Li L√©t√Ęr√© √† Fosse: on folkl√īre b√®lje walon / Le (/ la) Laetare √† Fosses-la-Ville: un folklore belge wallon

0 Introdw√ģjadje / Introduction

¬†¬†¬† 0.0 J√®n√®r√Ęlit√©s / G√©n√©ralit√©s

    0.1 Orijine / Origine

¬†¬†¬† 0.2 Souven√ģrs / Souvenirs

 

1 Li Chinèl / Le Chinel

    1.1 Costume èt matériél / Costume et matériel

¬†¬†¬† 1.2 Fie√Ľs / Fabricants

 

2 Cortêje

    2.1 Lès Chinèls / Les Chinels

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 2.1.0 Pr√©sint√Ęcion / Pr√©sentation (statuts; d√©roulement)

          2.1.1 Lès Doudous

          2.1.2 Lès Chinèls

¬†¬†¬† 2.2 L√®s Skass√ģs / Les Echasseurs

    2.3 Lès Rodelindjes

¬†¬†¬† 2.4 √Ētes groupes / Autres groupes

 

3 Musike / Musique

    3.0 Louis Canivet

¬†¬†¬† 3.1 A√ģrs / Airs

    3.2 Tchansons / Chansons

 

4 Scr√ģjadjes / Litt√©rature

 

5 Varia

 

1 Introdw√ģjadje / Introduction

1.1 J√®n√®r√Ęlit√©s / G√©n√©ralit√©s

 

En souvenir d’un ancien membre de la famille, L√©on Lain√© (√©poux de Madeleine Viroux, d’une vieille famille fossoise (d√©j√† au 16e s.)), qui nous recevait chaque Laetare dans sa petite maison de la Place du Chapitre). L√®s boun√®s tautes da L√®yon √®t Madelin.ne!

En souvenir aussi de Raymond Vervotte, aussi un membre de la famille.

in: Le folklore au pays de Namur, Guide-programme de l’exposition de folklore et d’industries anciennes, A.R. de Namur, 1930, p.23

 

A Fosses, c’est la l√©gendaire sortie des ¬ę Chinels ¬Ľ. Tous les par¬≠ticipants costum√©s en polichinelle, dansent au son d’une musique ryth¬≠m√©e qui, parfois, cesse brusquement ; alors tout le monde doit s’immo¬≠biliser dans la position, l’attitude du moment ; apr√®s un temps, la musique reprend avec la danse.

C’est √† Fosses √©galement que nous trouvons la coutume du ¬ę sabrage des filles ¬Ľ: chaque masque circule, arm√© d’un grand sabre de bois, qu’il glisse sous les pieds des jeunes √Ľlles, les obligeant √† sauter…

 

in: Jean Romain, Fosses, son passé, son folklore, 1949

 

LES CHINELS

 

La Laetare √† Fosses attire la grande foule, car nos s√©millants Chinels sont uniques. Il y a, ici aussi, une l√©gende : deux bossus all√®¬≠rent trouver les f√©es ¬ę au ch√™ne du pont de l’Allou ¬Ľ mais, tandis que l’un, bon et charitable, voyait sa bosse dispara√ģtre, l’autre, dur et avare, en voyait pousser une deuxi√®me devant. Les gens de Fosses, dont l’esprit frondeur est bien connu, se costum√®rent avec deux bosses. Mais les Chinels sont, plus probablement, une d√©formation du Poli¬≠chinelle de la Com√©die italienne. Le costume, d’abord simple et sans recherche, s’am√©liora et peu √† peu le satin et le velours remplac√®rent la toile grossi√®re ; de l√©gers grelots prirent la place des sonnailles de la ceinture, d√®s espadrilles supplant√®rent les sabots et le bicorne¬† r√©duisit ses dimensions de buse. Enfin, les bosses s’effil√®rent, gagnant en longueur ce qu’elles perdaient en √©paisseur. En m√™me temps, on abandonnait les tambours et les fifres pour une musique alerte, l√©g√®re et entra√ģnante qui donnait √† la danse 4 figures pittoresques et vari√©es. Dans le chatoyement des satins de couleurs, dans les tintements des grelots, brandissant un sabre de bois recourb√© en cimeterre, nos Chinels emport√®rent toujours tous les suffrages aux concours des carnavals. S’ils n’ont pas les belles plumes des Gilles de Binche, leur costume est plus riche et leur danse incomparablement plus agr√©able, plus l√©g√®re, plus vivante, plus gracieuse.

 

Les Chinèls (les Chinels / de Chinels)

(in: VEGE, T1, p.96-99)

Lès Chinèls di Fosse

(in: Carnaval en Wallonie, exposition, Ville de Binche, 1962)

Li L√©t√Ęr√© √† Fosse (Le Laetare √† Fosses-la-Ville)

(in : Fosses-la-Ville, Guide touristique, 1981)

L√©t√Ęr√©, Chin√®l, chin√®ler√ģye

(in: Auguste Lurquin, Dictionnaire du wallon de Fosses, s.d. (6000 p. manuscrites !))

Li cavalc√Ęde d√®s Chin√®ls √† Tch√®sl√®t (La cavalcade des Chinels √† Ch√Ętelet)

(in: La Nation Belge, 28/03/192(…))

L√®s Chin√®ls, drole di bossus (Les Chinels, dr√īles de bossus)

(in: Dialogue Wallonie, 24, 2004)

 

0.1 Orijine / Origine

in¬†: Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956, p.31

 

a) Du Maccus romain au Polichinelle

 

Si le folklore a quelquefois pour bases des contes l√©gendaires, il repose souvent sur des faits historiques ; c’est ainsi qu’en ce qui concerne les douclous et les ch√ģnels l’on est en mesure d’en re¬≠constituer les origines r√©elles et le processus de leurs transforma¬≠tions.

Les difformit√©s humaines, de tout temps et en tous lieux, loin d’attirer !a commis√©ration ont √©t√© des sujets de moquerie et de debout ; l’on en trouve la preuve dans les statues de l’Inde an¬≠cienne, de la Chald√©e, de la pharaonique Egypte et de l’Hellade primitive ; les divinit√©s mauvaises, elles m√™mes, n’ont pas √©chapp√© √† cette r√®gle et leurs repr√©sentations ont des formes pour le moins outrageantes ; des jouets √©galement, datant du s√©jour des Juifs sur les bords du Nil, ont, eux aussi, des contours hors-nature.

De la statuaire, ces anomalies corporelles furent introduites au th√©√Ętre dans des pi√®ces (r√©serv√©es exclusivement aux hommes) qui ressemblaient √† nos actuelles com√©dies, au cours desquelles les dieux n’√©taient, dit Alexis Pierron (*), pas exempts de satires ; elles tiraient leur trame de scandales √©voqu√©s avec une critique acerbe et impitoyable, accompagn√©e d’un compos√© d’ordure, d obsc√©nit√©, de bon sens, de folie, de v√©rit√© et de mensonges.

Un des personnages principaux de ces sc√®nes immorales re¬≠pr√©sentait un malheureux difforme dont l’intellect √©tait si pauvre qu’il personnifiait l’imb√©cillit√©.

De Gr√®ce, ce type d’acteur qui semblait tortur√© dans sa chair passa √† Rome et changea de caract√©ristiques : tout en conservant son aspect hideux il devint plaisant et comique tout √† la fois ; son nom, d’origine osque : ¬ę Maccus ¬Ľ, d√©signait d’ailleurs un bouffon, sans cependant avoir le sens p√©joratif que le fran√ßais implique √† ce terme, devenu synonyme de ¬ę sans civilit√© ¬Ľ.

Commun√©ment le maccus latin entrait en sc√®ne tel qu’un √™tre portant une bosse dorsale et une poitrine d√©mesur√©ment pro√©mi¬≠nente, un nez en bec d’aigle, cl√© petites boules de mati√®re dure aux commissures des l√®vres, ayant le mollet sur le devant du tibia, une

 

 

(*) ‚ÄĒ V. son Hist. de la Litt√©rature Grecque, 3e √©dition, p. 317 et ss.

 

(p.32) toge trop courte et pendant de gaingois avec, quelquefois, une courroie serr√©e aux reins. Cet histrion ¬ę brillait ¬Ľ dans les ¬ę atel-lanes ¬Ľ, com√©dies de fort bas √©tage, qui eurent n√©anmoins une grande vogue dans la p√©ninsule italienne.

Une statue antique (v. grav. III), trouv√©e en 1757 au Mont Aquilin (Rome), confirme ce qu’ont √©crit Lucius Apuleius ‚ÄĒ Apu¬≠l√©e ‚ÄĒ dans son Apologie (fin du Ille s. ap. J.-C.), Diom√®de dans : de Oradione et partibus orationis…, au livre VIII, et Lampridius dans : Histori√©e Augustae Scriptores au chapitre XLII du livre consacr√© √† Alexandre S√©v√®re (ces deux derniers auteurs floris-saient au IVe si√®cle ap. J.-C.).

Au cours des √Ęges l’accoutrement du Maccus se transforma et son nom m√™me changea ; l’acteur porta le large pantalon et fut d√©sign√© sous le terme de ¬ę Pullicenus ¬Ľ ‚ÄĒ le poulet ‚ÄĒ ; sans doute le nez postiche recourb√© en forme de bec, conserv√© pendant des si√®cles, fut-il √† l’origine de ce qualificatif-sobriquet (v. grav. IV).

Le r√®gne du paganisme ayant disparu, les atellanes n’en con¬≠tinu√®rent pas moins √† rester fort en vogue, le pullicenus y figurait toujours mais dut s’effacer pourtant lorsque le public donna ses faveurs aux ¬ę saints ¬Ľ pr√©sent√©s dans les ¬ę Myst√®res ¬Ľ du Moyen-Age.

Lorsque, √† la fin du XVIIe si√®cle, les myst√®res c√©d√®rent √† leur tour le pas √† la renaissance du v√©ritable th√©√Ętre ; le pullicenus revint sur les planches sous le nom de ¬ę Pulcinella ¬Ľ (grav.V) (1). Au pulcinella bouffon l’on adjoignit le pulcinella lourdeau et stu-pide ; ces personnages, italiens jusqu’alors, pass√®rent les Alpes et se produisirent d√®s avant 1685 √† la ¬ę Com√©die italienne ¬Ľ de Paris ; son nom fut francis√© en ¬ę polichinelle ¬Ľ et son caract√®re conven¬≠tionnel transform√© ; le premier polichinelle de la sc√®ne fran√ßaise fut un certain Michel-Ange da Fracassano et il en tint le r√īle jusqu’en l’an 1697, date de la fermeture de cette salle de spectacle (2).

C’est du ¬ę pulcinella ‚ÄĒ polichinelle fran√ßais ¬Ľ que nous vint le costume quelque peu modifi√© du doudou.

(1) ‚ÄĒ Pulcinella¬†¬† : prononcer poulkinella.

‚ÄĒ La Com√©die Italienne, install√©e √† cette √©poque dans l’H√ītel de Bour¬≠
gogne, fut ferm√©e par ordre royal apr√®s une repr√©sentation d’une pi√®ce satirique dans laquelle √©tait moqu√©e Madame de Maintenon. L’on peut donc croire Isi Collin¬† (que cite Maur. Piron dans son ¬ę Tchantchh en son √©volution dans la tradition li√©geoise ¬Ľ p. 47) quand il assure que ¬ę Pulcinella fut cr√©√© par le peuple pour se moquer des princes ¬Ľ¬† (Journal de Li√®ge, 5 oct. 1912).

 

(p.33) En France, l’habillement du polichinelle se transforma et, √† une date que l’on ne peut pr√©ciser avec certitude, il devint le costume du polichinelle actuel mais l’acteur garda le type que ses pr√©d√©¬≠cesseurs de la Com√©die Italienne de Paris avaient cr√©√©. Repr√©¬≠sentant le gouailleur et le fanfaron, contrefaisant quelquefois l’ivrogne, jouant de la ¬ę batte ¬Ľ ‚ÄĒ l’on dit aussi : ¬ę latte ¬Ľ ‚ÄĒ comme arlequin avec insolence lorsque son r√īle le lui commandait. Il plut beaucoup aux foules et principalement dans des parodies d’op√©ras (3). Plus tard, des marionnettes de Fran√ßois-Xavier Gil-lot (1673-1722), furent habill√©es comme ¬ę polichinelle ¬Ľ… c’est d’elles que naquirent les jouets articul√©s qui en sont l’imitation (v. grav. VI).

De France, Polichinelle-marionnette passa en Wallonie ; il s’y transforma compl√®tement (costume et caract√®re) pour personnifier l’esprit droit et √©pris de libert√© des Li√©geois ; il devint le populaire ¬ę Tchantch√®t ¬Ľ le redresseur de torts, l’homme aux r√©pliques aussi subtiles que sont √† craindre ses coups de t√™te quand il devient ba¬≠tailleur, dont le langage est savoureux et qui porte souvent la cas¬≠quette de soie noire, √† fond hautement relev√©, avec au cou le grand mouchoir rouge √† pois blancs, si chers √† nos grands-p√®res.

Nous croyons devoir √©crire en passant que le Mus√©e de la Vie Wallonne poss√®de une des plus belles collections de Marionnettes et de ¬ę Tchantch√®s ¬Ľ qui se puisse voir (4) et qu’√† Bruxelles, le nom populaire de ces petits acteurs articul√©s se traduit sous le nom g√©n√©rique de ¬ę pouchenelles ¬Ľ.

Dans le cadre, forc√©ment restreint, de la pr√©sente √©tude, il ne nous sera pas permis de nous √©tendre jusqu’aux ¬ę cousins germains ¬Ľ de ceux qui nous occupent ; nous laisserons de c√īt√©, mais en les citant cependant, le fameux ¬ę Punch ¬Ľ anglais qui diff√®re autant du polichinelle fran√ßais que celui-ci de son lointain anc√™tre romain car c’est un parfait √©go√Įste ou un sanguinaire. Pas plus nous pen¬≠cherons-nous sur le ¬ę Pendj ¬Ľ persan, dont le nom, qui signifie

 

(3) ‚ÄĒ¬† Citons en autres Polichinelle Amadis,¬† Polichinelle Atys, Polichinelle Perses, Polichinelle Gros Jean, qui tourn√®rent successivement en ridicule les op√©ras Amadis, Atys, Pers√©e et Roland de Philippe Quinault (1635-1688) ; le H√©ros de la Quenouille ou Polichinelle Aid√©e qui parodiait l’Omphale de Lamotte-Houdard (1672-1731), et Polichinelle, comte de Panfi√®re qui parodiait a com√©die ¬ę Le Gorieux ¬Ľ qu’avait sign√©e Largili√®re.

(4) ‚ÄĒ Ce mus√©e, confi√© aux soins √©rudit, P. Andr√©, est situ√© 136 rue F√©ronstr√©e √† Li√®ge. Petits et grands peuvent assister aux spectacles de marionnettes qui ont lieu le dimanche √† 10 heures 30, et le jeudi √† 14 heures 30, du 15 d√©cembre jusqu’√† P√Ęques.

 

(p.34) ¬ę cinq ¬Ľ, a servi peut-√™tre de parrain au ¬ę punch ¬Ľ d’Outre-Manche, √† moins que ce dernier ait des attaches avec le ¬ę Panch ¬Ľ hindous-tani (qui a le m√™me sens) et qui √©taient tous deux l’un des cinq artistes d’un genre de com√©die.

Polichinelle a encore des ¬ę parents ¬Ľ sur les tr√©teaux flamands, en Hollande notamment, o√Ļ on le conna√ģt sous le nom de ¬ę Ton√ßel-gek ¬Ľ. Entr√© en Allemagne, le descendant du Maccus fut √©clips√© par ¬ę Arlequin1 ¬Ľ germanis√© en ¬ę Hanswurst ¬Ľ ; il en fut de m√™me en Angleterre o√Ļ Arlequin est connu, lui, sous l’appellation de ¬ę Jack-pudding ¬Ľ (*)

Notre h√©ros ayant fait la renomm√©e de nombreuses sc√®nes, les graveurs ne pouvaient d√©laisser Polichinelle et une de leurs Ňďuvres les plus anciennes a paru dans un calendrier bijou dat√© de 1787. Fort minuscule (0,03 x 0,025), nous avons jug√© bon de la faire reproduire agrandie (v. la grav. VII). C’est une v√©ritable aquarelle h√©las ! un peu ternie par le temps, formant l’en-t√™te du mois de f√©vrier, sortie de l’atelier d’un nomm√© ¬ę Jubert, Ma√ģtre Relieur et Doreur, rue Saint-Jacques vis-√†-vis des Mathurins ¬Ľ √† Paris. Ce Polichinelle porte un pantalon bleu-ciel, la veste amarante et des sabots ; des bosses, adapt√©es comme celles de nos contemporains, la post√©rieure seule r√©unit les deux couleurs susdites, la collerette couvrant les √©paules est blanche (comme de nos jours encore). Le chapeau qui est haut et de forme ronde, ressemble √† celui de la gravure IV. A la ceinture pend une latte longue et mince. Le pantalon s’arr√™te au genou, sans aucune ornementation, mais √† c√īt√© de Polichinelle se trouve un autre travesti portant, lui, un pantalon descendant plus bas que le genou et dont les extr√©mit√©s sont garnies de dents de loup telles que l’on en voit dans les costumes actuels (v. grav. VII).

Cette ¬ę relique ¬Ľ appartient √† M. H. Colson, de Fosse, qui a bien voulu nous la communiquer, ce dont nous le remercions √† nouveau.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

 (p.34) Doudous et Chinels primitifs

 

Selon le langage de notre r√©gion, l’√©tymologie du mot ¬ę doudou ¬Ľ n’est gu√®re ais√©e √† expliquer. Aucun texte fossois ancien n’en fait mention officiellement.

 

(p.35) Il est tr√®s plausible que l’on puisse voir dans ce terme une abr√©viation de doublentin, qui, dans le vieux fran√ßais, signifiait : double (double bosse).

Peut-√™tre aussi, un linguiste pourrait-il faire d√©river doudou du redoublement, avec prononciation fautive du mot ¬ę dours ¬Ľ (dos) que l’on employait encore au XVIe si√®cle (5), mais nous nous permettrions de rejeter cette explication car elle ne ressort que d’une forme dialectale de province fran√ßaise : la Touraine.

Reste encore √† notre connaissance le mot montois doudou, et c’est lui, √† notre sens, qui nous donnerait la v√©ritable signifi¬≠cation.

Paul Heupgen, √† ses ¬ę Vi√©ser√ģes montoises ¬Ľ(6) ‚ÄĒ LE LU¬≠ME√áON ‚ÄĒ parues dans le journal ¬ę La Province ¬Ľ en 1930, ajouta six ans apr√®s, quelques explications dont nous d√©duisons que ¬ędoudou¬Ľ en wallon rouchi, d√©signe un √™tre vivant, gros et dif¬≠forme, et que sa prononciation se retrouve dans l’anglais ¬ędodo¬Ľ, terme par lequel on d√©signait la dronte (le didus ineptus qui est √† pr√©sent disparu), oiseau lourd, pesant, stupide, mi-oie, mi-autru¬≠che, trouv√© en 1598 dans l’Ile Maurice, mais d√©j√† ant√©rieurement connu des Hollandais, puis des Portugais qui leur avaient conquis l’√ģle, et qui nommaient cet animal ¬ę doedoe ¬Ľ.

Or, dit Paul Heupgen, les Anglais rattachent directement leur ¬ę dodo ¬Ľ au portugais ¬ę doudo ¬Ľ lequel d√©signe un √™tre gigantesque et grotesque.

Le doudou rouchi c’est un vieillard gros et court, d’une gros¬≠seur disproportionn√©e √† la hauteur.

Heupgen cite le dictionnaire de H√©cart et ajoute : ¬ę Doudou, doedoe, dodo, doudo, toujours la m√™me prononciation et le m√™me sens : la ¬ę grosse bi√®te ¬Ľ ‚ÄĒ (grosse b√™te) ‚ÄĒ comme on qualifie le dragon du lume√ßon. Pour moi, il n’y a aucun doute, c’est le dragon, c’est le personnage principal du lume√ßon : on peut le voir. Il devait n√©cessairement figurer dans la chanson et lui a servi de titre ¬Ľ.

Au point de vue fossois, nous pouvons aussi entendre doudou comme synonyme de ¬ę gros et difforme ¬Ľ tel qu’il est employ√© √† Mons et dans ses environs.

Mais dire comment du rouchi il est pass√© dans notre dialecte… nous nous refusons √† essayer d’en donner quelque explication… par prudence. Mieux vaut garder le silence que de mettre son au¬≠ditoire dans l’erreur.

 

(5)¬†¬† ‚ÄĒ Charge sur son dours les deux caingn√©es… a √©crit Rabelais (v. Gran-saigne de Hauterive¬† : Diction, d’ancien fran√ßais, 190). ‚ÄĒ Ed. Huguet ne le men¬≠tionne pas cependant dans ses ¬ę Mots disparus ou vieillis depuis le XVIe si√®cle ¬Ľ.

(6) ‚ÄĒ Montois-se¬† : originaire de Mons, en Hainaut. Ces pages nous ont √©t√© communiqu√©es par le Mus√©e de la Vie Wallonne, d√©j√† cit√©, ce dont nous en remer¬≠cions cordialement le biblioth√©caire-conservateur.

 

(p.36) Les v√™tements du doudou, primitivement, ne furent tr√®s proba¬≠blement pas uniformes ; ils ne ressembl√®rent qu’aux ¬ę travestis ¬Ľ du mardi-gras, s’apparentant ainsi aux ¬ę gros gngnos ¬Ľ (gros ge¬≠noux) (7) dont les silhouettes ont disparu des groupes grotesques dans les folies du mardi-gras. Dans la suite, mais √† une √©poque ind√©termin√©e, vint le souci d’une tenue, d’un costume qui les fit mieux remarquer et c’est ainsi que naquit leur ¬ę vestement ¬Ľ et leur ¬ę chapel ¬Ľ de carnaval.

Sous de larges vestes, des coussins √©pais, bourr√©s de foin, repr√©sentaient des bosses ; un pantalon bouffant et court, s’arr√™¬≠tant sous le genou, avec des bas noirs cachaient les jambes ; les manches, tr√®s larges et d√©mesur√©ment longues, dans lesquelles se perdaient bras et mains, faisaient allusion √† l’impuissance rageuse du Malv√© de la l√©gende.

Autour des reins √©tait pass√©e une ceinture √† laquelle pendaient de tr√®s gros et nombreux g√Ęrlots (grelots) de l’esp√®ce que l’on pend aux harnais des chevaux (*).

La t√™te √©tait coiff√©e d’un chapeau en forme de mitre, avec des rebords lat√©raux arrondis verticalement ; la nuque √©tait cach√©e par une toison de longs fils de chanvre fix√©e au rebord post√©rieur du chapeau sur le devant duquel, recouvrant le front, un bourrelet en chanvre √©galement simulait les cheveux. La pointe du chapeau √©tait surmont√©e d’une petite houppe de plumes.

Comme la toge du maccus et l’habillement du pullicenus, la veste et le pantalon du doudou √©taient de couleur blanche et quel¬≠quefois bise et bord√©s de galons rouges (8).En fait de chaussures l’on avait adopt√© des sabots recouverts de couleur blanche dont la pointe √©tait teint√©e en rouge. Au cou, une collerette, bord√©e elle aussi de rouge, √©tait attach√©e.

A notre √©poque, les doudous ont conserv√© le costume de leurs a√ģn√©s dont la blancheur est aviv√©e par de larges boutons de toile rouge ; ils ont en main un sabre de bois recourb√© en forme de cimeterre, et la perruque est, depuis les √©paules, tress√©e en natte. Quant aux manches, elles s’arr√™tent aux poignets (v. les grav. I et VIII). Les grelots ont disparu de la ceinture.

 

(7)¬†¬† ‚ÄĒ Les ¬ę gros¬† gngnos ¬Ľ s’affublaient de vestes sous lesquelles une fausse bosse dorsale √©tait gliss√©e¬† ; ils portaient des cale√ßons, d√©form√©s aux genoux ‚ÄĒ d’o√Ļ leur nom ‚ÄĒ par des rembourrages qui exag√©raient la grosseur de cette partie de la jambe. Les chaussures √©taient soit des pantoufles ,soit des sabots¬† ; les gros gngnos √©taient donc, eux aussi, des variations du maccus romain.

(*) ‚ÄĒ Notons en passant que le Gille de Binche porte lui aussi une ceinture ‚ÄĒ l’ ap√®rtintaye /en langue wallonne/ ‚ÄĒ mais que celle-ci est garnie de petites cloches de bronze, les son¬≠nailles, et non de grelots.

