sobriquets wallon spots

SPOTS D’ DJINS

Sobriquets en langue wallonne

0.   Introdwîjadje / Introduction

fôrmâcion èt compôsicion do spot / formation et composition du sobriquet

L’origine du sobriquet découle souvent tout simplement du   patronyme ou de la profession de 1′ intéressé. Il se révèle parfois aussi farfelu qu’infantile (expression souvent répétée,incident   tout à fait mineur mais monté en épingle. (Defossé 1980)

La formation du sobriquet (Bal, 1950, 208-210)

Pour comprendre comment s’est formé le sobriquet, il faut d’abord se représenter ce qu’était (et ce qu’est encore, dans une certaine mesure) une communauté villageoise, formée par des siècles d’économie fermée, d’isolement, de solidarité dans l’alliance avec la Terre.

Tout le monde y est égal ; pas de classes, pas de sentiment de servitude ou de supériorité ; une conscience très nette de son indépendance et de sa dignité ; tous se tutoient ou se vouvoient suivant les habitudes linguistiques de la région ; tous se disent « bonjour » mais en conservant le chapeau ou la casquette sur la tête.

Tout le monde se connaît, en tant que personnes chargées de cet ensemble organique de qualités, de goûts, de défauts, de ridicules, de façons de penser et de sentir, de caractères héréditaires ou acquis, de tout ce qui forme une personnalité.

Le village traditionnel est une société fermée physique­ment mais aussi repliée sur elle-même, spirituellement, et pos­sédant son code tacite de vie. Le village accepte un étranger, l’assimile ou le laisse de côté, en dehors de sa vie communau­taire, ou bien encore le place à un niveau supérieur à lui-même, comme Monsieur le curé ou le maître d’école. Le village peut aussi exclure l’un de ses membres, simplement en ne le citant plus.

Il y a un demi-siècle, lorsqu’à Jamioulx, chaque année, les faits et gestes des jeunes gens étaient racontés et raillés dans une paskîye, il arrivait que l’on fît silence sur tel ou tel dont les agissements avaient violé le code moral de la société : c’était un déshonneur de ne pas figurer sur la paskîye.

Comment s’appelle-t-on dans un village ? Par son prénom, sous une forme quelconque ; pas de « Monsieur », « Ma­dame », appellations qui supposent un respect particulier, donc une inégalité psychologique, à moins que ce ne soient de simples signes conventionnels utilisés entre inconnus, dans la civilisation urbaine ; pas de nom de famille, ce nom de l’état civil qui, en fait, actuellement, appartient au monde adminis­tratif contre lequel se hérisse le paysan a priori, monde administratif (p.210) envoie ses feuilles de contributions, ses appels de milice, ses ordres de réquisition, ses convocations au tri­bunal — monde anonyme, impersonnel, hostile —. Le nom officiel, si même le linguiste y reconnaît une pure formation populaire, une formation indigène même, est non seulement vidé de sens pour le patoisant, mais celui-ci ne le sent même plus comme mot du terroir ; les noms Carlier, Charlier n’évo­quent plus pour personne le wallon tchaurlî, ne sont pas sentis comme étant davantage des produits du terroir que le nom germanique d’un immigré de longue date : Schweininger pro­noncé suninjêr.

Mais, si l’on emploie le prénom, on sera amené nécessaire­ment, à devoir distinguer entre les différents porteurs du même prénom. C’est ici qu’apparaît le sobriquet proprement dit :

  1. a) désignation du lieu d’habitat, du lieu d’origine ;
  2. b) prénom(s) d’un ou de plusieurs ascendants ;
  3. c) particularités physiques ;
  4. d) particularités morales — façons de se comporter dans la vie sociale — relations de parenté ou d’amitié — particu­larités linguistiques.

 

Il faut signaler ici le rôle important que jouent l’enfance, le langage enfantin (diminutifs de prénoms, mots à sonorité spéciale, notamment par redoublement). Nulle part mieux .qu’à l’école et au catéchisme, le jeune paysan n’a l’occasion de vivre en communauté étroite avec ses concitoyens.

