Dicauces & ducaces en Bèljike walone, picarde, gaumèse / Kermesses en Belgique wallonne, picarde, gaumaise

PLAN

 

0 Présintâcion / Présentation

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

1.2 Li Picardîye / La Picardie

1.3 Li cente-walon / Le centre-wallon

1.4 L’ ès’-walon/ L’est-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

1.5 Li sûd-walon / Le sud-wallon

2 Tradicions gastronomikes / Traditions gastronomiques

3 Tradicions musicâles èt corègrafikes / Traditions musicales et chorégraphiques

4 Tradicions dès djeûs / Traditions ludiques

5 Scrîjadjes / Littérature

6 Ôte paut en Bèljike, … / Ailleurs en Belgique, …

7 Ôtès-afaîres / Divers

 

0 Présintâcion / Présentation

La ducasse en Wallonie, in : Jean Lefèvre, Traditions de Wallonie, éd. Marabout, 1977

 Toutes nos communautés, urbaines et rurales, sont rattachées à une paroisse qui est la plus petite unité religieuse territoriale. Chaque paroisse a son église qui, avant d’être mise en usage, doit être solennellement dédicacée par un évêque, au cours d’une cérémonie très complexe et plus que millénaire. Seule, cette dédicace rend l’église apte à sa fonction. Elle doit être commémorée chaque année, et pour tous les siècles par une fête qui est la Grande Fête de la Paroisse, la dédicace dont nous avons fait ducasse.

in : Jean Haust, E. Legros, Les “houyons”, EMVW, 1953-56, p.248-249

 L’ Octave (de la kermesse): fête se déroulant une semaine après la kermesse .

En langue wallonne : riboutadje, raclot, …

La ducasse, in : Lucien Léonard, Jean Guillaume, Lexique namurois, 1969

 

dicauce ou fièsse, ducasse | r(i)lachaude ou r(i)mîse ou r(i)boutadje, prolongation le dimanche suivant | fwêre, foire (dans les villes) | dîmègne do l’ dicauce. dimanche de la fête | londi …. lundi … | maurdi …, mardi … | p(i)tite dicauce, petite ducasse = dimanche de mai ou juin correspondant avec la Pentecôte, la Trinité ou le dimanche de la procession (suivant immédiatement la Fête-Dieu) (se pratique dans les communes importantes) | *bragârd ou *maîsse-djon.ne ome ou *chèf di djon.nèsse, capitaine de jeunesse || (déroulement) luwè lès barakes, payer les forains qui viendront s’in­staller (dans les villes, ce sont les forains qui achètent leur emplace­ment) | bouchî lès tchambes, faire sauter les chambres à poudre | *li dîmègne après grand-mèsse, rimète lès flotchîyes ou lès cocâdes, le dimanche après la grand-messe, distribuer des cocardes contre paie­ment (chaque homme présent doit l’accepter et la payer sous peine d’être considéré comme un malotru) | *li londi, fè tchantè l’ mèsse di djon.nèsse, le lundi, faire chanter la messe de requiem demandée par la jeunesse | *après mèsse, rimète dès novèlès cocâdes d’ one ôte coleûr, après la messe, vendre des cocardes d’une couleur différente | *fè l’ toûrnéye do viladje, faire la tournée du village = se rendre, jeunes gens, jeunes filles et musiciens tous ensemble, dans chaque maison pour y être reçus au vin et à la tarte, et danser | *li maurdi, fè l’ dicauce dès vis, le mardi, organiser la ducasse des vieux | *ètèrè l’ dicauce à méye-nêt, enterrer la fête à minuit || (attractions) tourni­quet, carrousel | ~ à tch’vaus, ~ à chevaux | *~ salon, ~ salon | *~ à tchin.nes (néol.), ~ à chaînes | balonçwêres, balançoires /~ à naçales, ~ à nacelles | *tir aus pupes, tir aux pipes | *~ au canon, ~ au canon | *~ mécanike, ~ mécanique | tapeûse di cautes, carto­mancienne | *tirlipipi, pêche dans la sciure de bois | *botike aus caramèls, échoppe aux caramels | *~ aus boubounes, ~ aux bon­bons | *tchouk-tchouk nougat, ~ aux nougats barake di lûteûs, baraque de lutteurs | ~ aus poupes, avou dès casses di pèces, ~ aux poupées, avec des balles de loques (utilisées pour abattre les pou­pées) | ~ di fieûs d’ toûs, ~ de faiseurs de tours | ~ di marionètes, ~ de marionnettes | muséye, musée de curiosités physiologiques | guinguète, guinguette || (courses) *coûsse à pîd, course à pied | *~ aus satchs, ~ aux sacs | *~ aus-anias, ~ aux anneaux | *~  aus bèrwètes, ~ aux brouettes (à mwin.nè au pus rwèd one bèrwète avou one saquî d’dins, à conduire au plus vite une brouette contenant une personne) | *~ aus tonias, ~ aux tonneaux (à fè rôlè on tonia au pus rwèd, à faire rouler un tonneau au plus vite) | *~ aus sabots sins bride, ~ aux sabots sans bride (à couru au pus rade sins lachî sès sabots d’ sès pîds, à courir au plus vite sans lâcher ses sabots) *~ aus halètes, ~ aux battoirs | *~ aus tchandèles, ~ aux chandelles (en-z-aurdant s’ tchandèle aluméye, en gardant sa chan­delle allumée) | *~ aus canadas, ~ aux pommes de terre (mète doze canadas divant n-on l’ ôte, à deûs mètes chake ; lès couru r’qwê à toû èt lès rapwartè au pas, placer douze pommes de terre l’une devant l’autre, à deux mètres de distance ; aller les rechercher l’une après l’autre et les rapporter à la ligne de départ) | *~ à vélo, ~ à vélo | ~ aus tch’vaus, ~ de chevaux || (jeux) djeu d’ guîyes, jeu de quilles | ~ d’ bale, ~ de balle / ~ do wastia, jeu consistant à abattre, les yeux bandés, un coq ou un oiseau | **~ dè l’ séle (Forville),… une oie à l’aide d’une barre de fer | *~ do l’ tine, ~ de la cuvelle (waîti do r’prinde avou sès dints dès mastokes au fond d’ one tine plin.ne d’ êwe, tâcher de reprendre avec la bouche des pièces de monnaie au fond d’une cuvelle d’eau) | *~ do l’ sirôpe, ~ du sirop = … des pièces de monnaie placées dans du sirop de betteraves | *~ do filé, ~ du fil (si mète li deûs, chake à on d’bout do bokèt d’ filé di deûs trwès mètes di long, èt-z-è mougni l’ pus rade possibe po-z-arivè l’ prumî au mitan, se placer à deux, chacun à un bout du fil à coudre long de deux à trois mètres, et en avaler au plus vite pour arriver le premier au milieu du fil) | *~ do tchôd café, ~ du café chaud (à bwâre li pus possibe di jates di café au pus tchôd, à boire le plus pos­sible de tasses de café au plus chaud) | *~ do djambon, ~ du jambon = mât de cocagne (à gripè l’ prumî au d’zeû d’one pièce qu’ on-z-a mètu do savon d’ssus, à grimper le premier au-dessus d’une perche enduite de savon) *~ do l’ pièce au savon, ~ de la perche au savon = id. | *~ dès-ous à l’pièce, ~ des œufs à la perche (à spotchî, avou on mouchwè pa-d’vant sès-ouys, dès-ous avou one pièce, à écraser, les yeux bandés, des œufs avec une perche) || (danses) danse do l’ gâte, danse de la chèvre | *~ do l’ kèwe do ramon, ~ du manche à balai | *~ do l’ sitritchète, ~ de la seringue | *~ dès sèt’ sauts, ~ des sept bonds | ~ à l’anglèse, ~ à l’anglaise | rigodon, galop | quadrile ou lancier ou câré (M), quadrille.

 

= fè 1’ dicauce, faire la ducasse = participer à toutes les festivités | *musucyin d’ dicauce, musicien de ducasse = ~ de piètre valeur | dîmègne dès payisans (Namur), dimanche des paysans (troisième dimanche de juillet, considéré comme jour de visite des villageois à la foire).

 

= “On n’ danse nin co !, on ne danse pas encore ! = il n’y a pas d’animation ! | *On va reculer lès chames, on va reculer les sièges = on va danser || *Li djoû di d’vant l’ dicauce, li sèmedi do l’ dicauce, on pwarteut dès tautes aus seûrs èt aus djins qu’ èstint d’ doû ; on lès mèteut su one assiète ravolpéye dins on prôpe drap d’ bagadje qu’ on lî loyeut sès cwanes, deûs d’ on sins èt deûs d’ l’ ôte en lès crwèselant po l’ p’lu pwartè, la veille de la kermesse, on envoyait les enfants porter des tartes aux religieuses et aux familles endeuillées ; ces tartes étaient placées sur une assiette enveloppée d’un drap de vaisselle dont les coins en se croisant étaient liés deux par deux en vue du transport.

 

Dicauce / Kermesse

(Albert Marinus, in: Le Folklore Belge, s.d.)

Kermis in onze taal en in de traditie (Frans Claes s.j.)

(in: Nederlands van Nu, 5, 1983, p.143-145)

 

1 Tradicions pa réjions / Traditions par régions

1.1 L’ ouwès’-walon / L’ouest-wallon

ll

Abbé Léon Jous, Un dicton d’Henripont, in : MA, 5, 1976, p.87

 

A la ducace de septembre, les Henripontois avaient coutume de dire :

A ‘l ducace dè Vèzenau (Virginal)

L’ iviér è-st-au trau,

A l’ ducace d’ Inripont,

L’ iviér èst bî parfond.

 

Camille d’Henripont, La ducace à vias, in : EM, 4, 1976, p.73-74

 

C’est à Mignault que se donne, invariablement 15 jours après Pâques, cette fête printanière. On s’est parfois demandé d’où pouvait provenir cette appellation ducace à vias dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Si obscur et si bizarre que soit ce nom de baptême, il doit certainement avoir sa raison d’être. Il y aurait même inconvenance à trop railler ce vocable naïf inventé par nos ancêtres car ceux-ci étaient gens pleins de trop de bon sens et de jugement que pour leur faire le reproche d’avoir employé ici un nom à la légère. Ils mettaient tant de prudence et de gravité en toute chose, que la science est souvent venue corroborer la sagesse de leurs observations. En outre, ils savaient donner à celles-ci une parure si naïve et un charme si pittoresque qu’un nombre incalculable de leurs locutions et aphorismes ont survécu et se sont perpétués d’âge en âge.

N’étant pas en possession d’aucun document écrit, nous allons essayer d’établir l’état-civil de cette fête en nous basant sur des hypothèses. Les uns prétendent qu’elle tire son nom de cette particularité qu’on mange beaucoup de viande de veau, via, le jour de la dite fête. Nous sommes à l’époque des mises-bas chez le bétail et le veau figure abondamment sur la table de nos paysans.

Le carême aussi vient de finir, on est resté longtemps dans l’absti­nence : alors, nos ancêtres, voulant se dédommager du jeûne imposé par la religion, entonnent joyeusement ces deux vers exhumés d’un vieux manuscrit et qui ne sont qu’une parodie des chants liturgiques :

Alléluia, alléluia !

à Pâke, on mindje dou via.

II y aurait donc ici un certain fond de vérité populaire.

D’autres veulent que cette fête se célébrant à la saison des giboulées dites vias d’mars, on l’aurait, par ironie, affublée de ce nom parce qu’elle est fréquemment arrosée de copieuses précipitations d’eau, de neige et de grésil. Cette explication assez plausible ne manque pas non plus d’un certain fondement.

Enfin, un vieillard de Mignault nous a donné une troisième justifica­tion quelque peu entortillée, voire même tirée par les cheveux. Il nous fait observer qu’à cstte saison, une plante très curieuse était en pleine croissance le long des haies et sur les talus argileux. Cette plante, c’est l’arum maculatum en français : gouet ou pieds de veau. Oh ! elle porte encore un nom wallon très cru dont je vous ferai grâce par crainte d’offenser votre pudeur. On aurait voulu, nous a dit cet observateur, donner la réplique à la ducace à godèts du bois de Notre-Dame à Houdeng, en appelant celle de Mignault ducace à pîds d’via et par abréviation ducace à vias. Il est un fait, c’est que le pîd-d’via est souvent évoqué par nos populations wallonnes. Avec le godet, il figure dans le calendrier botanique populaire. On dit couramment dans le Centre : à l’ séson des godets quand les b.. de c… pousseront !

Quoiqu’il en soit, la ducace à vias est très courue comme fête de pre­mier printemps. La placette de Mignault regorge chaque année de forains qui, – obligés de vider les lieux au Trieu-à-Vallée (Houdeng-Aimeries), s’en viennent ici chercher un refuge en attendant que s’ouvre la saison des fêtes.

 

Cet article est extrait de l’hebdomadaire écaussinois La Sonnette du 16 avril 1933. Il complète très bien l’article du Bècbos, sur le même sujet, paru dans notre revue de janvier 1971, p. 11. Pour la rigueur scientifique, ajoutons que le gouet, appelé puritainement b… de c… par C. d’Henripont est la bite-dè-co. En ce qui concerne l’ancienneté de la ducace à vias, M. l’abbé J. Labenne, curé de Mignault, nous informe que cette fête remonterait à l’Ancien Régime. Une donnée livresque en parle déjà au Siècle dernier : cf. J. Monnoyer, Histoire populaire des environs du Rœulx, Mons, 1886, p. 8. Pour terminer, signalons que la ducace à vias a toujours lieu chaque année.

 

Co deûs mots su lès ducaces walones, in : MA, 9, 1978, p.177-178

 

Nos-avons ddjà raplè comint ç’què d’aukeùnès ducaces ont skèpi, ont grandi, ont… mori ! Pou rèsponde à in-amîye, profèsseûr-èspèpieûse, disons que ducace mot walon, n’est nî” n’faute : des djins malins ont rcachî de d’yu ç’què ç’mot-là est vnu. Is n’ont fok trouvé que dédicaces.

I faut rcounwate que les viêyès ducaces sont vnûyes des sortîyes des processions rlidjeûses qui ont amin-nè les djins à s’abiyî avû n’bèle twine, à canter, à fé in bon rpas in famîye ou bî” avû des-amiss.

Devins no cwin, c’a stè l’cas dèl fameuse Ducace du Bos ; si bîn n’sur-vivance d’in mirake de 1658 qu’a stè cause d’in pèlèrinâdje que l’anciène Ducace du Bos astoût n’ducace tout-in longueur : tout l’long du kmin qui daloût pau kmin mitwayin, intrè Oudè èyè Gougnére, et rkére su.Oudè quand on-avoût traversé l’riviére, on-ît arivè al célêbe capèle. Et doûlà, on daloût co, pusqu’on fzoût l’toûr dèl capèle avant de rvèni, nî” su l’place avû in cabaret, mais rvèni à yeùne ou l’aute méso d’ène cousine ou bî” d’in coumarâde pou daler prinde ène jate de nu café et rpoûser ses gambes. Bî” seûr, on vos dzoût : « Mau vos gambes ? Pusquè vos-avèz stè planter vo… godet au bos ! ». D’aucuns astine-tè in pau jènès, mais in vûdant, les jènès criyine-tè à les promneûs : « Vos dalèz planter vo godet ? » C’èsst-avû des fleurs, jaunes godets et bleûs-aubos, yeùne des résons que I’« tradition religieuse » s’a rtirè pou fé n’ducace « laïque ». Tout mètnant, des djins avû n’tièsse plène de bonès-idéyes èy in cœur plangn dé bons sintimints, des djins plangns dé corâdje, ont rfét n’Ducace du Bos qui fra du bî” à des cî”s qui n’sète-tè nîn vni au bos.

In-aute ducace skèpîye d’ène sortîye rèlijieûse, c’est l’ducace dite tout simplèmint Ducace de Gougnére, dalieûrs bî” dite l-ainsi pusqu’èle se fét su l’place ayu ç’què les Sègneûrs de Gougnére ont dmorè dins l’vî, vî tamps. El ducace s’a monté à l’ocâsion qu’on vûdoût Saint-Gèry dé sn-églîse et qu’on l’portoût alintoûr dèl place.

Bî” difèrante, c’est l’Ducace du Trî, co à Gougnére, mais qui s’a monté dins des payisans et des-ouvrîs quand on leû z-a bayî les liârds du wayin vindu. El l’Trî a toudi tnu se riouméye de ducace des ptitès djins mais qu’ont fé vni n’masse de djins.

Mais n’situwâcion spéciale a fét skèpi à Gougnére in-aute ducace. Pou cominchî, i faut rapler que l’Chausséye, èl Grand Pavé corne les djins ont dit (i d-a qui l’dîse-tè co !) a stè batijî « La Longue Ville » dins l’partîye à pau près intrè l’Méson du Peûpe (qu’a disparu) et l’actuwèl grand magasin qu’a rimplacè l’bia chatau ayu ç’qu’él mayeûr Defer a dmorè ; ça, on l’comprind. El Grand Pavé, bî” larke, bî” droût, bî” nivlô in 1775, s’a garni de bêles mésons, modernes pou leû tamps, avû in-ètâje et dmi, èy on-a ouvri des, comèrces. Bref, in comparéson avû les mésos des-autès ptitès rûyes, du Coron Dèlate, dèl Couturèle et du Trî, on comprind — ça n’vût nî” dîre qu’on II’admet ! — que les djins fiers de leû bêle méson, s’sintine-tè n’bèkéye djalous dèl grande èrlouméye du Trî, de s’ducace fameuse, infin dèl « notoriété » d’ène sorte d’amia nî” si bia qu’leû Longue Vile, ll-avoût co l’èrlouméye dèl sacréye tarte au riz que les djins du Trî fzine-tè si bonne (rportons-nous au tamps de nos tayons quand de l’tarte, ç’astoût n’sakè d’râle qu’on mindjoût deûs twâs coups par an). Mais djustèmint, au Trî, les djins d-in fzine-tè des fournéyes, cwites au bos, avû n’pètite miyète de canéle dins l’riz. Erportons-nous au tamps dèl fierté des bourjwas dèl Longue Vile, djalous du vî Trî èyè de s’ducace. Adon, is-ont décidé d’avoû leû ducace à yeûss. Su l’Iargueûr du Grand Pavé, il-avoût dé l’place pou les baraques. Et dins l’avant-coûr dèl brasserîye Djan-Nowé, il-avoût moyî de mète in tour de gvaus d’bos. Eyè l’ducace s’a fét. Pouquè

 

Daniel Nwâre Crousse (Bois-du-Luc), Deûs bias souvenis d’ ducace, in : MA, 5, 1978, p.88-89

 

Tout-au long de m’dion.ne tamps, d’ai si souvint intindu m’mouman rèsponde à les djins qui li dmandine-tè d’mes nouvèles ou bî” qui li dmandine-tè mn-âdje : « ll-est vnu au monde al ducace du Bosquet (Bosquet, pou les djins d’Oudé, c’est « Bois-du-Luc », in monde que les cî”s qui n’I’ont nî” couneû d’près ou d’in ddins n’sârine-tè nî” comprinde : in monde pou n’masse d’afêres) Bon ! nos souvnis ! El preùmî” à scurer, à fé lûre :

 

El Barake Saint-Antwane

 

Dire que du vwas co l’Ermitâdje, les bêles couméres que les diâles fèsine-tè danser padvant l’cabone du sangn ; èyè l’poûve orne qui couroût sot pou rtrouver l’pourcha qu’is li z-avine-tè volé. Et dins mes-orêyes, d’intinds co les diâles répéter, méchants : « Démolissons ! Démolissons son ermitage ! » Adon, les plankes dèl cabone kèyine-t’in-abème, èl sangn es dèlamintoût, les diâles s’incourine-t’avû l’pourcha in riyant n’masse. D’intinds co l’poûve sangn canter in brèyant : « Rendez-moi mon cochon, s’il vous plait, voulez-vous me le rendre ? » D’intinds co ces priyéres-là su l’ér que l’sangn les cantoût, mi qui n’a pont ou presque pont d’mémwâre musicale. Du cwas que ça a stè m’preùmiére rinconte avû l’tèyate, mais n’rinconte que vos dirîz que ç’astoût corne ayér.

Eyè, quand pus tard, d’ai yeû l’ocâsion d’parler de Saint-Antwane le Grand, « l’anachorète de la Thébaïde en Haute Egypte » qu’a vikî mile ans avant l’pètit Saint-Antwane de Padoue, d’ai toudi rvu m’Baraque Saint-Antwane du Bosquet.

Eyè mètnant, si vos volez daler vîr nî” Ion de d’ci ène capèle foûrt, foûrt viêye avû l’grand Sangn, alèz vous-in ou Bos d’Avrè, swîvèz l’Longue Roye, avû Saint-Antwane de Padoue qui vos fra trouver, vos trouvèrrèz Saint-Antwane des Fourchas (Saint Antoine en Barbefosse) ayu ç’què les crocheûs d’Mons vnine-tè — potète qu’is viène-tè co ? — avant d’raler al méson d’Ieû présidint ayu ç’què l’régue de toudi. c’est qu’on dwat mindjî du lapin à prônes avû in crocheû qui fét : miaou, miaou ! (1).,

 

L’aute souvnî

 

I n’est pus question d’sangn mais d’in champète, èl champète du kèrbènâdje : Ratatchime. Quand vos dites èç nom-là dvant les-ancyins du Bosquet ou bî” des faubourgs, quî plési qu’on vwat lûre dins leûs-îs. Ratatchime es loumoût al comune Djosèf Wittenberg ! Wittenberg, flamind pou « mont bianc » èyè l’ouvrâdje qu’i fzoût, c’ît d’survèyî les… « monts noirs » : les tèris. Pace que dé ç’tamps-là, daler au tèri, ç’astoût dins les-abitûdes des poûvès djins. On daloût maugrè qu’ç’astoût dèsfindu, minme puni si l’champète vos pèrdoût : « défindu de pénétrer dans l’enceinte des mines » (loi ancienne toujours valable) èy in pus, pou avoû dé l’chance de trouver deûs twâs grach’tins ou bî” du bos, deûs twâs dbouts d’Iamborde (les-ouvrîs du fond rwine-tè tèkfwas, in fraude, les bos d’ène bêle, ou bî” chîs sept cugnèts d’bos dins n-in car pou l’tèri). In pus qu’il-astoût dèsfindu de s’trouver dins l’« encein­te des mines », ç’astoût danjèreûs quand on clikoût in car qu’il-avoût des gros murias ddins, qui roûline-tè dusqu’in bas.

Mais du m’piérds : du voloûs parler d’Ratatchime al ducace. Ç’astoût li qui marquoût les places des baraques, et au Bosquet, les baraquîs n’avine-tè rî” à payî pou leû place. Mais i d-a des cî”s que pou rmèrcyî Ratatchime dé leû z-avoût donè ène bone place, is leû donine-tè n’dringuêye.

Mais via qu’in-anéye, èl musique du Bosquet astoût daléye à Paris djwer concert, bî” seûr avû Ratatchime corne champète ! Au moumint dé rvèni pou l’ducace, Djosèf két malade (ou bî” cochî ). Des baraquîs vont au Grand Bûrau pou, corne is dzine-tè, payî leû place, pace que, al longue, pour yeûss, èl dringuêye qu’is donine-tè, ç’astoût in dwat d’place ! Au bûrau, surprise ! ! ! Is n’dwate-tè rî” ! Tant mieùs, mais quand Ratatchime est rvènu, quî djeù ! Les directeurs M z-in d-ont fét yun d’ratatchime…

Ratatchime astoût donc d’orijine flaminke, èy il-avoût l’gout èyè l’syince de djouwer au chef. Du l’vwas co stampè su l’plate-forme dèl dernière vwatùre du Tram des Fiaminds qui daloût ké les-ouvrîs de Grammont, Viane Moerbeke, etc., à l’èstâcion d’Gougnére. Bî” droût corne su in trône, es baston dins l’gauche mangn, es mangn dwate su l’manike du frein. Eyè si, dins n’vwatùre, il-avoût n’dispute, Djosèf astoût là !

Il-avoût à l’opital du Bosquet ène masceûr de s’proche parintéye, Maria Wittenberg, orijinére d’Overboelaere, qui avoût l’minme caractère de chèchèf que Ratatchime mais sœur Walburge (èle avoût chwasi ç’nom-là !) avoût pou ses cochîs d’I’opital in cœur d’oûr. Mais i leû faloût kèryî droût ! Dins ses dèrniérès-anéyes, èle me disoût toudi qu’èle avoût, à parti d’quatrè-vingts-ans, advèrtit l’bon Dieu : « Mon Dieu du sus presse, mais i n’a rî” qui presse ». C’est yèle qui m’a dit qu’on avoût apèlè no champète Ratatchime dèspûs s’djon.ne tamps : quand les-autes djon.nes-omes cantine-tè, li, Djosèf, n’avoût fonk à fé, in tapant su l’tâbe : Ratatchime, ratatchime, ratatchime ! Donc, ce spot-là est pus vî que l’ratatchime qu’on d-in pale dins l’bia dicsionére de nos camarades de Comines-Warneton.

Champète à gvaus su l’réglèmint, on d-in voloût à Ratatchime qui fzoût daler les poûvès djins au tribunal pou avoû stè pris au tèri (on-atrapoût in-aminde de rî” du tout, mais…), ll-astoût co mau vu pace qu’il avoût co à daler vèrifiyî si in pinsionè « qu’avoût du kèrbon » (ène rawète al pinsion) ne d-in fzoût nî” profiter in-aute min.nâdje ayu ç’qu’i dmoroût (in bia garçon, ène bêle-sœur). Adon on mtoût grand-pé au fourni avû s’feû à li, prouvé pa in-èstûve aluméye, èyè surtout, su l’bûse, in marabout d’cafè : es feu à li, s’cafè à li, ç’astoût n’preûve que Ratatchime dèvoût marquî su s’rapôrt. Mais l’fét qu’i vnoût vîr, on l’counichoût.

Tout ça, c’ît ayér, dins  n-in  monde  sans facilités  mais  on  s’vèyoût voltî ! !

 

 

Quand un des dîneurs faisait miaou à table, la maîtresse de maison apportait une tête de lapin (les os dégarnis). Mais certains ont prétendu que la même tête a quelque fois servi deux trois ans. Alors ?

 

Danièle Trempont, En septembre, à Landelies …, in: El Bourdon, 518, 1999, p.31-32

 

Landelies, sur la Sambre hennuyère possédait 3 ducasses: la Ducace as guèrzèles, le second dimanche de juin, la Ducace as cèrîjes, le dimanche après le 16 juillet, et la Ducace as canadas, dite aussi Ducace Djan, en octobre.

