Li SInt-Nicolès en Bèljike walone, picarde, gaumèse (La Saint-Nicolas en Belgique wallonne, picarde, gaumaise)

PLAN

 

0 Présintâcion / Présentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picardîye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

1.6 Li Gaume / La Gaume

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

5 Scrîjadjes / Littérature

6 Ôte paut en Bèljike, … / Ailleurs en Belgique, …

7 Ôtès-afaîres / Divers

0 Présintâcion / Présentation

in: A. Varagnac, M. Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978

 

6/12: Saint Nicolas apportait aux enfants les cadeaux, attribués à la générosité de l’au-delà et des coutumes ancestrales de la sibbe (clan, famille).  Morts et vivants, appartenant à la même sibbe, sont liés par une profonde solidarité.  Le respect pour les ancêtres était d’une importance vitale.  Ils étaient accueillis aux sacrifices et aux banquets du solstice.  Une table mise était réservée à ces invités invisibles, qui souvent étaient représentés par des hommes masqués.  On leur portait des toasts et on buvait en leur honneur.  Ce toast s’est maintenu dans le minnedronk médiéval (toast christianisé) et le toast moderne.  En résumé, on peut dire que la fête du solstice était une vraie communion entre les vivants et les morts.

On comprend l’opposition résolue de l’Église à ces pratiques.  Par contre, elle a assimilé certains traits en les christianisant.  Exemples : le culte des puits et des sources, qui furent dédiés à des saints et les toasts (p.322) mentionnés ci-dessus.  Elle a toléré d’autres coutumes païennes, sans même les christianiser, comme l’arbre de mai autour duquel on dansait et les grands feux annuels.  Mais le culte de la fertilité et des morts, dramatisé dans les mascarades , était un élément central de la religion germanique et par conséquent inadmissible.  Autour de l’an rnil, l’Église a institué une fête chrétienne pour la commémoration des âmes des défunts.  Depuis lors, plusieurs coutumes du culte des morts se sont attachées au Jour des Morts (Allerzielen), le 2 novembre.  Entre-temps, les mascarades ont continué à survivre.  Elles ont très probablement perdu peu à peu leur caractère païen, pour devenir des traditions populaires inoffensives ne survivant plus que dans les campagnes.

 

Gillain Eugène, in:  Sovenances d’on vî gamin, éd. Duculot, 1932

 

 (p.112) Sint Nicolès èst l’ patron des p’tits-èfants, maîs one miète ossi l’ patron dès papas èt dès momans qu’ ont co dès p’tits èfants. Tant qu’ on done li Sint-Nicolès, on s’ pout co crwêre one miète djon.ne.

 

in: Cretin Nadine & Thibault Dominique, Le livre des fêtes, éd. Gallimard, 1991

 

La Saint-Nicolas

 

(p.56) Saint Nicolas, évêque de Myra en Asie Mineure, est né vers 270 et serait mort le 6 décembre 343. Sa piété et sa charité légendaires l’ ont rendu très populaire en Grèce et en Russie orthodoxe où de nombreuses églises portent son nom. Ses reliques ayant été transportées à Bari en Italie par des marchands, et en Lorraine, son culte a gagné l’est de la France,

l’ Allemagne, puis le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.

 

La légende de saint Nicolas

 

Des légendes variées enjolivent la vie de Nicolas. Elles empruntent des traits au culte des dieux grecs Apollon et Artémis qui étaient vénérés à Patare en Lycie, lieu de naissance du saint. Le personnage vénérable et sage que l’on connaît aujourd’hui a pris également certaines caractéristiques à Odin, l’ ancien dieu germanique qui voyageait la nuit sur son cheval blanc

à huit pattes, accompagné de deux corbeaux noirs.

Quant aux bienfaits déposés dans les cheminées le jour de la Saint-Nicolas, ils auraient pour origine les bourses d’ or offertes par le saint à trois jeunes filles vouées à la débauche par leur père.

 

Le patron des marins

 

Patron des marins car il aurait sauvé des hommes pris dans une tempête, saint Nicolas est aussi le patron des marchands.

 

Le patron des prisonniers

 

A Saint-Nicolas-de-Port, en Lorraine, on célèbre deux fois par an la Saint-Nicolas : en décembre et le lundi de Pentecôte. Un jeune homme en armure rappelle la légende du sire

De réchicoourt (13e siècle), fait prisonnier à la 6e croisade, que le saint aurait délivré

de ses chaînes.

 

(p.58)  Saint Nicolas et le Père Fouettard

 

Dans certaines régions (Belgique, Allemagne, nord et est de la France), saint Nicolas, monté sur un âne ou un cheval, et le père Fouettard visitent les maisons où il y a des enfants, le soir du 5 décembre. Le saint bénit l’assemblée et distribue des friandises tandis que le Père Fouettard fouine dans la pièce, menaçant avec ses baguettes les enfants qui n’ont pas été sages.

La nuit, saint Nicolas dépose des cadeaux dans les souliers placés près de la porte ou de la

cheminée, et prend pour sa monture le foin ou les carottes mis là à cette intention.

 

(p.59) Les origines dn Père Fouettard

 

 Le père Fouettard, appelé aussi Ruppels, Hans Trapp, Zwarte Piet, prend un aspect varié d’un pays à l’ autre : roux et hirsute, il est vêtu de sombre en Lorraine, alors qu’ en Hollande sa face est noircie mais épanouie. Parfois, ils sont plusieurs comme la horde de démons cornus à Mittendorf, en Autriche.

Oel, le fils d’ Odin, dans le culte germanique, pourrait être un lointain ancêtre du père Fouettard. Il descendait sur terre chercher les offrandes pour son père et punir quand c’était nécessaire.

Le père Fouettard aurait aussi une origine historique : en 1552, Charles Quint mit le siège devant Metz à l’époque de la Saint-Nicolas. C’est sa caricature qui aurait donné les traits à l’ affreux compagnon du saint.

 

Le fouet et le « bruit »

 

Le fouet n’est pas seulement destiné à effrayer. Porteur d’heureux présages, il indique, dans bien des endroits, le passage a la nouvelle année : on s’ en sert pour chasser les mauvais

esprits et favoriser les bons.

 

Le bruit a les mêmes pouvoirs. Ainsi le père Fouettard en abuse-t-il, criant ou agitant une cloche.

 

in : Félix Rousseau, Légendes et coutumes du Pays de Namur, Trad. wallonne, 2006

 

(p.135) Le saint évêque de Myre est le patron des écoliers qu’il récompense le jour de sa fête. Dans tous les pays de l’Europe occidentale il est de tradition, depuis un temps immémorial, de donner des cadeaux aux enfants vers la fin de l’année, particulièrement à la Noël. Ces cadeaux sont censés être faits par un être surnaturel qui, la nuit, descend en cachette par la cheminée. Le type de l’aimable donateur varie avec les pays : en France c’est le Père Noël ; en Allemagne c’est le Knecht Ruprecht, qui porte un sac ou un panier sur le dos, ou le Pelzmàrtel, monté sur un cheval de bois, ou encore le Weihnachtmann (le bonhomme Noël). Le même rôle est attribué à Rome à la Befana et en Sicile à la Vecchia di Natali95. En Belgique, en Hollande, dans la Flandre française, en Alsace et en Lorraine, le bienfaiteur des enfants est saint Nicolas. Chez nous, le bon saint se montre volontiers dans la semaine qui précède sa fête. Il faut, en effet, qu’il se renseigne sur les faits et gestes de ses petits amis, car il ne récompense que ceux qui le méritent. Il apparaît sous les traits d’un évêque de belle prestance avec une vénérable barbe blanche étalée sur la poitrine. Son chef est coiffé d’une mitre, en main il tient la crosse épiscopale. Dans ses pérégrinations, il est accompagné d’un redoutable personnage mi-domestique, mi-croquemitaine : le père Fouettard, armé d’une verge « trempée dans du vinaigre » et la terreur des mauvais garnements. La nuit du 5 au 6 décembre, saint Nicolas fait le tour des maisons prodiguant joujoux et bonbons (fig. 34).

 

95 J. BONACCORSI, Noël, notes d’exégèse et histoire, pp. 157 et 158.

 

6/12

Saint-Nicolas (évêque d’ Asie Mineure) opposé à Zwarte Piet (lumière contre obscurité/ bien et mal)

 

N.B. Le Père Fouettard joue, lui, un rôle pédagogique.

 

in: Louis Janssen, Saint Nicolas aux Pays-Bas et ses antécédents européens, p.303-324, in: Tradition wallonne, 5, 1988

 

1. Un saint controversé

 

Quand on veut étudier la fête de saint Nicolas et ses différentes coutumes, on est frappé par des phénomènes bizarres, contradictoires même.  Au Moyen Âge il était tellement populaire qu’il était le patron à la fois, des commerçants et des vagabonds, des avocats et des malfaiteurs, des marins et des boulangers, des riches et des pauvres, des filles chastes et des amoureux, des adultes et des enfants.  Grand saint pour les uns, il est un démon pour les autres.  Patron sympathique des enfants pendant des siècles, on l’a transformé en un croquemitaine par la suite.  En Hollande, pays à caractère nettement calviniste, où l’on a aboli le culte des saints, il est resté un personnage vraiment national.  Certains ont cru (notamment Vellekoop; voir bibliographie) qu’il n’avait pas été maintenu parmi les saints reconnus par l’Église.

Dans cet article, il sera question de deux fêtes tout à fait différentes, mais portant toutes les deux le nom de Nicolas et ayant lieu le 5 et le 6 décembre.  D’abord la fête familiale, issue du culte médiéval, et ensuite une mascarade dans l’île d’Ameland, une des îles frisonnes.

 

Mythe ou Légende?

 

Depuis le début du XIXe siècle, on a vu naître toute une littérature scientifique et vulgarisatrice, qui traite de la fête familiale et essaie d’en déceler les racines lointaines.  Mais ces essais d’interprétation s’effectuent par deux voies divergentes, opposées.  Il y a un courant légendaire qui cherche l’éclaircissement des phénomènes dans la légende et le culte du saint médiéval et un courant mythologique très fort, dominant longtemps le premier et qui croit trouver l’explication dans la religion germanique.  Ce courant-ci se réclame de Jacob Grimm.  Pourtant celui-ci n’a fait que des allusions prudentes dans cette direction.  Ce sont surtout ses adeptes qui ont proposé des thèses de plus en plus hardies, dépassant largement les intentions du maître.  Ainsi, selon la plupart des folkloristes néerlandais, saint Nicolas serait le dieu germanique Wodan.  Celui-ci aurait survécu (p.304) sous le déguisement d’un saint chrétien.  Dans cette optique, les éléments de la fête ne pouvaient être compris que dans le cadre de la religion archaïque, préchrétienne.

En 1931, le livre Nikolauskult und Nikolausbrauch im Abendlande (culte et couturne en Occident) de Kart Meisen fut comme un éclair dans le ciel mythologique.  D’un seul coup il détruisit les constructions rnythologiques en montrant que la plupart des coutumes relatives à saint Nicolas provenaient du culte et des légendes médiévaux de ce saint. Étant convaincu que sa thèse explique la fête familiale, telle qu’elle est célébrée à présent en Hollande, je suivrai de près sa démonstration : l’origine byzantine, l’expansion vers l’ouest.  Ce sera le sujet du chapitre suivant.  Dans un autre chapitre on verra comment la fête s’est implantée aux Pays-Bas et a survécu à la Réforme.  Il y a d’autres données que celles de Meisen, provenant de sources et d’études néerlandaises.

 

II. Le culte médiéval européen

 

1. Byzance : les légendes Ouand on voit la popularité immense de saint Nicolas au Moyen Age, on se demande ce qui peut expliquer cette renommée.  Sa biographie est plutôt obscure.  Il aurait été évêque à Myre en Asie Mineure au Ve siècle, mais il n’y a pas de preuves historiques de ce fait.  Et pourtant, quelques siècles après, il s’est acquis une place insigne parmi les saints de l’Église orientale.  Il est considéré comme le plus grand, dépassé seulement par la sainte Vierge.  Dans l’Église orthodoxe russe, son culte a pris des dimensions presque divines.  On l’y considérait comme un deuxième Sauveur et on disait : «Si jamais Dieu mourait, on choisirait saint Nicolas comme le Bon Dieu».

 

Il doit cette popularité extraordinaire au grande nombre de miracles, racontés par les légendes.  Pour l’homme du xx’ siècle, ce sont des histoires naïves, sinon niaises, qu’il préférait ignorer.  Pour les chrétiens du Moyen Âge le miracle était chose évidente et vivante.  Il était la manifestation de la toute-puissance, la faveur, la miséricorde de Dieu.  Il est fait ici et maintenant par un de ses amis intimes, intermédiaire entre Dieu et l’homme.  Le miracle est le haut fait des vies des saints, des hymnes, des sermons, des peintures, sculptures et vitraux et surtout du genre de théâtre religieux, appelé également «miracle» (ou «mystère» ou «jeu»).  Bref, pour l’homme médiéval, la légende n’était pas un conte de fées, mais histoire sacrée, témoignant de la présence et de la puissance divines parmi les gens.  Et pour nous, il est indispensable d’en prendre connaissance, si l’on veut comprendre l’évolution de la fête.

(p.305) Saint Nicolas est donc thaumaturge, celui qui fait des miracles.  La légende la plus ancienne est celle des Stralètes byzantins, trois généraux, accusés faussement de trahison, sauvés après l’intercession du saint auprès de l’empereur.  Au Vllle siècle, on connaît déjà à Rome une église dont il est le patron (ecclesia sancti Nicolai in Carcere), située près de la prison.  Depuis lors son patronage des prisonniers est attesté.

Plus connue est la légende des trois filles pauvres.  Leur père qui n’a pas les moyens de les marier, pense à les prostituer.  Afin d’éviter cette ignominie, le saint jette, trois nuits de suite, trois bourses remplies d’or par la fenêtre en guise de dot.  Scène qui est souvent représentée par les peintres italiens.  Plus souvent, cependant, on voit le saint avec trois boules d’or à la main.  On comprend facilement que les filles, soucieuses de leur chasteté, ainsi que les amoureux, ont reconnu leur saint patron dans cette histoire.  Mais il y a davantage.  Cette légende explique merveilleusement deux coutumes actuelles : la visite nocturne du saint pour donner des cadeaux aux enfants et le jet de noix et de bonbons par la fenêtre ou la porte, quand les petits chantent en son honneur.

Egalement d’origine byzantine sont plusieurs légendes où il calme la mer et sauve des marins.  Des siècles plus tard, l’écho de ces miracles est encore entendu jusqu’à la mer du Nord et à la mer Baltique.  Les marchands au cours de leurs dangereuses pérégrinations et les marins menacés par les périls de la mer savaient à qui s’adresser.  On verra plus loin l’importance de ces légendes pour le culte dans notre pays.

 

La délivrance des Stralètes contient encore un élément qu’il faut mettre en relief.  L’évêque aurait accompli ce miracle de son vivant.  Ceci implique qu’il avait la qualité d’apparaître à l’empereur dans sa capitale lointaine, comme s’il était un ange.  En effet, l’Église byzantine l’a considéré comme un saint angélique, un être qui pouvait se déplacer dans l’air.  Autre trait qu’on retrouve dans le folklore actuel et qui représente saint Nicolas chevauchant sur les toits.

 

 

2. Vers l’Ouest

 

Comme on le sait, l’Italie du Sud a été de tout temps à mi-chemin entre l’Orient et l’Occident, entre le monde grec et le monde latin.  C’est à Bari que la marche triomphale de saint Nicolas vers l’Ouest a commencé.  Il y était vénéré bien avant l’an mil.  Mais ce n’est qu’après 1087, l’année où les reliques furent transférées de Myre à Bari, que le culte s’est généralisé en Europe de l’ouest.  Il est difficile d’imaginer ce que représentait la translation de reliques pour les gens d’alors.  C’était une hiérophanie, une manifestation du sacré parmi eux.  La proximité de sources d’énergie sacrale provoquait des débordements d’enthousiasme, de grande joie, d’émotion intense.

(p.306) Plusieurs circonstances ont favorisé la diffusion du culte. À proximité de Bari il y avait un autre lieu de pèlerinage illustre, dédié à saint Michel.  Les pèlerins aimaient profiter de l’occasion pour visiter en même temps le lieu sacré de Bari.  Puis l’essor du culte coïncidait avec le début des croisades.  Les croisés s’embarquaient à Bari et, arrivés en Orient, ils entendaient chanter également la louange du saint qu’ils venaient de vénérer.  Ils y voyaient confirmé le prestige qu’ils avaient constaté à Bari.  Une fois rentrés chez eux, ils se faisaient les propagateurs du culte du grand thaumaturge de l’Orient . Une troisième circonstance était d’ordre politique.  Dans la deuxième moitié du XI’ siècle, des Normands avaient soumis la Sicile et l’Italie du Sud.  Bien vite ils ont appris à leurs cousins au Nord de la France les choses étonnantes qui se passaient dans leur royaume.  Et c’est là, en France du Nord, que se constituait le nouveau point d’appui où s’élaboraient de nouvelles formes du culte et d’où rayonnait ce culte dans toutes les directions, surtout vers le nord et l’est.

Il faut avouer cependant qu’avant 1087 il y avait déjà un culte de saint Nicolas dans les pays du Nord, mais plutôt restreint et d’ordre aristocratique et monastique.  En 972, l’empereur Otton Il avait épousé la princesse byzantine Théophano (morte à Nimègue en 991), femme admirable, très religieuse.  D’une main ferme elle exerçait la régence pour son fils mineur.  Elle favorisait la réforme monastique de Cluny et de Gorze et elle aura contribué très probablement à la diffusion du culte surtout en Rhénanie, qui par la suite sera un autre pôle de développement de la dévotion.  Les bénédictins la promurent également, surtout à partir de l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers.  Or, ce culte, existant déjà, fut stimulé par la nouvelle vague, venant de Bari.  Les centres principaux se trouvaient en Normandie, en pays mosan, en Lorraine et en Rhénanie.  De là, le culte s’est répandu aux Pays-Bas (au sens large), en Allemagne, dans les pays scandinaves et jusque dans les pays baltes.  Meisen a compté 2 137 églises, monastères et chapelles, dédiés à saint Nicolas.  Pour le diocèse d’Utrecht il en donne 59 seulement.  En réalité, leur nombre y était beaucoup plus élevé.  Pour tout l’Occident, il devrait s’élever à 3 400 dédicaces environ.

 

 

3. Patron des écoliers

 

Pour en arriver enfin à la fête des enfants, passons sous silence les

autres patronages dont il a été fait mention plus haut.  Car, pour nous, saint Nicolas est par excellence l’ami des enfants.  Comment cet aspect du culte a-t-il trouvé sa forme ? Il y a plusieurs miracles qui concernent les enfants.  Nous connaissons déjà celui des trois filles.  Parmi d’autres encore, il faut surtout noter celui des trois garçons ou jeunes clercs – (p.308) on ne sait pas au juste – tués par un boucher-aubergiste et salés dans un tonneau, pour être ressuscités ensuite par saint Nicolas.  De toutes les légendes, celle des trois filles et surtout celle des trois garçons (d’origine occidentale celle-ci) étaient les favorites dans l’iconographie du saint : sculptures, peintures, vitraux et broderies.  Le plus souvent on le voit représenté avec les trois boules d’or (trois filles) ou avec à ses pieds un tonneau d’où sortent trois petits garçons.  L’espace de cet article ne permet pas de nous arrêter longtemps à cet aspect du culte.  Le livre de Meisen contient un exposé détaillé sur cet aspect artistique.  Un résumé se trouve dans L. Réau, Iconographie de l’Art chrétien (vol. 111.2). Une exposition récente, consacrée à saint Nicolas, comptait 5 statues ou peintures où il est représenté avec les boules d’or, et 30 sur 52 avec les trois garçons, ce qui montre la grande popularité de ce thème.  Mentionnons seulement, parmi tant d’oeuvres d’art, une des plus anciennes, à savoir les fonts baptismaux à Zedelghem, en Flandre, de style roman, datant de la fin du XII’ siècle.  C’est en même temps un indice tendant à prouver que le nom de Nicolas était déjà en vogue comme nom de baptême.

 

 

a. La fête des Innocents, l’évêque des écoliers

 

Entrons maintenant dans le microcosme de l’école médiévale, l’école

monastique d’abord, l’école cathédrale ensuite.  C’est là qu’est née une des fêtes les plus charmantes de notre civilisation, préparée de longue date.  Il s’agit de la fête des Innocents, le Festum Puerorum, qui comme on le verra encore, a fusionné plus tard avec la fête du 6 décembre.

 

Ecoutons Eckehard IV, moine et chroniqueur de l’abbaye de Saint-Gall en Suisse :

En 911 le roi Conrad 1 célébra la fête de Noël chez l’évêque Salomon de Constance.  L’évêque loua les processions et festivités qu’on pratiquait ces jours-là à Saint-Gall.  Ils décidèrent d’y aller ensemble et le lendemain ils s’embarquèrent.  Pendant l’office le roi fit déposer un tas de pommes dans l’église devant les enfants qui défilèrent en procession. À sa grande surprise pas un des enfants n’y fit attention, si grande était leur discipline.  Dans le réfectoire les enfants faisaient à tour de rôle la lecture.  Chaque fois que l’un d’eux avait fini on le levait vers le roi, qui lui mettait une pièce d’or dans la bouche.  Le plus petit s’effraya tellement qu’il cracha la monnaie.  Le lendemain le roi promulgua un décret stipulant que désormais les enfants avaient le droit de s’amuser durant ces trois jours.  Probablement confirmaitil une coutume plus ancienne, ce qui est montré par l’anecdote

suivante.  Le séjour du roi prit fin par un repas avec des plats tels que les moines n’en avaient jamais vu et les jongleurs et les musiciens dansaient, jouaient et chantaient devant le roi et l’assemblée.

En 919, peu avant sa mort, l’évêque Salomon se rendit une dernière fois à Saint-Gall pour assister à la fête des enfants.  Ce jour-là, ceux-ci avaient le droit de capturer un supérieur, qui ensuite devait se racheter.  Les enfants s’avisèrent qu’il était plus passionnant de «prendre en otage» l’évêque que l’abbé.  Salomon cependant, plus malin qu’eux, changea les rôles et leur ordonna de se déshabiller (p.308) jusqu’à la chemise.  Ainsi fut fait.  Mais les élèves prirent leur revanche de façon spirituelle et en beaux vers latins ils protestèrent, l’un après l’autre contre cette «injustice».  Alors l’évêque les embrassa un à un et leur dit de se rhabiller.  Finalement il décréta qu’à l’avenir on servirait la meilleure nourriture aux enfants ces trois jours.

Il est curieux que mille ans après, ça et là dans nos contrées, il existe toujours une coutume, qui donne le droit aux enfants d’exclure les parents ou leur maître.  Ils ne sont admis qu’après avoir régalé les enfants.  C’est ce qu’on appelle uitsluitdag ou sluiterkensdag (jour d’exclusion).

Dans un livre récent, J. Heers a décrit amplement toutes les coutumes de la «Fête des Fous». À l’origine c’est comme à Saint-Gall la fête des trois jours après Noël.  La veille des Innocents on élit’dans la cathédrale un «évêque» (episcopus puerorum) parmi les jeunes clercs.  Habillé en évêque avec mitre et crosse, il exécute la liturgie avec ses copains, en la parodiant.  Apparemment c’est une fête qui dégénère facilement, témoin les nombreuses interdictions de la part des évêques et des synodes.  Mais la permanence de ces interdictions prouve en meme temps la ténacité de la fête.  Il est question de chants obscènes, de jeux de dés sur l’autel, etc.  Après un dîner avec les chanoines du chapitre, «l’évêque» sort en ville avec sa suite dans laquelle se trouvent parfois des garçons masqués.  Pendant cette tournée on se permet toutes sortes de frivolités et d’extravagances.

 

 

b. Liaison des deux fêtes (28 et 6 décembre)

 

Au cours du XII’ siècle s’est constituée une fête liturgique de saint

Nicolas, le 6 décembre.  Une Vie de saint Nicolas de Wace (Xlle SièCle)@ dans laquelle il raconte la légende des trois garçons, nous montre que ce jour était déjà fêté par les écoliers.  Il y avait donc à l’époque deux fêtes des écoliers.  Ce qui nous intéresse ici, c’est que des coutumes de la fête des Innocents se sont greffées au 6 décembre.  De plus en plus, l’évêque des enfants est choisi le 6 décembre et son règne dure jusqu’au 28 décembre et ailleurs même jusqu’à la fin de l’année scolaire en mars.  Une fois ce lien établi, les festivités des Innocents sont souvent entièrement transférées au 6 décembre.  Ceci implique qu’il y a des sorties, des cortèges de «l’évêque» qui bientôt est appelé «l’évêque Nicolas».  Et voilà un Nicolas bien vivant qui

déambule dans la ville.  On s’imagine facilement les polissonneries et les impertinences de ces troupes de jeunes avec leur «Nicolas» dans nos villes.  Les nouvelles plaintes et interdictions nous le montrent clairement.

Une source d’inspiration était certainement aussi le «Jeu de saint Nicolas» qui était joué la veille de la fête.  Le plus ancien et le plus connu est celui de Jean Bodel d’Arras, de la fin du xii’ siècle.  La pièce entre (p.309) dans le genre des «miracles».  Il s’agit d’un chrétien qui est fait prisonnier par les Sarrasins.  Pendant le procès, il loue la puissance de son saint patron et exprime sa confiance d’être secouru dans sa misère.  Sa foi est matérialisée par une petite statue du saint qui joue un rôle central dans la pièce.  Finalement le roi des infidèles, impressionné par l’efficacité du thaumaturge des chrétiens, se convertit au christianisme avec les siens.  Dans la pièce se reflète ouvertement la vie turbulente de la ville avec ses tavernes, ses jongleurs, ses voleurs, etc.  Ainsi les écoliers se familiarisaient «en jouant», avec les hauts faits de leur saint patron et, vu leur milieu, on peut être sûr que ces représentations théâtrales étaient pleines d’humour.

De ces éléments, auxquels il faut ajouter la liturgie avec sa splendeur et les sermons avec leur moralisation, se développe une pédagogie qui est centrée sur le patron des écoliers.  Le saint patron devient le modèle de toutes les vertus qu’on aimait voir réalisées chez les élèves, y compris l’application à l’école.  La «verge», un des attributs du valet de saint Nicolas, n’a rien à voir avec un culte de fertilité, comme aimaient le prétendre les mythologues.  Elle a son origine ici, dans ce milieu scolaire, comme simple instrument de punition.

 

 

c. Genèse de la fête familiale

 

L’éclat de la fête des écoliers influençait les petits enfants qui imitaient

leurs frères et les parents ont bientôt compris quel profit ils pouvaient en tirer.  La fête scolaire est graduellement suivie par la fête familiale.

