li 15 d' awous', l' Assompsion en Bèljike romane / le 15 août, l'Assomption en Belgique romane

PLAN

0 Jènèrâlités / Généralités

1 Li fièsse rilijieûse / La fête religieuse

2 Li tradicion folklorike / La tradition folklorique

3 Scrîjadje / Littérature

4 Ôte paut / Ailleurs

0 Jènèrâlités / Généralités

in: A. Varagnac, Marthe Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978, p.57

 

L‘Assomption de la Vierge le 15 août a probablement remplacé celle de Diane, déesse des bois, célébrée le 13 août.

 

Nadine Crétin, Dominique Thibault, Le livre des fêtes, Gallimard, 1991

 

Abondance et fécondité

 

A la mi-août, le culte de la Vierge semble avoir remplacé à cette date les grandes fêtes agricoles, avec offrandes des fruits de la terre. Le culte de la déesse-mère est assimilé à celui de l’ abondance.

 Sur cette stèle gallo- romaine de Saverne, elle porte un panier rempli de fruits.

 

Le 15 août

 

Dans le dogme de l’ Assomption proclamé en 1950 par le pape Pie XII, les chrétiens reconnaissent que Marie,  mère de Dieu. est passée directement de la vie terrestre à la vie immortelle.  Le mot Assomption vient du latin adsumere: prendre avec soi.

Dès le VIe siècle, cette fête était célébrée par les Syriens.  Les orthodoxes l’ appellent Dormition et la célèvrent comme une pâque, après quinze jours de jeûne. De grandes processions se déroulent à Ephèse, où la Vierge aurait vécu ses derniers jours.

 

Un culte très ancien

Le désir de se mettre sous la protection d’une déesse-mère remonte aux temps préhistoriques : les Vénus gravettiennes, comme celle de Willendorf, sont du paléolithique supérieur et ont 20.000 ans.

Les Phrygiens honoraient Cybèle, les Sémites Astarté, les Egyptiens Isis.

 

In : EMVW 1924-1930, p.47-48

 

L’ENFANCE / Les petits Autels

 

Notre confrère M. L. De Sailly, de Hensies, nous signale que jadis, à Mons et dans les environs, les enfants, ayant cependant des parents aisés, avaient l’habitude, dès l’apparition des premiers beaux jours, d’élever de petites chapelles au coin des rues et de harceler les passants pour obtenir quelques pièces de monnaie.

C’est en 1827 et 1828 que la police « a mis bon ordre à cet abus qui, dit un journal de l’époque avec une sévérité comique » pouvait faire croire aux étrangers qu’on pouvait mendier en » Hamaut pourvu qu’on ne fût pas couvert de haillons ».

D’où vient cette pratique? Dans quelle région était-elle en usage ? demande M. De Sailly.

A Liège et dans la banlieue, ainsi que dans la région de Verviers une coutume analogue existait et n’est pas tout à fait perdue!

C’est à l’Assomption que se dressaient sur les trottoirs les petits autels établis sur des tables d’enfant ou sur de simples chaises. Gamins et fillettes, munis de soucoupes, sollicitaient les passants qui, généralement, leur donnaient une « cèn’ » (deux centimes). Une partie du produit de la collecte servait à renouveler les chandelles qui brûlaient sur l’autel ; mais la plus grande partie de la somme recueillie était convertie en bonbons. C’est pourquoi les enfants appelaient ces petits autels âtés de gosî, autels du gosier.

Cette coutume, très en vogue au XIXe siècle — il n’était pas rare de voir s’échelonner une vingtaine d’autels dans une seule rue — était presque éteinte. Elle a été récemment remise en honneur à Liège,dans le quartier d’Outre-Meuse,grâceaux efforts d’un comité local, les Amis du Folklore, dont on ne saurait trop louer les intelligentes initiatives.

« A Dinant et dans d’autres endroits, d’après Reinsberg-Duringsfeld, le « tombeau » ou « Saint Sépulchre » qu’on arrange dans les églises le vendredi saint, a donné naissance à l’usage qu’ont les enfants d’ériger dans les rues une espèce d’autel et de demander aux passants quelque monnaie pour leur monu­ment (*) ».

Il est curieux de retrouver cette coutume identique à Mons, à Liège et à Dinant, bien qu’elle y soit pratiquée à des dates différentes.

Nos correspondants pourraient-ils nous citer d’autres endroits où cet usage a existé ? Ils feront bien de nous indiquer comment étaient garnis ces petits autels, comment on les appelait et sur­tout si les enfants, pour demander aux passants leur obole, se servaient d’une formulette traditionnelle.

 

1 Li fièsse rilijieûse / La fête religieuse

1.1 L’Assompsion dins l’ ouwès’-walon / L’Assomption dans l’ouest-wallon

Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

L’ASSOMPTION. 15 août

D’anciennes croyances faisaient de la mi-août un jour sacré. C’est l’instant où le soleil entre dans le signe de la Vierge. C’est l’occasion de la grande procession. C’est le plus grand jour de la foire de Charleroi où tout bon Montagnard qui se respectait faisait le déplacement. Il n’avait garde de ne point acheter du pain d’épice de Gand, du nougat de Montélimar et des bernardins fleurisiens.

Le jour de l’Assomption, c’est surtout la fête de la Vierge Marie. Selon une tradition du temps des apôtres, Marie aurait été enlevée au ciel le 15 août. La fête de l’Assomption n’aurait pas été chômée avant l’an 813. Selon certains chroniqueurs, l’Assomption aurait été fêtée long­temps au 18 janvier, c’est sous le règne de l’empereur Maurice que le pape aurait décidé de transférer la solennité au 15 août (1).

Du point de vue folklore populaire, rappelons les expressions :

Boune Notre Dame !

Ene Marîye Clape-Chabot, c’est une femme qui fait du bruit en marchant.

Et cette exclamation, par laquelle on réclamait la protection du ciel :

Jésus, Marîye, Djosèf !

 

(1) de Reinsberg. — Le Calendrier Belge. T. II, p. 95.

in : Guide pratique du folklore, Bruxelles – Brabant wallon, 1993, p.66

 MARBAIS / Procession du 15 août

 Les pèlerins de la Confrérie de Saint-Roch effectuent leur sortie ce jour.

Ils portent leur tenue de gala : pèlerine à frange d’or, la ceinture dorée, le pantalon blanc galonné de noir à bords plats. Quatre d’entre eux portent la statue de leur saint patron sur leurs épaules.

Ils sont précédés de douze petits pèlerins, marchant comme eux sur deux rangs. Après la messe de 9 h 30, la procession démarre avec le Saint Sacrement, escorté par les pèlerins de la Confrérie de Saint-Roch et les Sapeurs-Chevaliers de la Sainte-Croix en costumes belges et précédés par une clique de 12 tambours et de l’Harmonie royale “Le réveil tillycien”.

Le cortège parcourt les rues du village où sont aménagés des reposoirs pour le Saint Sacrement, endroits où le curé bénit la foule.

La procession rentre vers 11 h 30.

1.2 L’ Assompsion en Picardîye (co rin trové) / L’Assomption en Picardie (encore rien trouvé)

Li porcèssion do 15 d' awous' à Namètche (La procession du 15 août à Namêche)

(2012 – foto: Bernard Louis)

 

1.3 L’ Assompsion dins l’ cente-walon / L’Assomption en centre-wallon

 

Jean-Jacques Gaziaux, Parler wallon et vie rurale au pays de Jodoigne, LLN 1987, BCILL 38, p.264-265

 

A Jauchelette, une autre procession avait lieu à l’Assomption, au quénze d’ aous’. On fiéve lë grand toûr, on-n-aléve jësqu’aus grëles, grilles (du couvent de la Ramée), pa lès voyes dë campagne. Mins i n’avot ni tant dès djins, c’ èstot l’ aous’.

Lès porcèssions, c’ èstot po d’mander dès grâces èt po lès rècoltes, po bènë lès campagnes èt tot ça (3).

