Cavalcâde di Fleûru / Cavalcade de Fleurus - Djîles èt Payisan(e)s / Gilles et Paysan(e)s

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Cavalcâde di Fleûru (1939) (Cavalcade de Fleurus)

Cavalcâde di Fleûru (1980) (Cavalcade de Fleurus)

Cavalcâde di Fleûru (2004) (Cavalcade de Fleurus)

Fleûru (Fleurus) - Charles Mathieu, Un siècle de folklore et de cavalcade

Charles Mathieu, Fleurus, un siècle de folklore et de cavalcade, 1980

 

 

Table des matières

première partie. — Le Fleurus d’autrefois ……………………………… 11

  1. Le souvenir de grands feux, de scènes de carnavals et de

la coutume pascale des crécelleurs……………………………………………. 13

  1. Le caractère et le langage……………………………………………… 19
  2. Le Bien vivre ; bien boire et bien manger………………………… 25
  3. Les fêtes, jeux et divertissements…………………………………. 28

deuxième partie. — La cavalcade……………………………………..        33

  1. Ses origines, ses premières années………………………………. 35
  2. Son organisation, son évolution………………………………….. 43
  3. Ses groupes locaux…………………………………………………….. 54
  4. Sa Société de Gilles « Les Vrais Amis » …………………….        59

troisième partie. — Textes et documents…………………………..        63

 

 

première partie. — Le Fleurus d’autrefois

 

(p.13) Le souvenir de grands feux, de scènes de carnavals et de la coutume pascale

des créceleurs

 

Depuis longtemps, les trois jours qui précèdent le mercredi des cendres et entre autres celui du Mardi Gras, furent choisis par les populations locales pour se masquer, se travestir et se livrer à des divertissements qui parfois donnèrent lieu à de regrettables désordres devant lesquels l’Église et les autorités civiles tentèrent de réagir.

Déjà au XVIIIe siècle, l’Évêque de Namur dont dépendait alors le doyen de Fleurus prenait des mesures pour lutter contre les travestis et les abus des carnavals. De leurs côtés, les magistrats fleurusiens, tout en aidant financièrement les officiers de jeunesse, promulguaient des ordonnances par lesquelles ils désapprouvaient les déprédations, les exactions des temps des carnavals et des grands feux, en interdi­sant de se masquer, en demandant que l’on respecte l’étranger de passage, en rendant même les parents responsables des dégâts éven­tuels commis par leurs enfants 1.

Malheureusement, ces dispositions ne furent pas toujours respec­tées et c’est ainsi qu’un incident qui fut l’objet d’une enquête sérieuse surgit notamment le jour du grand feu de l’année 1781 2.

Néanmoins, malgré ce fâcheux épisode, je suis porté à croire que la tradition du masque s’est perpétuée durant le XIXe siècle et dut encore occasionner d’autres incidents ou abus fort regrettables dont voici un exemple bien précis pour l’année 1895 :

Profitant de la soirée du grand carnaval, un individu déguisé avec un domino, n’a rien trouvé de mieux, contre une famille de Fleurus, que de remettre dans un grand nombre de maisons de la ville, des circulaires, sans nom d’imprimeur contre un honorable négociant. Cet écrit ano­nyme dépasse en violence et en méchanceté, tout ce que l’on peut imagi­ner de plus vil. Toute notre population est fortement indignée de cet acte de vengeance, elle souhaite que l’auteur ne reste pas inconnu 3.

(p.14) Heureusement, nous avons conservé d’autres souvenirs plus gais, plus pacifiques notamment ceux de la grande participation que Fleurus apporta aux cavalcades carolorégiennes du mardi gras de 1886 et de 1891 :

Nous prions tous nos amis fleurusiens d’assister à l’assemblée qui aura lieu le jeudi 4 février (1886), à 8 heures du soir, chez Frédéric Close, rue de Dampremy n” 21, à Charleroi, à l’effet de former une société pour faire partie de la cavalcade qui aura lieu le mardi gras. Dans la réunion qui a eu lieu chez M. Frédéric Close, rue de Dampremy, il a été décidé à l’unanimité des vingt-cinq membres présents de partici­per à la cavalcade qui aura lieu à Charleroi. Une seconde réunion aura lieu lundi 8 février (1886), à 6 heures du soir. Nous prions nos amis Fleurusiens d’y assister 4. — Nous recevons de Fleurus plusieurs lettres annonçant l’arrivée à Charleroi, le mardi gras (de 1891) d’une quantité innombrable de fleurusiens et fleurusiennes. L’administration du grand central belge ne pourrait-elle à cette occasion organiser un train spécial partant de Charleroi, Porte de Waterloo, vers minuit. La compagnie et les fleurusiens y trouveraient leur compte croyons-nous 5.

Aujourd’hui, la tradition du travesti, du masque du mardi gras a quitté l’esprit fleurusien. Certes, il y eut encore les mardis gras des belles années de l’entre deux guerres 6, les bals parés, masqués et travestis des années cinquante organisés par l’Association des com­merçants 7 et il reste toujours le traditionnel bal costumé de février des enfants des écoles communales. C’est donc bien fini les masca­rades, les masques auxquels Henri Pétrez a consacré une de ses fables 8 : tout au plus, tout un chacun rencontre-t-il encore, avec étonnement, un enfant travesti se préparant à participer au carnaval de Charleroi ou attend-il les soumonces en fantaisie des Gilles « Les Vrais Amis » pour pouvoir dévisager un masque fleurusien !

La fête de Pâques était préparée par les Ténèbres des mercredi, jeudi et vendredi saints… Comme toutes les cloches se taisent, en signe de deuil, après le Gloria de la messe du jeudi saint, et ne reprennent leur chant qu’au Gloria du samedi saint, les crécelles remplissent les fonc­tions des clochettes au cours des messes et des cérémonies de l’Église durant ces trois jours 9.

L’usage des crécelles passa ensuite de l’intérieur à l’extérieur de l’Église ‘°. En ce cas, elles permirent aux paroissiens de connaître l’heure des offices de la semaine sainte. Ces petits moulinets en bois ” étaient à l’origine seulement manœuvres par les enfants de chœur ou les communiants de l’année ; mais plus tard, tous les enfants partici­pèrent au crécelage et s’organisèrent en bande par quartier l2.

(p.15) D’ailleurs, au XIXe siècle, la tradition religieuse des créceleurs avait fait place à des troupes très turbulentes de gamins comprenant de simples « crèneûs » des « sous-maîsses » et des « maîsses-crèneûs ». Ces troupes ou bandes s’organisaient dès le mercredi de la semaine de Pâques, parcouraient les jeudi et vendredi (jour des empoignades, des pugilats) les rues de leurs quartiers respectifs, tout en scandant aux sons de leurs crécelles des phrases semblables à celles-ci : « Lès clokes di Rome sont-st-èvôye à Rome. Èles rivêront sèmedi do matin. Crin.ne, crin.ne au sèrvice Dieû, c’ èst li d’vwêr d’ in crin.neû » 13.

Le samedi matin, les mêmes bandes se remettaient en route, refaisaient les mêmes parcours et sonnaient aux portes pour offrir buis et eau bénite avec l’espoir de recevoir des pourboires mieux connus sous le nom de « dringuèles » et récolter des œufs ; mais gare au groupe qui se risquait à vouloir quêter sur le territoire d’un autre ! Les profits des quêtes étaient ensuite partagés par chacun des groupes.

La pratique des crécelles dont je n’ai pu relever la véritable ancienneté, mieux connue sous le nom de coutume de Fleurus, a pro­gressivement périclité depuis l’entre deux guerres au point qu’après la seconde guerre mondiale, quelques jeunes téméraires, ont encore tenté mais en vain, de sauver cette tradition qui devait admirablement préparer les festivités, les réjouissances de la cavalcade pascale. À propos de cette disparition, voici deux citations : la première du cha­noine Theys. la seconde de M. Roger Pinon.

Le samedi matin, lorsque les cloches étaient revenues, c’était le grand branle-bas. Les créneux circulaient de porte en porte pour recevoir leur cadeau de Pâques des Fleurusiens. Ces coutumes sont tombées en désuétude depuis la guerre, (à savoir celle de 1914-1918). Quelques jeunes enfants circulent encore dans le centre de la ville. Les œufs en chocolat ont remplacé les « oûs » d’autrefois ! C’est encore une vieille tradition qui s’en va.

L’étude de la coutume de Fleurus… peut avoir quelque valeur exemplative : elle montre l’épanouissement, à une époque où la lutte pour la vie fut particulièrement âpre en Belgique, d’une coutume religieuse déjà tombée dans le domaine enfantin, et qui se détache peu à peu de l’Église où elle naquit, pour mourir tuée par le bien-être social et les hauts salaires qui n ‘en justifiaient plus la quête, par l’indifférence religieuse grandissante, qui a grandement diminué le râle des cloches et de leurs substituts pascaux, ainsi que par l’éducation généralisée, qui adoucit lescaractères et canalisa vers les sports les ardeurs combatives d’une jeu­nesse autrefois moins gâtée 14.

 

 

NOTES

(p.16) 1. theys (chanoine A.). Histoire de la ville de Fleurus. Couillet, 1938.

  1. Le 28 mars 1714. L’Évêque de Namur Ferdinand comte de Berlo déclarait
    notamment : « Nous avons appris qu’en beaucoup de localités la coutume des masques
    n’était point disparue complètement les trois jours du carnaval et le premier dimanche
    du carême, bien qu’elle contribuât à la dépravation des mœurs. Comme antidote de
    cette coutume, nous avons accordé, comme nous accordons encore par les présentes, à
    tous ceux qui. durant ces jours, assisteront à la messe en se trouvant en état de grâce,
    quarante jours d’indulgence et vingt jours d’indulgence à ceux qui assiteront au salut du
    soir et à la bénédiction, à l’exclusion toutefois de tous ceux qui se serviront du masque »
    (p. 753).
  2. Dans les comptes communaux de 1762-1763, on peut lire « Payé aux officiers
    de la jeunesse 46 florins pour « la saison » » (p. 66).
  3. Voici deux ordonnances émanant des magistrats communaux.
  4. « Défense à tous de brimer les étrangers qui viennent au marché, à l’occasion
    du Carnaval et du Grand Feu, et de détériorer les clôtures et les haies des prairies
    et des jardins pour faire le grand feu, les parents étant responsables de leurs
    .. » 18 février 1730 (p. 192).
  5. Même ordonnance du 17 février 1765 avec défense de se masquer ou
    déguiser ; ni permettre aux enfants et domestiques de ce faire, ni d’inquiéter les
    personnes étrangères venant en cette ville pour leurs affaires… » (Idem.)
  6. Textes et documents, Annexe I.
  7. Journal de Charleroi et de l’Arrondissement du vendredi 8 mars 1895, p. 2,
    3.
  8. Journal de Charleroi et de l’Arrondissement des mardi et mercredi 2-3 février
    p. 3. col. 1 ; des samedi et dimanche 6-7 février 1886, p. 2, col. 4.
  9. Journal de Charleroi et de l’Arrondissement du samedi 7 février 1891, p. 2,
    5.
  10. « À l’invitation de l’Association des commerçants, les trois fanfares locales
    feront mardi prochain [le 3 mars 1925] une sortie musicale. A partir de quatre heures de
    l’après-midi, les personnes désireuses de se travestir et de se masquer, pourront circuler
    par les rues de la ville aux sons des joyeux pas redoublés de nos toujours si dévouées
    sociétés. Une indiscrétion nous permet d’ajouter que la société « Les Gilles » nous
    prépare une surprise également. Les étrangers qui seront à Fleurus mardi ne manque­
    ront donc pas d’amusement ». Journal de Charleroi du lundi 23 février 1925, p. 5, col. 1.

Je pense aux bals parés, masqués et travestis des années 1954 le dimanche
2l mars ; 1955. le samedi 12 mars avec le groupe des « Fantômes Blancs » ; 1956, le

samedi 10 mars avec le groupe « La Télévision » ; 1957, le samedi 30 mars ; 1958, le
samedi  15 février; 1959. le samedi 7 mars, bals au cours desquels il était procédé à
l’élection de Miss cavalcade et de ses demoiselles d’honneur (cela est certain pour les
années 1955 à 1959).

  1. Textes et documents. Annexe II.

 

(p.17) 9. theys (chanoine A.), op. cit., pp. 761 et 762. « D’après Benoît XIV, l’usage en
est indiqué dans les anciens rituels. Le silence des cloches symbolise la fuite des apôtres,
et l’on se sert, dit-il, pour les remplacer, de certaine pièce de bois produisant un bruit
éclatant et strident, remettant en mémoire le claquement de pièce de bois en usage dans
la primitive église pour la convocation des fidèles. » (theys, Idem, Ibidem). Le cha­noine n’est pas le seul à s’être attaché à l’étude de la tradition ancienne des crécelles à
Fleurus. À ses côtés, on doit citer M. Jules planche pour l’article Fleurus, Folklore de
Pâques. Les crinnêtes. publié dans le Journal de Charleroi du 2 avril 1947, p. 3 (cf.
Textes et documents, annexe III) ; Henri pétrez, pour Les clokes di Rome. Folklore,
poésie publiée dans son 1er recueil de Fables (Fleurus 1928), pp. 26 à 31, republiée dans
son 4e recueil de Fables (Charleroi, s.d. [1957 ?]), pp. 130 à 135 (cf. Textes et documents.
Annexes IV), et pour le chapitre « Les Crinnêtes » (pp. 37 à 41) de son Fleûru dins
m’vikérive (Charleroi s.d. [1962 ?]) ; et finalement M. Roger pinon, auteur d’une remar­
quable étude intitulée Les Crécelles de la semaine sainte : Fleurus en Hainaut, in studi in
onore di carmelina Naselli, vol. I, Universita di Catania Facolta di Lettere & Filosophia: 1968, pp. 299 à 318.

  1. theys (chanoine A.), op. cit., p. 762.
  2. « La crécelle est un très vieil instrument bruiteur. C’est comme jouet qu’elle
    émerge en Grèce, où l’on en attribuait l’invention au célèbre Archytas de Tarente, « qui
    florissait vers l’an 408 avant Jésus-Christ. » Cette platagê des Grecs est devenue le
    crépitaculum des Romains ; les enfants la déposaient, avec leurs autres jouets sur l’autel
    des dieux à l’âge de la puberté. Peut-être avait-elle aussi pour mission d’écarter les
    mauvais esprits par la production du vacarme,… Une première indication de l’usage de
    Schallbretter ou planches sonores, se trouve dans le De ecclesiasticus officiis libri qua­
    tuor, de Symphosius Amalarius, abbé de Hornbach dans le diocèse de Metz, et qui
    mourut en 857 : elles servaient au lieu de cloches pour convoquer les fidèles à l’église.
    Ces Schallbretter sont les ancêtres des cloches de Bois, dont les crécelles peuvent être
    des réductions. Cette indication est confirmée par Jean de Bayeux, dit d’Avranches,
    archevêque de Rouen du XIe siècle, qui assure que de son temps les cloches, après le
    Gloria du jeudi saint, étaient remplacées par des tabulae ou tablettes. Un manuscrit
    flamand du XVIe siècle, le n° 24098 du British Muséum, qui est un calendrier, montre
    en son folio 20b. au mois de mars, sous une illustration représentant une scène de
    jardinage et l’abattage d’un arbre, une frise d’enfants manipulant crécelles et martelets.
    Vu la date où l’on a situé la scène, on peut penser à un usage pascal… » R. pinon, op.
    cit.. pp. 315 à 317.

« Les crécelles sont de petits moulinets en bois au tic tac assez tapageur, qui s’appellent aussi « crénèles » ou « rakètes » dans notre région et « rahia » dans la contrée de Liège ». theys (chanoine A.), op. cit., p 762.

« Du point de vue des crécelles, le village (alias Fleurus) est dans la zone impor­tante où est attesté le mot crin.nète, dont la carte ci-jointe (cf. p. 318) montre l’extension obliquement à travers les provinces de Liège, de Brabant, de Namur et de Hainaut, dans une direction générale nord-est-sud-ouest. Le type crin.nète, dont Fleurus est le centre, est bordé sur le pourtour de son aire par une forme rin.nète, obtenue par l’aphé­rèse du c initial… Le modèle usuel est la crécelle tournante, qui est « un moulinet à roue dentée contre laquelle vient racler une lame de bois, sorte de tarquoir ». Il y a aussi des crécelles à deux ou trois lames, plus grosses que les autres. » R. pinon, op. cit., p. 304.

  1. « En Wallonie, les crécelles sont ou bien la propriété de l’Église quand les
    créceleurs sont des enfants de chœur ou les communiants de l’année, ou bien celle des
    familles, quand tous les enfants peuvent participer au crécellage des services et/ou à la
    quête du samedi saint. Elles sont souvent le produit d’un artisanat local et occasionnel.
    En principe, seuls les garçons peuvent créceller. et pas avant le jeudi saint…

(p.18) A Fleurus. les menuisiers de quartier fabriquaient chaque année quelques cré­celles pour les non-pourvus ; les autres héritaient des crécelles, de leurs pères ou de leurs grands frères. » R. pinon. op. cit.. pp. 303 et 304.

  1. pinon. op. cit.. p. 307 ; également theys (chanoine A.), op. cit.. p. 762
  2. theys (chanoine A.), cit., p. 764, et R. pinon, op. cit.. p. 317.

 

 

 

(p.19) Le caractère et le langage

 

Goguenard ou moqueur, au cœur vibrant et intense, à l’esprit alerte mais caustique, utilisant un parler wallon apparenté au dialecte namurois, le Fleurusien a délibérément oublié au cours du siècle dernier, les heures tristes de son glorieux passé — est-il nécessaire de rappeler le Fleurus, centre de champs de batailles de l’Europe des Temps Modernes ! — pour ne retenir dans la paix et la liberté que celles du bien vivre, de la joie et de la bonne humeur.

Après L. Jacquemin 1, après le chanoine Theys 2, Alex Pasquier a résumé le même caractère fleurusien avec une telle intensité par le choix des mots, des termes dans la Préface qu’il rédigea pour glorifier le Fleûru dins m’vikeriye d’Henri Pétrez que je ne peux m’empêcher de vous en reproduire le passage « … Vif, éveillé, imaginatif. spirituel en diable, bon vivant, hâbleur, moqueur, rabelaisien, farceur excessif et adorant se goberger aux dépens de ses victimes, mais courtois, sentimental plus qu’il ne le croit lui-même et prompt à défendre ce qu’il croit juste, le Fleurusien est bien tel que l’a décrit Paul Vassart dans son hymne national de Fleurus. poème devenu célèbre ». Cet hymne auquel fait allusion. Alex Pasquier est évidemment « Là, waî, là, waî, çu qu’ c’ èst qu’ in Fleûruzyin », composé en 1865 par Jean-Paul Vassart. Ce poème, en réalité cette chanson n’est pas la plus vieille écrite, une autre due à Hypolite Gréant remonte à l’année 1850. Quant au baron d’ Fleûru, (alias Henri Pétrez), il a également com­posé plusieurs chansons qu’il consacra à Fleurus et à ses habitants et dont trois ont été publiées dans « Fleûru dins m’ vikaîrîye 3 ».