Cette évolution doit avoir eu lieu au X,Ve OU xv’ siècle.  L’aspect pédagoeque et moralisateur prendra de plus en plus d’importance.  Un témoignage intéressant se trouve dans le livre, De

Festis… liber (1584), de Mathâus Dresser de Leipzig.  Il dit : «Saint Nicolas est le patron des garçons et des filles qui le vénèrent dans l’attente un peu enfantine qu’ils recevront des cadeaux de lui la veille de sa fête».  L’étape suivante dans cette évolution est qu’on lui donne le rôle d’arbitre, celui qui juge la conduite des enfants et par conséquent celui qui récompense et punit.  Son jugement est concrétisé par des présents et des friandises ou le contraire, une verge qu’il apporte pendant ses activités nocturnes, trait connu de la légende des trois filles.  La dernière conséquence de tout ceci est, hélas, qu’on a transformé l’ami des enfants en un croquemitaine de l’une ou l’autre forme.  Quant à la Hollande, on y connaît très bien la coutume de la visite nocturne par l’opposition qu’elle suscita chez les pasteurs protestants.

La coutume de donner des cadeaux est beaucoup plus vieille que la Saint-Nicolas.  On la retrouve dans beaucoup de civilisations, souvent au Nouvel An.  Aux premiers siècles, l’Église s’y est opposée énergiquement, la considérant comme une coutume païenne.  Il est amusant de voir que ce que l’Église catholique avait reproché à la religion romaine, l’Église réformée le lui reprochait à son tour . L’originalité de la Saint-Nicolas est d’avoir apporté à l’acte de la remise des cadeaux une dramatisation dont les éléments du scénario ont été empruntés aux différentes légendes.

 

 

d. Résumé

 

On a vu que le développement médiéval du culte part de Byzance, où le saint jouissait d’un prestige énorme.  Thaumaturge par excellence, il secourait dans la détresse et l’adversité.  De Byzance, le culte s’est répandu vers l’Italie du Sud.  L’événement crucial dans cette diffusion fut la translation des reliques à Bari.  Grâce aux pèlerinages et aux croisades, grâce aussi à l’aide de promoteurs puissants, parmi lesquels des membres de la plus haute aristocratie et des ordres monastiques notamment des bénédictins et des prémontrés, le culte s’étendit, en moins d’un siècle, dans l’Europe de l’Ouest et du Nord.  Les différentes légendes ont donné lieu aux patronages les plus divers, dont ceux des marins, des marchands et des écoliers étaient les plus insignes.

À côté de la fête liturgique, une fête paraliturgique s’est développée.  Elle était joyeuse et se déplaçait de l’église dans la rue et de la rue dans les maisons.  Par la suite, la fête fut exploitée à des fins pédagogiques.  Presque tous les traits de la fête familiale trouvent leur origine et par conséquent leur explication dans telle ou telle légende.

Quand on pense aux différents éléments du culte : la dévotion, les patronages, les pèlerinages, les oeuvres d’art, la liturgie avec les hymnes créés pour cette fête, les pièces de théâtre, la fête des écoliers, la fête des petits enfants, on se rend compte qu’il s’agit de légendes créatrices d’un remarquable ensemble de formes de civilisation.

Il reste à faire remarquer que cette fête était universelle et plus ou moins uniforme en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge.  Depuis la Réforme, elle s’est développée en suivant des voies de plus en plus divergentes.

 

 

III. Dans le pays de saint Nicolas

 

À plusieurs reprises, Karl Meisen appelle la Hollande «le pays classique de saint Nicolas», d’abord parce que les sources d’information y sont plus abondantes qu’ailleurs, mais surtout à cause de la survivance miraculeuse et pure d’une fête nettement catholique dans un environnement protestant. (p.311)

 

 

1. Culte médiéval

 

a. Les églises Saint-Nicolas

 

Les plus vieux vestiges du culte en Hollande sont les patrocinia, les

patronages des églises et des chapelles.  H.J. Kok a fait des recherches sur les patronages d’une dizaine de saints dans le diocèse médiéval d’Utrecht, comprenant alors neuf des onze provinces actuelles.  Sur 339 églises et chapelles, 105 étaient dédiées à saint Martin, 95 à saint Nicolas, 139 aux huit autres saints.  Les églises dédiées à saint Martin, parmi lesquelles l’église cathédrale d’Utrecht, sont pour la plus grande partie antérieures au XII’ siècle.  Il était le saint éminent du royaume franc et son culte était favorisé par les Mérovingiens et les Carolingiens. À partir de 1100 environ, sa popularité décroît au profit des saints orientaux : Catherine, Georges et Nicolas.  Si l’on se rend compte du retard que la diffusion de son culte

avait sur celui de saint Martin, il est étonnant qu’il ait su attirer plus d’un quart des patronages en question.  Autant dire que son rayonnement était immense dès cette époque.

Précédemment j’ai renvoyé au patronage des marins et des marchands.  On a cru longtemps avoir trouvé dans les légendes de saint Nicolas relatives à la mer l’explication de nombreux patronages aux Pays-Bas, ceux des villes hanséatiques, surtout celui d’Amsterdam.  Les recherches de H.J. Kok ont montré cependant que ces patronages étaient antérieurs à leur essor commercial.  Autant dire qu’il s’agit d’un patronage plus général.  Dans un pays où les inondations se répétaient et avaient souvent le caractère de grandes catastrophes, on a vite compris qu’il fallait la protection d’un grand thaumaturge, spécialiste en la matière.  Alors il n’est pas étonnant de trouver ces patronages autour de la Middelzee en Frise, sur les bords de la Zuiderzee et le long des fleuves.

Une autre catégorie d’églises, signalées par H. J. Kok, se localise dans les régions marécageuses entre Utrecht et la côte.  Ces terres ont été mises en culture par des ouvriers hollandais et frisons.  Un peu plus tard on les retrouve dans les marais du nord-est et quand un groupe d’entre eux émigrait en Allemagne, où ils pratiquaient le même métier, ils emportaient avec eux leur saint patron.  On trouve leurs églises Saint-Nicolas autour de Brême et en Saxe.  La raison de leur prédilection pour saint Nicolas n’est pas très claire.  Quoi qu’il en soit, c’est la première fois que des Hollandais ont exporté leur culte.  Ils agirent de même quand des émigrés s’établirent en Amérique du Nord et y fondèrent La Nouvelle Amsterdam (plus tard New York).  Leur saint Nicolas s’y est transformé en Santa Claus et comme tel il est revenu, des siècles plus tard, dans nos grands magasins.

 

 

(p.312) b. La fête au Moyen Âge

 

On possède des données sur le culte liturgique de nos contrées à partir de la deuxième moitié du XIIe siècle. Vers 1200, la fête à Utrecht était festum duplex, fête double d’ c’ est-à-dire de rite plus solennel, et le 6 décembre, jour où l’on chômait. Les livres liturgiques nous ont conservé un grand nombre de textes sacrés, composés pour la fête : répons, antiennes et .surtout les hymnes qui chantent encore une fois les grands faits du saint patron.

D’autres sources d’ordre profane : décrets, ordonnances et livres de compte, nous renseignent sur la fête des écoliers. En 1360, à Dordrecht, les élèves ont un jour de congé et sont régalés. En 1363, ils y choisissent leur “ évêque  » et reçoivent une somme d’ argent pour célébrer leur fête.

À Dordrecht également, en 1403 d’ on distribue aux enfants du miel, de la Caaescoeck (couque de la Saint-Nicolas) et des tartes. À Utrecht, on distribue du pain blanc aux enfants pauvres. Plusieurs extraits de compte font mention de chaussures pour les enfants de choeur (1427, 1512). A Utrecht encore en 1568, on donne de l’ argent aux enfants de choeur pour élire leur “évêque ». En 1625, donc après la Réforme, à Oldenzaal, petite ville restée catholique, la fête est repoussée à ld’intérieur de l’école, probablement pour ne pas scandaliser les protestants. Le vicaire Rovenius interdit de faire des quêtes avec mitre et crosse. En 1673, on y joue encore le jeu de saint Nicolas.

Pour les adultes, la fête avait un autre caractère. Dans plusieurs villes (Venray, Arnhem, Dordrecht, Leyde, Haarlem, Alkmaar, Delft, Nimègue, Weesp), il y avait des guildes ou confréries Saint-Nicolas. La fête de leur saint patron se composait de cérémonies religieuses, messe et procession d’ et d’une soirée avec toutes sortes de festivités. L’importance du culte pour le commerce est démontrée aussi par le fait que dans les Pays-Bas il y avait des Nikolaesguldens (florins) et Nikolaesdaelders (daeler, thaler, dollar).

 

 

Amsterdam et saint Nicolas

 

Le commerce nous amène à Amsterdam qui, de tout temps, a eu une dévotion spéciale au saint, ainsi qu’en témoignent ses trois églises Saint-Nicolas. La plus ancienne d’entre elles, la Oude Kerk (la Vieille église), date de 1324, quand Amsterdam n’ était qu’un petit port de pêche. Sa Koopmansgilde (guilde des commerçants) date de 1400. Elle avait son propre autel et son chapelain. Par rapport aux autres villes, le culte y fut relativement tardif, mais dd’autant plus grande serait sa renommée par la suite. Avec l’essor du commerce, et dans son prolongement, le prestige de saint Nicolas a pris une telle ampleur qu’il est devenu le patron de la ville. Le succès du négoce et la popularité du saint se réflétaient dans une grande statue en argent d’ qui se trouvait dans la Oude Kerk. Le (p.313) 6 décembre, l’église et la municipalité donnaient quelques sous, des friandises ou de petits présents aux enfants.  Les enfants de choeur recevaient en outre des vêtements.

 

 

b. La fête au Moyen Âge

 

De cette époque date aussi la fête familiale, et c’est sur son déroulement à Amsterdam que nous sommes le mieux documentés.  On faisait les achats, la veille, au marché de la Saint-Nicolas.

Des deux côtés se trouvaient les baraques foraines où l’on trouvait la Sinterclaescoeck, des petits pains à la pâte d’amande, de la tarte au miel et du massepain.  Comme jouet, on mentionne les poupées.  La veille, les enfants déambulaient en cortège avec des petits fanions.  Avant de se coucher, ils mettaient la chaussure devant l’âtre, chez eux mais aussi chez le parrain ou la marraine.  Cette coutume est attestée depuis le XVI’ siècle.

Le marché de la Saint-Nicolas à Amsterdam offrait encore d’autres scènes.  Les matelots fréquentaient le plus de tavernes possible avec leur amie, en chantant un refrain assez particulier : « nous dirigeons notre navire, sur la mer houleuse, à la guise de saint Nicolas, car notre amour nous accompagnera».  Le saint patron des amoureux se manifestait ouvertement

ce soir-là.  Les jeunes se donnaient mutuellement des coeurs en spéculaus, ce qui équivalait à une déclaration d’amour.  Très connues étaient aussi les poupées en spéculaus, appelées vrijers et vrijsters (amoureux, amoureuses).  Dans ce contexte il faut situer les «Nicolas Noirs» d’Amsterdam, qui erraient par la ville, en faisant un bruit horrible avec leur chaînes qu’ils battaient contre le pavé et en cognant sur les portes ou les fenêtres, demandant s’il y avait des enfants méchants.  En même temps, ils se permettaient toutes sortes de libertés avec des filles.  Tout un répertoire de chansons un peu scabreuses fait allusion à saint Nicolas comme hylickmaker (entremetteur).  Il y a la chanson où l’on dit aux enfants sans papa «qu’il faut demander à saint Nicolas qui en sait plus long».  Les garçons illégitimes étaient souvent baptisés sous le nom de ce patron des amoureux : Klaas.

 

 

2. Après la Réforme

 

En 1578, la Réforme fut un fait accompli.  Les catholiques, à l’époque encore une majorité et plus tard une minorité de 40%, furent tolérés, ainsi que d’autres dissidents, à condition qu’ils pratiquent leur culte discrètement.  Les églises furent confisquées et données à la nouvelle religion.  Les oeuvres d’art religieux qui avaient survécu à l’iconoclasme furent enlevées.  Une perte irrémédiable de notre patrimoine.  Ce qui reste n’est qu’une partie minime.  C’est-à-dire que du point de vue de l’iconographie religieuse de saint Nicolas, notre pays n’a plus grand chose à montrer.  Heureusement cette perte est compensée par un certain nombre de peintures du xvii’ siècle, qui illustrent la fête familiale de façon vivante.  Les(p.314) catholiques devaient se contenter d’églises clandestines (schuilkerken).  La plus connue d’entre-elles, à Amsterdam, était dédiée – se peut-il autrement? – à saint Nicolas.

La vie publique était contrôlée et dominée par l’Église réformé.  Les pasteurs se donnaient pour tâche d’épurer les moeurs, car beaucoup s’en fallait que les nouveaux adeptes fussent de bons protestants.  Dimanche après dimanche, ils martelaient la chaire et fulminaient contre l’idolâtrie et les superstitions papistes.  Surtout le dimanche précédant telle ou telle fête populaire, l’inspiration ne leur manquait pas.  C’est grâce à leur zèle que nous sommes si bien renseignés sur l’écart entre théorie et pratique.  Sans cela beaucoup de détails intéressants auraient échappé à l’attention des historiographes.  Les pasteurs ont réussi à faire disparaître – du moins au Nord – le carnaval.  Ouant à la fête du 6 décembre, leur lutte était, à la longue, sans succès.  Ils s’opposaient à la mise de la chaussure devant l’âtre par les enfants, à la fabrication et vente de spéculaus figuratifs, au «jeu de Saint Nicolas» et aux autres «monstruosités».  Leur pression sur les autorités locales était telle que celles-ci décrétaient, année après année, des interdictions contre ces pratiques, mais en vain.

 

Deux raisons expliquent la continuité de la Saint-Nicolas

 

D’une part l’attachement à la fête était apparemment si grand que les coutumes se sont avérées inextirpables.  Plus importante paraît l’attitude des municipalités qui contentaient les pasteurs avec des décrets et ordonnances sans vraiment vouloir les appliquer.  Car les régents et les commerçants appartenaient à la même classe riche, dirigeante.  C’est que leur intérêt commun était le commerce.  Ils se rendaient compte – surtout dans les grandes villes où il y avait toujours beaucoup d’étrangers influents, ambassadeurs et collègues d’autres pays – qu’un régime fanatique nuirait à leurs intérêts.  En outre, ils redoutaient des émeutes.  Il se pourrait bien que les interdits ne fussent que des concessions aux pasteurs.  Ouand la municipalité d’Amsterdam décréta en 1663 une interdiction sérieuse, une révolte des enfants s’ensuivit.  Les autorités se plièrent aux revendications des enfants et de leurs parents.  Le 6 décembre 1732, à Amsterdam, les fenêtres furent brisées chez trois pasteurs qui avaient trop tempêté contre la fête.  Si l’on se rend compte que dans d’autres pays, même catholiques, la fête a disparu par une sorte d’érosion, on serait tenté de croire qu’elle s’est maintenue chez nous par contrecoup, grâce précisément au fanatisme des pasteurs.

 

 

3. La fête contemporaine

 

En 1836, le marché scandaleux du 6 décembre, qui pendant des siècles avait été le centre de la fête à Amsterdam et la cible des pasteurs, fut enfin supprimé, mais pour une raison banale : il dut céder la place à des (p.315) constructions ouvelles.  Dans la deuxième moitié du siècle, les catholiques d’ Amsterdam, enfin libres d’exercer leur culte, faisaient construire leur troisième église Saint-Nicolas, telle une cathédrale. Entre-temps la fête continuait, comme depuis des iiècles, à se vivre dans l’intimité familiale.

 

 

a. Aspects. de la fête

 

La forme classique de la fête était la visite nocturne. Pendant des siècles on n’avait pas eu besoin d’un saint Nicolas vivant l’illusion étant parfaite. La question la plus intrigante est de savoir quand et où un Nicolas en chair et en os, connu de la fête médiévale, est réapparu.

Dans la littérature la plus récente (van der Molen, 1980, de Jager, 1981), sa présence est expliquée comme un phénomène très neuf et d’origine citadine. En 1936, un journaliste, à Amsterdam, eut l’idée de faire apparaître le saint en personne en grande pompe, sur un bateau, accompagné d’une bande de Zwarte Pieten (“ Pierre Noirs « ). Cet événement est souvent présenté comme un fait historique. Généralement on se réfère au livre de Jan ter GOUW, De Volksvermaken (1870), une sorte de bible du folklore néerlandais. A la page 261 d’ il parle du remue-ménage curieux dans les gares le 5 décembre, « mais, dit-il, il aurait été plus curieux si l’on avait vu saint Nicolas lui-même dans le train ». Apparernment c’ est inconcevable. Ce doit être cet énoncé qui a fait croire qu’au XIXe siècle l’apparition du saint en personne n’existait pas.

Une petite enquête md’a appris que l’entrée joyeuse était déjà d’usage avant 1920 à Deventer et à Venlo. Plus grande fut ma surprise de tomber sur un article de l’hebdomadaire Peel en Maas du 10 novembre 1988, écrit pour commémorer le centenaire de ld’entrée triomphale à Venray, petite ville au nord du Limbourg. On cite ld’article du 8 décembre 1888 qui raconte le début de cette coutume locale et qui commence ainsi :

« Les habitants de Venray n’ont pas été de reste pour célébrer la Saint-Nicolas (…) ». Suit la description du cortège. Cette phrase contient trois éléments : l’institution de la coutume, l’existence de la coutume ailleurs et la tendance à ld’imitation. N’etait-ce d’abord qu’une coutume régionale, connue seulement au Limbourg? Le curé Welters, dans son livre sur le folklore du Limbourg ( 1877). décrit la visite de saint Nicolas à domicile comme quelque chose qui va sans dire. C’est d’autant plus déconcertant que durant les années trente de notre siècle, la visite, pratiquée çà et là

dans les grands magasins et dans les écoles, était plutôt rare dans les familles. Des recherches systématiques – enquêtes parmi les personnes agées et recherche dans les journaux et les hebdomadanires locaux et régionaux – pourraient expliquer ces contradictions.

 

Voici quelques souvenirs. Imaginons une famille nombreuse des années trente au Limbourg. Pendant des semaines avant la  » soirée délicieuse »,

 

 

a. Aspects de la fête

 

(p.316) les enfants chantaient le répertoire qu’ils savaient par coeur.  Alors il pouvait arriver qu’on entendait du bruit dehors, des chaînes qu’on agitait, une voix menaçante qui demandait s’il y avait des enfants méchants.  Puis la porte ou la fenêtre s’entrouvrait et on voyait une main noire qui jetait des noix, des marrons, des bonbons et surtout des pepernoten (« noix d’épices » ?, « boulettes de spéculaus » ?).  Au fond, la fête se maintenait sur la base de l’illusion d’un saint qu’on ne voyait pas.  De jour en jour, la tension devenait plus grande.  Saint Nicolas était exploité dans un dessein pédagogique.  Les enfants désobéissants étaient intimidés par la menace d’être emportés dans un sac par Zwarte Piet.  Enfin, le soir du 5 décembre est arrivé et les enfants vont se coucher, le coeur battant anxieusement.  Sinterklaas va «chevaucher» la nuit, c’est-à-dire apporter des cadeaux qu’il est supposé lancer par la cheminée.  Le lendemain, les enfants ne peuvent plus attendre que les parents se soient levés.  Enfin, ils ont la permission de descendre.  Dans le salon, la table est mise.  Pour chaque enfant, il y a une assiette avec des friandises et des petits présents.  On distingue les « vrais » cadeaux et les cadeaux « pratiques » par exemple des vêtements.  Les grands cadeaux se trouvaient par terre, avec le nom de l’enfant.  Des cris de joie retentissent.  On compare ses propres cadeaux avec ceux des frères et des soeurs.  Il y a une ambiance fantastique.

Depuis la guerre, la fête a changé encore une fois de visage.  Le commerce se l’est accaparée, ce qui faisait craindre le pire.  Sinterklaas s’est multiplié d’une façon un peu ridicule, de sorte qu’on risque de le rencontrer à chaque coin de rue.  Mais la foi des petits est inébranlable.  Ouand la famille commença à compter moins d’enfants qui devinrent alors des camarades pour les parents, le grand événement se déplaça de la nuit à la veille, la «soirée des surprises».  Chaque présent, si petit soit-il, est alors emballé de façon compliquée et est accompagné d’un vers et, une fois par an, la Hollande devient une nation de poètes et de rimailleurs.  La date n’est plus partout de rigueur.  Pour des raisons pratiques, la fête est déplacée parfois au week-end.  Sous l’influence des changements des années soixante, Sinterklaas est devenu de plus en plus aimable.

Dans sa préface à la nouvelle édition du livre de Karl Meisen (1981), M. Zender, folkloriste allemand, faisait remarquer que la thèse légendaire est généralement acceptée.  Je pense que l’analyse brillante de Meisen ne permet guère d’autre conclusion.  C’est-à-dire que Sinterklaas n’est pas le dieu germanique Wodan, et que sa monture n’est pas le cheval mythologique Sleipnir.  Il est bel et bien l’évêque de Myre.  Les traits mystérieux qui ont fait couler tant d’encre s’expliquent aisément par les légendes et les coutumes médiévales.  J’aborderai plus loin les traits sans rapport avec les légendes.

 

(p.317)  Mais d’abord qui est Zwarte Piet, appelé aussi Knecht, le «valet»?’ D’où vient-il?  En 1593, le théologien Wirth de Genève écrit que «c’est la coutume, la veille du 6 décembre, que les parents donnent furtivement des cadeaux aux enfants, leur faisant croire que saint Nicolas «avec ses valets» (cum famulis suis) circule dans les villes et les villages… » Les famuli, les valets, ne sont pas précisés.  Ils ont beaucoup de noms, beaucoup de visages : Zwarte Piet, le Père Fouettard etc.  En Allemagne seule, il y a des dizaines de ces personnages.  Chacun d’entre eux a sa propre genèse, sa propre histoire et demande sa propre explication.  Voici deux essais d’interprétation pour Zwarte Piet.  On a cru voir en lui un Maure asservi, venant avec son patron de l’Espagne, l’ancien pays des Maures.  Il est l’infidèle, vaincu par les chrétiens et condamné à servir un évêque chrétien.  D’autres les considèrent comme le diable enchaîné, qui se trahit toujours par la chaîne qu’il traîne derrière lui.  C’est aussi l’opinion de Meisen.  Dans certaines régions de l’Allemagne, il est appelé Béelsebub.  Au fond ces deux interprétations ne se contredisent pas trop.  Dans les deux cas, c’est le mal personnifié, vaincu par un héros chrétien.  Il est ridiculisé par son apparence et sa conduite.  Quant au diable, il était très familier à l’homme médiéval.  Il était omniprésent dans l’iconographie, les légendes.  Il avait son rôle à jouer au théâtre et son masque était le favori dans les mascarades de l’hiver et du carnaval.

 

Mais on n’a jamais posé la question de savoir pourquoi saint Nicolas est toujours accompagné.  Saint Martin doit se débrouiller tout seul, comme d’ailleurs tout les saints repris dans le calendrier des fêtes.  Déjà au XV,e siècle, on ne pouvait se l’imaginer qu’accompagné, cum famulis suis. Ça ne s’invente pas du jour au lendemain, ça demande une tradition.  Et la seule tradition était celle de «l’évêque Nicolas» des écoliers, qui était suivi d’une bande de garnements sous toutes sortes de déguisements.  Amsterdam les a connus au xvl’ siècle sous l’aspect des «Nicolas Noirs».  Le noircissement du visage est la forme de mascarade la plus facile et la moins chère.  Il se peut que Zwarte Piet soit le descendant lointain de ces gaillards.  Comme son patron, il a perdu entre-temps beaucoup de sa rigueur.  Si jadis il faisait si peur aux enfants, de nos jours il fait l’imbécile.

Dans quelques villages, notamment en Frise, il y avait récemment vers le 6 décembre des tournées de quête.  Des groupes de jeunes ou d’enfants, dont deux étaient déguisés en Sinterklaas et Zwarte Piet – parfois ils étaient tous déguisés de cette façon – allaient de maison en maison, en faisant du tapage et en chantant.  En récompense ils recevaient des friandises ou de l’argent.  Ici, la chaîne, attachée à la jambe, ne manque pas non plus.  La tournée comme telle est probablement aussi une survivance des cortèges médiévaux.  On se souvient qu’à Oldenzaal de telles quêtes furent défendues en 1625.

 

 

(p.318) b. Des traits de la fête sans rapport avec les légendes

 

Un compte rendu de la Saint-Nicolas ne serait pas complet sans mentionner certains traits dont on n’a pas trouvé de relations avec les légendes ni avec le culte médiéval.  Il y a d’abord la chaussure, interprétée de plusieurs façons entre autre comme symbole de sexualité ou de fertilité.  Probablement n’a-t-elle rien d’énigmatique et n’est-elle qu’un simple récipient.  Au lieu de la chaussure on employait aussi un sabot, un bas ou un petit navire en papier.  Mise devant l’âtre, c’était un signe, à l’adresse du saint, que dans cette maison il y avait un enfant qui l’attendait.  En Italie, c’est la fée Befana qui, au lieu de saint Nicolas, apporte les présents qu’elle met dans un bas suspendu.  Autrefois, quand le chapeau était encore à la mode, celui-ci avait aussi le rôle de récipient qu’on portait avec soi.

Le cheval de saint Nicolas, cher aux mythologues, a, comme le saint lui-même, perdu son caractère mythique.  Au Moyen Age c’était la monture qui convenait aux nobles et aux évêques.  C’est pourquoi saint Martin aussi a son cheval.  Quand la ville d’Utrecht commanda une statue pour le centenaire de saint Willibrord, apôtre des Frisons et premier évêque de la ville, il était assez naturel qu’on le représentât à cheval.  Comme ce missionnaire, saint Nicolas devait se déplacer sans cesse pour accomplir ses tâches multiples.  Le seul moyen de transport approprié à son rang, au Moyen Âge, était le cheval.

Le bateau, qui en miniature servait comme récipient de cadeaux, figure souvent dans les chansons de la Saint-Nicolas.  Le saint est supposé arriver chaque année d’Espagne en bateau.  Celui-ci est un composant connu de la légende du patron des marins.  Dans le Nord de la Hollande, c’était la coutume que des marins, sauvés d’un naufrage, donnassent un bateau en réduction comme ex-voto à l’église, où il était suspendu.  Il se pourrait qu’à l’origine, ce fût dans des églises dédiées à saint Nicolas.  La coutume médiévale s’est maintenue jusqu’à nos jours dans quelques églises protestantes.

L’Espagne et les Pays-Bas ont des liens historiques bien connus.  C’est par l’Espagne que nous arrivaient les produits exotiques de l’Orient, ce qui lui donnait le caractère de pays de cocagne.  Le commerce entre les deux pays florissait même pendant la longue guerre qu’ils se firent.  Plus haut il était question de l’Espagne comme du pays des Maures.  Puis c’est le pays des appels van oranje (les oranges).

