Noyé en Bèljike walone, picarde, gaumèse (Noël en Belgique wallonne, picarde, gaumaise)

PLAN

 

0 Présintâcion / Présentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picardîye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

1.6 Li Gaume / La Gaume

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

5 Scrîjadjes / Littérature

6 Ôte paut en Bèljike, … / Ailleurs en Belgique, …

7 Ôtès-afaîres / Divers

Li Noyé (Noël)

Louis Dufour, L’allongement des jours

 

Le solstice d’hiver était, pour nos ancêtres, une fête importante. C’est à cette époque qu’avait lieu l’antique fête de Joui que la fête de Noël ne détrôna définitivement qu’au Xème siècle. On retrouve encore, dans le folklore, de nombreux souvenirs, en grande partie christianisés, de cette fête païenne. D’autre part, l’année ayant com­mencé à Noël depuis Charlemagne jus­qu’aux approches du Xème siècle, il est naturel que l’allongement des jours, après le solstice d’hiver, ait attiré particulière­ment l’attention du peuple comme en font foi les dictons suivants recueillis en Wal­lonie : Au Noyé, l’ pas d’ in tchin, au Nou­vèl-An, l’ pas d’ èn-èfant, aus Rwès, l’ saut d’ in poulèt.

 

L’Avent / lès-Avints (ouest-wallon)

 

in: Cretin Nadine & Thibault Dominique, Le livre des fêtes, éd. Gallimard, 1991  

Normalement, le début de l’Avent était le 14/11: 40 jours avant Noël, date de la fin des semailles.

 

L’Avent

(p.60) Les quatre semaines avant Noël

Le mot Avent vient du latin adventus : arrivée et. depuis le xe siècle. il désigne le début de l’ année liturgique pour les chrétiens qui attendent la naissance du Christ. En Allemagne. la période de l’Avent commence dès la Saint-Martin (11 novembre).

 

La couronne horizontale, scandinave ou germanique, porte quatre bougies. Chaque dimanche, on allume une nouvelle bougie signifiant la renaissance de la lumière. Rouge le plus souvent, leur couleur varie cependant selon les régions : en Autriche, de quatre couleurs (violet signe de pénitence – – rouge, rose, blanc).

Venue des pays anglo-saxons, la couronne de Noël est suspendue aux portes. Faite de feuillages, le plus souvent de sapin et de houx, sa forme symbolise le soleil et le cycle d’une année.

 

Les 4 bougies de l’Avent symbolisent les 4 étapes du salut:

1) le pardon à Adam et Eve; 2) la foire des Patriarches; 3 la joie de David; 4 l’enseignement des Prophètes

 

Avent vient du mot ‘avènement’.

Pendant l’ Avent, le mois qui précède Noël, il ne convient pas de se marier,  pas plus que de faire la lessive, ni d’ aller aux veillées amicales.

 

in: Nadine Cretin & Dominique Thibault, Le livre des fêtes, éd. Gallimard, 1991

 

L’origine du mot Noël

Le mot Noël vientdu latin natalis dies (jour de la naissance) ou de novella (quelle nouvelle!).

 

Le 25 décembre

Les chrétiens célèbrent ce jour-là la naissance dans une simple mangeoire de l’Enfant Jésus à Bethléem, en Judée.

Aux 3e et 4e siècles, l’Orient chrétien fête Noël le 6 janvier, date d’antiques célébrations égyptiennes et grecques ; Nativité et Epiphanie étaient alors confondues. Puis, l’Eglise d’Occident distinguera les deux fêtes et placera la naissance du Christ le 25 décembre pour couvrir des traditions romaines antérieures liées au solstice d’hiver : les saturnales, fête du dieu agraire Saturne au cours de laquelle tous étaient égaux, et les fêtes du « soleil invaincu” d’origine perse.

 

La vraie date de Noël

L’ évangéliste saint Luc évoque, dans son récit de la naissance du Christ, des bergers qui dorment près de leurs troupeaux, ce qui laisse penser que Noël s’est déroulé à l’époque de l’ agnelage, au début du printemps.

 

La crèche de Noël

Origine : allemand Krippe, mangeoire.

On vénérait à Bethléem une grotte qui aurait été celle de la Nativité, et une copie en bois fut faite pour l’église Sainte-marie-Majeure, à Rome, au 5e sicèle. Au Moyen Age, des jeux vivants de la Nativité se sont multipliés dans les églises d’Italie. Dès 1223, François d’Assise avait utilisé une grotte des Abruzzes pour y donner des représentions animées.

Au 16e siècle, les églises évoquaient la nativité par des représentations moins bruyantes : des statues de bois grandeur nature. Peu à peu, ces figurines ont rapetissé et gagné les demeures aristocratiques italiennes au XVIIe siècle, puis la coutume a pénétré dans toutes les familles.

 

L’arbre de Noël

Déjà. pendant les saturnales, les Romains décoraient les maisons de feuillages, et, lors des fêtes de Jul, les Scandinaves plantaient un sapin devant leurs maisons, pour indiquer la fin des tâches agricoles.

Dès le xve siècle en Alsace, les mystères, pièces de théâtre religieuses, aimaient représenter  l’Eden avec ses fruits bien rouges. Puis l’ Allemagne, l’Europe centrale et nordique en décorèrent villes et maisons.

 

Les origines de la bûche de Noël

Cette coutume ancienne remonte peut-être aux feux de joie allumés par les Celtes et les Nordiques pour fêter le solstice d’hiver.

On en trouve une trace certaine chez les Germains dès le XIe siècle.

 

La bûche de Noël 

La coutume de la bûche de Noël est commune à beaucoup de pays européens. Morceau d’arbre fruitier, (présage d’ abondance) ou de chêne (gage de robustesse), la bûche est mise à brûler avec cérémonie, comme en Provence où elle est disposée dans le foyer par le plus âgé et le plus jeune de la maison. Elle doit se consumer toute la nuit de Noël, parfois

même pendant les douze jours qui  séparent Noël de l’Epiphanie. On l’arrose de vin ou d’huile pour avoir de bonnes récoltes et on y jette du sel pour éloigner les sorciers.

 

Les tisons protecteurs

La partie non consumée de la bûche posséderait des vertus magiques : protection contre l’incendie, la foudre, les maladies du bétail et les mauvais sorts.

 

Le gâteau en forme de bûche 

Dessert du réveillon en France, la bûche remplace la vraie, celle des cheminées.

 

Les réveillons à travers le monde

Les menus varient selon les pays : huîtres, foie gras, dinde farcie aux marrons. Cochon de lait, soupes (à la bière en Allemagne, à la carpe en Tchécoslovaquie), canard fourré aux pommes et aux pruneaux au Danemark,. Morue séchée en Suède.

 

Le réveillon de Noël

Certains font dériver le mot réveillon de veille, et d’autres du verbe latin rebellare : se livrer à une joie bruyante.

Le réveillon prend place avant ou après la messe de minuit et, quelquefois, on l’interrompt pour aller à l’église. Souvent on garde une place vide à table pour les âmes des défunts de la famille.

La table peut être recouverte de trois nappes blanches (pour rappeler la Trinité), sous lesquelles on dispose de la paille et du foin. Dans les pays d’Europe centrale, chacun tire son brin de paille et l’interprète : tout ira bien dans l’année qui vient si la paille est droite. Attention si elle est tordue : l’année s’annonce mouvementée .

 

in: Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

NOËL. 25 décembre

 

C’est la grande fête de la naissance du Christ, du petit Jésus. Il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant des siècles, la Noël fut la fête du feu, la fête de la renaissance du feu nouveau. C’est à partir de Noël qu’on aperçoit que les jours croissent :

 

Au Nowé

L’ adjamblée d’ in tchén !

 

C’est le pape Jules Ier qui choisit la date du 25 décembre pour la célébration de la nativité.

(p.176) D’après l’étude de R. de Warsage, « L’assimilation entre le Dieu nouveau et le feu nouveau est évidente : l’enfant divin est représenté comme le soleil nouveau dans la littérature populaire ».

De son côté, le savant folkloriste Van Gennep parlant du cycle des douze jours écrit : « II y a eu nécessairement christianisation, soit du cycle entier, concentré autour du solstice d’hiver (1) et de la Nativité, soit de ses divers éléments en partant du cérémonial préhistorique et proprement païen, pour passer par le culte de Mithra et du Sol Invictus. Le fait est si bien reconnu de nos jours, grâce à de nombreuses publica­tions, que je crois inutile d’insister. »

Les anciens croyaient que les douze jours ou les douze nuits, sui­vant l’endroit, qui sont compris dans le cycle magique devaient annon­cer le temps qu’il ferait au cours des douze mois de l’année. Suivant la coutume, le 26 décembre faisait le temps de janvier, le 27 décembre fai­sait celui de février et ainsi de suite. A moins que ne commençant le 1er janvier, ce mois devait indiquer le temps de décembre, le 2 janvier celui du mois de novembre, et ainsi de suite. La croyance en ce cycle des douze jours magiques a été générale. On en a trouvé des traces partout en Belgique et en France, on l’a connue en Lithuanie, en Ukraine, en Roumanie, en Grèce, au Portugal, au Maroc, dans le Proche-Orient, etc.

Dans chaque église, il y avait une crèche et dans pas mal de foyers. Chaque enfant recevait son cougnou.

C’est le jour où l’on fait honneur au boudin, que l’on fabrique spé­cialement à cette occasion. Ainsi que nous le disons plus haut, sous l’an­cien régime on tuait le cochon et l’on faisait du boudin extra, dont on se régalait de nombreux jours.

La veille de Noël, on met dans une bouteille d’eau une petite bran­che d’un arbuste à fleurs. Elle portera des fleurs blanches à la Chande­leur si le vœu qu’on a fait doit se réaliser. Il est encore des endroits à Montignies où cette coutume est observée.

 

in: V.D., Mais que cachent les rites ?, LB 22/12/1993  

Crèches permanentes dans les églises en Italie au 15e siècle ; puis les temporaires se répandent ; l’arbre de Noël : origine alsacienne (15e) : = 2 symboles religieux : lumière / vie.   NOËL / EPIPHANIE   1)    Avant, dans l’ Empire romain, le 25 décembre était voué au culte du soleil.  On l’ a christianisé.  Le soleil représnte alors le Christ, vainqueur des ténèbres. 2)    L’ Orient puis l’ Occident commémorent jusqu’ au début du 4e siècle, la naissance du Christ la nuit du 5 au 6 janvier et le baptême le 6 janvier, our proprement dit de l’ Epiphanie. « Manifestation » se dit en grec « Epiphaneia ». « Le sens profond    de l’ Epiphanie est la manifestation de Dieu aux hommes, et en particulier son iruption dans le monde, …, en la personne de Jésus-Christ. »  A Rome, cependant, on atteste dès l’ an 336 que la naissance charnelle de Jésus a eu lieu le 25 décembre. La Nativité et le baptême se scindent alors. 3)    La tradition de Noël remonte au IVe siècle A.C. ; avant, la naissance de Jésus était déjà fêtée. 4)    Noël : le 25/12 : dans l’ Eglise catholique romaine / Eglise protestante / certaines Eglises orthodoxes le 6/1 : d’ autres Eglises orthodoxes / Eglise copte, éthiopienne, syro-jacobienne le 18-19/1 : Eglise arménienne.  

in: Léo Moulin, Le Noël de l’agnostique, LB 31/12/1993  

Le cougnou est un gâteau sec, en forme (très approximative) de nouveau-né étroitement emmailloté, orné d’un petit Jésus. Un sapin,vieux rite païen germanique, fut, pendant longtemps typiquement protestant.

La crèche est une invention franciscaine. Le gui : un vieux rite païen est de s’ embrasser sous le gui Le houx : rappel nordique de la Couronne d’ Epines; les fruits rouges sont sensés rappeler le sang du Christ sur la croix.   NB crèche : le renouveau ; guirlande, bougies : joie extérieure.

 

La crèche   Depuis l’ an 248, des reproductions de la grotte de bethléem se sont multipliées dans la chrétienté grâce aux pélerins. En 1223, à Greccio, en italie, Saint-François d’ Assise installe la première crèche pour célébrer la messe de Noël.  Elle représente un âne, un boeuf et une auge de paille, vide, où sera célébrée l’ Eucharistie; Au 15e siècle des crèches permanentes apparaissent dans les églises; Puis dans des crèches temporaires en bois, en argile, en mie de pain … Les santons de Provence sont les héritiers de la crèche de Greccio.   Le sapin: sont la verdure ornait déjà les temples romains. 1521: Alsace, première mention d’ un sapin de Noël. 19e siècle: la mode  s’ en répand en Allemagne et en Scandinavie., puis en France, en Angleterre .

1918: après la Grande Guerre, la mode se répand dans tout l’ Occident.  

N.B. Le gui des druides gaulois imposait une trêve aux ennemis qui se rencontraient sous lui.                                                      

Il devait guérir des maladies et devenait une promesse demariage à ceux qui s’ embrassaient  dessous.                                          

Le houx des Germains protégeait de la foudre.  Il rappelle aussi le buisson ardent de Moïse et la couronne d’épines du Christ.   La bûche:  provient d’ un arbre fruitier., d’ un chêne ou d’ un hêtre: elle est allumée avant la messe de minuit devant toute la  maisonnée  et doit brûler toute la nuit;; Toutes les torches étaient éteintes et on allumait le feu nouveau en allant le chercher à l’ église. La bûche est arrosée d’ eau bénite, de vin, d’ huile, de lait ou de miel. Entourée de rituels et d’ incantations magiques, elle doit conjurer la mort durant l’ année qui vient et apporter l’ accroissement de la famille et du troupeau.

Il ne fallait jamais s’ asseoir dessus, sous peine d’ attraper ‘le feu au cul’, furoncles ou galle. Elle est devenue un gâteau.   Ailleurs: La paille et le blé sont souvent associés à Noël pour leur symbolisme de germination; La Provence nous a donné ses Santons (peitits saints), ses pastorales de Noël, et ‘Il est né le divin  Enfant’ (18e). Aux USA, Santa Claus se déplace dans un traîneau tiré par 8 rennes aux sabots d’ or et décorés de mille clochettes et il apporte des cadeaux dans les bottes déposées au pied du sapin. Les Anglais et leur Christmas pudding. En Suède, Jultomte, petit nain maigre et grimaçant, apporte les cadeaux. En Allemagne, Frau Holle  apporte les cadeaux. En Bourgogne et en Catalogne, les cadeaux proviennent de la bûche de Noël. En Espagne, ce sont les Rois  mages qui les apportent. Les Polonais font des crèches à 2 étaes, les szopkas: on y voit au-dessus, la nativité; en-dessous, les héros nationaux.   En Autriche a été composé en 1818 ‘Stille Nacht’, universellement chanté le 24 décembre.

 

in: BARON DE REINSBERG-DÜRINGSFELD, Traditions et légendes de Belgique,TII, 1870, 25/12

 

Noël: continuation de la fête du ‘Joul’ célébrée vers l’époque où le soleil remonte sur l’horizon.

Anciennement: = au solstice d’hiver, fête de la naissance du soleil.

(Le solstice d’été, c’était le 24 juin.)

Puis 13 jours de ‘Julfred’ (paix de Jul) (pas de travaux lourds).

 

NB Yul = le dieu solaire du grand Nord: fêté au solstice d’ hiver: = Noël là-bas.

 

Les 12 jours qui suivent annonçaient les 12 mois de l’année (déjà à Sumer en Mésopotamie).

 

Kerst ontmaskerd, in: Quest 12/2007, p.10-14  

Kerstfeest: brengt godsdienst aan de man In de eerste eeuwen van het christendom vierde niemand kerst. Met kerst vieren wij de geboorte van Christus. Maar aan het begin van de jaartelling waren de christenen weinig geïnteresseerd in zijn geboorte. ‘De precieze geboortedag van Jezus Christus is helemaal niet bekend’, vertelt Jan Wagenaar, docent en onderzoeker Oude Testament en Bijbels Hebreeuws aan de Universiteit Utrecht. ‘Maarwe kunnen er gerust van uitgaan dat het niet rond 25 decetnber was. Er werden toen sowieso geen verjaardagen gevierd, laat staan die van een timmermanszoon.’ in de 2de en 3de eeuw verzamelde het christelijke geloof in het Romeinse Rijk steeds meer volge-lingen. Onderde eerste christelijke Romeinse keizer Constantijn de Grote (keizer van 306 tôt 337) leefde een grote groep christenen. Maar er waren ook nog steeds mensen die de oude Romeinse goden aanbaden. Om deze 2 groepen bij elkaar te brengen, bedacht de keizer een list. Hij wilde de geboorte van Christus gedenken met een feest. Maar wanneer moest dat dan plaats-vinden? 25 december, de huidige Eerste Kerstdag, was voor de Romeinen al langer een feestdag omdat die destijds de kortste dagvan hetjaarwas. Volgens hen was op die dag de zonnegod Mithras uit een steen geboren. De Romeinen vierden dat de dagen weer langer werden, en datdezon elkjaar terugkwam. De keizer bracht de geboortedag van de zon en die van Jezus, de ‘christelijke brenger van het licht’, samen. Zo probeerde hij de staatsgods-dienst te ‘verkopen’ aan de zonnegodaan-bidders. Hetzonne-feest werd omgetoverd tôt het christelijke geboortefeest.

 

Kerstman: Sint-Nicolaas in vermomming Onze huidige kerstman is piepjong. De vriendelijke grijsaard is een van de nieuwste aanwinsten van net kerstfeest. We kennen hem pas sinds net begin van de 20ste eeuw in zijn huidige volumineuze gedaante en met zijn rode pak. Dat uiter-lijk kreeg hij toen aangemeten in de Verenigde Staten. Met idée dat de Kerstman cadeaus rondbrengt, komt voort uit 3 voorlopers uit andere streken. Een van hen is zijn huidige concurrent Sinterklaas. In de 17de eeuw was Sinterklaas een Europees feest. Maar vooral in Nederland werd veel aandacht aan hem besteed. Toen Neder-landers hun geluk in Amerika gingen beproeven, namen zij het Sinterklaasfeest mee. Maar de Hollanders waren niet de enige die hun goedheiligman meenamen. Want de Engelsen hadden Vadertje Kerst, een brommerig mannetje dat langs de deuren ging om om eten te bedelen. En uit Scandinavie kwam Vadertje Winter. Hij verplaatste zich met een door rendieren getrokken arrenslee en deelde pakjes uit. Deze 3 mannen smolten in het 19de-eeuws Amerika samen tôt de man die nu bij kerst hoort. In eerste instantie was de Kerstman niet zo dik en rookte hij nog pijp. Hij droeg een mijter en had een hèle kast vol outfits.

Aan wie de Kerstman zijn huidige look te danken heeft? Daarover bestaat nog steeds onenigheid. Het bekendste verhaal wijst frisdrankgigant Coca-Cola als schepper in 1931 aan. In die tijd was cola een echt zomerdrankje. De fabrikant vroeg een ontwerper een advertentie te maken om de cola ook in de winterte kunnen slijten. Daarop ontwierp de Zweedse Amerikaan Haddon Sundblom een rood-witte kerstman, in de kleuren van het colamerk. De lijvige buurman van de ontwerper stond model voor de tekening en bepaalde zo het postuur. White Rock, een concurrent van de colagigant, zegt dat de Kerstman al eerder in een rood tenue met witte boorden, een baard en een muts in een van hun advertenties was verschenen. In 1923 al had hun Kerstman in een kleuren-advertentie aan hun ginger-ale gelurkt. En in 1915 had hij zich in zwart-wit al tegoed gedaan aan hun mineraalwater.   elly.posthumus@questmag.nl www.gezelligekerst.nl: alles rondom kerst. Van feest naar feest, Marius van Leeuwen, Uitgeverij Balans (2004): over de oorsprong van christelijke feestdagen.

 

Li Noyé : jènèrâlités / Noël: généralités

in : La Vie Wallonne, t.1, 1920-1921, p.152-165

 

LE FOLKLORE DE NOËL

 

Est-il une fête religieuse plus sympathique au peuple et plus cordialement célébrée   que Noël?   Les autres grands djamas, comme Pâques, la Pentecôte, ont   quelque   chose de solennel, de distant et comme d’abstrait qui les rend moins accessibles à la  masse des fidèles. Mais Noël parle en même temps aux yeux du populaire et à son cœur, à son imagination, à sa foi: il voit l’Enfant-Dieu, si beau et si pauvre, transi de froid et de faim, couché sur la paille, entre le bœuf et (p.153) l’âne, et Marie, sa divine mère, si touchante et si belle aussi, et le vénérable saint Joseph, embarrassé et maladroit comme tous les hommes en pareille occurrence, et les pauvres bergers avec leurs moutons, et les opulents rois mages avec leurs dromadaires ! Et tout cela l’intéresse, l’amuse et l’émeut à la fois!

Et puis Noël ramène au peuple la douce tradition du réveil­lon, dont sa piété naïve place l’origine au soir même de la nais­sance de Jésus; il lui rappelle ces vieux usages, ces antiques croyances nées au cours des siècles de sa foi d’enfant, de sa ten­dance au merveilleux, de son goût pour la gaie chanson, les larges rasades et les mets plantureux.

Notre Wallonie a naturellement ses richesses en ce domaine et la Vie wallonne saisit une occasion propice d’en exposer quel­ques-unes à ses déjà nombreux lecteurs.

 

chansons. — Qui ne connaît encore quelque strophe, quel­que alerte refrain de nos vieux Noëls ? Ils se chantent le 24 dé­cembre pendant la veillée, dès que le soleil est couché. Jadis on les entonnait dans les rues et même à l’église. On peut d’ailleurs les chanter depuis l’attente de la Nativité jusqu’à l’octave des Rois, c’est-à-dire du 18 décembre au 13 janvier. C’est là le temps de Noël, en dehors duquel i! était même dangereux de les exé­cuter, car Noël hors de saison, dispute à la maison!

Au pays wallon, les Noëls sont en français ou en patois, cer­tains en strophes françaises et wallonnes alternées (les anges ne savent, bien entendu, que le français, et souvent la Vierge aussi !) ; il y en eut même en latin, quand ils n’étaient pas macaroniques, c’est-à-dire en français et latin.

L’ensemble des Noëls forme un cycle qui va depuis l’attente de la Nativité jusqu’à la fuite en Egypte, chantant surtout la visite des bergers et l’adoration des mages (1).

 

(1) Les Noëls wallons de la région de Liège et Verviers, recueillis par Al Aug. Doutrepont, ont été publiés par la Société de Littérature wallonne. Liège, Vaîllant-Carmanne, 1909.

 

hélièdje (quête traditionnelle).— Le hélièdje de Noël a dis­paru presque partout en Wallonie; mais de vieux Liégeois (p.154) racontent que, pendant la veillée de Noël, des femmes en général parcouraient en bandes les rues, le jupon retroussé sur la tête pour dissimuler leurs traits, chantant des Noëls de porte en porte. On leur donnait d’ordinaire des crêpes ou quelque autre aliment.

En Ardenne, la veille de Noël, on va fé V vèheû, c’est-à-dire recueillir des œufs, du lard, de la saucisse fumée ou des cou-gnous, dont les quêteurs se régalent ensuite.

 

feux et lumière. — Noël est une fête solaire, la fête du solstice d’hiver : on y célèbre la résurrection du soleil, son retour à la vie; la lumière est donc, avec la chaleur, de mise en cette occasion.

 

La Bûche. — En Ardenne, où l’on se chauffait au bois, on réservait, pour la veillée, po passer matènes, une forte bûche de chêne ou de hêtre, on trèfau; elle devait durer trois fois autant qu’une autre. Mais ce n’était pas seulement pour se chauffer qu’on la mettait dans l’âtre: c’était en vertu d’une tradition d’ap­parence religieuse, car, avant de la faire flamber, on l’arrosait solennellement avec du vin chaud, et les cendres qui en restaient le matin, étaient jetées au vent sur les champs. S’il en demeurait des tisons non consumés ou du charbon, on les conservait, comme ceux du feu de la S. Jean, pour préserver la maison de l’incendie cendie.

 

La Chandelle. — La bûche, dans les villes surtout, était rem­placée par une chandelle ou un cierge..On employait de longues et grosses chandelles de suif, qu’on ne pouvait, à cette époque, se procurer que chez les chandelons. Les gens riches faisaient achat d’un cierge en cire jaune. Depuis plusieurs années, aux cierges et aux chandelles, on a substitué des bougies; mais ce n’est pas rituel. En effet, la chandelle de suif et le cierge sont faits de graisses animales, qui seules peuvent être brûlées dans un sacri­fice; or la consomption du cierge ou de la chandelle est un sacri­fice à Noël.

A Liège, on allumait la chandelle (ou le cierge) à minuit sonnant; elle devait brûler jusqu’à l’aurore. A ce moment, on l’éteignait; le peu qui en restait était conservé avec soin pour servir en certaines circonstances, notamment en cas de maladie grave d’une personne de la maison, danger de mort, agonie ou accouchement.

 

(p.155) Dans quelques villages, on plaçait à minuit plusieurs chan­delles allumées sur l’appui extérieur d’une fenêtre de l’habitation. On les éteignait peu après ; comme tout ce qui demeure au dehors pendant la nuit de Noël, elles étaient bénies et on les conservait pour les mêmes usages qu’à la ville.

Jadis, à l’occasion des grandes fêtes, et notamment à la Noël, on avait coutume de tirer des coups de feu. A Liège, au XVIII’ siècle, le coup de minuit, renouvellement de l’année qui était fixé au 25 décembre, était annoncé par le canon des remparts et de la citadelle. Cet usage disparut avec le régime princier, mais il per­sista dans le peuple: avant 1880, le premier coup de minuit fai­sait encore éclater, dans le quartier d’Outre-Meuse, un carillon de boîtes ou bombardes. De nos jours encore, les habitants des quartiers populaires, où l’on compte de nombreux armuriers, saluent l’heure de minuit par des détonations d’armes à feu.

 

coutumes. — Autrefois, le nom de Noël et ses dérivés: Noellet, Nollet, Noële, Noélie, Noéline, Noémie, en wallon Noyé, Noyète, était souvent adopté comme prénom. Même il devait figurer parmi ceux d’un enfant né ce jour-là. S’il naît après le décès de son père et qu’on ait soin de le nommer Louis, il peut jeter la baguette et découvrir les trésors cachés. Jeter la baguette consistait à se promener lenteqien’t, une baguette de coudrier légè­rement tenue dans la main, aur-endrotts” où l’on soupçonnait des sources ou des trésors. Lorsque celui qui tenait la baguette arri­vait à l’un de ces endroits, la baguette, d’elle-même, s’inclinait vers le sol.

 

amour et mariage. — Le jour de Noël, une jeune fille qui veut connaître son futur, jette dans de l’eau une petite quantité de plomb fondu dans une cuillère en fer : le métal, en s’étalant sur le liquide, forme les initiales du fiancé à venir.

En allant à minuit, avec une chandelle allumée, regarder dans le puits, elle verra l’image de son futur amoureux. Celle qui, la veille de Noël, a reçu des noix de son fiancé, en jette deux dans le feu : brûlent-elles lentement, mariage heureux ; au contraire, si elles éclatent avec bruit, signe de querelle dans le ménage.

 

mort. — La personne, dit-on à Spa, qui veut savoir si elle mourra dans l’année, jette une poignée de sel sur la table: le sel fond-il, présage de mort!

 

(p.156) Dans la nuit de Noël, pendant le chant des matines, les ha­bitants de Bra-Iez-Stavelot, vont déposer sur les tombes de leurs parents des aliments, qu’ils enlèvent après l’office.

A Liège, lorsqu’on mange les bouquettes, on dit qu’à chaque crêpe avalée, on délivre une âme du Purgatoire.

A Liège, au moment où minuit sonne, dans la nuit du 24 au 25, on se met à genoux et l’on prie pour les morts de sa famille.

La lumière de Noël, cierge ou chandelle, vient-elle à s’étein­dre avant le matin, ii y aura un décès dans la maison.

 

travaux familiaux. — II ne faut pas filer pendant la nuit sainte, ni laisser voir aux arbres le rouet : ils ne porteraient pas cette année-là.

Ne faites pas de lessive entre la Noël et le jour des Rois : mort s’ensuivrait pour la personne au linge ainsi blanchi ou pour le chef de la famille.

 

médecine et santé. — Si vous ne voulez pas avoir des clous ou furoncles, des rênètes ou aphtes, ne mangez à Noël ni pommes ni compote de pommes, ‘ni pois, fèves ou lentilles.

Si l’on assiste aux trois messes de Noël en y mangeant le pain bénit, on dit à Aubin-Neufchâteau qu’on sera préservé de toute maladie pendant l’année.

Même résultat, à Solières, si l’on va faire boire les bestiaux sans dire un mot, au retour de la messe de minuit.

En Ardenne, le sang d’un lièvre mâle tué la nuit de Noël et recueilli sur un morceau de toile blanche, arrête les hémorragies. Pour s’en servir, on fait tremper le morceau de linge dans du vin.

A minuit, on place, sur les appuis extérieurs des fenêtres, du pain et de l’eau, qui sont ainsi bénits; en les consommant à jeun, le matin, on se préserve de maladies.

 

travaux agricoles. — On peut semer, même sur la neige, pendant la nuit et le jour de Noël ; mais les autres travaux des champs sont interdits :

 

Å Noyé, våt mîs on leùp

ås tchamps, qu’ on laboureû.

 

On ne doit pas non plus battre le blé ; le grain semé gèlerait ou gâterait tout autour aussi loin qu’on peut entendre le bruit des fléaux.

 

Si la nuit de Noël est claire, le grain sera dru ; il sera clair­semé s’il fait sombre : (p.157)

Dès clérès matènes fèt dès spès djavês;

dès spèzès matènes fèt dès clérs djavês…

 

Veut-on que les arbres portent bien dans l’année, allez pen­dant la nuit leur donner un léger coup de hache.

Manière de savoir le prix du blé : se rendre à minuit, avec une lanterne allumée, dans le poulailler; autant de fois le coq chantera, autant de skèiins coûtera le boisseau de blé.

A Malmédy, pour faire réussir les semailles de printemps, on doit manger du chou le jour de Noël.

 

animaux. — A Lincé-Sprimont, on croit que, pendant la nuit de Noël, les jeunes roitelets de l’année reviennent tous au nid où ils sont nés.

A minuit, croit-on à Godarville, les abeilles chantent dans les ruches.

Au moment où sonnent les douze coups de minuit, une croyance liégeoise veut que, dans les étables, les bêtes se mettent à genoux.

Mais ne cherchez pas à les voir en cette attitude; vous en deviendriez aveugle! Toutefois, celui qui entrerait à l’étable sans savoir ce qui s’y passe, ne serait pas frappé.

On croit aussi, à Liège, qu’à ce moment les bêtes parlent entre elles et qu’elles prophétisent quelle personne de la maison mourra dans l’année: et mourrait certainement celui qui surpren­drait ce secret !

A minuit, on place devant les étables, au dehors, du fourrage, de l’avoine, de l’eau, qui sont bénits aux douze coups de la cloche. On donne ce fourrage aux vaches, en été, pour que, ayant mangé trop de trèfle mouillé, elles ne soient pas météorisées. — L’avoine est jetée aux poules pour qu’elles ne soient pas dévorées par les renards, belettes et autres carnassiers. — Quant à l’eau, on la répand autour des maisons, étables et granges, afin d’empêcher les souris… et les sorcières de passer ou d’y pénétrer.

Pendant la nuit de Noël, il y a toujours une naissance d’agneau dans le troupeau.

Les œufs pondus cette nuit-là donnent des poulets superbes.

(p.158)

Parler du loup pendant cette nuit l’attirerait dans la berge­rie. La nuit de Noël, à part le corbeau, aucun animal ne dort.

 

météorologie.

 

Blanc Noyé, vètès Pâkes;

vèrt Noyé, blankès Pâkes. (Liège)

 

Qwand on magne lès cougnous â solo (ou: à l’ ouh), dit-on en Ardenne, on magne lès cocagnes è l’ coulêye (ou: â feû).

(…)

Té djoû Noé, té djoû l’ an. (Mons)

 

Le temps qu’il fait pendant les douze jours qui suivent la Noël, indique celui de chacun des douze mois de l’année, à condi­tion toutefois que le jour des Rois soit beau. Sinon, les présages sont sans valeur.

Voulez-vous savoir s’il fera sec ou humide pendant chacun des douze mois de l’année qui vient, rangez sur une table douze morceaux de pelure d’oignon et mettez dans chacun une pincée de sel. Là où le sel aura fondu, présage de mois humide !

Divers dictons caractérisent la croissance des jours à partir de la Sainte-Lucie :

 

Lès djoûs crèhèt â Noyé l’pas d’ on vêlé. (Liège)

Au Nowé, lès djoûs ralonguichont d’ in solé. (Nivelles)

Au Noé,  l’ agambée d’in solé. (Mons)

Au Noé,  l’ pas d’ on baudét.  (âne) (rouchi = picard de Belgique)

 

A Liège, on dit qu’une branchette de pommier, de cerisier ou de groseiller, coupée à !a Noël et mise dans un peu d’eau, fleurit à la Chandeleur.

 

(p.160) mets spéciaux.

Au pays wallon, le mets spécial de la Noël est le cougnou, comme on l’appelle dans la partie orientale, c’est-à-dire un petit pain de fine pâte ou pâte de gâteau, affectant une forme traditionnelle, un peu différente selon les endroits. Partout ce gâteau est censé apporté par « le petit Jésus » ; parfois même il porte à sa surface l’image d’un petit enfant emmailloté ou tout au moins en affecte la forme.

Ce gâteau de Noël est donc dénommé cougnou à Liège, Verviers, Stavelot, en Ardenne, à Dinant, dans l’Entre-Sambre et Meuse, à Nivelles, couniole à Mons, couque du petit Jésus à Ath, keniole à Valenciennes, coquille à Lille, écaille à Tournai, keniot, keunioi, kignot dans les parties voisines de la France.

A Namur, le cougnou est décoré d’une image du petit Jésus, qui l’a lui-même apporté; l’enfant le trouve sous son oreiller au matin de Noël.

Le cougnou liégeois était un gâteau de pâte blanche, peu ou point sucré, pétri au lait et au beurre. Sa forme traditionnelle était à peu près celle d’une navette de tisserand, un ovale allongé dont les deux extrémités, disposées en pointes, se dirigeaient un peu obliquement en sens inverse l’une de l’autre; il était crèné, avant la cuisson, d’un coup de couteau dans le sens de la longueur. Par­fois la surface était ornée de « corinthes » et de morceaux de sucre candi.

Chaque membre de la famille devait avoir son cougnou le jour de Noël. On allait en acheter chez le boulanger, qui les cui­sait sur des platines de forme spéciale.

A Liège, le cougnou resta connu dans certaines familles, la veille de Noël, jusqu’aux environs de 1870 ; mais il avait déjà fait place à la bouquette.

La bouquette est une crêpe de farine de sarrazin mélangée à de la farine de froment ou d’épeautre.

La bouquette, dont le nom vient du flamand boekweit, n’est donc nullement wallonne comme mets traditionnel de la veillée. Nos vieux Noëls l’ignorent, aussi bien que les formulettes de hélièdjes, et c’est au contraire de cougnous qu’on y parle :

Bondjoû, mârène, èt bone santé !

Dji vin qwèri m’ cougnou d’ Noyé.

 

(p.161) Il semble assez probable que la bouquette, originaire du pays de Looz et des environs de Tongres, fut apportée à Liège, au xvnr siècle, par les princes-évêques, d’origine flamande, et par la noblesse, de même origine, qui les accompagnait et composait leur cour. Peu à peu elle se répandit dans la bourgeoisie et fut adoptée, au xix” siècle, par le peuple de Liège et des campagnes environnantes. De nos jours, la bourgeoisie liégeoise elle-même l’a délaissée à peu près entièrement.

Comment se fait la bouquette ? Avec deux parties de sarrazin et une de fine farine zéro, on bat une pâte assez liquide, où l’on a mêlé à l’eau un peu d’huile d’olive et la levure nécessaire. Le récipient, une grande terrine en terre cuite, autrefois, est placé, recouvert d’une épaisse couverture et à l’abri des courants d’air, sur un coin de la cuisinière ou sur une chaise devant un des fours ouverts. Quand la pâte a levé au point de déborder, et que la poêle à frire a été d’abord’ enduite intérieurement d’huile de colza ou de navette, On y   verse   une     cuillerée à soupe de la pâte liquide, à laquelle on ajoute des raisins de Corinthe. Au préala­ble, l’huile a recuit dans un récipient; pour la clarifier et lui enle­ver son goût trop fort, on y a fait mijoter un croûton de pain. Sou­vent on ajoute à l’huile, qui a la vertu de rendre la crêpe plus cro­quante, du beurre et du saindoux. Mais c’est là un raffinement inconnu de nos pères, de même que l’emploi du lait pour le battage de la pâte, et la substitution, aux corinteunes, de fins raisins.

Pour retourner la bouquette, on la fait sauter sur la poêle. Elle se mange chaude, à la veillée, avec de la cassonade et une tasse de vin chaud; le lendemain, au déjeuner, on la mange froide avec du sirop sur une de ses faces.

Jadis, chacun était tenu de faire frire lui-même au moins une bouquette, ce qui provoquait des incidents joyeux ou des croyan­ces superstitieuses. Il arrivait, en effet, qu’en -faisant sauter sa crêpe dans la grande cheminée d’autrefois, un maladroit ne la voyait pas retomber, soit qu’elle fût retenue à quelque aspérité, soit que, lancée trop vigoureusement, elle fût retombée sur ou

(p.162) derrière un meuble. Et l’assistance de rire et de plaisanter! Mais, si l’on ne savait pas où la bouquette était chue, alors on ne riait plus, car on était persuadé qu’elle était ensorcelée, que le diable ou quelque sorcière l’avait attirée par la cheminée.

Les bouquettes ne se mangent chaudes, et accompagnées de vm chaud, qu’à la veillée de Noël, entre le souper et l’heure de minuit ; à minuit, on prie pour les morts, ce qui prouve bien que la coutume des bouquettes appartient à un rite funéraire, dont la vraie place est la Toussaint. C’est le cougnou qui est l’authentique et wallonne friandise de la Noël!

La veillée de Noël, sîze di Noyé ou nut’ di Noyé, entre le souper et minuit, heure où l’on allait « à matines » ou messe de minuit (première messe), se passait en famille et entre amis; on chantait les anciens Noëls et l’on buvait du vin furé, du vin chaud.

Recette du vin chaud à la liégeoise : faire bouillir de l’eau en y ajoutant du sucre; quand l’eau est bouillante, on y verse une bouteille de vin rouge, avec un bâton de canelle, un peu de mus­cade, de macis ou de clous de girofle. Le mélange comporte un tiers d’eau et deux tiers de vin. On le laisse chauffer jusqu’à ce qu’une épaisse vapeur s’élève à la surface du liquide. Avant de verser le vin, dans des tasses, jamais dans des verres, on en jette quelques gouttes sur la bûche enflammée (Ardenne) ou sur le feu même, sur les charbons.

C’est la libation obligatoire, car boire le vin chaud est un rite, et aucune personne présente à la veillée de Noël ne peut se dispenser d’en prendre au moins un tant soit peu.

* * *

Le repas des matines se composait de deux parties ou séan­ces, séparées par l’assistance à la messe de minuit.

La première était consacrée uniquement aux bouquettes, plat maigre : n’oublions pas que la vigile des grandes fêtes oblige au jeûne et abstinence de viande.

La seconde appelait les plats gras, la plupart à base de porc, ainsi que l’évoque un de nos plus vieux Noëls :

Qwand n’s-ârans stu à deûs’ treûs mèsses,

nos vinrans cial magnî dès cwèsses;

si magnerans-ne ine aune di tripe…

 

(p.163) Les cwèsses, ce sont des côtes de porc, bouillies jadis, aujour­d’hui de préférence rôties, qui se mangeaient au déjeûner de Noël. A Namur, c’est la skinéye qui remplace les côtes, à savoir l’échine avec les fausses côtes.

Mais aujourd’hui, à Liège, c’est au repas de midi que figu­rent ces côtes, accompagnées de chou vert. Après minuit, c’est le boudin, la tripe, qui fait son apparition et qu’on mange avec du café.

Au pays wallon, c’est à Noël qu’on tue le cochon gras. Pour la fête même, on en garde les entrailles, les pieds, la tête et les côtes, c’est-à-dire précisément les parties qui étaient offertes en sacrifice à la divinité.

Les poumons, le cœur, la rate sont hachés menu pour en faire, avec addition de pain blanc et d’oignons, ces boudins qu’on appelle en Wallonie des tripes : tripes noires ou tripes blanches.

 

Le boudin blanc est pétri au lait, avec addition de lard et d’épices: poivre, thym, sauge, quatre épices (spéces di manèdje). Le noir se pétrit avec du sang recueilli de l’animal égorgé, additionné de lait et de dés de lard.

Les meilleurs boudins se font dans le rectum ou crâ boyê de l’animal.

Le foie piqué de lard, les boudins, les pieds et parfois les oreilles sont cuits ensemble pendant plusieurs heures dans un bouillon aux herbes ; on y ajoute souvent la couenne ou coyinne, bien qu’on l’emploie de préférence pour la tièsse pressêye.

On appelle ainsi-ou totoye, à Liège, la tête de porc cuite lon­guement avec des herbes, poivre, sel, muscade, thym, marjolaine et sauge, désossée 2t pressée dans un plat un peu profond, qu’on met refroidir à la cave. Le tout prend en une masse gélatineuse assez ferme, qu’on retourne ensuite sur un plat et qu’on peut dé- ‘ couper en tranches. Ce « fromage de cochon » se mange tel quel avec la tartine ou bien relevé d’une sauce épicée.

La saucisse est faite en général des débris que donne la découpe du cochon. On hache ensemble tous ces menus mor­ceaux, additionnés de lard, sel, poivre, noix muscade, et l’on intro­duit ce hachis dans des boyaux de moutons. Dans les campagnes, la saucisse, bien salée, est séchée ou fumée dans l’âtre. Il est de coutume d’en porter une aune à son propriétaire et d’en donner aussi à ses parents et amis.

Les côtes ou cwèsses, au lieu d’être mangées fraîches, sont parfois aussi mises au saloir.

On appelle drèssêye une assiettée faite de boudin noir, de boudin blanc, de foie et d’oreille de cochon. C’est le plat qu’on sert spécialement à Liège au moment où minuit sonne ; on le mange avec des tartines, en buvant du café.

*

* *

Depuis un certain temps, de nouvelles coutumes populaires ont pénétré chez nous. C’est ainsi que la bourgeoisie liégeoise a pris l’habitude de manger de l’oie à Noël : elle ne se doute {.as que cet usage est venu du Nord ou de l’Allemagne; le repas de l’oie, auquel nos maîtres de la guerre ont voulu se conformer à tout prix, comme on sait, est un usage du paganisme germanique. Sans doute, le sacrifice de l’oie est conforme aux traditions de Noël, (p.165) fête solaire d’un côté, et l’oie peut représenter aussi l’esprit du blé, parfois figuré par elle. Mais la tradition wallonne ne semble pas comporter un repas où figurait l’oie. C’était au moment de la récolte du blé, c’est-à-dire au temps de la moisson, qu’on man­geait ou qu’on sacrifiait l’oie. Parfois aussi l’on en mangeait à la Saint-Martin.

Autre mets nouveau qui est en passe de devenir traditionnel parmi le peuple à Noël: le lapin! Cette mode arbitraire a pris naissance il y a trente ans environ. Presque tous les gens du peuple élèvent des lapins.

Parlerons-nous enfin des arbres de Noël, autre mode alle­mande devenue fort en vogue, avant 1914, dans une partie de la bourgeoisie? La tradition wallonne les ignore: Noël n’a jamais apporté aux enfants d’ici que leurs cougnous. Quant aux jouets et aux bonbons, ils étaient le monopole de Saint Nicolas.

La crèche familiale n’a pas plus de fondement dans notre passé. Jadis, dans nos églises, on dressait des crèches, c’est-à-dire qu’on disposait au milieu du temple, étendu sur de la paille, un enfant Jésus entouré de Joseph et Marie, souvent de grandeur naturelle et habillés. C’étaient des mannequins fabriqués pour cet usage.

Vers le milieu du xixe siècle, sous l’influence du clergé et spécialement des religieuses, les enfants voulurent à leur tour avoir, dans leur chambre, une petite crèche, devant laquelle on allume de petites chandelles de couleur. Cet usage, importé aussi, mais du Midi, ne repose donc sur aucune tradition populaire: c’est à l’église uniquement qu’on allait voir l’enfant Jésus.

 

folklore juridique

 

Noyé èt Dj’han

pwèrtèt l’ an

La Noël et la Saint-Jean marquaient les deux principales échéances de l’année. A Liège, les baux prenaient cours à la Noël ; c’était aussi à cette date, et au 24 juin, qu’échéaient les rentes. A Arlon, Virton, Etalle; Vielsalm, c’était l’époque où l’on engageait les domestiques pour l’année entière. A la Noël, outre leur sa­laire, on leur donnait une paire de souliers.

 

EUG.   POLAIN

 

NB Ces notes de folklore sont extraites d’un ouvrage inédit de M. Eugène polain, bibliothécaire de l’Université de Liège et archiviste du Musée de la Vie wallonne, ouvrage intitulé : Almanach traditionnel wallon. Cette œuvre considérable, que nous espérons voir publier prochainement, représente un travail de plus de vingt années. Nous remercions notre ami d’avoir bien voulu nous autoriser à publier ici quelques pages dont nos lecteurs apprécieront l’aimable érudition.

 

in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992

 

(p.27)

Le cycle des douze jours

Images du temps de Noël en pays wallon

 

La fête de Noël est considérée par l’Église comme une des quatre grandes so­lennités. Son nom vient du latin Natalis dies, le jour de la naissance. Dans la culture wallonne, elle constituait un des quatre grands djamas (1), c’est-à-dire une fête double comprenant deux jours consécutifs.

La vie populaire était organisée en fonc­tion des travaux saisonniers, rythmés par les fêtes liturgiques.

Le solstice d’hiver, le 25 décembre, et ce­lui d’été, le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, marquaient deux temps forts dans ce déroulement des saisons. Au pays de Liège, il existait un dicton :

 

Noyé et Dj’han

s’ pârtèt l’an.

 

Noël et Jean se partagent l’an.

Pour la masse des fidèles, Noyé était la fête la plus appréciée et la mieux ressentie. En comparaison, les trois autres djamas étaient d’un caractère plus solennel, moins intime, moins convivial. Ils se fondaient sur des concepts théologiques éloignés de la vie quotidienne. Dans sa foi naïve, le peuple avait besoin de concrétiser la représentation d’un nouveau-né couché sur la paille d’une étable. Cette image était accessible à tous et propice à déclencher la ferveur, l’imagina­tion, l’espérance du renouveau. François Barillié qui a chanté les grandes fêtes s’est fait l’écho du peuple.

 

Tos l’s-ans n’s-avans qwate grandès fièsses,

Mês l’ pus bèle,  c’ èst l’ cisse dè Noyé… (2)

 

Tous les ans nous avons quatre grandes fêtes,

Mais la plus belle, c’est celle de Noël.

Noël est la fête du soleil, l’astre source de lumière éternellement renaissante.

Il existait une coutume, attestée notam­ment dans les Ardennes françaises, en Bre­tagne, en Touraine (3) et en Provence (4), où elle est restée la plus vivace, qui voulait que le maître de maison allumât, en pré­sence de toute la famille réunie autour de l’âtre, une énorme bûche qui devait y brûler pendant la veillée. On la bénissait avec un rameau d’olivier trempé dans le vin, ou on l’arrosait de libations de vin. Frédéric Mis­tral en parle dans ses mémoires (5) ainsi que dans Mireille (6) et, lorsqu’il créa le Museon Arlaten, il n’hésita pas à consacrer à la scène une salle entière.

Les braises avaient valeur de talisman, elles protégeaient des incendies et des orages, elles apportaient la prospérité (7).

Peut-être faut-il voir dans la bûche de pâ­tisserie, bien récente chez nous, que l’on consomme pendant le réveillon, le dernier souvenir de cette tradition.

Un autre usage lié au feu et à la lumière, était celui de la chandelle ou du cierge.

 

Les noëls dialectaux (sic)

Pendant la veillée, avant la messe de mi­nuit, tous les membres de la famille chan­taient de vieux noëls, qui existèrent par centaines tant en français qu’en wallon (8). La tradition populaire n’en a conservé qu’une partie. Les airs sur lesquels ils sont composés se rattachent aux chansons popu­laires et au répertoire des chansons fran­çaises de circonstance des XVIIe et XVIIIe siècles. Quant aux paroles, l’étude de la lan­gue des anciens recueils permet de les loca­liser. Ils furent nombreux en pays de Liège, (p.28) à Spa, à Verviers et à Stavelot, mais on en écrivit aussi en dialecte montais, namurois et nivellois (9).

Outre la saveur naïve et le détail du pitto­resque, ils sont une source de renseigne­ments précieux pour l’étude des coutumes anciennes : le peuple wallon s’y représente, il s’identifie aux bergers, premiers adora­teurs de l’Enfant et laisse entrevoir ses croyances, ses pratiques pieuses et ses usages gastronomiques.

Mis à part ces chants, à la veillée, on avait coutume de raconter des légendes pieuses ayant trait à la Nativité ou encore des histoires lugubres ou macabres (10).

 

Michel VINCENT

 

Notes

(1) Les quatre grands djamas étaient Noël, Pâques, la Pentecôte, l’Assomption.

(2) F. barillié, Li Comarod’ de l’joie, Liège, 1852, pp. 89-91.

(3)  A. van gennep, Manuel de Folklore français contemporain, t. I, VII, lre partie, Cycle des douze jours, Paris 1958, pp. 3139-3141.

(4)  F. benoît, La Provence et le Comtat venaissin. Arts et traditions populaires, 5e éd., Avignon, 1988, pp. 215-217.

(5)  F. mistral, Mémoires et récits, Paris, 1979, pp. 47-48.

(6)  Mistral dans un passage du chant VII de Mi­reille, fait une longue allusion à la soirée de Noël qui est aussi la principale fête des Provençaux. Cfr F. mis­tral, Mirèio, C.P.M., 1980, chant VII, note 9, p. XCI.

(7) F. benoît, loc. cit.

(8)   A.  doutrepont,  Les noëls wallons, Liège, 1909, p. 3.

(9) La Meuse, 24 et 25 décembre 1908, p. 3.

(10) H. bragard, Le folklore de la Wallonie prus­sienne, la Noël à Malmédy, dans Wallonia, 1904, t. XII, p. 361-364.

 

in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992

 

(p.41)

L’apparat de la fête

publicitaire parle de «l’édification du sapin traditionnel (76)».

 

Le sapin

La fête actuelle nous paraît inconcevable sans le sapin illuminé qui se dresse dans la majorité des foyers et au pied duquel sont disposés les cadeaux.

Cet usage n’est pas propre à nos régions et n’a été introduit que fort tardivement. Ce fait étonne lorsque l’on songe aux im­menses plantations d’épicéas qui recouvrent l’Ardenne. L’espèce originaire de la Forêt Noire ne fut implantée que dans le second quart du XIXe siècle. Auparavant, nos fo­rêts se composaient presque exclusivement de feuillus.

Chez nous, la tradition de l’arbre de Noël est d’origine allemande.

À Malmedy, territoire wallon situé en Prusse rhénane de 1815 à 1919, le premier arbre de Noël fut décoré vers 1860 (74). L’exemple ne tarda pas à être imité au point que, à peine quelques années plus tard, cha­que maison malmédienne avait le sien.

L’ornementation initiale se composait de guirlandes faites de fines chaînes de papiers multicolores réalisées à la veillée, de noix vides enrobées de papier d’étain et de fruits naturels, restes de la Saint-Nicolas. Le ma­tin de Noël, le petit Jésus y déposait quel­ques bonbons (75).

Des boules de verres sont apparues vers 1880. Chacun rivalisait pour avoir le plus bel arbre et cherchait de nouveaux motifs décoratifs.

À Liège, la coutume a dû se répandre as­sez tôt dans la bourgeoisie. Dans les pages du journal La Meuse, les jours précédant la Noël 1886, des publicités vantent un grand choix d’objets pour la confection d’arbres.

Rapidement, son usage est entré dans les mœurs. Douze ans plus tard, une annonce

publicitaire parle de « l’édification du sapin traditionnel » (76).

 

La crèche

Le mot crèche désigne la mangeoire pour bestiaux dans laquelle, selon saint Luc, Jé­sus fut déposé par la Vierge faute de place à l’auberge. Par extension, le terme a été uti­lisé pour l’ensemble, personnages et étable, de la scène qui figure la Nativité. Il dérive du francique Krippia et date du XIIe siècle. La wallon a adopté l’expression française mais la considère comme un néologisme (77).

Les documents concernant la crèche de­meurent peu nombreux. On en trouve seule­ment quelques rares allusions. Pourtant, des traditions ont existé et continuent d’exister. De magnifiques représentations en sont les témoins à travers des formes d’art aussi di­versifiées que la sculpture, souvent associée à l’architecture (78), la peinture, l’orfèvre­rie, le vitrail,… Elles relèvent de l’histoire de l’art et de l’archéologie.

 

La crèche franciscaine

La majorité des ouvrages sur la crèche en attribue la paternité à saint François d’As­sise, à Greccio, dans la nuit de Noël 1223. Le fait n’est que partiellement exact. Si l’on se penche sur l’étude des textes laissés par ses biographes, saint Bonaventure et Tho­mas de Celano, on se rend compte qu’une des préoccupations essentielles de François est, dans l’esprit bien médiéval, de repré­senter le caractère dramatique de l’Incarna­tion : «Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son en­fance ; je veux le voir de mes yeux de chair, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et

(p.42) dormant   sur  le  foin   entre   le  bœuf et l’âne (79)».

Le saint fit aménager une mangeoire avec du foin, on avait amené un bœuf et un âne. Pas de Marie ni de Joseph, simplement une crèche sur laquelle on célébra la Messe.

Son autre biographe, saint Bonaventure, nous apprend qu’il demanda l’autorisation au pape Honorius III pour ne pas qu’on le taxe de légèreté. De quelle légèreté s’agis­sait-il? De nombreux livres sur le sujet

concluent un peu trop rapidement que le pape précédent, Innocent III, avait interdit toute représentation théâtrale de Noël dans les églises. Cette interdiction n’était en réa­lité limitée qu’à la ville de Gniezno en Po­logne (80).

Pour notre part, nous estimons que Fran­çois considérait sa reconstitution comme marginale par rapport à la liturgie. Les drames religieux n’existaient pas encore à cette époque en Italie (81). L’autorisation demandée visait à l’introduction d’un trait profane dans le cérémonial de la messe. En assimilant la mangeoire à l’autel, il a contri­bué à sacraliser l’objet.

Il est probable que les franciscains cher­chèrent à perpétuer le souvenir de cette nuit. Dans les siècles qui suivirent, ils entrè­rent pour une large part dans la diffusion de la crèche.

 

Michel VINCENT

 

Notes

(74)  H. bragard, op. cit., p. 363 : «Ce fut il y a une quarantaine d’années [le texte a été écrit vers

1904], dans une maison de la Vaulx par des douaniers allemands».

(75) Les cadeaux en Wallonie étaient apportés par saint Nicolas. Le jour de Noël, comme nous l’avons expliqué plus haut, les enfants ne recevaient que les cougnous.

(76) La Meuse du 22 décembre 1898.

(77)    J.   haust,   Dictionnaire français-liégeois, Liège, 1979, p. 122.

(78) Le cadre de cet article ne permet pas d’en faire l’énumération. Prenons simplement pour exemple la magnifique Nativité du portail du Bethléem à Huy.

(79)   thomas de  celano,  Vita prima, chapitre XXX, dans Saint François : documents, Paris, 1981, pp. 264-267.

(80) A. potthast, Regesta Pontificum Romanorum, Berlin, 1874, a. 1207, jan. 8 Romae apud S. Petrum, p. 253.

En substance, le pape s’insurgeait contre les prêtres mariés et les excès de ces prêtres notamment l’intro­duction de « monstres » sans aucun caractère religieux dans la représentation des drames liturgiques.

(81) A. terzi, Nella selva di Greccio nacque ilpre-sepioplastico, 2e éd., Rome, 1966.

 

in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992

 

Les crèches d’église

 

Eugène Polain (102), à la fin de son arti­cle prétend que la crèche familiale n’a pas de fondement dans notre pays. Il est diffi­cile de le suivre sur ce point. Des crèches ou des formes simplifiées comme nous ve­nons de le démontrer existaient dans les foyers même si elles ne correspondaient pas à l’image à laquelle on s’attend habituelle­ment : des figures indépendantes les unes des autres disposées durant le temps de Noël.

Il poursuit en précisant que «jadis dans nos églises, on dressait des crèches, c’est-à-dire qu’on disposait au milieu du temple, é-tendu sur de la paille, un enfant entouré de Joseph et Marie, souvent de grandeur natu­relle et habillés. C’étaient des mannequins destinés à cet usage» (103). Il termine en concluant «c’est à l’église uniquement qu’on allait voir l’enfant Jésus» (104).

À la fin du siècle passé, Ed. Niffle-Anciaux en introduction à son article sur les Repos de Jésus fait la description d’une crèche telle qu’elle était en usage à cette é-poque. En fait, il s’agit plutôt hormis une vague allusion à l’étable d’une énumération des personnages. Ceux-ci se limitent à ceux des récits évangéliques et à quelques anges. Malheureusement, il ne donne aucune pré­cision quant à la taille ou aux matériaux employés pour leur confection.

Bragard, dans l’article mentionné plus haut, atteste la présence de figurines de plâ­tre colorié. Il ajoute «toutes simples et pau­vrettes que soient ces crèches, elles laissent loin derrière les betléhèms (…) de nos aïeuls».

Cette dernière affirmation tendrait à dé­montrer que ce type de réalisation était en vogue à l’époque peut-être parce que, par sa simplicité, il suscitait davantage la piété et la dévotion. Il semble aussi que nos crèches ont peu évolué depuis un siècle. Nom­breuses sont les églises qui présentent en- (p.48) core des personnages de plâtre peints, avec l’adoration des bergers et des mages.

Depuis les années soixante, la tendance va cependant vers une simplification : perte de la polychromie remplacée par une teinte blanche ou ivoire uniforme (105), réduction du nombre de personnages souvent limités à la Sainte Famille et à l’âne et au bœuf. L’étable tend à disparaître. La crèche est placée bien en vue au pied ou non loin de l’autel. Une autre variante consiste à axer la crèche sur un thème et à l’accompagner d’un panneau message (106).

 

Michel VINCENT

 

Notes

(102) E. polain, op. cit., p. 165.

(103) Nous savons pour en avoir vu des photogra­phies que l’église Saint-Nicolas en plein cœur du quartier d’Outremeuse à Liège possédait, encore dans les années 1930, une crèche de ce type. Joseph et Ma­rie mesuraient 1,60 m. Articulées, ces figures chan­geaient à trois reprises durant le temps de Noël. Le 25 décembre, Jésus était couché dans la crèche. Pour l’adoration des mages, on l’asseyait sur les genoux de la Vierge. Le 20 janvier, enfin, il se tenait debout entre ses parents. La chapelle castrale de Reinhardstein près de Waimes possède également une crèche de ce type à personnages de grandeur naturelle, articulés en bois polychrome. N’ayant à notre disposition aucune infor­mation quant à sa provenance ou à sa date de création nous nous bornerons simplement à la mentionner dans ces pages.

(104)  H. bragard, op. cit., p. 363, signale que les mères conduisaient leurs enfants voir les crèches des églises dans l’après-midi de Noël.

(105) Cette disparition de la polychromie est peut-être due également à la fragilité de la peinture qui s’écaille très facilement. Il est possible que le coût et la difficulté de trouver des artisans pour ce genre de restauration aient joué un rôle dans l’évolution de ce phénomène.

(106)  De telles crèches ont été montrées ces der­nières années dans les paroisses Saint-Denis et Saint-Barthélémy à Liège.

 

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

 

 

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

in: La Noël  dans le folklore du Centre, in : MA, 2, 1982, p.28

 

Mon témoin Hector Maréchal, né en 1899, a été enfant de chœur, corâl, au hameau de Bois-du-Luc, au Boskèt, à Houdeng-Aimeries. A une époque qui se situe vers les années 1905 à 1910, dans la semaine de la Noël, les enfants du quartier et les corâls allaient chanter devant la maison du curé Victor Deflandre, èl pètit Totôr, les paroles suivantes sur l’air « Puer nobis nascitur » :

 

Au Nowé, Nowé, gadelot (chevreau),

d’ prind m’fusi, d’ cache à pièrots,

d’ in vwas quate su in buchon

qui tchipetinetèt : confèssion,

vos dalèz v’ni dins m’ musète.

Au Nowé, Nowé, gadelot, d’ aî tirè, is voletèt co !

 

Après cette prestation, la gouvernante du curé donnait des « nik-naks » aux enfants.

De son côté, Joseph Faucon a publié dans notre revue de février 1934, p. 3, un autre chant de Noël également chanté sur « Puer nobis » au Rœulx :

 

Lès corbaus vont rabourer (labourer),

lès-agaces (pies) vont rèstèler (râteler),

les piètris  (perdrix) vont fé leû nid

à l’ bowète  (lucarne) du paradis.

 

Robert DASCOTTE

 

in: Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

Le 24 décembre étant une vigile, on ne pouvait manger de viande. Aussi, après minuit, on faisait ripaille avec les charcuteries, notamment le fameux boudin de Noël, puis l’on mangeait le cougnou.

Le cougnou, c’est le gâteau traditionnel de Noël, avec sa partie renflée au centre, ornée d’une cacaye en terre cuite avec ses motifs co­lorés.

Sous l’ancien régime et jusqu’à la fin du siècle dernier, on chantait une messe de minuit à la chapelle de N.-D. de Hal, située au milieu de la place des Trieux. Les croyants qui assistaient à cette messe de Noël portaient des cierges allumés.

La messe des matines avait lieu à 5 heures du matin.

Durant la veillée, il n’était pas question d’arbre de Noël. Cette coutume, très répandue de nos jours, n’a été introduite chez nous que depuis un bon quart de siècle. Sans doute est-elle venue de l’occupation allemande et de la première fête de Noël en 1918 passée avec les An­glais ? Les peuples germaniques et anglo-saxons ont depuis des siècles observé cette coutume. Le Père Noël est pour les enfants de ce pays l’équivalent de notre saint Nicolas. En Espagne, ce sont les Rois Mages qui tiennent cet office.

 

R. Dascotte, La Noël dans le folklore du Centre, EM, 2/82, p.28  

Avant 1914, au Boskèt (Bois-du-Luc), hameau de Houdeng-Aimeries, dans la semaine de Noël, les enfants du quartier et les corâls allaient chanter devant la maison du curé une chanson wallonne pour obetnir des nik-naks de sa gouvernante. Idem au Roeulx (mais d’autres paroles)

 

A Souvrèt (Souvret)

(in: Jean-Baptiste Marcelle, Mon vieux Souvret, 1980)

Mouches à mièl au Noyé (Abeilles à Noël)

(Robert Dascotte, in: Èl Mouchon d’Aunia, 1985)

Skètchs da Bob Deschamps su l' Noyé (Sketchs de Bob Deschamps à propos de Noël)

1.2 Li Picardîye / La Picardie

(in: Alain Audin, Mons-Borinage, s.d.)

A L'ssine (Lessines)

(Th. Lesneucq-Jouret, in: Wallonia, 1900)

Ât' (Ath)

(in: Le Folklore brabançon, s.d., p. 10 & 11)

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

in: Le folklore au pays de Namur, 1930, Guide-programme de l’exposition de folklore et d’industries anciennes, A.R. de Namur

 

(p.22) IV. — LES FETES DU CALENDRIER

 

NOËL — Le mercredi qui précède le Noël, à Namur, à 6 heures du matin, on célèbre la messe d’Or, dite aussi la messe d’aurore, pour les gens dont le métier est de voyager.

La nuit de Noël, à minuit, il est d’usage d’allumer une chandelle que l’on conserve comme un talisman ; on l’allume pendant les orages; on la place dans la main des agonisants..

C’est ce jour-là, qu’à Namur, on mange le « Cougnou » (gâteau empruntant la forme (?) d’un enfant dans les langes) apporté par le petit Jésus.

A Andenne, existe encore la coutume des Trairies : dix compères se rendent chez le boulanger et lui remettent chacun leur quote-part ; en échange, il leur est remis un jeu de cartes, dont chacun des parti­cipants en reçoit une. On fait atout, et celui qui possède le plus haut atout emporte le cougnou. S’il n’y a pas d’atout en jeu, le boulanger garde l’argent… et le cougnou.

 

Jules Fivèz, Istwêre di Bièmeréye, èt di vint’-deûs-ôtes viladjes d’ avaurci dispûs noûf cints swèssante-quate, avou l’ concoûrs dès Bièrmèrwès,

1972

 

(p.64) Li Noyé

 

Ç’ côp-ci nos-astans è l’ iviêr. I gn-a sovint dè l’nîve èt co do wârglas.

Li djoû di d’vant, on va à l’ mèsse di méye-nût, mins en ratindant, (p.64) on djoûwe aus cautes pou dès cougnous.

Di nos djoûs, dins lès viles èt lès gros viladjes, bran.mint dès djins èvont fè 1′ rèvèyon qui dure jusqu’au matin. C’ èst sûremint l’ progrès qui vout ça. Ci n’ èst nin quétefîye pus mau, mins ci n’ èst nin non pus sûremint biacôp mia. Pou çoci ossi, lès djins féyenut à leû mode.

I gn-a ène sèptantin.ne d’anéyes à 1′ chîje, en ratindant méye-nût, lès cias qui n’ djouwint nin aus cautes racontint dès fauves pou n’ nin lèyi dwârmu lès-èfants qui duvint ‘nn’ alè à mèsse. Lès pus vis racontint co bin qu’ à mèye-nût, on vèyeut lès bièsses asglignîyes dins lès stauves. Pouqwè nin ? I gn-aveut tot 1′ min.me nèlu ou wêre di djins qu’ alint vèy lès bièsses o stauve d’ssus 1′ côp d’  méye-nût. Èt, 1′ djoû d’audjoûrdu, on n’ sondje wêre aus bièsses à ç’ t-eûre-là, sur­tout quand on faît 1′ rèvèyon è famile oudôbin ôte paut d’vant ène tauve bin gârnîye èt à costè d’ in bia sapin d’ Noyé, li èto gârni di totes sôtes di bia èt d’ bon. Sins rouvyi lès lampes élèctrikes di totes lès couleûrs qui courenut tot-autoû do sapin en distindant èt en s’ ralumant sins-î djonde. Ci qui faît in bia côp d’ouy, c’ èst l’ èfèt qu’ i gn-a dès lampes di totes lès cougnes. È famile, quand 1′ prèmî côp d’ méye-nût sone, on s’ rabrèsse avou dès bètchs à picète tot-en s’ souwaîtant in djwèyeûs Noyé. Dins dès condicions parèyes, dins lès djins qui n’ sont nin scrans, i gn-a bran.mint qu’ èvont à mèsse di méye-nût, mins i gn-a co bin ostant qu’ n’ î vont nin. Mins come i gn-a plusieûrs mèsses ci djoû-là !…

Co iût djoûs d’ pacyince èpwis l’ vî calendriyer sèrè skètè èt on-z-è mètra in lot noû à s’ place pou comincî ène novèle anéye avou l’èspwêr qui ça îra bin. Pouqwè nin ?

 

l' Ârdène di l' iviêr (l'Ardenne en hiver)

Warejou (Warisoulx) (Fèrnémont (Fernelmont)) - mèsse di méye-nût (messe de minuit)

(org. Bièsses di fièsses, in: VA, 31/12/2009)

Spots su l' Noyé (Dictons à propos de Noël)

(Emile Dave, in: Le Guetteur wallon, 20, 1925)

Li Noyé à Vêr-Custène (Noël à Ver-Custinne)

(in: Notes folkloriques sur Ver-Custinne, GW1935-6, s.p.)

Li Noyé à Coût (Noël à Court-Saint-Etienne)

(Ad(elin) Mortier, in: FB, p.193-194, s.d.)

Li Noyé dins l' Faumène èt l' Condroz (Noël en Famenne et dans le Condroz)

(Groupe Regards et Souvenirs, Des gensd’ici racontent, 12 villages entre Famenne et Condroz au début du /XXe/siècle, s.d.)

Li Noyé (Noël)

(Emile Dave, in: Folklore de fin d’année, GW, 2, 1930, p.76-77)

Li Noyé à Andène (Noël à Andenne)

(in: Le Soir, 27/12/1990) (cf 2.4 Lès traîrîyes à Andène èt ôte paut)

(René Dusépulchre, Les trairies de Noël, Usage populaire à Andenne, p.203-205, in: Wallonia, 1899)

1.4 l' ès'-walon / l'est-wallon

(André Bosmans, Li mèsse di méye-nut’ / La messe de minuit)

in: J.-L. R., Typique et original: Bethléem-sur-Vesdre, AL 21/12/1993

 

Verviers abrite trois musées ciblés.  L’ancien hospice de la rue Renier est l’antre des beaux-arts et de la céramique tandis que l’archéologie et le folklore ont trouvé dans une maison patricienne de la rue des Raines un autre espace chaleureux du XVIIe.  Quand au dernier en date, le musée de la laine, il est en transit à l’Institut supérieur textile de la rue de Séroule avant son transfert aux usines Bettonville, futur témoin d’un mariage réussi d’archéologie

industrielle et de rénovation urbaine.

Dans les caves du musée Cornet de la rue des Raines repose une fresque qui se réveille uniquement aux fêtes de fin d’année: le Bethléem verviétois.  Composé de maquettes et de figurines animées relatant la Nativité du Christ, cette oeuvre est une survivance d’un an­cien théâtre de marionnettes.  Un art verviétois qui remonterait à 1627 et qui fit jadis des émules, Verviers comptant de nombreux «Bethléem» au 19e siècle.

Savoureuse par son wallon verviétois ponctué de nombreux chants, cette Nativité dé­taille une vingtaine de scènes du mariage de la Sainte-Vierge à Saint-Pierre qui pêche en passant par l’annonciation, la bergerie, la crèche, les Rois Mages, la fuite en Egypte ou le massacre des innocents. 

 

in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992, p.31

 

Manifestations de liesse

 

À Liège, ville au long passé armurier, et dans toutes les campagnes environnantes, des détonations d’armes à feu partaient de toutes parts pour saluer les douze coups de minuit. Sous l’Ancien Régime, c’était le ca­non de la citadelle qui officiellement don­nait le coup d’envoi (38).

Les incidents causés par les armes étaient tellement nombreux que les pétarades fini­rent par être sévèrement interdites (39). Elles furent remplacées par les méthodes moins dangereuses, mais tout aussi bruyantes, des boîtes et des tirs de «campes» qui éclataient en longues rafales.

Cette tradition s’est maintenue jusqu’à nos jours et n’a rien perdu de sa vivacité. Explosions de pétards et fusées d’artifice que les plus impatients font éclater dès la mi-décembre culminent les soirs de réveil­lon.

À présent, ces manifestations sont consi­dérées comme une simple extériorisation de la joie populaire, mais leur fondement les fait remonter à des croyances beaucoup plus anciennes.

 

(38)  A. gittée, Coutumes liégeoises, les coups de feu pendant la Nuit de Noël, dans La Revue du Vieux Liège, 1896, t. II, col. 817 et suiv.

(39)  Divers articles de journaux relatent ces acci­dents : voir notamment La Meuse des 24 et 25 décem­bre 1907.

 

in: Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005, p.3-4

 

Les rois mages se nomment en wallon Djâspa, Mèncheûr et Baltazâr. On les dépeint souvent en ces termes :

Lès treûs rôys : on blanc, on neûr

èt onk qu’ èsteût d’ totes lès coleûrs.

Pour terminer, rappelons qu’il est d’usage de souhaiter, aux jeunes gens et aux jeunes personnes, on bon rôy ou ine bone royin.ne, c’est-à-dire un bon mari ou une excellente épouse.

 

Li Noyé à Mårcin (Noël à Marchin)

(in: Paul Erève, Marchin mon beau village, Libr. Baillet, Marchin, 1955)

Lu Noyé à Mâmedi (Noël à Malmedy)

(in: Lu P’tite Gazète, 34, 2008)

(Lu Sîze du Noyé, in: Echos, 13/11/2011)

(Fré Matî, Lu Noyé, in: Armonak walon d’ Mâmedi, 1936)

(Henri Bragard, La Noël à Malmedy, in: Wallonia, 1904, p.361-364)

Lu Noyé à Lâbièrmont (Noël à Lambermont) (Vèrvî (Verviers)) – Jean Dourcy, in: Lambermont, mon village, Hexachordos, s.d.

“A la Noël, on faisait une veillée aux “boûkètes”, puis on se rendait à Verviers sur le coup de minuit, place des Martyrs, au portail de l’église Notre-Dame, où en signe de piété, beaucoup de personnes tenaient en main une chandelle allumée.”

Vèrvî (Verviers) - Li Bètlèyèm vèrvîtwès (poupenètes) (Le Bethléem verviétois) (marionnettes)

(s.r.)

Lîdje - Li Naîssance (tèyåte à l' Botroûle) (poupenètes (marionnettes))

(s.r.)

Lîdje (Liège) - Li sîze di Noyé (Désiré Thomas)

(in: CW, 12, s.d.)

Lîdje (Liège) - Ine pèce à l' andje (Une pièce à l'ange)

(Royal Caveau Liégeois, in: Le Soir, 23/12/1997)

Li Noyé å Payis d' Hêve (Noël au Pays de Herve)

(Guy Belleflamme, in: La vie herbagère au pays de Herve, Blégny-Dalhem, s.d.)

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

in: Bernard Jacob, Enfants d’Ardenne, s.d., p.81

 

Noël blanc

 

Depuis trois jours, la neige tombe à gros flocons paresseux. Les toits, les vèrdons, les sapinières, tout a disparu sous une poudre blanche et brillante comme du sucre cristallisé. Les fossés sont comblés. Les prés bosselés sont nivelés : on dirait de grandes nappes immaculées qui n’ont plus de commencement ni de fin ; leurs piquets sont coiffés de chapeaux melons blancs reliés par de lourdes guirlandes qui scintillent. Dans ce nouveau pay­sage sans couleur, seule la rivière ne s’est pas laissé vaincre ; son ruban gris qui reflète le ciel zigzague toujours à travers les prés, se coule sous les arches du pont de pierres, vire à gauche pour éviter le pied d’un vèrdou, disparaît à droite entre les talus du Moulin, reparaît plus loin et se perd, enfin, vers les côtes des Evêts.

Dans le village, on ne trouverait plus les chemins si les rangées de maisons n’étaient là pour dire : c’est entre nous qu’il faut marcher ! Les portes des granges parais­sent plus rouges… ou plus vertes.

La sorcière (chasse-neige en bois composé de deux longues parois écartées en triangle par une entretoise) est passée, halée par un robuste cheval de trait brun qui s’enfonçait jusqu’aux genoux en déra­pant à chaque pas. Pour se remettre d’aplomb, l’animal étonné donnait des coups de col saccadés qui faisaient tinter la rangée de grelots garnissant le harnais. Alternant avec la musique des clochettes, les coups de fouet cla­quaient et les jurons du Bibi « encourageaient » le cheval : — Û!… Âr !… Û, mile djus!

Comme une proue de navire fendant la mer, la sorciè­re écartait la neige molle et lourde. Et la neige gémissait en glissant le long des flancs de bois, avant de s’amasser en murettes ondulantes. Les rues n’avaient jamais été aussi tortueuses. A la suite de l’engin, des gamins et des gamines dont le nombre augmentait à chaque instant sautillaient et se bousculaient. Ils se reconnaissaient à (p.83) peine, car on ne voyait que leurs yeux ; le reste du visage disparaissait dans un passe-montagne renforcé d’une lon­gue écharpe de laine, enroulée plusieurs fois autour du cou. Certains voulaient s’asseoir sur l’entretoise de la sorcière pour se faire traîner, mais le Bibi les menaçait de son fouet en jurant comme un païen. Mécontents, ils pétrissaient de gros boulets de neige fraîche qui collait aux moufles de laine et les lançaient vers le méchant conducteur de l’attelage…

*

* *

Vers les quatre heures, le calme s’est installé dans le village. Le soir est arrivé tout d’un coup, sans que l’on s’aperçoive de son entrée en scène. Les lampes à pétrole commencent à éclairer les fenêtres ; leur faible lueur projette des rectangles jaunes sur la neige qui se durcit. Et commence la plus belle, la plus longue nuit de l’année : la seule où les enfants auront le droit de veiller avec les grands ; la seule où les cloches sonneront à minuit…

Qui pourrait oublier ces Noëls ardennais d’autrefois ?

A onze heures et demie, la petite cloche a sonné « le premier » (coup) pour inviter les villageois à se préparer. Les portes s’ouvrent. Emmitouflés dans leurs plus chauds habits, des hommes, des femmes et des enfants sortent par petits groupes et s’acheminent vers l’église. On se parle à voix basse comme si l’on craignait d’éveiller la nature qui repose. Les souliers cloutés font crisser la neige qui se colle en gros plokèts (amas de neige (ou de terre)) aux semelles tièdes ; avant d’arriver à l’église, il faudra taper des pieds dix, vingt fois, pour se débarrasser de ces hautes semelles blanches qui font basculer la marche à chaque pas.

 

 (p.84) Les groupes se font de plus en plus nombreux à mesure que l’on approche de la place. Il en vient de par-ci et de par-là. Ceux des hameaux et des fermes isolées balancent les lampes d’étable qui ont éclairé leur pèleri­nage nocturne.

Au loin, on entend déjà les cloches des environs ; leur son se perd, revient puis s’en va de nouveau… Sou­dain, celles du village commencent à sonner “le dernier”: à la volée, heureuses de sonner à la fois si tard et si tôt.

Les ombres silencieuses gravissent les escaliers. Le parvis est jonché de plokèts ; enlevés par les uns, repris par les autres, ils seront transportés jusqu’au fond de la nef. La grande porte s’ouvre, éclairant les ombres qui entrent d’une lumière fugitive ; puis elle se referme en attendant d’autres ombres…

Il n’y a pas beaucoup de lumière à l’intérieur. Seule la crèche installée sous l’autel de saint Martin est éclairée par des bougies ; leur flamme vacillante allonge et rétré­cit, tour à tour, les ombres des gens et des choses qui bougent sur le parquet où fondent lentement les mor­ceaux de neige. Le sacristain allume les cierges du maître-autel. De temps en temps, on entend des gens qui toussent et des chaises qui remuent. Les plus frileux se sont groupés tout près du haut poêle qui ronfle comme un sourd ; ils prendront toute sa chaleur : elle n’atteindra même pas le dos des gamins alignés devant la crèche. Dans cette église très haute, il fait sûrement plus froid qu’à Beth­léem, la nuit du premier Noël ! Il faudra conserver les moufles. On ôtera hâtivement les passe-montagnes sans prendre la peine de « refaire » les cheveux indisciplinés qui brikant (s’ébouriffent) en épis au-dessus des nuques dégarnies.

 

(p.85) L’unique souci, c’est d’être près de la crèche !

C’est une crèche rustique, la même chaque année, faite de cloisons et d’un toit de paille sèche, entourée de papier « gris » éclaboussé de blanc ficse (blanc d’Espagne)… pour imiter des rochers. Pas de guirlande colorée ni de boule lumi­neuse ! Une lampe d’étable pend au plafond pour éclairer les occupants. A droite, saint Joseph, un genou à terre, regarde l’Enfant Jésus d’un œil grave, sérieux : on ne peut deviner ce qu’il pense de cette naissance. A gauche du berceau de paille, Marie est agenouillée ; elle pose sur son fils un regard de tendresse et d’espoir : elle espère que son petit ne vivra pas trop mal dans ce monde inconnu qui lui a déjà refusé le gîte… Couché dans son auge, voici l’Enfant Jésus, tout frais, tout rosé, qui tend les bras en souriant aux anges. L’âne gris et le bœuf roux, naseaux élargis, semblent souffler une haleine tiède près de la tête du nouveau-né : on croit voir les boucles blondes remuer légèrement, mais c’est seulement le vacil-lement des bougies qui déplace les ombres…

Les bergers sont arrivés les premiers ; le plus « vieux )) tient dans ses bras un agneau tout crolé (bouclé).

C’est une belle, une vraie crèche, vraiment pareille à celle de Bethléem…

Tout ensemble, les cloches, les toux et le remue-ménage des chaises se sont tus. Ce silence parfait est presque inquiétant. Le voile de la sacristie s’écarte et, précédé des trois enfants de chœur, le curé s’avance en levant un regard furtif vers le jubé. L’harmonium donne le ton et soudain, une voix- vibrante résonne sous la voûte :

 

(p.88) Minuit, chrétiens, c’est l’heure solennelle

Où  l’Homme-Dieu  descendit jusqu’à  nous

Pour effacer la tache originelle

Et de son  père arrêter le courroux…

 

Tout le monde sent passer un frisson à fleur de peau. Ce chant que l’on n’entend qu’une fois l’an, on dirait que tous les assistants l’attendent « depuis plus de quatre mille ans » ! Cette année, c’est le fermier François qui l’entonne; l’an dernier c’était Louis, l’ardoisier : aucun ne céderait son tour pour un empire!

Et l’office déroule son ruban de chants allègres et de prières ponctuées par des toux que l’on essaie vaine­ment d’étouffer…

La messe terminée, chacun s’en retourne sous son toit d’ardoise où les grands-parents ont veillé près du bon feu parce qu’ils ne savent plus marcher dans la neige et la froidure. Ils ont préparé le café et dressé la table. Alors, toute la famille réunie fait honneur aux grandes tartes au sucre, au gâteau en forme de couronne et au gosau succulent.

L’Ardenne ne connaissait pas encore les réveillons faits de ripailles bruyantes : c’étaient des nuits de Noël calmes et douces vécues par des gens simples et pauvres… comme la famille de Bethléem.

 

in: Marylène Foguenne, Petites chroniques d’une vie de campagne, Souvenirs de la Haute-Sûre, Vaux-lez-Rosières 1930-1950, éd. Eole, 2003

 

Quant à la fête de Noël, elle revêtait une très haute impor­tance au village. D’ailleurs, plusieurs semaines à l’avance, chacun selon ses capacités participait activement à sa prépa­ration.

A la maison, maman ressortait de l’armoire du grenier les quelques éléments de décoration. Il y avait une crèche en papier glacé, toute colorée que la grand-mère avait reçue à Tongres quand elle était zélatrice. De la taille d’une grande enveloppe, quand on tirait sur un grand côté, elle se dépliait comme un accordéon et prenait l’épaisseur de plusieurs centi­mètres. Les personnages : Marie, Joseph et Jésus se tenaient en relief devant un décor et le côté déplié était déposé sur le buf­fet de la belle chambre. Placée à proximité, une bougie était allumée de temps en temps pour la prière. Nous ne la quit­tions pas des yeux de peur de provoquer le feu à la maison.

