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TIN.MES LITÈRAÃŽRESÂ
Thèmes littéraires en langue wallonne
VARIA
 in : Lîmês 1, Tradition wallonne, Les langues régionales romanes en Wallonie, Traditions et parlers populaires Wallonie-Bruxelles, 1992
(p.99) TEXTES WALLONS
Wallon de Liège: Albert Maquet (né en 1922), extrait de: Lanterna magica, poémes en prôse, Namur, Les Cahiers wallons, 1989, poème nO 15, p.83.
ti n’ sés nin l, tès-ôtes 2, qu’ amon 3 lès « râyeûs d’ ârmâs 4 », qwand 5 l’ rossète foumîre 6 di leû pus hôte tchèteûre 7 maheûre 8 li solo 9 èt distint l’ loumîre, ine saquî 10 tchante ine tchanson d’ èspwér, di cîr, di bleû, di clarté, d’ amoûr
ti n’ sés nin, tès-ôtes, qu’ amon lès « râyeûs d’ ârmâs » qwand l’ beûrlâ 12 d’ l’ ouhène si mèt’ à hoûler 13, ine saquî tarlatêye 14 come ine mohe à l’ lâme 15,  come on 16 rèw 17, manîre di s’ rivindjî tot mintenant 18 s’ coûr à l’ crèsse dè djoû
ti n’ sés nin, tès-ôtes, qu’ amon lès « râyeûs d’ ârmâs », qwand l’ hôt-fornê
fêt s’ coulêye èt droûve 19 è cîr lès pwètes di l’ infér, qwand l’ acirerêye sipite 20 è 21 l’ êr à trûlêyes 22 sès vikantès blouwètes 23 qui r’ toumèt londjin.nemint 24 èt qu’ lès gamins sayèt 25 dè 26 haper avou leû calote, ti n’ sés nin, tès-ôtes, qu’ adon ‘ne saquî sondje, èt sondje, èt ramon.ne li payis po on moumint âs-êreûrs 27 di s’ vèrité
Â
(p.100)Traduction
Â
vous ne savez pas, vous autres, que chez les « râyeûs d’ ârmâs », quand la fumée rousse de leur plus haute cheminée d’usine ternit le soleil et éteint la lumière, quelqu’un chante une chanson d’espoir, de ciel bleu, de clarté, d’amour
vous ne savez pas, vous autres, que chez les « râyeûs d’ ârmâs », quand la sirène de l’usine se met à mugir, quelqu’un chantonne comme une mouche à miel, comme un ruisseau, histoire de prendre sa revanche tout en maintenant son cÅ“ur à la crête du jour
vous ne savez pas, vous autres, que chez les « râyeûs d’ ârmâs », quand le haut-fourneau fait sa coulée et ouvre dans le ciel les portes de l’enfer, quand l’aciérie fait jaillir en l’air à foison ses vivantes étincelles qui retombent lentement et que les gamins essaient de happer avec leur casquette, vous ne savez pas vous autres, qu’alors quelqu’un rêve, et rêve, et ramène le pays pour un moment à l’aube de sa vérité
(Traduction de /’ auteur.)
Â
(p.100) COMMENTAIRES PHILOLOGIQUES
- Nin: second membre de la négation, général en Wall. (ALW II,
- 75); correspond au fr. néant (FEW VII, 85).
- T ès-ôtes: pronom de tutoiement collectif fort familier (2.5.1.3°) et, ici,
fort expressif.
- Amon ‘chez’ et les variantes mon, èmon couvrent tout le dom. w. et
représentent le latin mansionem (Remacle 1952-1960, 1. II, 334 s.).
- Râyeûs d’ârmâs: blason appliqué aux travailleurs du bassin de Seraing-Ougrée, puis par extension, à tous les habitants de cette région, par référence à des caractéristiques phonétiques de leur parler, qui prononce â ce qui est prononcé Ã¥ [ò] ouvert long à Liège (DFL XXV). RÃ¥yeû dérive de rÃ¥yî ‘arracher’: du latin eradicare, avec disparition du préfixe (FEW III, 235a). Ârmâ ‘armoire’ (ALW IV, c. 39).
- Qwand: conservation de kw (PALW 1,3).
- Foumire: type «fum-ière» largement répandu en w. (FEW III, 852b). 7. Tchèteûre, ici ‘haute cheminée d’usine’; d’abord ‘ruche en paille tresÂsée’ (2.6.2). Du latin *captoria (FEW II, 333a).
- De mahurer ‘mâchurer, barbouiller’, avec h secondaire (3.3.3°). FEW VI/l, 430b.
- Solo, forme propre au dom. liég. (ALW 1, c. 92).