Il y a enfin la cheminée, chose mystérieuse.  Le jet de bonbons, de pepernoten et de petits présents par la fenêtre est, on l’a vu, un trait, déduit de la légende des trois filles.  Cette fenêtre devient un peu problématique pendant la chevauchée nocturne (empruntée à la légende des Stralètes).  Il ne lui reste qu’une seule ouverture : la cheminée.  On peut (p.319) supposer cependant une contamination avec la croyance populaire- qui voit dans la cheminée la voie de communication entre l’âtre sacré et le monde des morts, des esprits et des démons.  Dans les contes de fées, les diables, les fées et les nains entrent et sortent par cette ouverture.  La fumée et la suie ont contribué davantage au caractère particulier de la cheminée.  La suie servait à se noircir le visage, sorte de mascarade élémentaire.  Enfin il y a le ramoneur avec son aspect de Zwarte Piet.  Cependant son aspect effrayant contraste avec sa réputation dans la croyance populaire.  C’est qu’il est considéré comme un porte-bonheur qui était le bienvenu le Jour de l’An.

 

 

IV. Mascarades hivernales

 

1. Les ‘Oncles-Colas’ d’Ameland

 

Le soir du 5 décembre, quand les jours deviennent de plus en plus courts, les Hollandais se dépêchent de rentrer pour célébrer la fête la plus intime de l’année, la Saint-Nicolas.  Une ambiance très particulière plane sur le pays.  Mais ce soir-là il se passe bien autre chose dans les îles frisonnes, surtout à Hollum dans l’île d’Ameland.  Les touristes sont partis, c’est la morte-saison.  Les gens sont entre eux.  C’est le moment de leur fête à eux.  Ils n’aiment pas être observés quand ils vont accomplir leurs rites séculaires.

Vers 5 heures, les démons, appelés Klaas-Omes («Oncles-Colas»), apparaissent dans la rue.  Dès ce moment la vie profane, la vie de tous les jours, est suspendue.  Pas d’illumination dans la rue ce soir-là.  C’est le noir qui règne et dans le noir les silhouettes blanches et angoissantes.  Le village devient un monde clos, un espace quasi sacré où les lois de tous les jours ne sont plus valables, le domaine absolu des démons.

Le rituel se traduit dans un jeu de contrastes.  Opposition nette entre dehors et dedans, la rue et les maisons, le noir et la lumière.  Opposition également entre les deux sexes, les femmes se soumettant, bon gré mal gré, aux hommes; entre les âges, les jeunes de moins de 18 ans étant strictement exclus de la mascarade, sous peine d’un traitement brutal.  Opposition enfin entre ceux du village et les «étrangers».

Pourtant le pouvoir des «Oncles» n’est pas établi de prime abord.  Ils doivent conquérir l’espace, ce qui ne se fait pas toujours sans violence.  Entre 5 et 7 heures il s’agit de «balayer» les rues, de chasser les non-initiés : femmes, jeunes, enfants dans le domaine opposé : les maisons.  Taquinerie de la part des non-initiés et persécution par les «Oncles» alternent.  Il arrive qu’une fille soit attrapée et jetée sur un tas de fumier ou qu’un jeune homme reçoive une jolie bastonnade.  Entre 7 et 8 heures, (p.320) y a une interruption pour que les gens puissent se déplacer et se rendre aux «maisons ouvertes».

Ce n’est qu’après 8 heures que le vrai rituel se déploie.  Dans les rues, les «Oncles», masqués maintenant et habillés de beaux costumes, déambulent en groupes de deux ou trois, poussant des cris inintelligibles à l’aide de leurs cornes.  Quand deux groupes se rencontrent, ils se donnent la main droite en signe de respect et d’amitié.  Mais, en même temps, ils se bousculent et, en marmottant, cherchent à savoir si, par hasard, il y a des non-initiés parmi eux.  Car, quand il s’agit de leurs prérogatives, les «Oncles» ne plaisantent pas.  Gare au garçon «sous l’âge» qui ose s’immiscer dans leurs affaires.  S’ils voient de la lumière à travers une fenêtre, ils jettent leurs bâtons contre les vitres.

Dans les «maisons ouvertes», femmes, jeunes et enfants attendent leur arrivée.  Les «Oncles» ont le droit d’entrer où ils veulent et d’exiger à boire et à manger, car ils sont des êtres d’un autre monde, investis d’un pouvoir absolu, garants de l’ordre et du bien-être de la communauté.  En se faisant respecter, les «Oncles» font respecter en même temps le code moral de la communauté.  Leur pouvoir est aussi d’ordre sexuel.  Dans ce sens, ils ont le droit de s’asseoir sur les genoux des femmes ou de faire danser telle femme ou fille pour eux.  Quand elles n’obéissent pas assez vite, elles reçoivent des coups de bâton sur les jambes ou sur les pieds.  Le sens de tout cela pourrait être qu’avec leurs visites, les oncles garantissent le bonheur et la prospérité de la famille et de la communauté tout court.

Un aspect ludique du rituel, qui du reste est d’une gravité impressionnante, est que les femmes, de façon subtile, essaient de découvrir qui se trouve derrière tel ou tel masque.  Quand elles réussissent, ce n’est pas seulement une grande honte pour l’«Oncle» en question, mais l’envoûtement, la magie du rituel sont rompus.  C’est seulement après minuit que le retour à la normalité doit avoir lieu avec le démasqué 1, accompagné d’une beuverie à l’auberge.  Maintenant que le rituel est accompli, l’identité renforcée et l’ordre rétabli, les villageois peuvent aborder une nouvelle année avec confiance.

 

 

2. Des rites anciens… ?

 

Ouand on s’informe du sens du rituel on vous répond qu’on fait ce

qu’ont fait les ancêtres, que c’est une tradition.  Pour les gens de Hollum c’est un «jeu», terme qu’ils emploient eux-mêmes.  Tout de même un jeu sérieux, voire solennel et angoissant, mais sans aucun sens mythique ou religieux.  Il y a plusieurs éléments qui soulignent ce caractère grave du

 

 

1. Cette information est différente de celle que donne la notice du catalogue du Musée frison à Leeuwarden, cfr infra, p. 383 (N.D.L.R.).

 

(p. 321) jeu.  Il est joué par les hommes adultes et c’est l’affaire de tout le village.  Le jour précédent il est joué par les jeunes et les enfants de la même façon, sorte d’apprentissage de la fête véritable.  Pour les villageois, c’est le grand événement de l’année.  Ceux qui ont émigré, retournent dans l’île, car ils ne peuvent se passer de leur fête.

Dans les autres villages de l’île, on connaît la même fête, mais les règles y sont observées moins strictement.  Dans les autres îles frisonnes, la fête a perdu davantage son caractère grave.  Elle s’est transformée en un carnaval gai, vrai carnaval hivernal, que j’ai décrit ailleurs (voir bibl.).

D’abord il faut faire remarquer que, sauf le nom et la date, il n’y a rien de commun entre cette mascarade et la fête familiale.  Puis le rituel est tellement étrange et intrigant, le scénario tellement cohérent qu’il est légitime de se demander quelle peut être l’origine de la fête.  Si l’on est plus ou moins d’accord sur l’origine chrétienne de la Saint-Nicolas, il en est autrement quand il s’agit de l’interprétation des mascarades du genre de Hollum.  Ailleurs en Europe, il y a des mascarades analogues dans des régions également isolées, dans les Pyrénées, les Alpes et les Balkans.  S’il s’agit de formes rituelles vidées de leur sens originel, on aimerait le connaître, qu’il soit chrétien ou préchrétien.

 

 

a. Thèse chrétienne

 

Meisen, dans son livre monumental, a soutenu la thèse que ce genre

de mascarades est une étape ultérieure et au fond une dégénérescence de la fête médiévale.  Il paraît que le jeune Luther a encore célébré la Saint-Nicolas avec ses petits enfants.  Plus tard il a transféré le don des cadeaux à Noël.  Le donateur serait alors l’enfant Jésus.  Privée de son essence, le don des cadeaux, la Saint-Nicolas avait perdu son sens.  Dans les pays protestants, on l’a déjà vu en Hollande, on s’est opposé à l’évêque, on l’a dégradé et on en a fait un démon; ailleurs avec plus de succès qu’ici.  Saint Nicolas aurait assumé l’aspect de ses compagnons ou il se serait multiplié en un nombre illimité de Nicolas démoniaques, comme à Hollum.  Dans les pays germanophones surtout le grand nombre des personnages masqués est embarrassant.  Parfois ces mascarades se sont détachées de la date originelle pour s’attacher à d’autres fêtes du cycle hivernal : Noël, Nouvel An, etc.  Un aspect cependant s’est souvent maintenu : l’aspect pédagogique, auquel des croquemitaines de toutes sortes, comme le Père Fouettard, doivent leur existence.  La thèse chrétienne explique le nom et la date de la fête de Hollum.  Mais ce n’est pas une fête des enfants.

 

 

b. Thèse préchrétienne

 

Après la démythification apportée dans les chapitres précédents, un

retour des mythes peut étonner.  Mais la permanence du masque à travers (p.322) le Moyen Âge est un fait établi.  Dès les siècles les plus reculés, il es attesté par les interdits des conciles et des synodes.  Pour le bas Moye Âge, les archives des villes procurent une foule de données concernan des fêtes citadines comme la fête des fous et le carnaval, avec leur mascarades.  Malheureusement, pour la campagne, à cette époque, nou sommes beaucoup moins documentés.  L’homme de la campagne étai considéré comme un rustre.  Sa vie pénible et ses coutumes n’intéressaien guère les chroniqueurs.  La rareté de documents sur les fêtes rurales ne justifie donc pas la conclusion que de telles fêtes n’aient pas existé.

Etant donnée la permanence des mascarades, on se demande quel en était le sens.  Les documents ecclésiastiques ne laissent aucun doute là-dessus.  Il s’agit d’un culte des morts, inacceptable pour l’Église.  Or, le culte des morts est un phénomène universel.  En Chine et au Japon, les morts sont supposés visiter les vivants vers le Nouvel An.  Actuellement, en Iran, les coreligionnaires de Zarathoustra vénèrent les morts lors des fêtes funéraires.  En Grèce, les morts étaient accueillis à la fête des Anthestéries.  On leur offrait du vin et de la nourriture et, le dernier jour de la fête, on les éconduisait en criant : «à la porte, les morts!» À Rome, le mundus, fosse sacrée, était dédié aux Mânes, les esprits des morts.  Certains jours, il s’ouvrait pour prêter passage aux Mânes, ce qui s’appelait mundus patet, le mundus est ouvert.

Pour comprendre ce culte chez les anciens Germains, les pratiques rituelles nous renseignent mieux que les croyances, autrement dit, les rites sont plus significatifs que les mythes.  Ils ont été étudiés par Jan de Vries dans son manuel classique sur la religion germanique et dans une étude récente de Régis Boyer, de la Sorbonne.  La grande fête des Germains était celle du solstice de l’hiver, célébration de la fertilité-fécondité, associée directement au culte des morts.  Ces deux éléments cependant ne sont que des aspects de la même chose.  Les morts habitent la terre où reposent les semailles.  Ils sont les garants de la fertilité de l’année prochaine.  Mais ils sont en même temps les gardiens et les garants des lois.

 

Qui est le père Fouettard?, AL 02/12/1998

 

SAINT NICOLAS est fêté en Belgique, aux pays-Bas et en Lorraine française.  A l’origine, Nicolas, le bienfaiteur, est u  évêque de Myre en Lycie (Turquie).  Son culte se répand dès le 3e siècle, en Orient, puis se développe en Lorraine au 13e siècle quand ses reliques sont ramenées à Saint-Nicolas-de-Port.  La Lorraine le prend pour saint patron en 1477, après la victoire de René II de Lorraine sur Charles le Téméraire.

 

LE PERE FOUETTARD est un personnage qui, au départ, n’est en rien associé à saint Nicolas.  En effet, son origine remonterait à la fin du siège de Metz par Charles-Quint, en 1553.  La corporation des tanneurs invente alors le personnage du père Fouettard pour caricaturer Charles-Quint.  Armé d’un fouet, celui-ci poursuivait damoiseaux et jouvencelles dans les rues de la ville.  renouvelée d’année en année, la fête du père Fouettard, proche de celle de saint Nicolas au calendrier, sera progressivement regroupée avec cette dernière.

 

(in: LP, 06/12/1985)

Sint Nicolès (Saint Nicolas) (J.G. Scholtus, 18e siéke / siècle)

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

in: L’art verrier en Wallonie de 1802 à nos jours, Crédit Communal, 1985

Les coutumes et les traditions

La saint Nicolas

 

Saint Laurent (1), parce qu’il subit le supplice du gril, est le saint patron des verriers. Cependant, ce n’est pas lui que l’on fête mais saint Nicolas. Le 6 décembre, c’est la fête des jeunes gens en ver­rerie. Les ouvriers mariés leur offrent à chacun une petite poupée en robe de taffetas qu’ils attachent sur leur chemisette. Parfois, à l’accolade, ils décla­rent :

 

«Dji vos bistoke, dji vos rastoke, tinoz vos bin, vos n’ tchaîroz nin ! »

 

(«Je te fête, je te tiens, tiens t-i bien, tu ne tomberas pas!»)

Le jour de la saint Nicolas, on commence à travail­ler plus tôt, on se dépêche pour finir plus tôt. Les ouvriers plus âgés offrent de la «spéciale», parfois on y mélange de la gueuze. Le souffleur apporte un litre de cognac et un kilo de sucre que l’on ajoute à quelques litres de bon café; la «bistouye». Les résultats de ces libations variées sont, selon les témoignages, souvent spectaculaires. «Saint Nico­las, on savait comment ça commençait, rarement comment cela finissait».

 

Autrefois aux Ecaussinnes, in : MA, juillet 1977, p.144-145

 

 

Cueillir ou ramasser les noisettes autour de la haie du potager était l’objet de sa courte promenade matinale en automne. Elle les enfouissait dans une grande poche secrète de sa cote dè d’zous (1) en prévision de la Saint-Nicolas. Les rites de la Saint-Nicolas devaient rester aussi invariables. Cela commençait au cours des soirées précédent le 6 décembre. Mettant à profit un instant d’inattention générale, elle sortait de sa poche secrète une poignée de noisettes qu’elle lançait par terre à la ronde et qui ricochaient (p.145) agréablement dans toute la pièce. Avec quel  plaisir malicieux elle voyait alors les enfants à quatre pattes pour les récupérer !

Même lorsque grandi, nous savions depuis longtemps à quoi nous en tenir, il fallait nous retirer au moment voulu le soir du 5 décembre dans la chambre des parents. C’est ma grand’ tante toujours qui dirigeait ce sénario. Chaussée de gros sabots pour la circonstance (on entendait ses pas résonner sur le carrelage bleu de la laiterie), elle contrefaisait sa voix pour s’informer si nous étions suffisamment sages. Puis, nous percevions qu’elle était sensée reconduire le saint à travers la laiterie et nous étions autorisé à réintégrer la bèle place (2) habituelle où nous trouvions chacun notre wagon (3) rempli d’oranges, de guimauves, d’autres friandises diverses et, accessoirement de… noisettes.

Elle avait des expressions que nous jugions archaïques, par exemple : clowéz l’iiche et non pas fruméz l’uche qui était du wallon en voie de fran­cisation, ni fruméz (‘porte qui était déjà, à notre insu, un langage fortement dénaturé.

Quelqu’un était-il enrhumé ? S’il toussait ou éternuait, elle observait : il-abaye yè i cache les tchats.

 

Maurice DELHAYE

 

(1)  cote dè d’zous, jupon, sous-vêtement, ancêtre de la combinaison.

(2)  La bèle place n’était utilisée que pour les plus grandes circonstances.

(3) wagon, forme servant à cuire le pain.

 

in: Robert Dascotte, Les divisions du temps, l’année traditionnelle et les phénomènes atmosphériques de quelques communes du Centre, in : Les Dialectes belgo-romans, 22, pp, 135-182

 

(p.157) En décembre, et durant les autres mois, quand les enfants voient les nuages teintés de rouge, ils disent:

 

« C’ èst sint Nicolès qui cût sès bobons. »

 

Saint-Nicolas, 6 décembre, in: Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

(…) La veille de la fête, les enfants mettent leur assiette avec des carottes pour l’âne de saint Nicolas. Le matin, ils entendent une clo­chette ou un grand bruit de voix, c’est saint Nicolas qui vient de sortir de la maison sans que personne ne l’ait vu.

L’assiette est bondée de sujets en sucre, en chocolat et des jouets sont à côté. C’est la joie, le plaisir, le bonheur.

Du point de vue folklore, il n’y a pas d’assiette, de vraie assiette de saint Nicolas sans les oranges, qui faisaient leur première apparition de l’année et auparavant sans les « nèsses », les derniers fruits de l’an­née. Puis, il y avait les couques, celles de Dinant et celles de Reims, parfois celles en spéculoos. La couque de Dinant est d’origine fort an­cienne. Elle était faite d’un mélange de farine, de beurre, d’œufs, de lait et de miel. On en fabriquait déjà au Moyen Age. La couque de Reims est inconnue dans la capitale de la Champagne. C’est par erreur qu’on leur a attribué le nom de la ville du sacre des rois de France. En réalité il s’agissait d’une couque de Dinant, spécialité d’un appelé Rins et qu’on appelât couque de Rins. Les couques de Dinant, très dures, d’un brun pâle, avaient des formes multiples : croix d’honneur, grappe de raisin, personnages, véhicules et parfois reproduisaient l’église de la ville. Les couques de Reims étaient rondes, d’un modèle toujours semblable et de couleur brun-foncé. Pour compléter le fond de l’assiette, l’assiette classique, disons qu’elle devait contenir des noix, des noisettes, plus tard, des figues et des amandes.

 

(p.171) Signalons pour terminer cette chronique que les verriers ont adopté St-Nicolas pour saint patron. Mais nous ne connaissons aucune coutume spéciale.

 

èl Bourk (Ham-sur-Heure) (litt. "le bourg")

(Philippe Lejeune, Saint-Nicolas à Ham-sur-Heure, in: Èl Bourdon, 331, 1980)

Andèrlûwe (Anderlues) - Henri Delporte: Sint-Nicolès d' èm' djon.nèsse

(in: Èl Mouchon d’ Aunia, 1987)

Twin (Thuin) - Sint-Nicolès (Saint-Nicolas)

1.2 Li Picardîye / La Picardie

(in: Alain Audin, Mons-Borinage, s.d.)

Comène (Comines / Komen) - èl Sint-Nicolas

(in: Mémoires de la Société d’Histoire de Comines-Warneton)

Mont (Mons) - èl masse da sint-Nicolas (la masse de saint Nicolas)

(in: La ducasse de Mons, La tradition par l’image, s.d.)

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

in: Jules Fivèz, Istwêre di Bièmeréye, èt di vint’-deûs-ôtes viladjes d’ avaurci dispûs noûf cints swèssante-quate, 1972, p.64

 

li Sint-Nicolès

 

C’ èst 1′ fièsse dès-èfants. Par nût, sint Nicolas a v’nu apwartè dès cacayes èt dès boubounes aus-èfants qu’ ont stî djintis èt qui 1′ djoû di d’vant, à 1′ chîje, avint mètu leû-z-assiète qu’ il î avint bin ieû sogne di mète à mougni pou 1′ baudèt da sint Nicolès. Asteûre, li grand sint Nicolès va bran.mint pus rade pace qu’ i vint en-avion ou à batia. Insi, il arive à kèrdji bran.mint d’pus, èt i vint co pus rade : in gros mwès d’ avance. Seûlemint, in côp qu’ ‘l èst-là, i gn-a pont d’ candjemint pour li moussî : i passe todi pau trau dè 1′ tchiminéye. Eûreûsemint qui, 1′ djoû d’ audjoûrdu, lès novèlès tch’minéyes sont bran.mint pus laudjes qui lès cènes do timps passé. Ôtrèmint, i n’ saureut jamaîs fè passè lès-agayons come lès cias qu’ il è-st-oblidji di v’nu avou. Pourtant, lès-èfants d’ audjoûrdu ratindenut ostant après sint Nicolès qu’ lès cias do bon vî timps.

 

in: Le folklore au pays de Namur, 1930, Guide-programme de l’exposition de folklore et d’industries anciennes, A.R. de Namur

 

(p.18) Nulle fête n’est plus populaire en Wallonie que celle de ce géné­reux distributeur de jouets et de bonbons.

Pendant les soirées qui précèdent, des jeunes gens travestis en pré­lats circulent dans les villages ou dans les rues des faubourgs distri­buant des friandises aux gosses… Mais dans la nuit du 5 au 6 décem­bre, Saint Nicolas lui-même descend du ciel bleu avec son grand man­teau, sa mître, sa crosse et sa barbe blanche, accompagné de son fidèle serviteur, le terrible Père Fouettard, et de son inséparable « baudet », il vole de cheminée en cheminée pour y déposer les cadeaux réservés à ses petits protégés.

Aussi, la veille, au soir, avant de se coucher, les petits enfants ont-ils adressé au grand saint, de longues épîtres, exposant leurs mérites… et leurs désirs, promettant d’être toujours bien sages ! Ils ont chanté la naïve et traditionnelle complainte : « O grand Saint Nicolas, patron des écoliers / Apportez-moi des prunes, des noix dans mes souliers / Je serai toujours sage, comme un petit mouton / Je dirai mes prières pour avoir des bonbons. »

(p.19) ou encore :

 

« Sint Nicolès d’ au paradis,

Apwartèz-me bran.mint dès cacayes,

Dès boubounes po qui dj’ è saye .

Dji sèrè sâdje. Todi! »

 

Puis, dans une assiette, ou dans un plat, ils ont déposé du foin et des carottes pour l’âne, sans oublier du tabac pour Père Fouettard, qu’il importe d’amadouer ; car Père Fouettard brandit toujours son énorme « verge piquante trempée dans du vinaigre » destinée à châtier les indisciplinés…

 

Fosse (Fosses-la-Ville) - Sint-Nicolès è Scole Mwèyène en 1936 (Saint-Nicolas à l'Ecole Moyenne en 1936)

(in: Le Messager, 28/10/2005)

Roman Payis (Brabant wallon) - Jules Sabaux, Sint-Nicolès

(in: Lë Sauvèrdia, 330, 2015)

Furnêre (Franière) - Sint Nicolès, di sôrtîye avou dès tambourîs (Saint Nicolas, en sortie avec des joueurs de tambour)

(in: VA, 07/12/2010s)

Li Nwâr Chove (Le Père Fouettard) (litt. "le ramoneur noir")

(Pol Englebert, in: Père Fouettard wallon, VA, 18/11/2016)

Maujo (Sint-Djuraud) (Maison (Saint-Gérard) - sôrtîye di sint Nicolès avou l' côrp d' ofice dè l' compagnîye di mârcheûs d' Maujo au quârtier do Gon.nwè

(sortie de saint Nicolas avec le corps d’office de la compagnie de marcheurs de Maison au quartier du Gonoy) (26/11/2011)

Faumène - Condroz (Famenne-Condroz) - Sint-Nicolès (Saint-Nicolas)

(in: Des gens d’ici racontent, Douze villages entre Famenne et Condroz au début du /20e/ siècle, T1, s.d.)

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

Mâmedi (Malmedy) - Sint-Nicolês (Saint-Nicolas)

(in: Armonak walon d’ Mâmedi, 1936)

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

in: Bernard Jacob, /Warmiche-Warmifontaine/, p.78

La Sint-Nicolas

 

« Dans le temps », le patron des écoliers n’exposait pas des milliers de jouets, trois mois avant sa fête, dans de grands magasins. Il ne descendait pas du Ciel en avion ou en hélicoptère. Il ne parcourait pas les rues dans une belle voiture. On ne le voyait pas, assis sur un trône somp­tueux, au fond d’un grand bazar. Non, on ne le voyait pas du tout… ou seulement sur des images avec, à ses pieds, une cuvelle en bois d’où sortaient les têtes des « trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs »…

Un beau matin, moins de trois semaines avant la Saint-Nicolas, le magasin Culot ouvrait ses volets et alors, les enfants émerveillés découvraient, derrière la vitre, les jouets fabriqués dans les ateliers célestes et placés là pour être « retenus ». Plusieurs voulaient « rete­nir » la même chose :

 

– C’ èst mi qu’ arè l’ trin roudje ! (1)

– Nan, c’ èst mi ! Twa, t’ pôrès d’mandè lu tch’vau d’ bwas !

– Mi, dju d’manderê çute poupée-là !

– Dj’ l’ in.me biè ossi !

 

(p.79) Et on entrait au magasin avec les mamans pour y commander le jouet rêvé…

Le soir du 5 décembre, tous les enfants se couchaient tôt, car ils savaient que le grand saint commencerait à visiter les cheminées dès qu’il ferait noir : il en avait tant à visiter ! Avant de s’endormir, chacun l’imaginait, marchant péniblement dans la neige épaisse, à côté de son âne écrasé par le poids des hottes ; le père Fouettard cheminait de l’autre côté de l’animal, le taquinant de temps en temps avec son martinet pour le faire avancer plus vite…

Non, personne ne l’avait jamais vu. Il y avait bien un gamin qui prétendait l’avoir aperçu une fois, mais per­sonne ne croyait ce menteur. Ne disait-il pas, aussi, avoir vu un papillon grand comme une vache posé sur… une margueurite (2) ? Ça, c’était impossible ! Alors, il ne pouvait avoir vu saint Nicolas !

Mais on l’entendait parfois ! L’année où j’avais de­mandé un train, il m’avait éveillé. Dans la cuisine, sous ma chambre, j’avais perçu un bruit que je connaissais bien : un bruit de rails qu’on laisse tomber !

Au matin, tôt debout, j’avais découvert, sur la table, (p.80) mon train rouge tout prêt à partir sur ses rails argentés. A côté, une assiette à soupe débordait de friandises. A la réflexion, après avoir ôté les oranges, les pommes, les noix et la couque de Dinant, il n’y avait pas beaucoup de bonbons et de caramels ! saint Nicolas n’était pas riche, mais on appréciait d’autant mieux ce qu’il « passait »  !

Pendant tous les autres jours de l’année, saint Nicolas et sa suite aidaient les mamans à maintenir, tant bien que mal, une certaine obéissance :

— Si t’ n’ ès ni pus djenti, sint Nicolas nu t’ passerè riè ! T’ arès ène roufe d’lé s’ domèstike ! ( 3 )

 

(1)  — C’est moi qui aurai le train rouge !

—  Non ! C’est moi ! Toi, tu pourras demander le (manège de) chevaux de bois!  —  Moi, je demanderai cette poupée-là !

—  Je l’aime bien aussi !

(2) pâquerette.