Ensuite, « cès Djans d’ Fleûru 4 du timps passé », ces « riyeûs, cès fouteûs d’ djins » mais aussi ces « mougneûs d’ queûe » ou « mindjeûs d’ queuwe » comme les surnommaient d’aucuns avec mépris ou dédain 5 ont utilisé dans leur langue dialectale, une quantité d’expres­sions très savoureuses que vous n’entendrez plus aujourd’hui, non seulement parce que la tradition patoisante orale s’estompe progres­sivement mais parce que certaines d’entre elles n’ont plus leur raison (p.20) d’être et seraient même démunies de tout sens si elles étaient, à nou­veau, prononcées.
Voici quatre exemples bien précis :

  • Is waîtenut l’ reuwe du Ri qui r’chène à Sambe après dès gran­dès-eûwes…
  • Mins, ‘là l’ èwîye qu’ ascauche méye-nût ; on s’ rabat su l’ grand In dêrin rond autoû du djèt d’ eûwe, èt on-z-èrva chakin dins s’ coron.
  • Alôrs, ‘là l’ grand Wârgnasse qui prind s’-n-élan èt qui plondje dins lès djins come s’ i s’ auréve tapé à l’ eûwe dins les tchôds-fors.
  • Ètindu su l’ place aus Pourcias li convèrsâcion chûvante…

Ces quatres citations dont les trois premières émanent de la plume d’Henri Pétrez et la dernière est reprise au texte d’une présen­tation en wallon de la ducasse de la rue du Ry de 1903 6 vont nous permettre de nous étendre quelque peu sur des aspects de la localité et de sa vie quotidienne qui ont complètement disparu.

Voir la rue du Ry qui ressemble « à la Sambre », c’est rappeler les débordements parfois fâcheux en conséquences pour les riverains qu’occasionnait le Ry, le « Bari » — comme on l’appelait à l’Abreu­voir — par temps de fortes pluies, d’orages ou en périodes hivernales de dégel. Ce « Bari » par les risques assez permanents d’inondations qu’il pouvait d’une part susciter, par les odeurs nauséabondes, fétides qu’il dégageait d’autre part annuellement en période estivale, préoc­cupa grandement nos édiles communaux de la fin du siècle dernier et du début du nôtre au point qu’il fut envisagé par mesure — dirons-nous — de sécurité et d’hygiène de le voûter finalement sur toute sa traversée de la localité.

Le jet d’eau de la grand’ place a aussi toute son histoire. Car, s’il fut le point de ralliement, de rendez-vous ou de dislocation de nom­breux rassemblements, il avait lui-même remplacé un puits public autour duquel les commérages ont du aller bon train. Et, de surcroît, ce puits public avait été, en 1731, le responsable d’un accident specta­culaire qui heureusement se termina bien, mais qui dut rester long­temps gravé dans la mémoire des Fleurusiens 7.

En comparant le grand « wârgnasse » plongeant dans les gens comme s’il s’était tapé à l’eau dans les fours à chaux, Henri Pétrez m’amène, cette fois, à raviver le souvenir d’un lieu-dit de notre loca­lité. Ces fours à chaux, ce sont ces « chaufours » désaffectés depuis ce siècle, que j’ai connu démantelés et dont les divers enfoncements s’étaient naturellement transformés en étangs dans lesquels certains jeunes téméraires s’avisaient à nager. Depuis l’après dernière guerre, ces excavations ont été progressivement remblayées, notamment par (p.22) les soins du service communal des immondices. Et, nos vieux « chaud-fours » devinrent, avant de disparaître complètement, l’oppidum de légions de rats ! Aujourd’hui, tout cela est du passé, plus aucun vestige ne rappelle leur existence dans le paysage des campagnes bordant le Riz de Plomcot.

Enfin, cette place aux Pourcias, c’est notre Petit Marché, c’est notre Place Ferrer, sur laquelle se déroulait chaque lundi matin un marché très bruyant, très discuté mais combien sympathique, pour ne pas dire folklorique : celui des porcelets. Mais hélas, l’économie contemporaine a tellement bafoué les traditions des foires ou marchés des petites villes que Fleurus. après avoir déjà perdu naguère sa foire aux gros bétails, n’a pu sauver dans cette dernière décade, son typique marché aux porcs.

 

 

NOTES

 (p.23) 1. jacquemin. La monographie de la ville de Fleurus, in Documents et rapports de
la Société Archéologique de Charleroi, t. XXVII. 1903. pp. 223 et 224. « À tort ou à
raison, les habitants de notre ville ont la réputation d’être frondeurs et un peu gogue­
nards. Si l’on entend par là qu’ils ont leur franc parler et badinent volontiers le paysan
qui baguenaude par les rues, nous sommes tentés de le croire. Mais en revanche sous
cette écorce légère d’ironie, on trouve le Fleurusien, bon enfant, joyeux compère,
amateur de bonne chère et de plaisanteries saupoudrées de sel gaulois. »

  1. theys (chanoine A.), op. cit.. pp. 66 et 67. « II a le tempérament tout plein de
    chauvinisme ; ainsi les étrangers implantés à Fleurus n’acquièrent-ils le droit de cité à
    ses yeux qu’après de longues années. Ce particularisme n’exclut pas la sympathie. Le
    Fleurusien est même fort accueillant. Il aime les fêtes et les réjouissances… Le Fleuru­sien est sociable. Les parties de plaisir sont de son goût. Mais il est moins fait pour les
    amusements tranquilles que pour les distractions bruyantes. Il lui faut de l’imprévu, du
    mouvement, des applaudissements, des spectateurs enthousiastes, des paris, de la
    turbulence… On peut dire du Fleurusien qu’il aime la bonne chère, sous toutes ses
    formes. Enfin, il trône volontiers au milieu de ses intimes. Il y a même quelque chose de
    de frondeur et de narquois dans sa tenue et son langage ; ses allures ne sont pas tou­jours sans déplaire aux gens du voisinage. Ce n’est pas qu’il soit méchant, non il est très
    sociable, mais il lance facilement le mot pour rire et pousse parfois la plaisanterie
    jusqu’à la taquinerie. Cette façon de supériorité et cette expression délurée ont peut-être
    leur origine dans la suprématie et la prépondérance exercées dès longtemps par Fleurus
    sur le Plat Pays à différents points de vue. »
  2. Cf. Textes et documents. Annexe V.
  3. pétrez, H., Fleûru dins m’ vikérîye, pp. 147-148. « Lès Djans d’ Fleûru, oyi, c’ èst
    leû spot, pace qui quand is s’ rèscontèrenut intrè zèls, is s’ atauchenut souvint en s’ apèlant « Djan ». — savenut ièsse avenants avou l’s-ètranjers. — c’ èst min.me iène di leûs qualités — mins, i n’ faut nén v’nu prinde èn-ér d’ albrouk (d’ esbroufe). Wétîz di leû stitchî pau gros d’bout ; ça n’ prind nin, pace qu’ adon leû défaut d’ mokârd riprind li d’zeû èt pacôp, is sont-st-ène miyète cruwèls. »
  4. de raadt. j.th., Les sobriquets des communes belges. Bruxelles 1904. p. 339.
    « … ceux de Fleurus, en Hainaut. méritent, de tous points, le surnom de mokeûs d’ djins
    (ils se moquent des gens). Habitant un gros bourg, ils se croient plus malins que leurs
    voisins des petites localités et aiment à rire à leurs dépens. On les appelle aussi mougneûs d’ queûe (mangeurs de queue), parce que les gamins de Fleurus déshabillent les
    queues des veaux que les bouchers envoient à la tannerie, et les vendent aux bourgeois,
    à raison de cinquante centimes (entendu sur les lieux)… » — À propos de l’origine du sobriquet de « mougneûs d’ queûe » ou de « mindjeûs d’ queuwe » : voici un petit article
    très intéressant paru dans Le Journal de Charleroi du mercredi 16 février 1949. p. 4, col. 4,
    intitulé : « Fleurus — comment naît un sobriquet ?» : « II y a une soixantaine d’années,
    les salaires étaient dérisoires, l’ouvrier gagnait 2 francs. 2,5 F par jour, quelquefois
    moins. La misère était grande. La ménagère avait fort à faire pour entretenir sa famille

(p.24) aussi ne mangeait-on de la viande que le dimanche. Si Henri IV voulait la poule au pot, à cette époque on était heureux de pouvoir y mettre un malheureux bouilli. Aussi, des tanneries existant dans la localité, les mères envoyaient leur progéniture acheter une queue de vache lors des arrivages des peaux. On les obtenait pour 5 centimes. C’était fête dans la maisonnée lorsque chacun avait dans son assiette un morceau, savoureux d’ailleurs, de la queue. Et. c’est pourquoi les gens des alentours nous baptisèrent de « mindjeûs d’ queuwe ». Aujourd’hui on ne va plus acheter de queue mais le sobriquet nous est resté. Parions que ceux qui nous l’ont donné, ont plutôt péché par envie. »

En fait, les Fleurusiens n’ont pas été les seuls mangeurs de queue de la Wallonie vu que suivant le dialecte liégeois les gens de Bressoux sont également cités dans l’étude de J. Th. de raadt (op cit., p. 462) sous le sobriquet de « magneu d’ cowerî ».

  1. pétrez, , op. cit.. pp. 15, 82, 88 et Textes et documents, Annexes VI et VIII.
  2. Textes et documents. Annexe VI. J’aurais souhaité vous informer des années au cours desquelles le Bari fut voûté et le jet d’eau de la grand’place enlevé ; mais le temps qu’il m’a été imparti, ne m’a pas permis de pouvoir effectuer des recherches précises en ces matières.

 

(p.25) Le bien vivre, bien boire et bien manger

 

Comme cela était d’ailleurs la coutume dans bon nombre de localités wallonnes, Fleurus a toujours fait prévaloir la pratique du bien vivre. Le Fleurusien a toujours aimé « bin viker » à tout moment, que ce soit pendant ou en-dehors des temps des fêtes de la « grande Pauke », de la « grande dicauce » ou des « p’titès dicauces ». Au cours de ces jours de réjouissances, le bien boire et le bien manger étaient à l’honneur ; on se faisait un plaisir de déguster les excellentes bières locales ou le « Chassart » (tchèssaut) de fabrication régionale et de manger les menus, pâtisseries, friandises de préparation exclusivement ména­gère et artisanale.

Parler du bien boire, c’est parler avant tout des deux principales marques de bières qui brassées jadis à Fleurus furent bues dans toutes les maisons, mais surtout abondamment consommées dans les cafés, dans ces « tchapèles à Sint Goyî »! (goyî = gosier), comme les appelait H. Pétrez.

Ces bières en fûts ou en bouteilles, de ménage ou spéciales, c’étaient celles des brasseries Dubois et Bivort aux noms restés ancrés dans la mémoire des vieux Fleurusiens : à savoir par exemple. « la Nulle s’y frotte » d’une part, et « la Wallonne » d’autre part2. Que d’aucuns préférassent l’une à l’autre, cela était normal ; mais toutes ces bières avaient, paraît-il, une saveur, une digestibilité, une diuré­tique sans pareille 3 ! Ah ! où sont nos bières d’antan ? Aussi, c’est avec grande amertume, qu’Henri Pétrez écrivait :

Come tant dès-ôtès-afaîres, èles ni sont pus qu’ souvenances, lès bonès bîres di Fleûru. Dj’ èspère bén qui sès bèrnardins fleûruzyins èt s’ taute au riz vikeront ossi longtimps qui m’ viladje 4.

Les Bernardins fleurusiens5 dont la fabrication remonte à plus de cent ans reçurent leur première médaille d’or, voici tout juste un siècle à Bruxelles en 1880 et celle-ci fut confirmée cinq ans plus tard en 1885 à Anvers. Par ces nobles lettres de créance le Bernardin Fleurusien, entrait de plein droit, parmi les spécialités belges de fantaisies culinaires (p.26) répertoriées dans le cadre du folklore alimentaire 6. Ces Bernar­dins sont donc aujourd’hui régionalement pour ne pas dire nationalement connus et appréciés ; s’il en eut été autrement croyez-vous que Marcel Thiry dans la Préface du CAROLOREGIUM VALDE CONCELEBRATUR (1666-1966) qu’il eut l’honneur d’écrire aurait réservé les lignes suivantes à Fleurus et à ses Bernardins…

Dans l’histoire de ma ville natale, à mesure qu’au fil de l’âge et au hasard des lectures j’en rencontrai des linéaments, ce ne sont PAS les sièges successifs qui firent image. Ce serait plutôt le ballon de Fleurus. Il me fallut d’ailleurs, vers mes onze ans, recourir au Larousse du XIXe siècle pour me convaincre que c’était bien aux portes de Charleroi que Jourdan avait vaincu la coalition et qu’avait eu lieu la première observation aérienne d’une bataille « expédient de peu d’avantage et qu’on n’a pas tenté de renouveler depuis », disait, je crois, le savant dictionnaire. Pour moi, jusqu’alors, Fleurus, c’était seulement la patrie des bernardins. Bernardins fleurusiens : bonbons d’amandes pilées, de miel et d’épices, dont la recette est devenue irréalisable, faute des ingré­dients subjectifs… etc. Les raisons de mon attachement à ma région natale vont décidément paraître bien bassement matérielles. Eh oui ! je crois que nous sommes ainsi1 ;… »

« Croquez et croquez-moi Mesdames, Croquez pour mieux me déguster Je vous plairai je le proclame Et vous voudrez recommencer. Ma pâte est fine et parfumée. Je suis le vrai bonbon parfait Vous comprendrez ma renommée Et vous voudrez recommencer 8. »

Les jours qui précédaient les temps des fêtes, dans toutes les mai­sons, les ménagères s’affairaient à pétrir quantité de tartes qu’elles allaient faire cuire chez leur boulanger. Le samedi de Pâques, par exemple, dans toutes les rues, c’était une véritable procession… de tartes au sucre, aux fruits et au riz…. cette « doréye » que nous appré­cions tant.

« Pour mi, en lès mètant à l’ copète iène di l’ ôte, i gn-ârève pus hôt qui l’ clokî d’ l’ èglîje ! 9 »

 

Li sèmedi (dè l’ grande Pauke), li solia fét dès p’titès clignètes auzès mile èt milès tautes qui bèrwètenut dins lès reuwes. Nén co bén dispaupî, ène miyète onteûs di s’ djèsse, dîréve-t-on, i ralètche lès gros bôrds dès doréyes, èt bén doûcètemint fét doûdoûce au spès riz qui r’lût come di l’ ôr. Â ! qu’ èles pwatenut bén leû nom, lès doréyes I0 !

 

 

(p.27) NOTES

  1. À propos de ces fêtes, cf. le paragraphe suivant : Les fêtes, jeux et divertisse­ments. En sus de cela faut-il vous renseigner sur le fait que le Fleurusien adorait s’ins­taller aux bonnes soirées de l’été sur sa porte pour bavarder, papoter avec ses amis et voisins de tout et de rien, pour raconter une bonne farce ou plaisanterie dont il détenait la recette ; et, qu’en période hivernale, il allait en soirée « al chize » chez ses mêmes voisins et amis qu’il invitait (réciproquement) pour jouer aux cartes « au couyon d’ Fleûru ». pour discuter du temps passé et parfois même pour raviver des souvenirs encore vivaces en mémoire du passé napoléonien. « Quelque chose est resté, dans l’air des gloires lointaines : quelque chose palpite encore des héroîsmes éteints. Il en a toujours été ainsi. De nombreux Fleurusiens furent soldats de l’Empire. Vers 1857, le père de celui qui écrit ces lignes a connu plusieurs d’entre eux ; il avait coutume, enfant de dix ans. de leur lire l’histoire de la grande armée, le soir, à la lueur d’un crasset ; et chaque fois que le nom de Napoléon était prononcé, ces vieillards, sains de respect et de dévotion, faisaient le salut militaire ! » pasquier, . Fleurus d’aujourd’hui, in Les victoires françaises de Fleurus, 1690-1794-1815. Couillet, s.d. (1936 ?). p. 32.
  2. Textes et documents. Annexe n° VII où je retranscris deux chansons
    composées par le pharmacien Max André, en l’honneur de « La Nulle s’y frotte » et de
    « La Wallonne », écrites pour la revue Fleurs-us de Fleurus.
  3. « Çu qui fiéve li bon gout dès bîres di Fleûru, parèt qu’ c’ èst lès qualités di
    s’-n-eûwe in tous lès cas. Li docteûr Charles Gailly dijéve toudi : “L’eau potable de
    Fleurus est l’une des meilleures connues.”, pétrez, , Fleûru dins m’ vikériye, p. 146.
    — Quelle pointe de chauvinisme !
  4. pétrez. . Idem. Ibidem.
  5. La recette a été mise au point par Jean Close (1788-1877), petit-fils du liégeois
    Bernard Close. « La recette du bernardin est, par la volonté de Jean Close, un secret
    qu’un seul pâtissier peut connaître par génération. Le succès de la friandise fut tel que
    le successeur de son « inventeur » en déposa la marque — « Sans pareils » — au greffe
    du Tribunal de Charleroi » léonard. L.. Fleurus: un vieux champ de bataille, des
    souvenirs <( Sans pareils ». Et un avenir. La Nouvelle Gazette du lundi 21 janvier 1980,
    p. 4. col. 3. Cf. Textes et documents : Annexe n° XXXIV.
  6. marinus, . Le folklore belge. Bruxelles 1974, t. 111, p. 7.
  7. Caroloregium valde concelebratur, p. 11.
  8. Fleurs us de Fleurus. p. 20.
  9. p. 38.
  10. pétrez. H., op. cit., p. 45.

 

 

(p.28) Les fêtes, jeux et divertissements

En plus « dè ‘l cavalcade dè l’ grande Pauke », « dè l’ grande dicauce, li dîmègne après l’ Fête-Dieû », et « li cène di Sint-Victôr, li patron d’ Fleûru, li dîmègne après l’ 21 di julèt’ » le Fleurus d’autrefois organisait des fêtes de quartier qui étaient loin d’être dépréciées… « Adon, on fièstève sint Djôsèf dins l’ reuwe di Tchèslèt, sint Roch à l’ tchapèle Sinte-Ane dins l’ reuwe di Namur… On fiéve min.me li dicauce à Plom’co, su l’ pont qui faît l’ frontiére inte li Haînaut èt l’ province di Nameur. » Pour terminer cette suite de « p’titès dicauces » on peut encore rappeler la fête à sainte Madeleine dans la rue de Bruxelles, celles du faubourg, de la Chaussée, du moulin Naveau, de la rue du Ry, du quartier de la gare, du Campinaire… sans oublier évidemment la ducasse du Bois du Roi 1.