À l’église aussi, on installait la crèche. Je n’ai aucun souve­nir précis avant 1941, date où l’abbé Nicolay renouvela tous les personnages. Dès son arrivée en 1940, il avait incité les gens à participer à la vie paroissiale. Dommage qu’il ne soit resté que deux ans !

Cette année 4l, il a encouragé chaque foyer à acheter un personnage de la crèche en plâtre coloré et promis d’écrire le nom de famille en dessous, à l’encre de chine. Voilà ce qu’il disait dans le petit journal qu’il vendait :

«A partir de cette année, à la plus grande joie des enfants, nous aurons une nouvelle crèche avec tous les personnages qu’on a l’habitude d’y faire figurer.

 

Les enfants ont déjà acheté les moutons, le bœuf et l’âne, l’enfant Jésus et l’ange-Gloria. Aidez-nous à acheter les autres personnages. Chacun d’eux coûte 130 frs».

Dans le petit journal de décembre, nous pouvions encore lire cette petite histoire, discussion entre deux fillettes à l’église :

«Dis, Marie, as-tu vu la belle crèche ?

Oh oui, répond Alice. J’y suis allée cet après-midi et je suis restée plus d’une heure en contemplation devant le petit Jésus. Qu’il est beau !

Et Saint-Joseph ? Tu as vu son petit toupet sur le crâne ? Et le bœuf, et l’âne ?

Mais surtout les moutons ! Comme il y en a ! J’ai même vu une petite fille en embrasser un.

Et puis, le chameau, quel animal ! Le conducteur a bien de la peine à le conduire et son geste semble lui dire : attention, ne marche pas sur les moutons. Et les canards dans l’eau. Il ne manque qu’un chien pour conduire les moutons.

Oh oui, c’est beau. On n’a jamais vu ça à Vaux. Et, mon­sieur le curé promet encore plus beau pour l’année pro­chaine. Chic, je me réjouis déjà à l’avance !

Et, tu as vu l’ange, Marie ?

Oh oui, il dit chaque fois merci quand on lui glisse une pièce de monnaie. J’ai alors demandé plusieurs pièces à maman et l’ange m’a dit beaucoup de fois merci.

Et si nous allions encore une fois voir la crèche ?

Tu as raison, dépêchons-nous et nous irons dire au petit Jésus une bonne prière pour nos parents, pour nos prison­niers, pour M. le curé et pour la fin de la guerre.

Braves petits enfants !»

La grand-mère avait acheté un mouton pour notre famille. C’était pour nous un événement peu banal. Chaque fois que nous venions à l’église, s’il n’y avait personne pour nous obs-

 

erver, nous cherchions «notre mouton». Nous l’admirions mieux que les autres. Il représentait notre famille; c’était un peu Remy ou moi, venus admirer le nouveau-né…

Le menuisier du village avait construit un décor, l’ensemble occupait la partie droite de l’église, près du chœur. Les per­sonnages se trouvaient à l’avant-plan dans la verdure ou sur un sentier et se dirigeaient vers la crèche. Des bougies allu­mées ajoutaient encore à l’ambiance festive et tout près de nous se tenait aussi un petit nègre. Quand nous glissions une pièce dans une ouverture sur son ventre, il balançait la tête en signe de remerciement. L’argent servait à l’entretien de la crè­che.

Avant la guerre, il n’y avait aucun sapin pour compléter l’ensemble. Mais lors de l’occupation, les Allemands ont introduit cette coutume qui existait surtout en Alsace.

Ils nous ont demandé d’installer un sapin dans le chœur mais rien n’y était accroché : il y avait seulement la couleur verte, symbole de la vie. Depuis, la coutume est restée chez nous et s’est même amplifiée jusqu’à l’impensable, l’insup­portable.

À l’école, nous préparions Noël en apprenant des chants de fête. Nous allions les répéter à l’église avec le curé, autour de la crèche que l’on installait.

«Quel présent faut-il porter à ce roi des anges ? Que chacun offre son cœur tout brûlant de cette ardeur…»

Refr : «Courons z’au, z’au, z’au Courons plus, courons z’au plus vite à ce pauvre gîte…».

La messe de minuit était le moment que nous attendions tous avec impatience. Après le repas du soir, comme dessert, nous recevions un bout de gâteau ou une galette. Ensuite, nous ne pouvions plus manger, car nous devions attendre au moins trois heures avant de recevoir la sainte communion. Maman nous demandait alors d’aller dormir une heure ou deux; elle disait : «Si v ‘n’ alez nin dwârmu, vo n’ irez nin à mèsse,… v’s-irez dwârmu à l’ èglîje…», «si vous n’allez pas dor­mir, vous n’irez pas à la messe… vous irez dormir à l’église». Nous montions dans nos lits; nous ne dormions pas chaque fois mais nous nous reposions quand même. Quand il était temps, maman venait nous réveiller et nous mettions nos habits du dimanche pour nous rendre à l’église.

La messe de minuit était solennelle, toute l’assemblée était recueillie et reprenait les beaux chants. Pendant la guerre, l’instituteur était prisonnier en Allemagne. Aussi, la sœur enseignante et le curé s’occupaient-ils des préparatifs et du déroulement de la messe. Le chantre, Emile Boeur, jouait de l’harmonium. Le premier Noël de l’occupation, les Allemands se sont mêlés à la communauté. Ils formaient un chœur d’hommes, ce qui rendait les chants de Noël encore plus beaux. Pour le chant : «Douce nuit», ils «musné», «musaient» pendant que l’assemblée chantait. Pour un moment, on oublia que c’était la guerre et qu’ils étaient nos ennemis…

La messe se terminait vers une heure trente du matin. Le cœur rempli de la douce joie de Noël, nous rentrions à la maison où, avant de nous coucher, nous pouvions encore manger un morceau de gâteau, «kéke djayes», «quelques noix» ou une orange.

Le jour de Noël était festif, maman s’attardait au fourneau et nous préparait un repas qui sortait de l’ordinaire.

Après-midi, nous retournions voir la crèche. Nous cher­chions notre mouton afin de l’admirer encore puis nous res­tions pour les vêpres.

On ajoutait les rois mages à l’Epiphanie et quelques jours après, le tout était démonté.

C’est difficile de séparer Noël du Nouvel an car les deux fêtes sont proches l’une de l’autre et un peu complémentai­res : Noël, fête du cœur au sein du noyau familial; nouvel an, joie et voeux à transmettre au reste de la famille, aux voisins, aux amis pour l’année qui commence.

 

in: J.-M. Pierret, Quelques aspects du folklore chestrolais, in : La Vie Wallonne, 1967, p.165-sv

 

(p.173) La fware aus djayes ‘littéralement : foire aux noix’ qui avait lieu jadis à la Saint-Thomas, attirait beaucoup de monde à Neufchâteau. Elle était aussi appelée fware dès domèstikes, car c’était là que les valets de ferme étaient le plus souvent engagés. Le contrat, d’une durée d’un an, prenait cours le lendemain de Noël. Pour les enfants cependant, il n’était pas question d’insis­ter pour accompagner les grands : ils savaient bien que la pre­mière fois qu’ils allaient à la foire, ils devaient ‘baiser le c… de la vieille femme’. Afin de pouvoir rendre visite aux jeunes filles le lendemain de Noël, les jeunes gens leur payaient des noix.

La veille de Noël, tout le monde réveillonne. Avant de partir à la messe, on se restaure ; jadis, c’était toujours avec le cugneu, petit gâteau allongé en forme de bonhomme. On en fait encore à Massul. Pendant la nuit de Noël, le petit Jésus ‘passait’ quelques friandises dans les souliers des tout petits enfants. Pendant cette même nuit, on déposait à l’extérieur des aliments destinés au bétail ; ils étaient distribués le lendemain car on les (p.174) croyait bénéfiques. On dit encore qu’à minuit, à Noël, les bêtes à cornes se mettent à genoux dans les étables [Molinfaing, Tronquoy] ; ou bien qu’elles sont toutes levées [Massul, Verlaine]. Malheur à celui qui s’aviserait d’aller contrôler : il tomberait raide mort ! Le jour de Noël — autrefois, entre Noël et l’Epi­phanie —, le cultivateur ne doit pas nettoyer son étable car cela causerait la perte de sa plus belle vache.

Pendant les fêtes de Noël, on recueille un certain nombre de signes qui permettent de prévoir le temps de l’année suivante. ‘Vert. Noël, blanche Pâques’ dit-on : ‘quand on mange les noix au soleil, on mange les œufs derrière le fourneau’. Cléres matines, spès djèvés ; spèsses matines, clérs djèvés ‘claires matines, épaisses javelles ; épaisses matines, claires javelles (= s’il fait un clair de lune pendant la nuit de Noël, les moissons seront abondan­tes)’ [Verlaine ; aussi Tronquoy]. On observe la direction du vent pendant la messe de minuit ; il soufflera dans la même direction pendant les trois quarts de l’année [Verlaine]. On note soigneuse­ment le temps qu’il fait pendant les douze jours qui suivent Noël : il correspond à celui qu’il fera pendant les douze mois de l’année. On recourt aussi à cet autre procédé : il faut mettre quelques grains de sel sur douze demi-oignons avant la messe de minuit et observer au retour de la messe ceux qui sont mouil­lés ; le temps sera humide pendant les mois qui correspondent à ces oignons mouillés.

Autrefois, le jour de Noël, on recevait des noix dans les caba­rets. Le lendemain de Noël, les jeunes gens se rendaient chez les jeunes filles qui leur distribuaient des noix. Cela s’appelait : ‘aller rechercher ses noix’ ou ‘aller chercher sa baterîe’ [Massul, Molinfaing, Verlaine]. A Mellier, les jeunes gens, accompagnés d’un musicien, partaient de grand matin. Cette tournée était appelée aussi la ‘baterîe’.

 

Li Noyé à Goûvi (Noël à Gouvy)

(Louis Nisen, Fôre do Noyé (Foire de Noël), in: LD, s.d.)

 

1.6 Li Gaume / La Gaume

in : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

 

(p.59) 25 décembre. Noël

 

La nuit de Noël, à Robelmont, à minuit, les vaches recevaient une ration exceptionnelle de fourrage.

Les enfants allaient rendre visite aux parrains, marraines, grand-parents où ils étaient gratifiés d’un cugnon, gâteau en forme de bon­homme.

 

Michel Vincent, in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992, p.26

 

26 décembre. Fouettage des filles en Gaume

 

Le lendemain de Noël, une petite troupe de jeune gens, munis d’une baguette flexi­ble, allaient rendre visite aux jeunes filles qu’ils avaient fait danser à la fête. Chose curieuse, on les attendait, on les espérait. Les parents et la jeune fille les accueillaient avec le sourire. Un des jeunes s’avançait et donnait quelques coups de baguette sur la jambe de la demoiselle. C’est tout juste si elle ne disait pas merci. À son tour mainte­nant de faire plaisir. Elle distribuait des noisettes ou des noix aux garçons. Il arrivait que les jeunes gens passaient une maison où ils étaient aussi attendus. C’était grave! On avait quelque reproche à faire à la jeune fille et à sa famille. Celle-ci était vexée d’avoir été désignée à la malveillance du voisinage, manière par les enfants. Ceux-ci vont de porte en porte en disant : Djè v’nans quîr note fwètadje. Et ceux-ci, tout comme les anciens, reçoivent des noisettes.

 

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

boûkètes

in : Félix Rousseau, Légendes et coutumes du Pays de Namur, Trad. wallonne, 2006

 

(p.136) /cougnous/

L’origine de ces gâteaux de Noël est fort ancienne. Le polyptyque d’Irminon, rédigé au commencement du IXe siècle, en fait déjà mention. Ils ne sont pas parti­culiers à la province de Namur ni même au pays wallon. On les retrouve en Picardie sous le nom de cuignets et dans la Flandre française sous celui de cougnoles.

 

in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992

 

Les traditions gastronomiques

 

Le 24 décembre, premier jour du djama est une vigile donc un jour d’abstinence. Les plats consommés avant minuit durant la nut’ dès matènes devaient être des plats maigres.

 

Le cougnou

 

Dans l’ensemble de la Wallonie, le mets traditionnel de la fête de Noël était initiale­ment le cougnou, gâteau à l’aspect de lo­sange ou anthropomorphe selon les endroits.

La dénomination varie selon les régions : cougnou à Liège, Verviers, Stavelot, en Ar-denne, à Namur et dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, cougnole à Mons, coquille à Lille et à Tournai (11).

Étymologiquement, son nom provient du latin cuneolus qui se traduit par «petit coin». On peut donc supposer que sa forme initiale était un triangle, puis il se rapprocha du losange. Censé être apporté par le «petit Jésus» (12), il a probablement été assimilé à celui-ci avec le temps jusqu’à ressembler à un nouveau-né emmailloté dans l’ èfahèdje (les langes).

La marche à l’étoile à Saint-Pholien, Noël 1987 (Photo Yves Bastin = Y.B.).

Son existence est attestée au Moyen-Age. Le témoignage iconographique le plus an­cien d’un gâteau anthropomorphe figure sur les «Jeux d’enfants» de Pierre Brueghel, ta­bleau conservé au Kunsthistorisches Mu­seum à Vienne.

Dans la partie occidentale de la Wallonie, en Hainaut particulièrement, on les décorait de ronds de terre cuite blanche moulés en série et peints à la main. Les motifs de ces ronds de cougnole affichent une grande va­riété (13).

Depuis les années 1960, le plâtre a rem­placé la terre cuite, mais les motifs et les couleurs imitent ceux réalisés autrefois (14).

Aujourd’hui, c’est l’effigie en matière su­crée de l’Enfant Jésus qui remplace le rond, ce qui était déjà le cas dans d’autres régions de Wallonie.

À certains endroits, les enfants trouvaient leur cougnou sous l’oreiller en s’éveillant le matin de Noël.

Dans l’Est de la Wallonie et le Nord de la France, le cougnou était offert par la mar­raine ou le parrain aux filleuls des deux

sexes.

(p.29)

Un noël rappelle cet usage. Bondjou marène, et bone santé : Dji vin qwèri m’ cougnou d’ Noyé! (15) «Bonjour marraine et bonne santé :

Je viens chercher mon cougnou de Noël».

La coutume était identique dans l’ensem­ble de la Lorraine française où l’on offrait « un gâteau traditionnel en forme de poupon appelé cogneu ou keugneu (16) ». (…)

 

La boûkète

 

À Liège, le cougnou resta connu jusque vers 1870 (19), mais il était concurrencé par la boûkète (20) qui, finalement, eut raison de lui.

Crêpe de farine de blé de sarrasin, la boû­kète est sautée dans la poêle. La pâte est far­cie de raisins de Corinthe (21).

La nuit de Noël, elle était généralement consommée chaude accompagnée de vin chaud, de ce même vin dont on arrosait la bûche.

La boûkète, tout comme son nom, nous est venue des régions sud-néerlandaises au XVIIIe siècle à tout le moins.

Un rôle fiscal liégeois en fait mention en 1736 (22). Deux noëls anciens y font aussi allusion, le premier est verviétois de la fin du XVIIIe siècle, un berger offre à Jésus :

One taute du vî stofé èt one vôte à l’ boûkète… (23).

« Une tartine de fromage mou et une crêpe de sarrasin».

Le second concerne plus directement le réveillon :

Vos-ârez /’ djôye et ï bô plêzîr du hagnê d’vins’ ne bôkète ! (24)

«Vous aurez la joie et le bon plaisir de mordre dans une boûkète \

 

Le porc

 

Les préparatifs de la fête avaient commencé quelques jours auparavant par

(p.30) l’abattage du porc. Dans bien des familles, on l’engraissait pour 1′ touwer à Noyé. Le cochon était l’invité obligé de toutes les ta­bles.

«Pas de Noël en nos régions, faisait re­marquer Doutrepont (25), où les divers pro­duits du porc n’apparussent sur la table de l’ouvrier comme du bourgeois. Aussi fai­sait-on une vraie hécatombe de porcs gras (26); c’était l’heure marquée chez les cam­pagnards pour immoler le pensionnaire en­graissé au cours de l’année. Ses boudins et ses carbonnades étaient les accessoires obli­gés du joyeux réveillon ».

Une fois encore, nos vieux noëls se font l’écho de toutes ces traditions, un berger of­fre de la saucisse à l’Enfant (27), un autre du jambon, s’il est cuit (28).

On retrouve aussi cette apologie du co­chon dans les vieux noëls français (29).

«Noël, Noël, il faut tuer notre petit co­chon» (30).

A Liège, dans le Namurois, en Ardenne, le menu à l’honneur après la messe de mi­nuit ou pendant la seconde partie de la veil­lée était le boudin, // tripe. Le boudin noir, qu’on appelait à Liège neûre tripe ou tripe à song était préparé avec la viande du cou, le sang recueilli lors de regorgement, la «dépouille» — c’est-à-dire le cœur, les poumons, la rate de la bête sacrifiée — du lard et des oignons. Le boudin blanc ou blanke tripe, était composé de pain blanc, de déchets de viande : lard, petit salé, viande collant aux os, et d’oignons, le tout pétri avec du lait. On introduisait cette pré­paration dans les boyaux dont l’intérieur avait été au préalable soigneusement lavé et gratté. Le tout était mis à cuire dans l’eau bouillante. On mangeait souvent le boudin avec des tartines en buvant du café.

Une part des boudins était réservée aux voisins et amis. Usage répandu à un point tel que le dicton :

Is n’ si pwèrtèt nin dè l’ tripe (31)

«Ils ne se portent pas de la tripe, du bou­din» est passé dans la langue pour indiquer une mésentente ou que deux personnes ne se fréquentaient pas.

Les cwèsses ou côtes de porc étaient mangées le jour de Noël. Elles sont évo­quées par un de nos plus vieux noëls, peut-être le plus connu (32).

Qwand n’s-arans stu à deûs’ treûs mèsses

n’ s-ârans chal magnî dès cwèsses, si magnerans-ne ine ône di tripe,…

« Quand nous aurons été à deux ou trois messes (33) nous reviendrons ici

manger des côtes de porc, il se mangera une aune de tripe… ».

Elles se consommaient rôties arrosées d’un filet de vinaigre, accompagnées de chou vert. Cette coutume était très vivace à Malmedy. On n’hésitait pas, au besoin, à récolter le légume dans le premier jardin venu (34).

À Namur, les skinéyes, c’est-à-dire l’échiné, remplaçaient les côtes de porc.

 

Le lapin

 

À la fin du XIXe siècle, un autre plat de fête était en vogue à la Noël dans les mi­lieux populaires : le lapin.

Cette mode, dont l’origine se situe vers 1890 (35), était fort répandue. En 1898, treize marchandes regroupées autour de la halle du Nord à Liège ont vendu, pendant les journées des 23 et 24 décembre, 3500 lapins domestiques provenant de Tongres, Hasselt et Saint-Trond (36).

Dans les cas extrêmes plutôt que d’af­fronter le déshonneur d’une table vide, les

(p.31) plus nécessiteux faisaient une chasse ou­verte aux «lapins de gouttière» (37). Mal­heur aux chats qui, ces nuits-là, s’aventuraient dans les quartiers popu­laires !

 

 

Michel VINCENT

 

 

Notes

 

(11)  M.-A. arnould, Les gâteaux de Noël et leur décoration en Hainaut, dans Enquêtes du Musée de la Vie wallonne, t. VII, 1954, pp. 8-12.

(12)  A Ath, il porte le nom significatif de couque du petit Jésus. Cfr. E. polain, Le folklore de Noël, dans La Vie wallonne, 1.1, Liège, 1920, p. 160.

(13) Le cadre de cet article ne permet pas de s’éten­dre longuement sur le sujet. Sauf précision de notre part, les sources proviennent en majeure partie de l’excellent article de M.-A. arnould, Les gâteaux de Noël et leur décoration en Hainaut, dans Enquêtes du Musée de la Vie wallonne, t. VII, 1954, pp. 1-74.

(14) Au Pays des cougnous, cougnoles et coquilles, la pâtisserie traditionnelle de Noël et les ronds de cougnoles, Mons, Traditions et Parlers populaires Wallonie-Bruxelles, 1990, p. 30.

(15)  Noël n° 2 analysé par doutrepont, op. cit., pp. 120 et suivantes.

(16)  M. vallas et J.-M. cuny, Saint Nicolas et Noël en Lorraine, Colmar, 1983, p. 47.

 (19) E. polain, op.cit., p. 160.

(20) Telle est l’orthographe adoptée par le Diction­naire liégeois de Jean Haust.

(21) J.-D. boussart, Le Nouveau Clabot, mensuel dialectal, première année, n° 1, Liège, janvier 1969.

(22) G. rem, Folklore de Noël, du Nouvel an et du jour des Rois, dans Si Liège m’était conté, 3e année, n° 9, Hiver 1963, p. 5. : «…la capitation de l’ancienne paroisse Saint-André mentionne la présence, rue des Airs, de Mathieu Toussaint, ouvrier mandelier, pauvre sous l’aumône, et de Catherine Falaise, sa femme, fai­seuse de bouquettes ».

(23) J.-D. boussart, Tradition de Noël, p. 7. (d’a­près un tiré à part d’Elisée leoros).

(24) A. doutrepont, op. cit., Noël n° 15, pp. 193 et 194.

(25) A. doutrepont, op. cit., p. 17.

(26)  Un article intitulé La charcuterie, dans La Meuse du 27 décembre 1898, annonce que la consom­mation de porc à Liège a été «exceptionnelle».

Il précise que 761 porcs ont été abattus entre le 15 et le 22 décembre. Il signale toutefois que la consom­mation reste forte pendant l’hiver et que l’on débite de 300 à 350 porcs par semaine. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l’abattage privé fort répandu dans les campagnes.

(27)  A. doutrepont, op. cit., Noël 17, couplet 14, p. 207.

(28) Ibidem, Noël 2, couplet 5, p. 128.

(29) Ibidem, p. 118, l’auteur évoque aussi les noëls de Bourgogne et de Besançon.

(30)  M. vallas et J.-M. cuny, op. cit., pp. 46 et 47.

(31) L’abattage du cochon dans Enquêtes du Mu­sée de la Vie Wallonne, 1.1, p. 294.

(32) A. doutrepont, op. cit., p. 16. Il s’agit d’une variante du noël n° 1.

(33) L’allusion aux trois messes rappelle l’autorisa­tion qu’avaient les prêtres de célébrer trois messes de­puis le VIe siècle : la première à la vigile, la seconde à l’aurore et la troisième au jour. Cfr. Catholicisme d’hier, d’aujourd’hui, demain, t. IX, Paris, 1982, col. 1314.

(34) H. bragard, op. cit., p. 361.

(35) E. polain, op. cit., p. 165.

(36) La Meuse du 27 décembre 1898.

(37) La Meuse des 24 et 25 décembre 1907.

 

 

in: Roger Pinon, La boûkète liégeoise et les  crêpes à la farine de sarrasin  en  Wallonie, in : VW, 1978, p.161-197

 

La boûkète ou crêpe à la farine de sarrasin a été l’objet de quelques notes historiques et folkloriques, notamment dans La Vie Wallonne (I, 1920, 4, p. 161, par Eugène Polain; XXI, 1947, pp. 62, question de Gallus; 138-140, réponse de Maurice Piron; XXII, 1948, pp. 46-48, par Etienne Hélin ; XXXIII, 1959, p. 128, par Elisée Legros; XL, 1966, p. 283, par Jules Herbillon, Elisée Legros et Etienne Hélin) et dans L’Atlas linguistique de la Wallonie. 3. Les phénomènes atmosphé­riques et les divisions du temps, 1955, p. 349a. Il ne paraît pas inutile de rassembler en une notice tout ce que l’on sait déjà de ce mets si apprécié à Liège, données qui sont encore très dis­persées et qui complètent ce que j’en dis dans mon étude sur les Cris des marchands de comestibles, 1977, pp. 64-68.

La boûkète est une crêpe dont la composante caractéristique est la farine de sarrasin.

Jean Haust, dans son Dictionnaire liégeois, 1933, p. 102b, donne du mot boûkète les deux significations que voici : 1. blé sarrasin; 2. crêpe faite avec cette farine. Il ajoute que cette crêpe est frite à la poêle avec du beurre ou de l’huile; qu’on ajoute souvent à la pâte des corintènes ou raisins secs de Corinthe, (p.162) ou des ronds de pomme. Rodolphe de Warsage, dans son Calen­drier populaire wallon, 1920, p. 158, 11° 400, dit qu’elles sont rissolées dans l’huile et saupoudrées de sucre, ce qui est insuf­fisant comme définition, puisqu’aussi bien il n’y a pas de doute qu’on les ait cuites aussi au beurre. Dans son petit livre sur La cuisine régionale wallonne, 1938, p. 20, il donne plus de détails : notamment que la boûkète est frite et sautée dans la poêle, à l’huile de colza. Sa pâte noirâtre est farcie de corintènes et la crêpe est saupoudrée de sucre blanc ou de « sucre de pot », c’est-à-dire de cassonade. Cette donnée est confirmée, avec un détail de plus, par Désiré Thomas dans Les Cahiers Wallons, 1937, 12, p. 184, qui décrit une Sîse di Noyé :

 

XIV.   C’esteût po fé lès bonès boûkètes

Avou dès corintènes divins,

Mahèyes avou l’ ôle di navète

Et dè fwèrt bon cognac tot plin.

 

« C’était pour faire les bonnes crêpes de sarrasin — Avec des raisins de Corinthe dedans, — Mêlés à l’huile de navette — Et de fort bon cognac tout plein ».

A Verviers, on passait de même les matines à faire des boûkètes : on passe lès matènes à fé dès boûkètes, dit l’Aurmanak du Les Fous de 1888, p. 43; et à Hervé, selon L’Armonack de Pays d’Haive de 1904, p. 16, on magne lès boukètes avant la messe de minuit. Et nul doute qu’on ne les ait mangées avec du souke di pot pour les saupoudre]’, ainsi que l’attestent Jean Wisimus pour Verviers et Lambert Lemaire pour Mélen, ce dernier dans Li fi de moûnî, 1935, p. 14.

De Warsage ajoute que c’est dans les faubourgs de Liège que l’on confectionne des boûkètes aux fruits de saison, « notamment aux cerises noires ». « Cependant, depuis quelques années, nous avons abandonné le sarrasin presque entièrement pour de la ‘farine à boûkètes’, mélange de farine [de froment] blanche et de farine de sarrasin. N’oublions pas de mettre de la levure dans cette pâte fort lourde que l’on place dans un seau, recouverte d’un lainage, à proximité du fourneau, afin de la faire lever».

Il n’est pas sans intérêt d’interroger un autre témoin de la même époque, Eugène Polain. « Comment se fait la bouquette ? », feint-il de demander. « Avec deux parties de sarrasin et une de fine farine zéro, on bat une pâte assez liquide, où l’on a mêlé à l’eau un peu d’huile d’olive et la levure nécessaire. Le récipient, une grande terrine en terre cuite d’autrefois, est placé, recouvert d’une épaisse couverture et à l’abri des courants d’air, sur un (p.163) coin de la cuisinière ou sur une chaise devant un des fours ouverts. Quand la pâte a levé au point de déborder, et que la poêle à frire a été d’abord enduite intérieurement d’huile de colza ou de navette, on y verse une cuillerée à soupe de pâte liquide, à laquelle on ajoute des raisins de Corinthe. Au préalable l’huile a recuit dans un récipient; pour la clarifier et lui enlever son goût trop fort, on y fait mijoter un croûton de pain. Souvent on ajoute à l’huile, qui a la vertu de rendre la crêpe plus cro­quante, du beurre et du saindoux. Mais c’est là un raffinement inconnu de nos pères, de même que l’emploi du lait pour le battage de la pâte, et la substitution, aux corinteunes, de fins raisins. Pour retourner la bouquette, on la fait sauter sur la poêle. Elle se mange chaude, à la veillée, avec de la cassonade et une tasse de vin chaud ; le lendemain, au déjeuner, on la mange froide avec du sirop sur une de ses faces. Jadis, chacun était tenu de faire frire lui-même au moins une bouquette, ce qui provoquait des incidents joyeux ou des croyances superstitieuses… Et l’as­sistance de rire et de plaisanter! Mais si l’on ne savait pas où la bouquette était chue, alors on ne riait plus, car on était persuadé qu’elle était ensorcelée, que le diable ou quelque sorcière l’avait attirée par la cheminée ».

C’est en référence à cette croyance que Georges Ista, auteur dialectal de mérite (Liège 1874 – Paris 1939) composa sa fameuse « Boûkète èmacralêye », poème narratif qui a quelque peu folklorisé. Nicolas Hoven (Liège 1829-1912) avait déjà, en 1873, composé une comédie en vers en un acte de même titre, parue dans le Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, XIV, 3, 1876, pp. 255-289. Et pour remonter encore plus haut, je citerai aussi Alphonse Le Roy et Adolphe Picard dans le même Bulletin, II, 1859, 2, p. 56, qui disent aussi que chacun doit retourner une crêpe à la cuisson : « il y a des malins, dit-on, qui savent lancer la bouquette. jusque par-dessus le toit, à travers le tuyau tout garni de suie, et vont la rattraper dans la rue sans quelle ait souffert le moindre dommage ». Évidemment Monsieur de Crac est passé par là.

Ajoutons à la recette de la boûkète celle du vin chaud à la liégeoise selon Polain : « Faire bouillir de l’eau en y ajoutant du sucre; quand l’eau est bouillante, on y verse une bouteille de vin rouge, avec un bâton de canelle, un peu de muscade, de macis ou de clous de girofle. On le laisse chauffer jusqu’à ce qu’une épaisse vapeur s’élève à la surface du liquide. Avant de verser le vin dans des tasses, jamais dans des verres, on en jette quelques gouttes sur la bûche [de Noël] enflammée (Ardenne) ou sur le (p.164) feu même, sur les charbons ». Selon René Meurant, dans ‘Miette’ de Folklore, 1972, p. 21, « cette nuit de Noël, des ménagères pré­parent du vin chaud dans une grosse bouilloire de cuivre ronge; elles y mettent du sucre, de la canelle, des clous de girofle. Le vin étant chaud, le maître en aspergeait en forme de croix les cendres du foyer, après quoi il en offrait à ses invités ». Mais ce texte est inspiré, sans le dire, directement du Calendrier populaire wallon de Rodolphe de Warsage, p. 157, n° 400, ce qui lui enlève toute valeur de témoignage. De Warsage dit avec plus de préci­sion trois clous de girofle et quelques morceaux de cannelle; l’aspersion des cendres devait avoir lieu dans le silence général. Auguste Hock, le père du folklore liégeois, indique dans ses Croyances et Remèdes populaires au Pays de Liège (Bull. Soc. liég. Litt. wall., XII, 1868, p. 230) que ce vinfuré, ainsi qu’il se dénomme, on le tient chaud dans un pot en étain que l’on plonge au bain-marié dans une grande marmite.

Jean  Haust résume, en somme, ce que nous avons appris jusqu’ici sur la boû/cète, lorsqu’il dit qu’« on les mange chaudes, saupoudrées de sucre, ou froides, garnies de sirôpe»’, en outre qu’à la Noël on les mange d’ordinaire en buvant du vin chaud, tout comme on mange les galets du nouvel an avec du vin furé ou  chaud,  selon  Henri Forir dans son Dictionnaire liégeois-français, I, 1807, p. 407b. Mais de même que Charles Semertier dans son Vocabulaire des Boulangera, Pâtissiers, Confiseurs, etc., 1894, pp. 8-9 du t.-à-p., — le quel s’inspire probablement de Forir — celui-ci ne dit mot du rite de la bénédiction de la bûche ou des cendres du foyer. Semertier, d’ailleurs, paraît bien ne connaître qu’une recette simplifiée du vin furé : li nut’ divant l’ Noyé, on magne dès boûkètes avou dè vin furé « la veille de la Noël, on mange les crêpes avec du vin chaud assaisonné de canelle et de sucre ». Forme plus simple encore, si la description est bien complète, à  Waremme, selon Pol Sevenants dans le n° du 10 janvier 1933 des Echos de Waremmee, en la rubrique Rapwètroûles èt Sovenances : on passéve li nut [di Noyé] po ratinde lès matènes tot buvant dè vin tchâfé avou dèl canèle èt tot magnant dès boukètes « on passait la nuit de Noël pour attendre les matines en buvant du vin chauffé avec de Ja canelle et en mangeant des crêpes ».

Emile Détaille, dans sa Contribution au folklore de la Noël parue en 1940 dans le Recueil de la Société royale Le Vieux-Liège, p. 39, est un témoin plus tardif. Il emprunte d’ailleurs plus d’un détail à Rodolphe de Warsage et à Eugène Polain, saris le dire, mais il ajoute qu’à l’époque, à Comblain, l’huile de navette était (p.165) déjà remplacée par du beurre ou de l’huile d’arachide. Il arrive aussi qu’au moment de les servir on les arrose de rhum et qu’on lasse flamber celui-ci. On les mange froides aussi, avec du sirop ou de la confiture. A Esneux, on les arrose encore de vin chaud additionné de canelle. Dans le Condroz liégeois voisin, selon A. llastir dans La Nation Belge du 26 décembre 1946, on rehausse Je goût de la boûkète avec un doigt de cognac ou de pèkèt (eau-de-vie), ce que j’ai pu observer aussi à Seraing. La maîtresse de maison les frit dans une poêle copieusement graissée de sèyin ou saindoux. La maisonnée s’en régale aux matines de Noël, en les saupoudrant de cassonade. J’ai obtenu de Mme Germaine Vroo-ineu en décembre 1971 une recette de boûkète verviétoise où il est dit qu’il faut la cuire dans du saindoux, et les réchauffer avec un peu de beurre bruni, ce qui les améliore. Ici on mange les crêpes, comme d’ailleurs actuellement aussi dans tout le pays de Liège, en buvant une tasse de bon café.

Voici une recette qui a perduré pendant au moins un siècle dans une famille liégeoise. La grand-mère de Georges vrancken, qui aurait eu 124 ans en 1977, née à Hautregard (La Reid) mélangeait déjà 500 gr. de farine blanche à 500 gr. de farine de sarrasin, y ajoutait une pincée de sel, environ un litre de lait, un grand verre de rhum, 60 gr. de levure fraîche, 6 œufs dont le blanc était battu en neige, et cuisait les crêpes, dont la pâte était généreusement parsemée de raisins de Corinthe, puisqu’il en fallait 2 boîtes ou un quart de kilo, avec de l’huile dont on ne m’a pas spécifié la nature. Les crêpes devaient être petites mais épaisses; on les consommait saupoudrées de cassonade et en buvant du café. On les réchauffait, éventiiellement, au beurre ou à l’huile.

De mon informateur Victor Lefébure, né au début de ce siècle eu Outremeuse, j’apprends que l’on travaillait la pâte dans un seau, qu’on ne mélangeait pas la farine de sarrasin à de la farine blanche, qu’on battait la farine, additionnée de levure sèche, dans de l’eau, et qu’on mettait le tout à lever près de la plate-bûse. Sa mère ne voulait même pas que l’on marchât dans la cuisine afin de ne pas courir le risque de voir la pâte retomber; elle mettait les turbulents à la porte. Pendant que la pâte levait, dans une marmite de fonte on faisait bouillir de l’huile de navette ou colza avec une croûte de pain; quand celle-ci était brune, presque noire, l’huile était à-point. C’est avec cette cûte ôle qu’on faisait frire les boûkètes, en les parsemant de neûrès corintènes, de raisins noirs de Corinthe surnommés wandions ou « punaises ». On déposait les crêpes cuites sur une cleûse ou claie, et on les (p.166) saupoudrait de souke di pot ou cassonade. « Vola lès vrèyes boûkètes di Dju-d’là-Moûse », « voilà les vraies crêpes au sarrasin d’Outremeuse ».

Ces deux recettes, l’une bourgeoise, l’autre populaire, mon­trent, avec les données fournies antérieurement, que la tradition de la boûkète n’est pas uniforme.

Léon Simon, l’érudit de Ciney, a noté que la bôkète y était d’importation namuroise et qu’on en faisait peu dans sa villette. Elle n’est rien de plus, pour lui, qu’une vôe lèvéye, « une crêpe dont la pâte est préparée au levain ». Sans doute avant de la définir telle qu’il le fait était-elle préparée à base de farine de sarrasin, et au levain pour la même raison qu’à Liège. Bôkète est bien le nom namurois (et même carolorégien) du blé, de la farine et de la crêpe de sarrasin. Charles Camberlin (Namur 1885 -Malonne 1924) dit qu’avec cette farine on fait des voûtes à l’ bôkète. A Bioul, Warnant et Annevoie, selon Lucien Léonard dans son Lexique namurois, 1969, p. 173, on dit boûkète, comme à Malmedy ; à Charleroi, on dit aussi boûkète, à Gueuzaine bûkète, à Chastre-Villeroux et à Meux, bonkète, selon des notes de la Société de Littérature wallonne; d’autres notes permettent d’as­surer que l’on dit boûkète à Verviers, boûkète parfois à Liège (déjà vers 1770) ainsi qu’à Verviers, et encore à Mélen, Battice, Pâturages, Soignies et Tournai. Valentin Van Hassel, dans Pou dîre à l’ Escriène, 1909, p. VI, indique qu’avec cette boûkète on faisait à Pâturages dèl tarte de boûkète. Jean Servais, auteur dialectal de Namur, indique qu’en cette ville on cût one platenéye d’ bokètes « on cuit un plat de crêpes à la farine de sarrasin », qu’on les saupoudre de djane suke di pot, et ce à la Toussaint (voir Les Cahiers Wallons, 1950, 8, p. 118). La bôkète se fait aussi à Perwez, selon Louis Henrard (ibidem., 1940, 30, p. 554 et 1952, 5, p. 83). Louis Delattre, dans ses Contes à Saint-Christophe, patron de mon village, qui n’est autre que Fontaine-l’JÉvêque, transpose une dénomination wallonne quand il parle de crêpes de baguette; mais celle-ci était-elle bien locale (voir p. 83)?

Il y a beaucoup d’observations justes dans ce que dit Rodolphe de Warsage : de nos jours encore on recommande de cuire à l’huile de colza si l’on veut obtenir d’authentiques boûkètes ; mais rares sont les personnes qiii acceptent de se conformer à la recommandation et même de cuire les boûkètes à partir de farine de sarrasin pure. La plupart des gens abandonnent même la farine mixte ou grise, et c’est ainsi que le mot boûkète en vient à ne plus rien désigner d’autre que la crêpe commune, mais aux (p.167) raisins de Corinthe, li boûkète ås corintènes, comme dit L. Souris dans ses Œuvres Wallonnes et Françaises, 1892, p. 149.

Cependant la boûkète, même à la farine de froment, ne se substitue jamais à la vote que j’appellerai médicale, vu son emploi : celle-ci est toujours une vote, ou plus fréquemment encore une « crêpe », en français. Rodolphe de Warsage, dans un article de La Chronique Médicale (Asnières-Seine), XLVI, 1939, 4, p. 87, sur Le Folklore wallon et la Médecine, donne la recette suivante qu’il feint d’observer : « Pour me débarrasser de la jaunisse, je ferai confectionner une crêpe, dont la farine aura été pétrie avec ma propre urine. Je l’abandonnerai sur l’appui extérieur de la croisée, et le gourmand qui en mangera aura ma jaunisse ». Louis Banneux, dans L’Ardenne Superstitieuse, 1930, p. 136, donne une recette fort semblable pour Bouillon, Lierneux et Paliseul : « Faire une crêpe et la jeter sur le chemin. Celui qui la ramasse hérite de la maladie », en l’occurence la jaunisse encore. A la page 138, il indique qu’on traite les maux de dents en main­tenant sur la joue un morceau de crêpe à la farine d’orge, et ce à Izier.

Pour Albin Body dans son Vocabulaire des Agriculteurs de l’Ardenne, du Condroz, de la Hesbaye et du pays de Hervé paru dans le Bull. Soc. Litt. Wall., XX, 1884, p. 31, la boûkète désigne aussi une crêpe faite avec de la farine de sarrasin et du miel recueilli par les abeilles sur les fleurs du blé de ce nom. Il doit s’agir d’un suprême raffinement, et je doute que les marchandes de boûkètes de Liège ou d’ailleurs, de même que la plupart des ménagères, l’ait jamais eu.

Mais qu’entendait-on par une boûkète à la fin du siècle dernier ? Le mieux, semble-t-il, est de se reporter à Charles Semertier, dont l’étude sur la boulangerie-pâtisserie liégeoise parut en 1894. Il nous apprend une série de détails importants : « Cette pré­paration wallonne se fait en rissolant du beurre seul ou un mélange d’huile de colza comestible et de beurre dans une poêle à frire, puis en y versant 5 à 6 mm de haut d’une pâte suffisam­ment levée faite par moitié de farine de froment et de farine de bouquette, additionnée de levure, d’une verre de bière ou de rhum et d’eau en quantité suffisante. D’aucuns y ajoutent des tranches de pommes, des cerises, d’autres et surtout les Flamands établis en Wallonie, y introduisent des raisins secs, surtout des raisins de Corinthe, et au lieu de saupoudrer simplement de sucre, enduisent une des faces de sirop ou de mélasse, à l’instar des koekebakken ». En 1898, au cours d’économie ménagère de l’école des Prés-Saint-Denis à Liège, on enseignait la recette (p.168) suivante d’après le cahier de feu Jeanne De jardin, à ce que rap­porte Jean-Denys Boussart dans La Vie liégeoise, 1973, 12, pp. 7-8: 1° Délayer la levure dans un peu d’eau tiède; 2° Mélan­ger la farine de sarrasin et de froment par moitié et y ajouter un peu de sel; 3° Verser lentement l’eau tiède et mélanger jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de grumeaux; 4° Ajouter la levure en continuant à mêler; 5° Après avoir laissé lever, faire les boûkètes comme suit : A. Mettre dans la poêle un mélange formé de beurre et de saindoux fondu préalablement; B. Y déposer une louche de pâte; G. Parsemer de corinthes; D. Retourner la crêpe; E. Saupoudrer de sucre.

Il n’est guère possible d’en connaître davantage sur ce que fut la boûkète liégeoise. Mais peut-être apprendrons-nous quelque chose en allant voir ailleurs ce que fut la crêpe au sarrasin.

 

Boucancoukes et coukebakes

 

A Mons les enfants s’intéressaient très fort à la boucâcouke (comme les petits Liégeois à la boûkète) : tel est le nom donné à la crêpe à la farine de sarrasin. La plus fameuse des marchandes du lieu, Magrosse, qui installait sa boutique de toile grise sur la Grand’ Place, attirait rarement le riche, mais bien les ouvriers et les enfants. « La première boucâcouke ne se payait pas, n’étant jamais bien réussie. Aussi les gamins se disputaient pour la pos­séder », constate Mme Nestor Slotte-De Bert dans son Folklore Montais. La Guirlande des Mois… [1935], pp. .141 et 143; à la p. 142 une illustration représente Magrosse dans son haïon : elle est occupée a frire une crêpe sur un petit poêle bas à trois ou quatre pieds; derrière elle le seau de condeûve ou pâte. (Jelle-ci se faisait aussi dans une marmite, selon L’ Vraie Ervue d’ Mons, 1883, p. 70 : « L’ fîe prind ène marmite, lés farines, l’ jèt, lés œufs, infin tout ç’ qu’ i faut pou faire dés boucancoakes ou dés gaufes, éyét lé v’là partie au fourni », « La fille prend une marmite, les farines (de san’asin et de froment donc), la levure, les œufs, enfin tout ce qu’il faut pour faire des crêpes au sarrasin ou des gaufres, et la voilà partie au fournil ». Hécart, dans son Dictionnaire Rouchi-Français, 18543, p. 71b, indique que d’habitude la pâtis­serie se fait en mettant une cuillerée de pâte liquide sur une plaque de fer placée au-dessus d’un réchaud; «on la fait frire avec un peu de beurre roussi, quelquefois avec de l’huile de colza ». Philibert Delmotte, clans son Essai d’un glossaire wallon (montois) qui date de 1812, mais fut publié en 1907, I, p. 85, dit de la boucacouque que c’est une « espèce de raton, ou crêpe (p.169) faite de fleur de blé-noir ou sarrasin », fleur étant ici synonyme de farine, comme dans fleur de botchet à Tourcoing (von Wartburg, XV/1, 126, 1968, p. 173b). Il n’y a donc pas encore de mélange de farines.

Le grand intérêt des jeunes pour la boucancouke explique que les marchandes élisaient souvent domicile près des écoles, ainsi qu’on en a fait également la remarque à Liège.

Charles Letellier, dans son Vocabulaire montois-français paru dans YArmonaque dé Mans (1866, p. 75) dit que la boucancouke, boucâcouke ou boucâcouke montoise est une espèce de raton, lequel mot est un terme rouchi pour désigner la crêpe commune, mais à base de farine de sarrasin et d’eau. C’est un mets des ouvriers et des enfants; les bourgeois préfèrent le raton à la fine fleur de froment, avec des œufs, du lait et de la crème. Le mot vient du flamand boekweitkoek, selon J. Sigart, Glossaire étymologique mon­tois…, 1866, p. 93, confirmé par E. Ulrix, De Germaansche Elementen in de Romaansche Talen, 1907, p. ISb, n° 224 et repris par le Französisches etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg, XV, 1968, p. 174a. A remarquer cependant qu’éty-mologiquement la boekweitkoek n’est pas une crêpe, mais un gâteau sec.

C’est encore du flamand, mais de koekebak « crêpe » cette fois, que vient la dénomination tournaisienne pour désigner la crêpe légère faite de farine de sarrasin mélangée d’eau et de lait, comme dit Alexandre Desrousseaux dans son livre sur les Mœurs populaires de, la Flandre française, II, 1889, p. 149, pour la ville voisine de Lille, et qui se dénomme coucoubake à Tournai et couk(è)bake à Lille. On acate dè l’boukète pou fé dès coucoubakes, dit Jacques Tranquille dans Troisième Diminche, p. 38. Et Henri Georges, dans Les Infants d’ Tournai, XVII, 1970, 193, p. 4, a sauvé une description de la confection des coucoubakes de la Toussaint : on mélange de la fleur ou farine de blé à de la boukète, on ajoute ène guise de gui (une mesure de levure de bière), deûs greos-sous d’ lét-kéaud trait depuis peu, « vingt centimes de lait chaud »; le tout est pétri dans une marmite. On graissait la poêle ou étûve avec ène cwène de lard « une couenne de lard », et on mangeait les crêpes chaudes couvertes de castonade « cas­sonade » et parfois avec du beurre étendu sur la crêpe.

Le mot n’est pas inconnu, ni la chose bien entendu, ailleurs : Henri Del court indique dans .ta Vie Wallonne, II, 1922, pp. 80-86, que la coukébake athoise est une «espèce de crêpe», sans plus; Mous connaît aussi le mot : la coucabake ou coukébake est la même chose que la boucâcouke, selon Charles Letellier, Armonaque (p.170) dé Mons, 1847, p. 8; 1848, pp. 10 et 12; 1851, p. 24, lequel dit que l’on fait cette pâtisserie, ainsi que des rétons et des gaufes pendant les trois jours gras et de nouveau le dimanche du Laetare. Il préfère d’ailleurs la forme boucâcouke, à laquelle il ajoute le sens secondaire de « torgnole, gifle », et qu’il utilise aussi comme sobriquet d’un de ses personnages, blanchisseur de son état. A Mouscron, la coukebake est un palô ou crêpe de pâte légère, selon Léon Maes, dans Notre patois, [1942], pp. 33 et 04. De même la coukebake est une crêpe à Warneton, alors qu’à Comines (France et Belgique) on dit falote,, à Gommes-France aussi une paleute : c’est le mets caractéristique de l’Epiphanie et de la Chandeleur, selon Henri Bourgeois, Glossaire du patois de Comines-Belgique; Pierre Allard et Charles Vermès, Glossaire du patois de Comïnes-France ; Pierre de Simpel, Glossaire du patois de Warneton, chacun dans les Mémoires de la Société d’Histoire de Comines et de la Région, III, 1973, pp. 180, 276 et 303.

Avant de passer à la Flandre française, mentionnons que le mot est aussi connu en Wallonie. Louis Loiseau a noté à Naimir que la coukebake est une crêpe à base de farine de sarrasin, et Florent Boigelot que, trempée dans du lait, elle constitue la trûléye. Fernand Danhaive, dans son petit livre sur les Mœurs et Spots du Terroir de Namur-Nord (Vie rurale), 1925, p. 45, ajoute que les coukebakes de la Toussaint sont semblables aux voûtes, mais que leur composition est différente, car elles sont à base de boûkète, et on les cuisine à l’huile de golzau ou colza, et non au beurre. Selon Désiré Martin, auteur dialectal de Namur, dans Les Cahiers Wallons, 1962, 3, p. 80, c’est dans la rue des Bourgeois que l’on pouvait le mieux sentir l’odeur des coukebakes : one inéye d’ ôle di golzau si staureûve dins l’ reuwe, sôtant d’ èmon Seurafine qui fieûve dès crostiliyons et dès coukebakes à one cense « un parfum d’huile de colza se répandait dans la rue, sortant de chez Séraphine qui faisait des croustillons et des crêpes à deux centimes ». Charles Camberlin, dans les mêmes Cahiers Wallons, 1958, 10, p. 172 = 1959, 2, p. 51, signale la même odeur caracté­ristique dans les villages à peu près dans les mêmes termes : Do viladje vint l’ ignéye dès coukebakes,  dès tchôdes; Su chake feu, dins chake paîle, on faît sauteler lès votes; C’ èst l’ Tossint…, «Du village vient l’odeur des crêpes de sarrasin toutes chaudes; — Sur chaque feu, dans chaque poêle, on fait sauter les crêpes; — C’est la Toussaint… ». A remarquer que l’emploi de vote et de coukebake montre bien que celle-ci est considérée comme une variété de la première.

A Genappe aussi la coukebake est la crêpe à la bouquette, (p.171) selon l’Atlas Linguistique de la Wallonie (ALW). Mais à Annevoie, Bioul et Warnant, elle est, comme semble le suggérer Camberlin d’ailleurs (lequel vécut non loin de là, à Malonne), la vote ordi­naire : la forme donnée par Léonard, p. 173, est coûkèbake. Jean Lejeune, le lexicographe liégeois, a entendu coûkèbake encore à Jupille au sens de « galette »; on notera que Charles Du Vivier de Streel dit de la boûkète qu’elle se dénomme koekebak à Bruxelles, en la définissant, dans son dictionnaire inédit, « petite galette ».

J’ajoute que Charles Bruneau, dans son Enquête linguistique sur les patois d’Ardenne, II, 1926, p. 97, a noté le mot coûcabake à Hargnies pour désigner la crêpe, et Albert Vauchelet, dans Tous les patois des Ardennes, 1940, p. 158, signale coûkèbake à la fron­tière belge du département des Ardennes, dont le synonyme est bake (par aphérèse du précédent?) et brake à Nouzonville (par altération du précédent?), mot qui selon Bruneau désigne une omelette à la farine à Braux et une crêpe sans œufs à Aiglemont ; à Joigny-sur-Meuse et à Neufmanil le mot n’était connu que des instituteurs.

Et venons à la Flandre française, Louis Verrnesse, dans son Dictionnaire du patois de la Flandre française ou wallonne, 1867, p. 163, explique que la coûkèbake lilloise est faite de farine de bokète et de beurre. Jeannine et René Debrie, dans leur Mœurs épulaires picardes, 1977, p. 86, disent d’après David et Lamy qu’à Lille la « conque bake est une sorte de crêpe assez légère faite de sarrasin blé noir, appelé boquette ou bouquette, de lait et d’eau ». Mais L. Debuire, dans Les Lilloises, IV, 1859, p. xxvni, écrit couk’bake, qui est le terme qu’emploie Ch. Decottignies dans ses Chansons, pasquilles, duos et scènes populaires lilloises, 1864, p. 158. Il ajoute que le dimanche, après la promenade, les jeunes aimaient aller manger des couk’bakes, dont Desrous-seaux, dans ses Chansons et Pasquilles lilloises, IV, 188l2, p. 235, dit que le démêlage ou pâte se fait à partir de fleur de bokète ; et Pierre Legrand, dans son Dictionnaire du Patois de Lille, 18562, ajoute que la marchande étend cette pâte avec une cuillère sur une plaque chauffée. Depuis 1830 environ, selon Desrous-seaux, IV, pp. 242-243, exista jusqu’en 1871 un établissement ou cabaret à l’enseigne des « Quatre Marteaux » (de tonnelier) ; par contre il ne donna pas de date pour celui d’une dame Dubois, « qui a fait sa fortune en vendant ce comestible », et qui « a eu l’honneur d’être citée dans la chanson du Filtier Lillois, dont l’auteur a gardé modestement l’anonymat] » :

II mange au moins six fois par mois

Sa fine couk’bake chez mame Dubois.

 

(p.172) Desrousseaux toujours, mais cette fois dans ses Mœurs populaires de la Flandre française, II, pp. 150-153, ajoute qu’Aux Quatre Marteaux la vente s’opérait de septembre à avril pendant la saison théâtrale. Le prix d’une crêpe était d’un sou pièce, sans sucre, et d’un sou et demi pour celles dites à l’anglaise,, c’est-à-dire saupoudrées de sucre blanc. On en faisait à la Chandeleur dans les familles, et à la fête paroissiale. Pierre Pierrard, La Vie. quotidienne dans le. Nord au XIXe siècle, 1976, p. 77, ajoute que la première crêpe de la Chandeleur se garde pendant toute l’année pour se protéger contre la misère; et si on la jette en haut de l’armoire — probablement en voulant la retourner sans le recours à un couvercle ou tout autre instrument — « on est sûr de ne pas manquer d’argent ». Ces détails, cependant, ne valent peut-être que pour les carpèles (littéralement « crêpettes ») de Picardie; par contre il indique que les coukêbakes sont largement saupoudrées de cassonade dans toute la Flandre.

La fête paroissiale où la crêpe au sarrasin eut le plus de vogue est la ducace dès Récolètes ou Ricolètes, qui se tenait le quatrième dimanche d’octobre sur la place Saint-Jacques à Tourcoing et dans les rues adjacentes : autrefois on n’y vendait pas autre chose le jour à couk’bakes, selon Jules Watteeuw, Chansons, Fables et Pasquilles, IV, 1902, p. 51 (pour l’indication de ce jour). Ce jour-là les faijeûs d’ couk’bakes, et la fabrique de couk’bakes étaient sur les dents (voir pp. 11 et 12). La Basse-Ville de Tour­coing avait sa marchande bien connue : c’était Louison.

A Mouscron aussi, selon Léon Maes, Folklore Mouscronnois, I, s. d., pp. 140-141, on sert des polos ou coukêbakes dans les fritures et dans les cabarets la où il y a ducace, ainsi qu’à la Chandeleur. « Dans les ménages, on en faisait toujours à la Toussaint, dans l’avant-soirée, parce que les hommes n’allaient pas au cabaret ce jour-là. On prépare une pâte liquide composée de farine de gruau, lait, œufs et beurre, qii’on verse à la louche dans la poêle graissée à l’huile mais plus souvent au moyen d’une couenne de lard. Certaines ménagères emploient aussi cette pâte pour faire des moles gofes [« gaufres molles »] dans un fer à grands carreaux. Palôs et moles gofes sont mangés chauds avec du beurre et de la cassonade. Les palôs qu’on préparait en famille le soir de la Chandeleur étaient consommés avec l’arrière-pensée d’obtenir une belle récolte de lin. Anciennement les polos étaient faits de farine de sarrasin ou blé noir ». Le rôle propitiatoire des palôn est tenu à Templeuve par la coukebake, à Pecq par la coucobake, que l’on mange pour avoir du beau lin, selon l’ALW.

Selon C.  Bodart-Timal, dans ses Évocations Roubaisiennes, (p.173) 1960, p. 48, qui dédie un poème de quatre strophes aux couk’bakes, on les saupoudrait de sucre gris, chuke gris, alias cassonade. Selon un certain A. Meyfroit en 1971, on confectionne des coukebakes à partir de farine ordinaire, de lait et d’œufs que l’on mélange avec une cuillère de bois. On fait rougir le poêle, on graisse la poêle avec du lard, on verse la pâte à la louche, et on retourne la crêpe d’un coup sec. A Tourcoing la coukebake de fête n’était plus en général à la farine de sarrasin, si je m’en remets à la définition qu’en donne La Brouette de Jules Watteeuw en date du 28 octobre 1906, p. 4a : car c’est « une crêpe légère faite de farine mélangée d’eau et recouverte soit de sirop ou de cassonade ».

Je ne reviens pas à Tournai avant d’avoir signalé qu’à Lannoy, selon Eklitra, 1974, 8, pp. 15 et 17, la crêpe est appelée coup’bake. A Tournai, selon Jean Haust dans Le Dictionnaire Tournaisien du dr Louis Sonnet (1816-1897), publié dans le Bulletin de la Commission royale de Toponymie et Dialectologie, XX, 1946, p. 253, s. v° carmiaux, au carnaval, in fét ripaye, trwas jours à-t’-afilet  (d’affilée): in va al tripe du visin, in minje dès coucoubakes, ét cès-tis-ce qui veût’ faîre du flafla, i fèt’ dés waufes au chuke, « on fait ripaille trois jours de suite; on va manger de la tripe au voisin, on mange des crêpes, et ceux qui veulent faire de leurs airs, ils font des gaufres au sucre ». Le jour de la Toussaint les enfants vendaient des coucoubakes, ainsi qu’il est décrit dans mon étude sur les cris des marchands de comestibles. C’est donc que c’était le mets du jour.

 

Bèrdèles et ratons

 

La crêpe à la farine de sarrasin s’appelle encore bèrdèle dans la région de la Semois. Le docteur Théodule Delogne dans l’Ardenne Méridionale Belge, 1914, pp. 8, 10, 40 et 50, a noté qu’on en mangeait autrefois pendant trois ou quatre mois à défaut de pain à Allé, ainsi qu’à Frahan (Corbion) et à Petit-Fays. Elles étaient « excellentes surtout quand on pouvait les additionner d’un peu de farine de blé ». Ajoutons Laforêt à ces localisations, d’après l’ALW, ainsi que Gespunsart, où la bèrdèle est une sorte de crêpe faite de farine d’avoine ou de sarrazin, d’après Vauchelet, pp. 28 et 164, Bouillon, Gedinne, Monthermé et Cliarleville, où c’est une galette de sarrasin ou une crêpe sans œufs, voire une crêpe ordinaire; dans les Ardennes, la bèrdèle est une pâte presque liquide, qui ressemble à la pâte d’omelette, et dont on se sert pour faire des gaufres, selon von Wartburg, XXI, 1969, (p.174) 131, p. 481b. On peut ajouter quelques précisions d’après Charte» Bruneau : on dit bèrdéle pour « galette de sarrasin » à Louetle-Saint-Pierre; bèrdéle de sarciài aux Hautes-Rivières, Bagimont et Cons-la-Grandville; à Aiglemont la bèrdéle est une crêpe sans œufs, et à Braux une crêpe, mais les instituteurs de La Neuvillo-aux-Haies, Deville, Thilay, Les Hautes-Rivières, Neufraanil, Laval-Dieu et Phades — ces deux derniers lieux des écarts clo Monthermé — connaissaient aussi le mot dans ce sens. En résumé, selon Louis Wilmet dans L’âme de l’Ardenne, s, d., p. 99, bèrdèles ou votes à la farine de sarrasin constituaient le fond de l’alimen­tation pendant trois ou quatre mois de l’année en Ardenne.

Il est possible, néanmoins, que le mot bèrdéle soit (devenu?) une sorte de générique. Ce qui expliquerait que l’on sente le besoin de le déterminer par « de sarrasin » quand il s’agit d’une crêpe à la farine de cette céréale. Je n’ai pu découvrir l’étymologie du mot, qui paraît s’apparenter au radical berd- de bèrdèler, a. fra. bredeler, XIIIe s., « bredouiller, gronder entre ses dents », que R. Gransaignes d’Hauterive, Dictionnaire d’Ancien Français, 1947, fait venir d’une onomatopée et que le Dictionnaire étymo­logique de la langue française d’Oscar Bloch et W. von Wartburg rattache à brittus « breton », par un second emprunt de ce mot « à un moment où -t-, qui est devenu -z- en breton moderne, était arrivé à l’étape intermédiaire -d- ». Mais on ne voit pas le lien sémantique, et Walther von Wartburg, dans le Franzôsisches etymologisches Wôrterbuch a raison, XXI, 1969, 131, p. 481b, de classer la bèrdéle en tant que crêpe dans les mots d’origine inconnue.

Il en va tout autrement avec le raton montois. R. Berger a consacré une note philologique aux Crêpes et Râlons de la région artésienne dans Les Traditions populaires dans le Nord de la France, II, 1956, pp. 15-16, note qu’il est possible d’enrichir. Les attestations les plus anciennes du mot remontent au XIIIe siècle; les formes en sont raston en Hainaut et notamment à Wasmes d’après le Glossaire étymologique borain d’Emmanuel Laurent, s. d., p. 68, et à Frameries selon L’ArmonaJc Borin, 1929, p. 29, ainsi qu’en Picardie anciennement et encore au XIXe siècle, roston à Pâturages, selon Vaîentin Van Hassel dans Pou dire à l’Eschrienne, 1909, p. VIII et passïm dans ses œuvres, raton en 1485 et 1798, à Blaton selon Florent Duc, Ein d’mi siée à Blaton, 1974, p. 119 et De c’ temps-là, Julie … Juliette, 197G, pp. 186 et 187, à Mons, à Valenciennes, Cambrai (Henri Carion dans L’Arména d’ Jérôme Pleumecocq, 1840, p. 132 et Charles Lamy, Passe-Timps .Kimberlot, III, 1893, p. 23, 60 et V, p. 83), Douai (p.175) (L. Dechristé, Souv’nirs d’un homme d’ Douai…, I, 1857, pp. 236, 241-242, 243), Denain (Jules Mousseron, Tout Cafougnette, 1974, [». 154 ( = gifles), A l’ ducasse, 1976, pp. 166, 167, 200,.,, Au. Pays de* Corons, \tyfl, pp. 45, 1-45, 47, Fkur« d’en lia*, 191O’-, p. 110), Lille (Vermesse, p. 435), Caudry (L. Bajart, A V coyette parmi V poêle, [1975], s. p.); Jules Corblet dans son Glossaire étymologique et comparatif du Patois Picard ancien et moderne…, 1851, p. 536, définit le raton «espèce de crêpe très renommée à Arras, Béthune et à Saint-Quentin », ce qui nous amène à citer Les parlera de la Thiérache et du Laonnois, de Jacques Chaurand, 19C8, pp. 297-298; mais il n’est pas possible d’oublier Edmond Edmont pour Saint-Pol-sur-Ternoise, E. Cochet et Le Patois de Gondecourt, 1933, p. 275a, Prisches dans l’Avesnois (d’après Claude Déparia dans Parlera et Traditions populaires de Nor­mandie, VIII, 1975, 30, pp. 242-243). On entend encore roûton à La Neuville-au-Pont, dans la Marne, selon Jean Babin, Les Parlera de l’Argonne, 1954, pp. 248 et 249, lequel à juste titre rappelle l’ancien français rouston de 1543 à Lille, que l’on doit invoquer aussi pour le roston de Pâturages ; raton à Metz et dans la région de la Nied, d’après Léo Zeliqzon, Dictionnaire des Patois romans de la Moselle, 1922, p. 5COb; réton à Mons d’après Philibert Delmotte, II, p. 98, traduit par … «raton»!, et à Hirson; rèston au pays de Charleroi et dans le Centre, ainsi qu’à Soignies (d’après Léon Delférière en 1927 et l’Armonaque dé Sougnies, 1888, p. 6, ainsi qu’Armand Dechèvre dans El Mouchon d’Aunia, 1976, 6, p. 101), à Brairie-le-Comte (voir le Glossaire en wallon de Braine-le-Comte, s. d., p. 67a), à Obaix (Armand Lambillotte, Tout boun’mint, 197.1, p. 15). Joseph Dufrane, pour Frameries, emploie raston à la p. 143 de ses Œuvres Choisies, 1898r, ce qui me permet d’élucider l’énigmatique raston : « raton » du Vocabulaire de ses œuvres annexé à l’édition de 1933 de cellesrci par son neveu Louis Dufrane, p. xxxni de l’édition de 1958. Il est vrai que raton, même à Charleroi et à Soignies, est ressenti très souvent comme étant un mot français, ce qui explique peut-être la remarque de Chaurand, selon qui raton a tendance à supplanter andimole « qui a contre lui de faire plus patois ». Charles Dausias donne, dans Un siècle d’humour wallon à Mons, [1930], p. 5a, sur la base de je ne sais quelle autorité, la forme raston comme montoise au XIVe siècle déjà.

De même qu’il y eut de célèbres confectionneuses de coukebakes à Lille, dans des caves, il y eut des confectionneuses de ratons à Douai dont le nom est venu jusqu’à nous grâce a L. Dechristé : I ni-avot dins l’ temps tros faijeûses èd’ crèpes, lès pus crânes èd’ Douai : preumier ch’ étot Cécile, dè l’ rue Sint-Piêre, qu’ èle (p.176) faïjot misai des boues gaufes aveu du chuke blanc deussus : ch’ étot l’ cok; après i s’ trouvât grad-mêre Lamelle, (dens l’ rue dès Huit-Prêtres, à l’ cave Coutelot, qu’ ale sèrvot après un canon d’ tiote bière pou deûs daubes pou n’ pwint s’ étoufer ; infin, Ma Grosse, dè ch’ Pont-des-Récolèts; ale arinjot cha fin bin sur un bon fu d’ èscarbîyes, ét i ni-avot toudi dins s’ cave tros quate parties d’ pandoûr in trin.

Pour Semertier, p. 51, le ra(s)ton henniiuyer est une espèce de crêpe, mélange de fleur de farine, d’œufs, de sucre et de crème que l’on fait frire. En rouchi, c’est une pâtisserie faite de farine ordinaire, d’œnfs, de crème; à Mons, comme à Lille, en Wallonie et en Picardie et en tant d’autres endroits, c’est la crêpe ordinaire ; seul Chaurand fait observer qiie le raton est plus épais que la crêpe; à Denain, Jules Mousseron insiste sur l’emploi de levure fraîche ou de brasserie, levure èd’ brassin, et sur la qualité du sucre, qui doit être de la castonâde : on démêle la farine avec des wés et une pougnie d’ castonâde, laquelle sert aussi à saupoudrer les crêpes. A Mons, on consommait les ratons avec du chocolat. A Douai, selon L. Dechristé, l’enfant crachait dans la poêle pour avoir la première crêpe que cuisait la marchande pour une clientèle groupée et qui était gratuite. L’amour du raton était autrefois tel chez les enfants qu’il les conduisait tout droit à la goinfrerie ; L. Dechristé dit se rappeler que le tiot Mathieu avait mangé aveuc un aute galafe deu s’n-âje une crêpe de douze sous (une somme élevée à l’époque) et qu’ils en avaient attrapé une forte indigestion. C’était un dimanche ou un lundi, les jours où les enfants se rendaient, le plus fréquemment aux caves pour s’en faire servir.

Hécart signale qu’à Valenciennes « on a vu de temps en temps de terribles mangeurs. Un ouvrier sellier a mangé à lui seul un dîner préparé pour douze personnes», dans lequel rie manquait certainement pas les ratons. Il cite un passage des Faictz et dictz de Molinet (1435-] 507) qui traduit cette goinfrerie, qui a donc acquis une sorte de tradition dont le raton est l’objet privilégié, probablement d’ailleurs avec d’autres mets :

J’ai vu clerc de village

Manger un gros raton,

Une poule voilage,

Ung quartier de mouton,

Du pain plein une mande

Bouler en ses boyaulx;

Ne sçay comme la paivce

Ne luy rompt de morceaulx.

 

(p.177) Le sens de crêpe ne fut pas toujours celui du mot raton : dans le Vimeu. le raton est un « gâteau battu dont la pâte se fait dans la proportion de une livre de farine, une livre de beurre et un quarteron d’œufs », selon Gaston Vasseur, Dictionnaire des Par­lers Picards du  Vimeu (Somme), avec considération spéciale du dialecte de Nibas, 1963, p. 569, ainsi que Jeannine et René Debrie, Mœurs épulaires picardes, dans Picardie Information, 1973, 9, p. 44b. R. Berger, en outre, nous apprend que le raton fut à l’origine une tarte faite de farine, beurre, œufs et fromage, si l’on se reporte au dictionnaire de Cotgrave, qui date de 1611; le Dictionnaire de Trévoux, de 1721, précise que le raton est une espèce de pâtisserie plate faite de pâte avec du fromage ou de la crème cuite dont les enfants sont très friands. Le Dictionnaire de rAcadémie, au début du XIXe siècle, dans sa sixième édition, dit que c’est une petite pièce de pâtisserie faite avec du fromage en forme de tarte. Roger Vaultier, Le Folklore pendant la guerre de Cent Ans d’après les Lettres de Rémission du Trésor des Chartres…, 1965, pp. 117-118 et note p. 118, indique, d’après L. Dechristé, que les ratons, à Noyon aux XIVe et XVe siècles, se consom­maient à la Chandeleur : « le rnayeur et les compagnons man­geaient des ratons, c’est-à-dire une pâte mêlée à du fromage ou à de la crème cuite et ayant la forme d’un petit rat », assure l’érudit La Fons Melicocq, ce qui est amusant. Hécart rappelle que « Boiste explique ce mot par pâtisserie de fromage mou », et il avoue ne pas savoir ce que c’est, « à moins qu’il ne veuille parler de la golden’, qui est une pièce de four », alors que le raton est une friture. Dechristé dit clairement que les ratons sont des crêpes, et en décrit la cuisson : « èle [une vieille] avot un grand diable èd poêle aveu eune couverture corne e.une rêve d’ bèniau, et après qu’a l’avot bin graissée aveu du bure dins un mord au d’ papier, aie fajot couler si condeufe tout qu’au fond de s’ couverture, si bin qu’ ch’étot épais corne min poche, d’ manière qu quand vos avalote deûs ratons corne cha, vos rèstote aveu vo bouke ouverte corne ch’s-ojiaus in plein solel ». Pour ce qui est de la pâte, Dechristé fournit quelques informations qui enlèvent tout carac­tère idéaliste à la crêpe de .Douai : « On vos flanquât là un morciau d’ pâte qu’un avot fait simblant d’ mète un œu(f) d’dins, mais qu’ ch’étot pus d’in mitan d’iau, et pis un méchant morciau d’ castonade pa-d’sus (d’ chèle à vos faire atraper la ftvâre du premier cop), et vos croquote cha corne du chuke. L’ pus biau d’ tout ch’ étot incore d’ cèrtènes famés qu’ales fabricoltê cha aveu un nez à tabac et des mains corne si aies v’notte d’ tamijer leûs chindes, si bin qu’ leû cachet il étot marqué su tous chés crêpes; n’importe, ch’étot bon tout d’ même, et un féjot eune chère à s’ pourlèker ».

(p.178) A Valenciennes la recette est plus noble : pour Hécart, pp. 39Ib, le raton est une « sorte de pâtisserie faite de farine, d’œuf et de crème »; « on fait de ce mélange un pâté fort liquide dont on hâte la fermentation par un peu de levure; on l’expose à une chaleur douce, et quand la fermentation est au point qu’on la désire, on en prend une certaine quantité avec la puisète, on la met dans une poêle plate dans laquelle on a fait roussir du beurre en quantité suffisante. Quand le raton est cuit d’un côté, on le retourne en frappant un coup sur le manche de la poêle, et on sert après avoir inspergé (sic!) de sucre en poudre ».

Par contre, à Antoing, selon Jean Dambrain à la Société de Littérature wallonne, le ratinon est une tarte aux pommes ou aux poires coupées en petits morceaux; à Genappe, le rèston est une omelette, comme l’est la boûkète verviétoise dans Mélusine (Paris), IV, col. 353; mais il faudrait savoir le sens précis donné par les notateurs à « omelette », celui-ci pouvant n’être axitre que « crêpe ». A Paris, Victor Fournel dans son étude sur Les Cris de Paris. Types et Physionomies d’autrefois, 1887, p. 21, avalise l’opinion que le raton du XVIIe siècle « représentait grossière­ment un rat » et assure qu’il se vendait deux liards sur les foires et dans les grandes réunions en plein air. Hécart rappelle qu’à la scène 2 du premier acte de La foire Saint-Germain, on peut lire le dialogue suivant : « Ce sont des ratons tout chauds, qui sont bons, Monsieur. — Les vends-tu à la douzaine? — Oui, Monsieur ».

Mais plus plaisante encore est l’étymologie rapportée par J. Corblet, p. 536 : selon un manuscrit de la Bibliothèque de l’Arsenal à Paris relatant des Anecdotes de la Ville d’Arras et de la province d’Artois, « l’an 893, Dodilo, évêque, alla accompagné des religieux de Saint-Vaast, jusqu’à Beauvais où avait été transporté le corps de saint Vaast seize ans auparavant pour le ravage des Normands, et fut rapporté à Arias par l’évêque, avec affluence de peuple, lequel montra grand signe d’allégresse et de dévotion, remerciant Dieu qui leur avait rendu ce précieux trésor sain et entier. Ce fut alors que le peuple en réjouissance inventa une espèce de pâte composée d’oeufs, de pain et de lait dont ils se régalèrent, ce que depuis lors on a continué de faire tous les ans, le jour de la fête du saint, dans ladite abbaye et dans la plus grande partie du peuple, même jusqu’aujourd’hui, ce que l’on a nommé raton, parce que le peuple, allant au-devant du saint, s’écriait le ra-t-on’t le ra-t-onl, voulant dire : l’a-t-on retrouvé » ?

L’étymologie savante du même Corblet reprend celle de Du (p.179) Gange et de Ménage : ce serait un latin tardif crato, lui-même venu de l’allemand grapfen « espèce de gâteau », qui paraît bien être un mirage. Quant à Laurent, il postule le néerlandais rate « gaufre de miel » (sic ! ; lire mat « rayon de miel »), qui ne peut ni phonétiquement ni sémantiquement c xpliquer les formes en -s-.

Pour Walther von Wartburg, approuvé par Jacqueline Picoche dans Un vocabulaire picard d’autrefois. Le Parler d’Etelfay (Somme). Étude lexicologique, et Glossaire étymologique, 1909, p. 200, et contre l’avis de R. Berger, qui postulait une origine flamande du mot, raton, ancien picard raston, vient du latin *rasitoria (avec changement de suffixe?), et il aurait signifié au point de départ une pâtisserie pour laquelle il faut étendre une mesure rase de pâte; c’est, en effet, un dérivé de rodere « raser ».

Il n’est cependant pas impossible, à mes yeux, comme le suggère Babin, que les formes en -o- et -ou- (roston, rouston, roûtori) n’ait subi l’influence de rôtir.

La forme reston n’est pas connue qu’à La Louvière et à Jamioulx, comme l’indique von Wartburg, X, 1960, 73-74, p. 90b ; elle est attestée là où je l’ai déjà indiqué plus haut, ainsi qu’à Philippeville, selon Mme Josée Spinosa-Mathot ; à Montignies-sur-Sambre, il est le mets de la Toussaint, comme d’ailleurs dans le bassin de Charleroi (voir E. Yernaux et F. Fiévet : Folklore wallon, 1956, pp. 324-325) : El djoû du Toussint, écrit In Houyeû du Sârt, de Lodelinsart donc, dans L’ Coq d’Awous’, III, 1908, 45, p. 353,

Pou passer l’ swèréye, in famîye,

On fét dès waufes ou dès rèstons.

« Pour passer la soirée, en famille, — On fait des gaufres et des crêpes ».

Mais à Pâturages, Valentin Van Hassel, dans Volez co des Istoires? In via, s. d., p. 23, parle de rasions d’ carnavay et à Longuevillette, selon René Debrie dans son Lexique picard des parlers ouest-amiénois, on ramassait des ratons le jour du mardi-gras (voir p. 94), alors qu’à Fieffés (voir p. 337) c’est à la Chande­leur qu’o fivét dés ratons pour en’ été min je à moucrons « on fait des crêpes pour lie pas être mangé des moucherons ». A Ham-sur-Heure, selon Fernand Bosseaux, dans El Bourdon d’ Châlèrwè èco d’ayeurs, VIII, 1956, 80, p. 131 — où figure une recette — le reston est le mets du mercredi des Cendres. A Nivelles l’Armonack des bouns Aclots de 1891, p. 13, signale les restons au grand feu du Quadragésime : on r’vènoût mindjî à V méso d’ leûs parints; on tuoût l’ deuxième pourcha, « on revenait manger à la maison (p.180) (= chez) ses parents; on tuait le deuxième cochon ». De Warsage les donne en outre, p. 424, n° 1468 de son Calendrier, comme inets de la Toussaint, avec les gaufres. C’est au carnaval aussi que l’on consommait les ratons à Denain. A La Louvière, Flori. Deprêtre situe la consommation des restons et des aujlètes au mois de mars, dans In bâtant l’ sèmèle, 1973, p. 12. A Soignies, selon VArmonaque déjà cité, c’est le lundi perdu, djoû dès crocheûs, qu’on fait lès au/es et lès restons; mais selon L. Delférière on en faisait aussi, d’une manière plus générale, « à la Chande­leur », au Candelé. C’est la date fournie aussi par Cl. Déparia pour Prisches, avec la curieuse justification que c’est pou n’ pas pisser cron « pour ne pas pisser tordu », par L. Bajart pour Caudry, par P. Pierrard pour Arras et le pays minier, avec en outre la date du 6 février, fête de Saint-Vaast. A Thulin, selon l’ALW, le raton de la Chandeleur, qui est fait de farine, de beurre et d’œufs, ne peut se donner aux étrangers, car cela porte mal­heur.

En moyen-français le réton est une « grosse erreur », à Mouscron, Lille et Valenciennes, une « gifle », un « soufflet », voire des « coups de poing » dans Vermesse citant un texte de Saint-Arnaud. Emplois métaphoriques, évidemment.

En conclusion, si la bèrdèle semble bien être une crêpe sinon toujours, du moins souvent, à la farine de sarrasin, le raton ne l’est presque jamais, puisque seuls Arille Carlier dans son Glossaire de Marche-lez-Écaussinnes (Bull. Soc. Litt. Wall., LV, 2, 1913, p. 356) et Léon Delférière pour Soignies, 1927, notent que l’on fait des restons avec de la boukète; par là le raton s’oppose à la coukebake et à la boucâcouke. Les données historiques, trop maigres pour qu’on en puisse tirer une conclusion solide, semblent engager les chercheurs à penser que le mets au sarrasin est d’in­troduction plus récente en Picardie en en Wallonie que le raton.

 

Les doûbes

 

Il est visible que l’on a tenté d’améliorer de nombreuses façons la crêpe à la farine de sarrasin : en la baignant dans du beurre, en y ajoutant des raisins secs, des tranches de pommes, des cerises, en la consommant avec du sirop ou de la confiture, en l’aromatisant avec de la liqueur — pour ne citer que des procédés liégeois, et sans oublier le mélange avec de la farine de froment. Mais c’est aussi une amélioration de la recette que de la consom­mer avec du sucre, d’humidifier la farine avec du lait plutôt qu’avec de l’eau, d’y introduire des œufs, d’y mettre de la levure (p.181) fraîche plutôt que du levain. Et c’est ainsi que d’amélioration en amélioration on a fait d’un mets d’infortune plutôt insipide et lourd une friandise moderne très appréciée.

Dans une petite région qui va de Bînche à Nivelles on retrouve le fromage du raton français. Flori. Deprêtre et Raoul Nopère disent dans leur Dictionnaire du wallon du Centre, 1942, p. lOla, que la doûbe (« double » littéralement) est une espèce de crêpe faite avec de la farine de sarrasin et fourrée de fromage gras. Catrine-à-doûbes en était la spécialiste à Binche. C’est d’elle, précisément, que parle René Légaux dans son T’avau Binche, 19422, pp. 35-36 : elle était installée, avant 1914, dans un vieux cabaret à feu ouvert ; là elle vendait des daubes au bure « doubles au beurre » à 3 mastokes (= 15 centimes), des èspéciales à 2 gros-sous (=  20 centimes) et des doûbes au froumâje «doubles au fromage » aussi pour 2 gros-sous. L’èspéciale se servait avec une bonne torkète « torchette », c’est-à-dire avec un bon morceau de beurre en plus. On consommait ces crêpes en buvant de la bière. Catrine en confectionnait de septembre jusqu’au Jeudi Saint. Par contre, à Nivelles, 011 en faisait du dimanche qui suit la foire d’octobre ou du dimanche avant la Toussaint jusqu’à la Passion, d’après Georges Willame dans Wallonia, I, 1893, p. 27. Mais il convient d’ajouter qu’on en consommait aussi lors du tour sainte Gertrude, la veille de la saint-Michel le 28   septembre,   selon Michel-C. Renard dans les notes à L’Argayon, èl Géant d’ Nivelles, 1893, p. 121. C’est un mets plus bourgeois qu’à Binche. Pour le faire, on délaie de la farine de sarrasin dans de l’eau tiède, à raison d’un litre et demi d’eau par kilo de farine; on ajoute de la levure comme pour faire des crêpes ordinaires, et deux œufs facultativement. On bat le tout jusqu’à ce que l’on obtienne une pâte homogène. Puis on fait revenir près du feu. Une demi-heure après on engraisse la poêle avec une couenne de lard frais. Ou encore on fait cuire sur une platine beurrée. On cuit de la sorte deux fines crêpes; alors on met une bonne bèlchéye ou boulette de fromage gras sur la première crêpe, on pose la seconde sur la première, non sans y ajouter un morceau de beurre. On peut remplacer la bètchéye par du fromage d’Edam. On les conserve chaudes au four, et on les mange en famille arrosées de vin de Bordeaux. Vers 1893 on pouvait en manger dans deux estaminets et dans une maison particulière. « Pendant de longues années, les doubles on fait la gloire d’une … Lalie, trépassée depuis long­temps, mais dont le souvenir et la réputation d’habileté ne sont pas près de s’éteindre à Nivelles ». (…)

 

La boûkète de Noël

 

(…) (p.185) Camille Socquet, dans Nwêr Boton de 1973, 10, p. 79, fournit une notation brabançonne, qui vaut pour Archennes : A Noyé, së on mindje lë cougnou së l’pîre dë l’ëch, on mindjerè lès-oûs d’ Pauques au këlot dè fè « à la Noël, si on mange le cougnou sur le seuil de la porte, on mangera les œufs de Pâques au coin du feu. Robert Boxus, p. 125, a de plus publié en français deux notations, qui cependant doivent être des traductions : Quand on mange les cougnous au soleil, on mange les cocagnes derrière le poêle. — Bra, La Gleize, Stavelot; en fait, il semble qu’il emprunte cette formulation, mais en remplaçant œufs de Pâques par cocagnes, à Louis Banneux, L’Ardenne superstitieuse, 1930, p. 44, lequel localise à Bra, Chêne-al-Pierre, Chevron, Fanzel, La Gleize, Malempré, Nisramont, Odeigne, Ortho, Régné, Rogery et Stavelot; cf. en outre la notation de Ferrières. = Si, à la Noël, on mange le gâteau au chaud, on casse les œufs derrière le four­neau. — Nivelles.