 

Cette fête semble avoir été au 19e siècle l’occasion de ‘punir’ le propriétaire paresseux, coupable de n’avoir pas arraché ses pommes de terre à la date de la fête.  la punition consistait à piétiner son champ en dansant autour d’un mannequin de paile (Djan), en chapeau melon et complet veston, amené au petit matin.

Cette ‘punition’ s’est organisée à Landelies de deux façons.  dans le village lui-même, le dimanche de la fête, Djan était promené dans les rues du village, d’estaminet en estaminet, au son d’entraînants pas redoublés, au son de la chanson:

 

Vîve Djan Djan, vîve Djan Djan

C’èst l’pus vî ome du vilâdje,

Vîve Djan Djan, vîve Djan Djan

C’ èst l’pus vî d’nos-habitants!

 

Quand Djan djan èn’ vikera pus,

l’ tchèmin d’ fèr èn’ dira pus.

 

Vîve Djan Djan, vîve Djan Djan

C’ èst l’pus vî d’ nos-habitants!  (p.31)

 

Le soir, le mannequin éait ramené sur la grand-place où il était brûlé pendant que la foule l’entourait en chantant la même complaine.

 

A Morgnies (hameau de Landelies), en revanche, c’est le ‘puni’ qui, revêtu des habits du mannequin et ‘aidé’ par de solides gaillards, parcourait toutes les reus de la localité au son de la même chanson.  Ce ‘roi’ de la fête devait faire honneur à sa réputation en se vidant sans défaillance tous les verres qu’on lui présentait.  Le soir, ses vêtements étaient brûlés sur la place communale.

 

Ducasses du passé, in : s.r.

 

Les foires avaient autrefois beaucoup plus d’importance qu’aujourd’hui. Celle d’octobre, par exemple, qui dure trois semaines à partir du premier dimanche qui suit la Saint-Michel, s’étendait parfois jusque dans le Cloître (lès-incwètes) et sur la grand-place (èl Martchi).

Nous ne voyons plus les armées de campagnards qui envahissaient la ville, dépouillaient les boutiques de pain d’épice, de saucissons, vidaient les caves des cabarets (dixit G. Willame déjà en 1888).

On s’extasiait devant la parade du cirque, de la baraque des lutteurs, du théâtre St-Antoine (marionnettes), des puces savantes, comme devant l’appareil d’un monsieur imposant qui débitait des horoscopes, appareil dans lequel montait et descendait un petit bonhomme : “Rotomago, descendez ! Faites bien face à la personne qui vous interroge et surtout ne vous trompez pas. Il ne se trompera pas /”. Bien sûr qu’il ne se trompait pas ! Les billets sortant de l’appareil et écrits avec de l’encre sympathique pouvaient satisfaire toutes les aspirations !

 

De même, on admirait le talent d’un musicien accompagnant au piston l’orgue du carrousel Kempen à chevaux galopants et “Le carnaval de Venise” retenait surtout la foule des curieux.

On visitait la plupart des baraques et on ne quittait pas le champ de foire sans passer chez le marchand de nougat : “Achetez du bon nougat ! Jamais malade, jamais mourir, bon caractère !” ou chez Mayane sans emporter un pain d’épice.

La vieille Marianne, debout dans sa boutique foraine, vendait des pastilles piquantes, des caramels aux fruits, des saucissons de Boulogne, etc… Avenante et fraîche malgré le poids des ans, elle interpellait les passants “papa” – “maman” et vantait les qualités du “bon pain d’épice de Gand”. Née Marianne Lemeur à Audenaerde, le 10 mai 1809, veuve en lres noces de Philippe-Louis Verbouwe, en 2des noces de Jean-François Van Humbeeck, elle est décédée à Schaerbeek, le 30 mai 1882. Pendant plus de soixante ans, elle n’a cessé de revenir chaque année passer à Nivelles les semaines de foire. Sa fille Julie lui succéda à la place habituelle – coin de la place Albert 1″ approximativement à hauteur du commissariat de police – tandis que ses filles tenaient les boutiques d’en face. Mais on continua d’aller chez Mayane…

L’évolution de la vie moderne entraîne des profondes transformations de nos us et coutumes. Elle suscite des distractions nouvelles et les foires n’intéressent donc plus guère que les enfants avides de faire des courses sur les carrousels ou la jeunesse prenant d’assaut les “auto-scotèrs”.

Les “fièsses de rûwes” et les ducasses de quartier ont aussi perdu de la vogue, alors qu’autrefois, on y voyait drapeaux, guirlandes, illuminations, feux d’artifice, ballon, cortèges, “dans’réyes” et même des “pourtâls” (arcs de triomphe faits de branchages), sans oublier les jeux populaires (jeu de balle, jeu de brouette, jeu de quilles, “cèke de bo”, course au sac, perche au savon, etc…).

Si nous consultons de vieux almanachs, nous relevons notamment :

– Lundi de Pâques : autrefois ducasse de l’Bonne (Monstreux);

– Ascension : ducasse de Baudémont;

–  Pentecôte : ducasse de Bo-Sègneûr-Isa ou Bolozac, c.à.d. Bois-Seigneur-Isaac);

–          Trinité (juin) : petite ducasse de Baulé (Baulers);

 

De même, on admirait le talent d’un musicien accompagnant au piston l’orgue du carrousel Kempen à chevaux galopants et “Le carnaval de Venise” retenait surtout la foule des curieux.

On visitait la plupart des baraques et on ne quittait pas le champ de foire sans passer chez le marchand de nougat : “Achetez du bon nougat ! Jamais malade, jamais mourir, bon caractère !” ou chez Mayane sans emporter un pain d’épice.

La vieille Marianne, debout dans sa boutique foraine, vendait des pastilles piquantes, des caramels aux fruits, des saucissons de Boulogne, etc… Avenante et fraîche malgré le poids des ans, elle interpellait les passants “papa” – “maman” et vantait les qualités du “bon pain d’épice de Gand”. Née Marianne Lemeur à Audenaerde, le 10 mai 1809, veuve en lres noces de Philippe-Louis Verbouwe, en 2des noces de Jean-François Van Humbeeck, elle est décédée à Schaerbeek, le 30 mai 1882. Pendant plus de soixante ans, elle n’a cessé de revenir chaque année passer à Nivelles les semaines de foire. Sa fille Julie lui succéda à la place habituelle – coin de la place Albert 1″ approximativement à hauteur du commissariat de police – tandis que ses filles tenaient les boutiques d’en face. Mais on continua d’aller chez Mayane…

L’évolution de la vie moderne entraîne des profondes transformations de nos us et coutumes. Elle suscite des distractions nouvelles et les foires n’intéressent donc plus guère que les enfants avides de faire des courses sur les carrousels ou la jeunesse prenant d’assaut les “auto-scotèrs”.

Les “fièsses de rûwes” et les ducasses de quartier ont aussi perdu de la vogue, alors qu’autrefois, on y voyait drapeaux, guirlandes, illuminations, feux d’artifice, ballon, cortèges, “dans’réyes” et même des “pourtâls” (arcs de triomphe faits de branchages), sans oublier les jeux populaires (jeu de balle, jeu de brouette, jeu de quilles, “cèke de bo”, course au sac, perche au savon, etc…).

Si nous consultons de vieux almanachs, nous relevons notamment :

– Lundi de Pâques : autrefois ducasse de l’Bonne (Monstreux);

– Ascension : ducasse de Baudémont;

–  Pentecôte : ducasse de Bo-Sègneûr-Isa ou Bolozac, c.à.d. Bois-Seigneur-Isaac);

– Trinité (juin) : petite ducasse de Baulé (Baulers);

 

–  2mc dimanche de juin : ducasse de la gare du Nord – dans’réye à l’Trape, chaussée de Bruxelles;

– St-Jean (juin) : fièsse du Martchi (Grand-Place); Fièsse du Sint Djan à Lèlou (Lillois);

–  Dimanche suivant St-Pierre : fièsse du Sint Pière rûwe et fauboûr de Chalèrwè, yè Fossé dès parvenus (boulevard Charles Vanpée); dans’réye à l’Trape, chaussée de Namur; dans’réye à Valenne au Bo d’Arpe;

– 2mc dimanche de juillet : autrefois dans’réye à Stwèji (Stoisy);

–  3me dimanche de juillet, Sainte Marguerite : ducasse de Thines et du Plans’nwè (Plancenoit);

– Dernier dimanche de juillet : fièsse du grand et du p’tit Sint Djauke (rues de Mons, Seutin, Bayard, Ste-Gertrude, des Brasseurs, du Coq, boulevard de la Batterie);

– Transfiguration (août) : ducasse de Fèlû (Feluy); les Aclots s’y rendaient le lundi après 4 heures en chemin de fer;

– Assomption : fièsse de l’rûwe de Brussèle;

– Dimanche suivant : fièsse de l’rûwe Sinte Ane;

–  Dernier dimanche d’août : grande ducasse d’Arquennes; les Aclots s’y rendaient le lundi après quatre heures à pied; ducasse de Bousvau (Bousval); Fièsse du Sint Bartolomé (Saint Barthélémy), rue et faubourg de Soignies;

– 1er dimanche de septembre : fièsse du Sint Djan, rue et faubourg de Namur, place de l’Esplanade et rue Roblet; ducasse de Bournivau (Bornival);

–  2™ dimanche de septembre : grande ducasse de Baulé; ducasse du P’tit Moulin à Fèlû;

–  Dernier dimanche de septembre : ducasse de Moustieu (Monstreux) et du P’tit-Ryeu (Petit-Roeulx);

– 3me dimanche de fièsse à Nivelé; ducasse de Lélou;

– Dimanche de novembre suivant la St-Martin : ducasse d’Houtain; dans’réye à Bournivau, Baulé et Moustieu.

Le dimanche suivant, c’était d’ordinaire “l’èmîje” de la ducasse. On disait aussi “èl raclot”, l’octave, le dernier jour, la remise.

 

On pourrait rêver en pensant à ce qu’a dû être la “fièsse du Martchi” des 25 et 26 juin 1826 (cortège, illumination, quatre feux d’artifice, bal au Waux-Hall, darts’réye populaire) qui a inspiré deux chansons.

Vers 1860, la fête du faubourg de Mons (on disait alors : Mon) connut aussi un beau succès puisqu’une chanson fut même vendue sur le parcours d’un cortège carnavalesque.

La ducasse de Saint-Pierre du 6 juillet 1890 a revêtu un éclat tout particulier si l’on en juge par le brillant cortège précédé des “Kapruss” qui alla recevoir à la gare de l’Est, l’Empereur d’Allemagne ! et fit le tour de la ville. Une chanson écrite alors par Joseph Rimé, auteur du prologue de la Rosé de Sainte-Ernelle, témoigne de l’ardeur dont firent preuve les habitants du quartier.

Plus près de nous, un poème de Georges Edouard, dans une langue pure et vivante, nous dépeint avec un rare bonheur, un tableau de nos fièsses de rûwes.

Heureux temps où l’on se contentait de peu !

Sommes-nous plus heureux maintenant qu’on en vient à devoir “organiser nos loisirs” ?

 

Eugène Dept, Ducaces dè m’ djon.nèsse, in: EMA, 10, 2012, p.26-28

 

A l’intréye dèl place de l’églîje, èl tchèvô d’ bos Balasse tènoût toute èl lardjeûr. I r’iûjoût corne in solèy avû ses cintènes de lumières électriques qui dèspardin’tè mile coups leû clarté pa tous lès p’tits murwârs incrustés dins 1′ plafond, dins lès montants dèl viole èyèt minme dins lès twâs rindjéyes de blancs tch’vôs tout-arnachîs dé vives couleurs. Lès tch’vôs montin’t-èyèt dèskindin’t-avû leûs bâres de cwîve bîn seuréyes. In tournant, ça avoût l’ér’ dé l’s-ès fé galoper. Èl viole, lèye, n’arètoût nîn d’ lancî a toute voléye lès-ér’ de danse èyèt lès tchansons a la mode. Al coupète dès tch’vôs, lès-èfants avin’tè dès visâdjes eûreûs. On povoût dire que yeûs’ : is-astin’tè vrémint « al ducace ». Instalès yun a costè d’ l’ôte su tout 1′ longueur dèl place, lès mèstîs dès baraquîs, avû leûs roûlotes pa d’rî, muchin’tè 1′ méso du curé. Ô tîr a pipes, tous lès s’gondes, on-intindoût lès pions dès carabines qui pètin’tè su lès tôles après avoû skètè lès tièsses dé pipe. In tireû pus adroût cachoût d’ trawér èl petite boule qui dansoût al coupète de s’jet d’yô pindant qu’in-ôte fèsoût buskî 1′ canon qui vos pèrçoût vos-orèyes. Èl patron dèl balançwâre saquoût a tout bout d’ champ su ses manikes pou frin.nér lès cîns qui ârin’tè bîn volu dalér pèrcî l’èstwalî avû 1′ pwinte dé leû bèrlondje. Èl cîn du djeu d’oup-la criyoût : « Twâs-anias pou in gros sou, wit’ pou vint’ chon cintimes. In-ania a plat su 1′ tapis, c’est gangnî” ! » Posture dé croye èyèt d’ fayance, èl cîn qui l’avoût gangnî” s’indaloût eûreûs come s’il-âroût r’kinè 1′ marchand.

Astokî su ses deûs longues djambes, come in tchin.ne devins l’ bos, in lûteû avû in stoumak corne in bu, dès bras corne gonflés avû ‘ne pompe a vélo, champion dès champions, atindoût lès cîns qui ârin’tè 1′ culot de 1’ dèfyî.

Al roûwe jwayeûse, on-avoût ‘ne masse dé pléji a vîr lès djon. nes-omes èyèt lès djon.nes fîyes lancî yun après l’ôte, après saquants tours, pîds èyèt djambes in l’ér’, devins lès sas d’ son qui stin’tè mis alintoûr pou qu’is n’ se coch’tè nîn. Ô kakwalk, ç’astoût 1′ minme. Après avoû stè scouf’té èyèt culbuté, pou vûdî, i faloût passer su ‘ne grîye a coulant d’ér’ qui f’soût r’ièvér lès cotes dès couméres èyèt moustrér leûs longues marones a dintèles. Èl baraque a frites ît luméye ô carbure avû dès grosses lampes in cwîve. Èle-èrlûjoût corne èl tchèvô d’ bos. Ô mitan du plantchî tout dèspardu d’ blanc sâbe, ène grosse ronde èstûve fèsoût cure dès frites pa kulos su in gros feu d’ gayètes devins ‘ne demi douzène de côdèrchas t’t-ôssi gros qu’ dès tchôdrons. De chaque costè, chonq chîs lodjètes avû ène bêle nape blanche in’tè toudis plènes de mindjeûs d’ frites pus saléyes qu’i n’ faloût pou vos fé dalér après ô cabaret. Corne on mindjoût ses frites avû ses doûts, on n’ roubliyoût nîn, avant d’ s’èrlèvér, de stièrde ses doûts al nape. Il-arivoût minme qu’in vûdant on r’passoût pô dj’weû d’ clicotia pou gangnîn in-û eût dur. Djeu d’ porcèlin.ne ayu c’ qu’on lançoût ‘ne flèche ; baraque Sint-Antwane pou savoû vo n-av’ni ; in p’tit tch’vô d’ bos kèkète ayu c’ qu’èl mitan dès tch’vôs in’tè rimplacès pa dès pourchas ; èl marchand d’ caramels, dé nougat èyèt d’ sôcisses dé Boulogne. Mes que pléji qu’on-avoût avû lès caramels, qui stin’tè imbaléyes dins deûs papîs ! Ç’astoût èl cîn d’in d’dins qui donoût tout 1′ pléji avû ses p’titès tirades pou lès-amoureûs.

Su 1′ place dèl Chambe comune, on-avoût mis 1′ kiyosse. Alintoûr dèl place, dès dîjènes èyèt dès dîjènes de lanternes véniciènes. L’après din.ner, on-avoût fét concert. Ô nût’, on dansoût alintoûr du kiyosse devins quate doûts d’ souyin pindant qu’ de tins-in tans ène tchandèye foutoût 1′ feu a ‘ne lanterne dé papî. Polka, valse, mazurka, scotiche, quadrîye èyèt lanciè ! Que bêles danses qu’on dansoût adon ! Que pléji qu’on-avoût ô r’pôs du lanciè in dalant bwâre ène chope avû s’ petite danseuse ! Il-arivoût qu’on d’moroût voye ène miyète pus lômint que d’ droût. Quand on r’vènoût, èl mère dèl fîye vos f soût deûs monvés-îs. Ça ne l’impéchoût nîn de vos dire way si vos lyi d’mandîz, in tirant vo capia, si vo povîz ramin. nér s’ fîye a s’ méso. Ça stoût a condicion qu’ vos n’ vos din vantisse nîn pou que s’ père n’in seûsse rîn (qu’èle disoût !). D’é pus rade l’idéye que ç’astoût es’ n-èspèryance de dins l’ tans qui 1′ fèsoût s’ mèfyî dès djon.nes galants. Quand on-ît arivè, pindant qu’èl mère tostoût dins l’ nût’ après l’ trô dèl sèrure, on voloût co râd’mint in bètch al fîye in lyi d’mandant tout bas a s’n-orèye si on n’ se r’vîroût nîn èl mardi pou 1′ feu d’artifice èyèt 1′ bal rinvèrsè. Mes qu’èles-astin’tè bèles, lès ducaces de m’ djon.nèsse !

 

in : Notre folklore, CACEF, 18-19, 1974

 

(p.56) Trois pèlerins de la ducace de Marbisoux (Marbais-en-Brabant) rentrant avec leur butin attaché à leur bâton en 1952. Le lundi de la fête locale, qui a lieu le dimanche le plus rapproché du 15 août, douze « pèlerins » de la Confrérie Saint-Roch, créée en 1860 au plus tard sous le vocable de saint Jacques, assistent à la messe de 8 heures, puis « partent pour Jérusalem » par groupe de trois. Ils vont collecter des légumes, des fruits, des fleurs, de l’argent.

La quête terminée, les musiciens et les pèlerins se rendent au kiosque de la fête, où l’un d’eux narre avec humour leur voyage. Puis on procède à la • vente du bien d’autrui », avec « notaire » qui pratique la vente forcée. Celle-ci terminée, la danse des pèlerins a lieu, entrecoupée d’interruptions et de disputes ; on paye à boire aux musiciens, on chasse les femmes parce qu’elles dansent mal. Soudain s’affale un « frère ». On chante une marche funèbre, l’ausculte ; il refuse de l’eau, dont il asperge les curieux. D’un bond, il reprend sa place : la fête est terminée. Ce thème de ducace couvre une aire importante à cheval sur le Brabant (13 communes), le Hainaut (7 communes) et la province de Namur (12 communes).

 

in : Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

(p.304) LES DICACES

 

La dicasse c’est la fête populaire par excellence. Durant de nom­breux siècles, il n’y eut qu’une fête à Montigny, pour la bonne raison qu’il n’y eut qu’une paroisse dans notre commune jusqu’en 1875.

La dicasse a une origine religieuse. C’est un hommage rendu au saint patron de la communauté, le jour de sa fête calendaire.

On appelait cet hommage une dédicace au saint protecteur de la pa­roisse. Ce mot par contraction, déformation, est devenu dicasse ou du-côse. Ce dernier terme était plutôt employé par les gens du village du­rant les siècles passés.

Une dicace demande une longue préparation. Il faut d’abord nom­mer le comité, èl comission ou èl djon.nèsse.

Au XVIIe siècle, les jeunes gens des villes se groupèrent pour for­mer une association, qui avait pour but de rehausser les fêtes officielles et surtout les fêtes religieuses. Ces associations constituaient de vérita­bles corporations avec leurs traditions; on y était admis adolescent et on n’en sortait qu’en se mariant.

Bientôt, les jeunes gens des villages imitèrent ceux de la ville. Ils revendiquèrent le privilège d’organiser les dicasses. Ils obtinrent satis­faction. Ce privilège fut conservé jusqu’au début de notre siècle, époque où les difficultés de recrutement des membres des comités commencè­rent à se faire sentir, pour aller en s’amplifiant. Aujourd’hui, c’est sur­tout des personnes d’un certain âge qui ont la responsabilité d’organiser les kermesses.

La désignation des postes dans le comité se faisait par élection ou cooptation. Cependant, la présidence revenait à la personnalité la plus marquante ou à celui qui payait le plus grand nombre de tournées.

Il fallait alors pourtchèssî, c’est-à-dire passer de porte en porte pour recueillir les fonds nécessaires à la réalisation du programme. L’ad­ministration communale, de son côté, octroyait un subside. Il n’y a rien de changé à cela de nos jours.

 

(p.305) Mais, dans la population, il régnait une atmosphère de surtension. On reblankicheu les façades des maisons, on mettait partout portes et fenêtres en couleur, les maisons prenaient un air de fête. Les coiffeurs étaient surmenés, on achetait des vêtements neufs, bref on sentait par­tout la fête sauf dans les clapiers où les lapins, voués à une hécatombe sans merci, goûtaient aux dernières herbes de leur petite vie. Le samedi de la dicasse, on voyait le cadavre dismuchi de ces gentils rongeurs pendu à la façade des maisons, le dos préservé des morsures de la chaux par une feuille de journal. Les ménagères s’affairaient autour des méyes, fours et platènes car c’était l’occasion ou jamais di fé dèl taute al disgouviène !

Sur la place, dès le jeudi, les barakes ou loges foraines s’ame­naient à la grande joie des gamins.

 

Dans les cafés, de grandes affiches au contour multicolore annon­çaient en grands caractères le programme des festivités, programme sou­ligné de la sempiternelle formule administrative : Vu et approuvé. De par le collège échevinal : le secrétaire communal et le bourgmestre.

Le samedi, le kiosque était monté. Jadis ce n’était que quelques tonnes avec des poutrelles en bois, quatre mâts entourés de verdure et de papiers de diverses couleurs. Depuis au moins quatre-vingts ans, c’était le montage des armatures pour pendre les balons ou lanternes vé­nitiennes qui, d’après les affiches, devaient assurer une illumination a giorno. C’est à la Neuville que les illuminations étaient les plus belles. Les balons ronds ou longs grimpaient en une double file jusqu’en haut du clocher de l’église. L’effet était magnifique.

La fête durait généralement trois jours au bon vieux temps. C’était plus que suffisant ; car le mardi, sur les programmes, on pouvait lire : « à dix heures, revue des porte-monnaie ».

Le samedi, ce n’était pas la fête à proprement parler. Du timps du tournikèt Tchantchèt, on n’ouvrait même pas les loges.

Aprèstèz vo mastoke, pou daler au tournikèt.

Vos dirèz deûs, twès tours, après vos diskindrèz.

La « musique » circulait dans toutes les rues, après qu’on eût an­noncé la fête par 101 coups de canon. Il n’y avait pas de canon, et les 101 coups se réduisaient parfois à dix campes bien tassées.

 

Dans les cabarets, on y allait d’une petite danse, histoire de s’en­traîner pour le lendemain. Les gammes, aux têtes garnies de papillotes retenues dans un réseau, dansaient sur les trottoirs ou regardaient d’un air d’envie les couples d’adultes tournoyant sous la lampe à pétrole.

La fête de la Vieille Place était annoncée le samedi au son du tam­bour. Aux Trieux, ce jour-là, on plantait l’arbre de la Liberté. Il était (p.306) garni à son sommet par des rubans et des papiers multicolores. Pendant qu’on dressait l’arbre, jeunes gens et jeunes filles, au son de l’orchestre du bal, dansaient une ronde endiablée.

 

On a vu ailleurs (1) le programme des dicasses de Montigny. Elles furent nombreuses fin du siècle dernier. Nos anciens s’amusaient ferme. Mais au XVIe siècle, nos pères ne semblaient pas donner leur part au chat. En effet, en 1589, le roi Philippe II « afin de retrancher les occa­sions d’ivrognerie, noises, débatz et homicides qui en sourdent souvent, causeis par les assemblées qui se soudaient faire de village en village, les jours de dédicaces y tenues » fixa au dernier dimanche d’avril toutes les « dédicaces champestres » (2). Cette mesure impopulaire dura ce que durent les roszs.

 

Le dimanche au matin, c’était la procession et le curé offrait à boire aux membres del djon.nèsse.

A midi, c’était l’occasion d’un bon repas. Le plat traditionnel de résistance c’était le bon lapén à pron.nes. Mais auparavant, on avait bu le bouillon et mangé l’ bouli ou l’ pouye à l’ sauce blanche. Le repas se terminait par la tarte, la tarte qui allait accompagner « tout un chacun » dans toutes les manifestations de la fête, même au cabaret où il était de coutume d’offrir in boukèt d’ taute aus pratikes.

 

LE BAL

Le soir c’était le bal. Aux temps anciens le nombre de musiciens était plutôt réduit, un violon parfois. Mais vinrent les bals à grand orchestre où l’on pouvait valser, d’alér l’ quadrîye, la redowa, la mazurka. On dansait le lancier aux figures compliquées que seuls les danseurs les plus habiles savaient retenir.

Jadis on dansait les danses anciennes, le menuet, l’allemande, les olivettes, sûrement le bran (…).

 

(1)  Chapitre des fêtes calendaires.

(2) F. Rousseaux. — Légendes et coutumes du Pays de Namur.

 

(p.307) On dansait des cramignons, à la chaîne. Les danses par couple furent regardées d’un mauvais œil, elles étaient attentatoires à la vertu. Elles ne furent pas introduites dans nos habitudes sans qu’il n’y ait des réactions.

 

LA POLKA

La polka apparut chez nous vers 1845. Elle eut un succès fou­droyant, ce qui émut les bonnes âmes. On lui reprochait un manque de tenue, les danseurs étaient trop rapprochés l’un de l’autre. L’Eglise, par une voie tangente, menaça les danseurs de la colère de Dieu. Ce fut en vain. Cependant, un événement extraordinaire était venu servir les desseins des adversaires de la danse nouvelle. Une maladie se dé­clara dans les pommes de terre et les récoltes furent partout déficien­tes, réduites à une portion congrue. Pour certains esprits, c’était la punition que Dieu envoyait à notre peuple pour avoir osé danser cette danse, que les Juifs auraient dansée sur la sépulture du Christ.

Mais la polka eut raison de tous ses ennemis, elle triompha et sa victoire est encore constatée, chaque année, aux dicasses où elle trouve place parmi les tangos, blues et autres slow. (…)

En réalité la polka n’a pas les origines maléfiques qu’on a voulu lui prêter. Elle fut inventée par une paysanne de Bohême, en 1830, dansée à Pragues en 1835, puis au Théâtre de l’Odéon d’où elle se répandit dans le monde.

Nos mémoires ont gardé le souvenir d’autres danses :

Li scotich’ dè l’ gayol’ di bos

Fét danser lès fîyes

Avou leûs gros chabots.

