Li tradicion d' Djan Pansaud (La tradition de "Djan Pansaud" en Belgique wallonne)

Tchanson da “sint (ou Djan) Pansaud”

 

La chanson de “Saint Pansard“, J. Vandereuse, R. Pinon, in: EMVW, 1962, n¬į105-108

 

Les chefs de jeunesse faisaient le tour du village le mardi-gras dans beaucoup de localit√©s de l’ESM.

A chaque maison, ils recevaient des oeufs, du lard, du jambon ou un peu de monnaie.

(√† Villers-les-deux-Eglises, Frasne, Berz√©e, Cour-sur-Heure, Olloy, Hanzinelle, P√©tigny, Gourdinne, Rogn√©e (Ph11), …)

Dans leur fourn√©e, ils chantaient en r√®gle g√©n√©rale, en se pr√©sentant chez l’habitant, une esp√®ce de chant dans lequel il √©tait question de saint Pansaud (saint apocryphe).

Cette qu√™te de Saint Pansard se rencontre en Wallonie du Sud, d’OUest, Picardie, Champagne et Lorraine.

 

Ailleurs, les enfants faisaient de même en chantant de porte en porte, comme à Beauraing:

“Sint-Pansaud n’a nin co sop√®

S’ vos pl√®t, don√®z, don√®z!

Tayoz bin, tayoz mau,

One bone p√ģce di pwin √®t d’ tchau!”

 

Robert Dascotte, Trois suppl√©ments au dictionnaire du wallon du Centre, in : Biblioth√®que des Cahiers de l’Institut de Linguistique de Louvain, 28, Louvain-la-Neuve, 1985

 

Panch√Ęrd (sint –), √† Carni√®res, le mardi de la Semaine Sainte, les pauvres se rendaient devant les maisons des fer¬≠miers et des personnes ais√©es qui leur abandonnaient les re¬≠liefs du dernier repas gras du Car√™me. A Colarmont, hameau de Carni√®res, et √† Morlanwelz o√Ļ cette coutume subsistait encore √† l’√©poque de la R√©volution de 1830, les pauvres chantaient: Saint Panch√Ęrd a-t-i din.n√® ?// S’i d’in reste, vos m’ in doner√®z.// Tarez gras et tay√®z gros,// tout-√®st . on pou m√®te √† m’ saclot (“Les Feuillets carni√©rois”, n¬į 37, f√©vrier 1982, p. -4).

 

in : DW, 112, 1995, p.14

 

Fagnolles, la ‚Äėmonocellulaire‚Äô

 

Quand surgit Djan Pans√Ęrd!

 

Les enfants du carnaval d√©valent la petite rue entortill√©e en l√©zard ; ils frappent aux portes. La motte de beurre, la farine ou les oeufs les attendent √† chaque habitation : c’est la coutume; et, pour les obtenir, ils chantent cette rengaine venue de la nuit des temps:

 

¬ę¬†Djos√®f √®st couron√©,

√ąst batis√©, ¬†

Plin d’ tchaud pasté,

D√® la√ģt bur√©.

 

Tayez bin, tayez mau.

 

Dj‚Äô a√ģ in cu d‚Äô v√™re,

Dj√® n‚Äô s√© pus m‚Äô ach√ģr,

Dj‚Äô a√ģ d√®s djambes d√®sf√©t,

Djè n’ sé pus router.

 

In bouk√®t d‚Äô l√Ęrd

Pou Djan Pans√Ęrd,

Djan n’ a nin co souper,

√ąne p√®tite crousse pou Djan,

Madame, s‚Äô i vous pla√ģt‚Ķ¬†¬Ľ

 

Roger Pinon, Jules Vandereuse, in : GW, 1, 1960, p.115-122

 

(p.121) UNE QUETE ORIGINALE

Jean Pansard à Ham-sur-Heure

 

On se fera une id√©e plus pr√©cise de la vari√©t√© des tourn√©es du Mardi Gras dans l’entre-Sambre-et-Meuse, bien que leur sch√©ma soit assez uniforme, en prenant connaissance de la qu√™te de Jean Pansard √† Ham-sur-Heure.