Le plus curieux, néanmoins, est de retrouver le dicton de Nivelles en Franche-Comté, ce qui peut inciter à penser ou bien que Boxus l’a tiré d’une source impure, comme un almanach, ou bien que le dicton a réellement existé en français, ou encore les deux choses à la fois. Le voici, patoisé, tel que Charles Beauquier l’a noté dans La Cuisine Populaire de Franche-Comté parue dans la Revue des Traditions Populaires de Paris, XXV, 1910, p. 345 : Si, à Noël, on minge lou kaigneu au chaudeau, on casse les œufs derrie le fouene.au. — Le Sauget. = Et si l’on remplace le cougnou wallon par son synonyme picard, on n’est pas étonné de lire qu’à Tourcoing aussi existe le même dicton : Tchand qu’in minje de l’cotchile de Noé su l’ seu de s’ porte, in minje l’s-œufs [lire eus?] d’ Pâques au tcheun du feu, << au coin du feu ».

Bien entendu, le dicton au cougnou a pu survivre à la tradition du gâteau comme mets calendaire de la Noël. On en voit une indication dans l’altération de Voroux-Goreux; l’ALW dit d’ail­leurs clairement que la boûkète y est maintenant l’usage établi. Le même atlas dit aussi qu’à Sprimont la boûkète était au moment de l’enquête d’introduction récente. Indication identique pour Robertville, non loin de Mahnedy. Par contre, pour Huy et Ampsin, l’ALW rie fournit aucun détail de la sorte : la boûkète (p.186) a supplanté totalement le cougnou dans l’usage coututnier. Mais l’ALW confirme aussi l’usage du cougnou ealendaire, même à Liège : l’informatrice, Mlle Alice Gobiet, en avait entendu parler par sa grand-mère; à Malmcdy, où il est donné comme disparu plus ou moins récemment; à Sprimont, à Huy, où il s’appelle cognou, à Ampsin, à Marchin, à Ambresin, à Couthuin. D’ailleurs le cougnou reste de tradition dans de nombreux endroits de la province de Liège, outre ceux qui ont été indiqués déjà : à Esneux, Comblain-au-Pont, Jupille (disparu plus ou moins récem­ment), Hognoul (idem), pour l’arrondissement de Liège; Verviers (encore?), Petit-Rechain (mais à l’Epiphanie), Polleur, Jalhay, Sart-lez-Spa, Francorchamps, Stoumont, La Gleize, Stavelot-Francheville, Chevron, Rahier, Wanne (les neuf dernières loca­lisations confirment le dicton des Ardennes, ainsi que ceux de Spa, La Gleize, Stavelot, Chevron) pour l’arrondissement de Verviers; Malmedy, Xhoffraix (Bévercé), Robertville, Bellevaux-Ligneuville et Faymonville pour la Wallonie malmédienne (mais dans ces deux régions la situation est complexe, le mot survivant dans des expressions ou pour désigner un gâteau qui n’est pas nécessairement le cougnou connu plus à l’ouest) ; Les Waleffes, Warnant-Drèye, Jehay-Bodegnée, Bas-Oha, Vierset-Barse, Man­drin, Tavier, Bois-et-Borsu (noté en 1971), Ellemelle, Xhoris (au nouvel-an), Harzé (dans une expression), Faillie, Hamoir, Ben-Ahin, Neuville-sous-Huy, Strée pour l’arrondissement de Huy; Pellaines, Bertrée, Crehen, pour l’arrondissement de Waremme, ville où le cougnou est donné comme disparu. En somme, plus on s’éloigne de Liège vers le sud et vers l’ouest, plus le cougnou résiste; mais ailleurs, la boûkèie l’emporte. On trouve des signes de résistance du cougnou dans quelques indications sur la boûkète, qui est donnée comme tradition vieillie à Hamoir, comme dis­parue à Bertrée et à Haiieffe (où je ne sais si le cougnou s’est maintenu). A Sart-lez-Spa, par contre, la boûkète est donnée comme récente, ainsi qu’à Robertville; à Stavelot, si le cougnou est encore vivace au hameau de Francheville, en ville on fait la boûkète.

Celle-ci est donnée positivement comme le mets de Noël à Liège, Eben-Emael, Roclenge-sur-Geer, Bassenge, ainsi que Wonck, Glons, Haccourt et Hermée d’après Franchie Tasset en 1973, pp. 39-42; par contre le mot cougnong à Haneffe est d’im­portation récente ; continuons par Heure-le-Romain, Argenteau, Dalhem, Hognoul Liera, Trernbleur, Saint-André, Voroux-Goreux, Bierset, etc. dans l’arrondissement de Liège, où il convient d’ajouter Melen, Les Awirs, Louveigné, Sprimont, etc.; (p.187) Verviers, Neufchâteau, Aubel, Julémont, Charneux, Thimister, Bolland, Petit-Rechain, Limbourg, Cornesse, Polleur (d’intro­duction récente?), Jalhay (idern?), Theux, Sart-lez-Spa, Spa (voir Henri George, Folklore Spadois. Vie et Mœurs d’Autrefois, 1935, p. 10), Stavelot, Robertville, pour l’arrondissement de Verviers; Vielsalm, Borlon et Dochamps dans le Luxembourg proche; Huy, Jehay-Bodegnée (en concurrence avec le cougnou), Ampsin (idem), Amay, Tavier (au réveillon de minuit seulement), Xhoris (en concurrence avec le cougnou), Harzé (idem), Hamoir, pour l’arrondissement de Huy; Warernme, Oleye, Bergilers, Oreye, Odeur, Remicourt, Kemexhe dans l’arrondissement de Waremme. La forme du mot est bôkète à Visé et Warsage. La coukèbake à Genappe et la bèrdète à Laforêt sont de même des mets traditionnels de la Noël.

La boûkète s’allie très bien à la célébration de la fête de Noël en famille. Un fragment de ce qui peut être un noël dialectal moderne, noté à Hollogne-aux-Pierres par Charles Radoux-Rogier, exprime bien la simplicité de cette célébration en famille :

N-a l’ vîle mére qu’ bat’ lès boûkètes

Et l’ vî ome qu’ a l’ cou toûrné;

Lès djônès fèyes djowèt à rèspounète :

Volà l’ plêsîr dè l’ nut’ dè Noyé!

 

« Il y a la vieille mère qui bat les crêpes au sarrasin — Et le vieil homme qui a le dos tourné; — Les jeunes filles jouent à cache-cache : — Voilà le plaisir de la nuit de Noël » ! C’est pendant les matines que l’on battait les boûkètes, selon Edouard Doneux dans le Bull. Soc. liég. Litt. wall., XXXV, 1894, p. 143.

Un autre aspect de cette simplicité est révélé par une attrape coutumière notée par Albert Momart à Stockay-Saint-Georges : on confectionnait des boûkètes avec du fil blanc, des boutons blancs ou des morceaux de saucisse à l’intérieur de la pâte. Je vis faire vers 1950 une crêpe au fil blanc à Seraing; mais au pays de Charleroi, quand on fait des gaufres (dites de Bruxelles), on confectionne généralement une gaufre au fil blanc. Karel-C. Peeters, dans Eigen Aard. Grepen uit de Vlaamse Folklore, 19472, p. 438, décrit une farce semblable, en Campine, à l’occasion du battage du sarrasin. J’ajoute encore le boudin à la filasse de Raymond Doussinet, Le Paysan saintongeaits « dans ses bots », 1963, p. 202. A La Louvière, la gaufre à la trame de fil est appelée waufe au filet, d’après El Mouchon d’Aunias, XXI, 1932, p. 18.

 

(p.188) La boûkète-récompense

 

A la gloire de la boûkète comme mets de Noël, il faut ajouter celle d’avoir contribué à l’émulation scolaire. Au XIXe siècle eu effet on encourageait les écoliers en leur promettant de faire des crêpes : Qwand vos toûnerez lfoyou, nos f’rans lès boûkètes « quand vous tournerez la première page de votre abécédaire, nous ferons les crêpes au sarrasin»! Cet encouragement, qui remonte au XVIIIe siècle finissant, n’était pas sans ironie, car il fallait, paraît-il, presque deux années d’exercice pour pouvoir lire cette page d’une manière satisfaisante, à entendre Henri Forir, 1, p. 382b et note, repris par Seniertier; Du Vivier de Streel note la même promesse à un petit détail près (v’s au lieu de vos) dans son dictionnaire wallon-français de vers 1850. Mais en fait, l’usage de récompenser l’enfant qui sait lire sa première page doit être plus ancien : car un dicton flamand inspiré d’un français, qui lui-même est traduit de l’italien, dit en date de 1549 : Tourne le feuillet, keert d’ bladt ont/, dicton que l’on retrouve plus récem­ment encore dans l’ensemble du domaine néerlandais, si je me reporte à G. G. Kloeke : Uitgave van « Seer Schoone Spreek-woorden / oft Proverbia (in Franse en Vlaamse Taal). In 1549 te Antwerpen verschenen…, 1902, p. 48, n° 803. Une note du Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, XLI.ll, 1903, p. 188, indique que tourner l’foyou se disait quand l’enfant connaissait enfin les vingt-six lettres de la première partie de la croisette ou abécédaire, creûhète,. Et si j’en crois une certaine Pervenche, dans une coupure d’un journal libéral de vers 1881 déposée à la Société de Littérature wallonne, c’est en chantant que les enfants venaient dire à leurs parents : Dj’a toûrné l’ foyou! «j’ai tourné la page»!

La coutume de récompenser l’écolier qui a franchi cette étape n’est pas propre à la province de Liège, puisque Charles Wérotte (Nanmr 1795-1870), dans son Ch’oix di Ch’ansons et otres poésies wallonnes, 18103, pp. 36 et 108, la chante deux fois : mais ici ce sont des galettes que la mère fait à son enfant :

Quand nos saurons spèli,

Nosse maman frè lès galètes.

« Quand nous saurons épeler, — Notre maman fera des galettes ».

Dfa, d’peûs lontimps tourné l’ fouya :

Mi maman a fét lès galètes.

« J’ai depuis longtemps tourné la page : — M’a maman a fait les galettes ».

 

(p.189) Mais ces écoliers n’étaient pas les seuls que récompensait la boûkète traditionnelle : il en était de même au bassin de natation de l’île de Malte (à Liège!), où un certain Jacques Delval pro­mettait aux apprentis-nageurs dès boûkètes ås cèlîhes à l’ fièsse dèl porotche « des crêpes de sarrasin aux cerises à la fête de la paroisse de Saint-Pholien » s’ils parvenaient à bien se comporter dans le grand bassin. « La promesse était tenue », assure Semertier, p. 8.

 

La boûkète de fête paroissiale

 

Ce n’est donc pas sans antécédent que la boûkète soit encore à l’honneur à la grande fête de l’Assomption en Outremeuse de nos jours. Dans la rue Roture, notamment, de nombreuses maisons ouvrent leurs portes aux passants, et on y consomme des boûkètes que l’on offre contre paiement.

Mais ce n’est pas qu’à Liège que la crêpe au sarrasin est devenue un mets de fête : en 1972 les journaux ont annoncé la « Cinquième fête de la bouquette » organisée à Hervé le dimanche 23 juillet par la République libre de la rue Haute. Il peut, et même il doit, s’agir d’une contagion à partir de Liège, où c’est la République libre d’Outremeuse, fondée en 1927, qui organise les fêtes mentionnées plus haut. Comme à Liège, il y a dégustation de la friandise.

 

La boûkète dans les comparaisons

 

Un autre indice, plus mince, du pouvoir expansif de la boûkète, est la substitution de ce mot à vote, dans certaines comparaisons : plat ou raplati come ine boûkète, qu’il convient de comparer au raplati come ène coucoubake à Tournai : je les cite d’après Joseph Defrecheux, Recueil de comparaisons populaires wallonnes, 1886, p. 170, n° 807 et p. 191, n° 967; Georges Alexis dans Les Cahiers Wallons, 1956, 1, p. 6; Auguste Leroy dans Les Etrennes Tournaisiennes, 1884, p. 50 = Adolphe Wattiez dans La Revue Tournaisienne, 1907, p. 60. A Tournai la comparaison prend le sens moral d’ « être anéanti par suite d’infortune » ; — ritoûrner come ine boûkète « retourner comme une crêpe », c’est-à-dire prestement ; lésser tchère come ène coup’bake « laisser tomber comme une crêpe» (Lannoy), sans trop se soucier; — scwater come ène boucancouke « écraser comme une crêpe », noté à Mons dans Auguste Fourmy, Gille dé Chin, sint Georges montois, s. d., p. 17; — div’ni corne ine boûkète «devenir comme une crêpe», c’est-à-dire très maigre, d’après Li Coq Walon, n° 3 (note de la (p.190) Soc. Litt. Wall.); — avwâr in visaje come ène boucâcouke «avoir un visage comme une crêpe au sarrasin », c’est-à-dire trop plat, selon Mme Slotte-De Bert; — être ène boucancoûke, «être un lâche », d’après Fourmy, p. 27 ; — on tchapê come ine boûkète « un chapeau comme une crêpe », très bas de forme, qu’il convient do comparer au tournaisien d’après Arthur Hespel, L’Armoire d’Albertine, 1909, p. 4b : on.n-aréot dit ène coucoubuke su s’ tiète « on aurait dit qu’il avait une crêpe sur la tête », il avait une coiffure très plate; — cichal sofèle come s’il âreût magni dès boukèles « celui-ci souffle comme s’il avait mangé des crêpes au sarrasin », probablement en dialecte d’Abée-Scry (Arthur Xhignesse, Bull. Soc. liég. Litt. wall., XLII, 1901, p. 25) : ce qui laisse supposer que l’on se gavait volontiers de crêpes de ce genre au point d’avoir quelque difficulté à respirer; — il in rèst’tè come quate vrées co’iicoubakes Dé sésissemint « ils en restent comme quatre vraies crêpes de saissement », Mons, Auguste Fourmy, p. 32; — fé dès boûkètes « vomir », considéré par Jean Wisimus dans son Dictionnaire populaire wallon-français, 1947, p. 58a, comme tri­vial à Verviers.

 

Historique du blé noir

 

Eugène Polain fait venir l’usage de la crêpe à la farine de sarrasin du pays de Looz et des environs de Tongres, sans démon­trer la pertinence de son affirmation. Il se base probablement sur l’étyrnologie flamande du mot : boûkète est la forme liégeoise de boektveit, mot néerlandais qui a son équivalent dans l’anglais buckwheat, l’allemand Buchweizen et le suédois boyhvete. Étymolo-giquernent ce mot signifie « froment de hêtre », car cette céréale a la forme d’une faîne et le goût du froment, selon J. Vercoullie, Beknopt Etymologisch Woordenboekder Nederlandsche Taal, 19253, p. 42b et Jan De Vries, Etymologisch woordenboek, 1961, p. 298b, lequel, cependant, ne retient que le première raison.

Le mot sarrasin, qui couvre presque tout le territoire gallo-roman, est dû à la couleur noire de la graine de cette plante; de là aussi le nom de blé noir donné à cette céréale. Cependant la notation la plus ancienne est en latin : on relève en 1460 en Normandie frumentum sarracenorum « froment des Sarrasins », qui a tout l’air d’indiquer une provenance, bien que Lucien Guyot dans son petit livre sur L’Origine des plantes cultivées, 1949, pp. 72-73 (= Lucien Guyot et Pierre Gibassier, Les noms des plantes, 1960, p. 57) dise que «le sarrasin est arrivé en Europe, au moyen âge par la Tartarie et la Russie. Sa culture a pris un (p.191) certain développement en Russie et en Pologne, dans les landes des Pays-Bas et du Nord-Ouest de l’Allemagne, en France enfin : Normandie et Bretagne, où les bouillies, galettes et crêpes sont encore fort appréciées de nos jours ». « On a parfois exprimé l’opinion que le sarrasin devait son nom à ce qu’il a été com­muniqué à la France par les Maures ou Sarrasins d’Espagne; l’histoire de son passé montre qu’il n’en est rien. On admet plutôt que l’emploi figuré du mot sarrazin est en rapport avec la couleur noire du grain; emprunté du latin de basse époque sarracenus, nom désignant une peuplade (Sarakin) de l’Arabie et lui-même tiré de l’arabe charqiyin (pluriel de charqi « oriental »), le mot sarrasin s’appliquait au moyen âge aux peuples non chrétiens de l’Espagne, de l’Afrique et de l’Orient » (Guyot-Gibassier, p. 08). Cet argument, cependant, — à savoir que « les Égyptiens, Grecs et Romains ne connaissaient pas cette plante », selon Guyot, — n’empêche pas von Wartburg d’estimer que le sarrasin est arrivé en France par deux voies : du Nord par voie de terre jusqu’en Picardie, et du sud, par voie de mer, c’est-à-dire par la Méditerranée. De là la double répartition des dénominations à la céréale : d’origine germanique, de la Picardie à la Romandie, et sarrasin de la Normandie et de la Lorraine à l’extrême sud. Sarrasin apparaît pour la première fois au sens de «blé noir » chez le Breton Noël du Fail, qui affirme en 1585 qu’il « nous est venu depuis soixante ans ».

Le mot boekweit, par contre, est apparu en néerlandais dès le XVe siècle, selon Vercoullie, ainsi que le Groot Woordenboek der Nederlandse Ta al de Van Dale et Kruyskamp, 19709, p. 293a. L’allemand Buchweizen viendrait du bas-allemand bokwe.le, selon Gerhard Wahrig, Deutsches Wôrterbuch, 1971, col. 779, et von Wartburg, XI, 1962, 82, pp. 217-220, résumé par Elisée Legros, 1966, p. 283, indique que le Mecklembourg connaissait le sarrasin depuis 1436. Quant à l’anglais buckwheat, il est attesté depuis 1548, à ce qu’assuré The Shorter Oxford English Dictionary on Historical Principles de C. T. unions, 19723, p. 230b. Sarrasin fut précédé de millet sarrasin chez Olivier de Serres et de blé sarrasin à partir de 1.547. Boekweit donna bouckaie à Valeiiciennes dès le XVe siècle, et Olivier de Serres lui-même emploie aussi boucail, mot qui survit en Ouest-Arniénois, puisque René Debrie, dans son Lexique des parlers ouest-amiénois, 1975, p. 69, a noté bucaye à Vignacourt, Beaucourt-sur-1’Hallue et Naours; la forme est brucaye à Fieffés et bucwa à L’Étoile, Flixecourt, Vignacourt et La Chaussée-Tiraiicourt. Cette dernière notation n’est pas sans rappeler la forme boccoie de la Description de tous les Pays-Bas…(p.192) due à Messire Ludovieo Guicciardini en 1567 et que cite Albin Body, Vocabulaire des agriculteurs, p. 31 : « 11 est vrai qu’ils [les habitants du pays] ont une autre espèce de semence et légume qu’ils nomment boccoie qui, en la couleur et grandeur, se rapporte aux pois chiques; bien que soit de figure triangulaire et de meil­leure substance : de laquelle ils sèment en grande quantité pour la nourriture des bestes et de la poulaille : bien qu’à une néces­sité on pourroit s’en servir à faire du pain et de la bière; d’autant que la farine de cette Boccoie est si blanche que bien souvent ils la meslent avec celle de bon bled ».

 

Origine de la boûkète liégeoise

 

11 est plus intéressant encore de noter que si l’allemand connaît la Buchweizengrütze « gruau de sarrasin », qui équivaut au néer­landais boekweitgort (dont une variété appelée boekweitgrutten se prépare au babeurre), il ne semble connaître ni le boekweitbrood « pain de sarrasin », ni le boekweitflensje « crêpe de sarrasin », ni le boekweitbrij « bouillie de sarrasin », ni le boekweitkoeken des Néerlandophones. Si le boekweitbrij n’est pas cuit, il est une boekweitpap.

On pourrait inférer de ces données générales : le cheminement de la plante depuis l’Asie centrale jusqu’à nous par le nord de l’Europe, l’abondance et la variété de l’utilisation de cette céréale en pays néerlandophones, la proximité de ces pays et de l’Allemagne et quelques autres indications dont il sera question plus loin, que la boûkète en tant que crêpe est d’origine flamande ou néerlandaise, voire allemande. Et d’ailleurs, comment ne pas être impressionné par la pénétration de la crêpe flamande le long et au-delà de la frontière linguistique : la coucoubake tournai-siemie, la coûkèbake lilloise, la coûkèbake namuroise, qui a pénétré jusque dans le département des Ardennes, la coucabake montoise, la coûkèbake de Jupille ? Et la boekweitkoek flamande devenue la boucâcouke montoise, n’est-ce qu’un indice négligeable de cette influence ? A vrai dire, on aimerait posséder quelques données chronologiques sur l’apparition de ces mots, et de ce ou ces mets qu’ils désignent, afin d’y voir plus clair. Charles Du Vivier de Streel et Charles Semertier pensent que les koekebakken sont flamandes, et le premier désigne Bruxelles comme centre d’ir­radiation de leur faveur, probablement relativement récente. Mais ce n’est guère plus qu’une intuition à laquelle manque toute preuve.

Par contre Maurice Piron a relevé dans La Gazette de Liège des (p.193) 24 décembre 1788 et 23 décembre 1780 deux annonces d’impor­tation de farine de sarrasin : « André Thyse, en Begge [= è Bètch, en Outremeuse] … vend de la très bonne farine dite de Bouquette, de Maastricht, à H. 8 et 15 sols le cent ». — « On vend, chez CoJard, au Lion d’or, sur Meuse, de la véritable/amie de Bouquette de Maastricht ».

« On remarquera tout d’abord que ces annonces paraissent la veille ou le jour de Noël. 11 est hors de doute que l’emploi de la boûkète est lié ici à un usage qui commence à s’implanter : celui de confectionner, à la Noël, des crêpes faites à la ‘bouquette’, autrement dit des boûkètes » (Piron, 1947, p. 139).

On touche du doigt comment s’est fait l’emprunt de la boûkète : pour confectionner une vôte — ce que l’on faisait depuis long­temps — d’un goût nouveau, on importa de la farine de bouquette de Maastricht, peut-être aussi d’ailleurs (mais nous n’en avons pas la preuve) au nord de la région liégeoise. Et l’on obtenait des votes à l’ boûkète, ce dernier mot ayant d’abord pénétré pour désigner la céréale, et ensuite la farine qu’on en tirait, selon l’usage du mot flamand boekweit. C’est d’ailleurs vote à l’ boûkète que l’on trouve dans le noël du XVIIIe siècle à Verviers, ainsi qu’il a été rapporté plus haut.

J. Martin Lobet, dans son Dictionnaire wallon-français… de 1854, p. 111, avait donc raison de distinguer trois sens au mot boûkète : 1. blé sarrasin; 2. crêpe : pâte frite; 3. corps mou sans ressort, sans vigueur; mais il oublie le sens intermédiaire entre 1 et 2, celui de farine, ce qui amène à distinguer quatre significa­tions. La première a été notée pour la forme bôkète à Namur, Fosses-la-ville, Cerfontaine (on dit farine de bôkète), Neufchâteau, Bastogne et Lorcy, ainsi qu’au pays de Charleroi; sous la forme bôkète à Lille et en Flandre française, boûkète à Hasrion dans l’arrondissement de Valenciennes (voir Gaby Dubuis, Lexique dît, patois d’Hasnon…, 19C8, p. 23), bûkète à Gueuzaine, bonkète à Meux, boûkète en Ardenne et à Malmedy déjà en 1793 chez Villers. Boûkète, qui est verviétois, liégeois, nivellois, athois, montois et tournaisien, et qui est attesté à Bra en 1752 et à Marche-lez-Éeaussinnes, désigne le plus souvent et la graine et la farine, parfois la farine seulement comme c’est le cas à Stave, Sirault et Marche-lez-Écaussinnes, Soignies. Par contre à Chastre-Villeroux Armand Jadin note bonkète au sens de blé sarrasin (donné comme servant de fourrage vert) et désigne la farine par “crêpede bonkète. A Visé, Warsage et Namur, bôkète signifie farine et crêpe de sar­rasin; mais on remarquera qu’à Namur, selon Gambcrlin, la crêpe (p.194) appris à Liège pour le XVIIIe siècle, doit s’interpréter comme un archaïsme. Quant aux significations métaphoriques, elles ne se limitent pas à celle que rapporte Lobet ci-dessus; le mémo lexicographe indique que chez les puddleurs liégeois, la boûkète était un « ébauché rond de faible épaisseur en fine terre noire ».

Le texte de Guicciardini nous apprend en outre une chose importante : on ne tira pas d’abord profit de la culture du sarrasin pour en faire de la farine, si ce n’est en cas de nécessité, du moins dans les Pays-Bas en son temps, mais bien pour nourrir le bétail et la volaille. Jacques Breuer, dans Namurcum, XXXIII, 1959, 2, pp. 28-31, signale aussi qu’on utilisait la paille de cette céréale : en 1735 il fut interdit d’exporter cette paille de «blecl-sarazin, dit bouquette », que l’on jetait auparavant comme n’ayant aucune valeur, les gousses de « cette paille de néant » étant désormais utilisées pour chauffer les fours d’un porcelainier de Namur.

Il fallait naturellement moudre la graine à un moulin. Etienne Hélin, 19GO, p. 283, a trouvé mention en 175-4 à Liège d’un moulin à farine de bouquette construit par Lambert Painsmay et consorts sur le Foulon à Liège : « ils laisseront suivre depuis les 10 heures du matin jusqu’à 12 et depuis 2 heures jusqu’à 4 heures après-midi les susdites boûkètes en très-belle farine au prix d’un sol la livre argent comptant, et pas moins de 50 livres à la fois ». Il n’était donc pas toujours obligatoire d’importer cette farine de Maestricht.

En 1778, d’ailleurs, La Gazette de Liège annonce en date du 9 novembre : « Un bon moulin à bouquelte à vendre. Les amateurs pourront s’adresser chez le sieur Bouquette, au Jambon, derrière l’hôtel de ville, à Liège ».

Le sieur Bouquette avait-il reçu ce nom en sobriquet parce qu’il détenait ledit moulin ? C’est possible mais non assuré. Car le nom de famille Bouquette est ancien à Liège, attesté, selon Hélin, depuis 1625 (Barthélémy Bouquett) et encore en 1049 (Gertrude et Jacquemin Bouquette), en 1051 (Jacquemin Boue-ketto, Piron Bouckette, Maroye Bouckette, lean Piron Bouc-kette, tous de la paroisse de Sainte-Foy). Maurice Piron cite un sieur Bouquette, marchand au Jambon, peut-être le même que celui qui vendait le moulin : voir 1947, p. 139. En outre Rodolphe de Warsage a une note sur Le, citoyen Bouquette dans le Bull. Soc. roy. Le Vieux-Liège, 1935, 20, p. 413; selon Théodore Gobert, Liège à travers les âges. Les rues de Liège, V, 1928, p. 450a, un certain Bouquette, estimeur, occupait la maison A la Vierge Marie, rue des Tourneurs.

(p.195)

Ce nom ne vient-il pas d’un nom de lieu ? se demande Héliiin et il attire l’attention sur La Bouquette de Heusy. Jules Herbillon. p. 283, indique en plus La Bouquette à Fraipont, aux Bouquettes à Mortroux, “Boûkité” à Polleur, La Bouquette à Stembert et un curtil le Bouquette en Thiérache. On ajoutera le molègn Boûkète à Vottem, d’après Edgard Renard dans sa Toponymie de Vottem et de Rocourt-lez-Liège, 1934, pp. 48 et 68-69, pour lequel un texte de 1706 établit qu’un certain Gille Bouquette possédait des biens à cet endroit.

Elisée Legros et Jules Herbillon font des réserves « bien justi­fiées » dit le second, sans expliquer par quoi, sur le rapport à établir entre l’anthroponyme et les toponyrnes d’une part, et le nom commun d’autre part (voir La Vie Wallonne, 1959, p. 128 et 1966, p. 283). Je ne pense pas, pour ma part, qu’il a ait un rapport à établir avec la bouquette au sens de «crêpe»; mais pourquoi pas avec la graine, que l’on cultive (en terrain pauvre, lequel devait d’abord être essarté) et que l’on moud ?

Car la marchande de boûkètes apparaît tardivement à Liège. C’est à Etienne Hélin que l’on doit de connaître Elisabeth, fille de Henri Donnay, « faiseuse de Bouquette » : elle habitait « une misérable chambre d’un immeuble actuellement démoli et situé derrière l’hôtel de ville ». « Nous pouvons… supposer que, comme beaucoup de gagne-petit des paroisses Sainte-Marie-Madeleine, Saint-André et Saint-Jean-Baptiste, elle travaillait pour le compte des cabaretiers et aubergistes jadis nombreux en Hors-Château, en Féronsfcrée et sur la Batte. Peut-être aussi tenait-elle une échoppe en plein air, sur le Marché, comme les nombreuses « harengères », « verdurières » et « marchandes de pommes » que la capitation recense dans le même quartier » (Hélin, 1948, p. 47).

On doit à Georges Remy, dans un de ses billets Ici Wallonie de La Wallonie, n° du 20 décembre .1962, dont je n’ai pu découvrir la source, la révélation d’une marchande plus ancienne. Selon lui un acte de la paroisse Saint-André daté de 1763 mentionne « sur les Aires» un certain «Mathieu Toussaint, ouvrier mandelier, pauvre soub l’aumône, et sa femme faiseuse de bouquettes ». C’est donc un commerce d’appoint.

On trouve en 1749 mention, d’après Maurice Ponthir dans les Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne, VII, 1955, p. 212 (= Le­gros, 1959, p. 128), d’un acompte consistant notamment en « six livres de farine de bouquette à six liards la livre ». Donnée écono­mique qui n’est pas dépourvue d’intérêt. Il n’y eut d’ailleurs pas qu’un commerce des crêpes au sarrasin, mais encore un autre (…) (p.196) florissant au XIXe siècle : Emile Gérard, dans La Meuse du 24 décembre 1908, insiste d’ailleurs sur l’obsession de la boûkète à Liège à cette époque de l’année quand il remarque qu’on exhibait au siècle dernier aux vitrines de milliers de boutiques des pancartes portant en grandes lettres : « Farine de bouquette(s) ». Ce qui a fait dire à d’aucuns que la nuit de Noël est li nut’ âs boûkètes « la nuit aux crêpes de sarrasin ». Et ce n’est pas sans fondement que N. Lévêque, dans l’Armonack de Pays d’Haive de 1906, p. 42, raconte la facétie suivante : À Catrusème. Li curé : « Dihéz-me on pô, vos, li p’tit Popol, kimint qu’on fièstèye li nut’ de Noyé » ? Li p’tit : « Tot magnant dès boûkètes, moncheû l’ curé ». « Au Catéchisme. — Le curé : ‘Dites-moi un peu, vous, Léopold, comment fête-t-on la nuit de Noël’ ? — Le petit : ‘En mangeant des crêpes au sarrasin, monsieur le curé’ ».

Tout ce que l’on sait donc de la boûkète. permet d’infirmer catégoriquement l’opinion d’Eugène Polain selon laquelle l’ha­bitude de manger des crêpes au sarrasin en buvant du vin à la veillée de Noël serait un rite du culte des morts. A minuit, à ce qu’il affirme, on prie pour les morts : mais je ne trouve pas de confirmation du fait chez d’autres auteurs. Il considère que le vin versé sur la bûche ou les cendres du foyer ouvert est une liba­tion : mais une libation est-elle toujours associée à un culte des morts ? De toute manière, manger une crêpe, ici au sarrasin, s’est substituée à la consommation d’un autre gâteau, le cougnou’, or mille part Maurice Arnould, dans sa belle étude sur Les gâteaux de Noël et leur décoration en Hainaut, parue dans les Enq. Musée Vie Wall., VII, 1954, pp. 1-74, 1 carte h. t. et nombr. ill., n’a découvert que ce gâteau était associé à un quel­conque rite funéraire.

On ne peut donc expliquer la vogue de la boûkète que par une mode. Une mode durable, certes, mais une mode, qui a peut-être une base économique. Est-elle née à Liège, ou fut-elle importée de régions néerlandophones voisines ? La seconde hypothèse ne me paraît pas probable. L’article de K. Ter Laaii dans son Folkloristisch Woordenboek van Nederland en Vlaams Belgiè, 1949, p. 39, ne fournit aucun document qui permette d’étayer l’hypo­thèse de l’origine germanique de l’usage liégeois. On ne mangeait, semble-t-il, de crêpe aii sarrasin qxie le jour où l’on battait la graine de ce nom. Je ne trouve rien non plus dans Eigen Aard de Karel-C. Peeters, qui consacre cependant une page à la boek-weit, la page 438. En me reportant au Woordenboek of Diksjonaer van ‘t Mestrecchs de H. J. E. Endepols, 1955, p. 42a, j’apprends que l’on ne mangeait des boekendekoeken ou boekweitkoeken qu’en (p.197) automne, avec du sirop, ainsi que le dit un proverbe : alles op z’ne tied en boekendekoek in d’n herrefs « tout en son temps et le gâteau de sarrasin en automne ».

Il ne reste donc qu’à conclure, sous réserve d’une documenta­tion plus riche qui vienne infirmer cette opinion, au développe­ment purement liégeois de la coutume de la boûkète de Noël.

 

Roger pinon

 

Les gâteaux de Noël et leur décoration en Hainaut in : EMVW, TVII, n° 73-76, 1954, p.1-74

 

La partie occidentale de la Wallonie a le privilège de voir survivre une manifestation d’art populaire dont l’originalité n’a point manqué de frapper les ethnographes étrangers : il s’agit de motifs moulés, en terre cuite, peints à la main, dont on use pour décorer les gâteaux de Noël (1). Cette persistance y est liée à deux autres survivances : la fabrication sur place de ces motifs et l’usage fort général des gûieaux eux-mêmes. Ces derniers, en effet, vont en se raréfiant et jusqu’à disparaître complètement, à mesure «ju’on avance vers l’est.

(l’est dans le cadre de la province de Hainaat, oii se rencontre donc cette triple survivance, qu’a été conçue ia présente enquête. Son luit est de déterminer 3’aire de dispersion actuelle des iif’pjos eu question, de relever les particularités dialectales qui s’y rattachent et de fixer la technique de fabrication des motifs en terre cuite.

 

(1) H. Th. bossert, Volkkunst in Europa, Berlin, 1926, consacre une planche (sur trois réservées à la Belgique) aux motifs en terre cuite. — Une planche (sur cinq réservées à la Belgique) leur est réservée de même dans Art populaire. Travaux artistiques et scientifiques du 1er Congrès international des arts populaires (Prague, 1928), t. I, Paris, s.d]. (…)

 

Notre information repose, en dehors de nos observations personnelles et de nos recherches bibliographiques, sur les réponses fournies au Musée de la Vie Wallonne par ses corres­pondants, à la suite d’un appel inséré, à notre demande, en janvier 1952, dans le Questionnaire auxiliaire n° 5 (2). Nous avons ensuite bénéficié d’enquêtes complémentaires efieetuées parmi leurs élèves par M. Pierre RUelle, professeur à l’Ecole normale de Mons, par M. Aimé fRiart, professeur à l’Athénée de Chimay et par M. l’abbé Gérard touboN, économe au Collège de Leuze. D’autre part, notre confrère M. Elisée legRos nous a communiqué, outre quelques renseignements bibliographiques, des données puisées dans la documentation relative au cougnou

 

(1) J. pieters, De Patacons of Schildekens onzer Nieuwjaarskoeken (dans : ars Folklorica Belgica, onder leiding van P. de keyser, Anvers, 1949, p. 107-148).

(2) Voici les termes des questions posées : « Dans votre région, l’usage existe-t-il de décorer le gâteau de Noël (cougnou. cougnole, etc.) à l’aide d’un ou de plusieurs sujets en terre cuite, polychromes ou non? Comment s’appellent ces sujets? Dans la négative, le gâteau est-il orné de sujets en sucre? ». -— Ont été utilisées par nous les réponses fournies par 237 correspondants (Flandre wallonne : 4; Hainaut : 110; Brabant wallon : 20: Namur : 40; Liège : 31; Luxembourg : 32). Il faut y ajouter 162 réponses négatives, se rapportant principalement à la Wallonie centrale et orientale. — En 1929. le Questionnaire-recensement n° 1 annexé au fasc. 19/20 des Enquêtes du Alusce de la 1ie Wallonne, avait déjà posé les questions suivantes : «Quelle pâtisserie mange-t-ou à la Noël? Noms français et Wallon? Quelle forme a-t-elle? » ; les réponses fournies furent peu abondantes et nous n’en avons extrait que quelques témoi­gnages locaux.

 

 

I. -— Les gâteaux de Noël

 

La confection de gâteaux spéciaux à la Noël (comme d’ailleurs à l’occasion des autres fêtes importantes de l’année) est un phénomène fort général et dont l’origine se perd vraisemblablement très haut (1). Au sein de cette généralité,

 

(1) Funk and Wagnall’s Standard Diclionary of Folklore, Mythology and Legend, t. I, New-York, 1949. p. 182. sub v° « cake customs » (exemples anglais, nordiques et slaves). — Pour l’Allemagne : Adam WRede, Deutsche >Volkskunde auf germanischer Grundlage, Berlin. 1938, p. 95-96. Pour la Rhénanie en particulier: enquête excellente de Maria Elisabeth WEYH, Rheinische Gebildbrote, dans : Rheinische Vierteljahrsblätter, t. IX, 1939, p. 105-148, avec 7 cartes. — De nombreuses notules sur Les gâteaux traditionnels ont été publiées dans la Revue des traditions populaires de Paris, t. I (1886) et sv. (provinces fran­çaises, Russie, Suisse, etc.).

 

(p.5) on distingue une aire caractéristique qui englobe la Belgique tout entière et le Nord de la France jusqu’à (et y compris) la Picardie, la Champagne, la Lorraine et la Bourgogne ; dans ces régions, le gâteau de Noël a reçu une forme généralement oblongue qu’on peut ramener soit à l’aspect anguleux du losange, soit à l’aspect anthropomorphe d’un ovale muni à chaque bout de deux renflements généralement arrondis mais parfois cornus .

 

(p.6) Les appellations dont on a usé en pays roman pour designer ces gâteaux sout attestées depuis la fin du moyen âge. Parmi leur diversité, elles se ramènent à deux étymons latins : cŭneōlus et conchylium.

Les dérivés de  cŭneōlus ( = petit coin) sont les plus nombreux et les plus répandus (1) : cogno, cuigno (2) et cuignet en Picardie ; queugnot, queugnet et kœñœ en Artois ; cognot (depuis le XIIIe siècle); et cognet en Champagne :

 

(l) Cf. les ouvrages déjà cités de Von WaRtbuRg, Van gennep. deshousseaux, demonT ; voir aussi une note d’A. hormng. dans : Zeitschrift für romanische Philologie, t. XVIII. Halle, 1894, p. 216, sub v° « cügneu », ainsi que les témoignages du Du cange (sub v° « coniada » et « cuneus 3 ») et du godefroy (sub v° « cuignet ». « cuignole » et « cuignot »).

(2) Cette forme serait signalée également à Cambrai, selon Van geNnep, p. 261.

 

(p.7) queugnot, quegneu, cougneu, cogneu, cûgnû et cogne (1) en Lorraine; quaignô, quignô et cogneu en Bourgogne (2) : caigno, quigno, queugnot, quaigneu, quegneu et cugneu en Franche-Comté (3). Des mots semblabled désignent divers gâteaux (qui ne paraissent pas se rattacher à la fête de Noël) en Suisse (Neuchâtel, depuis le XIVe siècle ; Fribourg ; Blonay), en Savoie et jusqu’en Provence (4). Cela n’a rien d’étonnant : l’idée de désigner un morceau de pâte cuite iar ]”image d’un coin est fort répandue : qu’on songe au français quignon, qui a ses correspondants dans la plupart de nos dialectes (5).

 

(1) Cette dernière forme, signalée par DESROUSSEAUX, est citée aussi par G. A. J. hécaRt, Dictionnaire rouchi-français, 3e éd.. Valenciennes, 1834. p. 376, sub v° «quéniole».

(2) hécaRt, p. 266, sub. v° « keniole » signale pour la Bour­gogne : queniot.

(3) Cusnot y est également attesté, mais au XVIe siècle (godefroy).

(4)  Le provençal,  cougnu  désigne  un  pain  de  beurre ;  le gâteau de Noël, confectionné à l’huile d’olive, s’appelle foi vasso (Communication de M.  Emmanuel Daviii, archiviste de l’Aca­démie du Yar.  à Toulon).

(5)  Cf. von WaRtburg. sub v° « cŭneus ». p. 1533-1531. — Au XVe siècle, à Liège, il existait des variétés de pain dites : pain de deux cougnes et pain d’une cougne (R. VAN saNtbergeN, Les  bons métiers des meuniers, des  boulangers et des brasseurs de la Cité de Liège. Lièae,  1949, p. 240 et u. 6) ; cet auteur v voit une allusion à la marque dont on frappait ces pains, mais cette interprétation nous paraît discutable.  — M.  J.  Warland nous fait  remarquer  que  le mot  allemand  Weckqui  désigne certains  gâteaux  de  Nouvel  an,  parfois  anthropomorphes  (cf. M, E. \vevh. op. cit.. p. 107 et 110), a également la signification de « coin » (notamment : coin de beurre) ; il désigne aussi, en héraldique, la «fusée», qui a la forme d:un losange allongé. — Weck ou Wecken désigne également un gâteau qu’on confectionne surtout  à Pâques  et, plus rarement,  à la Noël, dans diverses régions de l’Allemagne et en Suisse; en Autriche et en Allemagne, ce   mot    désigne,   enfin,   un   pain   de   forme   oblongue   :   cf. P.   kretschmeR,   Wortgeographie  der  hochdeutschen  Umgangssprache,   Göttingen,   1918.   p.   153-154.   Disons  en  passant   que le mot wèke était jadis connu à Malmedy : sur des distributions de wèkes et des    redevances en wèkes, voir J. bastiN. Plantes… la   Wallonie malmédienne, Coll.  Nos Dialectes, 8,  1939, p.  102 (Communication d’É. Legros). — On remarquera que les gâteaux

et les tartes de forme circulaire se partagent en morceaux qui ont l’aspect d’un coin; c’est probablement de la même manière que chez les Romains, ou découpait les pains au décor rayon­nant dont plusieurs témoignages archéologiques nous ont conservé l’aspect particulier : cf. Ch. daRemberg et E. sagLIO, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, t. IV, 1. sul> v-1 « pifior », notamment fig. 5693 et 5699: voir aussi A. rich, Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, sub v° «partis».

 

(p.8) Les dialectes du nord font partagés entre deux dénominations : cougnou (1) est général en Wallonie, depuis Verviers et Malmedy à l’est, jusqu’à (et y compris) une ligne qui passe par Ronquières, Trazegnies, Fontaine-Valmont, et qui rejoint la frontière française dans la région de Beaumont (2). Au-delà de cette ligne, la forme masculine du nom fait place à des formes féminines du type couniole, lesquelles sont générales jusqu’à une autre ligne qui passe par Buissenal et Leuze, pour rejoindre la frontière française à Callenelle. Si l’aire cougnou n’a guère de prolongement en France, si ce n’est à Givet, l’aire cougnole au contraire recouvre tout le Hainaut français (3), le Cambraisis (4) et la région de Douai (5).

 

(p.8) (1) Le ou final est généralement bref, sauf dans certaines régions de l’Ardenne et de l’Entre-Sambre-et-Meuse, ou il est long ou demi-long. Il y a des variantes : cognou en certains points des arrondissemnts de Waremme (nous le relevons à Villers-le-Peuplier), de Huy, de Dinant, de Marche et de Bastogne. Le pays gaumais connaissait naguère, le cugnon [sic], qui a disparu. Toutes ces indications sont extraites de la documentation à publier dans le tome 3 de l’Atlas linguistique de la Wallonie. — Cf. aussi « cugnet », pièce de pâtisserie de forme allongée » Lexique du Patois gaumais dans le Bull, de la Soc. de Litt. W., 37, 1897, p. 320 ; et ci-après p. 12. — A Liège, on écrivait coignou eu 1597 (Chartes et privilèges des bons métiers de la Cité de Liège, Liège, 1720, p. 124; cf. R. van santbeRgeN, op. cit., p. 241).

(2) La forme cougnou a également été adoptée par les francophones de Bruxelles, pour désigner le gâteau de Noël; voir notamment un articulet dans Le Soir du 26 décembre 1937 et la fig. ci-contre.

(3) Cugnole est la forme la plus répandue à Avesnes et dans son arrondissement ; à Maroilles et à Trélou, elle a pour concur­rente la forme quegnole ; à Maubeuge, où cugnole a dû se dire naguère (Ch. GRANDGAGNAGE, Dictionnaire étymologique de la langue wallonne. t. I. Liège, 1845, p. 100, sub v° «caniolè»; (…).

 

(p.10) Le Tournaisis et la région de Lille usent de l’appellation coquille, dérivée de l’étymon conchylium . laquelle se rencontre parfois à Ath et aussi dans les arcllives montoises du XVIe et du XVIIe siècle Mais dans tout le Hainaut (p.11) français, cette dénomination est actuellement utilisée par le langage poli et par le langage écrit, car on la considère comme française, par opposition aux dénominations autoch­tones, considérées comme seules dialectales (1).

De l’examen panoramique qui précède, il résulte que la Wallonie, et particulièrement la province de Hainaut, participent à trois types de dénominations ; celles-ci, d’autre part, se superposent en certains endroits. Dans le canton de Chimay. le terme coiignole, qui, plus au nord. suit approximativement la limite des dialectes picards et wallons, a dû être assez général jadis : il est encore attesté à Chimay, ÏJontbliart, Momignies, Bailièvre. Yirelles, Seloignes, Bourlers et probablement ailleurs : mais partout. il est concurrencé par le tenue cougnou, seul usité dans la plupart des localités. Beaumont use surtout de cougnou, mais connaît aussi cougnole. Dans la région de Leuze et de Péruwelz, les termes coupole et coquille s utilisent concurremment (2).

Enfin on. trouve, dans des secteurs réduits, quelques dénominations ab rrantes. Dans quelques localités de l’Entre-Sambre-et-Meuse. on trouve cougnouk (3). Dans la partie méridionale de l’arrondissement de Soignies (jusqu’à cette ville et à Braine-le-Comte y compris), on trouve cugnole, à l’exclusion, de tout autre terme (4). Dans le Hainaut central, à Mons, à Binche et dans quelques localités éparpillées, (p.12) la forme cognole coexiste avec cougnole.

 

(1)  De même, dans certaines localités du pays de Charleroi, à l’heure  actuelle,  on utilise cougnole, ce dernier terme étant considéré comme le terme français traduisant le patois cougnou {Communication de M. W. Bal. de Jamioulx).

(2)   Nous  relevons   cette   concurrence   à   Leuze.   Péruwelz   et Ellignies-Ste-Anne.

(3)  A Thuillies, Moutbliart, Froidchapelle, Chimay et Virelles, où  les   autres   dénominations   (cougnou ou cougnole) existent également. — M. P. Ruelle a connu le vocable cougnoul;. utilisé comme sobriquet scolaire à Mons.

(4)  Pour « La Louvière et les environs », on signale cougnole et cugnole (F. depeêtbe et R. nopère. Dictionnaire du Wallon du Centre. Dialecte de La Louvière et environs, La Louvière, 1942. !’• “i’2 et 81). — Cugnole, comme on l’a vu, est la dénomination utilisée,   dans    l’arrondissement   d’Avesnes.   en   France.   Cette graphie  apparaît  dès le  XVe  siècle,  dans l’oeuvre  de Molinet (N. dupire,   Jean   Molinet.   La   vie.   Les   ceinres.   Paris.   1932, p. 220).

 

(p.13) En pays flamand, le gâteau de Noël reçoit des appellations fort diverses, sans aucun rapport avec les noms romans signalés ci-dessus, si ce n’est dans la région brugeoise. où kokielje s’utilise conjointement avec les noms locaux  vollaard et engelenkoek. A Roulers, on dit zoelelweke. A Menin et à Aalbeke, petit jesu, terme importé de localités wallonnes du voisinage, où l’on nomme parfois le gâteau de Noël : petit Jésus (1). En Flandre orientale et à Gand, qui est depuis le XIVe siècle un centre important de fabrication de pain d’épices. c’est ce dernier qxii s’est substitué au gâteau anthropomorphe (2). que remplace également le pain de corinthes. dans le pays de Waas et à Termonde. Nous retrouvons le gâteau anthropomorphe dans la province d’Anvers sous le nom de voldaar ou de krolleman. à Bruxelles sous le nom de couque à printjes (3), à Landen et à Tirlemont sous le nom de toteman (4). Dans la province de Limbourg. on ne signale que des conques de Nouvel an. dénommées heelkens à Hasselt (5).

On remarque qu’en fait, le gâteau de Noël est le plus souvent, eu Flandre, un gâteau de Nouvel an. Cela n’a rien d’étrange : le jour de Noël, en effet, n’est que l’ouverture

 

(1) Nous relevons cette particularité à Mouscron, Aiiscrœul. Frasnes-lez-Buissenal, Ghoy et Ollignies, suivant donc, à peu près, la frontière linguistique; mais on la trouve aussi jusqu’à Ladeuze, Belœil et Stambruges, d’après L’Atlas linguistique wallon.

(2) A Gand, le pain d’épices était naguère généralement en forme de losange ou de rectangle ; a Alost, de forme ronde. — Cf. pour la Flandre wallonne, à Mouscron. ce que nous dit M. L. Macs : « on vendait à la Noël des couques plates d.e pain d’épices. en forme de losange aux pointes coupées ; ces couques étaient décorées de dessins de sucre blanc eu filets ».

(3) Les boulangers wallons ont introduit également le nom de cougnou (voir ci-dessus, p. 8, n. 2). — Sur la signification de printjes, voir ci-dessous, p. 42.

(4) Ou désigne par tool. tout appendice qui flanque un quelcon­que objet, comme c’est le cas des renflements du gâteau anthro­pomorphe. Cf. F. de kidder. La conque de Xoël (totema, ) cl procession à rebours, à Tirlemont (dans : Folklore brabançon, 3* aimée, 1924, p. 103-111) ; J. wauters, De Ti-‘cman le Tienen, (dans : Da 13,abantse Folklore, t. XXII, 1950, p. .166-172). A noter que les archives tirlemoiitoises mentionnent le toteman dès le XVI« siècle.

(5) Nous empruntons toutes ces indications à pieters, T». 132-136.

 

(p.14) d’un cycle qui se prolonge jusqu’à l’piphanie, parfois même au delà . La Wallonie, et même Tirlemont qui en est si proche, s’en tiennent plus rigoureusement à la date de la Noël. Toutefois, dans deux communes du Hainaut, le gâteau traditionnel s’appelle encore bon-an, ce qui indique qu’il a dû se distribuer parfois au 1er janvier. D’ailleurs, à Tournai jusqu’en 1914, les boulangers en offraient en étrennes à leurs clients. Van Gennep nous apprend que la fabrication des coquilles, en Flandre française, se poursuit pendant tout le cycle de Noël et que la distribution se fait jusqu’aux Rois. La distribution, selon la préparation, couvre également plusieurs jours en Wallonie, encore que le gâteau apparaisse dès la Noël . Qu’on songe notamment à l’usage jadis fort répandu et parfois encore attesté aujourd’hui dans les cabarets, d’offrir des cougnoles (parfois

 

NB Le correspondant de Montzen (région germanophone au nord de Verviers) signale qu’avant 1914, Je boulanger offrait un gâteau à chaque client à la Nouvelle année. C’était aussi l’usage à Jalhay au Nouvel au, d’après E. Legros.

J. lemoine, Le folklore au pays d’Arlon, 2e éd., Garni, 1892, p. 52, rapporte qu’on donne souvent les cougnous comme étrennes aux enfants, le jour du Nouvel an.

 

(p.15) de fortes dimensions) à la compétition des joueurs (1). Dans certaines localités namuroises, on organise des trérîyes dans les estaminets, c’est-à-dire de véritables loteries de cougnous, le jour de la Noël (2) : mais à Boussu-lez-Walcourt, c’est à la fête des Rois qu’avait lien jadis un «festin du cougnou », à l’occasion, duquel les cabaretiers conviaient leur clientèle à manger le « cougniou » (3).

En Wallonie occidentale, néanmoins, le gâteau semble lié plus intimement qu’en Flandre à la fête de la Nativité. Ce qui le prouve, c’est la croyance entretenue dans l’esprit

 

(1) Généralement des joueurs de cartes. La persistance de cet usage nous est signalée à Auvaing. Braine-le-Comte. Ecaussinnes et, dans le Brabant, à Roux-Miroir et Jandram-Jandrenouille : dans cette dernière localité, le jeu comprend des gâteaux de diverses grandeurs : « li maisse, li deuxième » et « li crote ». — A Aubechies, ce n’est plus qu’un, souvenir. — Ailleurs, c’étaient les fiskeman’ ou les boulomes (voir ci-dessous, p. 30, n. 3) qui ser­vaient de prix dans les cabarets. — Dans le Borinage, où l’on jouait aussi des cougnoles aux cartes, on les disputait à l’arbalète dans les tirs au berceau, ou encore au jeu de crosse. — M. G. Lcnoir, natif de Neufvilles, où il habite depuis soixante-dix ans, nous écrit : « Quand j’étais jeune, à partir de la Noël jusqu’à Pâques, tous les dimanches après-midi jusque bien tard dans la nuit, on jouait aux cartes pour des cougnoles ; ceci se passait dans les cafés du village. Après les parties finies, les parents retournaient chez eux. bien contents, porter leurs coit-anoles aux enfants ». — L’usage a existé en Flandre orientale et à Landen (PiETERS, p. 133 et 136). de même qu’à Tirlemont (wauters, op. cit., p. 171). On le rencontre aussi à Saint-Pol, en Artois (DEMONT. p. 87, en note).

(2) L. pirsocl. Dictionnaire Wallon-Français, Dialecte de Namur, 2e éd.. Namur. 1934, p. 495. sub v° « trcrîo ». — Le détail de cet usage est expliqué pour Andenne par R. DUSEPULCHRE, dans Wallonia, 7, 1899, p. 203-205, et par A. meliN, dans Le Guetteur wallon, lre année, 1924, p. 97. Sa survivance dans les cafés et dans les boulangeries de cette localité est attestée par La Gazelle de Huy, du 31 décembre 1947 ; de même a Biesme, dans l’Entre-Sambre-et-Meuse : voir La Province de Namur, du 25-26 décembre 1936.

(3) Usage disparu vers 1860 et rapporté par A. aRNOULD, Notice sur le village de Boussu-lez-Walcourt, Bruxelles, 1895, p.216-217 ; cet auteur considérait la coutume comme inconnue dans les villages voisins.

 

(p.16) des enfants, principaux bénéficiaires des distributions, en une intervention du petit Jésus, chargé de leur « passer» les cougnous. En pays flamand, au contraire, ce rôle est moins universellement attribué à l’enfant Jésus : si la

 

NB Gâteau… que les enfants… croyent tenir du petit Jésus» (SlGART, loc. cit.). — « El petit Jésus m’a passè ‘ne grande cougnôle… » (deprêtre et nopère, p. 72, sub « cougnole »). — « El pètit Jésus passe dès cougnoûs à lès èfants »  (W. baL., Lexique du parler de Jamioulx, Liège, 1949, p. 159). — A Namur, de même c’est le petit Jésus qui est censé apporter lui-même les cougnous aux enfants (PlRSOUL, op. cit., p. 124, sub v° « cougnou »). — Il est impossible de dénombrer tous les témoignages qui font état de   cette  croyance;   en  Artois,   en  Canibraisis  et   en  Flandre française, c’est sous l’oreiller des enfants que, la nuit, est déposé le   gâteau  (…) — Il faut faire une exception pour la Wallonie orientale : vers Neufchâteau, le cougnou était, dit-on, distribué par la marraine à ses filleuls (Le  Vieux-Liège, 4e année, 1903, col. 239), comme cela se pratique dans les régions françaises situées au sud du Luxembourg (cf. ci-dessous, p. li). Le même usage est attesté au XVIIIe siècle à Liège, où un vieux  Noël dit : Bondjoû, mârène, èt bone santé. Dji vin qwèri m’ cougnou d’ Noyé ! (A. DOUTREPONT et M. delbouii.le, Les Noêls wallons, Liège-Paris, 1938,  p. 99).   Il  a existé aussi à Jalhay, près de Verviers (cf, ci-dessous, p. 23. 11. 5), et ailleurs en Ardenne, d’après la   documentation   de  L’Atlas linguistique wallon, qui  fournira d’autres traditions encore (ainsi à  Harzé, commune du sud de l’arrondissement de Huy,   l’amoureux   doit   aller   à   la   Noël chercher sou cougnou chez, sa promise ; à Flamierge, arrondis­sement  de Bastogne, une  coutume voulait  que  le  lendemain de Noël, les chefs de famille se réunissent chez l’un d’eux qui offrait à chacun un petit pain, dit cougnoû, et la goutte, c’était une séance du « vinage »,  vinadje ; etc…)

 

(p.17) croyance est attestée à Anvers, à Bruxelles, ainsi qu’à Tirlemont . c’est-à-dire dans 1″ancien Braba.nt , dans ]es régions de Bruges et de Roulera, c’est l’ange Gabriel qui est censé apporter l’engelenkoek au pied du lit de l’enfant et à Cassel et Hazebroock. c’est le Père Noël: à Termonde et dans le pays de Waas. le gâteau est donné par les parrains et marraines, au Nouvel an. tradition qui exclut toute intervention surnaturelle et qui se retrouve, par ailleurs, dans la Wallonie orientale, ainsi que clan> plusieurs provinces françaises du Nord-est : en Lorraine, en Champagne (Troyes, Clairvaux, Bercenay, Ramerupt, Faux-Fresnay), en Bourgogne et en Franche-Comté . La croyance au petit Jésus apparaît ainsi comme une tradition propre à l’ancien duché de Brabant, à l’ouest de la Wallonie, à la Flandre française et au Hainaut français. les seules régions où elles soit généralement reçue. Il est assez facile de reconnaître dans cette aire de dispersion, à peu de choses près, le territoire du diocèse de Cambrai, tel qu’il existait avant 1559.

 

tripe (boudin)

(dè l’ Picardîye à l’ Gaume: 

in: Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

On jouait aux cartes, à l’ kine, puis chacun y allait de son répertoire. Vers les dix heures, on mangeait des rèstons puis à minuit on tirait un coup de pistolet ou de fusil pour annoncer la naissance du rédempteur. Chacun s’agenouillait et l’on disait un chapelet en commun.

 

in: Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

Le 24 décembre étant une vigile, on ne pouvait manger de viande. Aussi, après minuit, on faisait ripaille avec les charcuteries, notamment le fameux boudin de Noël, puis l’on mangeait le cougnou.

Le cougnou, c’est le gâteau traditionnel de Noël, avec sa partie renflée au centre, ornée d’une cacaye en terre cuite avec ses motifs co­lorés.

Sous l’ancien régime et jusqu’à la fin du siècle dernier, on chantait une messe de minuit à la chapelle de N.-D. de Hal, située au milieu de la place des Trieux. Les croyants qui assistaient à cette messe de Noël portaient des cierges allumés.

La messe des matines avait lieu à 5 heures du matin.

Durant la veillée, il n’était pas question d’arbre de Noël. Cette coutume, très répandue de nos jours, n’a été introduite chez nous que depuis un bon quart de siècle. Sans doute est-elle venue de l’occupation allemande et de la première fête de Noël en 1918 passée avec les An­glais ? Les peuples germaniques et anglo-saxons ont depuis des siècles observé cette coutume. Le Père Noël est pour les enfants de ce pays l’équivalent de notre saint Nicolas. En Espagne, ce sont les Rois Mages qui tiennent cet office.

 

in : Trad. Wall.,  Au pays des cougnous, cougnoles et coquilles, 1990

(p.59) Les « Jésus » de Noël à Ath

 

C’est ainsi qu’à la Noël, tous achètent le Jésus de Noël, gâteau allongé, pansu au milieu, arrondi aux extrémités, orné au centre d’un grand « Jésus » en plâtre, à chaque bout d’un plus petit. Ces médailles représentent un canard, une fleur, une corbeille de fruits et de fleurs, une fillette portant un gâteau, un serin, un perroquet, un coq, un chien aboyant grimpé sur le tonneau qui lui tient lieu de niche, deux gamins avec chapeaux de juge et de général, un homme s’abritant d’un parapluie et portant une énorme couque sous le bras gauche, un enfant assis tenant la couque traditionnelle, enfin, en 1915, un trompette des guides monté sur son cheval. De ces Jésus, les uns sont anonymes ; les plus anciens portent au revers le nom de : Joseph Leclercq à Baudour ; depuis 1908, ils sont marqués : Leclercq-Caron à Baudour. Une cou­que de pâte ordinaire avec tête, bras et jambes s’appelle un « fiskeman’ ».

 

Jules DEWERT, Le Folklore du Pays d’Ath, dans La Vie wallonne, t. 5, n° 6, Liège, 1925, p. 235.

 

Lisa Dujardin (Wame / Wasmes), in : MA, 1, 2010, p.10-12

 

Lès rastons

 

noe, èl longueur d’ é solée

Nouvèl an, èl pas d’ é serdgent

Ayet à 1′ cand’lée, on lèye tout’ aler…

Pasque éne miète pus tard, èl salau s’in va s’ coukier,

lès djoûes sont pus lons

on couminche à vf cléer à sès pîes…

À l’ cand’lée, on fét dès rastons:

énne pièche chon francs dins éne mégne,

dins l’ aute èl manche dè 1′ payèle.

Quand d’ é costé, il èst cwit à pwégn,

fé èrdjiboter èl prumier raston,

dè 1′ kèyance, c’ è-st-asseûrer,

t’t-au lon d’ l’ anée à vou méson…

Mès d’vant dè 1′ se fé è rastons,

dè l’ pâte, il in faut toûyer…

Rade, fèl, abîe à vou calpégn, à vou croyon…

 

Tou çou qu’ i faut pou éne deumi-lîve deu farène,

Éne péchie d’ sé, deûs-oués, cékante grames deu chuke in poûre, éne deumi-péte de lachau, éne deumi-péte deu bière deu ménâje (èl lachau ayèt l’ bière à température ambiante), é filét d’ wile à l’ salâde

 

Tout quand qu’ i faut fée

 

Sans lèyer quèyî dès morchaus d’ èscafotes, èskètez 1’s-oués dins é saladier. In amelète, vous 1′ se débatez. Tout-in continwant à débate (au fwèt, à l’  èspatule ou bié au mixer) fèt’-à-fèt’, clikiez èl lachau, èl bière deu ménâje, èl filé d’ wile à 1′ salâde, èl chuke in poûre, èl farène aveu èl péchie d’ sé. Toûyez dusqu’adon qu’ èl pâte seûse bié lisse ayèt fine. Lèyez-le r’pouser éne anvée (dî minutes, é quart d’ eûre). Dins éne payèle, lèyez fonde éne neûsète deu bûre ayèt clikiez éne louche deu pâte (I n’ faut nié qu’ les rastons seûstét trop spés). Lèyez-le cwîre come s’ i sarot éne amelète.

Quand 1′ pâte èst prîse d’ é costé, c’ è-st-adon qu’ on 1′ fét r’dji­boter, èl raston (n’ obliez nié lès chon francs dins éne mégne, asteûre, én-eûro fra l’ afaîre).

A magne! Vu l’ éportance deu l’ étèrvinvion, n’ iaurdissez nié 1′ plafond ou bié su vou tiète,  n’ afikiez nié 1′ raston.

Au Borinâje, é raston, i s’ minje caud, saupoûré d’ castonâde (d’ èl rousse, èle èst mèyeûse)

 

É consèy d’ amis’

Wardez-in eugn… Intourpiner dins dou papier doré, su l’ deuzeûr deu

vou gardeu-robe, vous l’ mètrez in pakus. L’ anée qui vîe, vous l’ dèstourpinerez… Ayèt, vous virez:

I n’ sara nié boudjé!

Bon-apétit! À l’ Candelée qui vît!

 

in: Roger Pinon (?), Gastronomie populaire wallonne, p.99-129

Le matoufèt : le mot et la chose

 

(p.123) 3. Folklore de la vôte

 

Cette faveur des vôtes explique que ce soit un mets calendaire tradi­tionnel. Voici quelques documents que j’ai réunis :

 

(p.126)

—  à Franchimont encore, à l’ chîje dou Noyé « à la veillée de Noël », on faisait une pile de vôtes lèvèyes qui sintént télemint bon qu’on ‘nn’ aveut l’ aîwe à l’ boutche « qui sentaient tellement bon qu’on en avait l’eau à la bouche » (d’après E.-J. Piret dans « Les Cahiers Wallons » 1956, 10, p. 158).

—  l’Atlas linguistique de la Wallonie, III, p. 352b, donne une indication similaire : on mange des vôtes lèvèyes au réveillon de Noël à Wiesme et à Beauraing ; à Ocquier, Alphonse Burette note qu’en 1899 on mangeait à la Noël des cognons surmontés de gros soukes fondous « gros sucres fondus », des galèts (déjà !) et des vôtes di totes sipèheûrs avou dè fin souke « crêpes de toutes épaisseurs, avec du sucre fin » (voir son manuscrit, p. 87) ;

 

Lucien MARÉCHAL, La boulangerie namuroise (1), in : EMVW, 4, 1924, p.105-114

 

Les cougnous de Noël sont faits de la même pâte que les pains au sucre et brioches. Jadis, les boulangers y mettaient beaucoup de soin, de coquetterie même. Ils rivalisaient à .qui ferait les plus beaux cougnous. La décoration dont il s’agit était tracée au couteau dans la pâte. Ce dessin se faisait aussi au moyen d’un instrument présen­tant des lignes en relief et qu’il suffisait d’imprimer sur la face, supérieure du gâteau. Cet usage, pourtant commode, est oublié. Presque partout à Namur, les cougnous ne portent plus aucune espèce d’ornement. II s’en fabrique de toutes les grandeurs et de tout prix. Ils ne contiennent souvent pas de sucre, mais ont alors une pâte plus beurrée.

 

in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992

 

(p.15) L’art d’accommoder les vètès tripes ou tripes à l’ djote

 

Faire cuire des choux verts. Pour 500 grammes de choux cuit, expurgés d’eau et hachés finement, mettre 500 grammes de petits créions de saindoux et 500 grammes de viande crue hachée finement (provenant des déchets du cou et des jambons), les deux tiers d’une noix de muscade, dix clous de giro­fle bien piles et deux oignons moyens finement hachés aussi. Mêler le tout après l’avoir salé légèrement, puis passez au cornet dans un morceau de 50 centimètres environ d’intestin grêle dégraissé au préalable à la lame; liez les bouts avec du fil blanc. – Faire chauffer de l’eau, quand elle bout y verser les saucisses et les piquer avec une fine aiguille (une piqûre tous les 5 centimè­tres), laissez bouillir à petit feu pendant une heure, retirer les tripes et mettez les égoutter. – II ne reste plus qu’à les frire dans une poêle avec la graisse qui a surnagé sur l’eau dans laquelle ont bouilli les tripes. (Recette donnée par Ad. Mortier).

 

(p.16-17)

Vin chaud, cougnous, boukètes

 

Dans certaines familles, au retour de la messe de minuit, la tradition voulait qu’on se revigorât en buvant du vin chaud, avec lequel on dégustait un mor­ceau de cougnou ou des boukètes.

Voici une recette de vin chaud en usage dans le Hainaut. Ingrédients pour 4 à 6 personnes :

1 bouteille de vin rouge

100 g de sucre candi

1 bâton de cannelle

4 clous de girofle

4 verres de liqueur de rhum

Faire chauffer le vin avec le sucre, la cannelle et le girofle. Le retirer du feu juste avant l’ébullition; ajouter le rhum et servir.

Variante :

On peut ajouter, en même temps que le sucre et les épices, une orange cou­pée en tranches.

Répandu partout, sauf à Liège depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, le cougnou pouvait être composé comme suit :

Ingrédients pour un grand cougnou ou plusieurs petits :

500 g de farine

25 à 35 g de levure de boulanger

1,5 à 2 dl d’eau ou de lait tiède

20 à 25 g de sucre semoule

4 à 5 œufs

100 à 200 g de beurre

1/2 cuil. à café de sel

Pour la plaque : matière grasse

Pour dorer : 1 jaune d’œuf

2 cuil. à soupe de lait

 

Disposer la farine en fontaine.

Délayer la levure avec un peu d’eau ou de lait tiède, la verser dans la fon­taine avec le sucre et les œufs et travailler en ajoutant peu à peu la farine et le reste de l’eau ou de lait. La pâte doit être bien légère.

Lorsque la pâte est bien travaillée, incorporer le beurre ramolli et le sel et travailler encore le tout jusqu’à ce que la pâte soit bien lisse. Couvrir d’un linge et laisser doubler de volume dans un endroit tiède.

Pétrir à nouveau la pâte et lui donner une forme allongée terminée aux deux extrémités par une petite boule, ou la diviser en pâtons de 100 grammes ou plus selon le désir de donner également à ces pâtons la forme d’un enfant em­mailloté.

Poser le ou les cougnous sur une plaque graissée en les espaçant largement si il y en a plusieurs. Laisser lever à nouveau.

Lorsque la pâte a presque doublé de volume, la dorer avec le jaune d’œuf délayé avec le lait et placer au centre et aux deux extrémités des ronds de plâ­tre ou bien faire des incisions décoratives.

Laisser encore lever un peu puis mettre au four chauffé à 200″ C et laisser cuire plus ou moins longtemps selon la grandeur des cougnous.

Retirer du four dès qu’ils sont bien dorés.

Variante :

Certains ajoutent une poignée de raisins secs après la première fermenta­tion de la pâte.

(p.18) Quant à la boûkète, à côté des recettes populaires, bien austères, il en exis­tait des versions plus bourgeoises, comme celle-ci, en usage pendant plus d’un siècle dans une famille liégeoise.

Ingrédients :

500 g de farine blanche et 500 g de farine de sarrasin, une pincée de sel, un li­tre de lait, un grand verre de rhum, 60 g de levure fraîche, 250 g de raisins de Corinthe, 6 œufs dont le blanc est battu en neige (1).

Après avoir mélangé le tout et avoir laissé lever la pâte, on cuisait les boûkètes à l’huile. Elles devaient être petites mais épaisses et on les mangeait soupoudrées de cassonade, en buvant du café. S’il y avait lieu, on les réchauf­fait au beurre ou à l’huile.

 

(1) Selon une autre recette voisine, on ajoute 50 g de beurre fondu.

 

L’ABATTAGE DU COCHON, in : EMVW, 1924-1930, p.284-301

 

(p.299) V  En Condroz, XVIIIe siècle

 

– C’est une de nos plus vieilles coutumes que, celle qui consiste à tuer un cochon à l’occasion de la Noël. Mme Ghislaine Hénaux, de Bois-ei-Borsu, a bien voulu nous communiquer des notes, établies en partie d’après  des manuscrits inédits du feu Ferdinand Hénaux, l’historien liégeois, et de ton frère Etienne Hénaux.

Nous en extrayons les renseignement suivants concernant l’abattage et la préparation du porc tels qu’ils se pratiquaient il y a deux siècles, et se pratiquent encore,  en Condroz, à l’occasion de la Noël.

 

Le troisième jour précédant la Noël, on recevait la visite du boucher qui venait tuer le cochon. Après avoir cimplètement vidé l’animal, le tueur le portait dans la cave, ou il le déposait sur une grande table en ais de chêne servant de couvercle au saloir, Li touweû d’ pourcês, après-avu ajusté l’ bièsse, èl pwèrtéve è l’ câve so l’ tâve dè salû.

On laissait reposer la viande jusqu’au lendemain soir avant de la découper. Quant à la dépouille, on la faisait cuire sans tarder, après d’avoir lavée, et on la laissait refroidir pour en faire du pâté. Le foie, le cerveau, la viande fibreuse et le pancréas étaient cuits dans la poêle immédiatement pour que le boucher pût en manger avant son départ. C’était souvent aussi ce dernier qui raclait les boyaux et les donnait aux femmes pour la préparation des boudins. On cûjéve li dispouye â pus vite po l’ lèyî r’frûdi èt ‘nnè fé dè hatchis’. Li féte, li cèrvê, li nisse èt l’ sote tchâr èstint fricassés tot drût po qui l’ botchî sayahe dè pourcê divant d’ènnè raler. C’èsteût sovint l’ botchî ossi qui havéve lès boyês èt qui lès d’néve âs feumes po fé lès tripes.

Le même jour, on hachait la dépouillé en y amalgamant des oignons et du persil, sur la planche à hacher, à l’aide du hachoir qui pendait au râtelier de l’âtre. Une fois recuit, cet amalgame était moulé dans de grands plats où on pouvait ïe conserver jusqu’à deux ou trois semaines. On hatchéve li dispouye avou dès ognans èt dè pièrzin, so l’ plontche à hatchî, avou l’ hatchâ qui pindéve â  fièr di coulèye. Après l’ avu faît r’cûre, on l’ mètéve divins dès plats po l’ fé prinde; èt, grâce à çoula, on l’ wârdéve djusqu’a quinze djoûs treûs samin.nes.

Le lendemain, le four était allumé pour la cuisson des cougnous, des pans d’ djama (pains de Noël), des tartes aux pommes et des gosâs (grands chaussons). Après la seconde fournée, si le boucher avait dépecé le cochon, on mettait cuire au four, dans de grandes (p.300) casseroles en terre, les carbonâdes, tranches de filet coupées très fines. Quand l’ deûzin.me fornêye estût foû dè for, èt qui l’ botchi avût k’tèyî l’ pourcê, on hèréve è for lès casseroles avou lès carbonâdes po lès cûre come i fât.

Le même jour, à la soirée, la viande fraîche était hachée avec du poivre et du sel, puis introduite dans les boyaux bien nettoyés pour former des (ripes, boudins- aromatisés à la marjolaine, ou des sau­cisses que l’on suspendait dans l’âtre pour les y laisser sécher. Toute famille condrusienne eût rougi si, à cette occasion, elle n’eût pu , montrer une douzaine d’aunes de saucisse et de boudin (13).

 

1925 – Ghislaine hénaux

 

VI  La découpe du cochon

 

Parmi les renseignements que nous serions heureux de recueillir; . signalons ceux qui se rapportent à la manière de dépecer l’animal. Celle-ci varie selon les endroits et même selon que la viande doit être livrée au commerce ou consommée” par le particulier.

A titre d’indication, nous reproduisons un dessin représentant la

 

(13) Un très ancien noël liégeois s’exprime comme suit :

Qwand n’s-årans stu à deûs’ treûs mèsses,

Nos vêrans cial magnî dès cwèsses,

Si magnerans-ne ine aune di tripe…

Quand nous aurons été à deux ou trois messes. Nous viendrons ici manger des côtes Et nous mangerons aussi une aune de boudin…

 

Cf, Aug. doutrepont, Les Noëls wallons, p.16, tradition liégeoise d’après Ch. Semertier,  Vocabulaire de la Boucherie et de la Charcuterie. (Bulletin de la S.L.W. t. 35).

 

Ajoutons enfin que tout ce qui touche au folklore culinaire du cochon peut faire l’objet d’intéressantes communications. La ma­nière de manger se transforme constamment et il est désirable que !es- anciennes recettes de cuisine ne tombent pas dans l’oubli.

 

VII Sorciers voleurs de boudins

    

Notre fidèle correspondant M. Henri Stas, de Sougné-Trembleur, nous signale une croyance populaire, relative à la confection des boudins. Nos confrères ont-ils connaissance de croyances analogues ?

 

Au début du XIXe siècle, à Trembleur et dans les campagnes voisines, on croyait que, certains sorciers avaient le pouvoir de fé ‘nn’ aler lès tripes (faire disparaître les boudins). Le macrê se ren­dait à minuit avec ses invités près de l’habitation dont les occupants avaient tué un cochon. Il étendait au pied du mur un drap blanc en faisant des gestes et en prononçant des formules magiques. Les invités se tenaient accroupis à une certaine distance. On voyait bientôt les boudins sortir de la cheminée et descendre le long du mur.

Le sorcier s’emparait du premier boudin et le jetait loin derrière lui, en criant :

« Volà t’paurt » (voilà ta part). C’est au diable qu’il s’adressait. Les autres boudins étaient répartis entre les personnes présentes. Le lendemain, on trouvait la marmite sans boudins. L’eau où ils avaient cuit était souillée de suie…

On ne parle plus, aujourd’hui, de ces tours de sorciers, mais une coutume subsiste qui s’y rapporte peut-être : aucune fermière ne mettrait cuire ses boudins sans laisser tomber dans la marmite quel­ques gouttes d’eau bénite.

 

1926 – Henri STAS

 

J.-M., Pierret, J.-M., Quelques aspects du folklore chestrolais, La Vie Wallonne, 1967

 

(veille de Noël) réveillon avec le cugneu. Pendant la nuit de Noël, le petit Jésus ‘passait’ quelques souliers dans les souliers des petits enfants. (p.174) Autrefois, le jour de Noël, on recevait des noix dans les cabarets. A Mellier, les jeunes gens, accompagnés d’un musicien, partaient de grand matin, le lendemain de Noël.  Cette tournée était appelée la ‘baterîe’.

 

Maria Dombois (Payis d’ Bastogne)

 

Noyé

 

On f’jét do l’ tâte, dès cougnous.

Quand is r’vinét d’ âs matines, on mindjét do l’ tâte.

Li lendemwin, c’ èst Sint-Etiène.

On fèjèt dès p’tits pwins à Cobru, à l’ oneûr di Sint-Etiène, li sint po lès mâs d’ tièsse.

 

Lès nûles

(in: André-Gérard Krupa, Nadine Dubois-Maquet, Françoise Lempereur, Crédit Communal, s.d.)

Li Noyé è payis d' Lîdje èt di Spå (Noël aux pays de Liège et de Spa)

(in: Albin Body, Recherches sur le folklore de Spa, Wllonia, 1899, p.187-196)

Gaume - Virtan (Virton) / Toufaye (li 26 di décimbe)

(VA, 27/12/2013)

3 Tradicions musicâles / Traditions musicales

in: Y. Dailly, La chanson populaire en Wallonie, 1944, p.17-78

 

(p.36-37) Aux 17e-18e siècles, apparition de Noëls en wallon.

On en distingue trois types:

(1) le Noël dialogué (majoritaire)(dramatique ou alterné)

(2) le Noël narratif

(3) la chanson de quête

 

(1) +- une quarantaine existant

Dramatiques, ils racontent une histoire et les différents personnages de la chanson s’interrompent pour devenir récitants.

Alternés, ils font succéder des strophes rédigées en français et d’autres en wallon.

Le français est l’apanage d’un ange qui, en termes banals et prétentieux, attire l’attention sur l’importance de la Nativité.

(2) Les Noëls narratifs racontent une histoire se rapportant à Marie, à Joseph et aux massacres d’Hérode.

(datent du 19e s.)

(3) La chanson de quête, beaucoup plus anc. semble-t-il, commence par ces vers:

Bondjoû, mârène, ine bone santé!

Dji vin qwèri m’ cougnou d’ Noyé.”

Les “gamins” le chantaient pendant la quinzaine de Noël (24 décembre au 6/1) et ils sonnaient aux portes pour réclamer des sous et des friandises. (p.37)

 

cf B: Brueghel:

SCENARIO DES NOELS: Adoration des bergers, des Rois

Ce ne sont pas les bergers de Bethléem que les Noëls nous montrent mais les bergers de Liège ou de Verviers ou de Stavelot ou de Namur (principaux endroits où l’on a découvert des noëls)

 

Jésus est appelé binamé, binamé poupâ, saveûr di mi-âme, binamé gros Mâye, parfois: p’tit bouname di souke.

Marie, binaméye dame, binaméye pucèle

Joseph, Mêsse Djôsèf, pitit vî monseû, pitit vî bouname, binamé p’tit vî pére

 

R. Arcq, in: En ratindant mégnût …

 

In-n-èfant nos-a stî donè    (air : Il est né le divin enfant)

 

In-n-èfant nos a stî donè   !

I ramin.ne èl paîs dissus l’ têre.

In-n-èfant nos-a stî donè   !

C’ èst no Sauveûr qu’ è-st-arivè   !

 

1

Dispû l’ timps qui  nos l’ èspérons

i  s’ a passé bén des anéyes…

Qui  lès djoûs nos-ont chènu longs

dispû l’ timps qui nos l’ ratindons   !

 

2

Dins s’ keû, i  gn-a place pou tèrtous,

dins sès mwins, i tént l’ èspèrance.

Au  triviès dès gnûts èt dès djoûs,

ès’-n-istwèle lûra pa-d’vant nous.

 

 

Au d’bout dè l’ nût     (air   :  Stille Nacht)

 

Au d’bout dè l’ nût

ène istwèle lût

au stwèlî èdôrmu.

Dins l’ istaule, in-n-èfant èst coûtchî,

dins lès strins, in-n-èfant qui sourît.

Tèrtous, tchantons no jwè !

In Sauveûr nous-èst donè !

 

Du d’bout dè l’ gnût,

tout èdôrmus,

lès bièrdjîs acourenut

saluer 1′ èfant qu’ is ratindént,

adorer li  Rwè qu’ is-èspèrént.

Tèrtous, crions no jwè !

Èl Sègneur è-st-arivè !

 

Du d’bout dè l’ gnût,

l’ Sègneûr a v’nu,

èl Sauveûr ratindu.

Au triviès dès tchamps èt dès pachis,

l’ èspérance dissus têre a flori.

Noé ! Tchantons Noé !

No Sauveûr vént d’ ariver   !

 

 

Pârtons èchène (air : Adeste Fideles)

 

Pârtons èchène !

Courons viès l’ istwèle !

Criyons l’ Boune Nouvèle !

Jésus èst là !

Pour nous, sès fréres

i r’vént dissus têre !

Il èst no-n-èspèrance ! (ter)

C’ èst li no Sauveûr!

 

Qui no jwè tchante

au triviès du monde  !

Tchantons no r’conechance  :

Jésus èst là   !

Dissus sès spales

i prind l’ pwèd dès-omes   !

Il èst no-n-èspèrance.     (ter)

C’ èst li no Sauveûr  !

 

(tchanson : Po l’ Noyè – pârticion)

 

1. Jésus vo-no-v’ci

Autoû d’ vosse payis

Avou lès bièrdjîs

Tortos agngnoyis

 

2.   La Viêje addé li

O l’ bêce, su do strin

A bin rèfachi

Li rwè d’ totes lès djins

 

3.  On rwè s’ fait tot p’tit

On rwè vint su l’ têre

On  rwè d’vint nosse frére

Èt r’couve nos pètchis.

 

4.   I vint soladji

Nos maus èt nos pwin.nes

L’ amoûr què l’ amwin.ne

Vérè n’s-apauji

 

5.  Qu’ avans-ne po l’ ricîre,

Li r’wè d’ tos lès r’wès ?

Qu’ avans-ne po l’ ricîre,

Li Fis dau Bon Diè ?

 

6.   Li grosse marcotéye

Di nos laîds pètchis

L’ fayéye marcotéye

Do bin qu’ n’ ans sayi.

 

7.  Mins glwêre à Jésus

Li Fis da Marîye

Li Fis dau Bon Die

Tofêr èt todi !