En fait, bien des mots échappent à cette classification : noms communs (de choses et d’animaux) dont on ne voit guère en quoi ils sont applicables à des hommes.

La valeur objective du sobriquet, son contenu idéologique, son pittoresque sémantique, sont souvent faibles et tendent vers zéro, lorsque le sobriquet passe aux descendants.

Par quoi se maintient donc le sobriquet, et d’une façon tellement vivante ? Qu’est-ce qui en fait la force ? La valeur sentimentale qui s’y attache ; la sonorité du mot est familière à l’oreille du villageois ; il sent et il sait que ce mot est un mot du terroir, a été trouvé — voire même forgé — par un homme du pays, pour désigner un autre homme du pays ; ce mot — même usé ou incompréhensible pour le patoisant actuel — conserve une personnalité et une marque locale, une authenticité et mieux encore une parcelle de cette chaleur humaine qui anime toute rencontre entre des hommes (…).

Composition du sobriquet (Habay, 1989)

1° LE SURNOM EST UN PRENOM

A  Prénom simple

B  Prénom simple avec aphérèse Colas, Nicolas.

C  Prénom double Tchan-Pîre, Jean-Pierre.

2° LE SURNOM DÉSIGNE UN NOM DE MÉTIER

3° LE SURNOM MARQUE L’ORIGINE

Lu tîje : Lèyontine du mon l’ Tîje. Tîje, allemande, liégeois tîhe.

4° LE SURNOM EST UN ANCIEN NOM DE FAMILLE, AUJOURD’HUI DISPARU

Ces surnoms constituent pour les villageois une véritable énigme. Grâce au secrétaire communal, qui m’a permis de consulter les registres paroissiaux ainsi que les registres d’état civil, j’ai pu retrouver ces anciens noms de famille fonction­nant aujourd’hui comme sobriquets.

Mak : Fèrnand d’mon Mak.

5° LE SURNOM REPRESENTE UNE PARTICULARITE PHYSIQUE

En général, ce qui est remarqué, ce sont les cheveux et la taille. Font allusion à la chevelure, les sobriquets suivants : Lu blanc : mon l’ gros blanc.

Blanc équivaut non seulement au français blanc mais également, comme c’est le cas ici, à blond.

Lu crolé: mon l’ crolé.

6° LE SURNOM REPRESENTE UNE FAÇON DE PARLER

Dans nos villages, le langage d’un chacun est observé avec minutie. Ainsi, cer­tains sobriquets soulignent l’emploi fréquent d’un mot dans le discours:

Vèy, voir: mon Bâtisse vèy, chez Baptiste «voir».

Co (forme abrégée de èco encore) : mon Pîre do co.

7° LE SURNOM SOULIGNE UNE PARTICULARITE MORALE

Pèkèt : lès fèyes du mon pèkèt, les filles de chez « pèkèt ». Pèkèt, genièvre, est dérivé d’un radical *pikk- petit (cf. Dictionnaire Liégeois (Haust), p. 467). Ce sobriquet traduit certainement un penchant exagéré pour l’alcool (lu pèkèt, lugote, la goutte).

8° SURNOMS OBSCURS

A La forme reste incomprise. Pèpê : mon pèpè.

B La raison de cette appellation n’apparaît pas clairement.

Lu pèchon : Bèye do pèchon, Jacobie du poisson. S’agissait-il d’un fervent de la pêche?

L’ èfant : mon l’ èfant, chez l’enfant.

Le sobriquet villageois peut être malicieux, en ce sens qu’il épingle volontiers un manquement au conformisme du groupe social : profession artisanale dans une communauté agricole, chevelure blonde et taille élevée dans un groupe d’hommes petits, à cheveux noirs ; le bègue ou le boiteux ; la femme indolente ou l’homme froussard…

Mais le sobriquet n’est pas méchant ; c’est exceptionnel qu’il ne soit pas accepté par celui qui le porte. Il n’y a de sobriquet méchant que dans une société basée sur l’inégalité : l’école, l’armée, comme le remarquait M. Ch. bruneau, dans son étude sur les sobriquets de Chooz.