(3) Si tu n’es pas plus sage, saint Nicolas ne te passera (t’apportera) rien : tu auras une raclée auprès de (du) son domestique! (père Fouettard)

 

in : Foguenne Marylène, Fils d’Ardenne, Souvenirs d’une vie au Pays de Bastogne, 1930-1950, éd. Eole, 2003

 

Chaque année, la veille de la Saint-Nicolas, nous avions l’habitude de mettre nos assiettes sur la tablette de fenêtre de la « belle chambre ». Près de celles-ci, nous ajoutions un panier rem­pli de foin, de carottes ou de betteraves afin de remercier l’âne du grand saint. L’animal, du moins le supposions-nous, les mangeait et se donnait du courage pour continuer sa tournée. Cette fois-là, mon père avait ajouté un tas de carottes de sapin. Le lendemain matin, quelle ne fut pas notre surprise de décou­vrir, près de nos jouets, à la place des carottes de sapin, des crottins de l’âne de saint Nicolas. Mon père s’était moqué de l’âne et ce dernier s’était vengé. Les adultes avaient tout arrangé pour nous impressionner et ils avaient bien réussi… Saint Nicolas passait sur la tablette de fenêtre de la « belle chambre »,  assez  large  pour  y  placer  tous  nos  cadeaux. À l’époque, j’étais jeune et naïf. Il avait neigé pendant la nuit. Nous nous étions levés de bonne heure et avions découvert, émerveillés, les cadeaux. Tout en regardant les jouets (je ne sau­rais les énumérer), quelque chose de plus important avait mar­qué mon esprit d’enfant : saint Nicolas était venu, mais il n’avait laissé aucune trace dans la neige… Comment était-ce possible ? À ce moment, je n’ai pu donner aucune réponse logique au problème et ce fut pour moi un souci dont je me rappelle encore.

 

in: Le pays de Bastogne au gré de sa mémoire, 1982

 

Il faut attendre l’entrée de l’hiver pour retrouver, grâce à la Saint-Nicolas, l’occasion d’une nouvelle «tournée». Vers le 6 décembre, les jeu­nes gens se travestissent en saint Nicolas et en Pères fouettards. Ils font le tour de la localité, distribuant quelques friandises, taqui­nant les jeunes filles, et se réconfortant par l’éternel verre de « goutte » qui les contraint à terminer la soirée loin de la vue des enfants sages. Le 6, tôt le matin, les enfants découvrent les cadeaux dont ils avaient déposé la liste dans leur assiette, la veille au soir, et constatent que le grand Saint a emporté la nourri­ture destinée à son âne. Quelquefois, une lettre de recommanda­tions étonnamment précises accompagne jouets et friandises. Dans certains cas difficiles, une verge bien mise en évidence tient lieu de longs discours! La journée se passe à découvrir les nou­veaux jouets, ainsi qu’à rendre visite aux parrains et marraines chez qui d’autres trésors attendent.

 

in: Pierret, J.-M. , Quelques aspects du folklore chestrolais, La Vie Wallonne, 1967, p.173

 

La ‘Sint-Nicolas’

Le soir du 5/12, visite des ‘domestiques de saint Nicolas’.  (appelés aussi ‘les ‘mascarâdes’); ils reçoivent la ‘goutte’, jettent des noisettes et des caramels sortant.

 

La Saint-Nicolas, in : Neuvillers 1290-1990,  1990

 

Quand Neuvillers n’avait que six cents ans, racontent nos grand-mères, la Sint-Nicolâs se réduisait à peu de chose : une orange, deux pommes, un morceau de pain d’épices, à moins que ce ne soit une pièce d’habillement, rarement achetée, la plupart du temps tricotée ou confectionnée pendant le sommeil des enfants. Une maman ou l’autre se risquait aussi à assembler les éléments d’une poupée à l’aide de quelques pièces disparates de tissus.

Nos parents avaient déjà marqué l’évolution. Dans les deux ou trois semaines qui précédaient la fête, ils pouvaient— enfants — voir de véritables vitrines de jouets à Libramont. Les épiceries de Neuvillers étalaient aussi un choix inhabituel de friandises et éventuellement quelques jouets très simples. Le 5 décembre au soir, ils avaient la bienséance de placer à côté de leur assiette vide une pitance de son, d’avoine ou de carottes pour l’âne du saint

Pas encore de saint Nicolas en chair et en os. On devait se contenter de le regarder sur des images où était représentée une cuvelle de bois dont émergeait la tète des «trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs». Et, dans l’immédiat avant-guerre, depuis le studio de Radio-Ardenne, à Libramont, mystère suprême : vous entendiez la voix du grand saint vous interpeller par votre nom.

Les cadeaux restaient modestes et souvent utiles. On découvrait en se levant, plus tôt que les autres jours, une assiette de friandises, un nouveau sac d’école, un plumier, mais aussi déjà des jeux d’intérieur, un train avec sa locomotive à remontoir, une poupée qui fermait les yeux, une cuisine miniature A l’école, les garçons recevaient chacun une gozète.

(p.143) La date était strictement observée et les largesses du saint se cantonnaient au domicile des parents. On comparera avec la démesure actuelle : un festival commercial de six semaines, le personnage de saint Nicolas apparaissant dans les grands magasins, le saint Nicolas corporatif, saint Nicolas et le Père Fouettard reçus solennellement à l’école, le tout dans une orchestration publicitaire tapageuse.

 

Sint-Nicolas  (réjion d’ Bastogne)

 

C’ astét dès sudjèts en chocolat, brâmint à ç’ momint-là, dès-oranjes.

On-z-avét dès sudjèts en guimauve.

Après la guère di 14, gn-avét dès sudjèts en coûke.

Èt pwîs après, dès djouwèts, là, dès poupéyes po lès gamines.

Po lès gamines, vos-avîz dès bwètes à ouvrâje po-z-aler à scole avou.

Mi mononke, ma matante mi f’jint l’ Sint-Nicolas ossu.

Gn-avét dès cés qui n’ avint nin grand tchôse, là.

 

Li djoû d’vant l’ Sint-Nicolas, quand on rintrot dès scoles, i falot fé vite sès d’vwars. Pace qui sint Nicolès alot ariver à l’ nut’.

Lès p’tits crwayint à ça mins nin lès pus grands.

 

Dj’ alé co bin vèy à l’ tchiminèye. Moman m’ avot raconté qu’ i passot pa l’ tchiminéye.

 

1.6 Li Gaume / La Gaume

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

6 décembre. Saint-Nicolas (p.58-59)

 

Fête des enfants. Ils trouvaient dans leur assiette des gâteaux, des fruits, parfois une orange, de la menue monnaie, un livre d’images d’Épinal, un jouet, loto, domino, parfois une paire de galoches.

Pendant la semaine précédant la fête, le père fouettard commençait sa tournée à la nuit tombante. Il venait frapper à la porte, pour s’enqué­rir de la conduite des enfants. Selon que la réponse des parents était favorable ou non, le père fouettard lançait par la porte entrouverte de la cuisine des caramels ou menaçait d’une punition les enfants fautifs.

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

Pâtisserie et confiserie scatologiques, in : EMVW, 1924-30, p.88-89

 

Quelques années avant la guerre, un journaliste s’étant avisé de révéler aux Parisiens que les Bruxelloises appellent crottes de chocolat les pralines dont elles raffolent, ce fut un bel éclat de rire. Les expressions rabelaisiennes servant à désigner certaines friandises se rencontrent cependant en de nombreux endroits, non seulement en Belgique, mais aussi en France.

Les «crottes de baudet», par exemple, se mangeaient et se mangent encore en de nombreux endroits de Wallonie. On appelle de la sorte, tantôt de petits morceaux de pain d’épices, de forme cubique ; tantôt des bonbons en sucre rappelant par leur couleur et leur forme le crottin d’âne.

Pourquoi l’âne a-t-il été choisi comme distributeur de ces friandises ? Est-ce en souvenir des contes où il est représenté comme dispensant de la même manière des pièces d’or ? Ou bien le baudet a-t-il été promu à cet honneur parce qu’il est le compagnon de saint Nicolas, dont il porte les paniers remplis de joujoux et de sucreries destinés aux enfants sages ? La veille du 6 décembre, les petits placent généralement près de la che­minée ou sur la table, à côté de la «lettre à saint Nicolas », des pommes de terre ou des carottes soigneusement lavées, ou encore une assiettée d’avoine, destinées à l’âne du grand saint. Peut-être les « crottes de baudet » ont-elles été imaginées par les parents à l’intention des enfants dont la conduite avait laissé à désirer. Les jouets étaient dissimulés et l’on ne voyait tout d’abord, en entrant dans la pièce, que quelques crottins. « Saint Nicolas n’a rien apporté ! Et l’âne est parti en ne laissant que… » Les visages, d’abord angoissés, se déridaient bientôt en voyant que le présent de l’âne était en sucre ou en «couque». Une plaisanterie du même genre se faisait au moyen d’un faisceau de verges factice dont le centre dissimulait une bonbonnière bien garnie.

A Verviers, ces bonbons s’appellent crotales d’ ågne. Notre correspondant, M. Jean Wisimus, qui nous en a procuré quelques spécimens en 1925, nous écrivait alors : « J’ai cinquante-sept ans et, depuis toujours, je me souviens d’avoir eu des crotales d’ ågne dans mon panier de saint Nicolas. Cet usage continue, au point que j’ai eu quelque difficulté à vous procurer des échantillons de cette friandise, tant elle s’enlevait avec rapidité chez les mar­chands, malgré la vie chère ! » D’après Wallonia (t. 5, 1897, p. 193), la même friandise est connue dans l’ouest du Hainaut, où on’la dénomme «crotte de baudet».

A Braine-le-Comte, la «crotte de baudet» était une sorte de caramel en sucre, qui se vendait à deûs pou in iârd. (M. René Lepers, Braine-le-Comte).

Dans la région de Ciney, on appelait stron d’ bourike une boule de sucre, noire, ayant à peu près la forme et le volume d’une grosse noisette. On faisait ce bonbon au moyen de cassonade cuite avec un peu de miel et de beurre. (M. V. Lizin, Mohiville).

M. le docteur Guelliot nous apprend qu’en Champagne une pâtisserie traditionnelle est aussi dénommée « crotte d’âne ». Ce sont de petits morceaux de pâte à brioche qu’on jette dans la friture chaude, où ils prennent une forme sphérique. On les ap­pelle aussi javerolles et on les mange le mardi gras (1).

Dans le Berry, cette pâtisserie, qui ressemble fort aux « pets de nonne », s’appelle « crottes de masques » (2).

 

(1) O. Guelliot, Les pâtisseries populaires, Reims, 1914, p. 34.

(2) Karl Bauer, Gebäckbezeichnungen im Gallo-Romanischen, Darmstadt, 1913, p. 3S8

 

(p.90) En Lorraine, d’après Zéliqzon, la pomme cuite au four dans une enveloppe de pâte ordinaire s’appelle pat d’mwinne pet de moine.

A Boneffe (Hesbaye), les ménagères confectionnent à l’occa­sion de la Saint-Nicolas, des strons d’ sint Nicolès et des crotes di baudèt. Voici ce qu’en dit notre dévoué correspondant M. l’abbé Hottelet, curé de Boneffe :

Ne riez pas ! Les petits en raffolent et les grands aussi ; et la Saint-Nicolas semblerait bien pauvre et bien triste si, à côté des oranges dorées et des chocolats fondants, il n’y (n’ait dans les souliers, pieusement alignés autour de la cheminée, quelques-unes de ces savoureuses pâtisseries du pays dont la recette se transmet d’une génération à l’autre, Dieu sait depuis quand !

 

Les strons d’ sint Nicolès et les crotes di baudèt sont des espèces de craquelins, croquant sous la dent et fondant lentement dans la bouche qu’ils parfument le croirait-on ? — d’une fine odeur de blanche farine et de beurre frais. Car il faut, pour faire ces friandises, la farine la plus blanche et le beurre le plus frais, auxquels on ajoute un peu de saindoux bien nouveau, le tout longuement et savamment travaillé et cuit juste à point.

Toutes les ménagères ne réussissent pas ce travail, tant s’en faut ; mais il en est qui excellent à le faire et sont, de ce chef, renommées dans le pays.

 

 

1924, Boneffe                                                                       

R. HOTTELET

 

La première des deux pâtisseries décrites par M. Hottelet est connue, nous assure-t-on, en Flandre et notamment à Gand, où elle se fabrique encore.

 

in : La Boulangerie namuroise, EMVW, 1924-30, p.149-160

 

Une « assiette de Saint-Nicolas» comprenait jadis :    

Des tchitches (petites pommes ou poires entières, séchées) ;        

Des orèyes di bèguène (tranches ou quartiers de pommes sèches) ;

Des sètchès prunes;

Des mèspes (nèfles), des gayes (noix), des neûjes (noisettes);

Des neûjes di bolèdjî;

Quelques sucrâdes : lolos (mélasse dans un cornet de papier effilé), babulaîres (bâton de sucre, dans un papier de soie tordu) ;

Quelques boles (boules de sucre), caramèles;

Le « coq », son bâtonnet planté dans une grosse pomme, dominant tout l’ensemble;

Un peu plus récemment, des « noix du Brésil », très dures, et du pwin d’ sindje (gousse séchée du caroubier).

 

Dechesne  Raymond, Lès spéculôs’, in: La Wallonne, sèt’. 1988, p. 21

 

Dès pans d’ ofrande ås spéculôs’ da sint Nicolèy

 

I n-a saqwants siékes, lès Djèrmins ofrît dès p’tits pans ås-èsprits èt surtout à on diu qu’ on louméve Wodan. Il aveût ‘ne grande blanke båbe èt s » passéve-t-i lès nut’ â-d-dizeûr dès teûts po loukî si lès djins s’ kidûhît come i fåt. Si chèrviteûr Noth (li nut’) èl sûvéve tot-avâ. On pout dîre qui cès deûs-là ravisît sint Nicolèy èt Hanscroufe come deûs gotes d’ êwe.

Lès pans d’ ofrande èstît fêt à l’ låme ou bin ås frut’ èt, parèt-i, il avît 1′ pouvwér dè r’wèri dès maladèyes qu’ i n-a, çou qu’ èst bin possibe, ca i n-aveût plin di spècerèyes è ç’ pan-là qu’ aveût 1′ foûme d’ on diu ou d’ ine bièsse di sacrifice.

Tot r’prindant 1′ acostumance, lès crustins r’présintit 1′ imådje d’ onk di leûs sints ou d’ on sène dè l’ rèlijion; pus tård, ci fourit lès cisses d’ on rwè èt d’ ine royin.ne (Marîy-Tèrése èt Djôzèf II). Po-z-aponti lès spéculôs’, i faléve dès foûmes di bwès qui dès mêsses sculteûs fît .

Oûy, ces bèlès foûmes-là sont d’vins lès mûséyes ou bin èles garnihèt lès meurs di saqwantès mohones; on n’ trouve pus wêre è comèrce qu’ onk ou deûs sudjèts, come Sint Nicolèy ou on simpe bouname.

 

in: Herstal, un patrimoine pour une nouvelle commune, s.d.

 

Saint Nicolas aime à apporter des ‘coûkes’.

 

Spå (Spa) - mindjî d' famile au 19e siéke (spécialité familiale au 19e siècle)

(in: Wallonia, 1899)

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

Djolimont (Jolimont) (Èl Louviére / La Louvière) - Sint-Nicolas (Oscardy)

(in: Èl Mouchon d’ Aunia, 1973)

Au grand sint Nicolès ! (paroles : Abé / Abbé Mouzon; adaptâcion / adaptation: Roger Viroux)

2e adaptâcion pa Roger Viroux: 

in : Novèles dès Walons Scrîjeûs, 59, 2003

 

Ô, grand Sint-Nicolès !  

(si tchante su l’ aîr dè l’ tchanson : » Ô, grand Sint-Nicolas « )

 

Ô, grand Sint-Nicolès, vos qu’ vèt voltî l’s-èfants,

Dispûs d’djà bin on mwès, tortos, nos v’ ratindans !

Èt c’èst po ça qu’ nos mans, tos cès dêrins djoûs-ci,

N’ î compudenut pus rin, télemint qu’ n’ èstans djintis !

Vinoz, vinoz, Sint-Nicolès .

Vinoz, vinoz, Sint-Nicolès !

Vinoz, vinoz, Sint-Nicolès,

Su vosse baudèt !

 

Paroles da l’Abbé MOUZON

Somêre / Sommière – Roger Tabareux, Sint Nicolès, in: Poésies wallonnes, Li bia lingadje di nos tayons

 

I

Li grand sint Nicolès n’ vint pus avou s’ baudèt

V’là’d’djà saqwants-anéyes qu’ i s’ a modèrnisé

Au diâle l’ awin.ne èt l’ foûre èt lès grossès carotes

Il aîme co mia, mès djins, qu’ on lî wîde one grande gote.

 

Rifrin

Su l’ aîr do tra dèri dèra

Su l’ aîr do tra dèri dèra

Su l’ aîr do tra dèri dèra
Au tra la la.

 

II

Asteûre, sint Nicolès, nos-èstans pus malins

On n’ nos frè pus gober tot come à nos parints

Maîs nos vos-aîmans bin, chér grand sint Nicolès,

Èt nos transirans co quand vos passerez do l’ nêt.

 

III

N’ nos rovioz nin quand min.me quand ci sèrè vosse fièsse

Nos vos sèrans r’conechants di totes vos djintiyèsses

Èt tos lès p’tits-èfants vos dîront co mèrci

Maugrè qu’ savenut fwârt bin qui vos-avoz trichi.

Su l' aîr da "Sint-Nicolès", "One pîre, c' è-st-on cayau" (Suivant l'air de "Saint-Nicolas", "Une pierre, c'est un caillou")

ôte adaptâcion: « C’ èsteûve on vî blanc tch’vau » (C’était un vieux cheval blanc)

in : Djåsans walon, 23, 1987, p.39

Sint Nicolèy (payis d’ Hu / pays de Huy)

 

Paroles J. DURBUY                             

Musike Pierre VAN DAMME

 

1

À grossès flotches li nîvaye tome

Tèhant so l’ tére si blanc mantê,

Li nut’ a fêt rintrer lès-omes

I fêt påhûle divins l’ hametê !

Divant leûs nånånes bin rèclôses

Lès p’tits mamés sont-st-adjènis,

Po priyî l’ grand Sint qui va v’ni,

Djondèt leûs mins potelêyes èt rôses,

 

Grand sint Nicolèy

Dj’ a stu binamé

Dètins di m’ somèy

I m’ fåt apwèrter

Ine pitite trombone

Dès mayes, on polin,

Pwis co dès bobones

Dji v’s-inmerè tot plin !

 

2

Tot la-hôt d’vins ‘ne gayoûle di pîre

Li vîle cloke si mèt’ à soner Mèye-nut’…

Hay ! cloyez vos påpîres

Pitits-èfants nan.nez, nan.nez…

Portant låvå so l’ sou d’ l’ èglîse

Mågré l’ nîvaye, mågré l’ freûd vint,

Pitit Piére, on pôve ôrfulin

Divins l’ grande nut’ a qwité s’ djîse.

 

Grand sint Nicolèy

Dj’ a stu binamé,

È l’  plèce di soukerèyes

I m’ fåt rapwèrter

Mi mamame si bone

Qui dès-omes tot neûrs

Ont pris dè l’ mohone

Sins hoûtér mès pleûrs.

 

3

Èt dè cîr plin d’ miråcolèye,

Li nîvaye touma co pus reûd.

Tot rawårdant sint Nicolèy

Pôve pitit Piére aveût bin freûd !

Come li Sint s’ fève bêcôp ratinde

Piére s’ èdwèrma è l’ cwène dè soû…

Li blanke nîvaye chèrva d’ linçoû

Èt l’ freûde pîre di lét po s’ sitinde.

 

Èt sint Nicolèy passant ‘ne gote après, 

Dè tmps di s’ somèy

Pwète li p’tit valèt

À s’ mamame si bone:

Què l’ ratind là-hôt

Avou dès bobones

Èt dès djeûs plin s’ hô.

 

(1906)

Tradwîjadje / Traduction:

(in: Albert Lovegnée, Feûs d’ rîmês dè tèreû d’ Hu, Poètes du terroir hutois, éd. Cougnou, 1986)

Payis d’ Lîdje / Pays de Liège: 

Ô  grand sint Nicolès !

 

1

Ô grand sint Nicolès, v’s-in.mez bin lès-èfants.

Dispôy bran.mint dès djoûs, tortos, nos v’ ratindans*.

Èt c’ èst po ça qu’ nos mames, tos cès dièrins djoûs-ci,

N’ î compurdèt rin, télemint qu’ n’ èstans djintis!

Vinez, vinez, sint Nicolès ! (ter) Èt tra la la !

 

2

Asteûre, sint Nicolès, tchèrdjîz vite vosse baudèt,

Èt apwèrtez nos don totes sôres di bês djouwèts !

Qwand vos passerez dè l’ nut’, nos frans sonlant d’ dwèrmi

Mins qwand nos nos lèverans, ci sèrè po v’ dîre mèrci !

Passez, passez, sint Nicolès ! (ter) Èt tra la la !

 

3

Min.me on djoû come ci-ci**, nos n’ polans nin roûvî,

Tos lès p’tit målèreûs po-t’t-avå l’ monde ètîr :

Dins lès solés ossi, mètez on pô d’ boneûr ;

Avou ‘ne pårt di bobones, nos l’zî donrans nosse keûr !

Mèrci, mèrci, sint Nicolès ! (ter) Èt tra la la !

 

* ou rawårdans

** ci-ci = ci-chal (Liège)

Payis d' Lîdje / Pays de Liège - Sint-Nicolèy è tchansons (Saint-Nicolas en chansons)

(in: Rodolphe Warsage, éd., Traditions populaires disparues de la province de Liège, éd. Molinay, s.d.)

Priyîre à sint Nicolèy (Prière à saint Nicolas)

(in: Ernest Closson, Chansons populaires des provinces belges, vol. 1, 1905)

Binamé sint Nicolês (Cher saint Nicolas) (Mâmedi / Malmedy)

(in : La Lyre malmédienne, 1982, Royal Club Wallon, Mâmedi / Malmedy)

C' èst dîmègne èn-ût' (C'est dimanche en huit = dans huit jours)

(ibid.)

Lu Sint-Nicolês à Mâmedi (La Saint-Nicolas à Malmedy)

(in : Wallonia, 1901)

Sint-Nicolès (Saint-Nicolas)

(in: Wallonia, 1897)

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques (rin trové / rien trouvé)

5 Scrîjadjes / Littérature

L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon:

Léopold Surin (Châlèrwè / Charleroi), Èl Sint-Nicolas dou P’tit Piêre, in: EB, 509-511, 1998, p.208-209

 

(in: Les Contes de Jacques Misère. In Memoriam, Namur. Emile Chantraine. Imprimeur-Editeur, 1911.)

 

CHÎJ eÛres AU niÛt… Lès boutikes dè l’ vile sont rimplîyes di toutes sortes d’afêres; èles chènenut pus bèles avè toutes lès lumières qui font r’lûre lès rûwes télemint fôrt pa places, qu’ on-z-èst come asbleuwi in sortant dou nwèr dè l’ swèréye. I tchét dè l’ nîve… Dins l’ ér, lès blancs plomions diskindenut tout doûcemint, come s’ is-avît peû d’ ariver à l’  têre, où-ce qu’ is fondenut trop rade dins lès bèrdoûyes dès pavès sales ou dès trotwêrs umides, d’ ène umiditè qui 1′ passâdje èt l’ èrpassâdje dès djins rind crasse èt glémiante. Èt ça fét in drole d’ èfèt, di vîr dès paletots, dès tchapias, dès parapwîs tout blancs d-aler èt r’vèni dins ‘ne sorte di transparance toute blanche qui fét parète lès rûwes pus yôrdes èt co pus nwêres.

Pa-d’vant 1′ grand bazâr, c’ èst 1′ dèfilé dès momans, dès matantes, dès pârins, dès mârènes, dès grands fréres èt dès grandès cheurs qu’ intèrenut èt qui vûdenut tèrtous kèrtchis d’ pakèts…

Piêre, èl petit Pière. in gros mouchwè d’ lin.ne su s’ tièsse èt ramin.nè padrî s’ dos après-awè stî crwèsè su s’ pwètrine. marche a costè di s’ moman qui s’ è va, insi, sins sawè… Èle a seûl’mint dit à s’ pètit :

« Vènèz, m’ pètit, nos dalons vîr après sint Nicolas… »

Èt 1′ pètit Piêre avèt chu s’ moman, sès deûs mwins sèréyes conte s’ èstoumac’, pa-d’zous l’ mouchwè. I mârchèt insi, à costè d’ lèy, sins rén dîre, r’wétant avou dès grands-îs tout sésis èl tas d’ bèlès-afêres qu ‘i gn-avèt là dins lès boutikes, padrî lès vitrines où-ce qu’ i s’ avèt arètè si souvint, mérseû, quand s’ moman l’ èvoyèt fé ‘ne comission. Èt audjoûrdu, l’ vèye dou Sint-Nicolas, lès tch’vaus, lès trins, lès mènadjerîyes, lès bwèsses as sôdârds, lès porichinèls … tout ça lî parèt pus bia qu’ avant.

En passant d’vant lès boutikes, ès’ pètit èsprit ramasse come ène vision fantastike di dorures, di trompètes … pou fé place après à in-ôte tâblau où-ce qui, dins-in dècôr tout blanc èt doré, i vwèt dès p’tits monchas d’ boubounes, di chocolats, d’ guimauve, di boules di gôme, bén alignis dins dès platias d’ cristal su dès comptwêrs qui sintenut bon 1′ vanîye.

Arivéye au cwin d’ ène rûwe, asto d’ ène grande maujo avou in-uch rinfoncè qui fét come ène guèrite, èl feume s’ arète èt dit à s’-n-èfant:

« Ratindèz-me droci … fuchèz bén sâdje, dji m’ va r’vèni. »

Èt èle a parti, lèyant là 1′ pètit Piêre qui s’ mèt dins l’ uch sins rén dîre èt sins trop boudjî, pace qui sès p’titès galoches fèyenut dou brut su lès montéyes di piêre dè l’ grande maujo.

I d’meûre là … i r’wéte tchér èl nîve … i r’wéte in-ér … sint Nicolas va p’t-ète passer su l’ twèt d’ in face, avou s’ baudèt qu’ a su s’ dos deûs grandès mandes toutes rimplîyes di cacâyes èt d’ boubounes pou lès sâdjes-èfants.