 

Georges Smal , Ernest Montellier (1981)

 

Noyè dès p’titès djins

 

Mon Diè, sondjoz aus p’titès djins

Qui vont fè Noyé avou rin.

 

Vos savoz bin qui nos rovians

Qu’ on djoû, vêla, gn-a on-èfant

Qui n’ a trouvé qu ‘one vîye cayute

Po disclôre èt po s’ mète à iute.

S’ audjoûrdu c’ èst fièsse po dès cias

Qui vont mougnî come dès pourcias

Is pinsèt qui voste èritance

Ç’ asteut quékefîye do fè bombance.

Portant c’ èst Noyé po l’ chômeù

Po l’ pauvre âme qui s’ tchauferè sins feu

Si v’s-avoz on quârt d’ eûre à piède

Waîtoz do l’zî fè one risète.

 

Jean Servais, in: CW, 10, 1953

 

Tchantans Noyé

 

 

(pârticion)

 

RÈFRIN

Noyé, Noyé audjourdu nos rachone,

Lèyans padri tos nos trayins

Noyé, Noyé tchantans tortos èchone

Èt Paîs su l’ têre aus brâvès djins.

 

I

Li raculot qu’ èst là dins l’ crèpe

A v’nu vêci por nos.

I nos sorît d’ sès ptitès lèpes

D’vant Li, ployans lès gnos.

II

C’ èst nosse Bon Diè qui nos l’ èvôye

Au mitan dès bierdjîs.

I vint po nos rapèler l’ vôye

Li vôye do Paradis

III

Po l’ richandi, 1′ boû èt 1′ bourîke

Sofelenut su sès pîds.

Po s’ èdwârmu, il a l’ musîke

Dès-andjes do Stwèlî

 

IV

On n’ lî a pont trover d’ fachète,

I dwat su li strin.

Papa Djosèf lî faît risète.

 

V

Dins s’ baube di Capucin.

Avou Marîye l’ mèyeûse dès méres

I n’ saureûve awè frèd,

Po soladjî totes nos miséres

Èlle îrè jusqu’à l’ crwès.

VI

Su sès massales mètans nos baujes,

Asglignans-nos d’lé Li.

Sûvans po ièsse todi binauje

Li stwale dès bièrdjîs

 

Minuit, chrétiens, in : Chîjes èt Pasquéyes, 22/12/2001

 

Méye-nêt, mès djins, c’ èst l’eûre doûce èt paujêre

Qui nosse Bon Diè a tchwèsi tot là-waut

Po s’ fé èfant èt v’nu au monde su l’ têre

Dins on vî stauve, gn-aveut pont d’ place ôte paut.

 

C’èst dès bièrdjîs avou totes leûs-ayèsses

Qu’ ont v’nu d’lé li, à l’ tote pikète do djoû

Po s’ asglignî, tchanter èt lî fé fièsse.

 

Noyé, Noyé, on Sauveûr nos-èst d’né

Noyé, Noyé, on Sauveûr nos-èst d’né.

 

Méye-nêt, mès djins, nos v’lans tchanter èchone

Li Rwè dès Rwès qui nos-a v’nu tchwèsi.

Tot p’tit èfant, i n’a pont ieû d’ maujone,

Jusse on baudèt, on boû po l’ richandi.

 

Portant, lès Rwès ont bin v’lu chûre li stwèle

Po lî rinde grâce èt l’ vinu saluwer.

Tchantans tortos èt spaude li bone novèle :

 

Noyé, Noyé, on Sauveûr nos-èst d’né,

Noyé, Noyé, on Sauveûr nos-èst d’né.

 

Noyé : Mèsse di mêye-nêt, in : CW, 10, 1967, p.235-240

 

Tècse : Auguste Laloux èt Lucien Léonard

Musike : Ernest Montellier

 

Introït

 

Antiène  : 

Li Sègneûr m’ a dit : Vos-èstoz m’ Fis,

Audjoûrdu, dji v’s-a mètu au monde.

 

Psaume 2

 

1) Poqwè tant d’ disdût dins lès djins

Èt t’t-avau lès payis tant d’ lwagnerîyes ?

Is s’ rècrèstèt, lès rwès su l’ têre

Èt lès princes tapenut l’ Bon Diè à l’ abat.

 

2) Li ci qui comande là pa-d’zeûs,

Li Sègneûr, ènn’ a faît one riséye,

Pwis i s’ mwaîjit; volà qu’ i cause ;

D’vant s’ colére, is sont pus mwârts qui dès mwârts.

 

3) Asteûre, vos, lès rwès, choûtoz bin,

Vos, lès jujes di d’ssus l’ têre, apurdoz :

I v’ faut sièrvu l’ Sègneûr, li r’crinde,

Èt lî rinde tos djoûs d’vwêr en tron.nant.

 

4) Mèrci à nosse Pére, qui pout tot

Èt à s’ Fis, Jésus-Cris, nosse Sègneûr

Èt à l’ Esprit qui nos rachone

Dins lès siékes di d’vant nos-ôtes èt d’après.

 

Graduèl

 

Antiène  : 

Por nos, divant l’ aîreû do djoû,

L’ Fis dau Bon Diè a v’nu au monde.

 

Psaume

 

1) Do djoû qui vos v’là v’nu, vos-èstoz rwè

Divant l’ aîreû do djoû,

Dji v’s-a mètu au monde.

2) Li Sègneûr a dit à nosse Sègneûr :

Assîdoz-vos à costè d’ mi ;

Vos-in.nemis, djè lès mètrè d’zos vos.

 

Alélouya. Alélouya.

Li Sègneûr m’ a dit : vos-èstoz m’ Fis,

(Mi), audjoûrdu, dji v’s-a mètu au monde.

Allélouya (riprîje)

 

Ofèrtwêre

 

Antiène  : 

Rafioz-ve, tortos, vos qu’ è-st-au ciél

Fuchoz aus-andjes, vos qu’ èst su l’ têre

Quand vos sèroz divant l’ Sègneûr ! Ca vo-le-là  !

 

Psaume 

 

1) Tchantoz on novia tchant au Sègneûr,

Tchantoz tortos au Sègneûr,

Su l’ têre, èt bènichans s’ nom.

 

2) Fioz sawè à tortos qu’ i n’s-a chapè

Aus payins, causans l’zî di s’ glwêre

À tos lès peûpes ci qu’ ‘l a faît por nos.

 

3) C’ èst li qu’a faît por nos tote li têre.

Divant li, bachans tortos l’ tièsse,

Dins lès siékes dès siékes. Âmèn’.

 

Comunion

 

Antiène:

En v’nant au monde, vos-èstoz rwè,

Fis do Bon Die èt nosse Sauveûr.

 

Psaume 

 

1) Li Bon Diè l’ a faît assîr à costè d’ li

Sès-in.nemis, i l’s-a mètu d’zos seès pîds.

 

2) Su tote li têre, i mosturerè qu’ il èst rwè

Rwè d’vant qu’ i n’ faîye li monde.

 

3) Ca c’ èst li qu’ a faît tote li têre

Li stwèlî èt lès mérs èt tot l’ ciél.

 

4) C’ èst li qui wéye sur nos

Su nos djoûs, èt nos pwin.nes èt nos djôyes.

 

5) Qui sotint lès p’titès djins èt lès r’lève

Qui manecîye lès gros èt lès rabâche.

 

6) C’ èst li qui nos veut si voltî

Qu’ i vint su l’ têre po nos-ôtes

 

7) Glwêre au Pére, à Jésus, à l’ Èsprit

Dins lès siékes dès siékes. Âmèn’.

 

 

Noyé : Mèssse di mêye-nêt, in : CW, 10, 1967, p.235-240

 

Tècse : Auguste Laloux èt Lucien Léonard

Musike : Ernest Montellier

 

Djoû d’ Noyé : Trwèzyin.me Mèsse

 

Introït

 

Antiène:   

On p’tit èfant è nosse maujon

Li P’tit Jésus è-st-addé nos ;

Li ci qu’ c’ èst da li l’ têre èt l’ monde ;

Il èst rwè, li lècsion dès rwès.

 

Psaume  

 

1) Tchantoz au Sègneûr on novia tchant

 Ca tot ç’ qu’ i faît èst percé bia

I nos disfind d’ nos-in.nemis

Il èst fwârt, il èst grand, il èst maîsse.

 

2) Li Sègneûr a dit qu’ i nos chapereut ;

Lès payins apudront qu’ il èst jusse.

I s’ rissovint qu’ i veut voltî

Li peûpe è l’ maujon d’ Israèl.

 

3) Jusqu’au coron, li têre a vèyu

Nosse Sauveûr vinu po nos sauvè.

Têre ètîre, au Sègneûr

Tchantoz l’ djôye da tortos.

 

4) Glwêre au Pére qui pout tot

Au Fis, Jésus, qui nos sauve

À l’ Èsprit qui nos-aude

Dins lès siékes dès siékes. Âmèn’.

 

Graduèl

 

Antiène:   

Audjoûrdu, tote li têre

A vèyu nosse Sauveûr.

 

Psaume  

1) Criyans tortos nosse boneûr

Au Bon Diè qui nos chape.

 

2) Il a mostrè qu’ il èst jusse

À totes lès djins su l’ têre

 

Alélouya.  Alélouya.

 

Vo-le-là l’ grand djoû qui l’ Bon Diè nos-a faît !

Mètans-nos à gngnos tortos divant li,

Ca audjoûrdu, one lumiére clérit su l’ têre.

Alélouya (riprîje)

 

Ofèrtwêre

 

Antiène:

C’ èst da vos l’ ciél, èt da vos 1′ têre

Li monde ètîr, c’ èst vos qu’ l’ a faît.

 

Psaume

 

1)  Binin.méyes lès djins qui conechèt vosse nom

 Is sèront binaujes po todi.

 

2) Binin.mès sont-is, avou vos

Sins vos, is sont d’loûjis.

 

3) Binin.mès lès cis qu’ vos sîyenut

Ca is sèront vos-èfants.

 

Comunion

 

Antiène

Su tote li têre, lès peûpes ont vèyu

Li Sauveûr qui l’ Bon Diè nos-avôye.

 

Psaume : Cfr Introït : 1, 2, 3.

 

4) Musucyins, djouwoz su vos bugues,

Sonoz, lès trompètes t lès cors

Po l’ dicauce do Sègneûr ! Vinoz bistoker nosse riwè.

 

5) Divant l’ Sègneûr, ca volà,

Vo-le-ci qui vint su l’ têre

Tortos à gngnos,

Divant I’ Bon Diè qui s’ faît mau d’ nos.

 

6) Il est rwè, rwè pa-d’zeûs tos lès rwès

Li qu’ a faît l’ ciél èt l’ têre

C’ è-st-on èfant tot pauvriteûs

Qui prind l’ dosséye di nos pètchis.

 

Pwis  : 4)     (di l’ Introït).

 

 

Auguste Doutrepont, in : La Vie Wallonne, t.1, 1921-22, p.174-180

 

Si l’on étudie nos chansons de Noël, les plus répan­dues et les mieux conservées, ont pour thème essentiel la visite des bergers à la crèche. Mais la Nativité comportait tout un cycle d’événements: Enfance et Mariage de la Vierge, Annonciation et Visitation, Voyage de Nazareth à Bethléem, Ado­ration des Bergers et des Mages, Hérode et les Innocents, Fuite en Egypte, dont plusieurs ont été sommaire­ment indiqués ou développés tout au long dans des chants spé­ciaux.

Voici, comme exemple, une Visite des Mages qui paraîtra assez curieuse et caractéristique par la nature et l’abondance de ses développements. C’est l’œuvre, semble-t-il, d’un demi-lettré, qui connaît ses textes d’évangile et qui a vu ses personnages dans quelque peinture ou verrière éclatante où son imagination s’est allumée. II est bien du peuple par son énumération admirative des (p.175) richesses des mages   et   par   sa   façon   pittoresque   de   décrire (strophe 18) la beauté de la Vierge Mère.

Notre texte est tiré d’un recueil, manuscrit du début du 18e siècle, contenant dix noëls français et deux wallons, transcrits par le Liégeois Grumselle, qui a fait servir aussi son petit cahier à conserver des éphémérides familiales : « L’an 1706 le 17 du moy d’octobre s’at mariez nostre fille Marie Charlotte Grumselle a chastelet entre Sambre Meuse a une lieu de Charleroy vers les 6 heur du soir avec Lambert Grenade natif de vervier a une lieu de limbourg nez en aoust 1676 il estoit agez de trente ans et nostre fille âgée de 23 ans et quelque mois l’an 1683 le 22 de juin , .. le 16 d’aoust 1708 elle s’accoucha d’un fils… »

 

1

Djans-è foû d’ Jérusalèm ;

corans tos en Bètlèyèm !

Sûhans cès novèlès djins

qu’ ènn’ alèt si djoyeûsemint !

 

RÈFRIN :

Tchantans tos li roy qui bwèt

so nos flûtes èt nos håbwès !

 

2

Sont treûs roys, deûs blancs, on neûr,

deûs vis, on djône plin d’ tcholeûr.

Dji n’ sé s’ is n’ sont nin mariés :

nole feume n’ è-st-a leûs costés !

 

3

Leûs dj’vås ont dès grandès croufes,

zèls dès tch’mîhes à mantches à boufes,

èt dès fleûrs so leû mante, d’ ôr, d’ ârdjint ;

måy rin d’pus bé !

 

4

Leûs casakes sont fêtes di v’loûr,

di tafias qui li retour (?).

Il ont dès corones so l’ tièsse :

dji n’ sé s’ is sont dès priyèsses.

 

Traduction :

1.  Allons[-nous]-en hors de Jérusalem; — courons tous en Bethléem! — Suivons ces nouvelles gens — qui s’en vont si joyeusement ! — Refrain (une autre version le donne en français) : Chantons tous le roi qui boit (altération évidente de : le roi des rois) — sur nos flûtes et nos hautbois !

2.  [Ce] sont trois rois, deux blancs, un noir, — deux vieux, un jeune plein de chaleur, — Je ne sais s’ils ne sont pas mariés [la vraie leçon serait : je ne sais pas s’ils sont mariés] : nulle femme n’est à leurs côtés!

3.  Leurs chevaux ont des grandes bosses, — eux des chemises à man­ches à bouffes — et des fleurs sur leur manteau, — d’or, d’argent; jamais [on n’a vu] rien de plus beau !

4. Leurs casaques sont faites de velours, — de taffetas… [texte altéré : le sens paraît être que la doublure est en taffetas]. — Ils ont des couronnes sur la tête : je ne sais s’ils sont des prêtres.

 

5

Leûs sèpes sont d’ ine grande valeûr,

sont dès bastons d’ impèreûr.

Si dj’ aveû dès s’-fêts bastons,

dj’ènnè freû dès patacons !

 

6

Il ont tchåssî dès bonèts ;

po l’ fôrûre dji n’ sé çou qu’ c’ èst :

i m’ sône qui c’ èst dè rolèt

dè v’loûr ou dè triyolèt.

 

7

Si v’s-ont-is l’ såbe à costé,

l’ fôrè tot gabriyolé,

l’ cou-d’-tchåsses fêt à la turcwèsse,

fôrè d’ ine pé d’såvadje bièsse.

 

8

Louke ci neûr, cisse crèspowe tièsse,

qui va d’hinde djus d’ ine grosse bièsse ?

I fêt çou qu’ lès-autes ont fêt :

i mèt’ sès pårts å wastê.

 

9

Mins qu’ èst-ce qui c’èst, cisse siteûle

qui r’lût d’ lon come on clér veûle ?

Èt poqwè loukèt-i tant tot dèmandant après l’ èfant ?

 

 

5.   Leurs sceptres sont d’une  grande valeur; — [ce]  sont des  bâtons d’empereur. — Si j’avais des si-faits bâtons, — j’en ferais des patagons (ancienne monnaie d’argent).

6.  Ils ont chaussé (= coiffé) des bonnets; — pour la fourrure ie ne sais ce que c’est : — il me semble que c’est du rolèt, du velours ou du triyolèt (noms d’anciennes fourrures précieuses).

7.   Si vous ont-ils le sabre au côté, — le fourreau tout bariolé   (damas­quiné), — le haut-de-chausses fait à la turque  (bouffant), — fourré d’une peau de bête sauvage.

8.   Regarde ce noir,  cette tête crépue, — qui va descendre bas d’une grosse bête ? — Il fait ce que les autres ont fait : — il met ses parts au gâteau.

9.  Mais qu’est-ce que c’est, cette étoile — qui reluit de loin comme un clair verre? — Et pourquoi regardent-ils tant — tout [en]   demandant  après l’enfant ?

 

10

Èst-ce là li bon Diè qui èst né ?

I l’ fåt bin, on l’ a tchanté,

èt lès-andjes dè paradis

ont dit ås bièrdjîs : « Vo-le-ci ! »

 

11

Djans’ vèyî on pô pus près !

Taîs-se, Houbièt, lê là t’ huflèt!

Hoûte on pô çou qu’ on dit là !

I m’ sône qu’ on crèye : « Quî va là ? »

 

12

Non fêt, ci sont dès mèstrés

èt dès basses qu’ on fêt djouwer.

Assurémint qu’ c’ èst l’ bon Diè,

qui sès vårlèts l’rècrèyèt !

 

13

« Monseûs, fez-me on pô dè l’ plèce »

afin qu’ dji veûsse tote li fièsse ! »

Rècoulez’ on pô pus drî 

po m’ lèyî a mi-åhe loukî !

 

14

Èy, bon Diè, qu’ èst-ce cist-årdjint

qui v’ dinèt cès bonès djins,

èt qui vout dîre cist-ècins’

qui foume là è vosse présince ?

 

10.  Est-ce là que le bon Dieu est né? — II le faut bien, on l’a chanté — et les anges du paradis — ont dit aux bergers : « Le voici ! »

11.  Allons   voir   un  peu  plus  près ! — Tais-toi, Hubert, laisse-là   ton sifflet! — Ecoute un peu es qu’on dit là! — II me semble qu’on crie : » Qui va là ? »

12.   Non fait, ce sont des ménétriers — et des basses qu’on fait jouer. — Assurément que c’est Is bon Dieu, — que ses vàrlets ïe récréent !

13.  « Messieurs, faites-moi un peu de la place — afin que je voie toute la fête ! — Reculez un peu plus derrière — pour me laisser à mon aise re­garder!

14 Eh, bon Dieu, qu’est-ce cet argent — que vous donnent ces bonnes gens, — et que veut dire cet encens — qui fume là en votre présence?

 

 

15

Qui vout dîre cisse salêye drogue

qui v’ dinèt cès-astrologues ?

Dji creû por mi qu’ is s’roûvièt

ou qu’ is n’ savèt çou qu’ is fèt.

 

16

I m’ sône portant qu’ is fèt bin

di fé là cès treûs présints

èt, si n’s-èstins ritches come zèls,

vos-årîz ‘ne mohone pus bèle.

 

17

N’ veûs-se nin, kipére, cist-èfant,

come il èst crås èt roselant ?

Louke sès-oûys, s’ boke èt s’ hatrê

on l’ noûrih å bon lècê !

 

18

Li cisse qui lî done li tète

n’ èst ni frèsêye ni rossète !

C’ èst l’ pucèle mére tot d’ on côp :

on n’ såreût l’ admirer s’ sô.

 

19

Qui fêt là ci bê bouname

qu’ è-st-assiou so on p’tit hame ?

N’ èst-ce nin Djôzèf li tchèpetî,

li pére di Dièw må moussî ?

 

 

15.  Que veut dire cette salée drogue — que vous donnent   ces   astro­logues? — Je crois pour moi qu’ils s’oublient (se trompent) — ou qu’ils ne savent ce qu’ils font-

16.  Il me semble pourtant qu’ils font bien — de faire là ces trois présents — et, si nous étions riches comme eux, vous auriez une maison plus belle.

17.  Ne vois-tu pas. compère, cet enfant, — comme il est gras et rosé ? — Regarde ses yeux, sa bouche  et sa nuque : — on le nourrit au bon lait !

18.  Celle qui lui donne à téter — n’est ni grêlée ni rousse ! — C’est la pucelle mère tout d’un coup : — on ne saurait l’admirer son soûl.

19.  Que fait là ce beau bonhomme — qui est assis sur un petit escabeau ? – N’est-ce pas Joseph le charpentier, — le père de Dieu mal habilié ?

 

 

20

Håstez-ve vite, Mèssieûs lès Roys :

dinez-li po dès scarmoyes,

po dès fahes èt dès lignerês

èt ine cote di pê d’ognê !

 

 

20. Hâtez-vous vite, Messieurs les Rois : — donnez-lui pour des gâteaux, pour des maillots et des langes — et une cotte de peau d’agneau !

 

Camille Gaspard, in : Les Amis de Logbiermé, 18, 1996

 

Coplèt d’ one tchanson d’ Noyé

 

Quéquès lignes quu dj’ a scrît (tot lèyant couri m’ pène) lu djoû Noyé du l’ sîse, o l’ an.née 1941.

 

Fièsse doûce èt si tinrûle

Qu’ apwète o fond d’ nosse coûr

À quéle adje quu n’s-ayanhe

On boneûr d’ inocince …

Fièsse du l’ âme durant tot

Nos r’ssintans d’vintrinnemint

On p’tit pô du liyèsse

Qu’ èpwèrta lès bièrdjîs.

 

in: Willy Bal, Littérature dialectale de la Wallonie, Choix de textes, 3e tirage, Centre de dialectologie wallonne, Louvain-la-Neuve, 1979, p.17

 

Les Noëls

 

/I/ N°5

 

1

1 Quéle djôye mon.ne-t-on tot avårci?

Qui vout dîre cisse coûrrèye?

Sèreût-ce nos vwèsins radjoyis?

Hoûtez cisse mèstrådèye!

5 C’èst todi pés ! O, hoûte çoula?

Dji sin m’ coûr qui m’ brådèye.

O, lê-me passer! Bodje-tu fou d’ la !

N’ôs-se nin m’ ton qui m’ catèye ? (bis)

 

2

Make, make à l’ ouh! Est-on dwèrmi?

10 Drovez, kisène Zabê:

Nos èstans v’nous po v’ radjoyi!

Hoûtez on pô, s’ i v’ plêt.

Ine andje dè cîr nos-a tchanté,

avou djôye èt liyèsse,

15 qui nos avans on novê-né

qu’ èst bin d’ ine hôte nôblèsse! (bis)

 

3. Trossans li malète èt l’ bordon ;

djans-è vèy cist èfant !

Tot 1′ monde î coûrt ; sûvant-lès, don?

20 On s’ î rèsconte si tant!

I n’ i-a ni si p’tit ni si grand

qu’ènnè dèye dès novèles :

on dit qu’ c’èst lu qu’ nos ratindans,

qui s’ mére è-st-ine pucèle. (bis)

 

4

25 Pwèrtans-lî ine crète di pan’hês

avou dès novês-oûs;

nos lî f’rans ine sope â lècê :

fât qui çoula seûye doûs!

S’il a co mèsâhe d’ine saqwè,

30 nos ravôyerans Djènêye :

 

c’è-st-ine båcèle qui sét çou qu’ c’èst

dè fé ine bone hièlêye. (bis)

 

5

Est-ce la nosse binamé gros Dièw!

O, louke qu’il èst plêhant !

35 Qui Dièw bènèye sès-oûys di sprèwe:

i nos louke tot riyant.

On veût bin qu’il èst v’nou d’â cîr :

il a 1′ viyêre d’ ine andje !

Il èst da nosse, c’ è-st-assez dîre :

40 nos n’ volans nole discandje! (bis)

 

6

Mês qu’èst-ce qui dj’ veû? I tron.ne di frèûd!

On boûf sofèle sor lu èt l’âgne èl ristchåfe à doûs feû :

cist èfant n’è pout pus; il èst bin pôve èt må lodjî

divins cisse freûde djalêye !

N’ a-t-i rin cial po kitèyî?

Nos lî f’rans ine blamêye. (bis)

 

7

Adièw, binamé gros godon!

50 Nos v’ vêrans co vèyî.

Vos-èstez nosse consolåcion,

èt vosse dène mére ossi.

Nos v’s-apwèterans, po vosse binv’nowe,

dès mitches èt dès dorêyes

55 èt po fé ine bone bîre bolowe

qui sèrè tote soucrêye, (bis)

 

(p.19) 8

Dj’a co dèl sôye divins mi scrin :

dji lî f’rè dès lign’rês.

Et mi,dj’ lî f’rè in-ôte présint

d’ine pitite pê d’ognê.

Dièw porvêrè d’ine ôte façon :

c’est lu qui nos l’avôye.

Ç’ n’èst nin po rin qu’ basse èt violon

minît ine si grande djôye! (bis).

 

[II] N°41

 

L’ANGE

 

1.    Bergers, laissez vos houlettes

et le soin de vos troupeaux!

Accordez bien vos musettes

au son de vos chalumeaux!

Un Dieu, au prochain village,

vient naître pour votre amour.

Allez offrir vos bornages

à cet auteur de ros jours!

 

BERGER

2.  Djans! Corans! qu:èst-ce qui c’èst, çoucial?

Sûremint qu’ c’èst nosse Mèssèye.

Mète tès djames, houlé, so tès spales;

Ti sèrès pus abèye.

(p.20) Quélès ascohêyes qui ti fês!

Ti coûrs di totes tes pouhes.

Ni t’ sipèye nin don lès mustês,

ca vo-nos-cial à l’ouh!

 

L’ANGE

Quel bonheur, époux si sage!

Dieu, que de grâce et de don!

Heureuse vierge sans tache,

s’écriera toute Sion .

Les bergers de ce village,

arrivés près de ce lieu,

ah! dans quel pauvre équipage,

ciel, ils vont trouver leur Dieu!

 

BERGER

Diè v’s-afwèce vocial èl mohon!

O, bondjoû, Dame Marèye!

Diè wåde, Grand-pére! Dihez-nos don :

pou-dje bin vèy nosse Mèssèye?

Ciète, vo-le-là, ca li coûr mèl dit.

Vin, qu’ dji t’ båhe co cint fèyes!

Dji n’a keûre asteûre dè mori;

dji veû l’ auteûr di m’ vèye.

 

L’ANGE

Tu vois, berger, la misère

où naît ce petit enfant.

Conçois-tu bien ce mystère,

ce secret du Tout Puissant?

Mortel qui, dans sa carrière,

vit du monstre d’ ambition,

venez voir notre chaumière;

vous aurez votre leçon.

 

(p.21) BERGER

Qui holes-tu là ? Fa, tèl sipates !

O, lê-lî là s’ narène?

N’veûs-se nin qu’ l’èfant èst délicat’ ?

Ti lî f’rès piède alène!

Djans-r’-z-è rade, ca i moûrt di fin

divins cisse fwète djalêye !

Nos li-apwèterans don à magnin

èt dè l’ lègne po ‘ne blamêye.

 

Pol Dartois (Vèrvî / Verviers)

 

Nut’  d’ èspérance    Air : Stille Nacht

 

I

La nute duhind, tot bê doucemint,

So l’ blanke tère, èle su stind,

Duzos lu spès coveteû què l’ rafûle,

Lu nateûre s’ èdwert bin à l’ avrûle.

One grêye vwès qu’ on-z-ôt tchanter

Anonce lu nut’ du Noyé.

 

II

Èn-on p’tit stâve, s’ one djâbe du strin :

On-èfant quu l’ freûd strind.

Come on-andje, lu p’tit mamé sorêye

À Djôsèf, à l’ Avièrje Marêye.

Lès bièrdjîs tot-âtoû d lu

Vinèt priyî l’ doûs Jésus.

 

III

Lès steûles fièstèt å firmamint.

L’ èfant qui, d’vins sès mins,

Apwète å monde èspwèr, påye èt djôye,

Tot l’ amoûr du s’ Pére qui nos l’ avôye.

Èt l’ nut’ qui r’dohe du boneûr,

Glorifiyans nosse Såveûr.       

 

Léon Gillet (Sièt-L’djî /Saint-Léger), Tchantans Nowèy, in : AL 24/12/1984

 

I

À minieut à Bètléèm

In-afant èst v’nu don cièl

Pou ramassi nos misières

Nos bayi couradje su tiére

Tchantans Nowèy, tchantans le bin foûrt

Gloria in excèlsis Deo

Das eune barake das lès tchamps

S’ adouît èl pètit afant

Sès parents sant tout pèrdus

Mas sont fiérs don p’tit Jésus

Tchantans Nowèy, tchantans Nowèy.

 

II

Lès-anjes tournant en rond,

À tchantant à plié gordjon

C’ èst-in djoû qu’ on doût fiétèy.

Èl pètit Jésus èst nèy

Tchantans Nowèy, tchantans Nowèy.

 

III

Diè là gn-é dès-afants

Wardant lès biétes das lès tchamps

Is ant vieu l’ étwale das l’ cièl

Is courant vwar l’ Étèrnèl.

Tchantans Nowèy, tchantans Nowèy.

 

IV

Lès bèrdjîs voyant l’ Jésus

Si bié, si djenti tout nu

Bayant don pièd, don lacié

Pou qu’ i n’ mouriche mi dè fiéd.

Tchantans Nowèy, tchantans Nowèy.

 

V

Sondjans aus-abandounèys

Qui n’ savant fiétèy Nowèy.

Pou lès djens das la misière

Dijans pour zow eune prière.

Tchantans Nowèy, tchantans Nowèy.

 

3.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

Jésus, v’là lès tchots! (Jésus, voilà les petits enfants) (Willy Bal, Clément Dimanche)

Chûvant l' èstwèle (Suivant l'étoile)

(Edgard Lambillon, Blanchès tchapèles, 1942 – musike: Joël Bachy)

A Sint-Vaut (Saint-Vaast)

(in: Èl Mouchon d’ Aunia, 1969, s.p.)

Hin.naut (Hainaut) / Fôrmule su li skèpiadje do Cris' (Formule à propos de la naissance du Christ)

A batème dè note Sègneûr ! (Au baptême de notre Seigneur!)

 

3.2 Li picârd / le picard – Li borin  / le borain

Mont (Mons)- Canson d' Noé (Léon Wailliez , (mus.) Alfred Trésal-Mauroy) & L' pètit Jésus (Charles Dausias, (mus.) Léopold Kicq) (in: CW, 12, s.d.)

3.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

 

Vwès d' èfants (Voix d'enfants) (anon.)

Noyé d' èfants (Noël d' enfants) (Emile Robin, (mus. Ernest Montellier)

Sondjerîye po l' Noyé (Pensée pour Noël) (Jean Guillaume, (mus. Ernest Montellier)

Tchantez, tchantez (Roger Viroux) (vêrsion 1 )

Tchantez, tchantez (Roger Viroux) (vêrsion 2 )

C' èst l' Noyé ! (Edgard Brogniez) (Fosse / Fosses-la-Ville) (inédit)

Lès Rwès (Les Rois) (Roger Viroux)

À l' bêrce (Au berceau) (Auguste Laloux)

Po l' Noyè (Auguste Laloux (?))

Tchantans Noyé (Jean Servais)

3.4 L’ ès’-walon / L’est-wallon

 

Vî Noyé walon (Vieux Noël wallon)

(in: Henry Sarly, Solfège – Notenleer, s.d.)

Pitit Papa Noyé (Christian Thirion) (Goûvi / Gouvy) (insp. Tino Rossi)

(in: Annonces de l’Ourthe, 12/12/2013)

Li bèle nut' (Christian Antoine) (Tchèyou (Chéoux)) (Stille Nacht / Douce Nuit)

(in Joël Thiry, Su Tchants su voyes, MDLP, 2014)

Jésus nos vint såver (Marcel David) (Håre / Harre)

(in: Joël Thiry, Su Tchants su voyes, MDLP, 2014)

Li Noyé à Mâmedi (Noël à Malmedy) - Sîze du Noyé (Veillée de Noël)

Alphonse Nicolet, Vî Noyé

Sinte èt pâhûle nut’du Noyé (pâhûle: calme) (< Stille Nacht / Douce nuit) (Laure Gastes-Gesell, Roland Blaise; arindjemint: Sylvain Michel)

“Noël de partage” (Noyé d’ partèdje) (Alphonse Nicolet)

J. Lodomez, C’ èst dîmègne èn’ ût’ (C’est dimanche en huit = dans huit jours)

P. Simon, Mès sohêts po l’ Noyé (< Billy Joel, Just the way you are)

Jacky Lodomez, Loume, loume, loume (< Fum, fum,fum, Noël catalan)

Sylvain Michel, C’ èst l’ Noyé !

Noyés tradicionéls / Noëls wallons traditionnels (in: Albert Marinus, Le folklore belge, T3, s.d.)

Andrée Sougnez, Mès bèlès-eûres

(aîr / air: “Au bord du lac paisible” (Mendelssohn))

Bondjoû, wèsène (Bonjour, voisine)

(vêrsion 1)

(vêrsion 2)

Corans tos' à Bètlèyèm (Courons tous à Bethléem) (anon.)

Abé Brabant (Abbé brabant) - Vîs Noyés

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

A Montegnè (Montignies-sur-Sambre): in: Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

On jouait aux cartes, à l’ kine (loto), puis chacun y allait de son répertoire. Vers les dix heures, on mangeait dès rèstons puis à minuit on tirait un coup de pistolet ou de fusil pour annoncer la naissance du rédempteur. Chacun s’agenouillait et l’on disait un chapelet en commun.

 

Lès traîrîyes: djeu d’ cautes djouwé bin ôte paut qu’ à Andène: à Viètrîvau, Bième, Bièmeréye, à R’méton, …

Andenne / Les jeux des trairies, in: Clio 70, 1974

 

Lieu : Andenne, dans les cafés et les pâtisseries de la ville

 

Date : Noèl, après la messe de minuit

 

Une trairie est une série de cinq cougnous de Noël, de grandeur et de grosseurs décroissantes.

Dix personnes s’asseyent autour d’une table, on verse une mise, puis l’on bat les cartes. C’est le joueur qui possède la carte la plus élevée dans la couleur de la retourne qui gagne le premier cougnou. Le jeu continue jusqu’à l’enlèvement du dernier cougnou de la série. ” Le jour de Noël, c’est un spectacle amusant de croiser dans les rues de la ville les heureux gagnants portant des brassées de

cougnous non sans une certaine ostentation… Ce n’est pas Noë1 pour un Andennais, s’il n’a pas joué quelques trairies. Certains, qui ont émigré, reviennent à Andenne pour jouer des trairies.

 

Auguste Laloux (Dorène / Dorinne), Qwand on fieut co dès traîrîyes, in: CW, 1, 1983

 

On londi d’ dicauce, dèdjà d’vant l’ vèspréye, Djan dau Tchaune èt ses deûs soçons, Cèlèstin d’èmon l’ Vèjin èt Dofe Marion èstint chumès. En ramèchenant leûs saqwants cens’, il aurint ieû brâmint dès rûses do djouwè à l’ dèye : i gn-a pus qui l’ Lèstin qu’aureut bin wasu passé à l’ ofrande.

Arèdjis do veûy bwâre li gote sins zèls, il èstint brokès su l’ pavéye do cabarèt da Téche, su l’ Bâti. Lès qués-ouy qu’ i stritcheut, l’ Dofe qu’a stî spani avou on sorèt ! Tot parèy qui l’ quinzin.me do l’ coucheléye quand l’ trôye n’a qu’ quatôze tètes… Is baloûjint, en ploncenant, one miète pèneûs, chortès, autoû do toûrnikèt èt dès tch’vaus-godins.

—  « Ê ! si nos fyins one traîrîye ? »

—  « C’ èst ça, fians one traîrîye… Mins avou qwè ossi ? »

—  « Bè ! avou on lapin, don. »

… One traîrîye, po l’ ci qui n’ è set rin, c’è-st-one « loterie » di-st-on è francès… Sinon qu’ i gn-a qu’on lot èt pont d’ biyèts. On mârkéye onk après l’ ôte sur on cayè d’ papî lès cis qui mètenut, èt… Lès trwès guèrdins ridrayenut abîye o cabarèt po vinde lès places po leû lapin ; ça n’ taudje nin dès masses : one diméye-eûre après, on tire : c’ èst l’ Gros d’èmon Codéne qu’ î tchaît : — « Dji paye one toûrnéye. »

—  « Ê ! Gros, s’ on r’tireut l’ robète ? »

—  « C’ èst ça ! rifians l’ traîrîye. »

Et ça, trwès côps d’ rote ; èt c’ èst todi l’ Gros qu’ a l’ chance èt qui r’mèt l’ robète… Indjole di makès ! Mins tant qu’ ça dure, i gn-a pont d’ fin. Èt l’ Gros, tant qu’ il èst dins lès gotes si caye bin d’ on lapin.

…Quand l’ Dofe,… c’ èst li qui tireut,… quéne vûsion a-t-i ieû o l’ capotine ?…

Li grand Félis’ Purniaux passeut su l’ vôye : — « ê! Félis’, on franc par ci. »

Po fè do gros, Félis’ prind dîs places… — « Alêz, Félis’, on-ome què l’s-a come vos. » Il î va co po cink pitits francs èt pwis co cink… Èt l’ robète tchaît à Félis’. On s’ boure, on s’ kiboute autoû d’ li. Dès-èsclamûres, one acheléye co pés qu’ si Félis’ aveut passé aus-élècsions po ièsse mayeûr… I paye one toûrnéye, lès faît rimpli ; lès trwès lurons rimontès dins lès caurs, di d’néye jamaîs parèy, lès fièt chiletè… Quétefîye one eûre après, Félis’ èraleut addé s’ soû, Mârdjôsèf, en bukant su lès cayaus ; è.igni, causant à spèsse linwe… En s’ ètrèbukant, i rameteut d’ robète èt co d’ robète… Bè ! ayi don, one robète qui c’ èst mi qu’ a gangni. I l’ a conté deûs ou trwès côps aus-ayes, cor au tchin dau bèrjot qui bèrôleut avau-rlà : one paujêre bièsse, faîte à totes lès manoûjes d’ aus djins. Portant, èle a r’waîti Félis’ tot laudje… Èt Mârdjôsèf pleut bin nifetè d’ tos costès, pont d’ robète, nin pus qui d’ djon.nes leups.

Li londemwin, qui Félis’ èsteut fou dès gotes : — « Qu’ avîz, don èyîr, à l’ nêt avou vosse robète ? »

– « Bè !  c’è-st-on  lapin  qu’ dj’ a gangni  à  l’ traîrîye  èmon Téche.»

 

Mârdjôsèf li tèrbale : dès quésses èt dès messes… Lès coméres sont si maîsses po rachonè tos lès corons, lès pondants èt lès djondants… Quî èst-ce què l’ a ponu, quî èst-ce què l’ a covè, quî èst-ce què l’ a disclôs ?… Tot d’ swîte, brâmint mia qu’ Félis’, èle a bin seû ci qui r’toûrneut avou ça… Fau-st-aroubi ! Li grand tot bon qui r’vint sins s’ lapin ! Et qu’ ènn’a-t-on faît dispôy èyîr ? Tot ça richone fwârt à one riséye. On-z-a co bin sûr djouwè avou s’ quinzin.ne, dau grand inocint.

D’ on randon, Mârdjôsèf vore come on diâle o cabarèt. Èt, lès pougn su sès antches : — « Que novèle asteûre ! Èt l’ lapin qui nosse Félis’ a gangni véci èyîr? »

Téche ni saveut pus qwè, lèye : — « Dji sé bin qu’ gn-a ieû one traîrîye après non.ne… avou l’ Lèstin dau Vèjin èt Djan èt Dofe, taîs’ ! Èsteut-ce co por on lapin, ça ?… Aloz one miète veûy addé Dofe, don. I sèrè sûr là à l’ vèspréye. »

… Ô ! bin non, ci n’ èsteut nin Dofe qu’ aveut 1′ robète… On lapin, dijoz ? Dj’ ènn’a jamaîs pont ieû, ô mi. Nos n’ è t’nans pont, nos-ôtes… Dji n’ s’reu nin bayî qu’ c’ èst l’ Lèstin qu’ a causé d’ ça.

Lèstin ènn’ aleut po l’ samwin.ne ; i nè l’ faleut ratinde qui sèmedi à 1′ vèspréye; d’astchèyance, s’ i r’vint co tot drwèt !… Mârdjôsèf coûrt d’one trake addé l’ man èmon l’ vèjin : — « Ô bin, m’ fèye, dji n’ pou bin sûr mau do piède mi timps à saye do discramyi lès-èmantchûres da ç’ grand fou-démoné-là, savoz, mi. Èt Djan dau Tchaune ? Si v’s-alîz ‘squ’ addé li ? »

Djan a bin ieû sogne do l’ rèvoyi èmon l’ Dofe. … Tantia, jusqu’au sèmedi, Mârdjôsèf a pètrouyi d’ onk à l’ ôte à non-syince… Come li ci qui qwêrt après l’ nivau à deûs bales on prumî d’avri.

Li pus malin n’aureut seû dîre èwou qu’ il èsteut stitchi, l’ lot. Lès tièsses di fou avint faît one traîrîye avou… avou pont d’ lapin… Co pus tièsse di fou, l’ Dofe, qui tireut ! Èt nom d’ tot-ute ! Quéne zine do-z-è fè sorti on-ôte qui l’ Gros ! Avou li, pont d’embaras : èralè o l’ maujon avou one robète, ayi, é ti ! ça vôreut dîre dès-èsplikéyes èt dès mèssadjes avou l’ feume ; falu causè d’ traîrîye, èt… d’ cabarèt ; ça toûnereut cor à engueûlade, à do l’ grogne avou Poldine… O cabarèt, mi ? ô bin non.na ! Dj’ a stî veûy djouwè à l’ bale… Dji n’ a bèvu qu’ one pinte, one seûle, avou Châle… pace qu’ i sint quand min.me one miète li sôléye, li Gros d’èmon Codéne…

… Mins tire on plan asteûre, Dofe,… aus misaumènes da Mâr­djôsèf, lès deûs-ôtes djurint qui l’ robète, c’ èsteut da Dofe…

 

I ‘nn’a pont ! Ô bin siya !… èt l’ mau-onteûs èsteut carotier assez po l’ sicrotè li tot seû… Carotier ! m’ fèye ! vos nè l’ conechoz nin ; i lî faut todi 1′ grand coron.

On djoû, Mârdjôsèf qui s’ dâneut do tournè à toûrpène, l’ aveut atauchi d’ one bêle riwèdeû ; èle chumeut quausu. I lî a zoublè o l’ tièsse, au Dofe, one crâne idéye : — « Choûtoz bin, Mâr­djôsèf, vosse lapin, vos l’ auroz. Èt nin quand, quand… Siya, siya !… N’ oyoz nin peû… Vos ‘nn’ auroz trwès, d’ lapins. Èstoz binauje ?… Trwès !… Èt l’ Dofe lî stritcheut trwès deuts lèvès dizos s’ nez… Trwès qui v’s-auroz d’ rawète ! Là mèsurè li stî au ré, èt cor à stritche, dandjereû ! »

… « Mins i vos faurè n’s-invitè nos trwès avou l’ Djan èt l’ Lèstin. Èt n’s-apwaterans co por abwèssenè… Siya, m’ fèye, siya, vos vièroz. »

Dimèfiante,… n’ èst-ce nin cor on scorion qu’ i saye do lî djouwè ?… Mârdjôsèf faît l’ lontin.ne, vout tapè lès côps fou… Ayi, ô vos !… Mins, faît-à faît qui l’ Dofe martchotéye avou s’ douce alin.ne, èle tûze lèye tote seule : i gn-a bin l’ rinchinchète èt 1′ costindje ; seûlemint, avou trwès bièsses, nos-è r’cheûrans brâ-mint d’ pus qui nos deûs Félis’ à raspèpyi autoû d’ on seûl lapin… Èle si faît priyi, trèlondjine… pwis, boute ê boute ! on vièrè bin si Dofe apwate sès trwès lapins… À I’ difin, come maugrè lèye, èle si laît adîre.

Tot bon, tot bia ! Mins lès robètes, èles courint co, dosmètant… Ça, Dofe n’ èsteut nin l’ ome à l’s-alè qwêr èwou qu’ is costint biacôp à noûri.

Li pètche, c’ èst qui I’ garde li t’neut à gougne dispôy todi. Dofe n ‘ènn’ aveut jamaîs pont ieû d’ bone avou li ; su nin masse di timps, i v’s-aureut raclé one tchèsse ; i n’ aveut d’ cure ni d’ pwèl ni d’ plume.

Po rapaujetè l’ fusia, i gn-aveut ieû dès grandès lin.wes : leû traîrîye sins pont d’ lapin, on ‘nn’ aveut faît dès riséyes. Co pés, on tchaweteut asteûre, on strameut pa-t’t-avau totes lès maujons qu ‘on-z-aleut fè come one taye èmon Purniaux avou dji n’ sé combin d’ robètes… Èt l’ gârde, (ci n’ èsteut nin on stornè, ni cor on taurdu), 1′ gârde n’ aveut nin stî lon po vènè do qué costè qu’ on-z-îreut cachî après l’ sopè èmon Mârdjôsèf.

 

— « Dj’ aveu advinè jusse » di-st-i l’ gârde on djoû à l’ nêt à s’ feume : « Dofe Marion a mètu dès bricoles o p’tit bwès d’ Salazène. C’ èst sûr li. Djè l’s-a bin r’conu. I gn-a qu’ li po lès fè stritchi come dau pîd d’ one sitokéye ; d’ au lon, vos wadjerîz qui ç’ n’ èst qu’one cochète dins l’s-ôtes. Il è faut on-adouyant po l’s-avisè. Il èst si bin maîsse po n’ rin boudjî aus passadjes, nin one fouye, nin one ièbe d’ aus froyins… Djè l’s-î a lèyi, vos sintoz bin. Si Monseû lès veut, quand i saurè qu’ c’ è-st-one saye po tinde après Marion, binauje on-ome, s’on l’ pleut prinde aus colès, li grand vaurin…

 

* * *

… One vèspréye, il èsteut quausu l’ eûre do distèlè da l’ cam­pagne. Maria do gârde èsteut à l’ finièsse o plantchi : – « Ê ! Camile, i gn-a Dofe Marion qu’èva par o Mont. Vinoz rademint veûy ; dispêtchoz-vos, il eèst dèdjà drî l’ Maîrîye… Bin sûr, i l’ trosse aviè Salazène. »

Camile vineut do foute one di ses guètes à l’ têre o culot, sint Mèye ! Il apice li crampe… Waîtans à nos ! Sins fisik, li gârde aureut co bin do tènoz avou l’ Dofe… Èvôye à grandès-ascauchîyes,… à hopes, ètur lès ayes ; i pinse qu’ adon on nè l’ veut nin ; èt l’ carnassiére lî pète à s’ dos come po l’ rènondè… On fout bin dès platès pètéyes su l’ fèsse dau grand bayâr da l’ cinse po l’ fè trotè…

… Mins w’ èvas-se, don, Dofe ? Gueûye di m’ vés ! Rilûtche drî twè… Nè l’ veus-se nin, l’ Camile qui t’ sît pàte à pàte ?

… T’ ès cor à plat payis, wête bin, riwête vêla, tin ! Ritoûne-tu d’ on randon : ti vièrès li copète di s’ tièsse, vêla, wê, pa-d’zeûs, drî l’ uréye… Taudje one miète asteûre : i n’ va pus ramechi ; i va d’meurè è cwète, rasta, à t’ guédyi ossi lontimps qu’ i pôrè t’ lumè à bèle vôye… Ayi, c’ èst ça : mèts-tu bin à catchète padrî l’ gripelote, wê, vêci… Quand i n’ t’ aviserè pus, tè l’ vas veûy asplanè po t’ racsîre à vûwe…

… Ni mousse nin o bwès. Il aurè trop aujîy po t’ ricôpè… .Malèreûs ! c’ èst bin ça qu’ faleut… Ni faî nin lès cwanses après l’ lapin qu’ èst stinduo rwèd à one di tès bricoles. I l’ a mètu por twè… Siya, riwaîte-lu. Ti vièrès qui c’ è-st-onk touwè au fisik.

À ! ci n’e èt co rin d’ ièsse pris, mins si bièssemint !

… — « Ci côp-ci, dji t’ tin » tûse-t-i l’ gârde… O bwès, Camile apasse bin tot doûcètemint, visant do n’ pont crochi d’ cochète o pazia. Sins fwârt tinu Dofe à gougne ; come s’il aveut peû qui l’ Dofe ni sintuche à s’ dos qu’on l’ guédîye…

… — « Tin, w’ è-st-i asteûre ?… Mins ça n’ faît rin. Dji sé si bin èwoù qu’ djè l’ ratind… Dji tè l’ va plonkè qu’ il aurè l’ mwin su l’ robète, à disgritchetè l’ courant-las’. »

… Ayayayayaye, Dofe ! Sêwe-tu, don. Ti vas ièsse gordè.

… — « Tènoz, quî vola ? N’ èst-ce nin I’ Camile, là ? » On lî aureut mayi au gârde on bon côp d’ pougn o stomak, i n’ aureut nin stî pus paf…

Dofe s’ aveut scoftè one miète drî one topéye di bouchenis’ po ralumè s’ pupe. I s’ rilève bon-z-èt rwèd quausu asto do gârde. Quand Camile s’ a rieû :

– « Vinoz on pau avou mi, mon parent ; wê, vêci, c’ èst dès colèts da vos, don ça ? »

—  « Vos-èstoz lon èri, savoz, gârde. Là dès-ans èt dès razans qui dji n’ pou bin sûr mau do co trayenè sur one tchèsse… One bèle apéye qui dj’ è su r’gourè. Dj’ a bin trop peû d’ awè dès cramions avou vos. »

—  « Ô ! ça, dji sèreu bin binauje do l’ p’lu crwêre… Qui fyîz avaur-ci ? »

—  « Mi, dji vin qwêr dès côres por one ponète… Vos n’ vos fiyoz nin à mi… C’ èst bin damadje !… Mins d’ où vint, don, Camile, qui vos ‘nn’ aloz qu’ avou one guète ? Aurîz pièrdu l’ ôte dins l’ ronchis’ ?… V’lans-ne ? N’ alans wêti après… »

… Èt su ç’ timps-là, tot-à s’-t-auje èt sins mè-è, o bwès do Sèrdjan, à l’ ôte coron do viladje, Djan dau Tchaune rilèveut trwès bias gros lapins…

On l’ a todi dit, tés’ ! qu’ on n’ saureut sonè èt alè à l’ porcèssion…

 * *

Mins li sorlondemwin, aviè dîj eûres au matin : — « ê ! valet, quî èst-ce don, li ci qui caye on parèy trayin, vêla ? » Lès-omes, à l’ campagne su Salazène, ont tapé djus po choûtè. Quî est-ce qui fèrdome insi, qui skète lès god et lès sak ? Il è vint, il è vint. On lès distchèdje co pus rwèd qu’à l’ chupe…

Li garde piteut come on-assoti dins trwès robètes prîjes aus bricoles… Dès bias gros lapins, savoz, portant… tot bômèls.

… À tos lès côps d’ pîds, lès pôvès bièsses vêlint do strin et dès cayetrîyes…

 

in: Michel Vincent, Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992

 

Les “traîrîyes”

 

À Andenne, plus qu’ailleurs, le cougnou est resté le roi de la fête. Il demeure au cen­tre d’une pratique populaire fortement enra­cinée dans les mœurs associant le jeu et la gastronomie.

Durant la nuit de Noël, les Andennais se réunissent dans les boulangeries et les cafés pour jouer les traîrîyes. Rassemblés par groupes de dix autour d’une table, les joueurs, une fois la mise versée, reçoivent chacun une carte. On en retourne une on­zième : l’atout. Le joueur possédant la carte la plus haute dans la couleur retournée em­portera un cougnou. Le jeu recommencera à quatre reprises pour l’obtention d’un cou­gnou de grandeur inférieure au précédent, le plus petit, li trôyela truie – provoquant moqueries et quolibets à l’encontre de son propriétaire.

Le mot traîrîye indiquait peut-être un tirage au sort des cougnous. Quoi qu’il en soit, les usages semblent avoir peu varié au cours du temps. René Dusépulchre (17) écrivait à la fin du siècle dernier qu’elles se jouaient à Andenne « de temps immémorial et que les personnes plus âgées avaient toujours connu le jeu tel qu’il se pratiquait.» À l’heure actuelle, le jeu et ses règles sont res­tés identiques. Il attire toujours les foules (18). Seule concession au modernisme, le plus gros cougnou est maintenant parfois remplacé par une bûche de pâtisserie.

 

(17)  R. dusépulchre, Les trairies de Noël, usage populaire à Andenne, dans Wallonia, t. VII, 1899, pp. 203-205.

(18)  Françoise Lempereur, dans un reportage de l’émission  «Télétourisme» du 21  décembre  1985 avance le chiffre de 700 trêries, c’est-à-dire 700 bûches et 2800 cougnous pour une seule boulangerie !

 

in: Pol Wascotte, Jacques Huart, Si Andenne vous était conté …, s.d.

 

(p.60) Les “traîrîyes” de Noël

 

La nuit de Noël, fidèles à une tradition typique, les Andennais jouent des centaines de trairies. On les joue aux cartes. One traîrîye, c’est une série de cinq cougnous de grosseurs décroissantes et si le cougnou, petit pain de cramique de la forme d’un bébé emmailloté, est connu dans toute la Wallonie et en certain pays de Foix (Midi de la France), déjà en 1691, la trairie dont ce cougnou est l’enjeu ne se pratique curieusement qu’à Andenne, naguère encore après la messe de minuit, maintenant bien avant le premier coup de cloche. Elle se joue dans les boulangeries, les pâtisseries et certains cafés (1).

 

I lui faut dix joueurs et chacun verse une somme de x francs (fluctuant d’année en année). On apporte une trairie » dont le plus gros cougnou a, depuis quelque temps, souvent fait place à une bûche en gâteau de Savoie, chaque participant reçoit une carte, la onzième est retournée. Le joueur qui possède la plus haute carte de qui retourne enlève le plus gros cougnou ou la bûche.

Ce jeu continue ainsi jusqu’à l’épuisement de la série. Les concurrents sont tellement nombreux qu’ils débordent, du rez-de-chaussée des pâtisseries et des cafés jusqu’aux chambres des étages. C’est à qui remportera le plus grand nombre de cougnous, même si on en a fabriqué chez soi.

On pense que les trairies, jeu de nourriture succulente une période où l’on ne mangeait pas tous les jours des douceurs, remontent à  l’arrivée des premiers   pipiers allemands à Andenelle, soit vers 1764 (2).

 

(1) Au pays de Foix (France), les marraines mettaient autrefois ce petit pain sur la tête de leurs filleuls, en leur souhaitant «.qu’ils fussent aussi grands au bout de l’an ».

(2) Voir au chapitre du Musée de la Céramique d’Andenne, l’établissement de la famille de Peter Heurter, venue de Höhr-lez-Coblence, dans la rue des Pipiers à Andenelle.  La famille — encore représentée à Andenne — possédait naguère un tableau (ou une image ?) que certains anciens  aujourd’hui  disparus  avaient vu.   Il  représentait  des  pipiers nontrant des cougnous dont une des boules était décorée de pipes boisées.   Ces  boules  qui  figurent  la  tête  et  les  pieds  d’un  enfant emmailloté furent, au cours des ans, décorées d’étoiles argentées ou dorées, de Jésus en fondant rose et aussi de « cougnolles », petites plaquettes en terre à pipes blanche qui allaient par séries de 5 et en ordre de grandeurs décroissantes. Elles étaient littéralement cuites dans le cougnou et étaient décorées de naïfs motifs repassés au pinceau : bouquets de fleurs, boteresse, jardinier, oiseau, etc…

 

 

Joseph Selvais (Hemptinne / Hin.meténe),  A Andène, pont d’ Noyé sins traîrîyes, in : Les Cahiers Wallons, 6, 2006, p.177-178

 

È l’ Walonîye, i-n-a pont d’ Noyé sins cougnous. Tot l’ monde èl sét bén.

Mins à Andène, i n-a pont d’ Noyé sins traîrîyes nén pus. Qu’ èst-ce qui c’ èst co d’ ça ?

Djouwer lès traîrîyes, ça n’ si faît qu’ au Noyé, dins lès caba­rets et lès bolèdjerîyes èt afîye amon lès djins. C’ è-st-one ûsance come ça, dispôy dès-ans èt dès razans ; qu’ i n-a nuk qui sâreût dîre, min.me dins lès pus vîs, quand-ce qui ça a c’mincî. Dins l’ timps, on-z-atakeûve à djouwer après l’ mèsse di méye-nêt. Lès cabaèts, on s’ âreût batu po-z-î intrer télemint qu’ i n-aveût dès djins. Èt ça dureûve jusqu’aus p’titès-eûres. Mins asteûre, come tot l’ monde ni va pus à mèsse, lès djins vont d’dja fé on toûr après I’ soper ou l’ révèlion.

One traîrîye, d’abôrd, c’ è-st-one kèwéye di cénk cougnous di difèrin.nès grocheûs ; li bolèdjî ou l’ cabaretî l’s-apwate à l’ tauve avou on djeu d’ cénkante-deûs cautes. Chake cougnou a on nom : li pus gros, c’ èst «li prumî» ; pwîs, c ‘èst «l’ deûsin.me», «li trwèsin.me», «li quatrin.me» ; li raculot, on l’ loume «li trôye» : c’è-st-on p’tit cougnou come on trove dins lès botikes. Bén sovint, au djoû d’audjoûrdu, è l’ place de «prumî», c’è-st-one «buche» avou dè l’ crin.me èt tot ç’ qu’ i n-a d’ bon.

Po djouwer, i faut èsse à dîj ; on s’ assîd à l’ tauve èt chake djouweû dwèt mète à djeu ; dijans-ne deûs-euros, qui vont è l’ potche dè cabaretî ou dè bolèdjî. Adonpwîs, li ci qu’ a arivé l’ prumî mache lès cautes, li deûsin.me côpe, li trwèsin.me done lès cautes : one à chake. Adonpwîs, i r’toûne «li onzin.me» èt nén l’ cine qu’ è-st-au cu do djeu. Li ci qu’ a l’ pus hôte dins l’ coleûr dè l’ caute qu’ èst r’toûrnéye prind l’ pus gros cougnou, ou l’ «buche».

Èt l’ djeu ric’mince en sûvant lès min.mès régues qui l’ prumî côp ; èt come ça jusqu’à tant qui «l’ trôye» è-st-èvôye. On comprind qu onk qu’ âreût dè l’ chance poureût râler è s’ maujone avou dès brèssîyes di cougnous ; èt qu’on-ôte pourè djouwer plusieurs traîrîyes èt fé bèrwète à chake côp. I faut dè l’ chance, qwè ! Là stî l’ timps, lès cougnous èstîn’ garnis avou totes sôtes di p’tits tchinis’: one sitwèle di papî doré, on suke rôse, afîye one pitite plakète di têre qu’ on fieûve lès pupes èt qu’ èsteût mètoûwe è coleûr. I n’ faut nén rovî qu’ à Andène, on-z-a faît dès pupes di têre dispôy todi.

Bran.mint dès djins qui sont natifs d’ Andène, mins qu’ ont bagué ôte paut, rivenèt ç’ djoû-là, parèt-i, rén qu’ po djouwer one traîrîye. Dès p’titès djins, mins dès gros ossi qui waîteront di s’ fé tirer en pôrtraît po-z-èsse mostrés su lès gazètes li samwin.ne d’après. Nos-admètrans qui c’ è-st-on djeu bén onête, èt qui n’ faît pont d’ twârt à pèrsone,… èt qui faît min.me dè bén aus bolèdjîs…

 

Les Traîrîes à Andenne aujourd’hui,  in : Trad. Wall.,  Au pays des cougnous, cougnoles et coquilles, 1990

 

(p.46) Les cougnous, ces petits pains, auxquels on attribue la forme d’un enfant em­mailloté qui serait le petit Jésus, étaient autrefois un des rares cadeaux qu’on offrait aux enfants à la Noël. Aujourd’hui encore nous pouvons les admirer à la fin de l’année dans les vitrines des boulange­ries. Sauf ceux de petite taille, ils sont déco­rés en général de ronds en plâtre, peints à la main, ou de petits Jésus en sucre.

Si cette tradition reflète bien un fond chrétien, son expression s’est transformée sous l’influence du milieu populaire. Rare­ment religieux, les thèmes illustrés sur les ronds de cougnous représentent en grande majorité les scènes de la vie quotidienne des paysans ou de la petite bourgeoisie. Jusqu’à rappeler les personnages des tableaux de Bruegel. On a du mal à croire, comme on le dit en certains endroits, qu’ils devaient décorer des cadeaux offerts par le petit Jésus aux enfants sages… De plus, le caractère populaire des cougnous s’affirme lorsqu’ils deviennent l’objet d’un jeu de cartes : les trêrîes. Cette tradition existe à Andenne, où les habitants prati­quent encore maintenant ce jeu dont les origines ne sont pas bien connues. Il se déroule dans les ateliers des boulangers, dans les pâtisseries et dans les cafés. Autre­fois on le jouait aussi dans les maisons par­ticulières. Pour les Andennais, la trêrîe est une série de cinq cougnous de dimen­sions décroissantes. Le premier cougnou, li prumî, pèse 500 g, le deuxième, li deûzyin.me, 400 g, le troisième, li trèzyin.me, 300 g, le quatrième, li quatyin.me, 200 g et le dernier li trôye (la truie) ne pèse que 100 g. Le jeu se déroule à Noël, après la messe de minuit, dans les ateliers des boulangers

qui avaient déjà préparé des tables et des cougnous à l’intention des joueurs. Ceux-ci forment des groupes de dix personnes dont chacune verse une somme donnée dans la caisse. On joue avec 52 cartes, un des joueurs les mêle, son voisin de droite les coupe et celui de gauche en distribue une à chaque joueur. La carte en dessous du paquet est retournée et le joueur qui pos­sède la carte la plus haute gagne li prumî : le plus grand cougnou. Ainsi le jeu conti­nue jusqu’à la distribution delj trôye. La soirée se prolonge souvent durant toute la nuit dans une ambiance animée. Il n’est pas rare de voir défiler jusqu’à trois cents joueurs dans un atelier car les visiteurs cir­culent de l’un à l’autre. Certains joueurs viennent de loin, de Liège et même de Bruxelles. Les boulangers andennais pas­sent, avant les fêtes de Noël, plusieurs nuits blanches pour préparer ces festivités. Ils commencent d’ailleurs à vendre leurs cou­gnous à partir du 15 novembre — la demande oblige…

Depuis quelques années cette coutume a subi une modification : sur l’initiative d’un pâtissier local, li prumî, le premier cougnou a été remplacé par une bûche de Noël. Mais ce changement n’est pas appré­cié par tous les habitants d’Andenne et le retour à la tradition n’est pas exclu.

 

 

(p.47) Les traîrîyes à Andenne autrefois

 

Coutume spécifiquement andennaise, le jeu des trairies se pratique à la Noël.

Une trairie est une série de cinq cougnous de taille progressivement décroissante et n’ayant d’autres noms que : li prumî, li deûzin.me, li trwèsin.me, li quatrin.me et… li trôye.

Le jour de Noël, après la grand messe, on se réunit chez les boulangers pour « jouer des trairies ». Dix personnes s’assemblent autour d’une table. Chacun verse la « mise ». (Avant la guerre : 30 centimes). On bat les cartes ; on en distribue une à chaque joueur, suivant un rite dont on ne peut se départir ; enfin on retourne la onzième carte. Celui qui a la carte la plus élevée dans la couleur de la retourne gagne le premier cougnou. Et le jeu recommence jusqu’à l’enlèvement de la trôye. Puis on joue une nouvelle trairie. Il y a 4, 6, 8 tables occupées en même temps. On joue dans le magasin, au salon, dans la cuisine ; on monte des trai­ries dans les chambres de l’étage et parfois le jeu s’étend jusque dans les cafés voisins. Ce n’est pas Noël pour un Andennais s’il n’a pas joué quelques trairies ; et ceux qui ont émigré reviennent à Noël pour jouer des trairies. Certains amateurs ne quittent la table qu’après avoir joué 10, 15, 20 trairies. L’attrait des trairies s’exerce sur toutes les classes de la société. La trairie amène le nivellement social. Autour de la table aux trairires, on se coudoie dans la franche fraternité andennaise. Tel ou telle qui, les 364 autres jours de l’année, hésiterait à porter un petit paquet dans la rue, sort à Noël de chez le boulanger avec deux énormes bras­sées de cougnous, qu’il porte avec la même fierté que le triomphateur sa couronne de lauriers.

 

 

 

Li traîrîye, èsplikéye pa Wlly Berger (Viètrîvau) (La "trairie", expliquée par Willy Berger (Vitrival))

‘     

Li swèréye di d’vant l’ Noyé, dins one sâle, on groupe di 8 djouweûs a chakin on cârton. 

 On faît one PATE-DI-POUYE:  

 v  su I   (6 lignes à Viètrîvau)

 v au r’viêrs su  I  (4 lignes)            

On djoûwe au ‘couyon amèlioré’ avou 4 cautes.

On n’ pout nin côper quand on vout, on dwèt sûre.

On côpe quand on n’ a pont d’ caute dè l’ sôrte qui vint d ièsse tapéye su l’ tauve. S’  on vout r’côper, i faut mète one pus hôte caute, s’ on ‘nn’ a one pus p’tite, on n’èst nin oblidjî, divant qui l’ cia qu ’a ieû on tir, ni mârke ci qu’ l’ a ieû (après chake tir: one rôye), lès-ôtes ridjoûwenut rademint.

S’ i n’ a nin ieû l’ timp  s’rôye, lès -ôtes mârkenut one rôye por zèls.

Insi, djusqu’à tant qu’ gn-a onk qu’ a faît sès 4 ou 6 lignes: i gangne li pus grand cougnou.

On continûwe.

Li 2me què l’s-a faît, I gangnerè l’  deûzyin.me cougnou, one miète pus p’tit. Etc.

li pate-di-pouye

Lès traîrîyes à Djodogne (Les trairies à Jodoigne)

(in: Jean-Jacques Gaziaux, Echos de la vie à Jodoigne pendant l’entre-deux-Guerres, s.d.)

Lès traîrîyes à Andène (Les trairies à Andenne)

(Dr A. Mélin, in: Le Guetteur wallon, 8, 1924, p.97)

traîrîyes à Andène (1988)

RFLi tèyâte di poupenètes (Le théâtre de marionnettes)

Les théâtres de marionnettes, in: Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992

 

Le Bethléem verviétois

 

(p.43)  Les noëls dialectaux et des formes de théâtre dérivées, peuplées de marionnettes, vont prendre le relais du théâtre religieux tombé en désuétude. Parmi ces formes théâ­trales, le Bethléem verviétois a persisté jus­qu’à nous dans ses caractéristiques initiales. Il est le seul dans nos régions.

D’autres théâtricules issus de la pratique religieuse ont existé également à Namur et à Mons. Dans le premier, on pouvait voir «tourner la Passion». Au milieu du XIXe siècle déjà, il semble qu’on en avait perdu tout souvenir (82). Quant au théâtre montois, seul son nom de Bètième traduisait en­core une origine religieuse (83). Il est passé par la suite aux représentations comiques.

Il est difficile de dater avec précision le Bethléem verviétois. L’absence de docu­ment ne permet pas de remonter au-delà du XIXe siècle. Toutefois, sa présence à Verviers serait liée à celle des récollets, reli­gieux franciscains réformés, dont l’installation dans cette ville remonte à 1627 (84).

Au siècle dernier, cette forme de specta­cle jouissait d’une grande popularité, plu­sieurs Bethléem se succédèrent ou se firent concurrence (85).

Forme théâtrale certes, mais très singu­lière : dans les théâtres habituels, les ta­bleaux se succédèrent dans le temps. Dans le cas du Bethléem une vingtaine de ta­bleaux se juxtaposent sur une estrade de manière à former un cycle. Le spectacle dé­bute par le mariage de Marie et de Joseph dans une église ! Il se termine par le premier prêche de Jésus au Temple et saint Pierre qui asperge les spectateurs de bèneûte êwe (eau bénite) en lançant son filet.

Si, comme nous l’avons dit plus haut, on lui suppose une origine religieuse, il en vint

Le Bethléem verviétois. Sous les tableaux, les enfants animent les personnages

comme les théâtres de marionnettes d’au­tres régions (86) et les drames médiévaux à échapper à tout contrôle ecclésiastique.

Le répertoire finit par sortir du cadre strictement évangélique et se trouve mêlé à des scènes de caractère profane. L’imagina­tion populaire s’est créé des types peut-être pour suppléer aux manquements ou au laco­nisme des textes sacrés. Elle n’hésita pa,s à y joindre des éléments burlesques tels que la mâle Magrite qui reçoit de son mari une volée de bois vert pour avoir refusé l’hospi­talité à Marie et à Joseph ou encore le pûri bièrdjî qui, paresseusement entendu, désigne du pied la route aux pèlerins accourus pour voir l’enfant Jésus. L’élément comi­que visant un public quasi enfantin a dû s’insinuer peu à peu.

Les petits acteurs du Bethléem sont des poupées de bois, de facture assez grossière recouvertes de chiffons. La plupart sont immobiles, (p.44) certaines sont dotées de méca­nismes rudimentaires (ce qui en trahit le ca­ractère populaire) dissimulés sous le plancher et mus par des enfants. Le rôle de ces derniers ne se limitait pas à celui de ma­chiniste. Dans certains tableaux, ils chan­taient aussi des fragments de vieux noëls wallons. Aujourd’hui, une cassette les rem­place.

Le droit au cocasse ouvre également la porte à celui de l’anachronisme. Chaque créateur de Bethléem représentant la réalité de son époque (87). Ainsi la maison de Na­zareth est la copie d’un intérieur wallon, les soldats d’Hérode portent des casques de pompier (88).

Il n’existe pas de forme dialoguée. Une commentatrice aidée d’un bâton se conten­tait de désigner et de décrire les scènes. Une cassette enregistrée remplit cet office. Le scénario est une simple exposition narra­tive, mélange de français et de wallon.

Le Betthléem verviétois existe toujours. Dans sa forme actuelle, il date de 1862. Précieusement conservé au musée archéolo­gique de Verviers, il est visible chaque an­née dans les jours qui précèdent Noël (89).

 

Le théâtre de marionnettes liégeois : Li Naîssance

 

Autre tradition qui, à Liège, a connu sa consécration à la fin du siècle dernier et au début de notre siècle, le théâtre de marion­nettes. Durant la nuit de Noël, les petits théâtres des vieux quartiers étaient une étape obligée pour beaucoup de Liégeois qui venaient assister à une représentation de la nativité, Li Naîssance. Il semble que cette habitude ait touché toutes les classes de la société. Le folkloriste Jean-Denys Boussart (90) nous livre le témoignage d’une dame ayant fréquenté dans son enfance, vers 1885, un théâtre de marionnettes la nuit de Noël : «II fallait voir les voitures de luxe avec leurs laquais et les belles dames qui en

(p.45) sortaient en grand tralala pour venir faire la file devant le théâtre. Il y avait foule jus­qu’à quatre heures du matin… »

Fort différentes des personnages du Beth­léem verviétois, les marionnettes du théâtre liégeois sont manipulées par un fil d’archal. Li Naîssance se déroule comme une pièce dialoguée avec des effets vocaux et des dé­guisements de voix.

Le scénario est toujours connu actuelle­ment. Habituellement puisé dans une His­toire sainte, il fait figurer les divers tableaux de la Nativité dans un cadre chro­nologique depuis la demande en mariage de Joseph à Marie «sa voisine» jusqu’au mas­sacre tragi-comique des Innocents (qui se déroule en coulisse).

Le texte partiellement improvisé et récité avec une prononciation et un accent hauts en couleur est entrecoupé par les interven­tions intempestives de Tchanchès qui, loin de choquer, déclenche l’hilarité générale (91). Parmi ses répliques restées célèbres : s’approchant avec les bergers pour adorer l’Enfant :

Îye, sint Houbêrt! Qué bê p’tit valèt! Èst-ce ine bâcèle ?

« Oh saint Hubert ! Quel beau petit garçon ! Est-ce une fille? » (92).

Parfois le dialogue tournait même à l’ir­révérence : adorant Jésus, il demande à Jo­seph :

(p.46) È-st-i da vosse, pinsez-ve ?

« Est-il de vous, pensez-vous? » (93)

Dans un autre passage, Tchantchès af­firme narquoisement au capitaine d’Hérode lui demandant l’âge de son plus jeune gar­çon :

Li pus vî d’ mès valèts, c’ è-st-ine bâcèle.

«Le plus vieux de mes garçons, c’est une fille» (94).

Li Naîssance est encore jouée chaque an­née dans la Cité ardente. Trois théâtres dont celui du Musée de la Vie wallonne la pré­sentent encore chaque année du 15 décem­bre au 15 janvier, avec d’importantes variantes d’un théâtre à l’autre.

Li Naîssance, au théâtre A l’ Botroûle, Liège.

 

 

Les traditions plastiques

 

Les traditions touchant à la crèche dans nos régions offrent une large part au specta­cle. Après les avoir effleurées, intéressons-nous maintenant aux réalisations plastiques plus proches de notre conception « mo­derne » des crèches. Rudolf Beiiiner, histo­rien des crèches, définit celles-ci comme « des représentations plastiques qui se réfè­rent aux événements entourant la Naissance de Jésus-Christ. Elles se composent de fi­gures, grandeur nature tout au plus, dispo­sées dans un espace réel, tridimensionnel. Elles sont capables de susciter, chez le spectateur, la sensation d’être personnelle­ment présent à la scène et d’éveiller en lui des sentiments religieux assez puissants pour s’approcher de ce Mystère» (95).

Le goût des crèches à figures fixes indé­pendantes des pièces théâtrales est arrivé fort tardivement dans nos régions. Il s’est d’abord développé dans les familles aisées, bourgeoises ou aristocratiques.

L’aspect initial est le culte de l’enfant Jé­sus descendant en ligne droite des «Repos» du Moyen-Âge et de la Renaissance. Jus­qu’au XIXe siècle, dans beaucoup de fa­milles «dresser la crèche» équivalait à exposer de petites figures emmaillotées ou vêtues de longues robes brodées d’or repré­sentant Jésus. Ces poupées étaient habituel­lement moulées en cire, de cette même cire vierge dont on faisait les cierges (96). Comble de raffinement, elles avaient sou­vent des yeux de verre et des cheveux natu­rels.

Ces bambins n’étaient pas obligatoire­ment couchés dans des crèches ni même placés dans un décor rappelant l’étable de la Nativité. Lorsqu’ils n’étaient pas couchés (p.47) sur de la paille, ils évoluaient dans un envi­ronnement de verdure piquée de fleurs séchées ou de papier rappelant le jardin d’Eden ou le Paradis. Ces statuettes, très fragiles, étaient souvent protégées par une boîte vitrée ou un bloc de verre. Le terme de «Paradis» s’est étendu dans nos régions pour désigner les chapelles domestiques constituées elles aussi de boîtes de carton vitrées. Les scènes traitées dans ces écrins appartenaient à la vie du Christ et au réper­toire hagiographique (97).

Les personnages dont les matériaux va­rient : mie de pain (98) et terre cuite pour les plus humbles, cire et soie dans les réali­sations les plus accomplies, évoluent dans un univers irréel. Plantes séchées ou tissus découpés, fleurs de papier, coquillages, poudre de verre forment un univers de ro-cailles évocateur du Paradis.

Ces compositions dont les schémas ico­nographiques sont l’œuvre de collectivités plutôt que d’artisans isolés ont dû voir le jour dans des ateliers de moniales. Henri Bragard (99) conforte cette hypothèse. Il parle «de «betléhèms» (100) aux figures de cire habillées de chiffons de soie dans des cadres profonds que créaient les religieuses sépulcrines pour en orner la « bonne cham­bre» de nos aïeuls» (101). Détail intéres­sant, il ajoute que «l’on en rencontre encore des modernes dans bon nombre de familles. Mais qu’aujourd’hui, ils servent de jouets aux enfants qui les ont trouvés dans leur pa­nier à la Saint-Nicolas, et qui, le soir de Noël venu, les illuminent de nombreuses chandelles de toutes les couleurs ». La cire était aussi l’apanage des carmélites qui réa­lisent toujours à l’heure actuelle des figures de cire.

Nous posons la question, sans toutefois pouvoir y apporter de réponse précise, de savoir si ces crèches au prix de revient as­sez coûteux, étaient exposées pendant toute l’année à l’instar des autres chapelles de dé­votion ou uniquement le temps de Noël.

 

 

Notes

(82) Wallonia, t. VIII, p. 136.

(83) Wallonia, t. IX, pp. 212-213.

(84) J. Feller, Le Bethléem verviétois, 3e éd., Verviers, 1931, p. 66.

(85) J. Feller, op. cit., pp. 67-70.

(86)  G. Gamet, La crèche provençale, Marseille, 1980, p. 81.

(87) J. Feller, op. cit., p. 75 : « Il en résulte que les pièces, les costumes, les figures du petit théâtre se modernisent au fur et à mesure qu’il faut les renouveler ».

(88) J. Feller, op. cit., p. 79.

(89) Voir J. Feller, op. cit., 139 p.

(90) J.-D. Boussart, op. cit., pp. 9-10.

(91)  Le personnage de Tchantchès s’est vraiment popularisé dans la période de 1885 à 1900. Cfr M. PIRON, Tchantchès et son évolution dans la tradition lié­geoise, Bruxelles, 1950, p. 32.

(92) M. Piron, op. cit., p. 96.

(93) G. Rem, op. cit., p. 11.

(94) M. Piron, op. cit., p. 100.

(95)  R. Berliner, Die Weihnachtskrippe, Munich, 1955.

(96)  Le matériau prend ici un caractère sacramental.

(97) Le Musée de la Vie wallonne expose notam­ment dans ses salles un saint Hubert et une sainte Ma­rie-Madeleine…

(98)  Les Musées Royaux d’Art et d’Histoire à Bruxelles possèdent une série de crèches de l’ancienne collection Crick dont les sujets sont en mie de pain moulée ou travaillée à chaud, recuite puis peinte et vernie. Cfr catalogue L’Europe des crèches, pp. 73-74.

(99) H. Bragard, op. cit., p. 363.

(100)  Le terme est un compromis entre l’ortho­graphe germanique et l’orthographe française, il est utilisé pour désigner les crèches en général.

(101)  Comprendre : la plus belle pièce de l’habita­tion.

 

5 Scrîjadjes / Littérature

Clément Dimanche (Flipevile / Philippeville), in : Asto du ri, s.d.

 

Nowé

 

Là saquants djoûs què dins no bwèsse

gn-a qu’ dès rèclames pou l’ nût d’ Nowé :

dès rèvèyons, dès grands-orkèsses…

gn-a-t-i vraîmint rin d’ ôte à fé ?

 

Faut dès sapins, faut dès cantikes…

su l’ timps qu’ on tchante, su l’ timps qu’ on rît,

là pou l’ Liban, qu’ in trin d’ fusik

è-st-avoyi… pa no payis !…

 

Bin seûr, gn-aveut su l’ têre

qu’ in vîy baudet èy in gros bieu,

ène crèpe dè bos, ène pôve litiêre

pou ratinde èl Fis du bon Dieu !

 

Qwè-ce qu’ I fieut là, su ‘ne djaube dè swale,

sans rin promète… sans rin d’mander ?

Pourtant, lès Mâjes ont chû l’ èstwale

èt lès bièrdjîs ont v’nu tchanter !

 

Parèt… qu’ I v’leut ièsse come nous-ôtes !

Pou vèy voltîy… pou mia soufri…

pou nos-aîdi à douvri l’ pote

qui bouche l’ intrèye du Paradis !

 

Edgard Gérard (Îve / Yves-Gomezée), in : EB 322/1980, p.10

 

Nowé

 

Èl mwès d’ décembe coureut su s’ fin :

Ène niût come on n’ wèt nén bran.mint,

Rimplîye dè stwâles qui clignotint

Pou tirè l’ atincion dès djins.

Marie èstindûwe su du strin,

Aveut mis au monde ès gamin.

 

Djosèf ès-n-ome n’ in r’vèneut nin

Què l’ èfant l’ èrconecheut d’djà bin.

C’ ét au fond d’ in staule qu’ is-èstint,

Leû baudèt èt in bieu chouflint

 

Su l’ èfant qui d-ét tout contint.

Marie riyeut aus-anjes dins l’ cwin.

 

Èle intindeut, ni plus ni mwins,

Èl musike dè leûs-instrumints.
Is djouwinet dèspû in momint,

Maîs Djosèf, li, n’ in saveut rin.

Il aveut ausse pace què l’ lèdemwin,

Is dèvrinet ès sauver ranemint.

 

Jésus èrchachi dès Romins,

Aureut fôte à fé, c’ èst cèrtin,

Pou dèlivrer ès tèstamint.

I d’vreut viker dandjeureûsemint,

Come lès p’tits d’ Jwifs èt d’ Cambodjyins,

Eyèt fini maleûreûsemint.

 

Autoû d’ vous, fèyèz l’ pés, mès djins,

Aîdèz l’ cén qui vos tindra s’ mwin ;

Nè crwèyèz nén qu’ pour vous l’ tchèmin,

Dwèt ièsse pus bia qu’ pou vo vijin.

Si l’ têre nos rascouve èt nos r’prind,

Èl bin qu’ on fèt surnadje longuemint.

 

Fédora (Tchèslèt / Châtelet)

 

Nowé

 

Lauvau dins l’ grand stwèlî,

gn-a l’ istwale du Bièrdjî

qui lût pou nos rapeler

toute l’ istwêre du Nowé.

C’ èsteut pa ène bèle gnût

su lès douze côps d’ mèye-nût,

qu’ Jésus a vèyu l’djoû

intrè l’ baudèt yèt l’ boû.

Çoula s’ passeut à Bètlèyèm

dins ène crèpe à l’awène,

Li p’tit èfant qu’ èsteut si bia,

auzès Rwès, sourîyeut d’djà.

Coûtchî dissus du strin,

I tindeut sès deûs mwins,

vènant apwârter l’ Paîs

pou lès-omes di boune volontè.

Mins on n’ l’ a né choûtè

èt l’ monde èst toûrmintè.

 

Fédora (Tchèslèt / Châtelet), in: EB, 322, 1980

 

Au Nowé

 

Dins in staule, au d’bout du vilâdje

in p’tit èfant a vèyu l’ djoû

intrè l’ baudèt èyèt l’ gros boû.

Pour nous, ça s’ra toufèr l’ imâdje

qu’ on nos r’moustère tous lès “Nowés”.

 

Ç’ gnût-là èsteut télemint si bèle

qui, stampés tout conte in sapén,

tous lès bièrdjîs n’ è r’vènît nén

d’ vèy li cléreû d’ ène grosse istwèle.

Su l’ pas d’ l’uch, lès djins ont sôrtu

èt toutes lès bièsses èstît à d’gnous,

lès-anjes vènît dîre à tèrtous…

Glwêre au p’tit rwè qu’ on lome “Jésus”.