Le vrai sobriquet villageois est, en réalité, l’expression du fait qu’une personne est intégrée dans une communauté, c’est la marque d’appartenance d’un individu à une société.

Tel est son rôle profond, qui lui confère une nécessité, au même titre que le totem dans le clan primitif ou dans la patrouille scout, au même titre aussi que le prénom imposé par le baptême chrétien.

Un scout ne fait vraiment partie de son unité que lorsque celle-ci l’a totémisé. Dans le chant de la totémisation, la troupe rejette solennellement le nom civil, le nom « Visage pâle )) que portait le scout jusqu’alors et lui impose un nou­veau nom, authentiquement scout, qui est une projection du groupe social sur la personnalité.

Le vrai totem, celui du clan primitif, a, évidemment, super­posée et liée à cette valeur sociale, une signification religieuse. De même, le Christianisme a uni, dans le cérémonial du Baptême, au sacrement de purification, l’imposition d’un nom, fait qui incorpore le catéchumène dans la société chrétienne.

Bien sûr, la formation du sobriquet n’a rien de systéma­tique, mais sa spontanéité même est une preuve du profond mouvement de psychologie sociale qui détermine le sobriquet.

C’est la communauté villageoise qui éprouve le besoin de donner, à chacun de ses membres, un nom qui porte le cachet de l’originalité locale et qui, en même temps, peut se charger d’une valeur psycho-sociale.

  1. Charles bruneau écrivait : « Le sobriquet villageois nous apparaît donc comme une nécessité sociale… Ce n’est pas parce que tel personnage possède un trait marquant que la malignité publique l’a nommé de telle ou telle façon ; c’est parce qu’il fallait un sobriquet à chacun… )> (Mélanges Haust, P- 64).

Evidemment, si même le sobriquet est déterminé par cette obligation, sa trouvaille dépend toujours de l’imagination plus ou moins fertile des membres du groupe, parmi lesquels on rencontre parfois un « donneur » presque attitré de spots.

Par la suite, le sobriquet peut perdre toute vérité, tout pittoresque, toute signification même, à tel point que, par exemple, les rares formations obscènes ne sont plus senties comme telles ; il peut devenir un simple signe, neutre, terne. Cependant, il lui reste toujours une étincelle de chaleur, de personnalité vivante.

 

Décadence du sobriquet

Mais à mesure que les liens sociaux se distendent, que le village cesse d’être une communauté pour devenir une juxta­position d’individus, que l’on s’habitue à vivre parmi des unités statiques, purement administratives et économiques, à quoi bon cette menue pulsation d’originalité, de personnalité ? Il nous suffit, dans notre conception utilitaire, du signe figé, « standardisé » et, par là, plus efficient qu’est le nom inscrit dans les registres… en attendant « la vingt-cinquième heure )) où ce nom, lui-même, sera remplacé par le numéro matricule d’un univers concentrationnaire, la personne humaine étant, depuis belle lurette, comptabilisée au titre d’ « unité de pro­duction ».

De cette évolution angoissante du monde, la décadence du sobriquet est un témoignage, ténu sans doute, mais suggestif.

 

Willy bal

 

 

Bibliographie spéciale

 

bruneau charles, Les sobriquets modernes dans le village wallon de Chooz, in Mélanges de Linguistique romane offerts à M. Jean Haust, pp. 55-69, Liège, H. Vaillant-Carmanne, 1939

bal willy, Les sobriquets modernes à Jamioulx, in Pro Wallonia, 5″ Annuaire de l’Association Royale Littéraire Wallonne de Charleroi, pp. 19-25, Couillet, 1940

stainier J.-B., Is avît leû spot, in El bourdon, i” année, n° 3, p. 6, Charleroi 1949

1.   Lisse / Liste

 

localité

               personne

     surnom

   référence

Argenteau

 

