’ djint. Pirates, clôn’s, oûrs’ ou pingwins, bèlès dames ou tchaborès si porsiyèt, s’ toûrsèt, s’ amûsèt, qwè ! ” Bin m’ ptit fis, to vas co-z-èsse prôpe ! Wêtez on pô kimint qu’ vos-èstez djà apotikè . ” ” Ô! dijèz Mârène, lèyez-le fè, c’ èst todi dès vîs moussemints èt pus, il a si mot bon, hin ? ” Mârène a ruchelè dès dints, a rèspirè on bon côp tot r’ssètchant l’ narène, mês s’ a tê. A la bone eûre !

 

One vîe comére, qui n’ a pus rin por lèy, ratwatchéye è s’ gabardine, bèronle au mitan dès Masborês, dès Fènèsses, dès Cawès, dès Vês, dès Makès, dès Boks, dès Borkins èt dès Bandurlins èt quékefîe dès Ralètcheûs d’ pêles. Ci n’ èst qui quand èlle a stî disgârnîe qu’ on l’ a p’lu r’mète. Bravô, Alin !

 

Po ût’ eûres pètantes, Dominike èt Vinciane, lès dêrins mariès, boutèt l’ feû.

– On vèt bin qu’ il a brâmint broyinè, lès coches sont co frèches .

– Broyinè ? Ploûre, va, vous-se dîre. Il a vnu one tèribe waléye do l’ vèspréye, hin, m’ coye !

– C’ èst ça, Îvan, vûde lî do l’ jujube !

 

Ç’ côp ci, vo-le-là vôye. Lès vîvètes pa cintin.nes fèt dès clignètes à nos djins qui batèt dès mwins. Dès grossès twatches di spèssès fuméyes montèt bin hôt, di qwè stofè sint Pîre. ” Dj’ in.me ostant vèy one di cès vîyès locomotives à tchèrbon qui monte Maurlôye ! “

 

In : La Wallonne, mars 1987, p.8

LI GRAND FEÛ

F. Drapeau

 

Ine acostumance qui s’ piède, èt qu’ èsteût-st-ine importante fièsse di 1′ ârmanak di Walonerèye, pusqu’ èle dèsignéve li dîmègne dè Cwarème.

I n-aveût d’ abôrd ” Li hiråde ” (ou li p’tit feû dè Crås Mårdi) qu’ èsteût 1′ afêre dès-èfants. Is ramassît “lès hévions” (c’ èst lès cohètes côpêyes djus dès hâyes ). On lès féve blâmer avou ‘ne djâbe di strin, adon lès-èfants brèyît :

À l’ hirâde, Hinri qu’ èst malåde !

Èt qwand 1′ feu s’ distindéve, is d’vît potchî treûs fèyes po-d’zeû lès brusîs po-z-èsse wårdés dès mås d’ vinte.

Mins l’ dîmègne dè Cwarème, li Grand feu, lu, c’ èsteût 1′ afêre dès djônès-djins qu’ alît bruber ava 1′ viyèdje, hèrtchant on tchèriot èt tchantant:

Ine djåbe di strin, s’ i v’ plêt,

Po tchåfer lès pîds dè p’tit Jèsus

Qu’ èst mwért èt qui n’ vike pus.

Et qwand il avît raminé, en cortêge, li tchèriot d’ fahènes, c’ èsteût lès mariés d’ l’ an.nêye qui boutît 1′ feû èt tot 1′ monde danséve åtoû. Pwis, qwand ça blaméve pus, là ossu, on potchîve dizeû 1′ hopê d’ brusîs po n’ nin avu dès mås d’ vinte, dismètant qu’ lès djônès djins sohêtît di s’ mårier è l’ an.nêye.

 

in : LD, 1, 1991, p.9-10

Li Grand  Feû

 

Dispôy treûs djoûs, lès gamins

Ramassèt so totes lès vôyes

Dès vîs fagots,  dès djâbes di strin

Qu’ is vont rayer fou dès môyes.