 

Henri Van Cutsem (Couyèt / Couillet), Tchabaréyes, Couillet, 1936

 

Nowé

 

I tchét du cièl quand mèniût a sonè,

su l’ payasson tout blanc stindu su l’ twèt,

èt, à djonds pîds, i broke dins les tch’minéyes :

in ramonia ni fét nén mia s’toûrnéye…

 

I vûde ès’-n-hote rimplîye di p’tits pakèts

èt lès-atatche aus sapéns vèrdèlèts…

Èt su l’ pantoufe aprustéye su l’ simautche

i mèt s’ cougnoû, mins jamés ni s’ astautche…

 

C’ èst qu’ il a hausse : èl voye èst longue

pou ‘ne niût ètou deûs-andjes vont l’ avancî,

sins brût, èt l’ èpôrtenut min.me à cucu-payèle.

 

Dins l’ leune, Bruno, tout-è d-alant èt v’nant,

wète, pa l’ fènièsse, s’ il èst vré qu’ on ronfèle :

li p’tit Jésus dwèt s’ muchî pou l’s-èfants.

 

in E.-J. Piret (Frantchimont / Franchimont) (Flipevile / Philippeville), Extraits bibliques, éd. C.W., 1960, p.44-47

 

Noyé

Di ç’ timps-là, lès r’cèveûs d’ contribucions chômén’ deûs-trwès djoûs par samwène pace qui bran.mint dès djins n’ èstén’ nén conus èt qui lès-autes si fièn’ satchi l’ orèye pou payi. Pon n’ nén tout piède, is-alén’ pwinter à l’ sâle comunâle, maîs ç’ situwâcion-là n’ p’leut nén durer.

Yink di zias va trouver Césâr, in gayârd qui n’ aveut nén freud aus-ouys èt qu’ èsteut maîsse en « chef », amon lès Romins. I lî èsplike l’ afère en lî fiant r’mârker qui si lès r’cètes contunuwén’ à discrèche, on n’ ramassereut bén rade pus assez pou r’cilindrer lès vôyes èt rassonrer lès fossés.

— T’ as raîson! di-st-i Césâr. Maîs n’ ti faîs pont d’ bîles avou çoula! Taudje! dji m’ va arindji l’ afère! Èt su l’ tchamp, i tèlèfone à l’ imprimeû.

Li londemwin ‘t-au matin, tous lès champètes dou Rwèyaume ènn’ alén’ avou in pêlon d’ boulîye èt ène brouche pou-z-aclaper ène afiche dins l’ gayole au su d’ l’ èglîje — on d’djeut in tempe adon.

Tout d’ chute, lès djins s’ ont rassemblés pou vèy çu qu’ èsteut scrît su 1′ papî…

C’ èsteut, en grantès nwârès lètes

Césâr, Empèreûr dès Romins,

A tèrtous, présints èt à v’ni,

Salut!

Primo : Li 24 di décembe, à parti d’ wit’ eûres au matin, toutes lès djins dou Rwèyaume îront s’ fé inscrîre à l’ sale comunâle dè leû vilâdje.

Deûzio : Li cia qi n’ vôra nén choûter ramassera in bia èt bon procès èt riskera co d’ rawète, d’ aler passer saquants djoûs au yoyo.

Trèzio : Lès champètes èt lès jendarmes waîteront qu’ ça vaye come su dès roûlètes.

Cachèt dè l’ comune.                        Pou Césâr Augusse,

Li Mayeûr, X.

 

Di ç’ timps-là, on choûteut mia qu’ asteûre : c’ èst pou ça qu’ tout l’ monde s’ a mis en route à timps èt sins r’niketer, pou-z-aler s’ fé inscrîre su lès rédjisses dè 1′ populâcion… Joseuf èt Marîye n’ ont nén stî lès dêrins, bén-entendu. Li djoû di d’vant d’ pârti, Marîye aveut faît lès galètes. Joseuf, li, aveut aprèté 1′ bèsace èt l’ bidon d’ cafè pou l’ londemwin. Divant d’ aler coûtchi, il aveut r’mîs l’ sonerîye dou rèvèy à cénk eûres, pou n’ nén s’ rouviyi.

Li londemwin, à l’ pikète dou djoû, is s’ mèteneut en route après-awè bu ène jate di r’tchaufè, en mindjant ène galète …

I   gn-aveut  d’djà mwints-asgambèyes di Nazarèt’ à Bètlèyèm… Lès cias qu’ ont faît cint èt vint kilomètes à pîd su lès vôyes di France aus preumîs djoûs de l’ guère, saveneut bén çu qu’ ça vout dîre… Mais gn-a pont d’si
longue vôye qu’ on n’finiche pa-z-è vèy li d’bout… èt 1′ vint’ quate di décembe, il èsteut jusse dîj eûres mwins quârt à l’ monte da Joseuf quand nos deûs r’latès ont vèyu lès preumèrès maujons d’ Bètlèyèm.

—   « Gn-a d’djà pont d’ mau qui n’s-arivonche, di-st-i l’ ome; dji comince à-z-awè mau mès-agaces!  »

—   Vos n’ saurîz ièsse pus scrans qu’ mi, alèz, Joseuf! lî rèspond Marîye…

Saquants munutes pus taurd, odes qu’ is n’ è plén’ pus, is-ariveneut divant l’ sâle comunâle; maîs gn-aveut d’djà ène masse di djins qui ratindén’ leû toûr, èt Marîye èt Joseuf ont stî oblidjis di s’ mète à l’ quèwe come au ravitayemint…

Il  èsteut bén trwès-eûres quand is-ont intrè dins 1′ bûrau dou sècrètaîre; eûreûsemint, ç’ti-ci èsteut lèvrasse come in spirou èt, à trwès-eûres èt dîj, is-èstén’ quites et libes.

Ossi rade sôrtus, is s’ ont mis à cachi après ène place pou lodji; maîs gn-aveut dès djins télemint bourè dins l’s-ôtéls, qu’ is n’ont rén trouvé…

—   « Si nos ‘nn’ alén’ in pau pus lon, di-st-i, Joseuf?…
Qu’ èst-ce qui v’s-è cheune, Marîye?

—   « C’ èst come vos v’lèz, ça, Joseuf… mais dji su oute dès scranses!

—   « Djè l’ comprind bén, m’ pôve feume; maîs sayons tout l’ min.me di cor avanci ène miète! Aspoyèz-vous su m’ bras, ça vos r’pôsera! »

Lès v’là èvôye en trin.nant leûs pîds; maîs l’ nût tchaît rade au mwès d’ décembe!…

Qwè fé?

En tapant leûs-ouys autoû d’ zias, is vèyeneut, à Paîreû, ène espèce di staule dins ène pature…

— C’ èst l’ Bon Dieu què 1′ mèt su no voye! di-st-i, Joseuf.
Ç’ n’ èst nén 1′ Pérou, à ç’ qui dj’ pou vèy; maîs enfin, nos pôrons tout l’ min.me nos mète à djoke pou ç’ nût-ci ».

Ink èt pink, is-ariveneut d’lé l’ barake…

— Dji creus qu’ i gn-a nèlu, Marîye!… maîs, en tchakant ène alumète, is vèyeneut in boû èt in baudet coûtchis d’vant l’ crèpe.

Sins taurdji, Marîye èt Joseuf si stindeneut su lès strins asto dès bièsses, comptant bén pèter l’ some dès Jusses… Tout d’ chûte, dranès come is-èstén’ , is tchèyenut adôrmus come dès sokias èt Joseuf si mèt à ronfler come ène toûrpène…

Mèye-nût… Marîye satche si-n-ome pauzès pwèyes.

— «  Joseuf! Ravèyèz-vous! Qué boneûr! Waitèz in pau l’ bia p’tit valet qui l’ Bon Dieu nos-avoye!… »

Joseuf s’ astampe come in r’ssôrt.

— « Nom d’ ène pupe! di-st-i, en refrotant sès-ouys : ça! on pout dîre qui c’ è-st-in bia gamin! » I tchaît à gngnous pus reud qu’ in cayau, èt r’mèrcîye li Bon Dieu en brèyant d’ binaujeté.

Su ç’ timps-là, Marîye aveut satchi ène brèssîye di lokes èri di s’ valîse, r’fachi l’ èfant li mia qu’ èlle aveut seû pwîs, come i gn-aveut pont d’ bèrce, èle l’ aveut coûtchi dins 1′ crèpe su ène djaube di strin. Li boû èt l’ baudèt chouflén’ tant qu’ is savén’ pou r’tchaufer, avou leû-n-alène, li Maîsse dè 1′ Tère.

À in côp d’ fisik dou staule, i gn-aveut dès bièrdjis qu’ èstén’ au tchamp avou leûs bèdots. Pou tuwer l’ timps, tot en waîtant à leûs bièsses, is fumén’ leû pupe en s’ racontant dès fauves… Tout-èsteut paujère; li leune èt lès stwales lûjén’ au solia; i gn-aveut nén ène barbauje à l’ aîr.

Tout d’ in côp, ène grande clarté lès-asbleuwit! Èn-anje tchaît au mitan d’ zias come in pidjon d’ concoûrs.

I n’ faut nén d’mander s’ is-ont stî sbarès! Maîs l’ Anje leû dit : « N’ eûchèz nén peu! dji vén vos-anonci ène nouvèle qui vos fra plaîji èt co à bran.mint d’s-autes; gn-a à pwène deûs munutes qu’ in p’tit gamin vént di v’ni au monde à Bètlèyèm : c’ èst l’ Sauveûr! li Cris’! li Sègneûr!… Pou vos prouver qu’ dji n’ vos minti nén, è v’ci in signe po l’ riconèche : vos trouverez èn-èfant à l’ fachète, coûtchi dins ène crèpe! … Au min.me momint, come ène volèye di sprives, dès-anjes vèneneut s’ rascoude dé leû camarâde; pwîs tèrtous acheune, is pèdeneut leû volèye èt is s’ mèteneut à danser dins lès-aîrs au son dès clarinètes èt dès trombones èt à tchanter dins l’ patwès d’ adon : « Gloria in excelsis Deo »!

Pou fini, après-awè dansé lès sèt’ sauts, is-ont ralè coûtchi…

Quand lès bièrdjis ont sti ène miète rimis d’ leû saîsichûre, is-ont dit :

« Alons in pau vèy çu qui r’toûne èt si on n’ nos-a nén couyonè?…

Maîs quand is-ont arivè dins li staule, is-ont bén vu qu’ ça n’èsteut nén ène crake… Dès p’tits bèdots lès-avèn’ chûs… Is l’s-ont d’nè au p’tit gamin pou s’ bon-an! Enfin, après-awè félicité Marîye èt Joseuf, is sont ralès d’ lé leûs bèdots à d’djant leûs pâtêrs èt en tchantant, come s’ is-avén’ satchi in bon nimèro au tirâdje au sôrt, li bèle tchanson da Botrel qu’ is-avén’ adjaurbè ène miète à leû cheunance :

Iou! iou! iou! Sonèz lès binious!

Ca li P’tit Grand Maîsse èst diskindu d’ lé nous!

 

Jeanne Moret (Hanzène / Hanzinne), in: EB, 331,1980

 

Nowé

 

(…) Djè m’ rèveu cinkante ans padrî mi, quand m’ bone grand-mére Apoline nos fieut dès p’tits boulomes di loke “pour ‘r’présinter li Sint Famîye”, dijeut-èle. Ô, ça n’ p’leut mau d’ câsser. On p’leut djouwer avou.

Pa-d’zeû l’ créche, Grand-mére pindeut ène grande sitwèle di papîdorè d’ chôcolat qu’ èle aveut ieû sogne di spaurgnî. Ele fieut l’ nîve avou dès p’tit boukèts d’ wate qu’ èle arindjeut autoû èt d’zeû l’ teut. Par après, èle astampeut ène couche di sapin coudûwe au bos. On n’ mèteut pont d’ boujîyes, ça cousteut trop tchêr.

Li swèréye di Nowé, Man Poline nos fieut mète tous lès sèt’ à dj’nous autoû dè l’ crèche (pace qui, faut l’ dîre, nos-èstins sèt’ èfants au culot.)

Ele nos fieut rèciter nos pâtêrs pace qui, par nût, li p’tit Jésus aleut v’nu. Adon, on d’veut alignî tous nos solés dè l’ tchèminéye. Gn-aveut télemint qu’ i faleut fé dès r’mârkes.

C’ èsteut in bin grand èvènemint. Qué bèle fièsse pou nos-autes!

Au matin,on ratindeut l’ signâl. Nos n’ avîs nin dôrmu. On-èsteut énèrvè come dès diâle ostant qu’ nous.”Doûcemint, doûcemint”, rèpèteut-èle sans-arèter d’ sè skeûre. “Li p’tit Jésus vos-atind.” On l’ crwèyeut, bin-intindu. On s’ taîjeut ène miète. Et èle nos fieut mète à l’ file sins moufeter. Adon, iun après l’ aute, on-aleut qué si solé.

Qué bouneûr! Qué fièsse! Pourtant, di ç’ timps-là, qu’ èst-ce qu’ on-aveut? Ene peume, saquants biscwîts, dès caramèls au bûre féts pa no boune grand-mére, in cougnoû fét pa no moman. Mès frére, qu’ alint à scole, avint leû noûve ardwèse, ène touche, in crèyon, in p’tit cayè. Nous-autes, lès fîyes, nos-avins ène poupène di lokes assôrtîye auzès sints dè l’ crèche.

Adon, tèrtous acheune avou man Poline, on-entoneut: “Il est né le divin enfant …” Et on criyeut: “Mèrci, pètit Jésus! Nos s’rons djintis avou tèrtous toute l’ anéye!”

Nos mindjins, nin trop râde, nos saqwès pou lès spaurgnî l’ pus longtimps possibe.

Nos ratindins l’ aute Nowé, seûchant bin qui ça s’reut co l’ min.me qui ç’ti-ci.

 

Josée Spinosa (Flipevile / Philippeville), , in : EB, 481, 1995, p.22-23

 

Conte dè Nowé: Dûre leune

 

Èl posse beûle, à vos stoûrdi, dès-érs à l’ môde, c’ è-st-a fé sauteler l’ barake.

Mon Dieu, sondje-t-èle, Nanîye, s’ is l’ fèyunt d’djà ‘nn’ aler ‘ne miète mwins’ fôrt! Djè l’ sé bin qu’ i faut sayi d’ comprinde què c’ èst d’ leû timps… mins tout d’ min.me!

L’ uch d’ èl cûjène s’ adrouve come s’ il-aveut stî skeû pau grand vint.

“Man! V’là quate côps qu’ djè crîye come in dèstèrè. Tu n’ as nin atindu? Ayu-ce qu’ il-èst m’ pantalon en djin’?

–  Pindu dins l’ tchambe.

–  Non. Nin ç’ti-là!

Èl vi? Bin, il èst près’ à trawer èt l’ ourlèt èst tout dèsfèrlokè… tu n’ vas nin tout d’ min.me mète çoula pou l’ chîje d’ èl Nowé, sét-o bin!

–  Èl timps dès frakes à pans, il èst oute, sés-se, man. Dè qwè-ce què dj’ aureu l’ ér avou in bia costume… tous mè soçons s’ fouterunt dè mi.

–  Èt qwè, Carole, èst-ce què tu t’ amwin.nes?

– Comint! Èt’ seûr èva ossi? Èle mèt ètou sès vîyès lokes, dandjèreûs pou s’ fé bin vîr dé lès soçons! On-aveut pourtant convenu qu’on d’mèreut acheune, audjoûrdu… Èl tâbe èst d’djà mètûwe.

– On n’ a nin l’ timps, man. O comité, on-a dècidé d’ s’ î mète tèrtous pou fè ‘ne grande casserolèye dè macaronis. Come ça, lès cias qu’ auront fwin pouront mindji l’ timps qu’ on danse.

-Ça î èst! Mè v’là… djè seu prèsse!

–  Cè n’ èst nin d’vant l’ timps. Pourtant, Carole, tu sés bin qu’ on-a d’ l’ ouvrâdje.” Carole a l’ ér pus gamin què s’ frére, avou s’ vîye marone dè bleûwe twale toute dèstindûwe èt qu’ a télemint rastrindu à l’ buwèye què lès coustûres vont skèter.

“A t’t-à l’ eûre, man! On prind ‘ne clé pou n’ nin vos fé r’lèver.”

Nanîye n’ a nin rèspondu. Èle bache ès’ tièsse en soumatchant: is-avunt pourtant dit qu’ on f’reut Nowé acheune, pou in côp!

Èle aveut mètu toute ès’ syince pou aprèster dès bonès saqwès. Èle aveut pris su s’ èspaugne pou-z-acheter èl bia caraco qui fieut tant invîye à Carole. Èle aveut amantchi dès bias pakèts pou qu’ is sayunche d’ adviner ç’ qu’ i gn-aveut d’dins. Pou s’-n-ome… ès’-n-ome… il a toudi d’s-èscuses pou r’vèni taurd. I sét bin qu’ èle n’ î creut pus… mins i s’ done bone consyince à li min.me en lî d’djant ça.

I n’ èst nin vrémint mèchant, non. I but…à l’ ocâsion, mins il èst surtout porté su lès cotes. Dèspûs l’ timps qu’ ça va come ça, èle s’ a fét ‘ne réson. Èle è-st-abituwèye. Èle sét bin qu’ i finit toudi à r’tchèy àl’ bawète… come lès pidjons.

Èle èrwéte ès’ maujon: il î fét bon-z-èt tchôd. Èle a tout amantchi pou qu’ ça fuche bia èt guéy. Èle a r’montè saquants bonès boutèyes dè l’ cauve. Pouqwè? Pou quî?… Qu’ èst-ce qu’ èle èst d’ ôte qu’ ène mèskène? Èt co… ène mèskène, on lî done dès condjîs. S’ plinde?… On nè l’ crwéreut nin. Ès’-n-ome a si bin l’ toûr… on lî dôreut l’ Bon Dieu sins confèssion! D’ après li, tout va bin. Lès-èfants?… il a aujîye, i n’ sè r’toûne nin, i lès lèche tribouyi, mins quand gn-a ‘ne saqwè qui va d’ truviès… c’ èst lèy qui paye!

Mon Dieu! Dîre qu’ i faura qu’ èle chûve èç’ vôye-là tout l’ rèstant dè s’ vîye! Toudi bachi l’ chine èet agni su s’ lin.we! Èle n’ a pupont d’ courâdje… nin d’djà l’ cia d’ ènn’ aler… R’prinde ès’ libèrté? C’ èst co lèy qu’ aureut tous lès tôrts! Èle èst scranse… Mon Dieu qu’ èle èst scranse…. Èle vôreut dormi… n’ pus s’ ravèyi… n’ pus jamés s’ rayèyi!…

Èle sautèle su s’ tchèyêre!… Quî-ce qui vint d’ soner? Èle ni ratind nulu èy’ il èst d’ abôrd mèye-nut. C’ èst l’ vwès dè l’ vijène.

“Madame Jouret, n’ aurîz nin ‘ne miyète dè suke pour mi?

Dj’ auré dès djins après mèsse èy’ i n’ mè d’meure pus in maleureûs boukèt.”

Nanîye va drouvi l’ uch. Du suke, ène ènn’ a toudi d’ avance.

“Vos stèz toute seule? C’ èst come mi, mins, ç’ n’ èst rin. T’t-à l’ eûre, après mèsse, èl maujon s’ra plène!”

 

Nanîye a bachi s’ tièsse, in côp d’ pus. Maugré lèy, deûs larmes spiteneut foû d’ sès-ouys. Èl vijène l’ atind dîre: “Vos ‘nn’ avèz dè l’ tchance! Èle advine ci qui s’ passe dins l’ keûr da Nanîye.

“Djè m’ va rademint r’pôrter m’ suke èt pwis, djè r’passeré d’lé vos; nos-îrons à mèsse dè mèye-nut acheune. Nanîye nè sét nin d’djà qu’ èle a rèspondu: “Oyi” quand l’ vijène raplike.”

I fét bon à l’ èglîje: lès lumiéres, l’ orgue qui tchante si bin èt lès vwès dès djon.nès fîyes dè l’ corale! C’ èst bia. Èl souvenance dès bouneûrs roubliyis lî r’monte à l’ tièsse. Èle aleut toudi à mèsse de mèye-nut, dins l’ timps. Ça n’ aureut nin stî Nowé sins mèsse. Pwis, ça a d’vènu ène abitude, èy’ après, èle n’ aveut min.me pus l’ âme dè s’ abiyi pou-z-î aler.

Qu’ èst-ce qu’ i s’ passe? Ès’ visâdje èst tout frèch… èle brét. Mins ç’ n’ èst nin d’ pwène, c’ èst doûs èt tchôd come ène carèsse. Du côp, èle sè sint toute paujêre. Èle atind l’ curé dîre: “Donnez-vous un témoignage de cette paix de Noël“.

V’là l’ vijène qui l’ rabrèsse… lès djins, autoû d’ lèy, lî doneneut ‘ne pougnîye dè mwin: “La paix du Christ! Joyeux Noël” Come dins-in rève, èle rèspond: “Joyeux Noël”.

Èle n’ èst pus toute seûle… Mins èle n’ a jamés stî toute seûle. C’ èst lèy qui crwèyeut ça… Mon Dieu, qu’ èle asteut bièsse! Tout d’ in côp, èle sè sint l’ keûr binauje… Èle a l’ invîye dè rîre… dè viker… viker.

En-z-èralant, s’ vijène l’ invite à fièster Nowé avou zias.

“Mèrci. Vos stèz bin djintîye, mins m’-n-ome va rariver èt lès-èfants ont promètu dè n’ nin r’vèni trop taurd.”

Pouqwè-ce qu’ èle a dit coula? Èle nè sét nin quand is rintèreront! Èt pwis après… Èle a décidé d’ ièsse eûreûse toute seûle.

Èle a l’ invîye dè tchanter… Pou c’minci, in p’tit ér dé musike à s’ gout. Nin du brut come èle ènn’ atind toute èl djoûrnéye avou lès djon.nes! Èt pwis, èle va s’ fé bèle!

Asteûre, in p’tit apéritif devant dè s’ mète à tâbe. Èle sè r’wéte dins l’ murwè… bin atauchîye, èle n’ èst nin si mau qu’ ça! Èle s’ avoye in bètch dè contintemint: “A vosse santé. Madame Jourèt! La la la… tins, c’ èst ‘ne valse.” Èle in.meut bin d’ valser. Èle toûne en m’sûre avou s’ vêre à s’ mwin… la la la… Èle n’ atind nin qu’ on drouve l’ uch…

Ès’-n-ome èst là qui l’ èrwéte, tout sbarè. On dîreut qu’ i l’veut pou l’preumî côp. C’ èst da li, ç’ feume-là?…

“Vous pèrmètèz, Madame Jourèt?”

I lî fét in bia salut d’vant dè  l’ prinde dins sès bras pou contin’wer l’ danse.

“Nanîye!”

Ça fét dès-ans qu’ i n’ a pus dit s’ nom come ça!

 Èle èst prèsse à brére dè binaujetè… mins èle sè rastind èy’ èle continûwe à tchanter. C’ èst qu’ asteûre, èle èst sûre d ‘ ène saqwè: ça n’ sèra jamês pus come dèvant, pace què…

Cè n’ èst nin l’s-ôtes qu’ ont candji… c’ èst lèy èt… çoula… c’ èst l’ mirake dè  Nowé.

 

Joseph Charles (Tchèslèt / Châtelet), Poésies wallonnes, 1967

 

Nowé

 

Avoz dèdja choûtè l’ bèle fauve

qui passe toudi aviè l’ Nowé,

autoû du feu, quand èl gnût tchét ?

– Gn-a deûs mile ans, dins-in vî stauve…

Il èsteut v’nu pou racheter l’ monde

qu’ on aleut d’jà tout d’ crèsse adon.

Ôsereut-i co rivenu fé s’ ronde,

asteûre, avou tous nos canons… ?

 

Joseph Faucon (èl Rû / Le Roeulx)

 

Èl dèrnî Nowé d’ grand-pé

 

Pu cron qu’ in vî pumî, asplouyî d’ssus s’ crochète,

In plène nût’ au Nowé, il è-st-au long dou k’min ;

« Minuit, chrétiens ! » di-st-i, in tout bèrlondjant s’ tiète,

Dju vu co vos intinde sans lè r’mète au lundemin !

 

Dèvins l’ cièl, in pinsant à lès Rwâs, lès rwâs Mâdjes,

I cache après ‘ne saquè qui lume dèspus dès-ans,

Maîs l’ èstwale èst muchéye padrî dès gros nuwâdjes

Eyèt lès péyons d’ néje l’ aveûguèl’t-in kèyant !

 

Vè-le-là asto d’ l’ églîse ; tant mieus, èl vint èst rèche.

I s’ vwat co p’tit èfant, rôse come in pun d’ bèle fleûr,

Su lès bras dè s’ maman : èle li faît vîr èl crèche…

D’sant ‘ne risète à Jésus, i li bâye dèdjà s’ keûr !

 

L’ orgue va dès sès pus foûrt ; à l’ églîse, c’ èst djoû d’ fiète :

Longues èt courtès candéyes lumetèt come dès pwints d’ oûr.

Grand-pé bokète à l’ uch, il amousse ès’ grîse tiète ;

Piane-piane in tèrbukant, i va d’lé l’ crèche à s’ toûr.

 

Grand-pé dit sès pâtêrs. Pa temps, i clinke ès’ tiète

Pou r’wéti lès bèdots, l’ pètit Jésus bin v’nant

Rinscaufé pau gros bû… Is sont là à s’ coyète

« A, mon Dieu ! c’ èst lès mêmes què dou temps dè m’ ma­man ! »

 

« Jésus », dist-i grand-pé, « donèz-me dou corâdje

D’ aî sté m’ kèmin d’ trèvî tout caricolant ;

R’blankichèz co m’ pouve âme ; dju vos promèet d’ iète sâdje

Dju sâré inocint tout parèy qu’ in èfant. »

 

On cante « Minuit chrétiens ! » grand-pé ouve sès-orèyes ;

I s’ sint tout rapaupyi.., v’là qui fét l’ signe dès l’ cwâs ;

Doûcemint, i s’ insclumit… destiné come ène candèye

Au moumint qu’ lès canteûs léchetèt mori leû vwâs.

 

Jésus a fét des ciènes bin qu’ in stant à l’ fachète !

T’t-in waut dou Paradis i fét monter grand-pé.

Pus d’ nêje pou l’ aveûgler èt pus dandjî d’ crochète

Pou bistokî Jésus tous lès-ans au Nowé…

 

Marcel Van Spunter (èl Marloya)

 

C’ èst Nowé

 

I fét gris… I nîvote su mès pinséyes.

L’ diâle djumit… Èt l’ coutroûye dins mès-idéyes.

L’ istwèle lût… Èl boune voye nos èst mostréye.

À mèye-gnût… À l’ èglîje, djè fré m’n-intréye.

L’ Èfant Rwè… Dè m’ man.nète âme, i fra 1′ buwéye

Èt la fwè… tchèssera 1′ diâle d’ ène boune ranchenéye.

C’ èst Nowé… Dj’ é rèli toutes mès-idéyes.

Crèpe, auté r’glaticheneut su mès pinséyes.

 

Pol Bossart (Pont d’ Loup/ (Pont-de-Loup), in: EB, 461, 1993

 

Djoû d’ Nowé

 

Audjoûrdu, c’ èst l’ Nowé.

Li stwèle du bièrdjî lût,

Mins m’ keûr di gaviot brét

Au bia mitan dè l’ gnût.

 

In grand djoû d’ binaujeté:

Èst-ce qui ‘nn-èstèz bén seûr?

Èspwêr di paujêreté:

Avez vèyu l’s-acteûrs?

 

Tout l’ monde mindje, tout l’ monde bwèt,

Tout l’ monde tchante, tout l’ monde rît,

Mins gn-a dès céns qu’ ont frèd,

Qu’ ont fwin, qu’ ont mau d’ vikî.

 

Lès vèt’s sapéns stofenut

Pa-d’zous toutes lès cacâyes,

Mins dès-èfants môrenut

Di l’ aute costé dè l’ baye.

 

Sondjèz aus djon.nes, aus vîs

D’ par ci èyèt d’ pus lon;

Qui l’ sitwèle du bièrdjî

Nos mwin.ne au d’pus pèrfond!

 

Audjoûrdu, c’ èst l’ Nowé.

Ène payète d’ amoûr tchét.

 

Raymond Wins  (au Fayi / Fayt-lez-Manage)

 

Nowé  (sonèt)

 

Què dès nûts’ du Nowé sont r’lûjantes chake anéye,

Avû tous leûs sapins, leûs stwalîs clowès d’ oûr,

Leûs  rîres èt leûs-iskos, zoublant aus-alintoûrs,

Pindant què  lès bourdons sounetèt à toute voléye.

 

L’ pére  Nowé,  in  muchète, va couminchî s’ toûrnéye

Muchî  dins s’ tchaud  caban; c’ èst qu’ i faît froûd dèwoûrs,

Agambyî lès k’minéyes, lyi d’mande bran.mint d’ èfoûrts,

Èt c’ è-st-avû plési qu’ i vûde ès’ kèrtinéye.

 

Nowé,  l’ èspwâr  d’ ène nût’, amin.ne tant d’ bias cadaus,

À tous lès p’tits tambours, trompètes èyèt p’tits g’vaus,

Wardrons dèvins  leûs keûrs dès si bèles souvenances.

 

Rècitant dès priyêres, cwayants ou incwayants,

S’ abachetèt  avû rèspèt dèvant 1′ pètit èfant,

Fèsant disclôre in ieûs’ ène si doûce èspèrance.

 

 

Mots:

r’lujantes –  reluisantes

clowè – cloué

isko – écho

zoubler – sauter; danser

muchète – cachette

froûd – froid

dèwoûrs – dehors

agambyî – enjamber

k’minéye – cheminée

dèsvûdî – vider

kèrtinéye – contenu de la hotte

g’vaus – chevaux

warder – garder

s’ abachî – se baisser

disclôre – éclore

 

Raymond Wins (Fayi / Fayt-lez-Manage), 1993

 

C’ èst l’ Nowé

 

Èl  cièl èrglatit, c’ èst l’ Nowé,

Amin.nera-t-i èl paîs dins l’ monde

Èt nos fé  sinti pus qu’ jamaîs

Qu’ lès-amistès dwâvetèt s’ ridjonde ?

 

C’ èst l’ vraî, i n-a in temps pou tout,

Pou chake à faîre d’zous lès-ètwales,

In moumint pou dès rindèz-vous

Ou pou froter su l’ bone èspale.

 

Pou s’ èrwaîtî ou pou  l’ver l’ pîd,

In  temps pou s’ parler ou pou  s’ taîre,

In  temps pou rîre, pou s’ imbrassî,

In-aute pou l’ paîs ou pou  fé l’ guêre.

 

Audjordû qu’ nos fièstons l’ Nowé,

Èles donent-à sondjî, cès pinséyes. 

Lès batayes n’ finichetèt jamaîs,

Èl bone raîson èst bouriatéye .

Èl canon s’ fét intinde au lon.

D’ssus no poûve têre si mambournéye,

D’s-èfants mwêretèt, qué punicion !

Dès lârmes dè sang sont co vièrséyes !

 

I n’ èst jamais trop timpe pourtant, 

Jamaîs  trop târd pou interprinde ,

C’ èst l’ Nowé, in-n-arèt du temps,

Profitons-in pou nos comprinde.

 

Rinvèyons in courant d’ bontè

Egzaltè, porteû d’ èspèrance,

S’ i nos done èl tranquilitè,

Dèsfacera-t-i toutes lès soufrances ?

 

Si dûremint nos portons no cwas,

C’ èst qu’ no planète èst dèsrégléye,

Priyons t’tèrtous sans fé d’ canats,

Nos pènes, in djoû, s’ vîront r’fouléyes.

 

Èl pûr boneûr qu’ on-a, c’ èst l’ vraî,

N’ vînt-i nîn du boneûr qu’ on done ?

 ! s’ on s’ èrwaitoût come dès  frés,

L’ monde s’rout mèyeû avû d’ téls-omes !

 

René Godeau, in : Imâdjes dè d’ci, éd. Asbl Assoc. Culturelle Courcelloise, 1971

 

Clokes du Nowé

 

C’ èst lès clokes du Nowé.

Ascoutèz-lès soner,

Soner à dikè-daye,

Su l’ payis qui travaye.

 

L’ nût du Nowé èst toudi bèle,

Qu’ i pleuve, qu’ i nîve, ou bén qu’ i djèle.

I gn-a comne ène saquè dins l’ ér

Qu’ i fét pu doûs, mèyeû, pus clér.

I n-a toudi l’ brût dès-ûsines

Avè lès chîléyes dès machines

Eyèt lès luweûs d’ nos fournias

Su no p’tit payis qu’ èst si bia.

Més, lès mésos,

L’ long d’ leû pavéye,

Ont ‘ne masse dès doûceûs aprèstéyes.

Lès p’tits, lès djoûnes èyèt lès vis

Ont dès sclats d’ èstwale dins leûs-îs.

Èt tout d’ in coup, quand ménût sone,

C’ èst toute èl têre qui cariyone

Èt tous lès keûrs qui sont nouvias :

« Ménût crétyins », èt « gloria ».

Gn-a tant qui sont su leû bèsogne,

Dins l’ suweû, èl mau, èt lès brognes,

Tant què l’ Nowé fét ravikî

L’ bouneûr alintoûr dès clokîs.

Louwis astoût vûdi à l’ uch.

Ène miyète d’ ér, si wére què ç’ fuche,

C’ èst toudi bon pou l’ rèfourneû

Qui d’meure toute èl nût à l ‘tchaleû.

Èt i sondjoût, r’pèrdant s’-n-alène,

À s’ gamin qu’ avoût mîs s’ platène,

À s’ feume qu’ avoût garni l’ sapin,

Èt qui l’ ratindroût au matin.

« – Alô, Louwis, ç’ què t’ ès malade? »

Què li a crî in coumarâde.

« – Gn-a co pou ‘ne pipe à ièsse èrcût, 

Èrvént, il èst seûlemint Ménût. »

Èt no Louwis a r’pris s’-n-ouvrâdje

Avè dès r’grèts, més du corâdje,

Pace què tout l ‘mau, qu’ i pèrdoût co,

Ç’ ît pou lès céns qu’ inent à s’ méso.

Ès’ tchauke astoût pèsante èt dure,

Més s’ keûr, li batoût l’ boune mèsure.

Ça fét qu’ i trouvoût co mwoyén

D’ bouter yu-ce qu’ on n’ dè vûdoût nén.

Insi, lès-eûres ont coureû rèdes

Pou mârkî l’ munute qu’ on-arète;

Èt au matin, en s’ è ralant,

L’ ome astoût scrans, més bén contént.

Quand on èst tout seû su l’ pavéye,

I vos vént télcoûp dès-idéyes,

Come dè tchanter, l’ djoû du Nowé,

« Pés à l’ ome dè boune volonté. »

 

C’ èst lès clokes du Nowé

Ascoutèz-lès soner,

Sonér à dik-èt-daye

Su l’ payis qui travaye.

 

Robert Bauffe (Tchèslèt / Châtelet), in: EB, 513, 1999

 

Li niût du Nowé

 

I n’ Èst nÉ lon d’ mèniût à l’ ôrlodje di l’ èglîje;

dins 1′ clotchî, toutes lès clokes, à l’ voléye triboulenut,

nos disant qui 1′ Bon Diè èst v’nu d’ ène têre promîje

apwârter ‘ne glète d’ amoûr auzès cens qu’ soufrichenut.

Come au djoû dè l’ Pintecousse, gn-a dès djins plin 1′ vilâdje,

qui s’ è vont viès l’ auté à l’ fén di s’ mète à dj’nous

pou wétî d’ fé r’blanki lès fautes di leu vikâdje

en lyî prometant bé seûr di router drwèt, tèrtous.

Mins qu’ aveut-t-i bé fét pou qu’ on 1′ margougne dè l’ sôte,

Èst-ce pace qu’ is n’ pinseut né 1′ min.me qui tous lès boûrias

qui, spotchant lès pus fwèbes, en r’layant pou dès prautes,

voulît ièsse mésses du monde, advègne çu qui pôra!

Come dès vrés distchin.nès, is-ont scoryi si scrène,

l’ uchetinant sins r’wétî, lyî fèyant pwârter ‘ne crwès;

li sang brotcheut di s’ tièsse cwachîye paus nwârès spènes

èt il èsteut si scrans qu’ i n’ saveut router drwèt.

Di nos djoûs, vis soçons, gn-a ré d’ candji d’ssus l’ têre;

on spotche co lès consyinces, dès-omes sont-st-ètchin.nés;

èst-ce pou co vîr çoula qu’ on-z-a clawè no frére?

Dins no monde d’ audjoûrdu, dji m’ l’ é d’djà bé d’mandè.

 

Simone dè l’ Goulète (Ôlwè / Olloy-su-Viroin)

 

Nowé dins no valèye

 

Nos avons quitè nos maujones

èt nos chûwons leu voye du tri

Leu blanke nîve sous nos pas résone,

I faît freud on s’ a bén moussi.

Leu preumi pôte ène grosse lintiène,

Leu deûzième djowe au violon .

Leu bîje choufèle sètch, su lès tiènes.

On n’ ènn’ a cure èt nos tchantons,

Nos tchantons nos pus bias nowés.

On s’ sint contints, on s’ sint viker

Dins nos keûrs en jwè sins parèye.

Il èst mèye-nût, lès dotches sonenut,
L’ uch dè l’ èglîje èst grand au laudje.
On wèt dins l’ crêche l’ èfant Jésus,
Lès brès tindus, il èst binauje.

Jésus ! Jésus… Jésus,

Vos-èstèz là dins no-n-èglîje.

Jésus… Jésus… Jésus !…

Hosanna in excelsis.

 

Willy Bal (Djan.miou / Jamioulx), in: Michel Vincent, Le temps de Noël, Tradition wallonne, Liège, 1992, p.24

 

Nowé

 

Nowés blancs d’ quand nos-astins gamins,

Nowés blancs qui nos rapaujint mieus qu’ dès tinrès doudoûces dè

mouman,

Vos-astèz woute, avoye lon d’ nous…

Èyèt l’ djèsse rôse èt nouvia dou p’tit Jésus qui stindeut sès deûs bras.

Lès lantiènes su l’ nîvéye, èl feu d’ bougnèts dins l’ èstûve,

Èyèt l’ preumî crochon dou cougnoû.

Wétèz : lès Nowés d’ asteûre sont miséres ; èl pavéye potche dins l’ bèrdoûyerîye d’ après lès nîves, èyèt no keûr pour vous s’ a rafreudi…

No keûr rafreudi…

Pourtant, nos-astons tout triyanants d’ fîve èt nos pèstèlons,

ratindant l’ goria; dès côps d’ sang trop tchauds à ikèts brotcheneut

dins nos vwin.nes infléyes èt no tièsse dè djon.nia chîle èt rambouche à

r’lâye.

Sègneur, rapaujèz-nous dins nos chîjes anoyeûses, èt stindant vos bras

— Bon Dieu, d’ in djèsse ostant amitieûs qu’adon qu’ vos-astîz l’ pètit Jésus dins l’ choû d’ vo mame —,

Èstindant vos bras, moustrèz-nous lès grandès boûyes è fioz-nous voyants

pou qu’ nos bouterins come à pièces!

Èstindant vos bras, pou nos moustrer têre èt stwèlî, Mwaîsse, à môde d’ in

cinsî, timpe au matin,

Qui moustère à sès vârlèts l’ awous’ èyèt l’ blé bone à piketer,

Yèt l’ royète pou chacun dès piketeûs…

 

in: W. BAL, œuvres poétiques wallonnes 1932-1990, Charleroi – Liège, Association littéraire wallonne de Charleroi, Société de Langue et de Littérature wallonnes, 1991.

 

Noël

 

Blancs Noëls du temps où nous étions

gamins,

Blancs Noëls qui nous apaisaient mieux

que les tendres caresses de maman,

Vous êtes passés, partis loin de nous…

 Et le geste rosé et neuf du petit Jésus qui tendait ses deux bras.

Les lanternes sur la neige, le feu de

boulets dans la poêle,

Et le premier chanteau du cougnou.

Regardez : les Noëls d’aujourd’hui sont tristes ; le pavé clapote dans la gadoue d’après les neiges et notre cœur pour vous s’est refroidi…

Notre cœur refroidi… Pourtant nous sommes tout tremblants de fièvre et nous piétinons, attendant le collier; des coups de sang trop chauds par saccades jaillissent dans nos veines enflées et notre tête de gamin siffle et tambourine sans mesure.

Seigneur, apaisez-nous dans nos veillées ennuyeuses, et étendant vos bras — Bon Dieu, d’un geste aussi amical qu’au temps où vous étiez le petit Jésus dans le giron de votre mère —, étendant vos bras, montrez-nous les grandes tâches et rendez-nous vaillants pour que nous travaillions comme à la chaîne ! Étendant vos bras, pour nous montrer terre et ciel, Maître, comme, le fait un fermier, tôt le matin, Qui montre à ses valets la moisson et le blé bon à faucher [à la sape], Et la tâche pour chacun des faucheurs.

 

Willy Bal, in : EB, 360, 1983

 

Èl pètit Jésus

 

N’ avèz nin vu l’ pètit Jésus dins s’ crèpe ?

Il aveut si l’ aîr rastrindu èt fwèbe

Il ît r’fachi d’ène blanke loke èt d’ in strin

Racrapotè dins lès fèstus qui stikint

Èt frajîle ostant qu’ ène fleûr dè papî

Qu’ pou l’ pôrcèssion lès djon.nètes vont trèssî.

 

N’ avez nin vu l’ pètit Jésus dins s’ crèpe ?

Pou s‘ dos, l’ bêrce ît bin scrèpante èt rèche

Què vlez ? Quand l’ boûse èst plate èt qui tout va cron

Ayu cachî du nieu lindje à fèstons

Èyèt lès tchèrpètîs n’ gangneneut qu’ si wére

Dè liârds min.me en sognant bin leûs-afêres.
Et l’ pètit Jésus a-ouvreut sès bras

Avou ‘ne risète viès s’ mame astampéye là.

 

N’ avez nin vu t’t-asto l’ baudèt ‘yèt l’ bieu

L’ èstauléye t’t-intiêre qui rascandicheut

L’ pètit Jésus èt satcheut su s’ loyin

Èt djusdèqu’à lès gadelots qui brèyint

Sèrès iun conte l’ aute avou lès bèdots

« Abayi, d’sint-is, qui c’ èst l’ pètit tiot? »

– Lès bièsses èl niût d’ Nowé causeneut, di-st-o.

 

Èyèt ‘ne bètchîye pus târd, hèrdîs bèrdjîs

Dèsbouleneut d’ awè stî min.ner tchampyî

Lauvau dins lès paturâdjes à cripèt.

Il ont vu lès-anjes èt lès-ont choûtè

Èt leûs roudjèts visâdjes autoû d’ Jésus

Formint ‘ne courone èt leûs dwèts r’djondus

Sè stindint amitieûs aviè l’ Èfant.

 

Pârin Frèd (à Bzonrî / Besonrieux), in : MA, 12, 1981, p.234

 

Nowé d’ audjordû

 

Si d’ vîns parler d’ Nowé,

c’ èst qu’ di r’mémôre dins m’tièsse,

m’ fèsant, d’ pû l’ asseûrer,

l’ èfèt d’ ène doûce carèsse.

Ène sèmène à l’ avance,

nos n’ tènine pus in place,

nos-astine come in transe,

ène vré vêye dè ducace.

Mètenant, fièster Nowé,

ça d’vînt in-abitûde,

c’ èst bwâre èyèt danser

èt râremint d’vant ‘ne tâbe vûde.

Come c’ èst ‘ne fièsse dè famîye,

on-a sogne d’ inviter

l’ moncha d’ garçons èt fîyes

qu’ on-a ieû l’ mau d’ alever.

Ç’ n’ èst pus l’ Nowé d’ no temps

quand, pou l’ mèsse dè mé-nût’,

nos partine in riyant.

Pourtant, l’ iviér ît rûde,

di d-aî vu à chabots

fé ‘ne dèmi-eûre dè kmin

in triyanant dès djambots,

min.me les cîns dès visins.

Ç’ què di m’ dèmande tékefwas,

vèyant l’ pètit Jésus,

c’ èst comint-ce qu’ il èst là,

co si p’tit èt tout nu.

Come il a deûs mile ans,

dèssus ‘ne payasse dè strangn,

c’ èst toudi in-èfant

qui vos tind sès deûs mangns.

Di n’ sû nîn foûrt malin

maîs qui c’ èst qui dîra

si c’ èst Li l’ sâdje gamin

qui, in djoû, nos sauvera,

qui suprimera l’ misére

qu’ on nos mousse tous costès,

s’ i n’ Li faut qu’ ène priyére

di vas l’ dîre, ascoutèz :

di vos suplîye, Jésus,

Vous qu’ on nos dit si bon,

fêtes qu’ on n’ intindisse

pus jamés touner l’ canon,

insi les poûvès méres

n’ âront pus à trembler

èy inchène, front l’ priyére

qu’ Vos viène pou l’s-assister.

 

Pârin Frèd (à B’zonrî / Besonrieux), in : MA, 12, 1984, p.221

 

Priyére d’ in-èfant au Pére Nowé

 

Père Nowé, si d’ vos scris

‘ne pètite bèkéye in r’târd,

c’ èst nîn ‘ne quèstion d’ oubli

maîs d’ sû in pau chitârd.

Si d’ m’ aî dècidé,

c’ è-st-in vèyant m’ seûr brére

quand d’ vos-a vu raler

sans rîn nos lèyî tchér.

Nos n’ avons pus qu’ no mouman,

no pa st-à l’ cèmintiére,

r’vènu malade d’ in camp

qu’ on-a markî su ‘ne piére.

Pou dèsfinde no patrîye

(come on voûroût l’ fé cwâre),

il a sacrifyî s’ vîye,

nos liant dins l’ dèsèspwâr.

Père Nowé, mi d’ pinsoû

què vos stîz in brave ome

èt qu’ quand ç’ astoût vo djoû,

qu’ vos n’ roubliyîz pèrsone.

Audjordû, di vwa bîn

què di m’ avoû trompé

èt qu’ au sclâve qui n’ a rîn,

on n’ a co rîn donè.

M’ mouman m’ dit què d’ sû grand,

què d’ pû m’ passer d’ jouwèts,

di n’ aî pourtant mètenant

qu’ douze ans à pêne sounès.

Seûlemint, pou m’ pètite seûr,

Pére Nowé, d’ vos suplîye

dè li aporter t’-à l’ eûre

‘ne pètite poupéye qui crîye.

Compèrdèz-me, pou l’ moumint,

nos n’ sarine vos l’ payî

maîs tout rade, eûreûsemint,

d’ m’ in diraî travayî,

èm man ara ‘ne quinjène,

èle dira vos il porter,

èm seûr n’ âra pus d’ pène

in wétant l’s-autes djouwer.

Pace què si vos n’ vènez

vrémint qu’ pou lès monseûs,

qu’ on m’tisse su l’ calandiè :

c’ èst nîn pou lès bribeûs.

Insi, nos ptits-èfants

n’ âront pus dès maus d’ keûr

in-èspèrant tous l’s-ans

à ‘ne bèkéye dè boneûr…

 

Liliane Faes (Carniére / Carnières),  in : EMA, 9, 2007

 

Nowé d’èspwâr

 

Mouman, vos dites què c’ èst NOWÉ.

Què c’ èst 1′ grande fièsse dè la PÉS.

Dins tous lès rûwes dè no vilâdje,

on-a colè d’ bèlès-imâdjes.

C’ èst 1′ fièsse dè  tous lès p’tits-èfants

avû dès cadaus tout blinkants.

Dins no méson plangne dè lumiére,

in bia sapin, dès boules dè vére.

Au nût’,  tout 1′ famîye rabindeléye

pou mindjî, bwâre à plènès gordjéyes.

Pourtant… d’ é vu dès maleûreûs

mau arnikîs, sans tout, sans feu,

assis doûlà dèssus 1′ trotwâr.

Mouman, pinsèz qu’ il-a d’ l’ èspwâr,

què sans djokî, pour ieûs’ ètou,

NOWÉ sèra èl pus bia djoû.

 

51

Drole dè Nowé, in: MA, 10, 2014

 

D’après un conte d’Alphonse Allais

l-a d’ça saquants-anéyes, ô moumint dèl Nowé, d’astoû ô prijon a Sint-Djîle, swa disant què d’avoû volé dès puns ô martchî, mès surtout pace què d’âroû yeû dès djèsses dèsplacès pinvî 1’ vindeûse. Çu qui m’imbétoût F pus, ça n’astoût nî” d’yèsse rinfrumè mès pus râde què ça fuchisse èl période dè Nowé.

D’é tondis vu vol’tî lès fièsses dè Nowé pace què ça s’ fèsoût in famîye, bî” ô tchôd dins 1′ méson. Bon, doûci, d’astoû ô tchôd mès, quèstion amûs’mint, ça n’astoût nî” tout-a fét ça.

Plic…ploc… ç’astoût 1’ brût què f’soût 1’ garde qui pèstèloût dins l’colidôr. Drôle dè pas què vos m’ dîrèz… Way, mès dju dwa vos spliquî què ç’astoût in-ancyin djîle d’Oquèt qui n’ voloût nî” pèstèlér sans sès chabots. Corne i d-avoût skètè yun, i d-avoût yun a in pîd, èyèt in solé a l’ôte. Plic…ploc…

El nût’ dè Nowé astoût v’nûye èyèt dju n’ savoû nî” m’ dècidér a m’coukî. D’intindoû sounér lès clokes dè l’églîje dè Sint-Djîle ’yèt lès ciènes dès parwasses d’a costè. D’é tondis bré quand d’intindoû lès clokes sounér ô long, mès tanincoûp, dju trèsaye su m’sèle : d’avoû bî” intindu ? On- avoût buskî a m’n-uche ? Sachant foûrt bî” què pèrsone n’âroût seû rintrér, dju di tout 1’ minme d’intrér, èyèt la, dju r’ké assis d’in blo, d’intind 1’ clé tournér d’vins 1’ sèrure. L’uche s’oûve ô lardje ’yèt dju vwa ène djon. ne mazète, rabiyéye tout-in rôudje, qui tî”t in kèrtin a s’ mangn. « Bondjoû ’yèt jwayeûs Nowé ! » qu’èle mè dit. Dju d’meûre tout sési èy èle rajoute : « Vos n’ mè r’counichèz nî” ? ». Non, dju n’èl counichoû nî” ; infin, dju 1’ pinsoû. « C’èst vous qui m’a scapè l’anéye passéye d’ène moûrt asseûréye. Quand lès liyons du parc dè Marimont s’ont mis a r’vikî, vos m’avèz apissè pou m’ mète ô r’cou su 1’ toût du rèstôrant ! ». D’avoû bèl a cachî ô pus pèrfond d’ mi, dju n’ mè souv’noû nî” dè ç’n-afère la. « Bî” way, vos m’avèz minme payî in tchôd cacao après, pou m’èrmète d’asto ! ». Non, dju n’ vèyoû nî”. La d’ssus, èle vûde in paquet d’galètes èt twâs quate Bouvytoises dè s’ kèrtin. Comint ç’ qu’èle savoût què ç’astoût l’bière que dju vèyoû T pus vol’tî ? Nos-avons tout mindjî ’yèt tout bû in riyant as sclifotéyes, èy al piquète du djoû, èle-èst daléye in m’ rimbrassant su mès deûs machèles.

Dju n’é nî” seû m’indormi tél’mint què dju cachoû a m’ souv’ni dè ç’n-afère la, mès rî” a fé, ça n’ m’a nî” r’vènu. Fôt dire ètou què dju n mè rapèle nî” nèrî” du pryon d’ Sint-Djîle, corne du garde avû in seul chabot…

Corne què, in vièyichant, on roublîye tout.

 

J. Soupart (Tchèslinia-Djilî / Châtelineau-Gilly), in : …, 22/12/1983

 

Li Nowé dès p’tits Walons

 

Du timps di m’ toute preumière djônèsse,                

Du djoû d’ Nowé, dji m’ è souvén                              

Come d’ audjoûrdu. I faleut ièsse

Bén sâdje… Au pîd di nos p’tit lét,

Nos dijîs à gngnnous nos priyères

Au p’tit Jésus, moru su l’crwès

Qu’ a v’nu au monde en plin-ivièr        

Dins ène istaule, si mète au r’cwè.

A l’uch, i djaleut à pîre finde.

Li nîve aveut blanki les twèts.

Nos ètindîs, intrè lès fintes,

Li bîje ûler d’ ène soyante vwès.

Nos-avis tchaud dins no maujone,

Mins çu qui nos disbautcheut l’ pus,

C’ èst qu’ on nos d’jeut, à nous, lès djônes,

Qu’ il aveut freud, li p’tit Jésus.

En nos coûtchant, dè  l’ tchiminée,

Nos-alîs mète nos p’tits chabots

Yu-ce qu’ on trouveut, dins l’ matînée,

Dès cougnoûs gros come dès marmots.

Après, nos-alîs à l’ èglîje,

C’ èsteut promis dispûs longtimps ;

Là, nos priyîs. Qwè v’lôz qu’ on dîje

Au Bon Diè coûtchi dins li strin ?

Nos lèyîs tchér no p’tite mastoke

Dins l’ platia, intrè deûs tchandelîs,

Pou qu’ on-achète saquantès lokes

Au p’tit Jésus qu’ ‘n’ aveut dandji.

Èt nos d’mèrîs à rwétî l’ crêche,

Li vatche, li baudèt, lès bèdots,

Li sint -Djosèf èt l’ bèle sinte Viêrge,

Lès trwès rwès mâjes, lès pauves bèrjots.

Au d’zeû d’ tout ça, li stwèle dorée

Clignoteut, nos moustrant li tch’min ;

Lès deûs bias-andjes, dins lès nuwées,

Souflît dins leûs trompètes d’ ârdjint.

C’ èsteut si djoli à lès vîr

Qui nos-è rouvyî d’ èraler ;

I faleut pus d’ in côp nos dîre                                       

Qu’ il èsteut timps d’ aler din.ner.

Nos virons toudi bén voltîy

Li Nowé dès tout p’tits-èfants.

C’ èst yin dès pus bias djoûs d’ no vîye,

Cor qu’ nos duvrîs viker cint ans.

 

N.B. — Cette poésie, comme toutes celles qui compo­sent le recueil « Fleurs d’exil » du même Jean Soupart, a été écrite au Congo, durant la guerre 40-44 afin de relever le moral des Wallons, « exilés volontaires ». La plupart ont été publiées dans la revue mensuelle « Raf » sous le pseu­donyme de « Dji li ».

 

Christian Thonet (èl Botin.ne / Bois-d’Haine), Pètit conte dè Nowé, in: MA, 10, 2017

 

Èl nîve èrcoûve lès tiètes pwintûyes ;

come ène voleûse, l’ ariére-séson
s’ a muchî dèvins lès-uréyes.

Tout bèlemint, in-ér d’ armonica a vûdî dou clokî d’ l’ èglîje ; c’ ît 1’ djoû d’ Nowé èrcouvri dè nids d’ grimanciéres eûlant ô vint d’ bîje. Èl blanc boulome s’ a stampè, rawétant lès pèyons d’ nîve tournikî su l’place, èyèt l’ sapin plouyî pa-d’zous leû pwad.

 

Poûve djon.ne sapin !… li qui vikoût dèvins ’ne bèle forêt daloût fini sès djoûs absenti pa l’iviér’ dè su ‘l place, djusse pou moustrer leûs cwayances au Sint dès Sints… L’ nwâr diâle avoût, bîn seûr clatchî du bèk pou lyi din fé ’ne parèye !…

Èl boulome dè nîve, li, rawétoût a s’ colibète lès pèyons dè s’ vîye kèyi tout bèlemint quand in p’tit djambot, l’ èrwétant, lyi d’mande : « Pouquè-ce qu’ is n’ont nîn planté 1’ sapin au mitan d’ èl place pou qu’ i dèvenisse grand èyèt bia, à l’ place dè 1’ mète dèvins n-in trau sans nu tère pou li vîve ?… » Èl boulome dè nîve nè savoût nîn què rèsponde au galopia, li qui daloût, au promî djoû d’ solèy, ès’ dèsfacer in dèsgoulinant dèvins l’ coulète d’ èl place !… Mèèèèès… Ène vwas t’t-aussi lidjére què l’ ér què vos rèspirèz vînt à lyi dîre : « Si vos volez, après 1’ mèsse dè mènût’, vos n’ avèz qu’ à v’ni dèlé mi, nos virons ç’ què nos povons fé pour li èyèt l’ boulome dè nîve… »

Ël djambot, in sachant qu’ à ç’-n-eûre-là, i sèroût dèvins s’ lit, rèspond : « M’ mouman n’ voûra jamés v’ni avû mi djusqu’à ci pace què, à ç’-n-eûre-là, dji doûr èyèt m’ mouman m’ a dit què si d’ astoû sâdje, dji véroû lès pus bias rèves dè Nowé. » « Nè vos inquiètèz nîn…» lî rèspond l’ doûce èt lidjére vwas, dji véré vos quer èyèt nos f’rons çu què nos dèvons, tout dira bîn. »

L’ nût’ dè Nowé rapéje lès-èfants, dès-èstwales plangn leûs-îs sont v’nûyes canter l’è rvènûye d ’in monde mèyeûs. Dès sinteûrs dè lacha au chocolat bîn tchôd ramûsinetèt sès narènes quand s’ mouman lyi z-a criyî dè sè l’ver pou djuner, ’yèt c’ è-st-adon què, rawétant pa l’ fèrnièsse dè s’ tchambe, il a d’morè tout tramuwè !… Dèvins l’ gardin, in sapin ît planté asto d’ in boulome dè nîve ; i n’ rèvoût nîn, c’ ît bîn l’ vré, què min.me il -a d’mandè à s’ mouman qui n’ a nîn seû lyi rèsponde come què l’ Nowé, c’ èst vrémint l’ fièsse pou conter dès bèlès-istwâres à lès-èfants.

 

Georges Edouard - Nowé

(ilustrâcion / illustration)

èl Nowé (Noël)

(ilustrâcion / illustration)

/ jwèyeûs Nowé / (sins nom / anonyme)

Châlèrwè (Charleroi) - Louis Bolle, En diskindant / Henri Van Cutsem, Nowé

(in: Les Cahiers Wallons, Noyé, 1938)

Nivèle (Nivelles) - Joseph Coppens, Nowé

(in: Rif tout Dju, 93)

Nivèle (Nivelles) - Armand Préa, Nut' dè Nowé

(in: Rif tout dju, 104, déc. 1966)

Tchèslèt (Châtelet) - Jean Fauconnier, Nowé

Robert Mayence (Djumèt / Jumet) - Èl gnût d' Nowé (La nuit de Noël)

(in: EB, 35, 1982)

Willy Bal (Djan.miou / Jamioulx) - Nowé

(in: MA, 1967)

Marcel Meulemans (Hin.ne-Sint-Piére / Haine-Saint-Pierre) - Èl nut' dè Nowé du notaîre Duleû

(in: MA, 1968)

Edgard Clerbois (Stèrpi-Brakegnére / Strépy-Bracquegnies), Nût' dè Nowé; Pârin Frèd (B'zonrî / Besonrieux), Ène priyére à Nowé; Louis Jauniaux (Èl Hésse / La Hestre), Nowé !

(in: MA, 1968)

Robert Dascotte (Djolimont / Jolimont), Nût' dè Nowé; Henri Duval (Marlan.wè / Morlanwelz), Nowé d' audjèrdû

(in: MA, 1968)

Luc Declercq (Brin.ne / Braine-le-Comte), Nowé; Armand Dechèvre (Sougnîye / Soignies); Robert Dascotte, La Noël dans le dialecte et le folklore du Centre

(in: MA, 1968)

"Mouchone" (Èl Louviére / La Louvière), Bistoke pou l' Nowé (Etrenne pour Noël)

(in: MA, 1971, p.210)

Georges Tondeur ("Pûjon") (Brin.ne / Braine-le-Comte) - Èl cugnole (conte dè Nowé)

(in: CW, Noyé 1938)

5.2 Picardîye, Mont-Borinâje / Picardie Mons-Borinage

E. Godart (Tournè / Tournai), in : CW, 9-10, 1962, p.164-5

 

Fiète di Noé

 

Noé! Noé! L’ cloke a seoné

dins lès clotiers d’ tout lès parwasses,

et lès-églises i d’eont tran.né

come i l’ feont pour Marie-Pontoise.

De l’ catédrale jusqu’au convînt

lès clokes eont mèlé leûs cancheones

dins l’ pus jwayeûs d’ tous lès-orfrins

qu’ insan.ne l’ meonte infier inseone !

 

L’ pétit Jésus, in.ne nouvèle feos,

pour lès-heomes, i-èst r’vénu d’ssus l’ tière,

prêcher la paîs, l’ oubli, l’ orpeos,

à l’ humanité tout intière.

« Brisez lès fusils, les caneons,

L’ sol, de jeone sang, i-èst d’jà treop rouche !»

a dit, aus grands d’ tous lès nacieons,

l’ infant Jésus de s’ veos si douche.

 

Noé! Noé! Dins lès palaîs,

lès p’tits rotleots î-eont faît bombance

avèc tout ç’ qu’ aveot raporté

l’ vieûs Père Noé, dins sès grandes banses.

Maîs lès p’tits gosses dè l’ ouvèrier,

qui triment dur pour élever s’ famîye,

in ceute nwit, n’ furent pos oubliés,

et i-eont eu, chakin, leu cokîye.

 

In.ne pauve cokîye d’ in.ne paîre de francs,

sans rosins, sans Jésus in chuke.

mais, pour continter cès-infants

qui n’ eont ryin, i n’ in feaut pos puk.

Insin, in ceute mèrvèyeûse nwît

qui vit Jésus r’naîte dins l’ étape,

i n’ eut, pa-d’zous l’ étoil’ qui lwît,

d’ infants d’ richards ou bin d’ minapes.

 

Et, du catiau come du taudis,

i n’ a meonté qu’ in même prière

intercopée d’ in grand mèrci :

« Fètes régner la paîs d’ sur ceute tière! »

 

Acoutez cès veûs, P’tit Jésus,

élouangnez, pour toudis, la guêre,

et nos-infants, is n’ vwaront pus

qué dès-heomes tèrtous vraimint frêres!

Noé! Noé! L’ cloke a seoné!

Noé! Noé! Jésus, i-èst né!

 

Géo Libbrecht (Tournè / Tournai), in: Willy Bal, Littérature dialectale de la Wallonie, Choix de textes, 3e tirage, Centre de dialectologie wallonne, Louvain-la-Neuve, 1979

 

Nôé

 

V’ià k’ te chufièles dins tés deots :

k’ tout seû, 1′ feu s’a raleûmé.

I t’a sufi de 1′ buzier,

te t’ sins rékeofé d’ in keop,                                    

 

Ch’ éteot Nôé, i-èrléneot.

On-n-atindeot lés Rwas Majes.

In-n-in keop…, v’là k’ leû-n-imaje

ed’dins 1′ glache èle s’aleûmeot.                            

 

D’dins 1′ cwin…, je n’ l’ aveo pôs vu :

Mari à côté d’ Jôsèf

èle ri.eot de s’n-èr bénèse

à s’ rôteleot maflu : Jésus.                                     

 

I a sufi d’ in keop d’ vent.

Ej’ m’ ortrwève in pan volant.

 

Marc Lefèbvre  (Binche), Conte dè Nowé, in : MA, 12, 1982, p.242-243

 

Èl nwîte dè Nowé 18.., au d”zeûr dè Bakegnîye, au temps què ça n’ astoût nîn  co Binche ène viêye feume dèdins s’ méson s’ aprèstoût pou daler come tous lès-ans dins Binche avèc sès panîns rimplis d’ gui èyèt d’ wous qu’ èle daloût vinde à l’ uch dè l’ èglîse à lès djins qui wîdront dè l’ mèsse dè minwît. Pourtant, d’ èl nwîte, èle d-avoût peû, in-èfèt, on lyi avoût toudi raconté des-istwâres dè sorcière dèdins s’ djon.ne temps.

Du lûlau qui s’ promenoût in trin.nant sès kin.nes, dè Madame Blanke avèc in drap dèssus s’ tiète èyèt qu’ on disoût wîdîye du çumetiére, sans compter lès-istwâres dè s’ grand-mére, mamére come èle disoût, qui lyi avoût raconté qu’ in djoû, èle avoût vu in cat dèdins s’ méson, in nwâr cat qui lyi f’soût dès fameûs-îs, èle l’ a astrapè pa l’ piru dès rins èyèt rwè à l’ uch à coups d’ ramounète, èt bîn, èl lendemin, èl visène qui astoût in guère avèc avançoût toute dè crèsse, c’ ît ène mauvése min.

No feume dèspwîs quu s’-n-ome ît moûrt, dèdjà dèspwîs saquants-anéyes, daloût insi in-èstè vinde dès-ayes, dès fleûrs ou bîn des salades qu’ èle alevoût li min.me dèdins s’ gardin èt in-iviér, ç’ astoût du bos pou ralumer lès feus ou co dès brèches pou les fièrs dès tayeûrs. Toudi bîn prope èyèt nète dèssur li malgré s’ misére, in grand scoû dè cotonète, ène chabrake dèssus sès spales èyèt dès clabots rimplis dè strangn. Èle présintoût s’ marchandîse avèc in si biau visâje qu’ on n’savoût nîn fé sans lyi acater.

Infin prète, èt aussi rade què sès viêyès gambes volinetèt bîn l’ porter, èle dèskind dins Binche. A l’ uch, i f’soût tout nwâr froûd, èle néje avoût keû toute èl nwîte èyèt i d-avoût tout mètenant in-n-èspèsseûr d’ au mwins dîs centimètes. Avançant à ptits pas pou nîn kèyi, no p’tite viêye sè d’mandoût si èle daloût tout vinde pace què, si èle vindoût tout, èle poûroût s’ acater ène miyète dè chlame pou mète dèssus s’ feû èyèt co deûs twâs pètotes ou co ène bone trinche dè lârd… infin, si èle vindoût tout. Tout dalant, èle rincontroût dès djins tout binéses qui cantinetèt : is pouvinetèt l’ fé, ieûs’, pwisqu’ is-avinetèt dès liârds. Arivéye dèssus l’ place dè Bakegnîye, scranse d’avwâr pèstèlè dèdins l’ néje, èle s’ inva s’ assîr dèssus lès piéres dè l’ capèle. Sès pièds indjèlès lyi f’sant mau à cause dès crèvasses èt qui astinetèt d’djà tout crus, no viêye, tout-in bèrdèlant à li min.me, s’ mèt à candjî l’ paye qu’ èle avoût ieû l’ swin dè prinde avèc li dins s’ kèrtin.

« Waye, pètit Jésus, vos-avèz stè dins l’ misére ètou, (…) savèz, djè doûr ètou dins lè strangn, pourtant, djè voudroû bîn dormi dèssus in bon lit dèdins dès biaus draps tout blancs. Pou fé ça, il faut avwâr dès liârds et mi, djè n’ d-aî pont. Wétèz, vous, malgrè tout, vos-avèz ieû dès cadaus, dès bèdots, in bu èyèt co in baudèt, si mi d’ aroû in baudèt, wétèz in pau, djè poûroû fé tout Binche in min.me temps pou daler vinde mès-afêres. In-n-atindant, wétèz lès djins daler avèc leûs pakèts pa-d’zous leûs bras èt lauvau in face chez Louwisa, qué biau sapin tout rimpli dè bèles boules èyèt ‘ne cougnole pa-d’zous pou l’ gamin. Èt mi p’tit Jésus, vos n’ avez nîn donè l’ jwa dè t’ni dèssus mès gnous in-n-infant. Pourtant, savèz, mès rèves, ç’ s’roût avant d’ mori, d’avwâr à mi toute seule, rîn qu’ à mi, in biau sapin come èl cîn Louwisa èyèt dèssus mès gnous, in biau p’tit infant avèc ène cougnole à lyi doner ».

Tout djusse à ç’ moumint-là, in buchon à costè dè l’ capèle disparèt dins l’ nwîte pou fé place à in sapin tout djusse come èl cîn Louwisa avèc dès lumières t’ alintoûr, dès boules dè tous les couleûrs, il astoût co pus biau què tout ç’ qu’ èle n-avoût vu jusqu’adon. À costè d’ li, in biau infant, tout blond, tout crolè. Dèdjà, èl viêye feume brèyoût d’ jwas, toudi sans bèrdèler, l’ infant, in souriyant, lyi done èl cougnole. Èl viêye, insmoufîye, sè r’léve in léchant dèssus l’ kèmin s’ chabot rimpli d’ paye. Asto d’ l’ infant, èle l’ a astrapè dins sès bras, l’ èrcouvrant dè s’ chabrake pou nîn qu’ il astrape ès’ croke. Èle s’ assit dèssus lès piéres dè l’  capèle in mètant l’ infant dèssus sès gnous èt frume sès-îs. Èle lès frume si bîn què dès djins passant d’ mèsse troûvetèt ‘ne viêye feume indormîye pou toudi, tènant dins s’ min ène cougnole, dèdins l’ aute ène boule dè couleûr. À sès pièds, i mankoût in chabot.

Infant, si, in djoû d’ Nowé, quand i fra tout nwâr froûd, avèc dè l’ néje, si vos trouvèz dèssus l’ place dè Bakegnîye in chabot rimpli d’ paye, pinsèz qu’ c’ èst l’ cîn dè l’ feume qui avoût vu èl pètit Jésus.

 

Bakegnîye : Battignies  (quartier de Binche) — chlame : boue de charbon — nwîte : nuit — wîdî : sortir.

 

Edmond Veuchet (Mont / Mons) - Révéyon d' pauves diabes

(in: CW, Noyé 1938)

5.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

è

Albert Rousseau (Grand-Lé / Grand-Leez)

 

Chîje di Noyé di d’vant 1914

 

Rén ! on n’ vèyeûve nén on sititche,

Lès nêts, co pus nwêres qui dè brouwèt d’ tchitches.

Co pont d’ lampe su lès vôyes,

Tot ça a v’nu après.

Èt si dj’ vos cause manôye,

On vikeûve su li strwèt.

È nosse maujone, po n’ nén dîre li cambûse,

Inte li dîre èt l’ fé, i gn-a lon.

Deûs bounès paletéyes di tchèrbon

Dins li stûve à plate bûse

Èt tot d’ sûte, i fieûve bon.

Dins l’ tiène lumiére di nosse quénkèt,

Nos-èstînes eûreûs sins l’ sawè.

Tchaussîs d’ bias p’tits lèdjêrs chabots,

Lès djins ni fyîne co pont d’ kèkèsses.

One lantiène qui fileûve… èco      

Po veûy clér èt ‘nn’ aler à mèsse.

À ç’ momint là, po dîre li vraî :

On tchanteûve co « Minuit chrétiens »

Èle dureûve cor assez longtimps

L’ mèsse di méye-nêt.

On s’ ragrancicheûve dè rintrer.

Lès tripes èt lès cougnous,

Nos ratindin.n su l’ tauve.

Du cafeu novèlemint passé.

C’ èstot l’ Noyé dins tot l’ vijenauve.

 

Alexandre Bodart (Assèsse / Assèsse) (16/12/1958)

 

Noyé

 

Il a nîvé, voci l’ vièspréye ;

Li frède lune pormwin.ne si quinkèt

Dissus les raubosses èdjaléyes.

Èst-ce qui l’ minâbe sèrè au r’cwè ?

On vwèt deûs rotes vêla foû-vôye,

One trin.néye di pas jusqu’au baur,

Li trace d’ ène rin (1), d’ où-ce qu’ i s’ aspôye :

Li stauve, c’ èst po l’ laîd m’ vét sins caur.

C’ èst por lèye, li djaube èdauméye.

Èle sorît, mins li n’ fét pon d’ bin ;

Èt i sondje à leû tchôde culéye.

I n’ a qu’ one crèpe èt saqwants strins !

L’ èfant èst là, mièrnu, sins lagnes,

Intur on boû èt on baudèt.

Èt Djôsèf nanchî come on lwagne :

« Ê ! là, gn-a-t-i onk qui vérê ? »

Il ôt roter dins l’ nîve qui croche.

I crîye, l’ mi-vét, mins on n’ taudje nin :

On ‘nn’a d’ cure do pôve dins l’ angoche,

Do bribeû, do rôleû di tch’min !

I passe ute en autant les spales la but riiipé, li bin tchaussî ;

I n’ lès vwèt nin, lès p’titès stwales :

Il a peû do man.ni sès pîds.

Il èrva dins s’ lodjis’ di ritche

Où-ce qu’ i brèsse dins d’ l’ ôr, dins rin :

I n’ cût nin s’ pwin, i ‘nn’a trop d ‘mitches

Qu’ i taperè, qu’ i dôrè aus tchins…

‘Là lès brakenaus, tote one quèwéye,

Èt si jamés, on nos trake co !…

« Wéz ! c’ èst por vos, do l’ tchôde modéye,

Èt po li p’tit, on blanc bèdot !.».

Marîye, adon, rame tote mouwéye

Èle l’zîs fé sine do v’nu pus près

Po mia voûy l’ èfant qu’ èle bèrcéye,

Mins, vos vèyoz, i faît si spès…

A ç’ momint-là, one grande lumiére

Dischind tot d’ on côp do steûlî,

One clérté si bleuwe, si clére

Èt qu’ on nome li stwale dès bièrdjîs…

Poqwè faut-i qui dji m’ trèbuke

Quand dj’ acoûr voûy çu qu’ gn-a d’novia ?

Èt quand èst-ce d’ abôrd qu’ on lès uke,

Lès aveûles, dins l’ toûrnant, vêla ?

 

(1) rin : on bwès d’ fagot

 

Alexandre Bodart, in : AL 24/12/1985

 

Po l’ Noyé

 

Ça va ièsse à peû près l’ momint

Do strameter l’ djaube di swèle o stauve,

Waiïtî à ç’ qui l’ rèsse tègne bin

Èt fé ritenu l’ tape-cu do l’ cauve.

 

On brouchtéyerè l’ batch come u faut

Ca ça pontîye lès chos d’ awin.ne,

Èt d’ peû qui l’ Valèt n’ uche do mau,

On bourerè one satchîye di lin.ne…

 

Mins, è vwèt-on co, dès vaurlèts ?

Li pachi dès tch’vaus d’vint plantis’,

Li mawieû d’ ronches su lès pèrèts

Ni vint pus braîre ni fé l’ odis’.

 

Gn-a pupont d’ bèdéyes po l’ bièrdjî…

Qui véreûve-t-i co fé, l’ vî ome

Sins sès-ayèsses di tchèrpètî ?

 Li Vaurin n’ a pus d’ cure dès pomes !

 

Èt l’ djon.ne Moman, comint freûve-èle

Po qu’ si P’tit fuche bin alèvé

Nos-ôtes, nos ‘nn’ avans d’djà one bèle

Po t’nu nos roufions bin bridés !

 

Ni baguez pus, pôve pitite Fèye,

Dimèrez bin dins vosse culot

Èsconte do pus’ avou s’ vîye sèye

Pusqui chaque côp, Vos ‘nn’ avoz gros !…

 

C’ èst por nos qui Vos v’ fioz do l’ bîle

Èt Vos vôrîz bin qui vosse Fis

Rivègne soladjî l’ pôve qui pîle

Maugré qui l’ sipèsse nêt V’ moûdrit !  

 

Vos n’ vièroz pupont d’ conuchances,

On n’ compirdrè pus vosse patwès.

Vos n’ vikeroz pus qui d’dins lès transes :

C’ èst tos lès djoûs qu’ on stampe one Crwès !

 

Alexandre Bodart, in: AL, 13/12/1960

 

On Noyé

 

C’ è-st-on raupin d’ avau lès vôyes

Qu’ èst cotchèssî pa lès trop-bins ;

Nipes kitrawéyes, èpègne qui bôye

Èt rimawî do l’ frèdeû d’ tchin.

I wèye, racrafougnî dins s’ môye

Po-z-aguignî dins l’ firmamint

Li stwale qui raspèpîye do l’ djôye

Èt r’fache l’ Èfant sus s’ djaube di strin.

On-a choreté 1′ nuk do l’ linseléye,

Li nive grôle do mafe pa banseléyes

Èt tèche one vareûse po l’ mièrnu.

Èle faît s’ blanke sogne èt èle ranuke

Tos lès corons avou dès rukes…

Lès-andjes do 1′ Crèpe sont bin timprus.

 

 

Paurt di Noyé

 

Qui gn-aurè-t-i au fond dè 1′ bale

Quand c’ èst qui dj’  l’ îrè trèwidî ?

C’est po fait chonance qui dj’ l’aspale.

Ç’ sèrè-ce lès pwin.nes do l’ simincî ?

Poqwè 1′ dijoz qui m’ fwè m’ èale !

Li tinkian do l’ chéye s’a crochî…

Li losse faît chumerèsse èt m’ naçale

Vièrmoluwe frôye li fond do bî.

Li bîje chûle si frède misaumène ;

Li routia pîle dissus 1′ uchelèt :

L’ êwe s’ a radeuri dins 1′ quawèt.

Li crasse lume pa l’ barbakène :

Dj’ ans-è veûy li crèpe et s’ roufion

Pa l’ plantche qui bîle… veûy qu’ i faît bon !

 

Anatole Marchal (Durnal), in: CW, n°12, 1937

 

One nêt, à Vêr (1)

 

Li net èsteut blûwe et blanke, mèrvèyeûsemint. One nîve bin deure èt bin crachante rascouvieut tot. Èlle aveut tchèyu deûs djoûs au long, sins s’ prèssè. Dins on ciél di v’loûrs, lès stwèles blawetint pus fwârt qui d’ abitude, èt vos-aurîz dit qu’ èls lèyint tournè dès spitûres dissus l’ nîve qui blaweteut ossi.

C’ èsteut one nêt d’ Noyé come i gn-a pus wêre. C’ èst là-d’dins come dins ôte tchôse, gn-a pupont d’ nêt d’ Noyé… Li djoû d’ audjoûrdu, il î sofèle, il î bruwine, il î ploût, èt c’ è-st-à Pauke qu’ i nîve èt qu’ i djale. À ! lès bias-ivièrs di d’vant 1′ guère, quand nos-ôtes, lès gamins, nos ‘nn’ alins, à rin.ne côrète ou à cu d’ pouyon su nos sclîyes, dispôy li copète do Boulevârd, à Durnal, jusqu’ è Tchansin (2) !

C’ èsteut one nêt d’ Noyé… Li bîje vos piceut come i faut, èt il aureut falu one bone calote à r’clapes po mète vos-orèyes au r’cwè. Nin on brût ni brouyeut l’ aîr ; gn-aveut qui 1′ vwès do vint qui s’ fieut ètinde dins lès tch’minéyes èt lès grands-aubes tot nus. Gn-aveut co pont d’ potau d’ tèlèfone ou d’ ôte tchôse po grûlè tot do long dès vôyes èt dès ayes. Rin… rin du tout…

O 1′ cinse do l’ Djustice, à Vêr, èmon Henri Baquet, on-z-è-st-à l’ chîje. Tot-à l’ eûre, li cinsî rachonerè tot s’ monde : si feume, sès fèyes, sès fis, sès vaurlèts. Avou co brâmint dès cis d’ Vêr, i lès minerè à l’ mèsse di méye-nét à Custène, en rotant 1′ preumî, avou one grosse lampe di stauve è s’ mwin. Lès-omes, avou leûs gros sabots bourès di strin, lès coméres avou leûs sandronètes èt leûs casawès. Li cortèje ènn’ îrè en cotoûrnant avau 1′ campagne, pa lès pîssintes, lès vôyes di tère èt lès chavéyes…

Li vî Bon Diè d’ bwès qu’ èst d’ssus 1′ drèsse n’ èst nin co catchî padrî on posse di T.S.F, èt on n’ choûterè nin co 1′ mèsse di méye-nét dins ç’ câréye bwèsse-là.

Lès chîjeleûs sondjèt. Is n’ djouwèt nin aus cautes, is n’ bouchèt nin su 1′ tauve, is n’ tchantèt nin lès tchansons qui sintèt 1′ gote. On sint bin o 1′ coujène d’ à l’ cinse, come avau lès vôyes, qu’ i va s’ passè one saqwè, dins one eûre ou deûs ; one saqwè d’ grand qu’ èst sins mèseure po nos-ôtes. One saqwè qu’ è-st-à l’ mèseure do Bon Diè li-minme. Li bèle sitwèle ni va-t-èle nin brotchi foû dès-ôtes, torade, èt r’glati cor on côp su tote li tère ? Ci qu’ i gn-a d’ sûr, c’ èst qui lès Trwès Rwès (3), zèls, ni sont nin lon. Li dozin.me nêt après cit’-cile, on lès vièrè, su 1′ côp d’ méye-nêt, jusse dizeû 1′ cok do clotchî…

Aviè onze eûres, Marîye, li fèye da Henri, sièvrè 1′ café èt 1′ pèkèt. On mougnerè lès cougnous èt lès galètes, èt pwis, on ‘nn’ îrè.

Mins 1′ cinsî a bin ieû sogne do n’ nin rovyi d’ mète on pwin èt on saya d’ êwe su 1′ sou do stauve. Tot-à l’ eûre, lès Divins Voyadjeûs passeront par ci, come divant totes lès maujones où ç’ qu’i-gn-a dès bièsses. Li Viêje aurè quékefîye seû, èt sint Djôsèf aurè fwim, dandjereû, li. En passant, min.me s’ is n’ î djondèt nin, is bènicheront l’ êwe èt 1′ pwin, èt pus taurd, quand lès vatches auront 1′ cocote, saquants gotes di l’ êwe do saya distrindront 1′ fîve què l’zî brûlerè leû gueûye ; èt quand èle seront ètonéyes, on bokèt d’ pwin aurè rade faît do lès r’tapè…

Li cinsî èt sès djins èvôye à messe, on dîreut qui tote li cinse è-st-èdwârmûwe. O stauve, li vaurlèt qui waîte aus bièsses a distindu 1′ lampe, a clôs l’ uch padrî li, èt il è-st-èvôye avou l’s-ôtes. S’ il aveut bin r’waitî d’ on costè do stauve, divant, i n’ aureut nin stî si prèssé… Lès bièsses dwârmèt… Tortotes ?… Nin, justumint… On boû èt on baudet, dins one cwane, one miète à paurt, sont dispièrtès…

 

Ruvenans one miète dissus nos pas asteûre.

I n’ èsteut qu’ iût’ eûres. Li boû èt l’ baudèt, coutchis èsconte di non-1′ ôte, avint on drole d’ aîr. Vos-aurîz dit qu’ is causint èchone.

– Sés-se bin qwè, vî frére, dijeut-i 1′ baudèt, i m’ chone qui lès-omes
ni tûsèt wêre à nos-ôtes, po l’ momint.

–  T’ aureus co bin raîson, mins poqwè èst-ce qui t’ sondjes justumint à ça asteûre ?