 

(p.308) Jacques Bertrand devait laisser trace aussi dans son œuvre de l’in­troduction des danses nouvelles :

C’ èst chez Roulion

Au grand salon

Qu’ i faut m’ vîr èl dimanche

Avè Colas.

Fé d’s-entrechats,

Danser l’ varsovia.

Dji sé valser, on m’ aprind tous lès djoûs

Après m’ djournéye.

A l’ Mau-Lâvéye,

Dji pou valser d’ssus in quautron d’ oûs.

Dji n’ in câsserè pont, téelmint qui dj’ é lpas doûs.

 

Jadis on dansait à sauts, le chic suprême était de bien balancer le tronc en levant haut les pieds. Dans les salles, on dansait à plat, en glis­sant les pieds sur le parquet, on n’avait que dédain pour cette mé­thode. Des hommes pètînt dès-assauts seuls, comme les Russes, pendant que les spectateurs scandaient le rythme en claquant des mains et en criant.

 

LES CONCERTS.

Le goût de la musique évolua, gagna les couches populaires. Le public prenait plaisir à l’audition d’un concert. Des sociétés de musique virent le jour sur notre territoire et se développèrent.

On faisait venir des sociétés renommées de l’étranger; mais, nos sociétés locales tenaient leur rang.

Voici, rappelée succinctement, l’histoire de nos anciennes pha­langes musicales, dont chacune se faisait reconnaître de loin, à l’air de son pas r’doublé.

 

(p.309) LES BRAGARDS.

Vers 1870, il existait sur la Vieille Place une société dénommée « Les Bragards et les Braguettes ».

Un bragârd était, sous l’ancien régime, dans tout le Pays de Liège, le capitaine de la jeunesse, organisatrice de la fête paroissiale.

A la tête de la société se trouvait un major, qui était élu selon la vieille tradition. François Lejeune occupa cette charge pendant dix an­nées consécutives, ce qui lui valut le sobriquet du Major.

Cette tradition de l’élection des membres de la Commission, nous ne pourrions mieux la faire connaître qu’en reproduisant ces passages de la revue Wallonia (1) :

« La cérémonie d’élection a lieu dans un cabaret. Le cabaretier, qui a rempli un nombre de verres égal à celui des places vacantes annonce le grade à conférer en présentant son plateau au candidat. Celui-ci s’avance dans un silence religieux, il prend un verre qu’il lève comme s’il voulait porter un toast, le vide d’un trait, et le jette vio­lemment à ses pieds.

» Au moment où le verre se brise, de bruyants applaudissements saluent le nouvel élu, tandis que le tambour bat « Aux Champs ».

» Cette coutume a, dans le pays, donné naissance à l’expression « faire les officiers », employée dans un sens ironique lorsqu’on casse un objet. Le verre dont on use à cette occasion est appelé « misérable », sans doute à cause de son aspect fruste et parce qu’il est dépourvu de pied.

» On ignore l’origine de cette tradition qui constitue une formule symbolique du serment. Celui qui, après avoir cassé le verre se soustrai­rait à l’engagement contracté serait regardé comme parjure. On le mé­priserait, il perdrait toute confiance.

» II se passe parfois, à l’occasion de ces élections, des scènes tout-à-fait typiques.

» Un jour, le maître d’un café de Gerpinnes présentait les « misé­rables » pour un porte-drapeau. Un homme s’avança qui avait depuis longtemps rempli ces fonctions. Au moment où il prenait solennelle­ment le verre, sa femme, qui venait d’entrer à la dérobée, le lui arracha vivement et s’écria : « Donne plutôt du pain à tes enfants ». Une altercation surgit entre les époux : le mari pestait et la femme se la­mentait. Profitant de la querelle, un autre candidat qui briguait lui aussi les épaulettes, vida prestement le verre et le brisa. C’est ainsi qu’il fut fait officier au grand désespoir du mari évincé qui n’eut plus que la ressource de battre sa femme. »

 

(1)   Année 1894 – p. 138 et 139.

(2)    

(p.312) Les Bragârds faisaient des sorties le dimanche. Ils étaient précé­dés par leur major qui montait un cheval blanc, qui lui était prêté par la brasserie Vissoul.

Le major jouissait de l’ancien privilège, réservé sous l’ancien régime au Seigneur, au mayeur ou au curé, d’ouvrir le bal avec la demoiselle de son choix.

Les Bragards étaient vêtus de blanc.

 

Véritable corporation de jeunesse, nul ne pouvait plus être admis dans la société s’il prenait femme. Les membres assistaient en corps aux enterrements de ceux des leurs; ils portaient couronnes et ban­nières. Lors d’un mariage, ils allaient offrir le cadeau d’usage, accom­pagnés d’un corps de musique.

Il exista d’autres sociétés de travestis à Montignies, mais, elles avaient plutôt un caractère carnavalesque. Rappelons les Sapeurs de Saint-Jean, les Zouaves de la Vieille Place, les Marins du Roctiau, les Sapeurs du Roctiau et enfin à la chaussée de Châtelineau, au Café Maguite, èl socièté dès longuès pupes di têre.

 

Sur la place ont été installés kiosque, jeux et loges foraines. Les premières dicaces, sous l’ancien régime, devaient être pauvres en jeux. Mais au temps du Vî Montegnt, elles connurent une abondance de métiers forains. Nous nous souvenons, il y a cinquante, cinquante-cinq ans, la place de la Neuville était aux trois quarts couverte de loges, carrousels, balançoires, etc. Il y avait un hippodrome au bout de la rue du Commerce, à l’entrée du Sentier Baudouin. La rue Ferrer était en­combrée de métiers forains depuis le jardin de l’Ecole des Estropiés jusqu’en face de l’imprimerie Courtois.

 

Partout on rencontrait des p’tits boutikes à boubounes, à carabibitches, des tirs à tchandèle où l’on gagnait des coks, sortes de plu­mets multicolores, des traînes diverses, des marchands de balles à-z-èlastikes et d’ oublies.

Le lundi était un jour sans grande importance. Aux Trieux cepen­dant, un jeune homme du comité montait sur une chaise et lisait un papier, sur lequel étaient rappelés les petits péchés des jeunes gens et des jeunes filles. Certains vieux appelaient ce jeu ène paskéye. Il a disparu avant 1870. Nous ne croyons pas qu’il s’agissait d’une « Paskîye » comme il s’en fait dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. M. Jules Vandereuse a contesté l’existence de ce jeu, malgré le respect que nous avons pour ses savants travaux de folklore, nous devons mainte­nir notre relation des faits, qui nous fut confirmée par plusieurs vieux Montagnards. Il se peut que cette lecture n’ait pas constitué une tradi­tion parce qu’elle dura peu d’années et aussi parce qu’elle n’intéressa uniquement que les jeunes du quartier. S’il en est ainsi, elle n’est (p.313) qu’une pâle imitation de la véritable paskîye, mais peut-être aussi était-ce une tentative de faire renaître un usage abandonné. Chez nous, paskîye a aussi le sens d’une partie d’amusement bruyante ou encore d’une fin de farce qui tourne mal.

 

LE MARDI

C’était le jour de l’adieu aux guindayes, c’était le jour le plus im­portant de la fête, dans certains quartiers, notamment à Saint-Jean, où le marché comique est resté de tradition. Les participants à ce marché se travestissent comme au Mardi-Gras, souvent en utilisant les vête­ments du sexe opposé. Les travestis vendent quelques déréyes puis, quand tout est liquidé, on part en bandes joyeuses faire toutes les tchapèles du quartier. Comme au marché de la Ville-Haute, il y avait les chanteurs. Le chant de la dicasse changeait chaque année et s’inspi­rait d’un sujet d’actualité qu’on adaptait sur l’air le plus en vogue. Nous nous souvenons d’avoir écrit plusieurs chansons vers les années 1923, 1924. Ces chansons étaient vendues au profit du notére Goyî.

 

Le mardi c’était le jour des jeux populaires. On faisait courir les couméres dins dès satchs, à défaut de femmes, c’étaient les hommes ou les gamins qui participaient à la course. Chaque coureur entrait les jambes dans un sac, qu’on liait à la ceinture. On n’atteignait pas le but sans avoir fait plusieurs chutes, ce qui mettait tout le monde en liesse.

On grimpait au mât de cocagne qu’on appelait /’ pièsse a savon. C’était un poteau enduit de savon et au-dessus duquel il y avait, pendus à un cerceau, des objets divers. Le gros lot était un jambon. Il fallait grimper jusqu’au sommet et s’emparer de l’objet convoité, ce qui n’était pas aisé. Au moment où l’on croyait saisir l’objet, une glissade rapide ramenait le joueur, le séant par terre. Encore un qui croyait mète ès’ mwin su in champignon èt qui trouvent èn’ vèsse-di-leup!

 

On rassemblait des garçons, on leur faisait enlever leurs bottines, qu’on liait deux par deux avec les lacets. On plaçait les chaussures dans un sac. Il fallait reconnaître ses souliers, délier les lacets et les chausser. Celui qui avait accompli toutes ces opérations le premier était proclamé le vainqueur. Mais, il y avait une petite difficulté. Dans le sac, à l’insu des gamins, on avait placé du bleû. Quand les bottines sortaient du sac on ne les reconnaisait pas facilement et quand le concours était terminé, le gosse était tout taché de bleu et prêt pou ‘ne boune ranseléye.

Voici un autre jeu où le gamin était la victime des aînés. Dans un plat rempli de sirop, on mettait à la surface une belle pièce de cin­quante centimes en argent. Il s’agissait de prendre la pièce avec les dents. Jeu facile, agréable puisque l’on ne courait qu’un risque, manger du bon sirop et s’emparer de la pièce de monnaie. Mais, au moment (p.314) où l’enfant, les mains derrière le dos, allait prendre les cinquante cen­times tant désirés, un membre du comité lui enfonçait, avec la main, la tête dans le sirop. Il n’y avait pas souvent un deuxième amateur à ce jeu-là.

Un autre jeu attrappe-nigaud était celui où, après avoir enduit de sirop le visage du joueur, celui-ci devait aller à la recherche d’une pièce de monnaie dans un panier rempli de plumes de volaille.

 

Les hommes avaient leur grande part dans ces réjouissances popu­laires. Ils participaient à l’ course à bèrwète. Le but était d’atteindre un endroit déterminé en poussant une brouette, à laquelle on avait enlevé les planches de côté, et sur laquelle on avait placé deux boules de jeu de quilles. Il fallait arriver au terme du parcours avec les deux boules. C’était moins facile qu’on ne le pense car ces courses se faisaient, de préférence, sur une rue avec de gros pavés. A chaque instant, le cou­reur était obligé de s’arrêter pour reprendre les boules tombées du véhicules. A ce jeu, il fallait penser au bon La Fontaine : rien ne ser­vait de courir, il fallait… marcher au pas !

 

Un autre vieux jeu était celui de la cuvelle d’eau, suspendue au milieu de la rue de telle sorte qu’elle chavirait facilement. Elle était placée sur une planche, dans laquelle il y avait un trou.

Le joueur se munissait d’une perche et grimpait dans in poûsse-cu, qu’un compagnon conduisait rapidement vers le but. Le joueur devait passer sa perche dans le trou de la planche sinon, c’était la douche froide… aux grands rires des spectateurs.

Un jeu cruel, qui fut interdit dans la suite, était celui de la poule décapitée. On pendait l’oiseau par la patte à un fil tendu au-dessus de la rue. Le joueur, muni d’un solide gourdin, partait, les yeux bandés, d’un endroit situé à vingt mètres au moins de l’animal. Il cherchait ce dernier à l’aveuglette. Quand il croyait être au bon endroit, il lan­çait des coups de bâton… dans le vide, sous les lazzis des assistants ; mais, quand il touchait la poule, celle-ci était vouée à une mort terrible.

Plus tard, on remplaça la poule par une cruche en grès, remplie d’eau.

Le mardi soir on faisait le bal renversé, c’était aux jeunes filles à engager les jeunes hommes.

 

A minuit, avait lieu la revue des porte-monnaie; si la «jeunesse» constatait qu’il lui restait assez d’argent pour faire danser le dimanche suivant, on annonçait qu’il y aurait in raclot.

Pour terminer, signalons les très anciennes dicaces disparues : l’ dicace Champeau, rue Champeau; l’ dicace dè l’ paletéye, à la rue Longue Bourse; l’ dicace du Résolu; l’ dicace St-Louis à l’ reuwe;(p.315) l’ dicace dè l’ baye qui clape, près du sentier des mineurs; l’ dicace de la rue Chet.

Sur les grandes places, il y avait généralement une grande et une petite dicasses. Au Centre : la fête Saint-Remy et la fête Sainte-Croix; à la Neuville : la fête Saint-Pierre et la fête des commerçants.

On disait et on dit encore : Quand on va à l’ dicace on pièd l’ place et disqu’à l’ pètite dicace!

Cette dernière expression vient de l’aventure suivante. Un avare avait invité son frère à la kermesse. Mais, comme il fallait s’y atten­dre il avait manqué de tout et c’est à peine désaltéré que l’invité s’en alla. Du seuil de la porte, comme son frère s’éloignait, l’avare lui dit :

—  Alez, frére, disqu’à l’ pètite dicace!

Et l’autre de s’arrêter, de se retourner et de demander étonné :

Contint, i n’ a co ‘ne pus p’tite qui ç’tèle-ci?

 

In : Yernaux E., Fiévet F., Folklore montagnard, s.d.

 

LES DICAcES

 

Les dicasses étaient à l’origine des fêtes religieuses. Mais, partout, elles devinrent rapidement des réjouissances populaires, que l’on célébra de la manière la plus joyeuse. Dans certains centres, elles furent à l’ori­gine des foires commerciales. Elles donnèrent parfois naissance à des processions et à des cavalcades.

Au Village, du temps passé, on ne disait pas dicasse, ce mot était plutôt en usage à la Neuville, mais ducauce. C’est encore ainsi que les vieux de Montigny l’appellent.

Nous traitons des « dédicasses » dans un autre chapitre. Nous nous contenterons ici de donner la liste des fêtes qui ont le mieux résisté à l’usure des années, sinon des siècles.

Section   Neuville.

Commerçants : le 2e dimanche de mai. Via : à la Pentecôte. Boda : le 3e dimanche de juin.

St-Jean : dimanche après St-Jean ou dimanche de la St-Jean. Vitrier :  1er dimanche de juillet. Neuville : 2e dimanche de juillet. St-Charles : dernier dimanche de juillet. Vieille Place : dimanche avant le 15 août. Warmonceau : dimanche après le 15 août. Monin : 2e dimanche après le 15 août.

Section Centre.

Ste-Croix : 1er dimanche qui suit St-Croix ou dimanche de la Ste-Croix. Blot : à la Pentecôte.

(p.154) Trieux : dimanche après la Fête Dieu.

Dewèche (Pouria) : dimanche après ou avant le 21 juillet.

Cité : 1er dimanche d’août.

Résolu : dimanche après le 15 août.

Roctiau : 2e dimanche de septembre.

St-Remy : dimanche après la St-Remy ou dimanche de la St-Remy.

Anciennement, la fête du Roctiau se déroulait pendant deux se­maines; le 1er dimanche était la fête des jeunes et le second celle des vieux. Il y avait deux comités distincts qui collectaient chacun de leur côté.

 

Joseph Coppens, Nivelles, Ducasses du passé, in: Rif tout dju, 1990, p.60-63

 

Les foires avaient autrefois beaucoup plus d’importance qu’aujourd’hui.  Celle d’octobre, par exemple, qui dure trois semaines à partir du premier dimanche qui suit la Saint-Michel, s’étendait parfois jusque dans le Cloître (lès-incwètes) et sur la grand-place (èl Martchi).

 

Nous ne voyons plus les armées de campagnards qui envahissaient la ville, dépouillaient les boutiques de pain d’épice, de saucissons, vidaient les caves des cabarets (dixit G. Willame déjà en 1888).

On s’extasiait devant la parade du cirque, de la baraque des lutteurs, du théâtre St-Antoine (marionnettes), des puces savantes, comme devant l’appareil d’un monsieur imposant qui débitait des horoscopes, appareil dans lequel montait et descendait un petit bonhomme : “Rotomago, descendez !  Faites bien face à la personne qui vous interroge et surtout ne vous trompez pas.  Il ne se trompera pas !”.  Bien sûr qu’il ne se trompait pas ! Les billets sortant de l’appareil et écrits avec de l’encre sympathique pouvaient satisfaire toutes les aspirations !

 

De même, on admirait le talent d’un musicien accompagnant au piston l’orgue du carrousel Kempen à chevaux galopants et “Le carnaval de Venise” retenait surtout la foule des curieux.

 

On visitait la plupart des baraques et on ne quittait pas le champ de foire sans passer chez le marchand de nougat : “Achetez du bon nougat ! jamais malade, jamais mourir, bon caractère !” ou chez Mayane sans emporter un pain d’épice.

 

La vieille Marianne, debout dans sa boutique foraine, vendait des pastilles piquantes, des caramels aux fruits, des saucissons de Boulogne, etc… Avenante et fraîche malgré le poids des ans, elle interpellait les passants “papa” – “maman” et vantait les qualités du “bon pain d’épice de Gand”.  Née Marianne Lemeur à Audenaerde, le 10 mai 1809, veuve en 1″, noces de Philippe-Louis Verbouwe, en 2′- noces de jean-François Van Humbeeck, elle est décédée à Schaerbeek, le 30 mai 1882.  Pendant plus de soixante ans, elle n’a cessé de revenir chaque année passer à Nivelles les semaines de foire.  Sa fille Julie lui succéda à la place habituelle – coin de la place Albert 1er approximativement à hauteur du commissariat de police – tandis que ses filles tenaient les boutiques d’en face.  Mais on continua d’aller chez Mayane…

 

L’évolution de la vie moderne entraîne des profondes transformations de nos us et coutumes.  Elle suscite des distractions nouvelles et les foires n’intéressent donc plus guère que les enfants avides de faire des courses sur les carrousels ou la jeunesse prenant d’assaut les “auto-scotèrs”.

 

Les “fièsses de rûwes” et les ducasses de quartier ont aussi perdu de la vogue, alors qu’autrefois, on y voyait drapeaux, guirlandes, illuminations, feux d’artifice, ballon, cortèges, “dans’réyes” et même des “pourtâls” (arcs de triomphe faits de branchages), sans oublier les jeux populaires (jeu de balle, jeu de brouette, jeu de quilles, “cèke dé bo”, course au sac, perche au savon, etc … ).

 

Si nous consultons de vieux almanachs, nous relevons notamment:

– Lundi de Pâques: autrefois ducace dè l’ Bone (Monstreux);

– Ascension: ducasse dé Baudémont;

–    Pentecôte : ducasse dé Bo-Sègneûr-lsa ou Bolozac, c.à.d. Bois-SeigneurIsaac);

–    Trinité (juin) : pètite ducace dé Baulé (Baulers);

– 2e dimanche de juin : ducace de la gare du Nord – dans’réye à I’Trape, chaussée de Bruxelles;

– St-Jean (juin): fièsse du Martchi (Grand-Place); Fièsse du Sint Djan à Lèlou (Lillois);

– Dimanche suivant St-Pierre : fièsse du Sint Pière rûwe èt fauboûr dé

Chalèrwè, yèt Fossé dès parvènus (boulevard Charles Vanpée); danseréye à l’ Trape, chaussée de Namur; danseréye à Valenne au Bo d’Arpe;

– 2e dimanche de juillet: autrefois dans’réye à Stwèji (Stoisy);

– 3-‘dimanche de juillet, Sainte Marguerite : ducasse dé Thines èt du Plancenwèt (Plancenoit);

– Dernier dimanche de juillet: fièsse du grand èt du p’tit sint Djauke (rues de Mons, Seutin, Bayard, Ste-Gertrude, des Brasseurs, du Coq, boulevard de la Batterie);

– Transfiguration (août) : ducasse dè Fèlû (Feluy); les Aclots s’y rendaient le lundi après 4 heures en chemin de fer;

– Assomption: fièsse dè l ‘rûwe dè Brussèle;

– Dimanche suivant: fièsse dè l’ rûwe Sinte-Ane;

– Dernier dimanche d’août : grande ducace d’ Arquennes; les Aclots s’y rendaient le lundi après quatre heures à pied; ducasse dè Bousvau (Bousval); Fièsse du sint Bartolomé (Saint Barthélémy), rue et faubourg de Soignies;

– 1er dimanche de septembre: fièsse du Sint Djan, rue et faubourg de Namur, place de l’Esplanade et rue Roblet; ducasse dé Bournivau (Bornival);

– 2e dimanche de septembre : grande ducace dè Baulé; ducasse du P’tit Moulin à Fèlû;

– Dernier dimanche de septembre : ducace dè Moustieu (Monstreux) et du P’tit-Rieu (Petit-Roeulx);

– 3e dimanche dè fièsse à Nivèle; ducasse dé Lélou;

– Dimanche de novembre suivant la St-Martin: ducasse d’Houtain; danseréye à Bournivau, Baulé et Moustieu.

 

Le dimanche suivant, c’était d’ordinaire “l’ èrmîje” de la ducasse.  On disait aussi “èl raclot”, l’octave, le dernier ‘our, la remise.

On Pourrait rêver en pensant à ce qu’a dû être la ‘ftèsse du Martchi” des 25 et danseréye Populaire) qui a inspiré deux chansons. 26 juin 1826 (cortège, illumination, quatre feux d’artifice, bal au Waux-Hal , 1

Vers 1860, la fête du faubourg de Mons (on disait alors : Mon) connut aussi un beau succès puisqu’une chanson fut même vendue sur le parcours d’un cortège carnavtilesqtie.

 

La ducasse de Saint-Pierre du 6 juillet 1890 a revêtu Lin éclat tout particulier si l’on en juge par le brillant cortège précédé des “Kapruss” qui alla recevoir à la gare de l’Est, l’Empereur d’Allemagne ! et fit le tour-de la ville.  Une chanson écrite alors Par Joseph Rimé, auteur du prologue de la Rose de Sainte-Ernelle, témoigne de l’ardeur dont firent preuve les habitants du quartier.

 

Plus près de nous, un poème de Georges Edouard clans une langue pure et vivante, nous dépeint avec un rare bonheur, un tableau de nos fièsses dé rûwes.

 

Heureux temps où l’on se contentait de peu

 

Sommes-nous plus heureux maintenant qu’on en vient à devoir Il organiser nos loisirs” ?

 

Jules Vandereuse, La fête des pèlerins en Wallonie, EMVW, TVII, n°81-84, 1956, p.257-304

 

(p.257) En Hesbaye brabançonne et namuroise: sortie des prétendus pèlerins qui se présentent chez l’habitant pour y recevoir des fruits, légumes, fleurs et autres denrées qu’ils vendent ensuite sur la place publique. Cette vente est accompagnée de toutes sortes de divertissements: danse, mort et résurrection d’un “frère”,etc.   (p.258) fé lès pèlèrins   Marbisoux: 12 pèlerins (le lundi après le dimanche qui précède le 15 août: londi dè l’ dicauce, “de retour de Jérusalem” pantalons blancs (p.260) Aussitôt la vente terminée, a lieu la “danse dès pèlèrins” avec, à la fin, la mort et la résurrection d’un “frère”. > Baisy-Thy, La Roche (Court-Saint-Etienne, Tangissart, Cortil-Noirmont, Gentinnes, Saint-Géry, Mellery, Villers-la-Ville, Sart-Dame-Avelines, Tilly, Marbais, …, Fleurus, Thiméon, Sombreffe, Ligny, Onoz, …   (p.304) cf dans d’autres localités de la même région, existent des groupes travestis et grimés qui visitent aussi les cafés: ce sont les “vîs tchapias” (originellement les célibataires endurcis, puis: les mariés) cf région de Charleroi / dans le Centre: groupes burlesques appelés les ‘durmenés’.

 

Jules Vandereuse, La Fête des Pèlerins en Wallonie, in : EMVW, TVII, 31-34, 1956, p.237-304

 

Dans un certain nombre de localités de la Hesbaye brabançonne et namuroise existe ou a existé naguère une coutume des plus curieuses. Elle consiste dans la sortie que font des prétendus pèlerins qui se présentent chez l’habitant pour y recevoir des fruits, légumes, fleurs et autres denrées qu’ils vendent ensuite sur la place publique. Cette vente, ainsi que nous le verrons, est parfois accompagnée de différents divertissements : danse, mort et résur­rection d’un «frère», etc.

En certains endroits, il ne reste que le souvenir de l’ancien usage . Les guerres de 1914-18 et 1940-45 lui ont souvent porté un coup fatal. Il était donc intéressant de sauver de 1’oubli, avant qu’il ne soit trop tard, l’image de cette tradition qui périclite d’année en année.

(…)

(p.258) Bien souvent, les pèlerins d’une année apportent certains changements qui n’ont lieu qu’une fois. Ce qui fait que les témoins questionnés vous diront : « Quand nous faisions les pèlerins, nous procédions de telle ou telle manère », tandis que d’autres, à qui vous en parlerez, répondront que cela n’est pas exact et vous expliqueront comment les choses se passaient quand eux-mêmes remplissaient ce rôle. D’autres encore donneront une troisième version tout à fait contraire aux deux autres, et tous auront raison en ce qui les concerne. Dans pareil cas, il me fallait négliger les traits adventices pour m’en tenir aux faits principaux. Les enquêtes personnelles faites sur le terrain donnent: toujours les meilleurs résultats. Si l’on s’en tient à des demandes, écrites, on s’expose à bien des erreurs. Avant de me rendre dans certaines localités difficilement accessibles — je n’ai ni auto, ni vélo —, j’avais écrit aux bourgmestres pour leur demander si. dans leur commune, on «faisait » ou si, jadis, on avait «fait les pèlerins». Deux d’entre eux (Saint-Géry et Cortil-Noirmout) me répondirent que cette coutume n’avait jamais existé chez eux. Or, l’enquête locale m’a prouvé le contraire…

Qu’entend-on par «faire les pèlerins» (telle est l’expres­sion consacrée presque partout) ?

Je signalerai, d’abord, ce qui se passe à Marbisoux, seul endroit où la coutume semble n’avoir subi que peu de chan­gement. Ensuite, dans un but de simplification, je grouperai, sons différentes rubriques, les faits tels qu’ils se passent ailleurs. Nous aurons ainsi une vue d’ensemble, tout en évitant les redites.

 

MARBISOUX [Ni 113]

 

Dans ce hameau de Marbais, la fête communale a lieu le dimanche le plus rapproché du 15 août. C’est le lendemain que les pèlerins font leur principale sortie.