(8) ‚ÄĒ De m√™me en √©tait-il √† Rome pour les toges des adolescents¬† (toga praetexta). Etait-ce voulu ?…

 

(p.37) Les pas des doudous √©tait scand√©s par les rigaudons en hon¬≠neur √† l’√©poque. De nos jours leurs saltations sont rythm√©es par les notes d’une musique dont nous ferons mention bient√īt.

Apr√®s le premier quart du XIXe si√®cle et tr√®s probablement √† la suite de la repr√©sentation par une troupe de com√©diens ambu¬≠lants, ou par un montreur de marionnettes qu’avait anim√©e un polichinelle, le costume du doudou parut d√©suet √† la majorit√© de ceux qui le portaient ; l’on d√©cida de s’habiller ‚ÄĒ se d√©guiser ‚ÄĒ en poiicliinelie, mais le mot sembla trop long √† prononcer et il fut r√©duit √† six lettres ; c’est ainsi que naquirent les ¬ę CHINEES ¬Ľ (v. l’annexe II).

La transformation avait √©t√© heureuse : son r√©sultat cristallisait, si l’on peut dire, l’esprit du peuple de Fosse qui √©tait (et est rest√©) franc de parler, jaloux de sa libert√© d’action, frondeur et √©veill√©, quelquefois gaulois comme celui du polichinelle fran√ßais, tapageur et farceur, aimant aux soirs de liesse se montrer quelque peu fan¬≠faron, le fossois d’antan n’√©tait gu√®re honteux de ces petits travers… ne les avait-il pas d√©sh√©rit√©s de ses a√Įeux ? Le fossois d’aujourd’hui, qui a le m√™me caract√®re et les m√™mes d√©fauts, avec les m√™mes qua¬≠lit√©s, sait √† l’occasion les montrer et s’en glorifier.

Cependant, au contraire des autres marionnettes qui rest√®rent adopt√©es par certaines villes pour en incarner leur propre temp√©¬≠rament local (tels le Poesjeneilen ¬Ľ d’Anvers et le ¬ę Poriginelle ¬Ľ de Tournai) ou encore par certaines r√©gions (tel le ¬ę Tchantch√®s ¬Ľ li√©geois dont il a √©t√© fait mention) RIEN NE SUBSISTA A FOSSE du r√īle th√©√Ętral des anciens polichinelles de la sc√®ne. L’on conserva seulement son accoutrement.

Le costume des Chinels fossois primitifs √©tait confectionn√© en flanelle et ne comportait que deux couleurs, le jaune mari√© au rou¬≠ge, le rouge au vert, le vert au grenat ou au ros√©, le noir au beige etc… selon les pr√©f√©rences.

 

in: Jean Lefèvre, Traditions de Wallonie, éd. Marabout, 1977

 

Lès chinèls (chinels) dérivent de la Comédie italienne, comme les gilles, les pierrots, et les arlequins. Ils sortaient au 18e s. aux jours gras, maintenant à la Laetare.

Il existait encore notamment en 1904 des sortes de sapeurs avec des espèces de tuniques de feuilles de lierre. (cf lès sauvadjes omes (hommes sauvages) (couverts de mousse de chêne, avec une tunique revêtue de feuilles)

(à partir du 15e/16e-, comme à Rutten (Limbourg) lors du Mirakelspel van Sint Evermarus (Miracle de St Evermare).

 

/ NDLR: Les femmes préparaient cette tunique la nuit précédant le jour du Laetare car les feuilles de lierre avaient u délai de conservation très court. Il est compréhensible que ce travail harassant fut un jour abandonné. /

 

AUPARAVANT, le pantalon et le costume étaient bourrés de paille; les acteurs avaient des sabots, le sabre ou la batte des acteurs de la Comédie italienne.

La danse était une vieux de rigaudon.

Les grelots étaient semblables à ceux portés par les chevaux.

Vers 1870, le rigaudon abandonn√©, les sabots deviennent des escarpins et les bosses rondes s’effilent en avant et en arri√®re.

Les costumes de soie, de satin en 2 teintes contrastées apparaissent, de même que des grelots miniaturisés, un sabre exotique, à la turque.

Par contre, l√®s doudous restent fid√®les √† l’ancien costume.

 

NB On retrouve des costumes avec des cloches dans des groupes folkloriques au Pays Basque, en Allemagne.

 

in: Le carnaval des Chinels au Laetare, Clio 70, 1974 (avec corrections et ajouts)

 

Le défilé carnavalesque de Fosses comporte deux groupes particulièrement originaux : les Doudous et  les Chinels.

La tradition des Doudous est sans doute vieille de plus de deux si√®cles. Les Chinels quant √† eux n’apparurent que dans le second quart du XIXe si√®cle. Tandis que certains Fossois conservaient le traditionnel¬† costume du Doudou, d’autres prirent la livr√©e de plus en plus color√©e du Chinel.

 

Le Doudou

 

Le Doudou avait pratiquement disparu. En 1970, il¬† n’en restait qu’un. Anc√™tre du Chinel, il a des origines fort obscures. Il a √©t√© r√©introduit depuis…

 

Les Fossois font appel à une légende pour expliquer son apparition.

Il y a tr√®s longtemps vivaient √† Fosses deux bossus. L’un pratiquait le bien. Gr√Ęce √† un rem√®de magique que lui conseill√®rent des sorci√®res bienveillantes, sa bosse disparut. L’autre bossu, envieux et m√©chant, harcela par tous les

moyens ces sorci√®res pour obtenir d’elles la m√™me gu√©rison. Mais il¬† se vit bient√īt charg√© d’une autre bosse qui lui poussa sur la poitrine.

On dit que c’est par esprit de moquerie et de d√©rision que les Fossois s’affubl√®rent pareillement d’une double bosse.

 

Le Doudou fut, d√®s avant 1800, le premier personnage carnavalesque typique de Fosses. A l’origine, son costume ne se distinguait gu√®re des autres travestis de carnaval.

Depuis quelques décennies et après une longue évolution, il porte un costume de toile blanche orné de galons et de boutons rouges. Il tient à la main un court sabre de bois appelé galziène (yatagan)..

 

 

Le Chinel

 

L’origine du nom du Chinel ne pose gu√®re de probl√®me; il provient de Polichinelle, nom d’un h√©ros de la farce italienne. Ce dernier porte aussi une double bosse.

 

Véritable vedette de ce carnaval, porte lui aussi, comme le Doudou, une double bosse. Elle est chez lui beaucoup plus marquée et recourbée.

A l’origine, l’habit des Chinels ne se distinguait pas ou gu√®re de celui des Doudous.

C’est dans le courant du si√®cle pass√© que leur costume, dont la toile restait assez terne, prit des couleurs contrast√©es. Aujourd’hui, le satin et la soie ont remplac√© la toile et la livr√©e du Chinel est beaucoup plus bariol√©e.

Il porte en outre un chapeau bicorne orné de plumes et en main, il tient, lui aussi, une  galziène (yatagan). De minuscules clotchètes (clochettes) sont attachées aux frindjes (franges) de son habit.

 

Au d√©but du XXe si√®cle, les Chinels s’organis√®rent en soces. A l’int√©rieur de ces groupes on s’occupait activement de l’am√©lioration de la livr√©e. Les pr√©paratifs restaient tr√®s secrets.

 

Les Chinels sont toujours accompagn√©s de musiciens, car ils dansent continuellement. Ce groupe musical n’avait aucun attribut sp√©cial au d√©but de ce si√®cle. Vers 1905, ses membres rev√™tirent un costume de Pierrot. En 1955, on leur attribua un v√™tement rappelant le XVle si√®cle. Pour que leurs airs soient bien entendus par tous, ils prennent place au milieu des danseurs.

 

La musique propre √† la danse et aux cabrioles endiabl√©es des Chinels fut compos√©e au si√®cle dernier par Louis Canivet. Une partie de la partition est dite √† surprise. En plein entrain, les instruments doivent s’arr√™ter subitement et les Chinels rester dans la position que leur a dict√©e la derni√®re mesure¬† jou√©e. Parfois, ils doivent s’empresser de former un cercle en croisant leurs sabres.

 

Les Chinels sont c√©l√®bres aussi par d’autres pratiques que leur danse, notamment le sabrage des dames et le coup de bosse. Le sabrage consiste √† s’approcher d’une jeune fille et √† lui toucher doucement les mollets avec son arme, le yatagan (li galzi√®ne). Il se redresse alors, la salue du sabre en souriant puis va rejoindre ses compagnons.

Le coup de bosse est destin√© aux fumeurs. Le Chinel s’approche parfois de l’un d’eux en faisant ses cabrioles, puis, de fa√ßon impr√©vue, se retourne et envoie le cigare ou la pipe sur la chauss√©e, d’un coup de la bosse qu’il porte sur le dos.

 

Mais les Doudous et les Chinels ne sont pas les seuls groupes typiques de Fosses √† la sortie carnavalesque du Laetare. On peut voir ainsi les √©chasseurs (l√®s skass√ģs) et les rodelindjes (en langue wallonne : rodeler: cancaner)., Sur le char de ces derni√®res, des comm√®res aussi laides les unesque les autres passent leur temps √† aiguiser et entretenir leur mauvaise langue √† l’aide de grands couteaux.

 

Depuis la dernière guerre, on invite aussi des groupes folkloriques étrangers pour le Laetare à Fosses.

 

in: Jean Romain, Fosses, son passé, son folklore, 1949

 

Lès sauvadjes omes (les hommes sauvages)

 

Une brasserie de Fosses s’intitulait : ¬ę A l’Homme sauvage ¬Ľ. Il s’agissait sans doute de la maison du chef de cet ancien groupe agr√©¬≠mentant la Procession Saint-Feuillen au XVIIIme s. Les comptes com¬≠munaux de 1737 renseignent la fabrication des costumes des ¬ę Hommes (p.32) sauvages… ¬Ľ Les r√©cits des missionnaires et des voyageurs sur les Hu-rons, les Iroquois et les habitants de l’Am√©rique du Nord ont sans doute √©t√© √† l’origine d’un groupe d’hommes v√™tus de peaux de b√™tes et arm√©/; de massues. Ces curieux sp√©cimens de folklore populaire se trouvent aussi au Carnaval de Malm√©dy, avec les g√©ants de Ath et m√™me, on signale qu’√† Londres, avant 1711, le Lord Maire fit son entr√©e avec une escorte d’Hommes sauvages… Ils n’ont gu√®re v√©cu √† Fosses, car en 1751, les habits ont √©t√© transform√©s (¬ę accomod√©s ¬Ľ pour 3 florins). Ne serait-ce pas l’origine des ¬ę Moss√®s ¬Ľ de la Laetare ? Le groupe des Chinels est pr√©c√©d√© de Sapeurs, mais ce ne sont pas les Sapeurs de la Marche ; sur leur costume de Grognards de Napol√©on (sic), ils cousent des feuilles de lierre et leur chapeau est tout couvert de mousse. La ¬ę soce des moss√®s ¬Ľ n’aurait-elle pas remplac√© le groupe des ¬ę Hom¬≠mes sauvages… ¬Ľ.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

Les Chinels modernes

 

L’AIR DE LA DANSE

 

La chor√©graphie et la musique ne chang√®rent qu’√† l’arriv√©e √† Fosse d’un hennuyer, Louis Canivet, qui y avait √©t√© appel√© pour diriger la soci√©t√© locale d’harmonie.

Musicien de talent, Canivet prit √† cceur la vitalit√© des cou¬≠tumes fossoises et principalement du groupe des ¬ę Chinels ¬Ľ, et c’est ainsi qu’il dota ces derniers d’un air de danse, lequel plut au point qu’il devint l’ ¬ę air national ¬Ľ de Fosse.

(p.38) D√®s 1869, les rigaudons furent abandonn√©s d√©finitivement car ils ne comportaient aucune unit√© rythmique. Orchestr√©es d√©finiti¬≠vement, les danses prirent des formes nouvelles et en furent plus √©l√©gantes, plus vivantes ; tout comme les menuets, les lanciers, les r√©dovas si chers √† nos a√Įeules, elles comport√®rent des ¬ę figures ¬Ľ,

La partition de Canivet fut √©crite en quatre parties dont l’une comprendrait ‚ÄĒ nous a-t-on dit ‚ÄĒ quelques motifs d’un menuet ancien : la Saboti√®re (9), une autre est dite ¬ę √† surprise ¬Ľ car en plein entrain, les instruments s’arr√™tent subitement ce qui oblige les danseurs √†, tout-√†-coup, rester fig√©s dans la position que leur a indiqu√©e la derni√®re mesure, ou encore √† vivement former un cercle et √† croiser leurs sabres en les faisant s’entrechoquer (v. la grav. X). C’est l√† une des difficult√©s que r√©serve cet air √† nos s√©¬≠millants faiseurs d’entrechats auxquels, doit-on l’√©crire, il faut autant de bonne oreille que de sveltesse (*).

Les notes, d’embl√©e, entra√ģnent les Chinels dans une sarabande endiabl√©e, elles m√®nent leurs dextres √† dessiner de gauche ou de droite des circonvolutions gracieuses et leur encha√ģnement entra√ģne vers un impressionnant spectacle o√Ļ la gr√Ęce se m√™le √† l’all√©gresse et √† la vigueur. Puis viennent des passages sensibles qui cependant ne laissent pas de place √† la r√™verie car la couleur musicale, soulign√©e parfois par les sonorit√©s massives des tambours, fait succ√©der des d√©veloppements presque tumultueux que suivent, all√®grement aussit√īt, des √©tincelles de notes claires et cristallines, le tout, constamment, accompagn√© du cliquetis de milliers et de milliers des petits ¬ę clokins ¬Ľ (grelots) de cuivre (**).

Canivet, on peut le dire, a mis le meilleur de son talent √† √©crire les quatre parties de l’air devenu, de suite, si cher aux cŇďurs de Fosse et qui √©merveille ceux qui aiment √† se laisser prendre aux s√©¬≠ductions musicales. Sans doute, sourirait-il de fiert√©, le vieux ma√ģtre, s’il pouvait entendre sa composition s’envoler au-dessus des toits de la villette lorsque, par ses clochettes de bronze, le carillon de la coll√©giale fossoise annonce la marche de ses aiguilles (10).

 

(9)¬† ‚ÄĒ Ce passage imite d’ailleurs le bruit que l’on produit en sautillant avec des sabots.

(*) ‚ÄĒ L’on s’en fera facilement une id√©e √† l’audition du disque sur lequel est grav√© toute la partition. L’on pourra se procurer ce disque chez le pr√©sident des Chinels.

(*) ‚ÄĒ L’extr√©mit√© des dints-d’-leup (¬ę dents de loup ¬Ľ) qui enjolivent le costume du Chinel se terminant en pointe, cette pointe est garnie d’un grelot. L’on compte une moyenne de 45 grelots par costume. A remarquer : le bas des vestes et des pantalons ainsi que les collerettes aux grav. I, X et XIV.

(10) ‚ÄĒ Rappelons en passant, qu’en 1934, l’arrangement du tambour-musical de ce carillon a √©t√© r√©gl√© de ma√ģtresse fa√ßon par l’abb√© Molitor, 1’√©minent musico¬≠graphe de l’abbaye de Floreffe aid√©, dans ce patient travail, par Jules Dewez qui est devenu le carillonneur attitr√© de la ville. ‚ÄĒ L. Canivet resta ¬ę chef ¬Ľ jusqu’en 1880, mais il revint quelquefois √† Fosse et put jouir, ainsi, du triomphal succ√®s que l’on r√©servait √† son Ňďuvre¬† ; n√© √† Binche en 1837 il mourut √† Ittre au cours de l’ann√©e 1911. Son Ňďuvre comprend plus de 800 morceaux ; il s’√©teignit en composant.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

 (p.44) Les Dames Chinelles

 

Les filles d’Eve, a Fosse, elles aussi, ne d√©daignent pas “se costumer en… Chinelles et, √† plusieurs reprises l’on en vit prendre place dans le cort√®ge.

Si, de temps en temps parmi leurs fr√®res ou leurs maris, elles se m√™laient √† la danse, leur r√īle cependant √©tait plut√īt philanthro¬≠pique : elles qu√™taient pour des Ňďuvres de bienfaisance ; quelques-unes tenaient √† la main de grands manches de bois dont le sommet √©tait garni d’une aum√īni√®re destin√©e √† recevoir deci-del√† les dons des spectateurs plac√©s aux √©tages des maisons.

Des photos du d√©but de ce si√®cle nous montrent de ces dames-chinelles et parmi elles nous pourrions reconna√ģtre ais√©ment une fille de pharmacien (*) et des filles de notaire… c’est dire que des ¬ę demoiselles ¬Ľ se m√™laient volontiers au peuple lorsque les jours de gaiet√© revenaient. N’√©taient-elles pas, elles aussi, des fossoises ?

Les dames-chinelles ont disparu ; leur derni√®re ¬ę sortie ¬Ľ date, si nous ne nous abusons, de l’ann√©e 1936.

 

(*) ‚ÄĒ C’est la seule de cette √©poque, croyons-nous, qui vive encore √† Fosse. Bornons-nous √† dire qu’elle est de tr√®s nombreuses fois grand’m√®re…

 

L√®s tch’vaus-godins, in¬†: Commission Royale belge de Folklore, T9-14, 1956-1961, p.97-136

Chevaux-jupon de Wallonie

Communication de M. René MEURANT

(p.131) NOTE TARDIVE

Une chanson dialectale anonyme intitul√©e ¬ę Li Laetare √† Fosses ¬Ľ, rest√©e in√©dite et dat√©e de 1873, que rappor¬≠te Auguste Lurquin dans son dictionnaire manuscrit du dialecte de Fosse, √©tablit l’existence et le r√īle, tr√®s int√©ressant de godins locaux :

 

Mins nos godins, n’ s√©yenut-is pus ruwer ?

I gn-a longtimps, m’ chone-t-i, qu’ is n’ s’ ont mostr√©s.

C’ √®-st-one indjince one pitite mi√®te √®rnauje,

Mins ay√®ssante : i l√®s faut po f√© l’ auje.

L√®s p’tits c√īps d’ cu qu’ tch√īkenut pa tos cast√©s

Trawenut l’ passadje po totes l√®s soci√®t√©s.

Qu√ģ √®st-√ß’ qui r’culer√©ve po qu’ les fl√®che√Ľs tirenuche ?

S’ on n’av√©ve nin, po f√© l’ police, li tch’vau,

Li vra√ģ godin qui r√Ľwe bin sins f√© mau.

 

Traduction : Mais nos chevaux-jupon, ne savent-ils plus ruer ? – Il y a longtemps, me semble-t-il, qu’ils ne se ‚ÄĘ sont plus montr√©s. ‚ÄĒ C’est une engeance un petit peu remuante, ‚ÄĒ Mais utile : on a besoin d’eux pour faire de l’aise. ‚ÄĒ Les petits coups de cul qu’ils pous¬≠sent en tous sens ‚ÄĒ Trouent le passage pour toutes les soci√©t√©s. ‚ÄĒ Qui est-ce qui reculerait pour que puis¬≠sent tirer les archers ? ‚ÄĒ Si on n’avait pas, pour faire la police, le petit cheval, ‚ÄĒ Le vrai cheval-jupon qui rue bien sans faire mal.

 

Le cheval-jupon de Fosse, selon Lurquin, correspon¬≠dait √† la d√©finition que donne Grandgagnage s. v¬į (t)ch’vau godin : ¬ę cheval en carton dans lequel √©tait un homme dont les jambes √©taient cach√©es par le godin (= jupe) du cheval ¬Ľ Lurquin parle d’une ¬ę cavalerie carnavalesque ¬Ľ. Selon Adolphe Collin, dans son roman dialectal Onk keur inocint, paru dans L’Echo, ¬ę organe politique du canton de Fosses et de la Basse-Sambre ¬Ľ, VI, n¬į du 3 niai 1914, ¬ę l√®s tch’faus godins, l√®dj√™res come d√®s djon.nes polins, fiyin.n r√®culer l’ monde su l√®s trotw√™rs, fiant d√®s ruw√Ędes √®t bouch√ģ (p.132) l√®s scor√ģyes ¬Ľ. Ceci au d√©part et en t√™te du cort√®ge des Chinels du Laetare. On remarquera donc qu’ils ont des fouets qu’ils font claquer.

 

L’√©rudit fossais Joseph No√ęl a retrouv√© une chanson de Fran√ßois Gailly, qu’il date de 1890 approximativement et qui s’intitule :¬† LES TCH’VAUS-GODINS D’ FOSSE (cf 3.2 Tchansons / Chansons).

 

(…) On rel√®vera, que les chevaux-jupon constituent un groupe important et que le ¬ę clou ¬Ľ de leur r√īle semble √™tre un ¬ę carrousel ¬Ľ ; qu’en outre ils mimaient des set qui rappellent les jeux de la limotche locale et du v√©t√©rinaire.

Auguste Lurquin ajoute que le (tch’vau-)god√®t est aussi le cheval de Laulau, le fils de Largayon, dans l’√©pop√©e de l’abb√© Michel Renard, de Braine-l’Alleud (voir la n 61). Comparez pp. 98 et 99 de M. C. Renard, L’Argayon, √®l j√©ant d’ Niv√®le.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

(p.34) b) Doudous et Chinels primitifs

 

Selon le langage de notre r√©gion, l’√©tymologie du mot ¬ę doudou ¬Ľ n’est gu√®re ais√©e √† expliquer. Aucun texte fossois ancien n’en fait mention officiellement.

 

(p.35) Il est tr√®s plausible que l’on puisse voir dans ce terme une abr√©viation de doublentin, qui, dans le vieux fran√ßais, signifiait : double (double bosse).

Peut-√™tre aussi, un linguiste pourrait-il faire d√©river ¬ę doudou ¬Ľ du redoublement, avec prononciation fautive du mot ¬ę dours ¬Ľ (dos) que l’on employait encore au XVIe si√®cle (5), mais nous nous permettrions de rejeter cette explication car elle ne ressort que d’une forme dialectale de province fran√ßaise : la Touraine.

Reste encore √† notre connaissance le mot montois doudou, et c’est lui, √† notre sens, qui nous donnerait la v√©ritable signifi¬≠cation.

Paul Heupgen, √† ses ¬ę Vi√©ser√Įes montoises ¬Ľ(6) ‚ÄĒ LE LU¬≠ME√áON ‚ÄĒ parues dans le journal ¬ę La Province ¬Ľ en 1930, ajouta six ans apr√®s, quelques explications dont nous d√©duisons que ¬ędoudou¬Ľ en wallon rouchi, d√©signe un √™tre vivant, gros et dif¬≠forme, et que sa prononciation se retrouve dans l’anglais ¬ędodo¬Ľ, terme par lequel on d√©signait la dronte (le didus ineptus qui est √† pr√©sent disparu), oiseau lourd, pesant, stupide, mi-oie, mi-autru¬≠che, trouv√© en 1598 dans l’Ile Maurice, mais d√©j√† ant√©rieurement connu des Hollandais, puis des Portugais qui leur avaient conquis l’√ģle, et qui nommaient cet animal ¬ę doedoe ¬Ľ.

Or, dit Paul Heupgen, les Anglais rattachent directement leur ¬ę dodo ¬Ľ au portugais ¬ę doudo ¬Ľ lequel d√©signe un √™tre gigantesque et grotesque.

Le doudou rouchi c’est un vieillard gros et court, d’une gros¬≠seur disproportionn√©e √† la hauteur.

Heupgen cite le dictionnaire de H√©cart et ajoute : ¬ę Doudou, doedoe, dodo, doudo, toujours la m√™me prononciation et le m√™me sens : la ¬ę grosse biette ¬Ľ ‚ÄĒ (grosse b√™te) ‚ÄĒ comme on qualifie le dragon du lume√ßon. Pour moi, il n’y a aucun doute, c’est le dragon, c’est le personnage principal du lume√ßon √ģ on peut le voir. Il devait n√©cessairement figurer dans la chanson et lui a servi de titre ¬Ľ.

Au point de vue fossois, nous pouvons aussi entendre doudou comme synonyme de ¬ę gros et difforme ¬Ľ tel qu’il est employ√© √† Mons et dans ses environs.

Mais dire comment du rouchi il est pass√© dans notre dialecte… nous nous refusons √† essayer d’en donner quelque explication… par prudence. Mieux vaut garder le silence que de mettre son au¬≠ditoire dans l’erreur.

