limotche Belgique wallonne

LI LIMOTCHE 

” Limotche” ou ” Limodje” èt / et “Lumerodje”

Li limotche présintéye à Brussèle / La "limotche" présentée à Bruxelles

(VA, 27/10/2008)

Li limotche au Banbwès (2023/ / La 'limotche" à Bambois (2023)

0 Présentation / Présintâcion :

li limotche, on folklôre eûropèyin / la “limotche” , un folklore européen

Le dictionnaire de l’ouest-wallon d’Arille Carlier et de Willy Bal (UCL) donnent une courte définition de la “limotche”: “monstre folklorique ressemblant à une vache”.

Tantôt, on écrit “limotche”, tantôt “limodje” (en basant cette dernière version sur une origine possible, “l’ imaudje” (l’image), ou à Presles, elle s’appelle “Lumerodje”. 

 

 

Jules Vandereuse, La « limodje » de la Basse-Sambre, EMVW, T. VI, 1953, p.257-286

 

Dans une région assez restreinte de la Basse-Sambrc (Presles, Vitrival, Aisemont, Fosses, Le Roux) existe ou a existé un divertissement qui semble inconnu, ailleurs (1).

Nous allons voir en quoi il consiste et nous nous effor­cerons, ensuite, d’en donner la signification.

 

FOSSE-LA-VILLE [Na 109]

 

La limodje fait partie du folklore de deux hameaux dépen­dant de la ville de Fosses : Haut-Vent et Névremont ; et cela depuis ure époque qu’on ne peut pas préciser net­tement, (2).

a) Haut-Vent

Voici, d’après un auteur local du siècle dernier, comment les choses se passaient alors :

« Le Lundi de la fête de Fosses, une troupe de jeunes gens, tambour en tête, descend dans la ville d’une colline voisine où se trouve le hameau de Haut-Vent. Au milieu d’eux marche un homme recouvert de serpillière, ce qui lui donne l’aspect

 

(1) La Province de Narnur du 15 septembre 1936 fait erreur en «lisant que la « limodje » se montre aussi à Bambois (hameau de Fosses).

(2) Jules BORGNET, Cartulaire de la commune de Fosses, Namur, 1867, n’a vraisemblablement trouvé aucune trace de cette coutume dans les documents anciens, attendu qu’il n’en fait aucune mention, alors qu’il signale des extraits se rapportant au grand feu (pages 288, 311, 314, 319), aux comédies interprétées à l’occa­sion du carnaval (p. 316, 317) et aux hommes sauvages prenant part i la procession Saint-Feuillen (p. 317-320).

 

(p.258) d’un spectre ; il est conduit en laisse par deux autres satellites, dont un porte une patte de poule, dans un sabot, et Vautre, un valet de pic [sic]. Cette espèce de spectre s’appelle la limotche ; il s’efforce de faire les contorsions les plus ridicules qu’il se hâte de cesser dès qu’on lui montre le valet de pic. Pour couronner cette grotesque plaisanterie, on simule d”abattre la limoche, à grands coups de gourdin, au coin de chaque rue. » (1)

S’il faut en croire Félicien borbouse (2), lorsqu’elle fit son apparition à Fosses, vers 1810, peut-être même avant cette date, la limodje n’avait ni train d’arrière, ni neue ; un homme se coiffait tout simplement d’une tête grossière façonnée au moyen d’une tête de brosse, surmontre d’une « fourche cheuresse » / corr. : « fotche cheûrèce »/ (3) figurant les cornes. Cette limodje primitive, tenue en laisse, était ainsi promenée les jours de fête par les rues de la localité.

Où F. BORBOUSE a-t-il puisé cette documentation ? Il n’en dit rien. J’aurais voulu lui demander des précisions à ce sujet, niais il est décédé et sa veuve n’a pu me fournir aucun renseignement.

A noter que l’intéressé, né en 1881, n’avait que 29 ans lorsqu’il écrivit cet article et qu’il ne s’est jamais occupé de folklore. Son affirmation, ne peut donc constituer une preuve indiscutable. Ce qui montre d’ailleurs combien ses renseignements sont sujets à caution, c’est qu’il dit que la ville de Fosses « a abandonné depuis longtemps » cette coutume, alors qu’à son époque, il n’y avait jamais eu d’interruption dans l’exhibition du monstre qui nous occupe (4).

 

(1) Charles kaikis, Notice historique sur la ville de Fosses. Liège, 1858, p. 57 ; reproduit sans commentaire par Auguste lcrquin, Glossaire de Fosse-les-Namur, dans Bull. Soc. Lit. Wall, t. 52, 1910, p. 138 (t. à p., Liège, p. 44),

(2) Charleroi-Exposition, n° du 31 décembre 1910, p.114 reproduit par le journal L’Indépendant, n° 22, de 1916.

(3) Fourche en bois avec deux dents très longues, dont se ser­ve les cultivateurs pour secouer la paille battue (cf.  Dict. Liig., Sg. 300).

(4) Le renseignement fantaisiste de boRBouse a été reproduit par ahasverus (revue Notre Hainaut, 11° de septembre 1937, p. 111) c par Albert jacquemin. Terres et gens de Wallonie, Bruxelles, 1936, p. 208.

 

(p.259) De nos jours encore, le lundi de la ducace du hameau de Haut-Vent (troisième dimanche de juillet) a lieu régulière­ment la sortie de la limodje (3).

Vers six heures du matin, les trois personnages ayant un rôle à remplir dans cette affaire, se réunissent dans un café. Là, celui qui représentera la limodje, se costume : en main, il tit-ut une fourche en bois de telle manière que les deux longues dents se trouvent sur le devant de son front et simulent deux cornes ; entre celles-ci est attaché un ramon (balai) constituant le museau. Un drap de lit largement déployé recouvre le tout.

Au moyen d’une corde, la limodje est tenue en laisse par le « dompteur », lequel tient en main une torche de paille en guise de gourdin. Le « vétérinaire », porteur d’une valise, les accompagne afin de donner au malheureux captif, les soins qui lui seront nécessaires en cours de route.

Précédé d’un tambour et de trois ou quatre musiciens, le groupe se met en marche et s’arrête aux cabarets et aux maisons où il y a de la jeunesse. Là, on danse; la limodje est ensuite frappée avec la torche et tombe. Le « vétérinaire » s’approche d’elle, l’ausculte et lui prescrit un « médica­ment » de composition baroque, parfois un mélange de genièvre, de bière, de café, de vin, etc., le tout mis dans une bouteille et c’est à même ce flacon que le pauvre enchaîné boira cette mixture fantaisiste. Avant de la lui donner, le « dompteur » la goûte pour s’assurer « que c’est bon ».

La limodje est censée avoir toujours soif lorsqu’elle se présente chez l’habitant, et on lui donne de quoi se désal­térer : ici du café, là du lait, ailleurs de la bière ou de la «goutte», que la malheureuse doit toujours tout ingurgiter. Souvent aussi, pour la soutenir, ou lui donne un œuf à gober. Pour résister nue journée entière à pareil régime, il faut avoir nue solide constitution et un estomac de fer.

Derrière ce groupe, marchent saint Bultot et deux acolytes ; ils se rendent de maison en maison. Saint Bultot tient en main

 

(1) Le Doyen Crépin fait erreur lorsqu’il écrit dans Le Messager de Fosses du 19 janvier 1930, que ce n’est plus le lundi de la fête, mais un dimanche de carnaval que cette représentation a lieu. J ai consulté à Haut-Vent de nombreuses personnes de tous âges et toutes m’ont déclaré de la façon la plus formelle qu’il n’y avait jamais eu de changement quant à la date de l’exhibition «e la limodje. L’auteur a confondu avec une sortie carnavalesque à laquelle participait la limodje de Presles.

 

(p.260) une baguette d’environ quarante centimètres de longueur, au bout de laquelle est attaché un valet de pique qu’il donne à baiser aux habitants. En remerciement, ceux-ci déposent dans un sabot tenu par le deuxième personnage ce qu’ils jugent bon, souvent, avant la guerre 40-45, cin­quante centimes ou un franc. D’autres mettent dans la hotte tenue par le troisième du groupe, un morceau de lard ou des œufs.

Comme on le voit, deux des accessoires signalés par Kairis, en 1858, subsistent encore, mais leur emploi diffère sensiblement.

Depuis 1920, le petit cortège suit l’itinéraire suivant : Haut-Vent, café Mathot (en face de la gare de Fosses). Trois-Bras, route de Mettet, Bocame, Haut-Vent. Avant cela, le groupe se rendait parfois dans le centre de la ville et la limodje était tuée aux Quatre-Bras.

Sur la fin de l’après-midi, lorsque l’animal n’a plus rien à boire — toutes les maisons ayant déjà été mises à contri­bution —, il se couche et meurt ; son agonie dure parfois une heure et même davantage. Souvent, alors, un des spectateurs pris de pitié, paye une tournée (quatre verres), Aussitôt, le « vétérinaire » s’empresse de masser le moribond, tandis que le petit orchestre joue un air gai. Petit à petit, la bête renaît à la vie : un pied remue, puis Je second et, bientôt, elle est redressée. Le verre qu’elle absorbe achève sa guérison. Mais celle-ci n’est pas de longue durée. Peu à peu la limodje s’affaisse de nouveau et entre encore en agonie jusqu’au moment où un généreux passant payera une nouvelle tournée. La même scène se renouvelle plusieurs fois au cours de l’après-midi.

Vers dix-huit heures, tous reviennent sur la place du hameau. La limodje qui,  alors, est le plus souvent ivre-morte, reçoit encore de son « dompteur » des coups de torche jusqu’au moment où elle « crève ». Une fois de plus, le « vétérinaire » vient l’ausculter et lui prescrit de nouvelles « drogues » qui la feront renaître insensiblement.

On profite de ce moment d’assoupissement du héros de la journée, pour détacher le ramon qui est placé entre ses cornes : l’intéressé se débat poiir qu’on ne puisse le lui prendre, mais ses efforts sont vains.