– Pace qui … choûte. Èd’vant-yîr do l’ vèsprêye, dj’ èsteu au tchamp au Gros Tiène; dj’ a oyu l’ ci d’ èmon l’ Blanc qui d’djeut à l’ crapôde da Noré qui l’ curè aveut acheté one novèle Viêje èt on noû sint Djôsèf po mète avou s’ crèpe di Noyé. Èt ti sés bin ossi bin qu’ mi qui s’ baudèt n’ a pupont d’ quèwe èt qu’ i gn-a longtimps qui l’ mitan di s’tièsse è-st-au diâle, èt qui s’ boû rote su trwès pates èt n’ a pupont d’ orèyes… Ti veus bin qui l’ curè li-min.me si fout d’ nos-ôtes come di l’ an quarante !

–   Ça, c’ èst l’ vraî, mins mi, dj’ in.me ostant, pace qui dji sé bin qui
l’ Viêje èt sint Djôsèf, lès vraîs, ni nos rovièt nin, sés-se, zèls !

–   T’ as raîson… Min.me qu’ on dit qui ç’ nêt-ci, come tos l’s-ans, is
s’ rimètenut en route su l’ tère… èt qu’ is passenut pa-d’vant tos lès
stauves où ç’ qu’ i gn-a dès parèys à nos. Mins pèrson.ne nè l’zî douve
l’ uch. Ça faît qui is n’ savenut jamaîs r’novelè l’ Grand Mistére. C’ èst
po ça qu’ is rivenèt, èt is sont oblidjis do-z-è ralè après awè tant roté po
rin… À ! lès-omes ! Èt dîre qui c’ èst nos-ôtes qu’ on lome lès bièsses !

– Is vont passè par ci, d’ abôrd ?

– Ô, ayi, dandjereû !

– Èt si nos l’zî douvyins noste uch, pinses-tu qu’ is n’ mousserint nin véci, po r’fè l’ mirauke do l’ Nativité ?

– Dji n’ è sé rin, valèt ; mi, dji n’ su qu’ one pôve vîye bourike ; dji n’ a wêre sitî è scole…

– Choûte. Dj’ a one idéye dins m’ grosse tièsse di boû… I n’ èst qu’ noûv eûres, gn-a co pèrson.ne è l’ èglîje di Custène… L’ uch n’ èst nin sèrè li nêt do Noyé. Poqwè n’ îreus-se nin jusqu’à là dîre à l’ Viêje èt à sint Djôsèf qui, s’ is passenut t’t-à l’ eûre par ci, l’ uch sèrè douvièt ?

– Ô! mi vî frére li boû, laî-me ti rabrèssî, va ; dji n’ aureu jamaîs pinsè qu’ i gn-aveut tant d ‘l’ idéye didins t’ gros cabouyau !

– Rabrèsse-mu tant qu’ ti vous, mins taîs’-tu, sés-se !

Èt volà nosse baudèt arivè è l’ èglîje… Il aveut rovyi do dismantchi sès fièrs divant do-z-î moussi, èt i mwinrneut one sinte arèdje su lès pavès do l’  grande nèf. Tos lès sints qui s’ dimandint ci qu’ c’ èsteut di ç’ bièsse-là qui mineut one parèye atèléye, pinsint veûy li diâle. Sint-Elwè a v’lu apicî s’ martia èt couru après 1′ bourike po l’ tchèssi èvôye, mins il a d’morè aclapè su s’-t-autè. Nin moyin do dèmarè… Sint Rok a v’lu lî voyi s’ tchin, mins cit’-ci a d’morè moya. Sinte Bâbe a atrapè l’ froyon èt s’ a v’lu alè catchî drî on pilé… mins l’ baudèt avanceut todi sins s’ ocupè d’ totes cès-émôcions-là.

Arivè d’vant 1′ crèpe, où-ce qui li P’tit Jésus soriyeut tot roselant, il a sayî do bèguyi one pâtèr…

On baudèt, one pâtèr ?… Poqwè nin ? Ça vos chone drole ?

– Dji vos salûwe, Marîye… Vos-aloz vos mète en route tot-à l’ eûre, mins l’  Sègneûr ni sèrè nin cor avou vos ç’ côp-ci, pace qu’ i gn-a pèrson.ne qui vos douverè l’ uch… Ça faît qui, vèyoz, nos sèrins binaujes, mi vî frére li boû èt mi, si vos v’lîz vos-arètè divant nosse sitauve… Nos vos douverins l’ uch èt po l’ preumî côp quékefîye, vos pôrîz r’novelè l’ mirauke qu’ a sauvè lès-omes. Nos sofèlerans d’ si bon keûr po l’ richandi, vosse pitit valèt…

Qu’ èst-ce qui 1′ Viêje a rèspondu à l’ bourike, dji n’ è sé rin… Mins i lî a chonè, au baudèt, qu’ èle lî soriyeut, èt qu’ èle lî fieut sine qu’ ayi, tot doûcemint, avou s’ tièsse…

Tot d’on côp, li baudèt a ètindu 1′ sacristin monté o docsau po sonè l’ preumî côp à mèsse. I n’ a ieû qui l’ timps do-z-è ralè à dadaye di sès pus rwèds ; co d’ chance qui 1′ soneû nè l’ a nin oyu à cause do brût do l’ clotche ! Èt il a r’brokè o stauve au momint qui 1′ cinsî douvieut s’-t-uch po ‘nn’valè avou tote si binde à l’ mèsse di méye-nêt.

Èt jusse au mitan do l’ nêt, lès deûs Voyadjeûs s’ arètenut divant l’ uch do stauve d’ à l’ cinse di Vêr… On-Ome, èt One Feume, qu’ ont l’ aîr d’ ièsse si naujis. Li doûce lumiére qu’ è-st-autoû d’ leû visadje rimplit tot li stauve. Li boû aveut aprètè one vîye crèpe qui trin.neut avaurla, avou do strin d’dins… Èt à méyenét, come li dêrin côp d’ clotche di l’ èglîje di Custène vint moru au coron do l’ dérène pîssinte di Vêr, lès deûs bièsses si mètenut è gngnos…

Dins li stauve, lon èri d’ tot, li Sauveûr dès-omes rivint au monde.

Mins lès-omes nè 1′ savenut nin…

Quand 1′ vaurlèt da Henri Baquet, rivenu do l’ mèsse di méye-nét, vout r’moussi o stauve, i veut qu’ lès meurs rilûjèt cor one miète do l’ lumiére mirauculeûse qui n’ èst nin distindûwe dispôy longtimps. Dins leû cwin, li boû èt 1′ baudèt sont cor è gngnos divant one crèpe rimplîye di strin.

Mins l’ ome sint tot d’ on côp one fwace què 1′ boute foû do stauve… I rèscule… maugrè li ; i rèscule… Èt quand il èst foû, l’ uch si r’clôt tot seû.

Au matin, lès bièsses avint r’pris leû place, èt 1′ crèpe n’ èsteut pus là.

Èt dispôy adon, li nêt do Noyé, quand 1′ dêrin côp à mèsse sone, à méye-nêt, lès bièsses si mètenut è gngnos dins lès stauves… pace qui 1′ Viêje èt sint Djôsèf sont-st-en route, èt qu’ il arèteront dins onk di zèls. Dins chake sitauve, lès bièsses ratindèt en pinsant qu’ c’ èst quékefîye leû toûr ç’ côp-ci…

Mins pace qui c’ è-st-on baudèt qu’ a douviè l’ uch li preumî côp aus deûs Voyadjeûs do Paradis, i n’ faut nin qu’ on-ome s’ avise do-z-alè veûy qwè, par curiôsité. I ‘nn’ aureut faît assez, vos p’loz-è ièsse sûr. Ça lî pwatereut maleûr, à li, à s’ maujon èt à sès djins.

 

 

à rin.ne côrète : à plat ventre

sandronète : bonnet de femme âgée noué sous le menton

casawè : blouse lâche, non cintrée

ètonéyes : atteintes de météorisme (gonflement de l’abdomen par des gaz

gastriques et intestinaux)

cabouyau : galet

froyon : ici, frousse

docsau : jubé

1 Hameau de Custinne.

2 Chansin, lieu-dit de Durnal dans la vallée qui sépare Durnal et Dorinne.
3 Les Trois Rois dans la constellation d’Orion (note de l’auteur).

 

Anatole Marchal, in: Li dérène chîje, s.d.

 

L’ aube di Noyé

 

C’ èsteut do timps dès premîs-aubes…

Ci côp-ci, li Timps s’ va arètè. C’ èst l’  comincemint do l’ Vîye, èt pwis, cor one miyète di pus, l’ comincemint d’ tot.

Li Timps s’ arête. Èt en s’ arètant, i s’ distrût li-minme. Li Timps èst distrût.

D’ abôrd, nos nè l’ lèyans nin padrî nos-ôtes.

Mins nos passans iute, èt nos-alans plonkè l’ tièsse pa-d’vant dins l’ prèmî mitan d’  l’ Ètèrnité.

Vos -nos-là arivès au coron, ou si vos v’loz, au c’mincemint, à l’ intréye do Timps, au djoû qui l’ Timps s’ mèt en route po s’ arètè au bwârd do deûzin.me mitan d’ l’ Èternité.

Nos n’ èstans pus à Durnal, en 19… à l’ chîje, dins one vîye maujon walone, on djoû à l’ nêt.

Nos n’ èstans pus dins one vîye coujène, avou on djîvau, one quènôye èt dès vis meûbes.

Nos n’ savans pus qwè. Nos-èstans tapés foû d’ nos-minmes, nos n’ èstans pus su nosse tchèyère, nos n’ sintans pus nosse cwârp.

Gn-a dès vûsions tot plin l’ aîr, l’ ignwère dès pupes prind dès-ètranjès-aparences.

On n’ saît pus si on vike ou si on sondje, si c’ è-st-one vwès qui cause ou dès-imaudjes qui s’ disrôlenut d’vant nos-ouys.

On z-a l’ âme tinkîye. On-z-èst foû do l’ vîye. On n’ choûte pus. On veut.

 

— C’ èsteut do timps dès prèmîs-aubes…

… Lès premîs-aubes…   C’ èst vrémint à l’ intréye do Timps qui nos-èstans èvôye.

— Gn-aveut su l’ tère ni ome ni bièsse. Gn-aveut qu’ lès premîs-aubes, rachonès tortos dins on grand, grand bwès.

— Tos lès rèstants d’ bwè qu’ on veut asteûre si r’djondint èt n’ è fyint qu’ onk.

Èt dins l’ grand bwès, lès-aubes causint èchone. Ci djoû-là, li Èsse a dit au Tchin.ne  :

 

— Dijoz, nosse Riwè, vos n’ savoz nin ci qui l’ Vint dijeut torate en passant par-ci ?

Non, m’ fis, a rèspondu l’ Tchin.ne, dji d’vin vî èt dj’ ètind one miyète deur.

— Dins saquants samwin.nes, a-t-i dit l’ Vint, tote li têre va moru. Li Vîye î va  distinde come one flame qui toûne à rin. Tot l’ bleû do stwèlî sèrè distrût pa dès nûléyes coleûr di mwârt… Lès bèlès tcnansons dès soûrdants si taîront. Au mitan dol Pus Longue Nêt, li Solia li-min.me sèrè mwârt.

Dins saquants samwin.nes, nos-autes, lès-aubes, nos-alans moru ossi…

Sèrè l’ premî Ivièr. Li Vint braîrè tot nwâr èt I’ Nîve braîrè tot blanc su l’ têre. Èt l’ Ivièr n’ aurè quékefîye pont d’ timps.

— Èt qu’ èst-ce qu il a co dit, l’ Vint ?

— Li Vint m’ a dit qui l’ Solia pôreut co bin ravikè après l’ Pus Longue Nêt… Mins ravikerè-t-i ?

S’ i r’vint à li, tote li Vîye si dispièterè su l’  têre.

Dji sin l’ angoche qui m’ sitrind. Poqwè su-dje véci, clawè à l’ têre qui n’ mi vout nin lachi ? Dji coûrreus èvôye, dji n’ vous nin moru, mi !

Mins là-d’ssus, li Vint a-t-arivè, èt il a dit aus-aubes qui causint èchone :

— « Dji n’ vos-a nin co tot dit… Pô qui l’ Solia si r’mète à vikè, après l’ Pus Longue Nêt, i faut qu’ one tote pitite flame di vîye dimeûre rèssèréye dins onk di vos-ôtes, lès-aubes, come dins one vèlieûse. Èt ç’t-aube-Ià, qui n’ sèrè nin mwârt, fièstéyerè li r’naîssance do Solia.

Dji vin veûy après l’ pus bia di tos lès-aubes, pace qui c’ èst I’ pus bia qu’ i faut. Dijoz, l’ Tchin.ne, mostroz-mè le, pusqui vos-èstoz leû Rwè.

— On n’ dimande nin à on Rwè li quéke èst-ce di sès sudjèts qu’ èst l’ pus bia ; c’ èst mi, l’ pus bia, pusqui dji su li Rwè.

— Vos, li pus bia dès-aubes ? Non.na, on vî strin ! Vos-èstoz bin trop vî, trop croufieûs ; vos-èstoz li Rwè dès-aubes, dijoz, mins dj’ a co pus rade l’ idéye qui vos-èstoz leû Grand-Pére ! D’ ayeûrs, di ça, dji m’ èlzî va d’mandè mi-minme !

Mins, quand l’ Vint a ieû d mandé aus-aubes li quéke èst-ce qu’ èsteut l’ pus bia, ça ‘nn’ a stî one d’ arèdje ! À l’s-ètinde, is-èstint tortos au pus bia. Gn-aveut nin onk qui n’ v’leut nin ièsse pus bia qui tos l’s-ôtes ècnone.

— Pusqui c  èst-st-insi, dist-i l’ Vint, dji r’vérè quand vos sèroz tortos d’ acwârd, èt dji tchwèsirè mi-min.me li ci qui m’ chonerè l’ pus bia.

Ci côp-là, li margaye a seûlemint c’minci ! Lès-aubes si mautrétint d’ tos lès noms, èt leû Rwè ni saveut pus-z-è v’nu à coron.

À l’ fin dès fins, is-ont bin vèyu qu’ i gn-aveut pont d’ avan­ce, èt is-ont faît tortos ç’ qu’ is-ont p’lu po ièsse pus bia qu’ leû vèjin. Gn-a dès cis qui s’ sont machurè avou d’ l’ ôr, dès-ôtes sont divenus tos rodjes, come do song qui brûle… Gn-a dès cis qui sont divenus tot bruns, come li plin.ne lune quand èle si lève ; gn-a co d’s-ôtes qu’ ont stindu si fwârt leûs coches, qu’ ont arivè à trimpè leûs fouyes dins l’ mirauke dès coleûrs qui l’ solia laît padrî li quand i s’  coûtche…

Gn-a qu’ onk qu’ a d’morè dins s’ vète moussemint, si vî moussemint d’ todi : c’ èst l’ Sapin.

Quand l’ Vint a ruvenu veûy, i l’s-a r’waîti tortos  :

Vos-avoz v’lu fè d’ vos-embaras, là, dîreut-on, èt vos v’s-avoz mètu su l’ dos dès vraîyès èmantcKhûres di feu d’ âr­tifice. Mins tos vos bias moussemints ni vont-is nin d’churè come rin du tout, t’t -à l’ eûre ? Dji n’ a nin bone idéye avou ça, là mi, ça n’ a nin fwârt l’ aîr d’ ièsse solide, tot ça !

— Nèni ? Vinoz one miyète satchi d’ssus, d’ abôrd, po veûy !

Satchi d’ssus ! Satchi d’ssus ! Qu’ èst-ce qu’ is-avint dit là, lès-aubes ? … Li Vint s’ mèt à zoublè, à dansè autoû dès-aubes, en chuflant on-aîr d’ ârmonica, come on p’tit fou… I carèsse one fouye do Tchin.ne, li fouye vole è 1′ aîr èt arive à l’ têre, come en s’ porminant. En riyant plin s’ vinte, li Vint ènn’ apice deûs à l’  Bôle, èt pwis trwès au Blanc-Bwès, èt pwis one pougnîye au Frin.ne, èt pwis one brèssîye au Tron.ne. Èt pwis…

Èt pwis, li Vint, come on sauvadje, vore su on-aube, i 1′ wachote, i l’ wachote, èt lès fouyes volenut, savoz ! I ‘nn’ apougne on-ôte, èt i l’ cocheût d’ sès pus fwârts. Si p’tit-aîr d’ ârmonica, asteûre, c’ è-st-one chûlerîye qui monte èt qui rid’chind su tote li chaule dès tons. Èt pwis, il apougne sèt’-iût-z-aubes d’ on côp, èt pwis i s’ sitind, i s’ sitind, i rabrèsse tot 1′ bwès, avou sès grands nwârs brès qui flachenut come dès scorîyes.

Ci côp-ci, lès fouyes coleûr d’ ôr, lès fouyes coleûr di song, lès fouyes coleûr di lune, totes lès bèlès fouyes sont po 1′ diâle… Satchi d’ssus! Satchi d’ssus …

Quand l’ Vint a ieû tot soflè, lès-aubes èstint dismoussis, come dès mouchons displumès, tos nus, laîds, minâbes…

Èt pwis, lès-aubes ont moru…

Dins lès fonds, lès  soûrdants ont ieû leûs tchansons èdjaléyes…  Lès nûléyes coleûr di mwârt ont distindu l’ bèle bleuwe coleûr do grand stwèlî. Li Vint a braît tot nwâr èt 1′ Nîve a braît tot blanc su 1′ têre… Quand 1′ Pus Longue Nêt a stî arivéye, li Solia li-min.me a moru.

Li Prèmî Iviêr…

 

Mins 1′ Sapin, qui n’ s’ aveut nin v’lu fè pus mia qui l’s-ôtes, a d’morè vikant, li.

Come di jusse, c’ èst li qu’ a stî tchwèsi po ièsse li dêrin èspwêr do l’ Vîye qui n’ vout pont awè d’ fin… Il a mostrè à tote li têre mwate èdjaléye, qu’ i n’ si faut nin discoradji pace qui l’ Vîye èst pus fwate qui l’ Mwârt…

Èt 1′ Pus Longue Nêt a ieû one fin… Li Solia mwârt s’ a ralumè ; li sapin a d’morè tot seû po fièsti c’ mirauke-là. Avou l’ Solia, li Vîye a ruvenu su l’ têre, lès-aubes ont ruvenu à zèls, is-ont r’trouvè leûs vètes moussemints. Lès tchansons dès soûrdants ont stî dispièrtéyes dins lès fonds ; li Vint a tchèssi èvôye lès nûléyes di mwârt qui machurint l’ bleû stwèlî.

Li Prèmî Prétimps…

Tos l’s-ans, dispôy adon, li min.me afaîre a rac’minci. A chake iviêr, qui faît moru l’ Vîye, li Sapin a d’morè l’ imaudje di l’ èspwêr qui tint bon quand gn-a pus rin qui va.

Lès-aubes, zèls, ont continuwè, maugrè tot, à lûtè po ièsse tortos au pus bia… li djoû d’ audjoûrdu, gn-a co todis nuk qui vout moru, po p’lu veûy ravikè l’ Solia…

Dispôy adon, tos l’s-ans, à l’ intréye di l’ iviêr, is s’ ravôtîyenut dins totes lès coleûrs di l’ ôr, do feu èt do song…

Is n’ compurdèt nin, is n’ compudront jamaîs, qui 1′ Sapin gangnerè tos lès côps, en d’morant come il èst, tot simplumint.

Èt nos vièrans ça jusqu’à l’ fin do monde…

 

Mins quand l’ Timps a ieû distrût brâmint dès cints-ans, brâmint èt brâmint dès mile ans, ci n’ èst pus l’ Solia qu’ a ravikè à l’ Fin do l’ Pus Longue Nêt. Li mwârt èt li r’naîssance do Solia ni sont pus qu’ one sondjerîye, one sovenance d’ on timps qu’ a faît s’ dêrène rôye là longtimps.

Li Pus Longue Nêt, audjoûrdu, c’ èst 1′ nêt do Noyé, èt c’ èst l’ Maîsse di tote Vîye qu’ î r’vint au monde…

Èt quand il a v’nu su 1′ têre po l’ prèmî côp, èt qu’ il a ruvenu à li après-awè moru, c’ èsteut po nos mostrè qui nos ravikerins, nos-ôtes ossi, li dêrin djoû, po n’ pus jamaîs moru.

Si lès-aubes, à l’ fin d’ l’ èsté, v’lèt co todi ièsse tortos au pus bia, c’ èst po veûy ruvenu au monde, non pus l’ Solia, mins 1′ Sauveûr dès-omes.

Mins c’ èst 1′ Sapin, dêrène sovenance di l’ ôte timps, qu’ èst divenu l’ Aube di Noyé, po ièsse l’ imaudje do coradje èt d’ l’ èspèrance, qui nos minenut, quand i faît spès dins nosse vîye, come dins 1′ pus spèsse dès nêts sins lune.

 

53

Anatole Marchal, in: Li dérène chîje, s.d.

 

Lès Trwès Rwès

 

Li Timps ni rèscule pus, ç’ côp-ci. I bèrôle, i bèrôle à galop, come s’ il aureut stî tchèssi d’ à l’ copète d’ one ûréye sins fond. Portant, i n’ pout nin todi bèrôlè  insi. I vérè on momint où-ce qu’ i sèrè arête nèt’. Mins nos-ôtes, nos chorans padrî li come dès nûléyes au grand vint, èt nos passerans d’ l’ ôte costè.

Èt adon…

Su ç’ timps-là, li Têre ni boudje nin, ni lès-omes non pus.

Ça faît qui l’ grosse laîde bole tote cabouyîye ni nos pwaterè nin rade pus. En voyadjant dins l’ Timps, nos sèrans oblidjis do voyadji dins l’ Èspace ossi.

 

Nos-alans veûy fonde lès meurs do l’ vîye coujène. Nos n’ vièrans pus d’vant nos-ouys qui l’ grand stwèlî. Èt nos mousserans d’dins. Nos-ariverans quékefîye insi jusqu’au Bon Die.

Mins d’vant, nos vièrans cor one miyète lès-omes si cotapè.

Si wêre. Si wêre. Corne dins on brouyârd.

En r’montant l’ Timps, nos-alans rèscontrè dès djins qu’ on n’ pout pus prinde po dès-omes.

Pace qui lès-omes, c’ èst si wêre di tchôse. Nos lès laîrans padrî nos-ôtes, avou l’ Têre qui n’ boudje nin.

Po-z-arivè là, li Baron n’ a ieû qu’ à nos mostrè, pa l’ bawète do stauve, trwès stwèles…

Is-avint trèvèyu li Stwèle, ècor on côp, do fin fond d’ leû-z-Orient plin d’ mistéres, avou sès viles totes rôses èt blûwes, où-ce qui lès blancs jèts d’ êwe tchantenut, à l’ nêt, dins dès clérs di lune come nos ‘nn’ avans jamaîs pont vèyu.

Dins li vloûr bleû-foncé d’ on ciél di sondje, sitindu à l’ intréye do Paradis come on vwèle piké d’ claus dorés, èt r’glatichant jamaîs parèy d’ one vraîye poûssêre di pîres di feu, li miraukuleûse Sitwèle aveut rac’minci à blawetè, d’ on plin côp, spitûre di solia, pus fwârt qui totes lès-ôtes sitwèles èchone.

Li min.me frumjon aveut choyu leûs-âmes, come volà combin d’ ans ? Onk, ou cint, ou mile?…

Èt lès trwès Rwès Mâjes, Gaspârd, Mèlkiôr, èt Baltazârd, s’ avint r’mètu en route, come li prèmî côp, en siyant li Stwèle.

 

Is s’ avint r’mètu en route, po cachi après l’ Èfant, qu’ aveut ruvenu au monde, vêlà bin lon, di l’ ôte costè do l’ têre, o stauve d’ on boû èt d’ one bourike, èt dins one crèpe rimplîye di strin, pace qui lès-omes èstint co todi lès-omes.

Is n’ savint nin fwârt bin l’ vôye, èt si li Stwèle nè l’ saveut nin mia; is s’ aurint pièrdu co pus d’ cint côps.

Is-avint dèdjà brâmint roté, dès djoûs èt dès samwin.nes au lon, mutwè, èt gn-aveut co pon d’ aparence qui li Stwèle eûye l’ idéye do s’ arètè. Gaspârd, qu’ èsteut l’ pus djon.ne dès trwès èt qu’ èsteut spitant come onk qui s’ a èmantchi deûs-trwès grandès gotes dins chake bodène, n’ èsteut nin co nauji biacôp. Mèlkiôr non pus, li qu’ aveut bin deûs mètes di wôt, èt qu’ èsteut fwârt come one diméye-dozin.ne d’ ôtes. Mins l’ pôve Baltazârd, qu’ èsteut one miyète gros, cominceut à soflè come on boû mau touwè, èt à sinte sès djambes qui flitchint pa-d’zos s’ bèdin.ne. I n’ lî aureut pus falu dès masses rotè po ièsse crèvè ode.

Lès deûs-ôtes sayint do l’ rècoradji do mia qu’ is p’lint :

—  Qué novèle, valèt, ti n’ è vous d’djà pus ? Cor one miyète di pacyince, alons, li Stwèle s’ arèterè binrade, va, dandjeureûs.

Mins is c’mincint à-z-awè l’ timps lon zèls-min.mes, èt lès présints qu’ is pwartint à l’ Ètant lès-î côpint leûs brès.

Is l’zî choneut qui li Stwèle, o l’ place do ‘nn’ alè tot drwèt d’vant lèye, fieut dès toûs èt dès distoûs, come one saquî qui n’ sét pus qwè, èt qui n’ ritrouve nin s’ vôye.

Èt come ça dureut d’djà dispôy on bokèt, lès Trwès Rwès, qui rotint en l’ riwaîtant todi, transichint.

Gn-a one saqwè qui n’ va nin d’ on costè ou d’ l’ ôte, dijeut-i, Mèlkiôr, à Baltazârd, qui clèpeut come on vî tch’vau.

Ayi, ça m’ chone drole, dijeut Gaspard qui n’ èsteut pus si fèl, qu’ èst-ce qu’ èlle a vèyu, nosse Sitwèle, po toûrnè èt catoûrnè insi ?

Èle ni s’ arèterè pus jamaîs, djèmicheut l’ gros, faurè rotè jusqu à tant qui dj’ n’ aurè pupont di s’mèles à mès solés, èt pupont d’ pia d’zos mès pîds !

— Èle s’ a todi arètè, portant, jusqu’asteûre, dijeut-i co, Melkiôr.

— Direus-se bin poqwè qu’ ça dure si longtimps, dji c’mince à ‘nn’ awè plin lès guètes, sés-se mi !

Èt l’ pôve Baltazârd si r’mèteut à rotè en chaletant d’ pus bèle.

… Come ‘d èfèt, t’ aureus dit qui li Stwèle èsteut toûrnisse, qu’ èle ni saveut pus èwoù dârè, qu’ èlle aveut pièrdu s’ vôye. Qu’ èest-ce qui ça v’leut dîre?… Ayi… qu’ èst-ce qui ça v’leut dîre ?…

Dji n’ vos-apudrè rin, a-dje l’ idéye, en vos d’djant qui, dispôy li v’nûwe au monde do Sauveûr, tos l’s-ans, do trèvins do Noyé, li Viêje èt sint Djôsèf rivègnenut su l’ têre, po rac’minci l’ Nativité, li nêt do vint-cink di décimbe, à méye-nêt. Li min.me bourike, todi pus vîye, todi pus dranéye, pwate co todi l’ mére do Bon Diè. Èt l’ pôve bièsse ni pout mau do s’ trèbukè èt do s’ sitwartchi on sabot, maugrè lès-ans qui pèsenut su sès spales. Vos compurdoz bin qui c’ è-st-one afaîre, por lèye, d’ awè chake côp su s’ dos d’ doûce Viêje, qui n’ èst nin fwârt pèsante, po dîre li vraî.

Seûlemint, li prèmî côp, is savint où-ce qu’ is-alint, èt is savint bin l’ vôye, pusqui c’ èsteut dins leû payis ; is n’ avint ieû dandji d’ rin ni d’ pèrson.ne po lès codûre èt lès lumè. C’ èst po ça qui l Stwèle ni s’ aveut mostrè qui quand li p’tit Jésus aveut stî né. Mins lès-ôtès-anéyes, ça n’ aveut pus stî insi ; sint Djôsèf èt I’ Sinte Viêje, ruvenus su l’ têre, rotint lès trwès quârts do timps dins dès payis inconus.

 

Is-èstint oblidjis do roté jusqu à tant qu’one âme cKaritâbe leûs-î douve l’uch. Ça n’aleut nin todis tôt seû, mins tot l’ minme, is finichint chaque côp pa trouvé à lodji.

Vola pokwè qui li Stwèle s’alumeut dins l’ ciel en même timps qu’is s’ mètint en route ; invisibe po tot l’ monde, èle lès mwinrneut, po qu’is n’ s’alincKent nin piède dins totes sortes di rascrauwes, jusqu’à c’ qu’is soyincKent arivès au coron d leû voyadje.

Lès Trwès Rwès avizint li Stwèle on djoû ou deûs après zèls, et is rac mincint tôt naturel mint leû pèlèrinadje avou leûs présints, jusqu’aus pîds da l’Efant coutchi dins one crêpe co pus sovint qui dins aute tcnôse. Et il èsteut ques­tion dol sîre, li Stwèle, pacequi I mirauke si r novleut chaque côp d on-aute costè, dins on-aute payis.

Tos l’z-ans, dj’è l’a dit, lès deûs voyadjeûs vinint à coron d’ leû z-èpreûve. Mins, ci t-anéye-Ià, is-avint d’djà bouchi à brâmin dès-uchs, et on z-aureut dit qu’i gn-aveut pus rin d’ eu por zèls nule paut. Is s’ fyint rètchèssi pa tôt costè. Pus nin on-uch ni s’ vleut douviè. Gn-aveut jusqu à lès stauves qui d’morint sèréyes. Lès-omes avint rovi qui c’ net-là, on vî ome et one djonne reume èstint su t tère, mwârts naujis, et qu’is v’nint do Paradis po rac’minci l’ Noyé. Dins lès viladjes lès pus pièrdus, li net do Noyé n’èsteut qui sô-lerîyes, danserîyes, bwêrladjes et tote l’arèdje. Lès djins n’ tûzint pus à rin d’aute qu’à s’è foute jusqu’à là dol tripe al djote, dès pintes et dès grandes gotes. Cotchèssis d’on vi-ladje à l’aute, ni plant s’arètè nule paut, rinoyis pa tortos, minâbes et malureûs, is vèyint arivè I’ momint oùce qu’is sèrint oblidjis do-z-èralè, corne is-èstint v’nus, sins qui li p’tit Etant eûche plu ruv’nu au monde on côp d’ pus. Lès traus d’ Nûtons zèls-minmes, trop mau mètus dins lès ûréyes et dins lès rotches, n’aurint seû sièrvu à lès mète à yute.

Si lès Nûtons avint stî là ! Mins c’èsteut co bin lontins d’vant I’ timps dès Nûtons…

 

Vola polcwè qui li Stwèle tourniKeut tant, vêla al copète. Ele n aureut seû s’arètè, pucequi lès deûs pôves malureûs n arivint nin à trouvé one pitite cwane catcnîye po s î ra-crapotè. Ele èsteut otuidjîye do lès sîre dins totes leûs cou-rat rîyes, ao nn’alè, do v nu, ao r tourné avou zèls, avau lès vôyes et ètur lès maujons.

Dji n’ sus nin bayîye qui lès Trwès Rwès ni compur-dint rin ai tout à c t-arère-là. En ratindant, is nn avint one bone, d aclapéye à leû camusole. C èsteut dès-ornes, après tôt, et vo n aurîz nin vlu qu’is soyinchent résignés corne lès deûs sints, dandjreûs ?…

Li net do Noyé èsteut arivéye, i-I-èsteut méye-nét. Sint Djôsèf et s Feume, avint télmint roté, qu is-èstint arivès au coron dol tère, vêla oùce qui jamais on-ome n a stî, et oùce qui lès-âmes dès cis qui sont mwârts n’ont qu’one as-caucnîye à fè po monté dins I’ TcKaur dès-Ames… Divant do z-î moussi, is-ont ratindu lès Trwès Rwès, qu’èstint tos lès trwès au pus dranès. Et po lès rècompinsè di leû pacyince, li Viêje et Sint Djôsèf lès-ont fait moussi o Paradis avou zèls, po tôt d’ bon, c’ côp-ci. Et pucequi lès-omes n’è l’z-ont pus vlu, is n rivègneriut pus su I tère, ni ont ni I aute, su I difin do mwès d décemoe. Gn-a-t-i pupon d Noyé ? On î siya, gn-a co-r-on Noyé. Mins li p tit Jésus ni r vint pus au monde, ci net-là, qui dins I’ cour di sakant bèlès-âmes rèlîyes, catckîyes, pièrdûwes au mitan d’on monde div’nu co pus mwé qui I’ diâle.

Lès Trwès Rwès, zèls, rifyèt co leû pèlèrinadje, mins pus su I tère. Li Bon Die lès-a mètu au Stwèlî, avou 1 âr-méye dès stwèles. (‘) C’est di d’ vêla qu’is-èvont po z-alè

adorè 1   Sauveur dès-ornes qu’est ruv’nu au monde dins lès-âmes tchwèzîyes.

Nos-èstans à I intréye di I ivièr. Dji vos I z-a mostrè, ènawére, pa I” bawète do stauve, do costè qui 1 solia s lève. Vos lès vièroz monté, p’tit z-à p tit, one miyète di pus tos lès djoûs. Do trèvins do cnîj di janvier, is seront arivès al copète di leû couse, et vos lès vièroz blawtè tos lès trwès au pus fwârt, jusse dizeû l’ clotcKî d nosse-t-èglîje…

On n’ veut pus rin, o l’ coujène. Pus rin qui trwès blawetûres su l’ bon diè do djîvau. Mins l’ quinkuèt n’ a quauzu pupont d p ètrole. C’ èst lès Trwès Stwèles qui r’waîtenut l’ bon diè d’ keûve, pa l’ bawète do stauve.

 

Andrée Flesch (Pèrwé / Perwez), in: Lë Sauvèrdia, 291, 2012

 

Papa Noyé

 

L’ avoz vèyë, 1′ papa Noyé

‘vou s’ bèsace rimplîye à brotche* ?

C’ èst lë qu’ a v’në nos-apwarter

Dès cadaus po rimplë nos potches.

 

Dëjoz-me : l’ avoz d’djà rèscontré ?

I n’ arète nén dè fé 1′ côvôye*

À ènn’ ûser tos sès solés.

Ël a on satch tot rimplë d’ djôye.

 

L’arîz quëtefîye v’lë astaurdji*,

Po li causer dë vos mëséres ?

L’ oz ètindë dîre lë prëmi :

« Faut veûy volti èstant së l’ têre ! »

 

L’ avoz vèyë, à chake maujone,

S’ i astaurdji là, po nos-ôtes?

Noyé èst là, l’ Èfant djaurgone,     

Èt mète dè bouneûr à nosse tauve.

 

Papa Noyé, së nos djîvaus*,

Vos-oz mètë bouneûr èt djôye,

On bia cougnou èt tot ç’ qu’ ë faut

Po qu’ nosse keûr jamaîs në s’ anôye

 

Vos-avoz v’në, Papa Noyé,

À plin.nès mwins, sèmer dè l’ djôye.

Èlle est co là, pa-d’zos 1′ sapén ;

Dëmwin, ‘nn’ irans 1′ sèmer së 1′ vôye.

 

 

rimplë à brotche, rempli à faire gicler, à déborder   côvôye, va-et-vient incessant    astaurdji, arrêter et retarder  djîvau, tablette de cheminée

 

Andrée Flesch , in : Lë Sauvèrdia, 212, 2004, p.3

 

En ratindant Noyé

 

En ratindant Noyé, nos mètrans dès guërlandes,

Nos garnërans l’ sapén po qu’ ë seûye lë pës bia,

Sins waîti à on franc, nos-alëmerans lès lampes

Èt nos drouvrans nosse keûr po fé moussi l’ solia.

Aprèstant nos brëbôses, nos frans on gros boulome,

Sins rovi l’ botroule, cë n’ sèrot nén on cougnou !

Adon, nos touwerans l’ dine, c’ èst bén come ça qu’ on l’ lome;

Cûjënéye come ë faut, nos-è vénrans à d’bout!

En ratindant Noyé, nos muserans lès tchansons

Quë causenët dè l’ vënouwe èt quë sont-st-è walon.

Tot-en mètant nosse tauve, nos veûrans s’ alëmer

Dès mële èt mële sëtwèles r’glatëchant à l’ fënièsse

Adon, à plins peûmons, nos pourans bén tchanter:

“C’ èst Noyé ! Paîs së l’ têre! Oyë, c’èst vraîmint fièsse.

 

Auguste Laloux (Dorène / Dorinne)

 

Mèssadje di Dorène

 

Nos-èstins télemint o l’ misére qui nos pinsins qui c’ èst come ça d’veut alè.

Nos-avins rovyi qui l’ bon Diè aureut bin p’lu awè pitié d’ nos-ôtes.

Èt c’ è-st-on p’tit èfant qui vint pôvriteûsemint au monde…

Gn-a-t-i jamaîs on-èfant qui n’ eûye nin seûlemint on cossin po mète si tièsse ?

Èt li, on l’ a coûtchi su do strin, dins on stauve…

On l’s-a r’cloyu l’ uch, à s’ moman èt à s’ pére.

Quand is d’mandint à lodji… Gn-a one âme qu’ aureut v’lu prinde ci-t-embaras-là… pace qui pèrson.ne ni v’leut sondji à ç’ qu’ aleut arivè…

Èt portant c’ èst da li, tot ç’ qu’ i gn-a.

Il a v’lu ièsse come nos-ôtes, come li dêrin, come li pus pôve ètur lès-omes !

 

53

 

Auguste Laloux (Dorène / Dorinne), in: CW, 1, 1983

 

Qwand on fieut co dès traîrîyes

 

On londi d’ dicauce, dèdjà d’vant l’ vèspréye, Djan dau Tchaune èt sès deûs soçons, Cèlèstin d’ èmon l’ Vèjin èt Dofe Marion èstint chumès. En ramèchenant leûs saqwants cens’, il aurint ieû brâmint dès rûses do djouwè à l’ dèye : i gn-a pus qui l’ Lèstin qu’ aureut bin wasu passè à l’ ofrande.

Arèdjis do veûy bwâre li gote sins zèls, il èstint brokès su l’ pavéye do cabarèt da Téche, su l’ Bâti. Lès qués-ouys qu’ i stritcheut, l’ Dofe qu’ a stî spani avou on sorèt ! Tot parèy qui l’ quinzin.me do l’ coucheléye quand l’ trôye n’ a qu’ quatôze tètes… Is baloûjint, en ploncenant, one miète pèneûs, choretès, autoû do toûrnikèt èt dès tch’vaus-godins.

—  « Ê ! si nos fyins one traîrîye ? »

—  « C’ èst ça, fians one traîrîye… Mins avou qwè ossi ? »

—  « Bè ! avou on lapin, don. »

… One traîrîye, po l’ ci qui n’ è sét rin, c’ è-st-one « loterîye » di-st-on è francès… Sinon qu’ i gn-a qu’ on lot èt pont d’ biyèts. On mârkéye onk après l’ ôte sur on cayèt d’ papî lès cis qui mètenut, èt… Lès trwès guèrdins ridrayenut abîye o cabarèt po vinde lès places po leû lapin ; ça n’ taudje nin dès masses : one diméye-eûre après on tire : c’ èst l’ Gros d’ èmon Codéne qu’ î tchaît : — « Dji paye one toûrnéye. »

—  « Ê ! Gros, s’ on r’tireut l’ robète ? »

—  « C’ èst ça ! rifians l’ traîrîye. »

Èt ça, trwès côps d’ rote ; èt c’ èst todi l’ Gros qu’ a l’ chance èt qui r’mèt l’ robète… Indjole di makès ! Mins tant qu’ ça dure, i gn-a pont d’ fin. Èt l’ Gros, tant qu’ il èst dins lès gotes si caye bin d’ on lapin.

…Quand l’ Dofe,… c’ èst li qui tireut,… quéne vûsion a-t-i ieû o l’ capotine ?…

Li grand Félis’ Purniaux passeut su l’ vôye : — « ê! Félis’, on franc par ci. »

Po fè do gros, Félis’ prind dîs places… — « Alêz, Félis’, on-ome què l’s-a come vos. » Il î va co po cink pitits francs èt pwis co cink… Èt l’ robète tchaît à Félis’. On s’ boure, on s’ kiboute autoû d’ li. Dès-èsclamûres, one acheléye co pés qu’ si Félis’ aveut passé aus-élècsions po ièsse mayeûr… I paye one toûr­néye, lès faît rimpli ; lès trwès lurons rimontès dins lès caurs, di d’néye jamaîs parèy, lès fièt chiletè… Quétefîye one eûre après, Félis’ èraleut addé s’ soû, Mârdjôsèf, en bukant su lès cayaus ; è-igni, causant à spèsse linwe… En s’ ètrèbukant, i rameteut d’ robète èt co d’ robète… Bè ! ayi don, one robète qui c’ èst mi qu’ a gangni. I l’ a conté deûs ou trwès côps aus ayes, cor au tchin dau bèrjot qui bèrôleut avaur-là : one paujêre bièsse, faîte à totes lès manoûjes d’ aus djins. Portant, èlle a r’waîti Félis’ tot laudje… Èt Mârdjôsèf pleut bin nifetè d’ tos costès, pont d’ robète, nin pus qui d’ djon.nes leups.

Li londemwin, qui Félis’ èsteut fou dès gotes : — « Qu’ avîz, don èyîr, à l’ nêt avou vosse robète ? »

— « Bè !  c’ è-st-on lapin qui dj’ a gangni à l’ traîrîye èmon Téche.»

 

Mârdjôsèf li tèrbale : dès quésses èt dès mèsses… Lès coméres sont si maîsses po rachonè tos lès corons, lès pondants èt lès djondants… Quî èst-ce què l’ a ponu, quî èst-ce què l’ a covè, quî èst-ce què l’ a disclôs ?… Tot d’ swîte, brâmint mia qu’ Félis’, èlle a bin seû ci qui r’toûrneut avou ça… Fau-st-aroubi ! Li grand tot bon qui r’vint sins s’ lapin ! Èt qu’ènn’ a-t-on faît dispôy èyîr ? Tot ça richone fwârt à one riséye. On-z-a co bin sûr djouwè avou s’ quinzin.ne, dau grand inocint.

D’ on randon, Mârdjôsèf vore come on diâle o cabarçèt. Èt, lès pougn su sès antches : — « Qué novèle asteûre ! Èt l’ lapin qui nosse Félis’ a gangni véci èyîr? »

Téche ni saveut pus qwè, lèye : — « Dji sé bin qu’ i gn-a ieû one traîrîye après non.ne… avou l’ Lèstin dau Vèjin èt Djan èt Dofe, taîs-se ! Èsteut-ce co por on lapin, ça ?… Aloz one miète veûy addé Dofe, don. I sèrè sûr là à l’ vèspréye. »

… Ô ! bin non, ci n’ èsteut nin Dofe qu’ aveut 1′ robète… On lapin, dijoz ? Dj’ ènn’ a jamaîs pont ieû, ô, mi. Nos n’ è t’nans pont, nos-ôtes… Dji n’ s’reus nin bayî qui c’ èst I’ Lèstin qu’ a causé d’ ça.

Lèstin ènn’ aleut po lI’ samwin.ne ; i nè l’ faleut ratinde qui sèmedi à 1′ vèspréye; d’ astchèyance s’ i r’vint co tot drwèt !… Mârdjôsèf coûrt d’ one trake addé I’ man èmon I’ Vèjin : — « Ô bin, m’ fèye, dji n’ pou bin sûr mau do piède mi timps à saye do discramyi lès-èmantchûres da ç’ grand fou-démoné-Ià, savoz, mi. Et Djan dau Tchaune ? Si v’s-alîz s’qu’addé li ? »

Djan a bin ieû sogne do !’ rèvoyi èmon I’ Dofe. … Tantia, jusqu’au sèmedi, Mârdjôsèf a pètrouyi d’onk à l’ôte à non-syince… Corne li ci qui qwêre après I’ nivau à deûs baies on prumî d’avri.

Li pus malin n’aureut seû dîre èwou qu’il èsteut stitchi, I1 lot. Lès tièsses di fou avint faît one traîrîye avou… avou pont d’ lapin… Co pus tièsse di fou, I’ Dofe, qui tireut ! Et nom d’ tot-ute ! Quéne zine do-z-è fè sorti on-ôte qui I’ Gros ! Avou li, pont d’embaras : èralè o I’ maujon avou one robète, ayi, é ti ! ça vôreut dîre dès-èspliquéyes et dès mèssadjes avou I’ feume ; falu causé d’traîrîye, et… d’ cabaret ; ça toûnereut cor à engueû-lade, à dol grogne avou Poldine… O cabaret, mi ? ô bin non.na ! Dj’a stî veûy djouwè à I’ baie… Dji n’a bèvu qu’one pinte, one seule, avou Châles… pasqu’i sint quand min.me one miète li sôléye, li Gros d’èmon Codéne…

… Mins tire on plan asteûre, Dofe,… aus misômènes da Mâr­djôsèf, lès deûs-ôtes djurint qui I’ robète, c’èsteut da Dofe…

 

I ‘nn’a pont ! Ô bin siya !… et I’ mau-onteûs èsteut carotier assez po I’ sicrotè lî tôt seû… Carotier ! m’ fèye ! vos ne I’ con’choz nin ; i lî faut todi 1′ grand coron.

On djoû, Mârdjôsèf qui s’ dâneut do tourné à toûrpène, l’aveut atauchi d’one bêle riwèdeû ; èle chumeut quausu. I lî a zoublè o I’ tièsse, au Dofe, one crâne idéye : — « Choûtoz bin, Mâr­djôsèf, vosse lapin, vos l’auroz. Et nin quand, quand… Siya, siya !… N’oyoz nin peu… Vos ‘nn’auroz trwès d’ lapins. Èstoz binauje ?… Trwès !… Et I’ Dofe lî stritcheut trwès deugts lèves dizos s’ nez… Trwès qui v’s-auroz d’ rawète ! Là mesuré li stî au ré, et cor à stritche, dandjereû ! »

… « Mins i vos faurè n’s-invitè nos trwès avou I’ Djan et I’ Lèstin. Et n’s-apwaterans co por abwèssenè… Siya, m’ fèye, siya, vos vièroz. »

Dimèfiante,… n’est-ce nin cor on scorion qu’i saye do lî djou-wè ?… Mârdjôsèf faît I’ lontin.ne, vout tapé lès côps fou… Ayi, ô vos !… Mins, faît-à faît qui I’ Dofe martchotéye avou s’ douce alin.ne, èle tûze lèye tote seule : i gn-a bin I’ rinchinchète èt 1′ costindje ; seûlemint, avou trwès bièsses, nos-è r’cheûrans brâ-mint d’ pus qui nos deûs Félis’ à raspèpyi autoû d’on seul lapin… Èle si faît priyi, trèlondijne… pwis, boute ê boute ! on vièrè bin si Dofe apwate ses trwès lapins… À l’ difin, corne maugrè lèye, èle si laît adîre.

Tot bon, tot bia ! Mins lès robètes, èles courint co, dosmètant… Ça, Dofe n’èsteut nin l’orne à l’s-alè qwêre èwou qu’is costint biacôp à noûri.

Li pètche, c’est qui I’ garde li t’neut à gougne dispôy todis. Dofe n’ènn’aveut jamais pont ieû d’ bone avou li ; su nin masse di timps, i v’s-aureut raclé one tchèsse ; i n’aveut d’ cure ni d’ pwèl ni d’ plume.

Po rapaujetè I’ fusia, i gn-aveut ieû dès grandes lin.wes : Ieû traîrîye sins pont d’ lapin, on ‘nn’aveut faît dès riséyes. Co pés, on tchaweteut asteûre, on strameut pattavau totes lès maujons qu’on-z-aleut fè corne one taye èmon Purniaux avou dji n’ ses combin d’ robètes… Et I’ garde, (ci n’èsteut nin on stornè, ni cor on taurdu), 1′ garde n’aveut nin stî Ion po vènè do que costè qu’on-z-îreut cachi après I’ sopè èmon Mârdjôsèf.

 

— « Dj’aveu advinè jusse » di-st-i I’ garde on djoû à I’ net à s’ feume : « Dofe Marion a mètu dès bricoles o p’tit bwès d’ Salazènes. C’est sûr li. Djè l’s-a bin r’conu. I gn-a qu’ li po lès fè stritchi corne dau pîd d’one sitokéye ; d’au Ion, vos wadjerîz qui ç’ n’est qu’one cochète dins l’s-ôtes. Il è faut on-adouyant po l’s-avisè. Il est si bin maîsse po n’ rin boudji aus passadjes, nin one fouye, nin one ièbe d’aus froyins… Djè l’s-î a lèyi, vos sintoz bin. Si Monseû lès veut, quand i saurè qu’ c’è-st-one saye po tinde après Marion, binauje on-ome, s’on I’ pleut prinde aus colès, li grand vaurin…

* * *

… One vèspréye, il èsteut quausu l’eûre do distèlè da I’ cam­pagne ; Maria-gârde èsteut à I’ finièsse o plantchi : — « Ê ! Camile, i gn-a Dofe Marion qu’èva par o Mont. Vinoz ratemint veûy ; dispêtchoz-vos, il est dèdjà drî I’ Maîrîye… Bin sûr, i I’ trosse aviè Salazène. »

Camile vineut do foute one di ses guètes à I’ têre o culot, Sint Mèye ! Il apice li crampe… Waîtans à nos ! Sins fisik, li garde aureut co bin do tènoz avou I’ Dofe… Èvôye à grandès-ascauchîyes,… à opes, ètur lès ayes ; i” pinse qu’adon on ne I’ veut nin ; et I’ carnassière lî pète à s’ dos corne po I’ rènondè… On fout bin dès plates pètéyes su I’ fèsse dau grand bayâr da I’ cinse po I’ fè trotè…

… Mins w’èvas’, don, Dofe ? Gueûye di m Vêt ! Rilûtche drî twè… Ne I’ veus’ nin, I’ Camile qui t’ sît pâte à pâte ?

… T’es cor à plat payis, waîte bin, riwête vêla, tin ! Ritoûne-tu d’on randon : ti vièrès li copète di s’ tièsse, vêla, wê, pa-d’zeûs, drî l’uréye… Taudje one miète asteûre : i n’ va pus ramechi ; i va d’meurè è cwète, rasta, à t’ guédyi ossi lontimps qu’i pore t’ lumè à bêle vôye… Ayi, c’ èst ça : mèt-tu bin à catchète padrî I’ gripelote, wê, véci… Quand i n’ t’ aviserè pus, te I’ vas veûy asplanè po t’ racsîre à vûwe…

… Ni mousse nin o bwès. Il aurè trop aujîy po t’ ricôpè… .Malèreû ! c’est bin ça qu’ faleut… Ni faî nin lès cwanses après I’ lapin qu’est stindu tôt rwèd à one di tes bricoles. I l’a mètu por twè… Siya, riwaîte-Iu. Ti vièrès qui c’è-st-onk touwè au fisik.

À ! ci n’est co rin d’ièsse pris, mins si bièssemint !

… — «Ci côp-ci, dji t’ tin » tûze-t-i I’ garde… O bwès, Camile apasse bin tôt doûcètemint, visant do n’ pont crochi d’ cochète o pazia. Sins fwârt tinu Dofe à gougne ; corne s’il aveut peu qui I’ Dofe ni sintuche à s’ dos qu’on I’ guédîye…

… — « Tin, w’è-st-i asteûre ?… Mins ça n’ fait rin. Dji se si bin èwoù qu’ djè I’ ratind… Dji te I’ va plonquè qu’il aurè !’ mwin su I’ robète, à disgritchetè I’ courant-las’. »

… Ayayayayaye, Dofe ! Sêwe-tu, don. Ti vas ièsse gordè.

… — « Tènoz, quî volà ? N’est-ce nin I’ Camile, là ? » On lî aureut mayi au garde on bon côp d’ pougn o stomac’, i n’aureut nin stî pus paf…

Dofe s’aveut scoftè one miète drî one topéye di bouchenis’ po ralumè s’ pupe. I s’ rilève bon-z-èt rwèd quausu asto do garde. Quand Camile s’ a rieû : — « Vinoz on pau avou mi, mon parent ; wê, véci, c’est dès colèts da vos, don ça ? »

—  « Vos-èstoz lon èri, savoz, garde. Là dès-ans et dès razans qui dji n’ pou bin sûr mau do co trayenè sur one tchèsse… One bêle apéye qui dj’è su r’gourè. Dj’a bin trop peu  d’awè dès cramions avou vos. »

—  « Ô ! ça, dji sèreus bin binauje do I’ p’Iu crwêre… Qui fyîz avaurci ? »

—  « Mi, dji vin qwêr dès côres por one ponète… Vos n’ vos fiyoz nin à mi… C’ èst bin damadje !… Mins d’où vint, don, Camile, qui vos ‘nn’aloz qu’avou one guète ? Aurîz pièrdu l’ôte dins I’ ronchis’ ?… Vlans-n’ ? N’ alans waîti après… »

… Èt su ç’ timps-là, tot-à s’-t-auje èt sins mè-è, o bwès do Sèrdjan, à l’ ôte coron do viladje, Djan dau Tchaune rilèveut trwès bias gros lapins…

On l’ a todi dit, taîs-se, qu’ on n’ saureut sonè èt alè à l’ porcèssion…

 * *

Mins li sorlondemwin, aviè dîj eûres au matin : — « ê ! valèt, quî èst-ce don, li ci qui caye on parèy trayin, vêla ? » Lès-omes, à l’ campagne su Salazène, ont tapé djus po choûtè. Quî èst-ce qui fèrdome insi, qui skète lès god èt lès sak ? Il è vint, il è vint. On lès distchèdje co pus rwèd qu’ à l’ chupe…

Li gârde piteut come on-assoti dins trwès robètes prîjes aus bricoles… Dès bias gros lapins, savoz, portant… tot bômèls.

… À tos lès côps d’ pîds, lès pôvès bièsses v’lint do strin èt dès cayetrîyes…

 

53

G. Massart-Tilmant (Ramiéye / Ramillies)

 

Bon Noyé !

 

Ça s’ passeûve li vèye de Noyé, à Ramiéye, vola bén dès-an.néyes. À ç’ timps-là, on djouweûve co 1′ cougnou » après 1′ messe di méye-nêt, amon 1′ Marchau, nén lon èrî de 1′ place.

Djauques, Louwis, Jules et 1′ Tâve avîne è l’an.me de fé on bon soper après-oyu stî tchanter « Minuit, chrétiens ».

Is-èvôyenèt deûs gamins amon Botchî po d’mander à mam’sèle Irma on gros tchazpon près’ à cure. Mès-omes ricoma,denèt bén aus gamins de fé marquer su on papî corne is duvenèt s’î prinde po-z-oyu on b on « watèrzêy ».

Mamesèle Irma, tote boune, sicrît su one grande fouye avou on blouw crèyon, tôt ç’ qu’is duvenèt fé :

« Avou dès pourias et dès céleris côpés à p’tits bokèts et dès aubsons, fé on bouyon. Dins one casserole, fonde de bure, mète li tchapon dins 1′ bouyon, saler, pwèvrer, lèyî cure tôt doucètemint durant one eûre, en purdant bén sogne que lès légumes ni tinèche nén au fond. Lôyî I’ sauce avou de 1′ crin.me et dès djanes d’où. Discôper 1′ polèt et 1′ ascouviè d’ sauce. Sièrvu bén tchôd, mins sins lèyî r’boûre li sauce . »

Vola lès deûs gamins ruvenus avou on bia gros tchapon, bén rond, dins on tchèna à r’clapes. On rawaîte li bièsse, on 1′ mougne dès-ouy, on met l’tchèna douvic à l’têre et Djauque qui saveût lire apice li papî et dire : « Dji m’ va v’s-cspliquer comint qu’i faut fé. Choûtez bén tortos …»

Lès côs si stindenèt, lès-orèyes ossi, lès bouches si drouvenèt… on s’ralètche dèdjà …

Li gros bcrgot dau Marchau è profite po passer s’ liesse     dizos l’anse, ramasser l’tchapon et peter cvôye avou …

Li tâve crîye : « Li tchén a-st-apici l’tchapon ! », corne s’il areût criyi : « L’ maujonc qui brûle ! ».

lit Djauque di rèsponde paujêremint, sins s’èsbarer :

« Ça n’ fc rcn, lèyîz-1′ couru, i n’ frè todi rén avou, pusqu’i n’a

nén P papi ! »

 

Camille Socquet (Èrtchène / Archennes) (Gré-Dwècha / Grez-Doiceau), in: NB 31, 1974

 

Por one nût d’ Noyé                             

 

Vo-le-là v’në

Tot mièrnë!

Dins l’ sëtauve

Ë së r’tchaufe.

D’lé  l’ boû èt l’ baudèt

Ë stind sès brès

Viè l’ Avièrje tote saîsîye

quë lë r’waîte,  asblouwîye !

Èt lès bièrdjîs à gngnos

prîyenèt po l’ gaviot.

Au lon,  lë stwèle

po lès Rwès lût dins l’ cièl.

Mès djins ! Allélouya!

Noyé èst là!

 

Charles Wilmotte

 

Noyé d’ guêre

 

Ci londi-là, au matin, en-z-arivant è scole, on nos-a dit qu’ gn-aureûve pont d’ compôsicion d’ latin èt qui c’ sèreûve co l’ min.me po l’s-ôtes djoûs à v’nu. Lès-Alemands vègnenut, parèt-i !
Il ont d’djà tchèssî fou d’leû maujone, dès djins qu’ ont arivé à Mautche…

Ça n’ aleûve portant nin r’comincî come en quarante !

À saquants djoûs d’ au Noyé, lès nwârès nûléyes rascouvenut tot 1′ payis. I n’ a nin co nîvé.

Portant, trwès mwès pus timpe, lès-Alemands èstin.n su l’ bone vôye po-z-èraler è leû payis po d’ bon. Ci n’ èsteûve pus lès vayants sôdârs di ç’ grande ârméye-là, qu’ aveûve quausu gangnî 1′ guêre, qui r’passin.n, gripés su dès camions baukîs d’ totes sôtes d’ afaîres, agrifetés à dès vîyès tchèrètes èt min.me su dès vélos, scrotés d’ on costé ou d’ l’ ôte.

Èt v’là qu’ asteûre, c’ èst l’s-Amèrikins qu’ ont l’ aîr di prinde li mwaîje vôye. Dès-eûres au long, leûs gros camions èt leûs tchaurs di guêre ont passé, viè 1′ mwaîs costé, nos choneûve-t-i. Il ont portant dècidé di n’ nin aler pus lon.

Ètèrés d’ssus lès tiènes autoû d’ Mautche, il ont t’nu bon. Èt c’ èst po ça qu’ nos n’ avans pupont vèyu d’ Alemands. Is n’ èstin.n portant nin fwârt lon èri d’ nos-ôtes. Èt nos plin.n min.me ètinde lès brûts dès batâyes qui s’ passin.n di l’ te costé dès-uréyes èt dès bwès. Èt mi qu’ aveûve passé tote li guêre sins jamaîs awè stî bom­bardé, dj’ a oyu zûner l’s-obus au d’zeûs di m’ tièsse.

Li nîve aveûve vinu rascouviè tot l’payis èt i djaleûve à pîre finde. Ç’ aureûve p’lu ièsse on fwârt bia Noyé s’ i gn-aureûve nin ieû l’ guêre. Nin quèstion d’ one bèle mèsse di mèye-nêt, mins pus rade d’ on bokèt d’ basse-mèsse.

N’s-avans ieû dès sôdârs à 1′ maujone. Faut dîre qui c’ èsteûve one grande maujone, li ca­sèrne dès jendârmes. Li place n’ î mankeûve nin dins li stauve où-ce qui, d’vant 1′ guêre, on mèteûve lès tch’vaus. Lès sèrvices d’ on batayon d’ ârtilerîye s’ avin.n mètu là avou totes leûs-ayèsses. Dins 1′ coû, on-z-aureûve dit trwès grands tchôdrons po fé 1′ bouwéye avou one drole di tch’minéye qui sôrteûve fou. C’ èsteûve po fé boûre di l’ êwe èt rèstchaufer lès bwèsses di consèrve po l’ amougnî. Lès canons, zèls, èstin.n one miète pus lon, au r’cwè pa-drî 1′ crèstia.

Maugré 1′ frèdeû èt lès saquants-obus qui passin.n, c’ èsteûve co do bon timps po lès ga­mins. Gn-aveûve do mouvemint. Èt r’waîtî fé lès sôdârs, ç’ a todi stî on bia passemint d’ timps po lès raupins.

Nos n’ avans jamaîs bin sèpu ç’ qui s’ passeûve. Ci n’ èst qu’ dès mwès pus taurd qui n’s-avans apris tote l’ istwêre. Grâce à Diè, nos-avin.n co ieû dè l’ chance, pace qui l’ Batâye dès-Ârdènes, nos l’ avin.n viké do bon costé.

 

 

 

E. Bothy

 

Li noyé do bribeû

 

Li bribeû adlé l’ uch di bwès

Si racrapote po s’ mète au r’cwè

Ratûchelé dins sès vis cayèts

I n’ è pout pus do-z-intrè dins l’ èglîje

Il î d’meure là r’côpé pa l’ bîje

Ci n’ èst nin qu’ on l’ a cotchèssî

Mins c’ èst là qu’ il a todi stî

À l’ cwane di l’ uch dé l’ bènitî

Avou li stwèli au-d’zeûs d’ li

Mon Diè Dèyi! come i djale fwârt

Èt tout d’ on côp come i faît nwâr

Li bokét d’ lune padrî l’ clotchî

A sûremint d’vu ‘nn’ aler s’ coûtchî

Dins l’ èglîje, on tchante dès tchansons

Po fièster on tot p’tit roufion

Qu’ a v’nu d’ssus l’ têre gn-a dès mile ans

Po fé d’ nos-ôtes tos sès-èfants .. .

M’ a d’vu rovi, di-st-i, l’ bribeû

Asteûre qu’ il èst rèvoye au-d’zeûs !

Li mèsse èst faîte, lès djins è vont

Tot-en causant do révèyon

Tènawète onk tchoûke one mastoke

Dins l’ jate di fiêr qu -l’ vî wachote

« À vosse bon keûr, rnès brâvès djins,

Li Bon Diè vos l’ rindrè po cint. » …

Li fièsse èst iute, is sont-st-èvôye,

Is sont dèdjà su tchamps su vôyes

Li vî bribeû ramasse sès brokes

I s’ rèfachote co dins sès lokes

Pwîs ènn’ èva, bèrlik-bèrlok.

 

53

Eugène Gillain, in : CW, 10, 1948, p.161-165

 

Noyés

 

Voci cor on côp l’ Noyé…

Li grande fièsse qui tos les scrîjeûs ont tchanté èt qui tos l’s-ârtisses ont r’présinté.

Ènn’ a-dje lî dès pâdjes là-d’ssus! Ènn’ a-dje vèyu dès imaudjes avou li p’tit Jésus fin mièrnu dins l’ crèpe ou su l’ choû di s’ moman, ètur li baudèt èt l’ boû. Èt sint Joseuf tot baurbu, on rond autoû di s’ tièsse, riwaîtant è sondjant li p’tit èfant qu’ èst v’nu su Têre po-z-apwartè l’ amoûr aus-omes.

Télemint qui dji n’ sé pu au djusse si c’ èst l’ grande fièsse d’ iviêr qui dj’ a dins m’ keûr ou si c’ èst tos lès «Patriote illus­tré de Noël» qui m’ rimontenut au d’zeus.

Le ciel est noir, la terre est blanche.

C’ èst bin ça, èn’don? Noir et blanc. — Blankeû dè l’ nîve, nwâreû dès nûléyes, nwâreû dès-aubes sins fouyes.

Dès djins tot rafûrlés qu’ è vont dins lès rouwèles à pwin.ne afroyîyes avou dès lantiènes aluméyes; on-z-ètind crankî lès sabots su l’ nîve èt on sint su s’ dos tote li frèdeû dè l’ nêt. On sondje au culot do feu, à l’ boune cûjène tchauféye qu’ on-z-a là lèyî. Lès stwales lûjenut au Stwalî è clignotant : lès clokes sonenut dins l’ paujêre nêt, èt, lauvau, l’ èglîje bin luméye èst douviète po lès-omes di bone volonté.

C’ èst l’ Noyé. Li naît qu’ a côpê è deûs l’ histwêre di l’ huma­nité. On nè l’ comprind nin assez. Li p’tit Jésus nos ratind. Come nos tayons, alans l’ vôy et l’ mostrer à nos-èfants. Alans lî dire qui nos-èstans d’ bone volonté; qu’ i gn-a bran.mint d’nos fréres qui n’ vêront nin plèyî les gngnos, maîs qu’ is sont d’ bo­ne volonté po ça. Qu’ il eûche compassion di totes nos misé­res; qu’ i s’ fuche li dêrin Noyé d’ guêre èt qui l’ paîs r’vègne dissus l’ Têre.

Alons, lès-omes di bone volonté! Tortos èchone, mètans-nos-î; èt li p’tit Jésus frè s’ mirauke. Boutans on bon côp!

(…) Noyés d’ èfant, noyés d’ djon.ne ome, noyés d’ papa, no­yés d’ grand-pére.

Noyés d’ guêre. Li iûtyinme si dj’ compte bin : 1914, 15, 16, 17… 1940, 41, 42, 43.

Noyés d’ èfant.

Po dîre li vraî, à paurt les cougnous (mi moman è fièt dès si bons), li Noyé n’ a nin lèyî biacôp d’ traces dins m’ keûr d’ èfant. On n’ si catchèt nin po fé les cougnous è l’ maujone; ci n’ èst nin li p’tit Jésus què l’s-apwartéve. On s’ ovint bran.mint pu fwârt di Sint-Nicolès.

Ça comincèt à l’ Sint-André. Lès grandès djins qui r’passint dè l’ fwêre di Fosse racontint qu’ is l’ avint vèyu sint Nicolès avou s’ baudèt kèrdjî d’ banses di boubounes èt d’ cacayes.

Min.me qui m’ matante Louwise m’ avèt rapwarté one bèdéye qui fièt « Bé » quand on-z-aspouyèt su on p’tit soflèt.

— C’ èst po on p’tit gamin qu’ èst bin sâje, sint Nicolès, qu’ djè lî a dit.

Ci p’tite bèdéye-là, djè l’ vè co.

À l’ naît, on-z-ètindèt one chîlète, su li tch’min èt tot d’ on côp, do plafond, dè l’ tchiminéye, dès neûjes, dès gayes, dès nik-naks tchèyint come des grusias.

— Mèrci sint Nicolès, criyèt-on come dès fous.

Oyi, c’ èst surtout d’ sint Nicolès qu’ on s’ sovint; gn-a pon d’ vî gamin d’ viladje walon qui m’ dismintirè.

Li Noyé arive après Sinte-Bârbe, St-Èlwè, Sint-Nicolès, Sinte-Cisîle. C’ èst surtout tot ç’ timps-là, l’ hiviêr au viladje, po tot dîre, qu’ èst d’mèré dins m’ tièsse èt dins mès ouys. Li Noyé, c’ èstèt l’ grand djoû. Pont d’ crèpe di Noyé è l’ èglîje, nosse vî curé estèt trop pôve. Dj’èstéve dèdjà trop grand quand dj’ a vèyu l’ prumêre qui l’ novia curé avèt faît mète. Quétefîye qui l’s-èfants d’ audjoûrdu si sovéront pus fwârt di Noyé à cause do p’tit Jésus dins l’ crèpe. Èt pwîs, on-z-a d’pus d’ idéye asteûre. Avou do gris papî, dè l’ wate, saquants-imaudjes, lès-èfants montenut zèls-min.mes one bèle pitite grote tote blanke di nîve avou one sitwale doréye èt dès royons. Èt on l’ boute su li tch’minéye.

Gn-a mi.nme dès papas qu’ è féyenut des fwârt bèles. L’ anéye passée, gn-avèt one èspôsicion po les mias rèyussîyes. Pwîs, one miète tos costés, lès sapins d’ Noyé vègnenut à l’ môde. Dins l’ timps, gn-avèt qu’ èmon les ritches. On l’ arindje avou dès clicotias qui r’lûjenut èt totes sôrtes di cadaus èt on faît dès vraîs p’tit feus d’ ârtifice qu’ on diréve qui tot va prinde feu.

Gn-avèt pont d’ mèsse di méyenût dins nosse viladje; on-z-alèt à l ‘mèsse di cink eûres. Lès grands tchantint : « Les anges dans nos campagnes… » èt dji rèspondè avou l’s-ôtes è criant d’ mès pus fwârts : « Glo-o-o-o-o, glo-o-riya, in excelsis Deo ». Ça sonèt come dès claîrons.

È rintrant, l’ tauve èstèt prète. On plakèt d’ laume dès bokèts d’cougnou qu’ on trimpèt dins do cafeu fumiant, bin sucré avou one sipèsse crin.me. Ça, dji n’ l’ a nin rovî. One anéye, on-z-avèt do chocolat. Li chocolat, vèyoz, mès p’tits-èfants, c’ èstèt di ç’ timps-là po lès fwârt grandès fièsses. On sintèt tote li djournéye qu’ on s’ avèt lèvé trop matin; on sokièt su l’ baguète di li stûve è ratindant grand-mèsse.

Pôves pitits Noyés, dîroz. Wêre di chôse, mais on-z-estèt contint avou wêre di chôse! Pus contints qu’ lès èfants d’ audjoûrdu, en tous cas. Nè d’djans nin d’pus, i gn-a trop à dîre. Jusqu’à dij-ût ans, dj’a passé l’ Noyé au viladje, bin paujêremint.

Noyés d’ djon.ne ome.

C’ èstèt l’ Noyé; on z-èstéve contint sin sawè poqwè. On djoû di r’laîs dins l’ travay qu’ on ratindèt en-z-è d’visant. « On sèrè binrade au Noyé! » On sintèt qui ç’ n’ èstéve nin one fiès­se come lès-ôtes, qu’ èle apwartèt d’ l’ èspwêr èt do contintemint. Qui l’ monde alèt candjî, chonèt-i.

On z-avèt rèpèté lès keûrs, li Mèsse à (…) èt on t’nèt à oneûr qui rin n’ rate. I falèt fé mia qu’les anciens. Après l’ mèsse di dîj eûres, on r’passèt au cabarèt avou lès-omes. (…)  È djouant saquants paurts aus cautes, on bèvèt des p’titès gotes sins fé l’ grimace, come lès-omes.

Come lès-omes, on rintrèt one miète taurd po dîner. (…)

Noyés d’ djon.ne ome… Dins bran.mint dès « Noëls » qui dj’ a lî, il èst quèstion d’ tripes à l’ djote, di saucisses, di djambon, di « bûches di Noël » (i gn-a nin longtimps qui dj’ sé bin ç’ qui c’ èst). Rin d’ tot ça è l’ maujone. On bon bouyon, do bouli, quétefîye dès vitoulèts come lès-ôtes dimègnes. Li bombance di Noyé, c’ èstéve lès cougnous. Pus taurd, dj’ a ieû l’ ocâsion d’ fé on vrai révèyon. Tot ç’ qu’ i gn-a d’bon à bwâre èt à mougnî, dè l’ musike, dè l’ danse. Dj’ a stî malade come on tchin li lèdemwin.

Li Noyé s’ dwèt passer en famile; i faut ièsse one grosse soce èt-z-î ièsse tortos.

Ca i gn-a lès pèneûs Noyés. Li moman, li papa qui vint d’ moru djon.ne. C’ èst dès parèys djoûs qu’ on s’ è sovint l’ mia. Qui l’ Bon Diè nos faîye li grâce di vôy li Noyé qui vint, èt qui nos n’ fuchanche nin à mwins’ si nos n’ èstans nin à d’pus.

À paurti d’ vint’ ans, s’ i m’ falèt dîre onk après l’ ôte èwou-ce qui dj’ a passé mès Noyés! One anéye, à Welkenraedt, à l’ frontière d’ Alemagne. Bèle messe di méye-naît; bran.mint dès djins. « Minuit, Chrétiens» fwârt bin tchanté après lès dozes côps sonés à one pitite cloke didins l’ keûr. Après messe, dji vèyè rintrer lès familes bin gaîyes èt mi, ètranjer au payis, ni conechant pèrson.ne, dji r’montè tot seû dins m’ pitite tchambe di locataîre è sondjant qu’ i fréve si bon ièse avou sès parints, è s’ maujone. Èt por on djoû d’ Noyé, dj’ èstè d’ sèrvice tote li djoûrnéye! Èt ça m’ a faît pinser à nos prijenîs èt à tos nos-ègzîlés. Come is duvenut sondjî au payis, ç’ djoû-là! Mins is n’ si laîyenut nin aler èt is fièstéyenut l’ Noyé quand min.me. Coradje, mès-èfants, tot a one fin èt nos-aurans co dès bias Noyés.

One anéye à Brussèle, on m’ avèt d’né one cârte d’ intréye por one mèsse di mèye-naît chik. Dès mossieûs avou one frake vos condûjint à vosse place. L’ èglîje èstèt r’glatichante di lu­miére, lès-ôrgues djouwéyes pa on grand artisse; i gn-avèt min.me dès violons. Èt on tchanteû dès grands tèyâtes avèt tchanté « Minuit Chrétiens » On n’ savèt pus qu’ on-z-èstéve à mèsse. Eûreûsemint qu’ on prêtcheû d’ prumêre classe nos-avèt rapèlé qu’ li p’tit Jésus a v’nu au monde dins on stauve; on n’ î sondjèt pus. One bèle sèyance po lès-ouys èt lès-orèyes. Rin po l’ keûr. Dins lès reuwes, dès sôléyes bwèrlint en sôrtant dès révèyons.

Ça n’ valèt nin on Noyé d’ Ârdène.

Dj’ avè bin trinte ans èt nos-èstins v’nu passer l’ Noyé en famile avou nos deûs p’tits èmon lès bias-parints. Deûs-eûres di vwèture à fer è trèvauchant dès bias bwès d’ sapins kèrdjîs d’ nîve. Gn-avèt co pon d’ élèctricité; il avèt nivé jusse ci qu’ faut po fé on bia Noyé èt nos ‘nn’ avans ‘n’ aler one binde, lumés pa one lantiène di stauve. On vraî Noyé come dins lès lîves èt su les imaudjes. Èt on-z-avèt tuwé l’ couchèt,… todi come dins lès lîves! On viladje, (…) ça d’vréve ièsse one grande famile. Djè l’ a fwârt bin sintu vêlà. Famile qui n’ s’ ètind nin todi bin, mais rachonéye dins l’ èglîje à l’ mèsse di mèye-naît, tot èst rovî èt on-z-èst tortos fréres. Poqwè-ce qui ça n’ dure nin après? N’ èst-ce nin po ça qu’ li p’tit Jésus a v’nu au monde, qu’ il a viké 33 ans su l’ têre èt qu’ il a moru après-awè sofri (…) ?

Dj’ a co fé saquants places. L-s-èfants èstint en pension. Li pensionat, quand on-z-î sondje bin, c’ è-st-one espèce di prîjon, dès mouchons dins one gayole. Qué fièsse por zèls quand on lès lachèt po lès vacances di Noyé! Is s’ ritrovint è l’ maujone, avou leûs fréres èt soûs! Qués bèlès disputes! Qués sèyances!

Vo-lès-là cossauyîs, asteûre, à leû compte. Dandjureûs qu’ is n’ont nin rovî lès bèlès vacances di leû djon.nèsse pace qui tos l’s-ans, is n’ vôrint nin po gros n’ nin rivenu po l’ Noyé. Èt is r’vègnenut avou leûs p’tits.

Èt c’ èst lès Noyés d’ grand-pére…

Divant l’ guêre, c’ èstéve one vraîye dicauce. Is rudivenint èfants, contints èt radjon.nis di si r’trouver èchone, come dins l’ timps. Min.me lès-anéyes di guêre, (…) on-z-a fièsté avou ç’ qu’ on-z-avèt. One bèle tauve bin gârnîye avou à mitan rin d’ssus. Oyi, li keûr î estèt. On-z-a sondjî qu’ il è mankèt deûs. Lès vîs surtout ont sintu leûs-ouys picoter…

Lauvau, dins leû covint, nos savans bin qu’ èlles ont r’trouvé one novèle famile. On-z-î fièstéye li Noyé èt on-z-î tchante come au Paradis. Mins dji n’ sé crwêre qui, asglignîyes divant l’ auté, en-adorâcion pa-d’vant l’ Èfant di Bètléyem, èles ni vôyenut nin l’ tchambe èwou-ce qui nos chîjelans po l ‘momint è s’ rissovenant dès bons Noyés passés.

C’ èst l’vîye do monde. Chakin s’ dèstinéye. Combin d’ Noyés avans-ne co à passer su l’ têre?

Èt qués Noyés?… Nos-avans co au mwins l’ èspwêr di passer, di l’ ôte costé, dès Noyés qui n’ finiront nin. Qui l’ Bon Diè vouye qu’ on s’ î trouve tortos!

 

 

Gabrielle Bernard

 

Noyé 1944 – Ârdène

 

Payis d’ Ârdène, payis d’ mès péres !

Payis d’ boneûr èt d’ fiére misére !

A-dje gripé, d’ on randon, vos tiènes èt vos cripias,

èt dins lès sauvadjes vints qui flayenut vos crètias.

Adje coudu d’ vos fleûrs, draudé dins vos spènes !

Ô bèle ! Ô deure Ârdène !

Conte on mantia d’ èvèke su vos (…) cayaus,

dj’ a vèyu cotrin.ner vos stindéyes di brouwêres,

èt dji sins co l’ gout dès fumêres

qui montént dès vîs twèts dès pôvès maujos d’ têre,

avou l’ âme dès sapéns, dès bôlis èt dès faus !…

P’tits hamias d’ one pougniye di cayutes, rachonéyes

come one covéye autoû d’ leû clotchî,

on clotchî dru, stokas’, mins d’ où-ce qu’ on wèt pontyî

one flèche si fine qui chone qu’ èle vint trawer l’ nûléye

come one pâtêr!

Bèle Ardènne ! Li cia qu’ a dwârmu on tchôd prandjêre

sus vos fètchêres,

ni vos rovîyerè jamaîs pus !

Aus longuès chîjes racwatés tot autoû do feu,

au r’cwè dè l’ gnût, do dandjî èt dè l’ bîje,

nos choûténes voltî dès-histwêres di leups,

di r’nauds, d’ sénglés, d’ totes sôrtes di bièsses,

èt contints qu’ on leû fieûve li tchèsse,

Tos frumejants d’ angouche èt d’ plaîji,

nos d’jénes à nosse grand-pére, come po l’ fé assoti :

— Gn-a pupont d’ leups dins vos-Ârdènes !

I rèspondeûve : — Non, gn-a pupont ; on-z-a ieû l’ vène

di touwer lès dêréns do timps qu’ dj’ èsteûve gamin !

Dispû vosse mwârt, grand-pére, i ‘nn’ a ruvenu bran.mint,

èt pa deûs côps, longtimps…

Dès droles di leups, pace qui, si leû keûr èsteûve come lès dos dès vraîs, l’ diâle leû doneûve dès visadjes d’ omes.

— Vêrès-se en-Ârdène avou mi ?

Choûte, frére, n’ ètinds-se nén, didins l’ aîr, one longue plinte qui s’ cotrin.ne?

C’ èst l’ vwès do payis qui djèmit èt s’ cotwade dins sès tchin.nes !

— Vêrès-se en-Ârdène avou mi ?

Les leups sont lachîs sus nos viles, sus nos tiènes, su nos plin-nes ;

Ils ont tot distrût, tot flani d’zos leûs grawes, leûs halin.nes !

— Vêrès-ce en Ardène avou mi ?
Frére, nos-îrans traker lès leups !

Vêlà, dins les bwès, d’zos les brès dès sapéns èt dès tchin.nes,

Véns, frére, po-z-aprinde come on peûpe qu’ a do keûr chime si hin.ne !

Dès mwès, dès mwès, dès mwès… dès-ans,

èle lès a t’nu, l’Ardène, come dès sauvadjes èfants,

dins s’ choû, èt sès deurs brès ont aiai les rind-pwin.ne,

qu’ ovrént dins l’ ombe, dins l’gnût, po disnuker nos tchin-nes.

Ele a trimpé leûs gnièrs d’aci

dins l’air di ses hôteùs, dins l’euwe di ses fontin-nes !

Et pwis, on djoû a v’nu qui les Ornes s’ont drèssî !

Tôt d’on côp ! et d’one traque, les leups ont sti r’tchèssis !

Et l’vîye riprind ses drwêts, et s’coûsse, — ou fait chonance, —

On z’a stauré trop d’song, gna ieû trop d’cœurs moûdris,

trop d’cwârps rindus, trop d’doûs… Gna trop d’mwaichès-sov’nances..

Mins clére sitwale au d’bout di l’anéye qui s’avance,

l’Ardènne ratind l’prumi Noyé del Délivrance !

Ah f les Noyés d’Ardènne, les Noyés di d’dins l’timps !

Mwins côps gn’qveûve one trote

po z’aler à l’èglije, des cwéns à’seules… Les djins

n’y loaitén’t nén d’si près. Dins leû pu bias mouss’mints,

is courén’t choûter l’messe à mégn’nût. Des lum’rotes

dansén’t corne des stornéyes, pierdeuwes dins l’muaricheû :

 

les lantiènes. I bij’leiive, i djaleûve… et po vos d’ner coradje, on choùteuve, vwès d’ardjint souciant dins li spècheû, les clokes qui s’rèspondén’t di viladje à viladje !

*          * *

/ gn’arè-t-i des clokes à s’Noyé-ci ?

I mangue branmint des clokes aux clotchis d’avaur-ct,

et ci n’est nén à Rome qu’èles sont-s’t’évôyes .’…

Les clotchîs ardinwès n’aurqnt-is pupon d’vwè po criyl leu grande djôye ?

Ah ! minme s’is sont div’nus moyas,

les clotchis d’Ardènne,

leus clokes rivénront soner po c’djoû-là !

Au fond di s’t’âme, tôt l’monde ètindrè l’sène !

On les ètinds d’jà ! Choûtes-les tchanter

aux bat’mints d’on cœur qui s’ dissère :

—        Glwère didins l’Ciel et paix sul tère,
à totes les djins d’boune volonté !

1 nîve… I mue…

Et ça va iesse on vrai Noyé d’Ardènne. tôt blanc…

1 nwe ! Aprestez vos s’glites, les étants !

I nîve !

*          * *

 

Mins gwès’ qui r’prind l’payis, corne one mwaiche five ?

—        Clotchis !

Clotchis, asteûre, i gna pu rén qui sone

au fond des paves cœurs, trop rade rapaupîs

ousgu’i vos clokes pierdeuwes spnén’t tortotes échone !

Est-ce qu’èles sont mwates ossi dins les sov’nances, clotchîs ?

—        On n’waze co pu tchanter l’promèsse del grande Parole !
Choùtez mia .’ Dins les cœurs, nosse viye vive gui tribale,
sitoféye pa l’angouche, somadje : — 7s sont ruv’nus !
Adieu les fiasses !

