10.001 spots d' djins / 10.001 sobriquets en langue wallonne

Lès spots (les sobriquets)

 

PLAN

 

0 Introdwîjadje / Introduction: fôrmâcion èt compôsicion do spot / formation et composition du sobriquet

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0 Introdwîjadje / Introduction :

fôrmâcion èt compôsicion do spot / formation et composition du sobriquet

 

La formation du sobriquet (Bal, 1950, 208-210)

 

Pour comprendre comment s’est formé le sobriquet, il faut d’abord se représenter ce qu’était (et ce qu’est encore, dans une certaine mesure) une communauté villageoise, formée par des siècles d’économie fermée, d’isolement, de solidarité dans l’alliance avec la Terre.

Tout le monde y est égal ; pas de classes, pas de sentiment de servitude ou de supériorité ; une conscience très nette de son indépendance et de sa dignité ; tous se tutoient ou se vouvoient suivant les habitudes linguistiques de la région ; tous se disent « bonjour » mais en conservant le chapeau ou la casquette sur la tête.

 

Tout le monde se connaît, en tant que personnes chargées de cet ensemble organique de qualités, de goûts, de défauts, de ridicules, de façons de penser et de sentir, de caractères héréditaires ou acquis, de tout ce qui forme une personnalité.

 

Le village traditionnel est une société fermée physique­ment mais aussi repliée sur elle-même, spirituellement, et pos­sédant son code tacite de vie. Le village accepte un étranger, l’assimile ou le laisse de côté, en dehors de sa vie communau­taire, ou bien encore le place à un niveau supérieur à lui-même, comme Monsieur le curé ou le maître d’école. Le village peut aussi exclure l’un de ses membres, simplement en ne le citant plus.

 

Il y a un demi-siècle, lorsqu’à Jamioulx, chaque année, les faits et gestes des jeunes gens étaient racontés et raillés dans une paskîye, il arrivait que l’on fît silence sur tel ou tel dont les agissements avaient violé le code moral de la société : c’était un déshonneur de ne pas figurer sur la paskîye.

 

Comment s’appelle-t-on dans un village ? Par son prénom, sous une forme quelconque ; pas de « Monsieur », « Ma­dame », appellations qui supposent un respect particulier, donc une inégalité psychologique, à moins que ce ne soient de simples signes conventionnels utilisés entre inconnus, dans la civilisation urbaine ; pas de nom de famille, ce nom de l’état civil qui, en fait, actuellement, appartient au monde adminis­tratif contre lequel se hérisse le paysan a priori, monde administratif (p.210) envoie ses feuilles de contributions, ses appels de milice, ses ordres de réquisition, ses convocations au tri­bunal — monde anonyme, impersonnel, hostile —. Le nom officiel, si même le linguiste y reconnaît une pure formation populaire, une formation indigène même, est non seulement vidé de sens pour le patoisant, mais celui-ci ne le sent même plus comme mot du terroir ; les noms Carlier, Charlier n’évo­quent plus pour personne le wallon tchaurlî, ne sont pas sentis comme étant davantage des produits du terroir que le nom germanique d’un immigré de longue date : Schweininger pro­noncé suninjêr.

Mais, si l’on emploie le prénom, on sera amené nécessaire­ment, à devoir distinguer entre les différents porteurs du même prénom. C’est ici qu’apparaît le sobriquet proprement dit :

  1. a) désignation du lieu d’habitat, du lieu d’origine ;
  2. b) prénom(s) d’un ou de plusieurs ascendants ;
  3. c) particularités physiques ;
  4. d) particularités morales — façons de se comporter dans la vie sociale — relations de parenté ou d’amitié — particu­larités linguistiques.

 

Il faut signaler ici le rôle important que jouent l’enfance, le langage enfantin (diminutifs de prénoms, mots à sonorité spéciale, notamment par redoublement). Nulle part mieux .qu’à l’école et au catéchisme, le jeune paysan n’a l’occasion de vivre en communauté étroite avec ses concitoyens.

 

En fait, bien des mots échappent à cette classification : noms communs (de choses et d’animaux) dont on ne voit guère en quoi ils sont applicables à des hommes.

La valeur objective du sobriquet, son contenu idéologique, son pittoresque sémantique, sont souvent faibles et tendent vers zéro, lorsque le sobriquet passe aux descendants.

Par quoi se maintient donc le sobriquet, et d’une façon tellement vivante ? Qu’est-ce qui en fait la force ? La valeur sentimentale qui s’y attache ; la sonorité du mot est familière à l’oreille du villageois ; il sent et il sait que ce mot est un mot du terroir, a été trouvé — voire même forgé — par un homme du pays, pour désigner un autre homme du pays ; ce mot — même usé ou incompréhensible pour le patoisant actuel — conserve une personnalité et une marque locale, une authenticité et mieux encore une parcelle de cette chaleur humaine qui anime toute rencontre entre des hommes (…).

 

Composition du sobriquet (Habay, 1989)

 

1° LE SURNOM EST UN PRENOM

A  Prénom simple

B  Prénom simple avec aphérèse Colas, Nicolas.

C  Prénom double Tchan-Pîre, Jean-Pierre.

2° Le surnom désigne un nom de métier

 

3° LE SURNOM MARQUE L’ORIGINE

Lu tîje : Lèyontine du mon l’ Tîje. Tîje, allemande, liégeois tîhe.

 

4° LE SURNOM EST UN ANCIEN NOM DE FAMILLE, AUJOURD’HUI DISPARU

Ces surnoms constituent pour les villageois une véritable énigme. Grâce au secrétaire communal, qui m’a permis de consulter les registres paroissiaux ainsi que les registres d’état civil, j’ai pu retrouver ces anciens noms de famille fonction­nant aujourd’hui comme sobriquets.

Mak : Fèrnand d’mon Mak.

 

5° LE SURNOM REPRESENTE UNE PARTICULARITE PHYSIQUE

En général, ce qui est remarqué, ce sont les cheveux et la taille. Font allusion à la chevelure, les sobriquets suivants : Lu blanc : mon l’ gros blanc.

Blanc équivaut non seulement au français blanc mais également, comme c’est le cas ici, à blond.

Lu crolé: mon l’ crolé.

 

6° LE SURNOM REPRESENTE UNE FAÇON DE PARLER

Dans nos villages, le langage d’un chacun est observé avec minutie. Ainsi, cer­tains sobriquets soulignent l’emploi fréquent d’un mot dans le discours:

Vèy, voir: mon Bâtisse vèy, chez Baptiste «voir».

Co (forme abrégée de èco encore) : mon Pîre do co.

 

7° LE SURNOM SOULIGNE UNE PARTICULARITE MORALE

Pèkèt : lès fèyes du mon pèkèt, les filles de chez « pèkèt ». Pèkèt, genièvre, est dérivé d’un radical *pikk- petit (cf. Dictionnaire Liégeois (Haust), p. 467). Ce sobriquet traduit certainement un penchant exagéré pour l’alcool (lu pèkèt, lugote, la goutte).

 

8° SURNOMS OBSCURS

A La forme reste incomprise. Pèpê : mon pèpè.

B La raison de cette appellation n’apparaît pas clairement.

Lu pèchon : Bèye do pèchon, Jacobie du poisson. S’agissait-il d’un fervent de la pêche?

L’ èfant : mon l’ èfant, chez l’enfant.