Alors a lieu la fameuse « danse du ramon ». La limodje débarrassée du drap de lit et de la fourche, reprend son balai et tout en sautillant autour de la place, le déplace continuellement : tantôt le met sous un bras, tantôt sous l’autre, ou entre ses jambes, au-dessus de sa tête, etc. ; le (p.261) « dompteur », avec des pincettes, s’efforce de le saisir et de l’immobiliser pour permettre au « vétérinaire », qui tient un martche de brosse en main, de l’approcher du balai, et, à un quatrième acteur, pris dans la foule des curieux, d’enfoncer ce manche en le frappant avec une pelle à charbon. Après plusieurs tentatives infructueuses, ils parviennent. eni° i, à emmancher le balai et la danse prend fin.

De nouveaux coups de torche sont donnés à la limodje qui finit par « crever » définitivement. Mais celui qui tient la torche en main, tout en frappant son souffre-douleur, s’efforce toujours d’atteindre un des spectateurs, surtout s’il s’agit d’une « autorité ».

Le soir, vers 19 heures, a lieu un bal populaire sur la même place. Pendant ce temps, les membres des deux groupes : limodje et saint Bultot, participent à un souper préparé avec le produit de la quête de la journée. L’argent reçu a servi à payer les boissons absorbées en cours de route.

Ainsi se termine cette journée fatigante pour ceux qui y prennent une part active.

La limodje ne sortit j as pendant lu guerre 1914-18. Elle fit sa réapparition en 1920. Quelques années plus tard, en 1923, on aurait cru que c’en était fini de cette curieuse coutume. Un journal local (1) lui avait consacré un article nécrologique. Le fait était dû à ce que le nombre de cabarets de Haut-Vent était réduit à un, au lieu de neuf précédem­ment, ce qui ne permettait plus de couvrir les frais de la ducacc. Mais l’interruption ne fut pas de longue durée. la tradition reprit ses droits en 1928. La dernière guerre mondiale a immobilisé notre monstre de 1940 à 1944 inclus ; il est réapparu en 1945. Il ne s’est pas montré en 1949 parce que celui qui devait l’incarner était en deuil. On a recom­mencé l’année suivante.

b) Névremont

 

L’exhibition de la limodje a lieu également à Névremont, le lundi de la ducace de ce hameau (avant-dernier dimanche d’août).

Comme à Haut-Veut, il s’est agi, jusqu’en 1934, d’un personnage recouvert d’un drap de lit avec fourche en bois à deux dents et balai. Il était tenu en laisse par un « conduc­teur » accompagné du « vétérinaire » et de ses deux domestiques.

 

(1) Le Messager de Fosses, n° du 24 juin 1923.

 

(p.262) Ensemble, ils allaient de maison eu maison. Le peu d’argent qu’ils recevait chez l’habitant servait à payer leurs boissons, car la limodje, au cours de ses déplacements, tombait souvent exténuée. Pour la relever et la ranimer, il fallait non seulement des coups de bâton (torche de paille) — ce qui ne lui manquait jamais —, mais surtout un peu d’alcool. Et les chutes étaient fréquentes…

Quand a-t-on commencé d’exhiber la limodje à Névremont ? Je ne puis répondre à cette question. Une personne née en 1858 et une autre ayant vu le jour eu 1864, Pont toujours connue. Leurs parents aussi.

Jadis, le « vétérinaire » était porteur d’une boîte dans laquelle il déposait ce que les habitants voulaient bien don­ner (morceaux de tarte, de jambon, œufs). Ces victuailles étaient censées servir à la nourriture de la limodje. Ceux qui l’accompagnaient s’en régalaient également, mais comme ils avaient toujours plus soif que faim, tous les vivres n’étaient pas consommés. Le soir, vers 19 ou 20 heures, ce qui en restait était mis dans une boîte et enterré pendant qu’un accordéon, constituant à lui seul tout l’orchestre, jouait un air funèbre et que les assistants — tous ivres — se lamentaient.

Vers 1890, la hotte a été remplacée par un valet de pique, comme à Haut-Vent, et les dons en espèces se sont substitués à ceux en nature. Celui qui tient la carte est dénommé saint Bultot.

Pendant de longues années, le rôle de la limodje a été tenu par Ferdinand Delvaux, dit l’ bok « le bouc », célibataire endurci. Après la mort de ce dernier, la jeunesse a modifié la coutume et, pour représenter l’animal légendaire, a fait appel à la « vache » d’Aisemont, localité voisine. Nous ver­rons plus loin en quoi elle con-istait. La première sortie sous cette nouvelle forme eut lieu en 1935.

Le lundi de la fête, dès qiic le soleil pointait à l’horizon, les intéressés se mettaient en route pour aller soi-disant chercher la limodje au loin. Ils rentraient à Névremont, avec l’animal, vers 5 ou 6 heures du matin et la tournée commençait.

Le groupe était précédé d’un tambour. En se présentant chez l’habitant, nos lurons disaient : Li vatche a swè « la vache a soif », ou encore, elle a des maux de ventre. On donnait du café, de la bière ou de l’alcool. Après que les por­teurs avaient été rafraîchis, le tambour se faisait entendre et la « vache » dansait. Par contre, si on refusait de lui (p.263) donner à boire, la bête manifestait son mécontentement en s’élançant contre la porte des habitations et sur les gens.

C’était seulement lorsque les intéressés étaient ivres-morts que la promenade prenait iîn. Au cours de celle-ci, il y avait, comme par le passé, de nombreuses chutes suivies de coups de bâton et d’absorption d’alcool.

La « vache » d’Aisemont ayant été détruite après sa sortie de 1939, une nouvelle bête, assez semblable à l’ancienne, construite par André Gillard, fut inaugurée en 1945. Sa longueur est de 1,50 m. et sa hauteur d’un mètre. Son corps, formé de cerceaux en fil de fer, est recouvert d’une toile rouge qui descend jusqu’à terre et cache les jambes du porteur qui est à l’intérieur (1), tandis que sa tête est recou­verte de toile grise tachetée de blanc. L’animal est pourvu de deux cornes naturelles de bovidé. Sous sa queue, qui n’est pas mobile, on trouve une ouverture permettant de lui passer les boissons et nourritures destinées à le sustenter.

Voici comment les choses se passent actuellement. Le lundi de la fête vers 9 heures, le petit groupe comprenant la limodje, le «dompteur» armé d’un solide bâton (et non plus d’une torche de p ille comme par le passé) et saint Bultot muni d’un valet de pique attaché au bout d’un bâton et d’un gros sabot, se met en marche. Il n’y a plus de « vétérinaire » depuis 1946. Un tambour les accompagne.

Partis d’une extrémité de l’unique rue composant le hameau, rue longue d’un kilomètre, les intéressés s’arrêtent à toutes les maisons. Les habitants, à qui on a présenté le valet de pique à baiser, déposent un peu d’argent dans le sabot tenu par saint Bultot. A-t-on, par mégarde, laissé à la portée des visiteurs une casserole contenant de la viande, du lait dans un pot ou quelque autre comestible, aussitôt ils s’en emparent et le donnent à la « vache », qui engloutit tout. Dans chaque cabaret (il y en a quatre), les compagnons de la limodje paient un verre à toutes les personnes présentes.

Lors du passage d’une auto ou d’un camion, la limodje se couche en travers du chemin et saint Bultot présente aux occupants du véhicule le valet de pique à baiser et le sabot, pour qu’on y dépose Tin don en espèces.

Quand la limodje est trop turbulente ou quand elle est désobéissante, le « dompteur » lui caresse l’échine assez rudement avec son bâton. Aussi, le soir, le malheureux

 

(1) Il n’y a plus qu’un porteur, ce qui facilite les mouvements de l’animal.

 

(p.264) a-t-il le dos tuméfié et couvert de bouffissures. En 1952, il a été presque tué, me dit son « dompteur ».

Vers 16 ou 17 heures, toutes les maisons (il y en a 130 ou 140) ayant été visitées, la limodje crève ; elle est à ce moment ivre-morte. Au cours de la journée, le groupe a recueilli 700 à 800 fr., qu’il a largement dépensés.

La limodje de Névremont se déplace parfois ; non seule­ment elle se rend chaque année à Aisemont, ainsi que nous le verrons plus loin, mais, en 1948, elle a pris part à la bra­derie de Tainines. Pour ce déplacement, ks participants (toujours les mêmes) ont reçu 2000 fr.. outre l’argent recueilli dans le sabot.

Par suite de la mobilisation et de la guerre, la limodje n’est pas sortie de 1940 à 1944 inclus. Il y avait eu également interruption pendant la guerre 1914-18.

 

AISEMONT [Na 108]

 

De date immémoriale, la limodje fait une sortie le lundi de la fête communale, laquelle a lieu le premier dimanche de septembre. Un vieillard né en 1863 a toujours connu ce divertissement et quand il était enfant, ses parents lui en parlaient comme d’une chose qui existait depuis toujours. Iî y a eu interruption de 1914 à 1918 inclus et de 1939 à 1950 inclus, bien que, certaines années, les affiches annonçant la fête communale, fissent mention d’une « sortie de la limodje », ce qui n’était pas exact (1).

Jadis, la limodje était très simple : une fourche et un drap, comme à Haut-Vent. Mais vers 1900, Louis Linouton, à Ja demande de la jeunesse, se chargea de confectionner une bête ressemblant assez, par sa forme et ses dimensions, à une vache Jersey. Son corps était formé de demi-cercles en fort fil de fer et recouvert d’une serpillière qui tombait jusqu’à vingt centimètres du sol ; elle était peinte en brun avec de grandes taches noires, blanches et rouges, afin de la faire ressembler à la robe d’une vache; deux énormes mâchoires mobiles, en bois, s’ouvraient à volonté : la queue,

 

(1) Louis VerhUlst, Ducaces d’autrefois au pays de la Biesme, dans Sambre-et-Meuse, 5e année, décembre 1935, décrit, entre autres, la sortie de la limodje d’Aisemont (pp. 95 ss.), mais il fait erreur quand il dit que la coutume de la limodje a été observée, à Aisément, jusqu’à la fin du XIXe siècle et pas au-delà.