 

Pour le passage de la procession, la plupart des familles installaient un petit autel sur le pas de la porte, on fiéve on-auté : on boutéve one tauve avou one blanke nape, avou on crës’, dès fleûrs èt dès boujîyes. On nettoyait les abords de la maison et l’on faisait des jonchées sur le chemin, on fiéve lès vôyes po passer l’ porcèssion. Po c’minci, on chovéve ‘balayait’ lë vôye au matén ; on fiéve one alêye au mëtan avou dès fleûrs ou dès pètales (4) èt avou dès p’tëts bokèts d’ papi ; së lès costés, on boutéve dès fëtchêres ‘fougères’, dès cochètes avou dès fouyas ‘rameaux feuillus’. Des paroissiens aménageaient deux ou trois reposoirs, dès r’pôzwêrs, bien répartis sur l’itinéraire, notamment devant une chapelle ; on fiéve on r’pôzwêr à l’ tchapèle d’ au Maka (5).

Et la procession s’ébranlait (fig. 63) . Dès p’tëtès crapôdes ‘fillettes’ sèmin’ dès fleûrs. Lès-èfants pwârtin’ dès p’tëts drapias ‘drapelets, oriflammes’. Des garçons avaient été appelés en renfort comme enfants de choeur ; n-avot bran.mint dès corals, dès cës quë pwârtin’ lë crwès, l’ acinswêr , encensoir, (p.265)  l’aspèrjès’ ‘aspersoir’ avou l’ sèya èt l’ bènëte êwe. Dès djon.nes-omes pwârtin’ dès grands drapias, dès baniéres. Dès djon.nes-omes pwârtin’ sint Rok, dès djon.nès fèyes sinte Djètrë , Gertrude’, dès-ôtes lë Sinte Vièrje (6), dès fèmes sinte Wëvëne, dès-omes dès f1ambias ‘flambeaux’, dès lantiènes ‘lanternes’ èt l’ bârdakén ‘dais’ (7) , lë këré l’ ostenswêr avou l’ sint-sacrëment. En cours de procession, on d’jéve lë tchapelèt èt on tchantéve. Aux reposoirs, lë këré donéve lë bènèdëcsion

dè l’ sint-sacrëment.

 

(1) L’après-midi de ce même dimanche, les religieuses de la Ramée organisaient également une procession dans leur parc, à laquelle participaient de nombreux villageois des environs.

Par la suite, leur procession se déroula le dimanche suivant.

Vers 1900, la procession de la paroisse avait lieu le jeudi même de la

Fête-Dieu,qui était alors jour férié, fièsse agardêye.

(2) Cette procession n’a plus été organisée à Jauchelette après la 1ère guerre mondiale ; par contre, elle s’est maintenue à Glimes jusque dans les années septante. Notons ici qu’à Jauchelette, la dernière procession est sortie en 1968.

(3) De même, les trois jours qui précèdent l’Ascension, des paroissiens participaient aux processions des Rogations, aus Rogâcions, en suivant des itinéraires différents à travers le village, on fieûve lès litanîyes dès sints tote lë vôye.

(4) Pour agrandir le tapis, on effeuillait, on splossive, on spiyive dès fleûrs. Lorsqu’on manquait de fleurs, on sèméve dè blanc sauvion ‘sable’ On en formait une sorte d’allée à travers la cour, à partir de l’ autel jusqu’ au chemin.

(5) Le terme tchapèle désigne aussi une niche pour loger une statue de saint ; ‘l ont fêt fé one tchapèle dins l’ mërâye dë leû maujone.

(6) Lorsqu’on avait le choix, cet honneur était réservé à des jeunes filles qui fréquentaient l’église et étaient donc en bons termes avec le curé, dès cënes qu’ antin’ pës fwart lë këré.

(7) Les lanternes étaient portées par les hommes qui entouraient le dais.

 

Jules Fivèz, Istwêre di Bièmeréye, èt di vint’-deûs-ôtes viladjes d’ avaurci dispûs noûf cints swèssante-quate, avou l’ concoûrs dès Bièrmèrwès,

1972

Li Quinze d’Awous’ ou l’« fièsse di l’Assomption ».

 

C’ è-st-ossi ène bêle fièsse rilijieûse qui s’ passe bin paujêremint.

Dins l’ timps, si l’ solia n’ lûjeut nin trop fwârt, lès djoûweûs d’ bale au tamis s’è donint tant qu’ is pouvint. S’ i fèyeut trop tchôd, is ratindint l’ vièspréye divant d’ atakè. Di çtimps-là, on dijeut : djouwè à l’ casse.

On bistokeut lès Marîve.

 

Lès Fièsses do QUINZE d’AWOUS’ en dîj-noûf cint sèptante au SAUT-SINT-LORINT, in : CW, 1970

 

 

Li Vinrdi 14 (Quatôze; qu’on dit, li samedi do Quinze d’Awous’), à sèt’-eûres à l’ nêt : MESSE po EUGÈNE GILLAIN, scrîjeû walon dau SAUT,

à iût-eûres mwins on quârt : Ësposicion do l’ Mârche Sint-Lorint 1893-1970, lîves walons.

 

Li Sèmedi 15 (Quinze, qu’on dit, li dîmègne do Quinze d’Awous’),

 

PÈLÈRINÀDJE A SINT LORINT

à iût-eûres au matin : rapèl dès tambours ; à noûf-eûres : raploû dès mârcheûs,

à dîj-eûres : GRAND-MESSE è walon, tchantéye pa l’abé BAR­BIER, curé d’ Sint-Djôsèf, à Nameur qui faît l’ prétchemint,  avou l’ Corale di DORÈNE. — Bènèdicsion dès Mâr­cheûs.

Après mèsse : fleûrs, pinséye èt dèchârje po lès mwârts 1914-1940.

A deûs-eûres et d’méye, PORCÈSSION à l’ oneûr di Sint Lorint avou l’ Mârche. Dèchârjes aus tchapèles.

A cink eûres : sôrtîye dès Mârcheûs : visite aus-oficiers.

A iût-eûres à l’ nêt : Ritraîte aus flambaus — Bivouak su l’ place — Egzêrcices — Lès oficiers lèvenut lès deûs dwèts po l’ sèr­mint èt câssenut l’ vêre. — Feu d’ file à l’èglîje.

 

Condroz - Bouchonvèye - li porcèssion do 15 d' awous' (Condroz - Buissonville - la procession du 15 août)

(dèviè 1950 / vers 1950, in: Des gens d’ici racontent, réf. ci-dessous)

(in: Des gens d’ici racontent, Douze villages entre Famenne et Condroz au début du (20e) siècle, Groupe Regards et Souvenirs, s.d.)

in: Jean Germain, Toponymie d’Evrehailles, BTD LIV, 1980

(p.113) Pèlerinage à saint Laurent, dont l’autel se trouve à droite du chœur de l’église, le 15 août pour les maus Sint Lorint ou pokètes Sint Lorint, c’est-à-dire l’impétigo.

1.4 L' Assompsion dins l' ès'-walon / L'Assomption dans l'est-wallon

Liège / Quinze août en Outremeuse, in : Clio 70, 1974

Du 14 au 16 août, tout le Dju d’la ou quartier d’Outre-Meuse (espace compris entre la Meuse et sa dérivation, entre la place Delcour et la place de I’Yser) vit une fête populaire d’origine religieuse.

La journée la plus chargée est celle du 15, fête de l’Assomption.

Elle est marquée principalement par une grand’messe en plein air, avec sermon en wallon, et par le grand cortège folklorique de l’après-midi. Ce cortège parcourt les principales rues d’Outremeuse, où sont dispersées les potales, Ce mot, dérivé du français pot, signifiait primitivement petit creux dans le sol ; par glissement de sens, il a fini par désigner de petites niches en pierre ou en bois, accrochées aux façades et renfermant une statuette de la Vierge. Certaines sont très anciennes et se transmettent de père en fils. Une trentaine de potales sont encore visibles aujourd’hui.