P’tit Piêre èst sâdje, èt pourtant, i gn-a, a fond di s’-n-âme d’ èfant pôve, come ène grande doutance… Èl sadjèsse dès p’tits qui n’ sont nén v’nus au monde dins dès tchêrès dintèles n’ èst nén 1′ min.me qui 1′ cène dès p’tits ritches. I sint bén qu’ sint Nicolas fét bran.mint pus pou lès céns qui sont tchôdemint abiyis qui pou lès céns qu’ ont dès potches rimplîyes di traus, come li. I gn-a là ‘ne saqwè qu’ i n’ comprind nén bén, surtout qu’ i n’ faut nén mète ôte chôse qu’ ène crousse di pwin èt dès pèlâtes pou 1′ baudèt… Èst-ce qui lès crousses di pwin dès ritches sont mèyeûses qui lès cènes dès pôves? Non … èt pourtant oyi, pace qui 1′ pètit garçon dou docteûr a ieû ène automobile l’ anéye passéye, tandis qu’ li, p’tit Piêre, il a ieû in tout p’tit tch’vau d’ bos stampè su ‘ne plantche as roûlètes.

Mins 1′ timps passe… Lès djins qui s’ è vont, pressés, èt qu’ on vwèt tra­vèrser 1′ rûwe, drola, au cwin, s’ fèyenut pus râres… In-ome vént distinde èl bèk-di-gâz d’à costè. I n’ a nén vu l’ èfant qui s’ racrapote dins l’ cwin, triyanant d’ freud.

P’tit Piêre brét … i brét … en silence; sès larmes coûrenut su s’ visâdje èt arivenut djusqu’à su sès lèves avou in p’tit gout d’ surèle… I comprind qui s’ moman l’ a abandonè… I s’ rapèle dès mots qu’ èle dijèt lauva, dins leû p’tite tchambe, où-ce qu’ i gn-a in boukèt d’ gazète mètu avou dou papî colant pou r’bouchî 1′ carau cassé…

Èl pôve feume inn’ avèt assez; lasse di lûter, lasse di travayî, lasse di tout, èle a lèyi là s’ pètit… Èle s’ a fét pèri dins Sambe in pinsant :

« Gn-âra bén ène âme charitâbe qui 1′ prindra! »

L’ èfant s’ è va … pus pèrsone dins lès rûwes … lès boutikes sont sèréyes: i s’ è va tout drwèt s’ tchèmin, di s’ pètit pas, t’t-au long dès murs… I s’ è va pou n’ nén qu’ on 1′ prinde … il a peu dès jendârmes. il a peû dès-ajents d’ police, èt i s’ è va. D’ timps-in timps, i lève èl tièsse … i vwèt quélcôps ‘ne fènièsse qui lût … èt padrî lès ridaus èt lès stôres abachis, l’ èfant, qu’ èst tout seû dins 1′ niût, sondje qu’ i gn-a là, dormant dins dès p’tits lits blancs, dès-èfants qu’ ont tchôd èt qui fèyenut dès bias rèves rôses…

P’tit Piêre marche insi lontimps … pus, sès djambes cominenut à  d’vèni rwèdes … il èst scrans … i s’ achîd. là, su in banc qu’ èst d’ssus l’ trotwêr d’ in grand cabarèt. Ès’ pètit côrps forme come in nwêr pakèt… P’tit Piêre s’ indôrt, raboulotè, in rèvant d’ sint Nicolas, di s’ moman, dou freud. Èl nîve qui tchét à gros plomions lî fét in duvèt … i s’ indôrt pou n’ pus s’ rèvèyî…

Èyèt t’t-à l’ eûre, s’ pètite âme toute blanche d’ èfant montera au cièl, dins l’ blancheur dè l’ nîve qui vént d’ mète su 1′ têre in grand blanc tapis.

Ô, bounès djins, vos dormèz … èt in p’tit, in p’tit èfant tout seû èst la, in trin d’ moru, dins vo rûwe, pa-d’zous vos fènièsses… Vos dormèz, èt vos n’ sondjèz nén à lès porte-maleûr, à lès pont-d’-chance, à lès pôves…

Vos n’ sondjèz nén, ô bravès djins!   Vos-avèz p’t-ète réso, câr si vos sondjîz jamés, il èst probâbe qui vos n’ dôrmirîz nén si bén…

 

Emile PIRET (Frantchimont / Franchimont), Li léjende di sint Nicolas

 

I gn-aveut trwès bias p’tits-èfants

Qu’ ènn’ alént mèchener dins lès tchamps.

Il ont mèchenè télemint, télemint

Qu’ l’ a faît trop nwâr pou vèy leû tch’min.

Il ont routè longtimps, longtimps,

Pièrdus dins l’ nût, agnis pa l’ fwin,

Ont trèvautchi in grand nwâr bos :

Il ont ieû peû à d’vèni sots,

Ont sôrtu tout près d’ ène maujon.

Gn-aveut dè l’ lumière au pègnon.

C’ è-st-in boutchl qui d’ mèreut-là :

On l’ atindeut rûjî s’ coutia.

Yin dès gamins s’ mèt à criyi :

« Boutchî! N’ vôrîz nén nos lodji ? »

Mouchèz, mouchèz, mès p’tits-èfants
Gn-a place pour vous come pou lès grands !
Is n’ èstent nén si rade mouchis

Qui l’ laîd boûria lès-a singni,

Èt coutayi à p’tits boukèts,

Mis dins l’ salwè come dès couchèts.

Sèt’-ans après ç’ laîde parâde-là,

Awaî qu’ arive Sint Nicolas !

I bouche à l’ uch dou gros boutchi :

« Boutchî ! dji vôreu bén mindji ‘. »

Mouchèz ! mouchèz, sint Nicolas :
Dji m’ va vos sièrvi in bon r’pas.

Dou p’tit salè dji vous awè
Qui gn-a sèt’ ans qu’ è-st-ou salwè !
Quand l’ assasin a oyi ça,

Il a mankè d’ tchèy à moncia.

Mais tout d’ chute, il a lèvé l’ guète

Quausu pus rade qu’ène biciclèle.

—  « Boutchî ! boutchî ! n’ coûrs nén si lon :
Didins l’ câve dou mèchant dodu.

I s’ a clinci pa-d’zeûs l’ salwè

Èt s’ a mis à causer patwès :

Pètits-èfants qui dômeneut-là,

Droci c’ èst l’ grand sSint Nicolas.

Asteûre v’là l’ Sint qui lève trwès deugts :

Tout d’ chute, lès-èfants ravikeneut.

Li prèmî dit : Dj’ai bien dôrmu ;

Li deûzin.me dit : Èt mi ossi.

Èt l’ trwèsyin.me leû a rèspondu :                 

Dji crèyeu ièsse à Paradis.

Adon, lès gamins ‘nn’ ont ralè

Dé leûs parints qu’ ont sti sbarès

Di r’vèy leûs trwès bias p’tits-èfants

Qu’ èsténe pièrdus dispû sèt’-ans.

 

Henri Van Cutsem, Tchabaréyes, Couillet, 1936

 

Sint Nicolas

 

On l’ a vèyu t’t-à l’ eûre, il arlocheut s’ sonète ;

ès’ baudèt n’ sét router télemint qu’ il  èst  kèrtchi.

Sint Nicolas, li min.me, a fét l’ toûr du mârtchi

pou-z-acheter dès-oranjes, dès gâyes, figues èt nojètes…

Grand-pére, qui l’ conèt bén, a djà poûssi s’ tchèrète

v’ci saquantès-anéyes, au tiène padrî 1′ pachi ;

èl Sint lyi djeut toufêr qui lès-èfants coûtchis

quand l’ vî mârtchand d’ sàbe passe, ont cèrtènemint ‘ne rawète.

Ètou, n’ faut nén bèsener pou-z-aprèster l’ tchèna :

v’là dès crousses, dès pèlètes : èl baudèt fra bon r’pas

timps qui 1′ brave pitit tchot rèvera dissus sès pougns…

 

Qué bouneûr au matin !… Su l’ tâbe, in tch’vau tout blanc

couve èl tchèna rimpli d’ boubounes di toutes lès cougnes ;

èt pére èt mére ont seûr ostant d’ pléji qu’ l’ èfant…

 

Jacques Lardinois (Wan’fèrcéye-Baulèt), in: EB, 470, 1994

 

Sint-Nicolas èt Pére Fwètârd

 

C’ èstèt i gn-a bén lontins… en quarante-sèt’ ou en quarante-wit’, mi chène-t-i. Dj’ èstè co in p’tit tchîye-crote di twès ou quatre ans qui n’ èstèt nén todis fwârt sâdje avou s’ vî pa èt s’ vîye marne. C’ è-st-avou zèls qui dji d’mèrè au vilâdje, dins l’ maujo da mès parints qui vikén’ à Brussèle sins mi pou p’lu travayî pus aujimint, come dj’ èstè co fwârt djon.ne.

Djè l’ a d’djà dit, dj’ èstéve in p’tit diâl’lotin qui causèt bran.mint mia l’ walon qui l’ francès èt qu’è fièt vîr di toutes lès cougnes à sès grands-parints.

Dj’ èstè glawine, oyi, mins nén si franc qu’ ça, pace qu’ au gnût surtout, quand gn-avèt in p’tit brut dins l’ maujone, ou bén qui dj’ wèyè ène grande nwâre ombe (li mène, li pus souvint) su yink dès meurs dè l’ tchambe à coûtchî, (…) dji m’ racrapotè pa-d’zous mès couvèrtes co pus rwèd qui l’ vint d’ bîje.

In chîj di décembe, dj’ èstè dins l’ pitite cûjène avou m’ vî pa èt m’ vîye mame. Tout-èn-in côp, là qu’on bouche à l’ uch come pou l’ dismantchî: toc – toc – toc – toc!!!

Dji m’ è va rademint m’ catchî dins l’ choû di m’ vîye mame qui m’ dit: « Dji wadje qui c’ èst sint Nicolas èt Pére Fwètârd qui vègnenut vîr si v’s-èstoz sâdje! » Là-d’ssus, l’ uch si douve, èt deûs droles di pèrsonâdjes intèrenut dins l’ cûjène. Di sésichemint, là qui dj’ gripe su lès spales di m’ vîye mame (dj’ èstè co lèdjêr adon!), èt dji r’wéte lès deûs-omes en triyanant come ène fouye.

Qué peû, mès djins! Yink dès deûs avéve ène bèle blanke bâbe èt in drole di longu roudje tchapia: sint Nicolas, c’ èstèt li! C’ èstèt l’ preumî côp qu’ djè ‘l wèyéve asto d’ mi!

L’ ôte, nwâr come in chure-pot, tunèt dins s’ mwin ène sicorîye, li min.me qui l’ cène da mès grands-parints qui m’ fièt picî si fwârt mès djambes quand dj’ èstè trop rujîle èt qu’ dji n’ v’lè nén choûter: Pére Fwètârd!

Mins ‘là sint Nicolas qui comince à causer èt qui dit: « Èst-ce qui lès-èfants sont bén sâdjes dins ç’ maujo ci? I m’ faut tout raconter, savoz, ôtrumint, dji m’ è va tout d’ chûte! »

Èt Pére Fwètârd fét sine qu’ oyi avou s’ nwâre tièsse, en m’ riwétant. Dji n’ moufetéye nén, acrotchî auzès spales di m’ vîye mame, blanc come in linçoû…

Sint Nicolas s’ amwin.ne viès mi piyane à piyane èt i m’ dimande, mins ç’ côp ci d’ ène vwès pus doûce: « Avez stî bén sâdje, mi p’tit gamin, pace qui, wèyoz, dj’ a ène masse di bounès-afêres véci dins m’ satch à dos pou l’s-èfants qui choûtenut, mins nén pou l’s-ôtes! »

Dj’ a pinsé à ç’ momint-là: « Sint Nicolas ni m’ donerè rén èt l’ mèchant mwâr ome qu’ è-st-asto d’ li va flayî dins mès djambes avou si scorîye, pace qui zèls deûs sèyenut bén qu’ dji n’ so nén souvint sâdje. »

Dji n’ savéve èwou m’ mète, (…) èt l’ consyince wére paujêre!

Mins faut cwêre qu’ i gn-a in Bon Diè pou lès p’tites minteûsès glawines come mi, pace qui, quand dji lyi a ieû rèspondu en m’ fwarçant bran.mint: « Oyi, sint Nicolas, dji so todi bén sâdje! », il a pignî saquants côps dins s’ grand satch, èt il a lancî dès pougnîyes di nwèjes, d’ oranjes èt d’ boubounes dissus l’ pavemint d’ nosse pitite cûjène. Tout d’ chûte après, il a rèchu avou l’ nwâr ome, sins pus rén dîre, èt l’ uch s’ a r’clapé padrî zèls. Dj’ èstéve esbleuwi d’ contintemint, mins dj’ a co d’mèrè ène miyète à tch’vau sus lès spales di m’ vîye mame, pace qui dj’ avè peû qu’ is n’  rivègnenuche…

I m’ chène qui dj’ m’ a dit dins mi min.me après ça: « I faut qui dj’ fuche vrémint sâdje asteûre, pace qu’ insi, sint Nicolas m’ è donerè quétefîye co d’ pus l’ côp qui vént! »

 

Sint Nicolas (Saint Nicolas)

(in: Batelîs èt batias du temps qu’ èst oute, Micromania, 1994)

Sint Nicolas (Saint-Nicolas) (André Delcourt, in: Rif Tout dju, 195(3))

Marcel Evrard,  in : EB, 505, 1998, p.8

 

Nous publions ici deux textes de Marcel evrard; le premier d’entre eux, El mirake di sint Nicolas, est un inédit qui fait partie d’un ensemble de proses Arsouye… Arnauje où l’auteur évoque sa jeunesse heureuse dans son cher Mamejou (Marbisoux), ce gros hameau bra­bançon où il fait si bon vivre. Quant au second, il s’agit d’un éditorial qui est paru dans Nwêr Boton 63 de mars 1977. L’auteur nous y montre que les sujets les plus graves peu­vent être abordés dans une langue régionale.

 

Èl mirake di sint Nicolas

 

C’ÈSTÈT IN DJOÛ D’ IVIÉR, d’ iviêr di guêre. In solia tout tène flauwichèt padrî lès pouplîs, stampés tout l’ long dès pavéyes èt dès pachis, tèrtous clincîs do min.me costé.

 

L’ ombe dès grands-ârbes à purète, en djouwant à clignète avou 1′ solia d’ quatre eûres, fièt dès droles di rigodons su lès-ièbes qui dansin’, aflachîyes. Su ène couche câsséye, ène pougnîye di foûyes, rouvîyes pa l’ djaléye, bârlokèt co dins l’ ér’. I comincèt à rèler.

 

Dès gamins qui sôrtin’ di scole diskindin’ èl vîye vôye as gros cayaus jusqu’à l’ pitite èglîje. L’ èglîje avou s’ clokî as boules qu’ on r’conèchèt d’ au Ion. Là, clatchant dins sès mwins en leû d’jant: « À demain ! », èl mésse André lès lèyèt s’ èdaler, tèrtous d’ in côp, come on lache lès pidjons.

 

Cénk munutes pus taurd, on dè r’trouvèt deûs trwès par ci, trwès quate par là… fèyant lès arnaujes à leû-n-auje.

Cès gamins-là, c’ èstèt nos, todi lès min.mes, todi èchène, lès céns d’ au-d-dibout d’ Mamejou.

 

I n-avèt l’ rûwe do Crauni qui dalèt a Tiyî. Pus bas, èl cinse Gofau, èl pont do tch’min d’ fiér, in d’mi-quârteron d’ maujones travièrsé pa l’ ligne do tram, in vî tram à vapeûr tout câré qu’ avèt dès rûjes d’ ariver au d’zeûs do crupèt, ène vîye câriêre dins l’ bwès, dès pachis tout d’ crèsse, dès djârdins avou dès-âyes as pikots, deûs ris, deûs pîssintes èt trwès ponts: c’ èstèt l’ culot dès Rokes. Il avèt bén mérité s’ nom. Pou l’s-ôtes, c’ èstèt deûs côps rén, in cwin d’ vilâdje èyu ç’ qu’ on n’ va nén. Mins pou nos-ôtes, c’ èstèt in boukèt d’ paradis, avou pont d’ mésse èt pont d’ curé pou nos r’wétî… èt bran.mint dès places pou nos catchî s’ on d-avèt dandjî.

 

C’èstèt in djoû come lès-ôtes. Pourtant, dji m’ dè souvén co. Pou l’ preumî côp dins m’ pitite vîye d’ èfant, dj’ avè rèscontré à l’ iscole… sint Nicolas.

Qu’ il èstèt grand! Qu’ il èstèt bia! Su lès-imâdjes, on l’ moustrèt come ça, mins vikant, il èstèt co mia. Djè l’ wè co travièrser l’ grande cou, moussî come in curé à grand tchapia, pére Fwètârd pa-d’vant, èl baudèt padrî, in bia baudèt tout gris, in vré, qui sintèt bon l’ istaule do paradis.

 

Tèrtous, min.me René qu’ èstèt todi dérén, nos-avons ieû deûs caramèls avou ène djane afére qu’ on lomèt « mandarène ». Lès cadaus, lès cakâyes, èl pôve ome avèt d’vu lès lèyî pus lon, amon lès Teûtons.

 

Nos-ôtes, maugré ça, contints come Batisse: on n’ savèt nén qwè, mins pou l’  lèd’dimwin, on ratindèt tèrtous ène pitite saqwè. Nén dès biestrîyes come asteûre qui coussenut tchêr èt vilin èt qui sont spiyîyes ossi rademint. Non, ène pitite afére seûlemint: ène bale, ène ârbalète, in trin.nau pou daler a sclide…

On d-è causèt en diskindant l’ tiène da Gofau.  On-î sondjèt co en trin.nant nos chabots, piâne, piâne, su 1′ pont do ri.

 

Tout d’ in côp, arivés au pachi da Davau, on a ieû l’ chouflot côpé. Ossi lon qu’on p’lét r’wétî au d’zeûs do bwès Dumont, l’ istwèlî qu’ èstèt co tout bladjot cénk munutes pus timpe, s’ avèt mètu à roudji, à roudji, qu’ on-ârèt dit 1′ duca-ce au paradis.

 

Tout èstèt roudje: lès pègnons dès maujones, lès tères as pétrâles, èl copète dès-ârbes, jusqu’au cok di l’ èglîje qu’ èstèt, pou in côp, in vré cok walon!

Si Jules n’ ârè nén atrapé l’ licote di sésichemint pou nos r’mète lès pîds d’ssus têre, on s’rèt co p’t-ète là, sins boudjî, sins moufeter, en fèyant dès grands-oûys, come asbleuwis dins l’ brune si paujêre.

 

Èchène, au min.me momint, nos-avons compris qu’ i n-avèt qu’ èl Bon Diè ou bén sint Nicolas qui p’lin’ fé ène biaté parèye pou nos-acèrtiner qu’ i vénrè.

Nos-avons r’prins alin.ne. Nos-avons criyî èt nos-avons dansé, d’vant d’ couru rouf, rouf à no maujone dîre èl boune nouvèle à no moman.

 

Èl mine n’ a fét chènance di rén. Pou in preumî, dj’ é lèyî mès chabots, mès tchaussons d’ lin.ne di bèdot èt mès tchausses ravaudéyes dins l’ keûjène. Dji m’ é disbiyî. A pîds discaus èt à pania volant, èl dos au feu, dj’ é d’vu avaler, avou dès rûjes, mès deûs locéyes di gruwau machî avou dè l’ cassonâde. Achîde à costé do feu, maman brèyèt.

 

Èle m’ a prins su s’ èscoû. Èle m’ a doné dès gros bètchs. Èle m’ a causé lontimps di m’ papa en-Alemagne. Après ça, dj’ é dit m’ priyére come tous lès djoûs. Dj’ é doné in gros bètch à pârin èt à mârine, èt dj’ é stî mètu à pièce pou d’ bon.

 

In côp dins m’ bêrce, dji lès-ètindè causer dins l’ fond… sint Nicolas par ci… sint Nicolas par là… èt tout s’ a comachî dins m’ tièsse d’ èfant. Quand dji v’lè sèrer mès-oûys, ça vos fièt in caroussèl di tous lès diâles. Pou sayî d’ dwârmu èt n’ pus vîr èl lumiére qu’ intrèt pa l’ crâye di l’ uch, dji m’ é racrapoté dins mès couvêrtes come in tchén dins s’ késse. Dji n’ é pus boudjî, èt maugré mi, dj’ é choûté…

 

Su l’ guèrnî, on-avèt fét do brut, m’ chènèt-i, come s’ i n-ârèt ieû ène saquî qui r’nachèt dins lès-ârmwêres, djustumint do costé dè l’ tchiminéye. In-uch s’ a sèré. Après ça, pus rén.

Mi, dj’ suwè. Dj’ èstè mau! Jamés arnaga n’ avèt stî si pitieûs! Faut crwêre qu’ i falèt ça pou m’ rapaujî pace qui, ossi rade, sins pus tchiketer, dj’ é dwârmu dîj eûres d’ asto.

À l’ pikète do djoû, après m’ awè insi r’pwasé au père dès pôces, dji m’ é r’lèvé tout doûcètemint. In côp d’ssus pîds, dj’ é ravalé lès montéyes tout d’ ène trake.

Dins l’ grande place, i n-avèt pèrson.ne, nén ène âme. Par bouneûr, sint Nicolas avèt dèdja passé. I n-avèt su l’ tâbe, dins dès-assiètes à soupe, dès boubounes, dès rèstons au conrin èt dès galètes toutes tchôdes. Di l’ ôte costé, in grand tch’vau à bascule, in blanc avou dès nwêrès tatches, èstèt près’ à djouwér aus coboys èt aus-indyins. C’ èst seûlemint dès-anéyes pus taurd qui dj’ é r’trouvé èl min.me tchivau su ène foto avou m’ mounonke Marcel achîd d’ssus.

 

Dji n’avè nén co fét trwès pas qui m’ maman èstèt là. Tout-en l’ rabrèssant, dj’ é vèyu dins ses tch’vias èl vré cadau d’ sint Nicolas.

Adon, rouviant lès galètes, lès rèstons èt min.me li tch’vau, dj’ é couru à l’ finièsse pou ièsse seûr qui c’ èstèt l’ vré. Èt ça l’ èstèt. Dins 1′ cou, pa-t’t-avau  tout, dès blancs plomions tchèyin’ à r’lâye di bouk, pou n’ nén dîre as tchèréyes.

 

C’ èstèt ça, l’ mirake da sint Nicolas: in bia cadau qui n’ avèt rén cousté, in cadau pou tous lès-èfants d’ Mamejou. On-èstèt scapé!

Vos p’loz rîre di mi, oyi. Mins n’ fuchoz nén surpris si dji m’ pète à rîre à m’ toûr quand on m’ dit: « Wétîz Marcel, là! Pour mi, i crwèt co à sint Nicolas! ».

 

Nelly FRERE-VAN LAETHEM. (Montignies-sur-Sambre), in: EB, 1986

 

Sint Nicolas

 

Quand dj’ èsteu p’tite, saquants djoûs d’vant l’ chîj di décembe, sint Nicolas n’ mankeut jamés d’ nos rinde visite. À pwène qui dji l’ vèyeu dins l’ intréye di l’ uch, dji ployeu mès deûs bras yin conte di l’ aute èt dj’ î catcheu m’ visâdje. Dji djeu bén, en fiant l’ fèle, qui c’ èsteut m’ moman, mins adon m’ mononke mi d’mandeut : « D’ abôrd, pouqwè-ce qui vos n’ v’lèz nén li rwéti ? » Dji n’ oseu nén télemint qu’ dj’ èsteu strapèye. C’ èst qu’ i n’ èsteut nén bia …. !

Tout blanc dè l’ tièsse aus pîds, ès’ visâdje bârè pa ‘ne grosse nwâre moustatche, i m’ fèyeut peû. Il èsteut rèfârdèlè dins-in grand drap d’ lét; su s’ tièsse, in tchapia pwintu (dj’ é seû, pus taurd, qui c’ èsteut ‘ne tigne mètuwe en cwin). Èt pwis – c’ èsteut ça 1′ drame ! – gn-aveut 1′ nwâre moustat­che !

In djoû qui yin  dès fréres di moman èsteut à no maujone, sint Nicolas a v’nu. Quand moman a r’vènu dilé nous-autes, après qui 1′ grand sint fuche èvoye, dj’ é vèyu m’ mononke fé dès grands-îs à m’ moman ‘yèt passer s’ dwèt intrè s’ nèz ‘yèt s’ lèpe di d’zeû !

En wétant m’ moman, dj’ é vèyu « ne ombe foncéye …. c’ èsteut 1′ rèstant dè l’  moustatche …

 

René Dullieu (Hèpegnî / Heppignies),  in: EB, 319, 1979

 

Sint Nicolas

 

Èst-ce qui c’ èst vré, sint Nicolas,

Qui vos-èstèz dins lès nuwâdjes,

Survèyant come i faut di-d-là

Lès p’tits-èfants qui n’ sont nén sâdjes ?

Èst-ce qui c’ èst vré qu’ is n’ âront rén ?

Qu’ vos passerèz woute di leû tch’minéye ?

Qu’ min.me vo baudèt n’ s’ arètera nén

Pour li mindjî toute l’ assiètéye ?

Dj’ vos d’mande pardon, sint Nicolas,

Si dji n’ su nén toudi bén sâdje.

Dji vos l’ promèt, vos vîrèz ça,

Dj’ s’ré l’ pus djintîye di tout l’ vilâdje.

Vos vîrèz tout ç’ qui dj’ é d’mandè

Dins l’ lète qui dj’ vos-é èvoyî

Et si dj’ n’ é nin tout mèritè,

Dj’ s’ré d’jà contène avou ‘ne pârtîye.

 

Robert Mayence, in: Èm’ vî coron

 

Sint Nicolas

 

(…)

Sint Nicolas, vènèz longtimps,

Èt vo baudèt, pa tous nos tch’mins,

Pou lieû rimpli toutes lès-anéyes

Leûs solés dins lès tchuminéyes !

 

À tous lès twès

 

Bârbe, Èlwè, Nicolas, à m’n-î,

Vos stèz lès Sints qu’ on vwèt voltî !

Au paradis, vos d’vèz vos plére !

Mins si vos v’nîz pou candjî d’ ér,

Vos s’rîz lès bénvenus, tous lès twès,

Dins no nwâr payis d’ Châlèrwè!

 

Sint-Nicolas (Saint-Nicolas)

(in: Èl Bourdon, 351, 1982)

Gilbert Jacquard (Hin.ne-Sint-Paul / Haine-Saint-Paul) - Sint Nicolas ayér èt audjordû

(in: Èl Mouchon d’ Aunia, 1985)

Picardîye / Picardie – Mont-Borinâje / Mons-Borinage :

Jules Vigneron, , in: Souvenance

 

Adieu, sint Nicolas

 

Lès djeus, lès tch’vaus, lès tchéns, lès fisiks èt lès grûwes,

Lès bablutes, lès tch’mins d’ fiér, lès bublots, lès batias,

N’ sont pus qu’ in sondje pour vous  : vos-avèz pièrdu d’ vûwe

Èl grand Sint Nicolas èt tous sès clicotias.

