Li L√©t√Ęr√© √† Fosse: on folkl√īre b√®lje walon / Le (/ la) Laetare √† Fosses-la-Ville: un folklore belge wallon

0 Introdw√ģjadje / Introduction

¬†¬†¬† 0.0 J√®n√®r√Ęlit√©s / G√©n√©ralit√©s

    0.1 Orijine / Origine

¬†¬†¬† 0.2 Souven√ģrs / Souvenirs

 

1 Li Chinèl / Le Chinel

    1.1 Costume èt matériél / Costume et matériel

¬†¬†¬† 1.2 Fie√Ľs / Fabricants

 

2 Cortêje

    2.1 Lès Chinèls / Les Chinels

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† 2.1.0 Pr√©sint√Ęcion / Pr√©sentation (statuts; d√©roulement)

          2.1.1 Lès Doudous

          2.1.2 Lès Chinèls

¬†¬†¬† 2.2 L√®s Skass√ģs / Les Echasseurs

    2.3 Lès Rodelindjes

¬†¬†¬† 2.4 √Ētes groupes / Autres groupes

 

3 Musike / Musique

    3.0 Louis Canivet

¬†¬†¬† 3.1 A√ģrs / Airs

    3.2 Tchansons / Chansons

 

4 Scr√ģjadjes / Litt√©rature

 

5 Varia

 

1 Introdw√ģjadje / Introduction

1.1 J√®n√®r√Ęlit√©s / G√©n√©ralit√©s

 

En souvenir d’un ancien membre de la famille, L√©on Lain√© (√©poux de Madeleine Viroux, d’une vieille famille fossoise (d√©j√† au 16e s.)), qui nous recevait chaque Laetare dans sa petite maison de la Place du Chapitre). L√®s boun√®s tautes da L√®yon √®t Madelin.ne!

En souvenir aussi de Raymond Vervotte, aussi un membre de la famille.

in: Le folklore au pays de Namur, Guide-programme de l’exposition de folklore et d’industries anciennes, A.R. de Namur, 1930, p.23

 

A Fosses, c’est la l√©gendaire sortie des ¬ę Chinels ¬Ľ. Tous les par¬≠ticipants costum√©s en polichinelle, dansent au son d’une musique ryth¬≠m√©e qui, parfois, cesse brusquement ; alors tout le monde doit s’immo¬≠biliser dans la position, l’attitude du moment ; apr√®s un temps, la musique reprend avec la danse.

C’est √† Fosses √©galement que nous trouvons la coutume du ¬ę sabrage des filles ¬Ľ: chaque masque circule, arm√© d’un grand sabre de bois, qu’il glisse sous les pieds des jeunes √Ľlles, les obligeant √† sauter…

 

in: Jean Romain, Fosses, son passé, son folklore, 1949

 

LES CHINELS

 

La Laetare √† Fosses attire la grande foule, car nos s√©millants Chinels sont uniques. Il y a, ici aussi, une l√©gende : deux bossus all√®¬≠rent trouver les f√©es ¬ę au ch√™ne du pont de l’Allou ¬Ľ mais, tandis que l’un, bon et charitable, voyait sa bosse dispara√ģtre, l’autre, dur et avare, en voyait pousser une deuxi√®me devant. Les gens de Fosses, dont l’esprit frondeur est bien connu, se costum√®rent avec deux bosses. Mais les Chinels sont, plus probablement, une d√©formation du Poli¬≠chinelle de la Com√©die italienne. Le costume, d’abord simple et sans recherche, s’am√©liora et peu √† peu le satin et le velours remplac√®rent la toile grossi√®re ; de l√©gers grelots prirent la place des sonnailles de la ceinture, d√®s espadrilles supplant√®rent les sabots et le bicorne¬† r√©duisit ses dimensions de buse. Enfin, les bosses s’effil√®rent, gagnant en longueur ce qu’elles perdaient en √©paisseur. En m√™me temps, on abandonnait les tambours et les fifres pour une musique alerte, l√©g√®re et entra√ģnante qui donnait √† la danse 4 figures pittoresques et vari√©es. Dans le chatoyement des satins de couleurs, dans les tintements des grelots, brandissant un sabre de bois recourb√© en cimeterre, nos Chinels emport√®rent toujours tous les suffrages aux concours des carnavals. S’ils n’ont pas les belles plumes des Gilles de Binche, leur costume est plus riche et leur danse incomparablement plus agr√©able, plus l√©g√®re, plus vivante, plus gracieuse.