Durant les jours qui précèdent l’Assomption, les habitants des vieux quartiers, réunis en comités, préparent avec orgueil leurs potales. Pour soutenir leur effort, des concours d’originalité sont organisés par le Gouvernement de la République Libre d’Outremeuse. Créée en 1927, celle-ci est dirigée par un gouvernement qui compte un président, des ministres et des secrétaires d’état. Le Congrès ou assemblée générale de cette société folklorique se réunit annuellement pour établir le bilan des activités et des finances. La foule animée se répand dans les ruelles des vieux quartiers, s’arrêtant devant les potales illuminées et fleuries. Elle se masse aux alentours du mât de cocagne ou de la fête foraine, et sur le parcours du cortège: elle rythme la cadence au son des harmonies populaires et de l’orgue de barbarie, ou flâne le long des vitrines décorées. Des cramignons entraînent petits et grands dans la fête, tandis que les marionnettes liégeoises offrent un spectacle permanent au Musée Tchantchès. Car ce petit personnage symbolique de la mentalité liégeoise est aussi à l’honneur en ce 15 août. Il possède sa statue sur la place de I’Yser, où de nombreux dignitaires viennent régulièrement lui rendre hommage et lui offrir un costume de plus.

Ainsi, la fête du 15 août en Outremeuse exprime à la fois la piété mariale de ce quartier populaire et son amour invincible de la liberté.

(in: Jean Jour, Ceux d’Outremeuse, s.d.)

Porcèssion do 15 d' awous' à Hu (tos lès sèt' ans) / procession du 15 août à Huy (tous les sept ans)

(foto V.A., 08/08/2019)

Les Fêtes septennales de Huy, in : VW, 1921-1922, p.53-66

« Tos lès sèt’ ans, lès Hutwès pièrdèt l’ tièsse. »

 

Une épigramme patoise (sic) d’un Mathurin Régnier de la région s’ouvre sur cette médisance qui n’a pas nui, d’ailleurs, au bon renom des Hutois.

Au surplus, bien des gens se tiennent pour sages, qui, cependant, usent plus que septennalement de la faculté qui fut donnée à l’homme de déraisonner.

Au moins, les Hutois ont-ils un motif de faire des folies au bout de ce cycle de sept années; c’est, en effet, la fête de la ville, ou mieux, « la belle fête », comme on dit là-bas.

 

La « fête à Huy » se célèbre, chaque année à l’Assomption, mais, tous les sept ans, elle revêt un éclat particulier; officielle­ment, ces réjouissances extraordinaires s’appellent les fêtes septennales, mais un vrai Hutois ne les dénommera jamais que « li bèle fièsse à Heu ».

 

Quatre jours et plus, on danse, on illumine, on processionne, on pétarade, on festivalise, dans la jolie cité ; et le paysage unique, et l’aspect délicieusement vieillot que revêtent encore bien des recoins de la ville, donnent à cette célébration un cadre charmant.

 

Mais pourquoi, diable! ce cycle de sept ans? C’est que, comme la plupart de nos fêtes présentement les plus profanes, celles-ci ont une origine religieuse, et que, dans toutes les croyances, le nombre sept a toujours tenu un rôle important.

(p.54) La Vierge dont on célèbre, ce jour-là, la fête dans la bonne ville de Huy est N.-D, de la Sarte, d’ordinaire très haut logée dans l’églisette qui surmonte la colline la plus élevée de l’enceinte hutoise, vers le Condroz.

 

La légende lui attribue, dans le passé, dès environ l’an 1621, des miracles sans nombre; de nos jours, la chapelle est un peu délaissée; les régnicoles, eux-mêmes, s’adressent comme tout le monde à Lourdes ou à quelque autre apparition d’universelle renommée. Serait-ce que les saints, non plus, ne seraient pas prophètes en leur pays? En tout cas, la remarque ne s’applique pas aux seuls Hutois, et le délicat poète wallon Mandos n’a-t-il pas, en des vers charmants, plaint N.-D. du Rempart de l’abandon où la laissaient les dévots namurois, fort empressés, par contre, autour d’une grotte en simili-Lourdes?

 

Donc, les Hutois, qui furent tant de fois éprouvés par les guerre et les trente-six calamités de la terre et du ciel, eurent, dans leurs malheurs, recours à tous les saints; ayant jugé que N.-D. de la Sarte leur avait été plus clémente que nul autre habi­tant des cieux, ils lui vouèrent un culte particulier. Et tous les sept ans, parfois même à moindre intervalle dans les cas d’une gravité exceptionnelle, on descend processionnellement dans la vallée la statue merveilleuse; d’ordinaire, c’est donc la veille de l’Assomption qu’a lieu cette translation. La statue est exposée, durant sept jours, dans la nef principale de l’antique Collégiale; pendant cette semaine, se déroulent des cérémonies religieuses qui, dès le début, ont servi de prétexte à des réjouissances rien moins que sacrées, lesquelles ont fini par prendre le pas sur les autres; de celles-ci, il ne reste aux yeux des profanes que la des­cente solennelle de la statue, son retour sur la butte miraculeuse et, entre les deux, la grande procession où l’on porte, à côté de N.-D. de la Sarte, les trophées militaires qui lui furent offerts, il y a. plus de deux siècles, et les remarquables châsses du trésor de la Collégiale.

 

Les trophées militaires de N.-D. de la Sarte ont toujours eu la bonne fortune d’exciter très vivement la curiosité publique; ce sont des croissants ornés de queues de cheval, quatre étendards turcs, un étendard tartare et aussi, une sorte de carquois en osier ; tout ce glorieux et vénérable bric-à-brac que l’âge et les mites, lesquels ne respectent rien, pas même les reliques historiques, ont mis en assez piteux état, provient des batailles livrées aux Turcs, au xviie siècle et au xviiie. Les uns disent que ce butin (p.54) fut pris à la bataille de Lépante, sous Don Juan, d’autres à la ba­taille de Vienne en 1683, d’autres à Belgrade en 1717 ou encore à Buda-Pesth. De savantes discussions ont été entreprises à ce sujet; nous vous ferons grâce de l’ennui que vous éprouveriez à en subir un aperçu. Nous sommes à la fête et non au congrès des antiquailles.

 

(p.56) Comment ces dépouilles opimes des sultans et des pachas sont-elles venues échouer sur la colline sacrée des Hutois, voilà qui est plus intéressant à savoir.

 

La Wallonie et le pays de Liège, notamment, ont fourni, au­trefois, à l’Autriche et à la république de Venise, à d’autres encore, des milices qui se couvrirent de gloire et furent parmi les plus redoutées pour leur grande vaillance.

Rappelez-vous ce qu’en dit Schiller dans le Camp de Wallenstein: « Celui-là, respectez-le, c’est un Wallon ».

 

Eh bien, nos Wallons furent employés contre les Turcs et ils y firent merveille.

Aujourd’hui, les soldats du Croissant n’ont plus autant de ressort ; au lieu de faire appel aux plus rudes guerriers, il suffit de lancer contre eux les evzones en carton-pâte, à la moustache de cirage, qui composent les régiments constantiniens. Autres temps, autres Turcs.

Donc, pour en revenir à nos guerriers wallons, leurs chefs les plus fameux furent Maximilien de Billehé de Valensart, sei­gneur de Vierset, avoué de Huy, et Charles-Antoine d’Arberg, qui demeurait au château d’Ahin, non loin de la cité aussi.

 

Après la victoire définitive remportée en 1717 à Belgrade, tous ceux qui étaient sortis de l’aventure indemnes ou à quelque membre près, décidèrent d’offrir à la vierge protectrice de la région, et de leurs os en particulier, les trophées qu’ils avaient enlevés aux infidèles.

Voilà comme quoi la patronne des Hutois paraît à la proces­sion dans cet appareil belliqueux.

 

Quant aux châsses, elles sont au nombre de six qui sont, toutes les six, fort anciennes et fort belles; deux sont attribuées à l’orfèvre hutois Godefroid de Claire, celle de saint Domitien est du plus pur style romano-byzantin, celle de saint Marc est ornée d’émaux d’une grande beauté. Enfin, la Collégiale possède aussi un reliquaire rapporté de Jérusalem par Pierre l’Ermite, lequel, comme on sait, vint finir ses jours à Huy, au couvent du Neufmoustier.

Voilà pour les amateurs de choses antiques.

 

La Ville de Huy reçoit ce jour-là une décoration qui lui est aussi particulière que les trophées de N.-D. et les belles orfè­vreries du trésor de la Collégiale.