 

(5)¬†¬† ‚ÄĒ Charge sur son dours les deux caingn√©es… a √©crit Rabelais (v. Gran-saigne de Hauterive¬† : Diction, d’ancien fran√ßais, 190). ‚ÄĒ Ed. Huguet ne le men¬≠tionne pas cependant dans ses ¬ę Mots disparus ou vieillis depuis le XVIe si√®cle ¬Ľ.

(6)¬†¬† ‚ÄĒ Montois-se¬† : originaire de Mons, en Hainaut. Ces pages nous ont √©t√© communiqu√©es par le Mus√©e de la Vie Wallonne, d√©j√† cit√©, ce dont nous en remer¬≠cions cordialement le biblioth√©caire-conservateur.

 

(p.36) Les v√™tements du doudou, primitivement, ne furent tr√®s proba¬≠blement pas uniformes ; ils ne ressembl√®rent qu’aux ¬ę travestis ¬Ľ du mardi-gras, s’apparentant ainsi aux ¬ę gros-gayos ¬Ľ (gros ge¬≠noux) (7) dont les silhouettes ont disparu des groupes grotesques dans les folies du mardi-gras. Dans la suite, mais √† une √©poque ind√©termin√©e, vint le souci d’une tenue, d’un costume qui les fit mieux remarquer et c’est ainsi que naquit leur ¬ę vestement ¬Ľ et leur ¬ę chapel ¬Ľ de carnaval.

Sous de larges vestes, des coussins √©pais, bourr√©s de foin, repr√©sentaient des bosses ; un pantalon bouffant et court, s’arr√™¬≠tant sous le genou, avec des bas noirs cachaient les jambes ; les manches, tr√®s larges et d√©mesur√©ment longues, dans lesquelles se perdaient bras et mains, faisaient allusion √† l’impuissance rageuse du Malv√© de la l√©gende.

Autour des reins √©tait pass√©e une ceinture √† laquelle pendaient de tr√®s gros et nombreux g√Ęrlots (grelots) de l’esp√®ce que l’on pend aux harnais des chevaux (*).

La t√™te √©tait coiff√©e d’un chapeau en forme de mitre, avec des rebords lat√©raux arrondis verticalement ; la nuque √©tait cach√©e par une toison de longs fils de chanvre fix√©e au rebord post√©rieur du chapeau sur le devant duquel, recouvrant le front, un bourrelet en chanvre √©galement simulait les cheveux. La pointe du chapeau √©tait surmont√©e d’une petite houppe de plumes.

Comme la toge du snaccus et l’habillement du pi√Įffie√©nus, la veste et le pantalon du doudou √©taient de couleur blanche et quel¬≠quefois bise et bord√©s de galons rouges (8).En fait de chaussures l’on avait adopt√© des sabots recouverts de couleur blanche dont la pointe √©tait teint√©e en rouge. Au cou, une collerette, bord√©e elle aussi de rouge, √©tait attach√©e.

A notre √©poque, les doudous ont conserv√© le costume de leurs a√ģn√©s dont la blancheur est aviv√©e par de larges boutons de toile rouge ; ils ont en main un sabre de bois recourb√© en forme de cimeterre, et la perruque est, depuis les √©paules, tress√©e en natte. Quant aux manches, elles s’arr√™tent aux poignets (v. les grav. √Į et VIII). Les grelots ont disparu de la ceinture.

 

(7)¬†¬† ‚ÄĒ Les ¬ę gros¬† gnyos ¬Ľ s’affublaient de vestes sous lesquelles une fausse bosse dorsale √©tait gliss√©e¬† ; ils portaient des cale√ßons, d√©form√©s aux genoux ‚ÄĒ d’o√Ļ leur nom ‚ÄĒ par des rembourrages qui exag√©raient la grosseur de cette partie de la jambe. Les chaussures √©taient soit des pantoufles ,soit des sabots¬† ; les gros¬†¬† gnyos √©taient donc, eux aussi, des variations du maccus romain.

(*) ‚ÄĒ Notons en passant que le Gille de Binche porte lui aussi une ceinfure ‚ÄĒ Fapertintaille ‚ÄĒ mais que celle-ci est garnie de petites cloches de bronze, les son¬≠nailles, et non de grelots.

(8) ‚ÄĒ De m√™me en √©tait-il √† Rome pour les toges des adolescents¬† (toga praeKexta). Etait-ce voulu ?…

 

(p.37) Les pas des doudous √©tait scand√©s par les rigaudons en hon¬≠neur √† l’√©poque. De nos jours leurs saltations sont rythm√©es par les notes d’une musique dont nous ferons mention bient√īt.

Apr√®s le premier quart du XIXe si√®cle et tr√®s probablement √† la suite de la repr√©sentation par une troupe de com√©diens ambu¬≠lants, ou par un montreur de marionnettes qu’avait anim√©e un polichinelle, le costume du doudou parut d√©suet √† la majorit√© de ceux qui le portaient ; l’on d√©cida de s’habiller ‚ÄĒ se d√©guiser ‚ÄĒ en poiicliinelie, mais le mot sembla trop long √† prononcer et il fut r√©duit √† six lettres ; c’est ainsi que naquirent les ¬ę CHINELS ¬Ľ (v. l’annexe II).

La transformation avait √©t√© heureuse : son r√©sultat cristallisait, si l’on peut dire, l’esprit du peuple de Fosse qui √©tait (et est rest√©) franc de parler, jaloux de sa libert√© d’action, frondeur et √©veill√©, quelquefois gaulois comme celui du polichinelle fran√ßais, tapageur et farceur, aimant aux soirs de liesse se montrer quelque peu fan¬≠faron, le fossois d’antan n’√©tait gu√®re honteux de ces petits travers… ne les avait-il pas ^’S^h√©rit√©s de ses a√Įeux ? Le fossois d’aujourd’hui, qui a le m√™me caract√®re et les m√™mes d√©fauts, avec les m√™mes qua¬≠lit√©s, sait √† l’occasion les montrer et s’en glorifier.

Cependant, au contraire des autres marionnettes qui rest√®rent adopt√©es par certaines villes pour en incarner leur propre temp√©¬≠rament local (tels le Poesjeneilen ¬Ľ d’Anvers et le ¬ę Poriginelle ¬Ľ de Tournai) ou encore par certaines r√©gions (tel le ¬ę Tchantch√®s ¬Ľ li√©geois dont il a √©t√© fait mention) RIEN NE SUBSISTA A FOSSE du r√īle th√©√Ętral des anciens polichinelles de la sc√®ne. L’on conserva seulement son accoutrement.

Le costume des Chinels fossois primitifs √©tait confectionn√© en flanelle et ne comportait que deux couleurs, le jaune mari√© au rou¬≠ge, le rouge au vert, le vert au grenat ou au ros√©, le noir au beige etc… selon les pr√©f√©rences.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

Depuis 1900

 

Avec le choix des tissus que nous amena l’√©poque qui avoisina l’ann√©e 1900, vint le d√©sir de para√ģtre plus scintillants, plus ¬ę frin¬≠gants ¬Ľ, aussi les Chinels adopt√®rent-ils des √©toffes brillantes. La soie et le satin remplac√®rent la morne flanelle. La m√©tamorphose fit du Chinel une v√©ritable poup√©e vivante, riche de couleurs et de galons. Ne les admire-t-on pas partout o√Ļ ils vont se produire ? Le peuple de Paris lui-m√™me, que l’on croirait blas√© par les chefs-d’Ňďuvre de ses couturiers, a √©t√© transport√© d’enthousiasme quand, en 1931, nos danseurs entr√®rent au Grand Palais qu’√©clairait ce jour-l√† un soleil magnifique et dont les vo√Ľtes immenses vibr√®rent sous le d√©cha√ģnement d’interminables bravos.

 

(16)¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ‚ÄĒ Apr√®s s’en √™tre servi lui-m√™me longtemps, l’auteur de ces lignes con¬≠serve comme une v√©ritable relique, le sabre d’un de ces Wiot, oncle de sa m√®re ; sur la poign√©e est inscrit en fines pointes de cuivre : Nicolas Wiot, avec la date : 1853. ‚ÄĒ‚ÄĘ Ce Nicolas est le ¬ę Blanc-Wiot ¬Ľ dont il sera fait mention dans une des chansons qui suivent.

 

(p.43) Depuis ce changement de tissus, les fossoises sont √† l’envi dans le mariage heureux des couleurs, mais la confection du costume, devenue plus d√©licate, est confi√©e aux mains des rares ¬ę costris ¬Ľ (couturi√®res) sp√©cialis√©es qui, patiemment, travaillent avec soin et ¬ę √† bon compte ¬Ľ, ce qui n’emp√™che pas que le prix moyen d’un costume soit actuellement de 3,000 francs environ (*).

Comme il est √©vident qu’une partie de la population ne peut soustraire de son budget le prix du tissu ( que ce f√Ľt m√™me de la simple fulgurante !), des clochettes et de la main-d’Ňďuvre, le comit√© des Chinels et l’administration communale allouent des subsides afin que les moins favoris√©s de la fortune puissent prendre part √† toutes les manifestations de cette partie du folklore fossois.

Nous n’irons pas plus avant sans faire une remarque qui con¬≠cerne le costume actuel. Il arrive parfois qu’apr√®s avoir vu des d√©guisements et entendu des airs folkloriques, certaines soci√©t√©s veulent les imiter et faire leurs des particularit√©s que ceux qui les poss√®dent d√©j√† consid√®rent comme des lettres de noblesse ; les ¬ę Gilles de Binche ¬Ľ en sont un exemple frappant car nombreuses sont les localit√©s qui ont emprunt√© les plumes et les ritournelles ¬ę binchoutes ¬Ľ, et c’est ainsi que des √©trangers √† Binche, s’affu¬≠blant du costume typiquement ¬ę binchois ¬Ľ, r√©coltent des bravos qui, bien que glorifiant la ville affranchie par Yolande de Gueldre au Xlle si√®cle, ne vont, dit S. Glotz (ouv. cit√© p. 16) qu’√† des ¬ę pitres mercenaires ¬Ľ,

Pour pr√©venir toute imitation de ce genre le Comit√© des Chinels, pr√©sid√© par M. Jules Gosset, sur le conseil de M, Rous¬≠seau, pr√©sident du Folklore Provincial namurois, fit ¬ę d√©poser ¬Ľ le costume et la danse au Greffe du Conseil des Pr^ud’hommes en l’ann√©e 1948, et ce pour une dur√©e renouvelable de cinquante ans. Habillements et rythmes sont et resteront donc sp√©cifiquement fossois.

 

(*) ‚ÄĒ Pour les dames que la confection de ce costume int√©resse, nous dirons que l’assemblage requiert des soins minutieux. Si les tissus chatoyants sont drap√©s fort largement, ils sont cependant mont√©s sur un corsage de forte toile, c’est √† cette toile que sont adapt√©es les bosses ; chacune de celles-ci est, √† sa base, garnie de quatre cordons ; ceux de devant vont, par-dessus et sous les √©paules, se r√©unir par un nŇďud fortement serr√© sur le dos ; les cordons de la bosse post√©rieure, de la m√™me fa√ßon, s’accouplent sur la poitrine, ce qui fait qu’un Chinel ne peut s’habiller seul. G√©n√©ralement la veste, dont le devant forme plastron, se ferme par des boutons’ invisibles dits : √† pression. Les jambes du pantalon sont serr√©es au-dessous .du genou, le bas des jambes se terminent par des dentelles qui recouvrent tout le poignet.

 

(p.44) Costumes fantaisistes

 

Dans les costumes qui ¬ę sortirent ¬Ľ vers 1895, se remarqu√®rent quelques fantaisies. L’on vit une ¬ę soce ¬Ľ d’environ six Chinels habill√©s en ¬ę moss√®ts ¬Ľ ; ce v√™tement √©tait de toile forte sur laquelle se trouvait cousue de la mousse de ch√™ne ; le chapeau lui-m√™me √©tait aussi recouvert de cette v√©g√©tation. L’effet √©tait joli au possi¬≠ble mais la mousse, assez pesante, rendait cet accoutrement fort incommode. Sa conservation d’ailleurs en √©tait tr√®s pr√©caire et n√©¬≠cessitait son humidification.

Les derniers ¬ę moss√®ts ¬Ľ firent leur apparition en 1936.

Un autre affub√ģement, plus cocasse, fut √©galement port√© ; celui-ci √©tait un costume, de toile √©galement, compl√®tement recou¬≠verte de fins copeaux de bois patiemment faits au rabot et teints ensuite cl√© diverses couleurs. Plus l√©ger certes que le pr√©c√©dent, il en avait, vu la t√©nuit√© des lamelles, les m√™mes inconv√©nients ; de nos jours, les gens habill√©s ¬ę √† scroules ¬Ľ ne se produisent plus dans les sorties.

Les Dames Chinelles

Les filles d’Eve, a Fosse, elles aussi, ne d√©daignent pas “se costumer en… Chinelles et, √† plusieurs reprises l’on en vit prendre place dans le cort√®ge.

Si, de temps en temps parmi leurs fr√®res ou leurs maris, elles se m√™laient √† la danse, leur r√īle cependant √©tait plut√īt philanthro¬≠pique : elles qu√™taient pour des Ňďuvres de bienfaisance ; quelques-unes tenaient √† la main de grands manches de bois dont le sommet √©tait garni d’une aum√īni√®re destin√©e √† recevoir deci-del√† les dons des spectateurs plac√©s aux √©tages des maisons.

Des photos du d√©but de ce si√®cle nous montrent de ces dames-chinelles et parmi elles nous pourrions reconna√ģtre ais√©ment une fille de pharmacien (*) et des filles de notaire… c’est dire que des ¬ę demoiselles ¬Ľ se m√™laient volontiers au peuple lorsque les jours de gaiet√© revenaient. N’√©taient-elles pas, elles aussi, des fossoises ?

Les dames-chinelles ont disparu ; leur derni√®re ¬ę sortie ¬Ľ date, si nous ne nous abusons, de l’ann√©e 1936.

 

(*) ‚ÄĒ C’est la seule de cette √©poque, croyons-nous, qui vive encore √† Fosse. Bornons-nous √† dire qu’elle est de tr√®s nombreuses fois grand’m√®re…

 

(p.45) Les Chinels en cortège

 

Les r√©jouissances, selon l’imm√©mcrable coutume, sont annon¬≠c√©es pendant les huit jours qui pr√©c√®dent la Laetare par la toni¬≠truante ¬ę retraite ¬Ľ que font, quand est tomb√©e la nuit, les tambou¬≠rinaires qui passent dans chaque rue et chaque venelle de la bonne vieille ville.

La veille de la ¬ę Sortie ¬Ľ, pendant que les m√©nag√®res s’occu¬≠pent f√©brilement √† mettre la maison en ordre, √† ranger les tartes, √† appr√™ter le d√ģner du lendemain (18), √† donner un supr√™me et d√©¬≠licat ¬ę coup de fer ¬Ľ aux nombreux plis de collerettes de ¬ę son ¬Ľ ou de ¬ę ses ¬Ľ Chinels, se d√©roule une ¬ę retraite aux flambeaux ¬Ľ, pr√©mices joyeuses qui s’√©tendront bien avant dans la soir√©e.

La matin√©e du ¬ę Grand Jour ¬Ľ se passe fi√©vreusement ; les repas pour beaucoup sont b√Ęcl√©s √† la h√Ęte tant l’on est, surtout chez les cadets, impatient d’endosser le pantalon aux ¬ę cloquins ¬Ľ ‚ÄĒ petites clochettes ‚ÄĒ et la veste d√©form√©e par les gibbosit√©s. Beau¬≠coup ne vont-ils pas les ¬ę strumer ¬Ľ ‚ÄĒ les √©trenner ‚ÄĒ les mettre pour la premi√®re fois ?

Quand sonnent les deux heures de relev√©e (comme disaient nos grands-p√®res) a lieu, toujours comme au bon vieux temps, le rassemblement des soces au bas de la rue de Vitrival, l√† o√Ļ se trouvait anciennement l’estaminet dit ¬ę Emon An’ D√®ri ¬Ľ (19).

√Ä Fosse, dans toutes les f√™tes carnavalesques, la t√™te des cort√®ges est form√©e invariablement d’un groupe d’hommes dont √ģa veste est enti√®rement couverte de feuilles de lierre : ce sont les ¬ę sapeurs ¬Ľ. Ces figurants sont les descendants de ceux que les archives communales nomment les ¬ę hommes sauvages ¬Ľ et dont des mentions sont faites au sujet des processions et marches de Saint Feuillen (20).

 

(18)¬†¬† ‚ÄĒ Nos amis fran√ßais devront se rappeler, qu’en Belgique, le ¬ę d√ģner ¬Ľ se prend vers midi.

(19)¬† ‚ÄĒ Emon (contraction de √®s-mon) c’est-√†-dire . chez Anne Deri. Ce nom d’ ¬ę An’ D√®ri ¬Ľ √©tait devenu le patronyme populaire des descendants de la femme qui. avait port√© ce nom et √©t√© tenanci√®re du cabaret.

(20) ‚ÄĒ Les textes qui vont suivre sont tir√©s du compte communal de 1738 et de 1751 avec leur graphie originale.

 

(p.46) Pay√© √† Marie-Joseph Polleur 2 florins Brabant pour la fa√ßon des habits des hommes sauvages…

… pour avoir accomoder les habits des hommes sauvages qui ont march√© √† la grande procession… 3 florins.

… aus dits hommes sauvages qui ont march√© √† la ditte pro¬≠cession : 5 florins.

Ils sont conduits par le ¬ę sergent-sapeur ¬Ľ qui porte comme attribut une longue lame de scie dite ¬ębraquet ¬Ľ (scie √† main), dont l’√©tat brillant montre assez qu’elle n’a d’autre usage, ou en¬≠core ¬ę one niasse ¬Ľ, une massue de cuivre argent√© dont les longs ¬ę piquots ¬Ľ n’emp√™chent aucunement le soleil de se refl√©ter sur son pourtour poli comme un miroir (v. la grav. IX).

Coiff√©s d’un haut chapeau cylindrique, s’√©vasant l√©g√®rement vers le haut et compl√®tement tapiss√© ext√©rieurement de ¬ę moss√®ts ¬Ľ (mousse du ch√™ne), ils ont la nuque dissimul√©e sous une ¬ę ritape ¬Ľ (petit voile tombant), de couleur rouge, attach√©e √† la bordure pos¬≠t√©rieure de ce ¬ę bonnet ¬Ľ. Au bord sup√©rieur droit de cette coif¬≠fure pend un triangle, du tissu et de la teinte susdites, qu’agr√©¬≠ment√© un gros gland de laine de m√™me couleur. Ils portent le long pantalon immacul√© comme la neige et cachent le devant du corps par un tablier blanc.

Les sapeurs tiennent en main une grande hache de bois ; tant√īt ils la posent sur l’√©paule, tant√īt ils font mine de s’en frayer un passage.

Apr√®s les ¬ę hommes sauvages ¬Ľ viennent les tambours et les fifres que commande un Tambour-major (v. grav. XI), reconnais-sable √† sa haute taille et √† la ¬ę canne-major ¬Ľ enrubann√©e, qu’avec dext√©rit√© il manie pour indiquer √† ses tambourinaires les diff√©rents mouvements de la marche (21).

Si le tambour-major portait une ¬ę tenue ¬Ľ sp√©cialement con√ßue pour para√ģtre dans un cort√®ge carnavalesque, ¬ę ses ¬Ľ hommes n’avaient anciennement aucun costume qui, sp√©cialement les fit re¬≠marquer. Vers 1900 on leur donne celui des ¬ę pierrots ¬Ľ. Ils ne furent dot√©s de leur actuel uniforme qu’en m√™me temps que les musiciens dont nous allons faire mention.

(2l) ‚ÄĒ Pendant plus de quarante ans cons√©cutifs un nomm√© Jacques Hardy (dj√Ędj√Ęques) mania la canne-major, puis en 1900 ce fut li Blanc-Coucou (Joseph Dr√®ze), homme d’une stature et d’une force peu commune, d√©cid√© et remplac√© en 1927 par le ¬ę Wallon toujours ¬Ľ Arth. Motteaux qui en garda les ¬ę fonctions ¬Ľ jusqu’en 1954, ann√©e pendant laquelle l’√Ęge les lui fit remettre √† l’actuel titulaire : Tercien (Lucien Pi√©fort) ‚ÄĒ de la famille de Dr√®ze ‚ÄĒ auquel succ√©dera Guy Dr√®ze, tambour-major en herbe, l’arri√®re-petit-fils du ¬ę Blanc Coucou ¬Ľ lequel, √† 13 ans, conduit d√©j√† les six cadets-tambours qui, empressons-nous de l’√©crire, sont d√©j√† de fameux tapins (v. grav. XII).

(p.47) Pas plus que les tambours, les musiciens du groupe des Chinels n’avaient de costumes autres que ceux qu’ils portaient comme ¬ę civils ¬Ľ aux jours de f√™te ; ils s’affubl√®rent en pierrots il y a une bonne cinquantaine d’ann√©es et gard√®rent le costume de toile blan¬≠che garni de parements noirs avec la toque de feutre dans laquelle √©tait piqu√©e une plume blanche, jusqu’en 1955.

Au cours de l’an 1952, les Chinels ayant √©t√© invit√©s √† participer aux festivit√©s donn√©es lors de la joyeuse entr√©e √† Narnur du roi Baudouin, leur comit√© fut, pour la circonstance, pressenti par la Commission Nationale de Folklore, de faire porter ¬ę √† la musique ¬Ľ un v√™tement rappelant le XVIe si√®cle, ce qui fut d√©cid√©. Le pr√©¬≠sident des Chinels, J. Gosset, chargea Victor Biot, un de ses col¬≠laborateurs, ainsi que l’auteur de ces lignes de trouver ces ¬ę v√™-tures ¬Ľ ; celles-ci furent lou√©es chez un costumier de th√©√Ętre bru¬≠xellois. Elles eurent l’heur de plaire √† ceux qui devaient les porter et c’est ainsi que l’ann√©e suivante il fut d√©cid√© de faire confec¬≠tionner d’identiques v√™tements, pour un essai les jeunes ¬ę tam¬≠bours ¬Ľ en furent gratifi√©s ( rev. la grav. XII ).

La t√™te est coiff√©e de la toque ancienne, de couleur vert fonc√© ; la veste, de m√™me teinte, est large et n’emp√™che aucun mouvement ; le pantalon, court et bouffant, est brun, tandis qu’autour des reins s’enroule une large ceinture orange.

Par suite de raisons p√©cuni√®res, les autres tambourinaires et musiciens ne re√ßurent un uniforme identique qu’en 1955.

Les musiciens, dans le cortège, se placent au centre des groupes de chinels afin que ceux-ci puissent, de partout, entendre les airs qui doivent conduire leurs pas de danse.

Le soir, lorsque la nuit est venue, a lieu l’apoth√©ose… Par petits groupes ‚ÄĒ par soce ‚ÄĒ nos amis montent sur le kiosque situ√© sur la place du March√© et, sous les projecteurs aux multiples couleurs, se succ√®dent, dansant, dansant toujours, inlassablement, sous les fr√©n√©tiques applaudissements des foules assembl√©es.

Ici non plus, nous n’√©crirons pas ce qu’est ce spectacle : il faut y avoir √©t√© pr√©sent pour pouvoir en juger. Tout ce que nous en pensons, les spectateurs √©merveill√©s le disent ou le rediront eux-m√™mes.

 

Chinèls di d'là longtimps (Chinels d'autrefois)

(in: Le Messager, 24/11/1995)

doudous

L√®s sauvadjes omes (Les hommes sauvages) / Sape√Ľrs (Sapeurs) / Omes couvi√®ts d' l√™re (Hommes couverts de lierre)

(in: Le Messager, 28/02/1982)

Omes-l√™re √īte paut / Hommes-lierre ailleurs: Rutten / Sint-Evermarusspel (Limbo√Ľrg / Limbourg / Limburg)

 

¬†¬†¬† 0.2 Souven√ģrs / Souvenirs

Lès Chinèls dins l' timps (Les Chinels autrefois)

L√©t√Ęr√© (Laetare)

(in: Echo, 13/03/1910)

(1923)

(in: La M(…), 28/03/1923)

+- 1936 - lès Chinèles (les femmes en Chinel)

(in: Le Messager, 14/04/1989)

(1953) 

L√©t√Ęre 19...