 

O candje su wére dè temps. Insi, l’ anéye passéye,

Vos m’tîz co vo platène rimplîye di gros tontchas

Dins l’ cwin dèl tchèminéye. Toute èl nût, vos pinséyes

Èt vos priyêres astinent pou l’ bon Sint Nicolas.

 

Ataulè à vos d’vwors, ç’-st-a pêne s’ o vwot vo tièsse

Padrî lès tas d’ cayès, lîves èt tout l’ sint-fruskin.

O n’ peut nén vos parler ; pour vous, asteûre, c’ èst fièsse

Quand vos pouvez r’nachî dins tous  lès  p’tits  boukins.

 

C’ èst qu’ vos-avèz grandi ! Adieu tous lès djuglâdjes.

Lès condjîs pou dès réns: faura d’meurer au sto.

Èl moumint st-arivè dè vos-armer d’ courâdje.

I faura piyochî, trimer, buchî d’ asto.

 

Tout-âdje a sès plésis. Èl vîye è-st-insi fête  :

Èfant, o djoûwe voltî ; pus târd, c’ èst lès trècas.

Pus vis, c’ èst co aute choûse… èt bén souvint o r’grète

Èl temps qu’ o m’toût s’ chabot l’ vêye dè Sint-Nicolas.

 

Marc Lefèbvre (Binche), in : MA, 12, 1979, p.223

 

Lète à sint Nicolas

 

C’ è-st-à vous, saint Nicolas, què djè va parler,

i gn-a ‘ne saquè què d’ voûdroûs  co bîn vos d’mander.

Comint ça s’ fét què vos savèz mète dins vo hote :

‘ne masse de bèlès-afêres pou v’ni mète dins les botes :

dès nounours’, dès trotinètes, toutes sortes dè bonbons,

dès trins électrikes èt des cintènes dè balons.

On dit toudi d’ vous qu’vos-astèz in bon-ome

èt què, kèrkî come vos-astèz, vos d-avèz ‘ne bone

adon qu’ on sét què d’pus in pus souvint, tout mètenant,

vos dalèz in spoutnik pou vîr lès-infants.

Èt què lauvau au d’zeûr, dèssu vo blanc nuwâdje,

vos travayèz bran.mint malgré qu’ vos-avèz d’ l’ âdje.

Tout ça pou cachî d’ fé plési à lès gamins

èt lès gamines malgré qu’ is n’ sont jamés contints.

Maîs djè n’ comprinds nîn pouquè-ce què dins vo cabine,

vos portez co à lès-infants dès carabines,

dès tanks, dès fuséyes, dès-n-èpéyes, dès porte-avions,

sans compter lès fameûs soudârs dins leûs camions.

Pouquè-ce què vos lieu moustrèz sans-arèt ‘l misêre,

Pouquè-ce qu’ on lieu done dins lès mins dès-ostis d’ guêre ?

Put-ète què vos n’ avèz pu rîn d’ aute à moustrer ?

Put-ète què vos fabricants n’ savetèt pus rèver ?

Maîs in-n-infant n’ a nîn dandjî d’ ça pou li vîve,

aportèz lyi putôt in-afêre pou l’ fé rîre,

dès-n-afêres pou travayî èt alever d’s-infants,

adon sint Nicolas, is parleront d’ vous in cantant !

 

 

li cente-walon / le centre-wallon: 

Andrée Flesch, in: Lë Sauvèrdia, 271, 2010

 

Sint Nëcolès

 

Djë vouro co ièsse lë crapôde

Quë mèt sès solés d’vant 1′ djivau*

Èt quë s’ dëspiète là tot d’ one tchôde*

Tot-è sondjant à sès cadaus.

 

Vos quë bèrcîye totes lès-èfances,

Sint Nëcolès, vos savoz bén

Qu’ on vos r’mèrcîye po tote lë chance,

Quë ‘nn’ avans ië dë ièsse gâtés.

 

Man.man nos d’jeûve : « Së v’s-èstoz sâjes,

Nos l’ dirans à sint Nëcolès .

Èt vos mètroz, 1′ djou dë s’ passadje,

On gros cabë po s’ vi baudèt. »

 

Qu’ èst-ce quë vos nos-avoz gâté !

Vos-aviz por nos plin d’ afères :

Dès djës, boubounes à volonté,

Qu’ on n’ savot r’ssèrer lès-armwères.

 

Vos fioz todë bén vosse bèsogne ;

Portant, vos d’voz bén ièsse ode*

Dë vësëter totes lès maujones

Pa lès strwèteûs dès tchëmënéyes.

 

Sint Nëcolès, bèrceû d’ èfance,

Dëmeurez co, èt po longtimps.

Lès p’tëts-èfants sont dins lès transes :

Is v’ ratindenët tot come dins l’ timps.

 

djivau, cheminée

d’ one tchôde, d’un coup

ode, très fatigué

 

Dëvant Sint Nëcolès

Deûs-ouy de p’tëtès fèyes devant Sint Nëcolès,

Dëmèrant bouche cosoûwe devant ostant d1 cadaus.

On front que plësse tot-è sondjant au vî baudet

Qu’a drâné tote le vôye et s’a doné tant d’ mau.

On sorîre qui, bén rade, ne sèrè pës qu’on sciât

Quand 1″ djouwèt toûrnëqu’rè se l’tapes de salon.

Dès mwins que l’apëç’ront sins pont fé d’imbaras

Et dès crës d’ boune ëmeûr tôt fiant dès rëgodons.

Deûs-ouy de p’tëtès fèyes ou bén de p’tëts gamins :

On vourot que ç’timps-là ne seûye jamais fënë.

Timps trop coût qu’on vourot qu’ë dëre co fwârt longtimps.

Sint Nëcolès, dëjoz, n’èstoz jamais naujë ?

 

Andrée FLESCH

 

G. Massart-Tilmant (Ramiéye / Ramillies)

 

 Sint Nëcolès

 

Dè timps passé, sint Nëcolès

Fieûve së voyadje avou s’ baudèt.

Il èsteut tchèrdjî, lë pauve bièsse,

Po qu’ lès scolîs seûyenëche à l’ fièsse.

Po s’ pwin.ne, i rëçûveûve dès carotes…

 

Sint Nëcolès aveut s’ grande hote,

Lë nèt dè chîj’ sins pont d’ tapadje,

I lèyeûve toumer foû dë s’ satch

Dès poumes, dès nwèjes, dès gâyes souwéyes,

En dëskindant pa l’ tchèmënéye.

 

Pës taurd, il aveût dins s’ tchèna,

Dès-oranjes èt dè chocolat.

 

Quand il a acheté one auto,

Pace quë, së vî, ‘l aveut mau s’ dos

Dè pwarter totes sôrtes dë djouwèts

Aus p’tëts-èfants quë fiyine leû tchwès :

Dès bias sôdârs dë totes lès troupes,

Dès polëchënèles èt dès poupes,

Avou leû fouraus dë dintèles

Èt dë vèloûrs, come dès mamesèles,

Lès tréns, dès camions èt dès tch’vaus,

Dès fësëks, dès grands piyanôs.

Lès-èfants ont mètë adon

Dë l’ èssence dëdins dès bëdons.

 

Sint Nëcolès, maugré qu’ l’ èst vî,

Prèsqu’ aveûle, storné èt stroupi,

Po rëvenë en décimbe së l’ têre

Faît l’ voyadje en-hélicoptêre…

 

Qwè v’loz, mès-èfants, c’ èst 1′ progrès,

I l’ faut sûre, come sint Nëcolès !

 

Georges Michaux

 

Sint Nicolès

 

C’ èst 1′ fîve dèdjà dins l’ grand botike

Où dj’ so v’nu veûy sint Nicolès.

Su l’ éle di m’ sondje èt dè 1′ musike,

Dji d’meure stampé d’vant lès tch’vaus d’ bwès :

Ci n’ èst pus mi, c’ è-st-on-èfant

Qui dj’ a conu g-‘a dès-anéyes.

Dè peû di s’ piède, i tint s’ moman

Què 1′ cove dès-ouys, tote rimouwéye…

Inte deûs tambours, coûtchî dins s’ bwèsse,

I vint dè veûy on p’tit violon.

I n’ si sint pus, i s’ fout do rèsse,

Dins s’ keûr d’ èfant muse one tchanson.

Su l’ éle di m’ sondje èt dè 1′ musike,

Dji m’ a r’trové d’vant lès tch’vaus d’ bwès.

Come on pièrdu dins 1′ grand botike,

Dji v’neûve d’ awè m’ Sint-Nicolès…

.

Georges Michaux

 

Lète à sint Nicolès

 

Po n’ nin l’ rovî dins mes priyéres,

Dji vôreu bin, sint Nicolès,

Qui v’ m’ apwârtéche one carnassiére

Po-z-î bouter lîves èt cayès.

 

Acou çola, saquants djoudjouwes,

Dès seurès boles por mi suci,

On vélo d’ coûsse po qu’ dji m’ rimoûwe,

On bia p’tit tchin à cârèssi.

 

Djj vôreu co dins mi spaugne-mauye

Bràmint dès caurs po sèmer 1′ bin.

Insi, vèyoz, po l’ ci qui bauye,

Il aureut d’ qwè soladji s’ fwin.

 

Rimplichoz bin vosse carnassiére.

Dji vos ratind, sint Nicolès.

Peû dè l’ rovî, dins mès priyéres,

Dji v’ di mèrci, come au bon Diè.

 

Joseph Calozet, in : Entre vêpres et maraude, L’enfance en Ardenne de 1850 à 1950, Musée en Piconrue, Bastogne, 2008, p.37

 

Li djoû do l’ Sint-Nicolès  (Le jour de la Saint-Nicolas)

 

« I fêt co nwâr quand lès-èfants s’ rawèyèt èt, sins-z-èsse moussis, vo-lès-là, wê, à l’ valéye dès montéyes : li tchambe sint bon come on forni quand on vint d’ tirè lès doréyes. Di leûs p’tits oûys abaublis pa l’ lumiére, is wêtèt d’ abôrd sins rin wasu dîre… pus, on carèsse lès poupes, on mine lès tch’vaus, on saye lès musikes, on gostéye lès coûkes èt lès sukes. Aus-êreûs do djoû, on s’ mousse au pus abîye èt, pa t’t-avau lès vôyes, c’ è-st-one courerîye d’ èfants, dès brûts d’ tambours, di musikes èt d’ chiyètes, come à l’ dicauce. Lès p’tits ont stî r’quêr ‘mon lès grand-méres, ‘mon les pârins, ‘mon lès mononkes, leûs pêlètes ou leûs-assiètes rimplîyes di sint-Nicolès. »

 

(Il fait encore nuit quand les enfants s’éveillent et, sans s’être habillés, les voilà, tenez, dévalant les escaliers. Il flotte dans la chambre la bonne odeur du fournil quand on vient de tirer les tartes. De leurs petits yeux éblouis par la lumière, ils regardent sans dire mot… puis, on se met à caresser les poupées, à conduire les chevaux, à essayer les musiques, à goûter couques et sucreries. Aux lueurs du jour, vite, on s’habille et, un peu partout dans les che­mins, c’est une course d’enfants, au milieu des bruits de tambours, de musiques et de sonnettes, comme à la fête. Déjà les petits sont allés récupérer chez les grand-mères, chez les parrains, chez les oncles les plats ou assiettes remplis de cadeaux de Saint-Nicolas).

 

L’ âriére grande-matante Jeanne (Lustin)

 

Ç’ asteut come ça èmon Gustine.

 

Sint-Nicolès do vî timps

 

Dj’a sti à Nameur li samwin.ne passéye èt dj’ a vèyu à l’ vitrine d’ on magasin dès bèlès poupènes : êles costin.n dins lès dîj noûf cints èt dès francs. Là-d’ssus, dji m’ a rapèlé l’ histwêre qui m’ moman m’ a conté bin dès côps.

Gn-a longtimps d’ ça, on djoû di d’vant l’ Sint-Nicoles à l’ nêt, èlle èsteut en trin d’ sognî sès vatches. I fieut nwâr come dins on for. V’là one di sès vwèsines qui passe èt qui li crîye :

— Bonswêr, Tèrêse !

— C’ èst  vos, là,  Gustine,  di-st-èle, moman. Où-ce qui v’s-aloz si taurd ?

— Ô, dji m’ èva ‘mon Colârt èt ‘mon Mariye Mardjoute, po-z-aler qwêr saquants boubounes po d’mwin…

— Vos n’ avoz pont d’ avance d’ î alè, r’prind moman, dj’ a stî ramasser  tot ç’ qu’ i gn-aveut co: saquants mouchons d’ suke èt dès p’titès botes di pwin d’ tchin (1) coléyes su do papî.

— D’ abôrd, dji m’ è r’va, respond Gustine : djè l’zî frè chakin one vôte…

Li lèdemwin au matin, aviè 5 eûres, mi papa qu’ aveut aprusté si tchaur ratindeut après mononke Félis’ poz-aler au bwès d’ Ârvile tchèrdjî dès tchin.nes. Divant d’ paurti, mononke Félis’ aveut v’nu dîre bondjoû à moman èt vèyant nos-assiètes avou rin d’ssus, il aveut d’mandé :

— Tins! SintNicolès n’a nin passé, Tèrêse?

— Siya, mononke : il ont d’djà tot mougnî èt is sont ralés contints..

 

 (1) pwin d’ tchin — pain d’épices

 

Li lète à Sint-Nicolès

 

Comèdîye po d’s-èfants, è 4 tâblaus

 

Djins :   Li moman / Li popa : 30 ans tos lès deûs

Laurine / Maëva : 2 soûs – 8 èt 6 ans

Dècôrs :   Su l’ sin.ne : one sale à mindjî – salon

Tauve avou on vâse èt dès fleûrs – pwate-mantia – ârmwêre à lindje – divan deûs fauteuys – quate tchèyêres – tèlèvision

Dissus l’ tauve, one botèye di limonâde èt deûs vêres.

 

Prèmî  TABLAU

 

Deûs p’titès bauchèles, Laurine, 8 ans, èt Maëva, 6 ans, intèrenut en courant d’ssus l’ sin.ne. Gn-a one qui tape si malète su on fauteuy ; l’ ôte li laît tchaîr asto do pwate-mantia. Laurine va o frigo, è r’tire one botèye di limonâde èt rimpli lès vêres qu’ èstin.n’ su l’ tauve. Èles bèvenut longuemint. Li moman rintère avou one pitite pile di linçoûs.

 

Li moman – Èt qwè, mès p’tits pouvons, on n’ dit pus bondjoû, quand on

rintère ?

(Lès deûs p’tites mètenut leû vêre dissus l’ tauve èt èles si tapenut dins lès brès d’ leû man po l’ rabrèssî)

 

Èchone :   Bondjoû, moman !

Li moman : Qu’ avoz faît è scole, odjoûrdu ?

Laurine : Ba, mi, dj’ a faît dès cârculs jèyomètrikes, èt vos m’ p’loz crwêre, moman, ça n’ m’a nin fwârt plaî ! Dès surfaces, dès pèrimètes, èt surtout dès mètes cârés ! Avoz d’djà vèyu dès mètes qui sont cârés, vos, moman ?

Li moman : Bin sûr qui non, Laurine, mins dji m’ vos va èspliker : li mète câré, c’ è-st-one surface qu’ a on mète di costé !…

Laurine : Djè l’ sé bin, moman, mins ça sèreûve pus aujîye èt pus compurdichauve di dîre : « on mète plat » ! Vos n’ trovez nin ?

 

Li moman : (en riyant) : C’ èst vos què l’ dit, mins ç’ a todi stî insi èt ça l’ sèrè todi ; i vos faurè bin vos-î fé ! Avoz dès d’vwêrs ?

Laurine : Bin sûr, don ? Nosse maîsse ni pout mau d’ nos lèyî on djoû sins d’vwêrs, alez ! I sèreûve malade !

Li moman : D’ abôrd, mètoz vos à lès fé sins taurdjî. Vosse papa va binrade rariver ! I r’vint pus timpe odjoûrdu !

 

(Su ç’ timps-là, Maëva a douvièt s’ malète èt èle s’ a instalé à l’ tauve pa-d’vant on lîve di preûmêre anéye grand au laudje).

 

Maëva : Moman, Madame m’ a dit qu’ i faleûve lîre lès mots en « è ». Mi v’loz bin aîdî ?

Li moman : Èst-ce qui ça èst mârké è vosse lîve di scole ?

Maëva :   Oyi.

Li moman : Tot-à l’ eûre, d’abord ! Quand dj’ ârè faît di r’mète mès linçoûs è l’ ârmwêre à lindje.

Maëva : (après on p’tit taîjadje sondjaud) : Moman, c’ èst quî, sint Nicolès ?

Laurine : (Qu’ èsteûve en trin di scrîre, rilève si tièsse) : Grosse bièsse ! Dji vos l’ a d’djà dit : sint Nicolès, c’ èst l’ soçon do Bon Diè, èt c’ èst todi li qui disfind lès p’tits-èfants, quand il ont faît dès grossès bièstrîyes.

Maëva :  C’ èst l’ vraî, moman ?

Li moman : On l’ dit, todi ! C’ è-st-insi qui m’ moman m’ l’ a èspliké èt lèye l’ a apris insi di s’ moman !

Maëva : D’ abôrd, il èst fwârt vîy, sint Nicolès ! Ossi vîy qui l’ moman da Nènène, ça faît longtimps !

Li moman :Bin sûr qu’ il èst vîy ! Télemint vîy qui tant qu’ gn-a ieû dès p’titès bauchèles come vos deûs d’ssus l’têre, gn-a todi ieû on sint Nicolès, èt i sèrè todi là tant qu’ gn-aurè dès p’titès canayes come vos deûs !

Laurine : Il èst télemint vîy qui sès tch’vias sont tot blancs èt qu’ il a one grande baube tot-ossi blanke qui sès tch’vias, èto.

Li moman : Asteûre, arètez d’ causer d’ sint Nicolès èt continuwez vos d’vwêrs ! I sèrè co timps d’ è causer quand l’ momint sèrè v’nu !

 

Laurine : Dji n’ lès pou nin fé tot-à l’eûre, moman ? Dji vôreûve bin waîtî l’ T.V. !

Li moman : Nin quèstion d’ ça ! Vosse pa va rintrer èt vos n’ avoz nin co faît !

Maëva :  Mi, dji n’ vou nin waîtî l’ tèlèvision !

Laurine : (lî faît one grimace) : Vos, vos-èstoz on pwèson, s’ apinse Nènène. Quand dji vou one saqwè, vos v’loz l’ contraîre !

(Èle riwaîte Maëva avou one drôle di mine) : Â ! Si vos sèrîz on p’tit frére ! (Èle si r’mèt à ses d’vwêrs).

 

Maëva : (En rindant l’ grimace) : Èt mi, dji so binauje di n’ nin ièsse on p’tit frére ! Lès p’tits fréres, is sont mèchants, is nos tapenut, is nos faîyenut tofêr tchaîr, èt is nos pudenut nos-umaudjes. Caroline, qu’ a on p’tit frére, mè l’ dit tofêr !

Li moman : (Qui plèye sès linçoûs) : Dispêtchîz-vos d’ fé vos d’vwêrs, vos deûs! Si v’ n’ avoz nin faît, quand vosse popa rintèrerè, c’ èst sûr qui vos-îroz co coûtchî à sèt’ eûres !

Laurine : (Qui r’lève si tièsse) : Moman, i faut bran.mint do timps po fé on p’tit frére ?

Li moman : On p’tit frére ! Vo-‘nnè-là one, waî ! Fioz vos d’vwêrs, vos di-dje!

Maëva : Mi, dji n’ vè nin voltî lès p’tits fréres !

(Laurine lî pice one fèsse. Maëva s’ mèt à criyî èt à braîre).

Aye, moman ! Laurine m’ a picî !

Li moman : Vos, lîjoz vos mots ! Èt vos, Laurine, vos-alez aler è l’ cauve avou lès-aragnes, si vos n’ vos djokez nin !

Maëva : O, oyi, moman ! Mètoz-le avou lès-aragnes qui pikenut ! (Èle faît one grimace à s’ soû). Agne… âgne… agne…

Laurine : C’ èst vos, l’ aragne ! (Maëva lî done on côp d’ pîd d’zos l tauve)

Aye !… Moman, Maëva m’ a doné on côp d’ pîd !

Li moman : (Qui faît one bêle pile avou ses linçoûs) :

Avoz binrade faît d’ vos disputer, vos deûs ? Taurdjoz ! Dji mè l’ va dîre à vosse pa !

(Lès deûs soûs si r’mètenut à leûs d’vwêrs).

 

Maëva : (Èle lît malaujîyemint) : djou… wèt – va… lèt – m i nèt – lès (rade) Sint-Nicolès ! (Èle racomince) : djou… wèt – va… lèt – mi… nèt – lès – Sint-Nicolès. O, moman, djouwèt èt Sint-Nicolès, ça va èchone !

 

 

2e TÂBLAU

 

(Li papa rintère. I mèt sès moussemints su l’ pwate-mantia. Li moman n’ rèspond nin. Èle done on bètch à s’-t-ome).

Li moman : Bondjoû, Patrick ! Èst-ce qui ça a stî ?

Li papa: Bondjoû, m’ fèye ! Oyi. Nin pus mau qu’ lès-ôtes djoûs. (I r’waîte lès p’tites). : Bondjoû, mès p’titès gâtéyes ! (Li moman rét.) (Lès deûs laîyenut là leûs d’vwêrs èt èls si tapenut dins lès brès d’ leû papa).

(Èchone) : Bondjoû, papa ! (Èles lî plakenut on gros bètch su chake massale).

Maëva : Papa, èndon, qu’ lès p’tits fréres sont tortos mèchants ? Vos-avoz dè l’ tchance qui dji n’ so nin on p’tit frére !

Lipapa :    (en riyant). Bâ !… Dji n’ è so nin pus sûr qui ça, mi !

Laurine : (Èlle est raléye à ses d’vwêrs) : C’ èst bin damadje èt c’ èst pont d tchance. Quand dj’ èsteûve pus p’tite, Pinpin mi d’djeûve todi qu’ lès p’tits fréres sont pus djintis qu’ lès p’titès sous ! Mins dispûs qui v’s-avoz skèpyî, i nè l’ dit pus. Dji trove ça bin drole ?

(Li papa r’mèt Maëva su s’ tchèyère).

Li papa : Alez, arètez avou vos bièstrîyes, vos deûs ! Achèvez vos d’vwêrs !

Laurine :   Oyi, èt après dji m’ va scrîre one lète po sint Nicolès !

Li papa : One lète po sint Nicolès, asteûre ? Vos n’ trovez nin qu’ c’ èst co one miète trop timpe ? Vos n’ èstoz qu’au mwès d’ maîy ?

Laurine : Ô, mins i lî faurè bin tot l’ timps qu’ gn-a co po ariver à s’ grande fièsse po qu’ i m’faîye ci qu’ dji m’ lî va d’mander !.

Lipapa : (Qui r’nonce à comprinde) : Oyi, alons ! Alez, achèvez vos d’vwêrs ! Mi, dji m’ va lâver mès mwins ! (I rét).

 

 

3e TÂBLAU

 

Maëva :    Mi… nèt, djou… wèt, fi… lèt, quin…kèt, cha… lèt, bo… bos… kèt…

(Laurine rissère si cayè èt s’ lîve èt ristitchî tot è s’ câse. Èlle è r’ssatche one fouye di papî foû).

Laurine :    Asteûre, dji m’ va fé m’ lète !

Maëva : (En r’ssèrant s’ lîve) : Si c’ èst po scrîre à sint Nicolès, waîtîz bin di n’ pont fé d’ fautes !

Laurine : Dès fautes… dès fautes ! Vos p’loz bin causer d’ fautes, vos ! Vos n’ savoz nin d’djà ç’ qui c’ èst !

Maëva : Dès fautes, c’ èst dès mots qui n’ sont nin jusses ! Madame mè l’ dit !

Laurine : Ba, qui dj’ faîye dès fautes ou bin qui dj’ n’ è faîye pont, ça r’vint au min.me ! Li principal, c’ èst di scrîre mi lète èt d’ l’ èvoyî à sint Nicolès po qu’ il eûche li timps d’ noter on p’tit frére !

Maëva : Mi, dji n’ in.me nin lès p’tits fréres èt dji vôreûve qui vosse lète si pièdereûve dins lès nuwadjes !

Laurine : Lès sowaîts d’ one sote n’ arivenut qu’ tos lès 7 ans ! C’ èst Nènène què l’ dit èt Nènène a todi raîson ! (Èle comince à scrîre) : « Chér sint Nicolès. Li djoû d’ vosse grande fièsse, v’loz bin apwârter on p’tit frére rin qu’ por mi ? Si dj’ di « mi », c’ èst pace qui mi p’tite soû n’ vèt nin voltî lès p’tits fréres. Come nos n’ èstans co qu’ au mwès d’ maîy, vos-avoz tot l’ timps dè l’ fé come u faut. Po l’ nût d’ vosse passadje, dj’ ârè aprèsté l’ vîy lèt da Maëva di d’ quand èlle èsteûve co bébé ; insi, vos n’ âroz qu’ à mète mi p’tit frére didins ! Ni v’s-è fioz nin po vosse baudèt : djè lî ârè aprèsté bran.mint dès cârotes asto d’ nosse tchiminéye. È ratindant ç’ djoû-là, dji compte lès nûts qu’ i gn-a co à dwârmu po-z-î ariver. Mèrci, Grand Sint-Nicolès. Dji vos plake dissus chake di vos massales dès gros bètchs ! Vosse pitite Laurine. Mi-adrèsse èst padrî.

 

 

4g TÂBLAU

 

(Li papa èt l’ moman rintèrenut).

Li papa :    Èt qwè, vos deûs, avoz fini vos d’vwêrs ?

Maëva :     Mi, dj’ a fini, papa, mins nin Laurine ; èle sicrît co !

Li moman : Comint ? Èle n’ a nin co faît ! I va ièsse timps, portant, nos-alans soper !

(Laurine saye di catchî s’ lète didins s’ lîve, qu’ èle faît chonance di lîre, mins l’ moman a vèyu l’ manêje). Qu’ avoz catchî, là, è vosse lîve ? Dji so sûre qui c’ èst co l’ coridjadje d’ one dictéye ! Lèyîz-me on pau vôy si v’s-avoz faît bran.mint dès fautes ! (Ele prind l’ lète èt èle li lît. Laurine èst jin.néye èt mwaîje après s’ soû).

Li moman : Maria Dèyi ! Patrick ! (Èle tind l’ lète au papa). Waîtîz ç’ qui vosse fèye sicrît è l’ place di fé ses d’vwêrs !

Maëva : (Divant qui l papa rèsponde). Èle dimande à sint Nicolès qu’ i nos-apwate on p’tit frére. Mins mi, dji m’ lî va scrîre èto qu’ dji n’ so nin d’ acôrd èt qu’ i ‘nn’ apwate pont !