Après avoir assisté à la messe de 8 heures, les douze pèlerins (nombre immuable, en souvenir des douze apôtres disent qu’ils  «partent  pour Jérusalem». Ils se partagent en  quatre  groupes   de trois pour aller collecter dans la bourgade, des légumes, des fruits, des fleurs, etc. L’un des trois pèlerins tient en main un tronc pour recevoir les dons en espèces recueillis en cours de route, car tout le monde est sollicité.  Jadis, une croix à la craie était faite sur les chaussures   des donateurs et cette marque leur servait (p.259) d’acquit. Actuellement, cette coutume est abandonnée comme étant de nature à détériorer les souliers en daim et les chaussures de belle qualité.

Dès qu’un groupe a terminé la tournée du quartier qui lui avait été assigné, il se rend au café désigné par le comité des fêtes comme lieu de réunion. Quand les douze sont présents, le Comité, les musiciens de la ducace et les pèle­rins se dirigent vers la place au son d’airs entraînants. Il est ordinairement midi. Les pèlerins ont attaché à leur bâton ce qu’ils ont reçu au cours de leur tournée. On les conduit ainsi au kiosque installé sur la place communale où une foule énorme les attend.

Avant de procéder à la « vente du bien d’autrui, l’un des douze explique que ses compagnons et lui sont revenus de Jérusalem et il narre leur voyage d’une façon humoris­te en s’inspirant de l’actualité. Je reproduirai, plus loin, la harangue de 1947.

Cela dit, la vente commence. Le «notaire» a l’art de la rendre spirituelle; elle est toujours forcée, mais l’acquéreur désigné donne ce que bon lui semble.

(p.260) Aussitôt la vente terminée a lieu la « danse des pèlerins ». L’orchestre joue un air de quadrille on de lancier et les pèlerins engagent, comme  cavalières, la jeune  fille  ou la femme mariée de leur préférence. Ils se rangent, alors, en un carré formé de trois couples de chaque côté, les jeunes faisant vis-à-vis aux plus âgés. La musique se remet à jouer et la danse commence. A un moment donné, les musiciens s’arrêtent net, sans raison.  Une discussion s’engage entre les danseurs : les jeunes accusent leurs aînés de ne pas savoir danser ; ceux-ci ripostent que ce sont les premiers qui ont fait un faux pas. Finalement, tout s’arrange et les danseurs changent de place : les vieux sont placés en face des vieux, et les jeunes sont vis-à-vis aux jeunes. La musique reprend ses airs, la danse recommence. Soudain, nouvel arrêt brusque. Nouvelle discussion et l’un des   pèlerins   demande   aux musiciens si c’est la soif qui les fait s’arrêter. Sur la réponse affirmative du chef, une collecte est organisée par les danseurs et danseuses, ce qui permet d’offrir un verre aux musi­ciens. Après s’être rafraîchis, ceux-ci reprennent leurs instru­ments et la danse, cette fois, dure un peu plus longtemps. Les pèlerins crient  : «Ça va! ils  avaient soif» et  autres réflexions du même genre. Le nouvel arrêt intempestif se produit, nouvelle discussion,  et 1’un des pèlerins dit : « A mon avis, ce sont les femmes qui ne dansent pas bien ! » Après cela, on chasse ces dernières et les pèlerins achèvent seuls  la  danse, en formant  une  ronde  en   se  tenant  par leurs bâtons ; ensuite, tout en  dansant, ils tiennent leurs bâtons levés, la boule inclinée vers le centre, de façon à former  comme un  dôme.  A un  moment   donné,  l’un  des pèlerins s’affaisse : il est mort. La danse cesse brusquement. On   ausculte  le  pseudo-défunt,   on  pousse des  cris,  on le couche  sur une échelle et, précédé de l’orchestre qui joue « Frère est mort» (1)   et ensuite une marche funèbre, on fait le tour de la place. On le ramène au point de départ, on l’ausculte à nouveau: diverses suppositions sont émises quant à la cause de sa fin tragique ; on lui donne à boire un grand verre d’eau qu’il rejette sur les curieux qui se sont trop approchés de lui pour mieux contempler la scène. Tout à coup le faux mort se relève d’un bond : il est ressuscité. L’orchestre joue quelques mesures de la Brabançonne. Les pèlerins reprennent leur ronde tout en tenant leur bâton

 

(1) Entre eux, les pèlerins s’appellent «frères».

 

(p.261) levé. C’est fini. Chacun retourne chez soi. car l’heure du dîner est passée depuis longtemps.

A ces faits qui se déroulent le lundi, j’ajouterai quelques renseignements concernant la « Société des Pèlerins de saint Roch ».

La date de création de ce groupement est inconnue ; les livres de comptes encore existants ne remontent qu’à 1882. Des douze titulaires actuels (décembre 1948) deux sont entrés dans la société en 1893, un en 1899, un en 1906. un en 1913. un en 1923. un en 1930. trois en 1935. un en 1937 et, enfin, un eu 1947. A ces douze membres effectifs, on a adjoint, en 1947. deux suppléants, sans costume, pour remplacer un effectif, le cas échéant, à la fête ou lors d’une procession.

Les pèlerins ont comme tenue : un pantalon blanc avec galon noir sur le côté, une blouse noire avec pèlerine, une cein­ture dorée, un chapeau rond, à bord plat, semblable à celui des prêtres. En outre, ils tiennent en main un bâton rond ayant 1 m. 40 de longueur et 3 cm. de diamètre, surmonté d’une espèce de boule allongée, en bois, longue de 13 cm. : un tenon permet de la fixer dans une mortaise pratiquée dans le bâton. Cette boule est peinte en blanc, tandis que le bâton l’est en noir.

Les bâtons datent de 1887. Ceux utilisés antérieurement avaient, au lieu d’une boule- allongée, une statue de saint Jacques (1).

 

(l) Ce saint Jacques de l’un des pèlerins était creux, on le remplissait d’eau. A un moment donné, l’intéressé, tout en par­lant, frappait le bout de sou bâton sur le sol et l’eau jaillissait de  la bouche du saint et mouillait son interlocuteur.

 

(p.262) Chaque pèlerin possède deux costumes identiques, sauf que les franges du plus récent sont dorées, tandis que celles de l’autre sont blanches.

Aux deux processions de Marbisoux, les pèlerins, précédés de leur drapeau, mais sans leur bâton, portent la statue de saint Rocli. Pour cette occasion, ils endossent leur belle tenue. L’autre est réservée pour la sortie et pour la danse du lundi de la fête communale. Tous les costumes appar­tiennent à la société.

Jadis, le groupe de Marbisoux s’appelait «Pèlerins de saint Jacques ». Mais en 1872, à la suite d’une circonstance que je n’ai pu élucider, certains membres, surtout parmi le jeunes. proposèrent de se placer sous la protection de saint Roch dont une statue venait d’être installée dans la nouvelle église. De leur côté, les plus âgés voulaient rester fidèles à leur ancien patron. Comment mettre les deux groupes d accord ? On aurait pu tirer à la courte paille… mais ils trouvèrent une autre solution. Le jeu de crosse était très en honneur dans la région, en ce temps-là. Ils décidèrent donc que les partisans de saint Roch lutteraient contre ceux de saint Jacques. Un beau dimanche, la lutte au jeu de crosse eut lieu et ce fut saint Roch qui l’emporta. En beaux joueurs, les autres s’inclinèrent et le groupe fut dénommé « Pèlerins de saint Roch ».

Le vieux drapeau, au nom de saint Jacques, ne pouvait donc plus servir ; après l’avoir débarrassé de ses inscriptions brodées, on en a fait un manteau, pour la Vierge de 1’église.

En 1899,  au  moyen   de  leurs   deniers,  les  pèlerins  de Marbisoux   achetèrent  le  magnifique   drapeau  en  velours grenat, richement brodé, qu’ils possèdent actuellement et dont ils sont légitimement fiers. Il leur a coûté à l’époque 218 francs.

Une médaille est décernée aux anciens membres : il n’y a toutefois pas de  durée  fixe pour l’obtenir.  A la mort des  titulaires,  les décorations qui leur avaient été remises par la société, sont restituées à cette dernière et attachées a la hampe  du  drapeau.  Parmi  celles  qui s’y trouvent, je note : une de 25 millimètres de diamètre, argentée, portant à l’avers l’effigie de notre deuxième roi et en exergue : Léopold II, roi des Belges : au revers, est gravé : La Société saint Roch à François Wattiaux.  1880-1898 (]).

La première date est celle d’entrée dans la société.

 

(p.263) Une autre, même module et même avers ; au revers : La Société saint Roch à son président Hubert Dellier. ISGï-1903.

Une troisième, de grand module, dorée (diamètre 50 mm.) porte à l’avers l’effigie d’Albert et d’Elisabeth, et au revers : A notre président Hubert  Dellier, 1864  [sic]-1924.

Les membres encore en vie portent leur médaille attachée à leur blouse, lors des sorties du groupe. Il n’y a pas un type uniforme de décoration. Quand l’occasion se présente de décorer un membre, on se rend chez un graveur et l’on choisit l’un des bijoux disponibles en magasin: on y fait graver le nom de l’intéressé.

Quand un jeune membre se marie, on lui offre un cadeau. En cas de décès, le service funèbre (enterrement à 9 heures) est payé par la société. Un hasard providentiel a fait retrouver, dans un grenier, un exemplaire  imprimé  du  règlement  de  cette  confrérie. Je le reproduis tel  quel,  à titre  documentaire.

 

Règlement de la Confrérie des Pèlerins de Marhisoux établie le 13 juillet 1877 (1)

 

Art. 1er. La confrérie se compose des membres actifs et des membres honoraires,

Art, 2. Les membres actifs sont 12 frères qui doivent être vêtus d’une blouse en lustrine noire garnie de franges blanches et d’un chapeau noir, compris la canne des frères.

Art. 3. Tous les membres actifs et honoraires auront droit après leur décès, à uné messe qui sera chantée à 9 heures du matin dans l’église paroissiale de Marbisoux.

Art. 4. Les membres actifs devront porter le défunt en uniforme jusqu’au tombeau, sauf la canne, et sans intéresser les parents du définit, excepté en cas de maladie, sous peine d’une amende du 50 centimes.

Art. 5. Le défunt devra être couvert de sa blouse et de son chapeau jusqu’au tombeau (2).

Art. 6. Les frères devront assister aux processions en uniforme et faire la ronde le lundi de la fête, sous peine d’une amende de 50 centimes, exceptés les membres faisant partie de la Confrérie des Chevaliers de la Sainte-Croix.

Art. 7. Tous les frères devront se réunir le lundi de la fête en uniforme, à  5 heures du matin, à la Croix, pour la ronde, sous peine d’une amende de 50 centimes.

Art. 8. Le Trésorier devra rendre les comptes tous les ans, le lundi de la fête, âpres la danse des frères (3).

 

(1) Cette date n’est pas celle de la fondation de la société, ainsi qu’on pourrait le croire, puisque nous avons vu qu’une décoration avait été décernée à un membre entré en 1860.. On  ne possède aucun indice permettant de déterminer le début du groupement. Le 15 juillet 1877 est, vraisemblablement, la date  à laquelle le présent règlement a été élaboré.

(2) C’est-à-dire que la blouse et le chapeau seront déposés sur le cercueil.

(3) Actuellement, une  assemblée générale annuelle se tient un dimanche du début de janvier, vers  16 heures.  On y rend compte  de  la marche  de  la  société pendant l’exercice écoulé ainsi que   des  recettes  et   dépenses.   Elle   se  termine   pari une petite soirée récréative  au cours  de  laquelle on boit « le café des pèlerins ». Il s’agit d’un pot de café très fort et très sucré dans lequel on a versé un litre de bon genièvre.

 

(p.265) art. 9. Tous les membres honoraire devront verser 30 centimes par année, pour avoir droit à une messe, après leur décès.

Art. 10. Tous les frères qui seront connus d’avoir retenu de l’argent de la confrérie seront exclus et mis en état de poursuite.

Art. 11. Tous les frères devront verser 10 centimes le lundi de la fêle pour la confrérie.

Art. 12. Tous les frères qui serront reconnus de n’avoir pas ôté leur uniforme 2 heures après la rentrée des processions ou de la danse des frères, seront mis à l’amende de 1 franc.

Art. 13. La ronde des membres honoraires se fera tous les ans dans le mois de janvier, par trois frères.

Art. 14. Tous les membres effectifs et honoraires qui refuseront de solder seront exclus de la confrérie.

Art. 15. Tous les membres actifs ne seront pas tenus d’assister à la messe des membres honoraires.

Art. 16. La confrérie doit être organisée par un Secrétaire, un Trésorier et deux Commissaires qui seront tenus défaire la ronde aux membres honoraires dans le mois de janvier.

Art. 17.On ne peut prêter aucun de ses habits sous peine d’une amende d’un franc.

Art. 18. La commission ne peut pas débourser plus de 5 francs sans prévenir les membres.

Ait. 19. Le Trésorier ne pourra pas débourser un centime sans prévenir la commission.

Art. 20. Les assemblées se feront à la maison des membres, chacune à leur tour.

Art. 21. Tous les nouveaux membres actifs ne pourront pas être de 2 confréries.

Art. 22. Tous ceux qui ne seront pas présent à l’une ou l’autre des confréries seront à l’amende de 50 centimes.

 

La  Commission  :

Le  Secrétaire.       Le   Trésorier,     Le  Commissaire.    Le  Président,

J. B. Wauthier   Jacques Robert    François Wattiaux   Hub. Dethier

 

Le règlement a été réimprimé le 2 janvier 1932. Peu de changements y ont été apportés : le titre a été amputé du membre de phrase « établie le 15 juillet 1877 ». L’art. 10 a été ‘      supprimé. Le taux des amendes a été majoré et porté respectivcment à 150 fr. (art. 4). 25 fr. (art. 6) : 25 fr. (art. 7).; (…).

 

(p.266) Les noms des membres signa­taires sont naturellement les noms des membres actuels de la Commission.

Voici maintenant la harangue prononcée en 1947 :

 

Mes frères,

 

Après une randonnée comme celle que viennent d’entreprendre vos dévoués Pèlerins, nous voici de retour ; car vous n’ignorez pas que pour être fidèles à notre ancienne tradition, nous avons fait le voyage de Jérusalem en Palestine.

Après toutes les difficultés que nous avons surmontées courageu­sement, après toutes les surprises que vous offre un grand pèlerinage, c’est la joie au cœur que je rentre en qualité de Pasteur, dans mon bercail et que je me fais un devoir de vous résumer mon voyage.

Vous savez que nous arons seulement commencé ce voyage ce matin. Dès l’aube, nous prîmes le train pour Court-Saint-Etienne (1), aux usines Henricot, où nous avons rencontré le professeur Piccard qui était venu réceptionner ène boule di tous les diâbes. en aci ; pour li d-aler au fond dè l’ mér (2). Il nous raconta son ancien voyage dans la stratosphère, où il nous prouva an moyen des rayons comiques ou cosmiques. — dji n’ sarais djà pus dîre — qui l’ distance qu’ i gn-a intrè 1′ lune èyèt l’ solia è-st-égâle à l’ cène qu’i gn-a intrè l’ solia èyèt l’ lune.

Bref, il paraît que d’ici peu. c’est-à-dire si les conditions météorologiques, comme disent ces grands hommes, le permettent, on va diskinde 4 ou 5000 mètes bas dins l’ mér.

Eyèt ça, pouqwè ? Eyèt ça, comint ? (1)

 

(1) Court-Saint-Etienne se trouve à 13 km de Marbisoux.

(2) On sait que le professeur Auguste Piccard se proposait de descendre à 4000 mètres sous les mers, afin de s’y livrer à différentes recherches. La construction de la cabine sphérique en acier coulé, pièce principale du « bathyscaphe », avait été confiée aux usines Emile Henricot. à Court-Saint-Etieniie.

(3) M. Piccard rêvait de la stratosphère. Il s’envola d’Augsbourg en 1930 et on sait que cet essai ne fut pas heureux. Mais sa tentative de 1931, avec Kipfer, fut un triomphe. Le 18 août  1932, il remontait dans les nuages avec le physicien belge Cosyns.

(4) Pour nos lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec nos dialectes, voici la traduction du passage qui va suivre :

Et cela, pourquoi ? Et cela, comment ?

Pour trouver ou plutôt pour prouver que la sardine ne naît pas dans des boîtes, comme beaucoup semblent le croire. Il y a des personnes qui prétendent que le père de la sardine, c’est un maquereau ; c’est ce que nous verrons. Il [le professeur] pense rencontrer de gros poissons, comme des requins, des baleines et … cela me fait penser que, sans les baleines, il n’y aurait pas de parapluie. Il est vrai que la sardine n’a pas besoin de parapluie, vivant dans l’eau ; il peut pleuvoir en abondance, elle est à l’abri. Et vous n’avez jamais ouï-dire qu’une sardine était morte d’avoir eu les pieds mouillés. Cela, c’est le pourquoi, A présent, le comment. Il paraît que cette boule d’acier s’appelle un batisphère, lequel doit résister à d’énormes pres­sions. Il y a des lucarnes pour regarder, des appareils pour mesurer, des vivres pour manger de l’alcool pour le cas où l’on aurait une défaillance; enfin, tout est parfait. Ensuite, à la partie supérieure du batisphère se trouve un gros anneau pour attacher le câble ; en outre, il y a un cabestan pour laisser descendre tout doucement. Nous écoutions tous Piccard sans comprendre grand-chose dans toutes ses théories de batisphère, cabestan, baromètre, force centrifuge,   etc…. quand,  tout à coup, je lui dis : « Si vous voulez aller dans la mer avec le batisphère et le cabestan, moi je vous conseille d’y aller avec la sphère et le câble, et de laisser là Baptiste et Bertrand parce que je ne tiens pas à ce qu’ils s’en aillent. »

 

(p.267) Pou trouver, ou putôt pou prouver qui l’ sardine èn’ vént nén au monde dins dès bwèsses come bran.mint ont l’ér dèl fwêre. I gn-a dès céns qui prétindenut qui l’père dèl sardine, c’è-st-in makerau ; c’èst ç’ qui nos vîrons. I pinse rèscontrer dès hauts pèchons come dès rèkins, dès baleines, èyèt … ça m’ fait sondjî qui sins lès baleines, i gn-arait pont d’ parapluie. Il est vrai qui 1′ sardine n’a nén dandji d’ parapluie, vikant dins l’eûwe, i pout ploûre tant qu’i vout, èlle è-st-à iute. Eyèt vos n’avèz jamés ètindu dîre qu’ène sardine estait miwate d’awè ieû ses pîds frèches. Ça, c’èst 1′ « pouqvè ».

Asteûr, èl « comint ». I parait qui ç’ boule-là d’aci s’apèle un batisphère qui doit résister à des pressions énormes. I gn-a des lucarnes pou wétî, des appareils pou mèsurer, du ravitayemint pou mindjî, ène goute pou s’ on d’vérait drole; enfin, ça y-èst bén montè. Alôrs, al copète do batisphère, i gn a in gros ania pou atachî 1′ câbe ; alôrs i gn-a in cabèstran pou lèyî diskinde tout doûcemint. Mins nos choûtîn’ tèrtous Piccard sins comprinde grand chôse dins toutes sès téorîyes di batisphère, cabertran, baromètre, force centrifuge, etc. Quand tout d’in côp, dji lî dis : « Si vos v’loz d-aler dins l’ mér avou l’ batisphère èyèt 1′ cabèrtran, mi dji vos consèye di d-aler avou li sphère èyèt (p.268) 1′ câbe, èvèt di lèyî Batisse èyèt Bertrand (1) là, pace qui mi, dji n’î téns nén …»

Heureux de pouvoir renseigner aux auditeurs sur cette grande expérience, nous partîmes, ensuite, pour Jérusalem, terme de notre voyage. Là, nous avons vu des pèlerins qui, comme nous, allaient de ville en village, ramassant le bien d’autrui pour rentrer triompha­lement avec, dans leur petite localité, afin de faire la vente du bien d’autrui.

Eh bien, mes frères, je ne vous retiendrai pas plus longtemps, si ce n’est pour vous dire que nous avons besoin de beaucoup d’argent. Nous sommes prêts à tout, décidés à tout accepter, même les bleus billets de cinq cent francs (2). Oui, mes frères, je voudrais que l’on jette loin de soi l’avarice et que l’on crie bien haut, une main sur la conscience et l’autre sur le porte-monnaie : aidons ces pauvres honteux ! Mais non, mes frères, nous ne voulons pas la charité, nous voulons seulement que tout le monde, les économique­ment forts et les économiquement faibles (3), achètent nos produits et c’est pourquoi nous allons commencer la vente du bien d’autrui.

 

Divant d’ comincî, dji va vos doner mès condicions :

Considèrant qui ça sèréve damâdje di lèyî tourner à cu d’ pouyon ène société come èl nowe ;

Considérant l’accueilo réservè aus Pèlèrins dispûs leû-n-aparicion dins l’ monde ;

Dèsirant doner ène preûve toute particulière di l’intèrêt qui nos pwèrtons al gaité dès djins d’ nos djins ;

 

(1)  Jeu de mots : Bâtisse et Bertrand étaient deux des pèlerins.

(2) Depuis le 1er août 1946. la Banque Nationale de Belgique procédait à l’échange contre de nouvelles coupure des billets de 500 francs, imprimés à Londres, sous la date du 1er février 1943, et mis en circulation après la libération du territoire (billets de couleur prédominante bleue, avec impression irisée allant du vert au violet).

(3) A la suite de la suppression de certains subsides gouver­nementaux, des bons compensatoires furent accordés,  à partir du  1er   juin   1947,    aux   «économiquement   faibles».   Etaient considérés comme tels, notamment, les pensionnés, les personnes âgées de plus de 65 ans, les salariés et appointés dont les ressources annuelles ne dépassaient pas 72.000 fr. + 4 000 fr. par enfant. Ces bons compensatoires avaient, au début, une valeur de 62 francs par personne et par mois.  Tout cela a subi bien des changements par la suite, pour finir par disparaître.

 

(p.269) Avons arètèt èt arètons, dècrètè èyèt dècrètons :

Art. 1er. Cointréremint  aus-autes-anéyes, nos n’ fèyons pus crédit à pèrsone.

Art. 2. Nos-avons suprimè l’ taxe di transmission; i gn-âra pus dandji di coler in timbe su l’  livrèt d’ mariâdje chake côp qu’ on donera in bètch à s’ feume.

Art. 3. Nos fèyons ène reumise di 10 à tous lès céns qu’ ont ieû leû chike ayêr, èt à tous lès maleûreûs dèputés qui n’ gangnenut qui 180.000 francs (1).

 

Asteûre, en route ! Quî mèt à pris ? (s).

 

 

AUTRES LOCALITÉS

 

Voyons maintenant comment les choses se passaient dans les autres localités : La Roche (Court-Saint-Etienne [Ni 76]), Baisy-Thy [Ni 105] et son hameau de Tangissart, Cortil-Noirmont [Ni 110], Gentinnes [Ni 108], Saint-Géry

 

(1) Les membres de la Chambre des Représentants portèrent leur indemnité annuelle de 42.000 francs, à 60.000 francs le 1er novembre 1944, à 100.000 francs le 1er novembre 1945 et à 180.000 francs le 1er janvier 1947, alors que le salaire des ouvriers était bloqué, ce qui donna lieu à beaucoup de critiques. C’est par ironie qu’il en est parlé ici.

(2) Voici la traduction de ce texte wallon :

Avant de commencer, je vais vous faire connaître mes condi­tions :

Considérant que ce serait dommage de laisser dépérir une société comme la nôtre ;

Considérant l’accueil réservé aux Pèlerins, depuis leur appa­rition dans le monde;

Désirant donner une preuve toute particulière de l’intérêt que nous portons à la gaité des gens de chez nous ;

Avons arrêté et arrêtons, décrété et décrétons :

Art. 1er. Contrairement aux autres années, nous ne faisous plus crédit à personne.

Â.rt. 2. Nous avons supprimé la taxe de transmission ; il n’est plus nécessaire de coller un timbre sur le livret de mariage, chaque fois qu’on donnera un baiser à sa femme.

An, 3. Nous faisons une remise de 10 % à tous ceux qui ont eu leur cuite hier, et à tous les malheureux députés qui ne gagnent que 180.000 francs.

A présent, en route ? Qui met à prix ?

 

(p.270) [Ni 109], Mellery [Ni 107], Villers-la-Ville [Ni 106], Sart-Dame-Avelines [Ni 112], Tilly [Ni 114] et son hameau de Strichon, Marbais [Ni 113], Villers-Perwin [Ch 11]. Wagnelée [Ch 12], Brye [Ch 13], Saint-Amand [Ch 22], Boignée [Na 50]. Fleurus [Ch 33], Thiméon [Ch 29], Wangenies [Ch 32], Grand-Manil [Na 2l], Corroy-le-Château [Na 32]. Sombreffe [Na31], Bothey [Na 43], Bossière [Na 33], Ligny [Na 14], Tongrinne [Na 42], Mazy [Na44], Saint-Martin [Na 52], Balâtre [Na 51], Onoz [Na 53].

 

Epoque

 

Dans la région envisagée, les ducaces  ont  lieu, généra­lement,  de juin à  septembre.   Cependant,  avant  la guerre 1914-18, celle de Wangenies (Bon-Air) (1) se faisait au mois de mars avant le départ des briquetiers. Par contre, celle de Baisy-Thy avait lieu, jadis, le dimanche après la Toussaint. (Cette époque anormale avait sa  raison d’être : presque

 

(1) Jadis, il n’y avait qu’une fête communale à  Wangenies mais, vers 1900, le hameau de Bon-Air voulut avoir sa ducace particulière. Celle-ci a lieu le 3e dimanche de juillet.

 

(p.271) tous les habitants exerçaient la profession de maçon, plafonneur ou briguetier et, comme tels, allaient travailler en France. C’était après leur rentrée au pays, le gousset bien fourni, qu’ils prenaient leurs amusements.

En règle générale, c’est le lundi de la fête paroissiale, que la « sortie des pèlerins » avait lieu (Mazy, Bossière, Saint-Arnaud, Bothey, Boignée, Saint-Martin, Grand-Manil, Balâtre, Tilly, Strichon, Mellery, Cortil-Noirmont.Tangissart, Corroy-le-Château, Ligny, Tongrinne, Onoz, Gentinne, Saint-Géry). Parfois, c’était le mardi (Thiméon, Fleurus, Wangenies, Bon-Air et même, dans cette dernière localité, le mercredi, quand ce jour tombait le 21 juillet, jour de la fête nationale).

 

Composition

 

Le plus souvent, prenaient part à la sortie des pèlerins ceux qui avaient passé la nuit à boire (Mazy, Bossière, Saint-Martin, Balâtre, Till,. Mellery). Dans la majorité des cas, le nombre des participants n’était pas limité, n’importe qui pouvait faire partie du groupe : hommes, femmes et enfants étaient admis. Toutefois, à Baisy-Thy, pour « faire les pèlerins ». il fallait être âgé de plus de 30 ans et avoir le costume réglementaire.