 

Is ratchèrièt dès pèkèts

Po co raspèhi 1′ foumèye

Tot lès tapant so 1′ hopê

Qwand trop clér lûrè l’  blamèye.

 

Nosse  Grand  Feû sèrè clapant,

Drèssé so l  plèce do viyèdje,

Avou  ‘ne astipe â mitan

Po-z-aspôyer 1′  pèsante tchèdje.

 

Vochal  li nut’  pâhûlemint,

Li bleu steûlî fêt blawète.

“A coûsse!   Vinèz,   bravès djins!

Nos-èspèrderans  l’ aloumète ! “

 

Li blamèye hagne è moncê,

Catoûne tot-avâ lès spènes,

Fisant zûner lès vèrts bwès

Qui gotèt so lès faguènes.

 

A côp d’ trèyin, l’ Pére Wâtî

Bôre dès cohes djusqu’à l’ copète

Et, tot  k’bèsèssant 1′  brûsî,

Fêt spiter pus d’ one vîvète.

 

Li djon.nèsse tchante on rèsploû

Et crâmignone avâ 1′ plèce.

“Â Grand Feû, lès sîses è feû!

V’-èr’-ci 1′ prétimps: qu’ on fasse fièsse!”

 

Li moncê n’ èst pus si hôt,

Po lès gamins qu’ ont trop hâsse

Dè potcher ute d’ on plin côp,

Çou qu’ amine dès traus âs tchâsses!

 

Qwand 1’ djèrin.ne blame a flâwi,

On r’mousse è-z-oûve, sins ahote

Et pûsqui 1′ sîse va mouri,

Nèyans-le â mitan dès gotes!

 

Georges MEURISSE wallon de Dochamps

 

Li Grand Feû

 

Li blamèye hagne è moncè

Èt catoûne avâ lès spènes

Fisant sûner lès verts bwès

Qui gotèt so lès faguènes.

 

Li djon.nèsse tchante on rèspleû

On crâmignone avâ 1′ plèce

” Â Grand Feû, lès sîses è feû ! »

Vo-r’-ci l’ bon timps: qu’ on fasse fièsse !

 

Georges Meurisse (Erezée)

 

Louis Nisen, Li grand feû, p.12-13, in : Singuliers, 1, 2002

 

Qwand l’ samin.ne di d’vant l’ cwarème ariveût,

Tos lès gamins di mi-âdje sondjint â grand feû.

I parèt qu’ si par mâleûr, on l’ rovieût,

Oute di l’ anée min.me, one mahon do viyadje broûleût.

C’ èst po çoula qu’ lès djins èstint d’ acwârd,

Si ça n’ fiseût nin d’ bin, ça n’ fiche djà do twârt.

 

Ci côp-là, on v’leût sorpasser lès ôtès-ans,

On-z-î aveût mètou dispôy li dîmègne di d’vant.

On l’ freût co o l’ plèce qu’ on l’ aveût todi fé,

Pace qui d’ là, on l’ wèyeût bin di tos lès costés.

On ramassa avâ l’ viadje tot çou qu’ i faleût,

Gn-a qui d’ nint dès fagots, do strin, ou tot çou qui broûleût.

 

Dj’ ènn-avins deûs grosses tchèdjes qu’ on z-aveût rastrindou,

Èt gn-aveût on spès broûyard qu’ aveût duri tote djoû.

On distchèrdja tot ça, èt a fêt, on lès maceneût,

On n’ aveût jamês vèyou on si gros hopê qu’ i gn-aveût.

Lès djins do viadje si d’ mandint çou qui s’ passeût bin.

Tot aveût l’ êr qu’ on comploteût, mès nouk ni vèyeût rin.

 

Li nut’ ariveût, èt dji divenins bin nièrveûs,

Li broûyard ènn’ aleût, èt nosse feû, on l’ vièreût.

Lès parints pôrint bin sèy fîrs di leûs gamins,

Mês on-z-areût di qu’ dès strins, i gn-aveût bin brâmint !

L’ momint èsteût v’ni d’ aloumi, èt ça fout bin vite è trin,

On n’ aveût mây vèyou parèy feû, d’ vèye di djins.