Pîre Naguèt = Piére li spiégue, nom mètou âs-èfants dè costé d’ Årdjètê

 

Houbart-Houge 1973

Bertrix

Adam Joseph  

Zè dou pèta

Defossé 1980

Bertrix

André Jean

leu Ramichtou

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Djidjipe

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Pètrolî

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Francès d’ l’ Èvrârd

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Zèzè

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Baba

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Ga

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Pêtâ

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Câvèsse

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

Kâkâ

Defossé 1980

Bertrix

Arnould Eugène

leu Grêlî

Defossé 1980

Bertrix

Arnould Marie-Thérèse

la Grande Jupe

Defossé 1980

Bertrix

Arnould

lu Chauchaud

Defossé 1980

Bertrix

Baijot

Biscwît

Defossé 1980

Bertrix

Gandin Julia

la  Lâlâ

Defossé 1980

Bertrix

Bertholet Joseph

leu Boubou Nènèsse

Defossé 1980

Bertrix

Boulanger

Tantiplout

Defossé 1980

Bertrix

Bourgeois 

Tir èt apate, Poucheloune

Defossé 1980

Bertrix

Boutard Jean

 

La balance

Defossé 1980

Bertrix

Brack Germain

 

Leu Tirebouye

Defossé 1980

Bertrix

Casin Auguste

 

Le Gusse dou l’ biche

Defossé 1980

Fosse (Trois-Ponts)

 

Bon-Dju, sobriquet « Bon-Dieu ». amon l’ Bon-Dju (D II, 46) ; désigne l’emplacement d’une maisonnette aujourd’hui détruite et dont le propriétaire était connu sous le sobriquet Alfonse d’amon l’ Bon-Dju.

 

CG

Fosse (Trois-Ponts)

 

Castôr, n. de pers. peu courant. Ed. Poncelet, éd. de J. de Hemricourt, III, p. cclii, le signale comme tiré de la mythologie (15e-16e s.?) dans les grandes familles. Cf. 1569 « Castor ponchin » 3, 18 v° ; 1577 « trois copes de farine d’avoine crulée et ce fist il au prouffict de Castor poncin » 2, 44. à castor [kastô:r], Henrimoulin (B II, 24) ; s’applique à un pré ; o pré Castor (même ld.).

 

CG

Mélin

Desmet Jacques

Maujeni

JD

Sart-Dames-Avelines

 

L’Anglès

FB

Sart-Dames-Avelines

 

du Marau

FB

Sart-Dames-Avelines

 

Bull

FB

Sart-Dames-Avelines

 

dè l’ Mote

FB

Sart-Dames-Avelines

 

Tabourau

FB

Sosoye

Adelaire J.

(èmon) l’ gros Barbîye

 

LM

 

(à complèter / à compléter)

2.   Lès rimes / Les rimes

Les rimes (Defossé 1980, 7-10)

 

Dans nos villages, lors d’une élection ou d’une affaire quelque peu sensationnelle qui rompaient la monotonie du quotidien, il était fréquent de voir le lendemain circuler une feuille anonyme, où sur un ton de badinage, tous les habitants du quartier commentaient l’événement à leur façons.

Sous forme de vers plus ou moins rimes, chaque personnage donnait un avis conforme à sa mentalité propre avec les mots et les tics qui lui étaient familiers.

Si leur but était de faire rire, certains de ces “poèmes” étaient franchement injurieux, ou à tout le moins vulgairement caustique, ce qui justifie sans l’excuser l’anonymat de leur auteur. En voici deux ci-dessous :

 

La rime dou l’ laîterîe deu Beurhémont (1892)

 

On va fwère eune laîterîe,

Dit-i l’ Didî.

Dins l’ courti des Dasnwa,

Dit-i l’ Baba.

C’ èst mi qu’ è lès travaus,

Dit-i l’Fè dou Djavau.

Bin, ça n’ èst ni co fwèt,

Dit-i l ‘Cawè.

On-z-î vêrè s’ i faut,

Dit-i l’ Vauvau.