 

(p.265) également articulée, pouvait se relever de l’intérieur ; les cornes, en bois, légèrement recourbées, avaient soixante centimètres de longueur ; comme yeux, des tessons de bouteille. Deux hommes dissimulés à l’intérieur de la car­casse, soutenaient l’animal avec des bretelles.

Il va sans dire que cette « vache », qui fut utilisée telle quelle jusqu’en 1938, obtenait beaucoup de succès, non seulement dans son village, mais aussi dans d’autres loca­lités quand elle participait à une cavalcade.

 

La limodje était conduite par un « dompteur » muni d’un fouet, et accompagnée d’un « vétérinaire » vêtu d’un grand sarrau et coiffé d’un chapeau de paille ou de feutre, ainsi que de saint Buliot tenant au bout d’une baguette, un valet de pique qu’il faisait baiser aux personnes rencontrées, moyennant un don d’espèces qu’il fallait déposer dans une boîte à cigares tenue par un quatrième personnage. Un tam­bour scandait la marche.

 

(p.266) C’est ainsi que le groupe faisait le tour du village, s’arrê­tant à tous les cafés. Les chefs de jeunesse réglaient les dépenses qui y étaient faites. En cours de route, le « dompteur », avec son fouet, caressait un peu rudement les jambes des porteurs quand ils ne gambadaient pas; aussi ceux-ci avaient-ils eu soin de mettre des guêtres pour amortir les coups.

Si la limodje rencontrait sur son parcotus un groupe de personnes, elle fonçait dessus. Des curieux s’approchaient-ils un peu trop de la bête pour en examiner les parties méca­nisées, elle levait sa que et, au moyen d’une seringue manœuvrée par les porteurs, arrosait copieusement les téméraires.

En cours de route, le « vétérinaire» donnait ses soins à l’animal. S’il estimait qu’il avait soif, il mettait dans sa gueule, une «pinte • de genièvre; si c’était la faim qui le tena1 ait, par la même ouverture, il passait une casserolée de vitoulèts (boulettes de viande hachée).

Ceux qui accompagnaient la limodje recevaient des habitants quelques vivres : un « cabus » (chou), des oignons, une tarte, ai pain, une botte de carottes, des endives, etc.

 

Vers dix heures, le petit cortège arrivait sur la p’ace du village, au moment de la sortie de la messe. Là, la limodje crevait. La jeunesse dansait jusqu’à midi, cependant qu’on vendait aux enchères les victuailles reçues en cours de route. Le profit de cette vente, qui a cessé vers 1910, servait à payer les boissons.

Quand tout était fini, les deux porteurs de la limodje recevaient un « foulard » (mouchoir de poche rouge à pois blanc) comme cadeau de la jeunesse.

Il arrivait fréquemment que le pauvre animal se trouvait dans un état lamentable quand la tournée était finie ; il avait reçu des coups de ses conducteurs et ceux-ci, ivres, le tramaient parfois sur le pavé. Ce qui en restait était ordi­nairement remisé dans une dépendance de la forge Borbouse, jusqu’à Tannée suivante. On refaisait alors la toilette de la limodje.

En 1939, elle fut prêtée à la jeunesse de Névremont. Après usage, celle-ci la déposa dans la cour de la ferme Doumont. Mais comme son séjour se prolongeait et qu’on ne venait pas la rechercher, le fermier la démantibula et (p.267) enterra les débris. De l’animal dont les gens d’Aisément étaient si fiers, il ne reste donc absolument rien (1).

Depuis 1951. le porteur et le conducteur de la limodje de Névremont se rendent avec leur « vache », le lundi de la fête communale, à Aisemont, où ils arrivent vers 7 heures. Pour les dédommager de la perte d’une journée de travail, chacun d’eux reçoit 250 francs. Le rôle de saint Bultot est confié à quelque Aisemoutois, de préférence à l’un de ceux qui ont passé L; nuit à boire. Il n’y a pas de « vétérinaire ». Accom­pagné des musiciens et des chefs de jeunesse, le groupe de la limodje se met en route vers 9 heures 30, après la sortie de la messe et parcourt la localité comme à Névremont, en mettant à contribution les habitants et les étrangers. Dans chaque cab ret, les chef: de jeunesse paient un verre à tous ceux qui s’y trouvent ; ceux qui accompagnent la limodje ordonnent une deuxième rasade. C’est à cette fin qu’est utilisé l’argent recueilli dans le sabot tenu par saint Bultot. Vers 16 heures, la tournée étant finie, on remise la limodje ; on profitera de la première occasion pour la ramener en auto ou en camion à Névremont. C’est d’ailleurs dans les mêmes conditions qu’elle arrive à Aisemont.

Jadis, on disait que la limodje voulait suker (cosser) tous les gadîs (sobriquet des Aisemontois) et que celui qiii était suké en gardait une trace toute sa vie. Actuellement, cette croyance s’estompe.

 

VITRIVAL [Na 124]

 

La ducace de Vitrival a lieu huit jours après celle d’Aisemont, soit le deuxième dimanche de septembre.

Comme sa voisine, elle possède aussi sa limodje qui sort îe lundi de la fête. Ce jour-là, les membres de la jeunesse, les quelques musiciens composant l’orchestre, celui qui remplira le rôle de la limodje et son « conducteur ». se réu­nissent le matin, vers huit heures, dans un café. Après avoir préparé l’animal, le groupe se met en route pour visiter les différents cabarets.

En cours de route, le « conducteur » présente à ceux qu’il rencontre, le « valet de pique » à baiser et tend une boîte à cigares pour recevoir les dons.

 

(1) Pour justifier cette disparition, on a dit que la limodje avait été enlevée par les Allemands, au cours d’une perquisition ; ce qui n’est pas exact. La vérité m’a été avouée à l’époque, à

la ferme même, où j’étais allé pour voir la fameuse ‘vache’.

 

(p.268) Lorsque la limodje a soif, elle s’affaise, mais il suffit de lui présenter une bouteille d’alcool ou de bière pour qu’elle se ranime. Alors elle se relève et s’élance sur les spectateurs. Si, parfois, elle est d’humeur trop capricieuse, quelques coups de trique (torclie de paille) ont vite fait de la calmer.

Contrairement à ce qui se passe ailleurs, le « conducteur » remplit en même temps les fonctions de « vétérinaire ». C’est également lui — un cumulard ! — qui présente le valet de pique et qui tient la caisse.

La tournée se termine sur la place, vers 10 heures, après la sortie de la messe. A coups de trique, la limodje est assommée. Sans trop s’attrister de la brusque fin du bizarre animal, jeunes gens et jeunes filles se livrent au plaisir de la danse jusque vers midi.

 

La jeunesse offre un « foulard » a celui qui remplit le rôle de la limodje, ainsi qu’au « conducteur ». En outre, ces deux derniers se partagent l’argent déposé dans la boîte en cours de route. Toutes les boissons consommées en faisant la tournée, sont payées par la jeunesse.

Jusque vers 1905, la limodje de Vitrival était très simple et ressemblait à celle de Haut-Vent. Mais à cette époque, les jeunes gens voulurent quelque chose qui ressemblât davan­tage à un animal et ils confectionnèrent une tête qui existe encore et qui est jalousement conservée au café Louis Doucet, où je l’ai vue.

(p.269) Celui qui remplit le rôle de la limodje se trouve à l’intérieur d’un ample vêtement en toile d’emballage qui le recouvre de la tête aux pieds. Il tient d’une main, le manche d’une fourche en bois dont les deux branches représentent les cornes ; deux trous recouverts de mica lui permettent de se diriger ; la bouche est constituée de deux planches mobiles dont le devant est garni d’une denture eu caoutchouc ; chaque dent a environ deux centimètres de hauteur.

Le cliché nous montre la limodje et son « conducteur », ainsi que les musiciens et les chefs de jeunesse qui les accom­pagnent dans leur tournée.

Pas plus que pour les autres localités, on ne sait quand cette coutume a pris naissance. Après être restée enfermée de 1939 à 1944 inclus, la limodje a fait sa réapparition en 1945 pour la p’i.’.î graille joie des habitants.

 

PRESLES [Gh 67]

a) Village de Presles

Comme dans les autres localités environnantes, la limodje — ou plutôt la lumerodje comme on prononce d’ordinaire ici — de Presles sort le lundi de la ducace ; celle-ci se célèbre le premier dimanche d’octobre (1).

A l’issue de la messe matinale, les habitants se rassemblent près de la maison communale sur le perron de laquelle a lieu la passéye ou vente aux enchères des fruits, légumes, lapins, etc. remis gracieusement par des personnes géné­reuses. Le produit de cette vente sert à faire célébrer des messes en faveur des trépassés.

 

(1) ahasverus (revue Notre Hainaut, n° de septembre 1937, p. 111) se trompe quand il écrit qu’à Presies, la coutume de la limodje « se pratiquait encore il y a environ un bon quart de siècle ». Elle n’a jamais cessé d’exister.

Un autre journaliste (Maurice willam, dans Province de Hainaut, Bulletin mensuel publié par la Fédération du Tourisme du Hainaut, n° de mars-avril 1951, p. 12), parlant du « Folklore du Hainaut », consacre à Presles deux ligne» et autant d’erreurs : « A Presles, sur les bords de la Sambre, c’est la sortie de la limodje, un monstre grotesque à tête humaine ». Faisons observer que la localité en question ne se trouve pas sur les bords de la Sambre et que le monstre local a une tête de vache et non d’homme.

 

(p.270) Dès que ces opérations sont terminées, la lumerodje qui se trouve à quelque 200 mètres de là, près du cimetière, descend, accompagnée des musiciens, et commence ses exploits eu fonçant sur les spectateurs.

Jadis, en face de la maison communale, au lieu de l’avant-cour grillée actuelle, se trouvait une fosse à purin. Une année — c’était en 1897 — un nommé L… en voulant se garer des attaques du fantasque animal, tomba dans cette mare empuantie. Tout dégoulinant, il s’écria : « Ti mè l’ payerès ! », taudis que la foule riait à le voir s’essuyer. L’année suivante, la fosse fut comblée et, en vue de narguer celui qui, involontairement, avait pris un bain spécial, les organisateurs placèrent des hommes le long de l’ancien trou, comme si de nouvelles chutes étaient encore à craindre ! Est-ce à un « accident » de ce genre que remonte le dicton dont L. Verhulst signale l’usage dans la localité voisine d’Aiseau : Il a stî suké pa l’ limodje di Prêle, en parlant de «quelqu’un qui n’est pas très sain d’esprit» (1)? Nous ne

 

(1) Loc. cit., p. 97, n. 1.