 

Dji fourins bin fièsti, èt qwantes côp rabrèssi, èt on z-ala dwarmi.

Mês l’ lendemin, qwand dji rivenins do scole, ça aveût bin candji.

Dj’ atrapins one fameûse engueûlâde, pwîs coûtchi sins sopi.

 

On gros hopê d’ fagots, one dimé môye di strin, c’ èst çou qu’ dj’ avins hapi,

Dji vûdins nos tirelîres po payer tot çou qu’ dj’ avins broûli.

Èt l’ an d’ après, on n’ djâsa pus d’ fé l’ grand feû a Goûvi.

 

(wallon de Gouvy)

 

Glossaire

dispôy = depuis. / hapi = prendre. / hopê = tas. / maç’ni – – assembler l mahon =

maison/ mây = jamais. / môye = meule. / nouk = personne. / qwante = combien.

/ rastrinde = ranger, mettre en ordre. / rovyi = oublier, / strin = paille. / tchèdje – – charge. / vèye = vie.

 

 

6 Ôte paut / Ailleurs : en Bèljike / en Belgique ; à l’ ètranjer / à l’ étranger

(VA, 14/03/2017)

André Toussaint, Über Land brennen wieder die Burgfeuer, Lux. Wort, 16/02/2002   Am ersten Fastenwochende Der Brauch des volkstümlichen Burgfeuers, auch Funkenfeuer, ist sowohl bei uns als auch in der Eifel, in Lothringen (Frankreich), Belgien, Süddeutschland, Vorarlberg, Tirol und in der Schweiz überliefert. » (…) Im Ösling wurden am « Scheefsonndeg » die Mädchen mancherorts als ein Zeichen besonderer Gunst mit Asche geschwärzt, und sie beschenkten im Gegenzug ihren Schwärzer später mit den gefärbten Ostereiern.  
/Recht/ Schieferstein und Schwarzbrot, Aktuell Verlag, 1983 (S.247) Die Bräuche Das Burgfeuer   Das Dorf Recht besitzt den Vorzug, einen Ortsteil mit der Bezeichnung ,,Burg” zu besitzen. Er gehört zum traditionsreichsten Boden des Dorfes. Da er, wie der Name bereits besagt, hochgelegen ist, eignet er sich hervorragend zur Entzundung des Burgfeuers am Burgsonntag. An diesen Brauch heften sich zahlreiche Deutungen, und wahrscheinlich haben sich im Laufe der Jahrhunderte stets neue hinzugefügt. Fur die einen werden die Geister des Winters gebannt, und der Bauer prüft gern die Windrichtung, um eine Prognose fur das kommende Erntejahr zu stellen. Die Kirche, die mit Aschermittwoch die Fasten-zeit begonnen hat, sieht in diesem Brauch die Vernichtung des Heidnischen und Siindhaften sowie die Läuterung im vierzigtagigen Fasten. Manche verweisen auf die Freudenfeuer, die dem Volksmund zufolge am Ende der Franzosenzeit angezundet wurden. Jedenfalls bietet es einen anheimelnden Anblick, wenn man von einer Anhöhe aus die Burgfeuer mehrerer Dörfer im Dunkel des Sonntagabends aufleuchten sieht. Vor dem Krieg errichteten verschiedene Ortsteile noch ihr eigenes Burgfeuer, und man versuchte gern, den anderen einen Streich zu spielen und deren Burg vorzeitig anzuzünden. In Recht wird die Burg von den Junggesellen errichtet. Es ist hier wie auch andernorts Sitte, dass das zuletzt getraute Paar des Dorfes die Burg anzündet. Meist beteiligt sich der Musikverein mit einem Stândchen, den Umstehenden wird ,,en Dreppche” angeboten, und anschliefiend begibt man sich in die Wirtshäuser.  
A Eupen et Malmedy ont encore lieu les feux de la Saint-Martin, le 10 ou le 11 novembre.  