 

Les Chinèls (les Chinels / de Chinels)

(in: VEGE, T1, p.96-99)

Lès Chinèls di Fosse

(in: Carnaval en Wallonie, exposition, Ville de Binche, 1962)

Li L√©t√Ęr√© √† Fosse (Le Laetare √† Fosses-la-Ville)

(in : Fosses-la-Ville, Guide touristique, 1981)

L√©t√Ęr√©, Chin√®l, chin√®ler√ģye

(in: Auguste Lurquin, Dictionnaire du wallon de Fosses, s.d. (6000 p. manuscrites !))

Li cavalc√Ęde d√®s Chin√®ls √† Tch√®sl√®t (La cavalcade des Chinels √† Ch√Ętelet)

(in: La Nation Belge, 28/03/192(…))

L√®s Chin√®ls, drole di bossus (Les Chinels, dr√īles de bossus)

(in: Dialogue Wallonie, 24, 2004)

 

0.1 Orijine / Origine

in¬†: Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956, p.31

 

a) Du Maccus romain au Polichinelle

 

Si le folklore a quelquefois pour bases des contes l√©gendaires, il repose souvent sur des faits historiques ; c’est ainsi qu’en ce qui concerne les douclous et les ch√ģnels l’on est en mesure d’en re¬≠constituer les origines r√©elles et le processus de leurs transforma¬≠tions.

Les difformit√©s humaines, de tout temps et en tous lieux, loin d’attirer !a commis√©ration ont √©t√© des sujets de moquerie et de debout ; l’on en trouve la preuve dans les statues de l’Inde an¬≠cienne, de la Chald√©e, de la pharaonique Egypte et de l’Hellade primitive ; les divinit√©s mauvaises, elles m√™mes, n’ont pas √©chapp√© √† cette r√®gle et leurs repr√©sentations ont des formes pour le moins outrageantes ; des jouets √©galement, datant du s√©jour des Juifs sur les bords du Nil, ont, eux aussi, des contours hors-nature.

De la statuaire, ces anomalies corporelles furent introduites au th√©√Ętre dans des pi√®ces (r√©serv√©es exclusivement aux hommes) qui ressemblaient √† nos actuelles com√©dies, au cours desquelles les dieux n’√©taient, dit Alexis Pierron (*), pas exempts de satires ; elles tiraient leur trame de scandales √©voqu√©s avec une critique acerbe et impitoyable, accompagn√©e d’un compos√© d’ordure, d obsc√©nit√©, de bon sens, de folie, de v√©rit√© et de mensonges.

Un des personnages principaux de ces sc√®nes immorales re¬≠pr√©sentait un malheureux difforme dont l’intellect √©tait si pauvre qu’il personnifiait l’imb√©cillit√©.

De Gr√®ce, ce type d’acteur qui semblait tortur√© dans sa chair passa √† Rome et changea de caract√©ristiques : tout en conservant son aspect hideux il devint plaisant et comique tout √† la fois ; son nom, d’origine osque : ¬ę Maccus ¬Ľ, d√©signait d’ailleurs un bouffon, sans cependant avoir le sens p√©joratif que le fran√ßais implique √† ce terme, devenu synonyme de ¬ę sans civilit√© ¬Ľ.

Commun√©ment le maccus latin entrait en sc√®ne tel qu’un √™tre portant une bosse dorsale et une poitrine d√©mesur√©ment pro√©mi¬≠nente, un nez en bec d’aigle, cl√© petites boules de mati√®re dure aux commissures des l√®vres, ayant le mollet sur le devant du tibia, une

 

 

(*) ‚ÄĒ V. son Hist. de la Litt√©rature Grecque, 3e √©dition, p. 317 et ss.

 

(p.32) toge trop courte et pendant de gaingois avec, quelquefois, une courroie serr√©e aux reins. Cet histrion ¬ę brillait ¬Ľ dans les ¬ę atel-lanes ¬Ľ, com√©dies de fort bas √©tage, qui eurent n√©anmoins une grande vogue dans la p√©ninsule italienne.

Une statue antique (v. grav. III), trouv√©e en 1757 au Mont Aquilin (Rome), confirme ce qu’ont √©crit Lucius Apuleius ‚ÄĒ Apu¬≠l√©e ‚ÄĒ dans son Apologie (fin du Ille s. ap. J.-C.), Diom√®de dans : de Oradione et partibus orationis…, au livre VIII, et Lampridius dans : Histori√©e Augustae Scriptores au chapitre XLII du livre consacr√© √† Alexandre S√©v√®re (ces deux derniers auteurs floris-saient au IVe si√®cle ap. J.-C.).