Par exemple, pour les fêtes communales de juin 1870 et 1872 dont j’ai la satisfaction de pouvoir vous reproduire, dans la partie iconogra­phique, les programmes grâce à la bonne obligeance de Messieurs F. Barbier et P. Dallons, on peut attirer l’attention sur le fait qu’elles étaient d’abord annoncées par des salves de coups de canon, qu’elles faisaient appel à la participation des musiques locales telles que l’Union et Concorde et les Artisans Réunis, qu’elles comportaient déjà aux côtés de quantité de jeux populaires d’époque comme la course en sacs, des compétitions de jeux de balles 2, des courses de véloci­pèdes 3, des illuminations, des feux de Bengale et d’artifice… et aussi l’ascension d’un ballon. En fait, on combina même à l’ascension d’un ballon une compétition vélocipédique ; on parlait de grandes courses vélocipédiques au ballon, ce fut notamment le cas lors des fêtes de St Victor de juillet 1894 et des fêtes communales de juin 1895. En quoi ces courses pouvaient-elles bien consister ; comment étaient-elles organisées ? Référons-nous à un texte d’époque :

« A l’occasion des fêtes communales, de grandes courses vélocipé­diques au ballon sont offertes à tout coureur. M. Glorieux, l’aéronaute (p.29) bien connu, fera le 22 juillet (1894) une ascension sur son ballon « L’Éclair », à 5 h précises du soir. Il s’engage à atterrir dans un rayon maximum de 10.000 mètres.

Ci-dessous les conditions (sic): 1erprix 20F, 2eprix 15 F, 3eprix 10 F, en espèce ou valeur. Prix spécial de 5 F au coureur qui le premier atteindra le ballon. Inscription par coureur, un franc. Le montant total des inscriptions servira exclusivement à former des prix supplémen­taires de 6 francs. Départ : Grand-Place à 5 heures. Virage : lieu d’atterrissement du ballon. A rrivée : Grand-Place.

Les inscriptions seront prises au local du V.C.F. chez M. N. Lintermans, Grand-Place, jusqu ‘au dimanche 22 juillet à 3 heures de rele­vée 4. »

Mais c’est loin d’être tout, ces fêtes avaient également leurs forains 5. leurs bals populaires, et leurs concerts de musique 6. À ce sujet, je me dois de vous rappeler que Fleurus organisa dans les années mille huit cent quatre vingt et quelques — notamment en 1881 en 1882, en 1883 et en 1886, — dans le cadre de ses fêtes de juin et de juillet et à l’initiative également de sociétés locales patriotiques ou sportives, un festival d’harmonie 7, de fanfares et chants d’ensemble qui regroupa dans la ville jusqu’à 21 musiques et chorales qui, après un défilé promenade, donnaient un récital concours de deux morceaux sur le célèbre kiosque de bois 8 dressé, en pareille circonstance, au centre du grand marché.

Aux côtés des divertissements organisés spécialement pour les temps de fêtes, il faut tenir compte d’une multitude d’autres manifes­tations : des compétitions sportives et de gymnastique 9, des concerts et des représentations théâtrales. À cet égard, on peut rappeler que chacun des partis politiques traditionnels posséda et sa musique et sa troupe théâtrale : l’Union et Concorde et la Gaieté fleurusienne pour les catholiques ; les Artisans réunis et la Renaissance pour les libé­raux ; l’Harmonie ouvrière « La Fleurusienne » et la Voix du peuple pour les socialistes. Mais les difficultés socio-économiques de la seconde période de l’entre deux guerres, l’hiatus de la seconde guerre mondiale, l’engouement pour les nouvelles formules de spectacles de l’après guerre, portèrent de plein fouet, ou par étapes successives, des coups irrémédiables à nos sociétés précitées au point qu’aujourd’hui une seule soit parvenue à survivre : c’est l’Union et Concorde qui fêta en 1959 son centenaire.

En complément de tout cela, on doit encore citer les concours de pinsons et de pigeons, les combats de coqs, les championnats de coqs (p.30) chantants, le vieux jeu de bouloir ou de quilles, le spectaculaire couyon de Fleûru, dit « couyon minteûr » I0, les bonnes « Ribotes », les jeux d’enfants, de jeunesse (« aus mas ». « à l’ brîje ». « à l’paralmwin ») l2 qui sont entrés dans le passé et des organisations ou associa­tions telles que « la feuille d’étain » 13, le comité des dames de la ker­messe flamande 14, le comité de Fleurus Attractions15 qui, s’il n’est pas à l’origine des premières cavalcades, réglementa celles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

En résumé, autant de sociétés à caractère politique ou apolitique qui désiraient toutes, dans un même souci de philanthropie, à promou­voir les fêtes et le commerce local.

Pour terminer cette rétrospective, je rappelerai encore les fêtes de 1881 l6 s’inscrivant dans le cadre du cinquantenaire de la dynastie ; de 1902 organisées par les anciens militaires de 1870-1871 17, de 1906 en souvenir des combattants morts dans les plaines de Fleurus au cours des campagnes de 1690, 1794, 1815 18, de 1919 19 en l’honneur des glorieux combattants de la guerre 14-18… et je me limite délibérément à cette énumération.

(p.31) NOTES

 

  1. pétrez. , Fleûru dins m’ vikaîrîye, pp. 130. 131. theys (chanoine A.), Histoire
    de la ville de Fleurus, p. 66. 11 a même existé autrefois « une fête marchande appelée « la
    Herbatte. à la date du 29 octobre ». Cf. Textes et documents. Annexe VIII.
  2. Li djè d’ bale auquel H. Pétrez consacra le chapitre XIII de son Fleûru dins m’ vikaîrîye (pp. 93 à 121). dans lequel il ravive quantité de souvenirs des excellentes
    équipes fleurusiennes d’autrefois, fut l’objet quand ces équipes s’affrontaient sur leurs
    propres terrains,  de  relations  épiques dont je  vous en  fournis  un  exemple dans
    l’annexe IX qui comporte également un règlement de police sur le jeu de balle en 1901.
  3. Textes et documents. Annexe X. Règlement d’un concours de vélocipèdes
    en 1900.
  4. Journal de Charleroi et de l’Arrondissement du jeudi 12 juillet 1894. p. 1. col. 5
    et du dimanche 16 juin 1895. p. 2, col. 1.
  5. « Les forains commencent déjà leurs installations. Le clou, un magnifique
    carrousel à deux étages mû et éclairé à l’électricité. Allons enfants petits et grands, à
    cheval sur bidet. Amusez-vous, trémoussez-vous ! Vive le plaisir et la gaîté. » Journal de
    Charleroi et de l’Arrondissement du vendredi 20 juillet 1894. p. 3, col. 1. « Li dîmègne
    [dè l’ grande dicauce], li drénguèle fondéve come du bûre au solia èt pus d’ in côp, on
    ralève toûrpiner autoû di toute si pèkéye, péyant ène mastoke pâr ci in gros sou pâr là.
    C’ èst qu’ î gn-avéve li tir à pupes. Gn-avéve lès djès d’ tirlibibi avou sès pastiles come dès
    confètis aclapéyes su du papî. Li gravé d’ Gocheli avou s’ grafofone pa-d’zoûs ‘ne caîsse di
    vêre, qu’ on choûtève en stitchant deûs tûyaus d’ cayoutchou dins sès-orâyes. Èt lès
    tch’vaus d’ bwès da Nowèl qui s’ gros tchvau fréve toûrner. Èt lès fritures, lès balançwêres,
    lès saucisses di Boulogne… èt co télemint qu’ on grètéve sovint li fond dè l’ potche di
    s’ culote. » pétrez. , op. cit., p. 31.
  6. À titre d’exemple, je vous reproduis en l’annexe XI, un échange de correspondance comme il devait être fréquemment procédé lors des prises de contact avec les
    sociétés de musique sollicitées. En outre, vous trouverez dans la partie iconographique
    les photographies de plusieurs programmes de fêtes de Fleurus qui m’ont été commu­niqués par M. M. Dallons. Ces programmes dépliant en forme de diptyque ou de trip­tyque nous renseignent sur la participation régulière de nos fanfares locales, sur les grands bals populaires, sur la contribution de nos artistes locaux (le jeune virtuose Grumiaux en 1928. le baryton Joseph Maniet en 1930 et sur l’existence du carnet de bal donnant l’ordre des polka, valse, scottish, mazurka.
  7. Textes et documents. Annexe XII.
  8. Textes et documents. Annexe XIII.

9 Bien qu’il n’entre pas dans mes objectifs de vous renseigner sur la naissance des différentes sociétés sportives qui se sont constituées à Fleurus. Depuis un siècle, je
tiens néanmoins à vous préciser que fut formé en 1891 un cercle de gymnastique et
d’escrime « la Riposte » dont les membres organisèrent un groupe pour la cavalcade du
20 mars 1892.

  1. Cf. Textes et documents. Annexe XIV.

(p.32) Cf. Textes et documents. Annexe XV.

  1. Textes et documents. Annexe XVI.
  2. « C’est dimanche 2 février que le cercle de dames « la feuille d’étain fleurusienne » donnait sa première fête de charité. La vaste salle était littéralement bondée de monde et l’on peut dire que jamais à Fleurus, soirée n’a si pleinement réussi. La recette s’élève à la somme totale de 521 F 84 qui servira à l’achat de vêtements pour les enfants des écoles communales… » Journal de Charleroi du lundi 10 février 1896, p. 2, col. 2.
  3. « II est donné lecture d’une lettre en date du 26 août courant, par laquelle le
    comité des dames de la kermesse flamande sollicite l’autorisation d’établir une tombola
    au profit des pauvres de la commune.

« Le collège estime qu’il y a lieu d’accorder cette autorisation à la condition que le produit intégral de cette tombola sera exclusivement versé dans la caisse du bureau de bienfaisance et que toutes les opérations y relatives se feront sous le contrôle de cette administration ; le tout devra être terminé dans le délai de un mois de la notification de l’autorisation. » … » A. E. Mons. Archives communales de Fleurus. Registre des délibé­rations du collège échevinal du 21 janvier 1888 au 31 août 1907. Séance du 28 août 1896.

  1. « Notre bonne ville n’aura donc plus rien à envier à nos grandes cités. Voici que
    vient de se fonder Fleurus-attractions. Ce cercle qui renferme dans son sein nos princi­paux commerçants et toute notre jeunesse — et ce sans distinction de parti politique — va
    organiser pour le jour de Pâques 1907 une grande cavalcade qui laissera loin derrière elle
    tout ce qu’on a vu à ce jour. Le comité de Fleurus Attractions fera avec son orchestre une
    sortie en ville le jour du mardi gras, et il y aura le soir bal sur la Grand-place » Journal de
    Charleroi du mardi 12 février 1907, p. 3, col. 6. En fait, des cercles X Attractions de même
    que des cercles de dames de la kermesse flamande étaient en vogue à l’époque dans nos
    communes carolorégiennes. Et, à mon humble avis, ce Fleurus Attractions créé en 1907
    ne devait être que la continuation remaniée, ou une relève du précédent cercle du même
    Car l’organisation des cavalcades de 1892 et de 1905 est déjà revendiquée par un
    Fleurus Attractions.
  2. Textes et documents. Annexe
  3. « Fleurus. — La société les anciens militaires ayant pris part aux événements de
    1870-1871 en Belgique pendant la guerre franco-allemande organise dimanche [14 septembre] de grandes fêtes. Un concert sera donné dans le parc de M. Victor Denis (ancien
    parc de Zualart) à 3 1 /2 h par la fanfare royale de Nivelles, sous la direction de M. Paulin
    Marchand et à 6 h par la fanfare les Amis Réunis de Wavre, sous la direction de
    E. Waucampt. Un bal aura lieu ensuite ». Journal de Charleroi du vendredi 12 sep­tembre 1902, p. 3. col. 4.

18 « Fleurus. — Une fête historique. Sous le nom de « Fête du Moulin Naveau »,
la ville de Fleurus organise pour dimanche prochain 26 août, de grandes festivités à la
gloire des héros morts au champ d’honneur dans les plaines de Fleurus, au cours des
campagnes de 1690. 1794 et 1815. Voici le programme de la journée de dimanche : À
6 heures du matin, réveil de la ville par 100 coups de canon, le son des cloches et les
sonneries des clairons ; à 10 heures, réunion des habitants en face du Moulin Naveau où
se tint l’Empereur pendant la bataille. Apparition de Napoléon du haut du moulin. La
Marseillaise et la Brabançonne se feront entendre pendant que Napoléon, en signe
d’alliance avec le peuple, unira les drapeaux français et belge. Le cortège, composé des
musiques et des soldats de l’Empire et de la République, parcourra le champ de bataille.
À midi, rentrée dans Fleurus des héros accueillis par les gracieux sourires des jolies
Fleurusiennes, les couvrant de fleurs pour symboliser le retour des Français. La ville sera
pavoisée. Le soir, bal et feu d’artifice. » Le Journal de Charleroi du vendredi 24 août 1906, p. 3, col. 4.

19 Dans la partie iconographique, cf. le programme de la fête patriotique organi­sée les 6. 7, 8 et 9 septembre 1919 au cours de laquelle Fleurus eut l’honneur de pouvoir recevoir la musique du 1er régiment des Guides.

 

 

DEUXIÈME PARTIE

La cavalcade

 

(p.35) Ses origines, ses premières années

 

Li cavalcâde dè l’ grande Pauke à Fleûru a vèyu l’ djoû divant mi : dèviès 1880, si dji compte bén. Par cette phrase, H. Pétrez avait déjà posé le complexe problème de l’origine de la première cavalcade de Fleurus 1.

En effet, si tout porte à croire que les balbutiements de notre cavalcade remontent bien à l’époque de 1880, je n’ai pas pu découvrir, à mon grand regret, le document, le texte officiel qui puisse entériner l’événement2.

  1. — Nous sommes à l’époque où la ville de Charleroi fêtait le 20e anniversaire de sa cavalcade, le 50e de ses premières manifesta­tions carnavalesques et s’était appropriée l’hégémonie folklorique dans la région tout entière sans oublier de préciser tous les profits commerciaux qu’elle en retirait3. On se déplaçait en groupes de toute part, même de Fleurus, pour assister ou participer à cette cavalcade carolorégienne, spectacle de fantaisie, d’amusement, de philanthropie, mais aussi — et répétons-le — organisé avec le souci de promouvoir le commerce local. Or, au cours des années qui précédèrent cette dite période de l’année 1880 et encore parmi celles qui la suivirent, on assiste conjointement dans la région du Centre à un véritable essai­mage du Gille de Binche et à l’apparition de cortèges carnavalesques rassemblant fanfares, harmonies, chars et groupes folkloriques locaux ou régionaux 4. Nous sommes donc à une époque pendant laquelle on assiste au démarrage d’un néo-folklorisme, et par voie de conséquence à la formation de quantités de groupes, de sociétés et même de nou­velles manifestations qui ont. vont ou sont en passe de fêter leur cen­tenaire ; et, c’est le cas, en cette année 1980, pour notre cavalcade du dimanche de Pâques.

Devant cette véritable psychose qui marqua donc la wallonie hennuyère dans le dernier quart du XIXe siècle, on peut estimer que dans notre petite ville, qui se voulait bourgeoise et commerçante, d’aucuns trempés de « l’esprit bien fleurusien » mais aussi soucieux des profits qui pourraient en découler décidèrent de constituer un ou (p.36) des groupes, de former un comité des fêtes — un premier Fleurus-Attractions peut-être — et d’organiser enfin, à l’instar de ce qui exis­tait déjà dans d’autres villes et communes une journée de réjouis­sances, à caractère philanthropique avec pour objectif de revivifier le commerce local en attirant annuellement en nos murs bon nombre de personnes des communes avoisinantes.

La tradition orale nous rapporte d’ailleurs que tout aurait com­mencé par des « masques » que des bourgeois auraient portés le jour de Pâques. Après ces masques, groupes non organisés au départ, de premières sociétés auraient été constituées et finalement une caval­cade aurait été envisagée: mais est-ce seulement à partie de 1884 quand certains ont souhaité organiser une cavalcade au mois de mai 5 ou bien un premier cortège, quelle qu’en soit son importance, avait-il déjà été formé au cours de l’une des années précédentes ?” Voilà l’importante question à laquelle je ne peux hélas ! apporter de valables arguments de réponse !

De là, s’expliquent d’ailleurs les hésitations, les anomalies même dans les titres des journaux qui présentèrent la cavalcade entre les années 1946 et 1955, année au cours de laquelle les autorités respon­sables de son organisation ont vraisemblablement décidé qu’on pou­vait, en se référant peut-être à des documents dont j’ignore l’existence ou en se rapportant à des souvenirs plus précis recueillis par la tradi­tion orale, faire coïncider le 75e anniversaire de l’origine de notre cavalcade avec le 800e anniversaire de notre charte urbaine octroyée en 1155 par le comte de Namur Henri l’Aveugle. Et, depuis cette année 1955, toutes les publications qui présentèrent la cavalcade ont titré leurs manchettes en se conformant à celle du 75e anniversaire d’où le centenaire que l’on fête en cette année 1980 6.

Quoiqu’il en soit, le nom d’un fondateur de groupe ou (et) de cortège, celui de Fernand Bivort est parvenu jusqu’à nous et des groupes tels que les Bohémiens et les Buffalos remonteraient avant ou vers les années 1887. Enfin, s’il nous faut attendre l’année 1892 avant de pouvoir vous parler d’une réelle cavalcade fleurusienne, je suis convaincu que celle-ci n’était pas la première organisée par le comité de Fleurus Attractions quand on se penche sur l’importance des groupes qui la composaient et sur la minutie avec laquelle elle fut préparée et organisée.

Cette cavalcade de 1892 si je peux vous la présenter avec autant de précisions en l’annexe XVIII 7, c’est grâce à M. P. Dallons qui avec beaucoup de complaisance et de gentillesse, m’a communiqué le texte de son programme ; car, la presse de l’époque, entre autre le Journal de Charleroi, seule gazette que j’ai pu, pour cette année et les sui­vantes, consulter à la Bibliothèque communale de Charleroi, reste (p.38) muette à propos de cette manifestation. Ce mutisme d’information revêt-il nécessairement un caractère d’opposition politique ? Cela peut être envisagé ! Mais alors, dans ces conditions, on doit également reprocher à nos édiles communaux de la fin du siècle dernier, bien que le nom de leur responsable, le Bourgmestre figure par exemple au bas du programme de 1892, une certaine réticence à diffuser cette manifestation et de ne pas s’y être intéressés comme ils auraient pu le faire. En effet, je n’ai pas relevé avant les années 1907-1908 mention de la cavalcade dans les registres de délibérations du conseil commu­nal que j’ai consultés aux archives de l’État à Mons.

En l’occurence, nonobstant les réserves et les oppositions poli­tiques qui ont existé 8, je crois que nos anciens édiles communaux se sont trop longtemps attachés à vouloir, en priorité, soutenir les frais des ducasses communales et fêtes de quartiers, ont trop attendu pour rénover, rajeunir de leur propre initiative l’organisa­tion des fêtes et subsidier cette cavalcade en lesquelles, heureuse­ment, des bourgeois, des commerçants, des jeunes, quelles que soient leur opinion ou conviction, ont finalement fondé leurs espoirs et uni leurs efforts pour éviter que Fleurus ne sombre alors dans une torpeur économique 9.