 

On portrè dou café,                 

Dit-i l’ Fèfè

Èt eune boune faguéye d’ pwarèt,

Dit-i l’ Chanchès.

Èt oune goute deu pèkèt,

Dit-i l’ Hokèt.

Gn-an-è qui f’ront leû “beûre”,

Dit-i l’ Chasseûr.

Il auront bintôt fini,

Dit-i l ‘ Éli.

 

(à complèter / à compléter)

3.   Analises locâles / Analyses locales

Wily Bal, Les sobriquets en usage à Ham-sur-Heure, in : VW, TXXIV, 1950, p.201-212

 

(p.201) Le village de Ham-sur-Heure —èl Bourk (*), rarement Ham-sur-Heûre — est situé en Hainaut, arron­dissement et canton de Thuin (sigle Th 34), à environ quinze kilomètres au sud de Charleroi, dans la vallée de l’Heure.

La géologie le place en Ardenne condruzienne (2), dont il fait la limite en direction sud et sud-ouest. Le sous-sol en est quartzo-schisteux, avec prédominance du schiste. Le sol est le plus souvent peu profond, sec et caillouteux sur le grès, formé d’argile lourde et imperméable lorsqu’il provient de la désagrégation du schiste. En bordure du « Pays de Liège » (3), nous rencontrons des franges de limon.

 

(1) « Aller à Ham-sur-Heure » se dit, en parler des villages voisins, notam­ment de Jamioulx (Th 24) : daler ou Bourk ; la contraction ou de in illo survit, outre cet exemple, dans les expressions suivantes : ou bos « dans le bois », ou feu « dans le feu », ou fond « dans le fond », ou four « dans le four », ou staule « dans l’étable » ; partout ailleurs ou a été supplanté par au.

(2) Voir, à ce sujet, giovanni hoyois, L Ardenne et l’Ardennais, 1949, J. Duculot, Gembloux, tome I, p. 18 et pp. 48-49.

(3) Sur les rapports entre le plateau limoneux de la Thudinie méridionale et la vallée de l’Heure, cfr willy bal, Lexique du parler de Jamioulx, 1949, H. Vaillant-Carmanne, Liège, pp. 9 et suiv.

 

(p.202) Le relief de la région est assez tourmenté et comporte des dénivellations de 80 mètres et plus, notamment à Jamioulx et au lieu dit Bia trau.

Les versants exposés au nord sont entièrement boisés ainsi que les parties les plus abruptes de l’ « adret ». La vallée, fort sinueuse, s’élargit avant d’arriver au centre de Ham puis se resserre en direction de Cour-sur-Heure.

Le fond de la vallée, enrichi par des alluvions, est occupé par des prés de fauche et de pâtures ; le versant ensoleillé, par des vergers, des pâturages secs, des sarts ; on y trouve de petits terrains de culture sur les replats. En bordure du pla­teau, les terrains de culture sont plus étendus et les pâturages plus fertiles.

L’économie agricole actuelle est à prédominance herba-gère, orientée vers la production laitière. La faible étendue des exploitations (de 3 à 7 ha en moyenne) semble être le gros obstacle à la modernisation des techniques.

L’économie fermée d’autrefois, basée sur la polyculture, a été bousculée par l’extension des herbages et l’achat, à l’extérieur, de matières premières, notamment de nourriture pour le bétail.

Entre des noyaux d’habitat concentré, des maisons se dis­posent le long des routes ou s’éparpillent à flanc de coteau et sur les replats du versant ensoleillé.

La population est de 2.321 habitants. Le gros écart de Beignée, en patois Bingnéye, au nord, en compte, à lui seul, 850. L’exploitation d’une verrerie a amené la création d’un nouveau quartier, près de la gare de Beignée, dans le pro­longement de l’Amérique de Bingnéye.

Le centre de Ham-sur-Heure se trouve dans la vallée, au pied du château appartenant naguère à la famille d’Oultre-mont.