Au cours des √Ęges l’accoutrement du Maccus se transforma et son nom m√™me changea ; l’acteur porta le large pantalon et fut d√©sign√© sous le terme de ¬ę Pullicenus ¬Ľ ‚ÄĒ le poulet ‚ÄĒ ; sans doute le nez postiche recourb√© en forme de bec, conserv√© pendant des si√®cles, fut-il √† l’origine de ce qualificatif-sobriquet (v. grav. IV).

Le r√®gne du paganisme ayant disparu, les atellanes n’en con¬≠tinu√®rent pas moins √† rester fort en vogue, le pullicenus y figurait toujours mais dut s’effacer pourtant lorsque le public donna ses faveurs aux ¬ę saints ¬Ľ pr√©sent√©s dans les ¬ę Myst√®res ¬Ľ du Moyen-Age.

Lorsque, √† la fin du XVIIe si√®cle, les myst√®res c√©d√®rent √† leur tour le pas √† la renaissance du v√©ritable th√©√Ętre ; le pullicenus revint sur les planches sous le nom de ¬ę Pulcinella ¬Ľ (grav.V) (1). Au pulcinella bouffon l’on adjoignit le pulcinella lourdeau et stu-pide ; ces personnages, italiens jusqu’alors, pass√®rent les Alpes et se produisirent d√®s avant 1685 √† la ¬ę Com√©die italienne ¬Ľ de Paris ; son nom fut francis√© en ¬ę polichinelle ¬Ľ et son caract√®re conven¬≠tionnel transform√© ; le premier polichinelle de la sc√®ne fran√ßaise fut un certain Michel-Ange da Fracassano et il en tint le r√īle jusqu’en l’an 1697, date de la fermeture de cette salle de spectacle (2).

C’est du ¬ę pulcinella ‚ÄĒ polichinelle fran√ßais ¬Ľ que nous vint le costume quelque peu modifi√© du doudou.

(1) ‚ÄĒ Pulcinella¬†¬† : prononcer poulkinella.

‚ÄĒ La Com√©die Italienne, install√©e √† cette √©poque dans l’H√ītel de Bour¬≠
gogne, fut ferm√©e par ordre royal apr√®s une repr√©sentation d’une pi√®ce satirique dans laquelle √©tait moqu√©e Madame de Maintenon. L’on peut donc croire Isi Collin¬† (que cite Maur. Piron dans son ¬ę Tchantchh en son √©volution dans la tradition li√©geoise ¬Ľ p. 47) quand il assure que ¬ę Pulcinella fut cr√©√© par le peuple pour se moquer des princes ¬Ľ¬† (Journal de Li√®ge, 5 oct. 1912).

 

(p.33) En France, l’habillement du polichinelle se transforma et, √† une date que l’on ne peut pr√©ciser avec certitude, il devint le costume du polichinelle actuel mais l’acteur garda le type que ses pr√©d√©¬≠cesseurs de la Com√©die Italienne de Paris avaient cr√©√©. Repr√©¬≠sentant le gouailleur et le fanfaron, contrefaisant quelquefois l’ivrogne, jouant de la ¬ę batte ¬Ľ ‚ÄĒ l’on dit aussi : ¬ę latte ¬Ľ ‚ÄĒ comme arlequin avec insolence lorsque son r√īle le lui commandait. Il plut beaucoup aux foules et principalement dans des parodies d’op√©ras (3). Plus tard, des marionnettes de Fran√ßois-Xavier Gil-lot (1673-1722), furent habill√©es comme ¬ę polichinelle ¬Ľ… c’est d’elles que naquirent les jouets articul√©s qui en sont l’imitation (v. grav. VI).

De France, Polichinelle-marionnette passa en Wallonie ; il s’y transforma compl√®tement (costume et caract√®re) pour personnifier l’esprit droit et √©pris de libert√© des Li√©geois ; il devint le populaire ¬ę Tchantch√®t ¬Ľ le redresseur de torts, l’homme aux r√©pliques aussi subtiles que sont √† craindre ses coups de t√™te quand il devient ba¬≠tailleur, dont le langage est savoureux et qui porte souvent la cas¬≠quette de soie noire, √† fond hautement relev√©, avec au cou le grand mouchoir rouge √† pois blancs, si chers √† nos grands-p√®res.

Nous croyons devoir √©crire en passant que le Mus√©e de la Vie Wallonne poss√®de une des plus belles collections de Marionnettes et de ¬ę Tchantch√®s ¬Ľ qui se puisse voir (4) et qu’√† Bruxelles, le nom populaire de ces petits acteurs articul√©s se traduit sous le nom g√©n√©rique de ¬ę pouchenelles ¬Ľ.