(p.57) Si Macbeth devait alors descendre à Huy, il se dirait, une fois de plus, que son dernier jour approche, puisque la forêt s’avance vers lui. Ce ne sont point les arbres qui se sont mis en marche, mais néanmoins, la ville, grâce à son originale ornemen­tation, a tout l’air d’un bosquet bien feuillu. Des mâts dressés entre les pavés supportent des guirlandes de buis qui traversent les rues, s’érigent en portiques, se contournent en festons. Dans les rues principales, le trottoir est séparé du pavé du roi par des façons de haies formées de cordons de buis offrant les dessins les plus variés.

 

On sait, en effet, que les deux seuls habitats naturels du buis en Belgique sont les collines qui s’étendent entre Ben-Ahin et Marchin au sud-ouest de Huy et les coteaux de Hastière, dont il compose, presque seul, le sous-bois.

Huy use et abuse de cet avantage botanique, dans l’ornemen­tation de ses rues lors des fêtes septennales. Cela lui donne un aspect très spécial qui frappe immédiatement l’étranger. Le vert éclatant du buis est infiniment plus réjouissant à l’œil que la (p.58) teinte sombre et taciturne des branches de sapin que l’on utilise en d’autres lieux, dans de telles circonstances; il est plus durable aussi, qualité précieuse, car, dans les fêtes qui se prolongent durant plusieurs jours, une décoration de feuillage n’est le plus souvent, à la fin de la célébration, qu’une friperie sans nom.

 

Cette procession du 15 août est la partie la plus fastueuse des cérémonies religieuses de la « belle fiesse » ; c’est celle qui attire le plus de visiteurs. Mais, pour qui recherche, de préférence, les charmes intimes et les aspects évocateurs d’une telle solennité, le plus curieux spectacle, le plus prenant, dans son émouvant archaïsme, est donné la veille, à la descente de N.-D. de la Sarte.

Le cortège dévale par le chemin dit « des Chapelles », une façon de calvaire ainsi nommé parce qu’il est jalonné de mi­gnonnes chapelles ouvertes sur trois faces et dont la toiture en auvent repose, côté façade, sur deux piliers supportant des ar­ceaux en plein cintre, de ces édicules joliets comme l’on en voit sur les tableaux des primitifs. Tout le décor, et tous les person­nages qui s’y meuvent, en cet instant semblent sortir de la toile de l’un de nos naïfs artistes du moyen-âge; l’impression est saisissante.

 

Le chemin est étroit, roide, encaissé comme devaient être ceux.qui menaient droit au paradis, quand on y allait encore le bourdon du pèlerin à la main, car saint Christophe a changé tout cela, c’est en auto que pour l’heure on gagne le ciel. Huy a, du reste, gardé assez de ces recoins charmants pour que Jean d’Ardenne ait jugé à propos d’en faire la remarque d’une manière expresse.

La statue, entourée de ses trophées et de ses ex-voto, descend le raidillon, sans grand apparat, ni brillant déploiement de clergé et, si quelques drapeaux ou gonfalons de confréries, ornés d’orfroi, lui font la conduite, au moins lui épargne-t-on, ce jour-là le voisinage des hideuses bannières de calicot rouge ou bleu, ornés d’emblèmes approximatifs en papier doré, loques criardes et affreusement bariolées qui déshonorent la plupart de nos cor­tèges religieux.

La statue est portée à l’épaule par les frères lais et les novices du couvent des Dominicains qui desservent l’église de la Sarte; le costume noir et blanc des religieux et leurs têtes rases ne gardant qu’une étroite couronne de cheveux comme faisaient les moines antiques, ajoutent à l’illusion; et, quand l’on veut bien oublier un instant les gens pieux mais très modernes dans leurs atours qui (p.59) suivent la procession, ou si un tournant du chemin les dérobe aux yeux du spectateur, il ne faut pas un grand effort de pensée pour vivre quelques instants dans un recul de plusieurs siècles.

 

Cette année, les boys-scout, ces petits touche-à-tout, au zèle empressé mais parfois intempérant, qui s’introduiraient dans le pater, en dépit du bon Dieu, s’étaient mis de la partie, et leurs (p.60) feutres anglo-saxons jetaient une note abominablement anachro­nique dans le décor moyenâgeux.

Espérons que, dorénavant, l’on en reviendra à r antique pro­tocole, tout de simplicité mais si rempli de pénétrante émotion.

Le transfert de la statue aux mains du clergé séculier se fait aux anciennes portes de la ville; le milieu change, les acteurs aussi, et le délicieux mirage s’évanouit.

 

Durant tout le temps que la statue miraculeuse est exposée à la Collégiale de Huy, la région y envoie de nombreux pèlerins.

 

La journée du 15, pour ne citer que celle-là, amena à Huy quelque vingt mille visiteurs; un pareil surcroît d’habitants compte dans une ville qui, à l’ordinaire, n’en possède que qua­torze milliers, en y comprenant les vieilles gens qui ne vont plus par les rues, et les tout petits qui n’y tiennent pas grande place.

Pour tout dire, la dévotion n’est pas le but unique de ces pèle­rins-là, et l’on ne se tromperait pas en affirmant que le plus grand nombre est alléché par le programme des réjouissances profanes. Elles sont jolies, ces fêtes, mais elles doivent souvent tout leur cachet, tout comme la procession, au cadre que leur fait la vieille ville.

 

Une fête de nuit, une illumination, par exemple, dans ces rues étroites et tortueuses, où les façades des maisons se baisent, pour ainsi dire, par dessus les têtes des promeneurs, donnent de merveilleux effets de lumière, coupés d’inquiétantes trouées d’ombre, quand on traverse un de ces multiples ponceaux, enjam­bant les bras du Hoyoux qui divise le bas de la ville en une suite d’îlots.

Comme partout ailleurs, on sacrifie abondamment aux sports ; il y a des courses de vélos, de motos, des matches de foot­ball, des concours de pêche, des joutes sur l’eau — les plus belles à cause du pittoresque prestigieux des rives du fleuve.

 

Mais quelques points de ce plantureux programme em­pruntent un éclat particulier à la région.

Les Hutois et ceux de la banlieue sont passés maîtres en l’art des jardins; ils pratiquent même quelques spécialités qu’on chercherait vainement ailleurs en Belgique: la culture de la vigne à l’air libre et la production des graines potagères.

Ils ont créé plusieurs sociétés horticoles qui, naguère, se faisaient une guerre au couteau.

 

(p.61) Car, comme dans la plupart de nos vieilles localités, il se nourrissait à Huy, des rivalités terribles de quartier à quartier, de métier à métier, de corporation à corporation. Néanmoins, tous ces microcosmes adverses se retrouvaient unis quand il s’agis­sait de soutenir contre le seigneur voisin des prétentions com­munes, et, mieux, tous ces conglomérats rivaux se tenaient comme les doigts de la main, pour résister à un tyran.

La plupart du temps, ces querelles locales éclataient pour un motif bien futile. Il nous fut conté qu’en 1814, à Huy, les vigne­rons qui, pour la plupart étaient du quartier de Saint-Pierre, se mirent en révolte ouverte contre l’autorité, parce que la statue de leur patron saint Vincent avait été transférée de l’église St-Pierre, où elle gîtait depuis un temps immémorial, à l’église St-Remy. Ils s’en furent la reprendre, et la justice s’étant mêlée de l’inci­dent, le chef de l’expédition, Bizet,- surnommé Carrousse, pour ce qu’ayant fait le voyage de Paris, il conta, au retour, qu’il n’y avait vu « aucune charrette mais tous carrousses » – fut emprisonné.

 

(p.62) Sur ces entrefaites, les Baskirs des armées alliées, qui se rendaient en France, passèrent par Huy. Ce furent eux qui déli­vrèrent le pauvre vigneron, si cruellement incarcéré pour avoir défendu les privilèges de sa corporation.

Petit effet inattendu d’une grande cause; des gens venus du fond de la Tartarie mettant fin manu militari à une dispute hutoise !

Ces vignerons étaient au surplus, fort vétilleux ; ils suçaient avec le lait, et le briolet sans doute, leurs instincts belliqueux, et leurs gosses s’exerçaient tout jeunes à la bagarre. Ceux de Saint-Pierre et ceux de Statte se livraient de terribles batailles sur les thiers qui dominent la rive gauche. Ils imaginaient des vengeances de Sioux ou de Comanches.En voulez-vous un bel exemple? Cer­tain jour, les gens de Saint-Pierre ayant fait prisonnier un « Statti », on lui « lia les pieds, on vous le suspendit » et, dans cette position, qui rappelait le martyre de Saint-Pierre, on lui tailla les cheveux à l’aide d’une serpette.