in : Nidrum, 1998 (S.374) BURGSONNTAG   Eine Woche nach Fastnacht, also am 1. Fastensonntag, werden überall in der Eifel die Burgfeuer angezündet. In den Wochen vorher ziehen die 13 und 14 jährigen Jungen durchs Dorf, uni Stroh, Reisig oder die ausgedienten Weihnachtsbäume einzusammeln und sie zur Brandstelle zu bringen. Geldspenden werden dabei ebenfalls dankend entgegengenommen. Am Abend wird die Burg angezündet und anschliessend treffen sien die Jugendlichen zu einem gemeinsamen Essen. In den letzten Jah­ren hat der Junggesellenverein die Organisation in die Hände genommen und versucht so diese Tradition in unserem Dorf aufrechtzuerhalten. Ewald Heck erzählte, wie er 1929 als damals Vierzehnjähriger den Verlauf dièses Tages erlebt hat: Wir zogen von Haus zu Haus und sangen an jeder Tùr folgendes Lied: (…). Sodann erhielten wir eine Garbe Stroh, dazu Speck und Eier. Nach Ende des Rundgangs wurde die Burg auf einem Grundstück von Wilhelm Peterges, genannt »Müsbüchel«, das auf einer Anhöhe liegend, gut sichtbar vom Dorf her war, aufgerichtet. Dann stellte jeder seine Fackel her, indem er einen langen Stock auswàhlte und diesen mit Stroh umwickelte. Beim Hereinbrechen der Dunkelheit wurden Burg und Fackeln angezûndet, am sodann singend mit den brennenden Fackeln uni die Burg getanzt. Zum Abschluft wurden dann in einem Hause der Speck und die Eier gebraten und gegessen.  
REGIONS DE LANGUE ALLEMANDE : ” LE ” BURGSONNTAG  Le correspondant du Grand Feu wallon s’appelle ici “Burgsonntag” (dimanche du château) parce que le bûcher qu’on va embraser ressem­ble à un château-fort. Pendant la semaine qui précède, la jeunesse va d’une habitation à l’autre pour récolter le combustible. Le bûcher est dressé sur une colline proche. Le dimanche de Quadragésime, au soir, en présence de tous les jeunes du village, des gamins enflamment le bra­sier au moyen de percher auxquelles sont attachées des bottes de paille, allumées auparavant . Ces mêmes écoliers,  quand il ne sub­siste plus que des braises, se barbouillent le visage de noir et poursuivent les filles pour les grimer de la même manière. A Saint-Vith, le cortège est présidé par le Prince Carnaval accompa­gné de toute sa suite. Un manequin symbolisant le carnaval est fixé au sommet du bûcher. Tout le monde danse autour du feu jusqu’à son extinction. La soirée se termine dans un établissement proche.  
Bodindje / Biedeg, Fêviè, Strintchamp, M’nifontin.ne, Wisemba, Râdelindje: grands feux (in: Ch. Dubois, Vieilles choses au pays de la Sûre, p.509-512) (s.d.)  
Charles Dubois, Vieille choses d’Ardenne, Cercle d’Histoire et d’Archéologie de la Haute Sûre, éd. Eole, (1932) rééd. 2002   /Bodange, Wisembach/   (p.41) CHAPITRE III  LE GRAND FEU   Il y a, au sud-est de Bodange-sur Sûre, une longue colline, abrupte comme un ressaut des Alpes, que des haies à écorces, des coudriers, des bouleaux et quelques épicéas revêtent d’émeraude aux tons changeants, alors que le soleil du soir les crible par en-dessous de ses rayons divergents. Une grosse verrue rocheuse, vrai pain de sucre de pierre, a poussé, super­bement isolée, sur le versant du coteau. Elle a valu à toute la colline le nom de Feltz (lisez Fiéltz). La rivière, qui accourt, en jabotant, de Strain-champs, vient s’étirer paresseusement au pied et forme, dans le val très resserré en cet endroit, de petits gouffres que hantent, en troupes, barbeaux, chevennes et goujons. Un pont, fait de cette pierre d’Ardenne qui prend si rapidement la belle patine des vieilles choses, l’enjambe, en dos d’âne, sur trois arches d’inégale hauteur. Il mène le chemin de Warnach tout contre la colline, là où elle se casse en une noue à angle obtus, qui fait à la montagne une crinière de lamelles schis­teuses, redressées en chaos. On a installé, au bas, l’Hôtel de la Gare du Tram (1). Autrefois, aux pluies d’orage et aux fontes de neige, un petit torrent dévalait par là, en cascades rapidement taries. Face à la Feltz, le village a campé en désordre ses maisons blanches, dont les toits d’ardoise brillent intensément.   (1) Actuellement : Hôtel de la Sûre.   (p.42) C’est à la «copette» de cette colline, juste à l’extrême pointe de la crinière rocheuse, bien haut au-dessus de la vallée, que le premier dimanche de Carême nous faisions le Grand Feu. Je parle au passé, car, hélas! les petits Bodangeois d’aujourd’hui doivent ouvrir des yeux ronds quand on leur parle du Grand Feu. Leur village, comme beaucoup d’autres en Ardenne, a perdu son intégralité archaïque. Les hideux poteaux du télégraphe et du téléphone ont enlaidi l’azur plombé de son ciel. La croupe de la Feltz elle-même a été éventrée en béantes blessures par le chemin de fer vicinal. Les fées, les nutons, les makralles, les loups-garous se sont enfuis épouvantés devant l’envahissement des nouveautés contemporaines, et le Grand Feu s’est définitivement éteint… Paille ! Paille ! pour le nouveau Feu, II a passé le vieux ! Schtréie ! Schtréie ! fir die neïbouricht, Deïe âal ass erdouricht ! Ainsi chantaient les écoliers en parcourant, après vêpres, les venelles et les chemins du hameau. Et les granges, les courtils et les hangars s’ouvraient. Bottes de paille, de genêt, de bruyère, de ramilles s’amonce­laient sur la charrette que prêtaient obligeamment les paysans, chacun à son tour. Les bourgeois et les artisans qui n’avaient ni grange ni courtil, donnaient une piécette blanche. Nul n’eût osé refuser. Une année que — je ne sais plus pour quel motif — on n’avait pas fait le Grand Feu, le Bon Dieu s’en était chargé et deux maisons du village avaient flambé, frappées par la foudre. Quelques vieillards, de ceux de soixante et de (p.43) soixante-dix ans, s’étaient réunis et, dans le jardin de l’un d’entre eux, avaient, pour maintenir la tradition et préserver leur quartier, allumé un grand bûcher ! Ceux qui se montraient ladres, nous les volions sans vergogne et sans scrupule. Nul ne s’avisait de demander ce qu’étaient devenus certains fagots entassés dans les verger, contre le mur des étables ou du four. Dame ! nous avions des consciences bien informées ! «Mes enfants, nous avait dit M. le curé, — un brave homme de curé, ce prêtre allemand chassé d’Allema­gne par le Kulturkampf et venu chez nous, — mes enfants, amusez-vous bien. Veillez à avoir beaucoup de combustible. (Nous comprenions ces mots à notre façon). Que votre feu soit le plus beau du canton. Et pas d’imprudences ni de sottises, n’est-ce pas ? Rien que des garçons dans votre bande… Je viendrai voir.» Et de fait, il y vint l’une ou l’autre fois. Fagots, gerbes et bottes sont réunis au bas de la Feltz. Le capitaine — car nous avions un capitaine — a distribué la besogne. L’équipe des grands hisse le tout là-haut, péniblement, pendant que les collecteurs, moyens et petits, continuent leur tournée dans les rues : Paille ! paille ! pour le nouveau Feu, II a passé le vieux ! La nuit est venue, nuit maussade de commence­ment de mars. Dans le ciel galopent les sombres (p.44) escadrons des nuages chargés de neige fondue. Par intervalle se fait, à l’orient, une trouée laiteuse, éclairée par une lune blafarde et malade qu’enveloppent d’épaisses couches d’ouate salie.Les buissons et les troncs des arbres accrochent quelques filaments de lumière au miroir de leurs écorces numides. Et puis, tout retombe dans une obscurité plus opaque. Les arbres semblent plus noirs, la vallée plus profonde, les fenêtres illuminées plus lointaines. Sur le plus haut roc de la colline, tout contre l’à-pic, se dresse le vaste bûcher du Grand Feu. On dirait le donjon écroulé de