La regrettable carence des sources m’amène forcément à passer, sans transition de l’année 1892 à l’époque de la première décade du XXe siècle. En 1905, un comité Fleurus Attractions nous annonce un grand cortège carnavalesque pour le dimanche de Pâques, 26 mars. Deux ans plus tard, en 1907. la cavalcade est organisée par un nou­veau comité de Fleurus-Attractions I0; et. sollicité pour contribuer à la réussite de cette fête, le conseil communal vote à l’unanimité un subside exceptionnel et extraordinaire de 1000 11 “. Devant ce grand geste de la ville, le comité organisateur renouvelle ses sollicitations auprès de nos mandataires pour la préparation de la cavalcade et des fêtes de 1908. et va même jusqu’à demander le double de ce qui lui avait été octroyé l’année précédente, soit deux mille francs. Cette somme était exagérée. Il y eut divergence de vue. au sein du conseil communal, entre la majorité et l’opposition : les catholiques propo­saient d’accorder un subside de 1500 F tandis que les libéraux souhai­taient qu’on s’en tienne au chiffre de l’année précédente :  1000 F. Après vote majorité contre opposition, les 1500F furent finalement alloués 12, montant énorme pour l’époque qui va ainsi permettre en y ajoutant le produit des collectes et des dons d’attribuer en   1908 3.500 F de prix en espèces l3. C’est d’ailleurs à cette cavalcade, préci­sons-le déjà, qu’un groupe de Gilles, celui de Carnières, s’est mani­festé pour la toute première fois à Fleurus, groupe que nous retrou­vons aussi à la cavalcade de 1910 14.

(p.39) Ensuite, avant même d’invoquer la cassure des sources due à la première guerre mondiale, je me trouve à la fois devant un nouvel hiatus ou au moins devant une situation ambiguë : en effet, dans le Journal de Charleroi des années 1911 et 1913, j’ai relevé un pro­gramme de fêtes de Pâques qui ne fait pas allusion à une caval­cade 15 ; alors que, par contre, dans un autre article intitulé « Fleurus — À propos de cavalcade », paru dans le même Journal de Charleroi mais en 1949. On peut lire cette phrase « c’est ainsi que vers les années 1912 ou 1913, les Fleurusiens représentèrent les Girondins, scène de la révolution française » 16. C’est par cet exemple de l’aspect parfois discordant des renseignements recueillis que je clôture cette esquisse des premiers temps de notre cavalcade. J’aurais souhaité vous affirmer à  partir de  quelle  date  exactement  notre  cavalcade  cessa  d’être l’ébauche d’une manifestation carnavalesque pour devenir ce cortège bien cohérent et organisé qui nous apparaît en 1892 (j’avance néan­moins la fourchette des années 1884 à 1892). J’aurais voulu également vous indiquer avec beaucoup plus d’exactitude les coupures qu’elle a pu connaître dans sa représentation avant la première guerre mon­diale ; car. depuis sa reprise ; dès les premières années de l’entre deux guerres, elle s’est déroulée, cette fois, sans interruption jusqu’à nos jours (excepté évidemment les interruptions conséquentes au second conflit mondial). Mais, pour répondre valablement à ces problèmes, il aurait fallu recourir à une investigation plus approfondie des sources ; ce à quoi, je n’ai pu hélas m’attacher devant le temps de recherche qui m’était imparti.

Malgré ces réserves, on peut affirmer que notre cavalcade du dimanche de Pâques s’est faite connaître dans la région d’abord, dans le pays ensuite, et même plus récemment en dehors de nos frontières par les sociétés étrangères que nous avons sollicitées.

Qu’elle remonte à l’époque dite du néo-folklorisme, certes ! Mais indéniablement, la cavalcade de Fleurus fait aujourd’hui partie, à part entière, du folklore permanent de la Belgique puisqu’elle est citée dans les guides touristiques et dans les récents ouvrages traitant du folklore national l7.

Et, pour conclure, le centenaire convaincra, je l’espère les plus sceptiques des folkloristes qui « ne considèrent comme « folklo­riques » que les faits issus d’une tradition ayant un siècle au moins »    .

 

(p.40) NOTES

  1. Fleûru dins m’ vikaîrîye, 45.
  2. infra, note 6.
  3. lempereur, ,  Les loisirs du  Carolorégien,   Ducharnoy  à Cosmopolis in
    caroloregium valde concelebratur.
    p. 339. « La cavalcade — La première se déroula avec
    grand succès le dimanche de la mi-carême 1860 — allait remplacer la bouffonnerie ;
    parfois excessive, des anciens amusements, par un spectacle de fantaisie, philanthro­
    pique et commercial. » — pinon, R., Panorama des traditions populaires in Carolore­
    gium va/de concelebratur. p. 285. « II semble que le carnaval de Charleroi date de vers
    1830. C’est à l’occasion de celui-ci que les sociétés de bienfaisance faisaient leur sortie,
    joignant le plaisir à la philanthropie. On vendait des chansons, notamment, au profit
    des pauvres. C’est dans un petit livret de circonstance que Jacques Bertrand publia sa
    première chanson Les petites misères de Mme Chouflot. » — pinon, R., Notre folklore in
    dossiers du C.A.C.E.F. — Rencontres numéro spécial double 1974 (18-19). p. 7. « De
    même la fondation de Charleroi en 1666 enlève à Fleurus, Châtelet et Marcinelle leurs
    chances de prétendre à l’hégémonie culturelle et folklorique sur la région ».
  4. glotz. S.. Le carnaval de Binche, Gembloux 1975, pp. 26-27 « C’est vers cette époque [± 1860] que la prospérité du carnaval de Binche et la renommée croissante de ses Gilles ont valu à ceux-ci des imitateurs. Le renouveau industriel de la région favo­rise cette imitation. La première date certaine d’émergence du phénomène se situe en 1862, à Morlanwelz… Dans toutes les communes du Centre, c’est sur le modèle binchois que le carnaval sera créé, souvent de toutes pièces. » — meurant, R. et van der linden. R.. Folklore en Belgique, Bruxelles 1974, p. 12. « Tous ces Gilles locaux qui animent les carnavals, du Centre, du Borinage et du Pays de Charleroi ; tous ces Gilles qui assurent le spectacle dans la braderie du quartier comme à l’exposition d’Osaka ne sont, pour les Binchois, que des imitateurs. Imitations qui datent parfois d’un siècle, il est vrai. Car. c’est depuis 1860, que l’usage a essaimé en se dégradant, dans les localités proches de Binche. » — glotz. S., Les carnavals de Belgique in La Belgique, vue par les Écrivains du Tourisme. Bruxelles 1962, p. 146. « Capitale incontestée de cette terre de travail et de commerce. La Louvière réussit à faire richement les choses. Son grand cortège carnavalesque rassemble des dizaines de groupes, fanfares, sociétés locales ou régionales et étrangères ; il est devenu depuis belle lurette (sa création remonte aux environs des années 1883-1890). l’une des plus belles cavalcades du pays ».
  5. Textes et documents. Annexe XIX.
  6. Si on ne peut avancer avec certitude l’année 1880 pour une réelle cavalcade,
    plusieurs éléments, plusieurs faits nous portent néanmoins à croire que ses premiers pas
    remontent bien à cette époque :
  7. a) — Journal de Charleroi et de l’Arrondissement, du jeudi 1″ avril 1880, p. 2, 4. « Fleurus. — C’était lundi la foire aux chevaux et bestiaux. Les fêtes de Pâques avaient donné à cette foire un attrait de plus. Aussi, la ville a regorgé de monde ce jour-là, jusque bien tard dans la nuit ». Même si ce texte n’est pas exhaustif pour justifier une manifestation carnavalesque, il nous prouve néanmoins l’existence de réjouissances (p.41) à Fleurus en ce jour de Pâques. En effet, tout peut porter à croire que la cavalcade est venue s’imposer, dans le cadre de festivités déjà existantes, quand on se réfère aussi à la tradition des « Nonores » du lundi de Pâques.
  8. Journal de Charleroi, du dimanche 20 mars 1932. p. 3, col. 7. « Il y a plus
    de 40 ans qu’on la [= la cavalcade] renouvelle chaque année. »
  9. Journal de Charleroi,. du mercredi 25 mars 1953, p. 2, col. 5. « Cette année
    ce sera, la 72e sortie de la cavalcade de Fleurus. Certains se rappellent encore les sorties
    de 1880 sous la présidence de Fernand Bivort. En ces temps, le cortège comportait
    surtout de nombreux chars édifiés par les firmes locales et régionales. » — Par contre, le
    Journal de Charleroi. des lundi 29 et mardi 30 mars 1948. indique la 69e cavalcade ;
    celui du vendredi 15 avril 1949 renseigne la 64e cavalcade ; celui des lundi 10 et mardi
    11 avril 1950, revient à titrer la 69e cavalcade, et celui du mardi 8 avril 1952 avance le
    chiffre 70.
  10. Journal de Charleroi, des lundi 11 et mardi 12 avril 1955. p. 8. « Fleurus fête le 75e anniversaire de sa sortie de Pâques et le 800e anniversaire de la création de la »
  11. Textes et documents. Annexe XVIII.
  12. Textes et documents. Annexe XIX.
  13. a) — Journal de Charleroi et de l’Arrondissement, du vendredi 5 juin 1891,
    3. col. 3 et 4. La jeunesse de Fleurus a montré dimanche dernier ce qu’elle savait
    faire. Grâce au dévouement de la Société d’Escrime [= la Riposte] qui avait pris l’initia­tive d’organiser brillamment les fêtes de cette année, on a pu voir des réjouissances comme on n’avait plus vu depuis vingt ans…. Malgré la crise commerciale qui sévit en ce moment on aurait grand tort de se plaindre de l’animation qu’il y avait dimanche dernier…. Courage, jeunes et vaillants fleurusiens, si vous continuez de la sorte, dans quelques années, on pourra s’amuser à Fleurus aussi bien qu’on s’y amusait il y a vingt ans. «
  14. Journal de Charleroi et de l’Arrondissement, du mercredi 6 juin 1894, p. 2,
    5. « L’Union des commerçants nous donne encore une nouvelle preuve de la vérité
    de notre devise nationale : « L’Union fiât la force ». Fondée depuis très peu de temps,
    cette société dont la politique est rigoureusement bannie, compte déjà près de deux cents
    membres, tous les fleurusiens reconnaissant sa bonne organisation s’empressent d’en
    faire partie. Le comité, quoique pris au dépourvu, a su mener à bonne fin et dans un
    accord parfait des partis : nos fêtes communales. Il organise pour le 22 juillet à l’occa­sion de l’inauguration de la Société de grandes festivités publiques ; les meilleures sociétés de musique de notre bassin les rehaussent de leur brillant concours. Puisse le comité, d’aille urs composé de membres influents, sérieux et actifs, réveiller Fleurus de sa torpeur, et refaire de notre gaie petite ville, la réjouissante capitale du royaume des plaisirs. »
  15. Journal de Charleroi, du lundi 27 avril 1903. p. 3, col. « … pourquoi
    s’obstine-t-on à laisser cette organisation [celle des fêtes] à un triumvirat de gens trop âgés ? Les fêtes sont faites et doivent être faites par la jeunesse, que diable ! C’est elle qui répand la gaieté, l’entrain et la vie ; si l’on veut que le commerce profite des festivi­tés ; il est indispensable d’attirer l’étranger et pour cela, il faut du nouveau et autre chose que l’éternel concert, fût-il même militaire !. formant le seul clou de nos réjouis­sances publiques.»

 

  1. supra. Les fêtes, jeux et divertissements, note 15.
  2. « Le comité des Fêtes (je crois que l’on peut lire Fleurus-Attractions) par lettre en date du 4 février courant sollicite un subside de 1000 F pour l’organisation d’une cavalcade, le dimanche 31 mars prochain (jour de Pâques). À l’unanimité, le conseil alloue la somme de 1000 F à titre de subside exceptionnel et extraordinaire ». 4e objet (p.42) de l’ordre du jour de la séance du conseil communal du 15 février 1907. A. E. Mons. Archives communales de Fleurus, Registre des délibérations du conseil communal du lOjuillet 1903 au 11 juillet 1908. p. 151.
  3. Textes et documents. Annexe XX.
  4.  Journal de Charleroi. du mardi 10 mars 1908, p. 2. col. 6. « Les commerçants
    fleurusiens ont compris leurs intérêts et la collecte faite pour réunir les fonds nécessaires
    à l’organisation, a réussi au-delà de toute espérance. Déjà de toutes parts, groupes,
    musiques, chants se sont inscrits ; et cela n’étonnera personne quand on saura que
    Fleurus-Attractions attribue 3.500 F en espèces… »
  5. Journal de Charleroi, du samedi 4 avril 1908. p. 5. col. 2. « Outre les beaux
    groupes que nous avons vus l’an passé et qui se font un devoir de nous revenir, nous
    aurons des groupes nouveaux de toute beauté tels : les Gilles de Carnières… » Et, ces
    Gilles auxquels le jury de 1908 décerna le 1er prix hors concours, sont de nouveau cités
    parmi les groupes les plus spectaculaires qui formèrent la cavalcade de 1910. Cf. Le
    Journal de Charleroi, des lundi 20 et mardi 21 avril 1908. p. 4. col. 3 et du dimanche
    27 mars 1910. p. 3. col. 1.
  6. Textes et documents. Annexe
  7. Journal de Charleroi. du mercredi 13 avril  p. 5. col. 3. eu égard aux
    documents publiés en l’annexe XXI, il faudrait considérer que ces Girondins fleuru­
    siens. sont sortis en 1912 !
  8. par exemple. Le Guide Bleu de la Belgique et du Grand-Duché de Luxem­
    bourg. Folklore de Belgique : Guide de manifestations et des musées. Groupe Clio 70,
    p. 80, col. 2 et Textes et documents. Annexe XXII.
  9. J., Guide du folklore permanent en Belgique, Bruxelles 1974, p. 9.

 

 

(p.43) Son organisation, son évolution

Organisée dans l’esprit de promouvoir le commerce local, tout en voulant lui donner et lui conserver presque jusqu’à la veille du second conflit mondial un caractère philanthropique ; soutenue, subsidiée par les autorités communales, les commerçants, et brillamment présentée par des comités des fêtes très dynamiques, notre cavalcade du dimanche de Pâques a finalement rallié en sa faveur toutes les opi­nions, a reçu l’appui financier généreux de la population et est deve­nue le centre de trois agréables journées de festivités qui débutent le samedi dans l’après-midi pour ne se terminer que bien tard dans la soirée du lundi ‘.

Aussi allons-nous passer chacun de ces trois jours en revue.

En sus de l’affairement d’autrefois des ménagères empressées par la cuisson de leurs tartes, le samedi de Pâques fut le jour choisi pour des expositions ou concours d’étalages, pour la grande retraite aux flambeaux avec notamment la participation des trois musiques locales, pour des compétitions sportives telles que des courses cyclistes, des jeux de balle qui se déroulaient également parfois le lundi, et tout récemment du basket-bail, pour les sorties vespérales de l’Union et Concorde de la dernière décade ; et enfin… ce samedi reste et restera, je l’espère, pour les petits comme pour les grands, le jour de l’ouverture des loges foraines, le jour du départ de trois « bonnes » journées de liesse au cours desquelles les soucis s’estompent et le caractère fleurusien reprend le dessus en dépit des tracasseries ou des déboires du monde d’aujourd’hui2 !

C’ èst l’ dîmègne dè l’ grande Pauke au matin. On-èst co stauré dins sès sâyes viès neuf, dîj eûres, pace qu’ on-a d’djà faît ‘ne pitite sôrtiye li sèmedi au nût. Come dins in sondje, on ètind dè l’ musike ; on drouve sès-oûys, à craye, on wèt in rè d’ solia qui djibote èt glawine, vént moustrer sès cwanes au truviès dès ridaus. On bise wôrs di s’ lét, on-èst près’ en in rén d’ timps, on mindje in boukèt d’ taute à l’ vinvole ; on-èfile l’ uch di s’ maujo sins taurdjî èt on-èst su l’ reuwe… C’ èst l dîmègne dè l’ grande Pauke…

(p.44)

Qué oneûr, l’ invité d’ oneûr a rèspondu à l’ ‘priyére dès Fleûruzyins. Il èst là-woût qu’ i fét sine bondjoû : in bondjoû si aviné (gentil), si tchôd. qui tous lès visâdjes, riglatichant d’ jwèye, si lèvenut viès l’ ciél pou li r’mèrci d’ awè bén v’lu èvoyî l’solia pou lûre su lcavalcâde. Dèdjà dès notes di musike sipitenut ‘ne miyète di tous lès costés ; lès côps d’ mayoche su lès pias d’ baudèts stonenut au lon. Gn-a d’djà dès groupes dins lès reuwes qu’ è vont viès leû locâl, mwin.nés pa dès membes du comité qu’ ont l’ aîr ène miyète jin.nés pa-d’zous leû buse qu’ a cor in p’tit gout d’ naftaline ou d’ tchamoussé. Lauvau, dins l’ reuwe du ri, on ètind lès Djîles « arlicoter leûs apèrtintayes » (secouer leur attirail – dialecte du Centre) ; on-ècoûrt, èt pus’ qu’ on-aproche, pus’ qui leûs érs, scoris à côps d’ makètes su lès tambours, vos pudenut, vos r’toûnenut, vos strindenut, vos agrifetéyenut (saisir violemment), cwârzinoche (entièrement, corps et os). On-è-st-èmacralé : on voûréve danser, fé clatchî sès chabots su l’ pavéye, sikeûre sès sonètes, lèver s’ brès au woût, avou n ‘ bèle oranje au d’dibout, mins on n ‘ sét fé qui d’ racrapoter ses ôrtès dins sès solés, ossî sès pougns dins sès potches…

On continûwe djusqu’à l’ istâcion pou vîr lès djins diskinde dès trins ; quél aboulâdje, mès-èfants ; on-a bon di vîr çoula ; i gn-aurè co du comèrce dins Fleûru. I gn-a d’djà.

On rèscontère in camarâde, on bwèt in vêre droci, ‘nn’ arive èn-aute, i lès rimplit drolà. Bénrade, on-è-st-à chîj’ sèt’, on r’trouve dès vîs soçons ; on sôrte d’ in cabarèt pou rintrè dins èn-aute ; on s’ èstchaufe, on raconte dès couyonâdes, djintimint on-atauche lès coméres, on-a du pléji, on rî. Mins ‘là in tireû d’ pôrtréts : on s’ mèt tèrtous d’vant s’ bwèsse èt, saquants minutes après, on-z-è-st-avou l’ papî qu’on stitche dins s’ potche pou lriwétî pus taurd. t on-z-èst co bén pus taurd… Alôrs’, on-z-èst mouwé (ému) djusqu’au trèfond di s’ keûr à l’ souvenance dès bias djoûs di s’ djon.nèsse… èvôye pou toudi.

Seûlemint lès eûres du matin ridenut, vè-le-là passé éne eûre èt d’mîye ! Il èst timps d’ ènn’ aler mète si vinte sous forme s’ on vout ièsse d’ asto pou l’ rèstant dè l’ djoûrnéye. Èt on-èrva, brès d’zeû, brès d’zous, en tchantant, nén cor à plin.ne vwès, mins toudi fwârt assez pou qu’ lès wétants pinsenuche : « Là, wé,  dès céns qui sont bén èlondés pou l’ après-din.ner ! »

Maugré ‘ne pitite saboule (semonce) auzès r’târdatéres, on-a bén mindjî, à make, on-a rimpli s’ djéve ; on ‘nn’ a r’naké (laissé sur son assiette) su pont di p’tits ni d’grands plats qu’ èrvont tèrtous à vûde. Faut cwêre qui lès vèrkins qu’ on-avéve tûtès avéne fét ène fameûse trawéye dins li stoumak. Li man.man èst binauje qu’ on s’ ralètche èt lès p’tits vêres di vén chûvenut. Umm ! qui ça èst bon ! Vos dîrîz du v’loûrs ; on lève si vêre djusqu’à sès-oûys, qué couleûr ! Is clignotenut en wétant l’ djus di rwéjins qui nos vént dè l’ bèle France.