Dans le cadre, forc√©ment restreint, de la pr√©sente √©tude, il ne nous sera pas permis de nous √©tendre jusqu’aux ¬ę cousins germains ¬Ľ de ceux qui nous occupent ; nous laisserons de c√īt√©, mais en les citant cependant, le fameux ¬ę Punch ¬Ľ anglais qui diff√®re autant du polichinelle fran√ßais que celui-ci de son lointain anc√™tre romain car c’est un parfait √©go√Įste ou un sanguinaire. Pas plus nous pen¬≠cherons-nous sur le ¬ę Pendj ¬Ľ persan, dont le nom, qui signifie

 

(3) ‚ÄĒ¬† Citons en autres Polichinelle Amadis,¬† Polichinelle Atys, Polichinelle Perses, Polichinelle Gros Jean, qui tourn√®rent successivement en ridicule les op√©ras Amadis, Atys, Pers√©e et Roland de Philippe Quinault (1635-1688) ; le H√©ros de la Quenouille ou Polichinelle Aid√©e qui parodiait l’Omphale de Lamotte-Houdard (1672-1731), et Polichinelle, comte de Panfi√®re qui parodiait a com√©die ¬ę Le Gorieux ¬Ľ qu’avait sign√©e Largili√®re.

(4) ‚ÄĒ Ce mus√©e, confi√© aux soins √©rudit, P. Andr√©, est situ√© 136 rue F√©ronstr√©e √† Li√®ge. Petits et grands peuvent assister aux spectacles de marionnettes qui ont lieu le dimanche √† 10 heures 30, et le jeudi √† 14 heures 30, du 15 d√©cembre jusqu’√† P√Ęques.

 

(p.34) ¬ę cinq ¬Ľ, a servi peut-√™tre de parrain au ¬ę punch ¬Ľ d’Outre-Manche, √† moins que ce dernier ait des attaches avec le ¬ę Panch ¬Ľ hindous-tani (qui a le m√™me sens) et qui √©taient tous deux l’un des cinq artistes d’un genre de com√©die.

Polichinelle a encore des ¬ę parents ¬Ľ sur les tr√©teaux flamands, en Hollande notamment, o√Ļ on le conna√ģt sous le nom de ¬ę Ton√ßel-gek ¬Ľ. Entr√© en Allemagne, le descendant du Maccus fut √©clips√© par ¬ę Arlequin1 ¬Ľ germanis√© en ¬ę Hanswurst ¬Ľ ; il en fut de m√™me en Angleterre o√Ļ Arlequin est connu, lui, sous l’appellation de ¬ę Jack-pudding ¬Ľ (*)

Notre h√©ros ayant fait la renomm√©e de nombreuses sc√®nes, les graveurs ne pouvaient d√©laisser Polichinelle et une de leurs Ňďuvres les plus anciennes a paru dans un calendrier bijou dat√© de 1787. Fort minuscule (0,03 x 0,025), nous avons jug√© bon de la faire reproduire agrandie (v. la grav. VII). C’est une v√©ritable aquarelle h√©las ! un peu ternie par le temps, formant l’en-t√™te du mois de f√©vrier, sortie de l’atelier d’un nomm√© ¬ę Jubert, Ma√ģtre Relieur et Doreur, rue Saint-Jacques vis-√†-vis des Mathurins ¬Ľ √† Paris. Ce Polichinelle porte un pantalon bleu-ciel, la veste amarante et des sabots ; des bosses, adapt√©es comme celles de nos contemporains, la post√©rieure seule r√©unit les deux couleurs susdites, la collerette couvrant les √©paules est blanche (comme de nos jours encore). Le chapeau qui est haut et de forme ronde, ressemble √† celui de la gravure IV. A la ceinture pend une latte longue et mince. Le pantalon s’arr√™te au genou, sans aucune ornementation, mais √† c√īt√© de Polichinelle se trouve un autre travesti portant, lui, un pantalon descendant plus bas que le genou et dont les extr√©mit√©s sont garnies de dents de loup telles que l’on en voit dans les costumes actuels (v. grav. VII).

Cette ¬ę relique ¬Ľ appartient √† M. H. Colson, de Fosse, qui a bien voulu nous la communiquer, ce dont nous le remercions √† nouveau.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

 (p.34) Doudous et Chinels primitifs

 

Selon le langage de notre r√©gion, l’√©tymologie du mot ¬ę doudou ¬Ľ n’est gu√®re ais√©e √† expliquer. Aucun texte fossois ancien n’en fait mention officiellement.

 

(p.35) Il est tr√®s plausible que l’on puisse voir dans ce terme une abr√©viation de doublentin, qui, dans le vieux fran√ßais, signifiait : double (double bosse).