(in: Le Messager, 28/04/1989)

1960 - Nameur / L√®s Chin√®ls auz√®s F√©√©r√ģyes di jul√®t' (Namur / Les Chinels aux F√©√©ries de juillet)

1970s - Lès Chinèls à Brussèle (Les Chinels à Bruxelles)

1970s - Li Banbwès do timps dès Gaulwès (Bambois au temps des Gaulois)

L√©t√Ęr√© (Laetare)

1970s (VA, 03/…)

(1971-1976, in: Le Messager, 10/11/2006)

(1980s, in: Nouvelle Gazette)

Lès Chinèls

(1980s)

L√©t√Ęr√© 1981

L√©t√Ęr√© 1982

(in: Le Messager)

L√©t√Ęr√© 1983

(in : Le Messager, 18/03/1983)

L√©t√Ęr√© 1989

(in: Le Messsager, 10/03/1989)

1990s - L√©t√Ęr√©

2006 - L√©t√Ęr√©

(in: Le Messager, 14/04/2006)

2010 - L√©t√Ęr√©

(foto / photo:  ByKri)

2013 - Lès Chinèls

 

1 Li Chinèl / Le Chinel

    1.1 Costume èt matériél / Costume et matériel

(à Regare (Fosse / Fosses-la-Ville))

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

(p.39) LE COSTUME

 

Si nos doudous contemporains ont conserv√© le costume, la coiffure et les sabots de leurs pr√©d√©cesseurs, le Chinel a √©chang√© les chaussures de bois, plut√īt pesantes et malais√©es pour danser, contre de fins escarpins ou de l√©g√®res pantoufles de cuir garnis, pour la circonstance, de rosaces en tissus sur la partie recouvrant le coup du pied. Quant au chapeau, il fut surmont√© non d’une petite touffe de plumes, mais devint plus d√©coratif par de grandes plumes multicolores de coq, retombant en cascade, √† gauche et √† droite de la coiffure.

Ces innovations ajout√®rent plus de gr√Ęcce et de beaut√© √† la silhouette du Chinel dans les voltes, et les contre voltes, indiqu√©es par l’entra√ģnante musique.

Avant 1914, tr√®s souvent les Chinels aimaient que fussent chang√©es les teintes de leur accoutrement et, comme ils ¬ę sortaient en soces ¬Ľ ‚ÄĒ chacune avait ses couleurs ‚ÄĒ ( 11 ), ils tenaient √† ce que restassent inconnues, jusqu’au jour de Laetare, les particula¬≠rit√©s de leur dernier choix ‚ÄĒ ceci est tellement vrai qu’ils en gardaient le secret ‚ÄĒ respect√© jalousement par leurs m√®res, √©pou¬≠ses ou sŇďurs ‚ÄĒ au point que chaque groupe avait soin de se cou¬≠vrir le visage d’un ¬ę loup ¬Ľ garni d’un voile pour cacher le bas du visage. Ce l√©ger masque √©tait renouvel√© chaque ann√©e et particu¬≠lier √† la soce (12). Ils se r√©unissaient chez l’un d’eux, de pr√©f√©rence chez celui qui avait une demeure √† deux issues et ce n’√©tait qu’au bout de quelque temps, apr√®s avoir intrigu√© voisins et voisines ou s’√™tre livr√©s √† des saillies joyeuses et sans nombre, qu’ils se d√©cidaient, enfin, √† se d√©masquer tous ensemble, et ce, √† la grande surprise de leurs victimes qui avaient enfin ri de leurs boutades ou qui s’√©taient √©tonn√©s des ¬ę do√Ľdo√Ľces ¬Ľ donn√©es par les l√©g√®res lattes de bois (*).

Les lattes, elles aussi, disparurent des mains de nos plaisants drilles et c’est un sabre, √©galement en forme de yatagan (comme (p.40) celui des doudous) qui les rempla√ßa. De ces sabres, le bois est vernis ou teint√© ; un cordonnet, pass√© dans

un trou per√ßant la poi¬≠gn√©e, permet de l’assujettir bien en main… et de pouvoir lever le coude pour se d√©salt√©rer sans se dessaisir de cette arme peu meur¬≠tri√®re qui, d’ailleurs, ne sert qu’√† souligner les gestes des danseurs et √† ¬ę sabrer ¬Ľ.

 

(11)¬† ‚ÄĒ Soce¬† : groupe d’amis. ‚ÄĒ So√ßon¬† : ami, camarade. ‚ÄĒ Ces groupes se composaient d’un nombre variable mais, g√©n√©ralement, n’exc√©dant pas un total de huit. Chacun des Chinels ¬ę misaient ¬Ľ et l’un d’eux √©taient charg√©s des d√©bours faits au cours de la sortie ; lorsque la bourse √©tait vide, on ¬ę rilpg√©ve ¬Ľ (lire : rilogu√©ve), c’est-√†-dire que l’on mettait dans le gousset comrrfun une nouvelle quote-part.

(12)¬† ‚ÄĒ II serait heureux que l’on reprit cette coutume de porter le ¬ę loup ¬Ľ traditionnel tout¬† comme les ¬ę¬† Gilles¬† ¬Ľ¬† de¬† Binche¬† gardent¬† le¬† masque¬† toute¬† la matin√©e du Mardi-Gras (v. √† la p. 32 et suiv. de l’ouvrage cit√© ici au renvoi 15). ‚ÄĒ A Fosse, lorsque le port du loup fut abandonn√©, l’on vit certains Chinels se farder de carmin¬† ; cet usage persiste encore pour la plupart des enfants-chinels.

(*) ‚ÄĒ Do√Ľdo√Ľces . caresses de petit enfant.

 

 

Maurice Chapelle, LI “FOLKL√ĒRE” A FOSSES-LA-VILLE

 

Divant qu‚Äô i n’e√Ľche d√®s chin√®ls, li carnaval √®steuve anim√© paus√®s Doudous.

C√®s-ti-ci, scr√ģt Alexis Collart dins “Quelques manifestations d’art populaire et de folklore” dins ” Entre-Sambre-et-Meuse”, Namur, 1954″, √®st√ģn.n ab√ģy√ģs come √ßoci:

¬ę¬†¬† Un pantalon de travail en toile bleue, souvent usag√©, tr√®s bouffant afin de pouvoir introduire autour du bassin une quantit√©.impo¬≠sante de foin pour grossir le personnage….Ils √©taient “costum√© de toile grise¬†¬Ľ, ou d’un “tricot√©”… cette veste tr√®s ample permettait le ” rembourrage n√©cessaire pour simuler une bosse devant et derri√®re.”

 

Maurice Chapelle, LI “FOLKL√ĒRE” A FOSSES-LA-VILLE

 

C’ √®st l√®s Doudous qui dansenut padr√ģ l√®s Chin√®ls au L√©t√Ęr√©. Is sont-st-abiy√ģs d’ on blanc costume √† gros rodjes botons avou, √† l’ place di bosses, on gros rinfladje pa-d‚Äôvant √®t pa-dr√ģ. Is sont tchauss√ģs d‚Äô chabots avou l’ ponte qui r’monte avi√® l’ c√īp d’p√ģd, come one cwane. Is dansenut l’ min.me pas qu‚Äô l√®s Chin√®ls.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

(p.39) Les lattes, elles aussi, disparurent des mains de nos plaisants drilles et c’est un sabre, √©galement en forme de yatagan (comme (p.40) celui des doudous) qui les rempla√ßa. De ces sabres, le bois est vernis ou teint√© ; un cordonnet, pass√© dans un trou per√ßant la poi¬≠gn√©e, permet de l’assujettir bien en main… et de pouvoir lever le coude pour se d√©salt√©rer sans se dessaisir de cette arme peu meur¬≠tri√®re qui, d’ailleurs, ne sert qu’√† souligner les gestes des danseurs et √† ¬ę sabrer ¬Ľ.

 

Maurice Chapelle, LI “FOLKL√ĒRE” A FOSSES-LA-VILLE

 

Tant qu’ au Chin√®l li-min.me, c’ √®st fw√Ęrt bin possibe qui l’ novia moussemint aure√Ľve sit√ģ lanc√ģ avi√® 1869, au momint qui Louwis Canivet, li Dir√®cte√Ľr d√® l ‘fil√Ęrmonike fossw√®se, a scr√ģt li musike d√® l’ nov√®le danse (…).

Ca li Chin√®l pwate on m√®rv√®ye√Ľs moussemint qui l√®s cole√Ľrs candjenut di “soce” √† “soce”¬Ľ. Le√Ľ casake √®st g√Ęrni d‚Äô d√™us-√®fil√©yes √®t cromb√®s bosses, – avi√® l’ t√™re po l’ c√®ne di d’vant, avi√® l’ ci√©l po l’ c√®ne di dr√ģ. Il √®st fa√ģt di v’lo√Ľrs √®t d‚Äô satin √®wou-ce qui l√®s frank√®s cole√Ľrs si mar√ģyenut avou d’ l’ agr√®s¬†: li rodje √®t l’ v√®t‚Äô, li r√īse √®t l’ mauve, li djane √®t l’nw√Ęr, ou bin l’ bleuw √®t l’ gris. Li d’zos √®st disc√īp√© en f√®stons avou au d’bout one ch√ģl√®te. D√®s co√Ľt√®s culotes s’ar√®tenut pus d’zos qu’ le√Ľs gngnos.D√®s fins sol√©s g√Ęrnis d’ one r√īs√®te remplacenut l√®s chabots d√®s Doudous. One blanke color√®te avou on dor√© galon ess√®re le√Ľ c√ī. Is sont cw√®f√©s d‚Äô on tchapia √† de√Ľs cw√®fes, on bicorne dire√Ľve-t-on √® franc√®s, avou su li d‚Äôze√Ľ d√®s plomes di cok ou d‚Äôfa√ģsan qui stritchenut. Tot dansant, is bloncenut on l√®dj√™re s√Ębe di bw√®s qu’ a l‚Äôf√īrme d’ on s√Ębe di Turk √®t i l√ģ si√®ve po ¬ę¬†s√Ębrer¬†¬Ľ.

 

(foto / photo: Patricia Arcq)

(foto / photo: BG)

(id.).

(VA, 07/03/2013)

 

¬†¬†¬† 1.2 Fie√Ľs / Fabricants¬†(co rin trov√© / encore rien trouv√©)

 

2 Cortêje

    2.1 Lès Chinèls / Les Chinels

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 2.1.0 Pr√©sint√Ęcion / Pr√©sentation (statuts; d√©roulement)

http://www.chinels.be/

La plus populaire est, à n’en pas douter, le sabrage des dames :

m√Ľ par sa tendance √† la plaisanterie – et sans doute aussi par la part de sang latin coulant dans ses veines, le Chinel aime √† quitter les rangs pour s‚Äôapprocher d‚Äôune agr√©able repr√©sentante du sexe dit faible. Se pr√©sentant devant la dame ou la demoiselle qu‚Äôil a remarqu√©e, il lui effleure le mollet avec son sabre en bois. La r√©action de la ¬ę sabr√©e ¬Ľ peut aller de l‚Äô√©tonnement au d√©but de panique en passant par le fou rire. La saluant d‚Äôun dernier sourire – ou l‚Äôinvitant √† toucher sa bosse arri√®re en guise de porte-bonheur, le plaisantin ravi regagne le groupe et reprend la danse. Il ne faut voir dans cette pratique qu‚Äôune marque de galanterie et d‚Äôamiti√© bien qu‚Äôil soit parfois arriv√© qu‚Äôelle provoque certaines r√©actions un peu vives de quelque mari jaloux.

 

Maurice Chapelle, LI “FOLKL√ĒRE” A FOSSES-LA-VILLE

 

Pace qui gn-a, come d‚Äô √®f√®t, de√Ľs-abitudes qui l‚Äô Chin√®l tint √† r√®sp√®cter.

Li prum√ģ pli, c’ √®st l‚Äô s√Ębradje d√®s com√©res.¬† Quitant l’ danse, sins f√© chonance di rin, li chin√®l s‚Äôaprotche d’ one com√©re qu’ i con√®t bin, qu’ i l√ģ vout f√© pla√ģji; tot d’ on c√īp, i s’ rito√Ľne √®t car√®ss√ģ d√® l’ ponte di s’ s√Ębe l√®s mol√®ts d√® l’ feume, √®t pw√ģs, il √®va tot s’ saluwant avou s’ s√Ębe.

Li de√Ľzyin.me, c’ √®st l‚Äô¬†c√īp d‚Äôbosse √®t i s’ adr√®sse auz√®s feumes. Li Chin√®l a r’m√Ęrk√© li pupe ou 1′ cig√Ęre d’ on monsie√Ľ. Tot fiant chonance di rin, i vint adl√© l’ ome √®t si r’to√Ľrnant come on r’ss√īrt, avou l’ ponte di s’bosse di dr√ģ, il √®v√īye au lon li fumadje do r’wa√ģtant.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

LE SABRAGE ET LE COUP DE BOSSE

 

Le sabrage des filles et des femmes est une marque d’amiti√©, de camaraderie ou de politesse galante que se r√©servent les Chinels et les Doudous envers les dames, qu’elles fussent ou non fort connues d’eux ; l’√©poux ou le fianc√© fossois jamais ne s’en offusquera. Pour nos danseurs, sabrer est un geste qui, en lui-m√™me, n’a aucune importance ; il consiste en une gaminerie, une ¬ę arsouyer√ģye ¬Ľ selon le terme l√©nitif de notre terroir (13), qui n’est qu’un simple amusement pour le Chinel et √† laquelle se pr√™tent toujours de bonne gr√Ęce, et en riant comme il se doit, les fossoises et celles qui connaissent la coutume. Malgr√© les protes¬≠tations de quelques collets-mont√©s (la plupart masculins) qui quali¬≠fient le sabrage d√©shonn√™te et m√™me impudique, l’amateur de fol¬≠klore ne peut que rire lui aussi, si pas applaudir, quand il voit un Chinel quitter les rangs, m√™me au cours de la danse, et s’ap¬≠procher en sautillant d’une demoiselle ou d’une dame, lui tourner le dos, s’abaisser brusquement et, passant le sabre soit entre ses propres jambes, soit de c√īt√©, caresser de son ¬ę arme ¬Ľ les mollets de celle qu’il s’est d√©sign√©e. Cela ne dure qu’un instant, instant tr√®s bref apr√®s lequel le Chinel se redresse, fait face √† la ¬ę sabr√©e ¬Ľ, la salue du sabre (H) et d’un sourire puis, vivement, va reprendre place au milieu de ses compagnons (*).

Mais avec le sabrage inoffensif existe une autre habitude, un autre privilège que se sont arrogé les Chinels. Si à Binche, spec­tatrices et spectateurs doivent nécessairement être déguisés sous

 

(13)¬† ‚ÄĒ L’on sait qu’en France le mot ¬ę arsouye ¬Ľ place celui qui ;en est qua¬≠lifi√© dans la classe des vauriens aux mani√®res crapuleuses. En Wallonie, sa signification est¬† tout¬† autre,¬† elle¬† exprime¬† l’id√©e¬† d’espi√®glerie¬† malicieuse¬†¬† mais¬† sans¬† m√©chancet√© appr√©ciable.

(14)¬† ‚ÄĒ Le Chinel salue en levant son sabre de la main droite au-dessus de la t√™te, de fa√ßon √† montrer une face de celui-ci, la pointe tourn√©e vers l’√©paule gauche.

{*) ‚ÄĒ Nous rie savons o√Ļ certains auteurs non fossois ont √©t√© puiser la version qui relate qu’ ¬ę arm√© d’un grand sabre de bois, le masque le glisse sous les pieds des jeunes filles qui doivent sauter au-dessus de la lame ¬Ľ ; ceci rel√®ve de la plus haute fantaisie. H√©las ! certains folkloristes n’ont cure des contre-v√©rit√©s !

 

(p.41) peine de recevoir des coups de vessie gonfl√©e d’air (15), le fumeur, √† Fosse, doit se m√©fier des danseurs, car pipes, cigares et cigarettes entre les l√®vres des spectateurs sont toujours sur le point de quitter brusquement la bouche de ceux qui s’en d√©lectent.

En tapinois, le Chinel qui a rep√©r√© un cigare, par exemple, s’en ira vers le fumeur attentif √† regarder les danses ; notre porteur de bosses fera quelques cabrioles devant sa future victime et, comme mu-.par un ressort, pivotant sur lui-m√™me, de sa bosse ar¬≠ri√®re enverra le br√Ľlot se consumer… sur la chauss√©e.

Passe encore si ce n’est qu’un cigare ou une cigarette, mais gare aux pipes de valeur ! Le Chinel est souvent sans piti√© sur ce point et n’aura cure du d√©g√Ęt ni des r√©criminations. Heureusement, gr√Ęce aux reproches et recommandations r√©it√©r√©es des ¬ę officiels ¬Ľ du comit√©, le pr√©tendu droit √† ce petit vandalisme tend √† ne plus √™tre revendiqu√©.

Un conseil cependant : amateurs de la plante à Nicot, laissez en poche vos pipes, si chères à tous points de vue.

Qui dit Fossois dit Chinel

La f√™te de la Laetare, pour l’Eglise qui l’a introduite dans le calendrier, est jour o√Ļ l’on doit se r√©jouir et Fosse, principalement, ne manque pas de suivre le conseil donn√© par l’intro√Įt du quatri√®¬≠me dimanche de Car√™me : Laetare J√©rusalem,., gaudete cum laetitia… mais dans un autre sens, car c’est la journ√©e des Chinels, journ√©e de joie familiale, de franches lipp√©es o√Ļ ne manquent ni vins ni capiteux alcools. C’est la journ√©e pendant laquelle les tout-petits rev√™tiront leurs premi√®res bosses et essayeront leurs premiers pas de danse en public (16) ; c’est aussi le jour o√Ļ la maman sera fi√®re de suivre des yeux son rejeton, son petit dieu, tout le long du parcours… car le papa aura peut-√™tre oubli√© que son fils se trouve parmi les cadets et qu’il n’a pas quatre ans (v. grav. XIV).

Ces derniers mots auront sans doute rendu sceptique notre lecteur, mais qu’il vienne en nos murs et il sera convaincu que

 

(15)¬† ‚ÄĒ Notons que ce ne sont pas les ¬ę Gilles ¬Ľ qui les donnent. V. sur les ¬ę Gilles ¬Ľ : Le Carnaval de Binche, de Samuel Glotz, Ed. du Folkl. Braban√ßon, Bru¬≠xelles, 1949, et notamment pour les vessies, √† la p. 38.

(16) ‚ÄĒ Nous disons ¬ę en public ¬Ľ parce que quelques jours avant la sortie, dans une salle de la localit√© et avec accompagnement de la musique, un vieux Chinel inculque les diff√©rents mouvements aux tout petits ; il nous semble √™tre un devoir de rendre hommage √† Louis MORET, √† Jules SONNET et √† L√©on JACQMAIN qui, au cours du dernier demi-si√®cle et comme un v√©ritable apostolat, ont accompli cette patiente mission.

 

(p.42) chez nous ¬ę l’on na√ģt Chinel ¬Ľ. Comment en serait-il autrement puisque gamine, la m√®re, en bonne fossoise, a, elle aussi, esquiss√© les pas de son p√®re et de ses fr√®res, qu’elle a uni sa vie √† un Chinel, qu’elle a con√ßu ou donn√© son lait pendant que les airs de Canivet r√©sonnaient √† ses oreilles ; qu’√† chaque f√™te locale les notes mutines et entra√ģnantes explosent vraiment apr√®s chaque concert ou apr√®s chaque aubade, et que l’enfant a respir√©, mais oui ! d√©j√† avant de voir le jour, une atmosph√®re vibrante de nos rythmes. Puis, √† peine rifach√ģ (mis dans ses langes), ne s’endormira-t-il pas toujours pendant que sa ¬ę m√©m√©re ¬Ľ le bercera en scandant lentement un passage de la musique locale. Plus tard, encore tchimot (encore fort petit) ne montera-t-il pas sur le kiosque ou ne rodera-t-il pas autour des loges foraines en chantonnant ou en sifflant l’un ou l’autre passage de la musique de Canivet qui nous rappelle les Gailly, les Colson, les Lef√®vre, les Crame, les Puissant, les Mairy, les Evrard, les Georlette, les Hue, les Wiot (17), le ¬ę Doudou ¬Ľ qui avait nom : Victor Verbaert ( son sobriquet disait assez le costume qu’il affectionnait) et ne pouvant les citer tous, enfin Jo¬≠seph Ne√Ľje (√† l’√©tat-civil : Hannicq), un des plus c√©l√®bres par son endurance et sa bonne humeur (mort √† 78 ans), avec li m√Ęrtchand (Gustave Goffaux) qui, √Ęg√© de 83 ans, le sabre √† la main droite, et s’appuyant de l’autre sur un b√Ęton, prit encore part au cort√®ge ; il s’appr√™tait √† ¬ę faire le Chinel ¬Ľ l’ann√©e suivante (1951) lorsque, curieuse co√Įncidence, il commen√ßa √† s’√©teindre le jour m√™me de la Laetare et rendit l’√Ęme alors que les derni√®res notes de l’air qu’il aimait tant, dans la nuit suivant le lundi, venaient √† peine de cesser.

 

(17) ‚ÄĒ Apr√®s s’en √™tre servi lui-m√™me longtemps, l’auteur de ces lignes conserve comme une v√©ritable relique, le sabre d’un de ces Wiot, oncle de sa m√®re ; sur la poign√©e est inscrit en fines pointes de cuivre : Nicolas Wiot, avec la date : 1853. ‚ÄĒ Ce Nicolas est le ¬ę Blanc-Wiot ¬Ľ dont il sera fait mention dans une des chansons qui suivent.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

 (p.45) Les Chinels en cortège

 

Les r√©jouissances, selon l’imm√©mcrable coutume, sont annon¬≠c√©es pendant les huit jours qui pr√©c√®dent la Laetare par la toni¬≠truante ¬ę retraite ¬Ľ que font, quand est tomb√©e la nuit, les tambou¬≠rinaires qui passent dans chaque rue et chaque venelle de la bonne vieille ville.

La veille de la ¬ę Sortie ¬Ľ, pendant que les m√©nag√®res s’occu¬≠pent f√©brilement √† mettre la maison en ordre, √† ranger les tartes, √† appr√™ter le d√ģner du lendemain (18), √† donner un supr√™me et d√©¬≠licat ¬ę coup de fer ¬Ľ aux nombreux plis de collerettes de ¬ę son ¬Ľ ou de ¬ę ses ¬Ľ Chinels, se d√©roule une ¬ę retraite aux flambeaux ¬Ľ, pr√©mices joyeuses qui s’√©tendront bien avant dans la soir√©e.

La matin√©e du ¬ę Grand Jour ¬Ľ se passe fi√©vreusement ; les repas pour beaucoup sont b√Ęcl√©s √† la h√Ęte tant l’on est, surtout chez les cadets, impatient d’endosser le pantalon aux ¬ę cloquins ¬Ľ ‚ÄĒ petites clochettes ‚ÄĒ et la veste d√©form√©e par les gibbosit√©s. Beau¬≠coup ne vont-ils pas les ¬ę strumer ¬Ľ ‚ÄĒ les √©trenner ‚ÄĒ les mettre pour la premi√®re fois ?

Quand sonnent les deux heures de relev√©e (comme disaient nos grands-p√®res) a lieu, toujours comme au bon vieux temps, le rassemblement des soces au bas de la rue de Vitrival, l√† o√Ļ se trouvait anciennement l’estaminet dit ¬ę √ąmon Ane D√®ri ¬Ľ (19).

√Ä Fosse, dans toutes les f√™tes carnavalesques, la t√™te des cort√®ges est form√©e invariablement d’un groupe d’hommes dont √ģa veste est enti√®rement couverte de feuilles de lierre : ce sont les ¬ę sapeurs ¬Ľ. Ces figurants sont les descendants de ceux que les archives communales nomment les ¬ę hommes sauvages ¬Ľ et dont des mentions sont faites au sujet des processions et marches de Saint Feuillen (20).

 

(18)¬†¬† ‚ÄĒ Nos amis fran√ßais devront se rappeler, qu’en Belgique, le ¬ę d√ģner ¬Ľ se prend vers midi.

(19)¬† ‚ÄĒ √ąmon (contraction de √®s-mon) c’est-√†-dire . chez Anne Deri. Ce nom

d’¬ę An’ D√®ri ¬Ľ √©tait devenu le patronyme populaire des descendants de la femme qui. avait port√© ce nom et √©t√© tenanci√®re du cabaret.

(20) ‚ÄĒ Les textes qui vont suivre sont tir√©s du compte communal de 1738 et de 1751 avec leur graphie originale.

 

(p.46) Pay√© √† Marie-Joseph Polleur 2 florins Brabant pour la fa√ßon des habits des hommes sauvages…

… pour avoir accomoder les habits des hommes sauvages qui ont march√© √† la grande procession… 3 florins.