Première originalité : elle a lieu le Lundi Gras !

Il y avait au Bourg’ ‚ÄĒ ainsi d√©signe-t-on Ham-sur-Heure en dialecte ‚ÄĒ trois groupes de qu√™teurs : la Jeunesse (entre 20 et 30 jeunes gens) soutenue par des tambours ; le groupe des mu¬≠siciens ¬ę Les Caracoles ¬Ľ (entre 7 √† 10 participants) et son rival ¬ę Les Lume√ßons ¬Ľ, d’√©gale importance.

 

Les trois chefs de la Jeunesse provoquaient par voie d’affiche une r√©union pr√©paratoire au carnaval, g√©n√©ralement √† la Croix Blanche, un caf√©.

Les postes honorifiques √©taient mis aux ench√®res, et certains n’√©taient acquis que contre paiement d’un nombre respectable de ¬ę pots ¬Ľ de bi√®re.

Parmi ces postes, on distinguait dans l’ordre du cort√®ge des qu√™teurs :

le ¬ę courrier habill√© d’une chemise et d’un pantalon blancs, d’une petite jupe en mousseline de couleur bien propre et bouffan¬≠te, d’un chapeau rond garni de dentelles avec un large ruban rou¬≠ge qui descendait en s’arrondissant jusqu’au milieu de la poitrine, celle-ci barr√©e d’un baudrier rouge ; dans la main droite, il tenait une petite badine enrubann√©e avec un chou de diff√©rentes couleurs √† ses extr√©mit√©s. Le courrier avan√ßait en dansant un pas de polka du pied droit suivi de deux pas ordinaires, puis un pas de polka du pied gauche suivi de deux pas ordinaires. Il est arriv√© qu’il y e√Ľt

plusieurs ¬ę courriers ¬Ľ ;

le ¬ę tambour-major ¬Ľ, qui est en m√™me temps le capitaine de la Jeunesse dans le groupe principal, manŇďuvrait sa canne, di¬≠rigeait le cort√®ge r√©glait le pas pour le tambour tant√īt sur une marche √† pas menus, tant√īt sur un pi√©tinement sur place, notam¬≠ment au moment d’attendre le retour du courrier ; (p.122) les musiciens ou les tambours, ou bien les musiciens et le tambour, selon l’ann√©e ; les ¬ę masques ¬Ľ, lesquels bourraient de foin leur pantalon pour √©viter de souffrir des coups de fouets que leur administrait le pourtch√ģ (porcher). Ils se tenaient bras dessus, bras dessous, chantaient des airs √† la mode et dansaient. Leur costume √©tait le sarrau bleu, une casquette de soie noire, un mouchoir rouge nou√© autour du cou et une paire de bonnes gu√™tres ;

le pourtch√ģ : il frappait de son fouet les ¬ę masques ¬Ľ qui quit¬≠taient les rangs et ramenait les tra√ģnards. Il √©tait v√™tu d’une che¬≠mise blanche, d’une culotte grise de chanvre et porteur de gu√™¬≠tres. Il tenait en mains un fouet sp√©cial, selon F. Bosseaux (6). Il y avait parfois plusieurs pourtch√ģs ;

le ¬ę porteur de hotte ¬Ľ, lequel re√ßoit les victuailles. Il √©tait surveill√©, du moins selon F. Bosseaux, par 2 ¬ę gendarmes ¬Ľ. II arrivait aussi que le porte-hotte vint apr√®s les tambours.