Peut-√™tre aussi, un linguiste pourrait-il faire d√©river doudou du redoublement, avec prononciation fautive du mot ¬ę dours ¬Ľ (dos) que l’on employait encore au XVIe si√®cle (5), mais nous nous permettrions de rejeter cette explication car elle ne ressort que d’une forme dialectale de province fran√ßaise : la Touraine.

Reste encore √† notre connaissance le mot montois doudou, et c’est lui, √† notre sens, qui nous donnerait la v√©ritable signifi¬≠cation.

Paul Heupgen, √† ses ¬ę Vi√©ser√ģes montoises ¬Ľ(6) ‚ÄĒ LE LU¬≠ME√áON ‚ÄĒ parues dans le journal ¬ę La Province ¬Ľ en 1930, ajouta six ans apr√®s, quelques explications dont nous d√©duisons que ¬ędoudou¬Ľ en wallon rouchi, d√©signe un √™tre vivant, gros et dif¬≠forme, et que sa prononciation se retrouve dans l’anglais ¬ędodo¬Ľ, terme par lequel on d√©signait la dronte (le didus ineptus qui est √† pr√©sent disparu), oiseau lourd, pesant, stupide, mi-oie, mi-autru¬≠che, trouv√© en 1598 dans l’Ile Maurice, mais d√©j√† ant√©rieurement connu des Hollandais, puis des Portugais qui leur avaient conquis l’√ģle, et qui nommaient cet animal ¬ę doedoe ¬Ľ.

Or, dit Paul Heupgen, les Anglais rattachent directement leur ¬ę dodo ¬Ľ au portugais ¬ę doudo ¬Ľ lequel d√©signe un √™tre gigantesque et grotesque.

Le doudou rouchi c’est un vieillard gros et court, d’une gros¬≠seur disproportionn√©e √† la hauteur.

Heupgen cite le dictionnaire de H√©cart et ajoute : ¬ę Doudou, doedoe, dodo, doudo, toujours la m√™me prononciation et le m√™me sens : la ¬ę grosse bi√®te ¬Ľ ‚ÄĒ (grosse b√™te) ‚ÄĒ comme on qualifie le dragon du lume√ßon. Pour moi, il n’y a aucun doute, c’est le dragon, c’est le personnage principal du lume√ßon : on peut le voir. Il devait n√©cessairement figurer dans la chanson et lui a servi de titre ¬Ľ.

Au point de vue fossois, nous pouvons aussi entendre doudou comme synonyme de ¬ę gros et difforme ¬Ľ tel qu’il est employ√© √† Mons et dans ses environs.

Mais dire comment du rouchi il est pass√© dans notre dialecte… nous nous refusons √† essayer d’en donner quelque explication… par prudence. Mieux vaut garder le silence que de mettre son au¬≠ditoire dans l’erreur.

 

(5)¬†¬† ‚ÄĒ Charge sur son dours les deux caingn√©es… a √©crit Rabelais (v. Gran-saigne de Hauterive¬† : Diction, d’ancien fran√ßais, 190). ‚ÄĒ Ed. Huguet ne le men¬≠tionne pas cependant dans ses ¬ę Mots disparus ou vieillis depuis le XVIe si√®cle ¬Ľ.

(6) ‚ÄĒ Montois-se¬† : originaire de Mons, en Hainaut. Ces pages nous ont √©t√© communiqu√©es par le Mus√©e de la Vie Wallonne, d√©j√† cit√©, ce dont nous en remer¬≠cions cordialement le biblioth√©caire-conservateur.

 

(p.36) Les v√™tements du doudou, primitivement, ne furent tr√®s proba¬≠blement pas uniformes ; ils ne ressembl√®rent qu’aux ¬ę travestis ¬Ľ du mardi-gras, s’apparentant ainsi aux ¬ę gros gngnos ¬Ľ (gros ge¬≠noux) (7) dont les silhouettes ont disparu des groupes grotesques dans les folies du mardi-gras. Dans la suite, mais √† une √©poque ind√©termin√©e, vint le souci d’une tenue, d’un costume qui les fit mieux remarquer et c’est ainsi que naquit leur ¬ę vestement ¬Ľ et leur ¬ę chapel ¬Ľ de carnaval.

Sous de larges vestes, des coussins √©pais, bourr√©s de foin, repr√©sentaient des bosses ; un pantalon bouffant et court, s’arr√™¬≠tant sous le genou, avec des bas noirs cachaient les jambes ; les manches, tr√®s larges et d√©mesur√©ment longues, dans lesquelles se perdaient bras et mains, faisaient allusion √† l’impuissance rageuse du Malv√© de la l√©gende.