… aus dits hommes sauvages qui ont march√© √† la ditte pro¬≠cession : 5 florins.

Ils sont conduits par le s√®rdjent-sape√Ľr (sergent-sapeur) qui porte comme attribut une longue lame de scie dite brak√®t (scie √† main), dont l’√©tat brillant montre assez qu’elle n’a d’autre usage, ou en¬≠core one masse, une massue de cuivre argent√© dont les longs ¬ę piquots ¬Ľ n’emp√™chent aucunement le soleil de se refl√©ter sur son pourtour poli comme un miroir (v. la grav. IX).

Coiff√©s d’un haut chapeau cylindrique, s’√©vasant l√©g√®rement vers le haut et compl√®tement tapiss√© ext√©rieurement de moss√®ts (mousse du ch√™ne), ils ont la nuque dissimul√©e sous une ritape (petit voile tombant), de couleur rouge, attach√©e √† la bordure pos¬≠t√©rieure de ce bon√®t. Au bord sup√©rieur droit de cette coif¬≠fure pend un triangle, du tissu et de la teinte susdites, qu’agr√©¬≠ment√© un gros gland de laine de m√™me couleur. Ils portent le long pantalon immacul√© comme la neige et cachent le devant du corps par un tablier blanc.

Les sapeurs tiennent en main une grande hache de bois ; tant√īt ils la posent sur l’√©paule, tant√īt ils font mine de s’en frayer un passage.

Apr√®s les ¬ę hommes sauvages ¬Ľ viennent les tambours et les fifres que commande un tambour-major (v. grav. XI), reconnaissable √† sa haute taille et √† la ¬ę canne-major ¬Ľ enrubann√©e, qu’avec dext√©rit√© il manie pour indiquer √† ses tambourinaires les diff√©rents mouvements de la marche (21).

Si le tambour-major portait une ¬ę tenue ¬Ľ sp√©cialement con√ßue pour para√ģtre dans un cort√®ge carnavalesque, ¬ę ses ¬Ľ hommes n’avaient anciennement aucun costume qui, sp√©cialement les fit re¬≠marquer. Vers 1900 on leur donne celui des¬† pi√®rots. Ils ne furent dot√©s de leur actuel uniforme qu’en m√™me temps que les musiciens dont nous allons faire mention.

(2l) ‚ÄĒ Pendant plus de quarante ans cons√©cutifs un nomm√© Jacques Hardy (Dj√Ędj√Ęke) mania la canne-major, puis en 1900 ce fut li Blanc-Coucou (Joseph Dr√®ze), homme d’une stature et d’une force peu commune, d√©cid√© et remplac√© en 1927 par le ¬ę Wallon toujours ¬Ľ Arthur Motteaux qui en garda les ¬ę fonctions ¬Ľ jusqu’en 1954, ann√©e pendant laquelle l’√Ęge les lui fit remettre √† l’actuel titulaire : T√®rcyin (Lucien Pi√©fort) ‚ÄĒ de la famille de Dr√®ze ‚ÄĒ auquel succ√©dera Guy Dr√®ze, tambour-major en herbe, l’arri√®re-petit-fils du ¬ę Blanc Coucou ¬Ľ lequel, √† 13 ans, conduit d√©j√† les six cadets-tambours qui, empressons-nous de l’√©crire, sont d√©j√† de fameux tapins (v. grav. XII).

(p.47) Pas plus que les tambours, les musiciens du groupe des Chinels n’avaient de costumes autres que ceux qu’ils portaient comme ¬ę civils ¬Ľ aux jours de f√™te ; ils s’affubl√®rent en pierrots il y a une bonne cinquantaine d’ann√©es et gard√®rent le costume de toile blan¬≠che garni de parements noirs avec la toque de feutre dans laquelle √©tait piqu√©e une plume blanche, jusqu’en 1955.

Au cours de l’an 1952, les Chinels ayant √©t√© invit√©s √† participer aux festivit√©s donn√©es lors de la joyeuse entr√©e √† Narnur du roi Baudouin, leur comit√© fut, pour la circonstance, pressenti par la Commission Nationale de Folklore, de faire porter ¬ę √† la musique ¬Ľ un v√™tement rappelant le XVIe si√®cle, ce qui fut d√©cid√©. Le pr√©¬≠sident des Chinels, J. Gosset, chargea Victor Biot, un de ses col¬≠laborateurs, ainsi que l’auteur de ces lignes de trouver ces ¬ę v√™tures ¬Ľ ; celles-ci furent lou√©es chez un costumier de th√©√Ętre bru¬≠xellois. Elles eurent l’heur de plaire √† ceux qui devaient les porter et c’est ainsi que l’ann√©e suivante il fut d√©cid√© de faire confec¬≠tionner d’identiques v√™tements, pour un essai les jeunes ¬ę tam¬≠bours ¬Ľ en furent gratifi√©s ( rev. la grav. XII ).

La t√™te est coiff√©e de la toque ancienne, de couleur vert fonc√© ; la veste, de m√™me teinte, est large et n’emp√™che aucun mouvement ; le pantalon, court et bouffant, est brun, tandis qu’autour des reins s’enroule une large ceinture orange.

Par suite de raisons p√©cuni√®res, les autres tambourinaires et musiciens ne re√ßurent un uniforme identique qu’en 1955.

Les musiciens, dans le cortège, se placent au centre des groupes de chinels afin que ceux-ci puissent, de partout, entendre les airs qui doivent conduire leurs pas de danse.

Le soir, lorsque la nuit est venue, a lieu l’apoth√©ose… Par petits groupes ‚ÄĒ pa soce ‚ÄĒ nos amis montent sur le kiosque situ√© sur la place du March√© et, sous les projecteurs aux multiples couleurs, se succ√®dent, dansant, dansant toujours, inlassablement, sous les fr√©n√©tiques applaudissements des foules assembl√©es.

Ici non plus, nous n’√©crirons pas ce qu’est ce spectacle : il faut y avoir √©t√© pr√©sent pour pouvoir en juger. Tout ce que nous en pensons, les spectateurs √©merveill√©s le disent ou le rediront eux-m√™mes.

 

Une fête de Laetare frigorifique, in: /Jean-Pol Georgery/, Qué novèle, 5, 11 mars 2005

On peut affirmer que pour √™tre Chinel il faut s’adapter √† toutes les temp√©ratures : ils ont souvent transpir√© sous le soleil – m√™me assez souvent car parfois on disait que le Chinel avait des accointances avec le ciel qui d√©couvrait un soleil quelque peu voyeur pour les regarder danse r; ils ont parfois brav√© la pluie, ou des temp√©ratures plut√īt fra√ģches (la Laetare tombe souvent en mars), mais aussi par temps glacial et neigeux, la chose est beaucoup plus rare.

Avec une date pr√©coce, on ne devait pas s’attendre √† de fortes chaleurs ! Il y a exactement vingt ans, en 1985, ce fut pourtant le cas : c’√©tait un 17 mars. Il y avait, au d√©part, 5 cm dans les prairies et sur les talus, mais la neige n’encombrait pas les rues ; le froid faisait aussi partie de cette journ√©e hivernale.

Dimanche, si la temp√©rature oscillait plut√īt en dessous de z√©ro, la neige tomb√©e encore avec obstination la nuit pr√©c√©dente, ne fit qu’une timide r√©apparition avant les rondeaux, alors que le public patientait sto√Įquement, attendant l’arriv√©e des premiers groupes.

Et du public, il y en eut, malgr√© le froid et l’absence de groupes √©trangers ; sans doute moins que les autres ann√©es, mais il est certain que la r√©putation des Chinels attire et leur cotation est toujours en hausse, pour utiliser le langage boursier.

Ce qui impressionne, un jour de Laetare, c’est le nombre incroyable de Chinels. Un nombre difficile √† chiffrer, car sans ¬ę voiture-balai les retardataires finissent toujours par regagner le groupe ; il y a finalement tr√®s peu d’abandons !

Très impressionnant également le groupe des Clowns en Folie : près de 340 dit-on ! A croire que leur syndicat a battu le rappel des cirques du monde entier pour se retrouver en grande manifestation à Fosses ! Ils ont surtout donné un aperçu de leurs nouvelles danses et chants, parfaitement exécutés et appréciés lors du rondeau du soir.

Très enthousiastes également les sorcières de Clara Bistouille et Abel Zébuth, qui font valser les balais et les tridents pour effrayer, sans grande réussite, un public amusé. Un groupe qui a très bien réussi son redémarrage.

Enfin, toujours au poste sur leur sorte de mirador, les Echasseurs rouge et vert, dont on ne compte plus les participations, sont toujours fidèles au rendez-vous du Laetare.

Il ne faut pas oublier non plus les Pierrots musiciens, qui font partie intégrante du groupe des Chinels, qui reproduisent, en continuité, les précieuses figures composées par le célèbre Louis Canivet. Heureusement, malgré le froid, leurs doigts assouplis par la pratique, ne se sont pas figés sur les têtes de piston.

Tous ces participants (près de 800 (qui ont bravé le froid, ont bien mérité les applaudissements nourris lors de la traditionnelle soirée des rondeaux, une bonne façon de se réchauffer !

Les petits √†-c√īt√©s d’une grande f√™te locale

‚ÄĘ On peut s’√©tonner de voir √©crit indistinctement ¬ę la ¬Ľ Laetare ¬Ľ ou ¬ę le ¬Ľ Laetare ; un ¬ę le ¬Ľ qui ne sonne pas toujours tr√®s bien √† l’oreille.

Nous parlions toujours dans nos colonnes de la Laetare ; plus r√©cemment, nos correspondants ont employ√© le masculin, car Laetare est masculin. Alors, pourquoi ¬ę la ¬Ľ ? Parce que ¬ę la ¬Ľ sous-entendu ¬ę f√™te ¬Ľ. La ¬ę f√™te ¬Ľ du Laetare, ou la Laetare. Ne dit-on pas ¬ę la ¬Ľ No√ęl, alors que No√ęl est masculin (un No√ęl blanc) ?

‚ÄĘ Il est int√©ressant de signaler la participation massive d’une famille Fossoise au sein du groupe des Chinels. Les GENARD (descendants de la famille de Raoul Genard-Herregodts) ont toujours √©t√© en nombre et la rel√®ve √©tant assur√©e, ils √©taient une vingtaine cette ann√©e, dispers√©s au milieu des danseurs, petits et grands. Et si les dames √©taient accept√©es… ?

* Un grand bravo au doyen des Chinels : le v√©t√©ran Raymond qui, √† 84 ans, a su braver le froid. Et bient√īt…, le bondissant Hector viendra former un duo de 4×20. Mais laissons sautiller ces jeunots exemplaires.

‚ÄĘ Un r√®glement impitoyable : apr√®s 12 ans, on n’accepte plus de Chinel : on ne veut pas de Chinel √† 4 bosses !

‚ÄĘ Apr√®s la neige, les trottoirs des rues de Fosses ont √©t√© envahis de confettis, qui furent engloutis, apr√®s la f√™te, par l’aspirateur g√©ant de la commune de Fosses.

‚ÄĘ Bient√īt, pour le prochain Laetare peut-√™tre, on retrouvera les ¬ę Hommes sauvages ¬Ľ recouverts de lierre, comme autrefois…

 

Société Royale

¬ę Les Chinels de Fosses-la-Ville ¬Ľ a.s.b.l.

5070 Fosses-la-Ville

STATUTS

(parution aux annexes du Moniteur belge le 29/09/2003.)

Entre les soussignés :

РCORTESE Jean, pensionné, rue du Tisserand 18, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Bassano del Grappa le 10/04/1946,

РDELVAUX Marcel, pensionné, rue Tri-du-Bois 4, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Mettet le 20/04/1935,

РDREZE Etienne, enseignant, rue des Forges 35, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Namur le 06/02/1969,

РDREZE Jacky, enseignant, avenue des Combattants 42, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Fosses-la-Ville le 27/09/1948,

– GODEFROID Christian, inspecteur de police

РGOSSET Guy, fonctionnaire au MET, rue du Tisserand 19, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Namur le 08/09/1965,

РGOSSET Hector, indépendant, rue Delmotte 10, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Fosses-la-Ville le 09/09/1926,

РLAPAGLIA Salvatore, employé, route de Bambois 39, 5070 Fosses-la-Ville, italien (N.N. 661102015-30), né à Namur le 02/11/1966,

РLEBRUN Michel, mécanicien automobile, route de Tamines 242, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Namur le 23/08/1968,

РLECLERCQ Philippe, agent pénitentiaire, rue de la Montagne 38, 5060 Sambreville, belge, né à Namur le 02/04/1965,

РMASSART Guy, enseignant, rue Fichefet 17, 5100 Jambes, belge, né à Namur le 16/03/1943,

РMICHEL Patrick, militaire de carrière, route de Tamines 27, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Namur le19/12/1965,

РMIGNON Michel, demandeur d’emploi, rue Haut-Vent 64, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Namur le 12/01/1959,

– POPULAIRE Pol, pensionn√©, ruelle du Ch√Ęteau 7, 5070 Fosses-la-Ville, belge, n√© √† Auvelais le 24/06/1937,

РPREUD’HOMME Lucien, pensionné, rue Haut-Vent 21, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Fosses-la-Ville le 06/05/1923,

РVERVOTTE Raymond, pensionné, rue des Remparts 21, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Falisolle le 23/01/1922,

РWOUTERS Willy, employé, rue Pinsonhaie 3, 5070 Fosses-la-Ville, belge, né à Fosses-la-Ville le 20/07/1950.

ont constitu√© une association sans but lucratif (a.s.b.l.) sous la d√©nomination “Soci√©t√© Royale Les Chinels de Fosses-la-Ville”.

TITRE I : Siège social

Art.1 : L‚Äôassociation est d√©nomm√©e ¬ę Soci√©t√© Royale Les Chinels de Fosses-la-Ville ¬Ľ a.s.b.l..

Art.2 : Son siège social est établi en Belgique à 5070 Fosses-la-Ville, chaussée de Charleroi 400 (MB14/02/2006). Il peut être transféré par décision de l’assemblée générale dans tout autre lieu. L’acte de modification du siège social est, conformément à la loi du 27 juin 1921, déposé au greffe du tribunal compétent et publié aux annexes du Moniteur Belge.

TITRE II : But, objet, durée

Art.3 : a) L’association a pour but :

la défense du patrimoine folklorique local et de perpétuer les traditions léguées par nos prédécesseurs.

b) Son objet est de participer à des manifestations folkloriques et traditionnelles, ainsi que l’organisation du Laetare de Fosses-la-Ville. Elle peut accomplir tous les actes se rapportant directement ou indirectement à son objet. Elle peut notamment prêter son concours et s’intéresser à toute activité similaire à son objet.

Art.4 : L’association est constituée pour une durée illimitée.

TITRE III : Membres, nombre, admission, démission, cotisation

Art.5 : L’association est compos√©e des membres effectifs et de membres adh√©rents. Le nombre des membres effectifs de l‚Äôassociation est illimit√©, sans pouvoir √™tre inf√©rieur √† quatre. Les premiers membres sont les fondateurs soussign√©s.

Art.6 : Les admissions de nouveaux membres effectifs sont d√©cid√©es souverainement par l’assembl√©e g√©n√©rale.

Art.7 : Sont considérés comme membres effectifs :

les personnes physiques d√©nomm√©es Chinels, Doudous, Musiciens, Sapeurs et Porte-Drapeau participant au moins une fois par an aux activit√©s de ladite association (sans prendre en compte le Laetare) et √Ęg√© d‚Äôau moins seize ans,

Sont considérés comme membres adhérents :

Toute personne admise en cette qualit√© par d√©cision du conseil d’administration et notamment : les personnes physiques d√©nomm√©es Petits Chinels, Doudous, Musiciens et Sapeurs participant au moins une fois par an aux activit√©s de ladite association (sans prendre en compte le Laetare) et √Ęg√© de moins de seize ans. Les droits et obligations de ceux-ci sont d√©finis √† l‚Äôarticle 10 des pr√©sents statuts.

Art.8 : Tout membre, y compris les adhérents, peut se retirer de l’association en adressant sa lettre de démission au Conseil d’Administration.

Est réputé démissionnaire :

Рle membre effectif ou adhérent qui ne paie pas la cotisation qui lui incombe dans les deux mois du rappel qui lui est adressé par simple lettre,

Рle membre ne participant à aucune activité durant l’année (sans prendre en compte le Laetare),

– le membre f√©minin √Ęg√© de plus de douze ans.

L‚Äôexclusion d‚Äôun membre effectif est prononc√©e que par l‚Äôassembl√©e g√©n√©rale statuant √† la majorit√© des deux tiers. L’exclusion d’un membre adh√©rent est prononc√©e par le conseil d’administration.

Les d√©cisions d’exclusion, tant du conseil d’administration que de l’assembl√©e g√©n√©rale, sont souveraines et ne doivent pas √™tre motiv√©es.

Les membres démissionnaires, suspendus ou exclus, ainsi que les héritiers ou créanciers du membre décédé, n’ont aucun droit sur le fonds social et ne peuvent réclamer le remboursement de ce qu’ils ont donné.

Art.9 : Chaque membre est appel√© √† payer une cotisation annuelle fix√©e par l‚Äôassembl√©e g√©n√©rale et payable au tr√©sorier ou sur le compte bancaire de l‚Äôassociation avant le premier d√©cembre de chaque ann√©e. Cette cotisation ne pourra √™tre sup√©rieure √† 10,00 ‚ā¨.


 

TITRE IV : Assemblées générales, composition, compétences, résolutions

Art.10 : L‚Äôassembl√©e g√©n√©rale est compos√©e de tous les membres effectifs. Elle est pr√©sid√©e par le pr√©sident du conseil d’administration en fonction.

Les membres adhérents peuvent participer à l’assemblée générale et émettre leur avis au sujet des points à l’ordre du jour. Ils n’ont pas de droit de vote.

Art.11 : L’assemblée générale est le pouvoir souverain de l’association. Elle possède les pouvoirs qui lui sont expressément conférés par la loi ou les présents statuts.

Les attributions de l’assemblée générale comportent le droit :

1. de modifier les statuts,

2. d’admettre les nouveaux membres associés,

3. d’exclure un membre,

4. de nommer et révoquer les administrateurs, le ou les commissaires, le ou les vérificateurs aux comptes ainsi que le ou les liquidateurs,

5. d’approuver annuellement les comptes et budget,

6. de donner la décharge aux administrateurs, aux commissaires et, en cas de dissolution volontaire, aux liquidateurs,

7. d’approuver le règlement d’ordre intérieur et ses modifications,

8. de décider d’intenter une action en responsabilité contre tout membre de l’association, tout administrateur, tout commissaire, toute personne habilitée à représenter l’association ou tout mandataire désigné par l’assemblée générale,

9. de prononcer la dissolution volontaire de l’association ou la transformation de celle-ci en société en finalité sociale,

10. la destination de l’actif en cas de dissolution de l’association.

Art.12 : L’assemblée générale se réunit au moins une fois par an, le quatrième vendredi de janvier et aussi souvent que les intérêts de l’association l’exigent, par décision du conseil d’administration ou à la demande d’un cinquième des membres au moins.

Les convocations aux assemblées générales sont adressées à chacun des membres, au moins huit jours avant la réunion, par lettre ordinaire et contiennent l’ordre du jour.

Art.13 : Tous les membres effectifs ont un droit de vote √©gal √† l‚Äôassembl√©e g√©n√©rale. Les r√©solutions sont prises √† la majorit√© absolue des voix pr√©sentes ou repr√©sent√©es, sauf dans le cas o√Ļ il en serait d√©cid√© autrement par la loi ou les pr√©sents statuts. En cas de partage des voix, celle du pr√©sident ou de l‚Äôadministrateur qui le remplace est pr√©pond√©rante.

Les décisions de l’assemblée générale sont consignées dans des procès-verbaux signés par le président, secrétaire et trésorier. Les décisions sont adressées, sous simple pli, au membre qui en fait la demande. Les procès-verbaux sont conservés par le secrétaire.

TITRE V : Conseil d’Administration

Art.14 : L’association est gérée par un Conseil d’Administration composé de trois administrateurs au moins, nommés et révocables par l’assemblée générale et choisis parmi les associés effectifs de plus de dix-huit ans. Le nombre maximum d’administrateurs est fixé par une décision de l’assemblée générale.

Le conseil d’administration désigne parmi ses membres un Président, deux Vice-Présidents, un Secrétaire, un Trésorier et un Chef de Musique.

Art.15 : Les membres du Bureau sont nommés à la majorité des deux tiers des membres présents à l’assemblée générale pour une durée de sept ans de manière alternative : Président, premier Vice-Président et Trésorier une année ; deuxième Vice-Président, Secrétaire et Chef de Musique l’année suivante.

Les autres administrateurs sont nommés par vote préférentiel pour une durée de cinq ans.

Art.16 : Le conseil d’administration a les pouvoirs les plus √©tendus en ce qui concerne les actes de gestion journali√®re ou administratifs. Ces actes peuvent √™tre avalis√©s soit par le pr√©sident seul, soit par le tr√©sorier seul, signant seuls.

Sont exclus de sa compétence, les actes réservés par la loi ou les présents statuts à l’assemblée générale.

Art.17 : Le Conseil d’Administration se réunit sur convocation du président. Le Conseil d’Administration ne pourra délibérer valablement que si la majorité de ses membres est présente ou représentée.

Les décisions seront prises à la majorité des membres présents ou représentés et seront consignées dans les procès-verbaux signés par le président et le secrétaire. En cas de partage de voix, celle du président ou de l’administrateur qui le remplace est prépondérante.

Art.18 : L’association est valablement engagée dans ses actes de disposition, hormis ce qui est dit à l’art.21, par la signature de tous les membres du Conseil d’Administration.

Les actions judiciaires, tant en demandant qu‚Äôen d√©fendant, sont intent√©es ou soutenues au nom de l’association par le pr√©sident.

Art.19 : Les administrateurs ne contractent, en raison de leurs fonctions, aucune obligation personnelle et ne sont responsables que de l’exécution de leur mandat. Celui-ci est exercé à titre gratuit.

Art.20 : Les membres du Bureau sont tenus de remplir leur mandat administratif en toutes circonstances, en se faisant aider éventuellement par un membre du Conseil d’Administration. Si pour des raisons valables, un membre du Bureau n’était plus capable d’assurer son mandat, un membre du Conseil d’Administration assurerait l’intérim.

TITRE VI : Biens, budgets, comptes

Art.21 : Aucun immeuble de l’association ne pourra être acquis, vendu, hypothéqué ou avoir sa destination modifiée, que par autorisation spéciale de l’assemblée générale réunie en séance extraordinaire.

L’autorisation n’est acquise que si elle est approuvée à la majorité des trois quarts des membres.

Art.22 : L’exercice social commence le premier janvier pour se terminer le trente et un décembre. Les comptes sont examinés par deux vérificateurs aux comptes désignés lors de l’assemblée générale de l’exercice précédent et arrêtés par le Conseil d’Administration en vue de leur présentation à l’assemblée générale de même que le projet de budget de l’exercice nouveau.

TITRE VII : Règlement d’ordre intérieur

Art.23 : Le r√®glement d‚Äôordre int√©rieur est celui d√©fini par la ¬ę Soci√©t√© Royale Les Chinels de Fosses-la-Ville ¬Ľ, auquel il est fait r√©f√©rence.

Des modifications à ce règlement pourront être apportées par une assemblée générale statuant à la majorité simple des membres présents ou représentés.

TITRE VIII : Modifications des statuts, dissolution, liquidation

Art.24 : La modification des statuts a lieu conformément aux prescriptions de la loi, la convocation doit être envoyée au moins un mois avant la date de l’assemblée. La modification de ces présents statuts requiert l’accord des trois quarts des membres.

Art.25 : La dissolution volontaire de l’association ne pourra être prononcée que par l’assemblée générale, conformément aux prescriptions de la loi, elle désigne le ou les liquidateurs, en détermine les pouvoirs et indiquera l’affectation à donner à l’actif net de l’avoir social de l’association.

TITRE IX : Dispositions transitoires

Art.26 : Tous les avoirs de l‚Äôassociation de Fait ¬ę Soci√©t√© Royale Les Chinels de Fosses-la-Ville ¬Ľ sont transmis int√©gralement √† l‚Äôa.s.b.l. et ce, en date de l‚Äôapprobation des pr√©sents statuts.

Art.27 : Tout ce qui n’est pas réglé par les présents statuts est soumis aux dispositions de la loi du 27 juin 1921 sur les a.s.b.l. et par les autres dispositions légales applicables en la matière.