 

(p.271) savons, et, d’ailleurs, ce dicton semble n’être plus qu’un souvenir, comme nous l’avons constaté, en 1952, lors d’une enquête complémentaire.

Avant de suivre la lumerodje presîoise dans ses pérégri­nations, nous allons, d’abord, essayer de la dépeindre. Son corps, ayant de vagues ressemblances avec celui d’un bœuf, est long de 1,70 m. et large de 0.90 m. Il est formé d’une perche simulant la colonne vertébrale, à laquelle sont atta­chées des demi-cercles en bois imitant les côtes de l’animal. Le tout recouvert de serpillière descendant jusqu’à terre. Bouche articulée, longues dents en bois, langue en laine ou en drap rouge sortant de 30 à 40 centimètres ; cornes en bois. Comme yeux, des tessons de bouteille (1). Deux hommes

 

(1) J’ai pu voir la carcasse de cet extraordinaire animal, chez Joseph Mengeot, dit lblanc, où elle est remisée. C’est te dernier qui, pendant de nombreuses années, remplit le rôle Canabot. Depuis 1948, il est remplacé par son petit-fils, habi­tant Presles, et nommé Batista Fayeni.

 

(p.272) prennent place à l’intérieur du monstre et le supportent sur leurs épaules. Leurs jambes sont cachées par la toile tombant tout autour. Pour se guider, celui des deux porteurs qui se trouve le plus près de la tête, regarde par la bouche de l’animal (1).

 

(1) Notre limodje ressemble à Bidoche encore en usage à Romazy (Ille-et-Vilaine), vers 1860 :

Au moment du Carnaval, les jeunes gens promenaient Bidoche de maison en maison. On le faisait danser au son de toutes sortes d’instruments. Voici ce qu’était Bidoche : on prenait une échelle de la longueur d’un cheval ; on la garnissait de cercles de barriques : à un bout on figurait le cou et la tête d’un cheval ; le tout était recou­vert d’une housse richement décorée. Ensuite deux jeunes gens passaient la tête et les épaules dans le corps de Bidoche, ne laissant paraître que les jambes pour imiter les quatre pieds de la bête.

L’homme de devant tenait dans ses mains une ficelle fixée à la mâchoire inférieure du faux animal, lequel avait la bouche garnie de drap ou d’étoffe rouge recouvrant des pointes finement aiguisées. Malheur à celui qui mettait la main dans la bouche de Bidoche, car le premier porteur tirait sur la ficelle et l’imprudent avait la main serrée de façon à le faire crier. (Adolphe orain, Folk-Lore de /’Ille-et-Vilaine. De la vie à la mort. Paris, 1897, t. 1, p. 231-232. — Cf. Arnold Van Gennep, Manuel de folkl. franc, contemp., Paris, t. I, 1947, p. 901 ss.).

Elle s’apparente aussi aux « chèvres à bec » qui, à Ottenbach (canton de Zurich), au coup fatidique de minuit et dans la période qui sépare Noël de l’Epiphanie, s’en prennent surtout aux jeunes filles attardées dans la rue entre chien et loup.

Vêtus de longs draps, coifies d’un cimier taillé en plein bois surmontant un masque d’animal terrifiant doté d’une mâchoire mobile que le porteur manœuvre dans son suaire, ces revenants se glissent le long des maisons, surgissent brusquement aux fenêtres du rez-de-chaussée et ne s’éloignent qu’après avoir été hébergés par l’habitant ou satisfaits d’une offrande.

A Richterswilerberg (Zurich), le «cheval teigneux» — le Roosgrind — n’est qu’une tête de cheval en bois qui parade au bout d’une perche. Selon toute vraisemblance, le porteur, à l’origine, caracolait sous une draperie analogue à celle des chèvres d’Otten-bach (cf. Costumes et coutumes, revue de la Fédération nationale des costumes suisses, 18e année, décembre 1915, p. 100-103). (…)

 

(p.273) La lumerodje menée en laisse par un conducteur muni d’un bâton, est toujours accompagnée du «vétérinaire Canabot» ; il la suit dans une charrette tirée par un. âne (1).

La lumerodje au repos, son personnel et quelques curieux.

Dans ce véhicule se trouvent le foin et les betteraves nécessaires à la nourriture du monstre. Devant celui-ci marche un aide portant, au dos, un râtelier contenant un

 

 (1) A Villers-Perwin (canton de Gosselies), lors de la fête des pèlerins (mi-septembre), c’était également dans une charrette attelée d’un âne, que se présentait le « docteur » pour rappeler à la vie le «pèlerin» qui semblait mort. (Wallonia, t. II, 1894, p. 59-60). La danse des pèlerins ne s’y fait plus depuis 1912.

 

(p.274) peu de foin et tenant à la main un bâton au bout duquel est attachée une betterave. De temps en temps, l’animal s’efforce de s’emparer de ces vivres qu’il dévore glouton­nement.

Canabot n’a ni costume, ni couvre-chef traditionnels. Sous ce rapport, la plus grande liberté est laissée à celui qui remplit ce rôle. De même les détails de l’exhibition n’ont rien d’immuable ; les organisateurs y apportent parfois certains changements inspirés par pure fantaisie.

Dans une valise, le praticien occasionnel a réuni les instru­ments qui lui sont nécessaires lorsque son intervention est requise. Mais les pièces de cettr trousse spéciale ressemblent plus à des outils de forgeron qu’à ceux qu’emploient nos modernes disciples d’Esculape. Leur vue seule provoque les rires de la foule.

Jadis, sept ou huit « Chevaux-godets », tchivau-godèts (1)

 

(1) Pour les « chevaux-godets », c’est-à-dire les chevaux-jupons, voir A. Van Gennep, Manuel de Folklore, t. 1, p. 906 (idée raisonnable que ce serait comme une parodie bourgeoise des tournois seigneuriaux du moyen âge). A propos des chevaux-jupons, type bien connu dans le folklore des fêtes de plusieurs de nos provinces (Hainaut, Namur, Brabant), rappelons que ce déguisement  consistant à se donner l’apparence d’un cheval se retrouve non seulement en France, mais dans presque tous les pays, notamment en Espagne, au Portugal, eu Roumanie, en Bulgarie, en Grèce, en Yougoslavie, en Russie, en Pologne, en Allemagne, en Tchécoslovaquie,  en Autriche,  en Suisse, en Grande-Bretagne, etc. (Cf. la très intéressante étude de A. Van Gennep, Le cheval-jupon, formant le 1er Cahier d’ethnographie folklorique, Paris-Toulouse, 1945).

(1) M. Edmond doumont (Wallonia, t. XVIII, 1910, p. 109) nous dit que la limodje est « escortée d’une dizaine de cavaliers,vêtus sur une mode ancienne des plus bigarres ». Notre confrère a accompagné sou père, à Presles, alors qu’il n’était âgé

 

entouraient l’animal qui nous occupe. Leur nombre se réduisit ensuite, à quatre et, finalement, vers 1890, tous disparurent. C’était un menuisier preslois, nommé Ursmer Bourlet qui fabriquait les dits chevaux ; leur harnachement était confectionné par ceux qui devaient les monter (1).

b) Les Binches

 

Les habitants du hameau des Binches ont une ducace qui leur est propre, le deuxième dimanche de juillet.

Le lundi matin de cette fête, avait encore lieu, il y a quelques années, mais de façon irrégulière, la sortie de la lumerodje. La dernière eut lieu vers 1935-36. Le groupe, accompagné d’un « vétérinaire » chargé de soigner l’animal lors de ses défaillances, se contentait de parcourir, tout en collectant, les rues du hameau. De temps en temps ou s’arrê­tait po r permettre à l’homme de l’art de faire montre de ses capacités ; mais, moins heureux que son collègue Canabot, i devait effectuer la toiirnée pédestremeut.

Jusque vers 1895, la lumerodje des Binches se rendait au Village à;. Presles, le lundi de la fête paroissiale et, lorsque *es deux animaux se rencontraient, c’était une bataille en règle. La visiteuse surtout, moins forte que sa voisine, recevait les coups et souvent elle se trouvait en piteux état lorsqu’elle retournait chez les siens.

 

(1) Loc. cit., p. 114.

 

(p.278) LE ROUX /NA 123/

 

La ‘limodje’ sortait le mardi de la fêtre communale (troisième dimanche d’octobre). (…)

(p.279) Un arrêt avait lieu, non seulement à tous les cabarets, mais également là où il y avait des jeunes filles. Partout on donnait à boire à la limodje, car elle avait toujours soif.

Le drèsseû, pourvu d’un fouet, était chargé d’en frapper la limodje lorsqu’elle ne dansait pas. Aussi, ceux qui rem­plissaient ce rôle, avaient-ils soin de mettre des guêtres pour amortir les coups qui leur pleuraient sur les jambes.

La présence d’un « vétérinaire », déjà signalée vers 1840, n’était pas régulière ; ce praticien était chargé de donner ses goins à la limodje lorsqu’elle défaillait. Quelques gorgées de genièvre, bues à même la bouteille, avaient le don de la ranimer.

De petites variantes étaient parfois apportées au scénario traditionnel. C’est ainsi que vers 1855-60, on commença à faire vêler l’animal lors de sa rentrée sur la place com­munale. Pour procéder a cette délicate opération, on introduisait un chien sous la toile recouvrant la limodje et l’indi­vidu qui se trouvait à l’intérieur, s’en emparait. Quand le moment du « vêlage » était arrivé, on faisait passer, sous les toiles, les pattes de devant ou de derrière de la bête et celle-ci restait ainsi quelques minutes plus ou moins immo­bile. Le rôle du « vétérinaire » allait: commencer. Au moyen d’une corde, il liait les pattes du quadrupède et, avec ses aides, tirait l’animal et le libérait. Bien entendu, ils s’effor­çaient de ne lui faire aucun mal. Le « vêlage » ne se faisait pas régulièrement chaque année ; il a été repris, sans inter­ruption, de 1928 à 1934.