quelque château féodal disparu. Tous les gars du village sont là. Quelques jeunes gens, que la fièvre du feu a repris, sont accourus. Ce sont eux qui ont élevé en poivrière la masse des bottes hissées ici par les écoliers. Une grande croix domine le capu­chon conique de la meule. Les fagots de ramilles et de genêt constituent le noyau et font bloc ; tout autour, en assises d’une savante régularité se sont entassées les gerbes de paille et les brassées de bruyère sèche… L’instant est solennel. Il est huit heures. Toutes les têtes se découvrent. Trois coups de pistolet annoncent au village que la mèche est prête. On entend, dans la vallée, des portes qui s’ouvrent, des voix flûtées de filles qui jacassent et des voix rugueuses d’hommes fusant par intermittence. Et voici que le capitaine a frotté une allumette sur le drap rude de sa cuisse. Les enfants se prennent la main, font la chaîne et commencent une ronde recueillie. Une angoisse délicieuse étreint toutes les poitrines. «Notre Père qui êtes aux deux…» a dit une voix dans la nuit ; et la prière se déroule, continuée par tout le groupe. «Je crois en Dieu…» reprend la voix, et le credo s’achève de même. C’est qu’il ont conscience, (p.45) les petits Bodangeois, de faire œuvre pieuse. Ils sont les paratonnerres de l’année en cours. Ce que les aïeux, qui dorment au cimetière, ont fait, ils le font à leur tour : ce qu’ils ont cru, ils le croient aussi. C’est pour le bon Dieu, ce Grand Feu de joie. C’est leur façon de dire : Afulgure et tempestate libera nos Domine ! Si vous leur eussiez dit qu’ils faisaient acte de superstition et continuaient les Lupercales de la Rome païenne, ils vous auraient regardé de façon fort impertinente ! Soudain, la flamme pétille et, d’une grande envo­lée, d’un seul bond, s’élance jusqu’au faîte. Feu! feu! feu! clame en délire la troupe turbulente. La paille bra-sille et lance dans l’espace des myriades de flam­mèches que le vent emporte par paquets. Le bois vert des bûches et des ramons de genêt se tord en bavant, crépite comme des décharges de peloton. Tout le ciel est rouge. Des lueurs mauves courent sur les cépées (p.46) lorsqu’une saute de vent active le brasier et incline la flamme comme une immense chevelure. Et tout autour gambadent des gnomes noirs armés de longues perches. Ils fourragent le tas et, du bout de leurs bois braisés, ils décrivent dans l’air des orbes de feu et des arabesques ignées. Là-bas, tout là-bas, on voit briller les Grands Feux de Fauvillers, de Strainchamps, de Menufontaine, de Wisembach, de Radelange. Mon Dieu ! qu’ils sont maigres ! le nôtre est certes le plus beau des pays !… Le bûcher s’est effondré ; ce n’est plus qu’un énorme amas de braises qui teint de vermillon vif les vestes et les joues des garçons. Il les fait ressembler à un campement de Peaux-Rouges autour du feu du conseil… C’en est fait du Grand Feu. Déjà l’on songe à celui de l’année suivante ! Avant de partir, on se noircit le visage : c’est dans le protocole. Les perches et les bâtons sont remis au feu par un bout ; chacun se munit d’un brandon et, enve­loppé d’un agressif essaim d’étincelles, qui lui fait une fantastique auréole, dévale la côte en courant. Ce sont ainsi vingt, trente démons qui arrivent sur le pont. Là — c’est encore le protocole — tous les tisons sont jetés dans la rivière. Puis l’on s’en va chez le meunier manger des beignets et chanter jusqu’à minuit. Quand je songe qu’à Bodange on ne fait plus le Grand Feu, je suis presque content de n’être plus ni enfant ni villageois !