Au sommet du versant exposé au soleil se trouve le hameau de la Folie — à l’ Folîye — et sur l’autre, Clake-dint. Quelques grosses fermes isolées bordent le limon : èl cinse de florintchan, èl lodjète, èl mm, èl vaucèle.

Outre l’agriculture et l’exploitation forestière, il faut noter une ancienne forge à maka et une industrie récente : la verrerie Pavillons. A côté des artisanats que l’on rencontre dans chaque village — maréchalerie, charronnage, menuise­rie —, Ham-sur-Heure possède ou possédait la clouterie et la fabrication des chaînes à la main, la fabrication des balles (p.203) à jouer. Les professions libérales sont représentées par un notaire, trois docteurs en médecine et un pharmacien. Le com­merce local est assez actif. Les ouvriers sont occupés à la verrerie ou dans les usines du bassin de Charleroi. Autrefois, beaucoup d’ouvriers étaient saisonniers, travaillant, pendant l’été, dans l’agriculture, le bâtiment ou les briqueteries, sur­tout en France et s’employant, l’hiver, comme bûcherons ou cloutiers.

Ham-sur-Heure joue réellement le rôle d’un bourg auprès des villages voisins ; son centre a l’aspect d’une petite ville ; c’est là que siège la gendarmerie du district ; c’est là qu’on trouvera des représentants de professions libérales.

Les gens de Ham-sur-Heure, lès bourkîs, se rendent compte de l’importance de leur localité et en sont très fiers ; leur hymne affirme qu’ i gn-a qu’ in Bourk èt qu’ in Paris !

Les villageois des environs en sont vaguement jaloux et s’en vengent par des moqueries. Le gros écart de Beignée, lui-même, supporte mal de dépendre administrativement de Ham-sur-Heure et ses habitants témoignent aux bourkîs une animosité blagueuse !

Tous ces éléments tendent à faire, de Ham-sur-Heure, une communauté fermée ; la population en est relativement homo­gène ; elle se distingue par un esprit chauvin, frondeur et est très attachée aux traditions dont la plus importante est la procession militaire ou marche consacrée à Saint-Roch ; le jeu de balle y est toujours en honneur, ce qui devient assez rare dans la région. Disons enfin que le bourkî est souvent musicien.

Le langage est fort semblable au patois de Jamioulx (1), avec l’un ou l’autre trait picard en plus : ou au lieu de ô, dans moûrt « mort », foûrt « fort », etc. ; existence du a vélaire picard.

Le bourg de Ham-sur-Heure passe, dans la région, pour être la terre d’élection du sobriquet, du spot. L’usage en est exclusif, à tel point que le nom de l’état-civil reste inconnu, la plupart du temps. Rares sont les anciennes familles qui ne sont pas spotéyes, c’est-à-dire affublées d’un surnom.

 

* * *

Cfr willy bal, op. cit., passim.

 

(p.204) J’ai pu noter, jusqu’à présent, 246 sobriquets (x).

Si je me place au point de vue sémantique et que je retire de ce nombre 45 vocables encore obscurs et 18 qui, me semble-t-il, ne valent que par leur sonorité spéciale, il me reste 183 surnoms qui se rangent de la façon suivante :

mots obscènes : 4 ;

expressions géographiques (toponymes, adjectifs d’ori­gine, etc.): 16 ;

prénoms : 28 (dont quatre fois le prénom Djan);

expressions désignant des particularités physiques : 44, morales ou sociales : 38 ;

noms de professions (y compris armes et grades, titres de noblesse, état ecclésiastique): 28 ;

noms d’animaux : 15 ;

noms de choses : 43.

Il faut savoir que certains surnoms sont composés de plu­sieurs éléments appartenant à des catégories différentes : ex. èl blanc Marîe à djèts « levure ».