 

Cette bande de joyeux drilles, appel√©s les Djan-Pansauds, al¬≠lait de ferme en ferme. Le courrier se d√©tachait du groupe en cou¬≠rant et allait demander si le fermier voulait bien recevoir la Jeu¬≠nesse. L’autorisation re√ßue, il courait reprendre la t√™te du cort√®ge et, toujours dansant, le cort√®ge suivant, il faisait un tour √† l’int√©rieur de la maison. En beaucoup de fermes, les tables √©taient garnies de verres de bi√®re, de p√®k√®t (geni√®vre), de ¬ę goutte de France ¬Ľ (eau-de-vie) que l’on offrait √† cette jeunesse joyeuse et exub√©rante. Une petite aubade saluait sp√©cialement les h√©riti√®res bonnes √† marier des familles les plus g√©n√©reuses. En outre, ils re¬≠cevaient, apr√®s la chanson de Djan Pansaud, de menues pi√®ces d’argent, des victuailles, de la farine, des Ňďufs…

 

Le soir, les qu√™teurs faisaient un repas pantagru√©lique de ce qu’ils avaient re√ßu, en pr√©paration des r√©jouissances du cras mar¬≠di.

 

Chanson de Djan Ponsaud

 

Djan Pansaud n’ a n√© co soup√© :

 

S‚Äôil vous pla√ģt de lui en donner,

Taillez ci, taillez là

Mètouz-le au mitan du plat,

In p’tit bokèt d’ pwin, in p’tit bokèt d’ tchau,

 

Pou Djan Ponsaud.

Dj’ √© d√®s djambes di fi√™r,

Dj√® co√Ľr come in ci√™r;

Dj’ √© d√®s djambes di fistu,

Dj√® d’m√®re toudi ascroupu d’ssus.

 

Roger Pinon, Analyse  Morphologique des Feux de Carême dans la Wallonie Occidentale,  in : Commission Royale belge de folklore, T9-14, 1956-1961, p.81-183

 

(p.156) 5 APRES LA COMBUSTION

 

A Fagnolle les enfants qui reviennent du grand feu chantent devant chaque maison la complainte de : ¬ę Joseph est couronn√© ¬Ľ, qui n’est autre que la chanson de Sint Pans√Ęrd. Pour les r√©compenser, on leur donne de la farine, du lard, des Ňďufs ou de l’argent; ils ach√®vent la journ√©e chez un particulier o√Ļ la femme veut bien leur faire des galettes,avec le produit de leur qu√™te. Aujour¬≠d’hui la complainte est entonn√©e par tous autour du bra¬≠sier en flammes.

 

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

LES  RWES

 

M. Jules Lemoine, l’ancien directeur des √©coles de Marcinelle, a consacr√© de longs travaux au folklore de notre r√©gion. A l’√©poque, o√Ļ il √©crivit ses √©tudes, c’est-√†-dire vers 1890, il constatait d√©j√† que l’an¬≠cienne coutume de tirer les Rois, soit par une ¬ę trairie ¬Ľ, soit par la f√®ve avait presque disparu. Voici comment M. Lemoine raconte la f√™te de l’Epiphanie chez nous (1) :

 

(p.131) LE  JOUR  DES  ROIS

 

Huit jours apr√®s la f√™te des Rois, c’√©tait un usage pour les pauvres de parcourir la localit√© vers le soir, de s’arr√™ter aux portes des gens ais√©s en chantant, sur un rythme monotone, un couplet qui se termine ainsi :

 

Sint Pansau n’ a n√©n co soup√®

S’ i vos pla√ģt, vos lyi in doner√®z.

 

(p.132) Et chacun s’empressait, selon sa g√©n√©rosit√©, de donner un quignon de pain ou de faire asseoir √† table un de ces d√©sh√©rit√©s de la fortune et de lui servir copieusement √† souper. ¬Ľ

Le boulanger, le jour des Rois, offrait √† ses clients un cramique. Cette coutume √©tait encore observ√©e par certains boulangers, au lende¬≠main de la guerre 1914-1918, notamment par Constant Genicot, de la rue Bayemont. Ce cramique rempla√ßait le traditionnel g√Ęteau des Rois.

