Chansons social wallon

TCHANSONS

Chansons

SOCIÂL

Social

PLAN

1 Tchansons d’ mèstîs / Chansons de métiers

1.1 Tchansons d’ hièrdîs / Chansons de “herdiers”

1.2 Tchansons d’ vindeû(se)s / Chansons de vendeurs (vendeuses)

1.3 Tchansons d’ ôtes mèstîs / Chansons d’autres métiers

2 Tchansons do timps du tiradje au sôrt (po l’ ârméye) / Chansons de l’époque du tirage au sort (pour l’armée)

3 Tchansons en rapôrt à dès crwèyinces / Chansons en rapport avec des croyances

1 Tchansons d’ mèstîs / Chansons de métiers

1.1 Tchansons di hièrdîs / Chansons de “herdiers”

in: E. Legros, Les chants et la corne des pâtres, EMVW, 1931- 948, p.81-93

 

Les vachers et les bergers avaient coutume de se héler dans les campagnes et aux environs de Spa et lançaient d’abord, pour attirer l’attention de leur lointain interlocuteur, l’appel RALALAYE èt RALALAYE. (p.81)

Suivant le Vocabulaire stavelotain de J. Haust, cette façon de converser était désignée par le verbe RAHOLER (in: BSLW, T44 (1903), p.520)

tchants di hièrdîs / chants de "herdiers" (gardiens de troupeaux)

(in: EMVW)

La herde et le herdier, in : EMVW, 1931-48, p.291-374

 

Les appels des pâtres et des bergers                      

 

Albin Body, auquel il nous faut toujours recourir pour tout ce qui concerne nos anciennes coutumes agricoles, a consacré dans son Vocabulaire des Agriculteurs (10) un article à l’ancien cri des pâtres de la région de Spa. Nous en reproduisons la partie essentielle.

 

(9) Voy. A. hazelius, Guide du Musée du Nord,  Stockholm, 1889, pp. 7 et 11.

(10) Bulletin de la Soc. de Lût. Wall., t. 20, 1885, pp. 152-153.

 

(p.307) Ralalaye et ralalaye, appel ou cri que les pâtres, bergers, vachers, etc. se lancent entre eux, dans les campagnes des environs de Spa, pour se héler et attirer leur attention mutuelle lorsqu’ils vont entrer en conversation. C’est pour éveiller l’attention de son interlocuteur, que le pâtre ou le hèrdî lance tout d’abord, avant de poser sa question, ce ralalaye et ralalaye avertisseur, qu’il fait suivre du petit nom de l’individu. L’interpellé, l’oreille au vent, écoute la demande ; il s’agit fréquemment de savoir quelle heure il est, le moment où aura lieu le retour, soit toute autre chose encore. Ralalaye quéne eûre è-st-i ? Ralalaye qwand ‘nnè r’vas-se ? Avant de riposter, le pastoureau interrogé chantera aussi le ralalaye obligé. C’est parfois à des distances de 500 à 800 mètres qu’ils font ainsi la conversation, et rien n’est plus mélodieusement agreste que cet appel.

Cette coutume n’est pas propre seulement à nos campagnes. Chose curieuse, l’abbé Decorde, dans son Dictionnaire du patois du Pays de Bray, dit que les petits vachers ont l’habitude de s’adresser de loin des dialogues qu’ils chantent et qu’ils terminent (p.308) toujours par ces mots : Lariala ! Lariala ! La lon lariala !

XIXe siècle                                                                      Albin bodv

Ardenne spadoise                                                                       1880

 

Ultérieurement, Albin Body a donné à la revue Wallonia la notation suivante de cet appel (n) :

Ra- la-laye et ra -la – laye…         Ra- la- laye quéne eûre è-st-i ?

  1. Jos. Pirson a relevé une coutume semblable à Villers-Sainte-Gertrude (arrondissement de Marche). Dans un article où il décrit l’élection d’un berger communal au XVIIIe siècle, article dont nous aurons l’occasion de reparler, il mentionne les différentes épreuves auxquelles étaient soumis les candidats. Elles se clôturaient par celle du sifflet et du liolo (12) :

Les cris les plus divers retentissaient lorsque, soudain, un coup de sifflet strident les fit cesser complètement. Ce premier sifflement fut suivi d’une quantité d’autres ; car les can­didats sifflèrent tour à tour, au moyen de leurs doigts, tous les trois au plus fort et de toutes les manières possibles.

Enfin le concours fut clôturé par le chant du liolo.

C’est par ce chant que les pâtres se saluaient d’une montagne à l’autre et que, à défaut de corne ou de trompe, ils annonçaient leur rentrée au village. Ce chant pastoral, assez semblable à l’air de Saint-Hubert, ne comprenait que trois notes ; mais quand une voix quelque peu exercée les faisait résonner dans la solitude des bois ou des champs, elles y répandaient un senti­ment de tendre mélancolie capable d’impressionner les plus insensibles. Aussi le liolo était très populaire et les plus petits enfants le connaissaient et le chantaient, car ils l’avaient appris dès le berceau et s’étaient maintes fois endormis en écoutant la voix de leur mère qui le répétait.

Pendant que les concurrents chantèrent, les assistants écou­tèrent dans le plus profond silence ; mais, aussitôt que le

 

(11) Wallonia, t. 7, 1889, p. 166.