 

Glotz Samuel, Le carnaval, Artiscope, 15, 1987

 

(p.21) Dans le sud de la Flandre Orientale, à Geraardsbergen, le feu de la Quadragésime prend une forme et un nom particuliers.

 

Vers 14 heures, un cortège se forme: il part du plus vieux quartier de la ville, celui de Hunnegem. Depuis quelques années, on y voit des dames vêtues comme au Moyen Age, des hommes déguisés en paysans du temps de Bruegel. Il y a même des druides et des druidesses vêtus de blanc. Sur la Grand-Place, les autorités civiles et religieuses de la ville se joignent au cortège qui, après la traversée de la ville, arrive à une colline, l’Oudenberg. Des pages apportent 20 mannes d’osier remplies de craquelins (aujourd’hui, ce sont des petits pains

ronds). D’ autres pages amènent des baquets d’ eau où s’ agitent des petits poissons. Après la prière dans une chapelle consacrée à la Vierge, tout le monde se rend à la ” Kolom”, haute colonne. Les personnages importants de la ville montent sur une estrade.

 

On offre alors au curé-doyen puis au bourgmestre, une coupe d’ argent pleine de vin blanc où gigotent des poissons, Chacun en boit une gorgée et avale un alevin vivant. Puis vient le tour des autres personnalités.

 

Ensuite, le doyen lance à la foule le premier craquelin. Le bourgmestre et les autres personnes se trouvant sur l’ estrade jettent alors au public le contenu des 20 mannes de craquelins. Chacun essaie d’attraper un petit pain, car dans deux d’entre ceux-ci, se trouve un bon donnant droit à un riche cadeau.

Puis, la foule redescend vers la ville au son de la musique. La fête continue. Vers 19 heures, on remonte sur la colline. Là, est installé un tonneau monté sur un pieu. Dans le tonneau, on a bourré de la poix et de la paille. Le bourgmestre y met le feu. C’est le “tonnekensbrand”,

le feu du tonnelet. Les flammes se voient de très loin. En réponse à ce premier feu, les jeunes gens des villages des alentours allument le leur.

 

in: Focus 13/2001, S. 106   Brennender Schneemann für die Schüler der Johannes-Schule (Saarland)

 

Wallerode (Ostkantone) – Burgfeuer (2008)

in de streek van Ninove - walmen branden

(Maurice Peremans, in: Brabants Folklore, s.d.)

Geraardsdbergen (Gramont / Grammont) - tonnekebrand

(Cyriel De Vuyst, in: Le Folklore Brabançon, s.n., 1933)

Retie (provincie Antwerpen) - houtvuren en krentenkoeken voor Sinte Mette

(in: HLN, 10/11/1993) (check)

Nederland (Overijssel) - het verbranden van de bok (li brûladje do bok / la combustion du bouc)

(in: Theo Franssen, Gerrit Gommans, Alaaf ! Carnaval in Nederland en België, Spectrum Boeken, s.d.)

Ostkantone / Wallerode - Buergfeuer

(2008)

Ostkantone / Die Burgen brennen

(in: Mahlbert, Gräper, Bruni, Unterwegs in Ostbelgien und Umgebung, GEV, S.159-163, 2001)

Nidrum - Burgsonntag

(in: Nidrum, s.d., s.p.)

Elsenborn - Fackelfeuer

(in: Elsenborn, ein Venndorf in seiner Geschichte, s.p., s.d.)

(ibid., s.d.)

Recht - Burgfeuer

(1982 – Das Paar, welches letztes in dem betreffenden Jahr geheiratet hat, zündet es an.)

Metzert (Attert) - Buergbrennen

(VA, 27/02/1996)

Lëtzebuerg (Lucsembourg / Luxembourg) - Buergbrennen

(LW, 01/02/2014)

(in: LW, 11/03/2019)

Deutschland (Alemagne / Allemagne) - PrÜmerland (Payis d' Prüm / Pays de Prüm) - Burgsonntag

(in: Joachim Schröder, Brauchtumslandschaft Eifel, s.d.)