 

“L’histoire de Djan Ponsaud √ßa se chan¬≠tait le soir apr√®s le grand-feu: les jeunes gens collectaient des victuailles et des pi√®ces de monnaie pour le souper”. C’est en ces termes que monsieur Raymond Marchand, de Vireux-Wallerand, dans le d√©partement fran√ßais des Ardennes, d√©crit la qu√™te pour Saint-Pansard, fac√©¬≠tieux et apocryphe. Les donateurs apitoy√©s et les

 

in : EMVW, 1931-48, p.172-173

 

La chanson de ¬ę Saint Pansard ¬Ľ ou de ¬ę Djau Pansau ¬Ľ

 

La chanson de Saint Pansau qui na pas soupe a √©t√© signal√©e en 1863 par taree dans son Romancero de Champa¬≠gne. Eu 1890, meyrac, dans son ouvrage sur les Traditions des Ardennes, p. 64 et 71, on donne des variantes chant√©es par la jeunesse dans sa tourn√©e de cabaret en cabaret au carnaval ; voyez aussi p. 5, o√Ļ elle est chant√©e par les enfants r√©clamant leur part lors d’une noce.

waslet, dans le Dictionnaire wallon givetois, v¬į fier, parle de Djan Pansau comme d’ ¬ę une sorte de gueux l√©gen¬≠daire qui personnifie les mendiants r√©clamant la part de Dieu dans les repas de noces, les f√™tes et les festins :

 

Djan Pansaud n’ a nin co soup√® ;¬† ¬†¬†¬†¬†¬†¬†Jean Pansard n’a pas encore soupe ;

s’ i nos pl√™t d√® li en don√®;¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† s’il vous pla√ģt de lui en donner;

Tayoz w√īt, tayoz bas,¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Taillez haut, taillez bas,

tayoz au mitan dou plat.                  taillez au milieu du plat.

Dj‚Äô a√ģ d√®s djambes di fi√®r,¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬†¬†¬†¬†¬†¬†j’ai des jambes de fer,

dji co√Ľr come in ci√®r ;¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† je cours comme un cerf ;

dj’ a√ģ d√®s djambes di fustu,¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† j’ai des jambes de f√©tu,

dji tch√™ toudi su m’ cu. ¬Ľ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† je¬† tombe ¬†toujours sur mou c…

 

(1) Traduction : Ne sais-tu [rien] par oui-dire au sujet de Salaz√Ęr, ; qui est venu surprendre les Flamands / ainsi que lit [== surprit] Dieu au Jardin [des Oliviers] / ce Judas qui vint le baiser ? / Mais il fut puni do son p√©ch√© : / il alla se pendre √† un sureau. / Salaz√Ęr peut le faire, s’il veut… (J. haust, Quatre dialogues de paysans, p. 45 ; Coll. Nos Dialectes, n¬į 9, 1939).

 

(p.173) Dans le Bulletin du Comit√© du Folklore champenois (1), notre confr√®re et correspondant J. massiet de biest, archiviste d√©partemental des Ardennes, a √©tudi√© les variantes du texte et de la m√©lodie, telles qu’il les a recueillies dans une enqu√™te fort pouss√©e dans les Ardennes fran√ßaises et le Nord de la Marne.

Il fait un appel √† nos folkloristes pour poursuivre la recherche dans les contr√©es belges voisines ; appel que nous transmettons √† nos amis du Sud de l’Ardenne et du pays gaumais : conna√ģt-on la chanson ? dans quelles circonstances se chante-t-elle ? quelles en sont les paroles et la m√©lodie ?

A titre d’exemples, citons le t√©moignage de Th. delogne, pour la Basse-Semois (All√© et environs) (2) : Le Mardi-Gras ¬ę √©tait dit aussi la Saint Pansau.’.. La jeunesse, masqu√©e et travestie, qu√™tait de porte en porte des Ňďufs, du lard ou de l’argent, en chantant une esp√®ce de complainte :

Saint Pansaud, qui n’a pas soup√©,

s’il vous pla√ģt de lui en donner.