 

(Li papa èt l’ moman sont tos lès deûs sbârés. Is s’ riwaîtenut l’ aîr contint).

Li papa : È bin ! Vo-‘nnè-là one, d’ afaîre ! (I r’waîte si feume). I gn-a pupont d’ èfants ! (I s’ va achîde dissus l’ divan).

Laurine :    (Sopliyant s’ moman) : Vos n’ dîroz nin non, èndon ?

Li moman : Mins Laurine, mi p’tite fèye, po-z-awè on-èfant, i faut bran.mint dès quaurts ! Ça cosse tchêr, on p’tit èfant !

Laurine : Papa ‘nn’ a bran.mint, èndon ? Lès preûves, c’ èst qu’ i n vos-è r’fuse mauy, quand vos ‘nnè d’mandez ! I vos d’mande chake côp : « Combin v’loz, m’ chèrîye ? »

Li moman : Oyi, mins il è faut bran.mint d’ pus qu’ vos pinsez, alez !

Maëva : ….Dins tos lès cas, mi, dji n’ dôrè nin mi spaugne-mauye ! Dji n’ in.me nin lès p’tits fréres ! Is crîyenut todi !

Laurine : On l’ sét bin, va, qui vos, vos n’ dôrîz nin on centime ! Vos-èstoz bin trop rapia, au r’gârd di mi. Mi, dji vou bin d’ner totes mès spaugnes. (Èlle arète, sondjaude). Mins, moman, sint Nicolès n’ faît mauy payî lès cacayes qu’ i nos-apwate tos l’s-ans, don ? D’ abôrd, i n’ nos frè nin payî po li p’tit frére. C’ èst come à l’ matèrnité, lès bébés, on lès done po rin !

 

Li moman : Comint ça, po rin ?

Laurine : Bin oyi, don ? Ane-Élise, mi camarâde di scole mè l’ a dit. Quand s’ moman î a stî qwê si p’tit frére, èlle a rèchu sins payî !

Li moman : (À coût d’paroles) : À… Patrick, au s’coûrs !

Li papa (Mèt l’ gazète qu’ i lîjeûve su l’ tauve èt i l’s-invite totes lès trwès su l’ divan à costé d’ li) : Vinoz d’lé mi, mès-èfants ! Èt vos ossi, Fabiène ! Vinoz d’lé mi èt choûtez bin ç’ qui dji m’ vos va dîre ! Po comincî, quand on d’mande one saqwè à sint Nicolès, i faut todi aurder l’ èspwêr qu il apwaterè ç’ qu’ on lî a d’mandé ! (I r’waîte si feume en soriyant). Çoci dit, si vos v’loz vraîmint on p’tit frére, i vos l’ faut sowaîtî d’ totes vos fwaces, tot d’ chute èt avou bran.mint, bran.mint d’ l’ amoûr. I gn-a mauy pèrson.ne qu’ a èspêtchî on p’tit bébé d’ ariver dins one famile come li nosse èwoù qu’ tot l’ monde si vêt fwârt voltî ! (I r’waîte Maëva)… èndon, Maëva ? (I carèsse li vinte dè l’ moman). Nos-alans èvoyî vosse lète, Laurine, èt nos-alans tortos, à paurti d’ asteûre min.me, sowaîtî qu’ èlle arive dilé vosse Grand Sint èt qui, à s’ toû, i l’ riwaîte avou bran.mint do bouneûr por nos ! Èt quand l’ grand djoû sèrè arivé, vos, come vosse moman èt mi, nos-alans transi come nos n’ l’ avans jamaîs faît, djusqu’à tant qu vosse sowaît fuche rèyalisé !

Maëva :  Dji m’ va fé on-èfôrt, papa, èt min.me s’ i faut, dji vos dôrè bin cink eûros di d’ssus mès dringuèles !

(Li papa done on bètch à sès bauchèles èt tote li famile si sère autoû d’ li).

 

Li papa : Adon, quand nos-aurans ieû nosse bébé, qui ç’ fuche on p’tit frére ou one pitite soû, nos l’ alans vôy voltî ostant qu’ nos saurans èt min.me co d’ pus. Èt vos-ôtes, sès grandès soûs, i vos faurè à vosse toû lî r’diner l’ amoûr qui nos vos d’nans, èt insi, tos lès quate, nos sèrans todi ritches. Crwèyoz-me bin, mès chèrîyes, nos sèrans bran.mint pus ritches qui l’ pus ritche dès richârds ! Mia, au contraire di zèls, nosse ritchèsse, da nos-ôtes, ça sèrè todi l’ AMOÛR qui nos-avans po n-on l’ôte.

Laurine : Èt nosse crwèyance à sint Nicolès, papa !

 

Li ridau tchaît.

 

Marcelle Fochon-Uyttebrouck (Lautû / Lathuy) , in : Lë Sauvèrdia, 260, 2008

 

Mèrcë, sint Nëcolès !

 

À quatre ans, djë n’ avo d’djà pës m’ parén. Mins, maugré qu’ èlle èstot vève, matante Alice m’ a todë doné m’ sint-Nëcolès. Quand dj’ a sti pës grande, lès-abîyemints ont pris 1′ place dès djouwèts.

Cëte anéye-là, dj’ avo à pau près chij, sèt’-ans èt dj’ avo r’çu dëlé matante Rin.ne, dès bèlès p’tëtès casseroles que r’lujine come on mërwè. Dëlé matante Alice, à costé d’ one assiète bén rimplîye, on bia bracelèt d’ ardjint ratindeûve dë p’li garnë më p’tët pougnèt. En l’ atètchant, matante m’ a d’mandé : « Alors, qu’aimes-tu mieux, ton bracelet ou tes casseroles ? » Sins taurdji, dj’ a rèspondë t’ ossë rade : « Mès casseroles ! »

Adon, matante m’ a dët : « L’ anéye quë vent, n-arè dès casse­roles dëspôn.y l’ ëch dë d’vant jësqu’aus montéyes dë 1′ sère ! » Ë faut dire qu’ à ç’ timps-là, matante dëmèreûve dins one maujone avou dès places quë s’ suvine sër one bèle longueû.

L’ anéye d’ après, dj’ a ië tote one kërièle dë casseroles, dë pêles, on passwè, one chëmerèce, on cokemwâr, one cafetiére…. rén n’ mankeûve. Dj’ a p’lë fé 1′ dinète à totes mès poupes.

Mèrcë, sint Nëcolès !

 

Marie-Paule Colaux

 

Sint-Nicolès

 

Vo-me-là co tot-en-afère   !

Vos savoz bin sûr lès causes   :

Nos-alans r’vôy Sint-Nicolès   !

 

Oyi,  c’ è-st-one  misére   :

Dji n’ so nin fwârt à mi-auje;

I parèt qu’ i vèt tot, ç’-t-ome-là !

 

Dji n’ so portant nin mèchant,

Mins dj ‘ freûve quand min me bin bran.mint mia

Djè 1′ riconè, Sint-Nicolès !

Passez quand min.me è m’ reuwe !

Vos nè 1′ rigrèteroz nin :

Dj’ sèrè pus sâdje l’ anéye qui vint.

 

Maurice Neuville

 

Sint Nicolès

 

Bin dès-èfants sont dins lès transes

Li djoû di d’vant l’ Sint-Nicolès.

Il ont bin peu d’ awè l’ malchance

Qui l’ grand patron vègne sins s’ baudèt.

 

C’ èst qui l’ brâve bièsse pwate lès deûs banses

Oupéyes di tot ç’ qui faît plaîji.

Ossi faut-i divant l’sèyance

Qu’ on mète di l’ amougni por li.

 

Djintis come  dès bèlès-imaudjes,

Tos vos-èfants qui transichenut,

N’ sont nin tchin po v’ diner dès baujes

En v’ promètant d’ ièsse dès Jésus.

 

Mins lès pus grands faîyenut parèy,

Is  djouwenut l’ role dès-inocints.

Ça lès tracasse dins leû somèy,

Is s’ rafiyenut d’ ièsse au matin.

 

I faut lès-ètinde criyî d’ djôye.

Quand is veûyenut tos lès djouwèts.

Is s’ foutenut bin qu’ nosse pôr-manôye

A rastrindu di mwints biyèts.

 

A costé d’ ça, lès pôves mwin.nadjes

Qui n’ ont à pwin.ne qui po mougni,

Poqwè-ce qui l’ Sint faît laîd visadje

Èt passe sovint sins rin lèyi !

 

Père Pirot (Djêve / Gesves) (1877 – 1955 missionnaire au Canada), in: Contes dau lon èt di-d-près

 

Sint-Nicolès

 

   Vos l’ avoz d’djà vèyu, don, l’ imaudje da sint Nicolès ?… On-èvèke, avou, divant li, trwès p’tits-èfants dins on tonia. I l’s-aveut faît ravikè… Come is d’vint ièsse contints tortos !… Dès ptits-èfants, ça èst si bia !…                                     

On djoû, lès djins m’ avint scrît d’ one novèle colonîye bin lon di-d-ci :
150 kilomètes, su one novèle ligne di tch’min d’ fiêr. Is m’ dimandint qui djè l’s-aliche veûye èt l’zî dîre mèsse. Dji n’ aveu qu’ à z-alè addé on tél,  èsconte di l’ èstâcion, èt on côp là, on s’ arindjereut.                                                              

C’ ènn’ a sti onk di voyadje ! Gn-aveut qu’ on trin micse : on vagon po lès djins, pwîs vint’, trinte vagons d’ martchandîyes. I djaleut    

à tot spiyi. Tot l’ long dè l’ ligne, on s’ arèteut po distchèrdji dès balots, dès caîsses, dès plantches… dîj, vint minutes vêci, vêla one dimèye eûre, ou co d’pus.

Il èsteut quatre eûres au matin quand nn-avans arivè. Gn-aveut qui  

l’ facteûr à l’èstâtion avou s’ satch po prinde les lètes… Djè l’ atauche rademint : – W’ èst-ce qu’ i d’meûre, on tél ?

—    Là  tot  drwèt, wê   !   Li p’tite basse maujon dins l’ bute, c’ èst l’ sène.

Li bute, c’ èsteut one gripelote. L’ ome aveut côpè on trau d’dins èt tapé on twèt pa-d’zeû.

Dji toketéye à l’ finièsse.

—    C’ èst mi, li Pére Pirot, li curé d’ Esterhazy.

Tot d’ swite, l’ ome acoûrt èt m’ doûve l’ uch.

—                                                                                                                      C’ èst l’ bon Diè qui v’s-amine ! dis-t-i, come lès Hongrwès d’djèt todi.
Vinoz vite ! I faît si frèd, don ?

Dji mousse… I fieut tchôd là-ddins à paume. Rin qu’ one tchambe : one sitûve, on lèt, one tauve., èt là èsconte dè mur, cink ou chîs satchs di canadas… Li comére ès­teut coûtchîye ; èle si v’leut lèvè po fè do feu.

— Non, non ! lî di-dje. Dimoroz bin là : il èst co trop timpe po v’ lèvè.

Ayi, mins, èt vos ? di-st-èlle. Vinu di-d-si lon, par on frèd come i
faît !

— Ô, mi, c’ èst bon !… Vos-aloz veûy : dj’ a m’ foûrûre, èt vêci, i faît
bon come è paradis.

Ni one ni deûs, dji tape mi fourûre à l’ têre èsconte dès canadas, èt dj’ èsteu télemint nauji qui sur one minute dji dwârmeu d’djà come on sokia.

I fieut fin clér quand dj’ m’ a dispiertè ; èt dj’ èsteu bin r’pwèsé. Nos-avans copinè one miyète : mins ça m’ choneut drole di n’ pont veûy d’ èfants, pace qui les Hongrwès ènn’ ont todi one ribambèle. Wè sont-i, vos-èfants ?, qui dj’ dimande à l’ comére.

— Ô, c’ èst ça qui v’ tracasse… I m’ choneut bin qui v’ waîtîz après one
saqwè… Vos l’s-aloz veûy, Pére.

Èle s’ abache, sètche one longue caîsse di d’zos l’ lét èt m’ riwête en riyant.

—   Vo-lès-là, wê, di-st-èle.

Â, qu’ il èstint bias, cès ptits-èfants-là… On gros p’tit valèt, èt deûs bauchèles… Is m’ riwêtint sins bambî, come dès-andjes.

—   C’ èst l’ prête dau bon Diè, lèzî dit leû pére. Mètoz-ve à gngnos
èt baujoz-lî s’ mwin.

Mi, dj’ èlzî a d’mandè leûs noms, èt s’ is savint leûs pâtêrs, èt is m’ rèspondint come s’ is m’ avint todi conu. Dj’ èsteu assîs su lès satchs di

canadas : lès trwès ptits-èfants èstint à gngnos pa-d’vant mi dins leû

longue caîsse di bwès ; li pére èt l’ mére si t’nint drèssis padrî zèls.

Au nom do Pére… faît-i l’ pére, èt totes lès mwins montèt èchone po

fè l’ sine dè l’ crwès. Pwîs ç’ a stî Notre Pére… Je vous salue, Marie…,

Je crois en Dieu… èt tote one lîtanîye di pâtêrs en hongrwès… Dji

choûteu ça tot contint, èt dji sondjeu au grand sint Nicolès avou sès trwès gamins dins l’ tonia : dji m’ dimandeu, en riyant dins mi-min.me si vêlà o paradis, asteûre, i n’ èsteut nin quékefîye one miyète djalous d’ mi.

 

Roger Viroux (Li Banbwès / Bambois)

 

À sint Nicolès

 

Sint-Nicolès avou s’ baudèt,

Ni passez nin iute dè l’ maujo !

Dji choûterè mia, dji vos l’ promèt,

Vos vièroz bin quand vos vêroz.

 

Dji n’ vos d’mande nin trinte-chîs-afêres,

Rin qu’ on botike, saquants-ènas,

On p’tit fisik por mi fé l’ guêre,

Deûs lacètes èt pwîs on batia.

 

Gn-a dès cârotes po vosse baudèt.

On grand mêrci, Sint-Nicolès !

 

 

on-èna : one saqwè po bwâre avou (one jate, on vêre, on catî,…)

one lacète : on nwâr ruban à l’ anis’, qui l’s-èfants sucenut.

 

Roger Viroux (Li Banbwès / Bambois)

 

Priyére à sint Nicolès

 

Sint Nicolès, dji vos promèt

Di todi choûter come on dwèt

Çu qu’ popa èt moman dîront

D’ à l’ Novèl An djusqu’au coron;

Dji m têrè todi bin à tauve

Et dji sèrè todi sêrviauve,

– on preume avou lès vîyès djins –

Dji n’ frè pus arèdjî nosse tchin,

Nu mi p’tite soû, nosse tchèt, nosse gade,

Ou nos cokias qui dj’ fieûve si bate !

Mins dj ‘ vôreûve bin, sint Nicolès,

Qui vos m’ apwaterîz dès saqwès,

Boubounes èt djûdjûwes plin one banse !

Dji vos-è di :  » Mèrci  » d’ avance.

 

au coron = au d’bout

dji m’ têrè ( si t’nu )= dj’ aurè one tinûwe

dji m’ taîrè ( si taîre ) = dji n’ dîrè rin

sêrviauve = à rinde service

one preume = co d’pus

one djûdjûwe = one cacaye po djouwer

 

Sint Nëcolès, in: Lë Sauvèrdia, 350, 2017

 

Où èstoz don, sint Nëcolès,

Vos qu’a gâté mès djon.nès-ans,

Quand dj’aprèsteûve, po vosse baudèt,

Dë l’amougnî à l’advënant ?

Dëspeûy, vos-avoz fait dè l’vôye,

Vos d’voz ièsse drâné èt moûdrë

D’oyë insë, fait tant d’côvôyes,

Po mète dè 1’ djôye dëlé lès p’tëts !

Vos-avoz marqué noste èfance

Èt d’mèrez nosse pës bêle sov’nance.

Dëskindoz co dins lès tch’mënéyes.

– Në më d’joz nén qu’ vos n’ sarîz pës

Lèyîz l’majîye dins leûs pinséyes,

Ë1 aront co l’timps dè crèchë.

 

Andrée FLESCH

 

Sint-Nicolès, in : E. Gillain, Sovenances d’on vî gamin, éd. Duculot, s.d.

 

« C’est   demain   la   fête

De Saint Nicolas ;

Vite  qu’on  apprête

Paniers et cabas.

Prenons une  manne

Mettons-y du foin

Le  Saint  sans  son   âne

Ne   va  jamais   loin. »

C’ èst 1′ rèfrin qu’ nos tchantins là quarante ans èt co d’ pus. Dispu quinze djoûs, ça èst dins l’ aîr. Ci n’ èst nin on chè-d’ eûve, mais ça vaut todi bin « Elle a perdu son pantalon »

Vinrdi dè 1′ samwin.ne passéye, dj’ a rescontré on p’tit gamin èt one pitite bauchèle, 8 èt 7 ans, frére èt soû, minâbes maîs deurs come deûs p’tits claus, qui tchantint ossi, (…) :

O  grand  Saint  Nicolas,  patron  des écoliers,

Apportez-moi  des  noix  dans  mon  petit  soulier.

Je serai toujours sage, comme un petit mouton ;

Je dirai mes prières pour avoir des bonbons.

Venez,   venez,   Saint  Nicolas…

À les vôy si minâbes — dès gros sabots sins bride, on casake qui n’ avèt pus qu’ on boton — li p’tite chalbotant dès solés d’ comére tot chalés, pont d’ èchêrpe maugré qu’ i fièt cor assez frèd, dji m’ dijès :

« Pôves pitits-èfants, vos tchantez plins d’ confyince èt portant, li grand Sint ni v’s-apwaterè nin grand tchôse. Èst-ce qui vos n’ alez nin ièsse djalous en vèyant ç’ qui vos vwèsins vont awè ? »

Djè 1’s-a sû. Avou zèls, dj’ a taurdjî divant one bèle grande vitrine. « Jouets scientifiques, système entièrement nouveau ». Jouets scientifiques ! dji vos d’mande on pau, po dès-èfants d’ 8 ans !

— Mi, dijèt li p’tite bauchèle, dj’ aurè li bèle grande poupène avou on rodje foûrau. Dj’ a stî bin sâje èt dj’ a dit m’ priyére tos lès djoûs.

Èle dijèt « dj’ aurè » èt nin « dji vôréve bin ». Èle èstèt sûre di ièsse ègzaucéye,  li pôve pitite.

Dj’ a waîti l’ pris : 150 francs ! Vos l’ auroz, mi p’tite, comp­tez là-d’ssus. Vos l’ auroz, vos di-dje ! pace qui l’i poupène di cink francs qui vos trouveroz è l’ tchiminéye, vos 1′ waîteroz avou vos-ouys di 7 ans.

Li gamin si contintèt d’ on tambour èt d’ on djè d’ guîyes.

On n’ si sbare pus po dès gros pris asteûre ; pusqu’ on-z-auyenéye (F. exposer) totes cès bèlès tchêrès afaîres-là, c’ èst qu’ i gn-a dès djins po 1′ s-acheter èt i gn-a dès-èfants qu’ auront dès poupènes di 200 francs èt dès-autos di 1.000 francs…

Li vî filosophe, qui dj’ so-st-en trin di divenu, sond-èt : T’ as v’nu au monde quarante ans trop rade, mi fis. Come lès-èfants d’ odjoûrdu sont pus eûreûs qu’ nos !

Pus eûreûs ! (…) Èstans-ne pus eûreûs qu’ nos péres, grands-èfants qu’ nos-astans, pace qui nos-avans l’ T. S. F., li cinéma èt lès-autos ?

« Le bonheur n’est pas dans ceci ni dans cela, il est en nous-mêmes ». Li Bon Diè faît bin tot ç’ qu’ i faît. Tot compté èt tot rabatu, i gn-a nin tant d’ inègalité su l’ têre qui ça n’ parèit.

Non, is n’ sont nin pus eûreûs qu’ nos-astins quand nos d’chindins à pîds d’ tchau avou one tchandèle aluméye èt qui nos trouvins nosse sint-Nicolès.

— Mèrci, saint Nicolès ! Mèrci, sint Nicolas !

Nosse sint-Nicolès ! On-z-avèt mètu 1′ djoû di d’vant dizos 1′ tchiminéye dès pèlakes di canadas totes novèles, on p’tit satchot d’ laton èt one grosse carote sicrèpéye. À costé d’ chake assiète, noste ârdwèse avou nos d’vwêrs bin faîts. Pwîs, on-z-avèt co dit one priyére — qué con­fyince, mon Dieû ! — èt sins brût (pace qui sint Nicolès vint choûter à l’ uch), on montèt coûtchî, sûrs di trouver au matin tot ç’ qui nos avins d’mandé au grand Sint.

Èt tot î èstèt ! Èt l’ baudet n’ avèt rin lèyi ! Tot î èstèt. Nos-assiètes plin.nes di neûjes, gayes, niknaks èt pa-‘zeûs, on bokèt d’ pwin d’ tchin èt one oranje.

Après quarante ans, dji vè co lès bèlès grossès djanès boles à 1′ copète dès boubounes. Èt co qwè ? Mon Dieû, nin grand tchôse, maîs por nos, c’ èstèt tot l’ Paradis dischindu pa 1′ tchi­minéye !

Po lès pus p’tits, one bèdéye frîséye, on diâle-lotin, on tch’vfau d’ cârton, one ârche di Noé èt po lès pus grands, dès « cadeaux utiles » : one èchêrpe à câraus, on canif, on compas, dès crèyons d’ coleûr, one noûve ârdwèse. Èt po tortos, on grand tchèna d’ galètes… qui 1′ moman avèt faît après chîje. »;:Qu’ aurîz v’lu awè d’ pus, vos ?

Li fis do mârtchand d’ vatches a ieû one anéye on grand tch’vau à bascule ; on ‘nn’ a causé jusqu’à Pauke.

*      *

Èt on djouwèt tote li d joûrnéye è fiant bran.mint do brût. Papa n’ savèt sûre à racoler lès bièsses di l’ ârche di Noé.

 

On-z-alèt r’qwer lès bokèts dès Sint-Nicolès dès-anéyes passéyes èt c’ èst seûlemint adon qu’ on s’ amûsèt come i faut. Tot toûrnèt à bokèts. Qué plaîji !

À1′ chîje, dêrènemint, on causèt co do vî timps èt, come di jusse, li tchapite Sint-Nicolès a v’nu su l’ tapis.

— « Li Sint-Nicolès qui dji m’ sovin 1′ mia… » Èt chakin î alèt di s’ parâde.

— Vos savoz bin qu’ nos n’ èstins nin ritches. Mi pôve pa a ieû fwaite à fé po nos-alèver avou s’ mèstî d’ blankicheû.  Dj’ avès noûf  ans ;  dji n’ crwèyès pus à sint Nicolès, maîs dj’ î crwèyèis co po ça, vos savoz bin, in, come on-z-èst à ç’t-âdje-là. I gn-avèit quate dizos mi, ça fièt cink Sint-Nicolès à d’ner. Èt nos pârins èt marines èstint co pus pôves qui m’ papa. Portant, Marîye avèt po pârin on vî djon.ne ome qu’ èstèt emplwèyé à Brussèle èt què 1′ vèyèt voltî. Èlle èstèt todi mia abiyîye qui nos èt èlle avèt todi dès bias Sint-Nicolès.  Cite  anéye-là, dj’ avès d’mandé on p’tit tchaur èt dji n’ l’ avès nin ieû. Èt à costé, Marîye avèt trouvé one poupène come on n’ avèt jamaîs pont vèyu d’ si bèll, didins one vraîye vwèture. On-z-eûche sitî djalous à mwins’.

— Â! dji n’ a pont ieû d’ tchaur, è bin, dj’ aurè one vwèture ! Dji lôye li bèle poupène su l’ vwèture, pwîs dji va qwer nosse tchèt — on gros rossia marou, djè 1′ vè co — èt djè lî faî dès-atèléyes avou dès grossès cwades. Pwîs, dji douve l’ uch èt èvôye nosse tchèt dins 1′ djârdin pa-t’t-avau lès hayes di grusalîs. Èlle a stî rade prôpe, li bèle pou­pène !

Marîye ni m’ l’ a nin co pârdoné èt èlle mi traîte co di man.nèt gamin quand on-z-è r’cause.

Inutile di vos dîre qui ç’ qui dji m’ sovin 1′ mia di ç’ djou-là, c’ èst 1′ dispoûsseléye qui m’ pa m’ a foutu quand il a rintré !

 

-— È bin ! mi, li Sint-Nicolès qui dji n’ rovîyerè jamaîs, c’ è-st-on Sint-Nicolès d’ papa. C’ èstéve en 1916 ; l’ a­vèt passé deûs-ans qui l’ guêre durèt èt on cominçèt à ièsse vraîmint sèré. L’ iviêr èstèt deur èt on vikèt come on plèt. Portant, lès botikes di sint-Nicolès èstint ossi plins qu’ asteûre. Por nos, i n’ falèt nin-z-î sondjî èt portant, nos cink pitits ratindint l’ 6 di décimbe come lès-ôtes. On l’ a dit : « Nécessité est mère de l’indus­trie ». Nos n’ avans pont d’ caurs po-z-acheter 1′ sint-Ni­colès ! Nos 1′ frans nos min.me. One noûve rôbe à one vîye pou­pène, one bêrce èt on p’tit lét avou dès caîsses à suke, lès plantches rabotéyes èt mèteuwes è coleûr, on lès p’lèt mète dins on magasin. Nos-avins trwès pias di spirous ; rimplîes di foûr èt keûdewes, lès pates clawéyes su one plantche rascouviète avou do drap d’ on vî biliârd èt 1′ queuwe bin r’trossîye, ça avèt vraîmint bèl aîr. Li moman fréve dès pwins d’ amande avou dè l’ laume artificiéle (…).

Tot èstèt prèt’. Maîs on n’ a nin sondjî biacôp au Sint-Nicolès ç’ t-anéye-là. 1916, l’ anéye dè 1′ dèpôrtâcion ! Ja­maîs one parèye tristèsse n’ avèt passé su nosse payis. Â ! lès brigands ! Èt comint dès-omes poulenut-is fé dès parèyès-invencions! À Djèdène, èwou-ce qui dj’ èstè adon, c’ èst 1′ 5 di décimbe qu’ on-z-a pris lès-omes. Dins leûs priyéres, bran.mint d’s-èfants ont d’mandé à sint Nicolès dè leû consêrver leû papa, qui n’ dimandint rin d’ ôte. Élâs’ ! is n’ ont nin stî ègzaucés tortos èt gn-a pus d’ onk qu’ a rabrèessî s’ papa po 1′ dêrin côp li 5 di décimbe 1916 do matin.

 

* * *

Lès papas èt lès momans duvaint d’mèrer djon.nes èt lès-èfants todis p’tits ! Jusqu’ asteûre, nos-avans co dès p’tits qui ratindenut après sint Nicolès, maîs dins trwès, quatre ans, ci sèrè tot.