(p.45)

Bén r’guèdé (rassasier), on va pou wétî passer l’ cavalcâde. On-èfile lès ruwales, pauzès drîs pace qu’ on n’ sauréve dèdjà pus aujimint dis­kinde li reuwe du ri pou prinde place à l’ fènièsse ou di là-woût dè l’ maujone d’ in camarâde ou co d’ in cabarèt où-ce qu’ on-è-st-abituwé. Li solia ni nos-a nén quité, i fét dès figues (rivaliser avec succès) auzès jendâme, c’ èst li qu’ è-st-à l’ tièsse du cortêje.

ç’ ti-ci qui toûne à l’ cwane di l’ avenuwe di l’ istâcion. Après lès jendâmes, lès groupes si disployenut divant nos ouys, intrè deûs-âyes di djins, sèrés come dès cigâres d’ in liârd, su lès trotwèrs. Èt l’ ruban continuwe à s’ disrôler, i si stind, si stind, djusqu’à su l’ tiène. Dè lmusike à tout spiyî. Lès-érs si dispitenut pou mouchî dins lès-orâyes après awè r’djiglé (richocher) conte li d’vanture dès maujones. Dès swèves, dès v’loûrs, dès pièles di toutes lès couleûrs di l’ ârc-en-cièl riglatichenut dins lès rès du solia, on-a pau d’ sès-oûys pou wéti. Èt tout çoula danse, sautèle, zoupèle (bondir), wèspîye (frétiller), si comèle, si cotape, si skeût, si bén qu’ i chène qui tout ç’ qu’on wèt chût l’ trét (mouvement –suivre le) : lès wétants djigotenut, lès pavés cabourenut, lès maujos bârlokenut. Dins ène bêle vwèture, bén gârnîye avou dès fleûrs di papî, satchîye pa dès r’lûjants tch’vaus, saquantes du comité si palantenut (s’étalent) avou l’ rin.ne dè l’ cavalcâde èt sès d’mwèsèles d’ oneûr. Su leû tièsse, leû buse èst mèteuwe chûvant l’ caractêre du cén qu’ èst pa-d’zous ; ène miyète su lès-oûys du cén qui rumine ; dins l’ anète d’ èn-aute qu’ in.me li solia èt l’ bon timps ; su l’ costé pou lès cens qu’ ont l’ goyî bén aforé ; dwète come én-î pou lès membes qui n’ crankîyeréne nén pou ‘ne brike d’ ôr. Mins leûs visâdjes diyenut qu’ is sont contints qui l’ fièsse prind bén, pace qu’ i d’mèrerè dès pètales (monnaie) dins Fleûru, èt qui ç’ djoû-la fét dè l’ rèclame pou toute l’ anéye. Li cén qui wéte ni pout mau di s’ figurer li travây, lès rûjes, lès-embétemints qu’ ène pougnîye di dévouwés ont ieû pou-z-èmantchî tout l’ bazâr. Oussi, ça n’ èst qu’ djusse qu’ on clatche dès mwins quand is passenut.

Mins là lès Djîles qui sont-st-à lqueuwe. Come c’ èst l’ dèpârt, is n’ ont nén ieû biacôp l’ timps d’ ièsse in quârt d’ eûre en r’târd su l’s-autes, mins ça vérè, n’ eûchîz nén peû. I gn-a tant dès tchapèles à Sint-Goyî ! N’ èspétche qui c’ èst lclau du cortêje, èt no p’tit payis dwèt ièsse riconechant auzès Binchoûs di nos-awè aurdé (gardé) ène pâdje di folklôre qui l monde ètîr admire. Qui ça î èst bia ! Lès bèlès plumes dès woûts tchapias chûvenut lès mouvemints dès danses dès Djîles, qui lès trinte, quarante musicyins du Cente èt d’ Fleûru clatchenut wôrs di leû-n-instrumint : vos dîrîz qu’ is stitchenut dès copiches dins leûs djambes.

Pa d’vant, is sont la cint-cinkante, put-ète, lès p’tits gnon-gnons (très petits) ; alôrs’, lès gamins, lès djon.nias èt lès-omes, tèrtous zoupelant, skeûjant lès sonètes à côps d’ rins, tout en-èvoyant dès-oranjes, avou adrèsse, fwace ou doûceû, ça dèpend. après ltièsse d’ èn-èfant, (p.46) d’ in camarâde, d’ in maucontint, d’ ène pitite pouyète aus bias-oûys…

Après awè fét quasimint l’ toûr di Fleûru, dansé dins toutes lès reuwes, c’ èst l’ raploû (rassemblement) su l’ grand mârtchi, où-ce qui lès groupes vont fé d’ leû mia pa-d’vant lès jujes, pou vîr qu’ èst-ce qui gangnerè lès baniéres. Adon, c’ èst tout l’ monde qui danse avou lès Djîles, c’ èst lès reuwes, nwâres di djins qui rîyenut, tchantenut, sautèlenut. C’ èst li p’tit mârtchi, plin come en-oû, li bon momint pou lès barakîs. On s’ rapure (choisit, trie) à saquants bons camarâdes ; on wéte di rèscontrer dès-avinéyès djon.nètes, on lieû paye in toûr à tch’vau d’ bwès, in russe à l’ friture, in bon vêre di bîre èt l’ conechance èst fête. En binde, on ‘nn’ îrè su l’ danse pèter dès polkas, mazurkas, scotichs, èt rîre come dès bossus en dansant l’ lancier. Come rècompinse, on-aurè l’ pléji dè lieû choufler dès p’tits doûs mots dins l’ orâye, dè lieû fé dès doûdoûches ; di tènawète lieû voler in bètch à l’ vole, en lieû d’djant qu’ on lès wèt voltîy… 3 »

Après cette description d’Henri Pétrez, admirablement coloriée, chatoyante, pleine de chaleur et d’esprit, j’ose espérer que vous accep­terez de recevoir une relation très « radioscopique » de la journée du dimanche de Pâques de nos dernières décades4.

Dès 7 h, les sabots martèlent le sol, les apertintailles cliquettent, les tambours battent l’air bien caractéristique. C’est la prise à domicile des Gilles qui commence, c’est l’éveil de la cavalcade, c’est la forma­tion du cortège matinal.

Pendant ce temps, s’amènent les groupes invités qui, à partir de 10 h, sont appelés à défiler dans les rues, pour se faire connaître et applaudir, mais aussi pour offrir à la population tout entière un con­cert promenade apéritif. Depuis l’époque de l’immédiat après guerre jusqu’à quelques années d’ici (soit au moins de 1947 à 1974), au même moment, se déroulaient sur la Grand’Place les matches de basket-bail organisés par la C.E.P. et entre 1948 et 1955 l’administration commu­nale reçut à 11 h, avec cérémonie au monument, la Fraternelle de la 5e brigade 5.

Vers 12 h. à l’Hôtel de Ville, les autorités communales accueillent les délégations des groupes et sociétés qui vont participer au cortège de l’après-midi et congratulent le ou les gilles jubilaires ou d’autres personnes ayant apporté durant de longues années une précieuse contribution à la réussite de la cavalcade.

Après un repas frugal et un bref repos pris dans leur café d’accueil respectif, les groupes se reforment vers 14 h et se dirigent vers le quartier de la gare d’où doit partir vers 15 h, le cortège carna­valesque tandis que s’ébranle déjà de Saint Roch les premiers élé­ments de l’imposante caravane publicitaire 6.

(p.47)

Quant à nos Gilles fleurusiens rentrés à leur domicile pour y faire ripaille, ils tentent également de récupérer et de prendre un peu de repos avant de se remettre en route (et, certains d’ailleurs, se font longuement attendre !). En fait, depuis plusieurs années, il existe deux cortèges qui parcourent les principales rues de notre localité : le pre­mier, c’est le cortège carnavalesque proprement dit ; le second, c’est celui des Gilles, des rois du carnaval, cortèges qui se regroupent pour participer à l’apothéose finale prévue Grand-Place vers les 18 h, 18 h 30.

Après le rondeau, alors que les Gilles continuent sur leur « lan­cée ». — On parle : de la nouvelle sortie des Gilles ! 7 — à l’Hôtel de Ville, ont lieu la remise des prix 8, la réception des autorités, de Miss cavalcade et de ses demoiselles d’honneur9 ; et dans les salles et cafés s’animent des bals, des réjouissances qui se poursuivent chaque année jusqu’à la pointe du jour.

Tel est dans les grandes lignes le programme de cette journée de Pâques dont la réussite est avant tout fortement liée au temps qu’il y fait ! Car. on garde de bien tristes souvenirs de certaines réjouissances de Pâques au cours desquelles les participants ont du faire preuve de volonté — j’irai même jusqu’à parler d’un certain stoïcisme — pour rester dans le cortège et les fleurusiens de beaucoup de courage pour les féliciter 10.

Je voudrais maintenant vous entretenir un peu plus longuement de la composition, de l’organisation du cortège. Formé au départ de groupes ou chars exclusivement locaux ou venant tout au plus, sauf de rares exceptions, de communes proches ou voisines “. le cortège allait ensuite accueillir dès le début de notre siècle des groupes et sociétés provenant de régions bien plus éloignées. Ainsi, lors des cavalcades de 1907 et de 1908 aux côtés de groupes du Bassin de Charleroi, du Centre et de la région du Brabant Wallon, il faut déjà en considérer plusieurs venant de l’Agglomération bruxelloise, de Namur, d’Ath, de Mons et même de Verviers.

Depuis l’entre deux guerres jusqu’au début des années cinquante (hormis naturellement l’interruption due au second conflit mondial), on constate que les dévoués responsables de notre cavalcade ont fait de plus en plus appel aux groupes folkloriques belges les mieux con­nus, les plus demandés et les plus représentatifs au point que nous voyions, à cette époque, notre ville, gracieusement envahie par des sociétés de toutes les régions du pays, et dont certaines conquirent le public d’une manière telle qu’elles furent réengagées durant de nom­breuses années l2.

À partir de 1952. en conviant l’important groupe français de « La commune libre de St-Quentin » l3 à participer à notre cavalcade, on (p.48) peut considérer les préoccupations qu’eurent les organisateurs du moment de vouloir internationaliser notre cavalcade et de la faire ainsi connaître en dehors de nos limites nationales. Cette idée ne fit que progresser et c’est ainsi que la cavalcade du 80e anniversaire (1960) est placée sous le signe d’une manifestation franco-hollandaise, française par la participation d’Orchies (en fonction du récent jume­lage), hollandaise par la présence de groupes de Maestricht et de Bergen-op-Zoom. Pour être complet, il nous reste à parler des sociétés de majorettes qui apparaissent également vers la même époque et parmi lesquelles on peut aussi citer aux côtés des sociétés belges solli­citées de nombreuses participations étrangères, dont des hollandaises une fois de plus… et, depuis 1979, notre ville possède ses « Brillantes étoiles fleurusiennes ».

En fait après l’année 1960, si on fait toujours appel à des groupes belges de grande renommée, la cavalcade s’oriente de plus en plus vers une participation étrangère à prédominance hollandaise ; il n’empêche que j’ai, par exemple, relevé la présence de groupes autri­chiens (en 1966 et 1968), de groupes allemands (en 1969, 1970, 1971 et 1973), de nouveaux groupes français (en 1965, 1967 et 1970), de quatre groupes du carnaval de San Remo en 1965 et d’un groupe roumain présentant le folklore du sud de la Roumanie en 197414.

D’autre part, depuis de nombreuses années, après la caravane publicitaire, le cortège débute par la police locale et ou la gendarme­rie, les membres du comité des fêtes, Miss cavalcade et ses demoi­selles d’honneur et se termine par le groupe de Gilles « Les vrais Amis » soutenu, épaulé par la Musique des Gilles et les Batteries du Centre.

Toutefois, en 1969. le comité organisateur décida de former deux cortèges le premier ou la Cavalcade comprenant les différentes socié­tés carnavalesques, le second appelé Carnaval groupant nos Gilles aux sympathiques sociétés des Pierrots et des Paysans du Centre 15. Cette formule envisagée pour pallier au fait que certains groupes (alias les Gilles) se faisaient souvent attendre, avançaient beaucoup plus lentement que les autres, fut maintenue au cours des années sui­vantes en précisant néanmoins que dès 1970 les groupes du second cortège vont être dénommés les Rois du Carnaval et que depuis ces dernières années (1976 au moins) ce second cortège est exclusivement formé des Gilles fleurusiens petits et grands.

……………………………………………………………………………….

« C’ est /’ lindi d’ Pauques, de /’ matinéye. Core ène miyète awoûrlé du dimègne, on stitche si tièsse din-in saya d’frède eûwe pou s’ ranéri. On rimplit s’tchéve avou de /’ toute, pou ièsse d’ataque, et on rèche di s’maujo. On-z-èvafé in tour su l’fwère, c’est iène dès pus bêles di l’anéye.

(p.49)

On rèscontère dès camarades, on crîye, on s’atauche, on djipe et on-z-èva vîr dins lès cabarets si lès vères sont bén r’nètchîs et on lès fet rimpli pou plu si r’ mète dins l’ goût. Adon, on mouche su li p’tit mârtchî, istwère d’alér dire bondjoû aus-ès pourcias. Naturèl’mint, on fét toutes lès tcha-pèles a sint Goyî, et pou bén ièsse d’asto, on mindje sakants pardons d’ frites avou dès mourmoulètes, dès péchons à l’èscavèche, ou core dès p’tits ognons dins du vinégue. Bén r’guèdé, on diskindéve vies l’istâcion pou n-n’alér chwèsi s’ Nonôre à l’arivéye dès trins ; c’èstéve dès djon.-nètes qui s’amwin.néne dès-alintoûs, èbondjîyes avou dès blouses di couleurs, dès tchapias on n’pout nén pus vèrdasses. I gn-avéve branmint qui conechéne li paskéye et qui s’abiyéne drôle par èsprès. Lès pus èrnauche di nos autes atauchéne lès pus ianes. Lès pus paujères ratin-déne di tchér’ su un bia p’tit mouchon qui fiéve cavoltér, sakants-eûres leû cœur di djon.nia. Adon, c’èstéve li minme dalâdjepou tèrtous ; on leû pavéve li vère di bénv’neuwe et on l’s-émwin.néve dins lès sales di danse, a l’ Goufe, amon Libote ou core a /’ Grosse Pupe. On danséve, on couyo-néve, on riyéve et sins manque on buvéve. Quand on èstéve ène miyète éfeuwé, on leû fiéve dès p ‘titès doûdoûches, mins sins pou ça n-n ‘alér pus Ion qu’i n’ faléve. Et c’est droci qui dji m’ rapèle core ène parole da m’ Bibiche qu’avéve mètu /’ brès di s’ Nonôre autoû di s’cô : « A qu’on-z-èst bén padzous /’ pèna di si p’tit pièrot ! » Quand arivéve l’eûre di r’prinde li vapeur, on r’mwin.néve ses Nonôres et, avant di s’ quitér, on lieu donéve in bon bêche en lieu promètant di n’jamés lès rouvi. Sins conter qu ‘il arivéve co pacôp qui c ‘èstéve li vré 6. »

De prime abord, même avant que la cavalcade n’existe, le lundi de Pâques fut le jour des « Nonôres », le jour que les jeunes fleuru-siens en âge de « conquête amoureuse » consacraient aux demoiselles des environs qui faisaient le déplacement (!) pour trouver parmi nos espiègles gaillards ceux qui allaient peut-être pouvoir faire le bonheur de leur vie !

Mais que signifie exactement le mot patoisant « Nonôre » ? Même Henri Pétrez n’a pas pu répondre à cette question d’une manière précise !’ Cette vieille tradition doit-elle entrer en ligne de compte pour justifier, une fois de plus, l’attraction que notre bourgade bourgeoise a exercé, jadis, sur les communes avoisinantes 17.

Quelle que soit l’ancienneté de cette coutume, qu’elle ait encore été pratiquée dans les premiers temps de la cavalcade, un fait est évident c’est que son souvenir était déjà entamé au moment de la Revue Fleurs us de Fleurus. en 1923. Or, à cette époque, par contre, la tradition du lundi de la cavalcade était déjà parfaitement implantée dans l’esprit fleurusien par la sortie des groupes locaux, les compétitions de jeux de balle et les concerts, sans oublier les (p.50) marchés    comiques    et    le    grand    cortège    aux    lumières    de l’année 1935.

Après la guerre, si on repère toujours des marchés comiques, des luttes de jeux de balle, des courses cyclistes et la sortie des groupes locaux, on relève aussi les compétitions de basket-bail complémen­taires aux matches du dimanche, et les sympathiques matches fémi­nins ; on envisage ensuite un rondeau pour nos Gilles, un feu d’arti­fice et enfin depuis huit ans (1972) on renoue avec la tradition d’un grand cortège aux lumières qui, au départ de la gare, après un petit feu d’artifice (1973) gagne par la rue de la Station et des Bourgeois, la Grand’Place où a lieu vers les 21 h. avec des illuminations spéciales, le rondeau final des Gilles et le grandiose feu d’artifice de clôture des fêtes pascales.

 

(p.51) NOTES

  1. À propos de   son   caractère     Cf.   Textes   et   Documents.
    Annexe XXIII. Eu égard, aux subsides, d’aucuns ont parfois prétendu que les respon­sables communaux n’ont pas toujours alloué des sommes suffisantes pour promouvoir cette manifestation de réjouissance à caractère commercial ; c’est notamment ce qui ressort  de  la   lecture  du  texte  de  la  revue  de   1923.   (Cf.  Textes  et  documents. Annexe XXIV). Mais n’oublions pas que le fleurusien aime facilement critiquer ! En outre, si à la collecte annuelle, la grande majorité des habitants y répondaient souvent généreusement, il ne fut pas oublier de mentionner que tous les commerçants n’ont pas toujours répondu à l’appel qui leur étaient fait, n’ont pas toujours souscrit à l’effort qu’on leur demandait et que même les organisateurs trouvèrent parfois de la part de certains d’entre eux un amer, un réel sentiment de désintéressement (Cf. Textes et documents. Annexe XXV).
  2. Expositions et concours d’étalage en 1922. 1925. 1926, 1952 et 1953 ; retraite aux flambeaux en   1925.  1934 ; courses cyclistes pour débutants, ou amateurs internationaux sous le patronnage de la « Pédale fleurusienne » ; avec ou sans le con­cours de firmes locales en 1952 (Grand prix du Superchic), 1960. 1961. 1962. 1963 (Prix des meubles Lalieux). 1964. 1965. 1966, 1967, 1968, 1969. 1970. 1972. 1973. 1974 (Grand prix Jonet) ; jeux de balle pelote en 1957, 1959. 1960 (au Faubourg). 1961 (au Fau­bourg). 1964. 1965 (au Faubourg). 1966. L’an dernier, le samedi 14 avril 1979, il y eut t:n la salle du CE.P.. rue Bonsecours la consolation et la finale du 1er Tournoi Interna­tional de basket-bail de la ville de Fleurus qui avait débuté le vendredi. Enfin, depuis qu’elle ne figure plus dans le cortège du dimanche de Pâques, la fanfare Union et Concorde a effectué sans interruption de 1969 à 1979 une sortie musicale le samedi soir.