Coradje, portant, c’est guand li biesse

est po crever, dis-t-on, gu’èle si cotape li pus !

……

— Clotchîs !

Clotchis d’ Ârdène !

Qwè vèyoz d’zeûs lès spales des tièrces ?

Qu’ ètindoz dins l’ aîr disbautchî ?

— Lès leups racoûrenut, en hûlant, viès nos viles, viès nos plin.nes,
Prèsses à tot distrûre èt sèmant lès pwèsons d’ leûs-halin-nes !

— Clotchîs ! ça n’ si pout nén ! Waîtîz, li nîve dimeûre
èt c’ èst-on vraî Noyé d’ Ârdène, tot blanc !

Nos v’lans aler priyi l’ Èfant !

Clotchîs, c’ è-st-on mwaîs sondje qui vos fait rovî l’ eûre !

— Mégne-nût crétyins ! Mins c’ èst l’ canon què l’ sone !
Èst-ce avou l’ bronze qu’on z’a v’nu nos rauyi ?

Èt l’ osti d’ mwârt (…) qui tone, su s’ prôpe èglîje ni va-t-i nén l’ ratchî ? Mégne-nût crétyins ! Su lès routes èdjaléyes, i faut couru lon d’ vos meurs maubridjîs ! C’ èst cor on côp su nosse têre cochuréye

Li guêre qui r’passe èt vént tot ravadjî !

— Clotchîs !

Clotchis d’ Ârdène, parèyes à des pâtèrs énondéyes

po trawer les nuléyes,

qwè waitîz au lon qui vos fait frumejî ?

— Do song su l’ nîve…

èt lès grands r’bons dès bombes èt do feu su lès twèts, èt dès-omes trakés come dès lîves avèt, lès bwès…

I nîve… On blanc lénçoû rascouve li dérén some dès mwârts.

Au bôrd des tch’méns lès grands sapéns s’ aflachenut, touwés come dès-omes.

—        Clotchîs !

Vos-ôtes min-mes findus et chwarchîs,

avau l’ payis disguèrnachî,

les leups sont-is co maîsses ? Waîtiz !

— Lès-omes, sins cléncî, sins tron.ner sus nos têres ont pris l’ tchèsse
Lès leups, tot saîsis, tot stornés, rèculenut, bachant l’ tièsse !

— Clotchîs !

D’ à l’ copète dès hôteûs, dissus l’ têre, rapaupîye, qwè veyoz ?

On n’ ètind pu rén !

 

I nîve…

Su lès chwarchûres dès grands sapéns,

su lès maujos discopècîyes,

li nîve aclape si blanke chaurpîye.

I nîve…

L’ Ârdène moûdrîye rafrédit s’ lîve

èt s’ rèdwat, odéye dé wèyî.

Lèyiz-le dwârmu, come one bèle mwate,

dimwin vos l’ ritrouvroz pus fwate

èt ossi vayauve qui todi…

Li payis dès grands sauvadjes bwès

si r’lèverè cor après l’ oradje ;

gn-a co dès keûrs, gn-a co dès brès ;

gn-a co dès bêrces ; on r’frè lès twèts !

L’ èspwêr vike deur dins l’ âme dè l’ race !

Sûr qu’ on s’ sovént… on n’ pout rovî lès dints dès leups qui v’s-ont agnî…

Mins l’ anéye toûne ; li mwaîs timps passe,

èt bénrade dins lès bwès moûdris,

Avri r’vêrè trèssî lès nids,

Maîy riflorirè l’ ardispène…

Gn-a pupont d’ leups dins nos-Ârdènes !

 

Georges Michel (1995)

 

Èspwêrs do Noyé

 

Twè, qui cache sins lachî après on pau d’ èspwêr,

Su on dagn rascouvièt di bièstrîyes èt d’ misére,

Bache po on p’tit momint tès-ouys dissus one crèpe,

Ewoù qu’ gn-a deûs mile ans skèpieûve one Bèle Istwêre !

Qui li stwèle qui r’glatit vêla dins li stwèlî

Raclériche didins t’ keûr tès-idéyes mârgougnîyes,

Èt qui l’ bièrdjî qui wîye dispûs là si longtimps

Rachone ci qu’ gn-a d’ mèyeû po tos lès cias qu’ ont fwin !

On dit qu’ li P’tit Èfant a skèpyî dins on stauve

Avou l’ boû èt l’ baudèt po r’tchaufer l’ amichtauve…

Odjoûrdu, d’ssus nosse têre, dès-èfants ont co frèd !

Come i gn-a deûs mile ans, lès keûrs sont d’mèrés strwèts

À tos lès pôves moûdris, djèmichant d’ mariminces,

Ployant pa-d’zos l’ deur pwèd di noste indifèrince,

Po lès-èspwêrs pièrdus, broyîs èt tôt d’churés,

Qui l’ èfant didins l’ crèpe fuche quand min.me LÎBÊRTÉ !

 

on pau = one miète

on dagn = one têre

skèpyî = vinu au monde

 

Germaine Massart-Tilmant (Ramiéye / Ramillies)

 

C’ èst Noyé

 

C’ èst Noyé ! c’ èst Noyé fén blanc,

Lès flotches dë nive catchenèt lès stwèles

Së lès twèts, lès-aubes, lès-ètangs,

L’ ëvièr mèt dès blankès dintèles,

C’ èst Noyé ! c’ èst Noyé fén blanc !

C’ èst Noyé quë nos-èst rëvenë,

I fait bén tchôd dins nosse maujone,

Lë sapin s’ alëme èt reglatët,

Lë bon fè blametéye èt ronrone

C’ èst Noyé que nos-èst rëvenë !

C’ èst Noyé po lès brâvès djins !

Mins i faut qu’ ës sondjenèche one miète

Aus cës quë n’ ont në fè në pwin,

Aus cës qu’ tron.nenèt lès fîves borguètes

Pace qu’ ël ont frwèd èt qu’ ël ont fwin !

C’ èst Noyé ! C’ è-st-on blanc Noyé !

Sondjans à tos lès p’tëts-èfants

Quë n’ troveront rén dins leûs solés !

C’ èst Noyé ! C’ èst Noyé fén blanc !

Noyé ! C’ èst Noyé !

 

Guillaume Warnier (Pèrwé / Perwez), in : Lë Sauvèrdia, 263, 2009, p. 2-3

 

Nêt d’ Noyé

 

I fait cwèy*, lë nwèreû a tot stofé.

D’lé lès bèdots èdârmës, lès bièrdjis

Ont soflé l’ lëme’rote* po, d’vant dë soketer*,

Cachi après dès sëgnes dins lë stwèli.

 

Leûs-ouys, naujës, clëgnenët onk après l’vôte ;

Lë grande Novèle, c’ èest nén co po ç’ nêt-cë.

Portant, 1′ Grand Lîve anonce quë, po tot 1′ monde,

Lë bon Diè vént së l’ têre po nos choyë*.

 

Mins volà qu’ one vwès d’ andje, vënoûwe d’ au lon,

Tchante aus bièrdjîs lë mèssadje ratindë :

« Mouchiz*-vos bén èt përdoz vosse baston,

Sins rovi lès bèdots, todë bén v’nës.

 

Së 1′ vôye dë Bètléèm, i n-a on stauve

Aujîye à veûy, jësse pa-d’zos one sëtwèle.

Alez-i sins taurdji – c’ èst nén one fauve – !

L’ Èfant èst là avou one boune novèle. »

 

Is trovenët on gamin, d’ abôrd mièrnë,

Coûtchi së dè foûre, inte boû èt baudèt

Que sofèlenët së dès lokes autoû d’ lë.

N’ arot-ë nén mia qu’ on stauve por on rwè ?

Marîye sorît pace qu’ èle a tot r’ssintë.

Cë sorîre-là l’zi rèstchaufe dèdjà 1′ keûr

Is s’ sintenët tot-ôtes quand èle lèzi dët :

« D’morez è paîs, i n’ vos vout qu’ dè bouneûr ! »

 

Lès bièrdjîs ont r’prës leû vôye sins fé brût,

Eûreûs dins 1′ fond, sins trop soyë poqwè,

D’ oyë sti lès prëmis à veûy Jésus,

Mièrnë bén seûr, mins bén mia qu’ sër one crwès.

Doûcemint, lë stwèle a faît place au solia

Quë r’glatët, cë djoû-là, d’ on novia sclat.

 

cwèy, calme  lëmerote, petite lumière  soketer, sommeiller choyé ou cheûre, secouer   s’ mouchi, s’habiller chaudement

 

Henri Lerutte (Djauce / Jauche), in: Lë Sauvèrdia, 291, 2012

 

Noyé à Djauce

 

Waîtans don là, au d’zeû d’ nos tièsses,

One bèle sëtwèle quë lût por nos ;

Alans èchone à l’ prëmëne mèsse,

Il èst méye-nêt, prîyans tortos !

 

L’ëvièr èst là, èt c’ èst vint d’ bîje :

Lë p’tët Jésus poureût ‘yë frwèd ;

Autoû dè l’ crèpe*, dins noste èglîje,

 I n-a on boû èt on baudèt.

 

Waî ! Dès bièrdjîs èt one masse d’ andjes

Tchantenèt èchone po l’ chér Èfant ;            

Lès trwès Rwès Mâdjes, one miète sëtantches*

Toumenèt à gngnos en l’ rawaîtant.

 

Marîye èst là, tote ènondéye*,

Avou Djôsèf rècompinsé :

« Sonez, lès clokes, à tote voléye1

L’ Èfant Jésus nos-a sauvé. »

 

« Satchîz aus clokes à tot spiyî,

Bravès djins d’ Djauce, c’ è-st-one grande fièsse,

L’ Èfant Jésus nos vwèt voltî :

Por on Sauveûr, quëne djintiyèsse ! »

 

crèpe, mangeoire stantche, essoufflé, hors d’haleine ènondé, excité

 

Henry Matterne (au Saut / Sart-Bernard), in : CW, 6, 2009

 

Noyé 44

 

I fieut bin cwéy ci djoû-là dins li p’tite coujène. Il èsteut aviè dîj-eûres.

Tot d’ on côp, on-z-a bouchî fèlemint au gros uch, come avou on mârtia. Quî-ce  qui ça p’leut bin ièsse ?

Adèle s’ a lèvé d’ on lan di s’ tchiyêre, plonker su l’ clitche èt douviè l’ uch grand au laudje. C’ èsteut l’ Zîré, on vwèsin.

– Adèle ! Is r’vègnenut ! Is r’vègnenut !

– Quî ça, Zîré ?

– Zèls !

– Zèls quî ?

– Is r’vègnenut vos di-dje !

– Alons, Zîré, waîtoz d’ vos rawè one miète èt causer à môde di djin ! Qui gn-a-t-i ?

–  Lès boches, Adèle, is r’vègnenut. I parèt qu’ is n’ sont nin lon d’ Lègnon, astok di Cînè !

– Quî-ce qui vos-a dit ça, Zîré ?

– C’ è-st-on jendârme qui v’neut di-d-par là ! I n’ a rin vèyu mins on lî a dit do gangnî one casèrne à Nameur. Dji m’ è va ossi, Adèle !

– Poqwè ènn’ îrîz ? Vos-avoz peû ? Nos n’ plans mau vêci ! Gn-a dès sôdârs assez po nos disfinde. D’alieûrs, ènawêre, dj’ a ètindu dès-Angles vêla one miète pus bas. I n’avin.n nin l’ aîr do s’ è fé, i rèpètin.n dès tchants po l’ chîje.C’ èst l’ chîje do Noyé, savoz, Zîré ! Rapaujoz-vos, nos n’ plans mau. Li mayeûr m’ a dit qu’ gn-aveut dès tanks dins lès fossés, dès deûs costés dè l’ route quausu jusqu’è Djambe èt on ratind co deûs batayons d’ sôdârs amèrikins. Rintroz è vosse maujone.

– Èt vos ? Vos d’moroz vêci ?

-Ô ayi ! Dji n’ a nin peû. Dji m’ va min.me chîjeler avou mès deûs-èfants ? À méye-nêt, nos dîrans nos pâtêrs èchone po l’ papa qu’ èst prîjenî en-Alemagne èt nos d’manderans à l’ Èfant Jésus qui nos l’ ravôye binrade. Zîré ènn’ a ‘nn’ alé one miète rapaujeté, ècoradjî qu’ il èsteut pa l’ paujêreté di s’ vwèsène.

 

Adèle, lèye, aveut c’mincî à mète li tauve. On grand plat avou saquants cougnous qu’ èlle aveut cût l’ djoû di d’vant, dès bèlès p’titès jates à fleûrs do vî sèrvice da s’ moman èt do cafeu à l’ toréyaline è l’ cafetiére. Ci n’ èsteut nin grand tchôse mins èle v’leut fièsti Noyé maugré l’ guêre. Èlle aveut stî jusqu’à l’ cinse di Baye. Li cinserèsse lî aveut d’né deûs, trwès kulos d’ farène èt saquants-ous po fé sès cougnous. Èle ni v’leut nin qu’ sès-èfants s’ è passinche. Tènawète, èle tapeut on côp d’ ouy à l’ ôrlodje èt à si p’tite crèpe. One pitite crèpe qui s’-t-ome lî aveut faît d’vant l’ guêre. L’ Èfant Jésus r’pwaseut su on lét d’ mossias ètur l’ Aviêrje èt sint Djôsèf.

Tot d’ on côp, on-z-a co bouchî à l’ uch. Adèle a stî douviè, c’ èsteut on sôdâr. Li fèye da Adèle a criyî :

– Quî qui c’ èst, moman ?

— I m’ chone qui c’ è-st-on-Amèrikin, Julîye ! L’ ome s’ a avancî d’on lan èt lancî: – Vos causez co l’ walon, nosse dame ?

– Ayi, don,  c’ èst nosse lingadje !

–  È bin, djè l’ cause co bin ossi. Dji vin do Wisconsin èt mès parints n’ l’ ont jamaîs rovî èt m’ l’ aprinde. È nosse maujone nos d’visans todi è walon èt en-anglès. Bin-astchèyu qu’ dj’ a v’nu o vî payis èt vos rèscontrer !

– Qui v’noz fé vêci audjoûrdu ?

– Nos v’nans prinde nosse posse, nosse dame, c’ èst lès-ôrdes. Lès-Alemands sont-st-à Lègnon mins n’ oyoz nin peû, is n’ vêront nin jus­qu’à ci.

– Vinoz v’s-assîr addé nos èt mougnî on bokèt d’ cougnou, vos d’voz awè fwim !

– Ci n’ èst nin di r’fus mins dji m’ va distchèrdjî one miète, d’ abôrd ! Il aveut dès grènâdes pindûwes à totes sès potches. I lès-a arindjî one astok di l’ ôte su I’ tâblète dè l’ finièsse èt mète si fisik conte li meur. I s’ a mètu à l’ tauve èt fé oneûr au cougnou.

– Quand dj’ èrîrè, dji raconterè à mès parints qu’ dj’ a mougnî do cougnou. Ça l’zî rapèlerè dès fameûsès sovenances.

Il aleut ièsse méye-nêt. Adèle a alumé lès p’titès tchandèles divant l’ crèpe.

Adon, èlle a stî qwêre li grafofone, li r’monter èt mète one plake. C’ èsteut li Stille nacht è francès. Adèle a c’mincî à tchanter avou sès-èfants :

–  Douce nuit, sainte nuit…

Èt l’ sôdâr , en-anglès :

Still night, holy night…

I n’ a nin stî pus lon ca i s’ a pèté à braîre, à braîre come one madelin.ne. Adèle èt sès fèyes s’ ont taî ossi rade èt r’waîtî li pôvre ome. I n’ si saveut rawè. On p’leut comprinde ètur ses soglots :

– Paîs su l’ têre aus-omes di bon voulwêr ! Èt mi, dji so là avou mès grènâdes su l’ finièsse, mi fisik à pwârtéye èt mès-omes avou one mitrayeûse su l’ sou d’ vosse maujone…Sègneûr, fioz one saqwè ! Dins li p’tite crèpe, l’ Èfant Jésus soriyeut lès brès grand au laudje. Il a sûremint ètindu l’ pâtêr do sôdâr pace qui l’ lendemwin, li solia a lû tote li djoûrnéye èt lès-aviyons ont ècrasé l’s-Alemands dins tote l’Ârdène.

 

Henry Matterne (au Saut / Sart-Bernard), in: CW, 6, 2012, p.162-163

 

On novia Noyé

 

1943. Trwès-ans d’djà qu’ lès boches tinin.n nosse payis d’zos leûs botes.

Is scrotin.n ci qu’ lès djins avin.n dandjî ossi : li tchèrbon, lès canadas, li tchau, li farène, li cûr, tot ç’ qu’ i mankeut è l’ Alemagne. On s’ diveut t’nu à ç’ qu’ is v’lin.n bin lèyî. Li pus tra­cassant, c’ èsteut d’ trover d’ l’ amougnî èt po s’ tchaufer pace qui l’ iviêr èsteut timpru èt on d’djeut qu’ i pôreut ièsse fwârt deur.

Mèlîye nè l’ saveut qu’ trop bin. Èlle aveut conu l’ guêre di quatôze èt awè à fé adon avou lès sôdârs do Kaiser. Por lèye, cèti-ci n’ valin.n nin mia qui l’s-ôtes.

Èlle èsteut veuve. Si fis, André, èsteut prîjenî dins on-offlag do costé d’ Hambourg. Èle dimoreut avou s’ bèle-fèye, Adèle, èt si p’tite-fèye, Mèlinâ.

C’ è-st-Adèle qui t’neut l’ mwin.nadje pace qui Mèlîye èsteut todi su tchamps su vôyes po waîtî d’ nuker lès corons èchone.

Quand c’ n’èsteut nin l’ toûrnéye dès cinses po trover d’ qwè èvoyî on colis à s’ fis, èlle aleut d’ on costé à l’ ôte po côper dè l’ foûréye po noûri sès lapins. À l’ awous’, èlle aveut stî mèchener dins tos lès bokèts d’ dinréyes d’ avaurlà èt bate sès mèchons come èle p’leut avou on flaya à l’ intréye di s’ baur. Èle n’aveut pont d’ diâle mins on vwèsin lî aveut prusté on van. C’ èsteut on plat tchèna avou deûs-anses po rascoude lès grins. I faleut cocheûre li van po fé ‘nn’aler lès chochins. Quand èlle aveut one miète di frumint ou d’ swèle, èlle aleut avou s’ malcotéye au molin d’ Djausse èt riv’nu avou saquants kulos d’ farène. Li farène èsteut mètûwe dins dès satchots d’ gris papî èt rèssèréye dins l’ cofe di famile è l’ bèle place. Quand c’ èsteut I’ momint, èle purdeut one hawe èt on satch èt ‘nn’aler mèchener aus canadas.

À fwace di viker quausu tot l’ timps au rastrindu èt s’ cotaper po sayî d’ è rèche, Mèlîye s’ aveut adeuri on fèl côp. Èle n’ aveut pus wêre di sintimint. Si keûr aveut divenu ossi sètch qui l’ ci d’ one sanseroûle.

À l’ nêt, o culot, èle ni d’djeut nin grand tchôse. Gn-aveut qu’ Mèlinâ qui s’ p’leut v’nu mète su s’ choû.

Lès samwin.nes passin.n sins-apwarter on-ècoradjemint ou one bone novèle. Lès boches avin.n dès grossès piètes su l’ front russe mins is divenin.n todi pus rogneûs. Li Gestapo cacheut après lès rèfractaîres qui r’fusin.n do travayî por zèls. On finicheut pa s’ dimèfyî d’ tot l’ monde. C’ èsteut bondjoû, bonswêr, min.me avou lès vwèsins. Gn-aveut qu’ Mèlinâ qui causeut voltî avou si p’tit soçon, Zîré, qu’ aleut è scole avou lèye.

Zîré èsteut on-èfant bin paujêre èt amichtauve. I d’moreut avou s’ man qu’èsteut sovint fayéye. Si pa èsteut ossi prîjenî è l’ Alemagne. Is n’ avin.n’nin aujîy pace qui l’ man n’ aveut qu’one maîgue alocâcion po viker.

On-z-èsteut arivé su l’ difin do mwès d’ décimbe. On djoû, Mèlinâ a dit à s’ grand-mére qu’ èsteut ossi s’ mârine :

– Dijoz, Marine, c’ èst binrade li Noyé. Qu’ aloz fé ?

– O, nos-avans co bin l’ timps, savoz ! D’ alieûrs, nos n’ èstans nin à l’ fièsse !

– Vos-aloz quand min.me fé one pitite saqwè ?

– Qui vôrîz bin ?

– Dji vôreu bin priyî mi p’tit vwèsin, Zîré, avou s’ moman bin sûr !

– Vos n’ î sondjoz nin, Mèlinâ, nos fièstéyerans Noyé ètur nos trwès.

– Mins, mârine, ça l’zî freut quétefîye bin plaîji portant ; is sont tot seûs èt dj’ sèreu si binauje !

– Dji m’ va rèflèchi. Nos vièrans bin !

– Saquants djoûs après, Mèlinâ a rivenu la-d’ssus.

– Avoz bin rèflèchi, Marine ?

– Ayi, dji so d’ acôrd mins c’ èst bin po vos fé plaîji !

– Mèrci, mârine, djè l’ dîrè à Zîré !

Li djoû di d’vant l’ Noyé, Mèlîye a touwé l’ pus gros d’ sès lapins èt prusti cink cougnous. Mèlinâ aveut drèssî l’ crèpe su one pitite ârmwêre. Gn-aveut pont d’ sapin mins pa-d’vant l’ crèpe, èlle aveut mètu deûs cougnous ravolpés dins do bia papî. Aviè dîj eûres à l’ nêt, Mèlinâ a stî uker Zîré èt s’ moman. Li sopé a stî quand min.me bin gaîy. À méye-nêt, Mèlîye a pris lès deûs cougnous èt lès d’ner à l’ man da Zîré.

– Tènoz, et co bone fièsse. Grâce à Mèlinâ, dj’a r’trové m’ bone tièsse. Èle m’ a faît douviè mès-ouys. Dj’ a r’compris qui l’ boneûr, c’ èst d’ veûy voltî lès djins maugré tot èt d’ sayî d’ rinde li monde mèyeû qu’ i n’ èst. Vos vêroz one miète pus sovint tos lès deûs. Nos nos dôrons on côp d’ mwin. « Lès-ôtes po c’mincî», dijeut-i, nosse pa, èt dj’èsteu su l’ côp dè l’ rovî !

Do timps qu’ Mèlîye rabrèsseut Zîré èt s’ man, Mèlinâ s’ aveut astampé pa-d’vant li p’tite crèpe. L’ Èfant-Jèsus douvieut sès brès grand au laudje èt lî sorîre di contintemint.

 

J. Gilson, in: CW, 10, 1948

 

Mi p’tit Jésus

 

Volà l’ Noyé qu’ arive, jusqu’au pus p’tit amia,

Chake èglîje aurè s’ crèpe avou one sinte famile;

I gn-ènn aurè dès cints, i gn-ènn aurè dès mile

Tot l’ monde vôrè qu’ lès sinkes sont, d’ tortos, lès pus bias.

Divant li stauve garni èt rascouvièt d’ cochas,

Po-z-aler s’ asglignî, tote li parotche frè l’ file;

Èt lès bènèdicsions ritchaîront su lès viles

Où-ce qu’ on-aurè priyî, nin li d’pus, maîs li mia.

On n’ saureuve rèscontrer au monde, dins nu viladje,

Dès djins, come lès postures qu’ aurin.n dès si s’faîts visadjes

Qui l’ Avièrje, sint Djôsèf, l’ èfant, l’ bourike èt l’ boû.

Waitiz qu’ is sont nosés èt qu’ is-ont l’ aîr midones.

Dj’ irè vôy ça ossi maîs dji n’waîtrè qu’ autoû

Pace qui li p’tit Jésus, mi, djè l’ a è l’ maujone.

 

J. Pecquet

 

Noyè

 

I gn-a dèdja longtimps, longtimps,

Dins lès trèvins do novèl-an

On-èfant coûtchi dins dès strins

Stindèt sès brès en soriyant.

I n’ astèit nin v’nu lès mwins wîdes

Maîs lès cadaus qu’ il apwartèt

N’ ont nin stî bin compris tot d’ swîte

C’ astèt l’ amoûr èt l’ libèrté.

Nos n’s-è sovenans co tos lès-ans

En-z-alant à mèsse di méye-nêt.

Adon, tos lès côps, nos nos d’djans

Qu’ i nos-avèt promètu l’ paîs.

On sét bin qu’ i l’ faurè gangni

I faut todi payî s’ boneûr

Maîs po ça, nos faut sayi

Do n’ pus pinsè qu’ avou nosse keûr.

Ci-èfant-la, c’ èst noste èspwâr

Èt si nos fians come il a dit

Dimwin, gn-aurè pupont d’ istwâres

Pace qui lès djins s’ vièront voltî.

 

Jacques Desmet (Maujeni), in: Lë Sauvèrdia, 302, 2013

 

Noyé

 

Nwêri di gayète su 1′ nîve èdjaléye,

Clotchîs, sonez one sitampéye,

L’ Avièrje, assatchîye, clincîye si tièsse

Su s’-t-èfant, mièrnu, sins pont d’ pèces!

 

Min.me nin one chabrake po 1′ garanti. 

Do frwèd, l’ gadelot stindu dins lès strins.

Dès twèles d’ aragne à dispaurpi

Pindenut dè l’ twèt qui toûne à rin.

I triyane su l’ amindji dès bièsses,

L’ Èfant qu’ on-a lomé Jésus.
Li boû èt 1′ baudet li fujenut fièsse,
Po 1′ richandi, sofèlenut d’ssus.

 

Dissus l’ fayé twèt, tot laudje di nîve

Tchaît one musike qui djouwe “Noyé!” ,

One tchanson qui rupaujîye dès fîves ;

Lès bièrdjîs qui tchantenut Noyé !

 

Jean Flesch(Pèrwez), in: Lë Sauvèrdia; 321, 2015

 

À Noyé.

Lë brouyârd dë décimbe vént rascouvië l’ tchèrwé

Et c’è-st-à pwin.ne s’on vwèt lès maujones dè vëladje.

Wai ! One voléye dë sprouwes n’ fait qu’ passer èt r’passer,

Choûtez dins lès grands plopes, lë mwaîs vint que somadje.

I vourot bén trover s’ place dëdins lë p’tët trau,

Djouwer avou lès scâyes, kèki 1’ cok dè clotchi.

Broquer dins on-aurmi èt mète tôt à maulvau,

Alér grawi lès plëmes dès pôyes dë nosse poli.

Come i n’ sét fé à s’ mode, v’ià qu’ë s’ kèdje dë nwèreûs

Et i dësplëme lès-andjes, vraimint corne on moudreû…

Lë têre èst tote kèrdjîye pa leûs blankès dëspouyes.

Së 1’ dagne portant, c’èst fièsse ! Poqwè oyë fait ça ?

Së dè strin, on-èfant, on boû, one marne, on pa,

Avou on grës baudèt ont d’l’amour plin lès-ouy.

Jean Guillaume (Fosse / Fosses-la-Ville)

 

Sondjerîye po l’ Noyé

 

V’s-avoz d’dchindu su lès flotchîyes

Come dins lès fauves…

C’ èst dins mi stauve

Qui dj’ a t’nu vos mwins rafrèdîyes.

 

Dji n’ a pont d’feu po vos r’chandi,

Dji n’ so qu’on pôve, on pôve pitit.

V’loz bin v’nu d’mèrer avou nos ?

Dj’ ènn’ a m’ sô d’ ièsse li raculot,

Èt nos crècherans èchone

Come lès deùs gâtés dè l’ maujone.

 

I gn-a dès-ans qui dj’ vos ratind,

Dj’ è d’viséve co gn-a nin longtimps

Avou m’ mârine aus bèlès fauves.

 

Dji n’ a pont d’ feu po vos r’chandi,

Mins dins li stauve

Qui c’ èst da li

I gn-a nosse boû qu’ a spaurgnî s’ foûre :

Po qu’ on-z-eûche mèyeûs d’ s’ î raploûre.

 

Et sulmètant qu’ i reûmîyerè,

Dji m’ asglignerè

Dissus tès pîres

Po qu’ vosse moman si laîye adîre.

 

Pace qu’ i gn-a si longtimps, vèyoz,

Qui dji t’ ratind, mi p’tit bèdot…

 

Joseph Calozet

 

Noyé d’ guêre

 

Poqwè brèyoz, mès pôvès djins ?

Li nêt d’ Noyé, lès-ôtes-anéyes,

Quand lès matines astint sonéyes,

Tortos èsson.ne vos keûrs tchantint !

—  C’ èst qui d’pôy don, partout, c’ èst 1′ guêre

Èt dji sondjans à nos sôdârs.

Po v’nu nos rinde on pau d’èspwâr,

Ô, p’tit Jésus, d’chindez su 1′ têre.

Po 1′ deûzin.me côp, mes pôvès djins,

Voci 1′ Noyé ; come l’ ôte anèye,

Vos-astez co todi d’zoûrnèyes

Quand tos lès-andjes sont si contint !

—  Comint tchantè pusqui c’ èst 1′ guêre ?

On braît sès pon.nes èt sès maleûrs.

Èst-ce po nos v’nu rinde li boneûr

Ô, p’tit Jésus, qu’ vos v’nez su 1′ têre ?

Po 1′ treûzin.me côp, mes pôvès djins,

Vos-ouy sont co tôot rimplis d’ lârmes.

Faut-i co-z-ôre li brût dès-ârmes,

Quand Jésus dit « In.mez-vos bin ! »

—  Â ! quand vièrans-dje li fin do l’ guêre ?

On pièrd coradje à tant sofru !

Èst-ce po vèy tos vos fis moru,

Ô, p’tit Jésus, qu’ vos v’nez su 1′ têre ?

 

Louis Moreau (Djodogne / Jodoigne)

 

Bèrceûse dë Noyé

 

Rèvant

Tortos 

Nosse dame

À l’ fîye

L’ èdâme.

Abîye
Vènoz !

Noyé ! Noyé !

Veyoz

L’ Mèssîye,

Marîye,

Èst né !

Quë prîye
A gngnos.

Noyé ! Noyé !

D’lé lèye, Jésus,

L’ èfant èst né !

Somèye.

 

Lucien Maréchal, in : CW, 10, 1958, p.164 (1917)

 

Noyé

 

Volà d’ ça d’ abôurd deûs mile ans

Qu’ a v’nu au monde li Sint Èfant

Dè l’ seûle Vièrje qu’ a stî Mére.

Noyé, Noyé, nos l’ fièstéyerans

Tant qu’ nos sèrans su l’ tére!

 

Didins on stauve, il èst d’chindu,

Èt lès bièrdjis ont acouru

Dè l’ nêt pa totes les voûyes

Dilé l’ Sauveûr tant ratindu,,

Tortos, po l’ vinu vouy.

 

Dissus do foûr, dins l’ crèpe di bwès,

Li poûve pitit tron.neûve di frèd.

Sins seûlemint one fachète.

Si bia p’tit cwârp èsteut tot rwèd.

Maîs i fieut d’djà risète.

 

Tot ossi toût qu’ is l’ ont r’wêti

Come on-andje vinu do stwali,

Is-ont criyi mèrvèye!

Is l’ admirin’ dèl l’ tièsse aus pîds

Dins one djoûye sins parèye.

 

— A, vormint, è-st-i binin.mé!

— Qués bias p’tits ouys, que bia p’tit nez!

— Lèyîz-me qui djè l’ rabrèsse!

— Par li, nos sèrans pârdonés

Di totes nos laîdès djèsses!

Adon, tortotes, lès brâvès djins

Ont apwarté dins leû d’vantrin

Po l’ Èfant èt l’ djon.ne Mére

Dès bias linçoûs, dès tchoûds moussemints

Èco trinte-chîs afaîres.

 

On lès-î done do tiène lacia,

Do pwin, dès bias-ous tot novias,

Do suke, do bûre, dè l’ crin.me,

Chacun apwate tot ç’ qu’ il a volu sièrvu li-min.me.

On faît blameter on feu d’ fagots

… Po restchaufer li p’tit bèdot,

Sint Josèf èt Marîye,

Adon tortos on s’ tape à gngnos,

Èt on tchante, èt on prîye.

 

Noyé, Noyé, d’peûy deûs mile ans,

On vos fièstéye è tot tchantant

Didins totes nos-èglîjes;

En l’ oneûr dè l’ Mére èt d’ l’ Èfant,

On d’meûre bin taurd à l’ chîje.

 

Mais ç’te-anéye-ci, l’ djoû do Noyé,

On priyerè co bin pus qu’ jamaîs,

Tortos, lès vis, lès djon.nes,

Pace qui tos lès keûrs sont sèrés

Dissus l’ poûve têre qui sone.

 

Dijoz, binin.mé p’tit Jésus,

Fioz-nos cor on coûp audjoûrdu

Li grâce di nos rèsponde.

Dès milions d’ djins vos l’ dimandenut :

« Ramwinrnez l’ Paîs su l’ monde! »

 

Marcelle Fochon-Uyttebrouck (Lautu / Lathuy), in : Lë Sauvèrdia, 270, 2009

 

On p’tët sapén d’ Noyé

 

On tot p’tët sapén,

Au d’bout dè djardén,

Èstot mau-contint

D’ èsse choyë pa l’ vint.

Ël a tant rûti *

Qu’ on l’ a v’në rauyi,

Qwè-ce quë dj’ va dëvenë,

D’jeûve-t-ë…

 

Ë së r’trove asteûre,

Po s’ pës grand bouneûr,

Dëlé dès-èfants

Quë s’ rafiyenèt tant

Dè p’lë 1′ dècorer

Po fièster 1′ Noyé.

 

Boules, boujîyes, guirlandes.

n-a rén quë manke.

Lë bia p’tët sapén,

On 1′ pout sëpôser,

Dins sès nous moussemints,

Èst seûr bén contint !

 

rûti, ronchonner

 

Marcelle Fochon-Uyttebrouck (Lautû / Lathuy), in : Lë Sauvèrdia, 280, 2010

 

Rén qu’ dè bouneûr !

 

On blanc Noyé…

On vèt’ sapén :

Dès-èfants 1′ vont garnë

Avou bén dè plaîjë.

Vèyoz dins leûs-ouys, n-a dès stwèles !

Lès boules dè 1′ sapén sont së bèles !

Qwè-ce quë lë p’tët Papa Noyé

Va l’zi apwarter :

On trén électrëke,

One bwèsse à mësëke,

One poupe tote croléye,

On jènèral èt s’-t-arméye

En vèyant leûs cadaus d’zos 1′ sapén,

Lès-èfants sautèleront d’ bënaujeté

Èt dins lès-ouys dè leûs parints,            

Rachonés autou d’ zèls,

Lë bouneûr rëglatërè sûremint

Come mële pëtëts pièles..

 

Marina Thys (Sint-Mau / St-Marc) (12 ans)

 

Li Noyé

 

On djoû, à méy-nét, è l’ uviêr, à Bètléyèm, on-z-a oyu on p’tit èfant qu’ brèyeut. Tot l’ viladje a stî veûy. On vèyeûve Marîye qui r’waîteûve avou dès-ouys di vraîye moman.

Djôsèf riwaîteûve tot d’jant : « Qué bia èfant ! » Li boû èt l’baudet soflin.n, soflin.n peû qu’ i n’ eûye frèd. Li bièrdji, li, a stî l’ prumî arivé. Lès

Rwès-Mâjes, zèls, vont v’nu l’ lèdemwin, avou dès pakèts plin leûs mwins. Allélouyâ ! Allélouyà ! Qui l’ Noyé è-st-one saqwè d’bia !

 

Nût d’ Noyé (anon.)

 

Lès-aubes ont grété lès nûléyes,

I son.ne sipè dès plomions d’ nîve,

Lès chabots dagnenut su 1′ pavéye,

Lès lantiènes blamenut dins leûs fîves.

Su 1′ vôye qui nos min.ne à l’ èglîje.

Li vint a chové lès nûléyes,

Nos masales rodjichenut d’zos l’ bîje

On s’ rafîye tot laudje dè l’ vièspréye.

 

Philippe Maudoux

 

Chîje di Noyé

 

Si, quékefîye, vos-avoz l’ idéye

Di nos raprinde à n’s-ayèssi

Èt a n’ pus vèy pèrson.ne èvi

Vinoz par ci fé ène toûrnêye.

 

N’ èraloz pus è Galiléye ;

À chakin s ‘ toû, i faut candji.

Si v’s-avoz freud, pou vos r’chandi,

Li madjustêre f’ra ‘ne bone feuwéye.

 

Vinoz rademint pou ragaîyi

Lès rascrauwes, lès disbautchis

Èt rapauji tos lès toûrmints.

 

Vinoz t’t-à l’eure, sins pus taurdji

Choûtoz lès clokes di nosse payis:

Pour vos, èles sonenut lès drèlins.(x)

 

(x) soner lès drèlins = soner à plin.ne voléye

 

 

Roger Tabareux, in: Poésies wallonnes, Li bia lingadje di nos tayons, s.d.

 

Noyé dès mau tchaussis

 

Avoz sondji aus mau tchaussis

Aus cis qu’ ont fwin èt qui n’ ont rin

Qu’ one freude cayute avou do strin

Pace qu’ is n’ont pont d sous po lodji?

Avoz sondji aus mau tchaussis

Qui rachènerint voltî on plat

Qu’ lès-invités ont lèyi là

Pace qui gn-aveut trop d’amougni?

Mi, dj’ aî sondji aus mau tchaussis

Qu’ on-z-a r’baurè 1′ preumî Noyé

Pace qui ç nêt-là, li Rwè dès Rwès

C’ èsteut bin 1′ Fis dès mau tchaussis.

 

Roger Tabareux, in: Poésies wallonnes, Li bia lingadje di nos tayons, s.d.

 

Li sapin do Noyé

 

Dj’ aî v’nu au monde dins lès-Ârdènes

Catchi vêlà dins totes lès spènes.

Dj’ èsteu au r’cwè èt dj’ aî crèchu

Maîs on bia djoû, on m’ a vèyu.

 

On m’ a côpè d’ on côp d’ atchète

Po m’ foute après dins one bèrwète.

On m’ a mwinrnè au diâle pus lon

Po rèche vêci è vosse maujon.

N’s-avans tortos 1′ min.me dèstinéye:

On nos vint coude su l fin d’ l’ anéye.

Nos pôrins co vikè longtimps

S’ on laîreut là lès p’tits sapins.

Dji n’ vôreu nin vos fè do l ‘pwin.ne

Dj’ n’ aî pont d’ raucune, co mwins’ di in.ne

Èt si tos lès-omes sèrint come mi

Is n si veûyerint nin si èvi.

 

Roger Tabareux, in: Poésies wallonnes, Li bia lingadje di nos tayons, s.d.

 

Li bièrdjî d’ Bètléyèm

 

Qui dj su binauje, mi chér Èfant,

Do vos trouvè catchî vêci.

Dji v’ ratindeûve dispû dès-ans

Avou mès tchins èt mès bèrbis.

Dji su trop pôve po vos-ofri

One noûve fachète èt dès dintèles

Maîs si ça pout vos fè plaîji

Volà m èchèpe èt on pau d’ mièl.

Dji su come vos, dj’ n’ aî quausu rin

Qu’ one iute di strin èt do l’ misére.

Dj’ aî dès-èfants qui môrenut d’ fwin

Èt qu’ somadjenut addé leû mére.

Vos, qu’ èst 1′ grand maîsse èt qui sét tot

Poqwè n’ v’loz nin qu’ on mougne à s’ fwin

Èt qu gn-eûye do pwin por zèls tortos?

Come ça, vèyoz, is s’rint contints.

Faut bin qu’ dj’ èrvaye dé mès-èfants

Po lès sogni, lès rapauji.

Dji roviès m’ satch. À r’vôye, Èfant.

Mirauke!, di-st-i, m’ satch èst rimpli.

 

Roger Viroux

 

On conte do Noyé

 

C’ èsteûve timps de 1′ guère, en 1943. I gn-aveûve one pitite bauchèle qui s’ man aveûve sitî touwéye en 1940 dins on bombârdèmint à Avesnes, dins 1′ Nord dè 1′ France èt qui s’ pa èsteûve prîjnî bin lon è l’ Alemagne.

Èle dimèreûve avou s’ vîye grand-mére qui d’veûve aler à 1′ djoûrnéye po lès noûri, zèles deûs èt leû tchèt.

Èles n’avin.n wêre di caurs èt ç’ aleûve ièsse Sint-Nicolès ! Come èlle èsteûve sâje, èle mèteûve tos lès djoûs au nût sès chabots pa-d’vant li tch’minéye, tot pinsant qu’ sint Nicolès nè 1′ p’leûve nin rovyî.

Lès-ôtès bauchèles qu’ èstin.n è scole avou lèye dimandin.n one contrèmasse d’ afaîres, mins come èlle aveûve tofêr mwins’ qui l’s-ôtes, èle ni d’mandeûve qu’ one pitite poupène, mins one qui sèrereûve sès-ouys quand on 1′ coûtchereûve.

Mins Sint Nicolès, què lî mèteûve tos lès djoûs saquants nwèjes ou saquants fayèmes dins sès chabots, l’ aveûve rovyî 1′ djoû qu’ èle li ratindeûve avou 1′ poupène !

I gn-aveûve dès nwèjes plin sès chabots, mins pont d’ poupène ! Èt 1′ lèdemwin, è scole, quand l’s-ôtes avin.n raconté tot ç’ qu’ èlle avin.n ieû, èlle aveûve divu braîre èt raconter à s’ Madame qui sint Nicolès aveûve passé iute di s’ maujo.

Madame lî aveûve dit à doze eûres di bin dîre sès pâtèrs èt qu’ sint Nicolès vêreûve quékefîye. I diveneûve vîy, dijeûve-t-èle, èt i s’ brouyeûve co bin. Mins i choutereûve sûremint sès priyéres, èt co li P’tit Jésus !

Èt 1′ djoû do Noyé au matin, qwè-ce qu’ i gn-aveûve dins one bwèsse aus solés pa-d’vant li tch’minéye ? One bèle poupène qui sèreûve sès-ouys, quand èle si coûtcheûve èt lès r’douviè, quand on 1′ rastampeûve ou l’ achîr !

Qwè-ce qui s’ aveûve passé ? Sint Nicolès èsteûve ruvenu, èt lès vijins èt Madame di li scole l’ avin.n vèyu !

Mins come i fieûve pus frèd, il aveûve mètu on pus tchôd mantia, on rodje avou on bôrd di blanke foûrûre !

Gn-a dès cias qui dîyenut qu’ c’ èst 1′ Pére Noyé, mins c’ èst pace qu’ is n’ séyenut nin qu’ c’ èst sint Nicolès li-min.me qui r’vint po ayèssî lès p’tits-èfants qu’ il a rovyî !

 

Théo Binamé, in : CW, 2, 1959, p.43

 

Noyé

 

Li p’tit Jésus

Èst dischindu

Li têre èst bèle

Dins s’ blanc mantia

Come lès d’mwèsèles

On djoû d’ solia.

 

Li Rwè dès rwès

Qui s’ a faît ome

Sondjant à s’ crwès

Faît on p’tit some

Lès-èfants sâjes

Tot come lès mâjes

Vêront d’lé Li

Po L’ rimèrci.

 

Li bon baudèt

R’chandit l’ bon Dè,

Li boû fait 1′ min.me

Avou s’-t-alin.ne

Èt sinte Marîye

Èst là qui prîye

Djôsèf ossi è-st-asglignî.

Méye-nêt, crétyins :

A gngnos, mès djins!

Jésus èst né

Po nos racheter :

One tinre lumiére,

On fwârt doûs tchant,

Cor one priyére

Po 1′ chér èfant.

 

Vincent Lobet (Warèt / Waret), in : Novèles 55, 2002, p.13

 

Li Rwè (conte do Noyé)

 

Il èstîne à trwès :

Li feume, Marîye, avou s’-t-ome, Djôseuf,

Èt l’ novia-né racrapoté,

Qui r’choneut fwârt si mame

Ou quékefîye bin s’ pa !

Dji dîreu min.me qu’ i gn-aveut èto

One miète di s’ vîye cousène Èlisabèt’

Èt on fameûs bokèt do sint-Èsprit !

 

Il èstîne à trwès

Dins on stauve di bièrdjî :

Li baudèt, li boû èt l’ bèdot,

Qui soflîne chake à toû .

Po rèstchaufer li p’tit

Qui brèyeut èt braîre après s’ tète !

 

ll èstîne à trwès

Avou leûs-éyes :

Li Micaèl, bia come li Bon Diè,

Li Gabriyèl djouwant do l’ trompète

Et l’ Rafaèl rawaîtant li stwèle

Qui lumeut à l’ copète !

 

Il èstîne à trwès

Mèlkiyôr, Balthazâr èt Gaspârd

Su leûs chamaus .

Avou dès banseléyes di cadaus !

Gn-aveûve di l’ encens, do l’ mire èt d’ l’ ôr,

Come si l’ gamin à ç’-t-âdje-là

Aleut djouwer avou tot ça !

 

Èt mi, tot seû,

A gngnos pa-d’vant lès grands-ouys rèwèyîs d’ l’ èfant,

Dji sondjeu:.

« Ci p’tit-là d’ doze djoûs avou on si bia p’tit visadje

qui r’muweut ciél èt têre,

Dji wadje qui c’ èst d’djà on Rwè ! »

 

dès mots:

on-z-è-st-à deûs, à trwès, à quate,… à bran.mint

racrapoté : r’plèyî su li min.me : ramoncelé

on r’chone one saquî (F) on ressemble à quelqu’un

chake à toû (èt on rajoute : come à cofèsse)

one banseléye : li valichance d’one banse.

 

Andrée Flesch (Pèrwé / Perwez), Lès noyés d’adon, in: Lë Sauvèrdia, 341, 2017

 

A ! qu’èst-ce què dj’ m’ è sovéns, dès Noyés dë ç’ timps-là !

Dè sapén, dès guërlandes, dès boles dë totes lès sôrtes,

Dès brëbôses qu’ on-avot, dès cougnous tot rossias

Èt dë nos vîyès djins quand is djouwine aus cautes.

 

Dès raplous en famële tot-autoû d’ one grande tauve,

Dè l’ dîne quë grand man.man cûjeûve amoûreûsemint,

Së l’ côp d’ quatre eûres, sovint, èle mèteûve co dès-auves,

Li pèkèt quë lès-omes bèvine bén djintëmint.

 

Djë vwè co lès cougnous avou leû bèle botroule,

Is-èstine së bén bias qu’ on n’ lès waseûve mindji.

Djë r’vwè co grand-papa avou on tchapia-boule,

Së p’tët blanc col cassé qu’ ë mèteûve aus grands djous.

 

À l’ cujëne, nosse grand-mére arè byin rindë pwin.ne,

Djë vwè co s’ cèdrî d’sôye : c’ èstot së cèdri d’ fièsse.

Nos-ôtes, dëssës sès gngnos, nos li fyine piède alin.ne,

Télemint quë nos djëpeline à lî doner mau s’ tièsse.

 

On dëscôpeûve lë buche quand méye-naît s’a nonçeûve,

Grand-mére l’ avot gamë avou dè chocolat !

C’ è-st-adon quë m’ papa, dë s’ grosse vwès entoneûve

« Minuit chrétiens » qu’ ë fieûve tron.ner tot avaur-là.

 

Oyë, c’ èstot l’ bon timps èt l’ vîye dins nos campagnes,

Quë laît tot plin d’ sovenances dins nos timps d’ audjourdë

Come tot a bén candji, s’ on n’ jëre quë pa l’ champagne.

Dès sovenances come lès nosses, lès djon.nes, ènn’ aront-ës ?

 

Gérard  Doumont (Fosse / Fosses-la-Ville) (24/01/2002)

 

Li  stwale do Noyé 

 

I gn-aveûve on côp one sitwale qui lumeûve avou bran.mint d’s-ôtes, avou dès cints, dès miles, dès miliârds d’ ôtes qui r’glatichenut dins li stwalî.

Ô ! One sitwale tote paujêre, ni pus bèle, ni pus grosse ni pus djane qu’ one ôte. Ayi , one fayéye lumerote qui, tot jusse à one ascauchîye dè1′ lune, done dè 1 ‘ cléreû auzès nêts dè l’ têre.

Mins do trèvint d’ one nêt d’ décimbe, li stwale infèle, infèle èt r’glati bran.mint pus fwârt.

” Qwè -ce qu’ i m’ arive, don ?” s’ apinse li stwale tote èfoufyîye. C’ èst bin l’ vraî: èle lume di pus qu’ one ôte, èle ride au d’truviès do grand stwalî.

Sins pont fé d’ chichi, èle rèspond au Bon Diè què lî a d’mandé d’ prinde si baston po roter su l’ bètchète di sès pîds, dins lès pîsintes do ciél.                                                                                          

Su l’ têre,on-astronome si lomeûve Gaspârd ; i carwaiteûve li stwale – bèle au d’là, avou sès sbarés-ouys, sins bèrikes, sins lorgnon.

Volà, tot d’ on côp, qu ‘il a oyu causer l’ gros quinkèt do stwalî :

” Vinoz,chûvoz-me ! Purdoz :vos clicotias ! èvôye ! One paskéye di tos lès diâles nos ratind èmon lès djwifs di Palèstine. Pont d’ angouche : dji vos mwin.nerè! ” Aus-aprustadjes do grand voyadje, il èmwin.ne deûs soçons avou li : is s’ lomenut Baltazâr èt Mèlkîyôr. Trwès rwès mâjes, trwès rwès sâjes . . . trwès rwès qui tchantin.n come dès galopias, po s’ diner do coradje :

 

« Mèlkîyôr èt Baltazâr

Sont paurtis d’ l’ Afrike.                                                              

Mèlkîyôr èt Baltazâr

Sont paurtis d’ Afrike

Avou li rwè Gaspârd .

Il ont roté tos lès trwès

Dizos lès stwales …

Il ont roté tos lès trwès

Dizos lès stwales … »

 

Vo-lès-là su tchamps su vôyes, dins lès bosses èt lès fosses, rotant pa-t’t-avau l’sauvlon,è l’ ombe di leûs chamaus.

Di-d-vêlà pa-d’zeû,li stwale faît chonance di leû dîre :

” Dispêtchîz vos. Pont d’ timps à piède ! C’est nin l’momint d’ trin.ner 1 ‘ savate èt d ‘ grawyî è s ‘nez. “

À l’ vièspréye do 24 di décimbe, li stwale ni s’sint pus. Èle leû crîye : ” Dji m’ èva vêla, à Bètléyèm, èwou-ce qui nos distèlerans nos bièsses po d’ bon. Dji lumerè si fwârt qui vos m’ vièroz di-d-lon : vos r’coniroz vosse vôye aujîyemint.”

Li nêt do Noyé, li stwale vout lumer li skèpiadje di l’ èfant èt èle s’ astaudje, vêla, tot jusse pa-d’zeû one grègne, dins lès campagnes. À méyenêt, dins li stauve, 1′ èfant tot novia, tot frîleûs hûle à tot skèter maugré l’ tchôde  alin.ne d’ on vîy boû èt d ‘ on nwâr baudèt : li stwale va stitchî on rè d’ lumiére ètur  lès tchamosséyès plantches po carèssî longtimps li ramoncèlemint dès djins èt dès bièsses.

Binauje, èle riglatit come on novia solia ; èle bwêle li novèle aus sèt’ cint mile diâles pa-t’t-avau li stwalî.

” C’ èst vêci, purdoz vos djambes à vosse cô : li Noyé èst là !” Lès preumîs à-z-acouru  –  vos 1′ savoz bin ! – : dès minâbes bièrdjîs; il ont stî rèwèyî pau p’tit solia de l’ nêt èt trossenut avou dès rîres plin leû capotine. Pus taurd, si on curieûs a lèyî l’ uch à craye, li stwale do Noyé mougne 1 ‘èfant d’ sès ouys. Èle riglatit come li sorîre d’ one moman.

Mins, piyâne-piyâne, li stwale pâlit; èle vint d’ viker su dès tchôdès breûjes, su wêre di timps.;      

…èlle a grochi, èlle a r’glati

èlle a ridé au d’truviès do stwalî                                  .

èlle a mwinrné lès rwès mâjes

èlle a faît clignèter sès bias ouys

Pinsoz bin qui, po one fayéye sitwale, ci n’ èst nin dè l’ pitite bîre. Li djoû qu’ èlle a vèyu ariver l’ atèléye dès trwès rwès, èlle a compris.sins tchikèter qui 1′ bèle paskéye sèreut bin rade iute.

Èlle èst scranse, èle trèssine di pwin.ne ; tènawète, èco, èle si stitche d’ one lumerote, jusse po djonde 1′ èfant ; ça lî rind – one miète – dè 1′ fwace èt do coradje….:..

Tèlmètant qu’ Jésus, Marîye èt Djosèf laîyenut 1′ grègne padrî zèls, is faîyenut sine “à r’vôy” à 1′ sitwale. Lèye, à 1′ fine copète dè l’ bawète, èle lès waîte pèter èvôye : li pwin.ne li rèmoût.

Do trèvint di ç’ prèmî Noyé-là, li stwale s’ a sintu fwârt naujîye. Èle s’ a sintu si fwèbe qu’ èlle a ieû hausse di si r’pwaser su l’ plantchî dès gades. C’ èst ç’ qu’ èlle a fait à l’ aîreû d’ on bia djoû. Tot s’ coûtchant su l’ têre, li stwale do Noyé s’ a spiyî à mile bokèts, à miliârds di p’titès stwales : dès miliârds di gotes di roséye. Volà duvint-ce qui, li djoû d’ odjoûrdu, dins 1′ lumiére do matin, lès gotes di roséye lumenut èt r’glati come dès poûssêres di stwale, come dès voyantès bauchèles di leû man do Noyé.

Mi ossi, dji sin qu’ dji d’vin flauw. Dji seu min.me ode pa  m’ tchôkemwârt… Non, mès djins, dijoz-me, dijoz-me qui m’ fauve èsteûve paujêre come on bia sondje …

 

Guy Brener (Loyers / Loyî), in : Les Cahiers Wallons, 6, 2005

 

Chîje di Noyé

I n’ faît nin fwârt bia po l’ djoû di d’vant l’ Noyé! On vraî timps d’ Tossint! I brouyârdéye one miète èt one tote fine bruwène mousse jusqu’ au trèfond dès-ouchas d’ tot l’ monde !

Portant, lès djins ont l’ aîr binaujes; lès « Bon Noyé » vêci èt lès « Bonès fièsses !» vêla spitenut pa-t’t-avau l’ place, li place d’ Ârmes qui r’glatit pa-d’zos dès miles èt dès miles di p’titès lumerotes di totes lès coleûrs. Quéne copicherîye autoû dès p’tits botikias d’ plantches qu’ on-z-a mètu là po lès fièsses ! À n’ sawè sûre po lès mârtchands, valèt One miète pus Ion, c’ èst Sambe qui s’ vint racwèti dins lès brès d’ Moûse, c’ èst l’ citadèle qu’ a mètu s’ bia costume di lumières èt l’ vî pont d’ Djambe qu’ a d’djà tant conu dès djoûs come cit’ci…

Lès djins avin.n rèchu fou dès bûraus pu timpe qu’ à l’ abitude èt fé leûs dêrènès comissions po l’ chîje di Noyé. C’ èst qu’ tot dwèt ièsse prèt’ po l’ soper… L’ amougnî èt lès vins qui vont avou, one bèle tauve bin mètûwe, lès bistokes au pîd do grand sapin èt qu’ tot l’ monde ratind abîye…

Zèls èto, i s’ ont rachoné. Ouate vîs camarades qu’ i gn-a mwints-ans qui s’ ritrovenut po fé l’ fièsse ! Robert, Djan, Djôsèf èt l’ Nèsse.

Li Bêrt, c’ èst l’ pus vî dè l’ soce, swèssante iût-ans ayîr à l’ nêt. C’ èst « l’ Toké » qui l’ lomenut, ses soçons… maîs ci n’ èst nin pace qu’ il èst pus fô qu’ on-ôte… Non.na, c’ èst pace qui, dispeûy todi, il aurdéye è s’ pôrtèfouye on vî pôrtraît tot djani èwoù-ce qu’ on l’ vwèt astampé pa-d’vant one grande sitûve di fonte… Su s’ tièsse, on hôt blanc tchapia d’ cûjenî… C’ èst qui ‘nn’ a d’djà apontyî, dès crânes di sopers à l’ôtél qu’ il î bouteûve come chèf dins lès coujènes.

Djan, li, c’ èst « li P’tit Bleuw ». Tot ça pace qui dins l’ timps, il ovreûve à l’ Posse. Pace qu’ i vèyeûve èvi li scole, à quatôze ans, on l’ aveûve ègadjî come pwârteû d’ dépêches. Ènn’ a-t-i faît, dès kilomètes à vélo… Nameur, Djambe, Dauve, Salzène… C’ èst li qui fieûve sawè lès novèles… lès bones, lès mwaîjes… lès cènes qui faîyenut rîre èt lès cènes qui faîyenut braîre… Saquants mots qu’ on-z-aveûve colé su l’ bleuw papî do tèlègrame…

Djôsèf, c’ èst « l’ Pîlaud » ! Todi à s’ plinde… do timps qu’ i faît, do brut dès-aviyons, do vikadje d’ asteûre, dès djins qui coûrenut todi come dès tchins dislachîs, sins min.me sawè poqwè…

Po fini, gn-a l’ Nèsse, qu’ on n’a jamaîs lomé ôtrèmint…

 

Èt vo-lès-là co zèls quate po l’ chîje di Noyé ! Rin qu’ zèls quate ! Pont d’ feume… pont d’ comére… O, ci n’ èst nin pace qu’ èles n’ont nin v’lu, maîs is ‘nn’ ont pupont. Is sont fins mièrseûs pace qui c’ è-st-insi qu’ ça d’veûve aler…

Robert èst veuf… On bièsse acsidint, come tos lès-acsidints. One auto qui rôle trop rade, qui gripe su l’ acotemint èt staurer saquants djins… On jendâme qui bouche à l’ uch èt lî fé sawè qui s’ feume a stî spotchîye èt qu’ èlle a rindu l’ âme tot d’ swîte. Èle n’ a nin ieû mau, à ç’ qu’ i dit… Maîs Robert, li !

C’ è-st-alôrs’ qu’ i s’ a mètu à bwâre. One miète po c’mincî, rin qu’ po mia t’nu bon. Après, brâmint d’pus po rovyî qu’ i bèveûve one miète ! On l’ a foutu à l’ uch di l’ ôtél pace qu’ afîye, i scroteûve co bin one bone botèye ou deûs à n’ pus sawè d’meurer astampé.

Djan èt Djôsèf, is s’ avin.n’ marié zèls èto, maîs come brâmint qu’ i gn-a asteûre, il avin.n fini pa d’vôrcer… Sins min.me sawè poqwè…

Li Nèsse, il a todi d’meuré vî djon.ne ome : si man l’ aveûve si télemint « cové » s’ apinse qu’ on dit, qu’ il aveûve peû dès coméres. À s’ chonance, i n’ pleûve rin awè d’ bon là-d’dins… I d’djeûve tofêr qu’ èles « n’avin.n’ pont d’ gout èt qu’ èlle èstin.n moles èt flitches come dès lokes…»

Chake di zèls aveûve si caractêre èt portant, is fièstin.n todi l’ chîje di Noyé tos lès quate èchone.

Is n’ ont nin co mètu l’ tauve ni-z-apontyî one saqwè. Poqwè s’ fé do mwaîs song avou ça pwisqu’ on l’zeû va apwârter leû soper ? Alôrs’, is bèrdèlenut èt rîre èt s’ raconter dès fauves…

Adompwîs, Robert s’ a stampé : « Dijoz, lès soçons, ci n’ èst nin l’ Noyé tos lès djoûs… Qwè pinserîz d’o n p’tit « apéritif » po-z-èdaumer nosse chîje ? Dj’ a tot ç’ qu’ i faut… on bon p’tit vin qui vos m’ è dîroz dès novèles èt qu’ dj’ a mètu d’ costé po audjoûrdu…»

Lès trwès-ôtes ont clapé dins leûs mwins èt abîye disbouchî l’ botèye !

 

Dins l’ nwâricheû qu’ aveûve rascouviè Nameur, lès reuwes, li Citadèle, li vî pont d’ Djambe, li pont dès-Ardènes riglatichin.n co d’ pus qui t’t-à l’eûre… Dins lès maujones, lès-èfants fyin.n dès-ouys come dès sârlètes tot waîtant l’ sapin èt lès pakèts bin rèvolpés dins do bia r’lûjant papî, qu’ on-z-î aveûve mètu.

« Li Toké » èt lès soçons ont ieû rade faît d’ wîdî l’ botéye. Li vin, c’ èst come lès mots… On vêre ènn’ atire todi d’s-ôtes. Èt l’ ton a monté d’ on scayon… Quand i sont-st-èchone, c’ èst todi lès min.mès-afaîres qui s’ contenut. Jamaîs rin d’ novia… C’ èst d’ amichtûre qu’ il ont dandjî ! Èt d ‘ièsse èchone !…

Is sont là sins pont d’ feume, sins pont d’èfant… Pont d’ obligâcions èt nin dandjî di s’ dispêtchî… gn-a nin l’ feu ! Èt il ont èdaumé l’ deûzyin.me botèye…

Po l’ momint dins lès maujones d’ avaurlà, on-z-a d’dja fini lès prumêrès miscoterîyes… lès platès mosses èt tot ç’ qui va avou… Èt asteûre, on discôpe li din.ne, one miète trop sètche come d’ abitude, min.me en l’ ramouyant avou dè l’ sauce à l’ crin.me. Tot l’ monde cause avou tot l’ monde. Lès-èfants, zèls, is n’ faîyenut pont d’ bin po-z-awè leûs cadaus. Is n’ ont min.me pus fwim, dîjenut-is !

Lès quate soçons achèvin.n li botéye quand one auto a frin.né nin lon èri. Robert s’ a astampé l’ prumî… « C’ èst ça, lès-omes ! Volà nosse soper qu’ arive !»

Èt il ont couru tortos jusqu’à l’ camionète. Li tchaufeû a douvièt l’ uch di-d’drî èt rimpli one jate di sope po chakin d’ zèls. I l’zeû a d’né on gros pwin qui sinteûve bon l’ campagne, quate cougnous èt r’griper abîye è l’ auto do « Secours Populaire». Gn-aveûve co si télemint d’ pôves mivés èt d’ lèyîs là qu’ i faleûve sièrvu !

Alôrs’, li Toké, li P’tit Bleuw, li Pîlaud èt l’ Nèsse ont ralé s’ mète à iute è leû maujone d’ one nêt, èwoù-ce qu’ is s’ rachonenut on côp par an… pa-d’zos l’ pont d’ Djambe. Is n’ ont pus moufeté èt sayî d’ si r’chandi tot rèssèrant leû jate di sope bin tchôde è leûs mwins.

Dismètant qu’ on faît l’ richinchote padrî lès finièsses plin.nes di lumiére, is mougnenut sins rin dîre, dins l’ creuweû, dins l’ nwâri­cheû d’ one chîje di Noyé.

    C’ èst li P’tit Bleuw què l’zeû a fèt l’ surprîje. Quand il ont ieû fini d’ mougnî, il a satchî foû di s’ potche on pakèt d’ cigarètes anglèses… Dès « Players »… Ci qu’ i gn-aveûve di mia à s’ chonance ! « Èt bon Noyé à vos-ôtes tortos, don, lès soçons !», a-t-i dit… Saquants ronds d’ blanke fumêre èt is s’ont èdwârmu tos lès quate dins l’ frèdeû qui l’ vint d’ chwache aveûve co rèfwârcî.

È l’ vile, lès lumiéres ont distindu one après l’ ôte. Papa Noyé aveûve passé èt lès-èfants tot rapaujis avin.n disfaît lès pakèts. Zèls èto, is s’ ont coûtchî… dins leû bon lét tot tchôd. Leû moman lès-a v’nu rabrèssî tot doûcètemint…

« Bon Noyé, don, mi p’tit colaud… èt fioz dès bias sondjes, savoz ! »

 

Henry Matterne (au Saut / Sart-Bernard), in : CW, 6, 2009

 

Li Noyé do Francwès

 

C’ èsteut l’ dicauce à Andwè. On s’ amûseut bin paujêremint èt dan­ser à l’ sâle Liséye. Su l’ côp d’ méye-nêt, gn-a on maîsse djon.ne ome, one miète è-ignî, qu’ a rèclamé l’ danse do cossin. On-z-ènn’ a trové onk tot d’ swîte padrî l’ comptwâr. Por mi, l’ afaîre aveut stî sûremint arindjîye d’ avance. On l’ a mètu à l’ têre au mitan dè l’ place. Lès djon.nes-omes èt lès djon.nès fèyes ont faît on bia rond tot-autoû tot s’ donant l’ mwin. On-z-a d’mandé à one bèle djon.nète do s’ asglignî su l’ cossin. L’ orkèsse a ataké one mârche èt l’ rond s’a mètu à toûrner è dansant. Lès-ouys dès-omes rilûjin.n di plaîji èt d’ invîye. Quî aleut-èle inviter ? Tot d’ on côp, èlle a stindu s’ mwin èt l’ ci qu’ èlle aveut tchwèsi s’ a v’nu asglignî pa-d’vant lèye. I l’ p’Ieut rabrèssî, trwès bètchs, nin d’ pus.

Après, c’ èsteut à l’ ome à d’morer su l’ cossin èt tchwèsi à s’ toûr. Gn-a dès cias qui trichin.n on p’tit côp. Après lès trwès bètchs, is rèclamin.n li TVA ! Èt d’s-ôtes sèrin.n li bauchèle one miète trop fwârt. Is gostin.n lès-acostés do pètchi, s’ apinse nosse vî curé quand i prétcheut su lès dandjîs dès bals.

Po l’ momint, c’ èsteut Dèlfine, li fèye do cinsî d’ Baye qu’èsteut su l’ cossin, one bèle bauchèle d’ aviè vint’ ans. Sès tch’vias coleûr di swèle bin meure bèrôlin.n su sès spales èt catchî à mitan si nosé visadje. Gn-aveut one masse di galants qui courin.n après lèye mins jusqu’asteûre il avin.n ieû tortos one baube di four. Quî aleut-èle tchwèsi ? Ç’ a stî l’ ci qu’ on n’ î aureut jamaîs pinsé ! Èlle a assatchî Francwès, li fis dau banselî. I s’ a avancî tot doûcemint, ça a d’dja choné drole, èt s’ asglignî èt r’waîtî Dèlfine sins rîre. Il èsteut come astamburné, l’ pôve gamin. Èt Dèlfine li r’waîteut ossi èt plonker sès-ouys dins lès sinks. Il èstin.n asbleûwis come pa on côp d’alumwâre. Tot d’on côp, Francwès a sèré Dèlfine dins ses brès èt l’ rabrèssî su sès deus massales mins sès lèpes ont ridé su lès sènes. Dèlfine ni s’ a nin r’ssatchî. Gn-a saquants djon.nes qu’ ont criyî : – Ê là, ê là, doûcemint !

Dèlfine s’ a rastampé sins fé chonance di rin èt s’ aler assîr à one tauve au coron dè l’ sâle. Francwès l’ a stî r’trover quausu ossi rade. Il ont d’moré èchone li rèstant dè l’ chîje.

Is s’ ont r’vèyu mins à catchète. Au pus sovint, i s’ ritrovin.n aus Bolaus, à l’ intréye dè l’ vôye qui mwin.ne au tchèstia. I gn-a là on gros plope qu’ ènn’ a d’dja ètindu di totes lès sôtes : dès promèsses, dès sèrmints, dès mârgayes èt dès discopladjes. On djoû qu’ Françwès rabrèsseut s’ binaméye, gn-a one bone âme qu’ a passé à ç’ momint-là. Èle s’ a faît on d’vwêr d’ aler raconter l’ afaîre au cinsî. Quand Dèlfine a rintré à vélo, li cinsî l’ ratindeut su l’ sou.

– Qu’ èst-ce qui c’ èst qu’ dj’ aprind ? Vos couroz lès vôyes avou l’ fis dau banselî, on mwins’ qui rin, on brichôdeû qui vicote malaujîyemint !

– Dji veu voltî s’ fis, Françwès, il a on bon mèstî, il èst mècanicyin po lès machines di cinse èt i m’ veut voltî ossi.

–  I vos l’ faurè rovî pace qui dji n’ sèrè jamaîs d’acôrd. Vêci vos-avoz do foûr dins vos botes èt vos marîyeroz onk di nosse soce. Qui dji n’ vos-î prinde pus !

Avoz bin compris ?

– Ayi, pa, dj’ a bin compris mins dji n’ marîyerè pèrson.ne d’ ôte ! Si vos-èstoz tièstu, djè l’ su ossi !

Dèlfine a r’vèyu Françwès èt lî raconter l’ brète qu’ èlle aveut ieû avou s’ pa.

–  Si v’s-èstoz todi d’ acôrd, nos ratindrans l’ timps qu ‘i faurè. On djoû ou l’ ôte, i s’ laîrè adîre.

– Dji vos veu voltî, Dèlfine, èt dj’ vos sèrè todi fidéle. Èt lès samwin.nes ont passé, tortotes au pus pènibes.

On djoû, c’ èsteut su l’ difin d’ décimbe, li cinsî ènn’a ‘nn’alé à Cînè. È riv’nant à l’ nêt, li d’chindéye do bwès d’ Ausse èsteut fwârt malaujîye. Gn-aveut dè l’ nîve èt do warglas pa-d’zoz. N’ a-t-i rin vèyu ? Aveut-i bèvu on vêre di trop ? On n’ è sét rin, tantia qu’ il a doblé à on trin d’ diâle nosse Françwès qui rôleut tot doûcemint à vélomo­teûr. I lî a faît on jèsse come po s’ foute di li. Arivé quausu à l’ valéye, il a bolé on fèl côp èt l’ vwèture s’ a mètu di d’truviès. Li cinsî n’ l’ a pus seû maîstri ni l’ ridrèssî. Èlle a bikèté conte on potau èt pwis r’vièsser su l’ twèt o fossé.

Françwès aveut vèyu l’ acsidint. Il èsteut tot seû su L’ vôye. Si prumêre pinséye a stî : – C’ èst l’ bon Diè què l’ a pûni !

Mins i s’ a r’pris tot d’ swîte èt s’ dîre :

– Dji nè l’ pou nin lèyî insi !

Adon, il a acouru au pus abîye. Li cinsî aveut buké s’ tièsse conte li volant èt i n’ fieut pus ni sine ni mine. On c’minceut à sinte l’ èssence, li rèsèrvwâr èsteut quétefîye trawé. Françwès n’ a nin balziné. Il a tant satchî su l’ pôrtiére qu’ èle s’ a douvièt. Il a apicî l’ cinsî pau col di s’ camusole, li trin.ner foû d’ l’ auto èt l’ astoker conte on sapin à l’ intréye do bwès. Il èsteut timps. On-z-a ètindu on « zouf » èt l’ vwèture a flamé come di l’ amadou. One dimèye eûre après, gn-aveut pus qu’ on moncia d’ fèrayes èfumîyes. Quand l’ cinsî a rivenu à li, il aveut on fameûs boûrsia su s’ front. Il a r’conu Françwès qu’ èsteut ascropu pa-d’vant li.

– Qui fioz vêci, vos, Françwès ?

– Bin cinsî, dj’ a l ‘idéye qui dj’ vos-a chapé l’ vîye !

– A, èt m’ vwèture ?

– I n’ è d’meûre nin grand tchôse, èlle a brûlé tote.

– Vos-èstoz on brâve ome, Françwès ! Dji n’ sé comint vos r’mèrcyî !

– N’ è causans nin, cinsî ! Waîtoz d’ èraler au pus rade, vos riskez d’ awè frèd !

– Purdoz m’ vélomoteûr, dj’ èrîrè bin à pîds ! Èt l’ cinsî ènn’ a ‘nn’ alé sins moti.

On-z-èsteut l’ djoû di d’vant l’ Noyé. Li cinserèsse aveut drèssî on bia sapin astok dè l’ grande tchiminéye èt one crèpe su one pitite tauve. Tot èsteut bin garni : dès boles di totes lès coleûrs, dès tchandèles èt dès stwèles ardjintéyes. Èlle aveut mètu ossi saquants paquèts au pîd do sapin. On lès doûvreut quand on r’vêreut dè l’ mèsse di mèye-nêt. Il èsteut aviè dîj eûres. Tot d’on côp, Dèlfine s’ a astampé d’ on lan èt dîre :

– Dji n’ so nin bin, dji m’ va coûtchî !

– Vos n’ î sondjoz nin ! a-t-i dit l’ cinsî. Vos-aloz chîjÈler avou nos, don !

C’ è-st-adon qu’ on-z-a toké à l’ uch.

– Aloz douviè , Dèlfine !

Dèlfine a douviè l’ uch èt criyî ossi rade :

– Papa !

C’ èsteut Françwès qui l’ cinsî aveut priyî sins rin dîre à pèrson.ne.

–  Vinoz, Françwès, vinoz v’s-assîr ! Mètoz v’ là , tin, astok di Dèlfine !

Il a douviè one botèye èt rimpli lès vêres qui l’ cinserèsse aveut d’dja mètu su l’ tauve. Il a levé s’ vêre èt dîre :

–  Audjoûrdu, c’ èst l’ djoû qu ‘i faut fé l’ paîs ètur djins di bone volonté. À vosse santé, Françwès, èt à voste  intréye dins nosse famile !

Tot l’ monde s’ a rabrèssî mins Dèlfine brèyeut d’ boneûr è r’waîtant li p’tite crèpe. L’ Èfant Jésus soriyeut ossi èt douviè sès brès.

 

Henry Matterne (au Saut / Sart-Bernard), in : Les Cahiers wallons, 6, 2007, p.163-167

 

Li Noyé da Caterine

 

Gn-aveut ieû qu’ saquants lignes èt one foto su l’ gazète, on londi au matin. On vèyeut au moncia d’ fèrayes cotwârdûwes au pîd d’ l’ aube qui li scwace aveut stî mèsbrîdjîye su bin deûs mètes di wôt. Pa-d’zos l’ foto, il èsteut marké :

«  Drame de la route, perte de contrôle, conducteur èt passagère tués sur le coup ». Lès jendârmes avin.n sitî prévenus pa on tchaufeû qui passeut par là. Il aveut v’nu taper on côp d’ ouy èt pinser qu’ gn-aveut pus rin à fé.

C’ è-st-è r’waîtant après dès-indices, s’ apinse zèls, èt pèstèler èt r’bate tot-autoû di-d-là qu’ il avin.n ritrové one bauchèle d’ one dozin.ne d’ anéyes. Èle vikeut co. Ossi rade, is l ‘ont raminé su one civêre au bwârd dè l’ vôye. Li pôve pitite aveut stî tapéye foû èt tchèssîye au lon dins on bouchenis’ di ronches qu’ aveut amorti l’ arokadje. Èlle èsteut d’grètéye dissu tot s’ cwârps èt s’ gauche brès r’plèyî padrî s’ tièsse, câssé dandjureû.

Gn-a onk dès jendârmes qu’ a uké on médecin, one ambulance, li pârkèt èt l’ mayeûr. Il ont arivé tot d’ swîte après. Li médecin a faît one pikûre à l’ gamine, bindÈler s’ brès, li ravolper tote dins one couverte èt l’ fé miner à l’ospitau d’ Nameur. Li mayeûr èt lès-omes do pârkèt ont fougnî po trover lès cârtes d’ identité. Lès papîs dè l’ vwèture avin.n volé dins lès fètchêres au bwârd do bwès. On-z-a soyu tot d’ swîte quî-ce qui c’èsteut : dès djins do viladje d’ à costé. Vêlà, on n’ lèzî conicheut pont d’ famile. Lèye aveut stî èlèvéye dins on-ôrfulinat èt-z-î d’morer jusqu’à ses vint-y-on-ans. Èle s’ aveut marié tot-ossi rade. Li, i n’ aveut jamaîs conu s’ pére èt s’ moman èsteut mwate dispeûy deûs, trwès-ans.

Po fini, on-z-a r’tchèyu su on vî mononke do costé d’ Lîdje, on-ome d’aviè sèptante ans. On l’ a stî trover èt lî d’mander s’ i v’leut bin prinde li bauchèle avou li quand èle moussereut foû d’ l’ ospi­tau. Li rèsponse n’ aveut nin taurdjî :

– Dji so trop vî, dji so veuf, dji n’ mi vou nin mèler d’ ça. Là dès-ans qu’ dji n’ lès-aveu vèyu. I n’ m’ ont d’dja jamaîs r’waîtî. I gn-a dès-eûves  po r’cîre cès-èfants là èt l’s-èlèver.

C’ è-st-insi qu’ Caterine a stî placéye dins one maujone tinûwe pa dès seûrs aviè Djodogne.

Quéne afaîre quand li p’tite a compris qu’ èle ni r’vièreut pus ses parints. C’ èst ma-seûr Ida qu’ è purdeut sogne. Èle nè l’ lèyeut jamaîs tote seûle èt wèyî sur lèye come one covrèsse su sès pouyons. Èlle aveut quand min.me ieû malaujîy po l’ atraîtyî.

Lès prumîs djoûs, Caterine ni v’leut nin djouwer avou l’s-ôtes-èfants. Èle dimoreut tote seûle, rascrauwéye dins on cwin dè l’ coû d’vrècrèyâcion. Gn-a min.me dès côps qu’vèle si drèsseut, s’vènonder èt vorer conte lès griles po sayî d’ passer pa-d’zeû. Adon, ma-seûr Ida adâreut au pus rade qu’ èle pleut èt l’ rissatchî conte lèye. Èle lî carèsseut sès tch’vias, sins rin dîre, èt lî tapurer s’ massale. Èle sinteut lès lârmes dè l’ bauchèle bèrôler su s’ mwin. Li sofrance èt l’ disseûlance èstin.n trop pèsantes à pwârter po ses trop djon.nès spales. Li seûr saveut bin qu’ on djoû ou l’ ôte, èle finireut pa r’tr-ver l’ gout de l’ vîye. I faureut do timps, brâmint do timps èt dè l’ pacyince.

Èt portant, on djoû qu’ èle li t’neut conte lèye, li p’tite aveut r’lèvé sès-ouys èt l’ riwaîtî. C’ èsteut bin là l’ visadje qui l’ bone seûr aveut sowaîtî r’veûy, on visadje one miète disfaît, on minton qu’ tron.neut co come quand on-z-a dè l’ pwin.ne mins dès-ouys rimplis d’ èspwêr. Asteûre, èle brèyeut sins catchî ses larmes. Tot doûcemint èle s’ aleut rapaujeter, dîre on mot, sorîre quétefîye èt l’ djôye rivenu dandjereû. One djôye qui r’glatireut come li prumî solia su lès pièles dè l’ roséye au matin.

À paurti di ç’ djoû là, Catherine s’ a stî mète avou l’s-ôtes bauchèles èt djouwer avou zèles. Tot s’ ènn’ a r’ssintu : lès d’vwêrs, lès lèçons, lès paurtadjes à l’ tauve, li choûtadje dins lès rangs, lès p’tits mots djintis, tot aleut brâmint mia. Li p’tite n’ èsteut pus à r’conèche. À paurt qui d’ timps-in timps dè l’ nêt, èlle aveut co bin on tchôkemwârt. Èle si mèteut à criyî, à ûler dès côps èt dispièrter tote li tchambréye. Ma-seûr Ida ariveut tot d’ swîte, li prinde dins ses brès, li bèrci quausu come on p’tit èfant èt d’ morer là tant qu’ èlle èsteut rèdwârmûwe.

Èt lès samwin.nes èt lès mwès ont couru èvôye onk après l’ôte. On-z-èsteut au coron d’ l’ anéye.

On sèmedi, Ma-seûr Ida a uké Caterine èt lî d’mander d’ lî d’ner on côp d’ mwin po monter l’ crèpe è l’ tchapèle èt-z-î arindjî lès sints, lès bièrdjîs èt lès bièsses. Madame Andréye, li dame di scole da Caterine aveut v’nu ossi po gârni lès sapins èt l’ twèt dè l’ crèpe.

– I nos faureut one miète di lêre, po bin fé !

–  I gn-a è nosse maujone, a-t-èle dit madame Andréye. Vinoz avou mi Caterine, nos ‘nn’ îrans qwêre !

C’ èsteut l’ prumî côp qu’ li p’tite mousseut fou d’ l’ ôrfulinat èt r’veûy one maujone come li cine qu’ èlle aveut sovenance. Quand èlle a riv’nu, on vèyeut bin qu’ gn-aveut one saqwè què l’ grabouyeut mins èle n’a nin moufeté.

Ci-t-anéye là, li Noyé tchèyeut on maurdi. Li londi après non.ne, gn-aveut d’djà L’ mitan dès-èfants qu’ èstin.n èvôye dins lès familes qui lès r’ciyin.n d ‘abitude. Aviè quatre eûres, is n’ èstin.n pus qu’ zèls trwès : Caterine èt deûs gamins.

– On nos va v’nu qwêre tot-à l’eûre, a-t-i dit l’ pus grand, èt vos ?

– O mi, dji n’ a pus pèrson.ne èwoù ‘nn’aler. Dji d’meûrerè vêci mi tote seûle !

C’ è-st-adon qu’ ma-seûr Ida a arivé è dromètinant èt fé dès grands jèsses.

– Caterine, vinoz tot d’ swîte au parlwêr !

Li p’tite fèye dimèreut su place come astamburnéye. Quî-ce qu’ s’ p’leut sovenu d’ lèye ? One dèlèguéye quétefîye ? Au parlwêr, gn-aveut madame Andréye èt Françwès, s’-t-ome. Qu’ èst-ce qu’ on lî v’leut co, don ? Portant, is soriyin.n tos lès deûs. C’ èst co l’ seûr que lî a dit qwè.

–  Is vos vègnenut priyî po passer l’ chîje do Noyé avou zèls. Qu’ è d’djoz ?

Lès-ouys dè l’ bauchèle donin.n li rèsponse. Dès spites di djôye dansin.n dins sès purnales. I ‘nn’ont ‘nn’alé tos lès trwès ossi rade. Gn-aveut nin lon à roter, deûs cints mètes tot-au-pus. Françwès a douviè l’ uch. On bon gout d’ bwès brûlé v’neut d’dja kèkyî lès narènes dins l’ colidôr. Li feu ronfleut come on vî marou ètur lès bwaches di tchin.ne su lès cropècindes.

– Vinoz veûy, Caterine, a-t-èle dit, madame Andréye èt prinde l’èfant pa l’ mwin.

Èlle ont trèvautchî l’ bèle place èt s’ vinu mète pa-d’vant l’ crèpe èt l’ sapin. Gn-aveut saquants p’tits pakèts à l’ têre.

– Tot-à l’ eûre, quand nos r’vêrans dè l’ mèsse di mèye-nêt, nos lès doûvrans èt lès paurtajer. Asteûre, nos-alans chîjeler èchone ! À tauve tortos !