A Wangenies (Bon-Air), la jeunesse se désintéressant complètement de cette coutume, le groupe des pèlerins est composé uniquement des membres du comité des fêtes, de leurs épouses et de quelques calbaretiers.

Actuellement, à Villers-la-Ville, le nombre des participants n’est plus que de six, plus un porte-drapeau. Avant la dernière guerre, on en comptait une vingtaine. La principale cause de cette désaffection réside dans le fait que, pendant l’occupation allemande, les costumes des pèlerins, qui étaient rémisés au café Buffin, ont été partiellement dérobés par des soldats ennemis : pour les remplacer, il faudrait débourser une somme assez rondelette qui n’est pas toujours à la portée des intéressés.

A. Marbais, avant la guerre 1914-18, le nombre des pèlerins était,  comme  à  Marbisoux, fixé à douze.  Actuellement, il n’y a plus de limite au recrutement et le caractère primitif de la coutume a disparu.

A Sart-Dame-Avelines, la fonction de pèlerin se transmet ordinairement de père en fils, mais de nouveaux adeptes sont parfois agrées.

 

(p.272) Dénomination

 

Rares étaient les groupes de pèlerins qui se plaçaient sous la protection d’un saint. Nous avons vu qu’avant 1872, ceux de Marbisoux s’appelaient « Pèlerins de saint Jacques ». On retrouve la même appellation à Marbais, Villers-la-Ville, Strichon, Sart-Dame-Avelines (1), Wagnelée, Villers-Perwin.

D’autre part, depuis 1872, ceux de Marbisoux s’appellent « Pèlerins de saint Roch », ainsi que ceux de Baisy-Thy, avant 1875 (2).

 

Drapeaux

 

Nous avons vu que les pèlerins de Marbisoux possèdent un beau drapeau.

Jadis, ceux de Marbais, leurs voisins, en avaient égale­ment un sur lequel figurait la mention : Marbais. Confrérie des pèlerins di Saint-Jacques. 1886. Cet étendard n’existe plus. I1 était déposé au local de la Confrérie. A la mort du tenancier, c’est une de ses filles qui en a eu la garde; mais lorsqu’elle quitta Marbais, en 1920, pour aller habiter en France, elle confia le drapeau aux religieuses de Marbais, lesquelles ont cru bon de faire disparaître les inscriptions susdites, pour ne laisser subsister que la partie centrale représentant saint Jacques ; elles en ont fait ainsi une petite bannière qui existe encore et qui est portée aux processions.

Le drapeau des pèlerins de Villers-la-Ville, don de Mme Auguste Dunont, est en velours noir (3) : il mesure 1 m. 06 de côté. Sous l’angle supérieur, on lit Villers-la- Ville : dans le bas : Pèlerins de Saint-Jacques ; au centre, dans un ovale, se trouvt saint Jacques, en tenue de pèlerin, le tout richement brodé d’or. Ce drapeau accompagne non seulement les pèlerins lors de leurs sorties, mais il est présent à l’enterrement d’un «frère », qu’il s’agisse de funérailles reli­gieuses ou, ce qui s’est déjà produit, d’un enterrement civil.

 

(l) Cette dénomination paraît avoir été à l’origine du groupe. M. Linet me dit que sa grand-mère, née en 1824, a toujours accolé ce nom à la société

(2) Pourquoi  cette   dénomination ?  On  n’a  pu  me  le dire. L’église est dédiée à saint Hubert.

(3) Et non «rouge» comme l’écrit   le journal  Le Brabant Wallon  reproduit    par    Le   Folklore    brabançon, p. 387-391. D’autres détails, de cet article, sont inexacts.

 

(p.273) Comme nous le verrons plus loin, au chapitre « Règle­ment », le drapeau de la Confrérie saint Jacques de Wagnelée, existe encore, bien qu’on ne s’en serve plus.

 

Costumes

 

Comme les pèlerins de Marbisoux, ceux de Marbais possédaient également deux tenues semblables à celles de leurs voisins, sauf que le galon était noir : la plus belle pour assister à la procession de la sainte Croix et à celle du saint Sacrement, ainsi qu’aux funérailles d’un « frère » ; l’autre, pour le lundi de la fête. Toutes les tenues étaient déposées au local de la société. Chaque «frère » avait éga­lement un bâton d’environ 1 m. 25 de longueur surmonté d’une planchette ronde, d’environ 25 cm. de diamètre, posée verticalement, et sur laquelle était peint saint Jacques. Ce bâton ne servait qu’aux processions et enterrements. Pour effectuer la tournée du lundi de la fête, les «frères » se contentaient d’une simple perche, de même longueur, à laquelle ils attachaient les dons en nature reçus ou dérobés en cours de route.

L’ancien costume traditionnel a été délaissé après la guerre 1914-18 et les participants revêtent maintenant des tenues fantaisistes : parfois ils se travestissent en militaires ; parfois aussi, ils endossent un sarrau, se couvrent d’un vieux chapeau ou d’une casquette de soie, et se nouent un mouchoir rouge autour du cou.

Le costume des pèlerins de Villers-la-Ville ressemble assez bien à celui des « frères » de Marbisoux : la blouse en lustrine, longue de 95 cm., se boutonnant sur le devant et garnie, au

bas, ainsi qu’aux manches et au col, d’un galon blanc. Le même galon se retrouve sur le bord extérieur de la pèlerine ; celle-ci longue de 40 cm., est faite  de la même lustrine. Comme couvre-chef, un chapeau tricorne avec galons. Une ceinture, en noir et blanc comme le reste, est nouée à la taille. Anciennement, les «frères» portaient un pantalon blanc ; de nos jours, aucune couleur n’est imposée.

Vers 1905, les pèlerins de Villers-Perwin portaient  un costume se rapprochant de ceux de Marbisoux, Marbais et Villers-la-Ville   :  blouse   en   toile  bleue  recouverte   d’une

Pèlreine noire garnie d’écailles d’huîtres (1) ; culotte blanche

 

(1) Les coquilles furent le symbole de la puissance de saint jacques ; c’était pour l’honorer que les pèlerins en portaient. Une tradition racontait qu’au moment où le navire qui transportait  de  la  Palestine  en  Espagne,  les   reliques  de  cet  apôtrte, s’approcha des plages de la Galice, un cheval qui était monte par  un jeune  marié,  s’élança  dans  la  mer  et  s’ approcha  du vaisseau pour l’escorter. Le marié reconnut la puissance de Dieu et les mérites de saint Jacques et se fit baptiser. Pendant la cérémonie, on entendit une voix au Ciel qui déclara qu’à l’avenir, les  écailles   seraient   un  signe   authentique   qui rappellerait les vertus du saint. C’est de là que vint la coutume, pour les pèlerins de la Galice, d’en orner leurs vêtements. (DE MONTALEMBERT, Histoire de Sainte Elisabeth, introduction, p. 144. Cf. A. Cochet, Sépultures chrétiennes au Moyen Age, in Revue d’art chrétien, t. VI. Oct. Thorel. L’équipement d’un pèlerin picard à Saint-Jacques de Compostelle, in Bulletin trim. de la Société des Antiquaires de Picardie, 4e trim., 1908, p. 526-528).

Actuellement,  oa  appelle  encore  coquilles  St-Jacques cells qui sont utilisées pour la cuisine.

 

(p.274) ou rouge ; chapeau rond et plat, comme celui des prêtres, et garni d’une fleur ou d’une plume. C’était, paraît-il, une réminiscence d’un costume porté jadis et abandonné pendant un certain temps. Une dizaine d’années plus tôt, en effet, les pèlerins nous sont décrits comme étant affublés de défroques qui formaient les plus bigarrés des travestissements C1).

Le costume des pèlerins de Wagnelée était sensiblement le même (voir ci-après au chapitre « Règlement ». l’art. 3).

Il en allait pareillement de celui des « frères » de Baisy-Thy : longue blouse en lustrine noire, d’après les uns ; sarrau bleu, d’après les autres, avec pèlerine bordée de fanfreluche blanche, chapeau à larges bords et bâton, ces deux derniers garnis comme la pèlerine.

Avant la guerre 1914-1918, les pèlerins de Sart-Dame-Avelines possédaient une longue lévite noire. Mais, à cause de la rareté et du prix élevé des tissus pendant l’occupation, ils en ont confectionné des vêtements. Actuellement, ils s’habillent de vieux costumes. Seul, le « notaire » porte une jaquette ou une redingote noire et un chapeau haut de forme (buse) à l’ancienne mode : très haut et à bords évase.

Ailleurs, la plus grande fantaisie était laissée pour le choix d’un travestissement. Parfois les intéressés se contentaient de retourner leur veston (Boignée, Bothey, Bossière) ou d’endosser des vêtements de fantaisie : costume militaire, pyjama (Strichon, ou de vieilles défroques (Gentinnes,

 

(1) Wallonia, t. II (1894), p. 57.

 

(p.275) Saint-Amand, Bothey, Mellery, Balâtre, Cortil-Noirmont). Parfois aussi les femmes s’habillaient en hommes et les hommes en femmes (Thiméon, Strichon, Tongrinne, Onoz, Wangenies). A Saint-Géry, les hommes portaient sarrau, pantalon blanc, chapeau « buse » (haut de forme) et se maquillaient quelque peu.

En certains endroits, l’habitude de se travestir et de se grimer est plus ou moins abandonnée. A Tongrirme notam­ment, à quelques rares exceptions près, pendant les dernières années, la tournée se faisait eu costume ordinaire.

 

Assistance à la messe

 

Parfois, les pèlerins, avant de commencer leur collecte de fruits et de légumes dans la localité, assistaient à un office religieux ; parfois aussi, c’était avant de commencer la vente qu’ils y allaient (Marbais).

A Baisy-Thy, une messe leur était offerte gratuitement, ils s’y rendaient accompagnés de la «musique» de la fête et d’un « cheval-godet » : ce dernier y demeurait bien tran­quille. Au cours de l’ofice, une offrande avait lieu et le pèlerin qui y passait le dernier, renversait le contenu du plateau dans un sac dont il était porteur. C’était une recette supplémentaire pour le groupe.

A Tangissart. c’est également accompagné d’un cheval-godet que les « frères » et les « musiciens » assistaient à la messe de 9 heures qui était chantée à l’intention des « pèlerins ».

Saint-Martin ne possède pas d’église, mais à 9 heures, le curé, de Balâtre (les deux localités ne forment qu’une seule paroisse) venait chanter une messe à la chapelle Saint-Martin. Pour son déplacement, on le gratifiait d’un canard : la messe n’était pas payée autrement.

A Grand-Manil (1), les pèlerins assistaient à la « messe de jeunesse ».

A Tilly, bien que les affiches annonçant la fête communale, Maintiennent régulièrement pour le lundi, « à 9 heures, messe des pèlerins ». ceux-ci n’y assistent pas.

 

(1) Grand-Manil possède une église depuis quelques années seulement, elle est dédiée à sainte Thérèse. La première messe fut chantée dans ce temple le 8 décembre 1931. Avant cela,  Grand-Manil dépendait du Gembloux au point de vue spirituel.

 

(p.276) A Wagnelée, les pèlerins assistaient à la messe de neuf heures, chantée en l’honneur des membres défunts et payée par la caisse de la Confrérie de saint Jacques.

A Sart-Dame-Avelines, les pèlerins se rendent à la messe de neuf heures, sans se séparer de leur butin. Ils y font une collecte au profit de leur groupe. A chaque offrande qui tombe dans le tronc, ils disent : « Dieu vous le rende ! ».

A neuf heures, précédés du porte-drapeau et de toute la jeunesse, les pèlerins de Villers-la-Ville se rendent à l’église pour assister à une messe spéciale, commandée par eux, à l’intention des défunts de la paroisse. Depuis quelques années, l’assistance à cette messe n’est plus aussi nombreuse.

 

Départ

 

Vers 3 heures du matin (Tangissart), 5 heures (Tilly, V illers-Perwin), les pèlerins commençaient leur tournée. Là où ils se présentaient, les habitants devaient se lever et leur donner un peu d’argent. Ailleurs, le départ n’avait lieu que vers 7 heures (Corroy-le-Château) ou vers 9 heures, après la sortie de la messe de jeunesse (Gentinnes, Boignée, Mellery). Ceux de Wangenies (Bon-Air) ne se mettaient en route qu’à la soirée.

Le dimanche à minuit, les pèlerins de Corroy-le-Château, munis de troncs, collectaient déjà afin de mettre à contri­bution les étrangers venus à la ducace. Pour effectuer cette collecte ils étaient travestis et grimés.

Les pèlerins étaient parfois accompagnés des chefs de jeunesse et de quelques musiciens {Gentinnes. Boignée, Corroy-le-Château, S aint-Géry).

A Tongrinne, le rassemblement avait lieu, le matin au café Hublet, situé au quartier du Docq

(1). Outre les « capi­taines de jeunesse » et un « cheval-godet », il y avait quelques musiciens engagés pour la fête et, enfin, la foule des pèlerins. Avant de quitter le Docq, vers 10 heures, pour se mettre en route, la musique jouait la Brabançonne; après quoi, les pèlerins rangés en cercle autour du « cheval-godet », faisaient la première danse, dénommée la «polka d’Humerée » (2).

 

(1) Carrefour situé au croisement des grands-routes Namur et Charleroi-Tirlemont, où s’élèvent des maisons qui appartenaient à la famille du docteur Docq.

(2) C’était une espèce de pot-pourri composé de « scies » à la mode, entrecoupées d’airs des « Gilles ».

 

(p.277) Le groupe s’ébranlait alors et parcourait les principales artères de la localité pour revenir aux quatre bras du Docq, son point de départ.

Après avoir assisté à la messe, les « frères » de Wagnelée, au nombre d’une douzaine, accompagnés de quelques musiciens, partaient, disaient-ils, pour Saint-Jacques de Compostelle ; mais ce lointain voyage consistait simplement, à parcourir les principales rues de la commune.

Antérieurement à la guerre 1914-18, ceux de Marbais se réunissaient vers 6 heures du matin, parfois même plus tôt et « partaient pour Jérusalem ». deux par deux.

 

En cours de route

 

En règle générale, les pèlerins visitaient toutes les habi­tations; toutefois, à Bothey et à Grand-Manil, ils ne s adressaient qu’aux « bonnes maisons » et ne sollicitaient que de l’argent.

Partout où ils se présentaient, on leur donnait des légumes, des fruits, des fleurs, un morceau de tarte ou autre chose. Le tout était déposé dans une manne portée par l’un des participants (Mazy, Bossière, Saint-Amand, Boignée, Saint-Martin, Cortil-Noirmont, Marbais, Wangenies, Balâtre, (p.278) Corroy-le-Château, Tongrinne, Saint-Géry) ou portée par deux gamins du village (Onoz,  Wangenies-village).

Parfois, on utilisait une charrette tirée par un chien (Bossière) ou par un âne (Mellery), ou encore, poussée à bras par l’un des pèlerins (Strichon). Il arrivait aussi, que le lot était déposé dans un petit tombereau emprunté à un fermier quelconque (Tangissart, Villers-Perwin). A Sart-Dame-Avelines, antérieurement à 1870 environ, les pèlerins recevaient des tartes qu’ils déposaient dans une hotte. Actuellement, comme ailleurs, on ne leur donne que des légumes.

 

Après l’office, les « frères » de Villers-la-Ville se réunissent et, accompagnés du drapeau, se rendent chez les habitants où ils reçoivent soit des légumes, soit un œuf, ou un lapin, ou un coquelet, etc. Ils emportent le tout sous le bras; quand la charge est trop encombrante, ils vont la déposer sur la place ou dans une maison voisine.

Le plus souvent, pour recevoir les dons en espèces, l’un des pèlerins était porteur d’un tronc (Marbais, Saint-Martin, Balâtre) ou d’une boîte à cigares remplissant la même fonction (Grand-Manil).

A Tongrinne, depuis 1920 environ, et tout le long du parcours, l’un des pèlerins sollicitait une obole, non seulement des habitants, mais également des passants.

Non contents de quémander une aumône, les pèlerins de Marbais dérobaient dans les jardins, des fleurs, un chou ou d’autres légumes. Leur tournée finie, ils se réunissaient dans leur local, près de l’église, pour y déposer leur butin.

En de nombreux endroits, une croix à la craie était faite sur les chaussures des donateurs en espèces (Mazy, Bossière, Strichon, Mellery, Baisy-Thy, Tangissart, La Roche, Ligny, Gentinnes).

 

A Corroy-le-Château, l’un des trois pèlerins était porteur d’une manne, un autre tenait en main une croix de bois et If troisième un tronc.

A Gentinnes, lorsque le groupe passait devant une maison habitée par une jeune fille, il s’arrêtait et on dansait, la demoiselle était alors invitée à se joindre aux autres et à grossir la bande. Quand la tournée était terminée, vers 13 heures, il y avait de 100 à 150 personnes derrière les musiciens, pour revenir sur la place.

Il en était de même à Mazy et à Wagnielée. Faut-il ajouter qu’on  avait soin de ne passer aucun cabaret, ce qui était une nouvelle occasion ce danser ?

(p.279) Eu cours de route, les pèlerins de Tongrinne et les musi­ciens qui les accompagnaient,. faisaient une cinquantaine d’arrêts, car tous ceux qui avaient payé pour la ducace, étaient gratifiés d’un air de musique devant leur demeure et, tandis que certains dansaient, d’autres entraient dans la maison pour Loire un verre de bière ou de liqueur et manger un morceau de tarte.

 

Vente du bien d’autrui

 

En règle générale, lorsque les pèlerins avaient terminé leur collecte de fruits, de légumes et autres produits, ils revenaient sur la place communale où avait lieu la «vente du bien d’autrui ». expression consacrée presque partout (Tilly, Wangenies, Tongrinne, Strichon, Corroy-le-Château, Mellery, Saint-Amand, Baisy-Thy, Gentinnes, Ligny, Sart-Dame-Avelines, Marbais, Villers-la-Ville, Wagnelée, Wangenies).

 

Les intéressés désignaient entre eux celui qui remplirait les fonctions de « notaire ». D’ordinaire, on choisissait le plus spirituel de la bande (Onoz). A Boignée, Louis Bouffïoulx dit Yaume, était l’aine de ce divertissement. Après sa mort, celui qui le remplaça n’obtint pas le même succès ; il était loin d’avoir le bagout qu’il fallait et ses harangues frisaient parfois la grossièreté, ce qui déplaisait à certains.

 

A Sart-Dame-Avelines, la charge de notaire se transmet de père en fils depuis de longues années. Elle a été détenue longtemps, par la famille Didi, mais le descendant qui la remplissait (Hubert Francotte) a quitté Sart pour Villers-Perwin, en 1906. Pendant tout le temps qu’il est resté valide, il est revenu, chaque année, exercer ses fonctions de «notaire des pèlerins », le lundi de la fête. Le Bwèsî (Alfred Baburiaux) cumule actuellement cette fonction avec celle de « chef des pèlerins » (1). Après chaque adjudication du notaire. la musique joue un motif de danse en faveur de l’acquéreur.

Le notaire était parfois accompagné de son « clerc » (Saint-Martin, Onoz). Le plus souvent, le tabellion occasionnel désignait, parmi les personnes présentes, celle qui devait acquérir l’objet mis en vente et fixait le prix à payer — parfois un prix fantaisiste : 20.000, 50.000 et davantage. On

 

(1) En 1947, « Frèd’ du Bwèsî » a fait sa « tournée » accompagné de son fils, un gamin d’une douzaine d’années, vêtu du costume de «notaire» : il l’initie déjà à ses fonctions futures.

 

(p.280) donnait naturellement ce qu’on voulait (Villers-la-Ville, Marbais, Wagnelée, Corroy-le-Château. Ligny, Onoz, Strichon, Saint-Martin, Balâtre, Villers-Perwin, Saint-Amand). Toutefois, le notaire avait soin de s’adresser aux personnes aisées (Mazy). Parfois aussi, le lot était présenté à l’acquéreur sur une assiette ou un plateau (Saint-Martin, Strichon, Boignée). Il arrivait cependant que le prix demandé devait être payé intégralement, et chacun le faisait sans rechigner (Cortil-Noirmont, Saint-Géry). Il arrivait, égale­ment que l’objet ou le lot mis à prix était adjugé au dernier enchérisseur : dans ce cas, le prix offert devait être payé intégralement (Mellery, Tangissart). A Saint-Géry, après la vente, avait lieu sur la même place, un repas en commun : on y fricassait un canard, que la bande avait reçu en cours de route.

 

A Gentinnes, chaque objet était adjugé au plus offrant. Si aucun amateur ne se présentait, le vendeur fixait un prix et désignait, parmi les spectateurs, la personne — la plupart du temps une jeune fille — qui devait l’acquérir. Celle-ci bien souvent se sauvait, mais ne tardait pas à être rejointe par un pèlerin qui la ramenait sur la place, où, en riant, elle payait le prix fixé. Le choix se portait toujours sur les personnes les plus cossues et aucune ne refusait de verser la somme imposée. Chaque acheteur était honoré d’un peu de musique. Quand il s’agissait de vendre une tarte, elle était présentée sur un plateau. Selon l’usage, celui qui l’achetait la remettait à un pèlerin qui la mangeait sur-le-champ. Celui des pèlerins qui n’en avait pas reçu mordait dans celle de son voisin.

Jadis, à Grand-Manil. au cours de leur tournée, les pèlerins recevaient les tartes qui étaient vendues publiquement sur la place, vers 13 heures. Le président du Comité des fêtes se chargeait de cette vente. L’acquéreur était désigne d’office et si celui-ci refusait de payer le prix demandé, on lui collait la tarte sur la figure.

 

A Bothey. le notaire  désignait la personne — souvent une jeune fille — à qui il fallait offrir un morceau de tarte, et le prix à réclamer, mais on donnait  ce qu’on voulait.

A Boignée,  c’était  sur le  char  servant  de kiosque que le notaire passèt lès tautes (vendait les tartes aux enchères) selon   l’expression   consacrée.    Ce   n’était   pas   seulement les tartes qui étaient mises à prix; tous les objets reçus y passaient. Avant de commencer ses opérations, le notaire donnait connaissance d’une façon plaisante, des conditions de la vente ; il terminait en disant : Si vos avèz ène rèclamacion (p.281) à fé, i faut d-aller rue tape-tu-là, èyu-ce qu’on bat l’ bûre au flaya (…où on bat le beurre au fléau). Le notaire augmentait lui-même les enchères. Par exemple : un poireau pour 1 franc. 10 fr., 20 fr.. 50 fr. adjugé pour 60 francs à Mme X, laquelle était présente ; un des « capitaines » lui apportait, son lot sur une assiette et elle donnait ce qu’elle voulait. (.’Laque habitant recevait un objet.

Parmi les vieux que j’ai pu interroger à Bossière, je n’ai rencontré personne qui se rappelât positivement une vente des produits recueillis. Ils étaient mangés le soir, m’a-t-on dit, par les pèlerins. Mais cela me paraît invraisemblable, étant donné la diversité des légumes généralement reçus. Passe encore pour la tarte…

 

Danse des pèlerins

 

Ordinainement, après la «vente du bien d’autrui ». avait lieu la « danse des pèlerins » qui consistait, de manière générale, en un quadrille ou en une autre danse à la mode. Parfois, elle était réservée aux seuls pèlerins (Mazy, Tilly, Sart-Dame-Avelines) ; parfois aussi, tout le monde pouvait y prendre part (Ligny, Saint-Amand. Onoz, Tangissart, Bossière, Bothey. Balâtre, Saint-Martin, Boignée, Strichon, Wangenies). Dans certaines localités, les affiches annonçant la fête locale, mentionnaient, en dehors des autres réjouis­sances, la « danse des pèlerins » (Balâtre. Saint-Martin, Mazy).

A Gentinnes, c’était avant la vente qu’on faisait la dite danse  – une  danse en vogue  avant   la guerre  1914-18  : polka, mazurka,  scottish  ou autre. Dans la même localité, après la vente, avait lieu le « rondeau final », lequel n’était qu’un pot-pourri d’airs à la mode. Pour ce rondeau, chaque pèlerin choisissait une cavalière avec laquelle il dansait à sa manière, en ne ménageant ni grimaces, ni contorsions, dans le but de faire rire les spectateurs. Cette danse terminée, et avant de se séparer pour aller dîner, le trésorier de la jeunesse payait un verre à tous, dans un café voisin ; le « chef des pèlerins » en payait un second, dans un autre café.

Ce « chef  des   pèlerins »   était   choisi   par  l’ensemble   des «frères»;  c’est lui  qui  était  chargé  de recevoir l’argent. Comme signe distinctif, il portait une cocarde tricolore à la boutonnière.

A Thiméon, vers 20 heures, la rentrée du groupe se fait devant une foule énorme ; la place communale est noire de monde pour assister au rondeau final qui a lieu sur le kiosque.

 

(p.282) En 1949, à un certain moment, au cours d’une samba, le kiosque s’effondra, précipitant pèlerins et musiciens sur le sol. Tout le monde se releva tant bien que mal: heureu­sement, personne ne fut blessé, et les spectateurs s’en donnèrent à cœur joie.

A Villers-Perwin, lorsqu’elle arrivait devant la chapelle Saint-Jacques, la troupe s’arrêtait et la musique entamait une danse de son répertoire : valse ou polka.

C’est à ce moment que commençait la danse très carac­téristique des pèlerins. Toute la foule, aux sons des gais flons-flons, se rangeait en rond, les hommes à l’extérieur, les femmes en cercle, à l’intérieur. Chaque pèlerin était nanti d’un bâton dont le bout, grossièrement sculpté, était censé représenter la tête de saint Jacques. Tout le monde tournait, et, en se trémoussant, les hommes entrechoquaient leurs bâtons et les croisaient de manière à former une voûte sous laquelle ondulaient les femmes restées dans le cercle (1).

Après la danse, la foule prenait une attitude plus ou moins recueillie et pénétrait dans la chapelle. Là, deux anciens se détachaient du groupe. L’un d’eux, dont le souvenir est resté vivace, papa Tatiche, adressait au saint une allocution irrespectueuse, en patois local. On l’accusait, notamment, de « s’amuser » avec Chule (Ursule), une vieille voisine de sa chapelle. On l’appelait vî vaurén, vî lache, vî fènèyant. etc. {2).

Le groupe se rendait ensuite à la chapelle Saint-Hubert, située à l’autre extrémité du village. La harangue, très respectueuse cette fois, était adressée au saint.

 

(l) Cette danse ressemblait étonnament à la « danse macabre » encore exécutée par les Archers de saint Sébastien, à Marbais, le jour du tir du « Roi ».  Cf.  mon étude sur Le    Serment des Archers   de   saint   Sébastien   à   Marbais   (Brabant), dans Le Folklore Brabançon, n° de décembre 1951.