De 1886 à 1890, le tour se fit avec une chèvre ; lorsqu’il était terminé, ou tuait ranimai et tous les participants le mangeaient.

De 1928 à 1931, le « vétérinaire » et ses aides firent la tournée dans une charrette tirée par un âne.

Pendant la même période, approximativement, l’un des suiveurs portait un, bâton à l’extrémité duquel était attaché un valet de pique peint sur une planchette ; il la faisait baiser par les personnes rencontrées au cours de la tournée ; ces dernières devaient déposer une obole dans un tronc dont ctait muni le collecteur. L’argent ainsi reçu servait à payer les boissons ofi’ertes à tous ceux qui avaient pris part au petit cortège.

(p.280) En 1923, la limodje de Presles vint remplacer sa consœur du Roux qui était probablement on mauvais état.

Faut-il considérer cette ancienne coutume comme défi­nitivement disparue ? Iî est permis d”en douter, car j’ai rencontré des personnes qui caressent l’idée de refaire une nouvelle limodje et de renouer la tradition.

 

CONCLUSION

 

Comme on peut le déduire de la description ci-dessus, toutes ces exhibitions semblent bien procéder d’une même source. Il est vraisemblable que des jeunes gens d’une commune, s’étant rendus un lundi de la ducace, dans une localité voisine et ayant constaté que la limodje plaisait à la foule, se sont dit qu’ils pourraient bien implanter le même divertissement chez eux et ils copièrent ce qu’ils avaient vu. Parfois même, ainsi que nous l’avons signalé pour Névremont, Aisément et. Le Roux, on emprunte la limodje d’une autre localité. Ce qui prouve bien qu’il s’agit d’une origine commune, c’est que les noms donnés aux personnes accompagnant ce monstre et les accessoires utilisés à ette occasion sont presque partout les mêmes :

dompteur, vétérinaire, saint Bultot avec valet de pique, fourche en bois à deux dents, etc. ; partout aussi, on finit par tuer la bête : enfin, partout encore, il s’agit de beuveries qui ont lieu le lundi de la fête locale.

Presque partout également, la limodje défaille lorsqu’elle n’a plus rien à boire, mais l’offre d’un verre de liqueur ou de bière suffit à la ranimer (3).

 

(1) Rapprochons de notre limodje une coutume turque ayant plusieurs traits communs avec elle: le 3 janvier, après le coucher du soleil, les enfants turcs se déguisent en Saïa, Ils choisissent une grande culotte dans laquelle ils puissent s’enfozicer jusqu’au cou. La tête débordant seule de Ja culotte, une paire de cornes sur le front, une infinité de grelots et de clochettes attachés à ce singulier vêtement, ils s’en vont chez les Grecs et crient de toutes leurs forces quelques paroles spéciales. En terminant, l’enfant ou îe jeune homme déguisé en Saïa se jette par terre et reste immobile jusqu’à ce que la maîtresse de la maison soit venue lui offrir quelque fruit ou quelque pièce d’argent. (Henri caRNoy et Jean nicolaîdes, Traditions populaires de l’Asie Mineure. Paris, 1889, p. 29-1-5).

 

(p.281) A ce fonds commun, viennent s’ajouter de petites variantes dues à la fantaisie d’un quelconque des organisateurs.

Pour représenter la limodje, il faut un boute-en-train qui ne craint pas la fatigue et qui, par ses contorsions, ses fautes brusques de mauvaise humeur et sa fantaisie, pro­voque les rires des spectateurs; ce sont ses gestes qui tiennent toute sa saveur à cette exhibition. L’intéressé doit aussi être un buveur à toute é reuve.

On représente le terrible animal parfois sous les traits d’une vache (Aisemont, Presles), parfois sous ceux d’un être dont la tête seule ressemble à celle d’un bovidé (Vitrival) ; parfois aussi sous une forme plus rudimentaire (fourche pour cornes et balai pour museau) : tel est le cas à Haut-Vent.

Quelle est la localité qui. la première, a organisé ce diver­tissement ? Je ne suis pas à même de donner une réponse à cette question.

Comme documentation écrite relativement ancienne, nous n’avons que le réel de Kairis datant de.1858 et concer­nant Haut-Vent. Peur les autres communes, nous devons nous en tenir à la tradition orale et, de ce côté, aucune date, même approximative, ne nous est fournie.

Une autre question se pose. D’où vient ce nom de limodje et que signifie cette exhibition ?

Rappelons les solutions qui ont été proposées.

1° D’abord, Kairis (1)  :

Cette mascarade représente un auto-dafé. La limoche est la reproduction théâtrale d’un sorcier conduit au supplice ; la patte de poule, signe cabalistique, désigne l’état du patient ; le valet de pic [sic] n’est autre que l’évangile, dont l’aspect fcsait prétendument cesser les convulsions des possédés, du démon ; et c’est de là que vient le nom de limoche du mot wallon l’imauche qui signifie : image; enfin, le sabot indique le plat sur lequel un prêtre recueillait des aumônes converties, en œuvres pieuses, pour le malheureux supplicié.

Une exécution de ce genre fut pratiquée près de la ville, dans une prairie que l’on désigne sous le nom de Prê-chaudce (pré de l’échaudée).

Le souvenir s’en est perpétué dans le peuple et la burlesque représentaton qu’il en donne, doit nous faire bénir le bienfait de la civilisation.

 

(1) Loc.cit. p.258

 

(p.282) (…) Comme l’a fait judicieusement observer feu le doyen Crépin (4). en désignant le type promené dans les rues de sa cité, n’importe quel Fossois dira : « Volà l’ limodje ! » tandis que si on lui présente un paquet d’images et si on lui demand laquelle d’entre elles il a déjà tenue en mains précédemment, il répondra : « Volà l’ imaudje ! ». Il n’y a ‘aucune ressemblance de prononciation entre ces deux mets : dans l’un, deux l et o ouvert bref; dans l’autre, un l et ô fermé long.

Cette identification n’est donc pas admissible et l’argu­ment de Kairis tombe par le fait même.

2° Félicien Borbouse (5) nous dit que la coutume fut importée de Limoges (ville de France) à Fosses, par un de ses habitants qui y travaillait avant 1800. Le nom que l’animal portait en France n’a pu m’être cité, dit-il « mais je ne suis pas loin de croire que limodje est tout simplement la tra­duction wallonne de Limoges, Siège de la coutume-primitive. »

Cette suggestion simpliste, basée sur une similitude de nom, ne repose sur aucun fondement. Cepencl mt, elle m’a encore été donnée à Presles, il y a peu de temps, et

 

(1) Mélanges de Traditionalisme de là Belgique, Paris, 1893, p. 66.

(2) Le calendrier populaire wallon, Anvers, 1920, p.102.

(3) En Wallonie namuroise, Bruxelles, 193, p.132. 

(4) Le Messager de Fosses, n° du 19 janvier 1930.

(5) Loc.cit, p.114

 

 

(p.283) J. FICHEFET (1) l’a reproduite, ainsi que A. JACQUEMIN (2) et R. BRESSY (3).

Pour accorder quelque crédit à cette version, il faudrait d’abord démontrer que l’exhibition qui nous occupe est bien d’importation limousine. Or, on ne voit cité nulle part de dragon attesté pour Limoges, ou de dragon portant un nom qui fasse allusion à la ville de Limoges (4).

3° « Hoppin Cliet », pseudonyme du jeune Fossois Alfred Hallin (1902-1925), nous a donné, dans une gazette locale (5), une troisième version de l’origine de la coutume qui nous occupe. Elle est écrite en dialecte de Haut-Vent. La voici :

 

Dins l’ timps, è nosse viladje, quand on-ome ou one comére mwin.néve mwéje vîye, on lyi mètèt on linçoû su s’ tièsse po l’ aveûler èt on llachéve dins lès fonds èwoù-ce qui l’Bième passe. Lès justiciers, ârmés d’ one trike, li tanin.n jusqu’à ce qui l’ coupâbe astéve lèyi po mwârt ou à peû près. Avou lprogrès, ci façon di puni lès mau-fèyants a disparètu, més on-z-a waurdé l’ coutume di r’présinter si suplice en instituwant l’ limodje. Asteûre, ci n’ èst pus qu’ on-amûsemint, li trike èst rimplacéye pa one twatche di strin. Èt volà l’ vraîye histwêre dè l’ limodje do Hôt-Vint (8).

 

(1) Loc.  cit.,  p.  271.

(2) Loc. cit., p. 208.

(3) La Nouvelle Gazette de Charlerai, nos du 12 octobre 1946 et du 7 octobre 1947.

(4) Comme appellatif désignant un animal, l’ancien français connaît bien un mot limoge, mais il s’agit d’une sorte de galli­nacés dont la race était originaire de Limoges (cf. godefroy, DicT. de l’anc. fr., s.v.).

(5) Supplément au Messager de Fosses du 7 mai 1922.

(6) J’ai quelque peu corrigé l’orthographe de Fauteur. Voici la traduction de ce récit : « Jadis, dans notre village, lorsqu’un homme ou une femme se méconduisait, on lui mettait un drap de lit sur la tête pour lui masqiier la vue et on le lâchait dans les fonds où coule la Biesme. Les justiciers, armés d’une trique, l’en «appâtent jusqu’à ce que le coupable fût laissé pour mort ou à peu près. Avec le progrès, cette façon de punir les coupables a disparu, mais on a conservé la coutume de représenter ce supplice en instituant la limodje. A présent, ce n’est plus qu’un amusement, la trique est remplacée par une torche de paille. Et voilà la vraie histoire de la limodje de Haut-Vent.

 

(p.284) Est-il nécessaire d’ajouter que cette version est encore plus fantaisiste que les précédentes ?

Le Cartulaire de la commune de Fosses ne fait, évidemment, allusion à aucune coutume semblable.