Autour des reins √©tait pass√©e une ceinture √† laquelle pendaient de tr√®s gros et nombreux g√Ęrlots (grelots) de l’esp√®ce que l’on pend aux harnais des chevaux (*).

La t√™te √©tait coiff√©e d’un chapeau en forme de mitre, avec des rebords lat√©raux arrondis verticalement ; la nuque √©tait cach√©e par une toison de longs fils de chanvre fix√©e au rebord post√©rieur du chapeau sur le devant duquel, recouvrant le front, un bourrelet en chanvre √©galement simulait les cheveux. La pointe du chapeau √©tait surmont√©e d’une petite houppe de plumes.

Comme la toge du maccus et l’habillement du pullicenus, la veste et le pantalon du doudou √©taient de couleur blanche et quel¬≠quefois bise et bord√©s de galons rouges (8).En fait de chaussures l’on avait adopt√© des sabots recouverts de couleur blanche dont la pointe √©tait teint√©e en rouge. Au cou, une collerette, bord√©e elle aussi de rouge, √©tait attach√©e.

A notre √©poque, les doudous ont conserv√© le costume de leurs a√ģn√©s dont la blancheur est aviv√©e par de larges boutons de toile rouge ; ils ont en main un sabre de bois recourb√© en forme de cimeterre, et la perruque est, depuis les √©paules, tress√©e en natte. Quant aux manches, elles s’arr√™tent aux poignets (v. les grav. I et VIII). Les grelots ont disparu de la ceinture.

 

(7)¬†¬† ‚ÄĒ Les ¬ę gros¬† gngnos ¬Ľ s’affublaient de vestes sous lesquelles une fausse bosse dorsale √©tait gliss√©e¬† ; ils portaient des cale√ßons, d√©form√©s aux genoux ‚ÄĒ d’o√Ļ leur nom ‚ÄĒ par des rembourrages qui exag√©raient la grosseur de cette partie de la jambe. Les chaussures √©taient soit des pantoufles ,soit des sabots¬† ; les gros gngnos √©taient donc, eux aussi, des variations du maccus romain.

(*) ‚ÄĒ Notons en passant que le Gille de Binche porte lui aussi une ceinture ‚ÄĒ l’ ap√®rtintaye /en langue wallonne/ ‚ÄĒ mais que celle-ci est garnie de petites cloches de bronze, les son¬≠nailles, et non de grelots.

(8) ‚ÄĒ De m√™me en √©tait-il √† Rome pour les toges des adolescents¬† (toga praetexta). Etait-ce voulu ?…

 

(p.37) Les pas des doudous √©tait scand√©s par les rigaudons en hon¬≠neur √† l’√©poque. De nos jours leurs saltations sont rythm√©es par les notes d’une musique dont nous ferons mention bient√īt.

Apr√®s le premier quart du XIXe si√®cle et tr√®s probablement √† la suite de la repr√©sentation par une troupe de com√©diens ambu¬≠lants, ou par un montreur de marionnettes qu’avait anim√©e un polichinelle, le costume du doudou parut d√©suet √† la majorit√© de ceux qui le portaient ; l’on d√©cida de s’habiller ‚ÄĒ se d√©guiser ‚ÄĒ en poiicliinelie, mais le mot sembla trop long √† prononcer et il fut r√©duit √† six lettres ; c’est ainsi que naquirent les ¬ę CHINEES ¬Ľ (v. l’annexe II).

La transformation avait √©t√© heureuse : son r√©sultat cristallisait, si l’on peut dire, l’esprit du peuple de Fosse qui √©tait (et est rest√©) franc de parler, jaloux de sa libert√© d’action, frondeur et √©veill√©, quelquefois gaulois comme celui du polichinelle fran√ßais, tapageur et farceur, aimant aux soirs de liesse se montrer quelque peu fan¬≠faron, le fossois d’antan n’√©tait gu√®re honteux de ces petits travers… ne les avait-il pas d√©sh√©rit√©s de ses a√Įeux ? Le fossois d’aujourd’hui, qui a le m√™me caract√®re et les m√™mes d√©fauts, avec les m√™mes qua¬≠lit√©s, sait √† l’occasion les montrer et s’en glorifier.

Cependant, au contraire des autres marionnettes qui rest√®rent adopt√©es par certaines villes pour en incarner leur propre temp√©¬≠rament local (tels le Poesjeneilen ¬Ľ d’Anvers et le ¬ę Poriginelle ¬Ľ de Tournai) ou encore par certaines r√©gions (tel le ¬ę Tchantch√®s ¬Ľ li√©geois dont il a √©t√© fait mention) RIEN NE SUBSISTA A FOSSE du r√īle th√©√Ętral des anciens polichinelles de la sc√®ne. L’on conserva seulement son accoutrement.