Qu’on vienne dire après cela que les « coteliers » ont du sang de navet dans les veines !

 

Eussiez-vous cru, tout de même, que l’élevage de « la lé­gume », comme disent les Parisiens, engendrât de tels ferments de haine?

Les fêtes septennales fournissent, donc, aux cultivateurs de la région, l’occasion de donner aux visiteurs de leur aimable ville, la mesure de leur savoir-faire. Une exposition s’organise, alors, qui groupe les produits du sol riche et généreux de la vallée de la Meuse et des coteaux voisins si baignés de soleil, qu’ils sont les seuls, dans notre septentrion qui accumulent encore, en une saison, assez de calories pour conduire le raisin à bonne fin.

 

Grâce aux rivalités entre deux sociétés similaires, la « Pétrate » de Statte et « les Vignerons » de Saint-Pierre, il y eut, parfois, deux expositions, qui se firent entre elles, une concur­rence enragée. Tout cela s’est arrangé, la Betterave et la Vigne font le meilleur des ménages, pour la bonne réussite de leur grande exposition commune qui prend les proportions d’un évé­nement dans le monde horticole belge. La fréquentation quoti­dienne du poireau, de l’oignon et de la carotte n’a pas atrophié chez eux la verve caustique du terroir, au contraire. Un de ces concours fut égayé, naguère, par la plaisanterie d’un maraîcher facétieux qui s’était fait une spécialité de produire, à grand renfort d’engrais liquide, des cucurbitacées énormes. Avisant, au (p.62) début de la saison, une courge en bas âge qui donnait de belles espérances, il l’orna d’une inscription en caractères minuscules formés de multiples piqûres d’aiguille. Le tissu en devint rugueux, la devise se développa avec le fruit, et quand le potiron, grand

comme une roue de fardier, figura à l’exposition hutoise, il por­tait en grosses lettres, cet aveu rimé que la nature lui avait brodé sur la peau :

Après l’purin

N’a pus rin.

 

Quand les terriens de Huy-la-Petite — c’est ainsi que, dans les anciennes ordonnances on dénommait le quartier de la rive gauche — se prenaient aux cheveux, à propos de cornichons et de choux-fleurs, ceux de Huy-la-Grande avaient aussi leurs motifs de rivalité.

 

in: Recherches sur le folklore de Spa, p.187-196, Wallonia, 1899

 

L’Assomption (p.194-195)

 

Le 15 août, les femmes de Baronheid, Hockay, Cokaifagne, etc., portaient à l’église des bouquets de tanaisie cultivée dans leurs jardins, qu’elles allaient déposer sur le banc de communion, pendant la grand’messe, pour qu’ils soient bénis. Ils étaient ensuite soigneusement conservés parce qu’en cas d’orages ils préservaient la demeure familiale de la foudre.

A cet effet, lorsque le tonnerre se faisait entendre, et que les éclairs « s’allumaient », on détachaient quelques brins de cette herbe bénite qu’avec des signes de croix ‘on déposait, en s’agenouillant devant l’âtre, sur les charbons ardents. La fumée odorante produite devait conjurer les effets cerribles qu’aurait la chute de la foudre.

A Solwaster, c’est de l’sèdje, de la sauge, qu’on fait ainsi bénir. On va mettre aussi aux quatre coins de son champ d’avoine du de blé pour préserver la moisson.

 

1.5 L’ Assompsion dins l’ sûd-walon / L’Assomption dans le sud-wallon

Roîmont - porcèssion do 15 d' awous' / Roumont - procession du 15 août

Le pays de Bastogne au gré de sa mémoire, 1982

 

(p.198) Mentionnons ici deux processions particulièrement popu­laires: celle du saint sacrement (Fête-Dieu) et celle du 15 août (Assomption). Pour ces occasions, tant en ville que dans les villa­ges, on ornait l’itinéraire par des fleurs et des mais (w. ma, mây, mêy). Les maisons elles-mêmes étaient garnies, souvent d’une sta­tue et parfois d’un petit autel. Suivant l’âge, des rôles précis étaient attribués aux participants. Ainsi, à Villers-la-Bonne-Eau, les petites filles semaient des pétales de fleurs devant le dais du saint sacre­ment, lequel était porté par des membres du conseil de fabrique; les jeunes filles se chargeaient de la statue de la Vierge; quant aux garçons, ils agitaient des drapelets, laissant à leurs aînés le soin des bannières plus lourdes, et des lanternes. La procession s’arrê­tait aux divers reposoirs (ou chapelles) édifiés dans la localité.

(p.199) Les herbes qui jonchaient le parcours à la Fête-Dieu étaient l’objet de la «remarque» suivante: si elles séchaient rapidement, c’était le signe que la fenaison serait aisée. Certains leur attri­buaient même des pouvoirs dans la protection ou la guérison du bétail. On en ramassait une poignée que l’on accrochait à l’étable, que l’on déposait au grenier, ou dont on faisait une décoction pour administrer aux bêtes malades.

 

Marylène Foguenne, Petites chroniques d’une vie de campagne, Souvenirs de la Haute-Sûre, Vaux-lez-Rosières 1930-1950, éd. Eole, 2003

 

Le 15 août donnait lieu aussi à une procession en l’honneur de Marie. Seuls les gens du village y participaient car chaque paroisse organisait sa procession.

La journée se déroulait pratiquement de la même façon que la Fête-Dieu sauf qu’elle ne concernait que la Vierge.

Les jeunes filles se rassemblaient et défilaient en portant sa statue.

 

Marie-Thérèse Pipeaux, Anloy, un siècle d’histoire 1900-2000, éd. Weyrich, 2004

 

(p.81) Les processions

 

Deux fois par an, une procession sortait de l’église et parcourait l’une ou l’autre rue du village. La première en juin, à la Fête-Dieu, la seconde le 15 août, jour de l’Assomption. C’était chaque fois un événement paroissial important. À l’issue de la messe ou des vêpres, le cortège se mettait en place à partir de l’église. D’abord les enfants de choeur avec leur aube blanche et leur col rouge, l’un d’entre eux portant la grande croix, puis les enfants surveillés par l’instituteur et les religieuses. La foule s’avançait ensuite sur deux rangs, précédant le prêtre revêtu de ses ornements solennels et abrité sous un dais porté par quatre personnalités du village. Les hommes escortaient le dais, portant au bout d’un manche court des flambeaux allumés. Un enfant de choeur se tenait à côté avec l’encensoir, en s’efforçant, par un balan­cement régulier, de garder les braises allu­mées.

La veille, les femmes et les petites filles avaient été chercher dans les champs et les jardins de pleins paniers de fleurs qu’avant l’office elles avaient répandues au milieu du chemin pour créer une étroite bande colorée constituant une voie d’honneur sur laquelle le prêtre s’avançait, portant l’ostensoir. À chaque maison, sur une table ou une fenêtre entrouverte, on avait installé un crucifix ou une station pieuse entourée de fleurs et de bougies allumées. Le cortège progressait lentement au rythme d’hymnes chantés par le maître-chantre et repris en choeur par la foule ; en alternance, le prêtre commençait parfois une dizaine du chapelet ou une litanie, et toute l’assistance répondait. On arrivait enfin à un reposoir fleuri couvert d’une nappe blanche et surmonté de cierges allumés ; l’autel était installé au pied d’une des hautes croix plantées à demeure au bout des trois rues principales du village.

 

porcèssion à l' grote di Vâ-'ddé-Rosière) li 15 d' awous' (procession à la grotte de Vaux-sur-Sûre (ou Vaux-lez-Rosière)

 

1.6 L’ Assompsion en Gaume / L’Assomption en Gaume

Barazi / Baranzy - l' Assompsion / l'Assomption

(in: Michel Yans, Baranzy, Métamorphoses, s.d.)