(2) Cette façon irrévérencieuse  de  s’adresser à un saint ne doit pas nous étonner. On sait que partout, même dans certains établissements religieux, on  retrouve  la coutume de châtier la statue des saints qui n’exaucent pas les prières qui leur sont adressées.

C’est par erreur  que   le journal Le  Pays   Wallon,  cité par Wallonia. t. II, 71. 58, dit que l’un des pèlerins adresse au saint une « allocution respectueuse et d’une grande naïveté, débitée en patois du terroir ». Tous les anciens de Villers-Perwin sont unanimes pour affirmer que l’allocution adressée, en patois, en patois, à saint Jacques, était grossière.

 

(p.283) Après cela, les danses recommençaient de plus belle.

Voici, pour terminer, un extrait de l’affiche annonçant la fête communale de Villers-la-Ville, en 1947 (on fait de même chaque année) :

 

Lundi 8 septembre

à  9 heures. Messe des pèlerins

à 14 heures.  Rendez-vous des frères

à 15 heures.   Vente des trouvailles des pauvres non honteux, par le notaire X.

à 16 h. 30.   Mort tragique d’un frère.

Immédiatement après, danse Marie Doiidouie (1)

 

Mort et résurrection d’un « frère »

 

En maints endroits, lorsque la vente du bien d’autrui était terminée, l’un des « frères » se sauvait, soi-disant avec la bourse (Marbais, Strichon, Villers-la-Ville) ou avec un objet dérobé : morceau de pain d’épiée, chocolat, nougat ou autre chose se trouvant sur la table d’un boutiquier installé sur la place (Corroy-le-Château). Ailleurs (Baisy-Thy, Tangissart, Tilly), il s’enfuit sans motif connu (2).

Celui qui devait tenir ce rôle était parfois désigné d’avance (Tilly, Corroy-le-Château). Ainsi également à Villers-la-Ville où on l’appelle Coulau-Mononke.

En règle générale, on attendait que le fuyard ait parcouru une certaine distance avant de le sommer de s’arrêter, (Tilly) ; comme il n’obtempérait pas à cette injonction, on tirait à blanc (Baisy-Thy, Tilly, Saint-Amand) et il tombait mortellement blessé (Tangissart) : pour ce faire. on choisissait, de préférence, un endroit boueux (Baisy-Thy). Parfois aussi, après avoir arrêté le fuyard, on le tuait d’un coup de fusil (Strichon) (3).

 

(1) Cette danse est connue un peu partout en Wallonie. J’en ai parlé assez longuement dans le Recueil de la Société Royale « Le Vieux Liège ». n° de mai 1940, p. 38-40.

(2) Ayant demandé à l’un des intéressés si le fuyard n’était pas censé  avoir volé la  bourse,  comme  cela  avait  lieu  dans d’autres localités, je reçus celte réponse : « Non, nous ne voulons pas faire comme les autres ».

(3) Voici un fait qui s’apparente à ce que nous venons de voir.

Le 1er mai, à  Russon (Limbourg)  a lieu la reconstitution du martyre de huit pèlerins,   au  Ve  siècle.   Celui  qui  représente saint Evermaire est le plus  ancien des huit.  Ses   épaules   sont

couvertes d’un camail en peau sur lequel sont fixés des coquillages. Il est habillé de noir, culottes courtes et bas blancs. Un chapelet à gros grains et une gourde pendent à sa ceinture. Il porte un chapeau rond ordinaire et tient à la main un bourdon en vieux bois de chêne verni et à pomme noire. Les sept compagnons du saint sont également vêtus de noir, culottes courtes,  bas blancs  et  camail, mais sans  coquillages.  L’un des pèlrins qui était parvenu à se sauver, est poursuivi et, finalement, tué. (Journal Le Terroir,   Liège,   du   13  au 19 mai 1927..- Cf. Albert maRiNus, Le folklore belge, t. II p. 68-70).

 

(p.284) A Corroy-le-Château, le garde-champêtre, dès qu’il avait vu le voleur prendre la fuite, tirait un coup de fusil eu l’air, le fuyard tombait, se relevait aussitôt, continuait sa route en boitant. Un deuxième coup de fusil, tiré dans les mêmes conditions, le faisait tomber à nouveau ; il était mort. Quatre des hommes, témoins de ce drame, chargeaient alors le défunt sur leurs épaules : deux devant, deux derrière. Les deux autres pèlerins suivaient en pleurant, et c’est ainsi qu’on ramenait sur la place le pseudo-tué. A noter qu’il avait toujours en bouche, bien en vue, l’objet qu’il avait dérobé. On le déposait sur le sol ; tous les gamins l’entouraient, les deux pèlerins agenouillés ne cessaient de pleurer. A un moment donné, on lui retirait son chocolat ou sa tranche de pain d’épice et. au moyen d’une bouteille, on lui faisait boire un peu de genièvre. Peu à peu, on s’aper­cevait que la vie revenait en lui, il ouvrait les yeux et se relevait. Pendant tout le trajet et jusqu’au moment de la résurrection, les musiciens ne cessaient de jouer l’air : « Frère est mort, i nvike pus ».

Il arrivait aussi que l’un des « frères » défaillait sans cause apparente (Ligny, Wagnelée). Mais on ne pouvait pas abandonner le défunt là où il était couché. A Baisy-Thy, les pèlerins prenaient leur malheureux camarade par les bras et les jambes ; ils allaient ensuite le déposer sur une botte de paille à laquelle on mettait le feu. Dès qu’il sentait la chaleur, le pseudo-mort décampait. Cette façon de ramener à la vie celui qui avait essuyé un coup de feu ne devait pas être immuable, car, si certains vieillards affirment la chose, d’autres disent qu’après la chute du fuyard, un «docteur» venait l’ausculter et prescrivait l’octroi dune «grande goutte», ordonnance qui était aussitôt exécutée, et dont l’effet bienfaisant se produisait sur-le-champ.

(p.285) Ailleurs, le mort était déposé, soit sur une échelle que quatre hommes portaient sur leurs épaules (Tangissart, Ligny, Strichon, Tilly, Marbais, Wagnelée, Saint-Amand), soit sur un char (Strichon) ou sur un tombereau (Tangissart). On le ramenait ainsi vers la place publique où il était étendu sur une table (Strichon), ou bien on allait le déposer sur un fumier (Marbais, Saint-Arnaud, Tilly) ou simplement dans un lieu écarté (Ligny), parfois encore, sur le kiosque (Wagnelée). Pendant le parcours, ou chantait « Frère est mort » (Strichon, Ligny) ou, seule, la musique jouait cet air, tandis que les pèlerins pleuraient (Marbais, Corroy-le-Château). A Tilly, l’un des membres prononçait, en wallon quelques paroles de regret : « C’ èst maleûreûs qu’ on vint d’ piède in camarâde… ».

 

Pour ramener le mort à la vie, différents moyens, autres que celui que nous venons de citer pour Baisy-Thy, étaient employés : on lui faisait boire une « grande goutte » de genièvre (Baisy-Thy, Tangissart, Corroy-ïe-Château, Wagne­lée, Strichon) : on lui jetait un seau d’eau à la figure (Ligny) ou on l’aspergeait de liqueur (Tilly). A Marbais, l’un des pèlerins, muni d’un essuie-main qu’il trempait à tout moment dans un seau d’eau, en frappait les fesses du trépassé (qui était couché sur le ventre). De temps eu temps, on écoutait fi ce dernier respirait encore et ou échangeait toutes sortes de réflexions. A certain moment, après une aspersion plus abondante, la résurrection se produisait.

 

Une fois le miracle opéré, on jouait la Brabançonne (Corroy-le-Château, Tangissart) et le ressuscité se sauvait (Ligny) ou se mettait à danser, bientôt suivi par toute l’assistance (Strichon). A Tangissart, le rescapé était alors cavité à raconter ce qu’il avait vu dans l’autre monde. Son récit était toujours amusant et avait le don de faire rire la foule qui était présente. Après quoi, les musiciens faisaient le tour de la place avec le ressuscité.

A Sait-Dame-Avelines, dès que la vente est terminée, et avant que  se produise la mort inopinée  d’un «frère»,  a lieu sur la place le jeu du mât de cocagne. Les plus jeunes auraient tôt fait d’escalader le sapin enduit de savon et de décrocher la bouteille de liqueur et le bouquet de fleurs, mais le gagnant est désigné d’avance. Pour égayer le public, les « frères » se livrent à mille acrobaties burlesques. Quand le plaisir a assez duré, le pèlerin dont c’est le tour d’enlever le trophée, se hisse au faîte et décroche les fleurs et la bouteille qui est vidée avec célérité.

 

(p.286) Les « frères », se tenant par la main, dansent une ronde sur un rythme sauvage. Tout à coup, le gagnant du jeu du mât de cocagne, s’affaisse : il est mort. Ses camarades le déposent sur une civière qu’ils placent sur leurs épaules ; tout le public, le transportent dans une salle de danse voisine. Le cortège est précédé de la musique qui joue, à l’unisson, la mélopée que nous connaissons.

Le pseudo-défunt est déposé sur une table. Après une brève consultation du groupe, le doyen des pèlerins (1 ) lui verse dans la bouche un verre de « Chassart ». Aussitôt il ressuscite et le bal commence. Parfois, deux ou trois lampées sont nécessaires pour opérer le miracle !

Anciennement, on plongeait le pseudo-mort dans le « Rî du Pré des Saules» qui coule au creux du vallon, à une centaine de mètres de la place communale, mais, vers 1875, un pèlerin, «Didier Joinesse » (2), ayant contracté une pneumonie mortelle consécutive à ce bain forcé, la coutume a été abandonnée.

A Villers-Perwin, après le baptême des nouveaux adeptes de la confrérie (voir plus loin) et au moment où la gaîté de là foule avait atteint son apogée, un sourd murmure semblait soudain la traverser. On s’empressait autour d’un ancien qui venait de rouler sur le plancher du kiosque, et qui restait là immobile, comme mort.

Avec des attitudes de pleureurs, les pèlerins entouraient leur camarade et manifestaient lous les signes de la plus grande douleur. Au moyen de bâtons entre-croisés, une civière était vite improvisée, et on y étendait le prêtendu mort, avec lequel cri faisait le tour de la place en chantant, sur un rythme funèbre, une chanson de circonstance, tandis que le tambour voilé battait des roulements et que la musique jouait une marche funèbre. La foule chantait le couplet suivant, qui rappelle une chanson bien connue :

Monsieur de la Justice est mort, / Il est mort de maladie,  / Un  quart d’heure avant sa mort /

Il était encore en  vie. / Bim ! Bam ! Bim ! Bam !

 

(1) La   famille   «lès   Bwèsîs »   (Taburiaux)   assume   ce   rôle depuis de longues années. M. Gustave Linet. instituteur pensionné m’écrit qu’il a assisté, eu 1900, au cinquantième anniversaire du vieux Bwèsî, en qualité de « chef des pèlerins » . Actuellement, c’est son petit-fils qui en remplit les fonctions.

(2) Sobriquet. Je n’ai pu identifier cette personne.

 

(p.287) C’était la foule qui, par ces derniers mots, imitait le glas des cloches.

Un des pèlerins portant en bandoulière, un chapelet fait de bobines à fil vides, se disait curé et récitait des oraisons sans fin. Par sa mimique, on comprenait qu’il était arrivé trop tard pour confesser le défunt. Avec le plus grand sérieux, il faisait semblant de réciter les prières des morts.

A un moment donné, une charrette attelée d’un âne. débouchait à toute vitesse iur la place. « Le docteur ! le docteur ! » clamaient les personnes. Le personnage ainsi amené descendait de son véhicule et, gravement, se faisait expliquer le cas et examinait le trépassé. Il le tournait et le retournait, l’entourait de gestes cabalistiques, puis, enfin, retirait de sa personne un ver solitaire d’une longueur phénoménale.

Le médecin burlesque expliquait alors à la foule que le patient avait été étouffé par ce ténia gigantesque.

Cette harangue terminée, le pseudo-mort se relevait subitement et se mettait à danser un cancan échevelé ; le peuple, émoustillé. l’imitait en répétant :

Un quart d’heure avant sa mort / Il était encore en vie / Bim ! bam ! bim ! bom!.

Sur ce mot, la fête « officielle » était terminée. Les pèle­rins se dispersaient et prenaient d’assaut les cabarets du village (1).

A Villers-la-Ville, aussitôt la vente terminée, le détenteur du tronc est apostrophé par l’un de ses confrères. —  Vous êtes un voleur, mon frère, vous avez volé la bourse. – Ce n’est pas vrai, je n’ai rien volé.

L’accusé est à genoux. Un des pèlerins met également un genou eu terre et lui reproche une nouvelle fois son larcin, nouvelle dénégation et fuite du coupable. – On le poursuit et on le ramène sur la place. On met le feu à une gerbe de paille se trouvant derrière l’accusé ; celui-ci se sauve à nouveau. Après une nouvelle recherche, on le retrouve et on le conduit au point de départ. Pour éviter qu’il ne renouvelle sa tentative d’évasion, on le ligote  et on le juge.

– Mon frère, on vous condamne à mort.

 

(1) J’ai largement puisé dans Wallonia, t. II (1894), p. 57-60.

 

(p.288) Un coup de feu est tiré, le coupable tombe : il est mort. Quatre pèlerins le portent sur leurs épaules : deux devant, deux derrière. Pendant le trajet, les intéressés chantent « Frère est mort » sur l’air funèbre que nous connaissons et qui est joué par quelques musiciens formant l’orchestre. Jusque vers 1937-38, c’était sur une échelle que le transport était effectué.

Il est à noter que la poursuite ne commence que quelques minutes après la fuite de l’inculpé, afin de lui permettre d’aller se cacher et de rendre sa recherche plus passionnante. Il est déjà arrivé que le fuyard, afin d’éviter d’être pris se jetait à l’eau pour traverser une petite rivière arrosant la localité, et que les poursuivants suivaient le moine chemin. Actuelle­ment, cette rivière ne coule plus à ciel ouvert.

Comme on a pu le constater, en bien des localités, la façon de procéder, tant pour la mise à mort du fuyard, que pour sa résurrection, n’était pas immuable.

J’ajouterai qu’en certaines communes, il n’y avait pas de « mort » ; tel était le cas à Thiméon, Balâtre, Onoz, Bossière, Wangenies, Grand-Manil, Tongrinne, Bothey, Saint-Martin, Boignée, Mazy, Gentinnes, Cortil-Noirmont, Brye, Saint-Géry, Sombreffe, Fleurus.

 

Le cheval-godet (l)

 

Après la guerre 1914-18 et jusqu’en 1937, un « cheval-godet » accompagnait les pèlerins de Villers-la-Ville ; il n’entrait toutefois pas dans l’église et attendait à l’extérieur la fin de la messe. Une grande blouse, semblable à celle des pèlerins, couvrait le cavalier et sa monture et descendait jusqu’à terre. Comme coiffure, l’intéressé avait un bicorne en drap, garni de galons. Celui qui remplissait ce rôle est mort des suites de la guerre 1940-45 et sa blouse n’a pas été remise au local avec les autres. Provisoirement, ce « cheval-godet » ne sort plus ; il est remisé au café qui a la garde du drapeau et des blouses.

Lors des sorties, le porte-drapeau ouvrait la marche, il était suivi du « cheval-godet» qui   simulait un   trot, de façon à agiter les grelots qui entouraient le cou du cheval. Venaient ensuite les pèlerins et, derrière eux, la foule des curieux.

 

(1) Pour les « chevaux-godets », voir ce que j’en ai dit dans Enquêtes du Musée de la  Vie  Wallonne, t. VI, p. 274.

 

(p.289) Nous retrouvons cette espèce d’homme-centaure dans d’autres localités où il était un des attraits de notre coutume,

Anciennement, à Gentinnes, le lundi de la fête, Jean Mauyen, après avoir enfourché son cheval-godet, se joignait aux pèlerins pour faire la tournée traditionnelle. Tout en caracolant, il sollicitait, des passants et des habitants, un peu d’argent pour acheter de l’avoine pour son cheval, disait-il, en réalité, pour boire. Ce « cheval-godet » a péri dans un incendie vers 1911-12. Pendant une dizaine d’années, les pèlerins de Gentinnes furent privés de cet amusant coursier ; mais en 1921, ils firent appel au « cheval-godet » d’Hévillers, qui vint y jouer le même rôle que son devancier.

Pendant une certaine période, soit à peu près de 1887 à 1891, le groupe de Ligny était également accompagné d’un « cheval-godet ».

Il en était de même à Tangissart où ce curieux animal caracolait devant les pèlerins et prenait plaisir à poursuivre les enfants.

Celui qui accompagnait les pèlerins de Baisy-Thy, se livrait à des ruades qui mettaient en émoi femmes et enfants, d’autant plus que la tête et la queue de cet animal postiche étaient mobiles.

(p.290) A Tongrinne, celui qui montait le « cheval-godet » était reste fidèle à son ancienne tenue, consistant en un pantalon et un veston de doux couleurs : blanc et rouge, et une perruque blanche. Depuis 1908, ce rôle était rempli par Aimé Dumont, dit l’Bûre.

Avant lui, c’était Emile Gillain. C’est ce dernier qui a construit ce cheval postiche, en 1900, en se servant d’un coursier de « tourniquet » (manège de chevaux de bois) auquel il supprima les pattes et le corps, celui-ci remplacé par un cercle de bois s’appuyant sur les hanches de celui qui se place à l’intérieur et qui le supporte. A ce cercle, on attachait un grand drap en cretonne rouge tombant jusqu’au sol et cachant ainsi les jambes du porteur. La tête et la queue n’avaient pas été modifiées. La longueur totale de l’animal était d’environ un mètre. Pendant les arrêts, les enfants qui s’approchaient trop près du « cheval-godet » pour mieux le voir, étaient poursuivis par ce dernier qui donnait force ruades. Cela avait le don de faire rire grands et petits. Il y a eu interruption de cet usage pendant les années d’occupation 1914-18 et 1940-45. On a recommencé en 1946 ; c’est alors que le « cheval-godet » a fait sa dernière sortie. Il ne s’est pas montré en 1947; la tournée a été effectuée sans lui.

 

Que faisait-on avec l’argent provenant de la « vente du bien d’autrui » et avec celui de la collecte ?

 

Le plus souvent, il était remis aux chefs de jeunesse qui devaient pourvoir au paiement des musiciens et des boissons qui leur étaient offertes (Balâtre, Mellery, Strichon, Boignée, La Roche, Wangenies).

A Onoz, il était conservé pour organiser, soit une ducace, soit un enterrement ou quelque autre manifestation publique.

A Tongrinne, cet argent servait à payer un verre à tous les pèlerins ayant effectué la tournée, ainsi qu’aux personnes se trouvant dans le café lors du retour du groupe. En outre, un tour aux chevaux de bois était offert à tous les enfants.

A Ligny et à Marbais, il était converti en boisson, tandis qu’à Saint-Martin, il était remis aux chefs de jeunesse qui leur permettait d’organiser des jeux dotés de prix.

A Grand-Manil, l’argent recueilli constituait un supplément pour les musiciens. A Villers-Perwin, cet argent sert au bon entretien des chapelles Saint-Jacques et Saint-Hubert.

(p.291) A Sart-Dame-Avelines, l’argent provenant de la vente des légumes, sert à payer la messe des pèlerins et le service religieux des membres décédés.

A Villers-la-Ville, après avoir payé la messe — ce qui ne se fait, plus actuellement — et réglé les boissons – des pèlerins, l’argent provenant de la vente est versé sur un livret de la Caisse d’Epargne et permet, en cas de décès d’un membre, de lui offrir une couronne ou une messe.

Parfois, les chefs de jeunesse remettaient à un délégué des pèlerins, une certaine somme d’argent comme première mise de fonds. Tel est le cas à Tilly, où la somme s’éleva, en 1916. à 150 francs. Cet argent, joint à celui recueilli en cours de route, servait à payer les boissons. Avec le reliquat, on organisait des jeux pour les enfants.

De nos jours encore, les pèlerins de Thiméon reçoivent des « bragards » une certaine somme d’argent comme « prix » pour leur participation aux fêtes. Cet argent, on le devine, n’est pas plac » à la Caisse d’Epargne, mais converti en boissons diverses.

 

Réglements

 

Nous avons reproduit, ci-dessus, le règlement de la confré­rie des pèlerins de Marbisoux.

Voici celui de la Confrérie saiat Jacques de Wagnelée.

 

Confrérie Saint-Jacques

Règlement

 

Art. 1er. La confrérie se compose de membres effectifs et de mem­bres honoraires.

Les membres effectifs devront verser 50 centimes la première année et 2-5 centimes les années suivantes.

Les personnes ayant atteint l’âge de 50 ans lors de leur entrée dans la confrérie, sont tenues de verser deux francs pour la première cotisation, et, pour les années suivantes, la cotisation ordinaire.

Les membres honoraires devront verser un franc chaque année, à titre de cotisation. Pour être admis en cette qualité, à l’âge de 50 ans, il sera exigé un droit d’enrée de cinq francs et, ensuite,la cotisation ordinaire.

Les cotisatitions devront être payées, de droit, le premier dimanchede septembre de chaque année. Les membres qui n’auront pas payé un mois après la date fixée, seront considérés comme exclus de la société.

(p.292) Art, 2, Le nombre de membres est illimité. Toutefois, pour être admis dans la société, il faut être âgé d’au moins 17 ans.

Toute demande d’admission devra être présentée par deux membres de la société. La commission décidera, dans la première réunion qui suivra la présentation, s’il y a lieu d’admettre la personne présente.

Art. 3. Chaque sociétaire doit entretenir dans un grand état de propreté les effets d’habillement qui lui sont procurés par la société (1).

Art, 4. Tout membre démissionnaire ou exclu doit remettre ses effets à la société.

Art. 5. Il est strictement défendu, sous peine d’être exclu de la société, de paraître en public, porteur de l’uniforme, en dehors des cérémonies et des fêtes auxquelles participe la société.

Art. 6. A chaque solennité, les uniformes doivent être déposés pour midi, sauf le lundi de la kermesse, jour où ils seront tolérés jusqu’à 3 heures. Tout membre qui ne se conformera pas au présent article, sera passible d’une amende de un franc. Pour les membres de la commission, l’amende sera de deux francs,

Art. 7. Le lundi de la fête communale, l’appel se fera au local de la société, à 6 heures dit matin. Tout pèlerin qui ne répondra pas à l’appel de son nom, subira un amende de 25 centimes. Pour les membres de la commission, l’amende sera portée à 50 centimes.

Art. 8. Le pèlerinage suivra l’itinéraire traditionnel (2).

Art. 9. A midi, on vendra au profit de la société, tous les objets recueillis au cours du pèlerinage.

 

(1) Au cours de la guerre 1940-45, la pénurie d’étoffe se fit grandement sentir et ceux des «frères» qui possédaient encore leur tenue de pèlerin utilisèrent à des fins plus uitiles un costume qui n’était plus employé. Cette tenue a totalement disparu.

Voici en quoi elle consistait : pantalon blanc, blouse noire, avec pèlerine de même couleur, bordée de deux galons blancs ; pas de couvre-chef spécial, chaque membre se coiffait de son chapeau habituel; pas de bâton.

(2) Cet itinéraire était le suivant : place communale, rue des Ecoles, hameau de Longpré, rue de Mellet, hameau de Beurre, rue du cimetière, rue de l’Eglise, place communale. Quelques pèlerins se détachaient parfois du groupe pour aller collecter dans les rues où l’ensemble ne passait pas.

 

(p.293) Art. 10. La confrérie fera chanter un service religieux pour tout membre effectif ou honoraire décédé (1).

Art. 11. Tout pèlerin en état d’ivresse à une cérémonie quelconque à laquelle participe la société, sera puni d’une amende de 50 centimes. Pour les membres de la commission, l’amende sera de un franc. Pour le porte-drapeau, tout cas d’ivresse entraînera la révocation.

Art. 12. Le port de l’uniforme sera de rigueur, pour tous les membres effectifs, dans toutes les cérémonies auxquelles participera la société.

Art. 13. Toutes les fois que la société participera à une cérémonie quelconque, le départ aura lieu, du local, à l’heure fixée par la commission. Tout membre en retard sera passible d^uue amende de 25 centimes ; pour la commission, elle sera portée à 50 centimes.

Art. 14. Chaque année, un dimanche choisi par la commission, la société fera une sortie (2) clans la commune. Tout membre qui. sans motif sérieux, n’assistera pas à cette sortie, subira une amende de 50 centimes; pour la commission, elle sera double.

Art. 15. Tout membre qui refusera de payer les amendes qu’il aura encourues, sera exclu de la confrérie pour un temps qui ne pourra être inférieur à cinq années.

Art. 16. En cortège, les pèlerins devront, pour le maintien du bon ordre, obéir au président ou à son remplaçant,

A.rt. 17. E.n cas d’insuffisance de fonds en caisse par suite de circonstances imprévues, un versement supplémentaire sera demandé aux membres effectifs, jusqu’à concurrence de la somme nécessaire.

Art. 18. Le montant des recettes opérées par les collecteurs au cours du pèlerinage du lundi de la kermesse, sera constaté publi­quement, au local, immédiatement après la danse (3) et inscrit au registre spécial de la société.

 

(1) De plus, les pèlerins assistaient, en tenue, à l’enterrement d’un membre effectif ou honoraire; ils portaient la bière.

(2)  Cette « sortie » consistait  en une promenade en groupe dans les rues de la commune. Pour la circonstance, les pèlerins revêtaient leur costume traditionnel. Accompagnés de quelques musiciens, ils visitaient   les   cafés   et, dans   chacun   d’eux, on exécutait quelques danses. Tout le long du parcours, les pèlerins collectaient un peu d’argent destiné à alimenter leur caisse.

Cette danse ne présentait aucun caractère spécial. Il s’agissait d’espèces de farandoles qui étaient exécutées sur la place et auxquelles prenaient part, nou seulement les pèlerins, mais toutes les personnes présentes.

 

Art. 19. Le drapeau sera déposé au local de la société (1), sauf décision contraire de la commission.

Art. 20, Le drapeau assistera à toutes les cérémonies auxquelles prendra part la société. Il devra rentrer au local immédiatement après la fin de la cérémonie.

 

Fait à Wagnelée, le 13 décembre 1903 (2).

La Commission :

Le Secrétaire.            Le Président,           Le  Vice-Président,

Arthur Mertens             Hubert Dewez            René Waitiaux

Le Trésorier,                        Les Commissaires.

Vicier Wattiaux         Eugène Florkin, Joseph Eraly.