 

  1. pétrez. . Fleurit dins m’vikérive. pp. 45 à 48.
  2. Avec une variante parfois d’une demi-heure, pour la formation de la caravane
    publicitaire, pour le départ du cortège ou pour le grand rondeau final, on peut dire que
    la répartition de la journée de Pâques que je vous présente se reproduit d’une manière
    constante depuis 1957. Avant cette année :

 

  1. — La promenade des Gilles du matin démarrait plus tard : 9 h 30 en 1925 ;
    10 h en 1934. 1948. 1949 ; 9 h en 1951. 1952 ; 8 h en 1956.
  2. — La caravane publicitaire se constitua et partit d’abord en même temps que
    le cortège carnavalesque (à 14 h en 1952) ; par la suite, on jugea de la nécessité, devant
    sans doute son importance grandissante, de scinder la formation et le départ du cortège
    publicitaire, de la formation et du départ du cortège carnavalesque. Ainsi en 1956.
    j’ai repéré à 14 h, quartier St Roch la formation du cortège publicitaire et à 14 h 30 avenue de la Gare, la formation et le départ de la cavalcade. Cette formule allait faire son chemin puisqu’on 1979. on retrouve avec un décalage seulement d’une demie heure à 14 h. quartier St Roch départ d’un important cortège publicitaire et à 15 h. rue de la Station, avenue de la Gare, formation et départ de la 99e

Avant 1940. j’ai déjà relevé traces d’un souci d’adjoindre à la cavalcade un intérêt commercial publicitaire en la faisant clôturer par des autos-camions réclame. C’est le cas par exemple pour 1935 et 1936. En 1948, le jeudi précédant la cavalcade, une caravane d’autos parcourut « les rues de Fleurus et les localités environnantes afin de faire connaître à la foule des curieux les groupes qui participeront au cortège du jour de Pâques et les différentes festivités qui marqueront cette journée… ». Journal de Charle­roi. du mercredi 24 mars 1948. p. 2, col. 4 ; et, par la suite, on va bientôt pouvoir lire dans la presse des annonces semblables à celle-ci : « Tout comme les années précé­dentes, la cavalcade du dimanche de Pâques sera précédée d’une caravane publicitaire, les firmes désirant participer à celle-ci peuvent verser le droit de participation soit…. au (p.52) C.C.P. n°            de M    Syndicat d’Initiative, Fleurus ». Journal de Charleroi, du mardi 16 mars 1965. p. 3. col. 7.

  1. c) — Quant au rondeau final, il fut presque toujours, pour ne pas dire toujours envisagé soit à 18 h ou à 18 h 30.
  2. « Grande manifestation de reconnaissance dimanche 28 mars, par la Frater­nelle de la 5e brigade « M ». Cette cérémonie sera rehaussée par la présence de nom­breuses personnalités civiles et militaires parmi lesquelles nous ne citerons que nos estimés chefs de corps : le général-major honoraire Couvreur, et le lieutenant-colonel Lonnay ». — « À 11 h. venant de Charleroi, voici s’avancer, clique en tête le groupe de la y brigade d’Irlande»Le fanion offert au 1er bataillon par la ville de Fleurus est suivi par des personnalités militaires : citons : le général-jaor honoraire Couvreur, et le lieutenant-colonel Lonnay. dépôt d’une gerbe au monument et réception à l’hôtel de ville ». — « À 19 h. grand bal de la 5e brigade en la salle des fêtes de l’hôtel de ville avec l’orchestre Ray. Well >>. Journal de Charleroi. du lundi 22 mars 1948, p. 2, col. 3 et des lundi et mardi 30 mars 1948, p. 3, col. 3. Cette cérémonie qui allait se répéter jusqu’en 1955 marque pour les premières recrues levées avant la signature de la paix du 8 mai 1945. le souvenir de leur service militaire effectué en Irlande. Et Fleurus figura parmi les localités dans lesquelles la jeunesse de l’époque fut regroupée avant de connaître le grand départ pour l’île britannique.
  3. Des différents itinéraires de la cavalcade que j’ai relevés, tous partent du quartier de la gare, sauf celui de 1910 qui démarra du Moulin Naveau et dont je ne peux, en outre, vous en donner le parcours. Cf. Textes et documents. Annexe
  4. Je tiens à vous signaler qu’en 1951 et dans les années qui suivirent les Gilles effectuaient vers les 17 h 30. soit avant le rondeau des groupes, un grand rondeau de jour. Quant à la nouvelle formule de sortie des Gilles après le rondeau général, je l’ai repérée à partir de l’année 1965.
  5. Au passage, je tiens à vous informer qu’avant 1914, à côté des prix en espèces, de magnifiques bannières étaient offertes aux sociétés lauréates de la cavalcade : à titre d’exemple voici deux extraits du Journal de Charleroi :

 

  1. « Déjà de toutes parts, groupes, musiques, chars se sont inscrits ; et cela n’étonnera
    personne quand on saura que Fleurus-Attractions attribue 3.500 F en espèces et 20 magnifiques bannières à cette joute pacifique », (mardi 10 mars 1908. p. 2, col. 6).
  2. « C’est donc dimanche prochain, jour de Pâques, qu’aura lieu la grande cavalcade
    organisée par Fleurus-Attraction : 3.500 F en espèces et de magnifiques bannières dues
    au pinceau de l’artiste fleurusien qu’est François Fanuel, seront réparties entre les
    sociétés particulières », (lundi 21 mars 1910, p. 3, col 1).
  3. La première mention que j’ai pu relever d’une reine de la cavalcade remonte à l’année 1930; l’année des fêtes du centenaire de notre indépendance nationale: « La reine choisie pour les fêtes du centenaire qui se dérouleront à Pâques dans notre ville tera son entrée triomphale à l’occasion de la cavalcade » (Journal de Charleroi. du jeudi 17 avril 1930. p. 4. col. I). Ensuite, je passe, à la cavalcade de 1952 pour trouver, à nouveau, la présence d’une reine de la cavalcade dans le cortège. Mais, après cette date, les bals parés, masqués et travestis organisés par l’association des commerçants, (cf. la (p.53)

référence n° 7 du paragraphe intitulé « Le souvenir de grands feux, de scènes de carna­vals et de la coutume pascale des crécelleurs ») lancent l’élection annuelle d’une Miss cavalcade qui avec ses demoiselles d’honneur vont figurer aux côtés du comité des fêtes et des responsables communaux en tête de la cavalcade. Hélas ! ce bal comme bien d’autres n’eût que son temps. Aussi, voulant perpétuer l’élection d’une Miss cavalcade, il fut décidé que ce privilège reviendrait, à tour de rôle aux diverses associations cultu­relle, patriotique, et sportive pour autant qu’elles organisent un bal ; suffisamment tôt avant le dimanche de Pâques. En d’autres termes, entre 1964 et 1972. Miss cavalcade fut élue par exemple au cours des bals suivants : 1964. le bal de la Protection Civile — 1965. le bal du 20e anniversaire de la libération des Camps — 1966. le bal des Prison­niers — 1967. le bal de l’Union Sportive — 1968. le bal du Basket — 1970. le bal de la Palette — 1971. le bal de l’Association Philathélique — 1972. le bal du Ping-Pong Club. Et. depuis ces dernières années, c’est pendant le bal du Mayeur que l’on procède à l’élection de Miss cavalcade.

  1. Textes et documents. Annexe XXVII.
  2. infra. le début du paragraphe « Les groupes locaux ».
  3. Textes et documents. Annexe XXVIII.
  4. Le groupe français comprenait 175 participants à répartir de la façon sui­vante : « Une musique militaire, une société municipale, le groupe des sapeurs pom­
    piers et celui des bouquetières ». Journal de Charleroi. du jeudi 27 mars 1952. p. 2.

col. 5.

  1. Vous trouverez en l’annexe XXIX des Textes et documents un aperçu des

sociétés étrangères que j’ai pu répertorier.

  1. «Pourquoi deux cortèges? Tout simplement  parce que certains groupes
    avancent beaucoup plus lentement que d’autres, c’est le cas notamment pour les Gilles.
    Aussi aurons-nous dans un cortège les Gilles précisément, mais également des « Pier­
    rots » et des « Paysans ». Le second sera composé par d’autres sociétés carnavalesques
    groupant de nombreux musiciens avec les inévitables majorettes mais aussi des chars
    hollandais. Ce cortège sera d’ailleurs encore très international puisque l’on y reverra des
    allemands, des hollandais et bien sûr des belges. Journal de Charleroi – Indépendance.
    du lundi 24 février 1969. p. 4. col. 5 et 6.
  2. PÉTREZ.H.. cit.. pp. 60 et 61.
  3. Textes et documents, annexe XXX.

 

 

(p.54) Ses groupes locaux

 

Comme je l’ai déjà précisé, la cavalcade, à ses origines, était for­mée exclusivement de groupes locaux et régionaux. « En ces temps, le cortège comportait surtout de nombreux chars édifiés par les firmes locales et régionales. Petit à petit, les groupes acquirent la prépondé­rance car de nombreux fleurusiens aimaient organiser des groupes qui connurent, même en dehors, de véritables succès… » ‘.

C’est ainsi que parmi les 41 groupes constituant la cavalcade de 1892. 13 au moins sont cités comme étant des groupes fleurusiens : à savoir « les Buffalos-Bill et sa troupe à cheval, les Marins, les Trente Andouilles. les Girondins, le Pont Levis 17e siècle par la société gym­nastique la Riposte, Les Cent Créneux, les Cent quatre Brigands de la Calabre, Le char des Artisans Réunis, de l’Horlogerie suisse de M. Close, de la Colombophilie de 1890, les Noces d’or de Colas, des Brasseurs, la Tour Eiffel… » 2.

Quant aux autres groupes ou chars, ils étaient venus de Ransait, de Baulet. de Montigny s/Sambre. de Falisolle, de Sombreffe, de Moignelée, de Jumet. de S’-Amand, de Lambusart, de Gembloux et même de Namur 3.

La participation importante que les Fleurusiens du début du XXe siècle ont voulu apporter à l’organisation de leur cavalcade, Henri Pétrez nous la renseigne en ces lignes :

Viès 1904, è saquants anéyes après lès Fleûruzyins fèyéne dès bias groupes intre zèls. I gn-a ène anèye où-ce qu’ i gn-a ieû plus d’ cinkante groupes èt tchaurs di Fleûru. Intre aute què dji m’ è rapèle : lès Boyémyins, lès Lûteûs, lès Chic-Types, lès Mikados, lès-Anglès, lès Giron­dins, lès Bons Vikants, lès Kipopo, lès-Èscrimeûs, lès Pièrots, lès Bias Vélos, èt co bran.mint d’s-autes 4.

À propos de certains de ces groupes, peut-être qu’il les connut mieux, ou qu’il en conserva un meilleur souvenir, Henri Pétrez nous en a laissé les relations ou descriptions suivantes :

‘Là l’ groupe dès boyémyins qu’ arive. À li tout seû, c’ è-st-ène pitite cavalcâde, avou sès barakes, sès djins, sès bièsses èt tout ç’ qu’ i faut pou (p.55) chûre. (…) 5.

In groupe qui lès vis ont core bén en mémwère. c’est l’cén dès « Gi­rondins ». Il èstéve straôrdinère di vérité, et quand su l’grand mârtchi on foutève li tièsse djus au condamné, on-z-ètindéve dès djins djumis. On m’ a min.me asseûré qu’ i gn’-avève dès coméres qui tchèyéne flauwes, quand on moustréve li tièsse, en cârton, du guiyotiné, (…). Mins ça, dji n’ vos l’ pou nén cèrtifyî… 6.

De l’importance que ce groupe put atteindre et au sujet des ris­ques que ses acteurs ont parfois encourus en voulant trop bien repro­duire la réalité, veuillez prendre connaissance de cet article que j’ai relevé dans le Journal de Charleroi. du mercredi 13 avril 1949: « … c’est ainsi que vers les années 1912 ou 1913, les Fleurusiens repré­sentèrent les Girondins, scène de la révolution française. Une cavalcade de 150 chevaux enrubannés montés par des hommes costumés en bleu, jaune (sic) et rouge, parcourut les rues encadrant la charrette fatale remplie de condamnés à mort. On y reconnaissait les Bernard, les Marcq, les Gogniaux, etc., enfin les bons vivants de cette époque heu­reuse.

Le lundi, une guillotine avait été montée près du café du Coq d’or. Après avoir parcouru les rues, le cortège amena la charretée de condam­nés au bourreau. Des têtes de bois peintes tombaient à chaque coup de couperet dans le panier tandis que les corps tombaient par une trappe sur le pavé. Quand ce fut le tour de Vital, sa grande taille obligea son occi­put à s’avancer dans la lunette. Aussi, à la chute du couteau, entendit-on un cri effrayant qui terrorisa les spectateurs. Heureusement, à part une bonne bosse, notre héros en fut quitte pour la peur et l’assemblée partit alors d’un grand éclat de rire 1. »

Mais revenons, à nouveau, à Henri Pétrez qui nous décrit, cette fois, le groupe des « Chic Types » :

Dji m’ rapèle ène anéye, i gn-avéve ieû in groupe di « chic-types » à Fleûru. Ène douzin.ne dî zèls avéne ieû l’ boune idéye di si r’costumer pou ‘nn’ aler ratinde lès Nonôres. Dji lès wè co : tchapia bûse, monoke à l’ oûy, col à bètchète, in p’tit blanc neûd, nwâr frake à pans, culote blanke, in djilèt di couleûr swêt’ roudje, vète, djane, bleuwe, violète. Is rotène come dès milôrds en fiant toûrner leû p’tite badine. C’ sètéve vrémint rèyussi d’ lès vîr avou chakin ène Nonôre à leû brès. Nén dandji d’ vos dîre qui ç’ a stî l ‘clau dè l’ djoûrnéye 8.

En sus des groupes précités, il y eut également à la même époque et tout particulièrement lors de la cavalcade de 1905 le groupe Napoléon, (p.56) auquel la presse du moment et Henri Petrez ont consacré des relations tellement grandioses que je vous les reproduis en annexe 9.

En 1907, année au cours de laquelle le nombre de groupes adhé­rents à la cavalcade a atteint le chiffre le plus élevé que j’ai relevé 10, « Les Diablotins » étaient en formation ‘ ‘ ; le groupe « Les Volon­taires fleurusiens » et le char « Les Armes de Fleurus », tout particu­lièrement remarqués, ont décroché les primes spéciales réservées aux meilleurs groupes et chars locaux I2.

Si la période de l’avant guerre 1914-1918 peut être dite riche en groupes locaux I3, il est à constater — avec amertume — que celle de l’entre deux guerres (hormis évidemment la formation du groupe des Gilles qui fête cette année son 60e anniversaire) n’a engendré que quelques groupes qui apparemment n’eurent pas grande longévité ; je cite par exemple : « Les derniers moments du Maréchal Ney » 1921 14, « Les Joyaux Lurons et le Tirage au sort » 1925 15, et « Les Célébrités médicales » 1935 16 ; par contre, on constate que nos musiques : (à savoir : L’Union et Concorde, Les Artisans Réunis, Les fanfare Ste Cécile du Vieux Campinaire et l’Harmonie ouvrière La Fleurusienne) sont alors associées d’une manière assez régulière au cortège 17.

Mais hélas, après le second conflit mondial, deux musiques parmi les quatre seulement réapparaissent : ce sont l’Union et Concorde et l’Harmonie ouvrière ; et, cette dernière disparaît également du cortège en 1957. À partir de cette année jusqu’en 1968, c’est donc seuls que les musiciens de l’Union et Concorde déguisés tantôt en Pierrots (1957), tantôt en Joyeux Mélomanes (1960, 1962, 1963, 1964) ou encore en Joyeux Paysans (1961), ou Joyeux Tyroliens (1965), continuèrent à participer au cortège carnavalesque pour ensuite animer de 1969 à 1979 par un concert promenade les soirées de notre samedi de Pâques. Vers l’époque des années 1955-1956, la presse parle des « Fan­tômes Blancs », « des Blancs Santussons », finalement : des « Joyeux Fantômes »  et  de   « la  Télévision ».  deux  nouveaux  groupes  fort remarqués aux Bals des commerçants qui animeront la cavalcade au moins de 1956 jusqu’en 1960. Après cette année, je n’ai plus relevé leur présence dans le cortège  bien  que j’ai  trouvé mention,  par exemple, de l’existence du groupe des Joyeux Fantômes jusqu’en 1964 l8.

Enfin, je clôturerai ce paragraphe réservé aux groupes locaux en signalant la création, voici quelques années déjà, des « Marcheurs de S1 Victor » et des majorettes « Les Brillantes Étoiles fleurusiennes » dont leur première sortie s’effectua à la cavalcade de 1979.

 

(p.57) NOTES

  1. Journal de Charleroi, du mercredi 25 mars 1953, p. 2, col. 5.
  2. Journal de Charleroi, du vendredi 9 mars 1951, p. 2, col. 5 et 6.
  3. Textes et documents. Annexe XVIII.
  4. Fleûru dins m’vikèriye, 48.
  5. Idem, p. 55.
  6. p. 59.
  7. Journal de Charleroi. du 13 avril  1949, p. 5, col. 3. À propos de l’année.

j’avancerais plutôt 1912.

  1. Fleûru dins m’vikèriye, 61.
  2. Textes et documents. Annexe XXXI.

 

  1. « … sur les 80 adhésions, un seul groupe faisait défaut. » Journal de Charle­ du jeudi 4 avril 1907, p. 3. col. 5.
  2. « Fleurus, cavalcade du 31 mars. — Un groupe de « Diablotins » est en voie de formation chez M. Nicolas Massaux. rue de la Station, ceux qui désireraient en faire partie sont priés d’assister à l’assemblée générale qui aura lieu dimanche pro­chain 10 courant à 4 h de l’après-midi. » Journal de Charleroi, du jeudi 7 mars 1907, 5. col. 6. — Mais je ne peux vous certifier que ce groupe a effectivement participé à la cavalcade !
  3. « … Les voitures fleuries ainsi que les groupes et chars fleurusiens feront chacun l’objet d’un classement spécial. Et comme il n’y a de belles fêtes sans lende­main, les groupes et chars de Fleurus sortiront le lundi pour aller à l’Hôtel de ville chercher leurs primes ; il y aura comme le dimanche bal sur la Grand’place et dans les différents salons. » tournai de Charleroi, du dimanche 10 mars 1907. p. 3. col. 3. …
    Quant aux groupes fleurusiens, la première prime est décernée à « Les Volontaires fleurusiens » et quant aux chars, celui des « Armes de Fleurus » peint et monté par Jaumotte. peintre, obtient la première prime. Journal de Charleroi. du jeudi 4 avril 1907. p. 3, col. 5. Faut-il rappeler que 61 fleurusiens ont participé aux journées de la révolution de 1830 (THEYS, chanoine A., Histoire de la Ville de Fleurus. p. 369); et qu’en 1902,  S.M.   Le  Roi   Léopold  II  autorisait  notre  commune  à  reprendre ses anciennes armoiries : à savoir « d’or au lion de sable, armé, lampassé et couronné de gueules. L’Écu étant entouré d’une couronne de feuillage de sinople ornée de six roses d’argent ». (Idem. Ibidem, p. 264).