 

2 Li tradicion folklorike / La tradition folklorique

Lîdje - li 15 d' awous' - li tir aus cambes (le tir aux "chambres" (remplies de poudre)) (cambe: mot emprunté au picard)

Lîdje - li boukèt d' Dju d'là Moûse (Liège - le bouquet d'Outremeuse)

(in: Pol-Henri Thomsin, Florilège / Amon nos-ôtes, Dju d’là Moûse, 2004)

Lîdje - li confrêrèye Tchantchès (Liège - la confrérie 'Tchantchès" (< Djan-Françwès > Tchan-Tchès)

Lîdje - li 15 d' awous': li tradicion d' beûre dè pèkèt (Liège - le 15 août - la tradition de boire du "pèkèt" (genièvre))

Lîdje - lès jèyants (Liège - les géants)

Lîdje - li cortêje (Lîdje - le cortège)

Lîdje - sint Mâcrâwe (Liège - saint "Mâcrâwe")

 

in : Annoncese de l’Ourthe, 19/01/2002

QUE SAVEZ-VOUS AU  SUJET  DE  SINT MÂCRÂWE?         

 

Nicolas Defrêcheux, en 1888, dans ses Enfantines liégeoises:

Selon Thomassin (Mémoire statistique du département de l’Ourthe, page 224), les choses se passaient tout autrement au commencement de ce siècle (N.D.L.R le XIXe) :

« Le 15 et le 16 du mois d’août ou de la fête de l’Assomption et de saint Rock, les femmes et les filles du peuple, les enfants, etc., arrêtent, dans les rues de Liège, tous les pas­sants et demandent une offrande au nom et en l’honneur de la Vierge et du saint. Ils emploient une par­tie de cet argent à orner d’images et de chandelles, les chapelles et les madones de tous les carrefours de la ville qui, dans la soirée, devien­nent le rendez-vous des filles et où l’on chante des litanies, tandis que les quêteurs commettent des indé­cences et se régalent avec la secon­de partie de la recette du jour.»

 

Dans son Dictionnaire wal­lon-français, (tome II, page 157), Remacle nous dit: « L’usage de quêter, à la fête de l’Assomption, louable dans son origine, est deve­nu licencieux. A la brune, des fillettes, des donzelles de dix-huit à vingt-quatre ans, quêtent pour la Sainte-Vierge, et leur regard n ‘a n’en de virginal, leur ton n’a rien d’équi­voque…»

 

On le voit au travers de ces lectures, la fête a évolué au fil des ans et, dès la parution du premier appel lancé, un lecteur d’Aywaille, le docteur Paul Maquet, s’est manifesté pour m’expliquer se sou­venir avoir participé, alors qu’il était très petit enfant, à la sint Mâcrâwe en Outremeuse.

« J’étais alors un très petit enfant de trois ou quatre ans et je me souviens avoir défilé, tenant à la main, un bout de bois auquel pendait une lanterne avec, dedans, une bougie allumée. Nous chantions une peti­te chanson qui commençait comme celle présente dans la Petite Gazette de la semaine dernière mais qui se terminait ainsi:

Vîve sint Mâcrâwe

Grosse tièsse di bwès !

Li ci qui n’ a nou cabus

N’ a nin mèsâhe di paraplu!

 

in : VW, t.3, 1922-1923, p.21-23

SINT MÅCRAWE

 

Vîve sint Måcrawe,

Grosse tièsse di bwès,

Li ci qu’ n’ a nole tièsse

N’ a nin mèsåhe di dj’vès!

 

C’est de ces paroles burlesques, scandées mais non chantées, que l’on accompagne, l’après-midi du quinze août, un cortège sin­gulier, formé par quelques gamins. L’un d’entre eux, la figure bar­bouillée, affublé de loques, la tête couverte d’un chapeau trop grand, est juché sur une sorte de palanquin rustiquement formé de deux queues de balai que les deux plus vigoureux de la bande portent sur leurs épaules ; tout autour, les autres, portant des lan­ternes vénitiennes au bout de bâtons, font cortège en criant :

 

Vîve St Måcrawe,

Grosse tièsse di bwès…

 

Sérieusement, comme accomplissant un rite, nos gamins par­courent les rues de la paroisse di Delà Mouse, tandis que sur leur passage, rient les femmes et les vieilles gens.

Tel est, aujourd’hui, l’ultime aspect d’une tradition qui s’en va !

Il n’en était pas ainsi jadis. Aujourd’hui, la St Måcrawe se fait le quinze août, elle est pour les garçonnets, ce que l’ Åté dè Gosî est pour les fillettes, mais, il y a cinquante ans, la St-Måcrawe était célébrée le dix-sept août et c’étaient les jeunes gens de vingt ans (p.22) qui faisaient le cortège. L’un d’entre eux, la figure noircie avec du bouchon brûlé, portait sur la tête un chapeau de mineur tout garni de chandelles allumées ; monté à califourchon sur les deux manches à balai portés par deux de ses compagnons, il tenait à la main une torche de résine allumée ; tout autour de ce personnage singulier, d’autres faisaient cortège, les uns avec des torches allumées, les autres balançant des pots à fleurs suspendus à des ficelles et où, en guise d’encens, brûlait de. la colophane (spingulaire) ou du bou­chon. A la nuit tombante, cette bande parcourait les rues, en vo­ciférant :

 

Vîve St Måcrawe,

Grosse tièsse di bwès.

 

Elle s’arrêtait devant les maisons, quêtant pour St Måcrawe et malheur à qui refusait : on l’aspergeait avec la résine des torches ou on le barbouillait avec leur fumée.

 

Singulière coutume, mais quelle en était la signification? J’avoue bien humblement que malgré mes recherches sur le folk­lore, poursuivies depuis plus de trente ans, je n’en sais rien. Tout (p.23) au plus, puis-je risquer l’hypothèse qu’il s’agit ici d’un rite prove­nant d’un culte naturiste, d’une cérémonie lustratoire analogue aux Grands Feux du Carnaval et de la St Jean, des feux de la St Martin et des Hélièdjes de certaines fêtes, et que cette cérémo­nie avait peut-être pour but la bonne réussite des moissons et de la vendange. On a voulu voir dans le nom Macråwe une déformation de Macaire : c’est là une étymologie fantaisiste, mais en tout cas, la cérémonie n’a aucun caractère chrétien, tandis qu’elle a tous ceux des cultes naturistes : elle avait lieu au crépuscule, le per­sonnage est barbouillé de noir, forme primitive du masque employé dans certaines liturgies naturistes, elle emploie des lumières et une sorte d’encens,,ce qui lui donne son caractère de purification contre les mauvais esprits ; enfin, elle était faite au nom de tous, par les jeunes gens, qui punissaient en les barbouillant, ceux des habitants qui refusaient en ne donnant pas leur obole, de s’associer au rite et risquaient ainsi de lui faire manquer son but.

Les diverses cérémonies dont j’ai parlé plus haut avaient toutes pour objet de protéger les biens de la terre contre les mauvaises influences, les unes favorisaient la germination, les autres la flo­raison, d’autres enfin la récolte. C’est, je suppose à la récolte du grain que devait se rapporter la St Måcrawe, car anciennement c’était dans la seconde quinzaine d’août que se faisait la moisson, l’aous’, et la fête du Coq, qui en marquait la fin, était célébrée le trente du mois, le jour de la Décollation de St Jean (St Jean qu’on bat le blé) , jour où l’on décapitait le coq, simulacre de la mort de l’esprit du grain. Nos taperèyes à l’ åwe (oie) ou au coq en sont un souvenir.

Quant au nom de Måcrawe, nous laisserons aux philologues le soin de nous dire d’où il vient ; signalons seulement qu’il y a, à Mesch, à la frontière hollandaise, un St Måcrawe qui guérit les gens crawés, naturellement, et rend la force aux maris trop peu spitants.

Voilà tout ce que nous savons de St Måcrawe (1).

 

Eugène POLAIN

 

(1) J’ai écrit Måcrawe, comme on le prononce aujourd’hui à Liège, mais dans ma jeunesse on prononçait Mâcrawe, avec les deux a clairs.