Coupez haut, coupez bas,

coupez de haut en bas. ¬Ľ

Et celui d’E. li√©geois, dans le lexique gaumais de Tintigny (3) : ¬ę Sous les fen√™tres d’une maison o√Ļ se fait une noce, les enfants vont crier :

Sint¬† Pans√Ęrd¬† n’ a pas¬† soup√© ;

s’il vous pla√ģt,¬† lui en donnez :

¬†un morceau de chaud p√Ęt√©

et   un   verre   de  vin

comme¬†¬† au¬†¬† p√®re¬†¬† capucin. ¬Ľ (4)

 

(1)  6e année, 1935, p. 265-274.

(2)¬†¬† L’Ardenne m√©ridionale belge,¬† 1914, p.¬† 173.

(3)   Bullet. de la Soc. de Littér. Wallonne, t. 37, 1897, p. 354.

(4)¬†¬† R. de waRsage, Calendrier popul.¬† wallon (1920), p.¬† 85, reproduit, √†¬† propos¬†¬† du¬†¬† Carnaval,¬† une¬† version¬† wallonne¬† non localis√©e et pas tr√®s s√Ľre : Sint Pansa n’a nin sop√®…., avec une variante picarde : Saint Panchard n’a pas soup√©…, et une vosgien-ne : Carnaval n’a pas soupe… ‚ÄĒ Comparez labourasse, Ane. us… du d√©part, de la Meuse, 1902, p. 45 : Saint Panseaux n’a pas √† souper… (aux noces), et de westphalen, Petit Dict. des Tradit. popul. messines, 1934, p. 445-6 : Mardi gras n’a pas soup√©…

 

Maurice Piron, Anthologie de la littérature wallonne, éd. Pierre Mardaga, 1979

 

Willy Bal

 

√ąl complinte d√® Djan Pansaud

 

¬ę Djan Pansau n’ a nin co soup√®,

i d’mande in p’tit bouk√®t,

tayèz bin, tayèz mau,

4¬†¬† in p’tit bouk√®t pou Djan Pansaud !

 

Djan Pansaud n’a nin co soup√®,

ni co din.n√®, ni co d’dj√®n√®.

8¬† I d’mande in p’tit bouk√®t.

Tayèz bin, tayèz mau,

in p’tit bouk√®t pou Djan Pansaud !

 

LA COMPLAINTE DE JEAN PANSARD. ‚ÄĒ Pansaud (pansard) a ici le sens de glouton par d√©rision. Djan Pansaud ¬ę sorte de gueux l√©gendaire qui personnifie les mendiants r√©cla¬≠mant la part de Dieu dans les repas de noces, les f√™tes et les festins ¬Ľ (J. Waslet, Dict. wallon-givetois cit√© dans EMVW, 4, 172) est connu par une chanson de qu√™te du Carnaval attest√©e nagu√®re dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, les Ardennes et la Champagne o√Ļ elle pr√©¬≠sente un incipit √† peu pr√®s invariable qui forme le d√©but de la complainte de W. Bal (vers 1-4). De type folklorique un tantinet grotesque, le minable Djan Pansaud s’√©l√®ve ici au symbole de l’enfance malchanceuse qui pleure son abandon et sa faim.

 

2. boukèt, morceau.

 

(p.573)

‚ÄĒ Pass√®z vo tch’min, cr√®kion !

12 In djo√Ľ d’ Carnaval, nos n’avons

nin 1′ timps d’ f√© toutes vos misaum√®nes.

Nos mindjons dès rèstons,

riyons plin no boudène,

16  pètons saquants fèrdènes.

Pass√®z vo tch’min, cr√®kion !

 

‚ÄĒ Vos n’av√®z nin 1′ timps,

mès bounès djins,

20 √ßoula s’ comprind :

faut f√© d√®s v√ītes

en racontant dès prautes,

danser dès rigodons,

24 t√Ľter saquants canons

√®t caky√ģ l√®s gross√®s dondons !