 

  1. Des groupes  précités, j’ai  seulement  retrouvé  une  mention  en   1923  des
    Buffalos ! Journal de Charleroi. du lundi 5 mars 1923, p. 3, col. 3.
  2. « … on parle beaucoup également du groupe local, représentant « Les der­
    niers moments du Maréchal Ney ». Journal de Charleroi, du mercredi 23 mars 1921,
    3. col. 3.
  3. Journal de Charleroi, du dimanche 12 avril 1925, p. 3. col. 4.
  4. Journal de Charleroi, du mercredi 17 avril 1935, p. 3, col. 2.

(p.58) 17.  1925 (Les Artisans Réunis.  L’Union et Concorde, L’Harmonie ouvrière);
1934 (L’Union et Concorde. Les Artisans réunis, L’Harmonie ouvrière. La fanfare
Sainte Cécile); 1935 (Les Artisans Réunis, L’Harmonie ouvrière. La Fanfare sainte
Cécile. L’Union et Concorde);  1936 (L’Harmonie ouvrière. La Fanfare S’e Cécile,
L’Union et Concorde, Les artisans réunis).

  1. Cf. Textes et documents, annexe XXXII.

 

(p.59) Sa Société des Gilles « Les Vrais Amis »

lès Djîles … c’ èst l’ clau du cortêje … Qui ça èst bia ! Lès bèlès plumes dès woûts tchapias chûvenut lès mouvemints dès danses dès Djîles, qui lès trinte, quarante musicyins du Cente èt d’Fleûru clatchenut wôrs di leû-n-instrumint ; vos dîrîz qu’ is stitchenut dès copiches dins lès djambes.

Pa-d’vant is sont là cint-cinkante, put-ète lès p’tits gnongnons (très petits) ; alôrs, lès gamins, lès djon.nias èt lès-omes, tèrtous zouplant, skeûjant lès sonètes à côps d’ rins, tout en èvoyant dès-oranjes, avou adrèsse, fwace ou douceû ça dèpend, après l’ tièsse d’ èn-èfant, d’ in camarâde, d’in maucontint, d’ ène pitite pouyète aus bas-oûys..

Depuis 60 ans, la cavalcade est aussi connue par la présence de nos Gilles dont la réputation, aujourd’hui, n’est plus à faire. En effet, c’est en 1920. quand les Fleurusiens reformèrent le traditionnel cor­tège, après l’interruption due à la guerre 14-18, qu’Abel Dumont créa le groupe des Gilles fleurusiens.

Originaire de Carnières, venu à Fleurus pour fabriquer des wagonnets de charbonnage. Abel Dumont dut certainement vite avoir la nostalgie du martèlement des sabots et des cliquetis des apertin-tailles, car, dans sa jeunesse, il avait — paraît-il — fait partie des gilles de sa commune natale 2.

Déjà avant 1914, cet industriel « au sang de gille » aurait envisagé de fonder un groupe fleurusien ; mais, sans doute, la guerre survint avec ses affres et ses restrictions.

Avec quelques amis pionniers. Abel Dumont fonda ainsi, en 1920, la société des Gilles « Les Intimes », en devint le président et la dirigea jusqu’en 1932. Durant les premières années, devant le nombre peu important de Gilles locaux, la société fit appel à des renforts du Centre ; quant à la presse, elle nous parle déjà, avec plaisir, des Gilles participant à notre cavalcade. En voici plusieurs exemples : 1921 « Le Comité [= celui de la cavalcade] s’est acquis le concours d’une société de Gilles à l’instar de Binche… » 3 ; 1924 « Plusieurs sociétés de Gilles, (p.60) avec chapeau empanaché, comprenant au total plus de cent membres ont déjà envoyé leur adhésion… » 4 ; en 1925 « Le Cercle des Gilles « Les Intimes » composés de 100 membres fera sa sortie traditionnelle dès 9 h 30 » 5 ; en 1926, « Les Gilles sont emballés cette année, Ils sont une bonne centaine et ont engagé un orchestre qui sera composé des 15 meilleurs musiciens du Centre » en outre, ils avaient passé com­mande pour 200 caisses d’oranges 6. On peut donc dire qu’à cette époque, le groupe fleurusien avait bien pris corps.

Au moment, où il céda la présidence en 1932 à Léon Higuet, Abel Dumont pouvait être fier d’avoir créé un groupe de Gilles fleurusiens qui allait lui survivre et auquel la population apportait déjà tout son sympathique attachement. Avec le changement de présidence, il y eut aussi changement de dénomination de la société, et c’est ainsi que les « Intimes » sont devenus finalement les « Vrais Amis ».

Léon Higuet assuma la charge présidentielle jusqu’à sa mort en 1940. Survint alors la guerre !… et une nouvelle fois les interruptions de la cavalcade.

Après 1945, la société reformée sous le même nom. va être dirigée par M. Georges Bouton jusqu’en 1972. année où il passa ses pouvoirs à l’actuel président. M. Jean Barbier.

C’est le 27 juillet 1945, à l’occasion des fêtes de la victoire que les « Vrais Amis », effectuèrent leur première sortie d’après-guerre ; et en 1946. ils étaient déjà 94, au cortège de Pâques. Malgré l’interruption de la guerre, la société reprenait ainsi ses activités sous d’heureux auspices ; et. aujourd’hui, elle constitue à la fois le panache et le folk­lore de notre cavalcade. Une cavalcade sans Gilles serait dorénavant impensable ! De toute manière, nous pouvons avoir tous nos apaise­ments ; la relève est bien assurée par la présence de nos jeunes Gilles qui furent appelés tantôt les Diablotins, tantôt les Petits Gilles et figurent maintenant dans le cortège sous le nom des Jeunes Gilles « L’Avenir ».

Si les Gilles allaient également reprendre leur sortie en sarrau, soumonces préparatoires aux réjouissances de Pâques 7 ; en 1966, on innova en préconisant la formule dite de fantaisie 8 et. depuis 1967 9. on peut considérer deux sorties de soumonces. la première en tenue traditionnelle, la seconde en tenue de fantaisie qui donne l’occasion de contempler parfois des déguisements très surprenants.

Enfin, je m’en voudrais de terminer ce bref historique de notre société « Les Vrais Amis » sans insister, une fois encore, sur la sortie des Gilles du lundi dont l’apothéose est le rondeau final et le gran­diose feu d’artifice de clôture des fêtes pascales.

 

(p.61)

NOTES

  1. pétrez, . Fleûru dins m’ vikérîye. pp. 47-48.
  2. textes et documents, annexe XXXIII où je reproduis deux articles détaillant
    les origines et l’évolution de la société des Gilles « Les Vrais Amis ». De surcroît, faut-il
    vous rappeler que la société des Gilles de Carnières s’était déjà faite applaudir à notre
    cavalcade avant 1914 (en 1908 et en 1910 notamment).
  3. Journal de Charleroi, du jeudi 3 mars 1921. p. 4, col. 4.
  4. Journal de Charleroi, du vendredi 21 mars 1924. p. 3. col. 1 et 2.
  5. Journal de Charleroi, du mercredi 18 mars 1925. p. 3, col. 3.
  6. Journal de Charleroi, du vendredi 26 mars p. 3. col. 3. « Copie d’un
    télégramme arrivé hier venant d’Anvers : Président des Gilles. Fleurus. Notons com­
    mande 200 caisses Valence. Wagon partira samedi, signé Peeters. » (Idem, Ibidem), — À
    la reprise de la cavalcade en  1946. l’approvisionnement en oranges dut poser des
    problèmes ; mais l’administration communale de l’époque sut les surmonter : « Grâce à
    notre administration communale qui a fait toutes les démarches nécessaires auprès des
    autorités compétentes, nous apprenons que les Gilles de Fleurus « Les Vrais Amis »
    recevront une grande quantité d’oranges pour distribuer ou lancer lors de notre cor­tège. » Journal de Charleroi, du jeudi 18 avril 1946. p. 2, col. 2. Pour vous donner une petite idée du nombre d’oranges qui peuvent être distribuées ou lancées à Fleurus en deux jours, je vous livre la statistique de l’année 1960. « … 30.000 oranges furent lancées par les Gilles » et le texte ajoute « 800 kg de confetti arrosèrent les spectateurs ». Jour­nal de Charleroi, du mardi 19 avril 1960, p. 4. col. 1 et 2.

 

  1. La première que j’ai relevée est celle de 1925 : « Les Gilles feront leur première
    sortie à la mi-Carême. » Journal de Charleroi, du mercredi 18 mars 1925. p. 3. col. 3.
  2. “Fleurus. Une décision importante chez les Gilles « Les Vrais Amis ». Une importante décision vient d’intervenir à l’occasion d’une réunion du comité des Gilles « Les Vrais Amis » qui s’est tenue au local. Le comité avait à se prononcer sur le main­tien, pour les sorties des soumonces. de la tenue traditionnelle c’est-à-dire en sarrau bleu et pantalon blanc, ou pour l’adoption de la formule dite de fantaisie, le gille revêtant le travesti de son choix. La majorité s’est prononcée pour cette seconde formule ce qui nous vaudra désormais un peu plus d’originalité et peut-être un regain d’intérêt pour les sorties des soumonces des gilles fleurusiens. Précisons que cette année, cette sortie se fera quinze jours avant Pâques, c’est-à-dire le dimanche 27 mars pro­ » Journal de Charleroi, du samedi 12 et dimanche 13 février 1966. p. 4, col. 6.
  3. « On sait que cette année, le comité des Gilles « Les Vrais Amis » avait décidé de faire deux sorties de soumonces ». Journal de Charleroi, du mercredi 15 mars 1967.
    P 5. La première en tenue traditionnelle eut lieu, le dimanche 19 février ; la seconde, en
    costume de fantaisie le dimanche 12 mars (cf. respectivement : Le Journal de Charleroi.
    du jeudi 23 février 1967. p. 5, col. 1 et 2 et du vendredi 3 mars 1967, p. 4. col. 6.

 

 

(p.155)  XXX Les Nonôres

  1. Nonôre, d’où-ce qui ça vént ? Qwè-ce qui ça vout dîre ? Dj’ aî d’mandé auzès pus vîs d’ Fleûru, mins gn-a pont qu’ m’ a seû dîre qwè au djusse. Dj’èn-n’ai causé mwints côps avou m’ vî camarade Châle Ousiau (Charles Michaux) qui n’ savéve nén non pus dispûs quand qu’ ça duréve. I s’ rapèléve dès Nonôres t’ aussi lon qu’ i savéve rimonter dins s’ mémwêre. Pou l’ nom qu’ è-st-en walon çu qu’ i d’mère d’ Éléonôre ; i mi d’djéve qui c’ èstéve in p’tit doûs nom qu’ on donéve co assez souvint à 1′ cène qui fiéve toketer s’ keûr.

pétrez. H., Fleûru dins m’vikériye, p. 60

  1. vieux. — Ça toudis stî l’ min.me ; dins l’ timps à Pauke, on s’ amûséve bén oussi, on n’ avéve nén li cavalcâde, mins nos-avin.n lès nonôres.
  2. — Les nonôres ? Qu’ était ce que cela ?

vieux. — È bén, on-apèléve nonôre toutes lès djon.nès fîyes dès viladjes environants qui v’nén’ danser à Fleûru li lundi dè l’ grande Pauke.

  1. — Ah, on dansait le lundi ?

vieille. — Oyi, djon.ne fîye, dispûs l’ matin djusqu’au gnût, dins tous lès salons.

compère. — Et pourquoi ce nom de nonôre ? (…)

 

(p.157) XXXI Le groupe Napoléon

  1. Le cortège organisé complètement une heure plus tard à St Roch, près de la station, formait un long défilé qui ne comptait pas moins de trente groupes. Si la cavalcade de l’an dernier a reçu les applaudisse­ments du public à cause de la multiplicité des sociétés participantes, de l’élégance de leurs costumes et de l’originalité de leurs exhibitions, celle de dimanche, quoique d’un genre moins brillant, méritait néan­moins d’être vue. L’idée de représenter Napoléon Ier et sa garde fut très bien imaginée, d’autant plus qu’elle a sa signification dans une localité où le grand conquérant avait observé du moulin Naveau, la marche des troupes ennemies et des siennes. Coiffé et costumé à l’exemple de Bonaparte et monté sur un cheval blanc, le général improvisé se trouvait en tête de deux longues files de cavaliers vêtus comme leur chef, d’un corps de soldats d’infanterie, d’une pièce de canon traînée sur son fût et d’une ambulance. Avant de terminer l’itinéraire, une escarmouche fut livrée en dehors de la ville, à proxi­mité du célèbre moulin du haut duquel le héros du jour suivait le simulacre des combats où des coups de feu s’échangeaient avec acharnement. Il nous semble que ce groupe peut être rangé parmi ceux qui ont obtenu le plus de succès.

Journal de Charleroi, du mercredi 29 mars 1905, p. 3, col. 4 et 5.

  1. Yink qu’ a bran.mint fét causer d’ li, ç’ a stî l’ fameûs groupe « Napolèyon ». Li groupe Napolèyon avéve si local amon Colas Bibiche, i comptève pus d’ cint-cinkante mumbes : Napolèyon, si-n-état-majôr, docteûrs, brancardiers, ârtiyeûrs, soudârs à pids éyèt à tch’vau. Napo­lèyon, c’ èstève Mitchî, li chèf di l’ ètat-majôr Duchin.ne, yink dès mèyeûs lieûtenant Mourmeau, li mèdecèn en chèf Mr Chipe. Pou bén ièsse dins leû role, l’ infanterîye rèpètéve au salon Libotte avou dès mantches di brouche ; come fusik’, èt sins compter qu’ i gn-avéve souvint du tchinis’ ! Li lieûtenant avéve toutes lès pwin.nes du monde pou fé choûter sès-omes. Maugré s’-n-autorité, pacôp, lès-ègzèrcices toûrnène mau èt lès-apurdices soûdars flayéne yink sur l’ aute pou d’ bon. Gn-a-t-i ieû dès bleuws, dès boûssias èt dès mantches câssés en-apurdant à fé l’ guêre.

In djoû qu’ li lieûtenant donéve dès-èsplicâcions auzès soûdars alignîs su plusieûrs rangs pa-d’vant li, gn-a Manuwèl, qu’ èstève in chikeû d’ diâle ; ritire si chike, aligne si supèrieûr, èt li rècrasse ène dècorâcion come li paume di s’ mwin en plin stoumak… Bibiche èstéve pa-d’vant Manuwèl, ç’ti-ci mousse Françwès du dwèt à s’ chèf; li lieûtenant s’ toûrminte èt cause di fé fusîyer li swè-disant coupâbe, sèyance tènante ; mins come c’ éstéve yink di sès pus vayauves soûdârs, il a ramwin.né à wit’ djous d’ cachot.

  • Mon lieûtenant, a-t-i-dit Bibiche, dji sè dissipliné, dji d’mèrerè wit’ djoûs avou lès cachots dins l’ ran, à m’ maujo, mins su l’ tièsse da Napolèyon, dji vos djure qui dji sè-st-inocint come l’ èfant Cicile.
  • Soldat Massaux, dji vos cwè, riprind-i li lieûtenant en tapant l’ chike o’ l’ têre, oussi dji lève vo pûnicion.
  • Vos n’ auroz pont di  r’pinti,  mon  lieûtenant,  rèspond-i Bibiche, en akichant in côp d’baston su l’ tièsse da Manuwèl qu ‘il avéve ètindu rîre padri s’ dos.

Lès soûdars à tchvau, zèls, pou s’ abutuwer, pétène dès chârjes du costé dès tchaufors.

Là l’ngrand djoû arivé ! Divant d’ pârti, li lieûtenant fèt l’ apèl di sès-omes. Is sont là  tèrtous twârchis au mia, on wèt qu’ is-ont passé pauzès mwins du bon grimeû Joseph Pâques qu’ a travayî sèt’ eûres d’ asto avou s’-n-apurdice pou lès-arindji. Mins, au momint d’ pârti, ‘là qu’ arive in r’tardataîre, bâti come in tchin.ne avou ‘ne bâbe què lî va prèsqui djusqu’a s’boutroule. Lès soûdars li rwaîtenut, person.ne nè l’ riconèt !

—        Soldat de la vieille-garde, qui êtes-vous, dimande li lieûtenant.

—        Artûr Boudja, mon lieûtenant !
‘Là tout l’ rèdjimint qui s’ pète à rîre.

—  Silence dans les rangs, criye-t-i, li lieûtenant, èt en-avant… arche ! Une, deûs, une deûs… gauche, droite… gauche droite… droite, vos di-dje !

Èt lès v’là-st-èv$oye ; tout d’dilong du pârcoûrs, is ont faît rîre lès djins à lès fé… brére dins leûs culotes.    

 

petrez. H.. Fleûru dins m’ vikérîye,  pp. 48-49

 

 

(p.163) XXXIII Les Gilles « Les Vrais Amis »

 

  1. Un groupe vraiment « Fleurusien », les Gilles à hauts chapeaux. — Quand ils dansent au son du tambour jouant en cascades et d’une musique bruyante un frisson passe dans le corps.

Il y a quelque chose de sauvage, de fougueux dans cette danse rythmée et cadencée : les sabots claquent, les sonnettes tintent, les plumes ondulent.

Il est juste de le dire : nos gilles sont parmi tous les groupes du même genre de ceux qui laissent une ambiance de frénésie incompa­rable. On a vu dans pas mal de cavalcades des gilles qui ne font que porter le costume. Les nôtres aiment danser et les oranges qu’ils jettent sont plus qu’une coutume : une extériorisation de leur joie, une semence de plaisir.

C’est pourquoi, ils sont toujours la première attraction de la caval­cade annuelle. Nous avons eu le plaisir de rencontrer un gille de Fleu-rus, un de ceux pour qui faire les gilles constitue un plaisir sans pareil.

En nous parlant de ce groupe de fleurusiens qui constituent « Les Vrais Amis » (n’est [ce] pas un nom vraiment sympathique ?), il nous rappelle que les gilles sortirent pour la première fois en 1920, l’année où les fleurusiens reprirent leur traditionnelle cavalcade après la guerre 1914-1918. Tout le monde ne sait peut être pas que cette caval­cade se fait à Pâques, chaque année depuis plus d’un demi-siècle.

Le groupe des Gilles fut créé par Monsieur Abel Dumont, lequel, né à Carnières sentait un sang de gille couler dans les veines.