 

 

in: Les enfantines liégeoises, d’après Joseph Defrêcheux, Supplément, pp.1-8, in: La Wallonne, 1/2005

LA MI-AOÛT

 

A l’occasion de l’assomption les potales étaient repeintes et les madones qui les garnissaient habillées de neuf. Pendant les journées des 15, 16 et 17 août, les enfants érigeaient dans les rues, de petits autels qu’ils dressaient sur des tables ou sur des chaises et qu’ils garnissaient de deux chandeliers et d’une statue de plâtre du Christ ; puis, arrêtant chaque passant, ils lui demandaient ine pitite çanse : le premier jour, po l’Avièrje, le deuxième jour, po sint Rok et le troisième jour, po sint Macrawe ou po l’até dè gozÎ. Rarement on refusait. L’argent ainsi recueilli était divisé en deux parts. L’une servait à se procurer de petits cierges que l’on faisait brûler devant les autels improvisés; avec l’autre, on achetait des bougies et des lanternes vénitiennes; à défaut de celles-ci, les enfants s’amusaient avec une betterave ou un concombre évidé muni d’une bougie allumée. Dès que la nuit était venue, un cortège se formait; Sint-Macrawe, personnage fantastique, y figurait sous la forme d’un mannequin tenant en main une lanterne et les enfants l’escortaient en répétant

 

Vîve sint Måcrawe

grosse tièsse di bwès

l’ ci qui n’ a nole tièsse

n’ a nin mèzåhe di dj’vès.

 

Maintes fois, le rôle de sint Måcrawe a été tenu, non par un mannequin, mais par un personnage vivant qui se condamnait à une immobilité complète moyennant un salaire convenu.

« Un jour, celui qui remplissait ce rôle, se serait livré à une pantomime intempestive, au contact des bougies usées dont il était entouré et, faisant allusion à la récompense promise, aurait finalement abandonné la partie en criant cette phrase devenue proverbiale: Ni po qwinze, ni po saze, dji n’ vou pus ré sint Måcrawe.»

 

(in: André-Gérard Krupa, Nadine Dubois-Maquet, Françoise Lempereur, Catalogue du musée de la Vie Wallonne, Crédit Communal, s.d.)

1924 - Lîdje / Dju d' là Moûse - pitit auté d' l' Assompsion (Liège / Outremeuse - petit autel de l'Assomption)

(in: EMVW, 1924-1930, p.47-48)

Lîdje / Dju d'là Moûse - ètèremint da Matî l' Ohê (po fini l' fièsse) (Liège / Outremeuse - enterrement de "Mathieu l'Os" (pour clôturer la fête)

 

3 Scrîjadjes / (Lîdje) Scrîhèdjes – Littérature

Henri Van Cutsem, Tchabaréyes, Couyèt / Couillet, 1936

 

SINTE MARÎYE

 

Sainte Mârîye, 15 d’awouss’ ; come on dit : L’Assomption !…

Du matin,  tous costès, c’ est 1′ famcûse pôrcession  :

« Dine, dine !. Et vôbiscum, !. Sainte Marie, pleine de grâce. >

Des vîyès nèsses en blanc, et des fleurs plein des vâses…

 

Tout d’chûte après l’dinnér, vie l’tram, vie l’istâcion.

c’èst-ène vréye convoyé corne pou ‘ne manifestâcion.

C’est yû pou Châlèrwè ! pou l’Vile-Haute, pou l’Vile-Basse,

Faut d’alér vïr èl fwêre ; on s’tigne pou z-awè place.

 

Que pléji ! Gn’a des djins ! Gn-a des monchas d’baraques !

Ça sint l’crache et l’fuméye ; li clone raconte ses craques ;

on s’ispotche ses agaces; les rim’djidjimes vont sot !…

 

A costè du tch’fau d’bos, l’fyeû d’portréts vos apice !

S’on vouleut, on s’reut poûye avant qu’on n’dîye in mot,

kèrtchî corne in baudet, d’nougat et d’pvvin d’èpice.

 

in: Maurice Piron, Anthologie de la littérature wallonne, éd. Pierre Mardaga, 1979

JEAN DE LATHUY

Notru-Dame do Quénze d’ Awous’

 

L’Avièrje n’èst nén mwate

mins par one clére gnût

èlle a ètindu

4   rinachi à l’pwate.

 

DOUZIEME STATION. — La forme s(i)tacion n’est pas dialectale au sens de station

du Chemin de croix.

 

1. Il n’y a plus un seul près de lui.

5. … qui le voient d’un mauvais œil, qui le détestent. — 8. gallicisme au lieu de diskind

èt t’ vindji.

9. leûs fauves. leurs blagues. — 10. afiauve, affable, aimable. 12. vôssûre, voûte

 

NOTRE-DAME DU QUINZE AOUT. — Quatrième pièce dans le groupe des « Mystères

Glorieux ».

4. rinachi, remuer en cherchant; ici, gratter (à la porte).

 

(p.505)

C’è-st-on andje. « Madame,

dist-i, dji so v’nu

dè l’paurt di Jésus

8    qui vout rawè s’ mame. »

 

Marîye ni taudje né

ca po rèmwinrner

one nûléye èst près’.

 

12   Diè l’ ârè d’lé li

po qu’èle seûye hièderèsse

dès rôses do stwèli.

 

Ibid., p. 161.

 

8. qui veut revoir sa mère.

13. hièderèsse, bergère. — 14. stwèli, ciel étoile, firmament.

 

In : Le Guetteur Wallon, 142, 1958, p.95

 

Mèrci  (s.n.)

 

Li p’tit vint

Qui sofèle

Su l’ barbauje ; (1)

 

Li p’tit r’frin

Qu’ on chufèle

Tout binauje ;

 

Li solia à nos pîds

Èt ça tchante, èt ça rît.

 

Li gorin (2)

Qui tchîpèle

Tout à s’n-auje ;

 

Li gamin

Li bauchèle

Èt l’ arnauje

 

Gripès su l’ bèraudî (3)

Èt ça tchante, èt ça rît.

 

Li frumint

Qui gonfèle,

Li pènin

Qu’ on pèstèle,

Ca vaut bin

Ène tchandèle…

 

Pout tout ç’ qui n’s-avans ieû ç’ mwès-ci,

Bone Notrè-Dame d’ Awous’ … mèrci.

 

 

(1) barbauje : petit nuage

(2) gorin : moineau des bois

(3) bèraudî : au-dessus de l’aire de la grange

 

Li coûr di Lîdje

Léon Constant

 

Quî n’a mây passé on qwinze d’awous’ è Dju-d’là, n’ pout saveûr çou qu’ i pièd’. C’ è-st-on djoû fwèrt plêhant wice qu’ on pout rèscontrer dès mèyes èt dès mèyes di Lîdjwès … Mins, i n-a co dès-ôtès ocâsions d’ miner l’ âriole divins ç’ quârtî wice qui, portant, on n’ vike nin todi so blancs peûs. C’ èst qui, vèyez-ve, c’ èst co l’ mèyeûse manîre di roûvî sès pônes èt sès guignons. C’ èst mutwè po çoula qu’ lès djins qwèrèt à s’ rasson.ner po viker leûs sondjes avou dès camarâdes. C’ è-st-insi on pô tot-avâ mins c’ èst co pus vrèy è Djus-d’là… Po fé l’ compte dès sociétés qui sont so l’ côp, on n’ a nin assez d’ sès deûts èt nos n’ lès sârîs noumer totes. Li prumîre à mète èn-avant, c’ èst l’ cisse dè l’ Rèpublike. Ele tchèsse so sès sèt’ creûs là qu’ c’ è-st-è 1927 qu’ èlle a stu èmantchêye èt qu’ èle mon.ne l’ atèlêye sins låker. Sayî d’ dîre tout çou qu’ èle fêt prindreût trop’ di timps. Po-z-aler rade, dihans qu’ èle mèt’ so pîd lès grantès fîèsses d’ awous’, qu’ èle fêt viker on clapant tèyâte di marionètes, qu’ èlle a-st-apontî on fwèrt bê mûsêye wice qui Tchantchès î tint l’ prumîre plèce èt d’pus’ qu’ on l’ pout