Le costume des Chinels fossois primitifs √©tait confectionn√© en flanelle et ne comportait que deux couleurs, le jaune mari√© au rou¬≠ge, le rouge au vert, le vert au grenat ou au ros√©, le noir au beige etc… selon les pr√©f√©rences.

 

in: Jean Lefèvre, Traditions de Wallonie, éd. Marabout, 1977

 

Lès chinèls (chinels) dérivent de la Comédie italienne, comme les gilles, les pierrots, et les arlequins. Ils sortaient au 18e s. aux jours gras, maintenant à la Laetare.

Il existait encore notamment en 1904 des sortes de sapeurs avec des espèces de tuniques de feuilles de lierre. (cf lès sauvadjes omes (hommes sauvages) (couverts de mousse de chêne, avec une tunique revêtue de feuilles)

(à partir du 15e/16e-, comme à Rutten (Limbourg) lors du Mirakelspel van Sint Evermarus (Miracle de St Evermare).

 

/ NDLR: Les femmes préparaient cette tunique la nuit précédant le jour du Laetare car les feuilles de lierre avaient u délai de conservation très court. Il est compréhensible que ce travail harassant fut un jour abandonné. /

 

AUPARAVANT, le pantalon et le costume étaient bourrés de paille; les acteurs avaient des sabots, le sabre ou la batte des acteurs de la Comédie italienne.

La danse était une vieux de rigaudon.

Les grelots étaient semblables à ceux portés par les chevaux.

Vers 1870, le rigaudon abandonn√©, les sabots deviennent des escarpins et les bosses rondes s’effilent en avant et en arri√®re.

Les costumes de soie, de satin en 2 teintes contrastées apparaissent, de même que des grelots miniaturisés, un sabre exotique, à la turque.

Par contre, l√®s doudous restent fid√®les √† l’ancien costume.

 

NB On retrouve des costumes avec des cloches dans des groupes folkloriques au Pays Basque, en Allemagne.

 

in: Le carnaval des Chinels au Laetare, Clio 70, 1974 (avec corrections et ajouts)

 

Le défilé carnavalesque de Fosses comporte deux groupes particulièrement originaux : les Doudous et  les Chinels.

La tradition des Doudous est sans doute vieille de plus de deux si√®cles. Les Chinels quant √† eux n’apparurent que dans le second quart du XIXe si√®cle. Tandis que certains Fossois conservaient le traditionnel¬† costume du Doudou, d’autres prirent la livr√©e de plus en plus color√©e du Chinel.

 

Le Doudou

 

Le Doudou avait pratiquement disparu. En 1970, il¬† n’en restait qu’un. Anc√™tre du Chinel, il a des origines fort obscures. Il a √©t√© r√©introduit depuis…

 

Les Fossois font appel à une légende pour expliquer son apparition.

Il y a tr√®s longtemps vivaient √† Fosses deux bossus. L’un pratiquait le bien. Gr√Ęce √† un rem√®de magique que lui conseill√®rent des sorci√®res bienveillantes, sa bosse disparut. L’autre bossu, envieux et m√©chant, harcela par tous les

moyens ces sorci√®res pour obtenir d’elles la m√™me gu√©rison. Mais il¬† se vit bient√īt charg√© d’une autre bosse qui lui poussa sur la poitrine.

On dit que c’est par esprit de moquerie et de d√©rision que les Fossois s’affubl√®rent pareillement d’une double bosse.

 

Le Doudou fut, d√®s avant 1800, le premier personnage carnavalesque typique de Fosses. A l’origine, son costume ne se distinguait gu√®re des autres travestis de carnaval.

Depuis quelques décennies et après une longue évolution, il porte un costume de toile blanche orné de galons et de boutons rouges. Il tient à la main un court sabre de bois appelé galziène (yatagan)..

 

 

Le Chinel

 

L’origine du nom du Chinel ne pose gu√®re de probl√®me; il provient de Polichinelle, nom d’un h√©ros de la farce italienne. Ce dernier porte aussi une double bosse.

 

Véritable vedette de ce carnaval, porte lui aussi, comme le Doudou, une double bosse. Elle est chez lui beaucoup plus marquée et recourbée.

A l’origine, l’habit des Chinels ne se distinguait pas ou gu√®re de celui des Doudous.

C’est dans le courant du si√®cle pass√© que leur costume, dont la toile restait assez terne, prit des couleurs contrast√©es. Aujourd’hui, le satin et la soie ont remplac√© la toile et la livr√©e du Chinel est beaucoup plus bariol√©e.

