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DJAN D’ NIVÈLE 

Abé Michel Renard

Abbé Michel Renard

Michel Renard, Lès-aventures dè Djan d’ Nivèle, èl fis dè s’ pére, éd. critique par Jean Guillaume (UNamur), in: Cahier Wallons, 1-3, 1963

(p.7) INTRODUCTION

Etablissement du texte

 

Du vivant de l’auteur (Braine-l’Alleud, 1829 – Bruxelles, 1904) 3 éditions (dont la première est anonyme) paraissent1, ici dési­gnées par A, B, C, et comptant respectivement 1338, 2108, 3530 vers.

 

(p.9) 1.2. Tout changement apporté à l’original sera mentionné dans les notes.

 

(p.12) Loin de rechercher une morphologie ou une syntaxe personnelle, l’écrivain vise à utiliser une langue dont chacun des éléments — à défaut de leur ensemble — soit usuel. (…)

La mise en orthographe Feller16 a provoqué certaines per­turbations dans la versification primitive, fidèle aux normes tra­ditionnelles en français. Ainsi le groupe 1221-1224, jadis constitué d’une suite de 2 rimes féminines plurielles et de 2 rimes masculi­nes singulières, comporte à présent 4 rimes consonantiques, qui (p.12) rompent l’alternance. (…)

Il  arrive — maintes graphies de l’original en témoignent — que le pronom personnel de la 3ème personne du singulier, em­ployé comme complément d’objet direct devant voyelle, soit re­doublé pour marquer, semble-t-il, quelque insistance ou, peut-être, une légère emphase : p. ex. 33, 193, 294.

Au français et correspond une quadruple forme : èyèt, yèt, èy’, èt. La 1ère peut souvent se deviner à travers l’orthographe de l’auteur. Les 3 autres sont représentées par èt dans l’original. Lors de l’enquête orale, nous avons relevé une préférence pour yèt, même en début de phrase ou après consonne, dût l’oreille en souf­frir légèrement. — C’est l’euphonie qui a dicté le choix entre èy’ et èf.

A plusieurs reprises (notamment aux v. 154, 224), nous avons entendu, comme pronom démonstratif, la forme çuce (= çu). (p.13) Toutefois, notre texte ne fournissant aucun indice positif qui permit d’induire pareille prononciation, nous ne l’avons pas retenue17 18 19 20.

Les calembours ont causé quelques difficultés d’orthographe. Du point de vue de la langue d’origine, ils peuvent se répartir en 3 groupes : 1° composition de wallon et de néerlandais : p. ex. Ragoute-een-glas « Egoutte-un-verre » (1125); 2° néerlandais dialec­tal : p. ex. Kom mooi binnen « Entrez donc » (804), perçu [Comme orbine]; 3° néerlandais évoquant, après légère transformation, un homophone wallon ; p. ex. Fientje « petite Joséphine » (1055) deve­nant Fientjet (1067), avec conservation du premier sens (diminutif affectif) et allusion possible, moyennant le déplacement d’accent tonique, à (la bien nommée!) Fenel8 tchète « Fine chatte » (dans l’est du Brabant wallon, zone linguistique extrême exploitée par l’auteur ; cf. A, p. VI). — Or certain calembour, s’il explique son jeu, se dévalorise. Il fallait d’autre part user, dans l’écriture, d’une norme stable qui servît de repère au lecteur. Nous avons donc fait choix d’une orthographe fidèle, autant que possible, à la prononciation voulue par l’écrivain, mais laissant à chaque expression son énigme, qu’une note éclaircira 19.

 

17 Dewandelaer, dans un de ses premiers écrits (Pârti, 1928; emploie 7 fois la tournure équivalente cèce, toujours suivie de né­gation : p. ex. cèce n’èst ni, cèce n’èst pus, cèce n’èst que; par ail­leurs, son dernier grand poème (Man, 1947) contient la locution à çuce què «tandis que ».

18 La seconde lettre du mot représente en phonétique la voyelle sourde [e].

19 Dans toute note de ce genre, le terme flamand désigne aussi bien le néerlandais que des formes dialectales germaniques. Notre information, en ce domaine, repose principalement sur 3′ auteurs : 1° KRAMERS, Nouveau dictionnaire néerlandais-français, 2e éd., [1883] ; 2° A. RUTTEN, Bijdrage tot een Haspengouwsch idioticon, 1890; 3° L. W SCHUERMANS, Algemeen vlaamsch idioticon, 1865-1870; ID., Bijvoegsel aan het algemeen Vlaamsch idioticon, 1883. Les termes fla­mands seront traduits sur place, tandis que les wallons seront repor­tés, au besoin, dans le glossaire final.

  1. Cette situation trouble explique la présence d’un certain nom­bre de doublets.

 

 

Jean GUILLAUME

Lès-aventures dè Djan d' Nivèle, èl fis dè s' pére

(abé Michel Renard) (1890)

(p.17) Preumî tchant (1-232)

Invocâcion — Intréye dins l’ matière — Pourtrét d’ Djan — Èl crapaud pète èvoye — Bataye dè deûs soûrciêres qui l’ ratindenèt au cwin d’ in bos — Arivéye du Grimancé -— Comint qu’ il arindje lès-afaîres.

 

Apolon, ô grand mésse dès vers yèt dès tchansons,

Rawétiz d’ in boun-ouy èl pus léd dès Walons!*

Èm’ mére m’ a toudi dit, yèt c’ èst là ç’ qui m’ tourminte,

4 Què dj’ é d’ l’ èsprit dins l’ tièsse austant què d’ d-é dins l’ vinte;

Yèt maugré ça pourtant, dins m’ walon, d’ vu tchanter.

Djè n’ pu qu’ bauyi sins vous. Mésse, i faut m’ assister!

A tch’vau su vo carote, â! flankiz vos lunètes.

8 Ritoûrnez vos chuflots, vos tromboles, vos trompètes.* Chwèsichiz-me, chwèsichiz-me, au fond d’ vo magasin,

 

Yèt plantez dins m’n-orèye in soûrcî d’ instrumint.*

Par là vos soufèlerez dins m’ misèrâbe caboche,

(à complèter / à compléter)

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