 

Les pèlerins de Villers-Perwin possédaient également leur règlement, M. Valmy Gossiaux, qui prépare l’histoire de la localité, et qui m’a fourni maints détails — ce dont je le remercie — m’apprend que ce document a été détruit en 1940 seulement. Il était resté encadré dans l’habitation où, auparavant se trouvait le local des pèlerins. Cette perte est d’autant plus regrettable que le règlement en question était artistiquement illustré des costumes de pèlerins.

 

Quelques particularités

 

Antérieurement, aux environs de 1914, les pèlerins de Villers-la-Ville aidaient les jeunes filles à porter la Vierge lors des processions.

Des changements sont parfois apportés au programme habituel. C’est ainsi qu’une année, à Saint-Amand, on organisa

 

(1) Il s’y trouve encore. Afin d’en assurer sa conservation, il conviendrait de le déposer à la Maison communale, ou, ce qui serait encore préférable, d’en faire don au Musée de la Vie Wallonne, à Liège. Rappelons-nous le sort réservé au drapeau des pèlerins de Marbais ! D’autre part, ainsi que nous l’avons vu. L’ancien drapeau des « Pèlerins de St-Jacques » de Marbisoux est disparu, on ne sait comment.

(2) Cette date ne peut être considérée comme étant celle du début des pèlerins.   Les plus   anciens habitants ont toujours connu cette coutume à Wagnelée. Le règlement reproduit ci-avant n’est, vraisemblablement, que la copie d’un document plus ancien. Ou c’est seulement en 1903 que les membres ont éprouvé le besoin de codifier leurs usages.

 

(p.295) un « tirage au sort ». Les billets étaient déposes dans un grand torréfacteur de café ; chacun des amateurs venait retirer un billet et recevait le lot qui y était mentionné : une bouteille de vin, un coup de pied au derrière ou une autre blague.

Lorsque la « vente du bien d’autrui » était terminée, les anciens pèlerins de Villers-Perwin, procédaient au bap­tême des nouveaux adeptes de la confrérie. De gré ou de force, chaque néophyte était conduit au pied du grand char, du haut duquel un ancien, gravement, lui déversait un seau d’eau sur la tête, au milieu des rires de l’assemblée, Le nouvel initié allait se sécher, tandis que la cérémonie continuait. Lorsqu’il n’y avait plus d’initiations à faire, du haut de leur chariot, les pèlerins aspergeaient libéralement la foule.

 

Disparition de la coutume

 

Rares sont les localités où l’on « fait » encore les pèlerins.

Quand cette coutume a-t-elle pris fin à Baisy-Thy ? Les plus âgés de la localité, questionnés en 1947, n’en ont plus que des souvenirs imprécis : certains disent qu’étant gamins, ils ont vu leur père « faire les pèlerins », mais en nous basant sur les archives de la cure, nous pouvons lui assigner une date assez précise. D’après les registres paroissiaux, la rnesse des pèlerins a eu lieu la première fois, en 1867; elle n’est plus signalée après 1875. Il est donc permis de faire remonter à cette dernière date, la disparition de la sortie des pèlerins (l).

Ailleurs, cette coutume a survécu un peu plus longtemps et n’a disparu que vers 1890 à Cortil-Noirmont ; vers 1895 à La Roche ; vers 1893 à Ligny : vers 1910 à Mazy, Tangissart, Saint-Géry; en. 1912 à Villers-Perwin: après la guerre 1914-18 à Bothey, Bossière, Balâtre, Saint-Martin, Boignée, Grand-Manil, Fleurus. Dans d’autres localités les pèlerins ont eu la vie plus longue et leur disparition n’a eu lieu que vers 1923 à Gentinnes (2), vers 1925 à Onoz ; vers 1926-27

 

(1) Je tiens à remercier M. Victor Rayet qui a bien voulu revoir, à mou intention, certains points de détail.

(2) Néanmoins, chaque année, les affiches annonçant la fête communale continuaient de mentionner pour le lundi : messe pour la jeunesse, danse des pèlerins.

 

(p.296) à Mellery: vers 1932 à Wagnelée (1), en 1936 a Saint-Amand et Brye ; après la guerre 1940-45 à Corroy-le-Château (2) : en 1948 à Tongrinne : en 1950 à Sombreffe.

Même dans les localités où la coutume battait encore son plein, elle passait inaperçue pour beaucoup. C’est ainsi qu’à Tilly, en 1917, questionnant une dame âgée, sur les pèlerins, elle me répondit : « Cela n’existe pas ici ; j’habite Tilly depuis 34 ans et je n’en ai jamais entendu parler. »,

La tradition tend actuellement à disparaître. C’est ainsi qu’a Marbais, les pèlerins ne sont pas sortis en 1947, ni en 1948; mais en 1949, une dizaine de membres ont fait la tournée traditionnelle en sarrau. On les a encore vus en 1955.

En d’autres endroits, l’entrain diminue d’année en année, et il est à prévoir que dans un avenir qui n’est pas très éloigné, on ne parlera plus les pèlerins, sauf peut-être à Marbisoux.

Nous avons vu qu’en principe, les pèlerins, lors de leurs sorties, assistaient à la messe, collectaient fruits, légumes, etc. qu’ils vendaient ensuite sur la place communale. Mais il n’en était pas toujours ainsi. En bien des endroits, la coutume initiale a disparu, mais le nom est resté.

 

Fleurus

 

Avant la guerre 1914-18, les affiches des ducaces de quartier mentionnaient invariablement : «Mardi, à 10 heures, sortie des pèlerins ». et presque chaque rue importante ou carrefour avait une fête particulière.  Les «pèlerins » de ces corons — en général des jeunes gens travestis et coiffés drôlement — se contentaient de faire la tournée des cabarets du quartier, lesquels étaient nombreux en ce temps-là. Ils ne se rendaient pas chez l’habitant pour quémander quoii que ce soit. Mais si ces joveux drilles rencontraient un commis-brasseur, par exemple, celui-ci etait mis à contribution et devait payer une tournée générale.

 

(1) Bien que n’ayant jamais été dissoute officiellement, la « Confrérie  Saint-Jacques » n’existe plus. Après la disparition des anciens membres,  les jeunes  ne  se  sont  plus  occupés de l’oeuvre et l’ont laissée tomber.

(2) Après cette date, onu a essayé à deux reprises, mais sans succès, de remettre la coutume en honneur.

 

(p.297) J’ajouterai que le chanoine Theys (1), cite de nombreuses ducaces de quartier, mais ne fait pas mention des pèlerins.

 

Sombreffe

 

Le « Club des Humoristes » fondé le 26 août 1945, décid de renouveler la tradition et de «  faire les pèlerins », 1e lundi de la fête du « Quartier de la Chapelle ».

C’est ce qui se fit de 1945 à 1950. L’affiche annonçant les réjouissances prévues, au dit qtiartier, mentionnait en 1917 « Lundi 27 septembre à 9 heures, sortie des pèlerins » ; celle de 1916 portait : « Grande sortie des pèlerins humoristes » II s’agissait, uniquement d’une bouffonnerie : les intéressés se maquillaient grotesquement et revêtaient des costumes fantaisistes qu’ils louaient. Leur seul but était d’amener du monde à leur fête et de l’amuser.

Parmi les vieilles personnes que j’ai pu interroger, je n’en ai rencontré aucune capable de me donner le moindre renseignement sur ce qui existait jadis. On se rappelle qu’on y « faisait les pèlerins », et c’est tout. La disparition de cette coutume doit remonter, semble-t-il, aux alentours de 1875.

 

(1) Histoire du la  Ville de Fleurus, Couillet, 1938, p. 66.

 

Thiméon

 

Le mardi de la fête communale (fixée au 2e dimanche de septembre), a encore lieu la « sortie des pèlerins », selon l’expression figurant sur les affiches annonçant la ducace.

Vers 6 heures, les « pèlerins » se rassemblent sur la place communale. Ils sont ordinairement une quarantaine, des deux sexes et d’âges différents. De vieilles matrones décrépies coudoient de jeunes gamines fréquentant encore l’école primaire. Tout ce monde est costumé drôlement : souvent, les femmes s’habillent en hommes et leurs compagnons mettent des jupes ou des robes. Quelques-uns sont grimés. La plus grande fantaisie préside au choix des travestissements..

Précédé des quelques musiciens engagés pour la fête, le groupe se met en marche pour se rendre à Azebois (hameau (p.299) de Thiméon) où se trouve le café Léa Paridaens. C’est de là qu’a lieu le véritable départ. A ce premier cabaret, les « bragards » (chefs de jeunesse) payent une tournée aux musiciens et aux pèlerins. Dans les autres cafés que le groupe rencontre en cours de route, seules les boissons des musiciens sont payées par les « bragards ». Les pèlerins doivent y aller de leurs deniers.

En quittant Azebois, la bande joyeuse se rend au quartier du Bois des manants et revient par la grand-route de Gosselies à Thiméon. Tout le long du parcours, les musiciens ne cessent de jouer, et tous les suiveurs de danser.

Inutile d’ajouter qu’on s’arrête à tous les cabarets, qu’on y boit ferme et qu’on y danse.

Au cours de leurs pérégrinations, s’ils rencontrent une connaissance, ils l’entourent en formant un cercle et ne la libèrent que lorsqu’elle leur a payé une rasade.

Parfois, une variante est apportée au scénario habituel. C’est ainsi qu’en 1947, les pèlerins, la tournée traditionnelle terminée, prirent possession du kiosque et donnèrent un concert qui obtint le plus franc succès. Comme instruments, les intéressés s’étaient munis d’objets hétéroclites : l’un avait une cafetière, d’autres, un injecteur, un moulin à café, une bouilloire, une petite trompette d’enfant, etc. Leurs partitions consistaient en journaux illustrés. Et tous, le plus sérieusement du monde, semblaient faire sortir des sons de leurs instruments burlesques mais derrière eux. assis, se trouvaient les vrais musiciens qui jouaient. Le chef avait un grand bâton en carton et, au dernier morceau, tout en gesticulant pour battre la mesure, il renversa partitions et instruments. Cette savante direction méritait, une récom­pense. Aussi offrit-on au « chef » un bouquet composé de carottes, de poireaux, d’oignons et autres légumes.

Antérieurement à 1914, ne prenaient part à la « sortie des pèlerins » que des hommes. Comme de nos jours, les trouvailles vestimentaires des participants, toutes plus bizarres les unes que les autres, amusaient la foule. Au cours de la nuit du dimanche au lundi de la fête, les intéressés se rassemblaient et prenaient déjà leurs dispositions de départ. Dès l’aube, précédés d’un accordéon, parfois d’un tambour et d’un mirliton, ils se rendaient de cabaret on. Cabaret ; ils s’arrêtaient aussi là où habitaient des jeunes filles. On leur offrait de la tarte et du café, et on dansait. Quand la journée était terminée, ils étaient tous copieusement éméchés.

 

(p.300) Commune libre de Longpré

 

en 1952, les habitants du quartier du Longpré, point de jonction des localités de Saint-Arnaud, Wagnelée et Brye, se constituèrent en « commune libre du Longpré » et se choisirent un maire et des adjoints.

L’un des buts de la nouvelle édilité était de faire revivre la «Marche des pèlerins» tombée en désuétude depuis longtemps déjà, dans les trois localités citées. L’intention des promoteurs n’était pas de se procurer de l’argent pour le dépenser en beuveries, mais plutôt de faire de la philantropie : distribution de bonbons aux enfants et dons en argent à la caisse de l’Assistance Publique.

Le lundi de la fête du Longpré, les « pèlerins » revêtus des plus invraisemblables costumes,   parcourent les rues des villages avoisinants,  aux sons d’une musique entraînante. En cours de  route, ils  reçoivent  différents  dons  :  poule, lapin,   canard,   marchandises   diverses  et  même, en 1953 un petit porcelet.  Le  soir, tout  ce  qui a été recueilli est vendu aux enchères.  Le bal clôture la journée.

 

 

(p.301) CONCLUSION

 

L’examen de ces différents récits nous permet de relever quantité de points communs, ce qui prouve, semble-t-il, une même origine : collecte de légumes, fruits, etc. ; « vente du bien d’autrui » ; appellation de «frère»; mort de l’un des pèlerins, suivie de sa résurrection (bien que la cause de cette mort et de son retour à la vie, varie selon les localités) (1) ; chant de « Frère est mort ».

Dans la plupart des cas. la coutume de « faire les pèlerins » qui, à l’origine, devait être religieuse, est devenue complète­ment profane et ne constitue plus qu’une partie de plaisir et une beuverie.

Au lieu du costume traditionnel, les intéressés revêtent de vieilles défroques et se maquillent ; ils se contentent de collecter de l’argent, ainsi que divers produits qu’ils vendent pour boire.

Partout où la tradition a complètement disparu, ou rn’a donné comme motif : trop de fierté ! trop d’ambition !

Cela, dit, demandons-nous quelle est l’origine de cette coutume.

Les anciens, ainsi que leurs parents et leurs grands-parents l’ont toujours connue. Ce n’est pas trop s’aventurer.

 

(1) Une coutume assez semblable se retrouve en Roumanie. Au cours d’une danse, l’un des danseurs, par surprise, frappe le bâton d’un autre. Celui-ci perdant l’équilibre, tombe et meurt. On 3e couche par terre et au cri du chef : « Apsaaaa … ». Chacun tout en dansant après la réponse collective qu’ils ont faite : « Apsaaaa », comme ça jettent leur bâton à droite et à gauche du mort. En certaines localités, ils jettent aussi leurs chapeaux ou leurs toques de fourrure. Tout en dansant, ils prennent le mort sur leurs épaules et le chef le frappe de son sabre sur le plat des pieds. Le mort ressuscite. (Michel vuLPesco. Les coutumes roumaines périodiques, Paris. 1927, p. 2:15).

Une autre du même genre se retrouve dans les Pyrénées notamment à Arles-sur-Tech.  Le  dimanche  après la Chandeleur, un homme, travesti en ours,  est  capturé. De temps en temps il s’achappe. Enfin, il se sauve de nouveau dans une ruelle, se fait poursuivre et subitement, quand ou tire un coup de fusil, se laisse tomber mort. Quatre hommes le ramassent, le rapportent sur la grand-place et l’asseoient   sur  une   chaise.  Aussitôt  il ressuscite (Arnold van genNep. Manuel de folk. fr. contemporain, t.I, vol. 3, Paris, 1947, p. 909).

 

(p.302) semble-t-il, que de voir dans ces réjouissances, une parodie de ce qui se passait sous l’Ancien Régime, depuis le moyen âge. Quand les pèlerins se rendaient dans différents sanctuaires renommés, notamment à Saint-Jacques de Compostelle (Espagne) (1). à la suite d’un vol; pour conjurer une épidémie, pour obtenir des indulgences ou par péni­tence (2). Parfois, celui qui ne pouvait effectuer lui-même le voyage, y déléguait à ses frais, un pauvre pèlerin.

 

L’acte préparatoire à cette entreprise était, la confession et la bénédiction du costume. Ce qui constituait l’habille­ment du pèlerin était une tunique longue et étroite, garnie d’un manteau court (pèlerine) et serrée par une ceinture de cuir : un chapeau à large bord, lie sous le raentoii, pour le garantir de la pluie et du soleil : une besace en cuir pour renfermer son pain: enfin, sou bourdon, grand bâton qui l’aidait à franchir les fossés et les passages difficiles. Il sus­pendait un crucifix à sa poitrine et portait à la ceinture, un chapelet ou un rosaire. A son bourdon était fixée un gourde contenant Peau destinée à étancber sa soif.

« Les abus et les désordres trop souvent signalés dans les pèlerinages avaient appelé l’attention des autorités civiles et religieuses, en France, des ordonnances royales les réglaient, entre autres celles d’août 1671 et de janvier 1686. portant défense d’aller en Galice (…) sans une permission expresse de sa Majesté, contresignée par un de ses secré­taires d’Etat et de ses commandements, sous l’approbation de l’évêque diocésain, à peine de galères perpétuelles contre les hommes et de pciu.es afilicîives édictées contre les femmes et que les juges des lieux estimeront convenables.

» II ne semble pas que ces ordonnances aient enrayé les abus. Eu effet, le 23 décembre 1717. l’évêque d’Amiens

 

(1) L. DE SIVRI a constaté que le pèlerinage de Saint-Jacques, commencé vers l’an 800, avait surtout fleuri au XIVe siècle et, ensuite, considérablement diminué depuis le XVIIIe (L. de SIVRI, Dict. des pèler. cité par Oct. thorel, L’équipement d’un pèlerin picard à Si-Jacques de Compostelle, in Bul. trim. de la Société des Antiquaires de Picardie, 4e tr., 1908, p. 514).

(2) Dans « Le Pèlerinage à Notre-Dame de Walcourt » (Liège 1909, p. 21-24), j’ai donné des renseignements sur ces voeux expiatoires et j’ai signalé les principaux lieux de pèlerinage qui  étaient imposés.  Voir également Etienne VAN CAUWENBERGH. Les pèlerinages expiatoires et judiciaires dans le droit communal de la Belgique au Moyen âge, Louvain, 1922.

 

(p.303) adressait aux curés de son diocèse, un nouvelle ordonnance portant la date du 15 novembre précédent, que ceux-ci devaient lire, tous les trois mois, dans leurs églises.

» Après un rappel des déclarations antérieures, le roi dit textuellement : « Cependant plusieurs de mes sujets négligéant de demander des permissions ou abusant de celles obtenues sous le prétexte spécieux de dévocion, quittent leurs familles ou leurs maîtres et leur profession, pour  s’abandonner à une vie errante pleine de fainéantise et d’un libertinage qui les portent souvent jusqu’au crime… La plupart meurent de misère sur les chemins et les autres risquent d’être enrôlez de gré ou de force, pour toute leur vie dans les troupes des puissances voisines. En conséquence, sa Majesté fait très expresses deffenses à tous citoyens d’aller dorénavants à St Jacques… sous les peines sus énoncées; et quant à ceux qui paraîtraient disposés à sortir du royaume, ils seront traités comme vagabonds et gens sans aveu (1). »

Les bâtons que possèdent encore les « frères » de Marbisoux et ceux  dont  étaient nantis les pèlerins de Villers-Perwin, de Marbais et de Baisy-Thy ne rappellent-ils pas les bourdons des malheureux se rendant pédestrement en Galice ? Et la lévite noire qui était encore eu usage à Sart-Dame-Avelines, il y a une quarantaine d’années, n’est-elle pas la longue et étroite tunique des vrais pèlerins ? On peut en dire autant du costume des « frères » de Marbisoux et de Villers-la-Ville, ainsi que de l’ancienne tenue en usage à Marbais, Wagnelée, Villers-Perwin, Baisy-Thy.

Il est à supposer que les habitants de chaque commune contribuaient, par des dons en nature et en espèces, aux besoins de ceux qui allaient entreprendre un très long voyage. De là, la distribution symbolique des légumes et autres objets.

Rappelons aussi qu’à Marbisoux, les pèlerins disent qu’ils partent pour Jérusalem et qu’à leur retour, ils narrent les péripéties de leur voyage. Il en était de même à Marbais, anciennement. A Wagnelée, ils déclaraient se rendre à Saint-Jacques de Compostelle.

 

(1) Oct. THOREL, loc. cit., p. 546-547. (…)

 

(p.304) Enfin, un dernier point qui semble concluant, est le titre de « Pèlerins de Saint-Jacques » donné aux groupements de Villers-la-Ville, de Marbais, de Strichon, de Marbisoux (primitivement), de Sart-Dame-Avelines et de Wagnelée (jadis également).

Signalons encore qu’à Villers-Perwin, le groupe des pèle­rins se rendait à la chapelle Saint-Jacques et qu’une allocu­tion était adressée à ce saint.

Dans d’autres localités  de la même région, existent des groupes travestis et grimés qui, tout comme les « pèlerins », visitent les cafés. Ce sont les vîs tchapias (vieux cha­peaux). A l’origine de cette expression on entendait par vîs tchapias, les célibataires endurcis (voir Le Progrès de Charleroi du 19 octobre 1870). Ce sens a évolué et l’épithète « vîs tchapias » est donnée aux mariés (cf. Ch. hanquet, Li fièsse dè timps passé [à Thorembais], dans Les Cahiers Wallons, juin 1949, p. 92).

Ailleurs, tant dans la région de Charleroi que dans le Centre, ces groupes burlesques dont les accoutrements bizarres font rire le public, sont connus sous le nom de « durmenés ».

 

Reste évidemment le problème de la dispersion géogra­phique de la coutume des pèlerins en pays wallon. On a vu qu’elle occupe une aire homogène, mais relativement peu étendue. Ce n’est pas l’aspect le moins curieux, pensons-nous, de cette survivance parodique que son rétrécissement à un groupe de villages, aux confins des province de Brabant, de Namur et de Hainaut.

 

Jules VANDEREUSE

 

Raymond Fichet, Histoire nismoises, 1985, p.54-

 

Aussi loin que se puisse porter ma mémoire, je me rappelle des “Kermesses ” de jadis. C’était un grand événement et l’on s’y préparait longtemps à l’avance.

Les fêtes communales restaient associées aux fêtes religieuses, ceci existe encore de nos jours, mais le sen timent religieux a presque disparu. La  P’tite dicauce et la Grande dicauce  coïncidaient avec la Fête Dieu et St Lambert.

Cela n’a pas changé, me direz-vous, mais l’approche de ces festivités mettait à cette époque tout le village en effervescen­ce.

L’arrivée du “Rétameur” était le signe avant-coureur de l’approche de la fête. Cela donnait lieu à l’inévi­table rédaction qui nous était imposée à l’école; ” Le rétameur est arrivé”. Ce métier qui a disparu depuis bien des ans, consistait à couvrir d’étain, étamer, des ustensiles de cuisine divers tels que couverts, louches, skeumètes etc… Ces objets usuels étaient en fer et nécessitaient un entretien annuel. Cet artisan, indispensable à l’époque, s’installait dans la Grand Rue, à proximité de la passerelle, en face de la maison du “Titi” (café Le Beffroi actuellement)  et dans le voisinage de la pompe du “Manet”. Cette pompe avait la particularité d’alimenter quatre immenses bacs en pierre, qui servaient à rèspaumer (rincer) le linge après la lessive.

Au fur et à mesure qu’approchait le grand jour, les enfants étaient moins attentifs en classe. C’était d’une oreille distraite que l’on écoutait les leçons du mwaîsse et l’arrivée des premières roulottes, les barraques foraines, était saluée par une explosion de joie. Il arrivait fréquemment que les garçons aillent au devant des forains, venant du village voisin et qu’ils les accompagnent  jusque sur la place. La place, pour les barakîs n’était pas l’endroit que nous connaissons à présent; ils s’installaient dans la Grand Rue et les emplacements étaient conventionnellement réservés d’année en année, pour la bonne raison que c’étaient toujours les mêmes occupants.

Le vendredi qui précédait la fête, les ménagè­res  pétrissaient dins 1′ mwaî la pâte qui allait devenir de succulentes tartes et l’après-midi, un va et vient inhabituel était observé dans les rues. On y rencontrait ces mêmes ména-gères transportant d’énormes tautyîs remplis des précieuses tautes et paustès que l’on avait pris la précaution de recouvrir d’une nappe, afin de protéger la levée de la pâte, mais aussi avec l’intention de dérober le contenu aux regards indiscrets. Il faut reconnaître que l’on ne lésinait pas sur la quantité et la qualité. Elles se rendaient tout simplement chez le boulanger du coin afin d’y faire cuire les tartes qui allaient faire les dé­lices des r’pas d’ dicauce.

“On-è mindjeut souvint toute lè s’mwène èt on r’tchaufeut lès dérènes dins 1′ cofe du pwèle”.

L’ouverture des festivités était annoncée par le tambourî du village qui, le samedi soir,

effectuait le tour de la localité en ne négligeant aucune rue.

 

Mais, revenons  su 1′ place. Le toûrnikèt du Lobet, avec ses chevaux de bois était toujours installé entre la grille du parc et la pompe du “Cocher”, en face de ce qui est aujourd’hui le bureau des postes, et c’était devant la maison dè 1’ crolèye que se trouvait la friture Chimacienne. Entre le passage à gué, en face de la maison Remacle et le pont de l’Eglise. Nous étions toujours certains de trouver la tradi­tionnelle roulotte “Gaudriaux”, avec son étalage de confiseries, toujours bien achalandé.

De l’autre côté du passage à gué, toujours dans la Grand Rue, l’indispensable Tîr à pipes du célèbre “Bâtisse au sindje”, venaient ensuite les balançoires et 1′ immanquable “Pousse-pousse”.

Et cela était suffisant vu la modicité de nos bourses. Un tour au toûrnikèt coûtait deux sous (10 cen­times), cinq plombs chez Bâtisse coûtaient un franc. L’origi­nalité, chez Bâtisse, c’était la présence d’un singe de la fa­mille des macaques. Ce primate était à lui seul le pôle d’attrac­tion de l’échoppe. Afin de le faire apparaître, il suffisait de viser une cible de la grandeur d’une de nos pièces de 20 frs. Par un système sophistiqué, lorsque cette cible était atteinte, les portes de la cage s’entrouvraient et libéraient pour un bref instant l’animal. Son apparition, pourtant répétée à de multiples reprises, déclenchait l’hilarité générale dans l’as­sistance. Ceci semble bien naïf aux yeux de nos contemporains, mais les joies d’antan étaient tellement simples que la compa­raison semble impossible de nos jours.

 

Il arrivait parfois que certains personnages du cru, profite de l’occasion pour exhiber aux crédules comme aux incrédules, certaines anomalies de la nature. Ce fut le cas de l’un de nos concitoyens émérites; Alfred ” Du Wa”, qui pro­fitait habilement de la présence des badauds et autres nigauds pour livrer aux  yeux du public ce qu’il appelait le “phénomène chat à huit pattes’1. Pour la somme de dix sous, vous aviez le droit de jeter un coup d’oeil furtif au travers d’une lorgnette improvisée. L’image perçue était assez floue, mais laissait deviner une forme indéfinissable, ayant quelque similitude avec la dépouille d’un chat, mais qui comportait effectivement hui/t pattes.

Profitant également de l’aubaine, une petite femrae, je devrais dire minuscule, répondant au nom de “Nini”, venait vendre des fleurs artificielles et, dans la soirée, s’in­troduisait dans les estaminets pour proposer sa marchandise aux nombreux consommateurs. Pour une “chope”elle ne négligeait pas de pousser la chansonnette; en l’occurence, un extrait des “Sal­timbanques”: “C’est l’amour qui flotte dans l’air à la ronde…”

Joie  simple, plaisirs simples, comme était simple la façon de vivre. Ces menus plaisirs, ces menues joies, suffisaient à égayer notre existence.