- Ine saquî: type «une sais-qui» (Remacle 1952-1960, t. 1, 290-296).
- Cîr: le passage 1 > r n’est attesté que dans le nord du dom. liég. (AL W III, c. 1).
- Beûrlâ: dérivé en -ard de beûrler ‘beugler’, altération de beûler; famille bien connue en Wall. (DL; FEW 1, 491a et 594a).
- Hoûler, correspondant de l’anc. fr. houler, qui, comme le fr. moderne hurler, se rattache au latin ululare (FEW XIV, Ba).
- Tarlater ‘fredonner, chantonner’: verbe formé sur une base onomaÂtopéique, tar-, dont sont issus également des mots comme tarame ‘personne bavarde (liég., nam.), tarlara ‘femme bavarde’ (liég.), etc. FEW XIIIIl, 106b; XIII/2, 465a. La terminaison -êye apparaît en liég. dans des verbes en -er dont le radical se termine par deux consonnes autres que 1 ou r (i prusÂtêye ‘il prête’), puis elle s’est étendue à d’autres verbes (ALW II, n. 89).
- Mohe à l’ lâme ‘abeille’; litt.: mouche à la larme’. Lame ‘miel’: extension de sens propre au dom. w. qui s’est faite par l’intermédiaire de formules telles que « larme de miel » désignant le miel sortant goutte à goutte des rayons pressés (É. Legros, BTD XV, 105; FEW V, 120-121).
- L’art. «un» est généralement on dans tout le dom. w. (oû à MonteÂgnée et ou à Bastogne), ce qui fait supposer un maintien tardif du u latin (3.3.1°); le wpic. et le wlorr. du sud ont in (dénasalisé en î en chestrolais), qui procède d’une nasale [Å“] comme le fr. (ALW 1, c. 96). – Pour le fém. «une», le dom. liég. a le plus souvent one, forme la plus courante en W., mais aussi ine, une…; en wpic.: ène; en wlorr.: ène, eune… (ALW II, c. 10). Cette voyelle est souvent caduque (voir plus bas: adon ‘ne sakî).
(p.102) 17. Rèw ‘ruisseau’: du latin rivus, représenté sous les formes rû, ru, ri… dans tout le dom. w. (FEW X, 422).
- Tot mintenant: construction du gérondif avec «tout», particularité du liég. (3.3.8°; ALW II, n. 86).
- Drovi représente une formation «de + ouvrir» qui est générale en w. et connue aussi en lorr. (ALW IV, n. 30; FEW XXV, 4a).
- Spiter ‘faire jaillir, éclabousser…’ est courant en Wall., même en fr. régional; son origine est mal établie: malgré des attestations fort anciennes au Moyen Âge, ce verbe semble se rattacher au flam. spitten (FEW XVII,182).
- È: aboutissement de «en + le» (in illo), caractéristique du nord-est du dom. w. Au sud de la zone qu’il couvre, de Malmedy à Hompré et de Vaux-lez-Rosières à Moustier-sur-Sambre et Beauraing, vit une forme o. Le wlorr. méridional dit ou. Le nam. occidental et le wpic. utilisent en général un type « dans le » (ALW II, n. 5).
- Trûlêye ‘troupe nombreuse et confuse’; issu de trûler ‘émietter’, nam. trîler, du latin tribulare (FEW XIII/2, 251b). Dans le groupe -ib’l-, le b est passé à w, puis s’est vocalisé, d’où -ûl- en liégeois. Le suffixe -ata est devenu -êye, -éye dans une grande partie du dom. liég., sauf dans la partie orientale, où il est -é (AL W l, c. 2).
- Blouwète ‘étincelle’ correspond au fr. bluette; existe aussi sous la forme blawète en liég. et en nam. (FEW IX, 146b).
- Londjin.nemint: adv. formé sur londjin ‘lambin’, issu d’un jeu de mots sur long et le nom propre Longin (FEW V, 415b et 420a).
- Sayî ‘essayer’ dérive de sâye ‘essai’, qui, comme le fr. essai, proÂvient du latin exagium. Cette forme, caractérisée par la disparition du préÂfixe -ex, est générale en Wall. (FEW III, 256b).
- Litt.: ‘essaient du happer’. Dè est la forme de l’art. contracté «de» + «le» (ALW 2, n. 3); l’infinitif est donc traité comme un substantif. La tourÂnure avec la prép. di ‘de’, comme en fr., est également possible (DL, dè; Remacle 1952-1960, t. l, 124-125).
- Êreûrs: type «air-eurs» attesté çà et là en 1iég., en nam. et en wlorr. (ALW III, c. 45; FEW XXIV, 223).