(12) Wallonia, t. 5, 1897, p. 104.

 

(p.309) dernier eut fini, ils reprirent en chœur : Liolo, liolo, liolo, lolo, liolo, liolo, liolo !

XVIIIe siècle  J. piRson  Villers-Sainte-Gertrude   1897

 

  1. O. Colson, directeur de Wallonia, a recueilli dans la suite, à Vottem, un chant d’appel analogue qui était encore connu d’un petit métayer nommé Libert Hendricé, dit Hodo. Voici la notation de cette simple phrase (aa) :

Ti-ô-lô – lô, ti-ô-lô, ti-ô-lô – lô, Ti-ô-lô – lô,   ti-ô – lô, ti-ô-lô – lô

 

Les ranz des vaches                                                

 

Ce n’était pas seulement pour se héler que nos pâtres chantaient. C’était aussi pour agir sur leurs bêtes, soit pendant la pâture, soit au moment du retour. Le Dr Bovy, dans ses Promenades historiques dans le pays de Liège (14), a noté un de ces chants, que les vachers et pastourelles de la montagne Sainte-Walburge et des coteaux voisins de la Citadelle de Liège faisaient entendre en ‘urveillant leurs troupeaux. « On sait, écrit Bovy, que les troupeaux paissent plus longtemps et avec plus d’activité au son de la voix humaine. »

Une version plus complète de ce chant a été publiée par Bailleux et Dejardin sous le titre : Ranz des vaches de la Montagne Sainte-Walburge (15).

Enfin Wallonia en a donné une version qui nous paraît plus exacte. Elle a été recueillie de M. Constantin Smal, dont le père avait jadis chanté le ranz des vaches sur les coteaux de Sainte-Walburge (16).

 

(13)   Wallonia, t. 7, 1899, p. 209.

(14)  Liège, 1838, t. 1, p. 74.

(15Choix   de   chansons   et  poésies   wallonnes,   Liège,   1844, pp. 111, 112 et 214.

(16) Wallonia, t. 5, 1897, pp. 88-89.

 

(p.310)

Odé dé a dô !

Vinez so l’ trîhê !

Fez dè bon lècê !

Blankète et Neûrète,

Djolèye et Rodjète,

Ni bisez nin !

Ripahîz-ve bin !

O dé dé a dô !

D’morez è cofhê !

Fez de bon lèssê !

0 dé dé a dô !

0 dé dé a dô !

 

Lès vatches èt lès cossèts,

Il èst timps d’ è raler

Po moûde èt po coler.

 

0 dé dé a dô ! Venez sur la butte ! Faites du bon lait ! Blanchette et Noirette, Tachetée et Rougette, Ne vous emportez point ! Repaissez-vous bien

O dé dé a dô !

Restez dans le jardin !

Faites du bon lait !

0 dé dé a dô !

O dé dé a dô !

Les vaches et les porcelets, Il est temps de partir Pour traire et passer le lait.

 

(p.311) Li dame n’ èst nin trop nète :

Èlle a lavé sès tètes (sic)

Avou l’ lècê d’ Morète ;

Èlle a faît lès golzås

Avou l’ lècê dès dj’vås ;

Èlle a faît lès galèts

Avou l’ lècê dès tchèts ;

Èlle a faît lès dorèyes

Avou l’ lècê di s’ fèye.

 

La dame n’est pas trop propre Elle a lavé ses seins Avec le lait de Noirette ; Elle a fait des tourtes Avec le lait des chevaux ; Elle a fait les gaufres Avec le lait des chats ; Elle a fait les tartes au riz Avec le lait de sa fille.

 

  1. Halein-Renard, conservateur adjoint du Musée, a recueilli à La Gleize, vers 1884, cette variante, débitée très rapidement, d’une haleine :

 

Ra – lez ra-lez po moûd’èt po co-ler po fé dè l’ sope â vî cu – ré

 

Ralez, ralez,                     Rentrez, rentrez,

Po moûde et po coler,       Pour qu’on traie et qu’on filtre (le lait),

Po fé dè l’ sope               Pour faire de la soupe

 vî curé.                     Au vieux curé.

 

De son côté, M. l’abbé A. Boniver, ancien curé de Warzée, a noté à notre intention cette « bucolique » qui se chantait encore en Condroz et en Ardenne vers 1890 :

 

Èt rô-lî, rô-lî, rô – loye! L’oû – hê qu’ èst so l’vèr-djon

 

Èt rôlî, rôlî, rôloye !

L’ oûhê qu’ èst so l’ vèrdjon

Qui dit qu’ èst timps d’ ènnè raler,

Po moûde èt po coler,

Po fé l’ trûlèye à nosse curé.’

Rôlî, rôlî, rôloye !

Lès vatches sont sôles come po pèter !

‘L èst timps d’ ènnè raler !

 

Et rôlî, rôlî, rôloye ! L’oiseau qui est sur la branche Dit qu’il est temps de s’en retourner,

Pour traire et pour couler, Pour faire la soupe à notre curé !

Rôli, rôlî, rôloye ! Les vaches sont repues à éclater ! Il est temps de s’en retourner !

 

(p.312) On remarquera l’analogie de ce chant et de celui qui précède avec l’appel dont parle Body : ralalaye. On peut se demander si ce dernier ne se faisait pas entendre primi­tivement comme signal du retour.

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