4° Ainsi que nous l’avons vu, à Presles l’animal fantastique qui nous intéresse, est ordinairement appelé lumerodje. Ayant demandé à d’anciens Preslois d’où venait cette appellation, ils m’ont répondu qu’ils croyaient que ce nom lui avait été donné parce que la bête primitive était sortie des rotches, II existe, en effet, dans la commune un lieu-dit lès rotches « les roches ». Mais pourquoi lume ? On l’ignore.

D’autre part, d’après certains vieux autochtones de Châtelet, ville voisine, ce nom signifierait lume rodje, litté­ralement : « éclaire rouge », à cause de ses yeux constitués par des tessons de bouteille.

Pas plus que les explications précédentes, ces étymologies, populaires ne peuvent être retenues.

5° On peut en dire autant de l’hypothèse suivante : Selon Aimé migeot, né en 1845, à Aisemont (alors com­mune de Fosses), la limodje serait née des amours d’un vacher de ce nom (Limage, en wallon Limaudje, est un nom assez conui dans la région) avec une « aumaye » (sénisse) de son troupeau. Ce qui n’était à l’origine que le rappel mali­cieux d’un scandale villageois, a gardé le caractère burlesque d’une commémoration dont le sens, eu raison de la nature de son objet, s’est estompé au cours des générations. (Commu­nication de M. Edmond Doumont.)

6° Enfin, retenons l’explication réellement traditionnelle par un animal fantastique.

C’est celle-ci qu’a voulu ennoblir, en en rejetant l’origine dans un lointain passé, l’auteur d’un manifeste destiné à lancer La Limotche, journal de Fosses et du canton : pour justifier le titre du journal à paraître (1), il écrit ces lignes :

 

(1) Ce journal a-t-il jamais vu le joui- ? Le manifeste qui annonçait son apparition pour le premier dimanche de janvier 1861, a-t-il même été livré à l’impression ? C’est ce que se demande le doyen crépiN dans le Messager de Fosses du 12 janvier 1930. Ce digne abbé priait ses lecteurs de le renseigner au sujet de cette double question et, si possible, de lui envoyer un spécimen soit du journal, soit du manifeste. Il n’a jamais rien reçu. J’ai vainement consulté toute la collection du Messager qui paraît depuis 1879, en vue de trouver quelque renseignement à ce sujet.

 

(p.285) (…) Voyez aussi les personnages de l’entourage : la limodje <le Haut-Vent est accompagnée d’un « dompteur » et d’un « vétérinaire ». A Névremont, il y a également un « vété­rinaire » et un « conducteur ». Nous retrouvons aussi un « vétérinaire » à Presles, Aisemont, Vitrival et Le Roux.

 

(p.286) D’autre part, en parlant de la Limodje de Haut-Vent, un journal local écrit (1) : nosse fameûse bièsse préhistorike ; et ailleurs (2) : l’ bièsse féroce, li bièsse à cwanes (la bête à cornes), ce qui prouve bien que dans l’idée des gens de l’endroit, il ne s’agit pas d’un être humain.

Il en est de même à Aisemont : le programme de la fête communale de 1949 mentionnait, pour le lundi 5 septembre : « sortie de la Limotche (bête féroce) ». On a vu ci-dessus la « vache » de Presles et d’Aisemont, et la ressemblance avec une tête de bovidé à Vitrival.

Dans l’état actuel de nos connaissances, on peut consi­dérer que la limodje s’inscrit dans le cycle des dégui ements qui empruntent à la forme d’un animal, voire d’une bête monstrueuse, leur originalité burlesque.

Quant à la valeur fonctionnelle que la Limodje a pu avoir primitivement, nous ne sommes pas en mesure d’être à ce sujet une hypothèse plausible. Il ne nous paraît en tout cas pas prouvé que cette mascarade soit simplement une personnification de la fête locale qui meurt (3).

 

Jules vandereuse

 

(1) Le Messager de Fosses, n° du 24 juin 1923.

(2) Supplément au Messager de Fosses, u° du 7 mai 1922.

(3) C’est ce que suppose M. VerhuLst, loc. cit., p. 99, qui, dans ce sens, rapproche la sortie de la Limodje de certaines coutumes telles que la chasse du putois en Ardenne, le mardi de la fête, et la fusillade d’un homme gorgé de tarte et de genièvre le mardi de la Madeleine à Jumet. Il importe de rappeler que, précisément dans la région où est connue la limodje, on procède autrement. C’est ainsi qu’à Aisemont, le mardi de la fête, à minuit, on brûle li dicauce sous la forme d’un mannequin en paille. Tout en se lamentant et en pleurant, les gens disent : « À r’vôy, dicauce ! », « au revoir, ducace ! », On danse autour du feu.

Au Roux, on brûle parfois une gerbe de paille. Les musiciens louent une marche funèbre. Les assistants pleurent.

A Haut-Vent, la fête dure cinq jours : dimanche, lundi, mardi, samedi et dimanche (tel a encore été le cas en 1952). Or, c’est le lundi (2e jour) que sort la limodje. Ce divertissement est donc loin de symboliser la mort de la ducace.

Jadis, à Névremont, le mardi 3e jour de la fête), on enterrait une tarte. Une dame, née en 1860 n’a pas connu cette coutume, mais en a entendu parler quand elle était jeune.

"Canabot", le vétérinaire qui accompagne l’animal dans la manifestation folklorique dite limodje

(Li Banbwès / Bambois, années 1975-1980)

Maurice Chapelle, in : Li folklôre à Fosse(s-la-Ville), 1970s, p.6-8

 

LI LIMODJE

 

/ Li limodje, fénomin.ne eûropèyin/

 

1 Georges Dumézie, dins « Le problèmes des Centaures », Librairie Orientaliste, 1929, cause dès fièsses èwou-ce qu’ on pormwin.ne les « masques animaux » qu’ i lome lès « Body ». C’èst, di-st-i, one fièsse qu’ a divenu civile èt qui done l’ ocâsion auzès difèrin.nès bièsses (oûrs’, tchivaus, vatches… di rivenu à l’ lumiére. Li djeu candje di nom sûvant lès payis:

 

en Bohème, c’èst l’ pormwin.nâde avou li « Kobyla »;

en Pologne, li pormwinrnâde dè l’ cavale;

en Saxe, « das Schimmel » führen;

en Prusse, li « Fastnachtshimmel »;

en-Autriche, « das Schimmel reiten »;

en Yougoslavîye, li pormwin.nâde do « Russo »;

en Russiye, mwin.ner li tch’vau;

en-Anglètère, li « Hobby horses »;

en Bulgarîye, li tch’vau est remplacé pa on chamau.

 

2 Djan Baumel, li , dins « Le Masque, cheval et quelques autres fantastiques, étude de folklore, d’ethnologie et d’histoire » ; in : Etudes Occitanes, Montpellier, 1954, dit qu’on vèt :

 

en-Èspagne, li mule sauvadje di Berga;

en Provence, lès « chivau-frus » ;

en Italîye do nôrd, lèa « chevaux- jupons »,

en Bas-Languedoc (Montpellier, Bouzigues, Mèze…), les « Chevalets »,

à Béziers, li « Chamau »,

à Méze, li « Boû »;

à Besaan, Auge . . . , li « Baudèt » ;

à Saint-André de Sangonis, li « Nwâr pourcia » ;

à Saint-Jean de Fos, li « Bélier Picart »;

à Montagnac, la « Chèvre »;

à Pezolh, le « Pou »,

à Loupiau, le « Loup »;

à Royan, « le « Hérisson » ;

à Vias, Pouzolles, Caux. . . ., le « Poulain » ;

dins l’ ouwès’ di l’ Hérault, , « li via do djoû »;

dins l’ ès’ di l’Hérault, « li toros de fuego »;

en Ille-et-Villaine, li « djeu dè l’ chaule ».

 

3 Dins s’-t-ètude « La Limodje de la Basse-Sambre », in : Musée de la vie Wallonne, tome VI, 1953, Jules Vandereuse dit :

li « Bidoche » di Romazi (France) ;

lès « Chèvres à bec » di Ottenbach (Zürich) ;

li « Cheval teigneux » di Richterswilerberg (Suisse);

lès « Babouins » di Laval (Mayenne);

lès « chevaux-godèts »;

lès « Saïa » di Turkîye » ;

dèl « Tarasque » di Tarascon (France);

do « Dragon » d’ Mont (F : Mons).

 

 

/en Bèljike/

 

Jules Vandereuse î done dès èsplicâcions su nos « Limodjes » èt leûs sôrtîyes:

  1. a) li Hôt-Vint ; b) Nèvrumont ;
  2. c) i n’ dit rin dè l’ cène do Bambwès qui n’ ègzistéye qui dispû 1972.

à Inzès-Monts, à Viètrîvau, au Rou,

à Prêle : (1) viladje / (2) aus Bintches > a-b : èwouce qu’on l’ lome « li lumerotche ».

 

Lès variètés èt l’ dèrôlemint

 

Li malice payisane est plin.ne di variètés d’ on viladje à l’ ôte po-z-èmantchî 1′ Limodje.

 

Li tièsse èst faîte en bwès èvelopé di stofe ou d’ pia ou bin avou one fotche « cheûrèce » po r’présinter lès cwanes. Pa côp, li bouche si pout douviè et s’ sèrer. À l’ ocâsion, on-z-î ajoute on tchèsse-mouches, one bride.

 

Po fôrmer one Limodje, on faît bin, pa côp, avou on seûl ome qui pwate li tièsse su s’ prôpe tièsse èt qu’ a s’ cwârps rèfârdulé dins-on grand drap, come à Hôt-Vint èt à Viètrîvau. Ôte paut, à Inzès-Monts, Nèvrumont, Li Rou, Prêle èt l’ Banbwès, i faut deûs pwârteûs:  li prumî do costé dè l’ tièsse èt qui faît aler l’ gueûye, l’ ôte, ployî d’zos l’ cârcasse po fé s’ cwârps.