 

Roger Pinon, Quelques notes sur les Durmenés, in : MA, 7, 1979, p.128-132

 

J’extrais d’une longue étude sur le charivari que je compte bien publier un jour le passage suivant qui a trait à l’épisode des Durmenés que com­porte souvent la fête paroissiale en Hainaut central.

Le mot est connu sous la forme dûrmin.nès au pays de Charleroi, dûrmwin.nès à Roux, durmèlès à La Louvière, Saint-Vaast, Familleureux, Besonrieux et en général dans le Centre, durméné à Mons et au Borinage, dourmèné à Frameries, djoûr’mèlè à Houdeng, par altération sous l’influence de djoû « jour ». A Gosselies on dit qu’on fét lès dûrmènès ; à Gilly le mot dûrmin.nè est l’équivalent dialectal du français « coup dur ».

Les « durmenés » étaient, semble-t-il, les maris durement menés par leur femme, du moins à l’origine. Selon J. Sigart, cet état risible engendra la vengeance de la collectivité, qui dénomma aussi durméné une « peinture sur les murailles le premier mai dans quelques localités, le jour du solstice d’été dans quelques autres » ; en outre c’est une « farce grotesque par laquelle on promène, le dernier jour de certaines ducaces de village ceux que l’on peut saisir ; on les juche sur un âne dont ils doivent tenir la queue » ; il s’en suit qu’ici le durméné est celui que l’on promène durement sur un âne, à qui on inflige une asouade, pour reprendre le nom scientifique que l’on donne à ce châtiment populaire. Toujours au pluriel le mot a fini par désigner l’épisode comique terminal de la fête paroissiale, lequel peut, comme c’est le cas au pays de Charleroi, n’être que le cortège burlesque du dernier jour de la fête, ou même, comme à Pâturages, les organisateurs du « sciage de la bosse », lui aussi l’épisode final de la fête.

 

Une des formes les plus intéressantes des Durmenés est celle qu’Edmond Edmont a décrite pour Avennes. A la fête de la saint-Laurent, le 10 août, appelée aussi la fête des Cocus, « le coryphée, décoré du titre de Roi, suspendait la veille à sa fenêtre un petit drapeau de taffetas jaune en forme d’enseigne, portant d’un côté la représentation d’un gril, et de l’autre une figure en buste avec cette légende : « Au Roi des Cocus ». Le jour venu, on remarquait sur la plupart des portes une grande croix tracée à la craie rouge ou blanche, selon que la maîtresse du logis passait pour être tout à la fois galante et acariâtre, ou simplement galante. Les boute-en-train, ayant une large cocarde jaune au chapeau, se transportaient chez le personnage de la ville à qui sa femme avait fait le plus de réputation, ensuite successivement chez les autres maris, et les enrôlaient tous, bon gré mal gré, dans leur trou­pe, en les obligeant à porter la cocarde jaune. Chacun prenait la première venue sous le bras, et on parcourait les rues pendant plusieurs heures au milieu des éclats d’une joie bruyante. Vers le soir on allait danser dans une guinguette, où se terminait la fête ».

Des fêtes analogues avaient lieu, mais avec asouade, dans le Hainaut français, à Valenciennes, Jeumont, Maubeuge, ainsi qu’à Mons, Jemappes, Frameries, Cuesmes et en général dans le Borinage. Le durméné est alors le plus souvent le mari considéré comme le plus malmené par sa femme (Jeumont), ou dont la femme porte le haut-de-chausse (Mons, Maubeuge), un veuf remarié (Frameries, Maubeuge) (on voit ici l’extension de l’asouade à un cas typique de charivarisage), un(e) adultère (Maubeuge, Jeumont, Fra­meries, Jemappes), le(s) dernier(s) marié(s) (Maubeuge, Frameries, Je­mappes) .

 

La victime est barbouillée de noir à Valenciennes, Maubeuge, Frame­ries) et bizarrement accoutrée (Valenciennes, Maubeuge, Frameries) ; à Jemappes le mari « dur mené » portait sur la tête un tamis ; Joseph Dufrane, (Œuvres choisies, p. 440) pour Frameries, a une expression qui figure la drôlerie du chapeau, puisque, parlant de la coiffure d’une dame, il écrit : D’iu wîtie-t-èle, hon, cèle-cîle, avu s’ capia d’ dourmèné ?« D’où sort-elle, donc, celle-ci, avec son chapeau de durmené ? ».

 

La monture est un âne vivant ; mais à Jemappes, c’était un baudet de bois placé sur un traîneau, décoré de fleurs et de verdure ; à Cuesmes, c’était un cheval de bois. On constate dons une évolution de la coutume, et même que celle-ci conduit à une pure verbalisation, puisque à Ghlin il ne restait que l’expression été atifé corne èl baudet dès durménés.

A Jeumont l’homme et la femme victimes du jugement populaire de l’asouade sont, le premier, à cheval tenant la queue de l’animal, la seconde tenant la bride et dirigeant l’animal. A Cuesmes l’homme et la femme avaient la tête tournée vers la queue.

Ce type d’asouade s’est contaminé avec les quêtes saisonnières. A Valenciennes le cortège du Durmené va de maison en maison et de cabaret en cabaret réclamer des dons en argent pour boire. A Jemappes le baudet de bois était muni d’un tronc, un peu au-dessus de la queue, et chaque durmené (on promenait tous les derniers mariés dans les dernières années de la coutume) y déposait son offrande, avec laquelle le soir les gens du cortège se régalaient ; on invitait à la beuveries les épouses de ceux qui en faisaient les frais. A Ciply la ducace se terminait autrefois le mercredi par la journée des Durménés, « pendant laquelle les jeunes gens, accompagnés de la musique qui jouait des marches funèbres promenaient dans le village un mannequin de paille personnifiant la kermesse expirante et que l’on appe­lait l’ome deu stragn. Ici donc il y a coutamination avec le mannequin du mardi-gras.

Le cortège est composé du durmené sur l’âne, de la populace, et il est précédé de musiciens (Valenciennes, Jeumont, Maubeuge), le troisième jour de la fête à Mons et aux environs de cette ville, le mercredi de la fête à Frameries et Ciply ; en fait c’est donc partout la clôture de la fête.

 

En général ce n’était plus qu’une farce de fête, et le durmené était consentant, du moins au stade ultime atteint par la coutume après la moitié du XIXe siècle, quand on observa et nota vraiment les péripéties de ce fait folklorique. Ce n’était pas le cas plus tôt : le peuple exerçait vraiment sa censure et sa justice sommaire par les Durménés. On peut donc suggérer une évolution qui suivrait la ligne suivante : au point de départ une con­damnation des adultères (c’est le propre de l’asouade), d’où celle des veufs ou veuves qui se remarient (c’est le propre du charivari), d’où la condamna­tion des maris sans autorité (c’est une forme de disproportion, un monde à l’envers), d’où la réduction à une promenade burlesque des derniers mariés (comme avertissement de ce qui peut les attendre) ; enfin, promenade d’un durmené volontaire et suprême réduction à l’une ou l’autre expression pure­ment verbale.

Les organisateurs sont à Avennes une société de circonstances avec son Roi, ses sujets, ses insignes ; on signale en Dauphiné une confrérie laïque du même genre, fondée au XV siècle et supprimée en 1671, mais bien vite reconstituée, qui avait le charivari et l’asouade dans ses attributions. En relation avec les confréries médiévales de ribauds, cocus, cornards et autres plaisantins, le charivari sera devenu à un moment non encore établi par la recherche un pur épisode de fête ; ailleurs, comme à Cerfontaine, il s’est contaminé avec une farce de carnaval, et il n’est pas étonnant qu’un peu plus loin, dans la vallée de la Meuse en France, la promenade sur l’âne se soit fixée a la période du carême pour les maris qui se laissent battre par leurs femmes. A Rimognes un voisin complaisant remplaçait le mari fustigé. Le motif invoqué dans la vallée de la Meuse était qu’il n’avait pas secouru son plus proche voisin, « qui d’ordinaire bride sa bête par le cul, de peur de lui casser les dents ».

 

Le rôle de la Jeunesse en tant qu’organisation locale chargée spéciale­ment des fêtes ne peut être négligé. Un peu partout (Valenciennes, Jeumont, Maubeuge, Mons), c’est elle qui organisait cet épisode ultime de la fête, comme les autres d’ailleurs. A Jemappes, à Pâturages et dans le Borinage en général, c’était les Capitaines de ducace, eux aussi membres de la Jeunesse. A Gosselies, un document montre bien que la Jeunesse assumait l’organisa­tion de la fête et occasionnellement celle de l’asouade : « Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1785, il se produisit rue Saint-Roch une affaire de mœurs qui fit grand bruit dans notre cité. Le 19 septembre, des jeunes gens, les Durmenés (c’est le nom de leur association parce qu’elle est chargée d’orga­niser cet épisode de la fête) décidèrent d’exposer la personne qui était la cause principale du scandale à la raillerie publique en la conduisant dans le bourg « à califourchon sur un âne et au son des instruments » ; ils emprun­tèrent un baudet et firent d’abord une tournée dans les rues au son du fifre et du tambour, précédés de la pique et du drapeau des Durmenés… et du baudet… »

La fixation de l’asouade à un jour de la fête a entraîné sa cérémoniali-sation et sa stylisation, ainsi que, avec le temps, Sia dégénérescence. Celle-ci fut constatée à son état extrême au pays de Charleroi et dans le Centre, où souvent le nom a survécu pour s’appliquer à ce qui est en fait un autre épisode de ducace, le « marché comique ».

En 1926, à Gosselies, « un accordéoniste, un violoneux, un tambourin, un joueur de grosse caisse, suivis d’hommes, de femmes et d’enfants dan­sant, se trémoussant et chantant à tue-tête, des hommes affublés d’une façon grotesque de vêtements et de chapeaux de femmes, — des femmes portant culottes et chapeaux d’hommes, — des gamins aux figures machurées (barbouillées) de bleu, formant un cortège cocasse qui déambule dans nos rues, — des rondes s’organisant en face des estaminets dans lesquels le groupe funambulesque s’engouffre en amplifiant le vacarme, les chants et les cris… ce sont les Durmenés, C’est la clôture, l’enterrement de (la fête du quartier) ».

 

On faisait autrefois les dûrmin.nès à Jumet à toutes les fêtes de quar­tier. Le lundi, et plus souvent le mardi de la fête, qui coïncide avec le jour des jeux populaires, quelques membres de la commission de la fête s’habil­laient à fous ou à sots, et circulaient dans les rues du quartier. Il y avait par­fois plusieurs groupes. Ces bons vivants avaient souvent avec eux un instrument quelconque, viole, accordéon, clairon, etc.

Ils étaient toujours munis d’une grande corde et arrêtaient les pas­sants, femmes et le curé compris, en les encerclant avec leurs cordes. Ils exigeaient un pourboire, ou bien liaient la victime et l’entraînaient dans le café le plus proche pour se faire payer la goutte. Les accoutrements les plus bizarres étaient en faveur : en mariée avec une cage défoncée comme couvre-chef ; une robe, une veste de soldat et un gibus ; une chemise, un corset et un pantalon de femmes à dentelles par-dessus les vêtements mas­culin ; un sabot à un pied et un soulier à l’autre ; se promener avec une ombrelle ; se brouetter mutuellement. Les durmenés se postaient dans les chemins les plus déserts, empruntés ce jour-là par ceux qui voulaient les éviter. Les grincheux étaient relâchés avec quelques paroles peu aimables. La police fermait les yeux sur les excentricités de ces joyeux drilles.

Plus tard la coutume fut abandonnée à cause de certains excès. Seuls quelques individus peu recommandables, des ronches « ronces » dans le pa­tois local, la prolongèrent quelque peu. La guerre de 1914-1918 la tua. On notera cependant que l’Harmonie du Rwèd Bras, peu avant 1914, reprit les prérogatives des Durmenés.

 

Cette société jumétoise possédait quelques musiciens qui étaient encadrés par quelques bons vivants munis d’instruments comiques, tels que quinquets, cafetières, caisses d’oranges pour servir de violoncelles, scies de boucher en guise d’archets, etc. Le chef s’appelait Daurel, dit Malakoff, et il portait une perruque à longs cheveux, des écailles de moules et de gros morceaux de verre sur ses bagues, une chaîne de grille en guise de chaîne de montre. Sa baguette de chef d’orchestre était un gros bâton qu’il manœuvrait à tout rompre. Les programmes des morceaux joués prêtaient à la plus haute fantaisie, et ils étaient imprimés. Cette société ne sortait que le mardi de la fête. Son succès fut si grand qu’elle fut invitée à se produire dans les localités des environs. Les plus hautes fantaisies vestimentaires étaient aussi admises.

A Eugies, Dour (Oufgnies), Sars-la-Bruyère, Blaregnies, jusque vers 1870, on « faisait les durmenés >• d’une toute autre façon. Porteurs de hottes, de paniers, une bande de boute-en-train, précédés de quelques musiciens, se rendaient de maison en maison le dernier jour de la ducace. Pour la circons­tance ils se travestissaient et se grimaient comiquement avec de la suie et du bleu. Partout où ils se présentaient on leur donnait les restes de la fête : os, déchets de viande et de lapin, morceaux de tarte, reliefs de bouillon, légumes, sauce, moutarde, etc. Si on ne leur donnait rien, tout ce qui leur tombait sous la main était enlevé, voire un porc grognant et se débattant qu’un homme portait sur le dos. Quand les paniers étaient pleins, on les vidait dans les hottes. Lorsque celles-ci étaient remplies, on les déversait dans la char­rette à baudet qui suivait le groupe. Le tout, à la fin de la journée, formait un mélange indescriptible. Les porcs s’en régalaient le lendemain.

 

Il faut souligner que cette farce était organisée par des gens de la « bonne classe ». L’un ou l’autre d’entre eux, souvent, dansait un assaut devant la porte des familles sollicitées. La musique ne pouvait pas s’arrêter. C’est un assaut de ce genre, terminé dans le purin, qui provoqua l’inter­diction par le bourgmestre d’Eugies, peu après 1870, de fé leus durmeunés.

On chanta à cette occasion, sur l’air de la chanson de la sainte-Barbe : Lès Durmeunés n’ sont nié co môrts, / Is danseteut à l’ méson Zidôre / Pace qu’ is vît’ encore !  (bis).

« Les Durmenés ne sont pas encore morts, – Ils dansent à la maison d’Isidore (le bourgmestre) – Parce qu’ils vivent encore ».

 

Le scénario est presque le même à Pâturage, le quatrième jour de là fête, selon Valentin Van Hassel. « En avant (de leur cortège], un grand diable d’homme, coiffé d’un large chapeau, vêtu d’un sarrau et d’un jupon, brandis­sait une canne… Derrière lui, un jeune luron sifflait dans un fifre un air léger de marche qu’accompagnaient les roulements sonores du tambour… Rangés sur deux colonnes qui suivaient les accotements de la rue, les gaillards s’avançaient au pas, lentement et plein d’un flegme grotesque. Vêtus tous de façon bizarre, drôlement accoutrés, ils avaient emprunté les costumes de leurs épouses, des lambeaux de vêtements militaires, des coiffures exagérées, ils s’étaient enluminé la face, et ils promenaient maintenant à travers les rues du village leur folie et leur ivresse. La bande défila, provoquant le rire sur son passage. Les gens étaient accourus sur les portes des maisons Quelques durmenés quittèrent les rangs et s’avancèrent auprès des seuils en tendant malicieusement la main. Ils reçurent qui de la viande, qui du jambon, qui de la tarte, les mirent dans les paniers ou dans les hottes dont ils étaient porteurs et partirent en gambadant rejoindre leurs compagnons qui les avaient devancés. D’autres groupes passèrent encore, précédés d’un accordéon, d’un orgue de barbarie, d’une grosse caisse. Toutes avec un orchestre primitif, toutes avec des accoutrements risibles, remplissant les rues de leurs chants et de leur musique joyeuse… Avec le jour tombant, la foule s’était amassée sur la Grand’Place… Partout des poussées, des bousculades, des clameurs accrues à chaque instant par l’arrivée des durmenés qui, fatigués de leurs courses aux quatre coins du village, revenaient à l’heure convenue, se masser sur la Grand’Place, envahir les cabarets d’alentour et les remplir de leurs • rauques chansons. Les groupes succédèrent aux groupes. Ils s’unirent les uns aux autres et, se portant vers le centre de la place, exécutèrent dans une poussée lente et irrésistible une promenade à travers la foule qu’ils dis­joignirent et séparèrent. Leur marche continua en rond… Elle dessina un cercle serré qui s’ouvrit… de façon à laisser au centre un espace vide « pour le cortège qui amène un petit vieux coiffé d’un chapeau de jonc, enveloppé d’un grand paletot flottant jusqu’aux genoux, jambes nues, pieds nus rougis par la brique crue ; il est suivi d’un autre homme aux jambes noircies, au visage rougi, sous une coiffure bizarrement cerclée, et qui exhibe à tous une bosse d’une énormité surnaturelle. Après eux venait un grand et robuste gaillard enjuponné, la tête surmontée d’un bonnet-à-poils et portant tous les instruments d’un menuisier ». La fête se termine sur l’enlèvement de la bosse — une énorme vessie remplie de sang. Le tout s’achevant sur une danse effrénée.

A Hyon, le jour des Durmenés, on faisait l’enterrement de la ducace. Quatre individus promenaient un cercueil dans lequel on déposait les os de jambon qu’ils allaient recueillir de maison en maison. Ils allaient ensuite déverser le contenu du cercueil dans la Trouille, du haut du pont du moulin.

Les Durmèlès du Centre et les djoûrmèlès d’Houdeng sont le dernier jour de la fête caractérisé par des travestissements comiques et des farces grotesques. Accessoirement le mot désigne un groupe de personnes trs-vesties pour pour le carnaval, voire une société de ducace, comme à Familleureux (1952) et à Besonrieux (1949), chargée le mardf après-midi d’une sortie burlesque avant le bal de clôture.

Un stade intermédiaire a été noté à Peissant dès 1838 : « Une femme était à califourchon tournée vers la queue de l’âne et tenait celle-ci dans la rnam. Le cortège allait d’un cabaret à l’autre. Au dernier cabaret, chez l’Boulindji, on fit la vente aux enchères de tout ce qu’il y avait dans la maison, y compris la femme. Après avoir vidé le dernier verre, chacun retourna à sa demeure. L’âne, qui avait bu de la bière qu’on lui avait donné dans une terrine, allait à chaque station en titubant ».

L’asouade pratiquée en Hainaut belge et français est une survivance d’un très ancien châtiment considéré comme infamant ; le fait de tenir !a queue de l’animal en guise de rênes exprime l’idée que le charivarisé mène son ménage à l’envers ; le coiffer d’un objet de ménage symbolise le renver­sement des rôles et constitue une humiliation ; le fait de mettre l’homme et la femme sur la monture (Jeumont, Cuesmes) est une dramatisation de l’idée que dans le ménage du durmené c’est la femme qui tient les rênes. Le sym­bolisme naïf de l’asouade apparaît encore dans le choix de la date du 10 août à Avennes : saint Laurent fut martyrisé sur un gril, et celui-ci symbolise les tourments du durmené.

Il apparaît certain, après l’étude qui précède, qu’en Hainaut belge et français l’épisode burlesque des Durmenés est la survivance ritualisée et fixée à la fin de la fête paroissiale de l’ancienne promenade infamante sur l’âne, laquelle dans sa forme initiale et très ancienne était un châtiment légal ; celui-ci fut repris par le peuple lorsque s’atténua la dureté de la loi, pour rendre sa propre justice et plus tard pour bien s’amuser.

 

BIBLIOGRAPHIE

Philibert Delmotte : Essai d’un glossaire wallon… (1812), paru en 1907, I, pp. 215-216 ; — Flori Deprêtre et Raoul Nopère : Dictionnaire du wallon du Centre, 1942, pp. 98 et 103 ; — Edmond Edmont : dans la « Revue des Traditions po­pulaires » (Paris) XXIV, 1909, pp. 423-425 ; voir en outre M™ Clément née Hemery : Histoire des fêtes… du département du Nord, Cambrai, 1836, pp, 375-377 ; — Alphonses Gosseries : Monographie du village de Ciply. «Annales du Cercle archéologique de Mons », XXXVII, p. 163 ; et voir aussi Rodolphe de Warsage (Edmond Schoonbroodt) : Le Calendrier populaire wallon… Anvers, 1920, p. 108, n° 258 ; — G. A. H, Hécart : Dictionnaire rouchi-français,, Paris et Valenciennes, 18343, p. 164 ; — M. Leroy-Bury (dit Madrée) dans « La Voix de Saint Jean-Baptiste « (Gosselies), n° du 31 octobre 1936 — Jules Dehon, Gochlï, 1977, p. 43 ; — Albert Meyrac : Traditions, légendes et contes (…)

 

Soumoy / Passée des âmes, VA 31/10/2003

 

Willy Guerlement, L’élection du “mayeûr, d’Ansuelle à Anderlues, in : MA, 2, 1978, p.30-31

 

On s’interroge souvent sur l’origine du blason populaire via qui dési­gne les habitants du hameau d’Ansuelle, Answèle, à Anderlues. Selon notre ami Georges Cambier, né voici 82 ans à la Ferme de Bourgogne en plein cœur d’Ansuelle (qu’il n’a d’ailleurs jamais quitté), il faut remonter fort loin sous l’Ancien Régime pour la trouver. C’est du moins ce qu’il a toujours entendu raconter par son père et son grand-père qui, eux-même, le tenaient de leurs aïeux. Ce sont là les seules sources dont nous disposons.

A défaut de documents, nous devons donc faire confiance à la seule tradition orale et aux précieux souvenirs de notre informateur pour rapporter à notre tour la curieuse élection du Mayeûr dèl ducace d’Answèle qu’un autre Anderlusien, feu le peintre naïf Fernand Joris (1885-1966) a d’ailleurs fixé à sa façon (1) sur toile.

 

Précisons tout de suite que cette élection — unique en son genre — était essentiellement folklorique, la nomination du mayeûr officiel étant, en vertu du droit seigneurial, une prérogative du Comte de Hainaut, « seigneur haut justicier de la terre d’Hannesuel ». Elle n’en est pas moins considérée aujourd’hui encore, bien que disparue depuis l’invasion française, comme la plus importante manifestation ayant jamais existé à Ansuelle.

Elle se déroulait le 1″ décembre. Ce jour-là, après la messe en l’hon­neur de saint Eloi, les hommes, à la « semonce » du mayeûr en titre, se retrouvaient in face dèl viêye cinse de Bourgogne pour choisir celui d’entre eux à qui incomberait la charge d’organiser les festivités de l’année à venir. Ils se disposaient tout d’abord autour de la place, de façon à former un cercle, chacun d’entre eux tenant ène tortchète de foûrâdje qui constituait, en quel­que sorte, le… bulletin de vote, l’unique ~ électeur » étant un jeune veau, in djon.ne via, né dans une étable d’Ansuelle et fraîchement sevré. Une fois le cercle bien fermé et que le mayeûr en avait terminé de rappeler les règles à respecter, on amenait le veau au milieu du cercle. Au préalable, on lui avait recouvert la tête d’un sac, ce qui augmentait encore sa réticence à jouer le rôle qu’on en exigeait. Au signal donné — en l’occurrence l’explosion d’une campe — l’animal était libéré de ses entraves : l’élection commençait alors au milieu d’une tempête de cris, de rires, de vociférations et de quolibets. On peut deviner ce que cela pouvait donner surtout si l’innocent animal, effarouché par un tel vacarme entamait une course folle ou préférait se cou­cher, parfaitement indifférent à tout ce qui se passait autour de lui. Quand, enfin, tenaillé par la faim, il se décidait à saisir une torchette de paille, il désignait du même coup le mayeûr dèl ducace d’Answèle.

La journée s’achevait par une joyeuse sortie dans le village avec de temps à autres un cornâdje (2) devant la maison de ceux qui avaient boudé l’élection ou de ceux qui n’avaient rien offert pour la ripaille du soir.

Telle est, comme elle nous est parvenue jusqu’à nous et toujours vivace à Ansuelle, la légende des vias de ce hameau et l’élection originale du mayeûr d’Answèle.

 

(1)   Selon ce tableau, l’élection avait lieu dans une prairie clôturée et c’est un âne qui… élisait le mayeûr parmi un groupe de candidats qui avaient

attaché une torchette de paille à leur braguette. Notre témoin dit qu’il s’agit d’une variante de sa version mais il ajoute que son père ni son grand-père ne lui ont jamais rapporté cette version illustrée par le peintre.

(2)   Cornâdje est la forme régionale par laquelle on désignait jadis un chari­vari. Il était une véritable justice populaire vouant à la vindicte ceux qui, par exemple, avaient enfreint aux lois du mariage. Cette coutume con­sistait donc à ridiculiser un individu par un tintamarre où se mêlaient cris, beuglement et bruits de toute espèce.  La période se prêtant le mieux à ce genre de chahut public était celle du carnaval parce qu’elle permettait d’exercer les cornâdjes sous l’anonymat du masque et le plus souvent la nuit. Il n’empêche cependant que  l’on  organisait également des cornâdjes en d’autres occasions, à la ducace, par exemple ou lors de l’élection qui fait l’objet du présent article. Dans ces derniers cas, les cornâdjes s’exerçaient généralement au grand jour, à visage découvert. Les mobiles qui les provoquaient n’ayant pas le même caractère de gravité que les « accros à la vie conjugale », ils étaient de loin bien moins cruels que   les   véritables   expéditions   punitives   qui   sanctionnaient   ceux-ci ; leur but étant de faire monter la fièvre lors d’une festivité, ils conser­vaient cependant une certaine résurgence vidicative. Sur les cornâdjes, on   consultera   les   articles   que   Maurice   Denuit   a   publiés   dans   « El Mouchon d’Aunia », mars 1964, pp. 56-57 ; avril 1964. pp. 69-70.

N.d.l.R. — Nous tenons à remercier notre ami Jean-Pol Baras, secrétaire de rédaction de la revue «Rencontres» publiée par le CACEF, qui nous a autorisé a publié le document qui illustre cet article. Ce tableau de Fernand Joris, le peintre naïf d’Anderlues, est une huile sur toile de 70 x 101 cm., il est la propriété de M. R. Noël, de La Louvière. Il a été présenté à l’exposition « L’Art Naïf en Wallonie et à Bruxelles » qui a eu lieu au Palais des Beaux-Arts de Charleroi du 2 octobre au 6 novembre 1977. Il y a lieu de signaler que, sous le tableau, le peintre a écrit « La nomination du collège de Ansuelle ; le baudet plus intelligent que les bipèdes reconnait les qualités du candidat à la saveur du foin ». Nous remercions également notre ami Willy Guerlement qui nous a procuré cet article tiré de son livre « Anderlues et son passé » (en prépa­ration).