A l’instant, l’association étant constituée, les soussignés se sont réunis en première assemblée générale avec les membres présents et ont nommé en qualité d’administrateurs les membres nommément identifiés ci-dessus, lesquels ont déclaré accepter leurs fonctions.

Le Conseil d’Administration étant constitué, l’assemblée générale a décidé à l’unanimité de nommer :

РLECLERCQ Philippe en qualité de Président, qui accepte.

РWIAME Philippe en qualité de Secrétaire, qui accepte.

РDREZE Etienne en qualité de Trésorier, qui accepte.

РPREUD’HOMME Lucien en qualité de premier Vice-Président, qui accepte.

РMICHEL Patrick en qualité de deuxième Vice-Président, qui accepte.

РMASSART Guy en qualité de Chef de Musique, qui accepte.

Fait à Fosses-la Ville, le 27 juin 2003.

 

Laetare et bon vent à l’hiver

(DH, 15/03/2010)

FOSSES-LA-VILLE

Le Chinel, le roi du Carnaval de Fosses-la-Ville

FOLKLORE ‚ÄĚ C‚Äôest la f√™te et l‚Äôhiver est presque parti ! ‚ÄĚ, clame sous un ciel gris Marie-Th√©r√®se, √©pouse d‚Äôun ancien Chinel. Hier, le grand cort√®ge traditionnel du Laetare a d√©ambul√©, vers 14 h 30, dans les rues de Fosses-la-Ville.

Le temps maussade et instable s‚Äôest fait vite oublier par la venue des groupes multicolores et notamment par les trois danseuses br√©siliennes, du groupe Batuqueria, qui ont ouvert le cort√®ge sur un air de carnaval br√©silien pour r√©chauffer le cŇďur des spectateurs.

Suivi du groupe Disco Moignelée, les Anges, le club Colorado city, les clowns en folie, Clara Bistouille et Abel Zébuth (les sorcières), les échasseurs Rouge et Vert et les très attendus Chinels. Ceux-ci sont toujours prêts à sabrer les mollets de la gente féminine, comme hommage à leur beauté, à l’aide de leur yatagan (petit sabre de bois).

Une m√®re de famille, avec son petit Chinel No√© dans les bras, est fi√®re de voir d√©filer son mari et ses deux autres fils. ‚ÄúJe le suis d‚Äôautant plus car ils dansent en portant les costumes que j‚Äôai cousus. Il faut 100 heures de travail par costume, qui √©quivaut √† trois semaines d‚Äôouvrage ‚ÄĚ, indique B√©rang√®re, Fossoise depuis toujours.

Le costume est un mélange de satin coloré et de velours foncé, principalement noir. Chaque Chinel porte un pantalon à grelots et une veste à col mousseux ornée de deux bosses.

L’histoire se refuse à donner une origine certaine aux Chinels, une légende se transmet de génération en génération à Fosses-la-Ville : celle des deux bossus…

‚ÄúAu temps o√Ļ l‚Äôon croyait encore aux f√©es, vivait √† Fosses-la-Ville un gentil petit bossu. En passant dans une for√™t, des sorci√®res, voulant le r√©compenser pour sa serviabilit√©, l‚Äôont d√©barrass√© de sa difformit√©. Quand, le lendemain, le m√©chant bossu de la r√©gion apprit la chose, il s‚Äôest rendu dans la for√™t. Mal lui en prit‚Ķ Il est revenu affubl√© d‚Äôune seconde bosse, une devant et une derri√®re. Carnaval √©tant proche, les Fossois ont voulu se moquer de lui. Ainsi serait n√© le Chinel ‚ÄĚ, raconte malicieusement J√©r√©my, employ√© du syndicat d‚Äôinitiative.

 

Aurélie Penasse

 

2.1.1 Lès Doudous

(VA, 19/03/2012)

2.1.2 Lès Chinèls

Lès Chinèls

(VA, 20/03/2009)

                                                                              (2007) 

Lès Chinèls

(foto / photo: Valérie Rousseau Р2012)

(s√Ębradje)

(VA, 03/2009)

Lès Chinèls

L√®s Chin√®ls (Les Chinels)- rondau fin√Ęl (rondeau final)

(VA, 04/03/2008)

(2014) 

Récèpsion à l' comune (Réception à la commune)

li s√Ębe d' √īr (le sabre d'or)

(li s√Ębe d’ √īr (le sabre d’or)) (VA, 12/03/2012)

L√®s Chin√®ls / Londi au n√Ľt: li concours d√®s soces (Lundi soir: le concours des soci√©t√©s)

(DH, 12/03/2015)

L√®s Chin√®ls √† Beograd (B√®lgr√Ęde / Belgrade)

(s.d.)

Lès Chinèls, fiérs di ièsse bèljes (Les Chinels, fiers d'être belges)

NB Ci n’ √®st nin l’ cas do comit√© do Sint-Fouyin, qu’ onore on dictate√Ľr antis√®mite, vra√ģmint hin.ne√Ľs po tos l√®s cias qu’ d√®noncenut le√Ľ misojin√ģye, le√Ľ n√®gacionisme pr√©nazi. / Ce n’est pas le cas du comit√© de la St-Feuillen, qui honore un dictateur antis√©mite, plein de haine envers ceux qui d√©noncent leur misogynie, leur n√©gationnisme pr√©nazi.¬†

li bossu (le bossu)

(One √®sp√īsicion √† Fosse, VA, 10/03/2015)¬†

NB Damadje qui l’ r√®spon’s√Ębe di l’ √īrganis√Ęcion, Jean-Pierre Romain √®-st-on p’tit fachisse. / Dommage que le responsable de l’organisation, Jean-Pierre Romain est un petit fasciste.

s√Ębradje (sabrage)

   

¬†¬†¬† 2.2 L√®s Skass√ģs / Les Echasseurs

Skass√ģs (Echasseurs) - an√©yes 1960 ? (ann√©es 1960 ?)

drapia d√®s Skass√ģs (drapeau des √©chasseurs)

l√®s Skass√ģs avou s' bater√ģye (les Echasseurs avec sa "batterie")

l√®s Skass√ģs (les Echasseurs)

    2.3 Lès Rodelindjes

rodeler¬†: causer su l’ compte d’ on-√īte: on-z-a s√Ľremint bran.mint ¬†rodel√© su m’ compte (parler sur le dos de quelqu’un d’autre)

rodelindje¬†: djin qui cause su l’ compte d√®s-√ītes (personne qui parle sur le dos d’autrui)

Lès Rodelindjes

(VA, 01/08/1988)

(VA, 1990s)

(VA, 1990s)

drapia dès Rodelindjes (drapeau des "Rot'lindjes")

lès Rodelindjes

¬†¬†¬† 2.4 √Ētes groupes / Autres groupes

les Clowns en Folie

(VA, 19/03/2012)

drapia d√®s “Clowns en Folie”

"Cl√Ęra bistouye √®t Ab√®l Z√©but' " (Clara Bistouille et Abel Z√©but)

(li londi do l√©t√Ęr√© / le lundi du laetare)

3 Musike / Musique

    3.0 Louis Canivet

Louis Canivez (/ Canivet), comp√īse√Ľ (compositeur)

A l’origine, tambours et fifres rythmaient les mouvements des Doudous et Chinels primitifs.

En 1869, Louis Canivez, alors directeur de la philharmonique fossoise composa la musique de l'”Air des Chinels”.

 

La partition se compose de quatre figures : essai, ballet, rigaudon et carnaval.

Un de ces morceaux est dit “√† surprise” en raison de l’attitude fig√©e que prennent les danseurs lors de certains passages. Plus loin, ils s’assemblent en de petits cercles, faisant claquer leurs sabres les uns contre les autres. Un autre comprendrait quelques mesures d’une ancienne composition musicale – “la Saboti√®re”. Serait-ce √† cause de cette d√©nomination qu’ils frappent vigoureusement le sol (ou le plancher d’une estrade) de leurs chaussures ou de leurs… sabots?

 

Maurice Chapelle, Li folkl√īre √† Fosse, s.d.

 

Avi√® 1869, Louwis Canivet, li Dir√®cte√Ľr d√® l’ fil√Ęrmonike fossw√®se, a scr√ģt li musike d√® l’ nov√®le danse qu’ a remplac√© li prum√ģ pas d√®s Doudous, fw√Ęrt p√®sant, d√®s rigodons djouw√©s pa d√®s sifes √®t d√®s tambours.

 

Li musike da Canivet comprind quate figures: “essai”, “bal√®t”, “rigodon” √®t “c√Ęrnav√Ęl”¬†

On passadje, li “saboti√©re” sindje li br√Ľt fa√ģt en zoublant avou d√®s chabots; on-√īte √®st dit ” √† sorpr√ģje” ca,¬† tot d’ on c√īp, li musike lauke √®t l√®s danse√Ľs,¬† s‚Äô is sont bons – √®t is l’ sont todi¬† – duvenut d’meurer su le√Ľ-z-ar√®t, come il √®stin.n dins le√Ľ d√™rin mouvemint.

Au son di √ß’ l√®dj√™re √®t spitante musike-l√† qu‚Äô a divenu l‚Äô ¬ę¬†hime nacion√Ęl¬†¬Ľ d√®s Fossw√®s, l√®s Chin√®ls dansenut, to√Ľnenut, zoub√®lenut, s’ √®com√®lenut en- entrechats √®wou-ce qui l’ l√®dj√™ret√© √®t l’ biat√© s’ mar√ģyenut avou l√®s-asbleuwichant√®s cole√Ľrs di le√Ľs moussemints.

Omadje à Louis Canivet (Hommage à Louis Canivet)

(VA, 10/03/2015)

FOSSES – Hommage au compositeur de l’air des Chinels,¬† VA 10/05/2007

Fosses rendra ce dimanche 13 mai un hommage coloré au compositeur de la marche des Chinels, Louis Canivet. Ce sera une première à Fosses. Un oubli à réparer au plus vite.

Ce dimanche, la r√©ception en l‚Äôh√ītel de ville, avec les autorit√©s, les Chinels et les pierrots musiciens, sera rehauss√©e par la pr√©sence de quelques descendants de Louis Canivet. Parmi eux, un couple d‚Äôagriculteurs de W√©pion et d‚Äôautres. Il y aurait des Canivet partout. Au terme de la c√©r√©monie, les Chinels danseront sur la place du March√© avant de faire le tour de Fosses, sans toutefois s‚Äôimposer sur les grands axes. Ils cl√ītureront cette sortie exceptionnelle √† 16h30, juste avant le d√©but du concert du jubil√© de la philharmonique.

¬†¬†¬† 3.1 A√ģrs / Airs

(2012)

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

c) Les Chinels modernes

 

L’AIR DE LA DANSE

 

La chor√©graphie et la musique ne chang√®rent qu’√† l’arriv√©e √† Fosse d’un hennuyer, Louis Canivet, qui y avait √©t√© appel√© pour diriger la soci√©t√© locale d’harmonie.

Musicien de talent, Canivet prit √† cceur la vitalit√© des cou¬≠tumes fossoises et principalement du groupe des ¬ę Chinels ¬Ľ, et c’est ainsi qu’il dota ces derniers d’un air de danse, lequel plut au point qu’il devint F ¬ę air national ¬Ľ de Fosse.

(p.38)

D√®s 1869, les rigaudons furent abandonn√©s d√©finitivement car ils ne comportaient aucune unit√© rythmique. Orchestr√©es d√©finiti¬≠vement, les danses prirent des formes nouvelles et en furent plus √©l√©gantes, plus vivantes ; tout comme les menuets, les lanciers, les r√©dovas si chers √† nos a√Įeules, elles comport√®rent des ¬ę figures ¬Ľ,

La partition de Canivet fut √©crite en quatre parties dont l’une comprendrait ‚ÄĒ nous a-t-on dit ‚ÄĒ quelques motifs d’un menuet ancien : la Saboti√®re (9), une autre est dite ¬ę √† surprise ¬Ľ car en plein entrain, les instruments s’arr√™tent subitement ce qui oblige les danseurs √†, tout-√†-coup, rester fig√©s dans la position que leur a indiqu√©e la derni√®re mesure, ou encore √† vivement former un cercle et √† croiser leurs sabres en les faisant s’entrechoquer (v. la grav. X). C’est l√† une des difficult√©s que r√©serve cet air √† nos s√©¬≠millants faiseurs d’entrechats auxquels, doit-on l’√©crire, il faut autant de bonne oreille que de sveltesse (*).

Les notes, d’embl√©e, entra√ģnent les Chinels dans une sarabande endiabl√©e, elles m√®nent leurs dextres √† dessiner de gauche ou de droite des circonvolutions gracieuses et leur encha√ģnement entra√ģne vers un impressionnant spectacle o√Ļ la gr√Ęce se m√™le √† l’all√©gresse et √† la vigueur. Puis viennent des passages sensibles qui cependant ne laissent pas de place √† la r√™verie car la couleur musicale, soulign√©e parfois par les sonorit√©s massives des tambours, fait succ√©der des d√©veloppements presque tumultueux que suivent, all√®grement aussit√īt, des √©tincelles de notes claires et cristallines, le tout, constamment, accompagn√© du cliquetis de milliers et de milliers des petits ¬ę clokins ¬Ľ (grelots) de cuivre (**).

Canivet, on peut le dire, a mis le meilleur de son talent √† √©crire les quatre parties de l’air devenu, de suite, si cher aux cŇďurs de Fosse et qui √©merveille ceux qui aiment √† se laisser prendre aux s√©¬≠ductions musicales. Sans doute, sourirait-il de fiert√©, le vieux ma√ģtre, s’il pouvait entendre sa composition s’envoler au-dessus des toits de la villette lorsque, par ses clochettes de bronze, le carillon de la coll√©giale fossoise annonce la marche de ses aiguilles (10).

 

(9)¬† ‚ÄĒ Ce passage imite d’ailleurs le bruit que l’on produit en sautillant avec des sabots.

(*) ‚ÄĒL’on s’en fera facilement une id√©e √† l’audition d‚Äôun CD.

(*) ‚ÄĒ L’extr√©mit√© des ¬ę dents de loup ¬Ľ qui enjolivent le costume du Chinel se terminant en pointe, cette pointe est garnie d’un grelot. L’on compte une moyenne de 45 grelots par costume. A remarquer : le bas des vestes et des pantalons ainsi que les collerettes aux grav. I, X et XIV.

(10) ‚ÄĒ Rappelons en passant, qu’en 1934, l’arrangement du tambour-musical de ce carillon a √©t√© r√©gl√© de ma√ģtresse fa√ßon par l’abb√© Molitor, 1’√©minent musico¬≠graphe de l’abbaye de Floreffe aid√©, dans ce patient travail, par Jules Dewez qui est devenu le carillonneur attitr√© de la ville. ‚ÄĒ L. Canivet resta ¬ę chef ¬Ľ jusqu’en 1880, mais il revint quelquefois √† Fosse et put jouir, ainsi, du triomphal succ√®s que l’on r√©servait √† son Ňďuvre¬† ; n√© √† Binche en 1837 il mourut √† Ittre au cours de l’ann√©e 1911. Son Ňďuvre comprend plus de 800 morcea’ux ; il s’√©teignit en composant.

 

L√®s Chin√®ls (p√Ęrticion : √®stra√ģt / partitition : extrait)

Su l√®s-√Ę√ģrs djouw√©s (A propos des airs jou√©s) (Jean Pi√©fort)

(in: Le Messager, 14/05/2004)

                                                              (fotos /photos BG)

(2012)

(10/05/2007)

(in: Dialogue Wallonie, 24, 2004)

musike su 45 T / musique sur 45 T: "Les Chinels de Fosses"

    3.2 Tchansons / Chansons

Lès Chinèls fosswès (François Gailly)

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

(p.48) Les Chansons

 

Entre les danses, nos anc√™tres ¬ę chinels ¬Ľ se plaisant √† la gaudriole, avaient quelques refrains qui les aidaient √†… devoir se d√©salt√©rer. La chanson qui eut le plus de succ√®s fut celle compos√©e par Fran√ßois Gailly, un fossois, cabaretier et cordonnier tout √† la fois ; elle a trait naturellement √† la sortie du groupe et est encore ¬ę √† la mode ¬Ľ.

 

L√ąS CHIN√ąLS FOSSW√ąS (*)

1887                (Les Chinels Fossois)       

 

I

Volà co lès Fosswès

Cor on c√īp en d√®route,

C’ √®st d√®s droles di cad√®ts

On c√īp qui 1′ molon s’ boudje ;

Is n’ fa√ģyenut pupont d’ bin,

On v√®t qu’ √ßa l√®s k√®k√ģye

Disp√Ľ tot-au¬† matin

Po p‚Äôlu f√© le√Ľ s√īrt√ģye.

 

Rèfrin :

Alons, tos lès Chinels,

Fioz ranch√ģ vos galzi√®nes,

C’ √®st 1′ djo√Ľ do L√©t√Ęr√© :

I faut saw√® s√Ębrer.

E√Ľch√ģz sogne, timps-in timps,

D’ l√®tch√ģ on p’tit v√®rkin :

√áa r’tchaufe l√®s-intestins

Po r’cominc√ģ 1′ l√®demwin.

 

(*) ‚ÄĒ Le texte original de cette chanson, ainsi que celui de celle qui suit, ayant disparu, diverses copies en ont √©t√© √©dit√©es ; (‚Ķ). Quelque peu averti des prosodies fran√ßaise et wallonne, le lecteur se rendra compte que le po√®te fossois n’√©galait pas W√©rotte ni autres ¬ę Moncrabeautiens ¬Ľ de son √©poque, mais l’on reconna√ģtra qu’il fit tout son possible pour mettre en valeur cette tranche folklorique de ¬ę son ¬Ľ terroir. ‚ÄĒ Jin, T√Ęje, Tid√Ęrt, Rouche-No√Ľl√Ęrd, Gousse et plus loin, Doudou. Crame, Jw√Ęrl√®te, Mor√®l, Blanc-Wiy√®t, Ne√Ľje : sobriquets ou noms de concitoyens contemporains de Fr. Gailly. ‚ÄĒ (Pour la lecture, il faut prononcer toutes les syllabes ; mais la plupart des ¬ę e ¬Ľ sont muets.)

 

II

L’ d√ģm√®gne apr√®s grand-m√®sse

Li tambour bat l’ rap√®l

Po qu’ on s‚Äô t√®gne tortos pr√®s‚Äô :

Qu‚Äô i n’ manke nin on Chin√®l !

Qu’ on waite di v√īye Goss√®t (a)

D’vant d’ cominc√ģ 1′ djo√Ľrn√©ye,

Po qu’ i n’ d√ģye nin : va-r’-z-√®

D’vant 1′ londi √† l‚Äô vi√®spr√©ye.

 

III

Dins 1′ reuwe di Vi√®tr√ģvau,

C’ √®st l√† qu’ on s’ r√®yunit,

Po danser 1′ prum√ģ saut

D’vant 1′ maj√īr An’ D√®ri.

Is passenut 1′ insp√®csion

Z√®ls de√Ľs l’ v√ģye Capitin.ne.

On djo√Ľwe on rigodon

Qu’ is dansenut co z√®ls-min.mes.

 

IV

Ariv√© su 1′ M√Ęrtchi,

On djo√Ľwe l’ a√ģr d√®s Chin√®ls.

J√©sus’ Maria D√®yi,

Quéne comèléye inte zèls :

Abanant lès bolaus,

Gripant djusqu’√† d’ssus l’pompe

√ąt sautelant d’ on plin saut

Dins 1′ reuwe d√® l‚Äô Pwate √† l’ Vau.

 

V

Li Doudou √®t 1′ v√ģye Crame,

Fi Jw√Ęrl√®te et Mor√®l v√īront

co f√© d’ le√Ľ cr√Ęne

Conte tos l√®s-√ītes Chin√®ls.

Is-auront fwat’ √† f√© :

Ci s’r√® one deure djo√Ľrn√©ye,

Dji crw√® qu’ is-auront co

Conte zèls li Blanc-Wiyot.

 

VI

√ąmon Ne√Ľje, i gn-a co

Vêlà one drole di soce.

Gn-a jusqu’√† do Congo (b)

Vinus èsprès à Fosse.

 

On l’ aprind √† danser

Disp√Ľ trw√®s quate samwin.nes

Mins quand c’ √®st po s√Ębrer,

√áa, i 1‚Äô fa√ģt bin d’ li-min.me.

 

(a)  V. à la traduction ci-après.

(b)  Du Congo  : allusion à un nommé Van Cutsem, qui avait effectivement été au Congo.

 

VII

Li londi à 1’ vièspréye,

Po-z-ach√®ver 1′ djo√Ľrn√©ye,

On passe lès-ègzamins

Po 1′ grande¬† m√®daye d’ √Ęrdjint.

L’ cia qu’ aur√® 1′ prum√ģ pris

Gangner√® onr bone djo√Ľrn√©ye

√ąt s’ passer li vinrdi

D’ aler fe s’ grande to√Ľrn√©ye (c).

 

VIII

On bossu, on chalé (d)

√áa, c’ √®-st-one fw√Ęrt b√®le cope.

Is s’ ont bin rèscontrés,

I n’ le√Ľ manke pus qu’ one hote

√ąt po vinde d√®s tchansons,

Z-√® trouver de√Ľs par√®yes,

I fauréve aler lon

Co pu lon qu’ N√®vrumont.

 

IX

Lès mimbes dè l’ Comission

Ont rindu bin dès pwin.nes

√ąt f√© d√®s r√®yunions

Tos l√®s djo√Ľs d√® l‚Äô samwin.ne

√ąt mi, dj‚Äô a fa√ģt 1′ tchanson

En tw√Ęrtchant li p’tite gote

D’vant de√Ľs-ous dins 1′ p√™lon,

Li l√®demwin d’ one ribote¬†!

 

I ¬†Voil√† encore les Fossois une fois de plus en d√©route, ce sont de joyeux drilles lorsque l’id√©e leur en prend, ils ne savent pas √™tre patients, on remarque que cela les d√©mange depuis t√īt le matin pour faire leur sortie.

(c)  Le vendredi était un jour spécialement choisi par les mendiants.

(d)¬† Bossu¬† : il s’agissait de Jules Milcamp, lequel √©tait quelque peu bossu et, de plus, avait une poitrine anormalement forte. Quant au ¬ę Chal√© ¬Ľ (le boiteux), c’√©tait D√©sir√© Puissant, dit aussi ¬ę Blanc-Pajan ¬Ľ qui, malgr√© une claudication pro¬≠nonc√©e, dansait quand m√™me.

Je dois les renseignements repris sous (b) et (c) à François Dupont, ancien Chinel, né en 1876 auquel vont à nouveau mes plus vifs remerciements et notre ad­miration pour sa mémoire extraordinaire, maintes fois par ailleurs, confirmée par de vieux textes.

 

(p.51)

Refrain : Allons tous les Chinels, faites tr√©mousser vos jambes. C’est le jour de la Laetare, il faut avoir l’occasion de sabrer. Ayez soin de temps √† autre de l√©cher (boire) un verre de p√©ket, cela r√©chauffe les intestins (cela leur donne du courage) pour recom¬≠mencer le lendemain.

II¬† Le dimanche (de ce jour) apr√®s la grand’messe, le tam¬≠bour bat le rappel, afin que tous se tiennent pr√™ts. Qu’ils ne man¬≠que aucun Chinel (et)¬† que l’on voie Gosset (personnification du ¬ę goss√®t ¬Ľ ‚ÄĒ gousset ‚ÄĒ, c’est-√†-dire : que l’on se munisse d’argent) avant de commencer la journ√©e (avant de se mettre en route) afin qu’il (le gousset, le porte-monnaie vide)¬† ne dise : retourne (chez toi, abandonne la f√™te) avant le lundi soir (avant que les festivit√©s ne prennent fin).

III Dans la rue de Vitrival, c’est l√† que l’on se r√©unit pour faire le premier pas (de danse) devant le major An’ D√®ri (rev. le renv. 19 ; major fait probablement allusion au grade du nomm√© An’ D√®ri lors des processions de Saint Feuillen). Ils font l’inspec¬≠tion eux deux, le vieux capitaine et lui (capitaine : grade d’un cer¬≠tain Florent Evrard). L’on joue un rigaudon qu’ils (les deux exa¬≠minateurs) dansent eux-m√™mes √©galement.

IV Arriv√© sur le March√©, l’on joue l’air des Chinels. J√©sus Maria D√©i¬†¬† (interjection),¬† quelle m√™l√©e entre eux¬† :¬† passant au-dessus des bornes-coch√®res, grimpant m√™me sur la pompe et (de l√†) d’un seul √©lan (ils) s’√©lancent dans la rue de la Porte Al Val.