 

Sint Nicolès èst 1′ patron dès p’tits-èfants, maîs one miète ossi 1′ patron dès papas èt dès momans qu’ ont co dès p’tits-èfants. Tant qu’ on done li sint-Nicolès, on pout co s’ crwêre one miète djon.ne. Maîs come lès-ans passenut rade ! On-z-èlève one famile, pwîs sins qu’on-z-eûche li timps di si r’toûrner, on s’ ritrouve deûs vîyès djins tot seûs avou leûs souvenîrs èt qui n’ ont pus di leûs-èfants qui, tènawète, one lète au facteûr !

Quand nos sèrans arivés là, nos waîterans co d’ fé dès-eûreûs; i n’ manke nin dès-èfants qu’ ont dès parints sins alûre èt qui n’ è poulenut rin. Nos sondjerans à zèls.

Lès-èfants vikenut dins l’ illusion, maîs po fé d’ l’ illu­sion, i faut tot 1′ min.me one miète di rèalité. I gn-a rin d’ si trisse au monde qu’ on-èfant maleûreûs. Ni fuchans nin dès ègoyisses ; fians d’s-eûreûs autoû d’ nos ! C’ èst co l’ pus sûr moyin dè l’ ièsse nos-min.me.

 

1er décembre 1929

 

(i) Exemple : Le « chèt Dèwez » avait été chargé par sa mère de rapporter du sel de Namur (vers 1860 1). Il revint au Sart sans sel et dit à sa mère : «  Dj’ ènn’ a pon vêyu d’ auyené, mi, man ! ».

auyener: étaler, exposer

 

Gillain Eugène, in: Sovenances d’ on vî gamin, éd. Duculot, 1932, p.109-110

 

Non, is n’ sont nin pus eûreûs qu’ nos-astins quand nos d’chindins à pîds d’ tchau avou one tchandèle aluméye èt qui nos trouvins nosse sint-Nicolès.

– Mèrci sint Nicolès ! Mèrci Sint Nicolès !

Nosse sint-Nicolès! On-z-avèt mètu, l’ djoû di d’vant, dizos l’ tchiminéye, dès pèlakes di canadas totes novèles, on p’tit satchot d’ laton èt one grosse carote sicrèpéye.

À costé d’ chake assiète, noste ârdwèse avou nos d’vwêrs bin faîts. Pwîs, on-z-avèt co dit one priyére – qué confyince, mon Dieû ! – èt sins brût (pace qui sint Nicolès vint choûter à l’ uch), on montèt coutchî, sûrs di trouver au matin tot ç’ qui nos-avins d’mandé au grand Sint.

Èt tot î èstèt ! Èt l’ baudèt n’ avèt rin lèyiî ! Tot î èstèt. Nos-assiètes plin.nes di neûjes, gayes, niknaks èt pa-d’zeû, on bokèt d’ pwin d’ tchin èt one oranje. Après quarante ans, dji vè co lès belès grossès djanès boles à l’ copète

dès boubounes. Èt co qwè ? Mon Dieû, nin grand tchôse, mins por nos, c’ èstèt tot l’ Paradis dischindu pa l’ tchiminéye !

Po lès pus p’tits, one bèdéye frîséye, on diâle-lotin, on tch’vau d’ cârton, one ârche di Nowé èt po lès pus grands, dès cadaus po sièrvu : one èchêrpe à câraus, on canif, on compas, dès crèyons d’ coleûr, one noûve ârdwèse. Èt

po tortos, on grand tchèna d’ galètes… qui l’ moman avèt faît après chîje. Qu’ aurîz v’lu awè d’ pus, vos ?

Li fis do mârtchand d’ vatches a ieû one anéye on grand tch’vau à bascule ; on ‘nn’ a causé jusqu’à Pauke.

 

* * *

Èt on djouwèt tote li djoûrnéye è fiant bran.mint do brût.

Papa n’ savèt sûre à racoler lès …bièsses di l’ ârche di Nowé.

On-z-alèt r’qwer lès bokèts dès sint-Nicolès dès-anéyes passéyes èt c’ èst seûlemint adon qu’ on s’ amâsèt come i faut. Tot toûrnèt à bokèts.

Qué plaîji !

(…)

 

J. Gilson - Sint Nicolès

(in: CW, 1, 1966)

Sint Nicolès d’viyadje, in: CW, 6, 2017

(Awenne / Nauwin.ne)

 

I nîve, i djale ! Lès p’tits-èfants è vont à scole, one grosse èchêrpe autoû do cô, lès mwins catchéyes dins dès mofes di lin.ne, èt dès tchaussons d’coleûr dins leûs sabots.

I courèt su l’vôye po s’rachandi, mais tôt d’on côp i s’arètèt tôt reûd : c’èst qu’ai finièsse dol botique, i v’nèt d’véy lès Sints Nicolès ! Faut-i sûre li vôye ? Faut-i ‘nn’alè véy tôt près ?… Si on-z- arive trop taurd à scole, sint Nicolès n’ s’rè nin contint ! Nèni, i vaut mis n’ nin s’ataurdjè asteûre !

Èt lès p’tits courèt pus vite, mais ni d’jèt rin, i s’ ratraperont à non.ne. Gn-a qu’ fè d’vos dire qui d’tote li matinéye, gn-a brâmint qu’ont l’tièsse ôte paut ! Corne on-z-èst binauje do vorè vôye à onze eûres. On dâre tortos do costè dol botique : lès gamines corne lès gamins vont s’acrotchè al pire dol finièsse ; i drovèt tortos dès-oûy corne lès poupes qui sont coûtchéyes dins lès noûvès bwèsses padrî 1′ cârau. Lès gamins s’tchôkèt po mis véy : Waîte on pô, valet, lès bês sôdârds IWaîte on pô que bê tamboûr ! Dji vôro bin ç’ bê toûmikèt-là, waîte, mi !… Èt d’vant 1‘ vitrine c’è-st-one arèdje di tos lès diales ! Lès gamines ni criyèt nin si reûd, mais èle waîtèt sins s’ rapaupiè lès bèlès poupes qu’ont dès tch’vês corne dol sôye èt dès cotes bin ristindoûyes, lès p’titès vwètures po lès miné, lès mènadjîs rimplis d’tèchons !

I n’ sondjèt wêre à alè marèdè, alez ! I n’meûrerint là 1‘ djoûméye au long, sins s’ doté qu’ leûs massâles duv’nèt bleuwes di freûd, sins minme sondjè à r’mète leûs mofes ou à choflè dins leûs mwins po s’ rachandi.

Tos lès djoûs à non.ne èt à quatre eûres, ç’ sèrè 1′ minme vîye ! Vos lès vèrez avorè dol sicole po v’nu s’aclapè al finièsse dol botique. A rintrant al maujon, on s’ dispêtche do bwâre li café, èt corne on sét bin qu’i n’ faut pont miné d’brût, on stind lès lîves èt lès-ârdwases dissu l’tauve, pus, sins mouftè, on fait sès d’vwârs do mis qu’on pout.

A sopant, lès-èfants s’èspliquèt : Sint Nicolès m’apwaterè on bê tch’vau, n’no man ! Et mi, one machine à vapeûr ? Djsèrans todi bin djinti. Et mi, dj’ vôro bin one poupe avou one rodje cote… Dji no V sipîyerè pus ! L’ moman choûte bin tôt ç’ qui sès-èfants d’jèt po fére leû comission à sint Nicolès.

Gn-a d’djà pus qu’on djoû èt qu’one nêt ! D’vant qu’i n’ fèye nwâr, lès-èfants è vont mon lès grands-méres, mon lès pârins, mon lès mon.nonkes. I pwartèt one assiète ou one pêlète qu’il ont rimpli d’avône ou d’laton : c’èst qu’i faut qui 1‘ borique mougne si p’tit picotin, tôt 1′ timps qu’ sint Nicolès distchèdjerè sès coûques, sès sukes èt tos sès bês cayèts ! Pus, on-z-è r’va bin vite, peû d’rascontrè sint Nicolès su s’ vôye.

Lès p’tits sont prêt’ à-z-alè coûtchè, quand, tôt d’on côp, l’uch si droûve : one trope di sints Nicolès inture, minant on brût à v’ fére piède li tièsse.

C’èst lès grands gamins qui fièt leû toûrnéye li djoû di d’vant 1′ Sint Nicolès : i sont moussès tortos au pus drôle avou dès cotes, dès cazavèk, dès bayolèts èt leû visadje èst tôt machurè. I djouwèt d’l’ârmonica, i batèt l’tamboûr, i criyèt, i tchantèt… Lès-èfants sont télemint sbarès qu’i s’ sèrèt d’peû conte leû moman… Quand tote li binde a yu dès pomes ou dès djayes, èle si sauve po-z-alè rac’mincè 1′ min.me paskèye dins one ôte maujon. Bintôt, lès-èfants cloyèt lès- oûy èt i s’adwârmèt è s’ dimandant : Sabaye çu qu’ sint Nicolès va nos-apwartè ?

I fait co nwâr quand i s’ rawayèt èt sins èsse moussès, vo- lès-là al valéye dès montéyes : li tchambe sint bon corne on forni quand on vint d’ tiré lès doréyes. Di leûs p’tits-oûy abaublis pa 1′ lumière, i waitèt d’abôrd sins wasu rin dire… Pus, on carèsse lès poupes, on mine lès tch’vaus, on saye lès musiques, on gostéye lès coûques èt lès sukes. Aus-èzeûs do djoû, on s’ mousse au pus abîye èt pa t’t-avau lès vôyes, c’è-st-one coûr’rîye d’èfants, dès brûts d’tamboûrs, di musiques èt d’chiyètes, corne al dicauce : lès p’tits ont stî r’quêre mon lès grands-méres, mon lès pârins, mon lès mon.nonkes, leûs pêlètes ou leûs assiètes rimplîyes di Sints Nicolès…

 

Joseph Calozet

in Le Guetteur wallon, 1925 /11, n° 10, pp. 228-229.

 

Le mot saint Nicolas désigne ici, les jouets à la vitrine, de grands enfants venant quêter la veille de la fête, et ce qui est dans l’assiette. Nous omettons le trait d’union et employons la minuscule lorsque le mot désigne une ou des personnes.

Gn-a qu’ fè d’vos dire : inutile de vous dire / mènadjî : buffet ? (liégeois, mènajer) / tèchon : ustensile / marèdè : dîner / n’meûrerint = d’meûrerint / (è)n’no : n’est-ce pas / cazavèk : blouse / bayolèt : bavolet, « coiffe de paysanne froncée derrière et couvrant la nuque » (Larousse) / djaye : noix / sabaye : je me demande / èzeûs : premières lueurs ; mais ne faut-il pas lire êreûs ? / chiyète : sonnette.

l’ ès’-walon / l’est-wallon:

Albèrt Djåminèt, in: Vîsé, Royène dè l’ Basse Moûse, Lès cayès visétwès, 1, s.d.

 

À l’ Sint-Nicolèy

 

Å k’mincemint di ç’ siéke chal, li grand Sint Nicolèy

apwèrtéve on tabeur à chake djon.ne Visétwès

po qu’ is fèsse come leûs pères, bate carasse avâ 1′ vèye

tot fant soufri 1′ pê d’ agne, po houkî leûs plankèts.

 

Rassonlés so 1′ pavèye èt fîrs di nosse djon.nèsse

po sûre li tradicion, po nos mète è valeûr

nos rotîs come lès-omes, loukant nos mames âs f’gnèsses,

fis d’ Francs, di Rodjes ou d’ Bleûs, nos mahîs nos coleûrs.

 

Di nos vèy amuser, tot 1′ monde èsteût-st-à 1′ djôye,

nos-èstîs maîsse dè 1′ rowe come futurs taburîs.

Disqu’à 1′ fî sèrêye nut’ èstant so tchamps so vôyes

li tchanson d’ nos tabeûrs, aviséve s’ ènèrî.

 

Mi coûr bouh’ à gros côps qwand dj’ veû nos p’tits bons-omes

s’ amûser d’ mécanike ou d’ afaîres po touwer.

Rindez 1’zî dès tabeûrs, po qu’ is fèsse rom’-do dom’,

vos rindrez grand chèrvice à tote l’ umânité.

 

André Sanglier (Mièrdo /Mierdorp) (Haneut / Hannut)

 

Lète à sint Nicolès

 

Ô grand sint Nicolès, mâgré totes mès-an.nèyes

Dji v’ sicrî eune bèle grande lète où-ce qui dj’ vos suplèye

Di m’ hoûter : por mi, fez eune ècsèpcion.

Dji sé bin qui vos n’ hoûtez qu’ lès tot p’tits-èfants

Mins, vèyant d’ nosse payis nosse trisse situwâcion,

Dji m’ pèrmèt’ di fé eune suplicâcion.

 

« Fez comprinde à turtos qui ç’ n’ èst nin po do mau

Qu’ on nos prêtche di nos r’ssètchi on pau

Dè l’ cinture; ni vât-i nin mî r’ssèrer on crin

Tant qui nos l’ rimplihans co sins mau ?

Ou bin on pôreût bin ‘nnè rèssèrer deûs po d’ bon.

Ni sèreût-ce nin bin pîre, ô grand sint?

 

Ni pôrîz-ve nin ossi vèyi dè monde lès dirijants

Èt d’ssus leûs buraus l’zî mète on tot p’tit colis

Qu’ is disbalerît fîvreûsemint, tot s’ dihant:

« Qui va-dje trover là, ô grand sint d’ tant dès lârdjèsses !

I sèreut plin, tot plin d’ sajèsse

Qui, là-d’ssus, is s’ mètrèt à rèflèchi.

 

À rèflèchi, à distince di nosse tère,

Ça n’ va nin bècôp mî qui d’vant li dièrène guère

Dji sé, v’s-avez à fé tant, tant, tant

Dji v’s è suplèye, fez çoula po nos p’tits-èfants

Di tos lès cadaus, ç’ sèreût ciète li pus bê

Qu’ arît r’çû nos bâcèles, nos valèts.

 

Emile Wiket

 

Li Sint-Nicolèy

 

Dji m’ rapinse, n-a saqwantès an.nêyes, là qu’ sint Nicolèy aveût co ‘ne  pratike. Adon qui m’ vèye grand-mére vikéve co,  » li bon Diu âye si-âme ! », mi cusène dimanéve avou nos-ôtes. Aveût-èle li toûr don, m pôve grand-mére di nos fé pawou, tot nos djâsant d’ Hanscroufe èt « d’ la p’tite béguine « ! Si bin qu’ nos ‘nn’ avîs-st-ine si-fête sogne qui nos n’ ârîs nin po gros fêt ‘ne ascohêye foû dè l’ tchambe qwand 1′ nut’ èsteût toumêye !

Li sîse di d’vant l’ grand djoû, grand-mére nos d’néve ine bèle grande foye di papî avou ‘ne fleûr so l’ costé, di 1′ intche èt ‘ne noûve pène èt, di nosse pus bèle min, nos scriyîs ‘ne lète à sint Nico­lèy. Nos lî d’mandîs co cint fèyes pardon di totes lès cålinerèyes qui n’s-avîs fêt; nos fîs l’ promèsse d’ èsse on n’ sâreût pus binamés èt nos tchoûkîs 1′ èwalpeûre sèrêye po 1′ crèveûre inte li djîvâ èt l’ platène di li stoûve. Adon-pwis, divins ‘ne cwène, nos mètîs nosse solé èt d’vins ‘ne ôte cwène, ine assiète avou d 1′ avône èt dè strin po 1′ âgne.

Tot d on côp, nos-ètindîs ‘ne grosse vwès qui d’mandéve so 1’ pas d gré: « Sont-ils bien sages, lès petits enfants ? « .

Tot tronlant, nos nos rètraukelîs drî 1′ fauteûy da m’ grand-mére qui riyéve dizos sès lunètes. Nos vèyîs come on blanc spér adlé 1′ ouh èt dès pougnêyes di neûh, di marons, di djèyes èt d’ pomes atoumît è l’ tchambe.

Quékès munutes après, nos nos riskîs à ramasser çou qu èsteût l’pus près d’ nos- ôtes; pidjote a midjote, nos nos-èhardihîs èt so rin dè monde di timps, nos-avîs   ra­massé tot.

Èt dîre qui nos n avans mây trové drole qui m mame sôrtéve todi , chake an.nêye, divant qu’ sint Nicolèy ni v’nasse hiner sès djèyes ! ! !

 

Georges Simonis

 

Sint Nicolèy a v’nou

 

Qu’ i buvéve nosse grand sint,

Mi, dji nè l’ cwèyéve nin…

Bin asteûre, djè l’ sé bin,

Dispôy oûy å matin.

 

Fî sûr d’ èsse acompté,

Bon qu’ dj’ aveu stu bin bråve,

Dj’ aveû mètou m’ solé

Å bê mitan dè l’ tåve.

 

On rodje pitit pèhon,

M’ a-t-i v’nou mète dè l’ nut’,

Mins çou qu’ èst drole, èdon,

C’ èst qu’ ‘l a-st-on parachute !

 

Èt po m’ soûr, on huflèt

Qu’ i n’a nou måye divins !

Fåt-st-avu dè toupèt :

I n’ chève qu’ a fé dè vint !

 

Mi mame, pouce à l’ orèye,

A stu veûy è l’ årmå

Wice qu’ on mèt’ lès botèyes

Qui fèt tchanter l’ palås !

 

« Foû d’ on lite di pèkèt,

I n-a pus qu’ treûs goûrdjons !

On pô tchîrs, vosse huflèt

Èt vosse fayé pèhon !»

 

– « Qu’ avez-ve ? », di-st-i m’ papa

Qu’ arivéve à pîds d’hås…,

 » ‘N-a rin dit d’ ôte qui ça…,

Mins ‘l è-st-à l’ ospitå ! ! !

 

J. Keyerts (Moha / Mouhå)

 

Sint Nicolèy à Tihandje

 

Dédié ås ma-seûrs di de N.-D. di Lourdes (Asîle di Tihandje (Hu))

 

Merci, merci Sint Nicolèy

On n’ vis-aveût portant nin scrît

Èt v’s-èstez v’nou tchèrdjî d’ soukerèyes

Èt min.me dès hârds po nos r’moussî

 

Kibin d’ sètchês rimplis d’ doûceûrs ?

Nos vîlès-âmes polèt groumeter

Qwand âs vis strouks, quéle bone aweûr,

Èt quéle rawète! Di qwè pupeter.

 

Binamé Sint, Grand Binfêteûr,

Vinou calmer quékès sofrances

Nos fer r’goster on pô d’ boneûr,

Po v’ témwègni nosse rik’nohance,

 

Avou lès Seûrs qui nos sognèt,

Nos v’s-èvoyans totes nos priyîres

Qui n’ fans tot hôt so nosse tchapelèt

Po v’ lès fé ôre là disqu’â cîr.

 

Volà 1′ cadau dès vis d’ Tihandje

N’ èst-ce nin 1′ pus bê po v’ rimèrci ?

Nos v’ l’ adrèssans… V’là lès-Andjes

Dèstinâcion… Li Paradis.

 

Joseph Lahaye (Trau / Trooz)

 

Sint Nicolès

 

Il a d ‘ l’ovrèdje disqu’à d’zeû s’ tièsse, savez, mès djins, sint Nicolès, di cès djoûs chal. Vos pinsez bin èdon, cûre ses mitchots dè l’ djoûrnêye , apontî lès k’mandes po sès pratikes.

Pwis, fé s’ toûrnêye. Il a bin Hanscroufe , si vårlèt, po l’ êdî. Adon, 1′ Pére Noyé qui lî done on côp d’ min. Çoula, c’ è-st-on prusté po on rindou.

– Is s’ ètindèt come dès côpeûs d boûsse, hê, valèt. Noyé èt sint Nicolès .

– Bé, c’ èst dès dreûts cusins, èdon, vos.

– Oho. Mèrvèye nin d’ abôrd qu’ is s’ ravisèt come deûs gotes d’ êwe .

À 1′ nut’, qu’ i ploûye, qu’ i nîve, qu’ i djale, ovråves djoûs ou dîmègnes , sint Nicolès tchåsse si bot d’ boterèsse, hopelé à gueûye. Hanscroufe adjèrcêye lès banses so li scrène di l’ ågne. Il apice li horkê èt sès tchènas èt l’ atèlêye si mèt ‘ èn-alèdje.

Quéne binamêye bièsse, li bådèt da sint Nicolès . Ç’ n’ èst nin lu qu’ pôye må dè r’crèmi so 1 ‘ ovrèdje . Portant. qwand i l’ a-st-atcheté, sès wèzins riyît d’ lu.

– Il a ramassé ‘ne bwète come di-d-chal a Måstrék, sint Nicolès .

– Dji t’ dimande on pô. Aler atcheter eune ågne so 1′ bate. Djo!

– À-n-on martchand d’ rikètes, èco bin. Po ‘ne saquî d’ sûti !

– I n’ årè qu’ dès histous avou ç’ bisteû là, sint Nicolès, dihez qu’ c’ è-st-on sot qui v’s-èl dit.

Awè m’ coy, i n’ fåt nin brêre divant d ‘ avu 1′ côp. C’ èst tot 1′ contråve. Li bådèt oûveure timpèsse, sins måy djèmi ni s’ plinde. I fåt dîre qui sint Nicolès nè l’ margougneye nin. Èt sè l’ sogne-t-i ås p’tits-ognons . Dè l’ neûre avon.ne di poûsselêye , come po lès dj’vås  d’ coûsse. Dè laton, dè l’ haksèle,eune brèssêye di foûr di trimbleune, qu’ a stu fèné sins plêve, èt ‘ne sipèsse payasse di strin d’ wassin po s’ coûkî.

 

C è-st-avou s’ vålet qu’ sint Nicolès a l’ pus d’ rûses. Ô, c’ èst fleûr di bråve  ome, savez, vos, Hanscroufe. Mins qui vous-se, i n’ a nole misse. Adon,  i s’ marih co sovint. Nin pus twèt qui sèmedi passé, n’ a-t-i nin bin mètou ‘ne pupe   d’ ècume èt eune cahote di toûbak è solé da ‘ne pitite båcèle qui n’ a qudîh ans. Va co bin qu’  sint Nicolès s’ ènn-a-st-aporçu. Li mêsse a todi l’ oûy so tot, èdon.

Portant, i n ditélereût nin co po ‘ne bleûve vatche, mågré si-adje. Qwand lès-èfants lî scriyèt on rîmê ou qu’ i veût r’glati l’ djôye so leû visèdje pace qu’ il ont trové ‘ne glotinerêye, eune djodjowe  è leû solé, lès låmes lî montèt d’vins sès-oûys.

 

Léon Dighaye, in : La Wallonne, 4, 2009

 

Po l’ Sint-Nicolèy

 

Li mêsse a dit : « Vos scrîrez ‘ne lète

å pus grand sint dè Paradis

èt vos lî d’manderez qu’ i v’s-apwète

çou qui v’ freût l’ pus d’ plêsîr, mårdi.

Dj’ a chal divant mi tote ine lisse

di saqwès po magnî, di djeûs…

Seûlemint, dj’ èdeûre on vrêy suplice :

fé dès frâses, jamåy dji n’ såreû.

 ! mins, dj’ î so. Volà l’ piceûre :

« Po v’ poleûr sicrîre d’ à façon, grand sint,

avoyîz-me tot-asteûre in-avion… à rédacsions »..

 

Martin Santkin (Mâmedi / Mamedy), in: BSLW, t. IV, 1862

 

Lu Sint-Nicolès do l’ ôrfulin

 

 

Qwand m’ pôve mére vikéve co, â ! dj’ m’ è sovin todi,

Lu bon sint Nicolès vunéve ossu por mi ;

On tchèna rimpli d’ mitches du coûkes, du pomes èt d’ djèyes,

Dès trompètes èt dès flûtes, dès tabours èt dès bèyes,

Tot çoula su rtrovéve â matin tot m’ lèvant

O l’ câve ou so l’ gurnî, o l’ armâre ou d’zos l’banc ;

Èt tot m’ vèyant qwèri mu mére ploréve du djôye

Èt m’ duhéve qu’ i broûléve qwand dj’ èsteû so l’ bone vôye.

Dju sin quu l’ coûur mu sére qwandd ju m’ rapèle télefî

L’ dièrin côp quu l’ grand Sint n’ m’ avéve nin co rouvî.

Dju trova â matin lu tchèna plin  so l’ tâve,

Mi qui m’ atindéve bin à l’ qwèri jusqu’o l’ câve;

Mu pôve mére èsteût là, assîs d’vins on fauteû,

Qui m’ loukéve tot plorant, mi qu’ èsteût si djoyeûs !

« Chér èfant, » mu d’ha-t-èle, tot m’ prèssant d’vins sès brès’,

Èt dj’ sinta quékes lâmes totes tchôdes toumer so m’ tièsse, »

Chér èfant, n’ roûvèye nin d’ priyî todi l’ bon Diu » 

Po qu’ il in.me’ todi bin qwand quu dju n’vikerè pus ! »

Lès p’tits djintis èfants sont lès andjes du so l ‘tère ! » 

Lès mèchants, qwand morèt, vont tot dreût o l’ infèr. »

 

On djoûr après l’ dîner quu dj’ djowéve so l’ martchî,

Nosse vwèsène mu vint dîre quu m’ mére mu f’séve houkî;

Dju n’ savéve nin poquwè, portant l’ coûr mu bouhéve,

Lu vwèsène mu d’na l’ min, dju sinta qu’ èle tronléve !

Mu bone mére n’ out quu l’ timps du m’ sègnî tot morant,

Si min dèdjà r’freûdi bènihéve co si-èfant.

On cloya nos volèts, on m’ èmina èvôye ;

Lu grand sint Nicolès n’ vinve pus por mi duspôy ;

Èt bin longtimps après, qwand on djoûr, dju sava

Quu c’ èsteut pére èt mére qu’ arindjît lès tchènas,

Dju compris qu’ l’ ôrfulin, tot seû avâ lès vôyes

N’ a pus ni pére ni mére po pinser à sès djôyes.

 

Valère Mahy - Priyîre à sint Nicolèy (Prière à saint Nicolas)

(in: La Wallonne, 4, 2017)

Jules Hoen (Dîson / Dison) - Sint-Nicolès

(in: J. Feller, J. Wisimus, Anthologie des poètes wallons verviétois, 1928)

Marcel David (Hâre / Harre) - Lète da Lucèye à sint Nicolèy (Lettre de Lucie à saint Nicolas)

(in: Powèsèye bin tûséye, s.d.)

Jean Warnotte (Vèrvî / Verviers) - Sint-Nicolès

(in: Ârmanak dè vî tchêne di Vèrvî, 1952)

 

Lu Sint-Nicolês (La Saint-Nicolas)

(in: Lu Vî Sprâwe, déc. 1986)