Ç’ a stî on bon r’pas ; dè l’ din.ne, dès d’méyès pèches, dès crokètes èt po fini, on grand bokèt d’ bwache à l’ crin.me. Caterine a min.me ieû on p’tit gwardjon d’ vin. Qué boneûr dè l’ veûy raviker èt trèssiner d’ plaîji come on-èfant di s’-t-âdje. On-z-a soné à messe. È l’ èglîje, li p’tite s’ a mètu ètur madame Andréye èt s’-t-ome. Quand on-z-a stî riv’nus, à dadaye au sapin. Françwès a d’né on p’tit pakèt à Caterine. Èle l’ a disvolpé pontieûsemint. Èlle a criyî ossi rade. C’ èsteut one bèle pitite monte avou s’ nom gravé d’ssus. D’ on lan, èlle a potchî au cô da Françwès. Madame Andréye aveut acouru addé lèye èt l’ sèrer ossi dins sès brès.

–  Vinoz v’s-assîre one miète dilé mi ! Èt l’ prinde su s’ choû. Dj’ a one saqwè à vos d’mander, Caterine ! Françwès èt mi, nos n’ avans pont seû awè d’ èfant. Vos n’ avoz pus vos parints. Si vos v’loz bin, nos sèrons vosse papa èt vosse moman di r’candje po todi. Vos sèroz noste èfant èt d’morer avou nos !

Caterine n’ a nin rèspondu. Èlle èsteut quausu stoféye pa sès lârmes di binaujeté. Tot d’ on côp, èlle a nuké ses p’tits brès autoû do cô da madame Andréye èt lî sofler tot bas à s-t-orèye :

– Mèrci, m’ novèle moman !

 

Henry Matterne (au Saut / Sart-Bernard), in: A l’ bricole èt à l’ vèrdjale, in : CW, 1-3, 1990

 

Li Noyé do brakenî

 

—  Vos n’ aloz nin ‘nn’ aler o bwès audjoûrdu ?

—  Non ? Poqwè ? Tos lès djoûs sont bons !

—  Bè, audjoûrdu, c’ èst d’djà à mitan fièsse, c’ èst l’ nêt do Noyé. Waîtoz !  Dj’ a prusti saquants cougnous,  li pausse comince à rinfler è l’ maîy astok di li  stûve. Dimèroz vêci avou l’s-èfants èt avou mi.

—  Vos savoz bin qu’ dji n’ tin pont d’ fièsse ni d’ sints. Por mi, dji n’ è coneu qu’ onk : sint Boute-Todi. Dji m’ è va !

Mèlîye s’a taît. Gn-aveut pont d’avance. Twin.ne aveut one tièsse pus deure qu’ one bwache di tchaurnale. Quand il aveut one idéye, gn-aveut rin à fé. Il a mètu s’ grosse camusole èt stitchî lès deûs bokèts di s’ carabine dins lès potches d’en d’dins. Po n’ nin awè frèd, il a loyî one èchèrpe pa-d’zeûs s’ calote èt catchî sès-orèyes. Èt èvôye o bwès d’ Ache.

I fieut piçant. One mwaîje bîje sofleut inte lès-aubes dè l’ dréve. Twin.ne roteut sins s’ ritoûrner, à grandès-ascauchîyes, po s’ fé chandi. Li nîve crocheut d’zos sès gros solés. À l’ intréye do bwès, dès consîyes baurin.n li passadje, mins i faleut ôte tchôse po discoradjî noste ome. Il a taurdjî on momint po monter s’ cara­bine, èt fé on distoû po moussî au-d-dilong dès sapins. Li lune s’aveut levé, vêla, su l’ Taye Ascamp’. On vèyeut clér quausu come en plin djoû. Di l’ ôte costé dè l’ vôye, dès cints èt dès cints pièles rilûjin.n su lès coches dès bouchenis’ èt su lès fètchêres. On-z-aureut dit qu’ totes lès stwèles blawètin.n pa t’t-avau l’ bwès èt potchî d’ on-aube su l’ôte. Twin.ne n’ î tapeut nin d’djà on côp d’ouy. Il aveut vèyu boudjî one nwâre tatche au pîd d’ on fau. On lîve, èt on gros ! Il a aspalé s’ carabine èt tirer. Li lîve a volé lès quate pâtes è l’aîr èt bèrôler au mitan dès sauyes. Twin.ne a acouru, l’ a r’lèvé pa lès-orèyes èt l’ sititchî dins s’ bèsace.

—  Dji m’ va d’tchinde jusqu’ au vèvî, s’a-t-i dit è li min.me.

Li vôye, one vîye vôye di sêwadje, catoûrneut inte lès-uréyes jusqu’ au fond do bwès. I fieut ridant. L’ êwe dès warbêres èsteut èdjaléye èt r’lûjeut come on murwè. Twin.ne roteut tot doûcemint avou s’ carabine è s’ mwin dins lès-ièbes do bwârd. Il a stî binauje d’ ariver au coron. Li vèvî èsteut là, d’vant li, tot blanc come on canetia rimpli d’ makéye di cinse. On n’ ètindeut rin d’ ôte qui l’ trayin do ri qui wakeleut su lès rotches pa-d’zos l’ pale qu’èsteut douviète. Twin.ne siyeut asteûre li pîsinte qui toûne autoû do vèvî èt miner à one vîye barake di gârde. Tot d’on côp, il a ètindu stièrni.

Gn-aveut one saquî pa-drî l’ barake. Ça n’ p’leut nin ièsse li gârde, c’ èsteut foû d’ sès-abitudes. On-ôte brakenî ? Faureut-st-arèdji ! Twin.ne a avancî franc batant èt criyî :

—  Ê, valèt, qui faîs-se è m’ bwès ?

L’ ome a trèssiné on bon côp èt s’ ritoûrner ossi rade. Il èsteut télemint saîsi qu’ il aveut lèyî tchaîr li brèssîye di brokètes qu’ i v’neut d’ ramèchener pa-d’zos lès-aubes.

Twin.ne vèyeut bin qu’ l’ ôte n’aveut pont d’ ârme. I s’ a rapaujèté one miète èt bachî s’ carabine.

—  Qui fioz vêci ? Vos n’ mi froz nin quand min.me acrwêre qui vos v’noz ramasser do bwès à ç’t-eûre-ci ?

—  Poqwè ? C’ èst disfindu ? Èt vos, v’s-èstoz quétefîye li gârde ?

—  Non, dji n’ sos nin l’ gârde. Dji tchèsse po d’ner à mougnî à mès-èfants.

—  Vos v’loz dîre qui vos brakenez ?

—  Come vos vôroz, mins ça n’ mi dit nin todi c’ qui vos brichôdoz avaurci.

—  Dji n’ faî rin d’ mau. Nos-avans trèvautchî l’ viladje là-wôt èt waîtî d’ trover à lodjis’. On nos-a r’clapé l’ uch tos costés. Nos-avans d’tchindu l’ vôye vêci pus lon èt adouyî ç’ vîye barake-ci. Dji vèneu après dès cochètes di sètch bwès po sayî d’ alumer on p’tit feu po nos r’chandi, quand v’s-avoz abroké èt m’ fé awè peû.

—  Vos d’joz : nos-avans… Vos n’ èstoz nin tot seû ?

—  Non, dj’ a m’ feume avou mi. Èlle èst là dins l’ barake, tote racrapotéye dins on cwin télemint qu’ èlle èst naujîye èt qu’ èlle a frèd. Èt au-d-dizeûs do martchi, èle ratind famile èt dj’ a quausu l’ idéye qui c’ èst po binrade.

—  Vos ‘nn’ èstoz d’djà onk, vos ! Vos n’ p’loz nin v’s-astaurdjî vêci, in ! Aloz l’ qwêre. Vos-aloz v’nu è l’ maujone. Gn-a do bon feu èt vos mougneroz on bokèt. Adon, nos vièrans bin.

Is-ont r’monté l’ gripelote, piyâne piyâne, tos lès trwès, jusqu’à l’ copète. L’ ome tineut s’ feume pa l’ brès. Èle s’ aspoyeut tot conte li èt afîye, èle lèyeut clincî s’ tièsse su si spale. On vèyeut bin qu’ èle n’è p’leut pus.

À l’ intréye dè l’ dréve, Twin.ne l’ a trossé po-z-aler r’mète saquants bokèts d’ bwès dins l’ feu èt fé boûre di l’ êwe po l’ cafeu. Is-ont-st-arivé on gros quârt d’ eûre pus taurd. Li pot d’ li stûve cominceut à rodji èt l’ cafeu passeut dins l’ ramponau su l’ plate-bûse.

 

Li feume s’ aveut lèyî clouper dins l’ vî fauteuy o culot èt stinde ses deûs mwins d’vant l’ feu. Èlle aveut l’ aîr si djon.ne. Sès tch’vias, à mitan catchîs pa l’ capuce di s’ bleu mantia, tchèyin.n su sès spales. Is-avin.n li coleûr do swèle à l’ awous’.

Li aveut d’moré astampé astok di lèye. Il èsteut sûremint pus vî. On bia ome, portant, avou one croléye baube èt deûs grands-ouys amichtauves. Li ossi aveut on grand mantia su l’ brun, sins botons, one sorte di caban nuké avou deûs cawètes pa-d’zos s’ minton. On vèyeut bin qu’ c’ èsteut on-ovrî pace qui ses laudjès mwins èstin.n totes crèvaudéyes.

Dès pôvès djins, mins nin dès cloyètîs. Dès-ètranjers, quétefîye. Qu’ èst-ce qu’ is p’lint bin fé avau lès vôyes à dès parèyès-eûres ?

Quand is-ont stî one miète rapaupîs, Twin.ne lès-î a dit :

—  Assîtoz-ve à l’ tauve. Vos-aloz bwâre one bone jate èt mougnî on bokèt d’ cougnou. Ça vos frè do bin à tos lès deûs !

Tot d’ on côp, l’ djon.ne feume a mètu ses deûs mwins su s’ vinte èt c’mincî à somadjî.

—  Dj’ a l’idéye qui c’ èst l’ momint, a-t-èle dit, d’one pitite grêye vwès.

Twin.ne s’ aveut levé d’on lan. I n’ mankeut pus qu’ ça ! Èt s’ feume qu’ èsteut èvôye à messe avou l’s-èfants. L’ ome li r’waîteut sins rin dîre.

—  Ni d’moroz nin là come on bauyau ! Purdoz tos lès canètias qu’ vos trouverez èt mète boûre di l’ êwe, brâmint d’ l’ êwe ! Ni rovioz nin do r’tchèrdjî l’ feu, gn-a do bwès à l’ intréye do baur ! Èt vos, mi p’tite, n’ èyoz nin peu, sitindoz-vos èt dîre vos pâtêrs. Mi, dji m’ va qwêre Marîye Mady, c’ èst lèye qui mèt tos l’s-èfants au monde o viladje. Èlle è-st-èvôye à mèsse di méye-nêt, mins tant pîre, dji l’ îrè uker è l’ èglîje.

Twin.ne a apicî s’ camusole di vloûrs, èt à l’ vole.

I  choreut, l’ Twin.ne, come si ç’ aureut stî po s’ prôpe feume. Gn-aveut d’djà one trote jusqu’au viladje. Combin d’ côps s’ a-t-i ètrèbuké èt voler au r’viêrs avou lès placards di nîve pa-d’zos sès solés. Il a biketé saquants laîds côps conte lès bordures èt s’ drwète djambe lî fieut mau, mins à pwin.ne à l’ têre, i s’ rilèveut èt r’prinde si coûsse à tote arèdje.

Il  èsteut forbu come on vî tch’vau quand il a trèvautchî l’ place. I n’ saveut rawè s’-t-alin.ne, gn-aveut one saqwè què l’ brûleut è s’ pwètrine. Il a taurdjî one miète, li timps do cheûre ses pîds èt sès hâdes.

 

Adon, il a moussî è l’ èglîje.

Vêla, à l’ copète, dizeûs l’auté, one bèle grande sitwale riglaticheut dins tot l’ keûr. Gn-aveut pont d’ ôte lumiére. Li curé èt lès coraules èstin.n à gngnos. Au docsau, Iaume, li vî maurlî, tchanteut : « Minuit, Chrétiens ». Pont d’ brut dins lès djins. Tot l’ monde choûteut, choûteut come si l’ timps s’ aureut arètè d’ on côp. L’ èglîje èsteut bouréye. Gn-aveut brâmint qu’ èstin.n astampés dins l’ fond èt min.me dès cias ascropus dins l’ cofèssionâl. Vas-î, twè, r’trover Marîye Mady dins one téle copicherîye !

Twin.ne s’ aveut avancî tot doûcemint do gauche costé. On l’ riwaîteut su crèsse pace qui c’ èsteut l’ costé dès feumes. Rindjîye après rindjîye, i lès lumeut tortotes come on-afronté. Pont d’ Marîye. Il èsteut quausu arivé à hôteû dès bancs dès-èfants. C’ è-st-adon qu’ il a r’lèvé s’ tièsse. Li crèpe èsteut à saquants mètes di li.

Ci n’ èsteut nin possibe ! Twin.ne douvieut dès-ouys come dès sârlètes.

Zèls ! Mi-n-ome avou s’ baube èt s’ brun caban, èt l’ djon.ne feume aus tch’vias d’ swèle. Is-èstin.n là tos lès deûs, à gngnos, lès brès au laudje, di chake costé d’ l’ Èfant-Jésus.

Twin.ne èsteut tchèyu à gngnos ossi. I brèyeut sins rastèna, li tièsse ètur ses mwins. I brèyeut, mins c’ èsteut d’ boneûr, li boneûr di l’ èfant pièrdu èt r’trové.

Li corale cominceut à tchanter : « Paix sur la terre aux enfants des hommes »…

 

Lucien Léonard (An.nevôye / Annevoie – Biou / Bioul), in: CW, 10, 1952

 

Noyé po tortos !

 

Jèzus d’ Noyé, vo-nos-r’-ci cor on côp aus pîds d’ vosse crèpe, li keûr rimuwé pau tauvia qui nos conechans portant bin pwisqui nos 1′ rivèyans tos l’s-ans, mins qu’ nos r’waîtans todi avou nos-ouys d’ èfants, come aus prumis côps qu’ nos l’ avans vèyu, « avou nosse man ».

Dji n’ lès pou jamais veûy sins frumeji lès momans qui vègnenut mostrer 1′ crèpe à leûs ptits. Nin dandji d’ brâmint dès mots po comprinde : lès-oûys si t su l’ èfant, faiyenut 1′ toû do l’ maujonéye èt dès bièrdjîs sins rovyi 1′ boû, l’ baudèt èt lès bèdots, s’ agritchetéyenut a tot come po ‘nn’ aurdè sovenance. Waîtoz-lès r’lûre dismètant qui 1′ visadje si rapauje come si, d’ en d’dins, lî ariveut one doûceû, one paîs, one lu­miére qu’ i n’a jamaîs conu. Li ciél a-t-i jamais stî pus près d’ nos ?

Èfant d’ Noyé, èfant come nos-èfants, aurdoz-nos à tortos on keûr d’ èfant, înocint, bon aus-ôtes, contint avou on rin ! Aurdoz èfants nos-èfants, li pus longtimps possibe !

Èfant d’ Noyé, pitit ome djibotant, contint do vikè, aurdoz à nos familes li plaijî do vikè simplèmint ! Tot ç’ qui vos nos-avoz donè èst si bia, si bon : nos parints, nos èfants, nos soçons, l’ aîwe do soûrdant èt l’ vint dins lès tch’vias, lès fouyes dès-aubes èt lès croles dès bèdots, èt co lès fleûrs èt lès cougnous, lès tchansons, lès papilions d’ iviêr èt d’ èsté…

Èfant d’ Noyé, qu’ a v’nu au monde su li strin, lèyoz nos familes bèni Vosse Pére po li strin quand ç’ aureut ‘lu ièsse do l’ bleuwe pîre ; po 1′ maladîye quand ç’ aureut p’lu ièsse li mwârt ; po l’ doûce mwârt quand ç’ aureut p’lu ièsse li pîre dès rèvèrgougnadjes ! ! !

Èfant d’ Noyé, fis d’ ovrî, donoz-nos 1′ gout do travayi, li coradje do fè ç’ qui nos d’vans ; rindoz-nos fiérs di nos parints ovrîs ; aurdoz-nos d’ assène po p’lu foryi nosse royon jusqu’ au djoû qu’ lès-ôtes ripudront l’ ostèye di nos mwins disdjondûwes.

Èfant d’ Noyé, qu’ a mia in.mé li stauve qui l’ ôtél, li crèpe qui 1′ bêrce, li strin qui 1′ plume, qu’ a r’cî lès bièrdjîs divant do r’cîre lès rwès ; aurdoz nos-ouys, aurdoz nos pîds dins vosse vôye, pwisqui 1′ cia qu’  s’ abache sèrè r’lèvè !

Douvioz nos keûrs, douvioz nos mwins, pwisqui 1′ boneûr, c’ èst d’ donè èt qu’ il èst mèyeû do d’nè qui do r’cîre !

Ratènichoz lès deurs ; rwèdichoz lès flauwes ! Lumoz bin fond dins lès nwârès tchambes dès nwârès rûwes dès nwârès viles ; dins lès léts des malades, dizos lès ponts, dins lès prîjons, dins tos lès payis ; dins tos lès keûrs di tos lès malureûs, di totes lès djins qui somadjenut, qui soufrichenut, qui môrenut ; sètchichoz lès-ouys dès djins qui braiyenut ! ! !

Èfant d’ Noyé, tot ç’ qui vos nos-apwartoz èst si bon…

… Dijoz — Ni fioz jamaîs rin qu’ on seul côp, lûre on vraî Noyé po tortos.

 

Paul Moureau, in: Contes d’ à prandjêre , 1932

 

Lès bias cougnous de 1′ boune cinserèsse, in: Lë Sauvèrdia, 230,2005

 

 

C’ èst ni po nos vanter, mins nos polans dîre quë d’vant 1′ guère, nos-avines dè l’ boune bîre à Djodogne : d’ ayeûr, lë bîre èst todë boune où-ce quë 1′ Djauce a passé.

Quand on r’çuveûve one saqui d’ ôte paut, on-z-èsteût fiér dè li fé sayi 1′ dobe d’ èmon Skés’, amon Bèguén ou “Au vi timps”, 1′ saîson Palindje amon Châle Gougnârd, lë brëne Bèkèvêr amon Délasse èt 1′ blanke da Bâtisse Biètrand d’lé Josèf Lèvieûs ou Adèle Chèrpion.

Vos-aviz adon ç’ qu’ on p’leûve loumer one pénte – on trén come dëjeûve Fëfëne Rémins’ – on vêre bén pansë qu’ on-z-apougneûve pa l’ anse èt qu’ on d’vudeûve à gros gourdjons è fiant glou, glou, glou… dins 1′ gasi.

On ralètcheuve sès moustatches en hëmant on bon côp : quëne boune sinteûr d’ oubion !

Lès cabarètis fyin’ tortos leûs p’tëtès-afêres.  Portant, po dëspinser deûs francs, faleûve ièsse quausëmint one pèrcéye souléye: deûs francs !  vént-cénk péntes dë blanke !., on p’tët tonia ! …

Lë guêre a v’në.  Lès Boches ont volé lès tchôdêres dë keûve dë nos viyès brèssënes. On-z-a mètë dès tchôdêres dë fiêr à 1′ place. On-z-a rafëné së l’ grin, on-z-a rafëné së l’ sëke èt c’ èst d’pôy adon quë jamaîs, pës jamaîs, nos n’  bwèrans 1′ boune vîye bîre dë d’ dins 1′ timps.

 

Asteûre, on bwèt dès bocks, dès pèrles, dès tch’vaus.  Ô!…lès tch’vaus ! … one bîre étranjére, one bîre infèrnâle quë lès cës quë pënenèt li man.nète abëtëde d’ ènnè bwêre pièdenèt l’ tièsse : is fëjenèt maleûr de zèls ou bén i faut lès-in.min.ner.

C’ èst 1′ guère dë 1′ faute qu ‘ ë n’a pë-pont d’ boune bîre à Djodogne, qu’ on n’ va pës wére au cabarèt où ç’ qu’ on-avot tant d’ plaijë d’ djouwer aus cautes, surtout d’ djouwer l’ cougnou à 1′ Noyé.

L’ cougnou dè 1′ Noyé!… qu’ on s’amuseûve bén alôs’ !…

Vos savoz bén comint qu’ ça s’ djouwe : pa tauves dë chîj, au mariadje, doze rôyes lë paurt, chake por lë.  On fêt one mîse d’ on quârt dë franc po trwès cougnous d’ èdjeû. Lë prëmi quë rabat sès rauyes gangne lë pës grand – 1′ maîsse -, 1′ cë d’après a l’ mwayin èt 1′ daîrén a 1’croûte, lë pës p’tët.

Quand 1′ djeu èst fëèt, on r’mîje, on r’comince èt ça dëre come ça tote lë nët.

Po fënë, lès gangneûs djouwenèt inte zèls le “Gros” – on tèrëbe ç’të-là – quë l’ bauzine (patrone dë cafè) a prèstë lèye-min.me èt quë sèrè 1′ daërén adjeu.

Il arëvéve sovint quë lès clokes dë Sint-Mèdau sonin’ èchone po 1′ mèsse dë quatre eûres quë l’ “Gros” n’ èsteût ni co adjëjé.

 

C’èsteut 1′ vént-quate dë décimbe dë l’ anéye dë d’vant 1′ guère, Zande Mîye a sti come tos l’s-ans djouwer l’ cougnou amon 1′ Doy.

Quand il a intré dins l’ cabarèt, tos lès cës qu’ èstin’ là s’ ont dët : “Là 1′ cë quë va co nos r’loper tos lès maïsses!”

C’ èsteut 1′ pës chançârd qu’ ë n’ eûche – il avot v’në au monde lë djou dè l’ bon vèrdë (vendredi saint)-, il avot prins 1′ pës hôt lëmèro à l’ tëradje dè l’ mëlëce èt tortos d’jin qu’ ël avot on bokèt d’ twèle de bouneûr à s’ këlote.

Zande a d’mandé one pénte dë blanke.  Il a bouté quate çans (pièces de 2 centimes) së l’ candjelète (comptoir) èt s’ a mètë à tauve po djouwer.

L’ ètrén n’ a ni taurdji.

“Mariadje d’ atout, deûs rôyes ! . . .

– Bèle èt djè, rabatez trwès !…

– As’ èt dame dë pèle (trèfle), i toûne lë rwè ! …

— Atout, atout, ècor atout!… deûs lignes, foû ! …”

On bouche së 1′ tauve, on s’ ènonde. Lès gazis sont sètchs à fwace dë criyi.

“Dè l’ blanke, Tavîye, dè l’ blanke!…

– Alez, Doy, à 1′ cauve rimplë 1′ pot”.
Là lès péntes sièrvouwes së on platia dë stin.

Chake prind 1′ seune, sofèle lë chëme djës, lampe on bon côp.

Li Mariadje dë keûr èt 1′ bèle !…

– Atout dë rwè d’ carau!…

– Atout dë pëke, as’ èt tot, rabatoz lès rôyes ! …

– Rimplëchoz lès péntes!…”

 

Lès pëpes satchenèt télemint qu’ on n’ së vwèt pës dins lès fëmêres. Li Doy chone tot daurnës’ dins 1′ dësdut. I r’trosse sès mantches dë tchôd, passe

së mwin së s’ front quë souwe à gotes, fêt one craye à 1′ ëch po s’ rapérë.

Tavîye në s’ èsbâre ni, lèye. Èle rit d’ veûy lë daladje : èle vind come lë

sèye dë pës’. Èt 1′ djè s’ pôrsut… èt 1′ eûre avance. Mèye-nèt ! …

On taudje po chouter lès doze côps que sonenèt à 1′ Tchapèle.

Minuit, Chrétiens, c’ èst l’heure solennelle

Où l’Homme Dieu descendit jusqu’à nous. . .

On tûse, on s’ rapèle…

 

C’ èst leû façon à zèls, lès Djodognwès, dë fé l’ tradëcionéle vèyîye au cabarèt, po ièsse së pid quand sonerè l’ eûre où-ce qu’ ë n-a tant d’ anéyes qu’ ël èst dët, le p’tët Jésus a v’në au monde dins lë stauve de Bètlèyèm.

Noël… Noël… Chante ton Rédempteur.

 

Èt quand lès dozes eûres sont pètéyes,

is  lèvenèt tortos leû pénte, chokenèt : « À l’ Noyé!… À l’ Noyé!…

Alons, Zande, on coplèt!…»

Zande në s’ fêt ni priyi, i grëpe së one tchiyêre po tchanter l’ tchanson dès vis cougnous:

Lë cougnou, c’ è-st-on long bokèt d’ pausse

Avou one tièsse à chake dëbout ;

Au mëtan dë s’ panselète bén crausse,

N-a one plake ronde come on gros sou.

Il èst së bia : faut qu’ on l’ rabrèsse!…

S’ ë n’ a pont d’ brès, s’ ë n’ a pont d’ pid,

Nosse pëtët boulome a deûs tièsses :

C’ è-st-on paupau qu’ on veut volti.

 

Parèt qu’ au ciél, l’ Boune Notrè-Dame

Prëstët lèye min.me nos p’tëts mëtchots.

Dins l’ for où-ce qu’ ës n’ fëjenèt qu’ one blame

Sint Djosèf ètasse lès fagots.

 

L’ pôve ome dwèt ‘nn’ oyë dè l’ besogne!…

Faut ni d’mander ç’ qu ‘ ë faut d’ cougnous

Rén d’djà qu’ po lès-èfants d’ Djodogne

Èt dès vëladjes dès-alentous !

Timps qu’ nos fians l’ sîse, tortos èchone,

È ratindant qu’ ë seûye méye-naît,

Lë p’tët Jésus, dins lès maujones,

È va lès pwarter tote lë nêt.

Èt au matén, ç’ sèrè grande fièsse

Quand on mindjerè 1′ cougnou tortos,

Lë bon vi cougnou qu’ a deûs tièsses :

One tièsse pa-d’zeû, one tièsse pa-d’zos.

Èt là qu’ on r’prind tortos èchone :

“Lë bon vî cougnou qu’ a deûs tièsses,

one tièsse pa-d’zeû , one tièsse pa-d’zos!..

 

Bravô!… Vîve lë Noyé!… Vïve lès Cougnous!… On lève lès péntes : À l’ Noyé!… À 1′ Noyé! …

“Alez, mès-èfants, n-a pont d’ Noyé sins trëpes!”, dë-st-èle, Tavîye, qu’ ènn’ apwate dès mètes èt dès-tones së on grand plat.

On bokèt d’ trëpe à l’ djote, on gourdjon d’ bîre, c’ èst më qu’ vos l’ dët, n-a rén d’ mèyeû !

Adon, on r’prind lès cautes èt l’ djë contënouwe dins l’ djôye èt lès tchansons .

Zande a rintré à s’ maujone avou s’ tchèdje dë “maîsses” avou l’ “Gros”.

Quën’ bouneûr n-a-t-ë ni ië quand, dins l’ paujèrèté dè l’ Sinte Nêt, il a bouté onk à onk, astok dë chake èfant, come lë P’tët Noyé lë-min.me l’ arot faît, lès cougnous qu’ l’ avot gangni dè l’ sîse, eûreûs d’ oyë waurdé one vîye acoutumance dès tayons.

 

Oscar Lacroix, Tûsadje d' on djoû d' Noyé

(in: Anthologie des poètes wallons namurois, s.d., p.254)

Eugène Gillain, Noyé 1917

(in: CW, 29, s.d.)

Henry Matterne, Timps d' paurtadje

(in: CW, 6, 2015)

Jules Hérix, On Noyé d' audjoûrdu

(ibid.)

Jules Hérix (sûte / suite) & Alain Baume, Noyé 14

(ibid.)

Hervé Jehaes, Sovenance di Noyé

(ibid.)

One nêt d’ Noyè à Vêr(-Custène) (Une nuit de Noël à Ver(-Custinne)) (Les Cahiers Wallons, 12)

Paul Moureau (Djodogne / Jodoigne), Lès tripes da Batisse dë l' abîye (Les boudins de baptiste de l'abbaye)

(in: Jean Forest, La littérature dialectale wallonne, éd. Labor, s.d.)

Joseph Calozet, Noyé d' guêre (Noël de guerre)

(in: CW, 29)

E. Robin (Nameur / Namur), Noyé d' guêre

(ibid.)

Edmond Wartique, L' auwe di Noyé (L'oie de Noël)

(in: Le Guetteur, wallon, 10, 1926)

Paul Maréchal, Li Noyé dau juje (La Noël du juge)

(in: Le Guetteur wallon, 12, 1928)

J(oseph) Calozet, Noyè

(s.r.)

5.4 L' ès'-walon / L'est-wallon

Abé Joseph Schoenmaekers (Hu / Huy)

 

Noyé… Noyé

 

Noyé!… Oûy li pây èst rindowe

Âs-omes qui sont di bone voleté,

Èt l’ cîr, a-st-anoncî l’ binv’nowe

D’ in-èfant qui nos vint sâver !

È l’ ritche mohone come è l’ wâmîre,

Li marmaye vint di s’ dispièrter

Tot babouyant divins ‘ne priyîre :

Noyé ! Noyé !…

 

Noyé !… On-z-a bon d’ ôre lès clokes

Trèboler ‘ne aîr di djoyeûseté ;

On direût qu’ èles ènn’ ont plin l’ boke

Télemint qu’ èles djowèt d’ binâheté !

Tos lès cis qui rivenèt d’ matènes

S’ arèstèt ‘ne gote po lès hoûter !

Èles tarlatèt sins piède alène :

Noyé !… Noyé…

 

Noyé !… Corez don turtos vèy

Li p’tit mamé bon Diu dè Cîr

Qu’ a qwité oûy li Sinte Patrèye

Po qu’ nos divenanse sès-èritîrs !

Po l’ ci qui creût, po l’ ci qu’ èspère

D’ aler l’ fièstî di l’ ôte costé,

Lès-andjes sont v’nous tchanter so l’ tére :

Noyé !… Noyé !…

 

Noyé !… Doûce fièsse qui nos ramon.ne

Lès djôyes si peûres d’ âtou dè feû,

Qu’ èst po lès vîs come po lès djon.nes

Li djoû qu’ on-in-me, li djoû qu’ on creût !

Cès djôyes-là qu’ nos apwèrtèt l’ pây,

Qu’ ont si bin l’ toûr di nos r’mouwer,

Tant qu’ on vike, on n’ lès rouvèye mây !

Noyé !… Noyé!…

 

Camille Gaspard (Wène / Wanne)

 

Noyé

 

L’ Èfant-Diu a v’ni â monde…

Volà l’ Bone Novèle qui coûrt o l’ êr

Duspôy tot près d’ deûs mèye ans !

L’ Èfant Diu

Quu lès profêtes ont anonci longtimps d’ avance

Come sâveûr dès Djwifs

Èt do monde ètîr

Nosse sâveûr

Mins nouk nu l’ atindéve come il a v’ni

So l’ têre

Parèy â pus pôve dès-èfants do monde

O-n-on p’tit stâve,

Avâ lès vôyes, à l’ ètrandjîr.

Su seûle ritchèsse, c’ èsteût l’ amoûr

Tot l’ amoûr du l’ pus bèle èt du l’ pus doûce dès mames

Lu sinte Vièrge

Avou sint Djôsèf, lu tchèpetî d’ Nazarèt’

Quî l’ âreût polou ruk’nohe

Come lu Fis do Bon Diu ?

Lès profêtes avint djâsé d’on rwè

Qui sèreût pwissant

Assez qu’ po r’mète à l’ vole tot so bone vôye.

Jan-Batisse, lu-min.me, pus târd

Lî èvoya d’mander :

Èst-ce vos qui deût v’ni

Ou nos fât-i ratinde on-ôte ?

Quî l’ âreût polou ruk’nohe…

Su ç ‘n’ èsteût lès p’tits bièrdjîs

Qu’ avint r’çû l’ visite du l’ Andje do Bon Diu

So l’ timps qu’ lès mêsses

Èt lès grands-omes

Dwèrmint sins l’ mwinde dotance du rin ? !

Tant qu’ à nos-ôtes

O nosse monde d’ âdjoûrdu,

Po-d’là l’ grandeûr èt lès ritchèsses,

Tapans grand â lâdje nos-oûys èt nos-orèyes

Po l’ rutrover d’vins tos lès p’tits-èfants,

Lès nosses, lès cis d’ â vwèszin, lès cis dès-ètrandjîrs,

Lès pôves mâlureûs d’ totes lès sôres

Lès mèsbrudjis, lès mâ-tchancieûs

Lès sins-ovrèdjes

Lès cis qui lûtèt tot sofrant corèdjeûsemint

Po l’ djustice, po leû fwè, po leûs-îdéyes,

Po l’ Pây…

Insi, l’ Bone novèle du cisse bèle nut’

Sèrè loumîre du nosse vôye

Èt avou Marîye, lu pus ureûse èt l’ pus glôriyeûse dès mames

Nos pôrans tchanter, du tot coûr :

Noste âme trèfèle du djôye

Avou Jésus, nosse sâveûr !

 

Camille Gruyters

 

Tchanson d’ Noyé

Li nîvaye tome a fwèce,
li bîhe hoûle come on tchin.

Tot passant lès matènes, lès-èfants pawoureûs,

hoûtèt l’ fâve qui Catrène raconte âtoû dè feû.

 

Dj’ aléve bate mès boûkètes, di-st-èle, âs p’tits mamés
qwand on bouha-st-à l’ ouh, po d’mander l’ tchârité.

Adon qui 1′ cloke k’hoyéve sès pus clapants rèspleûs,

so 1′ sou di m’ djîse ploréve on bê andje morant d’ freûd.

 

Vos-ârîz dit 1′ cint-mèye qu’ on prèye â pîd d’ l’ âté,
djè l’ coûka è m’ bèderèye po ‘ne gote èl ric’fwèrter.
Adon come c’ èsteût l’ eûre d’ aler fièstî 1′ peûkèt,

dji mèta m’ noûve mousseûre èt pwis dj’ sèra l’ lokèt.

 

Pus târd, bin pus târd qwand dji rivena d’ mèsse

avou m’ vwèsin Reûlot, è l’ neûre nut’, è mi p’tite plèce,

 lûhéve come on solo. Mouwêye, vos m’ polez creûre,

I fève pus bê qu’èn-on tchèstê è m’ vîle dimeûre.

 

Al vole dji drova m’ pwète.

Ni riyez nin capons, ca dj’ touma quâsî mwète :

li tâve èsteût mètowe,

li magnehon bin salé,

mins 1′ nosé andje dè l’ rowe

ni dwèrméve pus è m’lét.

 

I s’ pout sûr qu’ c’ èsteût cint-mèye

dè binamé bon Diu

dji n’ l’ a djamây polou r’vèy.
Mins dès parèy qui lu sont chal oûy è m’ couhène,

dèrit 1′ feume tot riyant,

nos passerans lès matènes

èt prèy’rans bin l’ èfant.

 

Edouard Seret (Dèrbu / Durbuy) (Noé 1977), in « Causans Walon », s.d.

 

Noé

 

Oh ! Twè Jésus !…

Come volà deûs mèyes ans

Ti vins oûy à mèye-nut’

Nos rapeler

Qui nos-èstans 1′ djoû d’ Noé

Èt qui ci fourit ci nut’-là

Qui ti v’nas â monde

Po sâver nosse humanité.

Mins so deûs mèyes ans

Veûs-se come tout a candjî

On n’ s’ è fout nin mâ, hin,

Di t’ djoû d’ Noé                                      

I n-a pus rin à sâver

Tot so 1′ tére

è-st-à pau près poûri !

À pârt lès malureûs,

Qui, là bin lon,

Come chal tot près

Crèvèt d’ fin èt d’ tos lès mèhins

lès-ôtes, zèls,

Lès potches rimplèyes di censes

Ni tûsèt qu’ à eune sôre:

Noé !…

Bèle nute, tote riluhânte

Di co cint mèye loûmîres

N’ èst pus fête

Po t’ fièsti !

Mins bin po s’ rimpli l’ frake

Djusqu’à s’ fé pèter 1′ cravate

Di s’ amûser à plin.ne fwèce

Sins qu’ i n’ dimeûre rin

Nin min.me eune pitite crosse di pan

 

Po lès cis qu’ ont freûd èt qui morèt d’ fin

Èt t’ ès là, ti n’ dis rin !

Qu’ âreûs-se co bin à dîre

Bin va, dji n’ sé nin

Sia, qu’ on s’ riwièrè turtos

Li djoû dè payemint.

 

H. de Backer Noyé 84

 

Noyé à Stâvleû

 

Dju veû bin, à Stâvleû,

v’ni â monde lu bon-Diu

Quén-èvénemint dès pus-ûreûs,

Ca dès stâves, i gn-a tant èt pus’,

Quu ç’ areût stou si bê, si bê

D’ aveûr si binamé bansetê.

Lu stâve, dju l’ veû n’ impôrte wice

À Stokeû, lès Marlènes ou â pré Mèyis’

Po nosse vèye quu sint R’mâke a basti

Ç’ areût polou èsse lu paradis ;

Seûlemint, avou nos dôrs-iviérs,

C’ èsteût là one tote ôte afêre.

Mins avou lès bièsses do Stèr ou d’ Somagne,

On-z-areût-st-avoû du l’ tcholeûr,

Èt lès cinsîs dè fond d’ leû campagne

Tot apwèrtant sapin èt doûceûrs

Arît noyî par tote sôres du gâterèyes

Sint Djôsèf èt l’ bone sinte Marèye.

Ossu, i fât creûre quu nosse Stâveleû,

Po r’çûre si chér èfant bèni,

Adon, è voleûr co wère, n’ èsteût

Ou simplumint trop lon ou rouvyî

Ca si nos-avîs-st-avou lu nativité

Lu Bon-Diu, à Stâveleû, areût d’moré.

 

54a

in: Christian Robinet, Edouard Seret, Christophe Théate, Hommages, 1984

 

Christophe Théate, Priyîre di Noé

 

Pây so l’ tère âs-omes di bone volonté.

Lès-andjes  l’ ont tant tchanté

D’vant l’ hangâr, wice qu’ â Noyé,

Sint Djosèf èt Marîye avint djoké.

Awè, pây à cès djins-là

Qui s’ dispinsèt, sins ratena,

Po sayî qu’ n’ âye pus so l’ tère,

Dès cîs qu’ morèt d’ misére.

 

54a

in: Les « Hèyeûs d’ Sovenis » de l’A.R. D’Aywaille, Histoire et traditions de nos vallées, TII, éd. Dricot, 1997, p. 276-277

 

Po l’ Noyé èt l’ Novèl An

 

Dispôy dès-an.nèyes èt dès razan.nêyes,

Sinte Odile èt sinte Lucèye

Fisèt coûrts djoûs èt longuès nûtêyes.

Dismètant, sint Matî d’ Ârdène !

On n’ veût nin pus lon qui s’ narène.

On tint l’ fornê à gogne,

Âtoû, hames èt tchèyîres sont rapoûlêyes.

Chaskeune î hape ine tchôde blamêye.

Tot l’ monde si rafèye, n’ âyîz nole sogne,

D’ aler tot-asteûre fé visite à l’ grègne,

Wice qui l’ Èfant-Rwè dwème è l’ paye dè batch, so l’ dègne.

Hoûtez l’vint ki hufèle è li tch’minêye !

C’est s’manîre à lu du tchanter Noyé.

L’ârîz-ve, mârdiene, mây adviné ?

Tot d’ine pèce, vola décimbe bouté foû,

Èt djanvîr ossi vite apotche so l’ soû.

So ç’ trèvint, lès sohèts d’ bone aweûr,

Balzinèt di hâre et d’ hote è l’ malète dè facteûr.

Si totes cès cwèrbêyes di sohêts, di désîrs, arivèt sins stantchî,

Jamây nos-ârans viké mî

Nos n’ magnerans pus qu’ dè l’ blanke dorêye,

Ci sèrè fièsse tot l’ long d’ l’ an.nêye.

Nos sèrans turtos lès fis dè l’ blanke poye,

Nos-ârans è nosse djeû has’ èt roy !

 

 

Sint Matî d’ Ârdène = juron anodin

fini à gogne = surveiller de près

rapoûler – rassembler

li grègne = la grange

so l’ dègne = aire de grange, de four

mârdiène = pardi

so ç’ trèvint = sur ces entrefaites, en ce moment

cwèrbêyes = corbeilles

stantchî = s’embourber

lès fis dè l’ blanke poye = (litt. les fils de la poule blanche (sic)) ils ont toutes les chances

 

Jean-Marie Lecomte (Brâ / Bra-sur-Lienne), in : Amis de Logbiermé, 18, 1996 (11/01/1948)

 

Duvant l’ crèpe

 

À qwè sondjèt-is, tos nos p’tits gamins,

À gngnos duvant l’ crèche?

Leû cwèrp nu boudje nin,

Èt leûs mins djondowes nu wèsèt djower. . . !

Qu’ is sont duvenous keûs, zèls toudi d’banés!

 

Tot r’lûhant d’ boneûr, leûs-ouys duspièrtés

Ruloukèt Jésus, quâsi sins cligneter.

Quéle vwès oyèt-is è fond du leû coûr

Po quu ç’ bèni timps èlzî sonle si coûrt?

 

Quéle vwès oyèt-is qui nos d’meûre catchèye?

Djâse-t-èle d’  inocince, du vrèye pâye quékefèye?

Ô! Nos-èstans adon brâmint trop sûtis

Po poleûr comprinde çou qu’ on dit âs p’tits!

 

Ruloukoz leûs-ouys: on dîreût dès steûles

Qui d’vins lu spèheûr loumèt totes è seûles :

On bê clér rafia lès-a v’nou èsprinde,

Lu lendemin d’ Noyé nu lès sârè dustinde.

 

Jean-Marie Lecomte sj (Brâ / Bra-sur-Lienne), in : Singuliers, 4, 2005, p.9

(11/01/1947)

 

Noyé

 

Lu bon Diu èst v’nou, coûké so dè strin.

Duvins lu vî stâve, là qu’ nos 1′ polans vèy,

I nos r’çût tortos, d’ on r’louka plin d’ vèye,

Èt nos droûve bin lâdjes sès deûs p’titès mins.

 

Lu pôve pitit ome, qu’ il èst binamé !

On d’meûrereût dès-eûres a gngnos, duvant lu ;

Du s’ bê clér visèdje, one doûce loumîre lût,

Qui nos rt’int tortos pâhûles, po l’priyére.

 

On l’veût si voultî ! Duspôy qu’ il èst là,

On rafia nos prind, quu nos n’ avins nin.

Quu l’vèye sèreût bèle, èt quu dj’ sèrins bin,

Si dj’ polins d’moni tot près d’ lu, sins r’la !

Mês qwand nos ‘nn’ îrans po fé lès-ovrèdjes

Qui nos rawârdèt, one djôye dumeûrerè

È fond du nosse coûr, d’ avou vèyou d’ près

Jésus v’nou â monde soufri nosse vikèdje.

 

Malêjis mots

coûké – couché. / strin = paille. / stâve = étable. / rilouka = regard. / pâhûle = paisible. / voultî = volontiers. / rafia = attente d’une joie prochaine. / dmoni = rester, demeurer. / sins rla = sans cesse, sans relâche. / rawârder = attendre. / djôye = joie. / cour = cœur. / vikèdje = manière de vie, subsistance.

 

54a

Léon Bukens, in : Rispitèdjes, 1989-2004, Nosse Lingadje, Cercle littéraire wallon, Lîdje

 

Bèfana !…

 

Tot t’nant s’ mame po l’ min, Mario rote so 1′ blanc linçoû qui 1′ nîvaye a tapé so 1′ viyèdje. Quékès flotches dihindèt co dè cîr, mins lès nûlêyes si hèrèt, chal èt là, èt d’ timps-in timps, on veût ‘ne siteûle divins lès-inte-deûs.

I fêt cwahant èt Mario èst binâhe d’ intrer è l’église po s’ rèhandi on pô. Mon Diu! Qui c’ èst bê, i-n-a dès cints èt dès cints d’ tchandèles aloumêyes, tot l’ monde ènnè tint eune è s’ min ; si mame lî-ènn’ a d’né eune pitite rodje èt 1′ blâme danskinêye avou ses soûrs.

L’ ôr tape sès notes, qui rèsdondihèt so lès vîlès pîres èt, li corâle atake on tot doûs tchant d’ Noyé. Li priyèsse mamouyêye lès-ôrémus’ dè l’ mèsse…

Mario èt s’ mame s’ ont raprèpî dè l’ crèpe, qu’ on-a-st-adjincî d’vins ‘ne cwène di l’ èglîse…

C’ èst mèye,nut’, on-apwète l’ èfant Jézus, lès bièrdjîs èt leûs bèdots…èt Mario, lès-oûys èt 1′ boke â lâdje …si rapinse djusse a timps, d’ adrèssî s’ mèssèdje à l’ èfant Diè.

Pitit Jésus, dji v’s-è prèye, roûvîz mès frawes, dinez-me vosse pârdon èt, qwand lès treûs grands rwès vis vinront-st-apwèrter dès présints,è v’ rinde oneûr, â pîd d’ vosse bède’rèye, dismètant qui 1′ macrale Bèfana, à dj’vâ so s’ ramon, frè treûs toûrs â d’dizeûr di nosse viyèdje, dihez-lî, s’ i v’ plêt, di n’ nin mète dès gayètes divins lès tchâsses pindowes â djîvâ di l’ êsse di nosse couhène, mins dè l’zès forer d’ djodjowes èt d’ glotinerèyes…

 

54a

Lisa Chastelet, in: Rîmês do l’ dièrin.ne fwin, éd. La Dryade, 1993

 

Rîmê d’ Noyé

 

On-z-a r’moussé l’ âbe di Noyé.

C’ èst po li bê p’tit novê-né

qui dwèrmeût i n-a tant do timps

dissu s’ crakante payasse di strin

o l’ crèpe do boû èt do bâdèt.

Ay, lès cis qui soflint, parèt,

tot flèrant èt tot ma toûrnés,

lès tchôdès-èrs di leû trau d’ nez

so nosse nikèt po l’ ritchâfer.

C’ è-st-one fwârt vîhe, foû vîhe histwére :

Li pére, cwèpî. Marîye, li mére.

Li bièrdjî. Treûs rwès. Dès bèdots.

Mi, dji lès ric’noche bin tortos !

Tin, dj’ m’ âreû v’lou assîr so l’ boû

avou l’ nosé valèt so m’ choû !

Èt fé doudoûce come ça, inte deûs,

tot tchantant l’ amûsète dès deûts :

« Pitit Poûcèt » ou bin « Pome, peûre »

Come li mame fêt po nosse mon-keûr :

« Pome, peûre, twartchon, pèpin, quatrè-vints »

Quatrè-vints qwè ? Quatrè-vints rin.

C’ èst po l’ rîmê, l’ èfant. Nan.nez…

L’ èsteût noû so lès strins di s’ bîrce.

N’ aveût nin fwin. N’ aveût nin freûd.

Li solo blaweteût d’vins sès deûts !

 

Andrée Sougnez (Vervî / Verviers), in : WD, déc. 1982, p.11-14

 

On-ågne po l’ Noyé !

 

NB crèpe = crêche

 

Ciste ânèye-là, è p’tit viyèdje du Djolibwès, lu Curé Djilsoul aveût dècidé qu’ on veûreût è si-èglîse one vikante crèpe come c’ èst l’ môde asteûre.

I-ala don trover l’ mayeûr, Maîsse Clitchèt, on cinsî d’ avâ-là, po lî d’mander d’ poleûr aveûr è l’ èglîse, po l’ 24 du Décimbe, lu boûf èt l’ ågne qu’ i lî faléve. Lès gamins dè patronèdje adjancenèyerît dè gris papî po fé l’ dècôr ; Juliète Rahir, lu d’mwèsèle dè câtisème sèreût l’ avièrje, lu sot Djèrôme avou s’ bèle båbe sèreût Djôsèf èt, po Jésus, i-aveût èssez d’ poupâs è viyèdje po fé ‘ne tchûse d’ adreût.

Come fout dit, fout fêt. Lu 24, à ût’ eûres å matin, èn-on bê dècôr du papî èt d’ cohètes du sapin, lès gamins plantît, å bê mitan dè l’ tchapèle du sint Djôsèf lu crèpe plin.ne du strin come convenou.

Adonpwis, on-z-ala amon l’ cinsî Clitchèt. Lu boûf tchûsi, qui s’ nouméve « Crolé d’ Djolibwès » èsteût prèt’ : savené, striyî, pégnî d’ adreût, i fève oneûr à s’ maîsse !

Mins, po çou qu’ èsteût d’  l’ ågne, fré du Diu, on poléve dîre quu c’ èsteût one catastrofe : lu vîle ågne Clara, qu’ aveût d’bité dè lècê tant dès-ânèyes å lon avå l’ campagne, lu pauve vîle Clara èsteût å Paradis d’ lès bièsses : ille aveût morou dè l’ nut’ !

Qwè fé ? Qwè fé ?

I-aveût bin, è viyèdje, on drole d’ apôte, rabisé dè Congo en 1960, on cèrtin Narcisse Pierzé qu’ aveût rètchèté  ‘ne vûde mohinète å bwèrd dè p’tit bwès d’ tchênes, èt qui d’monéve là, tot seû (…), avou dès payes, dès kènes, dès robètes, one gade èt – ô miråke ! – on-âgne ! Mins quéle ågne ! : one dè cès tièstawès bièsses, co pus tièstawes quu lès pus tièstawes ! Vèrité d’ Mon Diu, ciste ågne-là åreut rindou dès pwints à l’ pus målåhèye d’ aute påt ! On l’ louméve « Pagnouf ».

Åtoû dè p’tit manèdje du s’ maîsse, à c’pagnèye dè l’ gade « Trînète », ile kumagnètéve, d’ å matin à l’ nut’ lu maîgue wazon qui crèhéve là.

Deûs fèyes è rote, lu Narcisse aveut lèyî Pagnouf èt Trînète galafer lès cråssès jèpes dè l’ wêde djondant l’ propriyèté dè mayeûr Clitchèt – mins chake fèye, lès deûs bièsses s’ avît faît rèpiter amon l’ Narcisse.

Volà poqwè quu l’ mayeûr èt l’ Curé èstît si èprontés po-z-aler d’mander Pagnouf po l’ crèpe.

Portant, vôye non vôye, i faléve qu’ on-z-î alahe ! On-z-î ala, don !

Dîre quu çoula rota tot seu, çu sèreut minti. I fåt pår dîre avou quu l’  Narcisse n’ aveût wère aconté l’ èglîse duspôy qu’ èsteût å monde. Qwand c’ èst qu’ on lî esplika l’ afaîre, i r’naka d’ abôrd : « Poqwè v’ prustèyereû-dje Pagnouf ? Po dès mômerèyes ? » Mins qwand l’ borgumaîsse lî promèta qu’ Pagnouf èt Trînète porît wêdî so sès bins one ånèye å lon, Narcisse rèflèchiha… pwîs acsèta.

On-z-ala don nètî, savener, striyî èt pègnî Pagnouf, qui s’ lèya fwèrt onêtrumint fé.

 

Adonpwis, l’ curé l’ prindant po l’ gueûye, lu mayeur è l’ tchôkant å cou, on saya d’ aminer Pagnouf dusqu’à l’ èglîse.

Nin moyin ! Impossibe ! Pagnouf nu bodjîve nin pus qu’ on på dressî è bèton.

I tapéve todi èvôye on côp d’ oûy so l’ gade Trinète, su camaråde du tos lès djoûs… si bin quu l’Narcisse comprinda çou qu’ ile voléve.

« Mayeûr, duha-t-i, vos n’ årez nin Pagnouf sins prinde Trînète !» – « Sins prinde Trinète ? duha-t-i l’ mayeur… mins dihez, mossieû l’ Curé, pout-on mète one gade è l’ crêche ? »

Lu curé, qui c’mincîve à ‘nn’ aveur su sô rèsponda : « Dju n’ a d’ care d’ one gade po m’ crêche, mi. Dju d’mande on-ågne èt pwîs c’ èst tot ! » .

On fièsta Pagnouf, on lî d’na dè souke, on l’guètia, on lî présinta dès rècènes, on lî sinka dès navèts… I n’ vôve co måy su mète è-n-alèdje !

Èt dusmitimps, lès-eûres corît…

Si bin quu, vès doze eûres èt qwårt, lu curé èt l’ mayeûr dècidît d’ prinde lès deûs bièsses pusqu’ is n’ polît fé autrumint.

On nètia, on savena, on striya èt pégna Trînète èt on-z-amina l’ cope è l’ èglîse.

Après nône, tot-à faît èsteût prèt’ : lu p’tit dièrin dè l’ Mélanîy Peûs-d’-troke djambinéve è strin. Lu Juliète Rahîr, fène èt bèle duzos s’ bleû vwèle, soriyéve doûcemint. Lu sos Djèrôme su clintchîve avou grâce vès l’banselète, tot fant qu’ podrî zèls, Crolé sofléve, Pagnouf s’ èssoketéve èt l’ gade Trînète tapéve du timps-in timps on « bêêêê » d’ binåhisté… çoula dura dusqu’après du mèye-nut’.

Èt savez-ve bin qu’ i s’ a fait on miråke cisse nute-là ?

Siya, siya, c’ èst veûr : lu Narcisse, qui n’ mètéve pus on pîd à l’ èglîse duspôy dès-ånèyes èt dès razånèyes, lu Narcisse vunéve… po loukî Pagnouf èt Trînète diha-t-i… mins cisse nut’-là èdon, vos m’ polez creûre… i vèya l’ Bon Diu !

 

Elge (Stâvleû / Stavelot),  in : AL 23/12/2008

 

À Bètléyèm,  gn-a quâsi deûs mèye ans,

Qwand èn-on stâve, Jésus a v’ni â monde,

Adré Noyé, onk qu’ èsteût payisan,

Avou treûs vatches d’ après çou qu’ on raconte,

Gn-out dès bièrdjis, tot dreût qu’ is l’ oyint dîre

Po l’ adorer qu’ adhindint dès croupèts

Pwis avou d’ l’ôr, du l’ encens èt do mire,

Dès mâjes vunint d’ Orient à l’ èsprès.

Lu pére Noyé, tot lès vèyant o s’ coûr,

Su d’manda bin, sont-is fous cès-volà,

Apwèrter d’ l’ ôr à on gamin d’ qwinze djoûrs,

C’ èst dès djowèts qu’ i fât po ci djône-là

Èt lu, Noyé, qu’ i n’areût djà adon,

Sutou come oûy, atcheter â ma­gasin

Lès bês djowèts qu’ on veût ozès rèyons,

Dècida d’ fé one sorprîse â ga­min.

Foû d’ on-ârmâ, i sètcha dès clicotes,

Dès rodjes, dès bleûses, des djènes, dès cèsses à fleûrs,

Lès ravôtia, pwis lès ranokant totes

Fit on nounours’ ruglatihant d’ coleûr :                                      

– Volà Jésus, dju t’ apwète on cadau.

C’ è-st-on tintin, més qui ravise on-ours’.     

Jésus, tot p’tit, n’ èsteût nin djà loûrdaud,                

Nu l’ polant fé, fusa djâser l’ nounours :                                         

– Po dîre lu veûr, Noyé, t’ è-st-on brave ome,   

Èt tu cadau qui vint do fond do coûr,

Mu fêt pinser qu’ i m’ fârè on bonome

Qu’ îrè so l’ tère, â Noyé, fé on toûr,

Po-z-î pwèrter dès cadaus, dès djowèts,

Dîre azès djins quu dj’ aveû v’ni on djoûr,

Po d’né d’ l’ èspwèr à cès qu’ ènnè volèt,

Po quu l’ Noyé seûhe one fièsse du l’ AMOÛR.                     

 

54

Fré Matî (Mâmedi / Malmedy)

 

Lu Noyé

 

I a falou s’ continter d’ mète su assiète. Lu p’tit Jésus n’ èst sûremint qu’ one rawète du sint Nicolès, qui n’ apwate nin pus.

Ci qu’ a on bétlèhèm l’ arindje so l’ tâve du parâde avou do tindou mossê. C’ èst lès prés èt lès tchamps d’ Bètlèhèm.

On mèt dès motons avâ, foû d’ one bwate du manèdje. C’ èst dès motons d’ bwas, tot cwârés, avou dès reûdès pates èt on bokèt d’ blanke léne plaki d’ssus. Is n’ tunèt non so pates. Lès deûs motons qui vont avou l’ crèche, c’ èst do l’ plate, come lu boû èt l’ bâdèt, èt l’ Sinte Vièrdje èt Djôsèf, èt tot l’ monde. I ‘nn’ a qu’ pus p’tit.

Jésus qu’ èst d’ cire, du rôsé cire, avou dès tch’vès d’ sôye, tot crolés. L’ andje aussu, c’ èst do l’ cire. Èle barloke an-on-élastike duzeûs l’ ouh’ do stâve. Èlle a on bleû cotiyon d’ satin qui bise, dès-èyes nacrées qui vont èt dès tch’vès d’ léne.

Inte lu mossê, i n-a dès bokèts d’ mîreûs : c’ èst dès bis èt dès vèvis. Et one vièmoloue stokète ramassée ènone vîhe hâye, fait lès montagnes do l’ Judée.

Lu crèche est bêle ainsi : lès bièrdjis ont l’aîr estoumaqui. Is sont gngnos. Lès dorés Rwas Mages ont on chamau. Il a one pâte du drî qu’est djus. Mais on nu l’veut nin. C’ èst dl’ aute dès costés et l’chàmau est rasployf conte lu stokète. Du fie qu’à aute, i nn’a one tchandèle è coleûr qu’on-èsprind po sayî.

L’ âmatin do Noyé, on rtrouve su assiète hopée d’ bonbons è coleûrs et d’hics-nacs avou on bleu ou on rodje macaron d’souke dussus.

C’ èsteût fwart bon.

A dîner, on-èsteut malade èt on s’ féve groûler pace qu’on n’ magnéve nin s’sope.

Après côp, ons-aléve vèye lès crèches as Bèguènes et as Vihès Fèmes.

Do l’ sfse, c’ èsteût èsès manhons là qu’ons-avéve èspri one-âbe, qu’on-aléve vêye.

A c’mince, i nn’ avéve qu’amon Is-AI’mands. Adon lès ritches s’è mèlit. Et ces qui volit I’ fé. Adon c’ fout tot l’monde. Et on n’ala pus tchanter moule part.

Do temps qu’on I’ fuséye co, c’ èst-à bâne qu’on-z-aléve vèy lès-âbes du  Noyé. Qwand qu’ on-z-avéve assez loukî lès tchandèles èt lès boles du veûle, èt lès djèyes à papî d’ or ou d’ ârdjint, èt lès guirlandes du papî glacé è coleûrs, lès djins nos d’hit d’ tchanter. Èt nos tchantîs :

Petit Jésus couronné de fleurs

Venez loger dans mon p’tit cœur,

Mon p’tit cœur est si petit

Qu’il n’y a de la place que pour Jésus-Christ.

Un jour il est venu

Ce beau petit Jésus

Loger dedans mon cœur

C’ èst le divin Sauveur.

Mon petit Jésus, que je vous aime

Mon petit Jésus, que je vous aime.

Mille et mille fois plus que la mère.

C’ èst « moi-même » qu’ il ouhe falou dîre. Maîs quu savéve-t-on?

Tot l’ méme, çou qu’ on savéve bin, c’ èst qu’on d’héve one flaîrante boûde. C’ èst todi s’ mére qu’ on-z-aîméve lu mî.

On finihéve lu tchanson tot s’ bouhant so l’ vinte èt tot stindant l’ min à deûs fîyes:

Parc’ que vous et’ un enfant si doux,

Tenez, voilà mon cœur, il est à vous !

Tenez, voilà mon cœur, il est à vous !

L’ anéye d’ après, nos ‘nn’ alîs pus tchanter wice qu’ on n’ avéve nin avou one bone pougnîye di pans d’ coûke ou dès spéculâcions.

Lès djoûrs après Noyé, çu rèsteût lès vacances. (…)

Adon, l’ an èsteût oute. Èt on rucmincéve l’ aute come si d’ rin n’ è fouhe.

Nos n’ avîs nin dès comptes à payî, parèt, inte qwate èt quatwaze.

Èt ç’ n’ a stu qu’ pus târd, trop târd, qu’ onk èt l’ aute, nos-avans compris l’ parole do maîsse : quu c’ èst cist-adje qu’ a l’ paradis.

 

Gérard Hoeters, in : La Wallonne, 1, 2011

 

Li Noyé dè vî Tossint

 

Noyé, di-st-on, è-st-ine djoyeûse fièsse di påy èt d’ amoûr. À mèye-nut’, lès crustins s rapoûlèt è l’ èglîse, qwand i n-a on priyèsse, po fièstî li nêhance dè Såveûr èt s’ sititchî ine franke pougnèye.

 

Lès-ôtes, zèls, passèt ‘ne sîse, fwért, fwért longue, avou 1′ famile ou inte copleûs åtoû d’ on bon magnehon èt d’ ine clapante botèye di vin, come di djusse ! Å rés’, c’ èst bin possibe di fé lès deûs. Po l’ vî Tossint, rin d’ tot çoula. Il a quåsî noûf creûs, èst plin d’ mèhins èt n’ rote pus wêre. I vike tot seû è s’ vîle wåmîre, awè, tot seû…, vormint tot seû, Tossint… !

 

Si k’pagnèye a morou vochal ine pêre d’ an.nêyes. Sès deûs-èfants ont fêt leû vèye å lon payis. Il ont bin avoyî ‘ne carte po lî dîre tos leûs sohêts… èt c’ èst tot.

 

Nosse vî fré, lu, fièstèye Noyé tot magnant ‘ne tåte, on p’tit bokèt d’ blanke tripe èt tot buvant ‘ne grande jate di neûr café, assiou è l’ cwène di l’ êsse. I n’ a nin min.me lès-êdants po s’ payî deûs’, treûs boûkètes èt ‘ne pitite botèye di vin ou bin ‘ne plate di fris’ pèkèt ! Vès lès dîh eûres, come tos lès djoûs, i va è s’lét, mins i n’ dwém’ nin ; i tûse… i tûse èt i ratûse, li vî Tossint… « Si tos lès nantis ou ‘ne pârtèye di zèls, volît fé ‘ne saqwè po lès vîs strouks, lès målèreûs èt lès-èfants sins nole djodjowe, Noyé sèreût pus r’glatihant divins bråmint dès mohinètes !»

 

Li vî bouname n’ a nin twért. Å bon vî timps d’ nos tåyes, li vèye èsteût ôtemint: lès vwèsins s’ êdît voltî èt èstît ureûs dè l’ fé. Oûy, lès-åbitudes ont bin candjî ; lès djins tûsèt : “Mi po k’mincî”. Lès-ôtes, is fèt lès cwanses d’ èlzès roûvî. Li boule toûne “cwåré”.

 

Awè , Tossint, c’ è-st-insi… !

 

Henri Bragard (Mâmedi / Malmedy), in : CW, 10, 1956

 

Lu Crêche

 

Chake djoûr, o travint do Noyé,

Qwand toumèt lès blankès flotchètes,

So l’ vîhe aîte, avou leûs palètes,

Lès gamins nu f’sèt quu d’ macener.

 

Foû d’ nivaye, is f’sèt l’ blanke houbète,

Qui catcherè l’ crêche ècurinée,

Chake djoûr, o travint do Noyé,

Qwand toumèt lès blankès flotchètes.

 

P’ aveûr dès tchandèles, is f’sèt l’ quète

Èt ci qui vout vèy, deût sôner;

« Po l’ crêche ! » dit on p’tit rafiné

Qui coûrt ad’ter dès cigarètes,

Chake djoûr, o travint do Noyé.

 

5.5 li sûd-walon / le sud-wallon

Hélène Jacquemin (Aurvaye / Arville), in : Coutcouloudjoû !, 115-116, 2005, p.38

Noyè, souvenîr du-d-là sèptante ans

 

Adon (1), sint Nicolas passot, on-z-î cwayot (2)! Mês do Pére Nowèl on n’ è causot nin… èt d’ révèyon, co mwins’, on n’ conuchot nin. À l’ maujon, on f’jot ène crêche èt in sapin, mês dju m’ rafio (3) d’ alè à l’ mèsse du méye-nut (4). Po l’ mèritè, dju dvins avèr stî dwârmu (5) deus twas-eûres. I falot bin s’ moussè : gros paletot, èchèrpe, gants, bonèt d’ lin.ne, bons solès, pace qui les ivyinrs astint dèrs  (6). On-n-î alot nin en-auto. À doze eûres, lès clotches sonint à tote voléye.

L’ èglîje su rimplichot, èle astot bin gârnîe. Lès seûrs (7) avint fêt ène bèle crêche, grande come in hangâr. In rocher en gris papî tot colo­rè. Ça rimplichot la mitan do keûr. Lès pèrsonadjes èn plâte, quausu t’ ossi grands qu’ des vrês… I n’ è mankot pont. Marîe en bleû, Josèf en brun, lu ptit Jésus djà tot rawayè (8), la bourike èt l’ bû (9). Les biard­jîs (10) avu leûs motons, èt ène grosse sutwaye. Pa-d’vant, des rîléyes (11) d’ boujîes blawetint (12), r’lûjint (13) su dès grands èt dès p’tits tchandelès (14). Dès lampes èt dès boujîes partout. Lès bês moussemints… on-z-avot sôrtu tot ç’ qu’ i gn-avot d’ pus bê.

L’ orgue djouwot, lu mêsse tchanteû (15) èt la corale tchantint la mèsse en latin èt dès cantikes en francès. Ç’ qui dj’ in.mo bin, ç’ astot l’ « Minuit chrétien ». Ène anéye, dju l’ ê oyu tchantè pa in tchanteû d’ opèra qu’ astot avaur ci… Qué vwas… Dju m’ è sovin co. Ç’ qu’ astot bin ossi, c’ èst quand i nîvot à l’ sôrtîe d’ mèsse.

En rintrant à l’ maujon, on s’ rachandichot (16) avu in bon tchôd choco­lat, po lès-èfants… do tchôd vin èt quékes doûceûrs qui man.man f’jot si bin. Pus, on-z-alot o lit. Qué tchandjemint dins tot ça    !

 

 

Malaujis mots:

1 = alors

2 = on y croyait

3 = je me réjouissais

4 = minuit

5 = avoir été dormir

6 = rudes

7 = religieuses

8 = tout éveillé

9 = le bœuf

10 = les bergers

11  = des rangées

12 = étincelaient

13 = luisaient

14 = chandeliers

15 = soliste

16 = on se réchauffait.

 

Jean Picart (Aubî / Auby), in : LD, 4, 1984, p.12

 

Preumî  Noyé

 

Gn-avot pont d place pour zeûs a l’ hôtèlerîe,

Pour loû pont d  matèrnité bin tchaufîe,

Rin d’ ôte qu’ in staule pou Marîe s’ acoutchî

Dû-ce queu Jésus alot c’minci sa vîe.

 

La Vièje è rafachî leu Rwa d’  la Têre

Èt pîs, aveu tout s’ cûr, èle L’è coutchî,

Coume i gn-avot pont d   bîrce, sins peus d’afwêre,

Dins  ‘ne pove binée (1), d’sseus d’  la paye arandjîe.

 

Jésus v’not anoncî la Boune Nouvèle,

Prêtchî l’ amoûr èt èclérer nosse fwa

Pou qu  la vîe dès djans d’vagne peus fratèrnèle,

Pou queu 1′ monde soye dins la pês èt la jwa.

 

Guéri lès malades èt sauver lès gueûs,

Rinde couradje aus pôves èt aus maleureûs,

Dîre aus mauvês ritches toute leû vérité,

Mon.ner leû cûr à  ‘ne peus grande charité.

 

L’ ouvradje èstot là,  qui n’ Lî mankerot ni,

Mès en-atindant, i falot crèchi,

Èt d’dins sa binée, i peurnot plêji

A stindant djà sès p’tits brès aus bèrdjîs,

T’t-a souriant  aus-andjes qui v’nint d’ L’ anoncî.

 

(1) mangeoire

 

Jules Madan

 

Pês d’ssus la tère

 

Tchantans l’ Nawè tourtous assone,

Lu p’tit Jésus nous-è à l’ bone.

Eun-andje è dit : « Pês d’ssus la tère »,

Mês dju n’ vèyans quu d’ la misère.

Tous lès peupes sant dins la tèreûr

Èt pa-t’t-avau, vèyant l’ oreûr.

Is s’ tchauspougnant en-Orient,

Lès-Afrikins a fant ostant.

L’ aréoplane èst dustoûrnée

Pa dès djon.nes djens, dès tésses brûlées.

Dju n’ sans ni chûr… min.me nos-afants,

Ça, pou quékes francs, an prind lès djans.

Spaurgnèz tourtous dès-acsidents

Lès pôves parints èt leûs-afants.

Dins tout 1′ Tièrs-Monde, bayez dou pin,

C’ èst toula qu’ is ‘nn’ ant 1′ pus bèzwin.

R’bayèz la prés à tous vikants,

Mon Dieu, Sègneûr, dju v’ suplians.

T’nèz bon la tére, qui tout 1′ timps tranle ;

Pa-d’zous lès pières, 1′ maleureûs ranle.

Calmez lès-éwes qui dusbordant,

Noyant t’t-à fét, èt tchamps.

Pitit Jésus, Vous d’vèz fére auk,

N’ ratindèz ni qu’ an seûche à Pauke.

 

Marie-Thérèse Cornette (Sîbrèt / Sibret)

 

Noyé / Èvanjile da Sint Djan

 

I gn-ârè quâsi deûs mile ans, èl vint’ cink du dècembe, qui l’ Bon Djeu – on côp d’ pus – va rèd’chinde. 

Po sûr qu’ i s’rè fièsti! I s’ parmon.nerè dins nos vèyes èt nos viadjes. I vièrè lès bês sapins tot r’lûjants, avou dès loumîres di totes lès coleûrs. I r’wêtrè lès vitrines, totes pus bèles one qui l’ ôte.

Seûlemint, volà: lès djins nu 1′ rèc’nucherant nin…

 

Fât dîre qu’ il est droledèmint moussé, i n’ è pont d’ tchâsses à sès pîds, sès solès sant trawès. Èt pus, on s dèmèfîe do l’ coleûr di sa pê èt d sès tch’vès!

Dèmwin, quand is-arant bin beuvu èt bin mougnè, lès djins dîrant: “Qué bèle fièsse du Noyé! Damadje qui l’ Bon Djeu nu r’vint pus addé nos-ôtes!”

“Il astét dins l’ monde, mês l’ monde nu l’ è nin rèc’nuchi. Il è v’nu addé lès sînes, mês lès sînes nu l’ ant nin r’çû!”

 

Mau­rice Georges (Vâ / Vaux-sur-Sûre), in : Singuliers, 1, 2006, p.10-11

 

Noël en Prusse

Il concerne le premier Noël qu’il a passé en Prusse Orientale comme prisonnier de guerre:

 

Noyî padrî lès bârbeulés ( ou Noyî padrî lès fils dè ronche)

 

Volà djà sèt’ mwès què dj’ sons prîjnîs voci, à fond do l’ Prusse, o bord do l’ Baltike, èt qu’ djè rawârdans èl djoûr tant-èspèrè, què dj’ poûrans-z-araler dins nosse payis qu’ èst si lon.

C’ èst 1′ îvièr, tèribe dins cès réjions la. Dèpûs trwas s’min.nes, èl tèrmomète dèmeure dèzos mwins trente. I gn-è deûs mètes d’ îvièr qui rècouvrant lès tchamps, nous barakes, èt min.me la mér qu’ èst adjalée jusqu’ à cink kilomètes do bord. La bîje glacée qu’ arive do l’ Sibérie, choufèle djoûr èt nut’ su tot 1′ payis. Dès grandes tchandèyes dè glèce pindant âtoûr dès twats.

 

One fine poussière d’ îvièr chofèle intèr lès plantches do l’ barake, èt, à tos momints, i nos fât cacheûre nous lits qui dèvenant tot blancs.

Dèmwin, c’ èst Noyî, èt mâgré nous miséres, djè n’ plans nin lêchi passé ç’ djoûr-là sins rin fè. On n’ s’ imâjine nin çu qu’ on put èsse dèbrouyârd quand on-èst prîjenî ! Ossu, à l’ nut’, quand lès-Alemands ont v’nu fè 1′ apèl, dins nous tchan.mes, il ont stî sufokès d’ vèy nous p’tits sapins d’ Noyî qu’ astint brâmint pus bês qu’ èl leur, o corp dè garde. Comint-ce què dj’ nos-avins procuré lès p’tites boujîes, lès tch’vès d’ anje, èt min.me dès boules dè vêre ? Is n’ 1′ ont jamês savu !

Portant, si quékes djon.nes astint bin lancés après avèr bèvu one botèye de schnaps’ qu’ avèt arivè à l’ barake on n’ sét comint, èl keûr n’ î astét nin. Djè sondjins o payis, à l’ maman, à l’ fame tote seule ladrî, èt à noûs-afants qui, sûremint, zols ossu, sondjint fwart à nos-oûtes èl timps do l’ nut’ do Noyî. Djè nos-avins rafiè do l’ mèsse qu’ on nos-avèt promètu, mès 1′ aumoniè astèt sûremint vouye oûte part, èt dj’ n’ ans nin min.me u ç’ consolâcion-là. Èt quand il è stî doze eûres, èt què nosse pètit orkèsse è sayè d’ pwate on pou d’ guêtè dins lès barakes, gn-avét brâmint, stindus su leû payasse, qui lêchint couru dès grosses lames qu’ on n’ sayét nin min.me dè choûrbu.

Èt alors’, què, tot doûcemint, tot s’ adwarmét dins 1′ camp, racloûs dèzos la spèsse coûtche d’ îvièr, deure come do l’ pière, à l’ uch, addé la bârière d’ intrée, one petite vîe fame qui tronlét d’ frwad avu s’ cruchon à l’ mwin, vudét one grande gote à nosse sentinèle qui, moussé come on-èskimau, montét tot seû one garde qui n’ sièrvét à rin, èl timps qu’ sès camarâdes fièstint Weihnacht on pou pus lon, dins ç’ payis pièrdu.

 

 

Malêjis mots

adjalé — gelé. / adwarmè = endormir. / cacheûre = secouer. / choûrbu –essuyer. / îvièr = hiver, neige. / là-drî = là-bas, la derrière. / moussé : habiller, /prîejnî = prisonnier. / tchandèye de glèce = stalactites. / tch’vè = cheveu. / tronlè = trembler. / zols = eux.

 

yves Paquet (Lîbin / Libin), Lu sondje du Pére Noyé

(VA, 24/12/2009)

5.6 li Gaume / la Gaume – la valée d’ la Sm’was / la vallée de la Semois

Marie-Joseph Dominé (Bôan / Bohan), in : VA 24/12/1976

 

Èl Noyé dou Bîre

 

I fajot frwad, si frwad qu’ la S’mwas bètinot, lès-étwales èrloûjint comme èl cu sint-Hilère. Tourtous s’ racalodjint d’ lé l fû. Do la méjou su la place, i fajot bon ; èl fû brondiyot, une jate fumot sur la taîe et i trin.not une odeûr deu tisin èt d’ suke roudje.

La Sidonîe dauviyot ; sa lonché avot glissé su l’ pavé. La Maria èt la Rosa causint. Iles racontint dès nouvèles queu tout l’ monde counichot maîs à racontant, ou peut dîre ès’n-idée. La Maria dijot : « Èl curé è té wâr la Bèrte, ça n’ va mi mî. Quwa qu’ on vîe, ile èst vîye èt ile neu lèche mi une cabe à raclôre. « Lès-oumes fumint la pipe, causint dou toubak, deu l’ iyau qu’ èst trop grosse.

La Sidonîe dauviyot fôrt bin (djè crwa bin qu’ ile dôrmot). Ile oyeut clitchî à l’ uch, ile va wâr.. . C’ ètot un-oume aveu dès-écritwadjes èt une sôye. I min.not une bourike. Su la bourike ètot assûte une djon.ne fome awa frwad ». « Djè sô binéje deu iyète tchû vous, dit l’ oume, in pô d’ fû frè dou bin. » Il avot l’ ér bin avenant èt la fome ètot tèlemot odée.

La Sidonîe leû dit : « V’lèz-ve dou café ? Ou mandjerez bin in boukèt d’ galèt à suke ? Djè pè réchandi d’ la potée roussîe ? Ous n’ a mi fim ? Djè va vous douner une peutite goute deu pèrnèle».

« Madame, dit la djon.ne fome, ous-ètes in.mabe. Dja vaurô vous d’mander iauk. Èst-ce qu’ ous n’ a rin pou mète l’ afant ? Djè sô chûre qu’ i va v’ni anon ».

La Sidonîe la r’garde, ile rît in pau ; ile èst abituyée âs fomes qui ratodot !

« Dj’ ans in bîre, tous nos-afants ant té d’dos ; ous plè l’ awa. Si ous-a beswin d’ iauk, ous n’ a qu’à m’ uchî. Si l’ afant vint, djè vous-aîdraîi, djè vanré l’ rafachi.

La Sidonîe min.ne lès djans dos l’ fournil. « Ous-arez tchaud cid’lé. Èl bîre èst en tchène,  ous pôrez osser à tchantant : « Putchè, laridé, grande dame… ou là l’ ceu qu’è té â bos, là l’ceu qu’ è vu l’ leup ».

La Sidonîe va qué une couvèrte èt une brike pou-z-awa tchaud lès pîds dos l’ fourni.

Quand ile èrvint, à soudjant ou p’tit qui vanrè, èl fournl èst plin d’ lumerotes. Ou-z-oyot tchanter pa-t’t-avâ. Â mitan dou bîre, i gn-avot un-afant, èl pus bé dès-afants, byin membru. L’ oume èt la fome étint à gnous èt padrî leû tête, i gn-avot dès lumîres djanes coume dès surlus.

La Sidonîe sôrt à froumant l’ uch, tout doucemot… «Un-oume aveu dès-écritwadjes, une djon.ne fome èt un afant si bé. Mon Dieu ! Sint Josèf èt la sinte Vièrge ant v’nu tchû nous. Djè douné pou l’ pètit. Èç’ bîre-leu, il avot dédja douné l’ soumèy èt la tchaleûr à brâmot d’ afants mins anon ! Â, djè sô binéje ! Èç’ bîre-là, i dîrè toudjoûr qu’ lès-afants,  c’ èst iauk ! qu’ i fât lès cultiver coume leès salades, qu’ is sant une bèle fortune. Èç’ bîre-là, i dîrè qu’ èl bon Dieu vint dos lès méjous iou qu’ ou s’ in.me bin, dos les méjous qu’ ou noume une méjou dou bon Dieu ».

La Sidonîe s’ rèvèye. Lès fomes mandjint dès béguines, lès-oumes buvint une peutite goute… La Si­donîe rwète èl bîre. Èt jomés, jomés, pérsonde n’ è compris pouquwa qu’ ile dijot à s’ rèvèyant: « Je dors mais mon cœur veille ».

6 Ôte paut en Bèljike, … / Ailleurs en Belgique, …

De toteman (cougnou en néerlandès / en néerlandais)

(in: Albert marinus, Le folklore belge, T3, s.d.)

Weihnachten in den Ostkantonen / li Noyé dins lès Cantons d’ l’ Ès’ / Noël dans les Cantons de l’Est

in : Nidrum, 1998, S.382

 Die ersten Christen kannten lediglich das Passahfest, als Erinnerungsfest an Christi Abendmahl.« (1, S.234) Erst im Laufe des 4. Jahrhunderts wurde das Geburtsfest Jesu gefeiert. »Den Berechnungen nach schien zunächst fur die Christgeburt nur das Halbjahr Frühling bis Herbst in Frage zu kommen, denn in Judäa können im Winter Menschen und Tiere kaum im Freien nächtigen. Die Datierung des Christgeburtfestes wurde folglich eine höchst komplizierte religionspolitische Setzung… Die römische Datierung, der Dezember setzte sich schliesslich durch. Um 354 uurde das Fest schon feierlich in Rom in einer eigenen Kirche begangen. Im deutschen Sprachraum wurde erst 113 durch eine Mainzer Synode die Christgeburtsfeier : um allgemeinen kirchlichen Feiertag erklärt… Auf dem Lande blieb das Weihnachtsfest bis Mitte des 19. Jahrhunderts ein kirchliches Fest mit der zusätzlichen Christmette und mit Krippenspielen in der Kirche. Im Bauernhaus wurde gut und üppig gegessen, viel gebacken und gekocht, Haus und Stall wurden geräuchert, dem Vieh segenbringende Maulgaben verteilt, den Kindern rotbackige äpfel und ein kleines Spielzeug gegeben. Aber ein gabenreiches Familienweihnachten unter dem Christbaum hat sich auf dem Land erst um 1900 durchgesetzt. (1, S. 234)

 

Die Ausbreitung des Weihnachtsbaumes setzte erst so richtig nach Ende des deutsch-französischen Krieges von 1870/71 ein, da auf Wunsch des preussischen Königs Tannenbäume in Lazaretten und Unterständen aufgestellt worden waren. Auf einer Karte, die 1932 fur den Atlas der Deutschen Volkskunde hergestellt wurde, (1, S. 239) ist ersichtlich, dass fur die allgemeine Verbreitung des Weihnachtsbaumes in den Häusern fur Nidrum das Jahr 1920 angegeben wird. Diese Angaben können laut Angaben der Eheleute Heck-Noel nicht stimmen. Sie sind übereinstimmend der Meinung, dass der Weihnachtsbaum frùher eingeführt wurde. Sie können sich sehr gut daran erinnern, dass ihre Eltern ihnen vom Christbaum berichteten, der bereits bei den Grosseltern geschmückt wurde. Walter Reuter, der im Jahr 1960 insgesamt 75 Personen nach den Ursprüngen befragte, umschreibt die Verbreitung des Baumes in den Volksschichten auf die Zeit zwischen 1900 und 1920. Daraus lässt sich schliessen, dass der Weihnachtsbaum in Nidrum bereits seit Beginn des 20. Jahrhunderts zum Weihnachtsfest gehörte. Die kleinen Tannenbäume wurden zur damaligen Zeit meistens »organisiert«, so Ewald Heck. Der Baum wurde mit Kugeln, Sternen, Girlanden und Kerzen geschmückt. Unter dem Tannenbaum stand bereits in unserer Kinderzeit eine Krippe. In der Nacht kam dann das Christkind und brachte kleine Ge­schenke. In der Vorkriegszeit fand am 2. Weihnachtstag eine Theateraufführung statt, so meine beiden Gesprächspartner.

Während der Advents- und Weihnachtszeit werden in steigendem Masse vor die Häuser mit Lichtern geschmückte Bäume aufgestellt, leuchtende Sterne äber den Eingangstüren aufgehängt, kleine Kränzchen an der Tür befestigt oder elektrische Kerzenleuchter ins Fenster gestellt. Im Laufe der Jahre hat das Schenken ein immer grösseres Ausmass angenommen. In breiten Schichten der Bevölkerung hat der stets wachsende Konsum die religiöse Bedeutung des Pestes mehr und mehr in den Hintergrund gedrängt.

7 Ôtès-afaîres / Divers