 

Todi li Limodje à on guide, on dompteû qui l’ mwin.ne pa l’ bride èt lî fout di timps-à ôte dès côps d’ baston po maîstri lès-hârdiyèsses dè l’ « Sauvadje bièsse ». Li guide, ome gaîy èt fârceû dirije li limodje, lî done dès-ôrdes. Citèle-ci s’ ajite, rûwe, s’bèpwate èt fonce dins lès djins.

 

Li « Vètèrinaîre » rote avou li èt c’ èst li qu’ sogne li limodje po qu’ èle seûche achèver l’ toûrnéye; pace qu’èlle a todi swè, adon, èle si coûtche èt… malade ratind li « pèkèt «  qu’ è l’ rimètrè su pîd.

 

Padrî l’ limodje, « sint Bultot » qui tint è s’ mwin one baguète qu’ on valèt d’ pike î è-st-atatchî èt qu’ i done à baujî auzès r’waîtants. Cèti-ci mètenut dès caurs dins l’ chabot présinté pa on trwèzyin.me ome ou bin d’ l’ amougnî dins l’ ôte d’ on quatyin.me. (Cès trwès pèrsonâdjes-là n’ ègzistéyenut nin à Prêle).

À l’ difin, li « Bièsse » tchaît èt n’ si r’lève pus ; on dit qu’ èlle èst crèvéye.

Li Limodje è vout surtout auzès feumes èt mia auzès djon.nès fèyes qu’ èle manecîye di suker.

 

Tot ça s’ passe dins-one sôte di d’méye-abandon èt di d’mèye-amûsemint èwoù-ce qui l’ djeu èt l’ costumadje, lès pikes èt lès pûnicions, li vèyu èt l’ sondjî n’ ont pont d’ frontiéres. Todi l’ musike sôte avou l’ Limodje.

 

Li djeu s’ faît:

 

Au Hôt-Vint, li londi dè l’ dicauce (li 3e dimègne di julèt’) ; ajoutans qui vêci, li djeu finit pa l’ « danse do ramon » ;

à Nèvrumont, li londi dè l’ fièsse (avant-dêrin dîimègne di julèt’);

à Viètrîvau, li londi sûvant l’ deûzyin.me dimègne di sètimbe, intèr nos, li dêrène sôrtîye s’ a faît en 1960 ; èle ravikerè dandjureûs? Plaî-st-à-Diè ! ;

au Rou, li maurdi dè l’ dicauce (li trwèzyin.me dîmègne d’octôbe; dispû saquants-anéyes, li « jèyant Mazarac » rèche en min.me timps;

au Banbwès, li londi dè l’ fièsse do “Pwint d’arèt” (li dêrin dimègne di maîy) èt ça dispû 1972 /asteûre li sèmedi d’ l’ Acinsion/.

 

Orijine

 

Quand-ce qui l’ limodje a skèpyî ? Au comincemint ou au mitan do XIXe siéke ? Seûl, ci qu’ Châle Kairis a scrît en 1858 nos done one date à pau près.

D’ èwoù-ce qui l’ nom “limodje” divint ? Plusieûrs èsplicâcions s’ aspouyant su dès racontârs èt dès contes di dins l’ timps sont-st-avancîyes mins i gn-a pont qu’ a one valeûr ètimolojike.

in : Maurice Chapelle, Coup d’œil sur Fosses-la-Ville, 1941, S.I. de Fosses-la-Ville

 

(p.37) A la fin, la bête s’affaisse, on dit qu’elle est crevée.

Derrière la bête marche « saint Bultot » qui tient en main une baguette à laquelle est attaché un valet de pique qu’il donne à baiser aux spectateurs. Ceux-ci déposent une obole dans le sabot présenté par un deuxième personnage, ou des victuailles dans la hotte d’un troisième acolyte (ces trois personnages n’existent pas à Presles).

La Limodje en veut spécialement aux femmes et surtout aux jeunes filles qu’elle menace de « suker » ; dans ce jeu, l’opposition et l’union des sexes jouent un rôle important.

Tous ces phénomènes se passent dans une sorte de demi-abandon et de demi-amusement où le jeu et le rite, la brimade et la sanction, le vu et le rêvé n’ont pas de frontières.

Toujours la « Limodje » est accompagnée de « musique ».

–  à Haut-Vent : le lundi de la fete,qui a lieu le 3é dimanche de juillet. Notons qu’ici, l’exhibition se termine par la «Danse do Ramon »;

–  à Nèvremont : le lundi de la fête (avant-dernier dimanche de juillet) ;

–  à Vitrival : le lundi suivant le deuxième dimanche de septembre (sa dernière sortie se fit en 1960. A quand sa résurrection?);

– à Le Roux : le mardi de la fête communale : 3e dimanche d’octobre ;

–  à Bambois : le lundi de la fête du Point-d’Arrêt, le dernier dimanche de mai, elle n’est plus sortie depuis 1978 /en fait, elle sort de nouveau depuis quelques années le samedi de l’Ascension/.

 

Quand apparut cette exhibition ? Début ou moitié du XIXe siècle ? Seul le récit de Ch. Kairis, écrit en 1858, nous donne une date approximative.

D’où vient ce nom de « Limodje » ?

Plusieurs acceptions ont été avancées et se basent sur des légendes, mais aucune n’est étymologiquement acceptable.

O(scar) Mollet, Li djèsse dè l’ limodje, El Bourdon, 429, oct. 1990, p.19-20

 

(Névremont, Aisemont, Vitrival, Presles, Haut-Vent, Bambois)

One bièsse avou 1 ou 2 djins d’dins (pwârteûs)

 

Sint Bultot, qui tint on baston abou, au d’dibout, li valèt d’ pike, qu’ i frè baujî à tot l’ viladje en d’mandant ène dringuèle qu’on dwèt mète dins l’ bwèsse d’on 3e/4e qui mostère, d’abôrd, ène pate di pouye.

Li dompteû qui tént l’bièsse à l’ cwade, po l’ bate di timps-à-yeure avou ène twatche di strin.

Li vètèrinaîre, avou s’ valîse, qui s’ tint todi près’ po quand l’ limodje tchét flauwe: i frè tot d’ sûte ène ordonance.

On tambourî èt saquents musucyins.

> Li bièsse sayerè d’ suker lès bauchèles, duvrè bwâre totes lès-ôrdonances.

A méye-nût, on-z-ètère li limodje.

La Limodje, in : Clio 70, 1974

 

Limodje est un être fantastique et monstrueux; on le promène, accompagné d’une petite troupe, à travers les rues de la localité.

La Limodje sort souvent à l’occasion de la ducasse; ses pérégrinations durent toute une journée, Elle sort encore à Fosses le troisième dimanche de juillet; et à Aisemont le mardi suivant le premier dimanche de septembre.

 

La manifestation

 

La Limodje est incarnée par un homme portant un déguisement.

Celui-ci a connu diverses modifications au fil du temps, mais la parenté entre les diverses Limodjes est toujours restée évidente. Son aspect est celui d’une bête monstrueuse. Parfois cependant, elle conserve une figure humaine.

Vers 1950, par exemple, à Haut-Vent, hameau de Fosses, la Limodje

était représentée par un homme portant à la main une fourche de bois, Les deux longues dents de cette fourche passaient devant son front et prenaient l’allure de deux cornes, on attachait à celles-ci un ramon (balai) pour figurer le museau. Un drap de lit largement déployé recouvrait l’ensemble. Ailleurs, la Limodje avait un aspect un peu différent. Ainsi, en 1945, on refit une Limodje à Aisemont. Elle était longue de 1,50 m et haute de 1 m. Pour donner de l’ampleur à son corps, on y adapta des cerceaux de fils de fer sur lesquels était tendu le drap. La bête portait cette fois deux cornes naturelles.

 

La Limodje ne sort jamais seule. Elle est conduite par un dompteur qui tient en main une torche de paille ou, plus rarement, un gourdin. Il en frappe l’animal et pas toujours modérément. Un ” vétérinaire” donne des soins à la bête, la masse et ordonne à l’occasion qu’on lui serve à boire. Un autre

personnage apparait également à cette occasion : saint Bultot, accompagné éventuellement d’acolytes. Parfois l’un de ces suivants tient un valet de pique.

La sortie du groupe consiste en la visite des divers cafés et des habitations de la localité. La Limodje danse et gesticule. Pour la réconforter, on lui fait ingurgiter café, bière et alcool. A la fin de la journée, la Limodje meurt; bien

souvent, celui qui l’a incarnée est alors ivre-mort.

 

Historique

 

La Limodje est apparue vers 1800 dans la région de Fosses, peut-être à Fosses même. Le succès de cette sortie burlesque, se déroulant les jours de ducasse, s’est vite traduit par la création de plusieurs Limodjes dans les villages voisins.

On a beaucoup discuté de l’origine du mot Limodje. On a pensé à une

manifestation folklorique et grotesque, importée de la ville française de Limoges. On a rapproché le nom de Limodje du nom wallon désignant l’image (synonyme de représentation). On a vu aussi dans ce personnage la reproduction spectaculaire d’un sorcier conduit au supplice. Mais rien de tout cela ne parait assuré.

La Limodje se rencontrait il y a vingt ans dans plusieurs localités

à l’ouest de Fosses (Aisemont, Le Roux, Vitrival, Presles, Nèvremont) et à Fosses même. Elle n’a pas subsisté partout.

1 Traditions par localités / Tradicions pa locâlités 

1.1 Inzès-Monts / Aisemont

Inzès-Monts : li limotche / Aisemont: la "limotche"

(date?)

Inzès-Monts : li limotche Célinèsse / Aisemont: la "limotche Célinèsse"

(VA, 31/07/2012)

Gustave Lambiotte, abbé, Roger Delchambre, in : Aisemont à travers les âges, 1972

La Limotche

 

Dans une région assez restreinte de la Basse-Sambre (Presles, Vitrival, Aisemont, Fosses, Le Roux) existe ou a existé un divertis­sement qui semble inconnu ailleurs.

(p.139) Ainsi commence l’étude sur « La limodje de la Basse-Sambre » faite par Jules Vandereuse, Membre de la Commission nationale de Folklore, dans les Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne de Liège. (Tome VI – 1953).