Parmi les sobriquets désignant des particularités physiques, l’adjectif blanc se retrouve (…) fois, contre une mention seu­lement à (…), grand 13 fois, contre 3 fois le mot petit.  (…)

 

La tradition orale ne rapporte que quelques anecdotes au sujet de la formation de sobriquets ; il en est ainsi du surnom èl bènitî qui aurait été donné à un ouvrier travaillant au per­cement d’un tunnel sur la ligne de l’Entre-Sambre-et-Meuse, ouvrage dangereux qui faisait dire à cet homme « Mi, djè passe toudi pau bènitî, d’vant d’ vèni travayî » (Moi, je passe toujours par le bénitier, avant de venir au travail); le sobri­quet el lagauche aurait été donné, pour la première fois, au chef d’une équipe de joueurs de balle qui avait pris l’engage­ment de jouer, lors d’une fête locale, à la main gauche, quoique tous fussent droitiers ; ils avaient fait des prouesses et même remporté la victoire.

Quelques rares sobriquets sont restés purement individuels : rind pwène, kèrtinète, pot d’ vèsse ne se sont pas transmis aux descendants.

Je connais un cas où la même personne possède deux sobri­quets différents : M. Gustave Thibaut s’appelle, en effet, Gustave pètche ou Pyêre (remarquez le changement de pré­nom) niriiye.

Un membre de la famille des bozète possède le surnom (p.208) individuel de èl maréchal mais ce terme n’est employé que dans un cercle assez restreint, tandis que bozète est connu à Ham-sur-Heure et dans les villages voisins.

Enfin, une famille a le sobriquet guèrïtout, pour ses repré­sentants mâles et guèryêre… pour les femmes.

Il est curieux de noter la différence qui existe, du point de vue syntactique, entre certains sobriquets ou certaines caté­gories de sobriquets.

Lorsque l’on veut désigner toute une « gens », on emploie l’article défini, sous sa forme du pluriel, lès, avec le sobri­quet : lès tatanche ou lès bozète, comme on dirait « les Dubois » ou « les Dupont ».

Mais, au singulier, l’article défini, sous sa forme simple, ne s’emploie qu’avec des sobriquets constitués par des noms de professions (l’ abé du but’, èl bayî, èl bèrdji), par des mots indiquant des particularités morales, sociales, physiques (ce sont surtout des adjectifs) ou des relations de parenté, d’ami­tié (èl filou, èl guèrïtout, èl grave, èl cous’) ou encore avec des sobriquets qui consistent en des noms d’animaux (èl bèdot, èl baudet), en des mots à sonorité spéciale (èl coco, èl lolô, èl rikiki) ou en adjectifs d’origine (èl lorin, l’australyin).

Le sobriquet sera précédé de l’article défini, sous forme contracte, dans l’expression de la filiation (octave du gros Bâtisse), quand il consistera en toponymes (èl champète dèl Malauje, Louwis dèl Folîye, Marie du Pètchî, Julyin dèl Prèle] ou encore dans certaines formations (Ben au bure, Alice dèl mouflète, Pyêre dèl longue samwène, èl blanc dèl tireuse).

D’autres sobriquets seront employés sans article, exacte­ment comme des noms de famille : ce sont les prénoms (Bènwèt), les noms de choses (barète, bèrtèle, cayau), quelques vocables obscurs et des expressions (mirou, carou, pot d’ vèsse, rind-pwène, tatanche, tété, trêz’guète).

Cependant, nous trouvons deux cas de prénoms employés avec l’article défini : èl bènoû et èl bèrtin et plusieurs noms de choses qui font exception à la règle (èl bigoudi, èl bènitî, èl brin, èl fèstu, èl djèton, èl canon, èl prône, èl rikète, èl tukwè).

Remarquons aussi que la règle ne s’applique plus, si le sobriquet proprement dit est précédé d’un qualificatif : bèr­tèle, Richard bèrtèle mais èl grand bèrtèle, èl djonne bèr­tèle, etc.

 

Enfin, le sobriquet tchirou sera employé, indifféremment, avec ou sans l’article défini : èl tchirou ou tchirou.

 

4.   Di tot / Varia

Lès spots, in : Novèles dès WASAB, 64, 2004

 

 

Li mot vint do néèrlandès « bespotten » = si foute d’one saquî.