 

√ąt mi, dj’ se√Ľ Djan Pansau,

Djan qui sint mwés come in vèssau,

28 Djan qu’ √®-stossi blanc qu’ in n√ģyau,

Djan qu’ √®-st-ossi l√©d qu’ in bw√®gne-clau.

Si dj’ se√Ľ Djan Pansaud, c’ √®st d’ f√© dj√®ne

t’ au-d-d√®lon d√® l’ samw√®ne,

32 iviêr, campagne, toudi carème.

 

Si dj’ se√Ľ-st-in Djan Pansaud,

c’ √®st qu√® dj’ n’ √© jamw√©s mougni m’ s√ī,

in seul c√īp d√® l’ samw√®ne !

36 √ąscus√®z-me don, m√®s djins !

 

Si dj’ se√Ľ-st-in Djan Pansaud,

c’ √®st qu√® dj’ n’ √© jamw√©s mougni m’ s√ī

 

 

11. cr√®kion, gringalet, avorton. ‚ÄĒ 13. misaum√®nes, m√īmeries. ‚ÄĒ 14. r√®stons, cr√™pes l√©g√®res, p√Ętisserie traditionnelle du Mardi-gras; on en mange pour ne pas √™tre mordu des mous¬≠tiques. ‚ÄĒ 15. Rions plein notre bedaine; boud√®ne, nombril, p. ext., ventre. ‚ÄĒ 16. Le sens est : faisons le fou; f√®rd√®ne, litt. : fredaine.

21. v√īte, cr√™pe ordinaire. ‚ÄĒ 21. prautes, plaisanteries. ‚ÄĒ 24-25. lamper quelques grands verres et lutiner les grosses donzelles.

27. qui sent mauvais comme un p√©teur. ‚ÄĒ 28. n√ģyau, Ňďuf de craie. ‚ÄĒ 29. bw√®gne-clau, bouton de fi√®vre.

30. f√© dj√®ne, je√Ľner. ‚ÄĒ 34. mougn√ģ (p√©j.), manger, en parlant des b√™tes; le terme relev√© est mindj√ģ.

 

(p.574) d√®sp√Ľs bin d√®s samw√®nes !

40 √ąscus√®z-me don, m√®s djins !

√ąm’ mame √®-st-√®ne putin,

√®m’ pa, c’ √®-st-in vaurin

√®t mi, dj’ se√Ľ tout crombin

44 pou pay√ģ le√Ľs f√®rd√®nes.

 

Dj’ se√Ľ 1′ djon.ne qu’ on n’ a nin f√©t √®spr√®s,

v√Ľdi d’ √®ne bout√™ye d√® p√®k√®t.

D√ģr√ģz bin comint dj’ √© scap√®,

48 comint-ce qu√® dj’ n’ √© nin st√ģ span.m√® ?

√®m’ mame a tout asprouv√®…

 

√ąrsuw√® au vint d’ b√ģje,

pus souvint cu tout nu qu’ en tch’m√ģje,

52 d√ģr√ģz bin comint dj’ √© scap√® ?

√ąspani avou d√® l’ lap√®te,

emb√®rn√® quand dj’ √ģ-st-√† l‚Äô fach√®te,

diriz bin comint dj’ √© scap√® ?

56 Faut crw√™re qu√® dj’ t√®ne√Ľ dins m’ coss√®te !

 

Pus sovint docsinè

què dodinè, pus souvint maclotè

60 què bètchotè,

dj√® se√Ľ iun qu’ on n’ w√®t nin pus volt√ģ

qu’ √®ne √®r√®sse dins s’ goy√ģ,

qu’ in cras moulon

64 dins n-in djambon.

¬ę In djon.ne par√™y, qui-√®st-ce qui m’ l’ a tch√ģ !

√ßa n’ a qu’ d√®s l√©ds vices √† l’ boud√®ne ! ¬Ľ

√ąl ragout√Ędje d√® le√Ľs f√®rd√®nes !

 

43. crombin, tordu, contrefait.