V Le Doudou et le vieux Crame, Fi Jw√Ęrl√®te (Georlette) et Morel voudront encore cr√Ęner face √† tous les autres Chinels, (mais) ils auront √† faire √† forte partie, ce (leur) sera une dure (fa¬≠tigante) journ√©e (car) je crois qu’ils auront encore comme adver¬≠saire le blanc Wiot (rev. le renv. 17).

VI Chez Ne√Ľje (Jos. Hanicq, d√©j√† nomm√©) il existe l√† aussi un groupe bizarre (parmi lequel) il y en a un (un Chinel) venu du Congo express√©ment √† Fosse, on lui apprend √† danser depuis trois (ou) quatre semaines mais lorsqu’il s’agit de sabrer, il le fait bien de lui-m√™me.

VII Le lundi quand tombe le soir, pour terminer la journ√©e, l’on passe les examens (rev. le renv. 24) pour la grande m√©daille d’argent (√ī ironie !) ; celui qui aura le premier prix gagnera une bonne journ√©e et¬† (pourra)¬† se passer le vendredi d’aller faire sa grande tourn√©e (de mendicit√©).

VIII¬† Un bossu, un boiteux, cela fait un fort beau couple ; ils sont bien assortis,¬† il ne leur manque plus qu’une hotte…¬† et, afin de vendre des chansons, pour en trouver deux semblables, il faudrait aller (chercher loin), bien plus loin que N√©vremont (ce (p.52) lieu-dit est section de Fosse dont il est √©loign√© d’environ un kilo¬≠m√®tre et demi) (22).

IX Les membres du Comit√© se sont donn√© bien du tracas et fait des r√©unions tous les jours de la semaine… Et moi, j’ai compos√© ma chanson en buvant la ¬ę petite goutte ¬Ľ devant deux Ňďufs dans la po√™le, le lendemain d’une ribotte (petite beuverie).

Li L√©t√Ęr√© fossw√®s (Fran√ßois Gailly)

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

(p.52) Non content d’avoir lanc√© une chanson pour ses camarades, Gailly, ult√©rieurement, en composa une autre :

 

 

LI L√ČTAR√Č D’ FOSSE

(La Laetare de Fosses)

Air : A pleins verres, mes bons amis…

 

I

C’ √®-st-odjo√Ľrdu li pus bia djo√Ľ d’ l’ an√©ye ,

Tos lès Fosswès sèront co dins l’ trayin ,

Is passeront co de√Ľs-trw√®s b√®l√®s djo√Ľrn√©yes

Mins po 1′ maurdi, branmint auront 1′ balzin !

 

Rèfrin : À plins vêres, bèvans tortos,

Bèvans tortos,

C’ √®st l’ L√©t√Ęr√©, tchantans tortos √®chone

À plins vêres, bèvans tortos,

Bèvans tortos,

Po l‚Äô saut, Chin√®l, faut bw√Ęre on v√™re di trop.

 

II

Come tos l√®s-ans, li tambour bat l’ rap√®l

Po s’ rassimbler divant mon Ane D√®r√ģ,

Li comission avou tos lès Chinèls

Comincenut d’dj√† √† f√© danser l√®s p’tits.

 

III

C’ √®-st-on pla√ģji d’ l√®s v√īy tortos √®chone,

Gn-aur√® d’ qw√® r√ģre quand on vi√®r√® l’grand Yin :

I fa√ģt d√®s sauts, i vos abane on-ome

C’ √®st bin d’ as√Ęrd s‚Äô i n’ fa√ģt nin 1′ picotin.

 

IV

Dissus 1′ M√Ęrtchi, c’ √®-st-one vra√ģye com√®l√©ye ,

On p√īr√® bin prinde d√®s grandes pr√©caucions.

Princip√Ęlemint po l√®s djon.n√®s com√©res ,

√áa p√īr√©vebin ni rin amwinrner d’bon.

 

V

Montant 1′ Tchapite, on va f√© l’ to√Ľ d√® l‚Äô pompe (*)

On fa√ģt one halte, on danse on rigodon.

Vos l√®s vi√®roz ; i gn-√®nn’ a de√Ľs dins l’ nombe :

T√Ęje √®t l’ T√ģd√Ęrt, qu’ vont sauteler au pus lon.

 

VI

Pw√ģs, √† l‚Äô Goy√®te, ci s’r√® one √īte histw√™re :

C’ √®-st-on-assaut qu’ on n’ a nin co v√®yu,

Li Rouche No√Ľl√Ęrd v√īr√® f√© tant d’ afa√ģres

Mins dj’ crw√® qui 1′ Gousse l’ aur√® rade rascoudu.

 

VII

L’ londi matin, po r’cominc√ģ 1′ djo√Ľrn√©ye,

On s’ ramoncel√©ye, on laume saquants v√®rkins

Po s’m√®te en route avou 1′ ti√®sse √®stchauf√©ye,

L√®s claunes vont f√© assoti 1′ grand Ka√ģsin.

 

VIII

Dissus l’ M√Ęrtchi, li londi √† l’ vi√®spr√©ye,

Po-z-ach√®ver, on passe l√®s-√®gz√Ęmins

C’ √®st d’di√† se√Ľlemint qu’ apr√®s de√Ľs deures djo√Ľrn√©yes

Qu’ gn-aur√® qu’ √ģront trouver li f√Ęrmacyin.

 

IX

Po l’ pr√Ľmi pris, ci s’r√® one grande surpr√ģje,

Li cia qu’ l’ aur√® pout d√ģre qu’ il √®st chap√®.

I sr√® sa√ģsi, s‚Äô i n’ tcha√ģt nin dins one cr√ģje

I sr√® todi fame√Ľsemint stomak√©.

 

X

Li Blanc-Pajan avou s’ djambe tote chal√©ye

A ie√Ľ 1′ male√Ľr di pi√®de li p’tit bossu

Mins avou Deu, li cope n’ √®st nin g√Ęt√©ye

√á‚Äô a co bin st√ģ d’ as√Ęrd di r’tcha√ģr* dissus.

 

I¬† C’est aujourd’hui le plus beau jour de l’ann√©e ; tous les fossois seront encore en mouvement. Ils passeront encore deux (ou) trois belles journ√©es, mais pour le mardi, beaucoup auront la tremblotte.

Refrain ‚ÄĒ A pleins verres, buvons tous, buvons tous. C’est la Laetare, chantons tous ensemble, A pleins verres, buvons tous, buvons tous, pour le saut (la danse.,.) du Chinel, il convient de boire un verre en trop…

II¬† Comme tous les ans, le tambour bat le rappel. Pour s’assembler devant chez Anne Deri, le comit√©, avec tous les Chinels commencent d√©j√† √† faire danser les petits (les cadets).

(p.54) III C’est un plaisir de les voir rassembl√©s, il y aura de quoi rire quand l’on verra le grand Yen (Julien) ; il fait des sauts (tels) qu’il passe au-dessus d’un homme ; c’est bien le hasard, s’il ne fait pas une chute.

IV Sur le March√©, c’est une v√©ritable m√™l√©e, on pourra bien prendre de grandes pr√©cautions ; principalement pour les jeunes filles, cela pourrait n’amener rien de bon.

V¬† Montant le Chapitre, on va faire le tour de la pompe (*). L’on fait une pause, l’on danse un rigaudon. Vous les¬† (y) verrez ; il en est deux dans le nombre, T√Ęje et le Tidart, qui vont sauter au plus loin.

VI¬† Puis, √† la Goy√®te (23), ce sera autre chose : c’est un assaut inoui¬†¬† (non encore vu), le Rouche-Noulard voudra¬† faire tant de choses¬†¬† (se faire remarquer),¬† cependant je crois¬† que le Cousse le remettra vite √† sa place.

VII Le lundi matin, pour recommencer la journ√©e, l’on se rassemble, l’on boit quelques grands verres (de goutte, de p√©ket) ; pour se mettre en train avec la t√™te un peu √©chauff√©e, les gais lu¬≠rons vont importuner (litt√©r. : faire devenir fou) le grand Kaisin.

VIII¬† Sur le March√©, le lundi √† la tomb√©e du jour, pour terminer, l’on passe les examens (24). C’est de l√† seulement, qu’a¬≠pr√®s deux dures (fatigantes) journ√©es, qu’il y en aura qui iront demander un rem√®de chez le pharmacien.

IX Comme premier prix (de l’examen), ce sera une grande surprise ; celui qui l’obtiendra pourra s’estimer heureux ; il sera √©tonn√©, s’il ne tombe pas en p√Ęmoison, il sera fameusement ahuri.

X Le Blanc Pajan avec sa jambe toute claudiquante, a eu le malheur de perdre (son ami) le petit bossu. Mais avec De (Jos. Ruidant) le couple n’est pas d√©t√©rior√© ; ce fut encore un heureux hasard (pour le Blanc) de l’avoir rencontr√©.

 

(*) II est de coutume qu’au cours de l’apr√®s-midi du lundi, les Chinels vont danser sur le Chapitre autour de la pompe monumentale qui s’y trouve ; la maison du doyen se trouvant en face de cette pompe, celui-ci vient regarder les √©bats de ses concitoyens et prend plaisir √† leur offrir quelques rafra√ģchissements. Ajoutons qu’aux temps pass√©s, nulle manifestation religieuse ou autre ne se produisait sans que l’on ne f√ģt le tour de cette pompe (v. la grav. XIII).

 

(23) Goy√®te¬†¬† : mot wallon qui d√©signe un endroit o√Ļ, √† l’air libre, l’on peut puiser de l’eau. La Goy√®te se situait au bas de la rue du Postil et a donn√© son nom √† la petite place qui s’y trouve (v. √† ce sujet Aug. Lurquin, Glossaire de Fosse-lez-Namur, 1910, p. 41). Par antinomie, on emploie ¬ę p√Ľj√Ęr ¬Ľ pour un de ces endroits couverts, par exemple dans une cave.

(24) Cet examen, l’on s’en doute, √©tait une plaisanterie¬† ; il consistait √† danser devant les camarades r√©unis et celui qui paraissait le moins fatigu√© recevait une soi-disant m√©daille, en l’occurrence une rondelle de cuir, d’o√Ļ l’expression¬† ¬†: in.mer one m√®daye di c√Ľ, √™tre r√©compens√© par une chose de peu de valeur.¬† Cet examen est √† pr√©sent d√©laiss√©.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

(p.59)

√Ä TOS L√ąS CHIN√ąLS !

 

Oyi ! subtils Chin√®ls, fioz ranch√ģ vos galzi√®nes,

Dansoz todi su l’ a√ģr da Louis Canivet,

Ni l√®yoz nin ‘nn’ aler l√®s rubrikes anci√®nes !…

C‚Äô √®st vosse pla√ģji… d√ģroz ! mins c’ √®st l’ cink d’ qu√ģ vos v√®t !

Quand r’v√™r√® l’ L√©t√Ęr√© √®t qu’ on r’m√®tr√® s√®s bosses,

Qu’on s’r√® one mi√®te chifet√©s apr√®s saquants v√®rkins,

Qui l√®s ni√™rs √®feuw√©s, on f√īrm√©yer√® l√®s soces,

Tchantoz, riyoz tortos, sins sondj√ģ aus l√®demwins.

Gaiys, arsouyes, spitants, √ß’ djo√Ľ-l√†, √®chone, fioz 1′ losse :

Pintoz, zoubloz, s√Ębroz, profitez d√®s djo√Ľrn√©yes

Wo√Ļ-ce qui l’ chin√®l √®st rw√® dins nosse bia p’tit trau d’ Fosse.

 

Oyi ! à vos, djon.nias qui cominçoz à pwin.ne

Di roter come u faut mins d’ qu√ģ linwe, w√īt √®t cl√©r,

Vout d√®dj√† ramadj√ģ, sins mwin.nadj√ģ s’-t-alin.ne,.

L√®s copl√®ts d’ nos tchansons, qui le√Ľ-z-a√ģr, todi ch√©r,

Fuche riv√© dins vos ke√Ľrs ostant qu’ on li r’m√Ęrk√©ye

Dins l√®s cinks d√®s pus v√ģyes qui, rintrant dins l’ trayin,

Radjon.nichenut d’ vint‚Äô ans ou d’ vosse mame ocup√©ye

√Ä ke√Ľde vos color√®tes tot √® m√Ľsant on r’frin.

 

Oyi ! à vos surtout, lès pus ancyins dè l’ vile,

Au cink qu’ a l√®s tch‚Äôviasblancs ou… quausu pus du tout,

Au cink qui, min.me malade, ni s√©t d’m√®rer trankile,

Au cink qu’ a l’ p√ģd stw√Ęrtch√ģ mins qui s’ ¬ę ab√ģy√ģ ¬Ľ vout,

Au cink qui d’me√Ľre au lon √®t qui r’vint au payis…

Tantia aus v√®t√®rans, qu’ ont, √®co, l’ endurance

Di danser do d√ģm√®gne jusqu’√†, bin taurd, londi,

Nos tirans noss’ tchapia… √ā ! qu√© b√®le √®feuwance,

Qu√©n-amo√Ľr vos mostroz, m√®s v√ģs fr√©res walons,

Po √ß’ qu’ √®st vraimint fossw√®s !… Brav√ī ! po vosse vayance…

Qu’ on vos compte co longtimps au mitan d’ nos so√ßons !

 

A TOUS LES CHINELS

Oui, alertes chinels, faites remuer vos jambes, Dansez toujours sur l’air de Louis Canivet, Ne laissez pas se perdre les coutumes anciennes. C’est votre plaisir… dites-vous, mais c’est aussi celui de qui vous Lorsque viendra le Laetare et que l’on remettra ses bosses,¬†¬†¬†¬† [voit ! Que l’on sera un peu ¬ę √©mu ¬Ľ apr√®s quelques verres de geni√®vre, Qu’avec les nerfs enfi√©vr√©s l’on formera les groupes, Chantez, riez tous, sans songer aux lendemains. Comme vos a√Įeux et vos p√®res ont fait en leur temps, Gais, espi√®gles, avec verve, ce jour-l√†, ensemble, faites le gamin malicieux Buvez, sautez, sabrez, profitez des journ√©es¬†

Pendant lesquelles le Chinel est roi dans notre beau petit trou de Fosse.

Oui, à vous, les petits, qui commencez à peine

A marcher comme il se doit mais de qui la langue, à voix haute et claire

Veut déjà babiller, sans ménager son haleine,                    

Les couplets de nos chansons, que leur air, toujours cher.

Soit riv√© en vos cŇďurs autant qu’on le remarque

Dans ceux des plus vieux qui, rentrant dans la mêlée (des Chinels)

Rajeunissent de vingt ans ou (dans celui) de votre mère occupée

A coudre vos collerettes tout en en musant un refrain.

Oui ! à vous surtout, les plus anciens de la ville,

A celui qui a les cheveux blancs ou qui n’en a presque plus,

A celui qui, même malade, ne peut se tenir en place,

A celui qui a le pied foul√© mais qui veut s’habiller (en Chinel),

A celui qui demeure au loin et qui revient dans le terroir,

Bref, aux v√©t√©rans qui ont encore l’endurance

De danser du dimanche jusqu’√† bien tard le lundi,

Nous tirons notre chapeau… Ah ! quelle belle flamme,

Quel amour vous montrez, mes vieux frères wallons,

Pour tout ce qui est vraiment fossois ! Bravo pour votre vaillance…

Que l’on vous compte encore longtemps parmi nos amis !

Li tchanson d√®s Rodelindjes (La chanson des "Rodelindjes") (Joseph Burton) : "Aprotch√ģz l√®s mwa√ģj√®s lin.wes !"

Li tchanson dès rodelindjes

Dj√īs√®f BURTON (paroles) (1880) A. Legrain (arindjemint (arrangement))

 

1√ģ copl√®t

√ā, m√®s so√ßons, combin d’ mis√©res !

Poqw√®* faut-i vos 1′ d√ģre ?

C’ √®-st-√† cause di totes l√®s com√©res,

Dissus l’ t√™re √ßu qu’ gn-a d’ p√ģre !

√ąles volenut todi aw√® drw√®t,

√ą le√Ľ maujone, au cabar√®t.

√ąles frin.n m√®te le√Ľs cotes

Po pw√Ęrter l’ culote !

 

R√®sple√Ľ

Wa√ģ one mi√®te, su l’ tch√®r√®te,

Comint-ce qu’ on l’s-arindje

Totes lès rodelindjes !

Alans lès-omes, amwinrnez lès ! (BIS)

√áa √ģr√® mia apr√®s !¬† (BIS)

 

2e coplèt

√ąles vont byin maudi nosse toup√®t

co d’ pus nosse machine

Qu√® lze√Ľ va rabate le√Ľ cak√®t

Vola √ß’ qu√® l√®s chagrine¬†!

Mins bah ! Qu’ √®les d√ģyenuche¬† : “Qu√© male√Ľr

R√Ľjant, l√Ľjant, c’ √®st nosse bone√Ľr !

P√īve ome √† l’ ovradje,

Purdans do coradje !

 

3e coplèt 

Nos-op√®rans, ni r’crindant nin 1′ critike,

√ą publik, √® musike;

Gn-a pont d’ dandj√ģ, si po 1′ com√©re

N’s-√®stans s√©rie√Ľs comp√©res;

Nos rindans s√®rvice √® s√Ľret√©,

Nos fians tot ça pa pure bonté !

Gn-a nu crik nu crak,

On s’ ode di le√Ľs blagues !

 

4e coplèt

Enfin ! Pwisqu’ i faut-z-√® fini,

P√®rm√®toz nos d’ vos l d√ģre,

Qu’ i n vos faut nin prinde on mwa√ģs pli

Qu’ i n vos faut nin d’ trop r√ģre;

Avou 1′ baston faut l√®s triketer

Tos l√®s c√īps qu’ √®les l’ ont m√®rit√© !

Sins √ßa, c’ √®st b√®rnike, Vos s√®roz l’ bourike !

 

 

one rodelindje: = one mwa√ģje linwe

rodeler: = causer su l’ dos d√®s-√ītes

triketer: doner d√® l’ trike

 

* (v√™rsion coridj√ģye pa Roger Viroux: duvint: qui d’mande l√®s causes (√® l’ place di ‘poqw√®’: qui d’mande li but’)

 

Lès tchansons dès tch'vaus-godins (les chansons des chevaux-jupons) / foto / photo: modèle di tch'vau-godin à Folknam, 2014)

L√®s tch’vaus-godins

 

in : CommissionRoyale belge de Folklore, T9-14, 1956-1961, p.97-136

Chevaux-jupon de Wallonie

 

(p.131) NOTE TARDIVE

Une chanson dialectale anonyme intitul√©e ¬ę Li Laetare √† Fosses ¬Ľ, rest√©e in√©dite et dat√©e de 1873, que rappor¬≠te Auguste Lurquin dans son dictionnaire manuscrit du dialecte de Fosse, √©tablit l’existence et le r√īle, tr√®s int√©ressant de godins locaux :

 

Mins nos godins, n’ s√©yenut-is pus ruwer ?

I gn-a longtimps, m’ chone-t-i, qu’ is n’ s’ ont mostr√©s.

C’ √®-st-one indjince one pitite mi√®te √®rnauje,

Mins ay√®ssante : i l√®s faut po f√© l’ auje.

L√®s p’tits c√īps d’ cu qu’ tch√īkenut pa tos cast√©s

Trawenut l’ passadje po totes l√®s soci√®t√©s.

Qu√ģ √®st-√ß’ qui r’culer√©ve po qu’ les fl√®che√Ľs tirenuche ?

S’ on n’av√©ve nin, po f√© l’ police, li tch’vau,

Li vra√ģ godin qui r√Ľwe bin sins f√© mau.

 

Traduction : Mais nos chevaux-jupon, ne savent-ils plus ruer ? – Il y a longtemps, me semble-t-il, qu’ils ne se ‚ÄĘ sont plus montr√©s. ‚ÄĒ C’est une engeance un petit peu remuante, ‚ÄĒ Mais utile : on a besoin d’eux pour faire de l’aise. ‚ÄĒ Les petits coups de cul qu’ils pous¬≠sent en tous sens ‚ÄĒ Trouent le passage pour toutes les soci√©t√©s. ‚ÄĒ Qui est-ce qui reculerait pour que puis¬≠sent tirer les archers ? ‚ÄĒ Si on n’avait pas, pour faire la police, le petit cheval, ‚ÄĒ Le vrai cheval-jupon qui rue bien sans faire mal.

 

(…) L’√©rudit fossois Joseph No√ęl a retrouv√© une chanson de Fran√ßois Gailly, qu’il date de 1890 approximativement et qui s’intitule :

 

L√ąS TCH’VAUS-GODINS D’ FOSSE

 

Refrain / R√®sple√Ľ

 

Auw, l√† ! wa√ģt√ģz aus tch’vaus,

I gn-a dins l’ nombe qui sont sauvadjes !

Auw, l√† ! wa√ģt√ģz aus tch’fvaus,

Li pus storn√©, c’ √®st l’ cia da Henri Caux !

 

I

Li cia do Prèsidint,

C’ √®-st-on pur-sang alezan ;

I vos gripe su lès tiènes

√ąt su l’ tw√®t d√® l’ br√®ss√®ne ;

Li ch√®f monte on-ar√Ębe

Qu’ a d’dj√† fa√ģt d√®s casc√Ędes

Qu’ on n’ ¬†waser√©ve raconter,

Il a st√ģ trop s√®r√©.

 

II

L’artisse v√®t√®rina√ģre,

√á’ti-l√† con√®t s’-t-afa√ģre ;

Po dr√®ss√ģ on godin

I gn-a pont d’ pus malin.

Quand gn-a onk qu’ √®st r’vi√®ss√©,

Il √®st l√† po l’ singner ;

I l√ģ tch√īke on l√Ęvemint

Tot d’ s√Ľte √† l’ grin.ne di lin.

 

III

Nos-avans lès basses.,

C’ √®st d√®s-omes qu’ ont l’audace

Di monter à godin

Surtout l’ cia √® to√Ľrnant

Qui va pa-dr√ģ, pa-d’vant.

Si li tch’vau tcha√ģt su s’ cu,

C’ √®st s√Ľr on-ome pi√®rdu.

 

IV

Li grand Tit√ģ √®t Re√Ľmont,

Po n’ nin r’c√®vw√™r d’ afront,

Ont pass√© l’ insp√®csion

Divant Miyin d’ Tumion.

√áa val√©ve bin l’ pwin.ne,

Wa√ģt√ģz, c’ √®st l√®s de√Ľs min.mes :

S’ v√®gnenut √† s’ tr√®buker,

Is n’ sauront si r’l√®ver.

 

V

Li cia da Papaye

A d’dj√† fa√ģt d√®s cacayes :

D’ on seul c√īp d’p√ģd d’ si tch’vau,

A br√ģji i√Ľt c√Ęraus.

Cirile a st√ģ staur√©,

I n’ a se√Ľ si r’l√®ver,

Il a do mau dins s’ dos

Et, d’ raw√®te, on gros gn’gno.

 

VI

Onk qui n’ √®st nin √†-st-auje,

C’ √®st lip’tit Binauje,

Sinon qu’ i compte aw√®

Asto dis’ fr√©re D√®,

√ąt co li p’tit Cab√®che.

Maugré tote si-t-adrèsse,

Si li tch’vau prind l’ galop,

A r’vw√™r por li l’s-√ągalots.

 

VII

Ne√Ľje ni vout pupont d’ bosses,

Ça èst comun à Fosse,

Il in. me mia à godin,

Surtout su on roncin.

Clause è-st-avou li,

Is-auront do pla√ģji ;

√ąt si Goss√®t vout bin,

Is troteront jusqu’apr√®s-d’mwin.

 

VIII

Nos-√ītes, l√®s cl√Ęrin√®tes,

Gn-a d’dj√† d√®s v√ģy√®s p√®tes ;

Li mwins’ passe cinkante ans ;

Bw√®stiant d’ one pate di d’vant,

Il èst quausu pèlé

√ąt i n’ s√©t pus sauteler*;

Quand il a bin mindj√ģ,

Il √®st bon po s’ co√Ľtch√ģ.

 

IX

Dimwin, c’ √®st l’ carouss√®l,

C’ √®st l’ djo√Ľrn√©ye li pus b√®le,

L√®s cias qu’ auront l√®s pris

Po√Ľront bin rafr√®chi ;

I n’ le√Ľ manker√® pus rin

Qui, z√®ls, n√® l’ sauront nin.