 

I gn-a deûs sôtes di spots:

1 Li nom qu’on done à one saquî po rîre ou po critiker.

  1. ègz. li batelî : à onk qu’ a dès grands pîds

            li tchôd : à onk qui vèt voltî lès feumes

 

2 Li frâse ou l’ mot qui vint automatikemint dins on cas.

Li francès a ça dins : « A la tienne, Etienne! “

L’ anglès a ça dins : « See you later, alligator !”.

È walon, nos d’jans :

a) quand on-z-a on saîsichemint : On n’ duvreûve jamaîs ièsse sins

gote!

b) quand one saquî dit: « Èt après? » : Après les prés, c’èst lès pachis !

c) quand one saquî n’a nin sère s’ brayète : Èwoù-ce qu’ i gn-a on mwârt, on laît l’ uch au laudje !

d) quand on dit: « Èt pwîs ? » : on « puits », c’ è-st-on pus’ èt gn-a moyin d’ s’ î nèyî !

e) quand one saquî dit: « Pout mau ! » : Poutmau a tcheû è l’ eûwe èt i ‘nn’ a nin rèchu.

f) quand on d’mande : « Qué novèle ? » : C’ èst lès ritches què l’ ont l’ pus bèle!

g) quand on dit « Onze» : Lès deûs djambes da Alfonse !

h) quand on dit: « Dji pinse » : Dès pinsons, c’èst nin dès masindjes !

i) quand on d’mande à one saquî d’ ratinde, di n’ si nin mèler d’one saqwè : Lèyîz p’chî l’ gade, timps qui l’ bok è-st-à l’ofrande !

j) quand on cause d’on Lèyon : Lèyon qui pond ou Lèyon qu’ a on­-oucha à s’ cu po fé do bouyon !

k) quand on cause d’on Françwès : Françwès qu’ a todi swè !

l) quand on cause d’ on Mârcèl : Mârcel, mârtchand d’ aburtèles !

 

Tot ça n’èst nin fwârt malin, mins ça ègzistéye !

5.   Bibliyografîye / Bibliographie

Bal 1950

Bal Willy, Les  sobriquets en usage à Ham-sur-Heure, in : VW, TXXIV, 1950, p.201-212

CG

Gaspar Charles, Les lieux-dits de la commune de Fosse, Mémoires de la Comm. Royale de Topon. et de Dialectologie (section wallonne), Liège, 1955

Defossé 1980

Defossé A.C., Notes sur le patois (sic) et le folklore bertrigeois, 1980

EM 1978, 7

Fierain Ursmar, Lès ‘spots’ d’ Sougnî, in: EM, 7, 1978 p.140

FB

Baudoux Francis (Sart-Dames-Avelines)

Gourdin 1991

Gourdin Yves, Nosse vî Bèrtrè, Foyer Culturel, 1991, p.48-51

Habay 1989

Habay Constant, Quelques sobriquets wallons de l’a ncienne commune de Bihain (Vielsalm), in : GSHA, 31, 1989, p.64-79

Houbart-Houge 1973

Houbart-Houge Jeanne, Nut’ di Noyé, in : Nwêr Boton, 29, 1973

JD

Desmet Jacques (Mélin)

LM

Lès gades di Sôsôye, in : Le Molignard, déc. 1973, p.4

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Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire). Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire). Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire). Arlon (Arel en arlonais1 et en allemandn 1) est une ville francophone de Belgique située en Wallonie. Il s’agit du chef-lieu de la province belge de Luxembourg, elle est également chef-lieu de son arrondissement administratif. L’ancienneté de la ville remonte à la période gallo-romaine. La langue luxembourgeoise y a longtemps été traditionnelle2,3. La ville est aujourd’hui un grand centre administratif et commercial dans la région. C’est l’agglomération la plus peuplée du Pays d’Arlon. Le secteur tertiaire, notamment l’enseignement, y développe ses activités (faculté universitaire et enseignement secondaire).

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