  1. « Il faut entendre son président M. Georges Bouton évoquer l’histoire de son groupe pour comprendre qu’on peut ne pas être Binchois et avoir pourtant une âme de Gille ! — <( C’est un Carniérois, Albel Dumont, nous confie-t-il qui eut l’idée de fonder la société. C’était un industriel, un fabricant de chariots pour les charbonnages,venu s’installer à Fleurus ». — Trouva-t-il la ville mausade, avait-il le goût du panache et la nostalgie du martèlement des sabots ? Toujours est-il qu’au café Paul Pâques, près de la gare, il réunit un soir quelques amis : Félix Flandre, Auguste Bricmont, Pierre Massaux et Georges Bouton et leur suggéra de prendre part au carnaval de Pâques. » Extrait d’un article du Journal Indépendance [S.D.] intitulé « À la Veille du Carnaval. Les « Vrais Amis » de Fleurus attendent 100 chapeaux de gille et 24.000 oranges » qui m’a été communiqué par M. G. Bouton.

 

(p.164) Renforcé par le groupe de Carnières, les gilles fleurusiens rempor­tèrent pour cette première sortie un succès triomphal. Et, l’année suivante, les inscriptions affluèrent. On compte parmi ces premiers gilles d’authentiques fleurusiens, qui aujourd’hui encore portent le haut chapeau avec fierté. On nous cite entre autres Fernand Higuet, Achille Roty, Joseph Petit, Jean Barbier, Henri Petit, Alexandre Dury, Joseph Jonet, Edgard Vigneron, Jules Vassart… Ceux que nous oublions nous excuseront.

Et d’année en année, les gilles augmentèrent en nombre et atti­rèrent à Fleurus tous les amateurs des environs.

Après la dernière tourmente, les gilles sortirent pour la première fois à l’occasion des fêtes de la victoire. Depuis, ils ont fait de nom­breux déplacements qui prouvent combien ils sont appréciés en dehors de la ville. Du reste, voici le Palmarès, qui est tout à leur hon­neur : Cavalcade de Fleurus, premier prix hors concours avec ban­nière ; Jodoigne : premier prix hors-concours avec bannière ; Ciney, premier prix hors concours avec coupe de la ville de Namur ; Cente­naire du Royal Moncrabeau : Diplôme d’honneur, coupe de la ville et médaille spéciale en or de la « Société Royale Moncrabeau » ; Jumet : premier prix hors concours avec la coupe de la ville…, etc., etc. On nous permettra d’abréger la liste, en raison de la longueur.

Cette année, les gilles reprendront leurs « soumonces » en sarrau bleu à la « Laetare » qui seront en quelque sorte la répétition générale avant la traditionnelle sortie du jour de Pâques.

Une telle société ne tient que grâce aux bonnes volontés et au dévouement de ses membres tous des gilles de race. Les groupements durables se rencontrent tellement rarement que nous ne résistons pas au plaisir de publier les noms des membres qui constituent ce fameux groupe : Présidents d’honneur, Georges Frennet, Paul Misson, Victor Genevrois et Michel Courbet. Président, Georges Bouton, qui fut déjà avec Abel Dumont parmi les créateurs du groupe ; Vice-présidents, Joseph Petit et Jules Vassart, Secrétaire, Roger Castille, aidé de Mau­rice Roty, Trésorier, François Servais, Commissaires, Fernand Higuet, Jean Barbier, Edgard Vigneron, Clément Lalieux, Ulysse Cantiniaux, Vital Hembersin, Nestor Ambroise, Alex Frennet, René Lefèvre.

L’Entente du 5 mars 1948, p. 1, col. 3 à 5, hebdomadaire indépendant fleurusien (Jacques Genard. 20, Place Ferrer) que j’ai pu consulter grâce aux bons soins de M. G. Bouton.

 

  1. La Société des Gilles de Fleurus, « Les Vrais Amis » fêtera sa 36e année d’existence. — Depuis que nous pouvons nous en souvenir, la populaire cité fleurusienne a toujours été une ville où on aimait (p.165) s’amuser et où le souci d’organisation était très poussé. C’est ainsi que plusieurs sociétés furent créées déjà bien avant la grande tour­mente. On joua au football et à la balle et on disputa des courses cyclistes avant 1914. D’ailleurs, le R.E.S. Fleurus dont le président actuel n’est autre que François Servais, actuel trésorier des « Vrais Amis ». ne fut-elle pas fondée en 1909 ? La Pédale Fleurusienne qui depuis tout un temps semble avoir cessé toute activité ne fut-elle pas constituée en 1911 par Félix Flandres, Félicien Genevrois, Emile Tilmont, Marcel Collette, Joseph Pouillon et Alexandre Masseaux. Ce Comité de base, sur la brèche pendant de nombreuses années, orga­nisa, pendant toute une période, une course par quinzaine. Mais depuis un lustre, leurs successeurs, assez fortement découragés par les échecs encourus, ne donnent plus signe de vie. Quant à la société de jeu de balle qui compta en ses rangs les vedettes d’alors, Tamenne, Victor Genevrois (Vevêche), Alphonse Petit (Témoin) et consorts, après être restée pendant quinze ans en léthargie, vient de reprendre son activité sous la présidence de Victor Genevrois qui, nous n’en doutons pas, retrouvant une seconde jeunesse, saura diriger et éclairer de conseils judicieux, collaborateurs et joueurs qui l’entourent et l’écoutent comme un véritable père de famille. Mais ces souvenirs qu’on se remémore — avec plaisir — nous éloignent quelque peu du sujet que nous devons traiter.

La fondation des Gilles. En effet, il est une des plus anciennes sociétés fleurusiennes qui quoique fondée après la guerre 1914-1918 est toujours bien vivante, elle fêtera le dimanche de Pâques prochain son 36e anniversaire.

La Société des Gilles qui, lors de sa fondation s’appelait « Les Intimes » vit le jour en 1920, grâce à l’initiative de M. Abel Dumont. Celui-ci qui était natif de Carnières où, au cours de sa prime jeunesse il fit partie de la société locale, s’efforça d’instaurer à Fleurus — déjà avant 1914 — un groupe aussi représentatif que celui de sa commune natale. Pour cela. Abel Dumont n’hésita pas, en y allant même de ses deniers, à inviter ses amis et ses connaissances à participer à la caval­cade qui, rappelons-le avant 1914, avait lieu le jour du mardi gras ‘. Mais trouvant la chose insuffisante, poursuivant une idée fixe ainsi que sa nostalgie du costume du « lion », il s’efforça, avec la collabora­tion de Paul Pâques, Pierre Massaux et quelques autres à doter la cité des « Bernardins » d’un groupe de gilles. Il fut récompensé de ses tenaces efforts et c’est ainsi que les « Intimes » participèrent à la pre­mière cavalcade organisée après les quatre années de guerre. Par la suite, les Fleurusiens,

 

  1. Je me permets de vous signaler que je n’ai relevé aucune cavalcade s’étant déroulée le jour du mardi-gras !

 

(p.166) réfractaires à ces joies, obligèrent Abel Dumont à faire appel à des Carniérois pour que le groupe local compte un nombre respectable de participants. Mais, sachant ce qu’il voulait, le président des « Intimes » ne désarma pas. Bien lui prit car les adeptes se firent plus nombreux et bientôt les Gilles effectuèrent leur sortie de Pâques avec un contingent composé presqu’entièrement de Fleuru­siens.

Pendant douze années Abel Dumont dirigea sa société avec le doigté et l’affabilité qui le caractérisaient quand en 1932, miné par la maladie qui devait l’emporter le 3 février 1934, il abandonna bien à regret, une lutte que sa santé ne lui permettait plus de poursuivre, restant toutefois fier de l’œuvre qu’il avait accomplie pour le plaisir de toute la population fleurusienne. Chaque année d’ailleurs, ceux, qui comme nous, se souviennent d’Abel Dumont ont, le dimanche de Pâques au premier chant du Coq, une pensée émue envers le tout premier président.

Les « Vrais Amis » avec Léon Higuet. Il est évidemment compré­hensible qu’une œuvre aussi grandiose et si rémunératrice pour le commerce fleurusien ne pouvait sombrer dans le néant. Aussi, Léon Higuet qui succéda à Abel Dumont à la présidence, poursuivit le même idéal que son prédécesseur lui avait tracé. Félix Flandres, Achille Roty, à ce moment conseiller communal libéral, Germain Miraux, Georges Bouton et Henri Petit continuèrent la tradition, un simple changement étant toutefois intervenu entretemps. Quittant le local primitif qui se trouvait au café des Arcades pour des raisons que nous ne pouvons affirmer mais où la politique ne devait pas être étrangère, la société émigra au Foyer Libéral où elle tint son siège jusqu’aux événements de 1940. Par la même occasion, le nouveau comité en profita pour changer d’appellation et s’intitula désormais : Société de Gilles à hauts chapeaux « Les Vrais Amis ».

Léon Higuet qui, un certain moment, cumula la présidence des Gilles avec celle de la R.E.S. Fleurus, conduisit le groupe avec la même ferveur que ne le fit son prédécesseur. Hélas, la mort implac-cable vint à nouveau frapper les « Vrais Amis » en la personne de leur respecté président, ravi à la tendresse des siens une quinzaine de jours avant le 10 mai 1940.

Il va sans dire que pendant les années de la guerre, les Gilles restèrent sur le qui-vive en attendant impatiemment la libération.

Georges Bouton, 3e président. — En effet, dès le territoire libéré, Roger Castille, François Servais, Alex Frennet, Gustave Vermeulen et le soussigné se réunirent en petit comité et s’efforcèrent de reformer la société. Après quelques prises de contact et grâce aux cinq prénom­més, ce fut bientôt chose faite. Si certains anciens tardèrent quelque (p.167) peu à rejoindre leurs camarades, ils ne furent pas nombreux et les « Vrais Amis » préparèrent le prochain carnaval. Tout d’abord, le groupe déménagea à nouveau et s’installa, où il s’y trouve toujours au café Veuve Servais2, place Albert Ier. On procéda aussitôt à la forma­­tion d’un nouveau comité et c’est à M. Georges Bouton, le plus ancien gille de Fleurus, qu’échut l’insigne honneur de poursuivre la tâche commencée par Abel Dumont et poursuivie par Léon Higuet. Signa­lons en passant que George Bouton fêtera, cette année, 36 années de présence ininterrompue dans la Société. Voici d’ailleurs comment se compose le comité actuel : Présidents d’honneur, M. le Bourgmestre, Maurice Bauloye, président du parti libéral et Albert De Hennault, ancien conseiller communal ; président, Georges Bouton ; vice-prési­dents, Fernand Higuet (fils de l’ancien président), Edgard Vigneron et Jean Barbier ; secrétaire, Roger Castille ; trésorier, François Servais ; commissaires Léon Collet et Nestor Ambroise.

Les « Vrais Amis » effectuèrent une rentrée triomphale le 27 juil­let 1945 à l’occasion des fêtes de la victoire où leur participation fut fortement remarquée. L’année suivante la société qui venait de con­fier la direction de son orchestre se composant en majeure partie de musiciens de Binche et de Levai, à Lucien Borzée de Morlanwelz obtint un succès sans précédent, 94 gilles participèrent au cortège de Pâques. Ce ne fut cependant pas le chiffre le plus important qui fut atteint, car en 1947, 104 gilles déambulèrent dans les artères de la ville. Depuis lors, un léger déchet a été enregistré, déchet assez com­préhensible, si on tient compte du coût actuel de la vie. Il ne faut d’ailleurs pas perdre de vue que les deux journées de Pâques consti­tuent pour le gille fleurusien une véritable rente — nous en savons quelque chose —. Pour parer à cette dépense qui représente plusieurs milliers de francs, les « Vrais Amis » ont constitué une cagnotte et chaque premier dimanche du mois ils effectuent le versement qui leur permettra de « boucler », sans trop s’en apercevoir, les deux journées de Pâques que pourtant chacun attend impatiemment. Le gille fleuru­sien n’est pas tout à fait comme les autres car c’est d’un geste large qu’il distribue ses oranges et chaque année une vingtaine de mille, en moyenne, s’éparpillent dans les diverses rues de Fleurus.

Les sorties et organisations. — Comme nous l’avons relaté dans une édition précédente, les « Vrais Amis » effectuent leur première sortie le dimanche précédent la Laetare, mais celle-ci sert simplement de mise en train et d’ultime préparation au carnaval qui a lieu quatre semaine après. Contrairement à d’autres sociétés ils ne se produisent

  1. Tout le monde sait qu’aujourd’hui la société des Gilles a élu domicile au « Mouton blanc », place Charles Gailly.

 

(p.168) pas à l’extérieur avant Pâques mais par contre, après ces deux jour­nées de liesse, ils effectuent régulièrement un ou deux déplacements à l’extérieur. C’est ainsi que depuis 1946 jusqu’à ce jour, ils ont été reçus à Jodoigne (2 fois), Ciney, Tirlemont, Jumet, Gosselies, Liège (2 fois aux fêtes de Wallonie) et Namur au grand cortège de Moncrabeau. Ils se sont également déplacés outre frontières à Tourcoing et S’-Quentin (France).

Cette année, ils sont d’ores et déjà assurés de participer au cortège du 1er juillet à Lambersart, petite localité des environs de Lille. D’autre part, le comité annonce également qu’il a été sollicité par les villes de Calais et Paris. Si l’accord venait à se réaliser avec la « Ville Lumière », ce serait, semble-t-il, un magnifique fleuron à ajouter à la renommée de la vieille cité fleurusienne.

Comme la totalité des sociétés fleurusiennes et ce afin d’alimenter leur caisse, les « Vrais Amis » organisèrent également de 1946 à 1953 un bal traditionnel qui se déroula dans la salle des fêtes de l’Hôtel de ville et dont les deux dernières éditions eurent lieu en tenue de soirée. Ayant abandonné cette initiative, le comité, pressé par ses membres, espère reprendre la tradition en 1957 sous une formule qui jusqu’à présent est toujours à l’étude.

Société royale. — Par suite de circonstances indépendantes de leur volonté ce n’est qu’en 1950 que « Les Vrais Amis » obtinrent l’autorisation de porter le titre de Société Royale. Dès lors, étant donné que de nombreux membres avaient atteint 25 années de pré­sence ininterrompue le comité décida de remettre, le dimanche de Pâques, au gille jubilaire, une médaille lui rappelant ses années de service actif. À cette occasion, une petite cérémonie se déroule dans la salle des fêtes de l’Hôtel de ville, et c’est au Bourgmestre qu’échoit l’honneur de congratuler le ou les heureux décorés qui s’empressent, comme il se conçoit, d’arroser à profusion leur nouveau président.

Voici ceux qui, à ce jour ont reçu cet insigne honneur : Georges Bouton, Fernand Higuet, Jean Barbier, Edgard Vigneron, Clément Lalieu. Jules Vassart, Joseph Petit, Vital Hembersin. Joseph Warny, Henri Petit, Roger Castille, François Servais, Ulysse Cantignaux, Nestor Ambroise, Emile Barbier, Marc Petit, Maurice Bouton, Franz Hanquet, et le signataire de ce papier.

Le jubilaire de cette année ne sera autre que Augustin Andries, ce qui portera donc à vingt le nombre de décorés.

On peut donc déduire que les gilles fleurusiens se composent en majeure partie de chevronnés.

Aussi, il faut d’ores et déjà prévoir que les « Vrais Amis » animés par un orchestre de 20 musiciens — toujours le même — avec une batterie de cinq tambours et une caisse, dont on a eu un léger aperçu (p.169) le 4 mars dernier, célébreront avec honneur leur 36e anniversaire ! Comme ils savent si bien le faire ils animeront pendant le week-end de Pâques notre localité pour la plus grande joie des milliers de spec­tateurs qui ne manqueront pas de rallier la cité des Bernardins.

Plus on se rapproche du jour « J », plus le Fleurusien devient anxieux et fébrile dans l’attente de ces deux journées de liesse.

Avant de terminer nous exprimerons un souhait : que le soleil soit également de la partie et alors les « Vrais Amis » seront en tous points récompensés de leurs efforts.

 

(s.) Robert Pouillon. La Nouvelle Gazette, du mardi 13 mars 1956, p. 5, col. 1 à 5

 

 

(p.170) XXXIV

Une friandise plus que centenaire fait de Fleurus « La cité du Bernardin »

 

À quoi tient la renommée tout de même !…

Parce qu’un pâtissier fleurusien inventa, il y a cent ans passés, une savoureuse gourmandise à base d’amandes, parce qu’il la baptisa du nom de son grand’père, la Villette a, au cours des temps conquis ses lettres de noblesse gastronomique et est connue à la ronde comme « La cité du Bernardin » bien qu’un seul homme par génération puisse se targuer de posséder l’unique recette authentique.

Et. l’histoire du « Bernardin », on pourrait même dire sa légende, est si jolie qu’on aime l’entendre conter sur les lieux mêmes de sa naissance, une pâtisserie de la rue des Bourgeois dont la façade déli­cieusement surannée n’a subi aucune modification depuis 1830..

  1. Nestor Ambroise, seul Fleurusien qui de nos jours entre­prenne quasi quotidiennement de pleines fournées de ce gâteau incomparable et renommé, n’a aucun lien de parenté avec le vieux Jean Close qui — il y a de cela 150 ans bientôt — créa la savoureuse friandise.

Jean Close … est né à Fleurus en 1788. Il était de descendance liégeoise et son grand’père paternel se prénommait Bernard, détail qui a son importance… Devenu homme, il se fit pâtissier et s’installa l’année de la bataille de Ligny dans la maison où nous sommes… La Tradition veut, que le 16 juin 1815, il servit de guide à Napoléon sur les lieux mêmes de la rencontre et que en remerciement l’Empereur lui fit un cadeau dont la nature est toujours demeurée inconnue… C’est avant cette époque, semble-t-il que Jean Close créa le gâteau que vous connaissez, brun et oblong, roulé dans des grains de sucre blanc et orné de deux demi-amandes. Le succès fut immédiat et en l’honneur de son aîeul. il baptisa sa création du nom de « Bernardin ».

L’engouement pour la friandise ne se démentit point, au contraire et son renom s’étendit bien plus loin que Fleurus à telle enseigne que après 1830, les   « Bernardins Fleurusiens »   figurèrent à diverses reprises à la table du Roi des Belges.

 

  1. En fait, cette annexe aurait du être insérée après l’annexe VII ; mais M. N. Ambroise n’a pu me procurer sa précieuse documentation qu’assez tardivement.

Si le succès du « Bernardin » a été foudroyant, gageons que la concurrence n’a pas tardé à s’exercer ?

Bien entendu et c’est pourquoi le 10 septembre 1885 la création de Jean Close fut déposée au Greffe de Charleroi sous la marque « Sans Pareils ».

« Ses enfants sans doute, continuèrent la fabrication après lui… ? » « Son fils ou son gendre, je l’ignore. — Tout ce que je sais c’est que, au cours des temps, la maison s’est successivement appelée Close, Ledru et Hittelet avant que — en 1949, nous soyons devenus propriétaires du secret…. »2.

Extrait d’un article de M. A.  Lixon (La Nouvelle Gazette, s.d.), communiqué par

  1. Nestor Ambroise.

dès djîles di Fleûru en-Italîye (des gilles de Fleurus en Italie)