Vos-√®nn’ √®tindroz causer

L’ maurdi apr√®- l’-din.ner.

 

Traduction :

Refrain :

Eh bien, veillez aux chevaux, ‚ÄĒ II y en a dans le nombre qui sont sauvages ! ‚ÄĒ Eh bien, veillez aux chevaux, ‚ÄĒ Le plus √©tourdi, c’est celui d’Henri Caux !

= I. Celui du Pr√©sident, ‚ÄĒ C’est un pur-sang alezan ; = II vous grimpe les c√ītes, ‚ÄĒ Et sur le toit de la brasserie ; ‚ÄĒ Le chef monte un [cheval] arabe ‚ÄĒ Qui a d√©j√† fait des cacades ‚ÄĒ Qu’on n’osait raconter, ‚ÄĒ II a √©t√© trop serr√©. = II. Le v√©t√©rinaire, ‚ÄĒ Celui-l√† conna√ģt l’af¬≠faire ; ‚ÄĒ Pour dresser un cheval-jupon, ‚ÄĒ II n’y a pas de plus malin. ‚ÄĒ Quand il y en a un qui est ren¬≠vers√©, ‚ÄĒ II est l√† pour le saigner ; ‚ÄĒ Il lui flanque un lavement ‚ÄĒ Tout de suite √† la graine de lin. = III. Nous avons les basses, ‚ÄĒ Ce sont des hommes qui ont de l’audace ‚ÄĒ De monter √† cheval-jupon ‚ÄĒ

Avec leurs instruments ; ‚ÄĒ Surtout celui en tour¬≠nant ‚ÄĒ Qui va derri√®re, qui va devant. ‚ÄĒ Si le cheval tombe sur le cul, ‚ÄĒ C’est bien s√Ľr un homme perdu. = IV. Le grand Tit√ģ [= sobriquet] et Reu-mont, ‚ÄĒ Pour ne pas recevoir d’affront, ‚ÄĒ Ont pass√© l’inspection ‚ÄĒ Devant Maximilien de Thim√©on.

‚ÄĒ Cela valait bien la peine, ‚ÄĒ Regardez, ce sont les deux m√™mes. ‚ÄĒ S’ils viennent √† tr√©bucher, ‚ÄĒ Ils ne sauront se relever. = V. Celui de Papaye [= sobri¬≠quet] ‚ÄĒ A d√©j√† fait des d√©bris : ‚ÄĒ D’un seul coup de pied de son cheval ‚ÄĒ A bris√© huit vitres. ‚ÄĒ Cyrille a √©t√© √©tendu, ‚ÄĒ II n’a pas pu se relever, ‚ÄĒ II a du mal dans le dos ‚ÄĒ Et en suppl√©ment un gros genou. = VI. Un qui n’est pas √† son aise, ‚ÄĒ C’est le petit Bien-Aise¬† [=¬† sobriquet], ‚ÄĒ Sinon qu’il compte avoir ‚ÄĒ √† ses c√īt√©s son fr√®re D√® [= sobri¬≠quet] ‚ÄĒ Et encore le petit Cab√®che [‚ÄĒ sobriquet].

‚ÄĒ¬† Malgr√© toute son adresse, ‚ÄĒ Si le cheval prend le galop, ‚ÄĒ Au revoir pour les Egalots [= lieu-dit]. = VIL Noisette [= sobriquet du meilleur danseur des Chinels] ne veut pas de bosses, ‚ÄĒ C’est commun √† Fosse, ‚ÄĒ II aime mieux [√™tre] √† cheval-jupon, ‚ÄĒ Surtout sur le cheval entier. ‚ÄĒ Clausse est avec lui,

‚ÄĒ¬† Ils auront du plaisir ; ‚ÄĒ Et si Gosset veut bien,

‚ÄĒ Ils trotteront jusqu’√† apr√®s-demain. = VIII. Nous autres, les clarinettes, ‚ÄĒ II y a d√©j√† des vieilles haridelles. ‚ÄĒ Le mien a plus de 50 ans ; ‚ÄĒ Boitant d’une patte de devant, ‚ÄĒ II est quasi pel√©, ‚ÄĒ Et il ne sait plus sauter ; ‚ÄĒ Quand il a bien mang√©, ‚ÄĒ II est bon pour se coucher.¬† = IX. Demain c’est le carrousel, ‚ÄĒ C’est la journ√©e la plus belle ; ‚ÄĒ Ceux qui auront les prix ‚ÄĒ Pourront bien payer √† boire ;

‚ÄĒ Il ne leur manquera plus rien ‚ÄĒ (Puis)qu’ils [ ?] ne le sauront pas. ‚ÄĒ Vous en entendrez causer ‚ÄĒ Le mardi apr√®s le d√ģner.

 

L’air de ce chant, peut-√™tre tir√© du r√©pertoire de Charles W√©rotte, le chansonnier f√©cond de Namur, est inconnu.

On rel√®vera, que les chevaux-jupon constituent un groupe important et que le ¬ę clou ¬Ľ de leur r√īle semble √™tre un ¬ę carrousel ¬Ľ ; qu’en outre ils mimaient des set qui rappellent les jeux de la limodje locale et du v√©t√©rinaire.

 

* (remarque tirée de la retranscription par Roger Viroux:

“Dj’ a l√®y√ģ ‘sauteler’, mins √ßa duvre√Ľve i√®sse ‘zoubler’. Ci n’ √®st nin du tout l’ min.me!”)

 

 

Lès tch’vaus-godins

 

Roger Goffaux

 

Coplèt I

V’l√† l√®s tch’vaus-godins,¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Gn-a bran.mint dès plins   !

N‚Äô fioz nin atincion, Ca adon, is r√Ľweront¬†¬† !¬†¬†

¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† R√®sple√Ľ¬† 1

√õ! Auw ! Wa√ģt√ģz aus tch’vaus !

I gn-a dins l’ binde qui sont sauvadjes

√õ! Auw ! Wa√ģt√ģz aus tch’vaus !

L√®s tch’vaus-godins

Ont sovint pus sw√® qu’ fwin !

 

Coplèt   II

Li famile Ernoux

√ą-st-ossi dins l‚Äô c√īp !

Avou le√Ľs trw√®s tch’vaus

Is vont prinde Fosses d’ assaut !¬† ¬†

¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† R√®sple√Ľ II

H√Ľ ! Hauw ! …

L√®s trw√®s mwins‚Äô do√Ľs,

C’ √®st l√®s tch’vaus d’ mon Ernoux !

 

Coplèt III

Onk¬† qu’ √®nn a on di√Ęle,

C’ √®st bin nosse v√ģy Ch√Ęle¬†¬† :

S’ i sint li scor√ģye,

I n’ ar√®te qu’ √† l’ Fol√ģye !¬† ¬†

 

R√®sple√Ľ III

√õ! Auw !…

L’ cia da Marique,

Ci n’ √®st nin one v√ģye bike !

 

Coplèt IV

Voci co l’ Samson

Dissus s’ “canasson” :

C’ √®-st-on djon.ne polin

Qui n’ pout mau d’ i√®sse d√™rin ! ¬†

 

R√®sple√Ľ IV

Û! Auw ! …

L’ cia da Alfonse

Ni wa√ģte nin o√Ļ-ce qu’ i fonce ! ¬†

Copl√®t V Onk qu’ a on bia tch’vau,

C’ √®st Roger Goffaux,

Mins po n‚Äô nin qu‚Äô r√®cule I l√ģ faut one virgule !

 

R√®sple√Ľ V √õ! Auw !… L‚Äô cia qu’ a l’ pus sw√®, C’est l’ cia da T√ģmel√®t ! (/Thimelet/) ¬†

Copl√®t VI L√®s de√Ľs fr√©res Midjot¬† (/Migeot/) Ont d√®s byin bias tch’vaus ! √á’‚Äôn’ √®st nin d√®s bourikes, Ca √ßa vint d’ mon D√®rik !¬†¬† ¬† R√®sple√Ľ VI √õ! Auw !… D√®s tch’vaus d‚Äô cwamej√ģ, √ßa tint todi su p√ģd ! ¬† Copl√®t VII Voci li p’tit Ton Dissus s‚Äô “canasson” ! Po bw√Ęre on v√®rkin, I fa√ģt come si p√Ęrin !

R√®sple√Ľ VII √õ! Auw !… Nosse binjamin, C’ √®-st-onk qui prom√®t bin ! ¬†

Copl√®t VIII Lucyin l’ √īrlodj√ģ Va co i√®sse tinky√ģ : I faur√® qu√©kef√ģye Qu’ on l’ r√®mwin.ne aus Bi√®djer√ģyes ¬†

R√®sple√Ľ VIII √õ! Auw !… On grima√ßyin, C’ √®st li tch’vau da Lu√ßyin !

 

Copl√®t IX Li cia da Camile Si lome “P√©tronile”, C’ √®-st-on bia pur sang, Qu’ √®st co assez r’muwant¬†! ¬†

R√®sple√Ľ IX √õ! Auw !… Onk qu’ √®st fw√Ęrt f√®l, C’ √®st bin l’ cia da Mich√®l ! ¬†

Copl√®t XI Ma√ģs nos tch’vaus riv’nus, Vol√† qu’ is pitenut; √áa n‚Äô va nin tot drw√®t, Quand nos pur-sangs ont sw√® ! ¬†

R√®sple√Ľ XI √õ! Auw ! Oyi, m√®s djins, Divant one e√Ľre, Dji vos l‚Äôasse√Ľre,¬†¬†¬† H√Ľ ! Hauw ! Oyi, m√®s djins, L√®s tch’vaus godins S’ront tortos au pus plin !

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

Li djo√Ľ do L√©t√Ęr√© √† Fosse (1893)

 

(Tchivaus-godins)

 

RIFRIN

I√Ľ! Au!,

Wa√ģt√ģ aus¬† tch’vaus,

Is d’v√®gnenut v√ģys,

Gn-a pus d’ one qui bw√®st√ģye

I√Ľ! Au!,

Wa√ģt√ģ aus¬† tch’vaus,

Cl√©me ach√®te l√®s stropy√ģs

po r’vinde √† Cabouye.

 

1√ģ Copl√®t

Li cia da Col√Ęrt,

C’ √®-st-ton v√ģy trot√Ęrd.

Vos n’ vi√®roz nin

Par√®y √† l’ fw√™re dimwin.

On bon v√ģy roncin,

Paujêre dins lès djins.

S’ i vind si tch’vau lond,

I frè bibide maurdi.     (Refrain.)

 

2

Li cia do blanc Pajan,

On roncin alemand.

Qu’ a st√ģ tot c√Ęss√©,¬†¬† ,

√ąt qu’ √®st d’m√®r√© chal√©.

Ma√ģs quand c’ √®st po sauteler,

Gn-a co pont √† l’ p√®ter.

Il a co, po l’ momint,

One cavale à polin.       (Refrain).

 

3

Nan.nan a vindu s’-t-Holand√®s,

Po-z-‘acheter on-√ārdinw√®s.

Vive l√®s tch’vaus d’ payis,

C’√®st Daman√®t qu’ l’ a dit.

Il √® va r’prinde on nw√Ęr,

√ąt aler bate s’ i vous bw√Ęre.

√Ä Cabouye, i l’ mwin.ner√®,

Po fé dès vitoulèts.     (Refrain).

 

4

Nos-avans pa-d’vant,

De√Ľs polins d’ de√Ľs-ans.

C√®s-l√†, di-st-i, l’ blanc,

C’ √®st d√®s cl√©mes pur-sang.

De√Ľs roncins par√®ys,

Gn-a one pouliche come zèls.

D’ on p’tit crw√®semint,

D’ one cavale d’ au H√īt-Vint.¬†¬†¬† (Refrain).

 

5.

Z√ģr√© vous monter √† tch’vaus,

C’ √®-st-one cavale qu’ i l√ģ faut.

I n’ vout nin on roncin,

C’ √®st riskant dins l√®s djins.

C’ √®nn’ √®st cor on drole,

Et si s’ cavale tchivol,

Li blanc qui s√Ľt padr√ģ,

L’ aur√® vite rapauji.¬†¬†¬†¬†¬† (Refrain).

 

4 Scr√ģjadjes / Litt√©rature

Véronique Henrard

 

R√ąSCONTE

 

√áa s’ a pass√© au L√©t√Ęr√©;

Dji n’ ave√Ľve jama√ģs v√®yu √ßa :

Dès Chinèls, tot endimanchés,

Avou d√®s plumes √† le√Ľ tchapia !

 

Il √®stin.n auto√Ľ do kiyosse

Avou le√Ľ s√Ębe √®t le√Ľs ch√ģl√®tes

Po danser come one binde di losses,

Tot s√Ębrant l√®s v√ģy√®s tchaw√®tes !

 

Il √®ste√Ľve rodje come on cokia

√ąt por mi, c’ √®ste√Ľve li pus bia !

I m’ a r’wa√ģt√ģ, i m’ a s√Ębr√©,

Pw√ģs i m’ a apic√ģ pau br√®s !

 

On-z-a dansé, on-z-a tchanté,

Br√®f, on-z-a fi√®st√© 1′ L√©t√Ęr√©.

On v√ģy Chin√®l, qui v√®ye√Ľve cl√©r,

Passe pa-d’vant nos avou 1′ nota√ģre :

“Riwa√ģt√ģz bin l√®s de√Ľs so√ßons !,

Di-st-i Vervotte, d’ one a√ģr √Ęrsouye,

“L’ an√©ye qui vint, is s’ m√Ęr√ģyeront,

Ou bin, dj’ a d√® 1′ djote dins m√®s-ouys¬†¬† !”

 

√áa s’ a pass√© come i l’ a dit¬†¬† :

On-an apr√®s, on s’a mari√©¬†¬† !

√ąt odjo√Ľrdu, au L√©t√Ęr√©,

Quand on vèt rèche tos lès Fosswès,

Dji n’ mwin.ne pus on Chinèl, mins trwès   !

 

 

losse = ar√®dj√ģ; dislach√ģ one chil√®te¬† = on¬† g√Ęrlot; li¬† tchaw√®te = li b√®rd√®laude r√®che = aler √† l’ uch

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

¬†(p.59) √Ä TOS LES CHIN√ąLS !

 

Oyi ! subtils Chin√®ls, fioz ranch√ģ vos galzi√®nes, (= jambes)

Dansoz todi su l’ a√ģr da Louis Canivet,

Ni l√®yoz nin ‘nn’ aler l√®s rubrikes anci√®nes !…

C’ √®st vosse pla√ģji… d√ģroz ! mins c’ √®st l’ cink qui vos v√®t !

Quand l’ L√©t√Ęr√© r’v√™r√® √®t qu’ on r’m√®tr√® s√®s bosses

Qu’ on s’r√® one mi√®te chifet√©s apr√®s saquants v√®rkins,

Qui l√®s ni√™rs √®feuw√©s, on f√īrm√©yer√® l√®s soces

Tchantoz, riyoz tortos, sins sondj√ģ aus l√®d’mwins.

Ga√ģys, √Ęrsouyes, spitants, √ß’ djo√Ľ-l√†, √®chone, fioz 1′ losse :

Pintoz, zoubloz, sabroz, profitez d√®s djo√Ľrn√©yes

Wo√Ļ-ce qui l’ chin√®l √®st rw√® dins nosse bia p’tit trau d’ Fosse.

 

Oyi ! à vos, djon.nias qui comincenut à pwin.ne

Di roter come u faut mins qui l’ linwe, w√īt √®t cl√©r,

Vout d√®dj√† ramadj√ģ, sins mwin.nadj√ģ s’-t-alin.ne,

L√®s copl√®ts d’ nos tchansons, qui le√Ľ-z-a√ģr, todi ch√©rs,

Fuche riv√© dins vos ke√Ľrs ostant qu’ on li r’m√Ęrk√©ye

Dins l√®s cinks d√®s pus v√ģyes qui, rintrant dins l’ trayin

Radjon.nichenut d’ vint’ ans, ou, d’ vosse mame ocup√©ye

√Ä ke√Ľde vos color√®tes tot √® m√Ľsant on r’frin.

 

Oyi ! √† vos surtout, l√®s pus ancyins d√® l’ vile,

Au cink qu’ a l√®s blancs tch’vias ou… quausu pus du tout,

Au cink qui min.me malade ni s√©t d’m√®rer trankile,

Au cink qu’ a l’ p√ģd stw√Ęrtch√ģ mins qui s’ ¬ę ab√ģy√ģ ¬Ľ vout,

Au cink qui d’me√Ľre au long √®t qui r’vint au payis…

Tantia aus v√®t√®rans, qu’ ont, √®co, l’ endurance

Di danser do d√ģm√®gne jusqu’√†, bin taurd, londi,

Nos tirans nosse tchapia… Ah ! qu√© b√®le √®feuwance,

Qu√©n’ amo√Ľr vos mostroz, m√®s v√ģs fr√©res walons,

Po √ß’ qu’ √®st vra√ģmint Fossw√®s !… Brav√ī ! po vosse vayance…

Qu’ on vos compte co longtimp au mitan d’ nos so√ßons !

 

 

A TOUS LES CHINELS

Oui, alertes chinels, faites remuer vos jambes,

Dansez toujours sur l’air de Louis Canivet,

Ne laissez pas se perdre les coutumes anciennes.

C’est votre plaisir… dites-vous, mais c’est aussi celui de qui vous voit!

Lorsque viendra le Laetare et que l’on remettra ses bosses,¬†¬†

Que l’on sera un peu ¬ę √©mu ¬Ľ apr√®s quelques verres de geni√®vre,

Qu’avec les nerfs enfi√©vr√©s l’on formera les groupes,

Chantez, riez tous, sans songer aux lendemains.

Comme vos a√Įeux et vos p√®res ont fait en leur temps,

Gais, espiègles, avec verve, ce jour-là, ensemble, faites le gamin

Buvez, sautez, sabrez, profitez des journées                   

Pendant lesquelles le Chinel est roi dans notre beau petit trou de Fosse.

Oui, à vous, les petits, qui commencez à peine

A marcher comme il se doit mais de qui la langue, à voix haute et claire

Veut déjà babiller , sans ménager son haleine,                    

Les couplets de nos chansons, que leur air, toujours cher,

Soit riv√© en vos cŇďurs autant qu’on le remarque

Dans ceux des plus vieux qui, rentrant dans la mêlée (des Chinels)

Rajeunissent de vingt ans ou (dans celui) de votre mère occupée

A coudre vos collerettes tout en en musant un refrain.

Oui ! à vous surtout, les plus anciens de la ville,

A celui qui a les cheveux blancs ou qui n’en a presque plus,

A celui qui, même malade, ne peut se tenir en place,

A celui qui a le pied foul√© mais qui veut s’habiller (en Chinel),

A celui qui demeure au loin et qui revient dans le terroir,

Bref, aux v√©t√©rans qui ont encore l’endurance

De danser du dimanche jusqu’√† bien tard le lundi,

Nous tirons notre chapeau… Ah ! quelle belle flamme,

Quel amour vous montrez, mes vieux frères wallons,

Pour tout ce qui est vraiment fossois ! Bravo pour votre vaillance…

Que l’on vous compte encore longtemps parmi nos amis !

 

 

5 Varia

Li l√©jende d√®s de√Ľs bossus (la l√©gende des deux bossus)

(in: Légendes de Belgique, s.d.)

Lès Chinèls à l' ètranjer

(anim√Ęcion au H√īme Dejaifve) (03/03/2008)

r√©dacsion en 2e prima√ģre (scole do Banbw√®s) (r√©daction en 2e primaire (√©cole de Bambois)) (1967)

"Aux Chinels"

(in: Le Messager, 03/03/1989)

"Les Chinels de Fosses" (Oscar Delerck)

(in: Jacques Toussaint, /Dinanderie/, éd. p.307)

"Le Chinel"

(Clémentine Buchet, in: VA, 30/01/2014)

timbe avou dès Chinèls (timbre avec des Chinels)

Claudia Viroux (2e prima√ģre) (scole do Banbw√®s) (2e primaire) (√©cole de Bambois)

plake-tot-se√Ľ (autocollant)

Claude Mignon, Chinels de Fosses (Regare, Muséye / Musée)

Chinèls (Regare)

(Binche, “Mus√©e international du masque”, √®sp√īsicion / exposition)

L√®s Chin√®ls √† Osaka (√®sp√īsicion mondi√Ęle) en 1970

Jules Gillain - La Danse des Chinels

Jeanne Fr√©rard : Au L√©t√Ęr√©

(2010) Monique Dinand

                                                            (foto / photo: Kri)

"CD Musique des Chinels" (Alain Crépin)

Li To√Ľ d√®s Chin√®ls (Le Tour des Chinels)

Le circuit des Chinels. (Plan)

1 Quitter l’entr√©e du lac et emprunter sur 400 m la rue de la Plage. S’engager √† gauche dans le sentier pour arriver √† l’ancien Moulin de la Bocame.

2 Prendre √† droite et remonter la rue Neuve. Continuer √† gauche vers le hameau de Haut-Vent. S’engager vers la gauche et descendre la rue pentue des Forges. Rejoindre le pont du chemin de fer. Devant celui-ci, tourner √† droite et rejoindre la gare puis la route Charleroi-Namur (travers√©e dangereuse).

3 Se diriger tout droit vers le Ch√Ęteau du Ch√™ne et poursuivre la route bitum√©e. Rejoindre la vall√©e du ruisseau de Fosses. Puis prendre √† gauche, longer la rivi√®re un court moment jusqu’au Bossu Pont. Le traverser, prendre √† droite. Remonter la ruelle du Grand Gau jusqu’√† la route de Tamines (travers√©e dangereuse).

4 Rejoindre, en face, la ferme de Doumont et longer la propri√©t√© jusqu’au chemin de terre sur la droite. Emprunter celui-ci √† travers champs jusqu’√† la route Fosses-Frani√®re au lieu dit le Beno√ģt (ou Bonoi). Prendre √† droite sur 200 m et s’engager alors sur la gauche dans la dr√®ve caract√©ristique appel√©e Chemin de St Feuillen. Parcourir la dr√®ve puis prendre √† gauche et suivre √† travers champs pour rejoindre la Ferme de la Folie que vous apercevez sur votre droite.

5 Point de jonction avec le circuit des Amis de Sart-St-Laurent. Contourner la ferme et redescendre vers Fosses (vaste panorama). Tourner √† droite imm√©diatement apr√®s la premi√®re maison rencontr√©e sur la gauche (petite entreprise). Suivre le sentier √©troit jusqu’√† la rue Ste-Brigide. A cet endroit, remonter quelques m√®tres et s’engager vers la gauche sous la dr√®ve des marronniers conduisant au Home Dejaifve. Avant la Chapelle Ste-Brigide, tourner √† gauche, longer le vieux mur et s’engager toujours √† gauche sur une sente √† travers bois. La suivre pour rejoindre la rue Ste- Brigide. Continuer √† descendre et rejoindre la Place du March√© par la rue AI Val en laissant √† votre droite le Square Chabot.

6 Au pied de l’H√ītel de ville, tourner √† gauche, rejoindre la Coll√©giale St-Feuillen. Face au “Petit Chap√ģtre”, parcourir les nombreuses ruelles de Fosses: la ruelle du Ch√Ęteau, puis celle des Brasseurs et ensuite l’impasse conduisant √† la rue Victor Roisin Enfin, la ruelle d’une Personne et la ruelle des Remparts pour aboutir aux “Quatre Bras”.

7 Traverser aux feux, emprunter le sentier entre la banque et la pompe à essences. Rejoindre la rue du Moulin, longer un court instant le ruisseau de Fosses (le Moulin du Joncquoy) et remonter à gauche la rue des Bergeries.

8 Emprunter, en face, la rue de la Petite Couture et prendre √† droite la rue du Herdal. Tourner √† droite dans la rue du Tisserand (Reuwe do T√®cheu). Parcourir celle-ci et prendre √† gauche la rue du Ch√Ęteau d’Eau. Au Ch√Ęteau d’Eau, prendre √† droite la rue de Stierlinsart. Passer devant les bureaux de l’IDEF (maisons solaires) puis rejoindre le lac en tournant √† gauche.

Plan

Vitraus (g√Ęre di Nameur) (Vitraux (gare de Namur))

(foto / photo: Laeticia Vedovato)

Fle√Ľru - cavalc√Ęde (Fleurus - cavalcade)

(in: André-Gérard Krupa, Nadine Dubois-Maquet, Françoise Lempereur, Musée de la Vie Wallonne, Crédit Communal, s.d.)

(s.r.)

ètèremint da Claude Lainé (enterrement de Claude Lainé) ("Les Clowns en Folie")

(s.d.)