r’trover tot-avâ qwand l’ qwârtî a dandjî d’ on côp di spale. Tot-à costé dè l’ Rèpublike, so l’ ôte mitan d’ Djus-d’là, nos-èstans so lès têres di Sint-Foyin, là qu’ on grand format come Dj’han N’nih Boussârt èst d’ tos lès côps, po miner l’ crâmignon. Dispôy todi, Sint Nicolèy èt Sint Foyin sont tot-à l’ fèye in.nemis èt copleûs. On-èst tèneû ou bin tèheû. I n-a la deûs mondes qui n’ si polèt sinti. L’ istwère di l’ île compte saqwantes margayes là qu’ nolu n’ a mây polou prinde li d’zeûr. Mins qwand i s’ fât rapoûler po disfinde on costé ou l’ ôte èt co pés qwand c’ èst po fé l’ fièsse, on roûvèye tot po n’ pus fé qu’ on blok. I n’ si fât nin èwarer qu’ avou l’ Dj’han-N’nih come mayeûr, Sint-Foyin d’véve avu ‘ne-confrérèye po-z-animer l’ porotche èt l’ fé k’nohe di lâdje èt d’ lon; Adon, il ont r’tûsé à on vî pèrsonèdje qu’ aveût viké è quârtî èt qu’ î a morou «Rwè dès pèheûs». Tot règuèdé d’vins s’ grand vî lêd paletot, divins on pantalon plin d’ pèces di totes lès coleûrs, ateûté l’ ivièr come l’osté dizos on grans tchapê d’ paye, on l’ poléve trover â bwèrd di Moûse avou s’ longue vèdje, achou so s’ bansetê, sès warbaus d’­vins ‘ne plinte bwète (èt min.me, sovint è s’ boke …) èt, vos v’s-ènnè dotez avou ‘ne plinte botèye di fris’ pèkèt bin-à-min. C’ èsteût Marcatchou, li Rwè dès Pèheûs. Si no-mètou èst div’nou li ci dè l’ confrêrèye dès Marcatchous d’ Sint-Foyin qui volèt disfinde lès vîlès saweûrs dès tèneûs : li sope âs coweris, l’êwe di Moûse (on clapant pèkèt) èt bin sûr, lès bonès boûkètes come lès cisses dè l’ «Matante Jane» d’à Dj’han-N’nih. Po ‘nnè fé djâser, lès Marcatchous sont tofér so tchamps so vôyes avou leûs pèheûs, leûs boterèsses, leûs deûs-adjèyants èt l’djoyeûse fanfâre. On pout r’trover l’min.me gos’ di plêre adlé lès camarâdes dè l’ Bîre Tchantchès. C’ è-st-ine breune bîre qui s’ beût divins ‘ne pinte à deûs-anses (si vos n’ kinohez nin l’ rêson, vos n’ avez qu’ à v’s-èl fé raconter so plèce …). Avou l’ bîre, vos magnerez dès grossès tèyes di pan à l’ makêye èt â souke di pot, sins roûvî lès zûlantès cûtès peûres qui nos r’grètans turtos. Si vos r’qwèrez lès foû-mèseûres, i v’ fârè aler fé on toûr è Roteûre amon lès k’pagnons dè l’ Pintje. Leû local ? «L’affreux Bougnat». Vos n’ konohez nin ? C’ èst José Hèlin, in-ârchitèke qui s’ a mètou bistrokèt po s’ fé  plêsîr … Dispôy 35 ans, i rapoûle lès-amateûrs di bîre. Po ‘nnè fé pârtèye, i fât beûre po l’ mons, on lite inte 20 eûres èt mèye-nut’. Vos sèrez adon rik’nohou come fré. Po-z-aler pus lon èt diveni ofïcî, c’ èst cink lites qui v’ fârè gourdjî. Po lès corèdjeûs : ine fameûse gorelète à pigneter so ‘ne swèrèye, disqu’à doze pintes. Avis âs-amateûrs. Mi dji tape djus.

Fåt dire qui dj’a bin mèyeû avou l’vin. Djè l’ beû avou les chèvaliers dè tchèstê Tchantchès. C’ è-st-on bon p’tit Bordeaux qui lès membes mètèt zèls-min.mes è botèye èt qu’ on pout trover tote l’ an.nêye à Tchantchès, è Bètch. N’ avans-gne nin bon d’ nos porminer divins ç’ quârtî si vikant ? Il î fêt bon viker pace qu’ on n’ î k’noh nin l’ racisme. Dj’ î a rèscontré in-Itâliyin qui siève dè l’ gote à sès candes, li crâs-mârdi. C’ è-st-ine Espagnole qu’ apontih’ nosse crolèye djote qui nos vint d’ nos tâyes èt d’nos ratayons. Quékefèyes, po d’djuner, dji magne on pan tot plat atcheté à on Turk èt qwand dj’ a îdèye d’ on bon couscous’, djè l’ pou trover rademint. Djus-d’là, à dîre vrèy, n’ èst mây qu’ on p’tit bokèt d’ Lîdje mins, à m’ sonlant, c’ èst sûr èt cèrtin qu’ c’ èst l’ bokèt là wice qu’ i n-a l’coûr.

 

Léon Constant

 

GAUME

 

Prière pou l’ quinze Aout

 

Sinte Marîe, priez pou nos-ôtes

Ca on-èst dès droles d’apôtes.

On foute souvat l’ pîd su l’ cotèy

Ceu n’ èst-me pa mauvêse volontèy.

L’ quinze Aout, on prîe das vos tchapales,

A Wâchèt, bon Lieu, à Orval,

Sinte Vièrje, v’ atez prète pou âdi

V’ avez toudjou âk à bayï

A tous sow qui sant dènortèy,

Qui ant dès tchouôses à v’ dèmandèy.

On n’ vouôrout-me vè cassèy lès pîds

A n’ causant què dès nos chiterîes

Mas, pou lès djens d’ boune volontèy,

Bayez dou boneûr à chèrèye.

 

Léon GILLET (Siét-L’djî / Saint-Léger)

 

(ouwès'-walon / ouest-wallon) Armand Dechèvre (Sougnîye / Soignies) "Quinze d' awout' "

 

4 Ôte paut / Ailleurs

Alain Toussaint, Le bouquet d’Assomption (Krautwësch), Lux. Wort, 14/08/2001

 

La plus ancienne des fêtes mariales, l’Assomption, fut établie dès le 6e siècle.

A l’origine de cete fête existent un culte et un pèlerinage à Ephèse, là où suivant la tradiction prit fin le séjour terrestre de la Vierge. L’Eglise catholique croit à l’assomption de Sainte Vierge à la suite de sa mort, et que son corps n’a pas été descendu au tombeau mais élevé au ciel.

Au Grand-Duché, lors de la Krautwëschdag, le 15 août, les fidèles confectionnent un bouquet d’Assomption (Krautwësch) pour le faire bénir à l’église. D’après la coutume, ce bouquet était composé de céréales et de plantes aux vertus curatives ou médecinales. A la campagne, le bouquet renfermait avant tout du froment, de l’avoine et de l’orge, de la menthe, du thym, des oignons et des carottes …

Ce bouquet était gardé toute l’année, et on lui attribuait de nombreuses qualités préventives ou préservatrices. On mélangeait les graines aux semences ou à la nourriture du bétail. Il était suspendu dans le grenier, pour en éloigner les insectes nissibles, ou dans l’étable, pour y protéger les animaux contre les mauvais esprits et les maladies. Lorsqu’un membre de la famille mourait, on plaçait une croix confectionnée au moyen d’une partie du Krautwësch dans le cercueil.

 

in : Nidrum, 1998

 

(S.381) MARIÄ HIMMELFAHRT

 

Am 15. August feiert die katholische Kirche das älteste Marienfest, entstanden im 5. Jahrhundert, Maria Himmelfahrt. Seit dem Mittelalter ist mit diesem Fest die Segnung von Kräutern verbunden, die durch die Weihe für Mensch und Tier heilkräftig wurden. Die Segnung wurde in unserer Pfarre bis vor einigen Jahren stets vor Beginn des Hochamtes abgehalten. Diese Kräuter sollten auch vor Blitzschlag schützen. Bei Gewitter wurden Kräuter in den Ofen geworden, um so das Haus unter den Schutz Gottes zu stellen. Seit 1967 findet an diesem Tag die durch eine Gruppe von Freiwilligen geplante und durchgeführte Ausfahrt der Betagten statt.

 

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