Comme le dit cet auteur, la « Limotche » n’est connue qu’à Fosses, (hameaux de Haut-Vent et Nèvremont), Presles, Vitrival, Le Roux et Aisemont. Selon son enquête, à laquelle j’avais collaboré à l’époque, de date immémoriale, la Limotche fait une sortie le lundi de la fête communale (depuis un certain nombre d’années, cette sortie a lieu le mardi). Un vieillard, né en 1863 avait toujours connu ce di­vertissement et quand il était enfant, ses parents lui en parlaient com­me d’une chose qui existait depuis toujours. Il y a eu pourtant inter­ruption, de 1914 à 1918 inclus et de 1939 à 1950 inclus. Jadis, la Limo­tche d’Aisemont était toute simple comme celle de Haut-Vent : un homme dissimulé par un drap, rendu « cornu » avec une fourche en bois. Mais, vers 1900, à la demande de la Jeunesse, Louis Libouton, se chargea de confectionner une bête ressemblant assez, par sa forme, à une vache (tout comme la refit voici quelques années. Désiré Sa-lingros, également à la demande de la Jeunesse). Le corps est fait de demi-cercles recouverts d’une serpillière qui tombe jusqu’à vingt ou trente centimètres du sol et peinte pour la faire ressembler à une vache. La tête est dotée de deux grandes mâchoires mobiles et sur­montée d’une paire de cornes impressionnantes. Deux hommes di-simulés à l’intérieur de la carcasse soutiennent l’animal avec des bre­telles. La Limotche conçue en 1900 par Louis Libouton fut utilisée jusqu’en 1938 ; elle était remisée chaque année dans la forge Borbouse. En 1939, elle fut prêtée à la Jeunesse de Nèvremont pour la fête du hameau. Après usage, celle-ci la déposa dans la cour de la ferme Doumont. Mais, comme son séjour se prolongeait et qu’on ne venait pas la rechercher, le fermier la démantibula et enterra les débris. De l’animal dont les gens d’Aisemont étaient si fiers, il ne restait donc rien. Notons que, pour justifier cette disparition, on a dit que la Limotche avait été enlevée par les Allemands au cours d’une perquisition ; ce qui n’est pas exact. La vérité, dit M. Vande­reuse, dans son livre, m’a été avouée à l’époque, à la ferme même, où j’étais allé pour voir la fameuse «vache»…

A partir de 1950 on retrouva donc pour la fête de septembre, la sortie de la Limotche, qui fut tour à tour celle de Nèvremont ou celle du Roux, avant que Désiré Salingros, ne confectionne avec bonheur, la « vache » actuelle.

Mais portée par deux hommes dissimulés sous elle, la Limotche ne sort pas seule. Il lui faut un conducteur qui est aussi le dompteur. Il tient la Limotche en laisse et de temps à autre lorsqu’elle fait preu­ve de trop de vivacité dans ses cabrioles, il lui assène quelques vi­goureux coups de bâton. Le groupe se complète avec « saint Bultot » ; (p.140) un comparse qui tient un valet de pique de grand format fiché sur un bâton, et qu’il convient de saluer pour avoir le droit de déposer une obole (pour les frais de boisson) dans un sabot servant de tronc. Un tambour ou un groupe de musiciens, parfois avec les Chefs de Jeunesse et les jeunes filles, accompagnent la Limotche qui fait le tour de la localité, entrant ici et là pour se désaltérer ou se restaurer. Sur le parcours, toute personne rencontrée, tout véhicule croisé, est sommé de s’arrêter devant la Limotche qui ne consent à débloquer la route qu’après versement d’une obole dans le sabot. Les récalci­trants sont punis d’un coup de corne, et la tradition veut que quicon­que est « suké » (cossé) par la Limotche en garde trace toute la vie…

1.2 Li Banbwès / Bambois

Li Banbwès / Bambois : "pin's" de la "limotche"

Li Banbwès / Bambois : li limotche en 1983

Lès Compagnons dè l’ limotche do Banbwès (tchanson / chanson)

 

I Lès compagnons dè l’ limotche,

li limotche do Banbwès

N’ ont quékefiye nin one mastoke* è* leû potche,

mins il ont todi swè !

 

Rèspleû : À bwâre, à bwâre,

à bwâre au cia qu’ a swè !

À bwâre, à bwâre,

auzès cias qu’ môrenut d’ swè !

II Mâria Dèyi, au Banbwès qué daladje !

Nosse limotche va crèver !

Abîye* dè l’ bîre ou dè l’ gote plin on batch !

Qu’ èle si seûche* rilèver !

 

III Nosse limotche a vêlé l’ samwin.ne passéye :

Èlle a ieû deûs p’tits vias,

Mins nos* lès faurè noûri à l’ trîléye* :

Is n’ bwèvenut pont d’ lacia !

 

  1. Dji n’ pinse nin qu’ i gn-a co dandjî d’ vos l’ dîre,

qui c’ è-st-one drole di bièsse :

Pus-ce qu’ èlle ètasse* è s’ panse di vêres di bîre,

mwins’ èst-ce qu’ èlle rote* di crèsse.

 

 

Roger Viroux

 

  • mastoke : anc. pièce de monnaie = sou
  • è (leû potche)= dins : dans
  • abîye: vite
  • seûche : puisse
  • trîléye: soupe faite de pain rompu dans de la bière, du café, du lait ou du vin
  • nos = i nos : il … nous (i : élision possible ; ici en raison du nombre de pieds)
  • ètassî: entasser
  • roter : marcher
  • di crèsse: de travers (crèsse : crête ; épine dorsale)

Une nouvelle limotche à Bambois, Le Messager, 27/03/1983

Bambois : un festival sous le signe de la ‘limotche’, VA 22/05/1996

 

Il y avait là Babette de Nèvremont, Marguerite de Le Roux, Blanchette d’Aisé­ment, Fifine de Vitrival, Artémise de Haut-Vent et Georgette de Bambois. Cette dernière, par complaisance à l’égard de ses consœurs voisi­nes, avait décidé de participer « hors concours ». À titre excep­tionnel aussi, ce concours basé sur le « vêlage » était présidé par un jury constitué de représentants des Jeunesses Agrico­les Paysannes.

Toutes les limotches avaient été accueillies en la salle parois­siale située sur la place communale par le président du Comité des fêtes. C’est juste à côté du Monument à la langue wallonne qu’eut lieu la présentation de Babette de Nèvremont, de Mar­guerite de Le Roux, de Blanchette d’Aisemont, de Fifine de Vitrival, d’Artémise de Haut-Vent et de Georgette de Bam-bois, cette dernière très fière d’accueillir ses voisines fos-soises. Certaines de celles-ci s’étaient fait une nouvelle tenue pour la circonstance. Et déjà les bravos éclatèrent lors de la pré­sentation, toutes ces dames ou damoiselles étant accompa­gnées d’une cohorte de suppor­ters bien en voix.

Un premier rafraîchissement au café du coin avec une fanfare vraiment très dynamique et, aussitôt après, c’est un premier circuit vers la Place du jeu de balle pour un défilé d’élégance. Toutefois, visiblement, la nervo­sité était de mise parmi les six candidates et Marguerite de Le Roux, fière de sa robe toute neuve et d’un maquillage ré­cent, se montrait sûre d’elle parmi ses consœurs plus timi­des.

Après la visite aux sportifs ballants, le groupe regagna le centre de la localité, alla saluer de loin le château d’eau et le lac ainsi que les campings de l’endroit. On vit même les pêcheurs du lac regagner les berges lors du passage du groupe pour en applaudir les participants. Au stand Ciney, l’accueil fit monter l’atmosphère de quelques de­grés et toute la population apprécia ce défilé pour le moins original. Ce n’est que tard dans la soirée que le palmarès fut proclamé par un jury constitué de membres des Jeunesses Agrico­les Paysannes qui assurèrent le classement en tenant compte du vêlement. À ce petit jeu, c’est Marguerite de Le Roux qui l’em­porta devant Fifine de Vitrival, Babette de Nèvremont, Blanchette d’Aisemont et Artemise de Haut-Vent.

Lès limotches au Banbwès / Les "limotches" à Bambois

(VA, 22/05/1996)

Limotche (Li Banbwès / Bambois) - 1996

Limotche (Li Banbwès / Bambois)

Limotche (Li Banbwès / Bambois) (2010)

Limotche (Li Banbwès / Bambois): Canabot (le "vététinaire")

Limotche (Li Banbwès / Bambois) - 2023

1.3 Li Hôt-Vint / Haut-Vent

Jean Romain, in : Fosses, son passé, son folklore, 1949

 

LA LIMOTCHE

 

La fête de Haut-Vent est agrémentée d’une curieuse coutume : la sortie de la Limotche. C’est un homme habillé d’une peau de bête, tenu en laisse par un comparse qui le roua de coups au cours de ses contorsions et de ses grimaces. Au siècle dernier, la limotche avait l’aspect d’un spectre, il était conduit par deux compagnons, l’un portant une patte de poule dans un sabot, l’autre un valet de pique ; les con­torsions du spectre cessaient à la vue du valet de pique. D’après Kairis, ce curieux groupe représentait un sorcier (la patte de poule était son insigne cabalistique) conduit au bûcher ; le valet de pique rempla­çait l’image du Christ dont la vue faisait calmer la fureur du sorcier. De là viendrait son nom : l’ imaudje (l’ image en wallon) > limotche. Mais la prononciation fossoise de ce mot wallon (l’image se dit l’ imaudje et non l’ imotche) ne prouve guère en faveur de cette explication. Une autre, plus proche de la tradition populaire, est la légende d’une bête sauvage tuée par un de nos ancêtres. Ceci explique pourquoi, le soir, après le tour du village a lieu la mort de la bête. La Limotche serait parente du Doudou.

Li Hôt-Vint / Haut-Vent : limotche (1978)

Li Hôt-Vint / Haut-Vent : limotche (2011)

1.4 Li Rou / Le Roux

Li Rou / Le Roux : limotche

(s.d., s.r.)

(à complèter / à compléter)

XXX

XXX

Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire). Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire). Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire). Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire).

Share This