Hosten (Rheinland-Pfalz) - Hüttenkreuzen

(in: Entre schiste et genêt, Internationale des Amis de la Nature, 1994 p.160, 1994 / Une Hüttenkreuzen)

Friedrichsthal-Bildstock (Saarland) - Burgfeuer

(in: Focus, 13, 2001)

Schwarzwald - Fastnachtsverbrennung (brûladje do carnavâl)

(in: LW, 23/01/2008)

Bremen-Lesum (Norddeutschland) - Osterfeuer (grand feu d' Pauke / grand feu de Pâques)

(in: Die Zeit, 27/03/2013)

Allgäu (Bayern (Bavîre / Bavière)) - Einascherln am Aschermittwoch (grand feu li mérkidi dès Cènes / grand feu le mercredi des Cendres)

(in: Albert Bichler, Wie’s in Bayern der Brauch ist, Berg & Tal, s.d.)

Land Zürich (CH) - Sechseläuten

(in: Lingua Deutsch, s.d.)

Ardennes (France) - feu des Buires

(in: Jacques Lambert, Campagne et paysans des Ardennes 1830-1914, éd. Terres Ardennaises, s.d.)

Euskadi (Payis baske / Pays basque) - San Pançar, ...

(in: Olivier de Marliave, Fêtes et traditions du Pays Basque, éd. Sud-Ouest, 1998)

San Bartolomé de Pinares (Èspagne / Espagne) - sacré grand feu d' Sint-Antwin.ne (grand feu sacré de Saint-Antoine)

(April Quest 2010)

Great Britain (Grande-Breutagne / Grande-Bretagne) - Guy Fawkes Night

(in: Zeal, 2/2011)

Nagatoro (Tokio / Tokyo) (Nihon (Japon) - Fèstivâl do feu (Festival du feu)

(in: Luxemburger Wort, s.d.)

7 Ôtès-afaîres / Divers

1997: li pus p’tit grand feu do monde: à Maujerèt   (Maizeret); li pus grand feu do monde: à Riène (40 m di hôt) (on moncia d’palètes) (Rienne)

Au grand feu,

Les chîjes au feu,

Au Laetaré,

Les chîjes o lét.

(Au grand feu, les soirées (passées en société) au feu; à la Laetare, les soirées au lit.)

 

in: La tannerie à Stavelot à la fin du XIXe et au début du XXe siècle

Etude dialectologique / Condensé d’un mémoire de licence en philo. rom. (ULg 1973), in : PSRM, 11, 1973-74, p.31-82

 

spots stavelotains :

 

Qwand qu’ on n’ fét nin l’ grand feû, c’ èst l’ Bon Dju qui l’ fêt.

(Quand on ne ne fait pas le grand feu, c’est Dieu qui le fait =

il y aura un incendie dans le village.

Qwand l’ êr vint mâ â grand feû, i vint mâ lès treûs qwârts du l’an.

(Quand le vent est froid (‘vient mal’) au grand feu, il est froid (‘vient mal’) les trois quarts de l’an.)

 

C’ èst d’ wice quu toume lu Madjène quu vinrè l’ êr tote l’ an.née.

(C’est d’où la “Marie-Jeanne” (la sorcière juchée sur le grand feu) tombera que viendra le vent toute l’année.)

 

André RENARD.

 

M. Francard, Traditions populaires au Pays de Bastogne, 1982, p.191

 

Si on n’ fêt nin l’ grand feû, li bon Dju ‘nn’ a fêt ok dins l’ année.

(Si on ne fait pas le grand feu, Dieu en fait un (incendie) au cours de l’année.)

 

 grand feû, lès sîzes au feû !

(Au grand feu, les soirées au feu.)

Lès bobos, one pèsse po lès grands feus (Les bobos, une peste pour les grands feux)

(Eric Nellis, in: VA, 06/04/2013)

Province di Lucsembourg / zône walofone sûd èt Gaume - Concours di grands feus

(VA, 05/06/2019)

Rédacsion en 2e primaîre su l' grand feu (Rédaction en 2e primaire sur le grand feu)

(Johan Viroux, Scole do Banbwès / Ecole de Bambois (1967))