47. Diriez-vous bien comment j’ai r√©chapp√© (allusion ici et dans les deux vers suivants aux pratiques abortives de la m√®re). ‚ÄĒ 48. span.m√®, rinc√©. ‚ÄĒ 49. … a tout essay√©.

53. Sevr√© avec de la lap√®te : breuvage insipide ou trop l√©ger. ‚ÄĒ 54. embren√© quand j’√©tais au maillot. ‚ÄĒ 56. coss√®te, √©tui, gaine; t√®ni dins s‚Äô_, √™tre bien accroch√© (l√† o√Ļ on est).

57. docsin√®, frapp√©, battu. ‚ÄĒ 58. dodin√®, cajol√©. ‚ÄĒ 59. maclot√®, qui a re√ßu une ¬ę danse ¬Ľ.

‚ÄĒ 60. b√®tchot√®, embrass√© (t. affect. et enfantin). ‚ÄĒ 62. qu’une ar√™te dans son gosier. ‚ÄĒ 63. moulon, ver. ‚ÄĒ 65-66. Le monologue de Djan Pansau est ici interrompu par les propos qu’on rapporte de la m√®re indigne. ‚ÄĒ 67. ragout√Ędje, action de recueillir les derni√®res gouttes d’un liquide qu’on extrait; ici, au fig. : la s√©quelle de leurs turpitudes.

 

(p.575) 68¬†¬†¬† On m’ rab√ģye ¬ę Au Pania Traw√® ¬Ľ,

on m’acrache ¬ę Au Cl√©r Bruw√®t ¬Ľ.

Dj’√© pus d’ gr√©sse su l√®s pans d√® m’ frake

qu√® dj’ d-√© su mes rognons,

72 √† f√īce d’ atraper dou plom’zak

√®t dou rocheton pus souvint qu’ d’ aw√® d√®s restons.

√ąt pus d’ ranchen√©yes

76 qu√® d’ fricass√©yes.

Mwins’ d√® b√®tch qu√® d’ mouzons

√®t pus souvint d√®s ¬ę p√®te au di√Ębe ! ¬Ľ

qu√® l‚Äô fauve dou m√Ęrtchand d’ s√Ębe.

 

80 Djan Pansaud n’a nin co soup√®,

i d’mande in p’tit bouk√®t.

Tayèz bin, tayèz mau,

in p’tit bouk√®t pou Djan Pansau !

 

84 ‚ÄĒ √Ē, soye soy√®te !

passe √®t’ tch√®min,

tu r’v√©ras d’mwin.

Audjo√Ľrdu, vive l√®s-am√Ľs√®tes ! ¬Ľ

 

Carni√©re / Marlan.w√® (Carni√®res / Morlanwelz) - Sint Panch√Ęrd

(in: El Mouchon d’ Aunia, 1985)

Bingnêye (Beignée) - Djan Pansaud

Harn√ģye (Hargnies ) (Payis d' Djiv√®t / Pays de Givet) - Djan Posson

(in: Paul Lotterie, Regard sur Hargnies, s.d.)

Payis d' Djivèt (Pays de Givet) - Djan Pansaud

(in: Ardenne wallonne, 783, s.d.)

Djan Pansaud (p√Ęrticions / partitions)

"Djan Pansaud" √īte paut (ailleurs)

Tr√©lon (France) / Saint Pansard¬†(in: Pier Giovanni d’Ayala, Martine Boiteux, Carnavals et mascarades, √©d. Bordas, s.d.)

(s.r.) 

√ārd√®nes franc√®ses (Ardennes fran√ßaises) - Jon Pousse Ronde, ...

(in: Jacques Lambert, Campagnes et paysans des Ardennes 1830-1914, éd. Terres ardennaises, Charleville-Mézières, s.d.)

Euskadi (Payis baske / Pays basque) - San Pançar

(in: Olivier de Marliave, Fêtes et traditions du Pays Basque, éd.Sud-Oues, 1998)