Il porte en outre un chapeau bicorne orné de plumes et en main, il tient, lui aussi, une  galziène (yatagan). De minuscules clotchètes (clochettes) sont attachées aux frindjes (franges) de son habit.

 

Au d√©but du XXe si√®cle, les Chinels s’organis√®rent en soces. A l’int√©rieur de ces groupes on s’occupait activement de l’am√©lioration de la livr√©e. Les pr√©paratifs restaient tr√®s secrets.

 

Les Chinels sont toujours accompagn√©s de musiciens, car ils dansent continuellement. Ce groupe musical n’avait aucun attribut sp√©cial au d√©but de ce si√®cle. Vers 1905, ses membres rev√™tirent un costume de Pierrot. En 1955, on leur attribua un v√™tement rappelant le XVle si√®cle. Pour que leurs airs soient bien entendus par tous, ils prennent place au milieu des danseurs.

 

La musique propre √† la danse et aux cabrioles endiabl√©es des Chinels fut compos√©e au si√®cle dernier par Louis Canivet. Une partie de la partition est dite √† surprise. En plein entrain, les instruments doivent s’arr√™ter subitement et les Chinels rester dans la position que leur a dict√©e la derni√®re mesure¬† jou√©e. Parfois, ils doivent s’empresser de former un cercle en croisant leurs sabres.

 

Les Chinels sont c√©l√®bres aussi par d’autres pratiques que leur danse, notamment le sabrage des dames et le coup de bosse. Le sabrage consiste √† s’approcher d’une jeune fille et √† lui toucher doucement les mollets avec son arme, le yatagan (li galzi√®ne). Il se redresse alors, la salue du sabre en souriant puis va rejoindre ses compagnons.

Le coup de bosse est destin√© aux fumeurs. Le Chinel s’approche parfois de l’un d’eux en faisant ses cabrioles, puis, de fa√ßon impr√©vue, se retourne et envoie le cigare ou la pipe sur la chauss√©e, d’un coup de la bosse qu’il porte sur le dos.

 

Mais les Doudous et les Chinels ne sont pas les seuls groupes typiques de Fosses √† la sortie carnavalesque du Laetare. On peut voir ainsi les √©chasseurs (l√®s skass√ģs) et les rodelindjes (en langue wallonne : rodeler: cancaner)., Sur le char de ces derni√®res, des comm√®res aussi laides les unesque les autres passent leur temps √† aiguiser et entretenir leur mauvaise langue √† l’aide de grands couteaux.

 

Depuis la dernière guerre, on invite aussi des groupes folkloriques étrangers pour le Laetare à Fosses.

 

in: Jean Romain, Fosses, son passé, son folklore, 1949

 

Lès sauvadjes omes (les hommes sauvages)

 

Une brasserie de Fosses s’intitulait : ¬ę A l’Homme sauvage ¬Ľ. Il s’agissait sans doute de la maison du chef de cet ancien groupe agr√©¬≠mentant la Procession Saint-Feuillen au XVIIIme s. Les comptes com¬≠munaux de 1737 renseignent la fabrication des costumes des ¬ę Hommes (p.32) sauvages… ¬Ľ Les r√©cits des missionnaires et des voyageurs sur les Hu-rons, les Iroquois et les habitants de l’Am√©rique du Nord ont sans doute √©t√© √† l’origine d’un groupe d’hommes v√™tus de peaux de b√™tes et arm√©/; de massues. Ces curieux sp√©cimens de folklore populaire se trouvent aussi au Carnaval de Malm√©dy, avec les g√©ants de Ath et m√™me, on signale qu’√† Londres, avant 1711, le Lord Maire fit son entr√©e avec une escorte d’Hommes sauvages… Ils n’ont gu√®re v√©cu √† Fosses, car en 1751, les habits ont √©t√© transform√©s (¬ę accomod√©s ¬Ľ pour 3 florins). Ne serait-ce pas l’origine des ¬ę Moss√®s ¬Ľ de la Laetare ? Le groupe des Chinels est pr√©c√©d√© de Sapeurs, mais ce ne sont pas les Sapeurs de la Marche ; sur leur costume de Grognards de Napol√©on (sic), ils cousent des feuilles de lierre et leur chapeau est tout couvert de mousse. La ¬ę soce des moss√®s ¬Ľ n’aurait-elle pas remplac√© le groupe des ¬ę Hom¬≠mes sauvages… ¬Ľ.

 

Joseph No√ęl, Les Chinels de Fosse, 1956

 

Les Chinels modernes

 

L’AIR DE LA DANSE

 

La chor√